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Les infréquentables frères Goncourt

Les Infréquentables Frères Goncourt 

Pierre Ménard

Paris, Tallandier, 2020. 416 pages

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Edmond et Jules de Goncourt sont comme écrasés par leur nom. Si nul n’ignore le prix qu’ils ont fondé, l’oubli a frappé la vie et l’œuvre de ces deux frères qui se sont attaqués pendant près d’un demi-siècle à tous les genres littéraires, et plus encore au genre humain. Suivre les Goncourt, c’est courtiser la princesse Mathilde, dîner avec Zola, survivre à la Commune, passer des salons des Rothschild aux soupentes sordides et recevoir toute l’avant-garde artistique dans leur Grenier de la Villa Montmorency. Pamphlétaires incisifs, romanciers fondateurs du naturalisme, dramaturges à scandale, collectionneurs impénitents, ces langues de vipère ont légué à la postérité un cadeau empoisonné : un Journal secret qui fait d’eux les meilleurs chroniqueurs du XIXe siècle. Seule la méchanceté est gratuite, aussi les deux écrivains la dépensent-ils sans compter. Chaque page laisse éclater leur détestation des femmes, des parvenus, des Juifs, des artistes et de leurs familiers. On découvre Baudelaire ouvrant sa porte pour offrir aux voisins le spectacle du génie au travail, Flaubert invitant ses amis à déguster des « cervelles de bourgeois », les demi-mondaines étalant un luxe tapageur ou Napoléon III entouré d’une cour servile qui met en bouteilles l’eau de son bain… Réactionnaires ne jurant que par la révolution en art, aristocrates se piquant de faire entrer le bas peuple dans la littérature, les Goncourt offrent un regard aiguisé sur un monde en plein bouleversement, où, de guerres en révolutions, le paysan fait place à l’ouvrier, la bougie à l’ampoule et le cheval à l’automobile.

Pierre Ménard est diplômé d’HEC. Le Français qui possédait l’Amérique est son quatrième ouvrage.

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Critique

Tout le monde connait le nom du Prix Goncourt et son influence dans le monde littéraire. Mais le « Prix Goncourt » s’il doit son nom aux frères Goncourt, deux écrivains du XIXè siècle, a éclipsé la vie et l’oeuvre de leur géniteur. Aujourd’hui leur oeuvre est méconnue, mise à part peut-être le Journal, tenu au jour le jour où il dépeigne avec férocité les moeurs de leur époque, et où l’on retrouve tous les ragots sur les écrivains contemporains.

Géniaux touche à tout, collectionneurs de renom, pamphlétaires incisifs, romanciers fondateurs du mouvement naturaliste, dramaturges à scandale, antisémites invétérés, ces frères inséparables laissèrent à la postérité, en plus de leur Académie, un cadeau empoisonné. Leur vie durant, ces amoureux du XVIIIe siècle, croquaient la société dans un Journal secret, médisant et savoureux, qui ferait d’eux les meilleurs chroniqueurs du XIXe siècle. Suivre les Goncourt, c’est dîner chez Magny avec Flaubert, Zola et George Sand, courtiser la princesse Mathilde, survivre à la Commune de Paris, entrer chez les Rothschild comme dans les soupentes infâmes et recevoir, dans leur Grenier, toute l’avant-garde littéraire et artistique. Dans leur sillage se dessine une société changeante, fêtant les rois et les empereurs avant de proclamer la république ; un monde où le paysan fait place à l’ouvrier, le campagnard au citadin, le cheval à l’automobile. Seule la méchanceté est gratuite en ce bas monde aussi, fort prodigues, la dépensent-ils sans compter. Chaque page laisse éclater leur détestation des femmes, des parvenus, des juifs, des artistes et de leurs familiers. On découvre ainsi Baudelaire laissant sa porte ouverte pour donner aux voisins le spectacle du génie au travail, Flaubert rendu fou par l’écriture, invitant ses amis à déguster « des cervelles de bourgeois », ou Napoléon III, entouré d’une cour servile vendant en bouteilles l’eau de son bain…

A la fin de l’ouvrage on ne sait si l’on doit admirer les deux écrivains ou les détester pour leur Journal tant il montre toute la vacuité de deux hommes qui voulaient accéder à la gloire et qui semblaient détester leurs semblables. Seul trouve grâce à leurs yeux que le XVIIIè siècle. Toutefois on trouve toute la galerie de ce monde littéraire du XIXè siècle. Le Journal est féroce mais néanmoins utile pour nous faire revivre le foisonnement intellectuel de cette époque dont bien des noms sont tombés dans l’oubli.

