AMOS (personnage biblique), ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, ISRAËL, LE PROPHETE AMOS, LIVRE DU PROPHETE AMOS

Le prophète Amos

Amos, un prophète peu commode

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Contemporain du prophète Osée, le prophète Amos est un simple berger. Il est rude, tout comme sa prédication l’est pour Israël, mais il n’est pas rustre ni inculte pour autant. La prédication d’Amos se situe en 750, sous le règne prospère de Jéroboam II dont il fustige les puissants.

Amos est le contemporain d’Osée. Tous deux sont les premiers prophètes dont l’enseignement figure dans les Livres saints. Il vient de Juda, le royaume du sud. Mais il se sait envoyé chez ses voisins du nord, au royaume d’Israël. Il n’est ni prêtre, ni prophète reconnu. Plutôt prophète improvisé. Une sorte d’observateur de son temps, « le premier journaliste », dira Ernest Renan. Mais un journaliste engagé, qui fustige les puissants.

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Un prophète virulent

Il part ainsi s’adresser à ses voisins d’Israël. Un peu comme si un protestant allait menacer des pires châtiments, au nom de Dieu, ses frères catholiques ou orthodoxes ! Il choisit mal son moment : le pays vit en paix, il est riche et prospère sous Jéroboam. Aussi, quand Amos dénonce « le luxe des constructions en pierre de taille » de Samarie (5, 11), ou « les divans somptueux qui servent aux réceptions » (3, 12-15), le succès n’est pas garanti.

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Une dénonciation des riches

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Mais pourquoi cette ire contre Israël ? Parce que l’écart grandissant entre pauvres et riches n’y émeut plus personne. Et la colère d’Amos gronde. « Écoutez, vaches du Bashan, s’écrie-t-il à l’adresse des femmes de Samarie, vous qui paissez sur la montagne de Samarie, opprimant les indigents, broyant les pauvres… Vous sortirez par des brèches et vous serez rejetées, oracle du Seigneur » (4, 1-3).

Et ce n’est pas fini. Les coups les plus terribles seront pour les religieux. Contre le sanctuaire de Béthel. « Je déteste, je méprise vos pèlerinages… Éloigne de moi le brouhaha de tes cantiques… » (5, 21, 24). Voilà le vrai motif de ses imprécations : qu’est-ce que l’Alliance unissant Dieu à son peuple, et qu’est-ce qu’un culte, si les exigences du droit et de la justice ne sont plus respectées ?

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ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DU PROPHETE AMOS, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, PSAUME 145

Dimanche 25 septembre 2022 : 26ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 25 septembre 2022 :

26ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Amos 6, 1…7

Ainsi parle le SEIGNEUR de l’univers :
1 Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion,
et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
4 Couchés sur des lits d’ivoire,
vautrés sur leurs divans,
ils mangent les agneaux du troupeau,
les veaux les plus tendres de l’étable ;
5 ils improvisent au son de la harpe,
ils inventent, comme David, des instruments de musique ;
6 ils boivent le vin à même les amphores,
ils se frottent avec des parfums de luxe,
mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
7 C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés,
ils seront les premiers des déportés ;
et la bande des vautrés n’existera plus.

LES FAUSSES SECURITES
Dans la Bible, Amos est le premier prophète « écrivain », comme on dit, c’est-à-dire qu’il est le premier dont il nous reste un livre. D’autres grands prophètes antérieurs sont restés très célèbres : Elie par exemple ou Elisée, ou Natan… mais on ne possède pas leurs prédications par écrit. On a seulement des souvenirs de leur entourage. Amos a prêché vers 780–750 av. J.C. Combien de temps ? On ne le sait pas. Il a certainement été amené à dire des choses qui n’ont pas plu à tout le monde puisqu’il a fini par être expulsé sur dénonciation au roi. Vous vous rappelez que, originaire du Sud, il a prêché dans le Nord à un moment de grande prospérité économique. La semaine dernière, nous avions lu, déjà, un texte de lui, reprochant à certains riches de faire leur richesse au détriment des pauvres. Il suffit de lire le passage d’aujourd’hui pour imaginer le luxe qui régnait en Samarie : « Couchés sur des lits d’ivoire, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe… ils se frottent avec des parfums de luxe… ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël »… la politique de l’autruche, en somme. Les gouvernants ne savent pas ou ne veulent pas savoir qu’une terrible menace pèse sur eux. « Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ».
Il est vrai que, a posteriori, l’histoire nous apprend que cette confortable inconscience a été durement secouée quelques années plus tard. « Ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus. » C’est très exactement ce qui s’est passé. On n’a pas écouté ce prophète de malheur qui essayait d’alerter le pouvoir et la classe dirigeante, et même on l’a fait taire en se débarrassant de lui. Mais ce qu’il craignait est arrivé.
C’est donc aux riches et aux puissants, aux responsables que le prophète Amos s’adresse ici. Que leur reproche-t-il au juste ? C’est la première phrase qui nous donne la clé : « Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. » Manière de dire : vous êtes bien au chaud, tout contents dans votre confort et même votre luxe… eh bien moi, je ne partage pas votre inconscience, je vous plains. Je vous plains parce que vous n’avez rien compris : vous êtes comme des gens qui se mettraient sous leur couette pour ne pas voir le cyclone arriver. Le cyclone, ce sera l’écroulement de toute cette société, quelques années plus tard, l’écrasement par les Assyriens, la mort de beaucoup d’entre vous et la déportation de ceux qui restent… « Je vous plains », dit sur ce ton-là, c’est quelque chose qu’on n’aime pas entendre !
« Malheur à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie »… Mais, où est le mal ? Le mal, c’est de fonder sa sécurité sur ce qui passe : quelques succès militaires passagers, la prospérité économique, et les apparences de la piété… pour ne pas déplaire à Dieu et à son prophète. Ils se vantent même de leurs réussites, ils croient en avoir quelque mérite, alors que tout leur vient de Dieu. Or la seule sécurité d’Israël, c’est la fidélité à l’Alliance… C’est la grande insistance de tous les prophètes : rappelez-vous Michée (qui prêchera quelques années plus tard à Jérusalem) : « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,8).
MARCHER HUMBLEMENT AVEC TON DIEU
C’est juste le contraire à Samarie ; pire encore, ils sont hypocrites : quand ils offrent des sacrifices, ils transforment le repas qui suit en beuverie… car les repas que Amos décrit sont probablement des repas sacrés, comme il y en avait après certains sacrifices. Maintenant, ces repas sont sacrilèges, et n’ont plus grand chose à voir avec l’Alliance.
Ce qui fait la difficulté de ce passage, c’est sa concision : car, pour comprendre ces quelques lignes, il faut avoir en tête la prédication prophétique dans son ensemble ; la logique d’Amos, comme celle de tous les prophètes est la suivante : le bonheur des hommes et des peuples passe inévitablement par la fidélité à l’Alliance avec Dieu ; et fidélité à l’Alliance veut dire justice sociale et confiance en Dieu. Dès que vous vous écartez de cette ligne de conduite, tôt ou tard, vous êtes perdus.
C’est précisément sur ces deux points que Amos a des choses à redire : la justice sociale, on sait ce qu’il en pense, il suffit de relire le chapitre de la semaine dernière où il reprochait à certains riches de faire leur fortune sur le dos des pauvres ; et dans le texte d’aujourd’hui, les repas de luxe qu’on nous décrit ne profitent évidemment pas à tout le monde ; quant à Dieu, on n’a plus besoin de lui… croit-on ; pire, on fait des simulacres de cérémonie ; comme le dit Isaïe : « Ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi » (Is 29,13). Il est probable qu’Amos, ce prophète venu d’ailleurs, puisqu’il venait du Sud, avait le regard d’autant plus aiguisé sur les faiblesses du royaume du Nord ; car au Sud, on ne connaissait pas encore une période aussi faste, et on conservait encore le style de vie des origines d’Israël ; tandis qu’au Nord, nous avons vu la semaine dernière que le règne de Jéroboam II était une période plus brillante. Mais la croissance économique exigeait une grande vigilance dans la transformation de la société. Malheureusement on s’éloignait de plus en plus de l’idéal des origines : au début, la Loi défendait l’égalité entre tous les citoyens et prévoyait donc la distribution égale de la terre entre tous. Or Samarie se couvrait de palais luxueux, construits par certains aux dépens des autres ; quand on s’était bien enrichi, grâce au commerce florissant, par exemple, on avait vite fait d’exproprier un petit propriétaire ; et nous avons vu que certains plus pauvres en étaient réduits à l’esclavage ; c’était notre texte de dimanche dernier.
L’archéologie apporte d’ailleurs sur ce point des précisions très intéressantes : alors qu’au dixième siècle, les maisons étaient toutes sur le même modèle et représentaient des trains de vie tout-à-fait identiques, au huitième siècle, au contraire, on distingue très bien des quartiers riches et des quartiers pauvres. Fini le bel idéal de la Terre Sainte, avec une société sans classes.
A bon entendeur, salut : si nous voulons être fidèles aujourd’hui à ce que représentait pour les hommes de la Bible l’idéal de la terre sainte, il nous est bon de relire le prophète Amos.
—————–
N.B. Les exégètes pensent que le verset 1a qui concerne Jérusalem est postérieur ; il serait une adaptation pour Jérusalem d’un texte écrit pour Samarie.

PSAUME – 145 (146), 6c.7, 8.9a, 9bc-10

6 Le SEIGNEUR garde à jamais sa fidélité,
7 il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le SEIGNEUR délie les enchaînés.

8 Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles,
le SEIGNEUR redresse les accablés,
le SEIGNEUR aime les justes,
9 le SEIGNEUR protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
10 D’âge en âge, le SEIGNEUR régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

CHANTE, O MON AME, LA LOUANGE DU SEIGNEUR !
Cette litanie superbe n’est qu’une partie du psaume 145/146 ; et, malheureusement, la liturgie de ce dimanche ne nous fait pas entendre les Alleluia qui l’encadrent dans le texte hébreu. (On l’appelle un « Psaume alleluiatique »). C’est dire que nous sommes, comme dimanche dernier, en face d’un psaume de louange. Et la première strophe, c’est « Chante, ô mon âme, la louange du SEIGNEUR ! Je veux louer le SEIGNEUR tant que je vis, chanter mes hymnes pour mon Dieu tant que je dure. »
Qui parle au juste dans ce psaume ? Vous avez entendu : ce sont des opprimés, des affamés, des aveugles, des accablés, des étrangers, des veuves, des orphelins qui reconnaissent la sollicitude de Dieu pour eux. En réalité, c’est le peuple d’Israël qui parle de lui-même : c’est sa propre histoire qu’il raconte et il rend grâce pour la protection indéfectible de Dieu ; il a connu toutes ces situations : l’oppression en Egypte, dont Dieu l’a délivré « à main forte et à bras étendu » comme ils disent ; et aussi l’oppression à Babylone et, là encore, Dieu est intervenu. Israël a connu la faim, aussi, dans le désert et Dieu a envoyé la manne et les cailles.
Ils sont ces aveugles, encore, à qui Dieu ouvre les yeux, à qui Dieu se révèle progressivement, par ses prophètes, depuis des siècles ; ils sont ces accablés que Dieu redresse inlassablement, que Dieu fait tenir debout ; ils sont ce peuple en quête de justice que Dieu guide (« Dieu aime les justes »). C’est donc un chant de reconnaissance qu’ils chantent ici : « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés / Aux affamés, il donne le pain / Le SEIGNEUR délie les enchaînés / Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles / Le SEIGNEUR redresse les accablés / Le SEIGNEUR aime les justes / Le SEIGNEUR protège l’étranger / il soutient la veuve et l’orphelin. »
Ce nom « SEIGNEUR » qui revient si souvent, de manière litanique, c’est la traduction de ce fameux NOM de Dieu en 4 lettres que l’on appelle « Le Tétragramme » : « YHVH » qui dit sa présence agissante et libératrice. Le verset qui précède ceux d’aujourd’hui les résume tous : « Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le SEIGNEUR (YHVH) son Dieu » : le secret du bonheur, c’est de s’appuyer sur Dieu, c’est-à-dire d’attendre tout de Lui, et de Lui seul. Là on voit bien pourquoi ce psaume a été choisi pour ce dimanche en réponse au texte d’Amos. Surtout, disait Amos aux gens de Samarie, faites attention à bien placer votre confiance : méfiez-vous des fausses sécurités. Dieu seul est digne de confiance.
APPRENDRE A LUI FAIRE CONFIANCE
En écho, je vous relis quelques autres versets de ce psaume : « Ne comptez pas sur les puissants, (ce ne sont que) des fils d’homme qui ne peuvent sauver ! Leur souffle s’en va, ils retournent à la terre ; et ce jour-là, périssent leurs projets. Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob, qui met son espoir dans le SEIGNEUR son Dieu ».
Reconnaître notre dépendance fondamentale et la vivre en toute confiance parce que Dieu n’est que bienveillant… C’est la définition de la foi tout simplement. C’est le secret du bonheur, nous disent les prophètes. Je reprends l’épisode de la manne dont je parlais tout-à-l’heure : vous vous souvenez : en plein désert, ils avaient faim et Dieu avait envoyé la manne ; cette espèce de mince pellicule blanche qui recouvrait le sol… et Moïse avait bien dit : chacun ramasse le nécessaire pour la journée et rien de plus … les petits malins qui croyaient pouvoir faire des provisions voyaient le surplus se gâter… on était obligé d’en laisser pour les autres et de se contenter de son nécessaire… (on se prend à rêver : si nos sociétés fonctionnaient comme cela …?)
Mais surtout, plus tard, ils ont compris que de cette manière Dieu leur avait enseigné la confiance : il leur a appris à vivre au jour le jour sans s’inquiéter du lendemain… parce que ce lendemain lui appartient à lui, tout simplement, et pas à nous. Il ne faut jamais perdre de vue l’expérience unique dont les fils d’Israël ont eu le privilège : tout au long de leur combat pour la liberté, ils ont éprouvé à leurs côtés la présence de celui qu’ils ont reconnu comme leur SEIGNEUR. Et c’est lui qui les a emmenés toujours plus loin dans la recherche de la liberté et de la justice pour tous. Et des phrases comme « Le SEIGNEUR fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain, Le SEIGNEUR délie les enchaînés, Le SEIGNEUR ouvre les yeux des aveugles, Le SEIGNEUR redresse les accablés, Le SEIGNEUR aime les justes, Le SEIGNEUR protège l’étranger, il soutient la veuve et l’orphelin » résonnent pour eux comme des appels à plus de justice, plus de respect et de défense des petits et des faibles. Il en va pour eux du respect de l’Alliance. Si on y regarde de plus près, on constate que la Loi d’Israël n’a pas d’autre objectif : faire d’Israël un peuple libre, respectueux de la liberté d’autrui. C’est sur ce long chemin de libération que Dieu mène inlassablement son peuple.
A notre tour, il nous est bon de relire ce psaume : non seulement pour reconnaître la simple vérité de l’œuvre  de Dieu en faveur de son Peuple, mais aussi pour se donner une ligne de conduite : si Dieu a agi ainsi envers Israël, à notre tour, nous qui sommes héritiers de ce long chemin d’Alliance, nous sommes tenus d’en faire autant pour les autres.

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul à Timothée 6,11-16

11 Toi, homme de Dieu,
recherche la justice, la piété, la foi, la charité,
la persévérance et la douceur.
12 Mène le bon combat, celui de la foi,
empare-toi de la vie éternelle !
C’est à elle que tu as été appelé,
c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi
devant de nombreux témoins.
13 Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres,
et en présence du Christ Jésus
qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation,
voici ce que je t’ordonne :
14 garde le commandement du Seigneur,
en demeurant sans tache, irréprochable
jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.
15 Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu,
Souverain unique et bienheureux,
Roi des rois et Seigneur des seigneurs,
16 lui seul possède l’immortalité,
habite une lumière inaccessible ;
aucun homme ne l’a jamais vu,
et nul ne peut le voir.
À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

OSER AFFIRMER NOTRE FOI
On ne peut pas rêver une synthèse plus complète de tout ce qui fait la foi et la vie du Chrétien. En même temps on est surpris par la solennité des formules de Paul : par exemple « En présence de Dieu et en présence du Christ Jésus, voici ce que je t’ordonne ». Pourquoi Paul dessine-t-il cette espèce de fresque ?
A première lecture, on croit entendre les échos de difficultés dans la communauté d’Ephèse où Timothée avait des responsabilités : « Mène le bon combat, celui de la foi ». Un peu plus haut, dans cette même lettre, Paul avait déjà parlé du « combat » pour la foi. Voici un verset du chapitre 1 : « Voici la consigne que je te transmets, Timothée mon enfant, conformément aux paroles prophétiques jadis prononcées sur toi : livre ainsi la bonne bataille, en gardant la foi et une conscience droite ; pour avoir abandonné cette droiture, certains ont connu le naufrage de leur foi. » (1 Tm 1,18-19). Il y a donc un combat à mener pour oser affirmer sa foi. L’heure est grave et c’est ce qui explique ce ton solennel : il y va de la fidélité de la jeune communauté chrétienne à son Baptême.
Le passage que nous lisons aujourd’hui est encadré par deux textes tout à fait semblables qui précisent encore mieux les choses : les deux dangers à éviter, ce sont premièrement les fausses doctrines, deuxièmement la recherche des richesses. Sur le premier point, il faut croire qu’il y avait de réels problèmes : (en voici un passage) « Timothée, garde le dépôt de la foi. Tourne le dos aux bavardages impies et aux objections de la pseudo-connaissance : en s’y engageant, certains se sont écartés de la foi. » (1 Tm 6,20-21). Et, dans le même sens, quelques versets plus haut : « Si quelqu’un donne un enseignement différent, et n’en vient pas aux paroles solides, celles de notre Seigneur Jésus Christ, et à l’enseignement qui est en accord avec la piété, un tel homme est aveuglé par l’orgueil, il ne sait rien, c’est un malade de la discussion et des querelles de mots. De tout cela, il ne sort que jalousie, rivalité, blasphèmes, soupçons malveillants, disputes interminables de gens à l’intelligence corrompue, qui sont coupés de la vérité. » (1 Tm 6,3-4). Déjà ce problème était apparu dès le début de la lettre et Paul avait recommandé à Timothée de rester à Ephèse : « Comme je te l’ai recommandé en partant pour la Macédoine, reste à Éphèse pour interdire à certains de donner un enseignement différent ou de s’attacher à des récits mythologiques et à des généalogies interminables : cela ne porte qu’à de vaines recherches, plutôt qu’au dessein de Dieu qu’on accueille dans la foi. » (1 Tm 1,3-4).
Sur le deuxième point, il insiste aussi fort : « La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre. » (1 Tm 6,10).
EN VUE DE LA MANIFESTATION DE NOTRE SEIGNEUR JESUS CHRIST.
Voilà les deux pires dangers pour la foi aux yeux de Paul. Timothée, quant à lui, doit rester fidèlement accroché à celle de son baptême. Ce n’est certainement pas un hasard si Paul insiste sur la profession de foi de Timothée lors de son Baptême : « Tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins ». A l’époque de Paul on sait que les Baptêmes étaient administrés devant la communauté tout entière, et, dans le déroulement même du Baptême, la profession de foi était un moment très important… Un peu plus loin, Paul fait référence au témoignage de Jésus dans sa Passion : « Le Christ Jésus a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation » ; sous-entendu, c’est dans le témoignage de Jésus que tu puiseras la force de témoigner à ton tour. Le oui de ton Baptême est enraciné dans le oui du Christ à son Père.
Ce oui du Baptême, c’est une chose, mais, maintenant, il va falloir être capable de le redire au jour le jour. Apparemment, Timothée va avoir besoin de toutes ses forces et c’est pour cela que Paul multiplie les recommandations : « Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle. C’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins. » Les armes de ce combat, ce sont la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance, la douceur ; curieux combat dont l’arme principale est la douceur ; le vrai combat de la foi, si l’on en croit Paul, n’a rien à voir avec des guerres de religion : il se vit dans l’amour, la douceur, la persévérance (littéralement la « constance »). Nous l’avons trop souvent oublié… et pourtant l’histoire de toutes les religions montre que les guerres de religion n’ont jamais converti personne.
Enfin, par trois fois, dans ce texte, Paul rappelle quel est le but sur lequel nous devons toujours garder les yeux fixés : dans d’autres lettres de lui, nous avons déjà remarqué que toute sa pensée est orientée vers l’avenir ; entendons-nous bien, il faut écrire le mot à-venir en deux mots ; cet à-venir, il l’appelle « vie éternelle » ou encore « manifestation » (« épiphanie ») du Christ : « Garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ…. Celui qui le fera paraître aux temps fixés (sous-entendu que Dieu seul connaît), c’est Dieu ».
Paul termine ce passage par une sorte de profession de foi, qui est, précisément, ce que Timothée doit continuer à affirmer contre vents et marées, avec douceur mais avec constance et fermeté : Dieu est « le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, lui seul possède l’immortalité, il habite la lumière inaccessible, personne ne l’a jamais vu, personne ne peut le voir ». On ne peut pas dire plus clairement que Dieu est le Tout-Autre : on ne peut pas mettre la main dessus et prétendre le connaître (comme le font les faux docteurs). Ce dernier paragraphe est superbe : on retrouve un thème très cher à l’Ancien Testament, ce qu’on appelle la transcendance de Dieu : Dieu est hors de notre portée, il est le Tout Autre, nous ne l’atteignons pas par nous-mêmes… Mais il se fait proche. C’est Lui qui « fera paraître le Christ au temps fixé ».

