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Dimanche 22 mai 2022 : 6èmedimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 22 mai 2022 : 6ème dimanche de Pâques

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 15,1-2.22-29

En ces jours-là,
1 des gens, venus de Judée à Antioche,
enseignaient les frères en disant :
« Si vous n’acceptez pas la circoncision
selon la coutume qui vient de Moïse,
vous ne pouvez pas être sauvés. »
2 Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion
engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là.
Alors on décida que Paul et Barnabé,
avec quelques autres frères,
monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens
pour discuter de cette question.
22 Les Apôtres et les Anciens
décidèrent avec toute l’Église
de choisir parmi eux
des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé.
C’étaient des hommes
qui avaient de l’autorité parmi les frères :
Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas.
23 Voici ce qu’ils écrivirent de leur main :
« Les Apôtres et les Anciens, vos frères,
aux frères issus des nations,
qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie,
salut !
24 Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris,
sont allés, sans aucun mandat de notre part,
tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi,
25 nous avons pris la décision, à l’unanimité,
de choisir des hommes que nous envoyons chez vous,
avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul,
26 eux qui ont fait don de leur vie
pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ.
27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas,
qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :
28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé
de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations
que celles-ci, qui s’imposent :
29 vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles,
du sang,
des viandes non saignées
et des unions illégitimes.
Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela.
Bon courage ! »

LE « CONCILE » DE JERUSALEM
Ce que j’appelle le « Concile de Jérusalem » est une réunion au sommet qui a été organisée pour résoudre une crise grave qui a empoisonné longtemps la vie des premières communautés chrétiennes.
Je m’explique : dès le début, à Antioche de Syrie, il y a eu des chrétiens d’origine juive et des chrétiens d’origine païenne ; mais peu à peu, entre eux, la cohabitation est devenue de plus en plus difficile : leurs modes de vie sont trop différents. Non seulement, les chrétiens d’origine juive sont circoncis et considèrent comme des païens ceux qui ne le sont pas ; mais plus grave encore, tout les oppose dans la vie quotidienne, à cause de toutes les pratiques juives auxquelles les chrétiens d’origine païenne n’ont aucune envie de s’astreindre : de nombreuses règles de purification, d’ablutions et surtout des règles très strictes concernant la nourriture.
Et voilà qu’un jour des Chrétiens d’origine juive sont venus tout exprès de Jérusalem pour envenimer la querelle en expliquant qu’on ne doit admettre au baptême chrétien que des Juifs ; concrètement, les païens sont priés de se faire Juifs d’abord, (circoncision comprise) avant de devenir Chrétiens.
Derrière cette querelle, il y a au moins trois enjeux : premièrement, faut-il viser l’uniformité ? Pour vivre l’unité, la communion, faut-il avoir les mêmes idées, les mêmes rites, les mêmes pratiques ?
Le deuxième enjeu est une question de fidélité : tous ces chrétiens, de toutes origines, souhaitent rester fidèles à Jésus-Christ, c’est évident !… Mais, concrètement, en quoi consiste la fidélité à Jésus-Christ ? Jésus-Christ lui-même était juif et circoncis : cela veut-il dire que pour devenir Chrétien il faut d’abord devenir Juif comme lui ?
Autre question de fidélité : Dieu a confié à Israël la mission d’être son témoin au milieu de l’humanité. Faut-il  donc faire partie d’Israël pour entrer dans la communauté chrétienne ? C’est ce que j’appelle la « logique de l’élection ». Conclusion : il faudrait être juif d’abord avant de devenir chrétien. Concrètement, cela veut dire qu’on accepterait de baptiser des païens, mais à condition qu’ils adhèrent d’abord à la religion juive et qu’ils se fassent circoncire.
Enfin, il y a un troisième enjeu, plus grave encore : le salut est-il donné par Dieu sans conditions, oui ou non ? Dire « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés », cela voudrait dire que Dieu lui-même ne peut pas sauver des non-Juifs… cela voudrait dire que c’est nous qui décidons à la place de Dieu qui peut ou ne peut pas être sauvé… Mais pourtant Jésus lui-même a bien dit « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ».

CELUI QUI CROIRA ET SERA BAPTISE SERA SAUVE
C’est cet argument qui emporte tout. Cela veut dire que la logique de l’élection est dépassée. On est entrés dans une nouvelle étape de l’histoire humaine : le prophète Joël avait bien dit « Quiconque invoquera le nom du SEIGNEUR sera sauvé » (Jl 3,5). « Quiconque », c’est-à-dire tout homme et pas seulement les juifs.
Concrètement, les Apôtres prennent une double décision : les Chrétiens d’origine juive ne doivent pas imposer la circoncision et les pratiques juives aux Chrétiens d’origine païenne ; mais de l’autre côté, les Chrétiens d’origine païenne, par respect pour leurs frères d’origine juive, s’abstiendront de ce qui pourrait troubler la vie commune, en particulier pour les repas.
Cela veut dire aussi que être fidèle à Jésus-Christ ne veut pas dire forcément reproduire un modèle figé. Pour le dire autrement, fidélité n’est pas répétition : quand on étudie l’histoire de l’Eglise, on est émerveillé justement de la faculté d’adaptation qu’elle a su déployer pour rester fidèle à son Seigneur à travers les fluctuations de l’histoire !
Il est très intéressant de remarquer qu’on n’impose à la communauté chrétienne que les règles qui permettent de maintenir la communion fraternelle. C’est certainement la meilleure manière d’être vraiment fidèle à Jésus-Christ : lui qui a dit « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).
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Compléments
Ces questions autour de la circoncision et des pratiques de la loi juive peuvent paraître d’un autre âge : sommes-nous vraiment concernés ?
Oui, car la question de fond autour de la grâce est toujours d’actualité ; nous avons toujours besoin de nous réentendre dire que la grâce est gratuite : c’est le sens même de ce mot ! Cela veut dire que Dieu ne fait jamais de comptes avec nous !

PSAUME – 66 (67) 2-3,5, 7-8

2 Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
3 et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

5 Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

7 La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
8 Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

LES VŒUX DE BONHEUR DE DIEU
Avant de lire le psaume de ce dimanche, il faut en imaginer le cadre. Nous assistons à une grande célébration au Temple de Jérusalem : à la fin de la cérémonie, les prêtres bénissent l’assemblée de manière très solennelle. Et les fidèles répondent : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! »
C’est pour cela que ce psaume se présente comme une alternance entre les phrases des prêtres et les réponses de l’Assemblée qui ressemblent à des refrains. Les phrases des prêtres elles-mêmes s’adressent tantôt à l’assemblée, tantôt à Dieu : cela nous désoriente toujours un peu, mais c’est très habituel dans la Bible.
La première phrase de bénédiction des prêtres (« Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s’illumine pour nous ») reprend exactement un texte très célèbre du livre des Nombres : « Le SEIGNEUR parla à Moïse. Il dit : « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël : “Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde ! Que le SEIGNEUR fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le SEIGNEUR tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. » (Nb 6,24-26). C’est la première lecture du 1er janvier de chaque année. Pour un 1er janvier, jour des vœux, c’est le texte idéal ! On ne peut pas formuler de plus beaux vœux  de bonheur.
Et au fond, une bénédiction, c’est cela, des vœux  de bonheur ! (C’est d’ailleurs ce choix d’une formule de bénédiction pour la lecture du 1er janvier qui nous permet de comprendre le sens du mot « bénédiction »).
J’ai dit « vœux  de bonheur » ; et effectivement, les bénédictions sont toujours des formules au subjonctif : « que Dieu vous bénisse, que Dieu vous garde … » ; cela me rappelle toujours une petite histoire : une jeune femme que je connais était malade, à l’hôpital ; le dimanche, quand un prêtre ami est venu lui apporter la communion, il a accompli le rite comme il est prévu et, donc, à la fin il lui a dit : « que Dieu vous bénisse » et elle, sans réfléchir et sans se contenir (mais, à l’hôpital, on a des excuses !) a répondu en riant : « mais qu’est-ce que vous voulez qu’il fasse d’autre ! » Bienheureuse spontanéité : notre petite dame a fait ce jour-là une grande découverte : c’est vrai : Dieu ne sait que nous bénir, que nous aimer, que nous combler à chaque instant. Et quand le prêtre (que ce soit au temple de Jérusalem ou à l’hôpital, ou dans nos églises), quand le prêtre dit « que Dieu vous bénisse », cela ne veut évidemment pas dire que Dieu pourrait ne pas nous bénir ! Le souhait est de notre côté si j’ose dire : c’est-à-dire ce qui est souhaité c’est que nous entrions dans cette bénédiction de Dieu qui, elle, est sans cesse offerte.

LE NOM DE DIEU A ETE PRONONCE SUR NOUS
Ou bien, quand le prêtre dit « Le Seigneur soit avec vous », c’est la même chose : le Seigneur EST toujours avec nous… mais ce subjonctif « SOIT » dit notre liberté : c’est nous qui ne sommes pas toujours avec lui. De la même manière, quand le prêtre dit « Que Dieu vous pardonne », nous savons bien que Dieu nous pardonne sans cesse : à nous d’accueillir le pardon, d’entrer dans la réconciliation qu’il nous propose.
Du côté de Dieu, si l’on peut dire, les vœux  de bonheur à notre égard sont permanents. Vous connaissez la phrase de Jérémie : « Moi, je connais les pensées que je forme à votre sujet, oracle du SEIGNEUR, pensées de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29,11). Puisque Dieu est Amour, toutes les pensées qu’il a sur nous ne sont que des vœux  de bonheur.
Autre piste pour comprendre ce qu’est une bénédiction au sens biblique : je reviens au texte du livre des Nombres que je lisais tout à l’heure et qui ressemble si fort à notre psaume d’aujourd’hui : « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde… » ; la première phrase du même texte disait : « Le SEIGNEUR parla à Moïse. Il dit : « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : ‘Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël’ » et la dernière phrase : « Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »
Quand les prêtres bénissent Israël de la part de Dieu, la Bible dit : « ils prononcent le NOM de Dieu sur les fils d’Israël » et même pour être plus fidèle encore, au texte biblique, il faudrait dire « ils METTENT le NOM de Dieu sur les fils d’Israël ».
Cette expression « Mettre le NOM de Dieu sur les fils d’Israël » est aussi pour nous une définition du mot « bénédiction ». On sait bien que, dans la Bible, le nom, c’est la personne. Donc, être « mis sous le nom de Dieu », c’est être placé sous sa présence, sous sa protection, entrer dans sa présence, sa lumière, son amour. Encore une fois, tout cela nous est offert à chaque instant. Mais encore faut-il que nous y consentions. C’est pour cela que toute formule de bénédiction prévoit toujours la réponse des fidèles. Quand le prêtre nous bénit à la fin de la Messe, par exemple, nous répondons « Amen » : c’est notre accord, notre consentement.
Dans ce psaume d’aujourd’hui, la réponse des fidèles, c’est le refrain « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! » Je vois là une superbe leçon d’universalisme ! Aussitôt qu’il entre dans la bénédiction de Dieu, le peuple élu répercute en quelque sorte sur toute l’humanité la bénédiction qu’il accueille pour lui-même. Et le dernier verset est une synthèse de ces deux aspects : « Que Dieu nous bénisse (sous-entendu, nous son peuple choisi) ET que la terre tout entière l’adore ».
C’est dire que le peuple d’Israël n’oublie pas sa vocation, sa mission au service de l’humanité tout entière. Il sait que de sa fidélité à la bénédiction reçue gratuitement, par choix de Dieu, dépend la découverte de l’amour et de la bénédiction de Dieu par l’humanité tout entière.

DEUXIEME LECTURE – Apocalypse de Saint Jean 21, 10-14. 22-23

Moi, Jean, j’ai vu un ange.
10 En esprit, il m’emporta
sur une grande et haute montagne ;
il me montra la Ville sainte, Jérusalem,
qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu :
11 elle avait en elle la gloire de Dieu ;
son éclat était celui d’une pierre très précieuse,
comme le jaspe cristallin.
12 Elle avait une grande et haute muraille,
avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ;
des noms y étaient inscrits :
ceux des douze tribus des fils d’Israël.
13 Il y avait trois portes à l’orient,
trois au nord,
trois au midi,
et trois à l’occident.
14 La muraille de la ville reposait sur douze fondations
portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau.
22 Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire,
car son sanctuaire,
c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers,
et l’Agneau.
23 La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer,
car la gloire de Dieu l’illumine :
son luminaire, c’est l’Agneau.

LA JERUSALEM QUI DESCENDRA DU CIEL
Dimanche dernier, dans le texte qui nous était proposé, Jean disait qu’il avait vu de loin la Jérusalem nouvelle qui descendait du ciel ; il ne la décrivait pas ; il disait seulement : « La Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari ».
Cette fois, au contraire, Jean la décrit longuement : il est fasciné par la lumière qui s’en dégage. Une lumière telle qu’elle éclipse le rayonnement de la lune et même du soleil. La ville est tellement resplendissante qu’elle ressemble à un bijou très brillant, une pierre précieuse qui chatoie à la lumière.
La raison de cette luminosité tout à fait extraordinaire, Jean nous la donne tout de suite : par deux fois il répète : « elle avait en elle la gloire de Dieu », « la gloire de Dieu l’illumine ». Et ces deux affirmations sont l’une au début, l’autre à la fin de la description : ce qui veut dire que c’est l’élément le plus important. Nous avons déjà rencontré souvent ce procédé littéraire qu’on appelle une « inclusion » et qui vise à mettre l’accent sur les phrases « incluses » justement entre la première et la dernière : ici donc, ce qui frappe Jean, c’est la gloire de Dieu illuminant la cité sainte qui descend d’auprès de Lui.
Jean est très bien placé pour sa contemplation car un ange l’a transporté sur une grande et haute montagne ; il tient Saint Jean par la main et il lui montre la ville de loin. Dans sa main gauche, l’ange tient une baguette d’or : tout à l’heure, elle lui servira à mesurer les dimensions de la ville. Mais commençons par la regarder. Elle est carrée : comme le chiffre quatre, le carré est symbolique de ce qui est humain : il s’agit bien d’une ville construite de main d’homme. Et c’est cette ville, bien humaine, qui est illuminée de la gloire de Dieu, du rayonnement de la présence de Dieu. Nous avons vu l’autre jour que, dans l’Apocalypse, le chiffre trois évoque Dieu ; on n’est donc pas surpris que la description de la ville utilise abondamment un multiple de trois et quatre : douze ! Manière superbe de dire que l’action de Dieu se déploie dans cette œuvre  humaine.
A l’époque de Saint Jean on ne concevait pas de ville sans rempart : celle-ci en a : et ce n’est peut-être pas un hasard si la muraille de la ville est grande et haute comme la montagne : classiquement, dans la Bible, la montagne est le lieu de la rencontre avec Dieu.
Dans les remparts, douze portes sont creusées, douze portes qui ne se ferment jamais, si on en croit la suite du texte : car toute l’humanité doit pouvoir y entrer ; personne ne doit se heurter à porte close ! Douze portes distribuées équitablement sur les quatre côtés du carré : trois portes à l’Est, trois au Nord, trois au Sud, trois à l’Ouest.
Les douze portes sont gardées par douze anges : et sur chacune des portes un nom est inscrit : celui d’une des douze tribus d’Israël. Le peuple d’Israël a bien été choisi par Dieu pour être la porte par laquelle toute l’humanité entrera dans la Jérusalem définitive.
La muraille repose sur des fondations : sur ces fondations les noms des douze apôtres de l’Agneau : comme en architecture, il y a continuité entre les fondations et les murs, il y a ici continuité entre les douze tribus d’Israël et les douze apôtres. Manière de dire que l’Eglise fondée par Jésus-Christ accomplit bien le dessein de Dieu qui se déploie tout au long de l’histoire biblique.

LA NOUVELLE CREATION
Quand il pénètre dans la ville magnifique, Jean est tout surpris : le premier monument qu’il y cherche, c’est le Temple : car la présence du Temple dans la ville sainte était le rappel vivant que Dieu ne quittait pas son peuple. Or ici Saint Jean nous dit « dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire… » mais il n’est pas déçu : au contraire ; cela veut dire que désormais il n’y a plus besoin de signe ou de rappel de la présence de Dieu, car Dieu lui-même est présent, visible au milieu de son peuple ; je reprends le texte :
« Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu Souverain de l’univers, et l’Agneau. » Et Jean continue : « La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau. »
Quand on sait l’importance attachée par le livre de la Genèse, à la création de la lumière dès le premier jour : « Dieu dit que la lumière soit et la lumière fut », l’affirmation de l’Apocalypse prend toute sa force : l’ancienne Création a disparu : plus de soleil, plus de lune… Nous sommes dans la nouvelle Création. Désormais la présence de Dieu rayonne sur le monde par le Christ.
Et pourtant Jérusalem a bien gardé son nom : c’est donc bien de la ville construite de main d’homme qu’il s’agit. Manière de dire que nos efforts pour collaborer au projet de Dieu sont utiles. Ils feront partie de la nouvelle Création ; notre œuvre  humaine ne sera pas détruite mais transformée par Dieu.
Les premiers destinataires de l’Apocalypse, en butte au mépris et pour certains à la persécution romaine à la fin du premier siècle de notre ère, avaient bien besoin d’entendre ces paroles de victoire. Vingt siècles plus tard, en France tout au moins, nous ne craignons plus les mêmes persécutions, mais nous avons bien besoin de raviver notre espérance : et, en particulier, il nous est bon de nous entendre dire que la Jérusalem céleste commence avec nos humbles efforts d’aujourd’hui.

