ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, ISRAËL, JUDAÏSME, LIVRE DES MACCABEES, LIVRE DES MARTYRS D'ISRAËL

Le Livre des Maccabées

Les livres des Maccabées,

la résistance du peuple juif à l’hellénisme

Macchabees

Gravure du Livre des Maccabées dans une Bible de Port-Royal

Rencontrant une civilisation nouvelle, le peuple de Dieu doit-il s’adapter ou résister ? Cette question se repose sans cesse dans l’Histoire :

  • S’adapter : ce peut être renoncer à l’originalité de la foi et se condamner à disparaître en se diluant dans le monde.
  • Résister : c’est prendre le risque de se couper du plus grand nombre et de s’enfermer dans le passé.

Durant les siècles précédant la venue de Jésus-Christ, les juifs vécurent les deux tendances. Les deux livres des Maccabées sont le témoignage de la résistance du peuple juif. Leur nom provient du nom d’un des principaux héros : Judas Maccabée.

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Une mère et ses sept fils mis à mort par le roi de Syrie pour avoir refusé de manger du porc (1873)

Sens des livres des Maccabées

Les livres des Maccabées tirent leurs noms des héros de la guerre de libération.

Le principal acteur s’appelle Judas. Il est surnommé Maccabée, ce qui signifie « le marteau » (ne pas confondre avec les macchabées que l’on dissèque dans les laboratoires d’anatomie … c’est parce qu’il est souvent fait allusion à la mort dans le deuxième livre des Maccabées que le mot « macchabée » a pris dans l’argot des étudiants de médecine le sens de cadavre)

Plusieurs clubs sportifs israéliens portent le nom de Maccabi, par exemple le Maccabi de Tel Aviv. Il y a aussi les Maccabiades qui sont une rencontre sportive de tous les meilleurs athlètes Juifs du monde entier, sur le modèle des Jeux olympiques, qui ont lieu tous les quatre ans en Israël. La référence aux Maccabées veut souligner leur grand courage face à l’adversité.

L’opération Maccabée fut une opération militaire très importante du 8 au 16 Mai 1948 durant la bataille de Latroun lors de la Guerre israélo-arabe de 1948. L’opération de la Haganah (qui deviendra peu de jours après Tsahal, l’armée de l’Etat d’Israël) avait pour mission de dégager à travers les forces de l’Armée de libération arabe une voie reliant Tel Aviv à Jérusalem.

Il existe quatre livres des Maccabées qui nous ont été transmis par la Septante. Aucun de ces livres ne fait partie du canon hébraïque. Les catholiques ont reçu les deux premiers dans leur canon. Les orthodoxes ont reçu les quatre livres des Maccabées dans leur canon. Les protestants n’en n’ont reçu aucun.

La fête de Hanoucca (parfois appelée la fête de la Dédicace) commémore la nouvelle installation de l’autel des offrandes dans le Temple de Jérusalem, après la victoire de Judas Maccabée sur les armées d’Antiochus IV Epiphane, en 164 av. J.-C.

Le premier livre des Maccabées couvre la période qui va du début de l’insurrection (-175) à la mort de Simon (-135).

Le deuxième livre n’est pas la suite du premier. En fait, il commence son récit avec des épisodes antérieurs à -175 et s’achève vers -160. Il est donc en partie parallèle au premier livre.

Histoire de la rédaction des livres des Maccabées

Le premier et le second livre.

Le premier livre des Maccabées a été rédigé en hébreu mais son texte nous est parvenu dans la traduction grecque de la Septante. Le livre, rédigé probablement vers 100 avant JC, couvre les épisodes datant de – 175 à – 135.

Le deuxième livre des Maccabées est le résumé d’un ouvrage en cinq volumes dont l’auteur est Jason de Cyrène, un juif de la diaspora. Il a été rédigé avant le précédent, peut-être vers – 124.

Plan du livre des Maccabées :

 1er livre des Maccabées

  • Le cadre historique (1)
  • Le début de l’insurrection (2)
  • Judas Maccabée à la tête de la révolte (3 à 9,22)
  • Les opérations menées par Jonathan (9,23 à 12,53)
  • Le commandement de Simon (13 à 16,24)

2ème livre des Maccabées

  • Le cadre historique (1 et 2)
  • Avant la révolte maccabéenne (3 à 7,42)
  • La révolte de Judas jusqu’à la purification du Temple (8 à 10,8)
  • La poursuite de la guerre (10,9 à 15,39)

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Lieu-dit « tombes des Maccabées », près de Modiin-Maccabim-Reout, Israël

 

Juifs contre Juifs :  la révolte des Maccabées

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Au IIe siècle avant J.-C, des Juifs pieux s’opposèrent aux envahisseurs grecs de la Judée et aux « impies » qui collaboraient avec eux. Chronique de cette révolte, dite des Maccabées, qui fut fratricide.