EVANGILE – selon Saint Luc 16, 19-31

En ce temps-là,
Jésus disait aux pharisiens :
19 « Il y avait un homme riche,
vêtu de pourpre et de lin fin,
qui faisait chaque jour des festins somptueux.
20 Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare,
qui était couvert d’ulcères.
21 Il aurait bien voulu se rassasier
de ce qui tombait de la table du riche ;
mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
22 Or le pauvre mourut,
et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham.
Le riche mourut aussi,
et on l’enterra.
23 Au séjour des morts, il était en proie à la torture ;
levant les yeux, il vit Abraham de loin
et Lazare tout près de lui.
24 Alors il cria :
‘Père Abraham, prends pitié de moi
et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau
pour me rafraîchir la langue,
car je souffre terriblement dans cette fournaise.
25 – Mon enfant, répondit Abraham,
rappelle-toi :
tu as reçu le bonheur pendant ta vie,
et Lazare, le malheur pendant la sienne.
Maintenant, lui, il trouve ici la consolation,
et toi, la souffrance.
26 Et en plus de tout cela, un grand abîme
a été établi entre vous et nous,
pour que ceux qui voudraient passer vers vous
ne le puissent pas,
et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.’
27 Le riche répliqua :
‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare
dans la maison de mon père.
28 En effet, j’ai cinq frères :
qu’il leur porte son témoignage,
de peur qu’eux aussi ne viennent
dans ce lieu de torture !’
29 Abraham lui dit :
‘Ils ont Moïse et les Prophètes :
qu’ils les écoutent !
30 – Non, père Abraham, dit-il,
mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver,
ils se convertiront.’
31 Abraham répondit :
‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes,
quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts :
ils ne seront pas convaincus.’ »

QUAND JESUS READAPTE UN CONTE POPULAIRE
Elle est doublement terrible cette dernière phrase : « Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » ; d’abord elle semble désespérée, comme si rien ne pouvait forcer un cœur  de pierre à changer ! Mais elle est plus terrible encore dans la bouche de Jésus : on peut se demander s’il pense à lui-même en disant cela ? « Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts »… ? Et quand Luc écrit son évangile, il ne sait que trop bien que la Résurrection du Christ n’a pas converti tout le monde, loin de là, elle en a même endurci plus d’un.
Venons-en à l’histoire du riche et du pauvre Lazare : le riche, finalement, nous ne savons pas grand chose de lui, même pas son nom ; il n’est pas dit qu’il soit spécialement méchant, au contraire, puisqu’il pensera même plus tard à sauver ses frères du malheur dans l’au-delà. Simplement, il est dans son monde, dans son confort, « dans sa tour d’ivoire », pourrait-on dire, comme les Samaritains dont parlait Amos dans la première lecture. Tellement dans sa tour d’ivoire qu’il ne voit même pas à travers son portail, le mendiant qui crève de faim et qui se contenterait bien de ses poubelles.
Le mendiant, lui, a un nom « Lazare » qui veut dire « Dieu aide » et cela, déjà, est tout un programme : Dieu l’aide, non parce qu’il est vertueux, on n’en sait rien, mais parce qu’il est pauvre, tout simplement. Voilà peut-être la première surprise que Jésus fait à ses auditeurs en leur racontant cette parabole : car, en fait, cette histoire, ils la connaissaient déjà, c’était un conte bien connu, qui venait d’Egypte ; les deux personnages étaient un riche plein de péchés et un pauvre plein de vertus : arrivés dans l’au-delà, les deux passaient sur la balance : et on pesait leurs bonnes et leurs mauvaises actions. Et au fond la petite histoire ne dérangeait personne : les bons, qu’ils soient riches ou pauvres, étaient récompensés… les méchants, riches ou pauvres, étaient punis. Tout était dans l’ordre.
Les rabbins, eux aussi, avant Jésus, racontaient une histoire du même genre, elle aussi bien évidemment empruntée à l’Egypte. Le riche était un fils de publicain pécheur, le pauvre un homme très dévot ; eux aussi passaient sur une balance qui pesait soigneusement les mérites des uns et des autres ; très logiquement, le dévot était reconnu plus méritant que le fils du publicain.
LES VRAIS FILS D’ABRAHAM
Jésus bouscule un peu cette logique : il ne calcule pas les mérites et les bonnes actions ; car, encore une fois, il n’est dit nulle part que Lazare soit vertueux et le riche mauvais ; Jésus constate seulement que le riche est resté riche sa vie durant, pendant que le pauvre restait pauvre, à sa porte : c’est dire l’abîme d’indifférence, ou d’aveuglement si vous préférez, qui s’est creusé entre le riche et le pauvre, simplement parce que le riche n’a jamais entrouvert son portail.
Autre détail qui a son importance dans le récit de Jésus : il n’est pas tout-à-fait exact qu’on ne sait rien du riche ; en fait, on sait comment il était habillé : de pourpre et de lin, ce qui est une allusion évidente aux vêtements des prêtres ! La couleur pourpre qui était primitivement la couleur des vêtements royaux, était devenue la couleur des grands prêtres parce qu’ils servent le roi du monde ; quant au lin c’était le tissu de la tunique du grand prêtre ; là, dans la bouche de Jésus, il y a certainement une petite pointe à l’égard de ses auditeurs : très pieux mais peut-être indifférents à la misère des autres ; Jésus leur dit quelque chose comme « grand-prêtre ou pas, si vous méprisez vos frères, vous ne méritez pas votre titre de fils d’Abraham ».
Car, on l’aura remarqué : Abraham est cité sept fois dans cette page ; c’est donc certainement une clé du texte. Au fond, la question de Jésus c’est « qui est vraiment fils d’Abraham ? » et sa réponse : si vous n’écoutez pas la Loi et les Prophètes, si vous êtes indifférents à la souffrance de vos frères, vous n’êtes pas les fils d’Abraham. Jésus va encore plus loin : le pauvre aurait bien voulu manger les miettes du riche, mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies ; or les chiens étaient des animaux impurs… ce qui fait que même si le riche pieux s’était donné la peine d’ouvrir son portail, il aurait été choqué de toute façon et il aurait fui cet homme impur léché par les chiens… la leçon de Jésus, là encore, c’est « vous attachez de l’importance aux mérites, vous veillez à rester purs, vous êtes fiers d’être les descendants d’Abraham… mais vous oubliez l’essentiel ». Cet essentiel est dit dans la loi et les prophètes ; et là, nous n’avons que l’embarras du choix, dans le livre d’Isaïe par exemple : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : …partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ?… Si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres… » (Isaïe 58,6-7.10). Pas besoin de signes extraordinaires pour nous convertir : nous avons la Loi, les Prophètes, les Evangiles : à nous de les écouter et d’en vivre !

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), BIOGRAPHIES, EGLISE CATHOLIQUE, MONSEIGNEUR XAVIER GOUTHE-SOULARD (1819-1900), ARCHEVEQE D'AIX-EN-PROVENCE, XAVIER GOUTHE-SOULARD (1819-1900)

Monseigneur Xavier Gouthe-Soulard (1819-1900), archevêque d’Aix-en-Provence

Monseigneur Xavier Gouthe-Soulard, dernier évêque consacré en 1886 pour le diocèse d’Aix-en-Provence

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Xavier Gouthe-Soulard (2 septembre 1819 – 9 septembre 1900) est un prélat catholique français, qui fut archevêque d’Aix-en-Provence de 1886 à sa mort.

Biographie

François-Xavier Gouthe-Soulard naît dans une famille de cultivateurs à Saint-Jean-la-Vêtre, petite commune du département de la Loire.

Il entre au petit séminaire puis au grand séminaire avant d’être ordonné prêtre en 1847. Il devient professeur de rhétorique au Collège des Minimes de Lyon puis est nommé vicaire de l’église Saint-Nizier de Lyon.

Après une période de maladie il suit des études de théologie, obtient le doctorat puis reçoit la responsabilité de fonder une paroisse pour le quartier du Grand Trou, dont le siège est l’église Saint-Vincent de Pau.

En 1870, il est choisi comme vicaire général de l’archidiocèse de Lyon par le nouvel archevêque, Mgr Ginoulhiac. En 1876, le successeur de ce dernier, Mgr Caverot le nomme curé de la paroisse lyonnaise de Saint-Pierre de Vaise. Il y fonde des écoles et un hospice de vieillards.

En 1886, de façon plutôt rare, il est nommé directement archevêque d’Aix, sans avoir été évêque au préalable. Il est consacré le 25 juillet 1886 des mains de l’évêque de Soissons, Mgr Thibaudier. Il continuera à mener une vie simple et à se montrer facile d’accès.

Dès avant sa nomination, l’abbé Gouthe-Soulard avait une réputation de « vieux gallican » et, à la suite de Mgr Ginoulhiac, était partisan de la minorité du concile du Vatican. « Très dévoué au Saint-Siège et au pape », comme le qualifie le nonce apostolique, l’archevêque d’Aix se montrera un adversaire résolu des projets anticléricaux du gouvernement français. Fermement opposé au Ralliement proposé par le pape Léon XIII, ainsi qu’à l’influence de la franc-maçonnerie sur le gouvernement, son comportement impétueux lui amène un procès pour « outrage tendant à insulter l’honneur et la délicatesse du Ministre des cultes considéré comme magistrat », procès au terme duquel il est condamné à une amende de 3 000 F et à la suspension de son traitement (alors assuré par l’État en vertu du Concordat de 1801), jusqu’en 1895. De façon paradoxale, cette condamnation est largement considérée comme un succès pour l’Église et des souscriptions, y compris dans des pays étrangers, permettent de lever des fonds pour plus de 40 000 F en faveur du prélat.

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Mgr Gouthe-Soulard meurt le 9 septembre 1900.

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Armes et devise

Armes : « De gueules au Bon Pasteur d’argent nimbé d’or, marchant sur des épines du second émail, tenant la houlette de la main gauche ».

Devise : Omnibus omnia factus.

ALLEMAGNE (histoire), AUSCHWITZ-BIRKENAU (camp de concentration), CAMPS DE CONCENTRATION, DEPORTATIONS, DITA KRAUS (1929-....), EUROPE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, LES ENFANTS DU CAMP DE BIRKENAU, OTTO KRAUS (1921-2000), SHOAH

Les enfants du camp de Birkenau

 

Les enfants dans le camp d’Auschwitz-Birkenau

Auschwitz II Birkenau (Pologne): camp de concentration - Bloc des Enfants: Bloc des Enfants: Peintures murales decoratives, un enfant jouant avec un manche a tete de cheval  - Juillet2007 -
OPA4357054 Auschwitz II Birkenau (Pologne): camp de concentration – Bloc des Enfants: Bloc des Enfants: Peintures murales decoratives, un enfant jouant avec un manche a tete de cheval – Juillet2007 – ; (add.info.: Auschwitz II Birkenau (Poland): concentration camp – Children’s block: Children’s block: Decorative murals, a child playing with a horse’s head – July 2007 -); Photo © Philippe Matsas/Opale .

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La Bibliothécaire d’Auschwitz 

Antonio G. Iturbe

Paris, Flammarion, 2020. 512 pages.

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Résumé :

A quatorze ans, Dita est une des nombreuses victimes du régime nazi. Avec ses parents, elle est arrachée au ghetto de Terezín, à Prague, pour être enfermée dans le camp d’Auschwitz. Là, elle tente malgré l’horreur de trouver un semblant de normalité. Quand Fredy Hirsch, un éducateur juif, lui propose de conserver les huit précieux volumes que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens du camp, elle accepte.
Au péril de sa vie, Dita cache et protège un trésor. Elle devient la bibliothécaire d’Auschwitz.

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Le camp des enfants : Un roman basé sur l’histoire vraie du terrible bloc 31

Otto Kraus

City Edition, 2021. 287 pages.

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Résumé

Jour après jour, Alex tente de survivre dans le camp d’Auschwitz où il est prisonnier. Survivre au manque de nourriture, au froid, aux humiliations, à l’absence d’espoir. Pourtant, malgré les risques, le jeune homme a décidé de défier ses bourreaux : en secret, il fait la classe aux enfants du Bloc 31. Poésie, mathématiques, dessin… Ces leçons ne sont qu’un petit geste, mais témoignent du courage et de la résistance d’Alex. C’est aussi sa manière de protéger ses petits élèves de la terrible réalité du camp. Mais enseigner aux enfants n’est pas la seule activité interdite à laquelle Alex se livre… Il écrit aussi un journal dans lequel il raconte les minuscules moments de joie qui font oublier le cauchemar du quotidien. Un récit pour être plus fort que l’horreur du monde et pour que personne n’oublie rien, jamais.

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Otto Kraus

Le Mur de Lisa Pomnenka

Otto Kraus

Eiteur ARACHNEEN, 2013. 336 pages

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Résumé

En septembre 1943, en vue de démentir la rumeur de l’anéantissement des Juifs d’Europe, Adolf Eichmann invita la Croix-Rouge internationale à visiter le ghetto de Theresienstadt (Terezín en tchèque) et un « camp pénitentiaire » familial à Birkenau. En cet effet, il organisa le « nettoyage » du ghetto et déporta plusieurs milliers de ses détenus à Birkenau, où avait été créé un « camp des familles tchèques ». Terezín a été visitée le 23 juin 1944 ; la Croix-Rouge n’y a rien trouvé à redire. La visite à Birkenau, elle, n’eut pas lieu, et ce camp fut « liquide » le mois suivant. Le Mur de Lisa Pomnenka, roman et témoignage, transpose une histoire réelle dont l’auteur, l’écrivain tchèque Otto B. Kraus, fut à la fois le témoin, la victime et l’acteur : celle d’un groupe d’enfants et de jeunes gens juifs, tchèques pour la plupart, qui, Envoyé de Terezín au camp des familles de Birkenau en décembre 1943, vécurent six mois dans le « block des enfants » (Kinderblock), créé par un jeune juif d’origine allemande, Fredy Hirsch, avec l’approbation d’Adolf Eichmann et sous le contrôle direct de Josef Mengele. Les enfants y passaient leurs journées auprès de jeunes madrichim (« guides » en hébreu) ​​désignés parmi les détenus qui, tout en se sachant condamnés, leur proposaient des activités éducatives, sportives et artistiques. Otto B. Kraus fut l’un de ces éducateurs ; il fit partie du convoi venu de Terezín en décembre 1943. Le Mur de Lisa Pomnenka témoigne de cette expérience et porte sur les derniers mois du camp des familles avant sa liquidation en juillet 1944. Le roman mêle des personnages semi-fictifs et des événements réels, tels que la mort de Fredy Hirsch, l’envoi à la chambre à gaz en mars 1944 des déportés du premier convoi de septembre 1943, le soulèvement avorté, les expériences de Mengele… Sur ce fond d’horreur, le récit d’Otto B. Kraus raconte la survie des désirs et de l’espoir, et la tentative des éducateurs de faire du block un îlot de « faux-semblants » dans l’espoir de protéger les enfants de la hantise de la mort. Le Mur de Lisa Pomnenka est suivi d’un essai de Catherine Coquio qui remplace les événements du block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu’y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d’enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l’image de « la vraie vie introuvable qu’était devenue le monde humain ».Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la voyance des enfants et à l’idée de leur sort dans le cas d’un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l’espoir : toute projection dans l’avenir de venir impossible, c’est dans un pur présent que s’affirment les gestes de l’art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues. Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l’espoir et à la mort.

Le Mur de Lisa Pomnenka est suivi d’un essai de Catherine Coquio qui replace les événements du block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu’y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d’enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l’image de «L la vraie vie introuvable qu’était devenu le monde humain ».

Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la clairvoyance des enfants et à l’idée de leur sort dans le cas d’un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l’espoir : toute projection dans l’avenir devenant impossible, c’est dans un pur présent que s’affirment les gestes de l’art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues.

Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l’espoir et à la mort, sur les pouvoirs et les limites de l’idée d’« éducation », enfin sur le sens moral et la valeur pratique des gestes artistiques à l’échelle individuelle et collective.

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GRANDIR DANS UN CAMP DE LA MORT : LE CAMP DES FAMILLES DE BIRKENAU

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Paysages de la métropole de la mort. Réflexions sur la mémoire et l’imagination, suivi de Un ghetto dans un camp d’extermination. L’histoire sociale juive au temps de l’Holocauste et ses limites d’Otto Dov Kulka (trad. P.-E. Dauzat, Paris, Albin Michel, 2013) et Le mur de Lisa Pomnenka (trad. S. et N. Gailly), suivi de C. Coquio, Le leurre et l’espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau, Paris, L’Arachnéen, 2013.

Deux livres bouleversants sont parus presque simultanément début 2013, Paysages de la métropole de la mort, d’Otto Dov Kulka, et Le mur de Lisa Pomnenka, d’Otto B. Kraus (suivi de l’essai Le Leurre et l’espoir, de Catherine Coquio). Il s’agit de deux documents exceptionnels sur un pan relativement peu connu de l’histoire de la Shoah, le camp des familles de Birkenau (officiellement appelé camp BIIb), un camp-vitrine installé à quelques centaines de mètres des chambres à gaz, destiné à leurrer d’éventuels visiteurs de la Croix Rouge internationale sur la réalité du traitement des Juifs déportés. Aucun des deux ouvrages ne relève vraiment du genre testimonial – du moins de ses formes attendues. Le premier explore la mythologie personnelle d’un survivant dont l’enfance s’est déroulée dans ce cadre hors-norme. Le second, également écrit des décennies plus tard par un rescapé, imagine le journal fictif d’un éducateur confronté aux dilemmes moraux quotidiens que constitue la présence des enfants en un tel lieu.