EVANGILE – selon Saint Jean 14,23-29

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
23 « Si quelqu’un m’aime,
il gardera ma parole ;
mon Père l’aimera,
nous viendrons vers lui
et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
24 Celui qui ne m’aime pas
ne garde pas mes paroles.
Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi :
elle est du Père, qui m’a envoyé.
25 Je vous parle ainsi,
tant que je demeure avec vous ;
26 mais le Défenseur,
l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom,
lui, vous enseignera tout,
et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
27 Je vous laisse la paix,
je vous donne ma paix ;
ce n’est pas à la manière du monde
que je vous la donne.
Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé.
28 Vous avez entendu ce que je vous ai dit :
Je m’en vais,
et je reviens vers vous.
Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie
puisque je pars vers le Père,
car le Père est plus grand que moi.
29 Je vous ai dit ces choses maintenant,
avant qu’elles n’arrivent ;
ainsi, lorsqu’elles arriveront,
vous croirez. »

LA PAQUE DE JESUS
Nous sommes dans les toutes dernières heures de la vie de Jésus, juste avant la Passion : l’heure est grave… on devine l’angoisse des derniers moments ; on la lit à travers les lignes, puisque, à plusieurs reprises, Jésus dit à ses disciples des paroles d’apaisement : « Que votre cœur  ne soit pas bouleversé ni effrayé » ; au début de ce chapitre, déjà, il avait dit « que votre coeur ne soit pas bouleversé » (v.1). Ce long discours de Jésus a été interrompu par plusieurs questions des apôtres : des questions qui disaient leur angoisse, leur incompréhension.
Mais, curieusement, lui, au contraire, reste très serein : ici, comme tout au long de la Passion, Jean nous décrit Jésus comme souverainement libre ; c’est lui qui rassure ses disciples et non l’inverse ! Il annonce lui-même ce qui va se passer : « Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez ». Non seulement il sait ce qui va se passer mais il l’accepte ; il ne fait rien pour se dérober. Il leur annonce son départ mais il le présente comme la condition et le début d’une nouvelle présence : « Je m’en vais et je reviens vers vous ».
Ce « départ » sera interprété plus tard, après la Résurrection, comme la Pâque de Jésus ; le même Jean dit au chapitre 13 : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de PASSER de ce monde au son Père »… Jean utilise volontairement ce mot (passer), car on sait que Pâque veut dire « passage » : par là, Jean veut faire le rapprochement entre la Passion de Jésus et la libération d’Egypte qu’on revivait à chaque fête juive de la Pâque. Et donc, puisqu’il s’agit de libération, ce départ ne devrait pas plonger les apôtres dans la tristesse : « Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père ». Phrase stupéfiante pour les disciples : eux ils voient leur maître, celui qu’ils suivent depuis plusieurs mois, devenu un homme traqué par les autorités religieuses : c’est-à-dire les responsables, ceux à qui on fait confiance pour ce qui concerne les choses de Dieu, ce qui est bien le tout de la vie quand on est juif.
Ce sont ces autorités qui, au nom de Dieu justement, sont les pires opposants à Jésus. Et ils ont de bonnes raisons, il faut le dire : depuis des siècles, la grande découverte du peuple élu, et par révélation de Dieu lui-même, c’est que Dieu est unique ! « Ecoute Israël ! Le SEIGNEUR ton Dieu est le Dieu UN ». Et tous les prophètes ont lutté pour maintenir cette foi contre vents et marées. Et ce Dieu unique, il est à la fois le Dieu proche de l’homme ET le Dieu Tout-Autre, le Saint. Jésus, lui, prêche bien un Dieu proche de l’homme, et spécialement des plus petits… Mais il se prétend Dieu lui-même : aux yeux des Juifs, c’est un blasphème caractérisé, c’est faire offense au Dieu unique, au Dieu Tout-Autre. Dans notre texte de ce dimanche, Jésus insiste sur le lien qui l’unit à son Père : nommé cinq fois dans ces lignes ! Et il va jusqu’à parler au pluriel : « Si quelqu’un m’aime… NOUS viendrons vers lui, et, chez lui, NOUS NOUS ferons une demeure ».

QUI M’A VU A VU LE PERE
Et ce n’est pas la première fois qu’il a ce genre de propos : un peu avant, à Philippe qui lui demandait « Montre-nous le Père » il a tranquillement répondu : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9). Ici, il dit encore : « La parole que vous entendez n’est pas de moi, elle est du Père qui m’a envoyé ». Autrement dit, il est l’Envoyé du Père, il est la parole du Père. Et, désormais, c’est l’Esprit Saint qui fera comprendre cette parole et qui la gardera dans la mémoire des disciples. La clé de ce texte est peut-être dans le mot « parole » : le mot revient ici plusieurs fois et si on se rapporte à ce qui précède, il n’y a pas de doute possible ; cette parole qu’il faut absolument garder, c’est le « commandement d’amour » : « aimez-vous les uns les autres », ce qui revient à dire « mettez-vous au service les uns des autres » ; et pour bien se faire comprendre, Jésus a lui-même donné un exemple très concret en lavant les pieds de ses disciples.
Etre fidèle à sa parole, c’est donc tout simplement se mettre au service des autres. Et, finalement, le texte d’aujourd’hui : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » peut donc se traduire : Si quelqu’un m’aime, il se mettra au service de ses frères… Celui qui ne m’aime pas ne se mettra pas au service des autres… Inversement, donc, si je comprends bien, celui qui ne se met pas au service des autres n’est pas fidèle à la parole du Christ !
Et, du coup, nous comprenons mieux le rôle de l’Esprit Saint : c’est lui qui nous enseigne à aimer, il nous fait souvenir du commandement d’amour. Mais pourquoi Jésus l’appelle-t-il le Défenseur ? Nous savons bien que nous n’avons pas besoin de défenseur contre Dieu !
L’Esprit Saint est notre « Défenseur », parce que, réellement, il nous protège, mais contre nous-mêmes… Car notre plus grand malheur est d’oublier que l’essentiel consiste à nous aimer les uns les autres, à nous mettre au service les uns des autres.
Très concrètement, nous avons vu le Défenseur à l’œuvre dans la première communauté au moment de ce que l’on appelé le premier concile de Jérusalem (qui était l’objet de notre première lecture) : vous vous souvenez des difficultés de cohabitation entre les Chrétiens d’origine juive et les Chrétiens d’origine païenne. Evidemment l’Esprit d’amour a soufflé aux disciples du Christ la volonté de maintenir à tout prix l’unité.

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Derniers ouvrages du cardinal Robert Sarah

Derniers ouvrages du cardinal Robert Sarah

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Biographie de l’auteur

Robert Sarah, né le 15 juin 1945 à Ourouss, en Guinée, fut le plus jeune évêque du monde, consacré le 8 décembre 1979. Il a été créé cardinal par le Pape Benoît XVI. Il est préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements de novembre 2014 à février 2021. Il est actuellement membre de la Congrégation pour la cause des saints, de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, ainsi que de la Congrégation pour les Églises orientales.

Pour l’éternité 

Cardinal Robert Sarah

Paris, Fayard, 2021. 300 pages.

Pour-l-eternite

Résumé

«  Il nous faut regarder la vérité en face : le sacerdoce semble vaciller. Certains prêtres ressemblent à des matelots dont le navire serait violemment secoué par l’ouragan. Ils tournoient et titubent. Comment ne pas s’interroger à la lecture de certains récits d’abus sur des enfants ? Comment ne pas douter ? Le sacerdoce, son statut, sa mission, son autorité ont été mis au service du pire. Le sacerdoce a été instrumentalisé pour cacher, voiler et même justifier la profanation de l’innocence des enfants. L’autorité épiscopale a parfois été utilisée pour pervertir et même briser la générosité de ceux qui voulaient se consacrer à Dieu. La recherche de la gloire mondaine, du pouvoir, des honneurs, des plaisirs terrestres et de l’argent s’est infiltrée dans le cœur de prêtres, d’évêques et de cardinaux. Comment pouvons-nous supporter de tels faits sans trembler, sans pleurer, sans nous remettre en cause  ?
  Nous ne pouvons pas faire comme si tout cela n’était rien. Comme si tout cela n’était qu’un accident de parcours. Il nous faut regarder le mal en face. Pourquoi tant de corruption, de dévoiement et de perversion ? Il est légitime que l’on nous demande des comptes.
  Il est légitime que le monde nous dise : “Vous êtes comme les pharisiens, vous dites et ne faites pas” (cf. Mt 23, 3). Le peuple de Dieu regarde ses prêtres avec suspicion. Les incroyants les méprisent et s’en méfient.  »
 
  À partir de la méditation des textes d’Augustin, de Jean Chrysostome, de Grégoire le Grand, de Bernard de Clairvaux, de Catherine de Sienne, de John Henry Newman, de Pie XII, de Georges Bernanos, de Jean-Marie Lustiger, de Jean-Paul II, de Benoît XVI et du Pape François, le cardinal Sarah souhaite apporter des réponses concrètes à la crise sans précédent que traverse l’Église catholique.

Appréciation

Face à une société occidentale de plus en plus sécularisée qui a perdu le sens de la transcendance, face aux différents  scandales qui ont secoué l’l’institution et à la remise en cause du sacerdoce par certains groupes de pression qui structurent l’Eglise catholique l’auteur livre une réflexion, ou plutôt une médiation sur le caractère du prêtre. Monseigneur Robert SARAH, pour sa part, reconnaît le caractère odieux de certains actes commis par des représentants du Clergé : abus sexuels, recherche de la gloire mondaine, du pouvoir, des honneurs, des plaisirs terrestres et de l’argent s’est infiltrée dans le cœur de prêtres, d’évêques et de cardinaux.

A travers le présent ouvrage, il nous invite à participer à ses méditations sur la base de textes d’Augustin, de Jean Chrysostome, de Grégoire le Grand, de Bernard de Clairvaux, de Catherine de Sienne, de John Henry Newman, de Pie XII, de Georges Bernanos, de Jean-Marie Lustiger, de Jean-Paul II, de Benoît XVI et du Pape François. Il accompagne le lecteur en ce sens à travers le partage de son analyse et des solutions qui pourraient être apportées à une situation qui n’entache que l’Eglise visible. L’Eglise invisible conservant sa pureté originelle et souffrant des crimes commis par des hommes sensés La représenter, sensés représenter le Christ, sensé être le Christ au-delà de la chair et du temps.

Catéchisme de la vie spirituelle 

Cardinal Robert Sarah

Paris, Fayard, 2022. 336 pages.

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«  Il m’a semblé que l’éclipse de Dieu dans nos sociétés post-modernes, la crise des valeurs humaines et morales fondamentales et ses répercussions jusque dans l’Église, où l’on constate la confusion au sujet de la vérité divinement révélée, la perte du sens authentique de la liturgie et l’obscurcissement de l’identité sacerdotale, demandaient avec force qu’un véritable catéchisme de la vie spirituelle soit proposé à tous les fidèles. Qu’on ne se méprenne pas cependant sur ce titre. Je n’ai pas cherché à écrire un résumé de toute la foi chrétienne. Nous disposons du Catéchisme de l’Église Catholique et de son Compendium qui demeurent des instruments irremplaçables pour l’enseignement et l’étude de l’intégralité de la doctrine révélée par le Christ et prêchée par l’Église. Ce livre est un catéchisme de la vie intérieure. Il veut indiquer les principaux moyens d’entrer dans la vie spirituelle, dans un but pratique et non académique. Au temps des Pères de l’Église, on accompagnait les catéchumènes pendant tout le Carême par de grandes catéchèses pour leur permettre de saisir combien le baptême qu’ils allaient recevoir devait changer leur vie. Ce catéchisme, organisé autour des sacrements, de la prière, de l’ascèse, de la liturgie, vise le même but : faire prendre à chacun conscience que son baptême est le début d’une grande conversion, d’un grand retour vers le Père.  »
 
Pour rendre à Dieu sa place dans nos vies et celle de l’Église, le cardinal Robert Sarah ne propose pas d’autre chemin que celui de l’Évangile  : les sept sacrements par lesquels le Christ nous touche aujourd’hui forment la trame de cet itinéraire spirituel auquel le cardinal nous invite, dans un langage marqué par l’authenticité et la force missionnaire.

ACTES DES APÔTRES, ACTES DES APOTRES, ANCIEN TESTAMENT, APOCALYPSE DE SAINT JEAN, DIMANCHE DE PÂQUES, EVANGILE SELON SAINT JEAN, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 144

Dimanche 15 mai 2022 : 5ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 15 mai : 5ème dimanche de Pâques

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 14, 21b-27

En ces jours-là, Paul et Barnabé,
21 retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ;
22 ils affermissaient le courage des disciples ;
ils les exhortaient à persévérer dans la foi,
en disant :
« Il nous faut passer par bien des épreuves
pour entrer dans le royaume de Dieu. »
23 Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Eglises
et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur
ces hommes qui avaient mis leur foi en lui.
24 Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie.
25 Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé,
ils descendirent vers Attalia,
26 et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie,
d’où ils étaient partis ;
c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu
pour l’œuvre  qu’ils avaient accomplie.
27 Une fois arrivés, ayant réuni l’Eglise,
ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux,
et comment il avait ouvert aux nations païennes la porte de la foi.

Ceci se passe au cours du premier voyage missionnaire de Saint Paul, sur le trajet du retour. Je vous rappelle le début de cette première mission : d’Antioche de Syrie, Paul et Barnabé étaient partis par bateau vers la côte sud de ce que nous appelons aujourd’hui la Turquie en passant par Chypre. Puis ils avaient fait étape à Antioche de Pisidie, Iconium (Konya aujourd’hui), Lystres et Derbé. Partout, nous l’avons vu dimanche dernier, les choses se passent de la même façon : Paul et Barnabé s’adressent d’abord aux Juifs, et reçoivent un accueil plutôt « contrasté » : à la fois enthousiasme de la part de certains qui se convertissent, et refus violent de la part d’autres qui se situeront résolument en opposition et qui finiront par les chasser. Et c’est à Antioche de Pisidie qu’ils ont décidé d’adresser la parole non seulement aux Juifs mais également à ceux que l’on appelait des « craignant Dieu », c’est-à-dire des pratiquants de la religion juive mais non encore intégrés par la circoncision, donc encore en rigueur de termes, des païens. C’est pour cette raison que Paul dit que « Dieu a ouvert aux nations païennes la porte de la foi ».
Aujourd’hui, nous les retrouvons sur le chemin du retour : ils refont le même périple en sens inverse et revisitent les communautés qu’ils ont récemment fondées : elles aussi certainement sont affrontées déjà à des persécutions puisque Luc précise : « Paul et Barnabé les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». Jésus, déjà, avait employé à son propre sujet des expressions analogues : par exemple « il faut que le Fils de l’Homme souffre beaucoup et qu’il soit rejeté par cette génération » (Luc 17, 25)… ou encore en s’adressant aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24, 26). Ce « il faut » ne dit pas, bien sûr, une exigence qui viendrait de Dieu : Dieu ne nous impose pas des épreuves ou des souffrances préalables ; cette formule « il faut » dit une nécessité malheureusement due à la dureté de cœur des hommes, c’est-à-dire concrètement l’inévitable opposition à laquelle se heurtent les véritables prophètes tant que le monde n’est pas converti à l’amour, à la justice, au partage.
Paul et Barnabé se préoccupent donc d’affermir la foi et le courage des nouveaux convertis ; ils doivent également veiller à la bonne organisation des communautés ; et là on peut remarquer deux choses : tout d’abord, ils désignent des responsables, ceux qu’ils appellent les « Anciens » ; c’est le mot grec « presbuteros » (d’où vient notre mot français « prêtre »).
Deuxième remarque : Luc dit bien « Ils désignèrent des Anciens… puis après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en Lui ». Il s’agit ici précisément de ces Anciens qu’ils viennent de désigner à la tête des communautés. Luc insiste ici sur la place de la prière et du jeûne : l’équilibre est bien gardé ; on veille à l’organisation mais on ne se fie pas qu’à elle : prière, et jeûne sont aussi importants ! Tout à fait dans la même veine, un Evêque d’Amérique Latine, au congrès Eucharistique de Lourdes, en 1981, disait : « Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus » ; petite phrase peut-être pas superflue pour nous qui sommes si préoccupés d’organisation… ?
Luc nous dit encore que tout ceci se passe dans la confiance : « ils confièrent ces hommes au Seigneur » ; ils leur ont donné des responsabilités : maintenant, à eux de « jouer », le Seigneur les accompagne. Les apôtres en sont bien convaincus ; ils l’expérimentent déjà pour eux-mêmes : la mission qu’ils assument n’est pas leur œuvre  à eux tout seuls ; il suffit de reprendre le texte : « Ils prirent le bateau jusqu’à Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils venaient maintenant d’accomplir ». Ils ont été remis à la grâce de Dieu, et à leur tour ils viennent de remettre à la grâce de Dieu les responsables qu’ils ont désignés pour les jeunes communautés.
Luc continue : « A leur arrivée, ils racontaient aux membres de la communauté d’Antioche de Syrie tout ce que Dieu avait fait avec eux. » Le rapprochement est intéressant : Luc parle ET de « l’œuvre  que les Apôtres viennent d’accomplir » ET de « ce que Dieu avait fait avec eux » ; on ne peut pas dire plus clairement que la mission que Dieu confie aux croyants est une œuvre  commune : œuvre  de Dieu confiée à l’homme, œuvre  de l’homme soutenu, accompagné, sans cesse inspiré par Dieu. Si nous nous souvenions en permanence que l’évangélisation est d’abord l’œuvre  de Dieu, peut-être serions-nous plus sereins ?

 

PSAUME – 144 (145), 8-13

8 Le SEIGNEUR est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
9 la bonté du SEIGNEUR est pour tous,
sa tendresse pour toutes ses œuvres .

10 Que tes œuvres, SEIGNEUR, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
11 Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

12 Ils annonceront aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
13 ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.

