CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, PAUL (saint ; Apôtre), VOYAGES MISSIONNAIRES

Les voyages de saint Paul apôtre

Cartes des voyages de saint Paul

Pour suivre le récit que les Actes proposent des voyages de saint Paul, il est indispensable d’avoir une carte sous les yeux. Voici celles que le P. Louis Hurault a publiées dans son édition de la Bible des Peuples.

Le premier voyage missionnaire

Le premier voyage part d’Antioche de Syrie, communauté à laquelle Paul appartient, et y revient. Il passe par Chypre, d’où Barnabé, son compagnon est originaire. Dans le récit des Actes, la ville principale est Antioche de Pisidie, où Luc place un discours de Paul aux Juifs de la ville.

Le deuxième voyage missionnaire

Le deuxième voyage est décidé surtout pour visiter les communautés fondées en Asie mineure (l’actuelle Turquie). Mais Paul, accompagné de Timothée, va pousser plus loin: il se rend en Europe, plus précisément en Grèce. De Philippes, il ira en Macédoine, fera halte à Athènes, avant de s’établir pour 18 mois à Corinthe pour y fonder la communauté qui nous est le mieux connue. A l’issue de ce voyage, Paul décide de passer par Jérusalem. Il s’arrêtera à Antioche.

Le troisième voyage missionnaire

Le troisième voyage s’accompagne d’un départ définitif d’Antioche. Paul veut établir la communauté d’Ephèse, importante du fait qu’Ephèse est une place centrale de l’Empire romain en Asie mineure. De là, il peut rayonner dans d’autres villes, par l’intermédiaire d’envoyés, comme à Colosses et Laodicée, villes situées sur la route commerciale qui part d’Ephèse.

Le quatrième voyage ou voyage de la captivité »

Le quatrième voyage, « voyage de captivité », est celui qui amena Paul à Rome depuis sa prison de Césarée (Palestine) jusqu’à Rome en passant par l’île de Malte, la Sicile et le port de Pouzzoles.

ACTES DES APÔTRES, ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT JEAN, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE EPITRE DE SAINT JEAN, PSAUME 102, TEMPS PASCAL

Dimanche 16 mai 2021 : 7ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 16 mai 2021 : 7ème dimanche de Pâques

pentecost-3409249_1920

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaumes

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 1,15… 26

15 En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères
qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes
et il déclara :
16 « Frères, il fallait que l’Ecriture s’accomplisse :
En effet, par la bouche de David,
l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas,
qui en est venu à servir de guide
aux gens qui ont arrêté Jésus :
17 ce Judas était l’un de nous
et avait reçu sa part de notre ministère.
20 Il est écrit au livre des Psaumes :
Qu’un autre prenne sa charge.
21 Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés
durant tout le temps où le Seigneur Jésus
a vécu parmi nous,
22 depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean,
jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous.
Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous,
témoin de sa résurrection. »
23 On en présenta deux :
Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias.
24 Ensuite, on fit cette prière :
« Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs ,
désigne lequel des deux tu as choisi
25 pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique,
la place que Judas a désertée
en allant à la place qui est désormais la sienne. »
26 On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias,
qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

TEMOINS DU SEIGNEUR RESSUSCITE
« En ces jours-là » : il s’agit des jours qui précèdent la Pentecôte ; nous avons donc là un témoignage sur un moment tout proche encore de la Résurrection de Jésus, très peu de temps après l’Ascension. Il est clair, déjà, que c’est Pierre qui mène les affaires ; ce qui est bien normal puisque c’est à lui que Jésus a confié ses brebis, comme il disait. Le moment est venu, estime Pierre, d’organiser la communauté : et là, on voit à quel point Pierre allie l’esprit de décision, l’initiative et le souci de fidélité à son Seigneur. Du côté de l’esprit de décision, on note sa fermeté : il dit très clairement ce qu’il faut faire : « Voici ce qu’il faut faire »… « il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection ».
Du côté de la fidélité, et cela ne nous étonne pas de la part d’un Juif, c’est dans l’Ecriture qu’il puise son inspiration : « Il est écrit au livre des psaumes : Que sa charge passe à un autre ». Ensuite, les critères de choix du candidat sont bien évidemment inspirés du souci de fidélité : pour remplacer Judas, on a cherché quelqu’un qui ait accompagné les apôtres depuis le début de la vie publique de Jésus, c’est-à-dire son baptême par Jean-Baptiste, jusqu’à l’Ascension. Jusqu’ici, dans les évangiles, nous n’avions jamais entendu le nom de Joseph Barsabbas, surnommé Justus, ni celui de Matthias ; mais nous découvrons ici que le cercle des très proches de Jésus était plus large que les douze apôtres. Pierre le dit clairement : « Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis son baptême donné par Jean jusqu’au jour où il fut enlevé ».
Bienheureuse exigence de Pierre : c’est sur elle que nous pouvons fonder notre propre certitude de foi. Le témoignage rendu à la résurrection du Christ l’a été par des hommes qui avaient le droit d’en parler parce qu’ils avaient bien connu Jésus du début à la fin de sa vie publique. Chose étonnante, Pierre n’émet pas d’autre exigence que celle-là, il ne parle pas des qualités de caractère ou des vertus de celui qu’on recherche : ce qui prime, c’est sa fidélité à suivre Jésus depuis le début, pour être à même de parler de lui. Voilà qui devrait rassurer ceux d’entre nous qui se trouvent dépourvus de qualités : apparemment, ce n’est pas le plus important ! Le plus important est d’être un simple témoin de la résurrection du Christ ! C’est bien la mission que Jésus leur a confiée : au moment de les quitter, il leur avait dit : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8). On peut penser aussi à cette phrase de Jésus qui légitime tous nos engagements : « Vous me rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement. » (Jn 15,27).
UNE DECISION COLLEGIALE
Pierre a indiqué la route à suivre, mais il ne décide pas tout seul : cela se déroule en trois temps ; à sa demande, on présente deux candidats : qui désigne ce « on » ?  Le texte ne le dit pas, mais ce n’est pas Pierre en tout cas ; ensuite, l’assemblée (les cent vingt cités par Luc au début du texte) se met en prière : « Toi, Seigneur, qui connais le cœur  de tous les hommes, montre-nous lequel des deux tu as choisi… » ; enfin, le recours au tirage au sort manifeste la place que l’on veut laisser à l’Esprit Saint dans ce choix : dans la mentalité de l’époque, tirer au sort, c’est remettre le choix dans les mains de Dieu.
Chose curieuse, le nom de Matthias ne sera plus jamais mentionné dans les Actes des Apôtres : si donc, Luc raconte un peu longuement son entrée dans le groupe des Douze, ce n’est pas à cause de la personnalité de Matthias, mais parce que cette volonté de Pierre de reconstituer le groupe après la défection de Judas lui paraît symbolique : est-ce parce que douze est le nombre des tribus d’Israël ? Luc ne le dit pas. Peut-être, tout simplement, faut-il voir là le souci de Pierre de rester fidèle aux dispositions de Jésus lui-même : Jésus avait choisi douze apôtres, l’un des douze, Judas, a abandonné, on le remplace.
Je reviens sur l’abandon de Judas : il avait pourtant reçu, comme les autres Apôtres, une part du ministère, car il faisait partie des douze choisis par Jésus après une nuit de prière : « En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu ; puis, le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon qu’on appelait le zélote, Judas fils de Jacques et Judas Iscarioth qui devint traître. » (Lc 6,12-15).
Cela veut dire que, même choisi par Jésus, dans un choix inspiré par l’Esprit-Saint, on reste libre. Judas, choisi comme les autres après une nuit de prière, est resté libre de trahir. Pierre a cette formule amère : « Judas a déserté sa place », une place qu’il a tenue pourtant jusqu’au soir du jeudi saint ; c’est au cours du repas de la Cène que Jésus a dit : « Le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme par qui il est livré ! » (Luc 22,22). Et encore « La main de celui qui me livre se sert à table avec moi. » (Lc 22,21). Chez Luc, ceci se passe après le récit de l’institution de l’Eucharistie ; ce qui veut dire que Judas a participé avec les autres apôtres au repas de la Nouvelle Alliance. Mais il ne faut pas s’attarder sur le passé : « Il faut, dit Pierre, que sa charge passe à un autre » : parce que l’urgence de la mission est telle qu’on ne peut laisser des places vides !
———————
Complément
La phrase de Pierre nous surprend peut-être : « Par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas… » ; l’expression « Par la bouche de David » désigne les psaumes ; elle prouve deux choses : premièrement que Pierre, comme ses contemporains, attribue les psaumes à David ; ce n’est plus le cas aujourd’hui : parce qu’on a mille traces dans les psaumes d’une composition échelonnée sur plusieurs siècles ; deuxièmement, cela prouve également  qu’au tout début de l’Eglise, les psaumes étaient fréquemment cités dans les discussions théologiques. Cela revient à dire qu’ils étaient très certainement souvent priés pour être si bien connus. Sur ce point, nous aurions beaucoup à faire pour retrouver cet usage aujourd’hui.

 

PSAUME – 102 (103), 1-2. 11-12. 19-20ab

1 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
2 Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

11 Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint :
12 aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident,
il met loin de nous nos péchés.

19 Le SEIGNEUR a son trône dans les cieux :
sa royauté s’étend sur l’univers.
20 Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le,
invincibles porteurs de ses ordres !

LE CHANT DE LOUANGE D’ISRAEL…
Vous vous rappelez la visite de Pierre chez le centurion romain Corneille ; nous en avons lu le récit dans les Actes des Apôtres, dimanche dernier. Pierre avait entendu Corneille chanter la gloire de Dieu et il en avait déduit que l’Esprit-Saint était là ; ou, pour le dire autrement, la preuve de la présence de l’Esprit sur quelqu’un, c’est qu’il est dans l’action de grâce. « Tous les croyants qui accompagnaient Pierre furent stupéfaits, eux qui étaient Juifs, de voir que même les païens avaient reçu à profusion le don de l’Esprit Saint. Car on les entendait dire des paroles mystérieuses et chanter la gloire de Dieu. »
Pas étonnant donc, qu’en écho au livre des Actes des Apôtres, que nous lisons encore ce dimanche et qui est tout rempli de la présence de l’Esprit, nous soyons invités à chanter ce psaume 102/103 qui est d’un bout à l’autre un chant d’action de grâce pour toutes les bénédictions dont le compositeur (entendez le peuple d’Israël) a été comblé par Dieu.
Effectivement, d’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce : cela se voit déjà au seul fait qu’il comporte vingt-deux versets (la liturgie de ce dimanche ne nous en propose que six, mais en réalité il en comporte vingt-deux). Or vous le savez bien, l’alphabet hébreu comporte vingt-deux lettres ; donc on dit de ce psaume qu’il est « alphabétisant » ; et quand un psaume est alphabétisant, on sait d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance.
D’un bout à l’autre, ce psaume rayonne d’action de grâce ! Cela commence dès le premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être ! » Pour commencer, on est frappés par le  « parallélisme » entre les deux lignes de ce verset qui se répondent comme en écho ; et cela se répète tout au long de ce psaume ; l’idéal pour le chanter serait l’alternance ligne par ligne ; il a peut-être, d’ailleurs, été composé pour être chanté par deux chœurs  alternés. Ce parallélisme, ce « balancement », nous le rencontrons souvent dans la Bible, dans les textes poétiques, mais aussi dans de nombreux passages en prose.
Ici, en particulier, il y a un double parallélisme qui est intéressant : d’abord « Bénis le SEIGNEUR »… « Bénis son NOM très saint » : la deuxième fois, au lieu de dire « le SEIGNEUR », on dit « le NOM » : une fois de plus, nous voyons que le NOM, dans la Bible, c’est la personne.1
Deuxième parallèle, toujours dans ce premier verset : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être » : les mots « âme » et « tout mon être » sont mis en parallèle : parce que, dans la mentalité biblique, quand on dit « l’âme », il s’agit de l’être tout entier.2
Enfin, je voudrais attirer votre attention également sur la construction de l’ensemble de ce psaume : pour cela je vous lis sa première et sa dernière strophe en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être !  Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » ;  dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les œuvres  du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme ! »
Première remarque : il est encadré au début et à la fin par une même phrase « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme » : première inclusion qui dit bien le sens général du psaume.
Deuxième remarque : maintenant, je compare la première et la dernière strophe en entier : première strophe : « Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, bénis son Nom très saint, tout mon être !  Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » Nous savons bien que celui qui parle ici à la première personne du singulier est le peuple d’Israël tout entier : ce « JE » est collectif. Donc première strophe, l’invitation à la prière s’adresse à Israël ; dernière strophe : « Messagers du SEIGNEUR, bénissez-le, invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole ! Bénissez-le, armées du SEIGNEUR, serviteurs qui exécutez ses désirs ! Toutes les œuvres  du SEIGNEUR, bénissez-le, sur toute l’étendue de son empire ! » Les messagers de Dieu, ce sont les anges ; on imagine, comme dans les tableaux de Fra Angelico, les Anges embouchant leurs trompettes… « Toutes les œuvres  du SEIGNEUR », c’est la création tout entière, l’univers visible et invisible.
… EN ATTENDANT LE CHANT DE LOUANGE DE L’UNIVERS ENTIER
Nous avons donc là encore une inclusion : la première strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu sur la terre ; la dernière strophe est une invitation à la louange des serviteurs de Dieu dans le ciel, puis, en définitive à la totalité de l’univers. Voilà de quoi nous habiller le cœur  pour chanter ce psaume à notre tour !
Troisième remarque sur la construction de ce psaume : la strophe du milieu (dans notre lecture d’aujourd’hui) est aussi celle qui est au centre du psaume : « Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint : aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés. » Cette phrase est au centre du psaume comme elle est au centre de la foi d’Israël, de sa merveilleuse découverte du vrai visage de Dieu : un Dieu dont nous n’avons rien à craindre parce qu’il nous aime sans cesse et nous pardonne, parce que, sans cesse, il met loin de nous nos péchés ; la « crainte » a définitivement changé de signification ; elle est devenue simple obéissance confiante de l’enfant.
Je reviens sur les mots Orient et Occident ; pour la mentalité biblique, ils sont bien les points cardinaux de la géographie, mais pas seulement ; parce que c’est à l’Est que le soleil se lève, l’Orient évoque la lumière et particulièrement celle de la vérité ; le mot « orienter » vient de là ; et, par contraste, l’Occident évoque l’erreur et le péché. Dans la phrase « Aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés », on entend cette distance qui sépare la lumière des ténèbres, la vérité de l’erreur ; loin, loin de nos erreurs passées, Dieu nous attire vers sa lumière et sa vérité.
Désormais ce qui est au centre de l’action de grâce d’Israël, c’est le pardon sans cesse renouvelé de Dieu. La seule vraie conversion qui nous est demandée, c’est de croire que Dieu est amour.
Pour terminer, vous savez que cette symbolique de l’Orient et l’Occident se retrouvait dans la liturgie du Baptême des premiers siècles : les baptisés se tournaient vers l’Occident pour renoncer au mal, puis faisaient demi-tour sur place : pour bien signifier que, désormais, ils tournaient résolument le dos à l’erreur ; ils se tournaient alors vers l’Orient (d’où vient la lumière) pour prononcer leur profession de foi et ensuite entrer dans le baptistère.
——————–
Notes
1 – Dire le Nom de quelqu’un c’est le connaître. Et c’est bien pour cela que les Juifs ne s’autorisent jamais à prononcer le NOM de Dieu, parce qu’ils ne prétendent pas “connaître” Dieu. Encore aujourd’hui, les Bibles écrites en hébreu ne transcrivent pas les voyelles qui permettraient de prononcer le NOM. Il est donc transcrit uniquement avec les quatre consonnes YHVH, ce qu’on appelle le “tétragramme”. Et quand le lecteur voit ce mot, aussitôt il le remplace par un autre (Adonaï) qui signifie “le SEIGNEUR” mais qui ne prétend pas définir Dieu.
2 – A la suite des penseurs grecs, nous avons tendance à nous représenter l’homme comme l’addition de deux composants différents, étrangers l’un à l’autre, l’AME et le CORPS. Mais les progrès des sciences humaines, au vingtième siècle, ont confirmé que ce dualisme ne rendait pas compte de la réalité. Dans la mentalité biblique, au contraire, on a une conception beaucoup plus unifiée et quand on dit “l’âme”, il s’agit de l’être tout entier. “Bénis le Seigneur, ô mon âme, Bénis son Nom très saint, tout mon être”.

 

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4, 11-16

11 Bien-aimés,
puisque Dieu nous a tellement aimés,
nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.
12 Dieu, personne ne l’a jamais vu.
Mais si nous nous aimons les uns les autres,
Dieu demeure en nous,
et, en nous, son amour atteint la perfection.
13 Voici comment nous reconnaissons
que nous demeurons en lui,
et lui en nous :
il nous a donné part à son Esprit.
14 Quant à nous, nous avons vu,
et nous attestons
que le Père a envoyé son Fils
comme Sauveur du monde.
15 Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu,
Dieu demeure en lui,
et lui en Dieu.
16 Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous,
et nous y avons cru.
Dieu est Amour :
qui demeure dans l’amour
demeure en Dieu,
et Dieu demeure en lui.

CELUI QUI M’A VU A VU LE PERE
La phrase centrale de ce texte, c’est : « Le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Le raisonnement de Jean est le suivant : 1) « Dieu est Amour » ; 2) Jésus est venu dans le monde pour révéler aux hommes le visage d’amour du Père ; 3) ceux qui croient en lui, reçoivent l’Esprit de Dieu, entrent dans la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit ; 4) ils deviennent à leur tour des sources d’amour, comme leur Père. Alors on peut dire que Jésus est le Sauveur du monde : car, enfin, les hommes deviennent ce pour quoi ils sont créés, à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Pour s’imprégner de ce raisonnement, il faut le reprendre pas à pas : d’abord, premier point, « Dieu est Amour » ; nous ne réalisons pas à quel point cette phrase est absolue ; pour Jean, les deux mots « Dieu » et « Amour » sont deux synonymes ; on peut toujours remplacer l’un par l’autre ! Dieu est Amour… et l’Amour est Dieu.  Cela veut dire que tout amour vient de Dieu : aucun amour humain ne vient de l’homme seulement ; tout amour humain est dans l’homme une parcelle, une manifestation de l’amour de Dieu. Voilà une nouvelle fantastique et qui peut modifier notre regard sur l’amour humain ! Dimanche dernier, nous lisions déjà dans cette même lettre de Jean : « L’amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour. » (1 Jn 4,8). C’était donc le premier point de la méditation de Saint Jean.
Deuxième point, Jésus est venu habiter parmi nous pour nous faire découvrir cela justement, que Dieu est Amour. Désormais, en Jésus, les hommes ont vu Dieu et ont pu constater de leurs yeux qu’il n’est qu’Amour. Il suffit de rappeler quelques phrases de l’évangile de Jean : « Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé. » (Jn 1,18)… « Nul n’a vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu. Lui a vu le Père. » (Jn 6, 46)… « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9).
Troisième point, ceux qui acceptent de croire en Jésus, de reconnaître en lui le visage d’amour du Père, se mettent par le fait même au diapason de l’Esprit de Dieu, ils deviennent une demeure pour l’Esprit d’amour ; c’est une véritable renaissance, celle dont Jésus parlait à Nicodème. Le même évangile de Jean dit que nous sommes « enfants » de Dieu : « A ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1,12). Saint Paul le dit, lui aussi, à sa manière, dans la lettre aux Romains : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5,5). Et le Christ est venu dans le monde, justement, pour que l’Esprit d’amour soit répandu sur la terre.
On peut relire le début de la Bible à cette lumière-là ; car dès les premiers chapitres de la Bible, l’enjeu de la vie humaine est bien situé : l’auteur inspiré dit bien que Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance ». Et donc, si Dieu est Amour, nous sommes faits pour aimer.
A L’IMAGE ET A LA RESSEMBLANCE DE DIEU
Quatrième point, parce qu’ils sont remplis de l’Esprit d’amour, les croyants deviennent à leur tour des sources d’amour : Saint Paul dit que nous sommes désormais « héritiers de Dieu » : cela veut dire que nous pouvons puiser dans les trésors de Dieu. Et, bien sûr, on pense à cette phrase de l’évangile de Jean : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi… De son sein couleront des fleuves d’eau vive… Il désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » (Jn 7,37-38).
Mais il nous faut bien l’assistance de l’Esprit ! Tous les jours, nous mesurons notre difficulté à aimer vraiment ; mais après tout, ce n’est pas étonnant ! Si l’amour est la caractéristique de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’il ne nous soit pas naturel ! Si, réellement, Dieu est Amour et l’Amour est Dieu, cela revient à dire que l’amour dépasse les limites humaines, qu’il est surhumain ; ce que nous savons bien !
Alors, ce texte de Jean devrait nous déculpabiliser : cessons d’avoir honte de ne pas savoir aimer ; simplement, il suffit de puiser dans l’amour de Dieu pour le donner aux autres. Alors on comprend pourquoi Jean insiste tant sur le verbe « demeurer » : « Dieu est Amour, celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » Nous ne pouvons aimer que dans la mesure où nous sommes habités par Dieu. Ce qui est possible si nous restons fermement greffés sur Jésus-Christ.
Conclusion, on peut donc dire que Jésus est le sauveur du monde. C’est-à-dire : il est celui qui va permettre au monde d’accomplir sa vocation ; il est clair que le monde est perdu parce qu’il ne vit pas dans l’amour, ou si vous préférez qu’il ne vit pas d’amour. Jésus est venu habiter parmi nous pour nous transformer, pour nous faire découvrir que Dieu est Amour, et nous permettre de vivre de cet amour. En cela, Jésus est bien le sauveur du monde : comme le dit Jean dans son évangile : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3,16-17).

