EMMANUEL DE WAREQUUIEL, FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LES DERNIERS JOURS DE MARIE-ANTOINETTE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, REVOLUTION FRANÇAISE (1789-1799)

Les derniers jours de Marie-Antoinette

Les derniers jours de Marie-Antoinette

Emmanuel de Waresquiel

Paris, Editions Tallandier, 2021. 347 pages

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Il a fallu à la Révolution trois jours et deux nuits, du 14 au 16 octobre 1793, pour juger et exécuter Marie-Antoinette. Elle était condamnée d’avance. C’est bien sûr le procès d’une reine, c’est aussi celui d’une étrangère, c’est enfin celui d’une femme et c’est celui d’une mère. « Ce petit chef-d’œuvre de précision, de rêverie et de style, ne laisse guère de place à la nostalgie. On n’y rêve pas de Restauration. On s’y promène dans le passé comme par l’effet d’un sortilège. »

François Sureau, La Croix « Le biographe de Talleyrand et de Fouché signe un récit précis, puissant, crépusculaire, où l’utopie des Lumières vacille dans la réalité de la Terreur et le regard perdu d’une femme blanche comme la peur. » Laurent Lemire, L’Obs « Emmanuel de Waresquiel a donné à cet ouvrage un tour très personnel. La science, le sérieux, la volonté de ne rien écrire qui ne trouve son origine dans la critique des sources, l’analyse minutieuse d’archives inexploitées n’a pas désarmé, en lui, le désir de produire une œuvre littéraire. Affranchi par l’autorité que lui donne désormais son œuvre d’historien, c’est en écrivain qu’il prend appui sur elle pour jeter un jour cru sur les tréfonds les plus secrets de la nature humaine. » Michel De Jaeghere, Le Figaro Histoire

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 Biographie de l’auteur

Emmanuel de Waresquiel est l’auteur d’une oeuvre imposante sur la Révolution, l’Empire et le XIXe siècle. Ses livres (Talleyrand, Fouché, Sept Jours…) sont de grands succès de librairie, couronnés par maints prix littéraires.

Point de vue personnel

Dans Les derniers jours de Marie-Antoinette comme dans son précédent ouvrage Juger la Reine (paru en 2016 aux Editions Tallandier) Emmanuel de Waresquiel retrace les derniers de celle qui fut la dernière reine de France.

Avec l’auteur nous entrons dans la Conciergerie, dans le Tribunal révolutionnaire et nous suivrons le lent cortège à travers la ville de Paris de la Conciergerie à l’échafaud. Cet excellent ouvrage qui couvre les 14, 15 et 16 octobre 1792 décortique dans un style agréable et facile à lire la salle où se tient le procès (son histoire ancienne et récente). Chacun des protagonistes de ces trois journées sont dépeint avec précision (Fouquier-Tinville, Robespierre, ses deux avocats, les Commissaires du Temple et une foule de témoins).

A son arrivée au Tribunal révolutionnaire que reste-t-il de la jeune archiduchesse qui a été donnée en épouse, pour réconcilier l’Autriche et la France ? Que reste-t-il de celle que l’on appelait « l’Autrichienne », la reine que l’on disait frivole et dépensière ? Dès les débuts de la Révolution en 1789 la reine avait su se muer en femme politique pour défendre la monarchie telle qu’elle était face à un Louis XVI trop indécis pour s’imposer. Et à 38 ans le reine déchue a beaucoup vieillie, elle est malade, ses cheveux ont blanchis mais sait rester digne face à ses accusateurs comme elle le sera face à la mort.