Les conditions de vie dans le camp BIIb sont effroyables, et le spectacle de la mort est quotidien. Les détenus souffrent de la promiscuité, du froid et de la faim. Mais relativement aux conditions du reste du camp, la vie des déportés du camp des familles apparaît comme presque privilégiée : les familles, venues du ghetto de Theresienstadt, ne sont pas sélectionnées à leur arrivée, ni séparées ; les détenus sont tatoués, mais ils peuvent conserver leurs cheveux, leurs vêtements, et maintenir les rudiments d’une vie sociale et culturelle : orchestre, jeux, spectacles, auxquels assistent souvent les SS et le responsable du camp des familles, le docteur Mengele. Très rapidement, la vie s’organise, notamment au Kinderblock (block des enfants), où des moniteurs s’attellent clandestinement à l’éducation des plus jeunes, s’efforçant de divertir les enfants de la réalité terrifiante qui les entoure, de leur apprendre à lire ou à dessiner, ou, comme l’écrit Otto Kraus, à « vivre avec la mort ».

Témoins de la sélection et de la disparition des milliers de Juifs descendus des convois de la mort, les familles du camp BIIb n’ont aucun moyen de comprendre ce qui leur vaut d’être épargnées par ce qu’Otto Kulka appelle plus d’un demi-siècle plus tard « la Grande Loi de la mort ». Ce statut d’exception devient plus incompréhensible encore lorsque l’intégralité des membres du premier convoi des familles tchèques, arrivé à Auschwitz en septembre 1943, est exterminée dans les chambres à gaz six mois plus tard, une nuit de mars 1944. Les très rares rescapés du massacre – dont fait partie Kulka, sauvé par un séjour à l’infirmerie – savent désormais, tout comme les membres des convois suivants, qu’ils seront tous voués à la mort au bout de six mois, sans même le mince espoir que représente, pour les autres détenus, le processus de sélection.

Comment continue-t-on à vivre en plein cœur d’un camp d’extermination ? Peut-on tomber amoureux, ou le rester, lorsqu’on sait précisément quel jour on doit mourir, et de quelle façon ? Quelle enfance, et quelle éducation, dans un lieu sans aucun avenir ? À quoi bon apprendre à lire à des enfants promis à la mort ? Pourquoi écrire des poèmes, tenir un journal, débattre d’un avenir politique promis à d’autres ? Ces questions sont au cœur de l’expérience des déportés du camp des familles, qui n’échappent initialement à la mort que pour subir en toute conscience, sans espoir aucun de s’y dérober, la loi de la cheminée. Double exception dans ce lieu d’exception qu’est le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau : la survie dans le camp de la mort, mais aussi la certitude du meurtre.

Lors de la liquidation du camp des familles, en juillet 1944, moins de 10% des déportés avaient survécu. Et pourtant, même après l’extermination intégrale du premier convoi, la vie du camp s’était maintenue : on continuait à entretenir des traditions juives, à célébrer des fêtes, à éduquer les enfants, à s’affronter sur le sionisme ou l’internationalisme. Racontant la préparation d’une révolte avortée, le roman d’Otto Kraus met en scène l’espoir d’une issue autre que l’extermination, mais il explore surtout une forme d’espérance désespérée, vidée de toute attente, suivant laquelle la seule chose sérieuse à faire, à l’approche et dans la proximité de la mort, serait de maintenir une forme de foi protestataire dans la vie, la « possibilité de vivre quelque chose de l’ordre d’un idéal au présent » (C. Coquio), faux semblant mais aussi vraie affirmation d’une résistance. Comme l’explique Otto Kulka, devenu plus tard historien en Israël, en se remémorant son premier contact avec l’enseignement de l’histoire dans le camp, les « valeurs et modes de vie historiques, fonctionnels et normatifs furent ici transformés en quelque chose de l’ordre de valeurs absolues ».

Les deux livres sont suivis d’un essai qui restitue l’histoire du camp et analyse les conditions de ce paradoxe : Otto Kulka publie, en contrepoint de son exploration intime, l’un des seuls articles qu’il a consacrés en tant qu’historien à l’expérience du camp des familles, où il essaye de comprendre ce cas extrême de survivance d’une vie culturelle au cœur d’un camp de la mort. Accompagnant le roman d’Otto Kraus, un essai passionnant de Catherine Coquio, qui avait déjà dirigé l’édition d’une anthologie de témoignages sur l’enfance pendant la Shoah1, revient de façon détaillée sur l’histoire des déportés du camp BIIb, du ghetto de Theresienstadt à la liquidation finale du camp, et analyse les quelques témoignages qui ont gardé la trace de cette histoire extraordinaire. À leur manière, extrêmement différente, Paysages de la métropole de la mort et Le mur de Lisa Pomnenka viennent enrichir l’héritage historique, poétique et éthique de la littérature des camps en pointant de façon extrêmement poignante l’énigme que put constituer l’expérience collective de l’art et la présence des enfants dans un lieu qui semblait vider l’art et l’enfance de tout sens.

↑1 C. Coquio et A/ Kalisky (textes réunis par), L’enfant et le génocide. Témoignages sur l’enfance pendant la Shoah, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007

https://raison-publique.fr/1974/

Le camp des familles

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Dans la sombre histoire de la Shoah, il est une aberration dont on parle peu : celle du camp des familles, à Auschwitz, un camp dans le camp, qui voit les Juifs tchèques vivre des conditions de détention nettement différentes de celles des autres détenus raciaux. Retour sur une illusion à peine trompeuse.

Birkenau

En décembre 1943 arrive à Auschwitz un convoi de Juifs tchèques, déportés du camp de Terezin en Bohême. Leur voyage, si l’on peut l’appeler ainsi, a duré deux jours et une nuit. Mais, à leur arrivée dans le camp de la mort, leur destin est différent de celui des autres Juifs : pas de rampe de sélection, pas de tonte des cheveux, pas de séparation entre parents et enfants.

Ces Juifs tchèques sont regroupés au sein du camp dit des familles, où ils rencontrent certains de leurs coreligionnaires également déportés de Terezin. Combien sont-ils ? Environ 4 000, peut être 4 500. Etrangement, ils connaissent des conditions de vie sans aucun rapport avec les autres détenus : ils sont mieux nourris, portent des vêtements civils au lieu de la tristement célèbre tenue à rayures bleues et blanches. Il y a même un théâtre et une école pour les enfants, visités régulièrement par les gardiens SS. Une véritable aberration ! A deux pas, c’est un enfer sans nom. Et pourtant, tous les membres du camp des familles seront finalement gazés.

Pourquoi ? L’irrationalité nazie est-elle suffisante pour comprendre ? Car jusqu’à aujourd’hui, personne ne s’explique vraiment l’existence puis la liquidation de ce camp des familles.

Il se pourrait bien que les motifs de ce camp dans le camp soient plus terre à terre. Disons-le franchement, il s’agit sans doute de politique. On sait que les nazis firent leur possible pour cacher leur crime, détruisant par exemple les chambres à gaz lors de leur retraite. Le temps de durée du camp des familles avait été officiellement fixé à 6 mois. Un document retrouvé à Auschwitz le prouve. Tout était donc préparé. Six mois, en fait le camp durera un peu plus… Cette période était sans doute jugée suffisante par les nazis pour prouver à qui voudrait l’entendre qu’Auschwitz était un camp de travail normal, voir pourquoi pas un camp humain.

Après tout, ils n’avaient pas fait autrement avec les malades mentaux euthanasiés en Allemagne. A leurs familles, ils envoyaient une simple lettre expliquant un décès accidentel. Le tout étant de rester dans les formes et de faire passer la pilule.

En mars 1944, le camp des familles est liquidé et ses habitants gazés, on y reviendra. Or, 3 mois après, Eichmann invite la Croix-Rouge à visiter le camp de Terezin, en Bohême, sur la demande du Danemark. Pour l’occasion, quelques retouches et mises en scènes semblent tromper les visiteurs.

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Freddy Hirsch

Bref, notre idée est bien que les Juifs tchèques, de Terezin à Auschwitz, ont servi de vitrine auprès de l’opinion internationale. Sans d’ailleurs pour autant qu’ils fussent épargnés. Mais revenons au camp des familles. Membre de la Résistance, détenu depuis 18 mois, Rudolf Vrba, un Juif slovaque, entre vite en contact avec le camp des familles. Il veut convaincre les hommes de le rejoindre dans le mouvement de résistance du camp. En fait, il a très vite compris que le camp des familles était condamné. Son interlocuteur auprès du camp est Fredy Hirsch, un Juif allemand émigré à Prague. Cet homme d’un peu plus de 30 ans est très proche des enfants du camp. Il en est personnellement responsable et apporte un soin particulier à leur éducation. Hirsch communiquera à Vrba le nombre d’hommes prêts à prêter main forte en cas de révolte.

D’autant plus que le temps presse. Fin février 1944, des bruits sur les préparatifs du gazage des familles filtrent. Kaminski, un des chefs de la Résistance au « commando spécial », veut avertir les Juifs du camp des familles, mais l’opération de gazage est repoussée de quelques jours, en fait juste un court sursis. Vrba tente encore une fois de persuader Hirsch d’organiser une révolte armée : sur le chemin de leur exécution, les hommes s’empareraient des armes de leurs gardiens et en tueraient un maximum. La fin était inéluctable alors pourquoi ne pas mourir les armes à la main ? Pour Hirsh, le principal obstacle, et la principale obsession, ce sont les enfants, qu’il considère comme les siens. Face à un choix insoluble, il tente de se suicider en s’empoisonnant.

Un matin, les SS viennent embarquer les familles dans des camions. Subterfuge classique pour une exécution calme, ils expliquent aux Juifs qu’ils seront transférés à Heydebreck. Mais le camion ne tourne pas à droite, vers la sortie du camp, il prend bien la direction des chambres à gaz. Une scène unique se produira alors : battus, forcés de rentrer dans la chambre, les Juifs entonnent l’hymne national tchèque puis la Hatikva, futur hymne d’Israël.

Rudolf Vrba, qui avait tenté de soulever le camp des familles, fera quant à lui partie des rares à avoir pu s’échapper d’Auschwitz. En avril 1944, il parvient à regagner la Slovaquie, avec un co-détenu, Alfred Wetzler. Ils rédigeront un rapport de 32 pages sur la réalité de l’extermination des Juifs, qu’ils enverront aux gouvernements anglais et américain. A cette date, on savait déjà l’essentiel. Mais ce document poussera les Alliés à faire pression sur les nazis dans le cadre de la déportation des Juifs hongrois, qui commence au même moment. Si 400 000 furent effectivement déportés, on estime à environ 100 000 le nombre de vies sauvées grâce à ce rapport.

https://francais.radio.cz/le-camp-des-familles-8600949

ANCIEN TESTAMENT, DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DU PROPHETE AMOS, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, PSAUME 112

Dimanche 18 septembre 2022 : 25ème dimanche du Temps Ordinaire

Dimanche 18 septembre 2022 :

25ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Amos 8, 4-7

4 Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux
pour anéantir les humbles du pays,
5 car vous dites :
« Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée,
pour que nous puissions vendre notre blé ?
Quand donc le sabbat sera-t-il fini,
pour que nous puissions écouler notre froment ?
Nous allons diminuer les mesures,
augmenter les prix et fausser les balances.
6 Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent,
le malheureux pour une paire de sandales.
Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! »
7 Le SEIGNEUR le jure par la Fierté de Jacob :
Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

LA COLERE DU PROPHETE AMOS
L’heure est sûrement grave puisque le prophète Amos termine par une formule extrêmement solennelle : « Le SEIGNEUR le jure par la Fierté de Jacob ». Or la « Fierté de Jacob », c’est Dieu lui-même ; car c’est lui qui est (ou qui devrait être) la seule fierté de son peuple ; en d’autres termes, le SEIGNEUR jure par lui-même. On trouve dans la Bible des expressions du même genre, par exemple « Le SEIGNEUR le jure par sa Sainteté » ou bien « Par mon Nom, dit le SEIGNEUR ». C’est logique : lorsque les hommes prêtent serment, ils le font au nom de quelqu’un qui les dépasse ; Dieu, lui, ne peut s’engager que par lui-même ! Qui pourrait-il invoquer de plus grand ?
Et à propos de quoi Dieu prête-t-il serment ? « Le SEIGNEUR le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. » Il s’agit des méfaits des gens qui ne cherchent qu’à s’enrichir aux dépens des autres. Amos est un prophète du huitième siècle av J.C. à l’époque où la terre d’Israël est partagée en deux royaumes. Petit berger d’un village du Sud, (Téqoa) près de Bethléem, il a été choisi par Dieu pour aller prêcher dans le royaume du Nord qu’on appelle aussi la Samarie, du nom de sa capitale. Nous sommes sous le règne de Jéroboam II, vers 750 av.J.C. : un règne faste à tout point de vue… du moins, c’est ce que tout le monde pense ; tous sauf un, le prophète Amos justement. La Samarie traverse une période de prospérité économique et, logiquement, c’est le niveau de vie de toute la population qui devrait s’améliorer… mais cette période faste ne profite pas à tout le monde ; au contraire Amos est bien obligé de constater que la richesse ne concerne qu’une catégorie privilégiée… mais, pire, cet enrichissement des uns naît de l’appauvrissement des autres ; tout simplement parce que les produits de première nécessité, le pain quotidien ou les sandales, sont entre les mains de vendeurs peu scrupuleux. Et alors on en arrive au point où des pauvres n’ont plus d’autre solution pour ne pas mourir de faim ou de froid que de se vendre comme esclaves : « Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. »
Bien sûr, celui qui est lésé peut essayer de s’adresser à la justice ; oui, en théorie ; mais dans la pratique, chaque fois qu’il y a un procès pour des fraudes ou des escroqueries manifestes, les tribunaux prennent systématiquement le parti des riches contre les pauvres ; pourquoi ? Tout simplement parce que les riches paient les juges : Amos le dit très clairement dans son livre : « Ils changent le droit en poison et traînent la justice à terre ». La justice elle-même est faussée, corrompue ; le texte que nous avons entendu est donc l’un de ceux où Amos prend la parole pour annoncer le jugement de Dieu. Et il dresse un véritable réquisitoire : il énonce les faits, puis il rend son verdict. Les faits d’abord : « Vous écrasez les pauvres, vous anéantissez les humbles du pays ; vous dites : quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, que nous puissions vendre notre blé ? » Ce qu’on appelle « la nouvelle lune », c’est le premier jour du mois ; notre calendrier à nous se fonde sur le cycle du soleil, si bien que nous savons à peine quand est la nouvelle lune ou la pleine lune ; en Israël au contraire le calendrier était lunaire ; dans les calendriers lunaires les mois sont de vingt-huit jours : ils débutent avec la nouvelle lune, et la pleine lune est au milieu du mois ; or la nouvelle lune, le premier jour du mois, (on l’appelait la « néoménie »), était un jour férié : ce qui veut dire que aucun travail, aucun déplacement, aucune activité commerciale n’étaient autorisés ; c’était par excellence le jour du repos et de la gratuité, exactement comme le sabbat (chaque samedi).
QUAND TOUTES LES BALANCES DE LA SOCIETE SONT FAUSSEES
Ce répit dans les affaires visait à tourner l’homme vers Dieu. Mais ici il semble bien qu’il soit vécu avec impatience, car, désormais, l’homme a un autre maître, l’Argent. Evidemment pour quelqu’un dont le premier souci est de gagner de l’argent, un jour férié est sa bête noire : un jour de manque à gagner ; ce qui explique les reproches d’Amos : « Ecoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux… car vous dites : quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? »  Pour autant, Amos ne vise évidemment pas tous les commerçants, comme si la profession tout entière méritait des reproches ; il vise ici des vendeurs malhonnêtes, pour qui commerce rime non pas avec service mais avec prix exorbitants et balances truquées : puisqu’il leur dit « vous avez l’intention de diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances ». L’image de la balance faussée est à double sens : très concrètement, d’abord, on voit bien comment un balancier sournoisement tordu peut fausser une mesure ; mais, plus profondément, ce sont toutes les balances de cette société qui sont faussées ; au fond, Amos reproche au peuple de Samarie de vivre sa vie tout entière dans l’injustice : les balances sont faussées, la justice est dévoyée, on continue bien à respecter les jours fériés, mais à contre-cœur  et avec une arrière-pensée ; tout est faussé en somme.
Et voici le jugement : « Le SEIGNEUR le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. » Traduisez « vous qui vous enrichissez injustement, vous oubliez bien facilement vos forfaits et les tribunaux vous suivent, mais le Seigneur vous déclare : ce sont des choses que l’on ne doit pas oublier. Vous ne devez pas vous habituer à l’injustice. » Pour autant, ne faisons pas dire à ce texte ce qu’il ne dit pas : la menace « Jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits » ne veut pas dire que Dieu gardera éternellement en mémoire nos fautes : toute la leçon de l’Ancien Testament sur le pardon de Dieu dit le contraire. Mais Amos prononce sa mise en garde volontairement de la façon la plus solennelle possible, parce qu’il y a là une leçon très grave : la première chose que Dieu demande à son peuple, c’est de vivre dans la justice ; un père de la terre ne supporterait pas que certains de ses enfants soient appauvris par leurs propres frères. A plus forte raison, notre société humaine fondée sur tant d’injustices et de misères de toute sorte, ne peut qu’offenser Dieu. Amos est d’autant plus virulent que, depuis cent ans, le royaume du Nord se vante d’avoir balayé l’idolâtrie en supprimant tous les cultes des divinités qu’on appelle les Baals ; en fait, ce qu’il reproche à ses contemporains, c’est d’être tombés dans une idolâtrie plus pernicieuse encore, celle de l’argent.
Peut-être faudrait-il aujourd’hui des Amos parmi nous ! Mais encore faudrait-il que nous les écoutions …

PSAUME – 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8

1 Alleluia !
Louez, serviteurs du SEIGNEUR,
louez le nom du SEIGNEUR!
2 Béni soit le nom du SEIGNEUR,
maintenant et pour les siècles des siècles !