Le psaume 144 (145) que la liturgie a sélectionné pour ce cinquième dimanche de Pâques comporte en réalité vingt-et-un versets alors que nous venons d’en entendre seulement six… Bien sûr, c’est un peu frustrant de ne l’entendre que partiellement, mais on peut aussi se demander pourquoi ces six versets-là précisément et alors, cela devient très intéressant.
Vingt-et-un versets, autant que de lettres dans l’alphabet hébreu* ; nous savons déjà que ce n’est pas un hasard : qui plus est, ce psaume est vraiment alphabétique en ce sens qu’il s’agit de ce qu’on appelle un acrostiche ; chaque verset commence réellement par une des lettres de l’alphabet hébreu, dans l’ordre alphabétique… nous avons acquis le réflexe : en face d’un psaume alphabétique, nous savons d’avance qu’il s’agit d’un psaume d’action de grâce pour l’Alliance : manière de dire « toute notre vie, de A à Z, (en hébreu de aleph à tav) baigne dans l’Alliance, dans la tendresse de Dieu.
Mais pourquoi ce psaume 144 (145) aujourd’hui ? Et pourquoi non pas la totalité du psaume, mais ces six versets précisément ?
Première remarque : ce psaume figure dans la prière juive de chaque matin : pour le Juif croyant, le matin (l’aube du jour neuf) évoque irrésistiblement l’aube du JOUR définitif, celui du monde à venir, celui de la création renouvelée… On voit immédiatement la résonance qu’il prend alors pour nous, Chrétiens, en ce temps pascal… notre foi, c’est précisément que le Jour du Règne définitif de Dieu est déjà inauguré sous nos yeux par la Résurrection du Christ.
Si nous allons un peu plus loin dans la spiritualité juive, le Talmud (c’est-à-dire l’enseignement des rabbins des premiers siècles après J.C.), affirme que celui qui récite ce psaume trois fois par jour, « peut être assuré d’être un fils du monde à venir ». Or pour nous Chrétiens, encore une fois, le monde à venir dont parle la foi juive, c’est justement la création renouvelée par Jésus-Christ.
Si l’on regarde d’un peu plus près les six versets précis qui ont été retenus pour aujourd’hui, il me semble premièrement qu’on a là un condensé de la Révélation à la fois très complet et très concis… et, deuxièmement, qu’il entre en résonance parfaite avec les accents du temps pascal et, en particulier, les autres lectures de ce dimanche…
Premier verset entendu aujourd’hui : « Le SEIGNEUR est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ». C’est le meilleur résumé qu’on puisse donner de toute la révélation biblique : puisque c’est le nom que Dieu a donné de lui-même à Moïse (Ex 34, 6).
Deuxième verset : « La bonté du SEIGNEUR est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres » ; la tendresse et la pitié du Seigneur dont le peuple élu a eu le premier la Révélation, elles sont POUR TOUS ! Et cela, c’est une énorme découverte pour l’humanité… une découverte que nous devons au peuple élu… C’est un thème que nous avons rencontré déjà à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament : Dieu aime toute l’humanité et son projet d’amour, son « dessein bienveillant », comme dit Paul, concerne toute l’humanité.
Aujourd’hui, nous entendons une résonance particulière avec le livre des Actes des Apôtres que nous lisons pendant tout le temps pascal : en particulier, le récit du livre des Actes proposé en première lecture dans la même messe de ce cinquième dimanche de Pâques insiste justement sur le fait que l’annonce de l’amour de Dieu n’est pas réservée aux Juifs, mais est proposée à toutes les nations païennes comme dit Saint Luc… soit dit en passant, c’est pour cela que nous sommes nous aussi croyants, plus de deux mille ans plus tard, même si nous ne sommes pas d’origine juive.
Une autre particularité de ce psaume, et surtout des versets lus aujourd’hui : il insiste sur la royauté de Dieu : « Tes fidèles diront la gloire de ton règne, ils parleront de tes exploits, ils annonceront aux hommes tes exploits, la gloire et l’éclat de ton règne : ton règne, un règne éternel, ton empire pour les âges des âges »… quatre fois le mot « règne », (sans parler du mot « empire »)… deux fois le mot « exploit ».
Nous savons bien que le mot « exploit » dans la Bible est toujours une référence à la libération d’Egypte : Dieu a libéré son peuple… je ne devrais pas dire « Dieu A LIBERE « comme si c’était du passé… la foi juive dit « Dieu libère aujourd’hui son peuple, et ce depuis la première libération »…).
Et, bien sûr, la libération ultime, c’est la victoire sur la mort. Ce psaume est donc tout particulièrement indiqué pour le temps pascal ; le Ressuscité du matin de Pâques expérimente dans sa chair la royauté de Dieu.
Si vous avez le courage de vous rapporter au texte complet de ce psaume, vous verrez qu’il y a une parenté très grande entre ce texte et celui du Notre Père : par exemple, le Notre Père s’adresse à Dieu à la fois comme à un Père : « Notre Père… donne-nous… pardonne-nous… délivre-nous du mal… »… un père qui est le Dieu de tendresse et de pitié dont parle ce psaume… ET comme à un roi (que ton Règne vienne) … Soit dit en passant, ce rapprochement n’a rien d’étonnant quand on sait que toutes les phrases rassemblées par Jésus dans le Notre Père faisaient déjà partie, de son temps, des prières habituelles des Juifs !
Je reviens à notre psaume : très certainement, quand le peuple d’Israël composait ce psaume, cette insistance sur la royauté de Dieu, ou sur son empire, était une manière de dire : plus jamais nous ne ferons confiance à des idoles : notre seul roi, notre seul maître, c’est Dieu, le Dieu d’amour… « le Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour »…
Quand les fidèles du Christ disent ce psaume à leur tour, ils savent de quoi ils parlent, si j’ose dire : en Jésus-Christ, le roi serviteur, le roi humble de la Passion ET triomphant de la mort par la Résurrection, ils ont découvert la présence du roi de l’univers : « Qui m’a vu a vu le Père » disait Jésus à ses apôtres.
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* Selon que l’on compte pour une ou deux lettres le signe Sin/Shin (le même signe se prononce tantôt Sin, tantôt Shin), on comptabilisera 21 ou 22 lettres dans l’alphabet hébreu. Les grammairiens nomment les deux signes Sin et Shin, et comptent donc 22 lettres dans l’alphabet, le psalmiste, lui, n’a utilisé que la lettre Shin et donc 21 versets.

 

DEUXIEME LECTURE – Apocalypse de Saint Jean 21, 1-5a

Moi, Jean,
1 j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle,
car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés
et, de mer, il n’y en a plus.
2 Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle,
je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu,
prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari.
3 Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône.
Elle disait :
« Voici la demeure de Dieu avec les hommes ;
il demeurera avec eux,
et ils seront ses peuples,
et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu.
4 Il essuiera toute larme de leurs yeux,
et la mort ne sera plus,
et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur :
ce qui était en premier s’en est allé. »
5 Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara :
« Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » : ciel nouveau, terre nouvelle, Jérusalem nouvelle ; voilà notre avenir, nous dit Saint Jean, notre « à-venir » en deux mots, ce qui vient. Finies les larmes, la mort, finis les pleurs, les cris, la tristesse… c’est du passé : premier ciel, première terre ont disparu. Autrement dit, le passé est passé, FINI. Evidemment Jean anticipe ; il nous a bien prévenus : son livre est un livre de visions, il révèle l’avenir pour donner le courage d’affronter le présent.
Premier ciel, première terre, cela nous renvoie au récit biblique de la Création ; donc pour aborder ce passage de l’Apocalypse, il faut ouvrir le livre de la Genèse. Le premier chapitre présentait la Création, ce que l’Apocalypse appelle « la première création » comme tout entière bonne : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait. Voilà, c’était très bon. » (Gn 1,31). Et pourtant, nous faisons chaque jour l’expérience des pleurs, des cris, de la tristesse, de la mort, comme dit encore l’Apocalypse. Et c’est la suite du livre de la Genèse, le récit du fruit défendu, qui nous dit ce qui pervertit la bonté de la Création ; il nous dit que la racine de toutes nos souffrances est dans la faille qui s’est creusée entre Dieu et l’humanité : ce soupçon originel qui ruine sans merci l’Alliance proposée… soupçon qui pousse l’humanité à prendre des chemins qui ne lui réservent que des échecs.
Tout au long de l’histoire biblique, le peuple élu s’est entendu rappeler par les prophètes dans la voie de l’Alliance : la seule voie du vrai bonheur, c’est que Dieu habite vraiment parmi nous… que nous soyons son peuple, qu’il soit notre Dieu, que l’Alliance soit restaurée sans faille, comme un dialogue d’amour, comme des fiançailles… c’est la soif d’Israël tout au long de son histoire. Et des textes prophétiques innombrables annoncent très exactement ce que l’auteur de l’Apocalypse voit désormais réalisé ; le prophète Isaïe, par exemple : « Oui, je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle… on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit… Exultez sans fin, réjouissez-vous de ce que je vais créer… Car je crée une Jérusalem de joie, un peuple d’allégresse. Je retrouverai mon allégresse en Jérusalem, ma joie en mon peuple. On n’y entendra plus de cris ni de pleurs… On n’y verra plus de nouveau-né emporté en quelques jours, ni d’homme qui ne parvienne pas au bout de sa vieillesse. » (Is 65,17-20).
Symboliquement, ce renouvellement de toutes choses est représenté par la disparition de la mer : Israël n’est pas un peuple de marins, c’est clair ! Rappelons-nous aussi que la Création de l’univers est réfléchie dans la Bible à partir de la création du peuple élu ; or cette naissance du peuple extirpé à l’esclavage en Egypte, a été une victoire sur la mer : Dieu a fait apparaître la terre ferme pour le passage de son peuple ; le peuple sauvé a traversé à pied sec, et les forces du mal, les forces de l’esclavage, de l’oppression ont été englouties… Plus tard, cette fois dans le Nouveau Testament, au cours de sa vie terrestre, le Fils de Dieu fait homme a manifesté sa victoire sur le mal, sur les forces de l’abîme en marchant sur la mer…
Désormais la victoire est totale, suggère l’Apocalypse : la mer a disparu ! Et avec elle, toute forme de mal : toute forme de souffrance, de larmes, de cris, de mort. Ce que l’humanité attend, sans toujours le savoir, ce que l’univers tout entier attend, c’est l’accomplissement de ce grand projet que Dieu forme depuis la création du monde : instaurer avec l’humanité une Alliance sans ombre, un dialogue d’amour. Le thème des noces de Dieu avec l’humanité nous paraît toujours audacieux, mais il est très présent dans la Bible dès l’Ancien Testament, chez les prophètes Osée ou Isaïe, par exemple, et dans le Cantique des Cantiques. Il est présent aussi dans le Nouveau Testament, à commencer par le récit des noces de Cana, pour ne citer que lui. Et dans notre texte de l’Apocalypse, on réentend cette promesse sous deux formes : d’abord, dans l’image de la Jérusalem nouvelle, « toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » ; et ensuite dans l’expression « Dieu avec eux » : le mot « avec » ici est très fort, il dit l’Alliance de l’amour, l’Alliance d’un couple. « Et j’ai entendu la voix puissante qui venait du Trône divin ; elle disait : Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, Dieu lui-même sera avec eux. » Tous ceux qui, parmi nous, portent le merveilleux prénom d’Emmanuel (qui signifie littéralement « Dieu avec nous ») sont des rappels vivants des promesses de Dieu…
Et voici que la Jérusalem nouvelle « descend d’auprès de Dieu ». Le centre de la nouvelle Création porte le nom de la ville sainte qui, depuis tant de siècles, symbolise l’attente du peuple élu : le nom même de Jérusalem signifie « Ville de la justice et de la paix »… Et, en même temps, cette nouvelle cité « descend d’auprès de Dieu », et elle est dite « nouvelle » : ce qui veut dire qu’elle n’est pas seulement œuvre  humaine. Cela signifie que le Royaume de Dieu que nous attendons et auquel nous essayons de travailler est à la fois en continuité ET en rupture avec cette terre : voilà de quoi galvaniser notre énergie ! Nous sommes invités tout simplement à collaborer avec Dieu. Notre œuvre  sur cette terre contribue au renouvellement de la Création, car l’intervention de Dieu transfigurera nos efforts.
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Complément
On entend résonner ici les paroles de Paul : « Les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous. Car la Création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu… elle garde l’espérance, car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet : la Création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement. » (Rm 8,19-22).

 

EVANGILE – selon Saint Jean 13, 31…35

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples
31 quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara :
« Maintenant le Fils de l’homme est glorifié,
et Dieu est glorifié en lui.
32 Si Dieu est glorifié en lui,
Dieu aussi le glorifiera ;
et il le glorifiera bientôt.
33 Petits enfants,
c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous.
34 Je vous donne un commandement nouveau :
c’est de vous aimer les uns les autres.
Comme je vous ai aimés,
vous aussi aimez-vous les uns les autres.
35 À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples :
si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

Les premières phrases de ce texte sont comme une sorte de variations sur le mot « gloire » : « quand Judas fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire » : tout ceci nous paraît un peu compliqué, mais en fait, c’est une manière bien juive de parler : elle dit la réciprocité des relations entre le Père et le Fils, ou mieux leur union fondamentale : « Qui m’a vu a vu le Père », c’est aussi une phrase que Saint Jean a retenue (14, 8) ; ou encore « Moi et le Père, nous sommes un. » (10, 30) ; ici, dire que « le Fils de l’homme est glorifié, ou que Dieu est glorifié en lui », c’est dire que le Fils est le reflet du Père ; au passage, nous notons une fois de plus l’effort qu’il nous faut faire pour comprendre le vocabulaire de Jésus et de ses contemporains.
Je reviens au texte : d’après Jésus, c’est donc au moment précis où Judas part dans la nuit de la trahison, que lui, Jésus accomplit sa vocation d’être le reflet du Père. Mais Jean ne l’a pas compris tout de suite. Remettons-nous dans l’état d’esprit des apôtres au moment de la sortie de Judas et dans les heures qui vont suivre : ils ont d’abord assisté impuissants à la Passion et à la mort du Christ ; ils ont vécu cette succession d’événements comme un moment d’horreur ; mais après coup, Jean a compris que c’était en réalité l’heure de la gloire de Jésus : car c’est là que le Fils révélait jusqu’où va l’amour du Père.
Et parce que le Fils trahi, abandonné de tous, persécuté par tous, persiste, lui seul contre tous, à n’être qu’amour, bienveillance, pardon, il révèle au monde jusqu’où va l’amour du Père, c’est-à-dire jusqu’à l’infini, sans limites : et alors, et c’est la deuxième partie de notre texte, ceux qui contemplent ce mystère de l’amour fou de Dieu deviennent capables d’aimer comme lui à leur tour. Car Jésus lie bien les deux choses : il dit « maintenant, je vais révéler au monde jusqu’où va l’amour du Père » et « maintenant je vous donne un commandement nouveau, c’est d’aimer de la même manière ». (Sous-entendu, maintenant vous en serez capables parce que vous puiserez en moi mon propre amour) ;
Je m’attarde un peu là-dessus : en fait, la nouveauté, ce n’est pas le commandement d’aimer, Jésus ne l’invente pas : le commandement d’amour existe bel et bien dans l’enseignement des rabbins de son temps. Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui, mais non pas seulement à sa manière, c’est-à-dire au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence ; ce qui est nouveau, c’est encore plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, c’est-à-dire en étant complètement guidé par son Esprit ; et alors nous comprenons désormais tout autrement la fameuse phrase « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres ». Bien plus qu’un commandement, c’est un constat : si nous sommes réellement ses disciples, c’est son propre Esprit qui dicte nos comportements. Pour le dire autrement, Dieu sait si l’amour au jour le jour est difficile ; c’est presque un miracle ! Eh bien, si nous y parvenons dans nos communautés chrétiennes, le monde sera bien obligé d’admettre cette évidence que l’Esprit du Christ agit en nous !
Nous sommes donc invités d’abord à un acte de foi ! Croire que son Esprit d’amour nous habite, que ses ressources d’amour nous habitent : que nous avons désormais des capacités d’amour insoupçonnées, parce que ce sont les siennes… et alors il nous devient possible d’aimer « comme » lui parce que c’est son Esprit qui agit en nous.
Tout cela n’est-il pas un peu trop beau ? Nous savons par expérience que cela ne va pas de soi d’aimer notre entourage : il y a des gens avec qui cela va tout seul, comme on dit ; il y en a d’autres avec qui c’est bien difficile… sans parler de ceux pour lesquels nous éprouvons une véritable allergie… ou pire encore, ceux qui ont agi envers nous d’une manière impardonnable. Jésus n’ignore certainement pas tout cela quand il donne ce commandement à ses disciples ; mais il ne faut pas confondre amour et sensibilité : Jésus vient de montrer en actes de quel amour nous devons nous aimer ; rappelons-nous le contexte : cela se passe pendant son dernier repas avec ses disciples. Jésus a commencé par leur laver les pieds, à leur grand étonnement : lui, le Seigneur et le Maître, s’est fait leur serviteur. Et il a terminé en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi ». C’est donc cela aimer « comme » il nous a aimés… et, après tout, si on y réfléchit, il est possible de se mettre au service les uns des autres, même de ceux pour lesquels nous n’éprouvons pas d’attirance. Or notre fidélité à ce commandement est vitale, nous dit-il, puisque c’est à cela que nos communautés seront jugées : d’après lui, le plus important, ce n’est pas la qualité de nos discours, de notre théologie, ou de nos connaissances, pas non plus la beauté de nos cérémonies ; c’est la qualité de l’amour que nous nous offrons les uns aux autres… (Pourtant il est rare qu’on ait l’idée de juger l’histoire de l’Eglise sur ce critère).
En attendant, nous ne devons jamais oublier ce cri de victoire de Jésus le dernier soir : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié (c’est-à-dire révélé comme Dieu), et Dieu est glorifié en lui. » En Jésus, l’humanité est introduite dans la gloire de Dieu, dans la présence de Dieu, dans la vie de Dieu, par l’événement de la passion-Mort-Résurrection. Et parce qu’ils sont désormais introduits dans la gloire de Dieu, les disciples de Jésus-Christ peuvent vivre leur vie sous le signe de l’amour… puisque Dieu est amour et que désormais sa présence rayonne à travers eux. Peut-être suffit-il d’y croire pour le laisser agir en nous.