 

EVANGILE – selon Saint Jean 17,11b – 19

En ce temps-là,
les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
11 « Père saint,
garde mes disciples unis dans ton nom
le nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
12 Quand j’étais avec eux,
je les gardais unis dans ton nom,
le nom que tu m’as donné.
J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
sauf celui qui s’en va à sa perte
de sorte que l’Ecriture soit accomplie.
13 Et maintenant que je viens à toi,
je parle ainsi, dans le monde,
pour qu’ils aient en eux ma joie,
et qu’ils en soient comblés.
14 Moi, je leur ai donné ta parole,
et le monde les a pris en haine
parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi je n’appartiens pas au monde.
15 Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
mais pour que tu les gardes du Mauvais.
16 Ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
17 Sanctifie-les dans la vérité :
ta parole est vérité.
18 De même que tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
19 Et pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

LE PROJET DE DIEU POUR L’HUMANITE
A la différence de Matthieu et de Luc, l’évangile de Jean ne rapporte pas le Notre Père, mais ce que nous lisons ici est tout-à-fait dans la même ambiance : « Père Saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage » fait écho à « Notre Père qui es aux cieux, que ton NOM soit sanctifié… » Et à la fin de ce texte, « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais que tu les gardes du Mauvais » fait écho à « Ne nous nous laisses pas entrer en tentation mais délivre-nous du Mal ». Quant à la phrase « Que ta volonté soit faite », elle n’est pas dite ici, mais Jésus n’a que cela en tête.
Au moment de quitter ses disciples, Jésus n’a qu’un souci, ou plutôt un souhait, l’accomplissement du projet de Dieu. Le projet de Dieu, c’est que le monde créé tout entier devienne lieu d’amour et de vérité : lente transformation, on pourrait dire germination, à laquelle tous les croyants sont invités à coopérer. Ainsi, les croyants ne quittent pas le monde, ils sont dans le monde, ils y travaillent de l’intérieur ; mais s’ils veulent le transformer, cela veut dire qu’ils savent en permanence rester libres, se maintenir à distance des conduites du monde qui ne sont pas conformes au mode de vie du royaume qu’ils veulent instaurer.
Mgr Coffy disait « les croyants ne vivent pas une autre vie que la vie ordinaire, mais ils vivent autrement la vie ordinaire. » Il ne s’agit donc pas de mépriser le monde, notre vie quotidienne, les gens que nous rencontrons, les soucis matériels, l’argent et toutes les réalités humaines ; il s’agit au contraire d’habiter ce monde pour le transformer de l’intérieur. Le Père Teilhard de Chardin disait « on ne convertit que ce qu’on aime. »
A l’heure où Jésus fait cette dernière grande prière, ce projet de Dieu est en train de franchir une étape décisive : lui, Jésus, sait bien que son destin est scellé ; curieusement, il ne prie pas pour lui-même, il prie pour ceux à qui il passe le relais. « De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. » Une seule chose compte, que le monde soit sauvé.
Saint Jean revient souvent sur ce thème dans son évangile : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3,17) ; au moment de la guérison de l’aveugle-né, Jean fait remarquer que le nom de la piscine, Siloé, signifie « envoyé », manière de dire que Jésus est « envoyé » pour ouvrir les yeux des hommes.
C’est une constante dans toute l’histoire biblique : depuis Abraham, en passant par Moïse et par tous les prophètes, chaque fois qu’un homme ou un groupe (ou aussi bien le peuple d’Israël) est choisi par Dieu, ce n’est jamais pour son propre bénéfice solitaire, c’est toujours pour être envoyé en mission au service des autres. Et l’Eglise, à son tour, celle qui commence fragilement son existence le soir du Jeudi-Saint autour de Jésus, et tout autant celle d’aujourd’hui, n’a pas d’autre raison d’exister que sa mission dans le monde.
Dans cette grande prière de Jésus pour ses disciples, trois mots reviennent sans cesse, qui sont les trois maîtres-mots de notre mission désormais : fidélité, unité, vérité. Premièrement, la fidélité : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom tu m’as donné… Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné ». Cette fidélité, pour Jésus, consistait à être parmi les hommes le reflet fidèle du Père ; désormais, en l’absence de Jésus, ce sont les croyants qui sont appelés à être les fidèles reflets du Père.
NOTRE MISSION : REFLETS DU PERE
Deuxième maître-mot, « unité » : « garde-les… pour qu’ils soient UN comme nous-mêmes » ; et nous avons tous en tête, bien sûr, la phrase qui suit tout juste le texte d’aujourd’hui : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17,21). Ce qui veut dire que l’unité n’est pas un but en soi ! Nous n’avons pas à la rechercher pour elle-même ; l’objectif, ce n’est pas l’unité d’abord, c’est que le monde croie. Nos divisions, nos querelles mangent nos énergies et sont un contre-témoignage scandaleux. Comment être témoins dans le monde de la Trinité d’amour si tous ceux qui invoquent la Trinité ne s’aiment pas entre eux ? En revanche, si l’objectif commun de tous les croyants était que le monde croie, cet objectif commun serait le meilleur chemin de notre unité. Rien de tel pour se découvrir frères que d’avoir un projet commun au service des autres.
Troisième maître-mot de la mission que nous confie Jésus, la « vérité ». « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité ». Au début de l’histoire biblique, le mot « sanctifier » signifiait « mettre à part », retirer du monde ; désormais, avec l’incarnation du Christ, le mot « sanctifier » a changé de sens. Il signifie « participer à la sainteté de Dieu », et cela est accordé aux croyants, non pas pour qu’ils désertent le monde, mais pour qu’ils l’habitent à la manière de Dieu. Cette participation à la sainteté de Dieu est le fruit en nous de la Parole de vérité : nous ne croyons sûrement pas assez à l’efficacité de la Parole de Dieu, et, bien souvent, nous lui substituons nos propres paroles. Erreur : la parole de Dieu est Vérité, la nôtre n’est qu’approximation, balbutiement, (quand elle n’est pas défiguration) du Tout-Autre que nos pauvres mots ne peuvent pas dire.
Enfin, au centre de ce passage très solennel et si dense, Jésus parle de joie ! Au moment même où il prévoit les affrontements inévitables (les disciples seront persécutés comme le Maître), « Je leur ai fait don de ta Parole et le monde les a pris en haine », au moment d’affronter pour lui-même les heures terribles, il parle quand même de joie ! Il ose dire : « Maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. »

LES DEUX ÎLES, LITTERATURE FRANÇAISE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821), POEME, POEMES, VICTOR HUGO

Les deux îles : poème de Victor Hugo

LES DEUX ÎLES

17-08-08-02-38-44 (1)

Napoléon à l’Ile d’Elbe

Le-reclus-de-Sainte-Helene

Napoléon à Sainte-Hélène

Il est deux îles dont un monde
Sépare les deux Océans,
Et qui de loin dominent l’onde,
Comme des têtes de géants. 
On devine, en voyant leurs cimes,
Que Dieu les tira des abîmes
Par un formidable dessein ;
Leur front de coups de foudre fume,
Sur leurs flancs nus la mer écume,
Des volcans grondent dans leur sein.
 
Ces îles, où le flot se broie
Entre des écueils décharnés,
Sont comme deux vaisseaux de proie,
D’une ancre éternelle enchaînés.
La main qui de ces noirs rivages
Disposa les sites sauvages
Et d’effroi les voulut couvrir,
Les fit si terribles, peut-être,
Pour que Bonaparte y pût naître,
Et Napoléon y mourir !
 
« _ Là fut son berceau ! _ Là sa tombe ! »
Pour les siècles, c’en est assez.
Ces mots, qu’un monde naisse ou tombe,
Ne seront jamais effacés.
Sur ces îles à l’aspect sombre
Viendront, à l’appel de son ombre,
Tous les peuples de l’avenir ;
Les foudres qui frappent leurs crêtes,
Et leurs écueils, et leurs tempêtes,
Ne sont plus que son souvenir !
 
Loin de nos rives, ébranlées
Par les orages du sort,
Sur ces deux îles isolées,
Dieu mit sa naissance et sa mort ;
Afin qu’il pût venir au monde
Sans qu’une secousse profondes
Annonçât son premier moment ;
Et que sur son lit militaire,
Enfin, sans remuer la terre,
Il pût expirer doucement !

AKG3517704
 POÈME (1825)

HUGO Victor (1802-1885)

Extrait du recueil Odes et ballades
Livre troisième (1824-1828), ode sixième.

8 MAIN1802 ; CONCORDAT ET PAIX RELIGIEUSE EN FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE RELIGIEUSE EN FRANCE (XIXè siècle), NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821), PAPAUTE, PIE VII (pape ; 1742-1823)

8 avril 1802 : Concordat et paix religieuse en France

8 avril 1802

Concordat et paix religieuse en France

18697875611

Le 18 germinal an X (8 avril 1802), le Corps législatif de la République française adopte et promulgue le Concordat. Le texte a été signé le 15 juillet de l’année précédente par Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et le pape Pie VII.

 

Douze ans de conflits

Le Concordat suscite de violentes critiques chez les anciens révolutionnaires mais il est accueilli avec un immense soulagement dans les campagnes. Il met fin aux guerres civiles et religieuses qui avaient divisé les Français tout au long de la Révolution.

Ces guerres étaient nées du vote de la Constitution civile du Clergé par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790, en remplacement du précédent Concordat, signé à Bologne en… 1516 par le roi François 1er et le pape Léon X.

La Constitution civile du Clergé avait institué une église nationale avec des évêques et des prêtres élus par les fidèles, rémunérés par l’État et tenus de prêter un serment de fidélité «à la nation, à la loi, au roi». Ce régime avait été condamné par le Saint-Siège de sorte que s’opposaient depuis lors en France le clergé assermenté ou constitutionnel  clergé insermenté ou réfractaire, fidèle à Rome.

 

Vers le retour à la paix religieuse

PieVII

Dès l’élection du pape Pie VII, à Venise, en mars 1800, le Premier Consul manifeste le désir d’un rapprochement. Il en a besoin pour consolider son régime. A la différence des révolutionnaires qui avaient tenté d’exclure les religions de la sphère publique, il veut mettre l’Église catholique, encore très influente, à son service.

Les négociations sont conduites au nom du Premier Consul par le curé Étienne Bernier, curé de Saint-Laud, à Angers, qui a déjà négocié la paix civile dans l’ouest vendéen. Le pape délègue de son côté à Paris le cardinal Spina en novembre 1800.

Mais les négociations butent d’emblée sur la volonté de Bonaparte de confirmer des évêques constitutionnels dans leur charge. Le Premier Consul veut de cette façon rassurer les républicains.

Le 20 juin 1801, Consalvi, Secrétaire d’État du Saint-Siège, arrive à Paris pour relancer les négociations. La version définitive de l’accord est rédigée par Joseph Bonaparte, frère du Premier Consul.

 

Le contenu officiel du Concordat

25265328

En signant le nouveau Concordat, un mois plus tard, le pape reconnaît la République et renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution. De son côté, «le Gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorité des Français».

Le Premier Consul peut être satisfait car il conserve la mainmise sur l’organisation de l’Église catholique. Le clergé (24000 personnes) doit lui prêter serment de fidélité !

Le gouvernement s’engage à rémunérer les ministres du culte catholique ainsi que des autres confessions alors représentées en France : la confession d’Augsbourg – les protestants luthériens -, et les réformés – les protestants calvinistes -. Les juifs bénéficient des mêmes droits à partir de 1808. Il s’attribue qui plus est la nomination des évêques. Ces derniers sont ravalés au rang de fonctionnaires et peuvent être traduits devant le Conseil d’État en cas de désobéissance.

Le nombre de diocèses est réduit de moitié par rapport à l’Ancien Régime. Il n’y en a plus que 60 (dont dix confiés à des archevêques) en France et dans la Belgique annexée.

Pour la mise en œuvre  du Concordat, tous les évêques précédemment en poste sont invités à démissionner. Cependant, beaucoup d’évêques réfractaires, dépités d’avoir résisté pour rien à la Constitution civile du clergé, protestent et refusent de remettre leur démission au pape. Dans le camp opposé, des évêques et des prêtres constitutionnels refusent de remettre en cause publiquement leur serment antérieur.

Bonaparte ne s’en tient pas là. Habilement, il modifie au profit de son gouvernement les termes du Concordat.

josé-frappa-le-pape-signant-le-concordat-devant-napoléon-ier (1)

L’ajout des Articles organiques

Sur une suggestion de son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, ancien évêque d’Autun, le Premier Consul commande au juriste Jean Portalis de rédiger des «Articles organiques». Ces 77 articles, destinés à préciser les termes du Concordat débouchent sur une sévère limitation du pouvoir du Saint-Siège sur le clergé national.

Ils imposent l’enseignement dans les séminaires des «Quatre Articles» de la déclaration gallicane adoptée par le clergé français en 1682, sous le règne de Louis XIV :
1) les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité,
2) les décisions des conciles oecuméniques priment sur les décisions pontificales,
3) le pape doit respecter les pratiques des Églises nationales,
4) il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité.

Les Articles organiques prévoient par ailleurs que toutes les décisions des synodes et des conciles devront être approuvées par le gouvernement pour être applicables en France. Ils limitent enfin la liberté de mouvement des évêques.

Malgré cette entourloupe contre laquelle proteste en vain le pape, le Concordat consacre le retour de la paix religieuse. Il est resté pour l’essentiel en application en France jusqu’à la séparation des Églises et de l’État, en 1905.

Notons qu’il est toujours en vigueur dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle qui étaient sous domination allemande lorsqu’a été votée la loi de séparation de 1905. Ces trois départements ont obtenu, à titre exceptionnel, de conserver le régime Concordataire de 1801 lorsqu’ils sont rentrés dans le giron de la France après la Grande Guerre de 1914-1918.

 

Propagande

concordat

Bonaparte ne tarde pas à cueillir les bénéfices du Concordat. Le 14 avril 1802 sort en librairie Génie du christianisme ou beautés de la religion chrétienne. Son auteur est le vicomte François-René de Chateaubriand, un écrivain romantique de 34 ans rendu célèbre par ses oeuvres Atala et René.

Le livre est une apologie de la religion. Il apporte au Premier Consul le soutien des catholiques et de certains monarchistes.

NB : la France ne serait pas la France si le Concordat avait fait l’unanimité ! Dans le Poitou, quelques villageois catholiques des environs de Bressuire se sont insurgés contre le texte et il en est sorti un mini-schisme : la «Petite Église», qui compterait encore 3.000 fidèles.

frad083-1k37-11-.jpg_img

https://www.herodote.net/8_avril_1802-evenement-18020408.php

8 MARS 1804 : PROMULGATION DU CODE CIVIL, CODE CIVIL, CODE NAPOLEON, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821)

8 mars 1804 : Promulgation du Code Civil

21 mars 1804

Promulgation du Code Civil

code-civil-1804-napoleon

Le 21 mars 1804, tandis que le jeune duc d’Enghien expire dans les fossés de Vincennes, le Premier Consul Bonaparte promulgue le « Code Civil des Français ».

Le mérite de cet immense travail de compilation juridique revient pour l’essentiel à Cambacérès et aux hommes du Directoire qui ont gouverné la France avant le coup d’État de Napoléon Bonaparte.

Le code s’inspire pour une bonne part des recueils de lois commandés 1300 ans plus tôt par l’empereur d’Orient Justinien. Il met fin aux particularismes locaux et à une certaine confusion juridique hérités de la tradition.

codecivilprojet

Acte de promulgation du Code Civil

On peut lire sur le document ci-dessus :
Projet de loi concernant la réunion des lois civiles en un seul corps de lois, sous le titre de Code Civil des français.

 

Confusion juridique

Sous l’Ancien Régime, un Rennais n’obéissait pas aux mêmes règles de droit civil qu’un Parisien ou qu’un habitant du Languedoc. Le royaume était divisé en zones géographiques de tailles très variées dans lesquelles s’appliquaient des régimes divers de lois dites « coutumières ».

À ce particularisme régional, il faut ajouter qu’au sud de la France (sud de la Dordogne, Languedoc, sud de Grenoble), les lois avaient un caractère de « droit écrit ». Elles étaient plus imprégnées du droit de l’empire romain que dans le nord (à l’exception de l’Alsace).

C’était le résultat d’une longue évolution qui remontait aux temps où les Francs, les Burgondes et les Wisigoths occupaient l’hexagone ! Un tel système était totalement incompatible avec l’objectif révolutionnaire d’une France « une et indivisible ».

 

Les précurseurs

Dès le XVIe siècle, d’éminents juristes avaient tenté de mettre de l’ordre dans ce fatras. Ainsi Dumoulin : « Rien ne serait plus louable, plus utile et plus souhaitable que de réduire les coutumes les plus diffuses de ce royaume en une concordance brève, très claire et très juste ».

On commence à cette époque à rassembler les lois et coutumes en faisant des compilations d’ordonnances. Sous le règne de Louis XIV, au siècle suivant, Colbert lui-même publie de grandes ordonnances. Son travail est poursuivi au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV, par le chancelier d’Aguesseau qui tente d’unifier la jurisprudence sur les donations et les testaments.

L’illustre Jean-Jacques Rousseau met son génie à contribution. Il écrit dans une formule prophétique : « Il faut trois codes : l’un politique, l’autre civil et l’autre criminel ; tous trois clairs, courts et précis autant qu’il sera possible ».

Les révolutionnaires mettront ce projet à exécution quelques années après la mort de l’écrivain. Ils s’inspireront dans le domaine civil de deux grands précurseurs des XVIIe et XVIIIe siècles, les légistes Domat et Pothier. Ce dernier a par exemple inspiré le droit relatif à la propriété. « Le droit de propriété est le droit de disposer à son gré d’une chose, sans donner néanmoins atteinte au droit d’autrui, ni aux lois », écrit-il joliment dans son Traité du droit de domaine de propriété.

 

Une longue gestation

Quand le roi Louis XVI convoque les états généraux, en 1789, on rassemble et étudie à Versailles les cahiers de doléances rédigés par les électeurs. Curieusement, ces cahiers ne font nulle allusion à la nécessité d’unifier les lois et s’en tiennent d’un point de vue juridique à des considérations très conservatrices : préservation de la puissance paternelle, du droit de propriété, du droit d’aînesse (seul l’aîné de chaque famille doit hériter)…

C’est qu’à vrai dire, seuls les spécialistes du droit sont conscients de l’intérêt d’unifier les lois du royaume.

L’Assemblée Constituante, où siègent beaucoup d’avocats (comme Robespierre), prescrit de rédiger un code de lois applicables à tous et ce projet est repris par la Constitution des 3-14 septembre 1791 : « Il sera fait un code des lois civiles communes à tout le royaume ». Mais cette proposition reste lettre morte par manque de temps.

