ARTISTES FRANÇAIS, GUERRE MONDIALE 1939-1945, JOSEPHINE BAKER (1906-1975), JOSEPHINE BAKER ENTRE AU PANTHEON, PANTHEON, RESISTANCE FRANÇAISE, RESISTANTS FRANÇAIS

Joséphine Baker entre au Panthéon

Biographie de Joséphine Baker (1906-1975)

josephine-baker-espionne-de-charme-2

Elle est née Freda Josephine McDonald à St. Louis, Missouri, le 3 juin 1906 de la blanchisseuse Carrie McDonald et du batteur de vaudeville Eddie Carson. Eddie les a abandonnés peu de temps après, et Carrie a épousé un homme gentil mais perpétuellement sans emploi nommé Arthur Martin. Leur famille s’est finalement agrandie pour inclure un fils et deux autres filles.

Joséphine a grandi en nettoyant des maisons et en faisant du babysitting pour de riches familles blanches qui lui ont rappelé « assurez-vous de ne pas embrasser le bébé ». Elle a obtenu un emploi de serveuse au Old Chauffeur’s Club à l’âge de 13 ans. En attendant les tables, elle s’est rencontrée et a eu un bref mariage avec Willie Wells. Alors qu’il était inhabituel pour une femme à son époque, Joséphine n’a jamais dépendu d’un homme pour un soutien financier. Par conséquent, elle n’a jamais hésité à partir lorsqu’une relation s’est détériorée. Elle s’est mariée et a divorcé trois autres fois : avec l’Américain Willie Baker en 1921 (dont elle a choisi de garder le nom de famille), le Français Jean Lion en 1937 (dont elle a obtenu la nationalité française) et le chef d’orchestre français Jo Bouillon en 1947 (qui a aidé pour élever ses 12 enfants adoptés).

maman-josephine-baker

Joséphine a fait une tournée aux États-Unis avec The Jones Family Band et The Dixie Steppers en 1919, interprétant divers sketchs comiques. Lorsque les troupes se sont séparées, elle a essayé de devenir chorus girl pour The Dixie Steppers dans la production Shuffle Along de Sissle et Blake. Elle a été rejetée parce qu’elle était « trop maigre et trop foncée ». Sans se laisser décourager, elle a appris les routines de la ligne de choeur tout en travaillant comme habilleuse. Ainsi, Joséphine était la remplaçante évidente lorsqu’une danseuse partait. Sur scène, elle a levé les yeux au ciel et a délibérément agi maladroitement. Le public a adoré sa touche comique et Joséphine a été un tirage au sort au box-office pour le reste de la série.

1136_baker

Sa carrière a prospéré dans la société parisienne intégrée; à la fermeture de La Revue Nègre, Joséphine joue dans La Folie du Jour au Théâtre des Follies-Bergère. Sa performance à couper le souffle, y compris un costume de 16 bananes enfilées dans une jupe, a cimenté son statut de célébrité. Joséphine rivalisait avec Gloria Swanson et Mary Pickford en tant que femme la plus photographiée au monde, et en 1927, elle gagnait plus que n’importe quel artiste en Europe. Elle a joué dans deux films au début des années 1930, Zou-Zou et Princesse Tam-Tam, et a déménagé sa famille de Saint-Louis aux Milandes, sa propriété de Castelnaud-Fayrac, en France.

Un retour aux États-Unis en 1936 pour jouer dans les Ziegfeld Follies s’est avéré désastreux, malgré le fait qu’elle était une célébrité majeure en Europe. Le public américain rejetait l’idée d’une femme noire avec tant de sophistication et de pouvoir, les critiques de journaux étaient tout aussi cruelles (le New York Times l’appelait une « fille noire ») et Joséphine retourna en Europe le cœur brisé.
Joséphine a servi la France pendant la Seconde Guerre mondiale de plusieurs manières. Elle a joué pour les troupes et était une correspondante honorable de la Résistance française (le travail d’infiltration comprenait la contrebande de messages secrets écrits sur ses partitions) et un sous-lieutenant dans l’armée de l’air auxiliaire féminine. Elle a ensuite été décorée de la Médaille de la Résistance avec rosette et nommée Chevalier de la Légion d’honneur par le gouvernement français pour son travail acharné et son dévouement.

UTZUX2V52RHDXN5VU32BRFOY44

Joséphine a visité les États-Unis dans les années 50 et 60 avec une vigueur renouvelée pour lutter contre le racisme. Lorsque le populaire Stork Club de New York a refusé son service, elle a engagé une bataille médiatique frontale avec le chroniqueur pro-ségrégation Walter Winchell. L’Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur (NAACP) a nommé le 20 mai Josephine Baker Day en l’honneur de ses efforts.