BREVE HISTOIRE DE LA RUSSIE, EUROPE, HISTOIRE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARK GAELEOTTI (1965-....), RUSSIE

Brève histoire de la Russie de Mark Galeotti

Brève histoire de la Russie : comment le plus grand pays du monde s’est inventée

Mark Galeotti

Paris, Flammarion, 2020. 312 pages.

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De quelle Russie Poutine est-il le maître? Pour unifier ce peuple pluriel conquis tour à tour par les Vikings et les Mongols, sans véritable frontière naturelle, aussi européen qu’asiatique, la Russie a fait de ses multiples influences son identité propre, quitte à en forger les légendes.
Mais, en jouant de ce passé, elle s’est enfermée et contrainte dans ses rapports au monde extérieur. Telle est la thèse de Mark Galeotti qui, tout en relatant avec brio son histoire en quelques chapitres enlevés, nous donne les clés pour comprendre ce pays-continent.

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Cet extrait une partie du dernier chapitre de son livre qui couvre les années 1991 à nos jours :

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Il y a certes encore beaucoup à dire sur Poutine. À propos de son personnage public parfois d’un machisme pervers, de la répression brutale de certaines forces d’opposition allant de pair avec l’empressement à en autoriser d’autres, voire à les flatter; à propos aussi de la question de savoir si, au terme de son quatrième mandat présidentiel en 2024, il prendra sa retraite, trouvera une nouvelle astuce pour tourner la Constitution ou choisira un successeur. Toutefois, sur la longue durée de l’extraordinaire histoire de la Russie, doit-il être traité comme un tsar ou un secrétaire général de plus, méritant une section ou deux, mais pas davantage ?

La stabilisation intérieure du pays et le rétablissement de son rôle, de manière conflictuelle et parfois irascible, sur la scène mondiale sont certes à mettre à son crédit. Pourtant, il n’a pas été aussi meurtrier qu’Ivan (le Terrible) ou Staline (le bien plus terrible), ni plus grand que nature (au sens tout à fait littéral) que Pierre le bien nommé. Il lui manque la froideur intellectuelle implacable d’un Lénine ou d’un Andropov, ainsi que l’instinct politique subtil d’une Catherine la Grande ou d’un Dimitri Donskoï.

Cela ne revient pas à déprécier Poutine, mais simplement à le remettre à sa juste place. Il a sans aucun doute tenté de façonner le regard que la Russie porte sur son histoire. De plus en plus, les manuels scolaires et les cours universitaires doivent s’en tenir à la version officielle, qui exalte les triomphes et minimise les tragédies. Dans cette optique, Staline fait figure de modernisateur nécessaire et de chef de guerre, tandis que le goulag est relégué dans les marges. Poutine a exigé que cette nouvelle histoire officielle du pays soit «dépourvue de contradictions internes et ne puisse se prêter à une double interprétation» –comme si l’histoire vraie avait jamais été aussi simple.

Il n’est pas le premier à avoir essayé de dicter l’image et le passé de la Russie. Dimitri Donskoï avait des chroniqueurs à sa botte, Catherine la Grande soigna le profil de son pays en Europe, et le culte de la «nationalité officielle» sous Alexandre III s’est accompagné d’une campagne visant à museler et ramener dans le droit chemin les intellectuels trouble-fête qui tenaient à contester ses préceptes. La plus frappante de toutes ces entreprises, l’Histoire du Parti communiste bolchevik de l’URSS, précis abrégé, revue et corrigée par Staline, et publiée en 1938, constitua une tentative de reformuler les événements mêmes dans la mémoire vivante. Dans les vingt années qui suivirent, plus de 42 millions d’exemplaires furent imprimés et distribués, en soixante-sept langues, ce qui en fait peut-être le livre le plus lu après la Bible.

Le fait est qu’aucune de ces manœuvres n’a réussi à atteindre son but, qui était de modeler la manière dont les Russes se voyaient eux-mêmes. Un peuple palimpseste et un pays sans frontières géographiques, culturelles ou ethniques bien nettes sont sans doute d’autant plus désireux de se donner des mythes nationaux qui contribuent à les unir et à les définir, mais ils sont aussi particulièrement difficiles à circonscrire dans une histoire unique, «dépourvue de contradictions internes et ne pouvant se prêter à une double interprétation».

Poutine est un nouvel avatar de Nicolas Ier, du patriarche Nikon, peut-être au mieux de Pierre le Grand.

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Poutine s’inscrit parfaitement dans les structures générales de l’histoire russe, quoique sans doute comme un personnage de transition, ni soviétique ni vraiment post-soviétique. L’URSS prenait manifestement du retard sur l’Occident, incapable de rivaliser avec lui dans la nouvelle course aux armements, et sa position internationale était donc de plus en plus vulnérable. Gorbatchev tenta de moderniser l’Union soviétique, ce qui impliquait nécessairement une libéralisation, et cela entraîna de l’agitation et finalement l’effondrement du système. Aux yeux de Poutine, ce fut une «catastrophe géopolitique majeure du siècle» –ce qui, pour être juste, ne signifie pas qu’il aurait voulu rétablir l’URSS–, mais elle reflétait de la mollesse de la part du gouvernement.

Après le nouveau «temps des troubles» de la période Eltsine, Poutine en était arrivé à considérer que la principale menace pesant sur le pays tenait à sa faiblesse intérieure –peut-être entretenue par des puissances étrangères hostiles– et donc, en dépit de tous les investissements en drones pour l’armée et en satellites sur orbite, de son aventurisme à l’étranger, son régime est foncièrement conservateur. Il est un nouvel avatar de Nicolas Ier en lutte contre le désordre, du patriarche Nikon rétablissant l’ancienne orthographe, peut-être au mieux de Pierre le Grand, content d’adopter les technologies occidentales pour armer l’État et tenir en main l’élite, mais peu désireux de lancer des réformes par le bas.

Le palimpseste en hypertexte et ses ironies

Pendant ce temps-là, de nouvelles couches d’écriture se superposent sur le palimpseste. Si la génération de Poutine –celle de l’Homo sovieticus, non seulement née et élevée à l’époque soviétique, mais dont les années de formation et les débuts de carrière sont antérieurs à 1991– reste dominante, elle est cependant talonnée par les générations nouvelles, certaines façonnées dans les chaotiques années 1990, d’autres qui, adultes, n’ont même pas connu une Russie où Poutine n’était pas aux commandes.

Il y a ceux qui se rebellent et regardent vers l’Ouest en quête d’inspiration et d’ambitions. D’autres qui mêlent l’orthodoxie à la Poutine à un cynisme branché, font leur la nouvelle position mondiale de la Russie en tant que méchant de la scène internationale et l’affichent sur leur t-shirt. «Poutine: le plus poli des hommes», lit-on sur l’un, reprenant l’expression russe désignant ce que les Occidentaux ont appelé les «petits hommes verts», les commandos qui se sont emparés de la Crimée. «Nous isoler? Oui, faites donc!» proclame un autre au côté du logo de McDonald, du symbole et de l’affiche de LGBT, le tout barré par des «X» rouges.

«Ils apprennent l’anglais pour des raisons de cœur, le chinois pour des raisons de tête.»

Un professeur russe à propos de ses élèves

En même temps, loin de se simplifier, les choses deviennent plus complexes. Une nouvelle et énorme mosquée se dresse près du stade olympique de Moscou, érigée par les musulmans venus du Nord-Caucase et d’Asie centrale, à la fois comme citoyens et –surtout ces derniers– comme travailleurs «invités» temporaires. Avec eux arrivent de nouvelles influences, sous forme, par exemple, de restaurants caucasiens ou du bazar afghan vertical qui occupe en grande partie l’hôtel Sébastopol hérité de l’époque soviétique.

Poutine a fait ériger une immense statue de saint Vladimir –le grand prince Vladimir le Grand– à côté du Kremlin, mais il s’agit de Vladimir de Kiev, et de même que Kiev est devenu Kyiv, l’Ukraine n’est pas seulement un pays indépendant, mais elle tourne de plus en plus ses regards vers l’Ouest et non vers l’Est. Vladimir appartient-il encore culturellement à la Russie? Ou est-il désormais le Volodymyr ukrainien? Dans les aéroports de Moscou, il y a maintenant des files réservées aux touristes chinois en voyage organisé pour la vérification des passeports et de plus en plus d’inscriptions sont en chinois aussi bien qu’en anglais. Dans l’Extrême-Orient russe, un flot d’argent chinois est en train de remodeler des villes entières et les économies régionales. Un professeur russe m’a dit à propos de ses élèves: «Ils apprennent l’anglais pour des raisons de cœur, le chinois pour des raisons de tête.»

Toutes ces influences ne se manifestent pas dans la géographie physique de la Russie. Au palimpseste s’ajoute un hypertexte, des liens dans le cyberespace où l’information et les influences culturelles circulent librement. Les trois quarts des Russes utilisent régulièrement internet, autant que l’Américain moyen. Beaucoup se tiennent au courant de l’actualité en ligne à partir de sources étrangères, regardent des vidéos étrangères et, tout aussi important, forment des communautés transfrontalières en ligne. Qu’il s’agisse de forums de discussion ou de communautés de jeux vidéo, les Russes ne sont pas seulement des trolls et des fauteurs de trouble, ils participent activement à de nouveaux mouvements et communautés virtuels.

L’ironie est qu’en définissant «sa» Russie de multiples façons en opposition avec l’Europe et l’Occident en général –contestant aussi bien son ordre international que ses valeurs sociales–, Poutine, comme beaucoup d’autres dirigeants russes avant lui, laisse le monde extérieur le définir, lui et son pays. C’est en effet une caractéristique très courante, vraie de presque tous les gouvernants russes depuis qu’Ivan Grozny a introduit la Russie dans la politique nordique et offert sa main tachée de sang à Élisabeth Ire, la «reine vierge» d’Angleterre.

Ironie plus grande encore, Poutine s’efforce de mobiliser toutes sortes de mythes à l’appui de l’exceptionnalisme russe, l’idée voulant que son histoire confère au pays un rôle spécial et héroïque dans le monde. À cette fin, il puise à toutes les sources, qu’il s’agisse de la vocation de Moscou de «Troisième Rome» ou de la bataille de Koulikovo. Cependant, tous les efforts déployés par les «techniciens de la politique» du Kremlin et les historiens complaisants pour tenter de persuader les Russes qu’ils forment un peuple à part, séparé de l’Europe et dressé contre ses forces culturelles et géopolitiques pernicieuses, montrent qu’ils vont à contre-courant.

Après tout, même les Russes qui vénèrent encore Poutine et arborent son portrait sur leur T-shirt s’empressent d’apprendre l’anglais, dévorent les émissions télévisées et les films occidentaux, et cherchent même dans leurs propres créations culturelles à s’intégrer aux grands courants occidentaux. La Russie est un pays dans lequel on peut voir, d’un côté de la rue, une énorme peinture murale, couvrant toute la façade d’une tour, à la gloire d’un grand général russe, et, de l’autre côté de la rue, effet très surréaliste, une peinture murale tout aussi gigantesque annonçant la sortie d’un film hollywoodien à grand succès, et pas n’importe lequel: Captain America.

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ANCIEN TESTAMENT, ANDRE WENIN (1953-...), BIBLE, LA BIBLE OU LA VIOLENCE SURMONTEE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, VIOLENCE DANS LA BIBLE

La Bible ou la violence surmontée

La Bible ou la violence surmontée 

André Wénin

Paris, Desclée de Brouwer, 2008. 257 pages.

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Pourquoi une telle violence dans la Bible, tant d’êtres brutaux au fil de ses pages ? Pourquoi souvent son Dieu ne cède-t-il en rien aux hommes sur ce plan ? La présence massive de la violence, en particulier dans le premier Testament, dérange en effet. A cause d’elle, d’aucuns voudraient que les croyants renvoient ce livre aux oubliettes de l’Histoire, comme un sombre témoignage du potentiel destructeur que constitue toute religion. Et des chrétiens préfèrent ignorer des pans entiers de ce livre, pourtant au centre de leur foi, indispensable pour saisir le message du Nouveau Testament. Bibliste de renom, André Wénin répond à cette critique : tout le paradoxe de la sagesse de la Bible est justement d’indiquer à l’humanité des impasses à éviter, en premier lieu la violence. Pour cela, il lui faut cultiver la justice et, lorsque celle-ci connaît des dérives, aller plus loin, vers la fraternité, la sagesse véritable. Car le Dieu de la Bible ne veut pas le malheur de l’homme, mais sa vie et son épanouissement.

Extrait de l’introduction :

Pourquoi une telle violence dans la Bible ? Pourquoi tant d’êtres violents au fil de ses pages ? Pourquoi souvent son Dieu ne cède-t-il en rien aux humains sur ce plan ? Ce sont ces questions qui ouvrent la réflexion proposée dans cet essai. La présence massive de la violence en particulier dans le premier Testament dérange, en effet. À cause d’elle, d’aucuns voudraient que les croyants renvoient ce livre aux oubliettes de l’histoire avec d’autres ouvrages anciens du même genre, comme un sombre témoignage du potentiel destructeur que constitue toute religion. À cause d’elle, des chrétiens préfèrent ignorer des pans entiers de ce livre, qui est pourtant au centre de leur foi et leur est indispensable pour saisir le coeur du message du Nouveau Testament. Le problème n’est pas nouveau, du reste. Car si la tradition juive n’a guère vu dans la violence un obstacle à son étude des Ecritures, il n’en a pas été de même chez les chrétiens. La première «hérésie» n’est-elle pas celle de Marcion qui, dès avant 150 de l’ère commune, rejetait le Testament de la première alliance ? Selon Irénée, il affirmait que «le Dieu qu’ont annoncé la Loi et les Prophètes est un être malfaisant, aimant la guerre, inconstant aussi dans ses jugements et en contradiction avec lui-même».
En réalité, celui qui, avec Marcion, se contente de se scandaliser de la violence qu’il lit dans le premier Testament se dispense à bon compte de penser la question qu’elle soulève. Or, on peut au moins trouver à cette violence un aspect salutaire, ne serait-ce que parce qu’elle peut nous guérir de la tentation de voir la Bible comme un livre religieux véhiculant des vérités à croire, des règles à pratiquer ou des figures édifiantes à imiter. Si, en effet, ce Livre dit et la vie et la mort pour donner à penser et à vivre l’existence humaine sans rien ôter de sa complexité, il est indispensable qu’il parle de la violence. Qui songerait, en effet, à nier que cette complexité est due en bonne partie à la violence que les humains subissent et produisent ? Aussi, en racontant abondamment la violence, en légiférant à son propos, en en faisant l’un des objets de sa prière, le premier Testament ne fait-il que refléter la réalité humaine pour apprendre à la lire, y compris dans ce qu’elle a de révoltant. Et s’il ne craint pas de mêler Dieu à la violence, c’est pour presser le lecteur de se poser la question du rapport entre eux, peut-être aussi – qui sait ? – pour lui apprendre à haïr un Dieu qui serait l’allié de la mort. Mais un allié de la vie ne doit-il pas également déployer parfois une certaine violence ? Car, la Bible l’enseigne aussi : toute violence n’est pas forcément négative.

Biographie de l’auteur

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André Wénin enseigne à l’université de Louvain. Il est notamment l’auteur de L’homme biblique (Cerf), Joseph ou l’invention de la fraternité (Lessius) et récemment, D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain. Lecture de Genèse 1,1-12,4 (Cerf).

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Dimanche 8 mai 2022 : 4ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 8 mai 2022 : 4ème dimanche de Pâques

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 13,14.43-52

En ces jours-là,
Paul et Barnabé
14   poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé
et arrivèrent à Antioche de Pisidie.
Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place.