5 Qui est semblable au SEIGNEUR notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
6 Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

7 De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
8 pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

QUI EST SEMBLABLE AU SEIGNEUR NOTRE DIEU ?
Ce psaume est le premier de ceux que Jésus a récités le soir du Jeudi-Saint. Quand Saint Matthieu raconte dans son évangile qu’ils partirent vers le Mont des Oliviers après avoir chanté les psaumes, il s’agit en particulier de ce psaume d’aujourd’hui.
Si on le lit en entier, on s’aperçoit que sa composition est très intéressante ; d’abord, dans le texte hébreu, il commence et il finit par le mot « Alleluia » qui veut dire littéralement « Louez-Dieu ». Ensuite, il comporte deux parties de quatre versets chacune, qui encadrent un verset central ; ce verset central est une interrogation « Qui est semblable au SEIGNEUR notre Dieu ? » Et les deux parties contemplent les deux faces, si j’ose dire, du mystère de Dieu : sa Sainteté, d’une part, sa miséricorde, d’autre part. Une fois de plus, nous retrouvons cette double dimension de la Révélation : Dieu s’est fait connaître à la fois comme le TOUT-AUTRE (c’est ce que l’on appelle sa « transcendance » ou sa Sainteté, si vous préférez) ET comme le TOUT-PROCHE. Sa sainteté, c’est l’objet de la première partie ; il suffit de regarder d’un peu près le vocabulaire !
Pour manifester à quel point Il est le Tout-Autre, on répète inlassablement le fameux Nom, celui qu’on ne prononce jamais en entier, par respect. Vous savez pourquoi : pour l’homme de la Bible, dire le nom de quelqu’un, c’est déjà d’une certaine manière oser parler de lui, prétendre le connaître intimement ; et qui pourrait prétendre connaître Dieu ? Dieu seul peut parler de lui-même. Si bien que le Nom de Dieu, tel qu’il l’a révélé lui-même en quatre lettres, on ne le prononce jamais. Et vous savez bien que, dans la Bible, quand on rencontre ces fameuses quatre lettres, spontanément le lecteur juif les remplace par le mot hébreu « Adonaï » qui veut dire « Mon SEIGNEUR », mais qui ne prétend pas décrire ni définir Dieu.
Parfois aussi, pour parler de Dieu, on emploie l’expression « LE NOM » et il faut entendre tout le respect, toute la déférence que cela implique. Eh bien, pour glorifier la sainteté de Dieu, les quatre versets de la première partie sont une véritable broderie autour du Nom de Dieu et du verbe « louez ». Je vous la donne en entier : « Alleluia ! Louez, serviteurs du SEIGNEUR, louez le nom du SEIGNEUR ! Béni soit le nom du SEIGNEUR, maintenant et pour les siècles des siècles ! Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du SEIGNEUR ! Le SEIGNEUR domine tous les peuples, sa gloire domine les cieux. » Et la grandeur de Dieu rayonne sur la totalité du temps et de l’espace « Béni soit le Nom du SEIGNEUR maintenant et pour les siècles… Du levant au couchant du soleil, loué soit le Nom du SEIGNEUR ».
Cette insistance traduit également une résolution, une profession de foi, la décision d’abandonner définitivement toute idolâtrie : « Le SEIGNEUR domine tous les peuples, sa gloire domine les cieux. » Dernière remarque pour cette première partie : comme toujours dans les psaumes, c’est le peuple élu qui parle, mais il n’oublie pas le reste de l’humanité : « Le SEIGNEUR domine tous les peuples ».
LE DIEU DE MISERICORDE SE PENCHE SUR LES FAIBLES
Puis vient le verset central : « Qui est semblable au SEIGNEUR notre Dieu ? » Sous-entendu la grande découverte, c’est que le Dieu de gloire est tout autant le Dieu de miséricorde : « Lui, il siège là-haut. Mais il abaisse son regard vers le ciel et vers la terre. »
Et la fin de la deuxième partie détaille la miséricorde de Dieu, son action auprès des plus petits, des plus pauvres : « De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre ». En particulier, parmi les faibles et les pauvres, on comptait la femme stérile, qui vivait dans la crainte continuelle d’être répudiée et c’est l’objet du dernier verset : « Il installe en sa maison la femme stérile, heureuse mère au milieu de ses fils. » Ici, il y a un jeu de mots car en hébreu, le mot « maison » veut aussi dire « descendance ». Sara, la femme d’Abraham, a connu ce miraculeux renversement de situation ; Rachel également : on imagine sans peine l’éblouissement de celle qui a cru être stérile à tout jamais, et qui se retrouve quelques années plus tard, avec sa maison remplie d’enfants !
La Bible se plaît à noter de tels renversements de situation : car « rien n’est impossible à Dieu », on le sait bien, c’est même le leit-motiv des croyants. Le Magnificat de la Vierge Marie est tout plein de cette certitude confiante : « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais, tous les âges me diront bienheureuse… Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » Sans oublier que si tout ceci peut s’appliquer aux individus, les psaumes visent d’abord le peuple d’Israël dans son ensemble.
Revenons au soir de la Cène où Jésus a chanté ce psaume avec ses disciples ; nul doute qu’en prenant le chemin du mont des Oliviers le soir du Jeudi-Saint, il a entendu résonner tout particulièrement le verset « De la poussière il relève le faible » : lui qui partait vers sa Passion et vers sa mort a certainement entendu là une annonce de sa Résurrection ; poussière, nous sommes, à la poussière nous retournons ; mais « de la poussière Dieu relève (entendez il ressuscite) le faible pour qu’il siège parmi les princes »… C’est exactement ce qui s’est passé pour Jésus-Christ, et c’est ce qui nous attend.
—————–
*Note – Ce psaume est le premier des psaumes du « Hallel » qui étaient chantés lors du repas pascal.

Complément
– A propos des renversements de situation : une toute petite étude de vocabulaire est très suggestive. En hébreu, à deux reprises, les mêmes mots sont employés pour parler de Dieu et pour parler des pauvres : malheureusement, notre traduction française ne peut pas toujours rendre toutes ces résonances ; par exemple le verbe « exalter » : une traduction littérale des versets 4a et 7b donnerait : « Que le SEIGNEUR soit exalté sur toutes les nations » / « Du fumier il exalte le pauvre » ; ou encore le verbe « siéger » ou « trôner » : une traduction littérale, là encore, des versets  5b et 8a donnerait : « Lui il trône là-haut » / « Pour qu’il (le pauvre) trône parmi les princes ».

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul à Timothée 2, 1-8

Bien-aimé,
1 j’encourage, avant tout,
à faire des demandes, des prières,
des intercessions et des actions de grâce
pour tous les hommes,
2 pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité,
afin que nous puissions mener notre vie
dans la tranquillité et le calme,
en toute piété et dignité.
3 Cette prière est bonne et agréable
à Dieu notre Sauveur,
4 car il veut que tous les hommes soient sauvés
et parviennent à la pleine connaissance de la vérité.
5 En effet, il n’y a qu’un seul Dieu,
il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes :
un homme, le Christ Jésus,
6 qui s’est donné lui-même
en rançon pour tous.
Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage,
7 pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre
– je dis vrai, je ne mens pas –
moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité.
8 Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient
en élevant les mains,
saintement, sans colère ni dispute.

DIEU VEUT QUE TOUS LES HOMMES SOIENT SAUVES
Il y a au milieu de ce texte une phrase qui résume toute la Bible, une phrase de lumière, si j’ose dire ; je vous la rappelle : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » Elle est au centre de ce texte, mais elle est aussi au centre de la pensée de Paul, et surtout elle est le centre, la chose la plus importante de l’histoire de l’humanité ; « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés ». Tous les mots comptent : « Dieu veut » : c’est le mystère de sa volonté, ce « dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement », comme dit la lettre aux Ephésiens (1,9-10). La volonté de Dieu est une volonté de salut, et cette volonté de Dieu concerne tous les hommes : « Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés ». Visiblement, Paul veut insister très fort sur la dimension universelle du projet de Dieu. Je reprends ses expressions : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés… j’encourage, avant tout à faire des demandes, des prières… pour tous les hommes… le Christ Jésus s’est donné lui-même en rançon pour tous ».
Je reprends notre fameuse phrase parce qu’elle nous donne la définition du salut : « Dieu, notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » On sait bien que dans ce genre de phrase, le mot ET peut être remplacé par « C’EST-A-DIRE » ; il faut donc entendre : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés c’est-à-dire parviennent à la pleine connaissance de la vérité. »
Et qu’est-ce que la vérité ? C’est que Dieu nous aime et est sans cesse auprès de nous pour nous combler de son amour ; être sauvé c’est connaître cette vérité, non pas d’une manière intellectuelle, mais connaître à la manière biblique, c’est-à-dire en vivre, se laisser aimer et combler. Tant que les hommes ne connaissent pas l’amour de Dieu pour eux, tant qu’ils n’en vivent pas, ils sont comme prisonniers. Le Christ est venu justement pour les libérer. D’où l’expression « il s’est donné en rançon » : chaque fois que nous rencontrons ce mot « rançon », nous pouvons le remplacer par le mot « libération ». Le Christ est venu pour annoncer en paroles et en actes l’amour de Dieu pour tous les hommes. Croire à cet amour, vivre de cet amour, c’est être sauvé.
Alors, la vraie prière, celle que Dieu peut accepter, comme dit Paul, c’est parler à Dieu de son projet, c’est entrer dans son projet, nous en imprégner, pour être capables ensuite de répandre la nouvelle comme une traînée de poudre. Dans ce sens-là, on peut comparer la messe du dimanche à une réunion de chantier, la réunion de chantier du royaume ; dans certains chantiers de construction, on fait le point chaque lundi matin sur l’avancement des travaux ; de la même manière, les Chrétiens se réunissent tous les dimanches pour faire le point sur l’avancement du chantier de Dieu. Et à en croire cette lettre à Timothée, le chantier de Dieu, c’est très clair, est à la dimension de l’univers tout entier. C’est bien pour cela que la prière autrefois appelée « prière des fidèles » s’appelle aujourd’hui « prière universelle » ; les deux termes devraient être équivalents.
PARTAGER LE PROJET DE DIEU
« La Prière des fidèles », cela veut dire « la prière de ceux qui ont la foi » : c’est-à-dire ceux qui ont assez de foi pour croire que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ». Sûrs de cette foi, sûrs de l’amour de Dieu pour l’humanité tout entière, nous prions le Père : le texte officiel précise bien qu’il s’agit d’une prière de supplication ; mais il ne s’agit pas de mettre Dieu au courant des besoins du monde, comme s’il fallait lui apprendre quelque chose ; il s’agit d’une éducation de notre propre regard : nous apprenons à regarder le monde avec les yeux de Dieu. Les meilleurs outils pour préparer la Prière Universelle, ce sont le Livre de la Parole de Dieu dans une main, et dans l’autre, le journal qui nous tient au courant de l’actualité sur tous les continents. Ainsi armés, nous pourrons entendre l’Esprit nous souffler ce dont le monde a besoin, et dans quel sens orienter nos efforts pour le transformer.
Dernière remarque, on a ici une superbe description de ce qu’était la prière juive bien avant la prière chrétienne ; telle qu’on peut la découvrir dans l’Ancien Testament, elle est faite exactement comme dit Saint Paul « de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes ». On n’a pas attendu le Nouveau Testament ni pour prier, ni pour demander, ni pour rendre grâce ; on n’a pas non plus attendu le Nouveau Testament pour savoir que le projet de Dieu concerne l’humanité tout entière.
Et même la position de la prière les mains levées vers le ciel n’est pas une invention des Chrétiens. Il suffit de se rappeler la prière de Moïse, les bras levés, à Rephidim, dans le Sinaï. La prière chrétienne est vraiment la petite sœur , l’héritière de la prière juive. Et d’ailleurs, on trouve dans les catacombes des tombeaux sculptés représentant des hommes en prière dans cette position de Moïse, qu’on appelle la position de l’orant.
Notons que, dans la dernière phrase, l’insistance de Paul n’est pas sur la position à adopter, mais sur l’état d’esprit dans lequel on doit être pour la prière : « Je voudrais qu’en tout lieu, les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. » Comment entrer dans le projet d’amour de Dieu pour tous si on a le cœur  plein de colère et de dispute ? Très certainement, là, on a une trace de difficultés graves, d’oppositions, de dissensions, de persécutions peut-être, dans la communauté à laquelle était destinée cette lettre. On ne peut pas aventurer d’hypothèses précises car on n’est pas très sûr de la date de composition de cette lettre, on n’est même pas sûr qu’elle soit de Paul lui-même, en tout ou en partie. Mais peu importe la date de cette lettre : ce qui compte à toute époque et quelles que soient les difficultés que nous rencontrons, c’est de ne jamais oublier que le projet de salut de Dieu concerne l’humanité tout entière.
L’Esprit Saint avait déjà soufflé aux prophètes de l’Ancien Testament que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité ».

EVANGILE – selon Saint Luc 16, 1-13

En ce temps-là,
1 Jésus disait à ses disciples :
« Un homme riche avait un gérant
qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens.
2 Il le convoqua et lui dit :
‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ?
Rends-moi les comptes de ta gestion,
car tu ne peux plus être mon gérant.’
3 Le gérant se dit en lui-même :
‘Que vais-je faire,
puisque mon maître me retire la gestion ?
Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force.
Mendier ? J’aurais honte.
4 Je sais ce que je vais faire,
pour qu’une fois renvoyé de ma gérance,
des gens m’accueillent chez eux.’
5 Il fit alors venir, un par un,
ceux qui avaient des dettes envers son maître.
Il demanda au premier :
‘Combien dois-tu à mon maître ?’
6 Il répondit :
‘Cent barils d’huile.’
Le gérant lui dit :
‘Voici ton reçu ;
vite, assieds-toi et écris cinquante.’
7 Puis il demanda à un autre :
‘Et toi, combien dois-tu ?’
Il répondit :
‘Cent sacs de blé.’
Le gérant lui dit :
‘Voici ton reçu, écris 80’.
8 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête
car il avait agi avec habileté ;
en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux
que les fils de la lumière.
9 Eh bien moi, je vous le dis :
Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête,
afin que, le jour où il ne sera plus là,
ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

10 Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose
est digne de confiance aussi dans une grande.
Celui qui est malhonnête dans la moindre chose
est malhonnête aussi dans une grande.
11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête,
qui vous confiera le bien véritable ?
12 Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance,
ce qui vous revient, qui vous le donnera ?
13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres :
ou bien il haïra l’un et aimera l’autre,
ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre.
Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

LES FILS DE CE MONDE ET LES FILS DE LA LUMIERE
Jésus dresse toute une série d’oppositions : comme souvent dans la Bible, on pourrait écrire ce passage en deux colonnes : c’est le fameux thème des deux voies en somme.
Dans la colonne de gauche, on classerait les fils de ce monde, l’Argent malhonnête, ce qui est à autrui, et tout cela n’est qu’une moindre chose, comme dit Jésus, c’est-à-dire sans valeur.
Dans la colonne de droite, au contraire, les fils de lumière que nous sommes, le bien véritable, « ce qui nous revient », c’est-à-dire le Royaume de Dieu, et c’est cela la grande affaire, c’est-à-dire la seule qui compte.
Toutes ces oppositions n’ont qu’un but, nous faire découvrir que l’Argent n’est qu’une tromperie et que consacrer sa vie à « faire de l’argent » comme on dit, c’est faire fausse route. C’est aussi grave que l’idolâtrie que les prophètes ont tellement pourchassée. Dans la phrase « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent », le mot « servir » a un sens religieux, bien sûr. Il n’y a qu’un seul Dieu, ne vous faites pas d’idoles, car toute idolâtrie fait de vous un esclave ; nous avions déjà entendu très fort ce message dans le livre de l’Exode, par la bouche de Moïse, la semaine dernière, dans l’épisode du veau d’or. Dieu seul libère (tout l’Ancien Testament nous l’a appris), les idoles asservissent. Or l’argent peut fort bien devenir une idole, c’est-à-dire devenir une fin en soi et non plus un moyen ; quand on est obsédé par l’envie de gagner de l’argent, on devient vite esclave : bientôt nous n’aurons plus le temps de penser à autre chose ! « Se méfier de ce qu’on possède pour ne pas être possédé », dit la Sagesse populaire, et c’est un bon principe. Justement, le sabbat était fait entre autres pour cela : retrouver une fois par semaine le goût de la gratuité. C’est une manière de rester libre.
L’Argent est malhonnête, c’est-à-dire trompeur, de deux manières : d’abord, il nous fait croire qu’il nous assurera le bonheur, mais viendra bien un jour, pourtant, où il nous faudra tout laisser. Dans la phrase de Jésus « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que le jour où il ne sera plus là… », la formule « il ne sera plus là » est une allusion à la mort. Sans oublier qu’un renversement de situation est toujours possible
VOUS NE POUVEZ PAS SERVIR A LA FOIS DIEU ET L’ARGENT
Ensuite, l’Argent nous trompe quand nous croyons qu’il nous appartient à nous tout seuls. Jésus ne nous pousse pas à mépriser l’argent, mais à le mettre au service du Royaume, c’est-à-dire des autres. Les richesses méritent bien leur nom et il serait stupide et hypocrite de les bouder. Mais nous n’en sommes pas propriétaires pour notre seul usage égoïste, nous en sommes intendants. C’est pour cela que Jésus parle de « bien étranger », c’est parce qu’il ne nous appartient pas. Il est bien vrai « qu’il n’y a pas grand intérêt à être le plus riche du cimetière », comme on dit, mais « il y a grand intérêt à être riche pour en faire profiter les autres ».
Dans la phrase « être digne de confiance pour l’argent malhonnête », le mot « confiance » est très important : Dieu nous fait confiance ; cet argent nous est confié, nous en sommes intendants, responsables … toutes nos richesses, de tous ordres, nous sont confiées comme à des intendants pour que nous les partagions, pour que nous les transformions en bonheur pour ceux qui nous entourent. Alors on comprend mieux la parabole précédente : cet intendant menacé de licenciement et qui fait une dernière fois des cadeaux avec l’argent de son patron pour se faire des amis qui le lui rendront. Il est parfaitement malhonnête ; mais il a su trouver très vite une solution astucieuse pour assurer son avenir. Et l’astuce, ici, consiste à utiliser pour une fois l’Argent comme un moyen et non comme un but.
Ce n’est pas la malhonnêteté que Jésus admire, c’est l’habileté : qu’attendons-nous pour trouver des solutions astucieuses pour assurer l’avenir de tous ?… et il est vrai que l’envie de gagner de l’argent rend des quantités de gens très inventifs ; Jésus voudrait bien que l’ardeur pour la justice ou pour la paix nous rende aussi inventifs ! Le jour où nous consacrerons autant de temps et de matière grise à inventer des solutions de paix, de justice et de partage qu’à gagner de l’argent au-delà du nécessaire, la face du monde sera changée. Et déjà si nous passions autant de temps à parler de solidarité et de partage que nous passons de temps à parler d’argent, bien des choses changeraient, probablement.
Au fond la morale de l’histoire pourrait s’écrire ainsi : Choisissez Dieu, résolument, et mettez au service du Royaume l’habileté que vous mettriez à faire de l’argent. Les fils de la lumière savent que l’Argent n’est qu’une toute petite affaire, c’est le Royaume qui est la grande affaire. Ils ne « servent » pas l’Argent comme on sert une divinité, ils le mettent au service du Royaume.

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CROIX GLORIEUSE, EGLISE CATHOLIQUE, EGLISES D'ORIENT, JESUS CHRIST, LA VRAIE CROIX

La Vraie Croix de Jésus

La Vraie Croix de Jésus

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La reine de Saba vénère le bois de la Vraie CroixLégende de la Vraie Croix (Piero della Francesca), église San Francesco, Arezzo.

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Dans la chapelle des reliquaires de la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem (la Cappella delle Reliquie), le reliquaire central contiendrait un fragment de la Vraie Croix.

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L’exaltation de la Vraie Croix, Giambattista Tiepolo 1740-45. Accademia, Venise

330px-La_basilique_Sainte-Croix-de-Jérusalem_(Rome)_(5988359555) (1)

Dans la chapelle des reliquaires de la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem (la Cappella delle Reliquie), le reliquaire central contiendrait un fragment de la Vraie Croix.