Après la mort de Louis XVI en janvier 1793 le procès de Marie-Antoinette fut longtemps différé : Robespierre et certains révolutionnaires craignaient les réactions des cours européennes mais sous la pression des sans-culottes parisiens et aussi face aux difficultés que rencontraient la République (guerre de Vendée, défaites militaires des armées républiques) on se résout finalement à l’envisager. Mais ce fut un procès où les juges eurent bien du mal à apporter des preuves de leurs accusations : Fouquier-Tinville dut se résoudre à faire venir des témoins qui bien souvent se contenteront de rapporter les quelques ragots qui se colportaient en ville, ou les témoignages d’anciens serviteurs mécontent ! S’il est certain que Marie-Antoinette a correspondu avec certains de ses soutiens à l’étranger (des émigrés, l’Empereur d’Autriche) elle fit pour défendre les droits de son fils Louis-Charles à la couronne de France après la mort de Louis XVI ; quant aux autres accusations (notamment son immoralité et surtout celle d’inceste envers son fils) elles relèvent surtout d’une volonté d’humilier en la personne de Marie-Antoinette la reine, la femme et la mère qu’elle était.

Au final d’un procès de trois jours Marie-Antoinette qui a sans doute espéré jusqu’au bout qu’elle serait épargnée, est condamnée à mort et exécutée. Son attitude face à la mort fut digne au grand dam de ses bourreaux. Les quelques essais pour la libérer (aussi courageux qu’intrépides et parfois rocambolesques) se seront avérés vains. Rien ne pouvait sauver la dernière reine de France.

Ce livre est une page d’histoire (qui lève également un voile sur celui qui fut peut-être son seul amour : le comte de Fersen) qui montre comment fonctionnait la justice révolutionnaire C’est aussi un portrait plein de compassion et d’empathie envers une femme condamnée d’avance.

Par ses nombreuses notes, par son souci de consulter les Archives, cet ouvrage se révèle aussi passionnant qu’instructif sur une période de notre histoire.

©Claude Tricoire

31 janvier 2022.

Emmanuel de Waresquiel : « Le testament de Marie-Antoinette, l’un des plus poignants que je connaisse »

 En octobre 1793 la reine Marie-Antoinette est guillotinée après un simulacre de procès. Historien, grand spécialiste de la Révolution française, Emmanuel de Waresquiel revient sur cet évènement et décrit le courage d’une femme qui tente de résister à l’adversité avec dignité et foi, alors qu’elle se sait condamnée.

Emmanuel de Waresquiel, historien, spécialiste de la Révolution française, de l’Empire et de la Restauration, connu du grand public pour ses éclairages uniques sur Talleyrand, et auteur de « Juger la Reine », vient de publier un livre passionnant qui raconte les Sept joursqui ont bouleversé le cours de l’histoire de France. Pour Aleteia, il revient sur le procès d’une reine. Celui d’une étrangère, d’une femme et d’une mère. Le procès d’une jeune femme de 38 ans qui, pendant les trois derniers jours de sa vie, a impressionné par sa dignité, son courage, son sens politique et aussi une foi en Dieu sans faille. Décryptage.

Aleteia : Il a fallu à la Révolution trois jours et deux nuits, du 14 au 16 octobre 1793, pour juger et guillotiner Marie-Antoinette. Elle était condamnée d’avance. Dans votre ouvrage « Juger la Reine » vous vous êtes penché sur des sources jusqu’alors inédites de son procès. Pourquoi, pour un historien, ce procès est-il aussi important ?
Emmanuel de Waresquiel : J’ai essayé de comprendre quels étaient tous les enjeux qui présidaient à l’existence même du procès de Marie-Antoinette. Cette confrontation entre deux mondes : celui de la Révolution d’un côté incarné par les juges et les accusateurs publics, et celui de la contre-Révolution représentée par la reine déchue de l’autre… En fait, ce procès est le seul élément de la Révolution française où l’on trouve ces deux mondes l’un en face de l’autre. C’est un évènement qui en apparence semble être mineur. Mais en réalité, il donne à comprendre beaucoup mieux ce qu’a été la Révolution et ce qu’a été la Terreur. C’est un procès de la Révolution, qui veut à tout prix incarner le principe de l’égalité contre les privilèges, les ordres, la hiérarchie incarnés par la reine, qui veut être le défenseur de la nation contre celle qui est étrangère, dont la coalition étrangère occupe déjà certains territoires français. C’est aussi un procès des hommes contre une femme.

