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Les controverses doctrinales dans l’Eglise

Le bienfait des controverses doctinales dans l’Eglise

Edouard Divry

Perpignan, Edition Artège, 2021. 184 pages.

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Comment les controverses ont-elles permis à l’Église de clarifier sa doctrine en s’ajustant aux questions de son époque ? Face à la pensée occidentale moderne gangrenée par la « dictature du relativisme », Édouard Divry propose son remède : la controverse, la dispute, comme recherche obstinée de la vérité.

À partir des tentations du Christ au désert, sur l’avoir, le savoir et le pouvoir, il analyse les grands débats théologiques, philosophiques, historiques, politiques, scientifiques ou culturels qui ont traversé l’Église des origines à nos jours : Galilée et le statut du progrès scientifique, l’immaculée conception de la Vierge, la prédestination, ou plus récemment la peine de mort, la liberté religieuse et la communion des « divorcés-remariés »…

Cette « somme des controverses » est aussi une excellente introduction à la pensée théologique fondamentale, une catéchèse de haut niveau à travers les débats de la culture de notre temps et une base pour une pastorale missionnaire contemporaine.

Avec érudition, dans un langage clair et concis, l’auteur remet à l’honneur la culture du débat, respectueuse du magistère, aiguillon pour l’éclosion de la bonne expression de la vérité. Un ouvrage de maturité, nourri d’une réflexion profonde, de multiples recherches et d’une vie de prêcheur.

 

Le père Édouard Divry o.p., ingénieur de l’École Centrale, maître en philosophie, docteur en théologie (Fribourg, Suisse), est un dominicain de la province de Toulouse. Professeur habilité de la faculté de théologie de Lugano (Université suisse italienne), il enseigne également à l’université dominicaine Domuni, au séminaire diocésain de Bayonne‚ ainsi qu’en divers centres théologiques.

Préface 
N’ayez pas peur !

S’il était médecin, le frère Édouard Divry serait un diagnosticien-interniste ! Vous savez, ce genre de médecins surnommés « super-généralistes », car, spécialistes en plusieurs domaines, ils peuvent dénouer les situations complexes de certains patients souffrant de multiples pathologies.

En l’occurrence, le malade est une certaine pensée occidentale à la dérive. Une crise si bien décrite par le cardinal Ratzinger le 18 avril 2005 au cours de la Missa pro eligendo Romano Pontifice :

Combien de vents de la doctrine ont-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée… La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens a été souvent ballottée par ces vagues – jetée d’un extrême à l’autre : du marxisme au libéralisme, jusqu’au libertinage ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite. Chaque jour naissent de nouvelles sectes et se réalise ce que dit saint Paul à propos de l’imposture des hommes, de l’astuce qui tend à induire en erreur. Posséder une foi claire, selon le Credode l’Église, est souvent défini comme le fondamentalisme. Tandis que le relativisme, c’est-à-dire se laisser entraîner ” à tout vent de la doctrine « , apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs.

Nul doute que cet aphorisme célèbre du futur pape résume l’expérience fondamentale de la théologie qui se porte ici au chevet de la pensée de notre temps… Non pas uniquement de la pensée chrétienne, mais de la pensée en général, désormais incapable, selon lui , de croire même à la vérité et à la vraie libération de l’Homme. Son diagnostic, citant Chesterton, il le résume ainsi : « Un homme peut douter de lui-même, mais non de la vérité, et c’est exactement le contraire qui s’est produit » (p. 67).

Le remède proposé par le docteur Divry est la controverse : la dispute, comme occasion d’une recherche obstinée de la vérité. La vérité, c’est le Christ. La thérapie n’est donc efficace que si l’Église, quel que soit le sujet, y est engagée et affronte sa pensée à celles du monde. N’est-ce pas le projet de Gaudium et spes (n°3) de « donner une preuve d’amour à l’ensemble de la famille humaine en dialoguant avec elle sur ces différents problèmes, en les éclairant à la lumière de l « Évangile » ?

Ce faisant, le révérend père Divry nous dévoile son âme et peut-être son cœur : c’est un ouvrage de maturité. Concis, mais nourri d’une réflexion profonde, de multiples recherches et d’une vie de prêcheur. Je soupçonne d’ailleurs que la synthèse du dominicain soit née d’une homélie sur les tentations du Christ au désert. On en retrouve la substance moelleuse dans un passage fondamental pour la structure intellectuelle de l’ouvrage où l’auteur, à travers les réponses de Jésus aux provocations sataniques, nous montre comment ces trois premières controverses ont planté le décor dynamique du progrès de la vérité en ce monde. Il l’affirme : « En chaque tentation nouvelle, un enjeu se manifeste » (p. 73).