43   Une fois l’assemblée dispersée,
beaucoup de Juifs et de convertis qui adorent le Dieu unique
les suivirent.
Paul et Barnabé, parlant avec eux,
les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu.
44 Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla
pour entendre la parole du Seigneur.
45 Quand les Juifs virent les foules,
ils s’enflammèrent de jalousie ;
ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient.
46 Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance :
« C’est à vous d’abord
qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu.
Puisque vous la rejetez
et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle,
eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.
47 C’est le commandement que le Seigneur nous a donné :
J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi,
le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »
48 En entendant cela, les païens étaient dans la joie
et rendaient gloire à la parole du Seigneur ;
tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle
devinrent croyants.
49 Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
50 Mais les Juifs provoquèrent l’agitation
parmi les femmes de qualité adorant Dieu,
et parmi les notables de la cité ;
ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé,
et les expulsèrent de leur territoire.
51 Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds
et se rendirent à Iconium,
52 tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

PAUL ET BARNABE EN ASIE MINEURE
Nous sommes à la synagogue d’Antioche de Pisidie (en plein milieu de l’Asie Mineure, c’est-à-dire l’ouest de la Turquie actuelle) un samedi matin pour une célébration du shabbat. Le public est plus mélangé que nous ne le pensons spontanément : pour prendre une image, on pourrait dire qu’il y a trois cercles concentriques ; il y a au centre d’abord, évidemment, les Juifs de naissance ; le deuxième cercle, ce sont les prosélytes : c’est-à-dire des non-Juifs de naissance qui ont été attirés par la religion juive au point de se convertir et d’en accepter toutes les pratiques, y compris la circoncision. Luc les appelle « les convertis au Judaïsme ».
Le troisième cercle, ce sont les « craignant Dieu » ; Luc ici les appelle les « païens », mais vous voyez qu’ils ne sont plus tout à fait des païens, puisqu’ils ont été attirés eux aussi par la religion juive et qu’ils se rendent le samedi matin à la synagogue pour le shabbat ; ils connaissent donc les Ecritures juives. En revanche, ils ne sont pas allés jusqu’à la circoncision et à l’ensemble des pratiques juives.
Au départ, le projet de Paul est clair : à peine arrivé dans la ville, il compte se rendre à la synagogue le plus tôt possible pour s’adresser à ses frères juifs ; il leur parlera de Jésus de Nazareth ; pour lui, c’est la démarche qui s’impose de toute évidence ; les Apôtres qui sont tous juifs, ne l’oublions pas, considèrent le Christ comme le Messie attendu par tous les Juifs : ils vivent un accomplissement ; dans leur logique, un Juif qui lit l’Ecriture et découvre Jésus de Nazareth deviendra évidemment chrétien : ils ont donc tout naturellement commencé par essayer de rallier les autres Juifs à leur découverte… et Paul compte bien faire la tournée des synagogues ; dans son idée, quand tout le peuple juif sera converti, on entreprendra la conversion des païens.
Car, aux yeux de Paul, comme de tous ses contemporains, le plan de Dieu comportait deux étapes : d’abord le choix du peuple élu à qui Dieu s’est révélé (c’est ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ») et ensuite c’est ce peuple élu qui devait annoncer le salut de Dieu aux autres peuples, aux païens ; pour exprimer cette « logique de l’élection » dans le plan de Dieu, le prophète Isaïe disait : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». D’ailleurs, dans un premier temps, Jésus, lui-même, avait donné cette consigne à ses apôtres : « Ne prenez pas le chemin des païens… allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10,5).
LE GRAND TOURNANT D’ANTIOCHE DE PISIDIE
Donc, dès le premier sabbat, Paul et Barnabé se rendent à la synagogue d’Antioche de Pisidie ; et ils reçoivent au premier abord un accueil plutôt favorable ; du coup, ils peuvent espérer que certains deviendront chrétiens à leur tour. Le sabbat suivant (c’est-à-dire le samedi suivant), ils recommencent à prendre la parole à la synagogue, et, apparemment, beaucoup de gens se sont dérangés pour les écouter ; mais cette fois leur succès commence à indisposer les gens influents ! Luc dit : « Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. » Là, se pose un petit problème de vocabulaire, parce que Luc ici appelle « Juifs » ceux qui vont s’opposer à Paul ; en réalité, il y a des Juifs qui deviendront chrétiens (comme Paul lui-même), et des Juifs qui refuseront absolument de reconnaître Jésus comme le Messie (ce sont ceux-là que Luc appelle « Juifs » ici).
En revanche, Luc note que les « païens » (c’est-à-dire les craignant Dieu) semblent mieux disposés, il dit : « Les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. »
Alors se produit un grand tournant dans la vie de Paul ; car c’est là, à Antioche de Pisidie qu’il va décider de modifier ses plans ; voilà comment le problème se pose : d’une part, seuls quelques Juifs acceptent de les suivre, et il faut abandonner l’espoir de convertir l’ensemble du peuple juif au Christianisme. D’autre part, le refus de la majorité des Juifs ne doit pas retarder l’annonce du Messie aux païens. Alors Paul se souvient qu’Isaïe avait déjà prédit que le petit Reste d’Israël sauverait l’ensemble du peuple et l’humanité. Concrètement, Paul comprend que c’est ce petit Reste qui assumera la vocation d’apôtre des nations qui était celle du peuple juif tout entier. Paul et Barnabé et ceux qui voudront bien les suivre seront ce petit Reste.
C’est exactement ce que Paul et Barnabé disent à Antioche : « C’est à vous, d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez, et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. » Et donc, à partir de ce moment-là, ils tournent leur énergie missionnaire vers les « craignant Dieu » d’abord, puis plus tard, vers les païens.
Décidément, à Antioche de Pisidie, un tournant décisif vient d’être pris dans la vie des premiers Chrétiens !

PSAUME – 99 (100) 1-3.5

1 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière,
2 servez le SEIGNEUR dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie !

3 Reconnaissez que le SEIGNEUR est Dieu :
il nous a faits et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau.

5 Oui, le SEIGNEUR est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge.

« VENEZ A LUI AVEC DES CHANTS DE JOIE ! »
Si vous avez la curiosité de vous rapporter au texte de la Bible pour ce psaume, vous verrez que son utilisation dans la liturgie nous est précisée, ce qui n’est pas toujours le cas : pour celui-ci on nous dit qu’il a été composé tout spécialement pour accompagner un sacrifice d’action de grâce. Il s’appelle « psaume pour la todah » : vous savez qu’aujourd’hui encore en hébreu, merci se dit « todah ».
Effectivement, dès les premiers versets, on voit bien qu’il est fait pour accompagner une célébration au Temple ! « Acclamez… Servez… Venez à lui avec des chants de joie ! » Nous sommes en pleine liturgie, c’est évident ! Comme on trouve à l’entrée de nos églises des manuels de chants pour toutes sortes de circonstances, le livre des psaumes est le livre de cantiques du Temple de Jérusalem, après l’Exil à Babylone, et il comporte lui aussi des psaumes divers adaptés aux divers types de célébrations.
Ce psaume précis a donc été composé pour un sacrifice d’action de grâce ; et, en Israël, quand on rend grâce, c’est toujours pour l’Alliance ; là aussi, c’est très clair : il est très court mais chaque ligne évoque l’histoire tout entière d’Israël, la foi tout entière d’Israël ! Chacun de ses mots, presque, est un rappel de l’Alliance. Il ne faut jamais oublier que le centre de la tradition d’Israël, la mémoire qu’on se transmet de génération en génération, c’est « Dieu nous a libérés et a fait Alliance avec nous » ; c’est le centre de la foi et de la prière de ce peuple. Ou, plus exactement, ce qui fait d’Israël un peuple, c’est cette foi commune. L’élection, la libération, l’Alliance, toute la Bible est là.
« Acclamez » : le mot qui est employé ici, c’est le mot utilisé pour une acclamation spéciale, celle qui est réservée au nouveau roi, le jour de son sacre… Manière de dire « le vrai roi, c’est Dieu lui-même ! »
« Acclamez le SEIGNEUR » c’est la traduction pour le chant liturgique ; mais dans le texte hébreu, ce sont les quatre lettres YHVH : Israël est le peuple à qui Dieu a révélé son NOM. C’était au cours de la grande vision de Moïse, quand Dieu lui est apparu dans le buisson ardent (Exode 3) : Moïse a découvert là à la fois la grandeur de Dieu, le Tout-Autre ET la proximité de Dieu, le Tout-Proche. Le Nom que Dieu a révélé alors à Moïse dit tout cela : ces fameuses quatre lettres YHVH (le tétragramme), que nous ne savons même pas prononcer, que nous ne savons pas non plus traduire : elles disent bien que Dieu n’est pas à notre portée ! ET en même temps Moïse a eu la révélation de cette totale proximité de Dieu : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple… J’ai entendu ses cris… Je connais ses souffrances… »
« Terre entière » : là on anticipe : Israël entrevoit déjà le jour où l’humanité tout entière viendra acclamer son Seigneur ! Décidément toutes les lectures de ce dimanche des vocations nous rappellent que Dieu est impatient que son salut soit annoncé à l’humanité tout entière… La question qu’on pourrait peut-être se poser, c’est « sommes-nous aussi impatients que lui ? » En tout cas, il est très important de remarquer que le peuple d’Israël a découvert que son élection est une vocation au service de tous. Dans les psaumes, en particulier, on retrouve constamment liés les deux thèmes de l’élection d’Israël ET de l’universalisme du salut proposé par Dieu.
« Reconnaissez que le SEIGNEUR est Dieu » : on entend ici la profession de foi d’Israël : Shema Israël : « ECOUTE Israël, le SEIGNEUR notre Dieu est le Seigneur UN ».
« Servez le SEIGNEUR dans l’allégresse » : dans la mémoire d’Israël, l’Egypte de leur esclavage sera appelée la « maison de servitude »… Désormais le peuple élu apprendra le « service » qui est un choix d’homme libre. On peut dire que la période de l’Exode fut pour le peuple hébreu le temps du passage « de la servitude au service ».
« IL NOUS A FAITS ET NOUS SOMMES A LUI »
« Il nous a faits et nous sommes à Lui » : cette formule n’est pas d’abord un rappel de la Création, elle est un rappel de la libération d’Egypte : le peuple n’oublie pas qu’il était en esclavage en Egypte : c’est Dieu qui d’esclaves a fait des hommes libres ; c’est Dieu qui, de ces fuyards, a fait un peuple. Et, tout au long de la traversée du Sinaï, sous la conduite de Moïse, ce peuple a appris à vivre dans l’Alliance proposée par Dieu. Si bien que cette expression « Il nous a faits et nous sommes à Lui » est devenue une formule habituelle de l’Alliance.
Le premier article du « Credo » d’Israël, ce n’est pas « je crois au Dieu créateur », c’est « je crois au Dieu libérateur ». La Bible, on le sait bien, n’a pas été écrite dans l’ordre où nous la lisons : on n’a pas commencé par raconter la Création, puis, dans l’ordre, les événements de la vie du peuple élu, comme s’il s’agissait d’un reportage. La réflexion sur la Création n’est venue qu’après. C’est parce qu’on a d’abord fait l’expérience du Dieu libérateur que, plus tard, on en viendra à comprendre que cette œuvre  de libération n’a pas commencé avec nous, qu’elle dure depuis la Création du monde. Dans la Bible, la réflexion sur la Création est inspirée par la foi au Dieu qui libère. C’est ce qui fait l’une des grandes particularités d’Israël.
« Nous, son peuple » : c’est une formule très typique de la foi juive ; à elle seule elle est un rappel de l’Alliance ; parce que Dieu, en proposant l’Alliance, avait promis : « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu. »
« Nous, son peuple, son troupeau » : cette image est évidemment plus parlante sur la terre d’Israël que dans nos régions ! Le troupeau est la richesse de son propriétaire, sa fierté, mais aussi l’objet de sa sollicitude et de tous ses soins. C’est pour les besoins du troupeau que le pasteur nomade déplace sa tente dans le désert, en fonction des plaques d’herbe pour la nourriture des bêtes ; ainsi Dieu se déplaçait-il avec son peuple tout au long de sa marche dans le désert du Sinaï.
« Eternel est son amour » : cette phrase également est un refrain de l’Alliance, un refrain que nous connaissons bien parce qu’on le retrouve dans d’autres psaumes. Ici il est couplé au verset suivant par une autre formule traditionnelle : « Sa fidélité demeure d’âge en âge » : « amour et fidélité » c’est l’une des seules manières de parler de Dieu sans le trahir !

DEUXIEME LECTURE – Apocalypse de Saint Jean 7,9 … 17

Moi, Jean,
9 j’ai vu :
et voici une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau,
vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.
14 L’un des Anciens me dit :
« Ceux-là viennent de la grande épreuve ;
ils ont lavé leurs robes,
ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau.
15 C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu,
et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire.
Celui qui siège sur le Trône
établira sa demeure chez eux.
16 Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif,
ni le soleil ni la chaleur ne les accablera,
17 puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône
sera leur pasteur
pour les conduire aux sources des eaux de la vie.
Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

TOUS LES LOINTAINS DE LA TERRE ONT VU LE SALUT DE NOTRE DIEU
Cette foule « que personne ne peut dénombrer » fait irrésistiblement penser à Abraham ; Dieu lui avait en effet promis une postérité innombrable : « Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre : si l’on pouvait compter les grains de poussière, on pourrait compter tes descendants ! (Gn 13,16) ; et un peu plus loin, toujours dans le livre de la Genèse : « Regarde le ciel, et compte les étoiles si tu le peux… telle sera ta descendance ! » (Gn 15,5) ; et encore « Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer » (Gn 22,17).
L’Apocalypse, qui est le dernier livre de la Bible, nous fait contempler ce projet de Dieu enfin réalisé. Nous voyons une foule de toutes nations, races, peuples et langues : quatre termes pour signifier que c’est bien l’humanité tout entière qui est concernée. « Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu » avait annoncé Isaïe (Is 52,10).
Ce salut de Dieu dont parle Isaïe, c’est précisément la suppression de toute faim, de toute soif, de toutes larmes ; au chapitre 49 du même livre d’Isaïe, on lit textuellement à propos du salut : « Ils n’auront ni faim ni soif ; le vent brûlant et le soleil ne les frapperont plus. Lui, plein de compassion, les guidera, les conduira vers les eaux vives. » (Is 49,10).
Et par-dessus tout, le salut, c’est la présence de celui qui est à la racine du véritable bonheur : Celui qui est « plein de compassion » dit Isaïe ; Jean traduit : « Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux » ; quand Saint Jean emploie cette expression, ses lecteurs savent à quoi il fait allusion ; depuis toujours le peuple juif n’aspire qu’à cela : que Dieu « plante sa tente » chez eux, comme ils disent, que Dieu habite définitivement au milieu d’eux ; mystère de proximité, d’intimité, de présence permanente. Au passage, notons que Jean, dans son évangile, a repris les mêmes termes au sujet du Christ : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14).
Dans le peuple juif, certains avaient l’honneur de vivre déjà d’une certaine manière un avant-goût de cette intimité, c’étaient les prêtres : ils servaient Dieu jour et nuit dans le Temple de Jérusalem qui était le signe visible de la présence de Dieu ; Saint Jean entrevoit ici le jour où l’humanité tout entière sera introduite dans cette intimité de Dieu : « J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer… ils sont devant le trône de Dieu et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. »
Pour décrire cette foule, Saint Jean mêle des images de la liturgie juive et de la liturgie chrétienne : c’est ce qui fait la difficulté de ce texte, mais aussi sa richesse !
LA LITURGIE, UN AVANT-GOUT DU CIEL
En référence à la liturgie juive, Jean fait allusion à la fête des Tentes : cette fête était à la fois un rappel du passé et une anticipation de l’avenir promis par Dieu ; en mémoire de la période du désert, cette période où on avait découvert l’Alliance proposée par ce Dieu de proximité et de tendresse, on vivait sous des tentes pendant les huit jours de la fête, (on les construisait tout exprès, même en ville, et on le fait encore de nos jours). C’est de là que la fête tient son nom, bien sûr. Et, en même temps, ces huit jours de fête annonçaient l’avenir promis par Dieu, la création nouvelle (comme chaque fois que nous rencontrons le chiffre huit) : d’avance on célébrait le triomphe du Messie futur ; et avec lui la réalisation du projet de Dieu, c’est-à-dire le bonheur pour tous. Parmi les rites de la fête des Tentes, Jean a retenu les palmes : on faisait des processions autour de l’autel des sacrifices, au Temple de Jérusalem. Pendant ces processions, chacun des participants agitait un bouquet (le loulav) composé de plusieurs branchages dont une palme (à laquelle on ajoutait une branche de myrte, une branche de saule et une espèce de citron, le cédrat).
Pendant ces processions, on chantait « Hosanna » qui signifie à la fois « c’est Dieu qui donne le salut » et « s’il te plaît, Seigneur, donne-nous le salut » : or si nous avions lu aujourd’hui le texte de l’Apocalypse en entier (sans coupure) nous aurions lu : « J’ai vu : voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer…  Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : ‘Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! ».
Autre rite de la fête des Tentes, la procession à la piscine de Siloé, le huitième et dernier jour de la fête : un cortège en rapportait de l’eau avec laquelle on aspergeait l’autel ; ce rite de purification annonçait la purification définitive que Dieu avait promise par la bouche des prophètes, et en particulier de Zacharie : « Ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale. » (Za 14,8). C’est au cours d’une fête des Tentes, justement, le huitième jour, que Jésus avait dit (et c’est encore Saint Jean qui le rapporte) : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi. Comme dit l’Ecriture, de son cœur  couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7,37). Ici, en écho, Jean prédit « l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. »
De la liturgie chrétienne, Saint Jean a repris l’aube blanche des baptisés et aussi le sang de l’Agneau : le sang, rappelons-nous est le signe de la vie donnée ; Jean nous dit ici : tout ce que la fête des Tentes annonçait symboliquement est désormais réalisé ; depuis l’Exode, le peuple de Dieu attendait cette purification définitive, cette Alliance renouvelée, cette présence parfaite de Dieu au milieu d’eux ; eh bien, en Jésus-Christ, toute cette attente est accomplie : par le Baptême et l’Eucharistie, l’humanité partage la vie du Ressuscité et entre donc définitivement dans l’intimité de Dieu.
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Complément
Que représente la « foule immense » du verset 9 ? L’explication classique y voit l’Eglise ; mais à la fin du premier siècle, l’Eglise constituait-elle une foule immense ?
Il y a une autre interprétation possible : dans les versets précédents (versets 3-8), Jean a décrit une première foule « des serviteurs de notre Dieu » dont le « front est marqué du sceau » : on peut penser que ce sont les baptisés. Ce serait donc l’Eglise.
La foule immense vêtue de robes blanches (la robe des noces) serait alors la multitude des sauvés. Ce serait dans la droite ligne de la théologie du Serviteur (cf les quatre chants du deuxième livre d’Isaïe), dont les écrits johanniques sont imprégnés tout comme les autres. On peut alors penser que cette foule immense (des versets 9 et suivants) est la « multitude » justifiée par le Serviteur. (« Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes » Is 53,11). Les premiers chrétiens, affrontés à la persécution, trouvent ici un argument pour tenir bon : leur sacrifice est semence de salut pour la multitude.