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Les huit premiers membres de l’académie Goncourt : Alphonse Daudet, Gustave Geffroy, Paul Margueritte, Joris-Karl Huysmans, Léon Hennique, J.-H. Rosny aîné, J.-H. Rosny jeune et Octave Mirbeau. L’Illustration, 1er août 1896.

Jules de Goncourt

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Jules Huot de Goncourt, né le 17 décembre 1830 à Paris où il est mort le 20 juin 1870, est un écrivain français, à l’origine de l’académie Goncourt qui décerne chaque année le prix du même nom. Une partie de son œuvre fut écrite en collaboration avec son frère, Edmond de Goncourt. Les ouvrages des frères Goncourt appartiennent au courant du naturalisme.

 Biographie

La famille de Jules Huot de Goncourt est originaire de Goncourt dans la Haute-Marne. Son père Marc-Pierre Huot de Goncourt (fils de Jean Antoine Huot de Goncourt et de Marguerite Rose Diez), ancien officier de Napoléon, faisait vivre la famille du revenu de ses terres, et sa mère était née Annette Cécile Guerin. Il étudia au lycée Condorcet. Il est le frère d’Edmond de Goncourt, son aîné, avec lequel il collabora pour une partie de son œuvre.

Il meurt au 53, boulevard de Montmorency des suites d’une paralysie générale progressive, consécutive à une syphilis contractée au Havre en 1850. Il est inhumé, au cimetière de Montmartre, où le rejoindra, vingt-six ans plus tard, son frère Edmond, à sa mort, en 1896. Les deux médaillons sur le tombeau, sont les œuvres du sculpteur Alfred-Charles Lenoir.

 

 

Ouvrages

Avec Edmond de Goncourt

Sœur Philomène, Paris, A. Bourdilliat, 1861.

Renée Mauperin, Paris, Charpentier, 1864.

Germinie Lacerteux, Paris, Charpentier, 1865.

Idées et sensations, Paris, A. Lacroix, 1866.

Manette Salomon, Paris, A. Lacroix, 1867.

Madame Gervaisais, Paris, A. Lacroix, 1869.

Journal, écrit d’abord par Jules et Edmond, puis par Edmond seul après la mort de Jules. Le Journal des Goncourt a été publié en plusieurs volumes, les premiers du vivant des auteurs, et les derniers après la mort d’Edmond.

Edmond de Goncourt

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Œuvres principales

Germinie Lacerteux (en roman, 1865 et au théâtre, 1888),

Manette Salomon (1867),

Madame Gervaisais (1869),

Les Frères Zemganno (en roman, 1879 et au théâtre, 1890).

Edmond Huot de Goncourt né à Nancy le 26 mai 1822 et mort à Champrosay (Seine-et-Oise) le 16 juillet 1896 est un écrivain français.

Il est le fondateur de l’Académie Goncourt qui décerne chaque année le prix homonyme. Une partie de son œuvre est écrite en collaboration avec son frère, Jules de Goncourt. Les ouvrages des frères Goncourt appartiennent au courant du naturalisme.

 Biographie

Issu d’une famille originaire de Goncourt dans la Haute-Marne par ses parents Marc-Pierre Huot de Goncourt (fils de Jean Antoine Huot de Goncourt et de Marguerite Rose Diez) et Annette Cécile Guerin, Edmond de Goncourt est né à Nancy le 26 mai 1822 dans la maison familiale au 33 rue des Carmes.

Il étudie, à Paris, au lycée Condorcet. Il est, avec son frère cadet Jules de Goncourt, l’ami d’Ivan Tourgueniev, de Paul Gavarni, Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, Émile Zola, Guy de Maupassant et Théodore de Banville, entre autres.

Il anime avec son frère un salon littéraire informel tous les dimanches baptisés le « Grenier » où se réunissent notamment Maurice Barrès, Alphonse et Léon Daudet, Gustave Geffroy, Roger Marx, Octave Mirbeau, Auguste Rodin, Émile Zola, au 67, boulevard de Montmorency dans le 16e arrondissement de Paris. Eugène Carrière (1849-1906), présenté par Gustave Geffroy à Edmond de Goncourt, fréquente ce salon. Il lui a laissé au moins sept portraits d’Edmond, qui lui rend visite dans son atelier des Batignolles (Pontoise, musée Tavet-Delacour).

Edmond de Goncourt meurt d’une embolie pulmonaire fulgurante dans la villa de Draveil, de son ami, Alphonse Daudet, puis est inhumé auprès de son frère cadet Jules à Paris au cimetière de Montmartre (13e division). Les deux médaillons ornant le tombeau sont les œuvres du sculpteur Alfred-Charles Lenoir.