Arrivent les mois difficiles de la Terreur. Le 20 septembre 1792, à la veille de se séparer et de céder la place à la Convention républicaine, l’Assemblée législative instaure le mariage civil et le divorce. L’état civil (l’enregistrement des naissances, mariages et décès) devient une affaire d’État et ne relève plus de la seule Église catholique. C’est une révolution dans la révolution !

En juillet 1793, l’armée autrichienne met en difficulté celle de la République. La guerre fait rage aussi contre les Vendéens. Durant cette même période, Marat est assassiné, Danton quitte le Comité de Salut Public bientôt remplacé par Robespierre. La Convention décrète l’arrestation des Girondins.

C’est dans ce contexte agité que la Convention demande à Jean-Jacques Régis de Cambacérès de préparer, avec le Comité de Législation dont il est le président, un projet de code civil. Ordre lui est donné de terminer le travail dans le mois qui suit !

 

Un travail d’experts

frisebis

Dans les délais imposés, le 9 août 1793, Cambacérès présente son projet de code civil à la Convention. Mais celle-ci suggère d’en confier la révision à une commission. Cette prudence enterre le premier projet.

Après la chute de Robespierre et la fin de la Terreur, Cambacérès présente un nouveau projet le 9 septembre 1794. Nouveau renvoi de la Convention devant une commission, nouvel échec. Sous le Directoire, Cambacérès est élu au Conseil des Cinq-Cents mais débouté comme directeur. L’infatigable avocat présente, le 12 juin 1796, son troisième projet de code civil. Le Conseil adopte quelques articles, mais la discussion s’enlise et c’est un troisième échec !

Quand survient le coup d’État du 19 brumaire (10 novembre 1799) qui porte Napoléon Bonaparte au pouvoir, le Code Civil est prêt. Il n’attend que d’ultimes corrections pour être promulgué. Cambacérès étant nommé ministre de la Justice puis deuxième Consul, il présente son projet au Premier Consul. Celui-ci est séduit.

Par l’arrêté du 24 Thermidor an VIII (12 août 1800), Bonaparte institue une commission de quatre magistrats : Tronchet, Bigot de Préameneu, Portalis et Maleville. À eux revient le soin de faire une synthèse du travail de Cambacérès et d’en fournir une rédaction définitive.

Ces quatre magistrats ont été judicieusement choisis par Bonaparte de façon à représenter différentes régions du pays. Ils mènent leur travail tambour battant en quatre mois au domicile de Tronchet, rue Saint-André-des-Arts. Jean Étienne Portalis domine les réunions par sa prestance, son éloquence et sa connaissance aiguë du droit (cet homme remarquable a par ailleurs négocié le concordat ; ministre des Cultes sous le Premier Empire, il meurt de maladie en 1807).

La proposition des quatre magistrats est discutée entre le 17 juillet 1801 et le 21 mars 1804 durant 109 séances du Conseil d’État dont 52 sont présidées par Cambacérès et 57 par Bonaparte lui-même. Ce dernier ne manque pas de participer aux débats, avec des analyses qui témoignent d’une remarquable connaissance du droit. Il s’exprime sur de nombreux sujets dont la citoyenneté et le divorce.

Notons que deux conseillers d’État, Treilhard et Emmery, assistent aussi aux séances. Le 10 mars 1804, enfin, sur une proposition de Cambacérès, le Conseil d’État réunit les 36 titres et 2281 articles en un seul corps de lois.

CambaceresBonaparteLebrun

Une seule loi pour tous

Le 21 mars 1804 (le 30 ventôse de l’an XII du calendrier révolutionnaire), l’Ancien Droit est abrogé et le « Code Civil des Français » est promulgué. Tous les Français vivent désormais sous un même code de droit. Ainsi prend fin un régime de lois disparates élaborées durant 1300 ans, depuis les lois barbares du temps des Mérovingiens jusqu’aux lois coutumières de l’Ancien Régime, en passant par les lois seigneuriales de la féodalité au début du deuxième millénaire.

Avec le Code Civil, la loi émane désormais du législateur seul, le juge n’ayant rien à faire qu’à l’appliquer. Elle régit tous les rapports sociaux, y compris le droit de la famille, indépendamment de toute considération morale, religieuse ou politique.

À noter qu’il consacre une régression du statut de la femme, après une lente émancipation amorcée… au Moyen Âge. Sous l’Ancien Régime, en l’absence de législation spécifique, la femme bénéficiait de droits plus ou moins étendus. Désormais, le retour en faveur du droit romain et sans doute aussi les sentiments « machistes » du Premier Consul l’obligent à se soumettre à son père comme à son mari. Elle est considérée comme une mineure à vie, au même titre que les enfants ou les fous. Elle ne possède rien en propre et n’a pas d’autorité légale sur ses enfants.

 

Un Code pour l’Europe

78742fd2-05e3-11e5-b96c-eedca178d440_original

Napoléon Bonaparte perçoit la dimension révolutionnaire du texte, propre à bouleverser l’ordre ancien par sa cohérence, sa clarté, sa concision et sa simplicité. Devenu empereur et maître d’une bonne partie de l’Europe, il veille à faire appliquer partout son Code, rebaptisé en 1807 « Code Napoléon ».

Ainsi, à peine son frère Joseph est-il roi de Naples qu’il lui écrit : « Établissez le Code civil à Naples ; tout ce qui ne vous est pas attaché va se détruire alors en peu d’années, et tout ce que vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil ».

L’empereur déchu dictera dans son exil de Sainte-Hélène : « Ma vraie gloire, ce n’est pas d’avoir gagné quarante batailles; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil (…) Mon seul code par sa simplicité a fait plus de bien en France que toutes les lois qui m’ont précédé » ».

Conformément à ses prévisions, le Code Civil est devenu le ciment de nombre de législations en Europe et dans le monde. L’essentiel de son contenu est encore en vigueur aujourd’hui en France. La moitié de ses articles sont restés inchangés depuis 1804 ! La partie qui a le plus évolué est celle qui est relative au droit de la famille.

https://www.herodote.net/21_mars_1804-evenement-18040322.php

ACTES DES APÔTRES, ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT JEAN, NOUVEAU TESTAMENT, PREMIERE LETTRE DE SAINT JEAN, PSAUME 97, TEMPS PASCAL

Dimanche 9 mai 2021 : 6ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 9 mai 2021 : 6ème dimanche de Pâques

lavement

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 10, 25 … 48

25 Comme Pierre arrivait à Césarée
chez Corneille, centurion de l’armée romaine,
celui-ci vint à sa rencontre,
et tombant à ses pieds, il se prosterna.
26 Mais Pierre le releva en disant :
« Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »

34 Alors Pierre prit la parole et dit :
« En vérité, je le comprends :
Dieu est impartial ;
35 il accueille, quelle que soit la nation,
celui qui le craint
et dont les œuvres sont justes. »

44 Pierre parlait encore
quand l’Esprit Saint
descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole.
45 Les croyants qui accompagnaient Pierre,
et qui étaient Juifs d’origine,
furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,
le don de l’Esprit Saint avait été répandu.
46 En effet, on les entendait parler en langues
et chanter la grandeur de Dieu.
Pierre dit alors :
47 « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême
à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint
tout comme nous ? »
48 Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.
Alors ils lui demandèrent
de rester quelques jours avec eux.

QUAND L’ESPRIT SAINT ABOLIT LES FRONTIERES
Il faut peser l’importance de la première phrase de notre texte : « Pierre arriva à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine… » Jusqu’à la veille, Pierre n’aurait jamais eu l’idée de faire une chose pareille !
Tout les oppose, ces deux hommes : Pierre, le Juif, croyant, convaincu, depuis peu devenu disciple de Jésus… et ce païen, quelqu’un qu’on ne fréquente pas : parce que, d’une part, il est l’occupant, mais plus encore parce qu’il est païen… Et, d’ailleurs, ce n’est pas Pierre, tout seul, qui a eu cette idée bizarre, d’aller chez Corneille, à Césarée. C’est Dieu qui a tout organisé, si j’ose dire : il a préparé les deux hommes à ce qui devait être un événement très important pour la jeune communauté chrétienne. Chacun des deux hommes a eu ce jour-là une vision : Corneille a entendu un ange de Dieu lui dire « Le Seigneur t’a entendu ; fais chercher Pierre pour qu’il vienne chez toi. »
Quant à Pierre, à des kilomètres de là, lui aussi, il a eu une vision : une vision curieuse, qui a l’air de vouloir déranger ses habitudes. Dans cette vision, il a devant les yeux des quantités d’animaux, dont certains considérés par la loi juive comme impurs étaient strictement interdits, et une voix le pousse à désobéir : tue et mange ! Pierre qui est un scrupuleux, ne veut pas désobéir aux règles de son enfance ; alors la voix lui fait remarquer qu’il appartient à Dieu seul de décider ce qui est pur ou impur… pour l’instant, il ne s’agit que d’alimentation, mais, déjà, ses certitudes sur les sacro-saintes règles juives de pureté sont sérieusement battues en brèche ; il faut bien cela pour le préparer à ce qui l’attend !
Trois fois de suite, cette curieuse vision se reproduit… et Pierre reste perplexe ; c’est à ce moment précis que les envoyés de Corneille arrivent ; ils viennent demander à Pierre quelque chose de plus grave encore que de manquer chez soi aux règles alimentaires : ils viennent lui demander d’aller chez ce païen de Corneille !
On se rappelle le tollé quand Jésus allait manger chez n’importe qui ! Et encore, il s’agissait de Juifs ; cette fois, il s’agit d’un incirconcis, comme on disait.
Mais, comme chacun sait, Dieu a de la suite dans les idées ; Luc précise que l’Esprit Saint lui-même rassure Pierre sur ce qu’il va faire : « Pierre était toujours préoccupé de sa vision, mais l’Esprit lui dit : Voici deux hommes qui te cherchent. Descends donc tout de suite avec eux et prends la route avec eux sans te faire aucun scrupule : car c’est moi qui les envoie ». Au passage, on remarque que c’est l’Esprit Saint qui dit à Pierre « ne te fais pas de scrupule » … Ce qui prouve au moins que tous nos scrupules ne sont pas toujours inspirés par l’Esprit Saint … Et qu’il nous faut apprendre à distinguer parmi nos scrupules ceux qui sont bien inspirés… de ceux qui le sont moins. Evidemment, Pierre a obéi à cette voix, et le voilà chez Corneille.
Et c’est là que commence notre texte d’aujourd’hui. Corneille, en voyant entrer Pierre, se jette à ses pieds, mais Pierre le relève : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme moi aussi. » Il ne peut évidemment pas accepter des manifestations de respect qui ne sont dues qu’à Dieu seul.
Et, tout d’un coup, Pierre comprend la vision qui l’avait tellement intrigué : les animaux n’étaient qu’une image destinée à lui faire comprendre autre chose ; à table, on sait qu’il était interdit par la loi religieuse de manger certains animaux considérés comme impurs : or la fameuse vision l’invitait à dépasser cet interdit parce que Dieu seul en définitive peut déterminer ce qui est pur ou impur.
UN TOURNANT DECISIF
Mais il était également interdit de fréquenter les païens. Ce que Pierre est invité à découvrir, c’est que cette barrière-là, elle aussi, doit tomber. Pourquoi cette interdiction de fréquenter des païens ? Ce n’était pas du mépris ; mais, tout simplement, parce que leurs pratiques étant différentes, la fréquentation des païens risquait d’entraîner les Juifs à délaisser leurs propres pratiques. Pierre vient de comprendre : Dieu l’invite à dépasser cette loi ; tout comme la vision l’invitait à ne plus faire de distinction entre animaux purs et animaux impurs, désormais il ne faut plus faire de distinction entre hommes purs et hommes impurs ; cela permettra de fréquenter sans scrupule tout le monde.
C’est un tournant décisif qui s’amorce : comment annoncer la Bonne Nouvelle aux païens si on s’interdisait de les fréquenter ? Dans une première étape du plan de salut de Dieu, le peuple juif a été choisi et, pendant tout un temps de maturation nécessaire, il fallait préserver la foi et donc rester entre croyants. Mais, désormais, c’est une nouvelle étape : il faut ouvrir les portes aux païens pour pouvoir leur annoncer à eux aussi la Bonne Nouvelle. Jésus, lui aussi, avait plusieurs fois fait comprendre à ses apôtres que, désormais, la loi ancienne était caduque, et qu’une nouvelle étape s’ouvrait. Etre fidèle à la foi des pères ne signifie pas répéter indéfiniment leurs manières d’agir et de parler. A questions nouvelles, solutions nouvelles.
C’est ce que Pierre comprend d’un coup et explique à Corneille et à son entourage : « Vous savez que c’est un crime pour un Juif de fréquenter des étrangers ; mais Dieu vient de me faire comprendre que, désormais, il ne faut plus faire de différence entre les hommes : car Dieu lui-même ne fait pas de différence entre les hommes ». Et Pierre commence la catéchèse de ce nouvel auditoire ; et là encore, l’Esprit Saint intervient : Saint Luc note « Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur ceux qui écoutaient la Parole. »
Décidément, c’est toujours grâce à L’Esprit Saint que l’Eglise progresse !
———————-
Compléments
– On dit volontiers que Paul est l’apôtre des païens ; mais, pour être juste, il faut dire que Pierre l’a précédé : ici, on peut dire qu’il est l’apôtre des Romains ! Puisque, Corneille, on nous l’a dit, est centurion de l’armée d’occupation, l’armée romaine. Corneille faisait certainement partie des sympathisants qui gravitaient autour des synagogues, peut-être même était-il un « craignant Dieu » : c’est-à-dire un non-Juif qui adhère de cœur  à la religion juive sans pour autant se soumettre à la circoncision et aux innombrables règles de la religion juive.
– Nous sommes souvent surpris que les Actes des Apôtres nomment si facilement l’Esprit Saint ; son action est reconnue à chaque page et c’est grâce à lui que l’Eglise affronte des questions nouvelles, et ose aborder des auditoires nouveaux… Evidemment, nous ne pouvons pas nous permettre de penser qu’il serait moins actif aujourd’hui que dans les premiers temps de l’Eglise ! J’en déduis que c’est à nous d’ouvrir un peu mieux les yeux pour détecter son action. Si nous le laissons faire, Jésus l’a bien promis, « l’Esprit nous mènera vers la vérité tout entière ».
– Dernière remarque : c’est en entendant Corneille chanter la gloire de Dieu que Pierre a reconnu la présence de l’Esprit Saint. Doit-on en déduire que nos moments moroses sont ceux où nous avons mis de côté l’Esprit Saint ?

PSAUME – 97 (98), 1. 2-3ab. 3cd-4

1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

2 Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
3 il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
4 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.
Sonnez, chantez, jouez !

LES DEUX AMOURS DE DIEU
« La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » : c’est le peuple d’Israël qui parle ici et qui dit « NOTRE Dieu », affichant ainsi la relation tout à fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers ; mais Israël a peu à peu compris que sa mission dans le monde est précisément de ne pas garder jalousement pour lui cette relation privilégiée mais d’annoncer l’amour de Dieu POUR TOUS les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance. Car la terre tout entière n’a pas seulement vocation à voir la victoire de notre Dieu, elle a vocation à en bénéficier.
Ce psaume dit très bien ce que j’appellerais « les deux amours de Dieu » : son amour pour son peuple choisi, élu, Israël… ET son amour pour l’humanité tout entière, ce que le psalmiste appelle tantôt « les nations », tantôt « La terre tout entière ». Les « nations », ce sont tous les autres, les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu.  Car une des grandes certitudes que les hommes de la Bible ont acquise peu à peu, c’est que Dieu aime toute l’humanité, et pas seulement Israël.
Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; puisque la phrase centrale sur ce qu’on appelle « l’élection d’Israël » est encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière et cette construction le manifeste bien.
Je vous relis les versets 2 et 3 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations… Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël…La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». La phrase centrale (« Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël ») est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ». Derrière cette toute petite phrase, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert, Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut dire : oui, Israël est le peuple choisi, le peuple élu.
Mais les deux phrases qui l’encadrent et qui parlent des nations, rappellent bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné.
Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on anticipe en quelque sorte, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre.
La première dimension de ce psaume, très importante, c’est donc l’insistance sur ce que j’ai appelé « les deux amours de Dieu », pour son peuple choisi et pour toute l’humanité. Une deuxième dimension de ce psaume est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu.
DANS L’ATTENTE DE L’ULTIME VICTOIRE
Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR. » Mais quand je dis « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire » … « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »…  « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».
La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Egypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Egypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir de là d’une main forte et le bras étendu » (Dt 5,15) était devenue la formule-type de la libération d’Egypte ; on la retrouve par exemple dans le livre du Deutéronome et dans les psaumes. La formule « il a fait des merveilles » est aussi un rappel de la libération d’Egypte.
Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !
Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment (envers et contre tous les événements apparemment contraires), que le Règne de Dieu, c’est-à-dire le Règne de l’amour est déjà commencé.
——————
Complément
– Ce cri de victoire a pris sa place dans la liturgie du peuple juif, chaque année à l’automne, au cours de la Fête des Tentes, à Jérusalem. Cette fête durait huit jours et comportait de nombreuses cérémonies de toute sorte : célébrations pénitentielles, sacrifices d’action de grâce… et aussi des « fêtes pour le roi ». Et c’est ce roi que l’on acclamait en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes, et dans les applaudissements de la foule. Or, l’étonnant, c’est que lorsqu’on célébrait ces « fêtes pour le roi », après l’Exil à Babylone (c’est-à-dire à partir du sixième siècle av. J.C.), il n’y avait plus de roi en Israël ! Plus de roi visible, en tout cas.
Mais, d’une part, on se rappelait la promesse de Dieu : on savait qu’un roi, fils (c’est-à-dire descendant) de David, viendrait un jour et on le fêtait déjà. C’était un moyen d’encourager l’espérance. D’autre part, en Israël, même lorsqu’il y avait un roi sur le trône, on n’a jamais oublié que le seul roi au monde, le seul pouvoir, le seul maître est Dieu. C’est lui que l’on acclame dans ce psaume 97/98.

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Saint Jean 4,7-10

7 Bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres,
puisque l’amour vient de Dieu.
Celui qui aime
est né de Dieu,
et connaît Dieu.
8 Celui qui n’aime pas
n’a pas connu Dieu,
car Dieu est amour.
9 Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :
Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde
pour que nous vivions par lui.
10 Voici en quoi consiste l’amour :
ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,
mais c’est lui qui nous a aimés,
et il a envoyé son Fils
en sacrifice de pardon pour nos péchés.