C’est également à cette époque qu’elle a commencé à adopter des enfants, formant une famille qu’elle appelait souvent « The Rainbow Tribe ». Joséphine voulait qu’elle prouve que « les enfants d’ethnies et de religions différentes pouvaient toujours être frères ». Elle emmenait souvent les enfants avec son cross-country, et lorsqu’ils étaient aux Milandes, des visites étaient organisées pour que les visiteurs puissent se promener sur le terrain et voir à quel point les enfants de « The Rainbow Tribe » étaient naturels et heureux.

Joséphine a continué à voyager aux États-Unis, et au cours de ses visites, elle a développé une amitié étroite avec l’artiste américain Robert Brady. Désormais divorcée de son quatrième mari Jo Bouillon, elle cherchait une compagnie à un niveau plus platonique. Brady a ressenti la même chose et lors d’un voyage à Acapulco, au Mexique, en septembre 1973, ils se sont rendus dans une église vide et ont échangé leurs vœux de mariage. Bien qu’aucun membre du clergé ne soit présent et qu’ils n’aient jamais été légalement joints, c’était un lien personnel important qu’elle et Brady ont maintenu le reste de sa vie. Joséphine a parlé à très peu de gens du pseudo-mariage, craignant que la presse ne le ridiculise.

Joséphine a accepté de se produire au Carnegie Hall de New York la même année. En raison de son expérience antérieure, elle était nerveuse quant à la façon dont le public et les critiques la recevraient. Cette fois, cependant, la croissance culturelle et raciale était évidente. Joséphine a reçu une ovation debout avant même le début du concert. L’accueil enthousiaste fut si touchant qu’elle pleura sur scène.

Le 8 avril 1975, Joséphine est créée au Théâtre Bobino à Paris. Des célébrités telles que la princesse Grace de Monaco et Sophia Loren étaient présentes pour voir Joséphine, 68 ans, exécuter un mélange de routines de ses 50 ans de carrière. Les critiques étaient parmi ses meilleures. Quelques jours plus tard, cependant, Joséphine a sombré dans le coma. Elle est décédée d’une hémorragie cérébrale à 5 heures du matin le 12 avril.

Plus de 20 000 personnes ont envahi les rues de Paris pour assister au cortège funèbre en route vers l’église de la Madeleine. Le gouvernement français l’a honorée d’une salve de 21 coups de canon, faisant de Joséphine Baker la première femme américaine enterrée en France avec les honneurs militaires. Sa tombe se trouve au Cimetière de Monaco, Monaco.

afp_josephine_baker_legion_dhonneur

Joséphine Baker n’a cessé d’intriguer et d’inspirer les gens du monde entier. En 1991, HBO a publié L’histoire de Joséphine Baker. Le film a remporté cinq Emmy Awards. Le film a également remporté l’un des trois Golden Globes pour lesquels le film a été nominé pour cette saison.

http://www.cmgww.com/stars/baker/about/biography/

 

 

Joséphine Baker (1906 – 1975)

Amoureuse de la France

 

Quelle personnalité ! Rarement une artiste aura, tout au long de sa vie, fait preuve d’une telle vitalité ! Rien ne pouvait arrêter Joséphine Baker devenue le temps d’une drôle de danse sauvage une des plus grandes vedettes de music-hall de son époque, mais aussi une farouche militante contre toutes les formes d’exclusion. Cette Française de cœur et d’adoption sut rendre au centuple ce que notre pays lui avait donné…

L’enfant de la balle

josephine-baker1

Comment Freda Josephine McDonald, née le 3 juin 1906, aurait-elle pu ne pas aimer la danse ? Ne dit-on pas que sa mère continuait à danser alors qu’elle était enceinte de 7 mois ?

Quant à son père, ce batteur de Saint-Louis, dans le Missouri, il courait les théâtres pour proposer ses spectacles. Malheureusement il aimait un peu trop la liberté et abandonna femme et enfant à un dénommé Arthur Martin, beaucoup moins flamboyant.

C’est dans le froid et la misère que grandit la petite Joséphine qui comprit rapidement qu’elle devait travailler pour aider sa famille. La voici à 8 ans bonne à tout faire avant d’alterner école et petits boulots jusqu’à un premier mariage, à 13 ans, avec Willie Wells et un second, l’année suivante, avec Willie Baker.