C’est ainsi qu’en passant par les méandres des controverses théologiques, philosophiques, historiques, politiques, scientifiques ou culturels concernés par la réflexion, le professeur Divry nous propose un mini-traité d’ecclésiologie. L’ouvrage est aussi une excellente introduction pratique à la pensée théologique fondamentale, un catéchisme de haut niveau à travers les débats de la culture de notre temps et une base pour une missiologie pastorale contemporaine. L’érudition de l’auteur lui permet avec aisance de repérer dans les siècles passés les fondements, les mensonges et les pièges des débats contemporains. Ce faisant, d’un paragraphe à l’autre, il fait aussi, l’air de rien, une théologie de l’histoire, dans l’histoire et parfois parl’histoire.

Cette « somme des controverses », de leurs potentialités, devrait devenir l’un des livres de chevet des « disciplesmissionnaires » à la mode de Evangelii gaudium . Certes,il ne s’agit pas, sans mauvais jeu de mots, d’un Contra gentiles [Contre les païens] mais plutôt d’un Contra « nocentes » [Contre les nuisibles] (le texte s’attache davantage aux points de désaccord avec la pensée du monde qu’aux pierres d’attente de l’Évangile). Mais il partage avec la première somme du Docteur angélique une même optique positive, celle du dialogue. En d’autres termes, lorsque le pape François annonce une « Église en sortie », un hôpital de campagne, le frère Édouard propose un « Évangile en sortie », une pensée chrétienne qui se confronte sans complexe à la culture contemporaine. Les prédicateurs et les pasteurs y trouveront une lecture lumineuse, adéquate et assez complète des « signes des temps » ( GS , 4).

Pour les catholiques curieux comme pour les personnes les mieux formées en théologie, cette réflexion offre une synthèse actualisée permettant de répondre aussi bien au tonton Marcel qui, après le champagne, attaque les parents qui viennent de recevoir le baptême du petit sur l’air d ‘un « Alors, comme ça, vous mettez votre gosse entre les mains des curés ? Vous n’avez pas peur ? », qu’à la tante Marie-Claude qui trouvera « inadmissible » que le curé « conciliaire » n’ait pas fait le rite d’exorcisme avec du sel et de la salive « comme toujours » ! Mais attention ! L’angle théologique du frère Édouard est à l’opposé de la polémique stérile. C’est même tout le contraire. S’il sait faire feu de tout bois, il le fait à bon escient ; et bien qu’ayant une pensée discursive, il ne parle pas pour rien dire, n’est jamais superficiel. Les paragraphes sont riches, mais ils restent clairs. L’objectif est de servir l’intelligence par la vérité. S’il affronte les yeuxdans les yeux les polémiques modernes ou revisite les principales oppositions entre l’Église et le monde, c’est parce que « la culture du débat, respectueuse du magistère, demeure capitale pour l’éclosion de la bonne expression de la vérité, qu’ elle soit théorique ou pratique » (p. 57).

Nous voilà donc embarqués dans un voyage qui, sans dévier d’un degré du cap de la vérité, nous ferons passer par bien des détours. À chaque fois, telles les morales des fables de La Fontaine, l’auteur dévoilera un progrès possible dans la recherche théologique ! Faisant fi, par principe, du politiquement correct, il ne s’interdit aucun sujet et n’a peur de rien dès qu’il s’agit de transmettre l’intelligence de quelques ténèbres ! C’est une pratique de l’inculturation de la pensée par la controverse, une mise en œuvre de l’Incarnation en théologie. Il montre que la dispute est vie et vivifiante. Ainsi, lorsqu’à propos de la question de la liberté religieuse, il constate que « le rapport des droits et des devoirs mériterait un nouvel approfondissement magistériel », il préconise, en se léchant les babines, que cela soit « devancé de belles disputes intellectuelles ! » (p.160).

La théologie du père Divry est classique et solide. Il est aujourd’hui l’un des théologiens qui dispose d’une des meilleures connaissances encyclopédiques du magistère et peut se priver d’offrir au lecteur un remarquable petit paragraphe sur la hiérarchie des textes officiels. Mais, rassurons-nous, l’œuvre n’a rien d’une catena aurea enfilant des passages des conciles anciens, des bulles de Grégoire I er ou des encycliques de Pie XII ; il sait aussi citer Baudelaire, Polnareff, Luther, Confucius ou des théologiens contemporains… Bien entendu, saint Thomas d’Aquin et saint Augustin restent les maîtres de cette pensée… Comment pourrait-il en être autrement ?