Mais pourquoi au cours de ce procès, cette haine si inouïe envers elle ?
Elle remonte à loin, bien avant la Révolution française. Elle remonte au fameux renversement des alliances de 1756, quand la France se tourne vers son ennemi héréditaire qu’était l’Autriche, en se détournant de la Prusse. Alors que la construction monarchique française, celle définie par le fameux pré-carré de Richelieu, s’était toujours reposée sur l’opposition aux Habsbourg. Toutes les guerres françaises, jusqu’à ce renversement, avaient été contre la dynastie Habsbourg, qu’elles soient contre l’Espagne ou contre l’Autriche. Des pamphlets sont alors publiés visant cette décision de Louis XV et de Choiseul. Les élites de l’époque vivent mal ce bouleversement, dont la conséquence dynastique est l’arrivée de Marie-Antoinette, l’archiduchesse Antonia, une des filles de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, âgée alors d’à peine quinze ans. Dauphine, puis reine de France, elle est le garant de la nouvelle alliance. Elle est autrichienne, ce qui est déjà une accusation potentielle et presque une tare !

Juger la reine

Emmanuel de Waresquiel

Paris, Editions Taillandier, 2016. 368 pages

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Juger la Reine, 14,15, 16 octobre 1793

Un procès légitime ?

 Le procès de la reine Marie-Antoinette était-il légitime et justifié par la défense du pays ? Emmanuel de Waresquiel détaille cette controverse majeure de la Révolution dans Juger la Reine (2016, 360 pages) 22,50 euros),

On savait que le Tribunal révolutionnaire n’était qu’une parodie de justice. Que la politique y avait remplacé le droit. Et que, très rapidement, il était devenu l’antichambre de la mort. Le procès de la reine Marie-Antoinette, relaté par Emmanuel de Waresquiel, en administre la parfaite illustration. L’auteur en décortique les ressorts avec une acuité et une limpidité qui font de cet ouvrage un remarquable livre d’Histoire, passionnant de bout en bout.

Tout y est : l’atmosphère glauque du tribunal, le contexte politique, la psychologie de la reine, la sociologie des jurés et des témoins, les mécanismes de la Terreur. De Waresquiel explore tout cela avec pertinence et un sens du récit qui nous plonge dans une page d’histoire comme si elle s’écrivait sous nos yeux.

Il nous fait vivre ces trois jours de procès d’octobre 1793 en intégrant tous les paramètres qui éclairent cette tragédie dont la Révolution aurait pu se dispenser. Certes, il s’attarde peu sur les « trahisons » de Marie-Antoinette, mais les faits sont déjà connus.

L’apport de ce livre réside surtout dans un aspect négligé jusque-là : le passé des témoins et des jurés. Ils sont issus des classes moyennes ou modestes (artistes, artisans ou commerçants). Ils possèdent d’autres points communs : ils sont quasiment tous des proches de Robespierre, de Fouquier-Tinville au faîte de sa puissance ou de ses sbires. Tous ont participé à la Révolution, en intégrant des sociétés populaires ou des comités, certains en ont même profité pour s’élever socialement et s’enrichir en devenant des rouages de l’administration de la Terreur et en bénéficiant de passe-droits et de prébendes. D’autres sont indicateurs de police…

« La Révolution leur permet d’accéder à des fonctions de pouvoir qu’ils n’auraient même pas rêvé d’exercer sous l’Ancien Régime », écrit l’auteur qui ajoute : « Tout cela est quand même vertigineux. En quelques mois, ils sont sortis de leur insignifiance et de leur médiocrité pour disposer de la vie et de la mort de milliers de leurs semblables (…) Le procès de Marie-Antoinette, c’est cela aussi : la revanche de l’ennui, de la boutique, de la vie ordinaire sur l’extraordinaire, sur l’inaccessible, sur des rêves trop longtemps défendus. »

De Waresquiel pointe là un des moteurs de toute révolution : la promotion due plus à l’opportunisme et à l’avidité qu’au mérite. Enfin, ultime et macabre dénominateur commun de ces serviteurs zélés de la Révolution, presque tous finiront sur l’échafaud après y avoir envoyé Marie-Antoinette, comme avalés eux-aussi par la machine infernale de la Terreur dont ils étaient les soutiers revanchards.

