ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRE, LIVRES, MARCEL PROUST (1871-1922)

Comprendre l’oeuvre de Marcel Proust

Deux livres pour comprendre l’œuvre de Marcel Proust

Un recueil de nouvelles inédites de Marcel Proust et un livre de Jean-Yves Tadié apportent un éclairage au reste de son œuvre.

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Illustrations extraites de l’album à la recherche du temps perdu, 7e tome.STÉPHANE HUET/DELCOURT

 

  • Le mystérieux correspondant et autres nouvelles inédites, de Marcel Proust, Textes transcrits, annotés et présentés par Luc Fraisse, Éditions de Fallois, 174 p., 18,50 €
  • Marcel Proust – Croquis d’une épopée, de Jean-Yves Tadié, Gallimard, 372 p., 22 €

En 1919, le Goncourt était attribué à Marcel Proust pour son second roman À l’ombre des jeunes filles en fleur. Dans la multitude des livres publiés à l’occasion de cet anniversaire, deux ouvrages nous conduisent au plus près de ce que l’on tente indéfiniment de cerner : le cœur de La Recherche et son mystère.

Le premier rassemble des nouvelles inédites (à l’exception d’une) de Proust, contemporaines des Plaisirs et les Jours (1890), qu’il avait écartées de la publication. Comme Jean Santeuil et Contre Sainte-Beuve, ces nouvelles ont été retrouvées par Bernard de Fallois qui, le premier, à l’aube des années cinquante, refusant la légende d’un Proust uniquement mondain avant La Recherche, a ouvert les «corridors secrets» menant à son immense construction.

Les interrogations et hésitations de Françoise

Ces nouvelles que Proust voulait sans doute garder secrètes sont également centrées sur un secret : l’homosexualité. Impossible aveu d’un personnage à un autre, mais aussi d’un personnage à lui-même, et du narrateur au lecteur. Dans la nouvelle éponyme, construite sous la forme d’une énigme, l’héroïne, Françoise, se désole de voir Christiane, son amie, dépérir d’une maladie de langueur et reçoit en même temps des lettres passionnées d’un mystérieux correspondant lui disant qu’il se meurt d’amour pour elle.

Nourrie d’attente et de curiosité, la narration l’est aussi des interrogations et hésitations de Françoise, entre le prêtre qui la menace de la damnation éternelle si elle accepte – pour le sauver – l’amour du correspondant et le médecin qui prédit que Christiane va mourir, à moins de se marier ou de prendre un amant.

Le souvenir d’un visage

Aucun des trois n’a éclairci l’énigme, qui n’en est pas une. Et dans ces nouvelles on trouve, mêlées à ce que les personnages et l’auteur veulent cacher, des esquisses du «carnet de croquis», du «grimoire compliqué et fleuri» que le narrateur a dessinés à son insu et qu’il déchiffre en lui à la fin du Temps retrouvé.

Tout en retrouvant les situations, les figures de la nouvelle classique – le hasard d’une rencontre, une visite à une vieille amie, le secret caché dans une boîte – le lecteur voit apparaître en filigrane des images, des situations obsessionnelles qui deviendront plus tard récurrentes – l’angoisse à l’entrée d’un salon où personne ne connaît l’être aimé, le garçonnet qui pleure les jours de pluie parce qu’il ne peut retrouver aux Champs-Élysées la petite fille qui un jour le battra, la fascination pour le souvenir d’un visage dont les traits restent flous dans la mémoire…

Charlus, le double du narrateur

Dans C’est ainsi qu’il avait aimé, le retour sur la souffrance amoureuse, les progrès de l’oubli, le temps destructeur sont emportés dans le mouvement, le rythme de la phrase qui préfigure la fin d’Un amour de Swann. Dans ces nouvelles, Dieu est souvent présent : l’héroïne de Pauline de S., proche de la mort, ne veut pas s’y préparer, le narrateur anonyme d’Après la 8Symphonie de Beethoven, voulant atteindre « ces réalités invisibles qui sont le rêve de notre vie», déclare : « Il y a pourtant un royaume de ce monde où Dieu a voulu que la Grâce pût tenir les promesses qu’elle nous faisait…» Un peu effacée dans la Recherche, cette présence n’a pas disparu.

Le personnage le plus fascinant de l’œuvre, c’est Charlus, double du narrateur qui compare sa foi à celle des hommes du Moyen Âge. Athée, Proust ? Plutôt agnostique. Éprouvant la nostalgie de la foi.

L’histoire d’une vocation

Dans une lettre à une voisine (1) à propos d’un ami commun proche de la mort qui trouve des consolations dans la foi, il écrit : « Une chose que je vous dis en confidence car c’est un sujet délicat mais qui me rend très heureux parce que je crois que cela peut être pour lui une grande consolation: je veux dire un éveil de vie profondément religieuse, une foi ardente et profonde.»

 Cette phrase, Jean-Yves Tadié, le plus grand des proustiens vivants, l’a retenue. Après avoir exploré dans de très nombreux ouvrages l’univers du romancier, Tadié en regroupe dans Croquis d’une épopée des thèmes, des figures, des épisodes, à travers des constellations de signes et des « détails révélateurs ».

Et dans Jean Santeuil, dont il regrette que les proustiens le lisent peu et qui pour lui est une « autoanalyse » du jeune Proust, il repère les germes, les textes qui ont nourri sa technique narrative – Georges Eliot, Balzac, Flaubert – les processus de création romanesque et l’intuition de ce qui sera le thème essentiel de La Recherche: l’histoire d’une vocation.

(1) Lettres à sa voisine (Gallimard, dans La Croix du 17 octobre 2013)

https://www.la-croix.com/Culture/Livres-et-idees/Deux-livres-comprendre-loeuvre-Marcel-Proust-2019-11-06-1201058862

 

Marcel Proust (1871-1922)

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Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un auteur français qui a marqué le XXe siècle et la littérature mondiale par son œuvre éblouissante.

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l’asthme.

Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain.
Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi à un roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever (« Jean Santeuil »).
En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages.

La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre « À la recherche du temps perdu« , dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort.

Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle.
Tandis que la première partie, « Du côté de chez Swann« , passe inaperçue, « A l’ombre des jeunes filles en fleurs« , le deuxième volet de la « Recherche » reçoit en 1919 le prix Goncourt.

Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit « asthmatique », Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la « Recherche du Temps Perdu« , il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent.

Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe « proustifier » .
Il meurt, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée.

 

 

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