LA OU EST L’AMOUR, LA EST DIEU
Ce texte parle d’amour à toutes les lignes, ou presque ! (Il est donc bien dans la tonalité des autres lectures de ce dimanche.)
Pour autant, on n’imagine pas Saint Jean baignant dans une communauté à l’eau de rose ! S’il en parle tant, c’est que ce n’est pas si simple ! La communauté à laquelle il écrit (probablement à la fin du premier siècle) est en crise. Des faux prophètes de toute sorte risquent d’égarer les esprits dans d’interminables discussions théologiques. Pendant ce temps, on oublie l’essentiel.  Dans ce texte, Saint Jean ramène sa communauté à l’essentiel, c’est-à-dire Dieu, c’est-à-dire l’Amour. S’il fallait résumer ce passage, on pourrait dire : Dieu est amour, tout amour humain vient de Dieu. Vous cherchez à connaître Dieu, dit Jean, vous avez bien raison, mais ne vous égarez pas avec toutes vos discussions sur la connaissance de Dieu : c’est bien simple, mettez-vous à son diapason. Puisque Dieu est Amour, tout ce qui en vous est Amour vient de Dieu ; et chaque fois que vous aimez, vous êtes au diapason de Dieu.
Un chant très ancien de l’Eglise dit « Ubi caritas et amor, Deus ibi est » ; ce qui veut dire « Là où il y a de l’amour, là est Dieu ». Cette phrase pourrait être signée par Jean, il dit la même chose : « Celui qui aime est né de Dieu, et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. » Là, nous avons un critère extrêmement simple et clair pour juger tout ce que nous faisons et tout ce que nous voyons faire. Il y a toute une éducation du regard ! Et il semble bien que ce soit la grande leçon que Saint Jean veut donner aux croyants. Peut-être est-ce cela le rôle des croyants : être à l’affût, détecter tout ce qui est parcelle d’amour, regards d’amour, gestes d’amour, et, à chaque fois, savoir dire « Dieu est là ».
C’est dans ce sens-là, peut-être, que Jésus disait « le royaume de Dieu est au milieu de vous ». Et c’est valable tous les jours, sous nos yeux, sur toute la surface du globe, chez les jeunes et chez les vieux, dans toutes les races et toutes les religions, y compris chez ceux qui n’ont pas de religion. (C’est Saint Jean qui nous le dit aujourd’hui.)
Ce qui revient à dire que si on sait ouvrir les yeux, Dieu nous est donné à contempler tous les jours de mille manières. L’Ancien Testament, déjà, avait très bien compris que connaître Dieu et aimer, c’est la même chose et que le jour où l’humanité connaîtra vraiment Dieu, elle deviendra fraternelle.
Isaïe, pour faire entendre ce message-là a inventé sa merveilleuse fable des animaux : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits mêmes gîtes. Le lion comme le bœuf  mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR comme la mer que comblent les eaux » (Is 11,6-9).
UN JOUR, L’HUMANITE CONNAITRA ENFIN SON DIEU
C’est bien le projet de Dieu pour l’humanité depuis toujours, un projet d’harmonie universelle.
Un peu plus haut, dans cette même lettre, Jean dit « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » (1 Jn 3,11) ; « dès le commencement », c’est-à-dire depuis les origines. Nous lisions la semaine dernière, dans la même lettre de Jean : « Voici son commandement : adhérer avec foi à son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement. » (1 Jn 3,23). Et Jean continue : « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui. »
On entend résonner ici l’évangile de Jean : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jn 17,3). Vivre, (au sens de la vie éternelle) c’est connaître Dieu ; et pour que nous le connaissions vraiment tel qu’Il est, et pas tel que nous l’imaginons, Il a envoyé son Fils. Tant que Dieu est invisible, comment le connaîtrions-nous vraiment ? En Jésus, parce qu’Il est Dieu fait homme, nous voyons enfin Dieu sur un visage d’homme et dans des gestes d’homme. « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui », c’est-à-dire pour que nous le connaissions.
Toute sa vie, Jésus a révélé dans ses paroles et dans ses gestes ce qu’est l’amour de Dieu pour l’humanité : paroles qui relèvent et qui pardonnent, gestes qui guérissent et qui rassurent ; le dernier soir, Jean raconte qu’il a laissé à ses apôtres un dernier geste qui parle mieux que des paroles : « Jésus sachant que son Heure était venue, l’Heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême… »
« Sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu, Jésus se lève de table, dépose son vêtement… » Le lavement des pieds est en quelque sorte la signature de sa vie : « il est sorti de Dieu… il va vers Dieu », c’est l’amour même qui avait planté sa tente parmi les hommes ; et l’admirable de ce texte, c’est la leçon qu’il en donne : ce n’est pas « malgré qu’il soit Dieu », par condescendance, en quelque sorte, qu’il se met à genoux devant les hommes pour leur laver les pieds ; c’est « parce qu’il est Dieu » qu’il se met à leur service. « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur, et vous dites bien car je le suis. » Et il ajoute « Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13,13).
Cette découverte du vrai visage de Dieu change la face du monde : jusque-là on croyait que Dieu avait des comptes à régler avec l’humanité pécheresse ; pour obtenir l’effacement de tous ces péchés, on croyait bon d’offrir des sacrifices, des victimes ; en Jésus-Christ, on découvre un Dieu qui est Amour et Pardon, qui n’a pas de comptes à régler mais qui nous demande simplement de lui ressembler en nous aimant les uns les autres.

EVANGILE – selon Saint Jean 15,9-17

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
9 « Comme le Père m’a aimé,
moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez dans mon amour.
10 Si vous gardez mes commandements,
vous demeurerez dans mon amour,
comme moi,
j’ai gardé les commandements de mon Père,
et je demeure dans son amour.
11 Je vous ai dit cela
pour que ma joie soit en vous,
et que votre joie soit parfaite.
12 Mon commandement, le voici :
Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés.
13 Il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.
14 Vous êtes mes amis
si vous faites ce que je vous commande.
15 Je ne vous appelle plus serviteurs,
car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;
je vous appelle mes amis,
car tout ce que j’ai entendu de mon Père,
je vous l’ai fait connaître.
16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,
c’est moi qui vous ai choisis et établis,
afin que vous alliez,
que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure.
Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,
il vous le donnera.
17 Voici ce que je vous commande :
c’est de vous aimer les uns les autres. »

DIEU VEUT LA JOIE DES HOMMES
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Voilà une bonne nouvelle dans ce texte ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c’est pour les combler de joie. Et la raison de cette joie, c’est que la vie de Jésus n’a été qu’amour, à l’image de son Père : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. » Nous sommes tout à fait dans la ligne de la deuxième lecture : quand l’humanité connaîtra enfin Dieu tel qu’Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit la Bible, plus on est frappé de cette insistance : le seul problème de l’humanité, c’est de ne pas connaître Dieu, de se tromper sur Lui. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c’est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants.
Dès l’Ancien Testament, tout le travail des prophètes a consisté à révéler ce vrai visage du Dieu de tendresse et de pitié, comme le disent les psaumes, un Dieu qui veut notre joie. Voici quelques phrases d’Isaïe, par exemple : « Ils reviendront, ceux que le SEIGNEUR a rachetés, ils arriveront à Sion avec des cris de joie. Sur leurs visages, une joie sans limite ! Allégresse et joie viendront à leur rencontre, tristesse et plainte s’enfuiront. » (Is 35,10)… « C’est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer : en effet l’exultation que je vais créer, ce sera Jérusalem, et l’enthousiasme, ce sera son peuple ; oui, j’exulterai au sujet de Jérusalem et je serai dans l’enthousiasme au sujet de mon peuple ! » (Is 65,18-19).
A noter que ces passages sont des textes tardifs de l’Ancien Testament, cela veut dire que la Révélation a déjà fait du chemin ; Sophonie, à son tour, insiste sur la joie de Dieu de voir ses enfants heureux : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Eclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le SEIGNEUR a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le SEIGNEUR, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur. Ce jour-là, on dira à Jérusalem : Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le SEIGNEUR ton Dieu est en toi, c’est lui le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. » (So 3,14-18).
Malheureusement, nous avons du mal à y croire, comme si c’était trop beau ; c’est seulement à la fin des temps que l’humanité connaîtra enfin Dieu et donc vivra dans la joie ; c’est pour cela que, dans l’Ancien Testament, la joie est toujours présentée comme une caractéristique du salut que l’humanité attend. Quand Dieu « répandra son Esprit sur toute chair », comme le dit le prophète Joël (3,1), alors nous connaîtrons que Dieu est amour et nous serons dans la joie.
UNE JOIE QUE NUL NE NOUS RAVIRA
Le Nouveau Testament dit quelle joie, déjà, a accompagné la venue de Celui qui est venu révéler le visage de Dieu aux hommes ; à propos de la naissance de Jean-Baptiste, par exemple, l’ange dit à Zacharie : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée. Ta femme Elisabeth mettra au monde pour toiun fils et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance. » (Lc 1,13-14). Puis, à propos de la naissance de Jésus, l’ange dit aux bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » (Lc, 2,10).
Visiblement, c’est un thème qui a beaucoup marqué Jean ; du dernier soir de son Maître, il a retenu une grande impression de joie plus forte que l’épreuve pourtant toute proche ; par exemple : « Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jn 14,28)… « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira ; vous serez dans la peine mais votre peine se changera en joie. La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée.  Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. » (Jn 16,20-24). Et dans sa dernière prière, Jésus dit à son Père : « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » (Jn 17,13).
Les apôtres, à leur tour, promettent aux hommes la joie : saint Jean y insiste dans ses lettres : « Et nous écrivons cela, afin que notre joie soit parfaite. » (1 Jn 1,4)… « J’ai bien des choses à vous écrire ; je n’ai pas voulu le faire avec du papier et de l’encre, mais j’espère me rendre chez vous et vous parler de vive voix, pour que notre joie soit parfaite. » (2 Jn 12).
C’est peut-être à cela que l’on reconnaît les prophètes ou les apôtres : ce sont ceux qui révèlent aux hommes le vrai visage du Dieu de la joie. Ceux-là, quand leur heure sera venue, s’entendront dire : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. » (Mt 25,21).

5 MAI 1821 : MORT DE NAPOLEON IER A SAINTE-HELENE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EUROPE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821)

5 mai 1821 : mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

5 mai 1821

Mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

Le 5 mai 1821, Napoléon Ier s’éteint dans sa maison de Longwood, à Sainte-Hélène, un îlot perdu au milieu de l’Atlantique sud où l’ont exilé les Anglais en 1815 après la défaite de Waterloo et son abdication. Il n’a pas 52 ans.

L’ex-Empereur a inscrit dans son testament : « Je meurs prématurément, assassiné par l’oligarchie anglaise et son sicaire [Lowe] ; le peuple anglais ne tardera pas à me venger. »

NapoleonSteuben (1)

Hors la loi et proscrit

Napoléon Ier, mis hors la loi par les représentants des puissances européennes réunis en congrès à Vienne, a vite compris qu’il n’avait aucune indulgence à attendre d’eux.

Arrivé à Rochefort le 2 juillet 1815 avec le dernier carré de fidèles, il se découvre à la merci des Anglais qui le conduisent à Sainte-Hélène, sans espoir d’évasion. On lui laisse choisir trois officiers pour l’accompagner : le général Bertrand, grand maréchal du Palais, le général de Montholon, aide de camp, et le général Gourgaud, officier d’ordonnance. Embarque aussi le comte de Las Cases, conseiller d’État, qui a l’avantage de parler anglais.

Suivent les épouses de Bertrand et Montholon, le fils de Las Cases, le valet de chambre Bertrand, le maître d’hôtel Cipriani, le (faux) mamelouk Saint-Denis, dit Ali, le chirurgien irlandais O’Meara et quelques autres domestiques. Au total une cinquantaine de personnes.

Tout ce petit monde s’installe dans une maison de maître en partie délabrée, Longwood, sur les hauteurs de Sainte-Hélène. Cette partie de l’île, peu engageante, infectée de multiples insectes, est soumise tantôt à une chaleur torride, tantôt aux pluies, sans oublier le brouillard et une humidité persistante. « Le diable a chié cette île, envolant d’un monde à l’autre ! », se serait exclamée en arrivant l’épouse du général Bertrand, qui n’en croit pas ses yeux.

Longwood2 (1)

Mort lente

Albine de Montholon devient la maîtresse de l’auguste reclus, histoire de le désennuyer ; de retour en France, elle accouchera d’un enfant qui mourra en bas âge.

Certains exilés volontaires n’attendent pas la mort de Napoléon pour rentrer en France. Ainsi du comte de Las Cases, pressé de publier les confidences de l’empereur, qui trouve habilement moyen de se faire expulser dès le 30 novembre 1816. Le général Gourgaud se fait expulser à son tour après une dispute avec Montholon.

Pendant les premières années de l’exil, les habitants de Longwood ne vont cesser de jouer au chat et à la souris avec le gouverneur de l’île, sir Hudson Lowe, terrorisé par la crainte que son prisonnier ne s’enfuie. Ses multiples vexations et maladresses vont contribuer à embellir la légende de l’Empereur victime de la perfidie anglaise.

Napoléon ressent en mars 1820 une première et violente douleur au ventre. Il comprend que sa fin est proche. Dans les mois qui suivent, son état se dégrade très vite. Selon le diagnostic publié par le gouverneur britannique de l’île après son autopsie, sa mort aurait été provoquée par un cancer de l’estomac, comme celui qui emporta son père. Elle a été accélérée en tout cas par l’amertume de l’exil.

napoleon_mort (1)

Une tombe muette dans la vallée du géranium

Sur la route de Jamestown, le long du cratère du Bol à Punch du Diable, se trouve un vallon verdoyant, la vallée du géranium. Napoléon, qui l’avait découvert au détour d’une promenade, appréciait l’eau de sa source. C’est là qu’il a voulu être inhumé, comprenant qu’il ne pourrait reposer en terre française. Le 6 mai 1821, une fosse y est creusée à l’ombre de deux grands saules.

Après l’autopsie, pratiquée par le docteur Antommarchi sur le billard du salon, le corps de Napoléon est exposé dans la chambre à coucher, devenue chapelle ardente. Le 9 mai, le convoi funèbre quitte Longwood. Le corps a été placé dans quatre cercueils emboîtés – un de fer-blanc, un de bois exotique, un de plomb, un dernier d’acajou – avant d’être mis en terre. Les Anglais lui rendent les honneurs dus à… un général.

La tombe est couverte de trois dalles prélevées dans la cuisine de New House. Les Français voudraient y faire inscrire : « Napoléon. Né à Ajaccio le 15 août 1769, mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821 », mais le gouverneur tient à y apposer le nom de Bonaparte. Cet ultime avatar du conflit qui a marqué l’exil ne trouve pas d’issue. La tombe est donc laissée vierge.

Le 27 mai 1821, la famille Bertrand, Montholon, le Dr Antommarchi, l’abbé Vignali, les serviteurs Marchand, Ali, Coursot, Archambault… s’embarquent pour l’Europe. Dans leur sillage s’éloignent Longwood et ses meubles anglais ou chinois, qui sont partagés entre les notables de l’île. Ceux-là même qui avaient fourni à Napoléon, en 1815, les meubles dont ils ne voulaient plus. S’ils doivent laisser en terre étrangère le corps de l’Empereur, ses derniers fidèles emportent le manuscrit de ses Mémoires, son testament, son masque mortuaire, des dizaines d’objets marqués par sa présence, ainsi que leurs propres souvenirs.

napo_sh_vallee_geranium (1)

Napoléon a-t-il été empoisonné ?

En 1961, un toxicologue suédois évoque pour la première fois l’hypothèse d’un empoisonnement à l’arsenic de l’empereur, sur la base d’une analyse de quelques cheveux rapportés par l’entourage de Sainte-Hélène. Plusieurs chercheurs l’ont reprise depuis lors mais elle paraît peu plausible. Pour Jean Tulard, grand historien de l’Empire (et spécialiste du roman policier), elle ne relève que de la littérature romanesque.

 

Naissance d’une Légende

napo_sh_25_MEMOIRES (1)

À Paris, la nouvelle de la mort de Napoléon arrive dans un salon où sont présents ce soir-là Wellington, le vainqueur de Waterloo, et Talleyrand, l’ancien ministre des Relations extérieures de l’empereur. Quelqu’un s’exclame : « Quel événement ! » et Talleyrand de laisser tomber : « Ce n’est plus un événement, c’est une nouvelle ».

Marie-Louise, veuve de Napoléon, épouse quatre mois après sa mort l’homme avec qui elle vit désormais et dont elle a déjà eu deux enfants, le feldmaréchal autrichien comte von Neipperg.

On pourrait croire qu’une page se tourne. En vérité, il n’en est rien. Avec la mort de Napoléon, c’est une légende qui commence…

Pendant ses deux mille jours d’exil, l’ex-empereur a peaufiné sa légende en dictant ses souvenirs et ses réflexions au comte de Las Cases ainsi qu’à Bertrand, Gourgaud et Montholon.

Las Cases publie ses notes en 1823 sous le titre : Le Mémorial de Sainte-Hélène. Cette hagiographie de plus de 2000 pages, servie par le talent d’écriture de Las Cases, recueille immédiatement un immense succès. Elle se vend à 40 000 exemplaires du vivant de l’auteur.

Dans la France pacifiée, prospère et ennuyeuse de la Restauration, l’épopée napoléonienne et les récits des demi-soldes font rêver la jeunesse romantique.

L’espoir d’une restauration de l’Empire s’éloigne avec la mort en 1832 du fils de Napoléon et Marie-Louise, l’ex-roi de Rome. L’Aiglon, devenu Franz, duc de Reichstadt, meurt de tuberculose, maladie romantique par excellence, au palais de Schönbrunn, près de Vienne. Il a 22 ans.

En 1840, le président du Conseil, Adolphe Thiers, négocie avec Londres le retour des cendres de Napoléon à Paris. Il veut, par cette initiative, redresser le prestige du roi Louis-Philippe Ier.

Gourgaud lui-même revient à Sainte-Hélène quérir les cendres de l’empereur. Le transfert donne lieu à une cérémonie populaire et grandiose à laquelle assistent un million de Français enthousiastes qui n’hésitent pas à crier « Vive l’Empereur ! ».

Le principal bénéficiaire de l’opération est le courant bonapartiste. Celui-ci reprend vie et il ne lui faudra que huit ans pour amener au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du regretté empereur.

Napoléon Ier repose depuis lors aux Invalides, sur les bords de la Seine. C’est la première fois que le tombeau d’un autocrate trône au centre d’une capitale et d’un pays.

L’idée a été reprise et amplifiée au XXe siècle, sous les régimes communistes, à Moscou, Pékin, Sofia… dans une tentative de remplacer les religions traditionnelles par le culte d’un « grand » homme.

Napoleontombeau (1)

https://www.herodote.net/5_mai_1821-evenement-18210505.php

CLAUDE TRICOIRE (1951-...), POEME, POEMES

La complainte du livre

La complainte du livre

XVM01b0a19c-7b6f-11e7-858d-a12c4d61b83c-805x453 (1)

Je suis le livre qui se souvient

Douloureusement des jours anciens

Où j’étais quelqu’un d’important

Où l’on prenait soin de ma personne

Je me souviens et je pleure

Ce temps disparu depuis longtemps

Je suis le livre

Je me souviens de ce temps

Où je sentais bon

L’encre de l’imprimerie à peine sèche

Où je répandais la bonne odeur

Du cuir qui protégeait

Les écrits de tant d écrivains

Les belles enluminures qui ornaient mes pages

Mais aujourd’hui à peine ouvert

Que je tombe déjà en lambeaux

Je suis le livre

Je me souviens de ce temps

Des belles étagères où je reposais

Etagères qui sentaient bon la cire

Dans les bibliothèques qui me mettaient à l’honneur

Où se promenaient les amoureux

De mes riches reliures

Du monde infini remplissant leurs esprits

Des rêves immenses offerts sans retour

Mais aujourd’hui

Je suis sur des étagères sans odeur

Mes couvertures sont sans ornement

Je suis le livre

Je me souviens de ce temps

Où l’on me prenait dans les mains

Avec maintes précautions

Et l’on me reposait avec regret sur mon étagère

Il arrivait aussi qu’un malandrin sans le sou

Me mis dans sa sacoche

Et avec lui tout en respirant l’odeur du cuir

Je me promenais dans la ville

Humant l’air du temps

Le temps de faire plus ample connaissance

Avant de lui livrer gracieusement mes secrets

Mais aujourd’hui

Souvent je suis dans des rayons métalliques

Une marchandise comme une autre

Sans odeur et sans beauté

Je suis emballé déballé

Dans du vulgaire carton sans âme

Et personne ne prête attention

A la douleur qui m’étreint le cœur

Je suis le livre

Qui se souvient avec douleur

De ce temps qui a peut-être disparu

Alors je crie vers le ciel

Qu’un miracle se produise

Alors je jette mes cris vers le ciel

De trouver encore quelque amoureux

Qui se souvienne enfin

De ma beauté perdue

Et me redonne ma gloire d’antan

Je suis le livre

Plein de douleur et d’espoir

J’ai survécu à temps de jours de malheur

Les enfers des bibliothèques

Les incendies les destructions au long des siècles

Les autodafés quand on me jugeait dangereux

S’en souviennent les jours et les nuits

Je suis la mémoire des mondes disparus

Je suis la mémoire du monde présent

Je suis votre mémoire

bilbiotheque_20thibaud_20poirier-cd2107d1-f9e3-414f-aac9-07fee3a212f3 (1)

©Claude Tricoire

3 mai 2021.