L’outil majeur du prêcheur est le langage. Chez Édouard Divry, il est incisif, rapide, précis et limpide. Nous apprenons au passage ce qu’est le « zheng ming » : la connaissance et l’usage du sens exact et adéquat des mots… Un art dans lequel notre auteur est passé maître. Il est capable, au scalpel, de résumer en une phrase une pensée complexe. Comme lorsqu’il résume, après un développement copieux où il fait exhaler toutes les nuances de la pensée catholique sur le salut des peuples, l’inclusivisme individuel et l’exclusivisme général (cf. p. 102).

Mais au-delà du simple outil de recherche, le zheng ming est pour ce fils de l’ordre de saint Dominique une forma mentis , presque une spiritualité. Une voie royale pour un dialogue authentique, non affectif certes, mais seule vraie source de la communion des hommes dans la vérité (chemin promu par Fides et ratioet superbement mis en œuvre par Benoît XVI dans ses grands discours, notamment aux Bernardins à Paris ou à l’université de Ratisbonne). Inversement, rien n’est plus propice à l’émergence du totalitarisme et de la violence que l’imprécision du vocabulaire et le mélange des concepts. Les groupes humains qui laissent l’affectivité envahir le rapport à la vérité sont, pour finir, possédés par un esprit clanique et barbare, au sens propre ! On ne s’étonnera donc pas de trouver une analyse aussi claire que critique du nominalisme de Guillaumed’Ockham ou de l’intellectualisme kantien, commentent ces spéculations, en théorisant la séparation de la parole ou de la pensée avec la vérité, ont pu servir de soubassement à la bestialité du nazisme.

Enfin, auteur s’inscrit dans une démarche pastorale typée… disons « paulinienne », ou « missionnaire », pas forcément prosélyte, mais en tout cas apologétique !

D’abord, il se montre sans concession pour les demi-vérités, les compromis et la taqqya ambiante et, sans aucune naïveté envers le vulgaire prêt-à-penser vomi chaque jour par l’intelligentsia journalistique et politique occidentale.

Ensuite, convaincu que les chrétiens ne doivent pas avoir peur des controverses, doivent savoir y entrer et rendre compte de leur foi, il déplore ceux qui « se [cantonnent] à une politique dite de l’autruche, en espérant que la vague hostile passe à la manière […] d’une épidémie, par simple confinement » (p. 61). On ne peut pas ne pas reconnaître ici une franche critique de l’attitude niaise du « pas-devague », parfois douloureusement ressentie dans le peuple catholique, entraînant certains responsables ecclésiaux à choisir « l’option de facilité » et « à préférer s » aplatir devant la dictature de la pensée énoncée par des médias majoritaires » (p. 162).

À l’heure où d’autres sociétés religieuses ou philosophiques bien plus défensives, voire vindicatives, inspirent davantage le respect, si les chrétiens se taisent et ne répondent pas, c’est qu’ils ont honte ! L’effacement « couleur muraille » de catholiques ne nous a pas beaucoup de participants, en fin de compte, dans un monde qui favorise la victimisation,d’avoir « une bonne tronche de bourreaux », toujours du mauvais côté de l’Histoire… Peut-on respecter une religion qui ne sait plus donner de martyrs, chez nous en tout cas ? Cela dit, pour finir, il ne s’agit pas de la bonne ou de la mauvaise réputation de l’Église dans la société, mais, encore une fois, du service de la vérité : le Verbe éternel serait-il en position de faiblesse face au bavardage de ce siècle ? Fort de l’attitude et des discours des papes récents, Édouard Divry honnit la langue de buis de certains ecclésiastiques et combat « la crise d’autorité dans la société occidentale » qui « mine […] l’Église du dedans » (p. 161). Avec ses controverses bénéfiques, il nous présente une voie sans polémique stérile ni lâche consensualisme.

Enfin, au risque d’être moins facilement accessible, il ne se rencontre pas au niveau des débats qu’il a abordé, mais se place légèrement au-dessus. N’ignorant rien des polémiques de ce bas monde, il se rencontre, cependant, à la portée de ceux qui veulent réfléchir, s’élève un peu et cherche la vérité. Divry n’est ni « sexy », ni « tradi », mais il dit vrai, tellement vrai !

Je remercie mon cher frère Édouard pour ce discours éventuellement rempli d’espérance. Merci de nous couvrir médiatiquement dans le domaine de la pensée, malgré les assauts puissants des armes de distraction massives, malgré l’excommunication culturelle programmée de l’Église, malgré la couardise endémique des « cathos », malgré les humiliations, les mensonges, les erreurs entretenues, « les litiges permettent à des hommes de foi de se leveravec des armes de lumière pour partir « en vainqueur et pour vaincre encore » (Ap 6,2 ; p. 84).

À la suite de saint Jean-Paul II le Grand et de ses successeurs, Édouard Divry nous redit, à sa manière : « N’ayez pas peur ! »

Fr. David Macaire de l’ 
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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