HISTOIRE DE LA PROVENCE, MARSEILLE (Bouches-du-Rhône), NOËL 1720 ET FÊTES DE FIN D'ANNEE A MARSEILLE, PESTE, PESTE (1720-1722), PESTE (Marseille ; 1720)

Noël 1720 et fêtes de fin d’année à Marseille

A MARSEILLE LE 27 DÉCEMBRE 1720 –

CÉLÉBRATION DE NOËL AU TAMBOUR DES ÉGLISES

PROCESSION AUX CHARNIERS POUR LA SAINT-SYLVESTRE 

la_procession_de_la_st-sylvestre_1720

Il ne fut pas possible de célébrer la naissance du Christ à l’intérieur des églises selon la coutume. Mgr de Belsunce fut donc obligé de limiter les festivités à trois messes par église. Et encore devaient-elles être dites et chantées au tambour, c’est-à-dire dans une sorte de SAS en bois situé à l’entrée de l’église. Malgré les précautions prises par les prêtres, le commandant Langeron, qui redoutait les conséquences préjudiciables de ces rassemblements sur la santé, en fut très contrarié. D’ailleurs, quelques jours plus tard, il y eut de nouveaux malades à Marseille intra-muros. Convaincu de ce que la fin de l’épidémie ne viendrait que de la clémence divine, Mgr de Belsunce organisa le jour de la Saint Sylvestre une invraisemblable procession le long des remparts en remontant du Midi au nord, de la Porte de Rome jusqu’à la Porte de la Joliette en passant par celle de Bernard du Bois. Autrement dit, l’évêque, le clergé et les fidèles cheminèrent le long des plus horribles charniers situés sur les lices extérieures nord. La procession s’acheva à la cathédrale Sainte-Marie-Majeure dite La Major.

Le Père Giraud :

« Le 24, M. l’évêque permit de célébrer trois messes à l’autel du tambour de toutes les églises de la ville, de donner la bénédiction du saint sacrement après les trois messes, et à l’issue des vêpres, le jour de Noël, le 26 et le 27, on ne célébra au tambour qu’une messe, mais on donna aussi la bénédiction le matin, et après les vêpres. La solemnité des cloches fut fort réjouissante.

« Le 24, M. l’évêque célébra trois messes au tambour de la porte de l’église de la Major, y donna la bénédiction à un grand peuple assemblé. Mr le commandant désapprouva toujours ces sortes d’assemblées comme très dangereuses et préjudiciables à la santé publique.

« Le 26, les prêtres des quartiers qui se soutenoient encore après avoir dit la messe sur quelques hauteur ou à la porte de leurs églises, publièrent une nouvelle ordonnance qui leur défendoit de les ouvrir et d’y laisser entrer le monde jusqu’à nouvel ordre. Les prêtres qui étoient dispersés dans le terroir célébroient indifféremment la messe dans des chapelles domestiques, sur des balcons ou dans des sales, sans que Mr l’évêque leur en eut accordé ni refusé aucune permission, il n’étoit guère le tems de la lui demander ni d’attendre de ses réponces par écrit.

« Le 30, il y eut plusieurs nouveaux malades, on en étoit chaque jour aux expédients, comme c’étoit toujours à recommencer, on ne scavoit plus comment s’y prendre. Aussi, M. l’évêque n’espéroit plus la fin des malheurs de Marseille que de la miséricorde de Dieu.

« Dans cette vue, le 31 il convoqua ses chapitres, les paroisses et les communautés délabrées dans l’église de Saint-Ferréol, où il fit une exhortation pathétique et fort touchante. Sur les trois heures après midi, ayant pris en main le saint ciboire, précédé de son clergé séculier et régulier sans croix, il sortit par la porte de Rome, vint tout le long des murailles, marchant sur les corps morts depuis la porte de Bernard du Bois jusques au près de celle d’Aix, entra par la Joliette, se rendit à la porte de la Major où il donna la bénédiction et d’où chacun se retirat. Toutes les troupes en faction aux portes se tenoient à genouil [genoux], la bayonète au bout du fuzil, ce fut un spectacle afreux d’avoir eu à marché sur des cadavres hideux moitié enterrés, pourris ou déssechés, les uns levant les mains desséchées vers le ciel et les autres ayant un pié en l’air, un genouil, une épaule moitié enterrée, on en voyoit d’autres dans des postures indécentes et des attitudes horribles. Ainsi fut terminée cette année mémorable dont les historiens et les peintres ne donneront jamais qu’une faible idée et une légère et imparfaite ébauche ».

Le Dr Bertrand :

« On passa même les fêtes de la Noël sans pouvoir les solemniser dans les exercices ordinaires de Religion, il salut se contenter d’entendre une Messe basse fort à la hâte : l’on continuoit toujours d’en dire à la porte des Eglises, & l’on n’entroit point encore dans l’interieur. Mr. l’Evêque cependant n’oublioit pas de réveiller de tems en tems la piété des fidèles par tous les actes de Religion, que la conjoncture du tems lui permettoit de faire. Le dernier jour de l’année il fit une procession au tour des remparts, – portant le saint Sacrement  , & précédé du reste de son clergé, que le mal avoit épargné ; il donna la bénédiction aux portes de la ville, & dans les endroits où étoient les fosses, pour attirer – la miséricorde du Seigneur sur nous, & sur ces infortunés défunts, que cette calamité avoit privé de la sépulture écclesiastique. Le peuple édifié de la piété de son Pasteur, témoignoit beaucoup d’empressement à le suivre dans cette procession, & ce ne fut qu’avec peine qu’on le retint par le moyen des soldats, qui suivoient la procession, avec une modestie tout-à-fait édifiante ».

 https://www.musee-histoire-marseille-voie-historique.fr/content/chroniques-de-la-peste-1720

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