DEVOTIONS, DEVOTIONS POPULAIRES, EGLISE CATHOLIQUE, MOIS DE MAI, MOIS DE MAI, MOIS DE MARIE, MOIS DE MARIE, VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Mois de mai, mois de Marie

Mois de Marie

unnamed (2)

Le Mois de Marie est le nom traditionnellement donné au mois de mai par les chrétiens, particulièrement les chrétiens catholiques et anglicans.. Ce mois est l’occasion de nombreuses expressions privées et publiques de dévotion envers la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ. Le mois de Marie n’est pas toujours nécessairement associé au mois de mai. Une autre tradition très ancienne connue sous le nom de Tricesimum (ou: Trente jours de dévotion à Marie; également appelée Mois de Marie) consacre trente jours de prière à la Vierge Marie du 15 août, fête de l’Assomption, au 14 septembre, fête de la Croix glorieuse. Les dates exactes ou l’origine de cette dévotion sont inconnues, mais la coutume est toujours pratiquée ici et là. Certaines régions, particulièrement dans l’hémisphère sud, célèbrent un mois de Marie en dehors du mois de mai, comme au Chili où le Mois de Marie a lieu du 8 novembre au 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, en lien aussi avec le cycle de la nature et l’éclosion des fleurs.

Origine

 Une origine médiévale: de Maia à Marie

Au Moyen Âge, les calendriers médiévaux continuent à afficher les années selon la coutume romaine, en douze colonnes allant de janvier à décembre, les premiers mois de l’année renvoyaient à des divinités protectrices comme Janus ou Mars. À cette époque, par paronomase, les scribes font glisser sémantiquement l’appellation de « Maius mensis » (mois de Maia) vers « Madona mensis » (mois de la Madone) d’où l’appellation du « mois de Marie » donnée au mois de mai.

Un certain nombre de traditions médiévales lient déjà le mois de mai à Marie. La plus ancienne trace écrite rémonte sans doute à Alphonse X de Castille au XIIIe siècle et ses Cantigas de Santa Maria qui mentionnent un culte spécial en l’honneur de la Vierge Marie à des dates précises en mai. Au fil des siècles, le mois entier se remplit d’observances spéciales et de dévotions à Marie.

Les Dominicains contribuent au développement de cette dévotion. En réponse à l’amour courtois, des figures dominicaines comme l’allemand Henri Suso vont développer un fort romantisme dans leur piété mariale qui comportera l’élévation d’autels et le tressage de couronnes de fleurs offert à la période de la floraison dès le début du mois de mai3.

Le premier, sans doute, à consacrer entièrement le moi de mai à la Vierge Marie, semble avoir été le capucin Laurent de Schniffis dans un recueil de trente poésies, Moyen-Pjeiff, publié en 1692.

 

Un office populaire devenu classique dès le XVIIIe siècle

Au début du xviiie siècle, l’église franciscaine et royale Sainte-Claire de Naples connaissait au mois de mai un office populaire marial quotidien suivi d’un salut du Saint-Sacrement, les dominicains de Fiesole, en 1701, décidaient d’honorer la Vierge tous les jours du mois de mai, ce qui se faisait aussi, près de Vérone, dans la paroisse de Grezzana (1734), et, un peu plus tard à Gênes (1747) et à Vérone (1774). Mais ce sont les pères camilliens qui revendiquent avoir été à l’origine, dès le mois de mai 1784 en l’église de la Madonne de Ferrare, la dévotion du «bouquet marial» du mois de mai sous sa forme publique et solennelle.

Les Jésuites vont ensuite s’attacher à cette dévotion, et la diffuser à partir de Rome dans toutes leurs missions. A Rome, Saint Philippe Néri avait déjà l’habitude de réunir les enfants le 1er mai autour de l’autel de la Vierge à la Chiesa Nuova. Après le Père Jacolet, dans le Mensis Marianus, paru à Dillingen en 1724, le jésuite Annibale Dionisi (1679 + 1754), dans un livre publié à Rome en 1725, et son confrère Lalomia, dans un livre publié à Palerme en 1758, en font la promotion. Dans le livre de Dionisi, on voit la dimension missionnaire que les jésuites associe au mois de Marie pour ré-évangéliser les familles: il portait comme sous-titre « à l’usage des maisons, des pères de famille, des couvents, des magasins.

La dévotion au mois de Marie n’atteint la France qu’à la veille de la Révolution où la vénérable Louise de France, fille de Louis XV et prieure du carmel de Saint-Denis, fait traduire le livre du Père Lalomia. Mais cet usage ne prendra de l’ampleur qu’avec les missions populaires de la Restauration au XIXe siècle.

 

La consécration pontificale du Mois de Marie

Le 21 mars 1815, le pape Pie VII est le premier a donné un encouragement pontifical à la dévotion du Mois de Marie en accordant 300 jours d’indulgence à quiconque honore en privé ou en public cette dévotion. Au vu de l’élan de dévotion populaire que cela suscite, il accorde l’indulgence plénière le 18 juin 1822. Avec ces encouragements, les manuels de dévotion mariale se multiplient alors pour soutenir et encourager cette dévotion particulière. Pie IX confirme l’indulgence plénière en 1859.

Le reconnaissance pontificale du mois de Marie entraînera par la suite la consécration d’autres mois à d’autres dévotions comme le mois de juin comme mois du Sacré Cœur , approuvé par le pape Pie IX le 8 mai 1873, et recommandé ensuite par Léon XIII dans une lettre adressée par le cardinal préfet à tous les évêques le 21 juillet 1899, ou encore le mois d’octobre comme le mois du Rosaire, reconnu par le pape Léon XIII.

En 1945, le pape Pie XII a confirmé le mois de mai comme mois marial avec l’institution de la fête de Marie Reine le 31 mai, fête qui vient couronner le mois de mai tout entièrement consacré à la Vierge. Cette fête sera déplacée au 22 août après le Concile Vatican II.

Au XXe siècle, dans son encyclique de Mense Maio de 1965, le pape Paul VI a de nouveau encouragé la dévotion du Mois de Mai et identifié le mois de mai comme un moment opportun pour incorporer des prières spéciales pour la paix dans les dévotions traditionnelles de mai dans un contexte de Guerre froide.

En 2020, dans le contexte de la pandémie de Covid-19, le Pape François a encouragé à renouveler cette dévotion en ajoutant deux prières pour la guérison des malades à la fin du Rosaire

Dévotions

En plus des traditionnelles dévotions mariales comme la méditation des mystères du Rosaire de la Vierge Marie, les chrétiens pratiques certaines dévotions spécifiques au mois de mai comme l’élévation d’autels domestiques en l’honneur de la Vierge et l’offrande d’un bouquet marial.

 

Les autels domestiques à la Vierge Marie

Une pratique particulièrement caractéristique des dévotions du mois de mai est l’autel de la Vierge Marie, que ce soit dans une église ou comme « autel domestique» da,s les maisons privées. Des dévotions mariales telles que le chapelet peuvent avoir lieu au sein de la famille autour de cet autel composé d’une table avec une image mariale, des bougies et de nombreuses fleurs du mois de moi.

Cette dévotion spécifique a été soutenue par plusieurs papes dont le pape Pie XII dans son encyclique Ingruentium malorum:

« La coutume de la récitation familiale du Saint Rosaire est un moyen des plus efficaces. Quel spectacle doux – le plus agréable à Dieu – quand la maison chrétienne résonne de répétitions fréquentes de louanges en l’honneur de Reine du Ciel! Le Rosaire doit être récité dans la famille, réuni devant l’image de la Vierge, dans une admirable union des cœurs, des parents et de leurs enfants, qui reviennent de leur travail quotidien. Il les unit pieusement aux absents et aux morts. Les familles se lient ainsi encore plus étroitement dans un doux lien d’amour avec la très sainte Vierge qui, comme une mère aimante, dans le cercle de ses enfants, leur accordera une abondance de dons de concorde et de paix familiale.»

 Le bouquet marial

Dans la culture romaine, le mois de mai était consacré à la déesse Flore, la déesse de la floraison et des fleurs. Les Romains célébraient fin avril les ludi florales (littéralement: jeux floraux), demandant l’intercession de Flora pour tout ce qui fleurit. La saison des fleurs est aujourd’hui l’occasion d’offrandes florales en l’honneur de la Vierge Marie, et nombreux sont les cantiques qui associent cette dévotion à la réalisation d’un bouquet marial. Le fameux cantique « C’est la mois de Marie, c’est le mois le plus beau », le redit bien: « Ornons le sanctuaire, De nos plus belles fleurs. »

 

 Le couronnement de la Vierge Marie

Dans les églises orientales, le couronnement de Marie était associé à l’ajout d’ornements à une icône de Marie, parfois aussi simple que l’ajout de décorations dorées. Ainsi, le pape Clément VIII a ajouté deux couronnes à l’icône de Salus Populi Romani dans la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome. Les couronnes après avoir été perdues, ont été remplacées par Grégoire XVI en 1837 dans un rite qui allait devenir la pratique standard pour le couronnement. La coutume est tombée en désuétude dans de nombreux endroits au cours des années 1970 et 1980, mais a depuis fait son retour avec de nombreuses autres pratiques catholiques traditionnelles.

CATHERINE DE SIENNE (saointe ; 1347-1380), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, SAINTETE, SAINTS

Sainte Catherine de Sienne

Catherine de Sienne

 

Catherine_of_Siena

Catherine Benincasa en religion Catherine de Sienne née le 25 mars 1347 à Sienne, en Toscane, , et décédée le 29 avril 1380 à 33 ans à Rome, , est une tertiaire dominicaine mystique, qui a exercé une grande influence sur l’Eglise. Elle est sainte et docteur de l’Eglise.

Née à Sienne, elle y grandit et désire très tôt se consacrer à Dieu, contre la volonté de ses parents. Elle rejoint les sœurs de la Pénitence de saint Dominique et y prononce ses vœux. Très vite marquée par des phénomènes mystiques (stigmates et mariage mystique, elle se fait connaître.

Elle accompagne l’aumônier des dominicains auprès du pape à Avignon, en tant qu’ambassadrice de Florence, ville alors en guerre contre le pape. Son influence sur le pape Grégoire XI joue un rôle avéré dans la décision du pontife de quitter Avignon pour Rome. Elle est ensuite envoyée par celui-ci négocier la paix avec Florence. Grégoire XI étant mort et la paix conclue, elle retourne à Sienne. Elle dicte à des secrétaires son ensemble de traités spirituels Le Dialogue. Catherine en dicte l’essentiel à Étienne Maconi.

Le grand schisme d’Occident conduit Catherine de Sienne à aller à Rome auprès du pape Urbain VI. Elle envoie de nombreuses lettres aux princes et cardinaux, pour promouvoir l’obéissance au pape et défendre ce qu’elle nomme le « vaisseau de l’Église ». Elle meurt le 29 avril 1380, épuisée par ses pénitences. Urbain VI célèbre ses obsèques et son inhumation dans la basilique Santa Maria sopra Minerva à Rome.

La dévotion autour de la dépouille de Catherine de Sienne se développe rapidement après sa mort. Elle est canonisée en 1461, déclarée sainte patronne de Rome en 1866, et de l’Italie en 1939. Première femme déclarée « docteur de l’Église » le 3 octobre 1970 par Paul VI avec Thérèse d’Avila, elle est proclamée sainte patronne de l’Europe en 1999 par Jean-Paul II. Elle est aussi la sainte protectrice des journalistes, des médias, et de tous les métiers de la communication, en raison de son œuvre épistolaire en faveur de la papauté.

Par la forte influence qu’elle a eue sur l’histoire de la papauté, Catherine de Sienne est l’une des figures marquantes du catholicisme médiéval. Elle est à l’origine du retour du pape à Rome et a effectué ensuite de nombreuses missions confiées par le pape, chose assez rare pour une simple nonne au Moyen Âge. Elle a également fortement influencé Rose de Lima.

Ses écrits — et principalement Le Dialogue, son œuvre majeure qui comprend un ensemble de traités qu’elle aurait dictés lors d’extases — marquent la pensée théologique. Écrivain catholique des plus influents, elle est l’une des quatre femmes à être déclarées docteur de l’Église. Cette reconnaissance par l’Église, bien que tardive, consacre l’importance de ses écrits.

Biographie

Contexte historique

La vie de Catherine se déroule dans un contexte de grands changements à la fin du Moyen Âge en Europe et particulièrement en Italie. L’apparition de nouvelles cités puissantes (Florence, Gênes, Pise…) marque l’émergence d’un monde nouveau avec la disparition progressive de la féodalité. Ces changements se traduisent par de nombreuses guerres entre les cités, ainsi que des divisions politiques. Ces guerres, outre les dégâts qu’elles causent à l’agriculture, modifient les rapports entre les villes : les cités sont assiégées, des armées sont constituées de mercenaires se donnant au plus offrant et tirant profit de la guerre ; elles contribuent à un climat instable.

Le XIVè siècle voit aussi un profond changement dans le rapport entre l’ordre politique et social et le rapport au pouvoir temporel du pape. Les rois et les princes rejettent la bulle papale Unam Sanctam, dans laquelle le pape déclare la suprématie de l’Église sur les États. Cette opposition et l’échec de la bulle papale conduisent à l’exil de Rome : le pape se réfugie en Avignon en 1309, créant une rupture dans la papauté qui continue à être présente à Rome. Ces changements conduisent, là encore, à une remise en cause de l’ordre féodal qui prévalait pendant le Moyen Âge. Ce siècle voit également la naissance de la dévotion aux Cinq plaies, l’apogée du mouvement des Flagellants et le développement des images de piété toutes dévouées à l’Homme des douleurs sur lesquelles les dévots, les saints ou mystiques peuvent dénombrer les plaies.

De plus, la peste noire qui apparaît en 1347 et ne disparaît qu’en 1441, marque profondément la société européenne, faisant de nombreuses victimes et produisant des bouleversements importants. Cette peste noire est interprétée comme un fléau divin.

La société siennoise, lieu d’origine de Catherine de Sienne, doit faire face à de nombreuses difficultés économiques, avec le déclin de l’agriculture, du commerce et de l’industrie à la suite de la banqueroute de la famille Buonsignori, provoquant des révoltes populaires et l’apparition de bandes de brigands.

 

Enfance

 Vœu de chasteté

Catherine est la vingt-troisième des vingt-cinq enfants d’un teinturier, Giacomo Benincasa, et de Monna Lapa. Elle et sa sœur jumelle Jeanne naissent à Sienne, en Italie (selon la date traditionnellement admise), le 25 mars 1347, jour de la fête de l’Annonciation faite à Marie. Jeanne meurt peu de temps après. La famille Benincasa est une famille pieuse, assez proche de l’ordre des prêcheurs, les dominicains de Camporegio. Giacomo est teinturier de laine, et sans doute de la classe des Popolani (personnes éligibles au gouvernement de Sienne). En 1348, la famille adopte un jeune garçon de dix ans, Tommaso della Fonte, devenu orphelin à cause de la peste, et dont l’oncle Palmiere della Fonte était marié à la sœur aînée de Catherine

L’enfance de Catherine de Sienne semble avoir été très vite marquée par un attrait profond pour Dieu D’après les confidences de Raymond de Capoue, elle a sa première apparition vers l’âge de 6 ans, lorsqu’elle marche avec son frère Stefano dans les rues de Sienne. Elle voit, au-dessus de l’église San Domenico, le Christ-Pontife la bénir. Cette expérience renforce la ferveur de Catherine. L’éducation religieuse qu’elle reçoit est faite de lectures d’histoires de saints, d’ermites ou des pères du désert. Catherine cherche alors à les imiter, à travers une vie d’ascèse, se soumettant à des mortifications ou recherchant la solitude.

L’attrait pour l’ordre des dominicains grandit chez Catherine, alors âgée de 6 ans, lorsque Tommaso entre au noviciat Saint-Dominique en 1353. Tommaso favorise cette dévotion en poursuivant l’éducation chrétienne de Catherine : il lui raconte l’histoire des dominicains, contribuant à renforcer le désir de Catherine de se consacrer à la vie religieuse.

Vers l’âge de 7 ans, Catherine fait vœu de chasteté, selon son biographe Raymond de Capoue. Elle a alors la conviction de sa vocation à entrer dans l’ordre des dominicains.

 

Vie mondaine

Catherine grandit et vers l’âge de treize ans, elle refuse toute coquetterie, bien qu’elle y soit poussée par sa mère. Face à ce refus, sa mère décide alors de passer par la sœur aînée de Catherine, Bonaventura, afin qu’elle développe chez la jeune fille le goût de la coquetterie. Catherine se laisse convaincre, se farde, soigne sa toilette.

Quelques mois plus tard, en août 1362, Bonaventura meurt en couches. La mort de sa sœur traumatise profondément Catherine, elle y voit la conséquence des péchés de vanité et de coquetterie. Après ce deuil familial, ses parents cherchent à la marier, mais Catherine s’y refuse catégoriquement. Face à ce comportement, ils cherchent à avoir le soutien de Tommaso della Fonte, leur fils adoptif entré chez les dominicains, pour convaincre la jeune fille, considérée comme obstinée. Tommaso della Fonte découvrant la ferme volonté de Catherine de vouloir se consacrer à Dieu lui demande alors de couper ses cheveux afin de prouver la solidité de son projet de vie, ce qu’elle fait, puis elle rentre chez elle.

Cette action agace profondément ses parents, qui ont toujours des projets de mariage pour elle. Outre les punitions et les brimades, elle est chassée de sa chambre, où elle passait de longs moments seule en prière, et se voit contrainte de remplacer la servante dans les tâches ménagères. Cette réaction de ses parents ne change pas la volonté de Catherine et ne diminue pas sa ferveur. Elle considère alors que si elle n’a plus de chambre ou de cellule pour prier, c’est qu’elle doit donc faire de son âme une « cellule intérieure », intuition qu’elle développe tout au long de sa vie.

Catherine reste servante pendant plusieurs mois ; ayant du mal à servir ses parents, elle décide de les servir comme si ses parents étaient Dieu ou des saints. Mais c’est un songe qu’elle aura quelques mois plus tard qui change son attitude. Lors de ce songe, elle voit Dominique de Guzmán lui tendre un lys et un habit des sœurs dominicaines de la pénitence lui assurant qu’elle fera partie de cette congrégation. Au réveil, Catherine révèle devant toute sa famille le vœu secret de chasteté qu’elle avait fait plusieurs années auparavant. Cette détermination et les phénomènes surnaturels dont elle bénéficiait amènent son père à changer d’avis et à l’autoriser à entrer au couvent.

 

Entrée en religion

L’étrange maladie

L’autorisation donnée par son père permet à Catherine de mener une vie plus conforme à ce qu’elle désire. Elle redouble d’ascèse et dès l’âge de seize ans cherche à vivre une vie assez extrême à travers des jeûnes (elle ne mange plus que du pain et des herbes crues, les historiens parlant à son propos d’« anorexie sainte »), des privations de sommeil pour prier et diverses pénitences. Sa mère, Lapa, s’inquiète de la santé de sa fille et décide de l’emmener faire une pour se reposer. Ce n’est que de retour des bains que Lapa se décide à demander l’intégration de sa fille parmi les sœurs de la Pénitence de saint Dominique

Les sœurs de la Pénitence de saint Dominique (surnommées les Mantellate du fait de leurs habits noirs, mantellata en italien) ont pour fondateur Dominique de Guzmán (1170-1221), qui a aussi fondé l’ordre des Frères Prêcheurs. Elles constituent alors un groupement pieux essentiellement composé de veuves qui ne suivent pas au sens strict une règle religieuse, dans la mesure où elles ne font pas de vœux religieux. Elles se consacrent aux œuvres de charité, aux visites des prisonniers ou des malades et se réunissent pour la messe et pour recevoir des instructions religieuses.

Lorsque sa mère la présente, Catherine essuie un refus de la part des sœurs qui la trouvent trop jolie, trop jeune et sans doute trop exaltée et immature pour la vie religieuse. Catherine tombe gravement malade peu de temps après, avec de fortes fièvres et couverte de pustules. Cette maladie inquiète Lapa. Catherine demande de nouveau à entrer chez les Sœurs de la Pénitence de saint Dominique. Sa mère veut respecter les volontés de sa fille et permet qu’elle postule de nouveau. Un deuxième entretien a lieu chez les sœurs, bouleversées par l’ardeur et le courage de Catherine, qui les décident finalement à l’intégrer au sein de leur congrégation. La cérémonie a lieu entre fin 1364 et début 1365. Catherine reçoit l’habit blanc des mains du frère Bartolomeo Montucci, maître de la congrégation.

Clôture

Admise chez les sœurs de la Pénitence, Catherine doit faire son noviciat chez elles, sous la direction et l’enseignement des maîtres des tertiaires Elle reste alors silencieuse et observe de longs moments de prière dans sa chambre, sortant pour assister à la messe et aux offices Elle continue sa vie d’ascèse et décide de ne prendre de la nourriture qu’après avoir pleuré, ce qu’elle explique dans ses écrits en évoquant le « don des larmes ».