Le procès de la reine, c’est aussi celui des fantasmes et des imageries populaires. Aux yeux du peuple, Marie-Antoinette était « l’étrangère », l’épouse « dépravée », la mère « incestueuse ». Ce sont aussi ces calomnies qui ont été « jugées » sans preuve. Marie-Antoinette était déjà condamnée avant son procès. « Faute d’apporter des preuves, nombre de témoins vont trouver dans le jugement de l’ex-reine l’occasion de prendre leur revanche sur leur ancienne condition.

De ce point de vue là-aussi, le procès de Marie-Antoinette est celui du triomphe de l’égalité sur les anciens ordres, sur la hiérarchie des rangs, sur les préséances de cour », écrit de Waresquiel qui montre comment la reine a été aussi lâchée par les émigrés et par les autres puissances européennes : « Les rois l’ont abandonnée depuis longtemps. Les intérêts des princes comme ceux de la République se sont conjugués pour l’étouffer et la tuer. » Il y aura bien quelques tentatives individuelles pour l’enlever et la soustraire à son sort funeste, mais elles échouent.

C’est finalement seule que Marie-Antoinette affronte son procès et la mort. Dans cette double épreuve, elle fait montre d’un courage et d’une dignité qui feront défaut à certains de ses nombreux accusateurs lorsqu’ils seront conduits à leur tour à l’échafaud. Certes, avant de se résoudre à pratiquer l’intelligence avec l’ennemi, la reine a été fautive d’avoir mené une vie frivole, dispendieuse, d’avoir ignoré le pays réel, de n’avoir pas compris la Révolution. Mais comme toute la Cour…

Pour abattre la monarchie, l’exécution de Louis XVI n’avait pas suffi aux révolutionnaires les plus exaltés, il leur fallait aussi la tête de la reine. Une reine qui, durant toute sa vie aura subi son destin, celle d’une jeune Autrichienne parachutée à la Cour de France, en butte aux intrigues, à la xénophobie, souffrant de l’indifférence de son mari, et finalement plongée dans une Révolution qui avait décidé d’en faire une victime expiatoire. Au nom du peuple.

Emmanuel de Waresquiel : « Le testament de Marie-Antoinette, l’un des plus poignants que je connaisse »

 En octobre 1793 la reine Marie-Antoinette est guillotinée après un simulacre de procès. Historien, grand spécialiste de la Révolution française, Emmanuel de Waresquiel revient sur cet évènement et décrit le courage d’une femme qui tente de résister à l’adversité avec dignité et foi, alors qu’elle se sait condamnée.

Emmanuel de Waresquiel, historien, spécialiste de la Révolution française, de l’Empire et de la Restauration, connu du grand public pour ses éclairages uniques sur Talleyrand, et auteur de « Juger la Reine », vient de publier un livre passionnant qui raconte les Sept jours qui ont bouleversé le cours de l’histoire de France. Pour Aleteia, il revient sur le procès d’une reine. Celui d’une étrangère, d’une femme et d’une mère. Le procès d’une jeune femme de 38 ans qui, pendant les trois derniers jours de sa vie, a impressionné par sa dignité, son courage, son sens politique et aussi une foi en Dieu sans faille. Décryptage.

Marie-Antoinette arrive en France alors qu’elle n’a que quinze ans (…), elle est arrachée à sa famille. Quand elle passe le Rhin, on la fait se déshabiller de ses vêtements pour revêtir ceux de la Cour de France…

Ensuite, l’hostilité va s’enrichir d’un nouveau tort qu’on lui porte, celui de son indépendance envers la cour comme envers le roi à qui elle ne donne pas d’enfant pendant les sept premières années de mariage. Elle est indépendante et libre, elle s’installe au Trianon. Le premier pamphlet contre Marie-Antoinette, qui se sert d’une anecdote à Marly en 1780 n’est que le début d’une longue série où on va lui faire payer cette indépendance en lui prêtant des mœurs légères. Pourtant, son indépendance est toute relative. Mais les codes de la Cour de France était beaucoup plus stricts que ceux de la cour des Habsbourg, plus familiale et moins formelle que Versailles.