Un jour de l’an 168 avant l’ère chrétienne, un émissaire grec arrive à Modin, petit village des environs de Jérusalem. Il vient s’assurer qu’on honore ici les dieux de l’Olympe. Pour lui témoigner de sa volonté de collaborer, un Juif s’avance et s’apprête à sacrifier un cochon, animal impur par excellence… C’est alors qu’un autre Juif, nommé Mattathias, s’avance et égorge l’hérétique sur l’autel. Face à l’assemblée médusée, il lance : « Quiconque a le zèle de la Loi et maintient l’Alliance, qu’il me suive ! » Puis il s’enfuit dans les montagnes aux côtés de son fils Judas, laissant dans la ville tout ce qu’ils possédaient. Autour de Matthatias et de sa famille vont alors se fédérer tous les Juifs qui s’opposent à l’envahisseur et aux « impies » qui ont osé collaborer. La révolte des Maccabées vient de débuter : elle va enflammer la Judée pendant un quart de siècle et débouchera sur son indépendance.

 

La guerre aurait-elle pu être évitée ?

On pourrait le croire, si l’on revient quelques années en arrière, au début du IIe siècle avant J.-C. au moment où, après les conquêtes d’Alexandre, la Judée est passée sous la domination de la dynastie grecque des Séleucides (Syriens). Le joug semble alors léger. Liberté religieuse, respect des traditions… La « charte séleucide de Jérusalem » autorise les Juifs à vivre « conformément aux lois de leurs pères », leur garantissant autonomie et exemptions fiscales. Mais l’irruption d’un nouvel acteur sur la scène orientale va bousculer le bel équilibre : l’Empire romain, qui va infliger une cinglante défaite aux Séleucides en Magnésie, en 189 av. J.-C. Les conséquences sont lourdes pour ces derniers qui se retrouvent amputés d’une partie de leur royaume d’Asie Mineure et condamnés à payer une amende de guerre.

 

Le judaïsme se retrouve inféodé à une autorité grecque, païenne et polythéiste

Comment trouver rapidement des ressources ? Le roi séleucide Antiochos III le Grand se tourne alors vers Jérusalem, la capitale de la Judée… Car le Temple, qui sert de banque de dépôt, renferme un fabuleux trésor. Le roi ordonne sa confiscation et contraint les sanctuaires de Judée à lui verser un impôt. De quoi bouleverser le monde juif jusque-là préservé de la tutelle hellénique… Dans les réformes controversées d’Antochios III on peut voir « la mise en place d’une sorte de ministère royal des cultes ». En somme, le judaïsme se retrouve inféodé à une autorité grecque, païenne et polythéiste. Impensable pour les prêtres juifs, garants du culte à Yahvé ! Ils ne seront pourtant pas au bout de leurs peines : renforçant un peu plus sa mainmise sur Jérusalem, Antochios III désigne lui-même un grand prêtre dans le Temple. Un homme de paille qui prétend réformer le judaïsme et qui n’hésite pas à déclarer : « Faisons alliance avec les nations car, depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des malheurs nous ont atteints »(cité dans le Premier Livre des Maccabées, écrit vers l’an 100 avant J.-C.).

Jérusalem deviendrait-elle alors une cité grecque ?

Progressivement, la ville judéenne se transforme. On fait construire un gymnase au pied de l’acropole. On prévoit que la Torah, texte sacré par excellence, soit, comme toute loi, modifiable par un vote des citoyens. Evidemment, les hassidims, les « pieux », sont scandalisés… Mais les nouvelles mesures ne déplaisent pourtant pas à une élite juive, largement urbaine et hellénisée dans ses mœurs et sa culture.