Accademia - Giambattista tiepolo - Esaltazione della croce, 1740-45 ca
Accademia – Giambattista tiepolo – Esaltazione della croce, 1740-45 ca

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La découverte des trois croix. Un jeune homme blessé est guéri par la Vraie Croix. Fresque de la basilique San Francesco, Arezzo, Piero della Francesca xve siècle.

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La redécouverte de la Croix, d’après Gustave Doré.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vraie_Croix

CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, LES SERVANTES DE L'ASSEMBLEE DANS L'EGLISE, LITURGIE, SERVANTES DE L'ASSEMBLEE

Les servantes de l’assemblée dans l’Eglise

Les servantes de l’Assemblée

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Les servantes de l’assemblée, un service à encadrer

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Ces groupes de jeunes filles qui servent la messe, mais pas à l’autel, se développent. Certains remettent en cause leur existence. D’autres y voient un service complémentaire à celui des garçons. Inventaire des questions qui fâchent.

Aux côtés des servants d’autel – une équipe de jeunes garçons formés pour servir et aider le célébrant lors des messes du dimanche – les servantes d’assemblée accueillent les fidèles et les aident à participer à la liturgie.

C’est l’un des sujets les plus brûlants du moment en matière de liturgie. Les groupes de servantes de l’assemblée, nés il y a une quinzaine d’années en France et dont la croissance est exponentielle, sont au cœur d’une vive controverse depuis quelques semaines. Le débat a rejailli en marge du pèlerinage national des servants d’autel à Rome fin août, mais également à l’occasion du Synode sur la synodalité où de nombreuses remarques sur cette particularité liturgique française ont été remontées dans les synthèses locales. L’objet de la controverse ? La séparation des garçons et des filles dans le service de la liturgie. Cette séparation a-t-elle un fondement théologique ? Trouve-t-elle une justification pastorale ? Qu’en pensent Rome et la conférence épiscopale ? Autant de questions qui méritent un développement approfondi et apaisé pour sortir de ce débat par le haut.

 

  1. Le service de l’autel est-il ouvert aux filles?

Depuis Vatican II, et plus précisément le début des années 1990, la question a été définitivement tranchée par Rome. « Plus aucun texte du Magistère n’interdit aux filles de servir à l’autel », assure à Famille Chrétienne Mgr Guy de Kerimel, archevêque de Toulouse et président du Conseil épiscopal pour la liturgie. Cependant, cette accession des filles au service de l’autel s’est faite progressivement et a connu quelques tâtonnements au début. Cette ouverture trouve ses prémices bien avant le Concile, lorsque Pie XII opère une distinction, en 1947, entre les ministères ordonnés et les ministères institués (Sacramentum Ordinis). « Dans l’Église ancienne, il existait des ministères très variés portier, lecteur, acolyte… qui ont fini par devenir des étapes du sacerdoce, ce que l’on a appelé les ordres mineurs», explique Sœur Bénédicte Mariolle, religieuse des Petites Sœurs des pauvres et professeur à l’Institut supérieur de théologie de Paris. Ces ordres, exercés par des clercs, appartenaient-ils à l’essence du sacrement de l’ordre ? Non, précise Pie XII. « Seuls les ministères reçus par imposition des mains sont des ministères ordonnés (diacres, prêtres, évêques), les autres relèvent du baptême», précise la religieuse.

Paul VI poursuit la réflexion de son prédécesseur. En 1972, son motu proprio Ministeria quaedam met fin aux ordres mineurs et ouvre les ministères institués aux laïcs, mais les réserve toujours aux hommes, « conformément à la vénérable Tradition de l’Église ». « Si ces ministères relevaient du baptême, il n’y avait plus aucune raison de les réserver à des hommes», estime Sœur Bénédicte Mariolle. D’autant qu’en 1973, les femmes sont autorisées à devenir ministres extraordinaires de l’Eucharistie, et donc à pénétrer dans le chœur. Différents pays interprètent ces textes comme une autorisation pour les femmes de servir à l’autel. Rome met le holà en 1980 et rappelle que « les fonctions de l’acolyte ne sont pas permises aux femmes » (Instruction Inaestimabile donum). Le revirement a lieu en 1992 lorsque le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs considère que le service de l’autel fait partie des ministères ouverts aux laïcs, hommes et femmes. Deux ans plus tard, la Congrégation pour le culte divin confirme cette décision mais précise qu’elle a un caractère permissif et non prescriptif. En 2004, l’instruction Redemptionis sacramentum confirme la ligne toujours en vigueur aujourd’hui dans l’Église : « Les filles ou les femmes peuvent être admises à ce service de l’autel, au jugement de l’évêque diocésain. » L’ouverture, en janvier, du ministère institué de l’acolytat aux femmes ne semble pas changer la règle en vigueur.

 

  1. Ce service peut-il être réservé aux garçons?

En matière de liturgie, sauf décision contraire de la conférence épiscopale, seul l’évêque diocésain décide. Il peut donc autoriser des filles à servir à l’autel, mais aussi réserver ce service aux garçons. Les différents textes du magistère l’y autorisent en raison de la tradition et de la pastorale des vocations. Ainsi, la congrégation pour le culte divin affirme en 1994 : « Le Saint-Siège rappelle qu’il sera toujours opportun de suivre la noble Tradition du service de l’autel confié à de jeunes garçons. On sait que ce service a permis un développement encourageant des vocations sacerdotales. L’obligation de continuer à favoriser l’existence de ces groupes d’enfants de chœur demeurera donc toujours. » Dans une lettre adressée à un évêque en 2001, cette congrégation va plus loin : même dans le cas où un évêque a accordé l’autorisation aux femmes de servir à l’autel, les prêtres du diocèse peuvent ne pas suivre ladite autorisation, spécialement s’ils fondent cette décision sur la pastorale des vocations. Cette lettre rappelle également qu’il n’est pas permis d’exclure les garçons du service de l’autel.

 

  1. Existe-t-il des raisons théologiques de séparer les garçons et les filles?

Certains ont cru pouvoir utiliser des raisonnements théologiques pour justifier la distinction garçons/filles dans le service de la messe. En vain. « Aucun argument théologique ne peut justifier cela », assure sans hésitation don Pierre Doat, ancien curé de la paroisse Sainte-Suzanne en Mayenne, aujourd’hui vicaire à la paroisse Saint-Pierre au Mont-Saint-Michel. « Même autrefois, quand le service était réservé aux garçons, il ne s’appuyait pas sur des arguments théologiques mais sur des mesures disciplinaires», précise ce prêtre de la Communauté Saint-Martin qui a lancé un groupe de servantes de l’assemblée en 2019. « En théologie, au nom du sacerdoce commun des baptisés, garçons et filles peuvent servir à l’autel », confirme le Père Sébastien de Groulard, vicaire général de Nantes et ancien responsable du service liturgique de son diocèse. « Aucun ministère fondé sur le baptême ne peut s’appuyer sur des critères de genre ou de condition sociale pour opérer des distinctions, insiste Sœur Bénédicte Mariolle. Il n’existe que deux critères pour exercer un ministère: le baptême et la compétence. »

L’allégorie, souvent utilisée, de l’Église-Épouse, qui serait représentée par les servantes de l’assemblée, faisant face au Christ-Époux, représenté par le prêtre et les servants d’autel, est considérée comme inopérante par les théologiens et les spécialistes de la liturgie. « Le prêtre, configuré au Christ-Tête, se situe bien en vis-à-vis de l’assemblée qui est l’Église-Épouse. Mais le garçon qui sert dans le chœur ou la fille dans l’assemblée sont eux, tous les deux, membres de l’Église-Épouse », conteste le Père de Groulard. « La théologie demande que soit prise en compte la multiplicité des figures pour énoncer quelque chose du mystère. Ici, on ne peut pas réduire la signification de l’assemblée liturgique à la seule figure de la relation Époux-Épouse, encore moins la matérialiser par des attributs de sexe », ajoute Sœur Bénédicte Mariolle.

 

  1. Sur quels arguments se fonde la création de ces servantes?

Les servantes de l’assemblée sont nées de cette cohabitation paradoxale au sein du magistère entre la permission accordée aux filles de servir l’autel et l’autorisation de ne réserver ce service qu’aux garçons. Elles ont généralement vu le jour dans des paroisses désireuses de maintenir la tradition d’enfants de chœur masculins, mais soucieuses, dans le même temps, de permettre aux jeunes filles d’avoir un rôle et une formation liturgique.

« Les seuls arguments qui ont de la valeur pour justifier une telle distinction sont d’ordre circonstanciel et pastoral », avance le vicaire général de Nantes, co-auteur en 2015 d’une note donnant des points de repère pastoraux sur le service de l’autel à l’attention des diocèses de la province de Rennes. L’argument vocationnel de la proximité des garçons avec le service de l’autel est le plus souvent avancé et le plus légitime à la lecture des textes romains. « Je serais inquiète si un séminariste venait en me disant qu’il avait trouvé sa vocation simplement en servant l’autel, tempère toutefois Sœur Bénédicte Mariolle. C’est un élément parmi d’autres de l’appel vocationnel.» Un avis que ne partage pas don Pierre Doat. « Je trouve que l’on balaie un peu vite cet argument, alors qu’un grand nombre de prêtres disent aujourd’hui que le service de l’autel a été une étape importante dans leur discernement, rétorque le prêtre de Saint-Martin. Le service de l’autel est-il encore un élément pivot de la pastorale des vocations sacerdotales? J’en suis convaincu. »

Le second argument avancé est celui du souci des familles car ce sont souvent elles qui sont demandeuses d’éduquer leurs enfants à la complémentarité. « Chacun occupe, à sa manière et de façon complémentaire, un rôle et participe à la beauté de la messe », veut croire Sophie Lanchet, ancienne responsable d’un groupe de servants d’autel dans un établissement scolaire du Val-d’Oise. « Si c’est juste pour faire servir les filles pendant une heure pour les occuper séparément des garçons, cela n’a aucun intérêt, met en garde don Pierre Doat. Par contre, s’il y a derrière une solide formation spirituelle et liturgique pour les garçons et les filles de manière séparée, à un âge particulier et charnière, parce que c’est intelligent et que d’autres pédagogies fonctionnent de la même façon, comme le scoutisme, cela se justifie et c’est même une opportunité pastorale. »

 

  1. L’appellation «servantes de l’assemblée» est-elle juste?

C’est le point le plus problématique de la question, estime Sœur Bénédicte Mariolle. « En parlant de « servantes de l’assemblée », on crée une ambiguïté en laissant penser qu’il existerait une séparation entre l’assemblée, constituée des laïcs, et le chœur occupé par les clercs. Or, ce n’est pas du tout la théologie du Concile et du missel romain. La constitution Sacrosanctum concilium insiste sur le fait que l’assemblée liturgique est une, composée des fidèles laïcs et des ministres ordonnés. Le prêtre préside l’assemblée, il n’est pas en dehors de celle-ci.» D’ailleurs, l’autel n’est pas le lieu réservé aux clercs, mais celui de l’assemblée. « L’autel est aussi le lieu de l’offrande de l’assemblée », insiste la religieuse.

« Il ne faut pas employer l’expression « servantes de l’assemblée », mais plutôt celle de « servantes de la liturgie »», suggère le Père Sébastien de Groulard. « C’est maladroit de dire « servants d’autel » et « servantes de l’assemblée », abonde don Pierre Doat. Cette appellation a été donnée sans réfléchir. » Le terme « liturgie » dit bien l’ensemble du service qui est réalisé. Il signifie d’ailleurs en grec « action du peuple ». « Les jeunes ne servent pas qu’à l’autel, fait remarquer Mgr François Touvet, évêque de Châlons et ancien évêque accompagnateur des servants d’autel, mais aussi à l’ambon, au siège du célébrant, ils servent également l’assemblée et puis aussi pour les baptêmes. L’appellation « servant de la liturgie » semble donc plus appropriée. »

 

  1. La conférence épiscopale s’est-elle prononcée?

En 2015, l’ancien directeur du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle, le Père Jacques Rideau, avait publié, « à la demande de la conférence épiscopale » précise-t-il à FC, une note mettant en garde contre un risque potentiel de dérive. Mais la conférence épiscopale, elle, ne s’est jamais officiellement prononcée. « Nous sommes dans une phase d’expérimentation pastorale », rappelle Mgr François Touvet.

« Nous devons travailler cette question sereinement et trouver le moyen d’éclairer le choix des pasteurs, confie Mgr Guy de Kerimel. J’ai demandé au Père Laurent Jullien de Pommerol, qui dirige le Service national des servants d’autel, de poursuivre la réflexion. Le danger de la France est d’avancer par cassure. Une réflexion de fond est nécessaire, sinon nous risquons de glisser vers des comportements qui ne sont pas justes sur le plan théologique, ecclésiologique et liturgique.»

« Cette expérimentation mériterait d’être mieux encadrée», concède don Pierre Doat. Outre une appellation plus juste, l’absence des servantes de l’assemblée dans le chœur cristallise les tensions ainsi que la tentation, dans certaines paroisses, d’établir une hiérarchisation, même visuelle, entre les garçons et les filles. « Ces questions sont discutables et doivent être discutées», plaide le prêtre de la Communauté Saint-Martin. Les missions confiées à ces jeunes filles différent d’une paroisse à l’autre et mériteraient donc d’être harmonisées.

 

  1. Et que dit Rome?

À Rome, cette particularité, qui commence à s’exporter aux États-Unis et en Belgique, est vue comme un détail « franco-français ». Si « aucun texte du magistère ne justifie la création d’un ministère de servante de l’assemblée », estime Sœur Bénédicte Mariolle, aucun texte ne l’interdit non plus. En 2010, dans une lettre adressée à Mgr Robert Le Gall, alors responsable de la liturgie à la Conférence des évêques de France, la Congrégation pour le culte divin avait communiqué un ensemble de remarques sur ce service, notamment qu’un « service de l’assemblée ne saurait être réservé aux filles », sans pour autant l’interdire explicitement. « Cette lettre à Mgr Le Gall entrait dans le cadre des échanges entre la Congrégation et les évêques, lorsqu’elle estime devoir les alerter et les inviter à la vigilance sur telle ou telle pratique dont elle a eu connaissance », précise le père Jacques Rideau.

 

  1. Quel choix poser dans sa paroisse?

La décision de créer des servantes de l’assemblée étant une décision pastorale, c’est avec une prudence toute pastorale qu’elle devra être discernée. Les pasteurs pourront s’appuyer sur deux critères : cette distinction garçons/filles est-elle portée par des intentions bonnes, et quelles réactions suscitent-elles dans la communauté ? « Si c’est pour des raisons théologiques erronées ou au prétexte d’une moindre dignité de la femme de pénétrer dans le chœur, ce n’est pas juste », prévient don Pierre Doat. « Toutes les décisions que le curé prend doivent être au service de la communion, ajoute le Père Sébastien de Groulard. S’il pose un acte qui n’est pas reçu par sa communauté, il crée la division. Or, la liturgie est le lieu privilégié de la communion. » « Un prêtre peut, pour des raisons pastorales, réserver le service de l’autel aux garçons, mais peut-être sera-t-il amené, comme pasteur à l’écoute de sa communauté, à remettre en question cette décision s’il y avait des demandes de filles pour servir l’autel», invite Sœur Bénédicte Mariolle. Dans tous les cas, conclut le Père de Groulard, « si on choisit l’une ou l’autre option, il ne faut jamais mépriser les autres manières de faire».

https://www.famillechretienne.fr/38911/article/les-servantes-de-lassemblee-un-service-a-encadrer

ANCIEN TESTAMENT, DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE, EVANGILE SELON SAINT LUC, LIVRE DE L 'EXODE, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL A TIMOTHEE, PSAUME 50

Dimanche 11 septembre 2022 : 24ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 11 septembre 2022 :

24ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – livre de l’Exode 32, 7…14

En ces jours-là,
7 le SEIGNEUR parla à Moïse :
« Va, descends,
car ton peuple s’est corrompu,
lui que tu as fait monter du pays d’Égypte.
8 Ils n’auront pas mis longtemps
à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre !
Ils se sont fait un veau en métal fondu
et se sont prosternés devant lui.
Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant :
‘Israël, voici tes dieux,
qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »

9 Le SEIGNEUR dit encore à Moïse :
« Je vois que ce peuple
est un peuple à la nuque raide.
10 Maintenant, laisse-moi faire ;
ma colère va s’enflammer contre eux
et je vais les exterminer !
Mais, de toi, je ferai une grande nation. »
11 Moïse apaisa le visage du SEIGNEUR son Dieu
en disant :
« Pourquoi, SEIGNEUR,
ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple,
que tu as fait sortir du pays d’Égypte
par ta grande force et ta main puissante ?
13 Souviens-toi de tes serviteurs,
Abraham, Isaac et Israël,
à qui tu as juré par toi-même :
‘Je multiplierai votre descendance
comme les étoiles du ciel ;
je donnerai, comme je l’ai dit,
tout ce pays à vos descendants,
et il sera pour toujours leur héritage.’ »
14 Le SEIGNEUR renonça
au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.

