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Le Serviteur souffrant, personnage de l’Ancien Testament

Le Serviteur souffrant,

plus grand personnage de l’Ancien Testament

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Isaïe de Michel Ange

 Parmi les grandes figures bibliques qui annoncent la Passion de Jésus, le Serviteur est le plus grand. Le Vendredi saint, l’Église nous invite à méditer, lors de la célébration de la Passion, le poème de ce Serviteur souffrant du livre d’Isaïe.

Quelle figure puissante que celle du Serviteur ! Et mystérieuse de surcroît, car ce Serviteur ne possède pas de nom… Cependant, on peut dire de lui qu’il est le plus grand personnage de l’Ancien Testament pour la raison qu’il opère la guérison d’une multitude, ce qu’aucun prophète biblique n’avait réussi à faire avant lui. Il y avait bien eu des hommes de Dieu guérisseurs, mais leurs miracles étaient ponctuels, ou des libérateurs politiques, mais qui restaient impuissants à toucher le cœur de leurs semblables.

 

Un retournement collectif

Avec le Serviteur, nous sommes en présence d’un homme qui dessille les yeux d’une multitude, en retournant de l’intérieur ceux qui avaient applaudi à sa condamnation : « Les multitudes de nations seront dans la stupéfaction […] pour avoir vu ce qui ne leur avait pas été raconté, pour avoir appris ce qu’ils n’avaient pas entendu dire » (Is 52, 15). Le Serviteur leur donne à voir « ce qu’ils n’avaient pas entendu ». Illuminés de l’intérieur, ceux qui avaient assisté à sa condamnation reconnaissent que « le châtiment qui nous vaut la paix était sur lui » (Is 53,5) et que c’est « nos douleurs dont il était chargé ».

Le mystère de cette action s’accroît de ce que cette révélation suprême est délivrée paradoxalement par un personnage « devant qui on se voile la face » ! Le Serviteur est bien « l’alliance du peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles » (Is 42,6-7), ainsi que l’annonçait Dieu dans le premier chant. Après les persécutions dont ils ont été victimes, les auteurs des psaumes témoignent que le Seigneur les a arrachés à la mort. La situation est différente avec le Serviteur. Lui ne revient pas se dire sauvé. Ce sont au contraire ses persécuteurs qui reviennent pour témoigner de leur guérison opérée par ses soins ! « C’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris » (Is 53,5).

Qui parle dans les poèmes du Serviteur ?

Stupéfiantes guérison et révélation que celles réalisées par ce mystérieux Serviteur qui n’ouvre pas la bouche, comme un « agneau qui se laisse mener à l’abattoir » (Is 53, 7) ! Qui est-il ? Qui parle dans ce poème ? Au début (Is 42), Dieu annonce le résultat de l’œuvre de son serviteur. Ensuite, c’est lui-même (chap. 49 et 50) qui se définit comme celui qui tend l’oreille pour écouter comme un disciple (50,4). Enfin, au chapitre 53, un « nous » mystérieux prend la parole. Un « nous » qui semble être la foule anonyme de ceux qui ont assisté à l’élimination du Serviteur. À quoi est due leur conversion ? Le poème est peu explicite à ce sujet.

Quoiqu’il en soit, il faut que le témoignage de sa mort ait été bien puissant pour qu’il arrive à retourner les lyncheurs, et à travers eux tous les rois de la terre (49,7). Cette révélation agit comme la nouvelle Alliance prophétisée par Jérémie : « Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur  » (Jr 31,33). Pareillement, l’ouverture des yeux des aveugles au sujet du Serviteur ne vient pas de l’extérieur, mais elle sourd du cœur des témoins et des auditeurs du récit de ses malheurs.

Une œuvre prodigieuse

L’œuvre accomplie par le personnage du livre d’Isaïe est prodigieuse. « Il justifiera les multitudes » (53, 11). Comment le Serviteur arrive-t-il à rendre justes les pécheurs, alors qu’il ne fait rien de grandiose en apparence ? Voilà un mystère que la Passion de Jésus lèvera. D’ailleurs, à l’instar du Serviteur, le Christ ne fera pas lui-même le récit de son action salvifique. Le Serviteur « portait le péché des multitudes » (53,12) : c’est là une action qui n’a pas d’équivalent dans les autres textes de l’Ancien Testament. Le résultat est d’autant plus prodigieux que la tâche est menée par quelqu’un qui n’a plus d’« apparence qui nous eût séduit ».

 

Un mystère que seule la Résurrection est capable d’éclaircir

Ainsi, dans l’histoire du Serviteur, trois mystères concomitants se télescopent : le retournement de la foule, la justification des multitudes et son exaltation finale (52,13). De ces événements inouïs, Dieu nous avait prévenus au début du poème : « Les premières choses, voilà qu’elles sont venues, et je vous en annonce de nouvelles ; avant qu’elles ne paraissent, je vous les fais entendre » (Is 42,9), en nous avertissant qu’elles susciteraient de l’« étonnement » (52,14) et de l’« émerveillement » (52,15). Il faudra attendre la mort-résurrection de Jésus pour que la lumière se fasse sur les multiples implications de l’œuvre du Serviteur. Et encore, n’en épuiserons-nous jamais toutes les richesses.

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