Mais celle qui se veut danseuse finit par fuir Saint-Louis, seule, pour tenter sa chance à Broadway. En fait New York ne sera qu’une étape, le temps de prendre le bateau pour Paris…

jbaker1-photos

En haut de l’affiche

La mécène Caroline Dudley Reagan a bien vu que cette jeune fille avait un talent peu ordinaire. Avec son corps musclé, ses mimiques burlesques et sa forte personnalité elle est parfaite pour devenir la vedette de La Revue nègre, un spectacle musical qui compte bien profiter de l’engouement des Parisiens pour le jazz et les artistes noirs.

josephine-baker2-charleston-bananes

Et tant mieux si son numéro de charleston dans lequel elle se présente à demi-nue reprend tous les clichés de l’Afrique mystérieuse et sauvage ! Joséphine joue avec cette image caricaturale qui renvoie les blancs à leurs préjugés et lui permet de clamer sa totale liberté d’artiste et de femme.

L’avant-garde parisienne, en pleine découverte des arts primitifs, se pâme devant la « sauvageonne » qui devient une véritable star et peut dès lors se permettre de choisir ses scènes.

La voici qui monte en 1926 sur celle des Folies-Bergères où son numéro dans La Folie du jour fait date : on n’a pas fini de parler de la fameuse ceinture de bananes ! Mais Joséphine ne craint plus d’afficher sa nudité et de provoquer les bien-pensants en se promenant avec un guépard.

De toute façon, on pardonne tout à celle qui est désormais chanteuse et qui chante en 1930 devant un public ravi : « J’ai deux amours, mon pays et Paris… » 

Ça swingue à Paris !

En 1917, lorsque les Harlem Hellfighters mettent le pied sur le sol français, ils sont loin de se douter qu’ils vont participer d’une manière originale à la belle histoire des liens entre la France et les Afro-américains. L’armée américaine refusant qu’ils combattent aux côtés de ses soldats blancs, les recrues du 369e régiment d’infanterie sont confiées à l’armée française et c’est sous son drapeau qu’elles paieront un lourd tribut à la guerre. Parmi ces hommes, on retiendra le nom de James Reese Europe qui, avec son orchestre, fait découvrir à la France le ragtime. Quel succès ! Le pays tombe sous le charme et accueille à bras ouverts ces artistes qui fuient la ségrégation et l’absence de perspective que leur réserve leur pays. À l’exemple du trompettiste Sidney Bechet qui accompagne Joséphine Baker dans la tournée de la Revue nègre, toute une génération vient trouver refuge en France pour vivre ses rêves. Voici Eugene Bullard et Ada Bricktop Smith qui enchantent les nuits de Paris, Loïs Mailou Jones qui mêle dans ses peintures Afrique et Occident, ou encore le poète Claude McKay qui va profiter de la sérénité trouvée sur notre sol pour y poursuivre le mouvement de « La Renaissance de Harlem » en faveur de la culture afro-américaine.

La gifle

josephine-baker12-casinodeparis-ziegfeld

La petite fille de Saint-Louis est désormais riche et célèbre en France mais aussi en Europe : il est temps de revenir au pays avec dans ses bagages cette nouvelle consécration !

En 1935, elle retraverse donc l’Atlantique sur le Normandie avec l’espoir de conquérir son Amérique natale.

La désillusion est totale : les rebuffades racistes s’accumulent, on lui refuse l’entrée des hôtels et des restaurants, même les plus grands journaux lui font comprendre qu’elle n’est pas à sa place : « La nuance fauve particulière de la peau nue de la grande et filiforme Joséphine Baker a fouetté le sang des Français.

Mais pour les spectateurs de Manhattan, qui l’ont vue la semaine dernière, ce n’était qu’une négresse aux dents de lapin […] qui, pour la danse et le chant, se serait fait évincer de pratiquement partout en dehors de Paris » (Time).

On la trouve « trop française » ? Elle rentre à Paris et court demander un changement de nationalité, profitant de son mariage avec l’industriel Jean Lion avec lequel elle achète le château Renaissance des Milandes, en Dordogne.