EVANGILE – selon Saint Jean 10, 27-30

En ce temps-là, Jésus déclara :
27 « Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais,
et elles me suivent.
28 Je leur donne la vie éternelle :
jamais elles ne périront,
et personne ne les arrachera de ma main.
29 Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout,
et personne ne peut les arracher de la main du Père.
30 Le Père et moi,
nous sommes UN. »

SI TU ES LE CHRIST, DIS-LE
Nous ne nous imaginons peut-être pas à quel point les quelques phrases de Jésus rapportées ici étaient explosives ; les Juifs, eux, ont réagi très fort, puisque si on lit seulement quelques lignes de plus, Saint Jean nous dit : « Les Juifs, à nouveau, ramassèrent des pierres pour le lapider. » Qu’a-t-il donc dit de si extraordinaire ? En réalité, ce n’est pas lui qui a pris l’initiative de ce discours ; il ne fait que répondre à une question. Saint Jean nous raconte qu’il était dans le Temple de Jérusalem, sous la colonnade qu’on appelait le « Portique de Salomon » et que les Juifs, bien décidés à le mettre au pied du mur, ont fait cercle autour de lui et lui ont demandé : « Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en suspens ? Si tu es le Christ, dis-le-nous ouvertement » ; c’est une sorte d’ultimatum, du genre « oui ou non ? Es-tu le Christ (c’est-à-dire le Messie) ? Décide-toi à le dire clairement, une fois pour toutes ».
Au lieu de répondre « oui, je suis le Messie », Jésus parle de ses brebis, mais cela revient au même ! Car le peuple d’Israël se comparait volontiers à un troupeau : « Nous sommes le peuple de Dieu, le troupeau qu’il conduit » est une formule qui revient plusieurs fois dans les psaumes. En particulier dans le psaume de ce dimanche : « Il nous a faits et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau » ; troupeau bien souvent malmené, maltraité, ou mal guidé par les rois qui s’étaient succédés sur le trône de David… mais on savait que le Messie, lui, serait un berger attentif et dévoué. Donc, tout naturellement, Jésus pour affirmer qu’il est bien le Messie, emprunte le langage habituel sur le pasteur et les brebis. Et ses interlocuteurs l’ont très bien compris.
Mais Jésus les emmène beaucoup plus loin ; parlant de ses brebis, il ose affirmer : « Je leur donne la vie éternelle, jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main »… formule très audacieuse : qui donc peut donner la vie éternelle ? Quant à l’expression « être dans la main de Dieu », elle était habituelle dans l’Ancien Testament ; chez Jérémie, par exemple : « Oui, comme l’argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d’Israël ! » (Jr 18,16). Ou encore dans le livre de Qohélet (l’Ecclésiaste) : « Les justes, les sages et leurs actions sont dans la main de Dieu. » (Qo 9,1). Ou enfin, dans le Livre du Deutéronome : « C’est moi qui fais mourir et vivre, si j’ai frappé, c’est moi qui guéris, et personne ne délivre de ma main. » (Dt 32,39), et un peu plus loin : « Tous les saints sont dans ta main. » (Dt 33,3).
C’est bien à cela que Jésus fait référence puisqu’il ajoute aussitôt : « Personne ne peut rien arracher de la main du Père » ; il met donc clairement sur le même pied les deux formules « ma main » et « la main du Père ». Il ne s’arrête pas là ; au contraire, il persiste et signe, dirait-on aujourd’hui : « le Père et moi, nous sommes UN ». C’est encore beaucoup plus osé que de dire « oui, je suis bien le Christ, c’est-à-dire le Messie » : il prétend carrément être l’égal de Dieu, être Dieu lui-même. Pour ses interlocuteurs, c’était intellectuellement inacceptable.
IL EST VENU CHEZ LUI ET LES SIENS NE L’ONT PAS REÇU
On attendait un Messie qui serait un homme, on n’imaginait pas qu’il puisse être Dieu : car la foi au Dieu unique était affirmée avec tant de force en Israël qu’il était pratiquement impossible pour des Juifs fervents de croire à la divinité de Jésus ! Ceux qui récitaient tous les jours la profession de foi juive : « Shema Israël », « Ecoute Israël, le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR UN » ne pouvaient supporter d’entendre Jésus affirmer « le Père et moi, nous sommes UN ». Cela explique peut-être que l’opposition la plus farouche à Jésus soit venue des chefs religieux. Leur réaction ne se fait pas attendre ; en se préparant à le lapider, ils l’accusent : « Ce que tu viens de dire est un blasphème, parce que toi qui es un homme, tu te fais Dieu ».
Une fois de plus, Jésus se heurte à l’incompréhension de ceux qui, pourtant, attendaient le Messie avec le plus de ferveur ; on retrouve là un thème de méditation permanent chez Jean : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. » Tout le mystère de la personne du Christ est là et aussi en filigrane son procès.
Et pourtant, tout n’est pas perdu ; Jésus a essuyé l’incompréhension, voire la haine, il a été persécuté, éliminé, mais certains ont cru en lui ; le même Jean le dit bien dans le Prologue de l’évangile : « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu… mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (Jn 1,11-12). Et on sait bien que c’est grâce à ceux-là que la révélation a continué à se répandre. De ce petit Reste est né le peuple des croyants : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle. »
Malgré l’opposition que Jésus rencontre ici, malgré l’issue tragique déjà prévisible, il y a là, incontestablement un langage de victoire : « Personne ne les arrachera de ma main »… « Personne ne peut les arracher de la main du Père » : on entend là comme un écho d’une autre phrase de Jésus rapportée par le même évangéliste : « Courage, j’ai vaincu le monde ». Les disciples de Jésus, tout au long de l’histoire, ont bien besoin de s’appuyer sur cette certitude : « Personne ne peut les arracher de la main du Père ».

ANNE DE KIEV (v.1024/1032 - v. 1075/1089)8, EUROPE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EUROPE, UKRAINE

Anne de Kiev reine de France

Anne, princesse de Kiev devenue reine de France

Il y a mille ans, cette princesse a traversé l’Europe pour épouser l’un des premiers rois capétiens. Elle a tissé le premier lien historique entre la France et le monde des Slaves orientaux.

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La statue de Anne de Kiev, reine de France de 1051 à 1060, place des Arènes à Senlis.

Philip d’Edimbourg, Felipe VI, roi d’Espagne et Philippe, roi des Belges, doivent leur prénom à leur ancêtre commune: Anne de Kiev. Cette reine des Francs a baptisé son fils Philippe, alors inconnu en Europe de l’Ouest. Ce prénom de culture grecque provient de ses terres d’origine, la Rus’ de Kiev. Anne est issue de ce berceau des Slaves orientaux réunissant aujourd’hui Russes, Biélorusses et Ukrainiens.

Pour partir à sa rencontre, il faut remonter quasiment mille ans en arrière. On arrive sous le règne des premiers Capétiens, une époque obscure pour les historiens, confrontés à des archives lacunaires.

Venue des confins du monde connu

Au mitan du XIe siècle, aucun grand évènement, aucun personnage d’envergure ne ressort. C’est un trou noir de l’histoire de France. À la tête du royaume, le roi Henri Ier est faible, veuf et sans enfant. À court d’héritier, il lorgne sur une princesse qui vit aux confins de l’Europe, sur des terres lointaines et prospères.

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Anne, Reyne de France | via Wikimedia-Commons

Cette princesse, Anne de Kiev, appartient à l’une des plus prestigieuses familles de son temps. Son père est le grand-prince Iaroslav, à la tête de la puissante principauté des Rus’, alors le plus vaste état d’Europe. Ces Slaves d’Orient sont sous l’influence culturelle des Byzantins depuis leur récente christianisation, une conversion diffusée depuis Constantinople. Au carrefour des routes commerciales, la ville de Kiev est environ dix fois plus peuplée que Londres ou Paris. Le pays des Rus’ atteint alors son âge d’or.

Pas de date de naissance avérée, ni même de sa mort. Pas de tombe.

On ignore jusqu’à son visage.

Anne de Kiev quitte ses somptueuses coupoles et bulbes dorés pour traverser l’Europe jusque dans l’actuelle Île-de-France, nettement moins raffinée. Faute de terre à transmettre, elle amène avec elle de «riches présents», selon un chroniqueur. En 1051 à Reims, elle devient la seconde épouse d’Henri Ier, âgé d’une vingtaine d’années de plus qu’elle.

On ignore pourquoi Henri Ier a jeté son dévolu sur une princesse aussi éloignée mais on peut deviner que ce choix fut dicté par la sévérité de l’Église sur les liens de parenté. Par la suite, Rome se montrera beaucoup moins sourcilleuse sur les questions de consanguinité et Louis XIV pourra épouser sa cousine germaine sans surmonter le moindre veto.

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Le mariage à Reims de Henri Ier roi de France et d’Anne de Kiev. Miniature extraite d’un manuscrit français référencé ci-après.| Chroniques de Saint-Denis via Wikimedia Commons

Pour revenir à Anne, la jeune femme découvre un royaume des Francs où le roi est nargué par ses propres vassaux. L’État est morcelé par la féodalité, les terres recouvertes par les forêts et les villes s’apparentent surtout à des bourgs. Paris s’est tout juste remis du siège viking du siècle précédent. Partout se construisent des églises romanes.

La toile de fond est plus nette que la vie de la nouvelle reine qui s’apparente, elle, presque à une page blanche. Pas de date de naissance avérée, ni même de sa mort. Pas de tombe. On ignore jusqu’à son visage. Il faut dire que les chroniqueurs sont restés peu loquaces: «Avec elle, le roi vivait heureusement» écrit l’un d’eux avec parcimonie. On reste sur sa faim.

D’Anne, il ne reste que des fragments. Sa signature en cyrillique au bas d’une charte et des croix qu’elle a tracées sur des documents en guise de seing. Sur ces actes, elle est désignée «reine», «mère», «A», «Agna», «Agneta» ou, le plus souvent, «Anna». À défaut de traces abondantes, on aimerait convoquer un romancier pour broder sa vie.

Veuve et remariée

Dans ce brouillard, quelques indices prêtent néanmoins à penser qu’Anne pesait. Et qu’elle ne manquait pas de personnalité. Déjà, elle a imposé un prénom issu de sa culture pour son aîné, l’héritier au trône: ce sera le futur Philippe Ier. Ensuite, le roi vient à mourir alors que son fils n’a que 7 ans: son beau-frère Baudouin V de Flandre prend les rênes du royaume. Mais ce pouvoir, il le partage avec Anne.

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Statue d’Anne de Kiev, Abbaye Saint-Vincent, Senlis (Oise). | via Wikimedia-Commons

Elle ouvre, en quelque sorte, la longue tradition des reines régentes. L’éducation de son fils est confiée à un pedagogus regis, là encore un terme grec alors inusité en Occident, désignant le précepteur. Et cette femme nous réserve encore des surprises.

«Pendant la période soviétique, Anne servira à la propagande du régime, mais elle devient également l’un des fers de lance du renouveau nationaliste ukrainien.»

Philippe Delorme, historien

Après la mort de son royal époux, la veuve ne reste pas seule. Elle abandonne le pouvoir et part avec un homme. Et pas avec n’importe lequel. Elle épouse Raoul IV, comte de Valois et de Crépy, un baron qui est le vassal de son propre fils. Un personnage violent, prompt à guerroyer et à rançonner. N’hésitant pas à brûler Verdun parce que l’évêque refuse de lui verser un tribut. Déjà marié, Raoul répudie son épouse pour se marier avec Anne. Cette union entre la reine douairière et ce personnage haut en couleurs fait un énorme scandale. Raoul est excommunié, même le Pape est mêlé à l’affaire.

Finalement, Anne finit par vendre ses possessions pour construire l’Abbaye Saint-Vincent autour de Senlis, l’une des villes royales sous ces premiers Capétiens itinérants. Cette ville de l’Oise entretient toujours le souvenir d’Anne. En 2004, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko y a même inauguré une statue d’elle. On ignore où la reine est morte. Une source anonyme et postérieure affirme qu’«après la mort de Raoul, [Anne] regagna le sol natal. vingt-cinq ans après l’avoir quitté».

Anne de Kiev a-t-elle revu les coupoles dorées du Kiev de son enfance? Cela paraît assez improbable. Ce qui est certain, c’est que cette reine tombe rapidement dans un oubli à peu près total. «Il semble que, dès la fin du XIIe siècle, Philippe Auguste ne gardait plus aucun souvenir de sa trisaïeule», écrit l’historien Philippe Delorme dans sa biographie d’Anne de Kiev.

Une amitié millénaire

Par la suite, le royaume de France et la Rus’ de Kiev suivront des trajectoires opposées. La puissance du premier s’affermira tandis que le second déclinera jusqu’à l’effondrement. Se morcelant en entités rivales, la principauté slave tombera sous les assauts des Mongols, menés par Batu, le petit-fils de Gengis Khan. La ville de Kiev sera détruite. La Russie, la Biélorussie et l’Ukraine, qui naîtront bien plus tard, se partagent aujourd’hui l’héritage de cette Kiev de l’an mille et de cette reine des Francs.

 «Pendant la période soviétique, Anne servira à la propagande du régime, mais elle devient également l’un des fers de lance du renouveau nationaliste ukrainien», rappelle Philippe Delorme dans son ouvrage. Figure disputée, Anne de Kiev est aussi l’un des ciments de ce monde «Rus’», aujourd’hui déchiré par la guerre. Cette reine représente également le lien le plus ancien unissant la France aux Slaves orientaux. À l’heure où l’on se tient aux côtés de l’Ukraine dans son malheur, il est bon de rappeler que l’amitié avec Kiev est millénaire. Grâce à Anne de Kiev.

http://www.slate.fr/story/226002/anne-de-kiev-reine-france-henri-i-philippe-histoire-senlis-ukraine-princesse

CHJRISTIANISME, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), EVANGILES, JUDAS DE LANZA DEL VASTO, JUDAS ISCARIOTE (Ier siècle), LANZA DEL VASTO (1901-1981), LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Judas de Lanza del Vasto

Judas

Lanza del Vasto

Paris, Gallimard, 1992. 245 pages

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«Tu savais bien, depuis longtemps, ce qui allait arriver. Pourquoi ne m’as-tu pas empêché ? Pourquoi, quand je mettais avec toi la main au plat, ne m’as-tu pas pris la main, ne m’as-tu pas dit « Ami » […] Pourquoi m’as-tu dit avec impatience : « Va et ce que tu as à faire fais-le » ? Tu voulais me perdre, et, vois, je t’ai entraîné avec moi. Oh Seigneur, tu m’as appelé pour me repousser, […] tu ne m’as pas même fait la grâce d’un regard. Seigneur, oh Seigneur, comme tu m’as trahi.»

C’est ainsi que Judas parle au pied de la Croix où Jésus vit les dernières heures de sa vie terrestre. Ces dernières paroles résument tout le drame de Judas.

Judas l’Iscariote a longtemps été une énigme pour les auteurs chrétiens et aussi non croyants : pourquoi a-t-il trahi Jésus ? Une longue littérature a tenté de dresser un portrait de Judas : des Pères de l’Eglise jusqu’à la première moitié du XXè siècle Judas a été considéré comme « le traitre » et a servi a alimenté la thèse du déicide contre les Juifs et ce n’est qu’après les années cinquante que la figure de Judas a évolué pour en faire un nationaliste déçu par Jésus ou encore un instrument servant la mission du Messie en le trahissant.

Lanza del Vasto écrivant son livre en 1938 nous livre un Judas certes fort peu sympathique mais à l’âme torturé. Après avoir fui le foyer paternel il rencontre Jean le Baptiste qu’il suit au désert. Puis il quitte Jean pour suivre Jésus et les disciples : il fera ainsi parti des douze. Il s’attache à Jésus et tente de conquérir son amitié mais sans résultat car Jésus l’ignore. Envoyé en mission il fait du zèle pour annoncer la Bonne Nouvelle. Lui qui est assoiffé de reconnaissance ne rencontre qu’indifférence auprès de celui dont il voudrait être l’ami. Quand Jésus entre à Jérusalem sur un âne il est dégoutté par cette scène vulgaire. Le moment où Judas décide de trahir Jésus se situe dans la scène où Marie-Madeleine (dont il était l’amant avant qu’elle ne rencontre Jésus et qu’il désire l’avoir pour lui seul) chez Simon le pharisien verse le parfum sur les pieds de Jésus.

A ce moment là il se décide à aller trouver les pharisiens et à mettre au point l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani. Il se sent délivré : « Tu as toujours voulu m’ignorer : maintenant tu vas devoir t’apercevoir que moi je suis, que moi je suis moi ».  Et pourtant il confessera que Jésus est innocent et souffrant il se pend au figuier qui avait été maudit par Jésus.

En lisant cet ouvrage on s’aperçoit combien l’auteur prend des libertés avec les Evangiles. Il brosse un portait haut en couleur de cet apôtre qui aurait suivi Jean avant de s’attacher à Jésus. L’auteur met dans la bouche même de Judas des paroles prononcées par ce même Jésus, paroles que l’on retrouve certes dans les Evangiles mais dans une perspective tout autre. Si Lanza del Vasto fait de Judas celui qui tenait les comptes de la communauté des douze il en fait également un intellectuel bien supérieur aux pêcheurs de Galilée.

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On peut voir dans cet ouvrage plus qu’un portrait de Judas. Le prétexte est l’occasion d’explorer les aspects de la condition humaine : on voit un être assoiffé de reconnaissance et d’être aimé mais qui par son attitude tortueuse à l’égard de ses semblables court à la catastrophe. Judas nous offre ici un miroir de ce que l’on peut être. L’auteur veut nous dire : Judas c’est moi aussi.

©Claude Trcoire

26 avril 2022.

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The kiss of Judas, detail of Christ’s Capture, detail of the fresco cycle by Giotto, in the Scrovegni Chapel, Padua

Pour aller plus loin : Judas dans la littérature

https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/129.html

Lanza del Vasto (1901-1981)

Né(e) à : San Vito dei Normanni, Pouilles , le 29/09/1901
Mort(e) à : Elche de la Sierra, Espagne , le 05/01/1981

Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, né Giuseppe Giovanni Luigi Maria Enrico Scansa-Lanza, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto, est un philosophe italien.

Issu d’une famille aristocratique du sud de l’Italie, il étudie à Paris au lycée Condorcet, en 1913. Il s’inscrit à la rentrée 1920 en faculté de philosophie à l’Institut royal d’études pratiques supérieures et de perfectionnement de Florence puis en 1921 à celle de Pise où il soutient en 1928 une thèse de doctorat en philosophie.

En décembre 1936, Lanza part en Inde. Au centre de ce voyage, la rencontre décisive avec Gandhi, en 1937, qui lui donne un nouveau nom : « Shantidas », serviteur de paix. Il est reçu pour un mois comme novice dans un monastère mahayana.

Il est à Paris le 10 juillet 1939 au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate. Six semaines plus tard, il part pour la Suisse.
En octobre 1943, il revient s’installer à Paris quand Le Pèlerinage aux sources, récit de son voyage en Inde paru chez Denoël, trouve son public et rencontre le succès.