TU N’AURAS PAS D’AUTRES DIEUX EN FACE DE MOI
Je vous rappelle très rapidement le contexte (pour une présentation plus large, voir les compléments) : trois mois après la sortie d’Egypte, Dieu a proposé l’Alliance à Moïse et à son peuple : et le peuple, unanime, a accepté l’Alliance. Et puis, il y a eu l’extraordinaire manifestation de Dieu, dans les éclairs, le tonnerre, le feu, la nuée. Et, de nouveau, le peuple s’est engagé : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique. » (Ex 19,8). Puis Moïse est remonté sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi.
L’épisode du veau d’or se situe à ce moment-là : on trouve que Moïse est bien long à redescendre ; on vient de vivre une expérience religieuse extraordinaire, et nous voilà retombés dans le quotidien. On n’entend plus rien, on ne voit plus rien… Où donc est Dieu ? Où donc est Moïse ? Alors la tentation est trop forte ; on exige d’Aaron qu’il fabrique une statue. Quand Moïse, enfin, redescend de la montagne, les tables de la Loi à la main, il est accueilli par les cantiques adressés à la statue !
Clairement, cette fabrication d’une statue a été considérée par Dieu et par Moïse comme une faute. On peut se demander en quoi est-ce mal ? Pour comprendre ce que représentait l’interdiction des idoles, et en quoi la fabrication du veau d’or est une faute, il faut relire les commandements, ce qu’on appelle le Décalogue. La première phrase, on l’oublie souvent, ce n’est pas un commandement, c’est une affirmation : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. » (Ex 20,1). Affirmation qui précède les commandements et les justifie, elle en donne le sens. C’est parce que Dieu a libéré son peuple que, maintenant, il lui donne les commandements : ceux-ci n’ont pas d’autre but que d’indiquer la façon de rester un peuple libre et heureux.
Le premier de ces commandements tient en deux points : premièrement, « Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi » ; deuxièmement, tu ne te feras pas d’idoles… C’est très clair : « Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux, pour leur rendre un culte. »
TU NE FERAS AUCUNE IDOLE
Cette interdiction de fabriquer des idoles était très neuve pour ce peuple sorti d’Egypte, où pullulaient des statues de toutes sortes de dieux représentés sous des formes d’animaux. Et d’ailleurs, si les Hébreux à peine sortis d’Egypte ont eu l’idée de fabriquer un veau en or, c’est parce qu’ils en avaient déjà vus ! Par exemple, on a retrouvé sur une fresque de la nécropole de Thèbes un jeune veau d’or représentant le soleil à son lever. Cette interdiction toute nouvelle est donc très exigeante : la preuve, c’est que, irrésistiblement, le peuple désobéit ; ce serait tellement rassurant de pouvoir mettre la main sur Dieu : le toucher, le voir… mais aussi pouvoir s’en éloigner, s’en cacher…
Mais le culte des idoles n’est qu’une fausse piste et Dieu le sait mieux que nous ; d’abord, parce que toute tentative pour représenter Dieu, le Tout-Autre, est inexorablement vouée à l’échec ; on ne peut pas réduire Dieu à une statue, tout simplement parce que Dieu n’est pas à la mesure de l’homme. Ensuite, plus grave encore, toute tentative pour figer Dieu, le fixer, prétendre avoir un quelconque pouvoir sur lui, est une tromperie ; cela conduit immanquablement à la magie, au fétichisme, et aussi au pouvoir exorbitant du clergé puisque ce sont les prêtres qui sont en quelque sorte les servants de l’idole… (Entre parenthèses, c’est exactement ce qui se passait en Egypte avec le culte d’Amon).
Le culte des idoles est donc à jamais interdit au peuple qui, le premier, a rencontré le Dieu libérateur. Mieux encore, l’interdiction de fabriquer des idoles fait partie de l’entreprise de libération du peuple de Dieu : pour le dire autrement, cette interdiction signifiait un sens interdit, elle rappelait que l’idolâtrie est une fausse piste, une impasse. La liberté était à ce prix. Car notre liberté authentique exige que nous acceptions cette vérité fondamentale ; alors et alors seulement, nous pouvons entrer avec Dieu dans l’Alliance qu’il nous propose.
LA SOLIDARITE DE MOISE AVEC SON PEUPLE
Le récit nous présente Dieu en colère et Moïse plaidant pour l’apaiser : Dieu dit à Moïse ‘ton peuple m’a désobéi’ et Moïse supplie ‘Ne te mets pas en colère contre ton peuple’. Evidemment, c’est une façon de parler ! On sait aujourd’hui que Dieu n’est pas sujet à la colère comme n’importe lequel d’entre nous et qu’il n’a pas besoin de paroles d’apaisement pour se calmer. Mais, à l’époque de la sortie d’Egypte, on imaginait encore un Dieu qui ressemble fortement aux hommes avec les mêmes sentiments et les mêmes emportements. Il a fallu des siècles de révélation pour qu’on découvre le vrai visage de Dieu. Au bout du compte, quand la Bible parle de la colère de Dieu, c’est toujours pour exprimer son refus inlassable de nous laisser nous fourvoyer.
Même chose pour le pardon de Dieu : il a fallu des milliers d’années pour que les croyants découvrent que le pardon de Dieu n’est pas conditionné par nos plaidoiries ! La découverte de Dieu est très progressive et ce n’est que très lentement que nos façons de parler de lui évoluent : ce qui est extraordinaire dans ce texte, c’est que déjà le peuple fait l’expérience du pardon de Dieu : un Dieu qui persiste à proposer inlassablement son Alliance après chacune de nos infidélités.
Enfin le peuple gardera toujours en mémoire l’exemple de Moïse : lui, le bénéficiaire des faveurs de Dieu, puisqu’il est le seul à l’avoir rencontré face à face, il ne se désolidarise jamais de son peuple, même quand celui-ci est en faute !
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Compléments

1 – le contexte
Cela se passe pendant l’Exode, c’est-à-dire la marche du peuple hébreu dans le désert après la sortie d’Egypte : une période tellement importante qui a marqué profondément la mémoire du peuple. Il y a d’abord eu la sortie d’Egypte, la libération de l’esclavage égyptien sous la conduite de Moïse, et grâce à la protection miraculeuse de Dieu ; et ce fameux chant de victoire qui a suivi : c’était au chapitre 15 du livre de l’Exode ; et puis, tout de suite après, les premières étapes dans le désert ont été autant d’épreuves non seulement pour l’endurance du peuple, mais surtout pour sa foi : on n’était plus habitué à cette vie nomade et à l’insécurité du désert… le manque d’eau potable, la soif, la faim… à chaque nouvelle épreuve, le peuple se révolte contre Moïse qui les a entraînés dans cette folle aventure, et finalement contre ce Dieu qui a promis sa protection mais qui semble parfois les oublier… Ce Dieu de Moïse est à la fois si proche parfois et si insaisissable.
Et puis, trois mois après la sortie d’Egypte, Dieu a proposé l’Alliance à Moïse et à son peuple : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, comment je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle et vous ai amenés jusqu’à moi. Maintenant donc, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulier parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient ; mais vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. » (Ex 19,4-6). Et déjà, une première fois, le peuple, unanime, a accepté l’Alliance ; il a répondu : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique. » (Ex 19,8).
Puis Moïse, sur l’ordre de Dieu, est monté sur la montagne du Sinaï : et le peuple, ébloui et tremblant à la fois, a assisté à une extraordinaire manifestation de Dieu, dans les éclairs, le tonnerre, le feu, la nuée. Quand Moïse est redescendu de la montagne, le peuple a entendu la proclamation des commandements et a solennellement fait Alliance avec Dieu : au pied de la montagne, Moïse a bâti un autel et offert des sacrifices. Et, de nouveau, le peuple s’est engagé : « Toutes ces paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique. » (Ex 24,3). Puis Moïse est remonté sur la montagne pour recevoir les tables de la Loi.
L’épisode du veau d’or se situe à ce moment-là : pour la suite, voir plus haut le commentaire § 2.
2 – Je reviens sur l’expression « tête dure » : je n’ai pas eu le temps de l’aborder dans les limites de l’émission ; nous la retrouverons pour la fête de la Trinité (année A). « Tête dure », ce sont les termes de notre traduction liturgique ; mais, en hébreu, l’expression originale est « peuple à la nuque raide » ; au passage d’une langue à l’autre, malheureusement, nous avons perdu la richesse de l’image sous-jacente.
Dans une civilisation essentiellement agricole, ce qui était le cas en Israël aux temps bibliques, le spectacle de deux animaux attelés par un joug était habituel : nous savons ce qu’est le joug : c’est une pièce de bois, très lourde, très solide, qui attache deux animaux pour labourer. Le joug pèse sur leurs nuques et les deux animaux en viennent inévitablement à marcher du même pas.
Les auteurs bibliques ont le sens des images : ils ont appliqué cette image du joug à l’Alliance entre Dieu et Israël. Prendre le joug était donc synonyme de s’attacher à Dieu pour marcher à son pas. Mais voilà, le peuple d’Israël se raidit sans cesse sous ce joug de l’Alliance conclue avec Dieu au Sinaï. Au lieu de le considérer comme une faveur, il y voit un fardeau. Il se plaint des difficultés de la vie au désert, et finit même par trouver bien fade la manne quotidienne. Au point que Moïse a connu des jours de découragement. Au lieu de se laisser entraîner par la force de Dieu, l’attelage de l’Alliance, en effet, est perpétuellement freiné par les réticences de ce peuple à la nuque raide.

PSAUME – 50 (51), 3-4, 12-13, 17.19

3 Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
4 Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

12 Crée en moi un cœur  pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
13 Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

17 Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.
19 Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur  brisé et broyé.

DIEU POURRAIT-IL SE REJOUIR DE VOIR NOS COEURS BRISES ?
La dernière phrase de ce psaume peut prêter à d’abominables contresens : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur  brisé et broyé. » Dieu pourrait-il se réjouir de voir des cœurs  brisés ? Comment concilier cette formule avec d’autres phrases de la Bible ? Par exemple, dans le livre de l’Exode, Dieu se définit lui-même comme le « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (Ex 34,6) ; et cette formule, on la retrouve telle quelle dans plusieurs psaumes, par ex. Ps 85/86,15 ; ou encore toutes les affirmations que Dieu est Père et qu’il est amour et pardon… Et ces affirmations, on les trouve dès l’Ancien Testament car on n’a pas attendu le Nouveau Testament pour découvrir que Dieu est Amour.
Il ne s’agit donc pas d’imaginer que Dieu pourrait trouver une quelconque satisfaction à nous voir souffrir ; penser une chose pareille, c’est lui faire injure : nous qui sommes des parents bien imparfaits, nous ne supportons pas de voir souffrir nos enfants… comment imaginer que le Père par excellence pourrait y prendre plaisir… et si une telle idée nous choque, si j’ose dire, c’est tant mieux !
Et pourtant elle est bien là cette phrase « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé. » En fait, l’expression « cœur  brisé » ne veut pas dire ce que nous croyons : il faut savoir qu’elle n’a pas été inventée par l’auteur du psaume ; on ne peut pas dire exactement quand le psaume 50/51 a été écrit mais il est certain que ses derniers versets au moins ont été écrits très tard, après l’Exil à Babylone : la preuve, c’est qu’ils parlent de la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor et prient pour sa reconstruction, ce qui, évidemment, n’était pas le souci de David ! Voici les derniers versets : « Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. » Nous sommes donc après le retour de l’Exil à Babylone ; or c’est pendant l’Exil que le prophète Ezéchiel a développé l’expression « cœur  de pierre, cœur  de chair »… C’est au chapitre 36 d’Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur  nouveau, je mettrai en vous un esprit neuf ; j’ôterai de votre chair le cœur  de pierre, je vous donnerai un cœur  de chair. » (Ez 36,26).
L’auteur de notre psaume reprend l’image d’Ezéchiel : ce qu’il appelle un « cœur  brisé », c’est le cœur  de chair qui apparaît quand notre cœur  de pierre, notre carapace, est enfin brisé : un peu comme la coque dure de l’amande, quand on la casse, laisse apparaître l’amande elle-même qui est bonne. Dans le même sens, Jésus, à son tour, employait l’expression « doux et humble de coeur » : cela se traduit dans notre relation à Dieu et dans notre relation aux autres.
CŒUR DE CHAIR ET NON PLUS CŒUR DE PIERRE
Dans notre relation à Dieu, le cœur  de chair, c’est tout le contraire des nuques raides dont parlait Moïse pendant l’Exode (voir supra la première lecture). Dans notre relation aux autres, le cœur  brisé, ou le cœur  de chair, c’est celui qui est compatissant et miséricordieux, un cœur  tendre, aimant.
Si l’image « cœur  de pierre, cœur  de chair, cœur  brisé » est nouvelle au temps d’Ezéchiel, l’affirmation que le sacrifice est avant tout affaire de cœur, elle, ne l’est pas. Car, si la Loi prévoyait bien des sacrifices d’action de grâce, les prophètes étaient depuis bien longtemps passés par là pour critiquer violemment l’attitude un peu facile qui consiste à offrir des sacrifices au Temple sans changer son cœur. C’est Michée qui s’adressait justement à des gens qui cherchaient à plaire à Dieu et se demandaient quelle sorte de sacrifice Dieu préfère, des veaux, des béliers ou encore de l’huile ? « « Comment dois-je me présenter devant le SEIGNEUR ?… Comment m’incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocaustes ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ? Donnerai-je mon fils aîné pour prix de ma révolte, le fruit de mes entrailles pour mon propre péché ? » Rien de tout cela, répondait Michée, dans une phrase superbe : « Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » (Mi 6,6-8).
Visiblement, l’auteur du psaume 50/51 a retenu la leçon des prophètes ; et il la dédie au peuple qui se rend au Temple de Jérusalem pour une célébration pénitentielle, et qui, lui aussi, se demande ce qui pourrait plaire à Dieu. Pour célébrer le pardon de Dieu, le peuple se compare au roi David : lui aussi avait péché et pourtant il était le roi, il avait tout reçu de Dieu, il lui devait tout, lui le petit berger de rien du tout, choisi, protégé, comblé par Dieu… Vous vous souvenez de ce qu’on appelle le péché de David : c’est l’histoire de la trop belle Bethsabée que David avait aperçue par la fenêtre ; il l’avait fait venir au palais en l’absence du mari ; un peu plus tard, quand il avait appris que Bethsabée attendait un enfant de lui, David s’était arrangé pour faire tuer sur le champ de bataille le mari gênant, pour pouvoir épouser Bethsabée et reconnaître l’enfant… Après sa faute, David, rappelé à l’ordre par le prophète Natan, est resté célèbre pour son repentir.
A son tour, le peuple, qui, lui aussi, doit tout à Dieu, se reconnaît pécheur et annonce la miséricorde de Dieu. Et il veut rendre grâce… et c’est là qu’il se demande quelle est la meilleure manière de rendre grâce ; qu’est-ce qui plaît à Dieu ? Le psaume répond : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur  brisé et broyé. » La leçon est magnifique et encourageante : plaire à Dieu, au fond, c’est bien facile : il suffit d’aimer.

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Paul à Timothée 1, 12-17

Bien-aimé,
12 je suis plein de gratitude
envers celui qui me donne la force,
le Christ Jésus notre Seigneur,
car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère,
13 moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent.
Mais il m’a été fait miséricorde,
car j’avais agi par ignorance,
n’ayant pas encore la foi ;
14 la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante,
avec la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus.
15 Voici une parole digne de foi,
et qui mérite d’être accueillie sans réserve :
le Christ Jésus est venu dans le monde
pour sauver les pécheurs ;
et moi, je suis le premier des pécheurs.
16 Mais s’il m’a été fait miséricorde,
c’est afin qu’en moi le premier,
le Christ Jésus montre toute sa patience,
pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui,
en vue de la vie éternelle.
17 Au roi des siècles,
au Dieu immortel, invisible et unique,
honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.

IL M’A ETE FAIT MISERICORDE, CAR J’AVAIS AGI PAR IGNORANCE
Ce texte de Paul est, à lui tout seul, une superbe célébration pénitentielle ; rien n’y manque : l’aveu, le repentir, la proclamation de l’amour et du pardon de Dieu, et enfin le départ en mission pour annoncer à la face du monde la miséricorde de Dieu. La première phrase dit bien le sens du texte : « Je suis plein de gratitude » ; et c’est doublement vrai. C’est parce qu’il se reconnaît pécheur pardonné, lui l’ancien persécuteur, qu’il peut accueillir et reconnaître le pardon reçu et qu’il est du coup plein de reconnaissance, d’action de grâce. Et ces quelques lignes débordent littéralement de joie et de reconnaissance : « Il m’a estimé digne de confiance… moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. » C’est cela l’inouï de l’amour de Dieu : il n’a pas attendu que Paul ait fait ses preuves pour lui confier un ministère. Il lui a fait confiance ; et c’est cette confiance qui a converti Paul et qui désormais le remplit de reconnaissance et d’énergie pour sa mission… « Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force… car il m’a estimé digne de confiance ». Et cet amour et ce pardon que le Christ a prodigués à Paul, nous pouvons être certains qu’il nous les prodigue à nous aussi ; il n’y a pas des traitements différents pour les uns et les autres. Dieu n’est que miséricorde, il ne faut jamais l’oublier : quel que soit notre passé, il est toujours possible d’accueillir son pardon ; à chaque instant il nous fait confiance.
« Il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance… » : on entend ici en écho la phrase du Christ en croix, « Père, pardonne-leur… ils ne savent pas ce qu’ils font ». Nous devrions toujours penser que ceux qui font le mal le font par ignorance. Pierre dit exactement la même chose aux Juifs de Jérusalem dans les Actes des Apôtres : « Frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs » (Ac 3,17). Paul était d’une parfaite bonne foi quand il persécutait les Chrétiens ; il croyait défendre le vrai Dieu, la pureté de la religion juive. Mais sans qu’il s’en aperçoive, il avait fini par se tromper de Dieu. A sa manière, il était devenu à son tour idolâtre, comme les Hébreux, dans le désert, avec leur veau d’or ; il dit lui-même « J’étais blasphémateur », et cette erreur le poussait jusqu’au meurtre, puisque son seul objectif était d’emprisonner et de faire condamner les Chrétiens.
Paul est très lucide sur tout cela et d’autant plus émerveillé du pardon reçu ; un pardon accordé gratuitement ; encore une chose très forte dans ces lignes et que l’on retrouve dans l’histoire de David, (dans le psaume 50/51) comme dans celle de l’enfant prodigue (dans l’évangile de Luc), c’est que Dieu n’attend pas notre aveu, notre repentir pour nous pardonner !
AUCUNE NOIRCEUR NE DECOURAGE L’AMOUR DE DIEU
Paul sur le chemin de Damas n’avait que haine au cœur  pour les Chrétiens ; il n’a pas eu le temps de demander pardon qu’il était déjà tout baigné dans la lumière et la grâce du Christ. David a vécu la même expérience : le prophète Natan venu le trouver après sa faute a commencé par lui renouveler la confiance et la protection et les bienfaits de Dieu avant de lui demander « Alors, pourquoi as-tu fait ce qui est mal aux yeux du SEIGNEUR ? » L’enfant prodigue, quant à lui, n’a pas eu des sentiments bien admirables : c’est seulement la faim qui lui a fait reprendre le chemin de la maison et il n’a même pas eu le temps de réciter en entier sa petite formule toute faite que le Père l’étouffait de baisers et commandait la fête !
L’aveu est utile, pourtant, me direz-vous ; oui, mais non pas pour nous contempler nous ; ce que nous découvre l’aveu, ce n’est pas d’abord notre faiblesse, qui n’est plus à prouver, mais l’immensité de l’amour de Dieu qu’aucune faiblesse, aucune noirceur ne décourage. L’aveu est utile surtout pour nous faire mesurer la grandeur de celui qui nous pardonne (et aussi pour nous éclairer sur les conversions nécessaires) ; ce n’est pas la petitesse du pécheur qui compte, c’est la grandeur de Dieu. D’ailleurs le Rituel du sacrement de pénitence et de réconciliation nous le dit bien : quand il emploie le mot « confesser », il précise : le pénitent confesse d’abord l’amour de Dieu ; et le mot « confesser » veut dire « proclamer ». Donc le pénitent « proclame » d’abord l’amour de Dieu. Et là encore Paul nous donne une leçon : dans cette démarche pénitentielle à laquelle il se livre devant nous, ce n’est pas lui, Paul, qui est au centre, c’est le Christ : le Christ qui lui fait confiance, le Christ qui lui pardonne et lui donne la force, désormais, d’annoncer au monde la générosité de Dieu.
Autre élément très important de l’expérience du croyant, la responsabilité que nous donne le pardon reçu :
« S’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui » ; pour le dire autrement, le pardon reçu ne nous engage qu’à une chose : le faire savoir. C’est une chose qu’il ne faut surtout pas garder secrète, mais qu’il faut crier sur les toits ! Là encore on croit entendre le psaume 50/51 : « SEIGNEUR, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange ! » sous-entendu « annoncera au monde ». Celui qui se reconnaît sauvé devient un témoignage pour le reste du monde : depuis la libération d’Egypte, le peuple libéré est devenu à la face du monde un témoin et une preuve vivante de l’existence de ce Dieu libérateur. De la même manière, Paul, pécheur pardonné, est devenu à la face du monde témoin et preuve vivante du pardon de Dieu accordé à tous les pécheurs : « Voici une parole digne de foi et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs… » Et réellement, ce pardon reçu a ouvert les lèvres de Paul et il annonce au monde la louange de Dieu : précisément, la dernière phrase de ce passage est une pure louange de Dieu : « Au roi des siècles, Dieu immortel, invisible et unique, honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen. »
——————
N.B. Beaucoup d’exégètes pensent que cette lettre ne serait pas de Paul, et même bien postérieure à sa mort. Cela ne change rien à la leçon : la communauté destinataire est invitée à méditer l’exemple du grand apôtre, le pécheur-pardonné par excellence.

