CLAUDE TRICOIRE (1951-...), POEME, POEMES

La complainte du livre

La complainte du livre

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Je suis le livre qui se souvient

Douloureusement des jours anciens

Où j’étais quelqu’un d’important

Où l’on prenait soin de ma personne

Je me souviens et je pleure

Ce temps disparu depuis longtemps

Je suis le livre

Je me souviens de ce temps

Où je sentais bon

L’encre de l’imprimerie à peine sèche

Où je répandais la bonne odeur

Du cuir qui protégeait

Les écrits de tant d écrivains

Les belles enluminures qui ornaient mes pages

Mais aujourd’hui à peine ouvert

Que je tombe déjà en lambeaux

Je suis le livre

Je me souviens de ce temps

Des belles étagères où je reposais

Etagères qui sentaient bon la cire

Dans les bibliothèques qui me mettaient à l’honneur

Où se promenaient les amoureux

De mes riches reliures

Du monde infini remplissant leurs esprits

Des rêves immenses offerts sans retour

Mais aujourd’hui

Je suis sur des étagères sans odeur

Mes couvertures sont sans ornement

Je suis le livre

Je me souviens de ce temps

Où l’on me prenait dans les mains

Avec maintes précautions

Et l’on me reposait avec regret sur mon étagère

Il arrivait aussi qu’un malandrin sans le sou

Me mis dans sa sacoche

Et avec lui tout en respirant l’odeur du cuir

Je me promenais dans la ville

Humant l’air du temps

Le temps de faire plus ample connaissance

Avant de lui livrer gracieusement mes secrets

Mais aujourd’hui

Souvent je suis dans des rayons métalliques

Une marchandise comme une autre

Sans odeur et sans beauté

Je suis emballé déballé

Dans du vulgaire carton sans âme

Et personne ne prête attention

A la douleur qui m’étreint le cœur

Je suis le livre

Qui se souvient avec douleur

De ce temps qui a peut-être disparu

Alors je crie vers le ciel

Qu’un miracle se produise

Alors je jette mes cris vers le ciel

De trouver encore quelque amoureux

Qui se souvienne enfin

De ma beauté perdue

Et me redonne ma gloire d’antan

Je suis le livre

Plein de douleur et d’espoir

J’ai survécu à temps de jours de malheur

Les enfers des bibliothèques

Les incendies les destructions au long des siècles

Les autodafés quand on me jugeait dangereux

S’en souviennent les jours et les nuits

Je suis la mémoire des mondes disparus

Je suis la mémoire du monde présent

Je suis votre mémoire

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©Claude Tricoire

3 mai 2021.

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