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CC/Wikimedia

La reine Marie-Antoinette, le 16 octobre 1793 : escortée par la garde nationale de Paris, elle est conduite de la Conciergerie à la place de la Révolution où elle va être guillotinée.

Marie-Antoinette arrive à la cour très jeune, encore une raison d’hostilité envers elle ?
Oui, c’est aussi une question de génération : Elle arrive en France alors qu’elle n’a que quinze ans, elle est projetée dans un monde de vieux. Il faut essayer de comprendre son comportement, son caractère. Marie-Antoinette est arrachée à sa famille. Quand elle passe le Rhin, on la fait se déshabiller de ses vêtements pour revêtir ceux de la Cour de France. Cela a été certainement pour elle un véritable traumatisme. Contrairement à sa mère, une femme d’autorité, elle ne s’intéresse pas à la politique. De ce point de vue, elle déçoit le gouvernement autrichien parce qu’elle ne lui sert pas de relai de transmission en France. Également, comme elle l’écrit dans des lettre à ses proches, elle n’aime pas être en public, elle se sent en dessous des responsabilités qui devraient être les siennes. Au fond, elle ne s’aime pas. D’ailleurs, elle va mettre des années à accepter les portraits qu’on fait d’elle, il va même falloir attendre 1777 pour qu’elle accepte le premier de tous ceux qu’on a fait d’elle. Les pamphlets se développent bien avant 1789, ils tirent un trait entre les turpitudes sexuelles qu’on lui prête et ses turpitudes politiques. L’explication de son dérèglement sexuel devient celui de son dérèglement politique, on la soupçonne de vouloir prendre le pouvoir, notamment sur son mari.

Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans la psychologie de Marie-Antoinette pendant son procès ?
La reine est dans une position de faiblesse absolue. On l’a séparée de son fils, on lui a interdit les promenades dans la cour des femmes de la prison de la Conciergerie, elle est très peu informée de ce qui se passe à l’extérieur. Jusqu’au dernier moment, elle croit qu’elle pourra servir de monnaie d’échange entre le gouvernement et l’Autriche, ce qui est une illusion. Pourtant Marie-Antoinette a une force de vie en elle impressionnante, celle qui la porte pendant les trois jours et les deux nuits du procès.

Vous dites qu’elle est incroyablement digne et courageuse, mais aussi très politique…
Elle apparaît comme une passionaria du droit divin. Pas tant pour défendre son mari qui a été guillotiné huit mois plus tôt, que pour protéger les droits de son fils. N’oublions pas le contexte du moment : c’est une lutte de pouvoir au sein de la contre-Révolution, entre les revendications des frères cadets de Louis XVI et son fils qui est emprisonné à la tour du Temple. Marie-Antoinette est beaucoup plus ferme et univoque que son mari ne l’a jamais été pendant son propre procès devant la Convention. Elle a de l’aplomb et le sens de la répartie. De toute façon, quoiqu’il arrive, elle est déjà condamnée avant d’avoir été jugée, parce qu’elle représente le système monarchique qu’on abat, parce que les pamphlets lui ont donné la réputation qu’on connaît, parce qu’elle ne se laisse pas faire… On va même l’accuser d’inceste avec son propre fils !

Jusqu’au bout, elle essaie de défendre la cause monarchique et les droits historiques et héréditaires de son fils de 7 ans. Ne l’oublions jamais, elle le considère comme roi de France celui qui est enfermé au Temple. Un petit garçon dont les révolutionnaires ne savent pas très bien quoi faire… Finalement, ils vont trouver la parade en avilissant la relation entre sa mère et lui. Ils sont gênés par le statut monarchique de ce petit garçon. D’où l’idée d’accusation d’inceste, relayée par le témoignage douteux du gardien du petit Louis XVII, le cordonnier Simon, et qui a été développée par Hébert l’un des témoins essentiels du procès.