EVANGILE – selon Saint Luc 15, 1-32

En ce temps-là,
1 les publicains et les pécheurs
venaient tous à Jésus pour l’écouter.
2 Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »
3 Alors Jésus leur dit cette parabole :
4 « Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une,
n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert
pour aller chercher celle qui est perdue,
jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
5 Quand il l’a retrouvée,
il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
6 et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins
pour leur dire :
‘Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé ma brebis,
celle qui était perdue !’
7 Je vous le dis :
C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel
pour un seul pécheur qui se convertit,
plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes
qui n’ont pas besoin de conversion.
8 Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une,
ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison,
et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
9 Quand elle l’a retrouvée,
elle rassemble ses amies et ses voisines
pour leur dire :
‘Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
10 Ainsi je vous le dis :
Il y a de la joie devant les anges de Dieu
pour un seul pécheur qui se convertit. »
11 Jésus dit encore :
« Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père :
‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’
Et le père leur partagea ses biens.
13 Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,
et partit pour un pays lointain
où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
14 Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
17 Alors il rentra en lui-même et se dit :
‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !
18 Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’
20 Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers.
21 Le fils lui dit :
‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’
22 Mais le père dit à ses serviteurs :
‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
23 allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
24 car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé.’
Et ils commencèrent à festoyer.
25 Or le fils aîné était aux champs.
Quand il revint et fut près de la maison,
il entendit la musique et les danses.
26 Appelant un des serviteurs,
il s’informa de ce qui se passait.
27 Celui-ci répondit :
‘Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras,
parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’
28 Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer.
Son père sortit le supplier.
29 Mais il répliqua à son père :
‘Il y a tant d’années que je suis à ton service
sans avoir jamais transgressé tes ordres,
et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis.
30 Mais, quand ton fils que voilà est revenu
après avoir dévoré ton bien avec des prostituées,
tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
31 Le père répondit :
‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est à moi est à toi.
32 Il fallait festoyer et se réjouir ;
car ton frère que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé ! »

DIEU VEILLE SUR NOUS COMME SUR LA PRUNELLE DE SON ŒIL
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Dans la bouche des scribes et des Pharisiens, c’est un reproche ; au contraire, pour l’évangéliste et pour nous-mêmes, comme pour Paul dans la lettre à Timothée (notre deuxième lecture), c’est, bien sûr, un sujet d’émerveillement ! Pourquoi ? Parce que nous n’aurions pas l’audace, ni les uns ni les autres, de nous compter parmi les quatre-vingt-dix-neuf justes de la première parabole. Chacun de nous est ce pécheur invité à donner de la joie au ciel par sa conversion. Entendons-nous bien : le mot « conversion » ne signifie pas changement de religion, mais un changement de direction, un véritable demi-tour : nous tournions le dos à Dieu, et nous nous retournons vers lui. Eh bien, nous pouvons nous dire que chaque fois que nous avons pris la décision de faire demi-tour, nous avons donné de la joie au ciel.
La joie est bien la tonalité majeure de ces trois paraboles : la joie de Dieu s’entend. Une fois encore, on est dans la droite ligne de l’Ancien Testament ; là où nous entendions Sophonie parler de « l’exultation» de Dieu : « Le SEIGNEUR ton Dieu est en toi… Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. » (So 3,17-18). Pourquoi une telle joie quand nous prenons le chemin de la réconciliation ? Parce que Dieu tient à nous comme à la prunelle de ses yeux. Et l’expression n’est pas trop forte, elle aussi nous vient tout droit de l’Ancien Testament, plus précisément du livre du Deutéronome : « Le SEIGNEUR trouve son peuple au pays du désert… Il l’entoure, il l’élève, il le garde comme la prunelle de son oeil. » (Dt 32,10).
Il veille, en effet, au point de partir lui-même à la recherche de la brebis perdue, car il sait bien qu’elle ne reviendra pas toute seule ; il veille au point de mettre la maison sens dessus dessous pour retrouver la pièce ; et s’il ne part pas lui-même à la recherche du prodigue, c’est pour respecter sa liberté ; mais il veille, là encore, au point d’attendre sur le pas de la porte l’ingrat qui est parti au loin et de l’accueillir par une fête sans s’interroger sur les véritables sentiments de son fils : car on peut quand même se demander si la contrition du garçon est vraiment parfaite ? Et, plus tard, il supplie le fils aîné parce que, pour lui, la fête n’est pas complète s’il en manque un.
Dernière remarque : Jésus fait appel à notre expérience : ‘Lequel d’entre vous n’irait pas chercher sa brebis perdue…?’ Ce qui veut dire que, quelque part, nous lui ressemblons, ce qui n’est pas étonnant. Ne peut-on pas en déduire que chaque fois que nous avons fait la fête pour l’enfant qui revient, chaque fois que nous avons pardonné à l’ami, à l’époux, à l’épouse, (à l’ennemi aussi !), chaque fois que nous avons remué ciel et terre pour essayer d’empêcher quelqu’un de sombrer, physiquement ou moralement, nous avons ressemblé à Dieu ; nous avons été son image : ce qui est, après tout, notre vocation, n’est-il pas vrai ?
—————–

  1. La troisième parabole, celle de l’enfant prodigue est proposée pour le Quatrième dimanche de Carême, de l’Année C ; on ne trouve donc ici que quelques remarques sur l’ensemble des trois paraboles, puisque, cette fois, elles nous sont proposées en une seule et même lecture.
ANGLETERRE, ELIZABETH II D'ANGLETERRE (1926-2022), EUROPE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, HISTOIRE DU ROYAUME-UNI, LA REINE ELIZABETH II D'ANGLETERRE (1926-2022), ROYAUME-UNI

La reine Elizabeth II d’Angleterre (1926-2022)

Mort d’Elizabeth II, reine éternelle des Britanniques

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Portrait 

Née le 21 avril 1926, la reine du Royaume-Uni et du Commonwealth, au pouvoir depuis 70 ans, s’est éteinte le 8 septembre à l’âge de 96 ans. Monarque la plus prestigieuse du monde, Elizabeth II a incarné la fonction royale avec une dignité qui lui vaut le respect de ses sujets britanniques et du Commonwealth, et, plus largement, l’admiration de bon nombre de républicains.

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Couronnement d’Elisabeth II d’Angleterre à l’abbaye de Westminster. Londres (Angleterre), 2 juin 1953.TOPFOTO / ROGER-VIOLLET

La reine Elizabeth, qui vient de mourir à l’âge de 96 ans, a impressionné tous ceux qui l’ont approchée par son maintien. Une façon de se tenir très droite, sans raideur pourtant, mais sans relâchement, jamais. Elle conférait à la personne de cette dame anglaise à chapeau, une autorité indiscutable, renforcée par un regard perçant et vif, de nature à établir immédiatement l’évidence d’une domination et d’une distance, impressionnant tout ceux qui l’ont rencontrée. Elle en aura fait preuve jusqu’au bout, de la tourmente du Brexit jusqu’à la perte en avril 2021 de son époux adoré, le prince Philip.

 De la dignité avant tout chose, aurait pu être sa devise, si la reine n’avait pas endossé celle de l’Angleterre, « Dieu et mon droit ». Jean-Paul II, avec sa perception pénétrante de la nature humaine, l’avait saluée en ces termes en 1982 : « Depuis de très nombreuses années et durant les changements de l’époque, vous avez régné avec une dignité et un sens du devoir qui ont édifié des millions de gens à travers le monde. »Benoît XVI, la visitant à son tour en septembre 2010, rendait, lui, hommage à la fermeté avec laquelle « la Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société ».

Une fillette consciente de ses prérogatives

Née le 21 avril 1926, Elizabeth Alexandra Mary n’était pourtant pas destinée, à ce moment-là, à régner. Mais l’abdication d’Edouard VIII, en 1936, fait de son père le duc d’York, le roi George VI, et place Elizabeth, à 10 ans, au premier rang de l’ordre de la succession. Lilibeth, comme on l’appelle alors, est l’aînée, sa sœur Margaret a quatre ans de moins qu’elle.

La future reine, une fillette sérieuse, consciente de ses prérogatives, passionnée par les chevaux – elle a reçu son premier poney à 3 ans – et les chiens, étudie les langues étrangères et l’histoire, se montre très faible en mathématiques, travaille les questions d’étiquette, son maintien, s’entraîne sans relâche à porter la traîne et les diadèmes qui la préparent aux couronnes, à donner audience…

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Elizabeth II à cheval, en surplomb du château de Balmoral (Écosse), l’une des résidences d’été favorites de la famille royale. La reine a toute sa vie été passionnée par les chevaux et les chiens. / Lichfield/Lichfield/Getty Images

À 13 ans, elle rencontre Philip Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glucksbourg, également appelé Philippe de Grèce, un cousin lointain de 19 ans, élève officier de marine, et en reste éblouie. La guerre éclate cette année-là, et la princesse Elizabeth s’installe avec sa famille au château de Windsor, près de Londres, en 1940. Alors que les bombardements du Blitz font rage, on pense à envoyer les princesses Elizabeth et Margaret à la campagne, comme la plupart des enfants de Londres, ou au Canada. La reine Elizabeth, leur mère, aurait alors déclaré : « Les enfants ne partiront pas sans moi ; je ne partirai pas sans le roi. Et le roi ne partira jamais. » On installe les ­princesses à Windsor, à l’ouest de Londres, jugé moins vulnérable que Buckingham.

Une reine et quatorze chefs de gouvernement

Le courage de la famille royale durant les années de guerre reste, sans doute, encore aujourd’hui la première source de légitimité des Windsor auprès de leurs sujets. Comme les autres membres de la famille royale, Elizabeth paie de sa personne. En 1940, en pleine bataille d’Angleterre, elle intervient à la radio dans « Children’s hour », pour remonter le moral des Anglais. Elle est nommée grenadier de la garde royale à 16 ans. Elle apprend à conduire pour être ambulancière à 18 ans, puis conductrice de camion de l’armée de réserve, en 1944.

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Dès la fin de la guerre, que son beau cousin, renommé Philip Mountbatten (un patronyme plus anglais), a faite dans la Navy, on annonce leurs fiançailles. Ils se marient le 20 novembre 1947, et il devient duc d’Édimbourg. Ils auront quatre enfants, Charles, prince de Galles, en 1948, Anne en 1950, Andrew en 1960 et Edward en 1964.

Partie faire le tour de ses sujets du Commonwealth, un voyage de plusieurs mois, Elizabeth apprend la mort de son père à la suite d’une embolie le 6 février 1952, au Kenya. Elle rentre aussitôt à Londres où Winston Churchill, 79 ans, en redingote noire, le premier de ses premiers ministres, l’attend sur le tarmac, entouré des personnalités du royaume.

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23 mars 1950 : le premier ministre Winston Churchill saluant la princesseElizabeth. Celle-ci débutera son règne sous les auspices de cet illustre mentor. / TopFoto/Roger-Viollet

Elle commence son règne sous les auspices de son mentor, elle qui connaîtra durant son règne, quinze chefs de gouvernement : Winston Churchill, Anthony Eden, Harold Macmilan, Alec Douglas-Home, Harold Wilson, Edward Heath, James Callaghan, Margaret Thatcher, John Major, Tony Blair, Gordon Brown David Cameron et Theresa May, Boris Johnson et Liz Truss.

« Pipolisation » de la famille royale

Le sacre d’Elizabeth II, le 2 juin 1953, dans l’abbaye de Westminster, est resté dans les mémoires, comme une cérémonie somptueuse et émouvante : la reine n’a que 27 ans. C’est aussi la première grande retransmission télévisée de portée mondiale, vue par 300 millions de téléspectateurs en Eurovision, sur la décision d’Elizabeth elle-même, contre l’avis de Winston Churchill et de l’archevêque de Cantorbéry, primat de l’Église d’Angleterre.

Rapprochant la monarchie du peuple, elle ouvre également la voie à la médiatisation mondiale de la famille royale, qui prendra, bien contre son gré, au cours de son règne, le tour outrancier de la « pipolisation ». Quand l’archevêque de Cantorbéry la couronne reine, et que retentissent les « God save the Queen », elle devient non seulement le chef de l’État du Royaume-Uni, mais aussi la présidente de la Fédération du Commonwealth (53 états membres aujourd’hui, dont 15 la reconnaissent comme leur souveraine), et également le gouverneur suprême de l’Église ­d’Angleterre.

Un long règne commence, avec ses rituels, comme celui du « discours de la reine », qui la voit tous les ans, dans la Chambre des lords, lire la liste des projets de loi que le gouvernement souhaite soumettre au vote des deux chambres durant la session parlementaire. Un texte qu’elle n’a pas écrit, et dont elle ne doit rien changer, mais auquel elle confère la solennité de son autorité. Une illustration parmi d’autres du rôle politique d’Elizabeth II, limité dans les faits, mais indispensable au bon fonctionnement de la démocratie britannique.

Une reine apolitique et politique

Apolitique, la reine se fait communiquer les documents ministériels, et se tient au courant des grands dossiers. Une fois par semaine, le mardi, elle reçoit le premier ministre du moment, qui la consulte avant de convoquer les élections, et qu’elle désigne toujours elle-même, respectant le verdict des urnes.

Politique, cependant, dans son incarnation du Royaume-Uni aux yeux du monde, elle se distingue sur la scène internationale. Ainsi, sa visite en Irlande, en mai 2011, la première d’un roi d’Angleterre depuis l’indépendance du pays en 1922, a été perçue comme une reconnaissance de l’apaisement entre les deux voisins, autrefois ennemis, aujourd’hui parvenus à un règlement conjoint du conflit nord-irlandais. Après le vote britannique du 23 juin 2016 en faveur d’une sortie de l’Union européenne, Elizabeth II devait encore avaliser ce Brexit auquel elle n’aurait pas été favorable, même si elle ne s’était pas exprimée sur le sujet.

Durant son règne, Elizabeth II a manifesté une résistance à la modernité qui a suscité à la fois les réserves et l’admiration de ses sujets. Des réserves quand, au nom de la raison d’État, elle force les membres de la famille royale à adopter les comportements qui lui paraissent nécessaires.

Ainsi, elle met fin en 1955 à la romance de sa jeune sœur avec Peter Townsend, elle arrange le mariage de son fils aîné avec Lady Diana Spencer. On lui reproche sa froideur, voire sa dureté envers la jeune princesse de Galles impulsive et populaire. Sa très grande maîtrise de soi, assimilée à de l’indifférence, lors de la mort de la princesse Diana à Paris en 1997, fait plonger sa popularité au plus bas. La presse anglaise lui reproche son manque de compassion et l’accuse d’avoir été plus émue par l’incendie du château de Windsor en 1992 que par la perte de son ex-belle-fille.

Un peuple attaché à sa reine

Une réputation qu’Elizabeth II a sérieusement améliorée aux yeux de son peuple, en encourageant le mariage de son petit-fils William, futur roi, avec la roturière Catherine Middleton, le 29 avril 2011, le 29 avril 2011, puis en se réjouissant de la naissance de leur premier enfant, le prince George, en 2013, premier de ses arrière-petits-enfants. De même, elle laisse le prince Harry, marié à Meghan Markle, prendre du champ.

La reine au train de vie fastueux, accepte les règles. Elle s’est soumise à partir de 1993 à l’impôt sur le revenu et a cédé au gouvernement en 2006 le contrôle des finances de ses palais.

Mais les sujets d’Elizabeth II n’ont, au fond, jamais cessé d’avoir de l’admiration pour leur souveraine. Au fil des années, ils se sont attachés sincèrement à cette femme stricte, au style de vie si anglais, avec ses chevaux et ses chiens, dont la droiture ne leur a jamais fait défaut. Sa dignité, en toutes circonstances, leur en a imposé. Comme elle en a imposé au monde entier.

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La vie d’Elizabeth II en dates

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21 avril 1926. Naissance de la princesse Elizabeth.

  1. Mort du roi George V, suivie de l’abdication de son fils aîné Edward VIII. George VI monte sur le trône.

20 novembre 1947. Élisabeth épouse le prince Philippe de Grèce et de Danemark.

  1. Naissance du prince Charles.
  2. Naissance de la princesse Anne.
  3. Mort du roi George VI. Sa fille aînée devient reine sous le nom d’Elizabeth II.

2 juin 1953. Couronnement à l’abbaye de Westminster.

  1. Naissance du prince Andrew.
  2. Naissance du prince Edward.
  3. Mort de Winston Churchill.
  4. Le prince Charles épouse lady Diana Spencer.
  5. Naissance du prince William.
  6. Naissance du prince Harry.
  7. « Annus horribilis » du fait des problèmes conjugaux entre son fils Charles et Diana, qui divorceront en 1996.
  8. Mort de Diana.
  9. Mort de sa sœur Margaret et de la reine mère.

29 avril 2011. Mariage de William avec Catherine Middleton.

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  1. Jubilé de diamant de la reine pour ses 60 ans de règne.
  2. Naissance du prince George, fils de William et Catherine.
  3. Naissance de Charlotte, fille de William et Catherine.
  4. Naissance de Louis, fils de William et Catherine. Mariage de Harry avec Meghan Markle.

6 mai 2019. Naissance d’Archie, fils de Harry et Meghan.

9 avril 2021. Mort du prince Philip.

4 juin 2021. Naissance de Lilibet Diana, fille de Harry et Meghan.

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https://www.la-croix.com/Monde/Mort-dElizabeth-II-reine-eternelle-Britanniques-2022-09-08-1201232389

Les liens entre la reine d’Angleterre et l’anglicanisme 

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Comprendre. Quelques semaines avant son mariage, ce samedi, avec le petit-fils de la reine d’Angleterre le prince Harry, l’actrice américaine Meghan Markle a été discrètement baptisée et confirmée dans l’Église d’Angleterre. Une église où la reine tient toujours un rôle symbolique.

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La reine Elizabeth arrive à l’abbaye de Westminster, accompagnée de l’archevêque de Cantorbéry,
pour inaugurer le Synode général de l’Église d’Angleterre, en 1995.BIG PICTURES/MAXPPP

Quelle est la place de la reine d’Angleterre dans l’anglicanisme ?

Comme tous les souverains britanniques depuis la Réforme, la reine Elizabeth II est « défenseur de la foi et gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre ». Le premier titre a été décerné en 1521 par le pape Léon X à Henry VIII qui avait vigoureusement pris la défense du catholicisme contre les positions de Luther. Cela ne l’empêchera pas de se séparer de Rome qui refusait d’annuler son mariage avec Catherine ­d’Aragon : en 1534, le Parlement anglais lui conférera le titre de « chef suprême de l’Église ­d’Angleterre », que rejettera sa fille Mary Ire, demeurée catholique. C’est ­Elizabeth Ire qui, en 1558, prendra définitivement le titre de « gouverneur suprême de l’Église ­d’Angleterre », passé depuis à tous ses successeurs.

Depuis lors, en effet, les monarques anglais promettent solennellement, lors de leur couronnement, de « maintenir et préserver de manière inviolable l’établissement de l’Église ­d’Angleterre et la doctrine, le culte, la discipline et le gouvernement de celle-ci, comme l’établit la loi en Angleterre ». Ainsi en 1953, ­Elizabeth II, établissant son autorité sur l’Église ­d’Angleterre, l’a fait seulement sur la branche anglaise de la Communion anglicane, dont le primat, l’archevêque de ­Cantorbéry, est toutefois nommé par elle.