Dans le même temps, Catherine, souvent discrète et silencieuse, commence à avoir une vie mystique importante, connue grâce à son confesseur : elle a des visions et apparitions, et des colloques avec Jésus qui l’enseigne. Elle affirme à son confesseur avoir été instruite par ces apparitions. Ces visions sont aussi suivies de moments de doutes, d’angoisses et de fortes tentations. De ces apparitions, décrites par ses biographes, découlent certains dialogues et certaines intuitions qui ont une profonde influence sur sa vie spirituelle. Au cours de cette période, elle apprend à lire suffisamment pour pouvoir lire la liturgie des Heures.

Une des visions qu’elle a est celle de Dieu, vu sous la forme d’un arbre dont les racines sont unies à la terre et le sommet au ciel. Au pied de l’arbre, elle voit des épines. Ces épines représentent les peines et les difficultés au début pour aller vers Dieu, comme le Christ crucifié. Une personne qui veut aller vers Dieu doit donc passer par ces peines, représentées par les épines, alors que beaucoup s’en échappent, préférant rechercher les plaisirs du monde. Cependant, l’arbre est immuable et ne se refuse à personne, ce que Catherine interprète comme le fait que Dieu ne se retire pas d’une créature qui a le désir de venir à lui.

Mariage mystique

Pendant le carnaval de 1368, Catherine a une apparition qu’elle décrit comme étant son « mariage mystique avec le Christ ». Au cours de la vision, le Christ lui apparaît et lui remet un anneau, signe qu’elle est son épouse. La vision s’efface mais Catherine dit ressentir en permanence cet anneau et même le voir, et elle est la seule à l’avoir vu.

Le mariage mystique, à l’instar du Cantique des Cantiques, est le symbole de l’union entre l’homme et Dieu. À travers l’histoire de l’Église, de nombreux auteurs ont parlé, comme Thérèse d’Avila, Origène, Jean de la Croix, François de Sales, Thérèse de Lisieux, de cette union comme étant le sommet de la vie chrétienne, après des périodes de fiançailles, de doutes, d’abandons.

 

Vie publique

Début de l’engagement public

Le mariage mystique marque pour elle le début d’un nouveau changement dans son attitude. Elle participe davantage aux activités des sœurs de la Pénitence à travers la visite des malades qu’elle soigne. Elle met en pratique son amour de Dieu en s’occupant des malades et pauvres. Des phénomènes de thaumaturge lui sont attribués, ses biographes affirment qu’elle guérit miraculeusement des personnes. Elle a souvent des extases, de manière privée ou publique : elle se raidit soudainement, perd connaissance et tous ses membres se contractent. Les moqueries s’accentuent, elle est calomniée et accusée d’être une femme de mauvaise vie.

En août 1368, le père de Catherine, Giacomo, tombe malade et meurt, malgré les prières de sa fille. À la même époque, la ville de Sienne est en proie à des révoltes importantes qui remettent en cause le pouvoir en place, dit « gouvernement des 12 »

Cette période marque le début d’un engagement public intense, où elle commence à rencontrer et conseiller des dominicains : par l’intermédiaire de Tommaso della Fonte, elle fait la connaissance de Bartolomeo di Domenico, un jeune dominicain qui lui rend visite . De cette rencontre naît une grande amitié spirituelle entre eux deux : Bartolomeo transmet à Catherine sa connaissance théologique ; elle lui prodigue des encouragements et, plus tard, lui envoie des lettres.

Elle rencontre aussi le frère Lazzarino de Pise, célèbre prédicateur franciscain qui, après avoir été méprisant à son égard, lui demande des conseils pour le guider spirituellement. Elle rencontre ensuite, toujours par l’intermédiaire de Tommaso della Fonte, le frère Tommaso di Antonio di Nacci, dit Caffarini, dominicain qui, après la mort de Catherine, écrit une de ses premières biographies, la Legenda minore. La renommée de Catherine se répand. Celle-ci commence à voyager, sans doute avec Raymond de Capoue, nommé par le pape pour prêcher la croisade.

Le 21 mars 1371, lorsqu’une révolte éclate à Bologne, Catherine rencontre le cardinal Pierre d’Estaing, dit d’Ostie, légat de Bologne, et commence à écrire à d’autres prélats et à des fonctionnaires du pape Grégoire XI. C’est le début de l’engagement de Catherine de Sienne pour la réforme de l’Église et le retour du pape à Rome.

En 1374, la jeune mystique, qui a suscité l’étonnement à Sienne et dans l’ordre dominicain, comparaît devant le chapitre général des dominicains à Florence. Elle y rencontre le bienheureux Raymond de Capoue qui devient son directeur spirituel.

À la Pentecôte, elle reçoit les stigmates du Christ, stigmatisation qu’elle décrit à Raymond de Capoue. Elle n’est pas visible car Catherine aurait prié pour que les stigmates ne se voient pas.

Défense de la papauté

Catherine de Sienne et Raymond de Capoue implorent, à Avignon, Grégoire XI de faire la paix avec Florence.

Ambassadrice officieuse de Florence auprès du pape

À partir de 1375, elle prend de manière publique la défense des intérêts du pape en s’engageant pour le retour des papes d’Avignon à Rome et pour l’unité et l’indépendance de l’Église. Lors d’une rencontre avec les responsables de la ville de Florence, elle est envoyée par eux auprès du pape afin de tenter de réconcilier la papauté et Florence.

Catherine, accompagnée de Raymond de Capoue, part en avril 1376 pour Avignon où réside le pape. Ils passent par Bologne où ils se rendent sur la tombe de saint Dominique et arrivent le 18 juin à Avignon à la cour du pape Grégoire XI. Elle obtient une audience avec le pape et informe Florence de l’attitude positive du pape à leur égard, tout en critiquant ouvertement les mesures que Florence a prises à l’encontre du clergé.

Peu de temps plus tard, les ambassadeurs de Florence viennent à Avignon afin de voir le Pape ; Catherine de Sienne est ouvertement ignorée par la délégation d’ambassadeurs et la négociation avec les ambassadeurs de Florence se conclut par un échec. Catherine de Sienne reste néanmoins auprès du pape, qu’elle revoit plusieurs fois. Elle le conseille et lui demande à de nombreuses reprises trois choses : la première est de partir pour Rome et de revenir dans la « ville de saint Pierre », la deuxième est de relancer la grande croisade, et enfin de lutter contre les vices et péchés au sein de l’Église. Le pape Grégoire XI préfère rechercher la paix avant de partir en croisade, Catherine de Sienne insiste sur le fait qu’il ne faut pas attendre, et qu’au contraire, la paix viendra avec la croisade qui éloignera les guerriers. Dans ses lettres elle suggère souvent au pape de partir au plus vite pour Rome, et cela malgré la forte opposition des cardinaux qui préfèrent vivre dans la ville d’Avignon .

Catherine suscite la méfiance à Avignon du fait de son influence croissante auprès du pape, mais aussi par ses extases publiques. Elle est suivie secrètement, à la demande du pape, par des théologiens qui après examen ne lui reprochent rien. Elle part visiter le duc d’Anjou pour le convaincre de prendre la gérance de la croisade. Elle reçoit une invitation pour Paris du roi de France Charles V, mais elle décline cette invitation afin de retourner en Avignon avant de rejoindre l’Italie par les voies terrestres.

Le pape quitte Avignon pour Rome

L’influence de Catherine de Sienne est sans doute le facteur principal qui conduit le pape Grégoire XI à quitter Avignon pour Rome. Il quitte la cité d’Avignon le 13 septembre 1376 et embarque pour Marseille, malgré l’opposition d’une partie des cardinaux et les dangers possibles, notamment l’opposition de Florence par la guerre des Huit Saints, mais aussi l’inconnue que représente le retour à Rome. Le pape Grégoire XI part par la mer ; à la suite d’une tempête, il débarque à Gênes le 18 octobre.

Quant à Catherine, elle part par voie terrestre en passant par Saint-Tropez, Varazze, puis Gênes. C’est dans cette dernière ville que, selon la Legenda minore, elle aurait de nouveau rencontré Grégoire XI. Le pape poursuit son voyage jusqu’à Rome en passant par Corneto où il parvient le 6 décembre 1376, puis il arrive à Rome le 16 janvier 1377 en remontant le Tibre.

Catherine de Sienne demeure à Gênes et ne continue pas son chemin jusqu’à Rome ; elle n’y est pas lors de l’arrivée de Grégoire XI dans la « ville éternelle », bien que des représentations postérieures, anachroniques, la représentent l’accueillant à Rome. Elle reste à Gênes où ses compagnons de route sont victimes de maladies. De plus elle reçoit la visite de sa mère qui la rejoint à Gênes. Elle rencontre les chartreux de Calvi, puis arrive dans sa ville natale, Sienne, au début de l’année 1377.

Val d’Orcia

Catherine s’installe à Sienne où sa renommée se fait de plus en plus grande. La ville de Sienne lui fait don d’un château qu’elle transforme en monastère, inauguré en avril 1377 : le monastère Sainte-Marie-Des-Anges qui sera détruit peu de temps après sa mort. Elle rencontre Niccolo di Tuldo, condamné à mort car considéré comme possédé par le diable. Elle aurait réussi à lui parler et obtenir sa conversion à la foi catholique Ses biographes mentionneront au cours de cette période de nombreuses conversions et des exorcismes.

Dès le 15 avril 1377, Catherine fait preuve d’une activité intense. Elle part pour Sienne et supplie par écrit le pape d’instaurer la paix à la suite du massacre de Cesena commis par l’armée des Bretons fidèles aux papes. Elle parle aux moines de la chartreuse de Mangiano, parcourt le val d’Orcia afin de favoriser la paix avec le pape. Elle écrit à ce dernier pour promouvoir la paix avec la Toscane et encourage la croisade. Pendant ce temps, la ville de Bologne décide de faire la paix avec Rome le 21 août 1377.

Paix florentine et la fin de la guerre des Huit Saints

La situation de la papauté de retour à Rome devient cependant difficile concernant la ville de Florence. Face à la désobéissance de la ville, le pape décide d’y instaurer des interdictions, notamment celle d’y célébrer des sacrements, ou de commercer avec la ville sous peine d’excommunication. Grégoire XI envoie une délégation afin de faire la paix mais cette entreprise menée par Raymond de Capoue est un échec. La ville de Florence est d’autant plus opposée au pape qu’elle craint l’arrivée de l’armée de Bretons. Elle décide par conséquent de violer ouvertement l’interdit du pape le 22 octobre 1377.

Face à cette situation portant atteinte au pouvoir de la papauté, d’autant que la ville de Florence est l’une des villes les plus puissantes, Catherine implore la levée de l’interdit et la clémence du pape à de nombreuses reprises dans ses lettres. Le pape décide alors d’envoyer Catherine afin de faire plier la ville de Florence. L’envoyée part donc et arrive le 13 décembre 1377 dans la ville infidèle au pape. Les négociations commencent et Catherine demande à Florence d’obéir au pape tout en demandant à de nombreuses reprises au pape de rechercher la paix. Les négociations avancent notamment par l’intermédiaire du seigneur de Milan, Barnabé Visconti, ce qui conduit à la levée de l’interdit en échange de la restitution des terres aux états pontificaux. Les négociations sont cependant suspendues le 27 mars 1378 par l’annonce de la mort du pape Grégoire XI. Florence envoie immédiatement une délégation pour négocier avec le nouveau pape élu le 8 avril 1378 : Urbain VI.

Face à l’opposition importante de groupes de Florence, qui brûlent les maisons des compagnons de Catherine de Sienne, celle-ci décide de partir un temps en ermitage dans les alentours de Florence. Elle écrit au nouveau pape Urbain, ancien cardinal que Catherine avait rencontré lors de son passage à Avignon, en lui affirmant la nécessité de faire la paix avec Florence quoi qu’il en coûte, craignant l’arrivée de l’« hérésie » (le schisme).

Pour apaiser cette révolte et les tensions qui existent au Vatican, le nouveau pape envoie à Florence un rameau d’olivier le 18 juillet 1378, signe de la volonté du pape de faire la paix avec Florence. Le 28 juillet 1378, la paix est signée avec le pape, levant les interdits et mettant fin à la guerre des Huit Saints. Le 2 avril 1379 Catherine part de Florence pour sa ville natale.

La rédaction du Dialogue

La fin du conflit avec Florence permet un temps de tranquillité pour Catherine de Sienne Elle se retire et tombe souvent en extase, elle affirme converser avec Dieu. Elle dicte alors les paroles qu’elle reçoit dans ses transes.

Ses dialogues, sous sa dictée, sont mis par écrit par cinq secrétaires et seront publiés sous différents noms : Le DialogueTraité de la Divine ProvidenceLivre de la Divine DoctrineLivre de la Divine révélation. Ce livre se divise en quatre traités : le premier est la Discrétion, le deuxième est l’Oraison ou Traité des Larmes, le troisième est la Providence et le quatrième est sur l’Obéissance.

La nature de ces écrits, pour Catherine de Sienne qui n’avait pas eu de formation poussée, a été l’objet de débats du fait de l’importance théologique qu’elle a eue dans le christianisme avec la proclamation de Catherine comme docteur de l’Église.

 

Le grand schisme d’Occident (1378-1417)

Catherine de Sienne avait, dans ses écrits, mis en garde le pape à de nombreuses reprises contre la possibilité de schisme, qu’elle appelle dans ses écrits l’hérésie. Alors que le pape Urbain VI est élu sans contestation, les cardinaux, principalement français, se réunissent à Fondi le 18 septembre 1378 avec l’appui du comte Gæteni, et décident d’élire le cardinal Robert de Genève comme pape, devenant ainsi l’antipape Clément VII1. Il prend tête de l’armée de Bretons et les envoie en Romagne où ils dévastent la région.

Catherine quitte Sienne en novembre 1378 pour Rome où elle arrive le 28 novembre accompagnée de plusieurs membres de son ordre. Elle est reçue par le pape Urbain VI qui voit dans sa présence un soutien de taille. Catherine vit alors à Rome où elle commence une « croisade de prière » : elle demande à ses amis de prier, décrivant comme une douleur immense cette division de l’Église. Elle recommande d’agir avec charité, seule solution pour elle pour parvenir à résoudre les problèmes de la chrétienté. Elle reste souvent au Vatican pour prier, et montre un zèle particulier pendant le carême pour la pénitence et les mortifications. Catherine écrit à Louis Ier de Hongrie, roi de Hongrie et de Pologne, et appelle à l’obéissance au pape. Elle compare l’antipape au serviteur du démon et écrit aux nombreux responsables des grandes villes d’Italie afin de les soumettre à l’obéissance du pape.

Cette séparation du pape est pour Catherine de Sienne un acte très grave dans la mesure où il conduit à faire des membres schismatiques. Selon elle, cela conduit à les couper de la relation avec Dieu en faisant des « membres pourris exclus de la participation du sang » et donc de Dieu.

Vaisseau de l’Église

Au début de l’année 1380, Catherine continue de s’activer pour défendre le pape Urbain VI. Elle veut aller à la rencontre de la reine de Naples afin de vaincre son opposition au pape Urbain VI, mais ce dernier s’y oppose, craignant pour sa vie. Catherine écrit aux cardinaux qui ont élu le pape, avant de s’opposer à lui, leur disant qu’ils ont perdu toute révérence et qu’ils font désormais l’office du démon en s’opposant au pape. Raymond de Capoue, le directeur spirituel de Catherine de Sienne, est envoyé par le pape en mission auprès du roi de France, Charles, afin de retrouver sa confiance. Catherine, sachant sa mort proche, lui fait ses adieux, lui affirmant par écrit qu’ils ne se reverront plus.

Catherine, qui a une influence grandissante auprès de religieux se considérant comme ses disciples, décide de leur écrire. Elle demande aux religieux et aux ermites de soutenir le pape mais aussi de venir s’installer à Rome dans ces périodes troubles Malade et affaiblie, sans doute en grande partie du fait de ses nombreuses pénitences, elle est épuisée et fait ses adieux à ses amis.

 

Une anorexie mystique qui la mène au décès

Pendant de nombreuses années, elle s’était habituée à une abstinence rigoureuse. Elle recevait la Sainte Eucharistie presque tous les jours. Ce jeûne extrême semblait malsain aux yeux du clergé et de sa propre fratrie. Son confesseur, Raymond, lui a ordonné de manger correctement, mais Catherine a affirmé qu’elle en était incapable, qualifiant son incapacité à manger d’infermità (maladie). Dès le début de l’année 1380, Catherine ne peut ni manger ni boire de l’eau. Le 26 février, elle perdit l’usage de ses jambes.

Catherine meurt à Rome, le 19 ou 29 avril 1380, à l’âge de trente-trois ans, après avoir subi huit jours plus tôt une forte attaque qui l’a paralysée à partir de la taille. Ses derniers mots furent : « Père, entre tes mains, je remets mon âme et mon esprit ». Catherine de Sienne est morte de privations volontaires, certains voudraient ainsi la considérer comme la patronne des anorexiques.

Catherine est enterrée quelques jours plus tard en présence du pape, qui célèbre des obsèques solennelles dans la basilique de la Minerve.

Héritage

Doctrine spirituelle

 Spiritualité

La vie spirituelle selon Catherine de Sienne

La vie spirituelle consiste pour Catherine de Sienne à l’union à Dieu. Elle décrit cette union à Dieu comme une « voie de vérité ». La Passion du Christ est centrale pour elle qui considère que la mort du Christ sur la croix est un sacrifice, permettant la connaissance de Dieu par la présence du « sang rédempteur ».

Dans ses écrits, elle présente trois étapes de la vie spirituelle. La première consiste en l’amour de la Passion ; elle indique même que la passion du Christ est le meilleur guide pour la vie spirituelle : il « vaut mieux que tous les livres ». La deuxième étape est la conséquence de la première : cet amour conduit pour Catherine de Sienne à l’imitation du Christ, à travers une vie d’ascèse, de sacrifices, de pénitences, de prière et de services aux autres afin de ressembler au Christ et à son sacrifice sur la Croix. Ainsi, l’imitation conduit à vouloir devenir un « Alter Christus »(« Autre Christ »). La troisième étape consiste à désirer la Croix, c’est-à-dire les souffrances et les difficultés quotidiennes et surmontées, et de s’y attacher, non plus pour soi, mais pour les autres.

La « cellule intérieure » : l’habitation de la Trinité en l’âme

Dans ses écrits elle développe ce que la théologie appelle « inhabitation de Dieu en l’âme », ou « l’habitation de la Trinité » : la croyance que Dieu est présent en l’âme. Cette découverte se fait très tôt chez Catherine. Privée par ses parents de l’accès à sa chambre où elle avait l’habitude de prier, Catherine découvre alors qu’elle peut vivre avec Dieu qui est présent à l’intérieur d’elle-même, dans l’âme. Ce lieu, Catherine le décrit comme sa « cellule intérieure ».

Dans ses écrits et les conseils spirituels qu’elle y donne, elle mentionne à différentes reprises l’existence de cette cellule intérieure, comme dans la lettre 223 à Alessia où elle affirme « Fais-toi, ma fille, deux habitations : l’une dans ta cellule, pour ne pas aller causer de tous les côtés, et pour n’en sortir que par nécessité, par obéissance à la prieure, ou par charité. Fais-toi une autre habitation spirituelle que tu porteras toujours avec toi : c’est la cellule de la vraie connaissance de toi-même. Tu y trouveras la connaissance de la bonté de Dieu à ton égard ; ce sont deux cellules dans une ; et, en étant dans une, il ne faut pas quitter l’autre, car l’âme tomberait ainsi dans le trouble et la présomption. » Elle affirme la nécessité d’entrer en soi-même afin d’« habiter par habitude » pour agir en union avec Dieu. Cette habitation de Dieu en l’âme est centrale pour Catherine de Sienne dans la mesure où elle conduit à « posséder Dieu ».