 

Le Journal

Alors que l’œuvre de fiction des Goncourt est relativement peu lue aujourd’hui, le Journal reste un témoignage intéressant sur la deuxième partie du xixe siècle.

Jusqu’à sa mort en 1870, Jules est le principal auteur du Journal, poursuivi ensuite par Edmond, resté seul. Sous-titré Mémoires de la vie littéraire, il se compose d’un ensemble de notes, généralement brèves, prises au jour le jour. On y trouve, en désordre, au fil des dates :

des observations sur la santé des deux auteurs, et de leurs amis : en particulier, pendant l’année 1870, la maladie de Jules, la syphilis, qui doit aboutir à sa mort, est décrite avec soin par Edmond. Cette minutie dans la description de la déchéance de son frère n’exclut pas sa profonde douleur ;

le récit des démêlés des auteurs avec les commissions de censure, aussi virulentes et bornées sous la Troisième République que sous le Second Empire ;

les rapports des auteurs avec la critique, souvent sévère, voire insultante : les romans des deux frères, comme ceux d’Émile Zola, ont souvent choqué leurs contemporains et les critiques pudibonds ;

le récit du succès ou des échecs des livres, et surtout des pièces de théâtre — la plupart des romans des auteurs ayant été adaptés pour la scène, comme il est d’usage à cette époque — : il est difficile de savoir à l’avance si une pièce va faire un triomphe ou être sifflée ;

des « on dit » plus ou moins médisants entendus à droite et à gauche ;

des observations politiques, où les auteurs se révèlent anti-républicains et laissent libre cours à leur antisémitisme (Édouard Drumont est l’ami d’Edmond) : ceci est en particulier visible sous la plume d’Edmond, sous la Troisième République ;

des propos, entendus dans les dîners mondains et les salons, sur des célébrités (écrivains, artistes, scientifiques, philosophes, hommes politiques) sous un jour souvent inattendu : la publication de ces propos a souvent amené des brouilles entre les Goncourt et leurs connaissances, qui leur reprochent leurs indiscrétions ; Edmond affirme toutefois n’avoir jamais rien inventé ni déformé dans les propos qu’il prête à ses connaissances ;

les rapports avec Guy de Maupassant, qu’Edmond de Goncourt n’aime pas.

Les Goncourt ont créé l’« écriture artiste » : ils préfèrent les tableaux à la nature.

Après la Semaine sanglante, Edmond de Goncourt estime qu’« il est bon qu’il n’y ait eu ni conciliation ni négociation […] une telle purge, en tuant la partie combative de la population, reporte la prochaine révolution pour toute une génération».

 

Avec Jules de Goncourt

Histoire de la société française pendant la Révolution, 1854.

Portraits intimes du xviiie siècle, 1857.

Histoire de Marie-Antoinette, 1858.

L’art du dix-huitième siècle, 1859-1870.

Charles Demailly, 1860.

Sœur Philomène, 1861.

Renée Mauperin, 1864.

Germinie Lacerteux, 1865.

Idées et sensations, 1866.

Manette Salomon, 1867.

Madame Gervaisais, 1869.

La Du Barry, 1878.

La Duchesse de Châteauroux et ses sœurs, 1879.

La Femme au dix-huitième siècle, Édition illustrée par Dujardin, 1887.

Madame de Pompadour, Édition illustrée par Dujardin, 1888.

Il faut ajouter à cette liste le Journal, écrit d’abord par Jules et Edmond, puis par Edmond seul après la mort de Jules. Le journal des Goncourt a été publié en plusieurs volumes, les premiers du vivant des auteurs, et les derniers après la mort d’Edmond.

Seul

La Fille Élisa, 1877, dont s’est inspiré Roger Richebé pour le film Élisa.

Les Frères Zemganno, Paris, Nelson Éditeurs, 1921. L’édition originale a paru en 1879.

La Maison d’un Artiste, tome 1, 1881.

La Maison d’un Artiste, tome 2, 1881.

La Maison d’un artiste, la collection d’art japonais et chinois, réédition commentée par Geneviève Lacambre, Éditions À Propos, 2018, 320 p. .

La Faustin, 1882.

La Saint-Huberty d’après sa correspondance et ses papiers de famille, Édouard Dentu, Paris, 1882.

Chérie, 1884, qui dépeint une jeune femme dont le talent artistique s’exprime dans la mode, peut être lu comme une exploration littéraire de l’art.

Monographies

Outamaro, le peintre des maisons vertes, Paris, Charpentier, 1891 ; rééd. d’après E. de Goncourt, New York, Parkstone International, 2008.

Hokousaï : l’art japonais au xviiie siècle, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1896 ; rééd. Paris, Larousse, 2014.

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