En tant que reine d’Écosse, la souveraine britannique a aussi la charge de « maintenir l’Église d’Écosse ». Mais cette Église presbytérienne ne reconnaît que le Christ comme « roi et chef », et la reine ne peut donc être son « gouverneur suprême » : quand elle est à Balmoral, elle assiste donc aux offices comme « membre ordinaire » de l’Église d’Écosse. Elle est toutefois représentée à son assemblée générale par un lord haut-commissaire, nommé sur l’avis du premier ministre, mais qui n’a qu’un rôle honorifique.

Comment s’exprime ce rôle ?

C’est officiellement la reine qui nomme les archevêques, évêques et doyens de cathédrales de l’Église d’Angleterre. Comme les prêtres et diacres, ceux-ci lui doivent un serment d’allégeance, et ils ne peuvent démissionner sans son consentement. Dans les faits, c’est une Commission des nominations de la Couronne qui procède à la sélection des candidats, le premier ministre étant désormais obligé de choisir le premier de la liste pour le présenter à la nomination royale.

L’autorité suprême de l’Église d’Angleterre est désormais le ­Synode de l’Église d’Angleterre, présidé par les archevêques de Cantorbéry et York. Depuis les années 1970, la reine a néanmoins pris l’habitude d’en ouvrir la première session après l’élection des membres, tous les cinq ans. Symboliquement, les décisions du Synode doivent être validées par le Parlement et recevoir l’assentiment royal pour avoir force de loi. En matière liturgique et doctrinale, le Synode agit seul, mais il doit là encore recevoir l’assentiment de la reine après avis du ministre de l’intérieur.

Ces dispositions expliquent que, aujourd’hui encore, le monarque britannique doit obligatoirement être de confession anglicane. C’est ainsi que, en 2001, lord ­Nicholas Windsor, fils du duc de Kent et alors 37e dans l’ordre de succession au trône, a dû renoncer à ses droits lors de sa réception dans l’Église catholique.

Depuis 2013, et l’abolition des dispositions de l’Acte d’établissement de 1701, il n’est toutefois plus obligatoire que les membres de la famille royale épousent un anglican. Contrairement à Autumn Kelly, née catholique, qui avait ainsi dû devenir anglicane avant son mariage en 2008 avec Peter Phillips, petit-fils de la reine.

Quelle est la foi de la reine Elizabeth ?

« Pour la reine, la foi est très importante », relève Christopher Lamb, correspondant à Rome de l’hebdomadaire britannique The Tablet. Elle va ainsi régulièrement à la messe, où on sait qu’elle apprécie les homélies brèves. « Plus que tout, l’onction sainte qu’elle a reçue au jour de son couronnement est centrale pour elle, poursuit Christopher Lamb. Elle se voit comme un monarque sous le regard de Dieu et croit fermement à son rôle de reine dans une optique de service. C’est en grande partie de sa foi que lui vient la haute idée qu’elle se fait de son devoir. » Un devoir presque sacré pour elle.

Si elle ne s’est jamais exprimée sur le fonctionnement de l’Église d’Angleterre – elle ne serait pas très à l’aise avec l’idée des femmes évêques, même si elle a dû l’accepter –, elle a eu plusieurs fois l’occasion de parler de sa foi. Notamment dans ses messages télévisés de Noël, plus particulièrement depuis les années 2000, dans un contexte de sécularisation grandissante en Grande-­Bretagne. « Pour moi, Jésus-Christ, Prince de la paix, dont nous célébrons la naissance, est une inspiration et une ancre dans ma vie », a ainsi témoigné en 2015 celle dont la série télévisée The Crown a récemment rappelé combien l’évangéliste américain Billy Graham, qu’elle a plusieurs fois rencontré, l’avait aidée à approfondir sa foi.

Pour ce qui est du prince Charles, il serait, dans sa pratique, plus proche des anglo-catholiques, la branche de l’anglicanisme à la liturgie plus traditionnelle et plus marquée par le catholicisme. Le petit-fils de la princesse Alice de Grèce, devenue religieuse orthodoxe, a aussi été influencé par l’orthodoxie (il aurait fait des retraites au Mont Athos) et, très impliqué dans le dialogue interreligieux, il s’est intéressé à l’islam et au judaïsme comme aux religions orientales. L’héritier du trône a d’ailleurs expliqué envisager son futur rôle de défenseur de la foi plutôt comme celui de « défenseur de foi », afin d’« assurer que les autres fois puissent aussi être pratiquées, chacun, quelle que soit sa foi, faisant partie de l’ensemble ».

Quant à la génération la plus jeune, si elle pratique officiellement l’anglicanisme, elle n’a pas encore eu l’occasion de s’exprimer réellement sur sa foi. Néanmoins, et alors que cela n’est plus obligatoire, Meghan Markle d’origine protestante, élevée dans une école catholique mais jamais baptisée, a-t-elle été discrètement baptisée et confirmée le 6 mars dernier dans l’Église ­d’Angleterre, juste avant son mariage ce samedi avec le prince Harry. De même, Kate Middleton, baptisée enfant, avait-elle été confirmée peu avant son mariage avec le prince William.

https://www.la-croix.com/Journal/liens-entre-reine-dAngleterre-langlicanisme-2018-05-19-1100940221

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Les chemins de l’aube par Sylvain Vergara

Les chemins de l’aube

Sylvain Vergara

Editions Ampelos, 2022. 112 pages

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En 1985, Elie Wiesel écrivait à Sylvain Vergara : « J’ai lu votre manuscrit, je le trouve bouleversant, vibrant de vérité – il faut le publier. » 37 ans plus tard (et 30 ans après la mort de Sylvain Vergara), ce texte est retrouvé et enfin publié. Seul un extrait en avait paru en 1964 dans la revue Esprit. Arrêté en octobre 1943 comme résistant, Sylvain Vergara, âgé de 18 ans, est emprisonné à Fresnes, torturé puis déporté Nacht und Nebel en février 1944. Il est l’un des plus jeunes internés non-juifs de Buchenwald dont il devait être libéré le 11 avril 1945. Marqué à vie par cette épreuve, il n’a rien écrit d’autre que ce témoignage, rédigé au tout début des années 1960 alors qu’il désespérait de faire entendre sa voix. Ce texte évoquera probablement à bien des lecteurs La Nuit de Wiesel ou Si c’est un homme de Primo Levi. Nous avons choisi de le publier « brut », tel qu’il a été écrit, pour que chacun puisse ainsi découvrir librement une « voix » qui mérite de devenir un classique de cette « littérature du témoignage » malheureusement toujours actuelle.

 

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Le livre oublié de Buchenwald

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Portrait de Sylvain Vergara, résistant déporté en Allemagne en 1943. Auteur de l’ouvrage « Les chemins de l’aube ». Bruxelles, le 27 août 2022

Durant des dizaines d’années, Sylvain Vergara, un Français rescapé du camp de concentration allemand, a vainement cherché à publier son témoignage. Après une longue aventure, son texte, d’une grande qualité littéraire, sort de l’ombre grâce à une petite maison d’édition.

« C’était un silence façonné d’opacité et de brouillard, semblable, peut-être, à celui qui cherche une prière et ne sachant plus prier ne trouve que des voyelles inertes. (…) [Il] entourait les pendus que le vent berçait mollement comme une folle heureuse berce ses enfants. » Ces mots nous viennent d’un rescapé du camp de concentration de Buchenwald. Il les avait couchés il y a soixante ans, dans un magnifique texte, le seul qu’il ait écrit, mais il a fallu tout ce temps pour qu’on les découvre enfin. Sylvain Vergara, c’est son nom, y fait briller le rai froid des miradors et résonner la course résignée des détenus jusqu’à la « place d’appel » et la potence, au moment fatal où les haut-parleurs crient leur matricule. Un témoignage posthume d’une grande force, mais aussi un texte dont le destin était pour lui, hélas, une histoire de survie.

Sylvain Vergara arrive à Buchenwald à 19 ans, le 16 mars 1944, catégorie « NN » (« Nacht und Nebel », « nuit et brouillard »), celle réservée aux opposants politiques destinés à être éliminés. Il vient de passer quatre semaines à Neue Bremm, un camp de torture géré par la Gestapo, et quatre mois derrière les barreaux de la prison de Fresnes, près de Paris, où il avait été emmené après son arrestation, le 25 octobre 1943. Après une première « classique » à l’Institut protestant de Glay, un internat du Doubs, il vivait chez ses parents, dans le presbytère parisien de l’Oratoire du Louvre, où son père était pasteur. Sa vie a basculé quand les Allemands l’ont arrêté.

A Buchenwald, c’est l’un des plus jeunes déportés politiques. Un jour, son numéro, le 29 909, cousu sur sa veste, est appelé dans les haut-parleurs. Il se trouve alors à l’infirmerie et comme il délire sous le coup de la fièvre, le kapo le croit assez proche de la mort pour le laisser tranquille. « Neun und zwanzig neun hundert neun », répétera toute sa vie le déporté…

Son poids ne dépasse pas 40 kilos, le 11 avril 1945, quand il quitte ce camp où sont mortes des dizaines de milliers de personnes, fusillées, pendues, brûlées, suicidées. Le 7 mai, il retrouve Paris et ses parents : sa mère, Marcelle, qui fut elle aussi détenue un temps à Fresnes, et son père, Paul, qui chaque dimanche appelait ses paroissiens à déjouer les rafles. Le couple avait monté un réseau de résistance au sein de l’œuvre sociale du temple de l’Oratoire, La Clairière. Le sauvetage d’au moins soixante-trois enfants juifs leur vaudra la médaille des Justes à titre posthume.

 « Syndromes post-traumatiques »

Un jour d’après-guerre, lors d’une dispute, Sylvain lance pourtant à son père : « Tu n’y étais pas. Tu ne peux pas comprendre ! » Naguère turbulent et joyeux, pianiste autodidacte, amoureux de Nerval et des Romantiques, il revient de cet enfer paumé, brisé. « Il faut que tu trouves un travail », gronde son père après un an d’errance. Le jeune homme postule pour un job de « fort des Halles », ces porteurs de carcasses des boucheries du ventre de Paris, raconte sa fille cadette, Anne Vergara, 65 ans. Retoqué : pas assez costaud. Il loupe ensuite un entretien pour une place de majordome. Sylvain le bien nommé n’aime plus que les forêts, les animaux, la nature. Il suit des cours du soir d’horticulture pour travailler à l’INRA, et entraîne Yvonne, une jeune juive néerlandaise recueillie par ses parents après la rafle du Vel d’Hiv, cultiver des glaïeuls et des vers à soie dans un vieux mas cévenol.

Entre déménagements et nouveaux boulots – depuis Buchenwald, Sylvain Vergara n’est plus très doué pour les relations humaines –, un projet de livre mature secrètement. Les six enfants nés après son mariage avec Yvonne, en 1954, s’inquiètent de le voir agité et anxieux, capable de passer en deux secondes du rire au désespoir ou de vous lancer un verre d’eau à la figure pour un mot malvenu. Le soir de Noël, il s’isole sur son lit : « Son meilleur ami avait été pendu le 24 décembre à Buchenwald, explique Anne Vergara. Les syndromes post-traumatiques des anciens déportés n’étaient pas pris en chargeMa mère essayait de nous protéger de ses souvenirs : elle a brûlé les croquis de pendus, dessinés au charbon de bois, que mon père avait rapportés de là-bas. »

Le texte prend forme. Sylvain s’est choisi un double, « Emmanuel », et ordonne son récit autour de silhouettes qui s’émacient autour de lui : une ronde de masques mortuaires aux yeux « agrandis » tels des « billes froides et teintées » ne laissant sourdre aucune angoisse, tant « ils l’avaient dépassée ». Dans les camps, on parle peu, on économise ses mots « pour ne pas fatiguer sa pensée », on évite de ressusciter les souvenirs heureux. Le jeune prisonnier s’interroge sur le « lent abaissement du moi » et sur cette foi qui, en un tel lieu, peut vous perdre. Un jour, un miroir est installé dans les blocks : les détenus décharnés iront y « contempler leur propre déchéance », se disent les nazis. En guise de pied de nez, « Emmanuel » s’adresse « un vrai sourire, chaud comme un soleil d’été ».

Les enfants Vergara revoient encore leur père raturant son texte allongé sur son lit, tandis que leur mère déchiffre ses « pattes de mouche » et tape sur sa petite machine un manuscrit en deux exemplaires, avec du papier carbone. Il tente de raconter cette « démence » qu’on ne peut « pas comprendre », parle pour ceux qui ne sont pas revenus comme son beau-frère Jacques Bruston, résistant gaulliste de la première heure, déporté et exécuté à Mauthausen. « Sans doute voulait-il expulser une partie de ses tourments et cauchemars », ajoute Eric, le benjamin des enfants. Achevé à la fin des années 1950, le récit est baptisé Les Chemins de l’aube et n’attend plus que d’être publié.

 « Textes apparemment sans gloire »

Mais les éditeurs en ont déjà fini avec les témoignages des camps. L’historienne Annette Wieviorka a détaillé dans ses travaux l’effondrement éditorial de tels récits dès la seconde moitié des années 1940, jusqu’aux années 1974-1975. « Deux ans après la guerre, des auteurs rescapés soulignent déjà dans leurs préfaces qu’ils ont eu le plus grand mal à trouver un éditeur ou s’excusent que le genre de livres qu’ils proposent ne soit guère vendeur », explique l’historien Laurent Joly, qui, en 2016, a analysé avec sa collègue Françoise Passera, de l’université de Caen, les témoignages en tout genre sur la France des années noires. « Dès la fin des années 1940, l’édition préfère les récits d’aventure – un témoignage héroïque d’aviateur ou de marin – à ceux d’anciens rescapés et à la littérature du martyrologe. »

Les mois passent. Personne ne téléphone. Sylvain Vergara a tenté de décrire l’indicible, accroché son récit à la littérature, banni les bons sentiments, mais tout le monde s’en fiche. Cette indifférence le crucifie – c’est comme si on ne le croyait pas. « Il nous demandait de mettre “déporté” sur le carnet scolaire, à côté de “profession du père” », témoigne Inès, une autre de ses filles. Sous ses cheveux en bataille, ses yeux retrouvent un peu de leur éclat bleu quand, en 1964, la revue Esprit choisit, pour célébrer les 20 ans de la Résistance, de clore un numéro spécial avec quelques « textes apparemment sans gloire » et publie les dernières pages de son manuscrit sous le titre : « Dernier jour de Buchenwald ». Vergara croit cette fois son livre lancé. Mais non.

« Je me souviens de lui dans son fauteuil club en cuir, de ses sanglots et de ses larmes qui coulaient », raconte encore Inès Vergara. Il doit rejoindre une clinique spécialisée dans les dépressions. L’ami d’une amie, Charles Salzmann, intime et ancien conseiller de François Mitterrand, lui fait rencontrer en 1985 Elie Wiesel, futur Prix Nobel de la paix. Sylvain lui confie une copie de son récit. « Il faut publier » ce texte « bouleversant », écrit Wiesel de l’université de Boston, où il enseigne. Ce rescapé de la Shoah est lui-même l’auteur d’un livre sur sa déportation à Auschwitz et Buchenwald, La Nuit, un best-seller.

Pour Vergara, l’espoir se lève enfin. Plusieurs lettres suivent, pendant quatre ans : « J’attends toujours la parution de votre livre, insiste Wiesel. Je vais tout faire pour qu’il soit lu. » Rien, toujours rien. En 1989, une très ancienne paroissienne de son père, décidée à sauver le texte de l’oubli, en fait publier quelques dizaines à compte d’auteur, sous une couverture pâle. « De toute façon, ça finira au pilon », soupire Sylvain, qui brûle lui-même, deux ans plus tard, ce qu’il croit être les derniers exemplaires, avant de mourir à Nîmes, un jour de l’hiver 1993.

Quand, fin 2021, Denis Faure, animateur des Cahiers du Centre de généalogie protestante, arrive chez les enfants Vergara, c’est d’abord pour parler du grand-père, le pasteur, le Juste, et de son réseau, La Clairière, qui servait en 1943 d’« adresse » et de lieu de réunion à Daniel Cordier et au secrétariat du Conseil national de la Résistance. Denis Faure finit d’explorer l’arbre généalogique familial lorsque Anne Vergara lui lance : « Au fait… Mon père a écrit un récit de déportation. Je vous en offre un. » Le manuscrit original a disparu, comme les deux doubles tapés à la machine, mais quelques exemplaires imprimés ont échappé à l’autodafé.

 Epopée héroïque

  1. Faure et son épouse sont saisis par « l’assemblage de scènes qui font comme de petites nouvelles et dessinent une série d’amitiés ». Au fil des pages défilent ainsi l’Espagnol « Santamaria », dont la mort persuade le jeune déporté que, pour survivre, il faut « abolir ses souvenirs », surtout les bons, ou« Léon » (Léon Cardin, un médecin belge rescapé), qui fait brûler le pain du gamin pour guérir sa dysenterie avec ce charbon de bois. En décembre 2021, le texte est transmis à Eric Peyrard, le fondateur d’une petite maison d’édition, Ampelos, spécialisée dans les figures et l’histoire protestantes. Sans hésiter, il fait saisir Les Chemins de l’aube pour le publier dès que possible. Et c’est ainsi que paraissent, ce jeudi 1er septembre, malheureusement sans introduction ni notes, les 112 pages signées Sylvain Vergara.

Poussée par Denis Faure, sa fille Anne a entre-temps réclamé son dossier militaire. Elle l’a reçu en mars, au moment du décès de sa mère. Dans la chemise brune envoyée par le ministère des anciens combattants figuraient la carte de déporté politique de Sylvain Vergara (1945), mais aussi les témoignages joints dans les années 1950 à sa demande de carte de « déporté résistant » (on les estime à 42 000, dont 23 000 seulement ont survécu). Sylvain Vergara, gaulliste convaincu, tenait beaucoup à ce statut, qu’il avait fini par obtenir en 1971.

« N’ayant pu trouver [Paul] Vergara, la Gestapo emmène son fils en otage », écrit, le 29 novembre 1945, le bras droit de Jean Moulin, Daniel Cordier, dans une attestation. De fait, la famille a toujours pensé qu’il était tombé au nom du réseau de La Clairière. Mais dans le dossier brun, des lettres un peu plus tardives d’anciens professeurs ou d’étudiants de l’Institut protestant de Glay attestent de l’appartenance du jeune Sylvain à un tout autre réseau de résistance, celui monté par les responsables de cet internat du Doubs.

« Pour nous, c’est une découverte, dit Anne Vergara. Les Allemands ont sans doute compris à Fresnes que mon père était membre de ce groupe du Doubs, et c’est pour cette raison qu’il a été envoyé à Buchenwald. Avec mes frères et sœurs, il nous revient maintenant qu’il évoquait des souvenirs de sabotage de trains avec des cheminots alors qu’il était lycéen… » Cette épopée-là, héroïque, aurait peut-être plu aux éditeurs. Mais, pour Sylvain Vergara, seul comptait son récit sur Buchenwald, ce livre qu’il s’était résigné à avoir écrit pour rien quand il s’est éteint.

Archives de la famille Vergara. Bruxelles, le 27 août 2022
Archives de la famille Vergara. Bruxelles, le 27 août 2022

Source Le Monde

 https://infojmoderne.com/2022/09/03/le-livre-oublie-de-buchenwald/