En 1948, il épouse Chanterelle Gibelin, chanteuse et instrumentiste. C’est alors qu’avec des amis qui ont l’habitude de se réunir chez lui, le couple installe, sur le modèle de l’ashram, une première « Communauté de l’Arche » en Saintonge, au lieu dit Tournier, sur la commune de La Genétouze.

En 1963, la Communauté, à laquelle il se dévouera pendant trente-trois ans, délivrant dans le monde entier un message de sagesse et de paix, se transfère dans les Cévennes biterroises, à Roqueredonde.

Militant de la paix chrétien, poète, sculpteur et dessinateur, il a été un précurseur des mouvements de retour à la nature.

site : https://www.lanzadelvasto.com/fr

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, CHRISTIANISME, ISRAËL, JUDAÏSME, PERSONNAGES DE L'ANCIEN TESTAMENT

Personnages de l’Ancien Testament

Principaux personnages de l’Ancien Testament

Six personnages de l'Ancien Testament
Fra Angelico (Guido di Pietro, dit Fra Giovanni da Fiesole)Italie Toscane Florence, Musée du Louvre, Département des Peintures, RF 310 – https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010066550https://collections.louvre.fr/CGU

Abraham

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Abraham est un personnage central pour les chrétiens. Il l’est aussi pour les juifs et les musulmans. Sa vie est racontée dans la Genèse, le premier livre de la Bible..

Abraham, c’est celui qui fait totalement confiance en Dieu. Et pourtant, sa vie n’est pas facile :

Il quitte son pays et sa tribu pour se mettre en marche vers une terre désignée par Dieu. Il changera même de nom « Abram » pour devenir « Abraham ».

Sarah, la femme qu’il aime, n’a pas d’enfant. Ce n’est que très tardivement, lorsque tout espoir semble perdu, que Dieu exhaussera leur attente à tous les deux.

Dieu testera jusqu’au bout sa fidélité en lui demandant de sacrifier cet enfant, Isaac, qu’il a eu avec Sarah : c’est l’épisode du sacrifice d’Isaac (Dieu retenant le bras d’Abraham avant qu’il ne tue Isaac).

La vie d’Abraham

Abraham, s’appelle d’abord Abram. Il est descendant de Sem, fils de Noé. Il se marie avec sa demi-sœur Saraï (Sarah), mais cette dernière est stérile.
Un jour, Abram quitte Ur avec sa famille et s’installe à Harran. À la demande de Dieu, et alors qu’il est âgé de 75 ans, il quitte à nouveau sa terre et avec sa famille, va dans le pays de Canaan, à Sichem puis au Chêne de Mambré. C’est là que Dieu lui promet de donner ce pays à sa descendance.
Mais sa route est semée d’embuches. C’est ainsi qu’Abram demande à Saraï de faire croire aux Égyptiens qu’elle est sa sœur. En effet, il craint d’être tué s’il se présente comme mari d’une si belle femme. Le Pharaon prend Saraï pour femme, et Abram reçoit de nombreux cadeaux. Mais Dieu inflige de grands malheurs au Pharaon, qui après avoir reproché son mensonge à Abram, les congédie.
Alors qu’Abram passe par le Néguev, il se sépare de Loth, son neveu. En effet, leurs troupeaux sont tellement grands que le pays ne subvient plus à l’ensemble de leurs besoins. C’est ainsi que Loth partira s’installer à Sodome (Abram mènera par la suite une expédition pour libérer Loth qui a été fait prisonnier).

Abraham fait un enfant à Agar

Abram accepte la proposition de Saraï qui, pour avoir un fils, lui donne sa servante égyptienne Agar comme femme… Tombée enceinte, Agar méprise Saraï, qui s’en plaint à Abram. Comme il répond qu’elle peut faire d’Agar ce qu’elle veut, elle la maltraite et provoque sa fuite. Après avoir vu un ange, Agar revient et donne naissance à Ismaël.

L’Alliance d’Abraham

Treize ans après, Abram a 99 ans. Dieu lui apparaît et lui propose à nouveau une Alliance… Dieu le nomme Abraham, car il lui promet de nombreux descendants. En échange, Abraham et ses descendants devront le reconnaître comme leur Dieu, et pratiquer la circoncision sur les enfants mâles.
Dieu change aussi le nom de Sarah en Saraï et promet qu’elle enfantera dans un an un fils : Isaac

La chute de Sodome et Gomorrhe

Dieu annonce qu’il va à Sodome et Gomorrhe pour juger ces villes, dont la population se conduit mal… Abraham le supplie de ne pas détruire Sodome s’il y trouve 50 justes. Dieu accepte, puis Abraham négocie jusqu’à obtenir que 10 justes sauvent la cité.
Dieu s’éloigne, et Abraham rentre chez lui. Mais Dieu ne trouvera pas 10 justes et le lendemain, Sodome est anéantie, mais Dieu a épargné son neveu Loth et ses enfants.

Le sacrifice d’Isaac

A la naissance d’Isaac, Sarah demande à Abraham de chasser Ismaël. Elle ne veut pas qu’Isaac ait à partager l’héritage avec Ismaël… Abraham en est contrarié, mais Dieu lui dit d’écouter Sarah car l’Alliance passe par Isaac. Alors Abraham chasse Agar et Ismaël.
Un jour, Dieu demande à Abraham d’offrir Isaac en holocauste sur le Mont Moriah. Après trois jours de marche, il demande aux serviteurs de garder l’âne et charge Isaac des bûches. Sur la route, Isaac demande où est l’agneau qui sera brûlé. Abraham répond qu’il s’en remet à Dieu.
Une fois arrivés, Abraham élève un autel, dispose les bûches et lie son fils au bûcher. Alors qu’il tend la main pour immoler Isaac, un ange, convaincu de la crainte qu’il place en Dieu, crie à Abraham d’épargner Isaac. Un bélier, qu’Abraham voit pris au piège dans un fourré, est sacrifié à sa place. L’ange bénit Abraham et s’engage à faire proliférer sa descendance, promettant que toutes les nations de la terre se béniront en elle.

La descendance d’Abraham

Descendance d’Abraham

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Sarah

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Voici l’histoire de Sarah. Épouse d’Abraham, elle connaît l’exil, le Pharaon et la jalousie… mais espère toujours un fils. Dans la Bible, Sarah apparaît au début du récit de la Genèse, sous le nom de Saraï.

L’histoire de Sarah

Dans la Bible, Sarah apparaît au début du récit de la Genèse, sous le nom de Saraï. Elle vit avec son mari Abram dans la ville de Harran et l’accompagne quand il quitte le pays pour suivre l’ordre de Dieu.
Ils arrivent dans le pays de Canaan qui est frappé par la famine et doivent trouver refuge en Égypte. Mais le Pharaon prend pour lui les plus jolies femmes de son royaume. Or, comme Saraï est très belle et pour éviter de la perdre, Abram demande à sa femme de se faire passer pour sa sœur.

Quand le Pharaon prend Saraï dans son harem, la maison royale est frappée de malheurs. Pharaon découvre qu’en réalité Saraï est la femme d’Abram et que tous ses malheurs proviennent de là, il libère alors Abram et son épouse en leur demandant de quitter l’Égypte.
Malgré la promesse de Dieu faite à Abram d’être le père de nombreuses nations et donc d’avoir une descendance importante pour les peupler, sa femme Saraï reste désespérément stérile. Saraï décide alors d’offrir sa servante égyptienne Agar comme concubine à son époux. Agar donne un enfant à Abram: Ismaël.
Abram continue de faire confiance en Dieu et accepte l’Alliance qu’il lui a offerte. Comme Abram accepte l’Alliance proposée par Dieu, celui-ci va lui donner un nom nouveau: Abram devient alors Abraham et Saraï devient Sarah.

Des années plus tard, Abraham voit passer trois étrangers. Il court auprès d’eux et les invite sous sa tente. Les trois messagers viennent informer Abraham de l’imminence de la destruction de Sodome et Gomorrhe. Ce sont deux villes détruites par Dieu à cause de leur péché.

L’un des messagers annonce l’enfant à venir. Sarah, âgée de plus de 80 ans, et qui ne dort plus avec son époux centenaire, rit d’entendre une telle nouvelle. L’enfant naîtra un an plus tard et s’appellera donc Isaac,ce qui veut dire : « il rira ».
À la naissance d’Isaac, Sarah ne supporte plus les moqueries et l’influence de sa servante Agar et d’Ismaël sur son enfant. Elle demande à Abraham de les renvoyer. Abraham suit le conseil de sa femme et renvoie Agar et son fils dans le désert après que Dieu l’ait assuré de la grande destinée qui attend Ismaël.

A la fin de sa vie, Abraham est mis à l’épreuve par Dieu (« Yahvé ») qui lui demande de lui sacrifier son fils Isaac.
Sarah décède à Hébron à l’âge de 127 ans. Abraham achète alors un terrain dans la région de Hébron avec une grotte dans laquelle il enterre Sarah. Trois patriarches et trois de leurs épouses (appelées parfois matriarches) sont enterrés dans ce qui est désormais le Tombeau des Patriarches, qui est un lieu saint datant de l’époque d’Hérode le Grand.

Les âges respectables que peuvent atteindre les personnages du début de la Genèse sont les signes de la bénédiction divine. Les personnages bibliques, d’avant le Déluge, peuvent vivre plusieurs centaines d’années, le record étant détenu par Mathusalem qui vécut 969 ans. Après le Déluge, la durée de la vie humaine va diminuer pour être inférieure à 200 ans pour les patriarches, signe du progrès du mal dans le monde.

Sarah : sens du texte biblique

Dans l’Ancien Testament, Sarah est humiliée par sa condition de femme stérile et bénéficie d’un extraordinaire retournement de situation grâce à l’intervention de Dieu. En effet, dans le texte, grâce à l’intervention de Dieu, elle devient féconde. Elle personnifie dans son itinéraire que « Rien n’est impossible à Dieu ! ».

Le comportement de Sarah pose une question : comment accepte-t-elle que son mari ait un enfant de sa servante ? En effet, malgré les promesses répétées de Dieu, elle n’a pas eu d’enfant après dix ans. Elle en conclut que Dieu est donc la cause de sa stérilité. Pourtant, ce n’est pas à Lui qu’elle demande d’y mettre un terme. Non elle invente plutôt une solution : son mari prendra sa servante et elle adoptera l’enfant né de leur union.
Une fois que c’est fait, comment Sarah vit-elle cette situation ? Elle ne supportera pas de voir Agar la toiser du haut de sa grossesse. Humiliée, elle s’en prend à Abraham. Elle a raison car son mari n’a pas osé résister à sa mauvaise solution. 

Plus tard, la naissance de son fils Isaac viendra couronner le long mûrissement d’une relation mal ajustée au départ, où la stérilité aura été finalement moins une malédiction que la chance d’un devenir lent et difficile, mais fécond pour Sarah comme pour Abraham.

Lors du sevrage de son fils, la jalousie saisit Sarah à l’égard de sa servante Agar et d’Ismaël, le fils que cette dernière a eu avec Abraham. Alors, elle anticipe et exige d’Abraham qu’il renvoie la servante et son fils. Sarah parle par jalousie et son ton est dur !

Sarah, une femme qui a lutté pour vivre une relation juste et ouverte à une vraie fécondité. C’est là sa grandeur et elle demeure même si le désir ardent qui l’a fait se battre pour la vie n’a pas été sans dureté.
Sarah est la première femme qui apparait vraiment dans la Bible. En effet, on ne peut pas considérer qu’Ève dispose du même statut car elle représente plus une femme symbole de l’émergence de la vie. Les autres femmes qui sont citées ne sont que des noms et leur histoire n’est pas relatée.

Isaac, l’enfant du miracle

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Né de Sara, âgée et stérile, Isaac révèle la gloire de Dieu quant à l’alliance proposée à Abraham son père. Moins connu que son père qui se dirigea le premier vers le pays de Canaan, Isaac renouvelle cependant cette adhésion au plan divin, préalable à l’essor du peuple d’Israël.

L’épreuve du sacrifice

Alors qu’Ismaël, ancêtre du peuple arabe, et sa mère Agar sont chassés dans le désert, Isaac, le fils unique d’Abraham, est demandé en sacrifice par Dieu. Sans s’opposer à ce commandement incompréhensible pour l’homme, Abraham s’exécute dans l’une des scènes les plus représentées par l’art. Le vieil homme résigné mène son fils sur la montagne pour l’immoler. Rares paroles, confiance absolue en l’impératif divin. Le père charge le bois sur le dos de son fils et tous deux gravissent en silence jusqu’à la question ultime et douloureuse de son fils : « Voici le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? », ce à quoi Abraham répond : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils ».

Préfiguration de la Passion du Christ

Au moment où sa main se lève pour porter le coup fatal, l’ange de Yahvé arrête Abraham et lui ordonne de sacrifier un bélier proche dont les cornes sont prises dans un buisson. Rien ne saurait être refusé à Dieu, et pour ce total abandon à l’ordre divin, même pour ce qui lui avait été promis, Abraham est resté célèbre jusqu’à nos jours. L’Ancien Testament dans ces pages éminemment dramatiques préfigure le sacrifice du Christ, Isaac porte le bois de l’holocauste, le Christ sa propre croix, Abraham consent à sacrifier son fils unique, Dieu offre Jésus pour le rachat de la multitude. Confiance d’Isaac dans la volonté de son père, total abandon du Christ dans le jardin de Gethsémani à la veille de sa Passion en ce qui a été décidé par Dieu : « Toutefois non pas ce que je veux mais ce que tu veux ». Une même force spirituelle unit Abraham et son fils, celle de la foi témoignée par le Christ lors de sa vie terrestre.

Creuser de nouveaux puits…

Après la mort de son père Abraham, les nombreux puits que ce dernier avait creusés se trouvent comblés par les Philistins. Isaac décide de les rouvrir et leur donner les mêmes noms. Mais ils furent l’objet de querelles et de disputes. Au lieu de batailler avec ses ennemis, Isaac en fore un nouveau qu’il nomme Rehobot et qui ne sema pas la discorde. Juste après, Yahvé  lui apparaît et lui dit : « Je suis le Dieu de ton père Abraham. Ne crains rien, car je suis avec toi. Je te bénirai, je multiplierai ta postérité, en considération de mon serviteur Abraham ». L’alliance est confirmée, Isaac bâtit sur le lieu de l’apparition un autel, installe sa tente et décide d’y forer un nouveau puits. Isaac épousera Rébecca choisie dans la famille d’Abraham par le vieil intendant Eliézer. De cette union naîtront Esaü et Jacob et la fameuse ruse quant à celui des deux qui succèdera à leur père, mais ceci est une autre histoire…

Jacob, une lutte incessante

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Petit-fils d’Abraham, fils d’Isaac, Jacob est le troisième des grands patriarches. Sa vie sera marquée par cette lutte entre instinct et destin. Suivre ses inclinations ou rejoindre le plan divin, voilà le combat mené par Jacob.

Un esprit de conquête dès la naissance

Rébecca, comme Sarah la femme d’Abraham, est stérile. Sa prière est pourtant exaucée avec deux jumeaux, Esaü, l’aîné, et Jacob. Alors qu’Esaü naît le premier, Jacob le retient par le talon, signe d’une lutte déjà entamée… Jacob grandit dans les tentes parmi les femmes et a belle allure alors qu’Esaü est robuste, plein de poils et passe son temps à chasser. Esaü a la préférence de son père, Jacob, celle de sa mère. L’opposition entre les deux frères est marquée, un oracle avait prédit à sa mère que « L’aîné servira le cadet ».

La ruse pour la primauté

Jacob ruse à deux reprises pour duper son frère et obtenir la bénédiction de son père. Profitant de la gourmandise d’Esaü, il lui achète son droit d’aînesse contre un plat de lentilles. Pire encore, complice avec sa mère Jacob se fait passer pour son aîné devant son père Isaac, aveugle en raison de son grand âge. Sa mère aide Jacob à recouvrir ses bras et son cou de peau de bête pour imiter la pilosité de son frère. Le subterfuge réussit, le père lui transmet sa bénédiction faisant de Jacob l’héritier des Promesses divines. Lorsqu’Esaü apprend la duperie, il veut tuer son frère, Jacob s’enfuit vers Hâran d’où était parti Abraham, éternel retour…

L’Échelle de Jacob

Le destin de Jacob ne semblait pas propice à ce qu’il plaise à Dieu. Pourtant dans sa fuite, c’est à Bethel qu’il a ce fameux songe « L’Échelle de Jacob » dans lequel il aperçoit une échelle reliant la terre au ciel et dont des anges en gravissent et descendent les degrés inlassablement, symbole de l’ouverture du ciel aux aspirations de l’homme. Par ce songe, Dieu renouvelle à Jacob les promesses faites à Abraham et à Isaac, le destin de Jacob est scellé ou presque…

La Lutte avec l’Ange

Jacob doit subir à son tour la ruse en trimant pour le compte du berger Laban dont il demande sa fille Rachel en échange de son labeur. Mais, c’est Léa voilée, moins convoitée, qui lui sera cependant donnée la nuit de noces. Dépité, il accepte de travailler autant pour obtenir la main de Rachel. Jacob aura ainsi deux épouses et douze enfants, à l’origine des douze tribus d’Israël. Cherchant à se réconcilier avec son frère, il repart vers Canaan mais en route, au gué de Yabboq, Jacob luttera toute une nuit contre un inconnu dont il devine la nature divine, l’Ange de Jacob. À l’aube, il obtient qu’il le bénisse et reçoit un nouveau nom : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu t’es montré fort avec Dieu ». Grâce à cette reconnaissance, il se réconcilie avec son frère Esaü qui l’accueille à bras ouvert, la bénédiction d’Israël et de tous les croyants peut continuer.

Joseph et les songes

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 Joseph est le premier-né de Rachel, longtemps stérile, et l’enfant préféré de son père Jacob. Suscitant rapidement la jalousie de ses autres frères, sa vie va prendre l’allure d’une épopée trépidante digne d’être portée au cinéma, ce qu’elle n’a pas manqué d’être.