Vous dites que tout le monde a peur dans ce procès. Les accusateurs aussi. Finalement, il y a une communauté de destin entre la reine et ses juges…
Oui, je la vois dans les archives. La moitié des jurés ont été proches de Robespierre, ils ont subi eux-mêmes des procès, ils sont dans la peur. L’univers psychologique des juges relève d’éléments divers qui tiennent à la nécessité politique, à la conscience révolutionnaire, à la vertu, mais aussi à la peur qui est un élément constitutif de leur psychologie. On est en pleine guerre civile. Les armées étrangères de la Coalition sont au Nord, à l’Est… La flotte anglo-espagnole a pris Toulon, la Vendée et Lyon se sont soulevés. Tout le monde a peur. L’été et l’automne 1793 sont d’une extrême difficulté pour une très jeune république qui n’a même pas un an, et qui se défend par l’exemple et la vengeance. La notion de vengeance est absolument essentielle du point de vue de la dynamique de la Terreur. Les juges sont habités par cet esprit de vengeance. Il est très difficile de démêler vengeance, conscience révolutionnaire, nécessité politique et peur. Tout cela constitue le fond de la sauce de la psychologie des juges et des jurés.

Son attitude face à la mort tient à des raisons terrestres et célestes, liées autant à son statut d’archiduchesse et de reine, qu’à sa foi.

 Marie-Antoinette parle-t-elle de sa foi au cours du procès ?
Pendant son procès, la reine n’exprime pas sa foi. Elle pense qu’elle arrivera à terrasser ses accusateurs, elle sait se taire quand il le faut et ne pas manier des arguments qui pourraient la desservir. Elle est beaucoup trop intelligente pour le faire. Quant à sa foi, la reine le fait dans son testament rédigé dans son cachot de la Conciergerie après l’annonce de sa condamnation. Elle l’adresse à la sœur de Louis XVI, qui partage la captivité des enfants royaux au Temple. Dans sa lettre, Marie-Antoinette se confie entièrement dans les mains de Dieu. C’est une des lettres testamentaires les plus poignantes que je connaisse !

Ce testament, la reine ne le signe pas, elle ne mentionne aucun nom, dans l’espoir peut-être de la faire parvenir discrètement à sa belle-sœur. En tant qu’historien, croyez-vous en son authenticité ?
Même si son testament ne nous est pas parvenu simplement, j’en suis convaincu. Toutes les vérifications que j’ai effectuées le confirment.

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Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans son testament ?
Je suis abasourdi par le courage de Marie-Antoinette et sa capacité de résister à l’adversité, alors qu’elle sait qu’elle est condamnée à mort. Ensuite, ce qui m’émeut profondément, c’est la délicatesse de ses sentiments pour ses enfants. Elle les aime profondément. Malgré la déchirure de la séparation qu’elle sait définitive, elle leur écrit pour leur dire l’importance du pardon. Ces valeurs chrétiennes du rachat par le pardon qu’elle veut transmettre à ses enfants, cet abandon d’elle-même dans les mains de Dieu, c’est édifiant. Il n’y a pas selon moi d’autre explication que sa profonde dimension chrétienne pour comprendre la sérénité qui se dégage de ces pages
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Expiatory chapel. White marble statue : Marie-Antoinette soutenue par la Religion.

Fred de Noyelle / GodongMarie-Antoinette soutenue par la Religion, Chapelle expiatoire, à Paris.

En même temps, je sais qu’elle ne veut pas perdre la face. Son attitude face à la mort tient à des raisons terrestres et célestes, liées autant à son statut d’archiduchesse et de reine, qu’à sa foi. Cette attitude qu’elle aura au pied de l’échafaud, elle s’explique par son abandon à Dieu, et en même temps par sa volonté, son orgueil de souveraine de ne pas perdre la face vis-à-vis de ses ennemis, qu’elle considère comme des êtres atroces. Si elle appelle au pardon, cela ne l’empêche pas de les haïr profondément. En lisant son testament, je suis impressionné par la maîtrise de soi qui se dégage d’elle, et par son courage qui est exemplaire, ainsi que cette persuasion qu’elle a d’être dans les mains du Seigneur.

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