Cette opposition, qui recoupe le fossé économique grandissant entre paysans et grands propriétaires, va profondément diviser le monde juif à mesure que la vassalisation continue. La tension monte encore d’un cran lorsqu’Antochios IV Epiphane monte sur le trône, en 175 av. J.-C. « Entré dans le sanctuaire avec arrogance, Antiochos enleva l’autel d’or, le candélabre de lumière avec tous ses accessoires, la table d’oblation, les vases à libation, les coupes, les cassolettes d’or […]. Il prit l’argent et l’or ainsi que les ustensiles précieux et fit main basse sur les trésors cachés qu’il trouva » (Premier Livre). Cette fois-ci, c’en est trop pour les gardiens du Temple. Des émeutes éclatent en ville, avant d’être brutalement réprimées. La riposte séleucide est terrible : le roi engage la persécution religieuse par un édit qui interdit purement et simplement le culte juif, prohibe la circoncision et l’observance du sabbat, remplace les fêtes juives par des cérémonies en son honneur.

Les Juifs doivent honorer les dieux grecs

Pour couronner le tout, les Juifs doivent dorénavant honorer les dieux grecs : Antiochos a profané le lieu saint en y installant un autel consacré à Zeus. Le Temple « empli de débauche et d’orgies par les Gentils » (les non-Juifs) est rendu impropre au culte. L’identité juive est en danger de mort. Les Livres des Maccabées décrivent des scènes effroyables : des femmes jetées du haut des remparts de Jérusalem pour avoir fait circoncire leurs fils ; des hommes brûlés vifs pour avoir célébré le sabbat en secret ; des adolescents torturés pour avoir refusé de manger du porc…

L’étendue réelle de la persécution nous échappe cependant. Pour certains historiens on aurait affaire en réalité à une guerre civile au sein même du judaïsme, née d’une tentative de réforme trop radicale. L’élite « hellénique » aurait souhaité en finir avec des aspects du culte jugés archaïques : les interdits alimentaires, qui contreviennent aux règles de convivialité ; la circoncision, perçue comme une coutume barbare ; le repos sabbatique, qui nuit à la liberté d’action et au commerce. L’ouverture du Temple aux non-Juifs participerait de ce même mouvement. Aux yeux d’Antiochos IV et des Grecs, les Juifs se montrent intolérants envers les dieux des autres. Zeus est aussi le dieu du Ciel, comme Baal et Yahvé. Pourquoi les trois ne pourraient-ils pas cohabiter dans le même sanctuaire, comme leurs fidèles au sein du royaume séleucide ?

 

La révolte s’organise autour de Mattathias et de son fils, Judas

Face à cette intrusion jugée intolérable, face aux meurtres et aux agressions, la révolte s’organise donc autour de Mattathias et de ses fils, réfugiés dans les grottes du désert de Judée pour y observer librement les commandements de leur foi. Ils répondent à la violence par la violence. Sous la direction du prêtre, la résistance passive devient lutte armée et prend les accents d’une guerre sainte : le Premier Livre rapporte que Mattathias et ses compagnons parcourent la Judée pour imposer partout la « vraie foi » et forcer les Juifs « impies » à se soumettre à la loi de Moïse. Ils détruisent les autels païens, circoncisent de force les enfants, brûlent les villages hellénisés…

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Au printemps 166 avant J.-C., le patriarche Mattathias meurt. Dans son dernier souffle, il confie la direction de la lutte à l’un de ses cinq fils : Yéhouda (Judas) Maccabée, que l’on décrit comme un guerrier de la trempe du roi David. Diverses théories s’affrontent pour expliquer son surnom, Maccabée. Un dérivé du mot araméen maggabi (manieur de marteau) exprimant sa férocité au combat ? Un acronyme de la Torah (signifiant « Qui est comme toi parmi les puissants, ô Eternel ! ») ? Un simple sobriquet soulignant des traits physiques ? A la mort de son père, Judas dispose, au mieux, de 6 000 combattants. C’est bien peu face à une armée séleucide dont la supériorité est écrasante avec ses fantassins aguerris et bien équipés, ses archers, sa cavalerie et même ses éléphants de guerre aussi effrayants que redoutables.

 

Comment éviter l’affrontement direct face à une telle armada ?