josephine-baker8-tigre

En France, je n’ai jamais eu peur…

josephine-baker11-nadar

Toute sa vie, Joséphine Baker s’est engagée contre les injustices, à commencer par le racisme. C’est donc tout naturellement qu’elle prend part au combat des Noirs américains pour leurs droits civiques. Le 28 août 1963, quelques minutes avant le pasteur Martin Luther King, elle s’avance au micro face aux 250 000 participants de la « Marche pour l’emploi et la liberté »
« Lorsque j’étais enfant, ils ont brûlé ma maison, j’ai eu peur et je me suis enfuie. J’ai fini par m’enfuir très loin. Jusqu’à un endroit qu’on appelle la France. […] Je peux vous dire, mesdames et messieurs, que dans ce pays qui semblait sorti tout droit d’un conte de fées, je n’ai jamais eu peur. […] Quand j’ai quitté Saint-Louis il y a très longtemps, le conducteur du train m’a directement orientée vers le dernier wagon. Vous savez tous très bien ce que cela signifie… Mais quand j’ai fui, oui, fui, vers un autre pays, je n’ai plus eu à subir ça. Je pouvais aller dans n’importe quel restaurant, je pouvais boire de l’eau partout où j’en avais envie, et je n’avais pas besoin d’aller dans les toilettes réservées aux personnes de couleur. Et je peux vous dire que c’était agréable […]. Mais, en Amérique, je ne pouvais pas entrer dans un hôtel pour commander un café. Ça m’a rendue folle de rage. Et vous me connaissez : quand je deviens folle de rage, j’ouvre ma grande bouche. Et alors attention, parce que quand Joséphine l’ouvre, on l’entend aux quatre coins du monde ! » (Discours du 28 août 1963).

josephine-baker15-occupation

Une Française libre

josephine-baker14-harcourt-uniforme

L’arrivée de la guerre est l’occasion pour Joséphine de montrer son attachement à son pays d’adoption.

Dès 1939, elle multiplie les actions en faveur des réfugiés avant d’être recrutée par Jacques Abtey, chef du contre-espionnage, qui utilise les entrées de cette « Honorable Correspondante » dans les cocktails pour obtenir des informations.

L’année suivante, c’est son château qu’elle met à disposition des Résistants avant de servir de couverture à Abtey qui l’accompagne en tant qu’ « artiste » au Maghreb où elle assiste au débarquement de 1942.

L’infatigable « Fifine » va alors multiplier les concerts bénévoles pour les troupes en parcourant en jeep l’Afrique du nord comme le Moyen-Orient. En parallèle, elle parvient à rassembler 10 millions de francs de cachet qu’elle reverse aux œuvres sociales de l’armée. Même la Croix de Lorraine en or, offerte par de Gaulle, finira vendue au profit de la Résistance !

En mai 1944 elle intègre les forces féminines de l’Armée de l’air avec lesquelles elle débarque à Marseille en octobre. Un beau parcours qui valait bien une Croix de guerre, une médaille de la Résistance et une Légion d’honneur !

josephine-baker17-enfants-milandes

Les combats d’un grand cœur

« La tribu arc-en-ciel » : c’est sous ce nom que Joséphine parlait de la famille qu’elle avait créée en adoptant avec son quatrième mari, le chef d’orchestre Joe Bouillon épousé en 1947, pas moins de 12 enfants.

Ne pouvant elle-même enfanter, elle a en effet choisi de recueillir des orphelins venus du monde entier pour assouvir son idéal de « fraternité universelle ». Tout ce petit monde grandit au château des Milandes transformé en « village de la fraternité », véritable complexe touristique ouvert dès 1949 où les visiteurs peuvent profiter de restaurants, d’un mini-golf, d’une piscine…

josephine-baker18-amsterdam-milandes68

Mais ce projet avant-gardiste coûte une fortune à la chanteuse qui ne recule devant rien pour réaliser son rêve. Entre les aménagements fastueux, comme sa salle de bains aux murs incrustés de pâte de verre Murano, et la centaine d’employés, la faillite arrive vite pour la star qui se montre à la fois trop extravagante, trop généreuse et trop naïve.

Lorsque son mari, découragé, la quitte en 1960, la situation devient catastrophique. Ses tournées ne suffisant plus à éponger les millions de dettes, le domaine est finalement vendu en 1968. Mais Joséphine est bien décidée une fois de plus à ne pas se laisser faire : elle campe dans la cuisine jusqu’à ce qu’on la fasse sortir de force et qu’on l’abandonne, en robe de chambre, sur le perron de son ancien château.

C’est au tour de la princesse Grâce de Monaco de lui venir en aide en lui proposant un hébergement à Roquebrune où elle se refait une santé avant de remonter une fois de plus sur scène, à près de 70 ans. Son spectacle Joséphine à Bobino est son dernier triomphe : elle meurt d’une attaque cérébrale le 12 avril 1975.

Bibliographie

Phyllis Rose, Joséphine Baker, Une Américaine à Paris, éd. Fayard, 1989.

https://www.herodote.net/Amoureuse_de_la_France-synthese-2959-39.php

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s