La « cellule intérieure » : connaissance de soi et connaissance de Dieu

La connaissance de soi-même est un élément important déjà développé par des philosophes comme Socrate avec le célèbre connais-toi toi-même, mais aussi par de grands théologiens comme Augustin d’Hippone (ve siècle) qui a, dans les « Soliloques », montré l’importance de la connaissance de soi dans la vie spirituelle : « Ô Dieu éternel, puissé-je savoir qui je suis et qui tu es ! », thème qu’il développe encore dans Les Confessions à propos de Dieu : « plus intime à moi que moi-même, plus haut que le plus haut de moi-même ». Cette connaissance est aussi présente avec Bernard de Clairvaux (XIIè siècle) qui dans sa lettre au pape « De Consideratione » décrit l’importance de la connaissance de soi-même : « Commence par te considérer toi-même. Évite de te disperser vers d’autres sujets en négligeant ta propre personne. À quoi te servirait de gagner le monde entier en étant le seul à te perdre ? Quelle que soit l’étendue de ton savoir, il te manquerait toujours pour atteindre la plénitude de la sagesse, de te connaître toi-même. » Catherine de Sienne, dans ses écrits et ses enseignements, développe cette même conception de l’importance de la connaissance de soi-même. La connaissance de soi-même proposée par Catherine de Sienne ne consiste pas en une relecture psychologique, ou à un repliement égocentrique.

Elle considère cette connaissance comme centrale à la vie au point d’affirmer dans Dialogue que « la prière doit être fondée sur la connaissance de soi-même ». Pour parvenir à se connaître soi-même, Catherine de Sienne affirme qu’il est nécessaire de rentrer en soi-même, dans ce qu’elle appelle la « cellule intérieure ». Elle invite à ne jamais quitter cette cellule intérieure, même quand on agit.

Cette habitude d’intériorité conduit pour Catherine de Sienne à comprendre dans quelle mesure nous n’existons que grâce à Dieu : « Nous devons reconnaître que nous n’avons pas l’être par nous-mêmes, mais que nous le tenons de Dieu ». Dans le Dialogue, elle voit dans les conséquences du péché, la manifestation de notre néant. Néanmoins, cette reconnaissance de notre néant et de nos fautes ne constitue pas pour Catherine de Sienne la connaissance de soi, mais elle doit aller plus loin, car la personne doit découvrir, par la foi, la bonté et la miséricorde de Dieu dans ses limites : « Je veux bien que tu voies ton néant, ta négligence, ton ignorance, mais je veux que tu les voies non dans les ténèbres de la confusion, mais à la lumière de la bonté divine que tu trouves en toi. Apprends que le démon ne veut que vous arrêter à la connaissance de vos misères, tandis que la connaissance doit toujours être accompagnée de l’espérance de la miséricorde divine. »

La connaissance de soi-même est donc profondément unie à la connaissance de Dieu, une connaissance en soi de Dieu. Pour Catherine la connaissance de soi-même n’est possible qu’en passant par le regard de Dieu : « L’âme ne se voit pas par elle-même mais par Dieu, et elle voit Dieu par Dieu en tant qu’il est amour » L’âme peut découvrir qu’elle a été créée à l’image de Dieu, et que bien souvent elle s’en écarte par ce que Catherine appelle le péché, ce n’est que par la connaissance de soi-même que nous pouvons faire l’expérience de notre misère qui est surmontée par l’Amour de Dieu présent en nous : « L’amour, ce lien si suave et si doux. Oui, ma très chère fille, puisqu’il est si doux, si agréable et si nécessaire, il ne faut plus dormir ; il faut se lever avec un vrai et saint désir, avec zèle, il faut le chercher avec courage… Et si vous me demandez « Où pourrai-je le trouver ? » Je vous répondrai dans la cellule de la connaissance de vous-même, où vous trouverez l’amour ineffable que Dieu vous porte ; car c’est par amour que Dieu vous a créé à son image et ressemblance ; c’est par amour qu’il vous a fait renaître à la grâce dans le sang de son Fils unique. ». Pour Catherine de Sienne, la connaissance de Dieu commence par la connaissance d’elle-même. C’est donc l’action de la connaissance de soi-même, avec ses limitations, qui conduit, pour Catherine de Sienne, à la découverte de l’amour de Dieu et de sa miséricorde, par la contemplation de la Passion.

Le chemin de cette connaissance de soi-même n’est cependant pas facile pour Catherine de Sienne, car ce sentiment de l’amour et de la miséricorde de Dieu peut disparaître. Elle invite donc à une vie de vertu, de patience et d’humilité afin de fuir le péché et s’unir plus à Dieu. Or cette recherche de vertu est difficile et demande de prendre le chemin de la Croix. L’existence de tentations est présente, ce qu’elle appelle une « descente aux enfers ». Le moyen d’y résister est alors de revenir dans cette connaissance de soi-même.

La vie intérieure est pour Catherine de Sienne un continuel va-et-vient entre la connaissance de soi-même qui conduit à la connaissance de Dieu. Cette connaissance de Dieu conduit à une meilleure connaissance de soi-même et à une plus grande persévérance qui s’ouvre à la charité du prochain par humilité.

Néanmoins, la connaissance de soi-même et de Dieu n’est pas une fin en soi pour Catherine de Sienne. Celle-ci doit conduire non pas au repliement sur soi, mais à l’Amour du prochain qui est aimé de la même manière. Catherine affirme ainsi : « Contemplant en elle-même l’effet de l’amour infini et voyant l’image qu’est la créature, elle trouve Dieu en son image. Cet amour que Dieu lui porte, elle le voit s’étendre à toute créature, et cela la force aussitôt à aimer le prochain comme soi-même, puisque Dieu l’aime souverainement. ».  La connaissance de soi-même devient pour Catherine la source de l’apostolat et de l’ouverture à l’autre.

 

Réforme de l’Église

La vie de cette sainte est profondément marquée par sa volonté de rénovation de l’Église. Son ecclésiologie, c’est-à-dire la conception qu’elle se fait de l’Église, n’est pas à proprement parler révolutionnaire : elle ne remet pas en question les structures hiérarchiques traditionnelles de l’Église, comme le fait plus tard le concile de Constance en 1417, et elle ne remet pas non plus en cause son système juridique. De même, elle ne remet pas en cause la possibilité pour le pape d’avoir et de gérer des biens temporels. Cependant, elle considère que l’Église est en crise du fait du manque d’intérêt pour la dimension spirituelle, car les membres de l’Église sont trop préoccupés par les considérations temporelles de pouvoir et de richesse. Catherine ne nie pas les considérations temporelles mais elle considère que celles-ci doivent toujours être secondes, la conversion et la vie des croyants avec Dieu étant sa principale mission. Elle appelle de ses vœux et à de nombreuses reprises à une rénovation.

Rôle de l’Église et ministère du Christ dans l’Église

Catherine de Sienne considère que l’Église est l’épouse du Christ, Pour elle, le pape, mais aussi tous les baptisés, sont responsables des biens du « Sang de l’Agneau ». L’Église est pour elle la gardienne, celle qui communique les dons de Dieu, c’est l’Église qui transmet la « vie » divine. Pour Catherine, les fruits de l’Église sont nécessairement bons dans la mesure où ils dépendent de la charité et du « Sang de l’Agneau », mais aussi du fait de son origine spirituelle : l’Église est « fondée dans l’amour, elle n’est qu’amour ».

Elle utilise la métaphore du jardin pour parler de l’Église, jardin où tout le monde a une place, et où chaque baptisé est une plante. Elle considère les prêtres comme des plantes qui doivent être odorantes, et ceux qui ne sont pas encore chrétiens comme de possibles plantes dans le jardin. Elle désire que l’Église puisse être le jardin où l’on puisse « voir le prochain, les chrétiens, les infidèles et toute créature raisonnable se nourrir ».

L’Église reste profondément unie pour Catherine de Sienne : chaque personne a non seulement sa place mais aussi son rôle. L’union de toutes les personnes de l’Église se fait par sa relation à Dieu, au « Sang de l’Agneau ». La raison de l’autorité de l’Église découle pour Catherine de Sienne de cette union à Dieu qui engendre une union entre tous les membres. L’Église est pour elle un lieu où chaque personne a une place, une responsabilité spécifique, qui amène à une relation d’interdépendance. C’est cette interdépendance qui conduit à avoir besoin les uns les autres, à l’ouverture à l’autre et au respect des différentes vocations. Cette ouverture conduit à faire naître la charité entre ses membres, charité qui n’est possible que par l’amour du prochain.

Problèmes dans l’Église

L’Église, avec les papes en exil à Avignon et les divisions qu’elle traverse, notamment sur le rôle temporel du pape et de ses biens, sont les éléments marquants pendant l’époque de Catherine de Sienne. Face à cette situation, Catherine appelle à la rénovation de l’Église. Elle analyse ces difficultés comme étant le fruit d’un manque de foi, de piété, et les conséquences du péché. Pour elle, les difficultés sont le fruit du péché et du manque de vertu de l’Église. Elle ne nie pas les prétentions temporelles des papes, mais elle considère que le service de Dieu doit être prioritaire sur toute autre considération.

Catherine de Sienne affirme aussi à de nombreuses reprises dans sa correspondance avec le pape, que les problèmes ne sont pas extérieurs à l’Église, mais qu’une grande source des problèmes vient de l’intérieur de l’Église. Elle considère que les problèmes de l’Église viennent de ses membres qui sont remplis d’amour-propre, d’impureté et d’excès d’orgueil. Dans sa correspondance, elle admet avoir elle aussi une part de responsabilité dans les problèmes de l’Église.

Ainsi le manque de foi, de vertu des prêtres ou des cardinaux est pour Catherine de Sienne l’une des principales difficultés de l’Église. Elle n’hésite pas à écrire au pape Urbain VI, lui recommandant de mener une guerre contre les péchés, et les siens aussi, plutôt que tout autre type de guerre.

Rénovation de l’Église

Catherine de Sienne juge la crise de l’Église comme étant une crise spirituelle. Elle y voit une opportunité pour l’Église de retrouver sa nature primitive. Elle appelle ainsi à cette Église primitive, comme elle l’écrit dans une lettre à Grégoire XI : « lorsque les ministres ne songeaient qu’à l’honneur de Dieu et le salut des âmes, s’appliquant aux choses spirituelles, et non pas aux choses temporelles ». Afin de parvenir à la rénovation du corps religieux, elle demande souvent au pape de nommer des pasteurs vertueux et appelle à la conversion des membres de l’Église. Elle recommande au pape Urbain VI de s’entourer d’un « Conseil des saints » composé de personnes vertueuses, affirmant « votre autorité s’étend à tout, mais votre vue est bornée comme celle de tout homme ». Dans sa correspondance, elle invite ses disciples à obéir et à lutter pour l’Église, en s’oubliant et en affrontant les « tribulations ». Afin d’y parvenir elle n’hésite pas à inviter à une lutte virile pour l’Église « Jetez loin de vous toute tendresse pour vous-même et toute crainte servile, car la douce Église n’a pas besoin de telles gens, mais de personnes cruelles à elles-mêmes et compatissantes pour elle ». Enfin, elle voit dans l’arrivée de nouveaux convertis (notamment les « infidèles ») une source de rénovation, ceux-ci étant à même de lutter par leurs futurs exemples contre le vice et le péché qui règnent dans l’Église

Pour les relations que doit avoir l’Église avec ceux qui s’opposent à elle, comme Florence puis les autres villes, Catherine recommande toujours la clémence et la douceur de la part du pape. Elle affirme à de nombreuses reprises que Florence, alors en conflit ouvert avec le pape, ne sera vaincue que par la paix. Catherine demande avant tout de la douceur, de la clémence et de la paix aux papes face aux villes rebelles contre son autorité. C’est ainsi qu’elle incite le pape à la douceur : « avec les armes de la douceur, de l’amour et de la paix, plutôt que la rigueur et la guerre ». Cette recherche de la clémence vient de sa conception de l’Église, composée de pécheurs, et le meilleur moyen de vaincre le péché est par le moyen de l’amour et de la prière et en s’offrant pour le salut des pécheurs.

 

Le « sang de l’agneau »

La dévotion au « sang du Christ » ou « sang de l’Agneau » est une dévotion qui existe déjà dans le christianisme à la naissance de Catherine de Sienne, notamment auprès d’autres mystiques chrétiens. Dans ses écrits, Catherine se réfère à de nombreuses reprises au sang du Christ et invite à « se plonger dans le précieux sang ».

Cette dévotion est une conception théologique développée par de nombreux théologiens qui voient dans le sang du Christ, versé sur la Croix, le fait que le Christ, par son sang, rachète le péché. La délivrance du péché n’est pas seulement un discours, mais peut se vérifier par le sang versé. Pour Catherine de Sienne, le sang devient une preuve du rachat des fautes par le Christ : « Nous n’avons pas été rachetés à prix d’or, ni même par l’amour seulement, mais par le sang. »

Le péché nécessite une réparation, pour Catherine de Sienne, parce que c’est une offense faite à Dieu. Or aucune réparation ne peut être à la hauteur de l’offense qui est faite à Dieu : « C’est à la lumière de la foi qu’il nous est donné de voir que le bien doit être rémunéré et la faute punie et que chaque petite faute mériterait une peine infinie parce qu’elle est faite contre le Bien infini ». Pour expier ces fautes, et donc accéder à la justice de Dieu, c’est le sang du Christ qui est versé à travers sa mort sur la croix.

Le sang du Christ représente donc pour Catherine de Sienne le salut pour les pécheurs. Ce salut est donné à chacun afin de le sauver du péché, et le sang versé représente donc la justice de Dieu et le salut donnés par amour par Dieu comme l’écrit Catherine de Sienne : « Avec l’amour et le zèle de la sainte justice, parce que le regard de son intelligence est fixé sur la sagesse du Fils de Dieu où elle voit abonder la justice au point que, pour ne pas laisser la faute impunie, il l’a expiée dans son humanité ». Le précieux sang représente donc pour Catherine de Sienne l’amour de Dieu qui meurt par amour et pour nous sauver : « Je suis le voleur et tu t’es pendu à ma place ».

Dans les écrits de Catherine de Sienne, le sang est donné par Dieu pour sauver l’humain du mal, et elle l’identifie à la grâce. De cette dévotion naît aussi la dévotion au cœur du Christ, source inépuisable du sang. Elle est, pour Catherine de Sienne, le signe de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes et qui permet d’accéder au paradis.

 

Raison et sensualité

Catherine de Sienne met en garde à de nombreuses reprises sur la division qui peut exister dans l’amour. Elle affirme qu’en l’homme il existe deux types d’amour, l’un qui est dirigé vers Dieu et l’autre, qui est égocentrique, l’amour propre. Elle considère ces deux types d’amour comme étant irréconciliables. Pour Catherine de Sienne, l’amour propre est le foyer de tous les vices et de tous les péchés et il conduit à la séparation de Dieu. Il est nécessaire pour Catherine de Sienne de se séparer de l’amour propre et de ses conséquences, c’est-à-dire la sensualité ou la recherche du plaisir ou de la reconnaissance, dans la mesure ou cet amour propre s’oppose à l’amour de Dieu : « Tant que le vase du cœur est plein d’amour propre spirituel ou temporel, il ne peut se remplir de l’amour divin ».

Catherine de Sienne invite donc ses disciples à une guerre contre la sensualité par le moyen de la raison : « Je veux que chacun de vous sépare en lui la sensualité et la raison, et qu’il en fasse des ennemis irréconciliables ». C’est par le moyen de la conscience que l’on peut parvenir à dominer la sensualité comme elle l’écrit dans une de ses lettres : « Voici la manière de s’y prendre. Sur le siège élevé de votre conscience vous vous asseyez pour vous juger vous-même. Ne laissez point passer la moindre pensée en dehors de Dieu sans la corriger avec une grande sévérité. L’homme doit faire de soi-même deux parts, qui sont la sensualité et la raison. Cette raison doit tirer du fourreau le glaive à deux tranchants : haine du vice et amour de la vertu. Armée de ce glaive, elle réduira la sensualité à merci. »

Elle invite à avoir une « sainte haine » contre la vie des sens et lutter contre la sensualité. Elle invite à toujours lutter contre la sensualité, afin de ne pas avoir deux amours inconciliables, entre l’amour de Dieu et l’amour propre. Ce combat n’est pas sans difficultés, et elle affirme à ce propos, que « les vertus s’acquièrent avec peine, en faisant violence à sa faiblesse », ou encore « c’est par la violence que nous acquerrons les vraies et solides vertus ». Cette recherche de la vertu est importante, mais elle doit tout le temps chercher à connaître la source de l’amour propre. Elle invite à toujours couper à la source la sensualité par la recherche de l’origine de son amour propre « Visite chaque jour le jardin de ton âme à la lumière de la foi pour en arracher les épines qui étoufferaient la bonne semence et pour remuer la terre, c’est-à-dire dépouiller ton cœur ». Elle met ainsi en garde contre la vertu qui ne serait pas réfléchie par la recherche de l’origine de la sensualité : « La pénitence ne fait que tailler, mais ainsi tu arraches la racine propre à donner une nouvelle pousse ».

Le combat qu’elle préconise conduit à vider son être de tout amour propre, et cette absence permet de remplacer l’amour propre par l’Amour de Dieu qui emplit la personne : « Dès qu’on vide des choses périssables, l’air la remplit, c’est-à-dire le céleste et doux amour divin avec lequel l’âme parvient à l’eau de la grâce ». La source du combat et de la haine de la sensualité n’est autre que l’amour de Dieu, qui très vite s’avère plus facile. Elle affirme ainsi : « La voie de la pénitence et de mes commandements apparaît tout d’abord rude et difficile, mais plus on y avance, plus elle devient douce et facile. La voie du vice, au contraire, semble dans le principe fort agréable ; mais plus on y marche, plus on y trouve d’amertumes et de ruines »

 

La doctrine du pont

Dans son ouvrage Le Dialogue, Catherine développe un traité de christologie (doctrine sur Jésus-Christ), à travers ce qui est appelé la « doctrine du pont ». Ce traité se veut une démonstration de la place centrale du Christ dans le rôle de médiateur entre l’homme et Dieu

Au cours d’une image qu’elle développe, Catherine décrit l’importance du Christ comme un pont qui permet de traverser un fleuve où tout le monde se noie. Ce fleuve empêche d’accéder à l’autre rive, celle qui est décrite alors comme le paradis, le lieu de l’union à Dieu. Le pont qui permet de traverser ce fleuve est le Christ, avec trois marches. Ces trois marches représentent les trois étapes de la vie chrétienne, mais aussi les principales plaies du Christ en croix : les pieds sont les premières marches du pont, mais ils représentent le désir de Dieu qui conduit l’âme à vouloir connaître et mieux aimer Dieu. La deuxième marche du pont est le cœur du Christ, lieu de l’union à Dieu et de la connaissance de soi et de Dieu. La dernière marche est la bouche du Christ, symbole de l’union à Dieu et de la paix intérieure. Le pont n’est accessible qu’à travers la connaissance de soi, la pratique des vertus, mais aussi la miséricorde de Dieu.

La pratique de la connaissance de soi et des vertus est le seul moyen de passer le pont. Ceux qui ne suivent pas cette voie sont alors emportés par les flots des divers désirs désordonnés comme l’avarice, la concupiscence charnelle, l’orgueil, l’injustice et le mensonge qui conduisent à l’enfer. Le libre arbitre a une place primordiale dans cette doctrine du pont. En effet, pour Catherine, l’homme étant libre et à l’image de Dieu, c’est par sa volonté et le désir de Dieu que l’homme peut le choisir ou non en succombant aux tentations : « Personne ne peut avoir peur d’aucune bataille, d’aucun assaut du démon, parce que j’ai fait de tous des forts. Je leur ai donné une volonté intrépide, en trempant dans le sang de mon Fils. Cette volonté, ni démon, ni aucune puissance créée ne peut l’ébranler. Elle est à vous, uniquement à vous, c’est Moi qui vous l’ai donnée avec le libre arbitre. C’est donc à vous qu’il appartient d’en disposer, par votre libre arbitre, et de la retenir ou de lui lâcher la bride suivant ce qu’il vous plait. La volonté voilà l’arme que vous livrez vous même aux mains du démon : elle est vraiment le couteau avec lequel il vous frappe, avec lequel il vous tue. Mais si l’homme ne livre pas au démon ce glaive de la volonté, je veux dire s’il ne consent pas aux tentations, à ses provocations, jamais aucune tentation ne pourra le blesser et le rendre coupable de péché : elle le fortifiera au contraire lui faisant comprendre que c’est par amour que je vous laisse tenter, pour vous faire aimer et pratiquer la vertu. » Cette pratique de la vertu, à travers les tentations, a pour objectif de mieux se connaître soi-même et de développer la connaissance de Dieu en soi. Elle conduit à développer la vertu mais aussi la vie d’oraison.