 

Parfait connaisseur des chaînes de montagnes et des vallées encaissées de son pays, Judas se lance alors dans des opérations de guérilla. Ses hommes multiplient les embuscades et les attaques surprises, incendient les camps ennemis, harcèlent les villages proséleucides. La tactique s’avère payante. A Nahal El-Haramiah, Judas défait ainsi le petit contingent d’Appolonius, gouverneur de Samarie, qui est tué au combat. De quoi galvaniser ses hommes et attirer de nouvelles recrues. Bientôt, la renommée de ceux que l’on appelle désormais les Maccabées, du nom de leur chef, fait le tour de la Judée : comme des poissons dans l’eau, les rebelles, qui redistribuent en priorité leur butin aux démunis, trouvent alors dans des campagnes hostiles à l’hellénisation un soutien humain et matériel de poids.

 

Judas libère Jérusalem

 Les victoires s’enchaînent. A Beth-Horon, Judas profite à nouveau du relief pour piéger une armée aux effectifs très supérieurs. L’année suivante, il écrase à Emmaüs les troupes du général Gorgias. Mais il sait que ces victoires sporadiques ne peuvent, à terme, rien contre le puissant Empire séleucide. En bon diplomate, Judas va alors se tourner vers Rome, un allié inattendu. Se rappelant ses revers face au puissant Empire romain, Antiochos IV prend peur et change de stratégie. En 164 av. J.-C., il adresse une lettre aux Juifs où il garantit que « tous ceux qui retourneront chez eux obtiendront l’impunité » et auront « l’usage de leurs aliments spéciaux et de leurs lois comme auparavant ». Des remords ? Ils arrivent bien trop tard : Judas n’a que faire de ces signes d’apaisement, il est déjà aux portes de Jérusalem qu’il va libérer.

La première mesure de l’aîné des Maccabées est très symbolique : il purifie le Temple, trois ans jour pour jour après sa profanation, et y rétablit le culte. La fête d’Hanoukka commémorera cette renaissance. On raconte qu’Antiochos IV meurt en apprenant la nouvelle…

La fin de la guerre ? Ni les concessions séleucides ni la purification du Temple n’ont apaisé les esprits. Car les Maccabées ont désormais pour objectif de libérer les Juifs dans toute la Palestine. Et leurs motivations religieuses vont lentement céder la place à des ambitions politiques.

Fort à présent de plus de 10 000 hommes bien organisés en une force mêlant cavalerie et infanterie, les Maccabées consolident leurs positions et entreprennent une guerre de conquête. Judas et ses frères mènent des expéditions en Galilée, en Transjordanie, en Syrie du Sud… pour y secourir les communautés juives qu’ils déplacent ensuite en Judée. La force de conviction et l’aisance au combat des rebelles juifs surprennent les Séleucides qui réagissent avec retard, même s’ils parviennent à tuer Eléazar, frère de Judas, lors de la bataille de Beth-Zachariah, au sud de Bethléem. Quant à Judas, il est tué à Elasa, au printemps 160 av. J.-C. Un rude coup porté à la révolte des Maccabées.

 

La victoire des Maccabées a abouti à la restauration du culte traditionnel

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Jonathan, un autre frère, prend la relève alors que les Séleucides regagnent du terrain : le roi séleucide Démétrios réinstalle les notables pro-hellénistes, fortifie les citadelles et punit de lourds impôts les campagnes ayant soutenu l’insurrection. Jonathan comprend que ses effectifs militaires ne sont plus suffisants, il tente la carte diplomatique : il fait alliance avec Alexandre Balas, rival du roi Démétrios, qui l’emporte. La partie est gagnée : en 152 av. J.-C., Balas offre à Jonathan le titre de grand prêtre puis de gouverneur civil et militaire de la Judée. L’ancien rebelle est même invité aux noces du roi séleucide, tandis que le dernier des frères, Simon, est nommé stratège de la côte phénico-philistine. C’est lui qui donnera naissance à la dynastie des rois juifs asmonéens. La résistance dans les grottes de Judée semble bien loin.

La victoire des Maccabées a finalement abouti à la restauration du culte traditionnel. C’est la raison pour laquelle cet épisode guerrier représente bien plus que la seule résistance à l’hellénisation. Pour Etienne Nodet, enseignant à l’Ecole biblique de Jérusalem, l’identité juive sort transformée de « la crise maccabéenne » : l’affirmation de la primauté du Temple, comme centre religieux et politique, donne naissance à un judaïsme « judéen ». Un nouveau patriotisme auquel la fête d’Hanoukka permet d’associer la diaspora. Et auquel les Juifs, éparpillés dans le monde, continuent toujours de se référer.

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