Traité de la Providence

Le problème de la providence en théologie, pose celui de la liberté de l’homme, dans la mesure où Dieu aurait par la providence une action sur l’homme. La théologie cherche alors à concevoir dans quelle mesure l’homme peut être libre, et Dieu intervenir dans la vie. Dans son ouvrage Le Dialogue, Catherine de Sienne fait une demande à Dieu, celle que la miséricorde soit faite à l’Église. La réponse à cette question conduit à développer toute une vision de la providence, au point que Le Dialogue est considéré comme un traité sur la Providence.

Au cours du développement de la question de la miséricorde, la liberté de l’homme est clairement réaffirmée « L’âme (…) par son libre arbitre peut faire le bien ou le mal selon qu’il plait à sa volonté ». Néanmoins, la finalité de l’homme est décrite comme l’union à Dieu. Dieu cherche donc à faire miséricorde à l’homme. Outre le désir de l’eucharistie qui est décrite comme l’un des moyens de rapprocher l’homme de Dieu, Catherine affirme que Dieu donne aux pécheurs progressivement les conditions appropriées de la connaissance de leurs erreurs par des moyens pratiques et théoriques.

Dieu agit avec la providence par le moyen de la charité qui unit les hommes les uns aux autres du fait de l’interdépendance de l’homme : « En cette vie mortelle, tant que vous êtes voyageurs, je vous ai liés du lien de la charité : le veuille ou non l’homme est lié. S’il se délie par un sentiment qui n’est pas la charité du prochain, il est lié par nécessité ».

Le deuxième moyen est celui de la conscience de l’homme, qui a progressivement du dégoût et des remords pour les actions liées à l’amour propre. Des changements de situations personnelles, produites par la providence selon les personnes, ont pour objectif de sortir l’homme de ses attaches, afin qu’il ne puisse plus réaliser ses erreurs « Et parfois (…), le cœur de l’homme concevant l’amour du péché mortel ou de la créature hors de ma volonté, je lui enlèverai le lieu et le temps et il ne pourra réaliser ses volontés, jusqu’à ce qu’avec la fatigue de la peine du cœur qui lui vient par sa faute, et ne pouvant réaliser ses volontés désordonnées, il revienne à lui-même avec la componction de cœur et le remords de la conscience et il rejette sa folie ».

Toujours selon Catherine, ces remords de conscience ont pour objectif de se connaître soi-même et donc de découvrir Dieu, donnant le désir de commencer un chemin de vertu. En découvrant Dieu en lui, cela conduit à développer le désir de s’unir avec Dieu, contribuant à approfondir la vie spirituelle.

 

Le don des larmes

Le don des larmes, ou doctrine des larmes, est un enseignement développé dans le livre du Dialogue de Catherine de Sienne (aux chapitres 88 à 97). Elle affirme avoir, à sa demande, eu un enseignement sur ce que la théologie appelle le « don des larmes ». C’est-à-dire la valeur spirituelle des larmes et leurs fruits respectifs. L’importance que Catherine de Sienne donne aux larmes dépasse la perspective théologique classique dans la mesure où le corps devient un instrument de communication privilégié avec Dieu.

Catherine de Sienne développe dans Le Dialogue cinq sources de larmes, qui n’ont pas la même valeur spirituelle. Ces larmes dont elle parle sont des larmes qui procèdent du cœur. Les larmes qui ont le plus de valeur pour elles sont celles qui sont dues à l’amour et à la vertu ; elles peuvent avoir une valeur « infinie ».

Les premières sont celles qui découlent de l’amour sensuel, de l’attachement aux choses matérielles et aux plaisirs. Elles n’ont pour Catherine pas de valeur spirituelle car elles proviennent de l’amour propre. Le deuxième type de larmes est celles qui sont le fruit de la peur du péché et de l’enfer. Même si elles sont décrites comme imparfaites, car très peu liées à l’amour, elles ont néanmoins une valeur spirituelle.

La troisième source des larmes vient des personnes qui pleurent tout en commençant à aimer « la douce vérité première de Dieu », mais qui continuent d’avoir de l’amour propre.

Le quatrième type de larmes, sont celles qui proviennent de la charité pour le prochain, ceux qui pleurent, en aimant Dieu sans égard pour eux, elles ont une grande valeur spirituelle, puisqu’elles n’ont pour source que l’amour et la compassion du prochain.

La cinquième source des larmes, appelées les « larmes de douceurs, fruit de l’union et de la connaissance de Dieu ». Ces pleurs sont le fruit de l’union à Dieu, dans la mesure où l’union entre l’âme et Dieu est telle qu’elle conduit à ne plus pouvoir se communiquer par les mots. Les larmes deviennent l’ultime langage, elle fait alors parler Dieu pour décrire la valeur du sentiment dont provient ces larmes : « Alors le sentiment qui suit l’intelligence s’unit avec un tel parfait et très ardent amour, et si quelqu’un me demandait qui est cette âme, je dirais : un autre moi, elle est faite pour une union d’amour. Quelle langue pourrait décrire l’excellence de cet ultime état unitif. »

 

Place dans l’ordre dominicain

Catherine de Sienne, bien qu’elle ne soit pas contemporaine du fondateur de l’ordre des Prêcheurs, est néanmoins l’une des principales figures dominicaines. Elle est devenue la figure féminine de l’ordre dominicain, comme Claire d’Assise l’est pour les franciscains. Elle est d’autant plus importante qu’elle est, avec Albert le Grand et Thomas d’Aquin, l’une des trois personnalités dominicaines à avoir été déclarée docteur de l’Église du fait de l’importance de ses écrits spirituels et théologiques.

Catherine de Sienne et Raymond de Capoue jouent un rôle important dans le processus de rénovation de l’ordre des prêcheurs. En effet dans la période troublée que vit l’Église Catholique au XIXè siècle, Catherine appelle à un retour aux sources de la vocation dominicaine. Elle prend souvent pour modèle saint Dominique, et dans son ouvrage majeur, Le Dialogue, elle cite à plusieurs reprises le charisme originel donné par Dominique, mettant en garde contre ceux qui désobéissent à la règle qu’il donna. Cette volonté de retourner aux sources de l’Ordre des Prêcheurs, faite avec Raymond de Capoue, qui devient maître de l’ordre des Prêcheurs, conduit à en faire une figure importante au sein des dominicains.

De plus la spiritualité et la vie de Catherine de Sienne correspondent sous de nombreux aspects à la spiritualité de saint Dominique : la place importante de la prédication et de la recherche du salut, mais aussi l’importance de la contemplation et de la transmission de la connaissance de Dieu, propres à la spiritualité dominicaine. Cette correspondance entre la vie et les écrits de Catherine de Sienne et le fondateur de l’ordre, Dominique de Guzmán, conduit ainsi à en faire l’une des principales figures féminines de l’ordre, notamment à travers des œuvres d’art, qui représentent Dominique de Guzmán avec Catherine de Sienne. Ces représentations sont anachroniques dans la mesure où Dominique de Guzman est mort en 1221, plus d’un siècle avant la naissance de Catherine de Sienne.

Postérité

 

Reconnaissance par l’Église catholique

Canonisation, docteur de l’Église, patronage

Le procès en canonisation de Catherine de Sienne commence dès 1411, mais est suspendu du fait du Grand Schisme d’Occident et ne reprend qu’après le Concile de Constance et l’élection du pape Martin V. C’est le pape Pie II qui déclare Catherine de Sienne sainte le 29 juin 1461, jour de la fête des apôtres Pierre et Paul, dans la Basilique vaticane. Sa fête se célèbre initialement le jour de sa mort, le 29 avril. En 1628, le pape Urbain VIII déplace la date au jour suivant afin de ne pas superposer sa fête avec celle de saint Pierre de Vérone. Par ailleurs, il reconnaît à Catherine de Sienne la véracité des stigmates.

La ville de Rome rend d’importants hommages à Catherine de Sienne par la restauration de l’église où elle est vénérée en présence du pape Pie IX en 1855.

Pie IX dans le décret du 13 avril 1866 déclare Catherine de Sienne co-patronne de Rome. Le 18 juin 1939, Pie XII déclare Catherine de Sienne sainte patronne principale d’Italie, au même niveau que saint François d’Assise.

Le 3 octobre 1970, Paul VI donne à Catherine de Sienne le titre de Docteur de l’Église elle devient ainsi la seconde femme à obtenir cette distinction dans l’Église (après Thérèse d’Avila et avant Thérèse de Lisieux). Le 1er octobre 1999, Jean-Paul II la déclare co-patronne de l’Europe avec Edith Stein et Brigitte de Suède.

Reconnaissance des stigmates

L’existence des stigmates de Catherine de Sienne est reconnue par l’Église catholique. Bien qu’il existe plusieurs personnes qui auraient reçu des stigmates, comme le capucin Pio de Pietrecilna  au xxe siècle dont le processus de reconnaissance a été ouvert lors de sa canonisation, l’Église catholique a toujours été particulièrement prudente, refusant généralement de les reconnaître officiellement. Au cours de l’histoire, seulement deux personnes ont bénéficié de la reconnaissance officielle des stigmates : François d’Assise et Catherine de Sienne.

Après son procès en canonisation en 1461, l’ordre dominicain cherche à faire reconnaître les stigmates de Catherine de Sienne ; ils reçoivent une opposition des Franciscains, dont le fondateur est alors le seul stigmatisé reconnu. Le pape Sixte IV, pape anciennement franciscain, interdit par une série de bulles entre 1472 et 1478, de représenter la stigmatisation de Catherine sur les murs des églises, et d’en parler aux fidèles. Ce n’est qu’en 1630 que le pape Urbain VIII reconnaît l’existence des stigmates, tout en précisant qu’ils n’étaient pas sanglants mais des stigmates lumineux, cela étant dû à la description que Catherine donne à Raymond de Capoue de sa stigmatisation : « Avant de m’atteindre, les rayons changèrent de couleur de sang en éclat resplendissant » Catherine de Sienne ayant, d’après Raymond de Capoue, prié pour que les stigmates ne se voient pas.

Cette reconnaissance tardive des stigmates est peut-être due aussi à la place des femmes dans la société. Les hommes ayant le contrôle intellectuel et spirituel de l’Église, ils admettent moins facilement la reconnaissance des révélations privées et le rôle public des femmes dans l’Église, même si Raymond de Capoue, supérieur de l’ordre des prêcheurs, reconnaît et valorise cette intervention publique. De plus, des critiques sur le rôle de Catherine de Sienne sont émises, lui attribuant du fait de ses mauvais conseils la responsabilité du Grand Schisme d’Occident par son manque de connaissance politique. La place de Catherine de Sienne et de ses écrits est au début critiquée, ce qui ne facilite pas la reconnaissance de sa stigmatisation.

Dévotion

Les dévotions autour de Catherine de Sienne se développent rapidement. Très vite, elle reçoit les honneurs réservés aux serviteurs de Dieu. Trois ans après sa mort, le 3 octobre 1383, son cercueil est transporté du cimetière du couvent à la basilique Santa Maria sopra Minerva de Rome par Raymond Delle Vigne. C’est en 1430 que l’archevêque de Florence, Antonino Pierozzi, décide de donner un tombeau à Catherine de Sienne. Il fait faire, par le sculpteur Isaia da Pisa, une châsse qui est le reliquaire actuel de Catherine de Sienne.

Raymond delle Vigne décide de séparer la tête du reste du corps et l’envoie à Sienne. Sa tête est translatée lors d’une cérémonie le 5 mai 1384 à l’église Saint-Dominique de Sienne, avec une grande fête, en présence de plus de 400 filles vêtues de blanc, ainsi que des dominicains, sa mère Lapa et de nombreuses personnes. Dans le même temps, un doigt de Catherine de Sienne est donné à Stefano Maconi, chartreux, relique qui est aujourd’hui exposée dans la basilique Santa Maria sopra Minerva. Un reliquaire avec une phalange du pouce de la sainte figure également dans la vitrine des reliquaires de la basilique San Domenico de Sienne, près de sa chapelle.

Une autre relique, celle de son pied gauche, est exposée dans la Basilique de San Zanipolo de Venise.

Des églises portent le nom de Catherine de Sienne. Les plus importantes en sont le sanctuaire Sainte-Catherine-de-Sienne et l’église Santa Caterina da Siena.

Sources de la biographie

Les principales sources biographiques de Catherine de Sienne sont assez précoces après sa mort. Bien que ces sources soient en grandes parties hagiographiques, dans la mesure où elles insistent principalement sur les évènements extraordinaires de sa vie en cherchant à les crédibiliser, elles ne sont cependant pas reniées comme sources historiques. Ces sources n’offrent pas une description historique rigoureuse selon les critères modernes de l’histoire, mais elles permettent quand même une analyse historique, dans la mesure où de nombreux évènements de la vie de Catherine sont vérifiables à travers d’autres sources.

La principale source provient de Raymond de Capoue, l’un des confidents de Catherine de Sienne, qui écrit sa biographie après sa mort, racontant de nombreuses anecdotes ou des faits dans le livre « Legenda maior ». Il s’appuie sur sa connaissance de Catherine de Sienne mais aussi sur les confidences qu’il a pu recevoir des proches amis de Catherine de Sienne tels Tommaso della Fonte son confesseur, sa mère Lapa, ou des proches de sa famille.

Les trois autres sources principales sur Catherine de Sienne sont celles écrites par Tommaso Caffarini, dominicain qui rencontre Catherine de Sienne et écrit « Legenda minore », abrégé de confidences de Catherine de Sienne. Il écrit sa biographie après sa mort, racontant de nombreuses anecdotes ou des faits déjà présent dans le livre « Legenda maior » complété par des témoignages recueillis par ses soins.

C’est aussi les écrits d’un anonyme, « Miracoli della beata Caterina » (« Miracle de la bienheureuse Catherine »), qui sont l’une des sources de sa biographie. La dernière source importante est le procès en canonisation de Catherine de Sienne, dit « procès de Venise », qui donne des indications sur sa vie.

Les autres sources importantes de la biographie de Catherine de Sienne sont les nombreuses lettres qu’elle écrit. Ces lettres permettent de connaître ses différents correspondants et le contenu de sa correspondance. Bien que recopiées à diverses reprises, elles sont cependant considérées par les recherches historiographiques de l’historien R. Fawtuer comme étant de « valeur authentique ».

Les écrits spirituels de Catherine de Sienne, les Oraisons, et le Dialogue, écrit ou recueillis par ses secrétaires ou ses proches sont les principales sources de sa pensée, permettant de connaître son évolution et sa pensée doctrinale.

 

Iconographie catherinienne

Catherine de Sienne est rapidement devenue un sujet des peintres pendant la Renaissance. La plus ancienne représentation connue de Catherine de Sienne est due au peintre Andrea Vanni, son contemporain et l’un de ses proches « caterinarti », en 1390. Cette représentation sur un mur de l’église Saint-Dominique à Sienne a été déplacée dans la Chapelle des voûtes, en 1667, où elle est encore présente

De nombreuses représentations se développent autour de Catherine de Sienne, représentant les différents faits marquants de sa vie, notamment le « mariage spirituel » ou « mariage mystique », les stigmates, ou encore sa présence auprès du pape. Les peintres représentent aussi Catherine tenant un lys dans ses mains, symbole de sa virginité, ou des écrits. En plus du lys et de l’habit religieux blanc à manteau bleu des dominicaines, elle est souvent représentée avec une couronne d’épines ou un crucifix, et parfois avec une discipline, un cœur à ses pieds, un crâne, un livre. Les peintres la représentent à côté de la Vierge, ou d’autres saints, notamment les représentations de Notre Dame du Rosaire qui la représentent avec saint Dominique. Le pape Pie IX la fait représenter dans la mosaïque de sa tombe, d’après un dessin de Lodovico Seitz, comme protectrice de la papauté, en train de tenir la tiare et la rapporter à Rome.

 Œuvres

Catherine de Sienne est entrée dans la postérité du fait de l’importance qu’ont prise ses écrits. Proclamée docteur de l’Église par le pape Paul VI, ce titre de l’Église catholique consacre l’importance de ses écrits, le titre de docteur de l’Église étant une reconnaissance de l’« autorité particulière de témoins de la doctrine, en raison de la sûreté de leur pensée, de la sainteté de leur vie, de l’importance de leur œuvre ».

Catherine de Sienne, ne sachant pas écrire, dictait ses écrits. On note cependant trois grands types d’écrits de Catherine de Sienne : sa correspondance tout au long de sa vie, que ce soit à ses disciples, à Raymond de Capoue ou aux papes, son ouvrage Le Dialogue, qui est un traité spirituel, et ses « Oraisons ».

Les « Oraisons » ou « prières » de Catherine de Sienne devaient être nombreuses, mais seulement 26 en ont été transmises. La première édition des oraisons a été publiée en 1500, dans une édition des lettres de Catherine de Sienne dans laquelle les Oraisons ont été publiées en appendice. En 1707, elles furent réimprimées, puis réimprimées de façon régulière à partir de 1886. Ces Oraisons ont été écrites entre 1376 et 1380, sans doute par des disciples de Catherine de Sienne : elles ne furent pas dictées par Catherine de Sienne, mais plutôt recueillies par ses disciples.

Le Dialogue, dicté par Catherine de Sienne à ses secrétaires, connaît une renommée grandissante à partir de la canonisation de Catherine de Sienne. La première édition de son ouvrage a lieu à Bologne en 1472, alors que l’imprimerie n’est présente en Italie que depuis 5 ans. Les rééditions à Venise sont particulièrement nombreuses : 1504, 1517, 1547, 1579, 1589. Une traduction en latin est publiée en 1601 à Cologne, puis rééditée de manière régulière jusqu’au xxe siècle. La proclamation de Catherine de Sienne comme docteur de l’Église en 1968 contribue à la réédition de ses œuvres, la dernière traduction en langue française étant faite en 1992 par Lucienne Portier.

Écrits

Sainte Catherine de Sienne, tertiaire dominicaine, fut partagée, sa vie durant, entre la soif de contempler le Christ en croix et le service de l’Église. Docteur de l’Église, elle est co-patronne de l’Europe.

Commentaire selon saint Matthieu (Mt 11, 25-30)

L’amour du cœur de Dieu

« Un jour je demandais au Seigneur : « Doux Agneau immaculé, vous étiez déjà mort sur la croix, quand votre côté fut percé par la lance ; pourquoi donc avez-vous décrété qu’il fût alors frappé et si cruellement blessé ? » Jésus répondit : « Pour plusieurs motifs dont voici le principal : Mon amour pour les hommes était sans mesure tandis que les souffrances et la torture que j’endurai étaient limitées ; et ainsi je ne pouvais pas leur manifester l’étendue de mon amour pour eux, puisque mon amour est sans limites. J’ai donc voulu que mon cœur soit ouvert ; par là, vous connaîtriez ses secrets intimes et qu’il vous aimait bien plus que ne peut le montrer une douleur fini. »
« J’ai manifesté tout cela par la plaie de mon côté ; là vous découvrez le secret de mon Cœur. Mon Cœur vous prouve mon Amour beaucoup plus qu’aucune souffrance limitée ne pourrait le faire. » »

— Ste Catherine de Sienne. Dialogue, Paris, Lethielleux, 1892, p. 120.

 

Bibliographie

 Œuvre de Catherine de Sienne

Œuvres complètes, préface de François Daguet o.p., Les Belles Lettres, 1664 p., 2019 

Le Livre des dialogues, suivi de lettres, préface et traduction de Louis-Paul Guigues, Éditions du Seuil, 2002 

Catherine de Sienne (trad. de l’italien par J. Hurtaud, o.p.), Le dialogue, Paris, Pierre Téqui éditeur, coll. « Livres d’Or des Ecrits Mystiques », 2000, 358 p. 

Catherine de Sienne, Lettres de sainte Catherine de Sienne, Pierre Téqui éditeur, coll. « Livres d’Or des Ecrits Mystiques », 1999, 360 p. 

Catherine de Sienne, Les Oraisons, Le Cerf, coll. « Sagesses chrétiennes », 3 juin 1992, 116 p.