Une jalousie attisée par les songes

Joseph grandit parmi ses frères mais à leur différence il a des songes. Il a l’imprudence un jour d’en raconter la teneur à ses frères (Gn. 37). Dans son rêve, avec eux aux moissons, il voit sa gerbe entourée par celles de ses autres frères qui se prosternent devant elle. Dans un autre songe, ce sont le soleil, la Lune et onze étoiles qui se trouvent à ses pieds… L’interprétation ne fait aucun doute et les frères de Joseph répliquent vexés : « Allons-nous […] venir nous prosterner à terre devant toi ? » La jalousie était semée.

La vengeance meurtrière

Souhaitant se débarrasser de lui, ses frères dépouillent Jacob de sa précieuse tunique que son père lui avait donnée, suscitant déjà leur jalousie, et le jettent dans une citerne vide. Alors qu’ils annoncent sa mort à leur père effondré, deux versions coexistent. Dans la première, Joseph est vendu directement par ses frères comme esclave à des Ismaélites, dans l’autre il est trouvé dans son trou par des marchands qui l’emmènent en tant qu’esclave en Égypte.

Un destin qui dépasse les épreuves

Mais la bénédiction de Dieu accompagne Joseph même dans les pires épreuves. Esclave, il provoque de nouvelles jalousies en refusant les avances de la femme de son maître et est emprisonné. Mais il est remarqué dans sa captivité pour sa qualité à interpréter les songes, et est appelé auprès de Pharaon pour un de ses rêves qu’aucun ne parvient à expliquer dans sa cour. C’est le fameux songe des sept vaches maigres dévorant sept vaches grasses que seul Joseph parvient à décrypter : il prédit à l’Égypte sept années de fertilité, suivie de sept autres de famine. Émerveillé par son savoir, Pharaon fait de Joseph son grand vizir, intendant de ses biens. Il est dorénavant puissant et gère les récoltes afin de faire des stocks dans la perspective de la disette à venir. Lorsque les années de « vaches maigres » surviennent, l’Égypte est non seulement à l’abri de la famine mais peut même revendre à prix d’or son surplus aux nations voisines.

Une interprétation christique

Alors que ses frères se rendent en Égypte pour justement y acheter du blé, Joseph après leur avoir fait subir des péripéties en rappel du mal qu’ils lui avaient causé se réconcilie avec eux. Il sait que seul le dessein divin l’a mené en Égypte et non la jalousie de ses frères. Un mal pour un grand bien ayant servi non seulement sa réussite mais ayant surtout sauvé un grand nombre d’Égyptiens et de nations. Sa sagesse dépasse la rancœur pour atteindre le pardon, élément essentiel de cette histoire épique qui préfigure celle du Christ, vendu par l’un des siens et dont le sacrifice sauvera le monde.

Moïse, sauvé des eaux, sauveur d’Israël

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La figure de Moïse demeure familière bien des millénaires après le récit laissé par la Bible. Eaux changées en sang, bâton se transformant en serpent, sans oublier la fameuse traversée de la mer Rouge, chaque détail de sa vie a donné lieu à de mémorables peintures, sculptures, musiques…

Fils d’Hébreux et prince d’Égypte

Le destin de Moïse dépasse de loin un grand nombre de personnages de la Bible. Promis à la mort par la décision de Pharaon d’éliminer tous les enfants mâles des Hébreux jugés en surnombre, il échappe, déposé dans une corbeille d’osier par sa mère sur le Nil, à cette fin tragique. Recueilli par la fille de Pharaon qui l’élève, et lui donne pour nom Moïse qui signifie « Sauvé des eaux »,  il devient prince d’Égypte proche de Pharaon. Un tel destin aurait pu suffire, mais l’histoire de Moïse ne fait que commencer ! Découvrant l’oppression de son peuple alors qu’il visitait un chantier, il tue un Égyptien qui molestait un ouvrier hébreu. Le meurtre découvert, Moïse du jour au lendemain, n’est plus prince mais doit fuir.

Appelé par Dieu, libérateur d’Israël

Il trouve refuge à Madiân au nord-ouest de la péninsule arabique. Là, il épouse la fille de Jéthro, Séphora. Alors que Moïse mène une vie simple de berger survient le fameux épisode du buisson ardent au mont Horeb. Avec ce buisson qui brûle, mais ne se consume pas, Yahweh se révèle à lui et lui intime de libérer les fils d’Israël du joug égyptien. Répondant à cet appel, Moïse repart en Égypte, se confronte à Pharaon en lui demandant de libérer son peuple. Devant ces refus s’abattent les dix terribles Plaies d’Égypte. Mais ces avertissements divins demeurent ignorés de Pharaon jusqu’au dernier, le plus terrible, qui condamne tous les premiers nés au pays d’Égypte, à l’exception de ceux des Hébreux ayant pris soin de marquer leur porte de sang d’agneau. Le fils de Pharaon meurt, cette nuit restera gravée dans la mémoire et commémorée avec la Pâque juive. Pharaon, abattu, libère alors les Hébreux, Moïse est à la tête d’une foule immense, sans terres et en exode.

Un peuple en Exode

Mais dans cet exode, comment échapper à la vengeance du Pharaon se ravisant de son erreur d’avoir libéré les Hébreux et franchir une mer qui empêche toute fuite ? Dieu renouvelle son Alliance avec Moïse qui intime aux flots de laisser passer son peuple à pied sec, scène immortalisée par l’inoubliable  film Les Dix Commandements. L’armée du Pharaon, elle, est engloutie par les flots, Moïse et les siens sont sauvés. Reste la traversée du désert, la faim et la soif, bientôt les récriminations du peuple contre Moïse et son Dieu qui, patient, renouvelle ses bienfaits : source sortie d’un rocher, manne et cailles à portée de main. Cette traversée symbolise celle de la vie, avec ses joies et ses peines, l’aide apportée et souvent négligée, naissance et renaissance.

 

Le don de la loi

Pour le peuple d’Israël, c’est aussi un don essentiel, celles des Tables de la Loi dictées à Moïse sur le mont Sinaï scellant l’Alliance. Alors que ce Décalogue dispose qu’aucune image ni idole ne doivent être adorées, le peuple au bas de la montagne s’est construit un veau d’or auquel il sacrifie en l’absence de Moïse. Colère divine, fureur de Moïse, les tables sont brisées et le peuple devra encore errer dans le désert avant la Terre promise que Moïse, âgé de 120 ans, ne fera qu’apercevoir, mais ne franchira pas.

Aaron, le premier des prêtres

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Aaron, le frère aîné de Moïse.

Frère aîné de Moïse, Aaron vécut à la fois dans l’ombre de son illustre frère tout en étant son porte-parole auprès des Hébreux et de Pharaon. Cité plus de trois cents fois par la Bible, ce personnage accompagne toute la vie de Moïse et symbolise la fonction sacerdotale en étant le premier grand prêtre des Hébreux.

Une parole partagée

Les relations entre frères avant Moïse et Aaron dans les récits bibliques n’avaient pas laissé de souvenir d’entente cordiale. Or, avec ces deux frères, c’est un tout autre lien qui s’établit. Si Moïse est prédestiné à recueillir la parole divine, il avoue humblement ne pas savoir la transmettre. Ce rôle incombera à son frère plus éloquent : « Aaron répéta toutes les paroles que Yahvé avait dite à Moïse ; il accomplit les signes aux yeux du peuple» (Ex 4, 30). Il s’adresse ainsi à Pharaon, lui intimant de libérer son peuple de l’esclavage selon la volonté révélée à Moïse. Face au refus du maître de l’Égypte, Aaron jette alors devant Pharaon un bâton qui se transforme en serpent afin de démontrer la grandeur de Yahvé. C’est ce même bâton qu’il brandira sur les flots pour les changer en sang et infliger par la suite de nombreuses autres plaies à l’Égypte, jusqu’à l’ultime, avec la mort des premiers nés égyptiens, dont le fils de Pharaon, et obtiendra la libération des Hébreux.

Aaron, l’intercesseur de Moïse

Aaron continue à jouer un rôle important dès la sortie d’Égypte avec l’Exode. Il recueille les doléances du peuple affamé dans le désert qui récrimine contre Moïse, regrettant la nourriture des Égyptiens. De là, découlera la fameuse manne, nourriture providentielle tombée du ciel. Aidé de Hur, il soutient les bras de son frère dans la grande bataille à Réphidim opposant les Hébreux aux Amalécites, chaque fois que Moïse avait les bras levés en prière, son peuple gagnait. C’est encore lui qui accompagnera Moïse au mont Sinaï pour rencontrer Yahvé.

L’erreur du Veau d’or

Alors irréprochable Aaron ? Oui, jusqu’à cette terrible méprise durant l’absence de Moïse, parti depuis quarante jours sur le Sinaï, pour recueillir les lois de l’Alliance. Le peuple s’impatiente et pense que son chef âgé de quatre-vingts ans est mort. Ils s’assemblent alors autour d’Aaron et lui demandent de leur faire des dieux qui pourront les conduire dans la traversée du désert. Aaron accepte, leur réclame tout leur or qu’il fait fondre et leur façonne alors le fameux veau d’or. Le polythéisme et l’idolâtrie sont revenus au galop moins de trois mois après leur condamnation et Yahvé vite oublié. Moïse lorsqu’il redescend de la montagne apostrophe son frère pour ce si grand péché. Dieu se met en colère et Moïse brise les tables de la Loi et le Veau d’or. Mais, Yahvé pardonne et aide Moïse à tailler les nouvelles et fragiles tables.

Le grand prêtre fondateur

Ce mémorable épisode n’empêche pas Aaron, pardonné par Dieu et dès lors par son frère, de devenir le prêtre du culte de Yahvé avec ses fils. Il reçoit l’onction d’huile sainte appelée à une longue tradition, il est le prêtre par excellence dont le Pentateuque détaillera chaque attribut et rituel avec précision. Premier pontife, sa lignée perpétuera cette tradition sacerdotale. Mais par ses fautes, pas plus que Moïse, il ne pourra entrer en Terre promise, et c’est juste avant d’y parvenir qu’il meurt comme son frère. L’inspiration de ce grand prêtre franchira les siècles et les religions ; la crosse de l’évêque, mémoire du bâton d’Aaron, en est une des résurgence

Josué, le conquérant

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Josué, le successeur de Moïse.

Puisque l’entrée en Terre promise a été refusée à Moïse, c’est Josué qui prendra le relais divin. Le livre de Josué, situé juste après le Pentateuque (Torah), fait en effet de lui son successeur. Moins célèbre que l’illustre prophète, Josué n’en demeure pas moins une figure importante de l’Alliance.

Un proche de Moïse

Avant la mort de Moïse, Josué apparaît comme un auxiliaire de confiance de celui qui a mené le peuple d’Israël dans le désert depuis la sortie d’Égypte. Il est le fils de Noun et s’est déjà fait remarquer lors de la bataille de Réphidim qu’il a remporté grâce à l’aide divine. Il accompagne Moïse au mont Sinaï, le laissant seul atteindre le sommet pour rencontrer Dieu, et c’est encore lui qui sera le témoin éloigné de la perversion du peuple d’Israël avec le Veau d’or.

La traversée du Jourdain

Avec la disparition de Moïse avant d’atteindre la Terre promise, c’est à Josué qu’il incombe de traverser le fleuve Jourdain afin d’y faire entrer son peuple après quarante années d’errance dans le désert. Cet épisode renouvelle et commémore ce qui s’est passé avec la mer Rouge. Josué et les prêtres portant l’Arche d’alliance s’approchent de la rive ; le fleuve à leur passage stoppe ses flots pour laisser passer le peuple d’Israël à pied sec. La Parole divine portée par Josué préfigure l’entrée triomphale en Terre promise, ce don de Dieu. Reste cependant à conquérir ces terres déjà habitées…

Les trompettes de Jéricho

Or, les épaisses murailles de Jéricho sont réputées indestructibles et le peuple d’Israël n’a pas encore d’armée puissante, aussi c’est sur la foi qu’il faudra compter pour abattre les murs de cette cité imprenable. Josué envoie en reconnaissance à Jéricho deux espions accueillis par la prostituée Rahab qui adhère à leur religion et sera sauvée pour cela. Mais, ce ne sera pas par les armes que les murailles seront abattues, Dieu ayant intimé à Josué de suivre un rituel reposant sur le chiffre symbolique 7 : six jours de procession avec l’Arche d’alliance autour des murailles au terme desquels, le septième jour, les terribles trompettes font abattre l’enceinte pourtant indestructible. Cet épisode inspirera à Victor Hugo dans Les Châtiments ces célèbres vers « Sonnez, sonnez toujours… ». Tout ce que contient la ville est anathème et détruit, à l’exception de Rahab et des siens sauvés pour avoir accueilli l’étranger et la Parole divine.

Josué arrête la course du soleil

La conquête de la Terre promise doit tout au soutien divin : « Nul ne tiendra devant toi, tant que tu vivras » annonce Dieu à celui qui mourra à 110 ans. La suite du livre de Josué en témoignera. Même les éléments lui seront soumis et à l’occasion d’une bataille contre les Amorrites, Josué implore Dieu pour que la journée se prolonge plus longtemps afin de remporter la victoire. Josué intime alors au soleil de suspendre sa course, de même qu’à la lune, et la victoire est acquise grâce à ce soutien divin. Josué, comme Moïse, a la confiance de Dieu, l’Alliance est renouvelée et le nom de Josué, Yeshoua qui signifie en hébreu « Dieu sauve », préfigure celui de Jésus signifiant également « Dieu sauve » en grec.

  

Rahab, prostituée et sauveur d’Israël

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 Rahab compte parmi les personnages de la Bible dont les mœurs sont réprouvées par la morale de l’époque. À la périphérie de la société, c’est pourtant par elle que la volonté divine s’accomplira en permettant la chute de Jéricho et la prise de la ville par Josué.

Jéricho, passage obligé

Jéricho dont le nom signifie « Lune » est un lieu stratégique sur la rive ouest du Jourdain à une vingtaine de kilomètres de Jérusalem. Première ville du pays de Canaan, cette Terre promise est convoitée par les fils d’Israël menés par Josué selon la promesse divine. Or, ce promontoire qui surveille le passage vers le reste du pays est aussi célèbre pour ses puissantes fortifications. Josué et ses hommes qui viennent de franchir le Jourdain se doivent donc d’abattre cette cité pour entreprendre le reste de leur conquête. Aux fins de trouver une faille dans l’impressionnant dispositif de défense de l’une des plus puissantes villes de l’époque, Josué envoie deux espions qui sont accueillis au sein même de la cité par une femme de Jéricho : Rahab.

Rahab, la prostituée

La Bible rapporte qu’à peine arrivés, les émissaires de Josué trouvent, en effet, refuge chez Rahab, dont le nom zan peut être traduit par largegénéreusenourricière, aubergiste, mais aussi prostituée. Si l’historien antique Flavius Josèphe évoque sa qualité de tenancière d’auberge, l’histoire retiendra une image moins honorable en la décrivant comme une prostituée notoire, peut-être pour un effet de contraste plus saisissant encore avec la suite de son comportement. Une condamnation morale maintes fois répétée dans la Bible qui trouve là également une occasion de stigmatiser les prostitutions sacrées qui étaient alors pratiquées dans les temples de Canaan.

Un comportement valeureux

Informé par ses propres espions, le roi de Jéricho intime à Rahab de lui livrer ces espions. Mais, par un courage exemplaire, cette dernière les ayant cachés sur la terrasse de sa maison dans des tiges de lin, prétend qu’elle les a accueillis sans savoir qui ils étaient, et qu’ils sont déjà repartis à la nuit. Une fois le danger éloigné, Rahab prête encore secours aux deux émissaires en leur donnant une corde de fil écarlate pour qu’ils puissent descendre par sa fenêtre donnant sur le rempart. La femme de Jéricho ne demande qu’une seule chose : qu’elle-même et ses parents aient la vie sauve lors de la prise de la ville, car elle sait qu’elle risque la mort non seulement pour avoir abrité des espions, mais aussi pour son mensonge. Les deux hommes lui promettent par serment de les sauver et lui demandent d’attacher la même corde à la fenêtre pour qu’elle et les siens soient épargnés lors de l’assaut.

Rahab sauvée par ses œuvres

Josué tint parole et lorsque les fameux cors des Israélites eurent abattu les enceintes fortifiées de Jéricho, Rahab et toute sa famille furent sauvés, la Bible rapporte qu’elle habitat à partir de ce jour au milieu d’Israël car elle avait été l’auteur d’une véritable profession de foi avec un mémorable aveu de la toute puissance de Dieu : « Le Seigneur, Votre Dieu, est Dieu là-haut dans les cieux et ici-bas sur la terre ». Cette piété dans le Dieu d’Israël lui vaudra ainsi non seulement d’avoir la vie sauve lors de la prise de la ville, mais également sa conversion. Les écrits rabbiniques la présentent également comme l’épouse de Josué, la mère de Booz et par là-même l’aïeule de David, symbole qu’une païenne pouvait atteindre le Salut. Rahab est donnée comme ayant le don de prophétie et figure même dans la généalogie de Jésus, ce qui fera dire à Jean Calvin : « Elle est la vision des choses invisibles  […] quelque petite et fragile que fût la connaissance de Dieu de cette femme, malgré tout, quand elle se soumit à l’autorité de Dieu, elle produisit l’attestation de son élection ».

 

 Gédéon, le héros sauveur

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Gédéon, juge et guerrier, compte parmi cette succession de héros qui viendront sauver le peuple d’Israël de l’oppression ennemie après avoir péché contre Dieu. Anticipant sur la royauté à venir, ceux qui porteront le nom de Juges dirigeront les Israélites sur le champ de bataille comme au quotidien.

Un paysan élu

Originaire de la tribu de Manassé, Gédéon est un paysan qui subit comme tous les autres Israélites les razzias de bédouins et pillards du désert syro-arabe, dont les Madianites et Amalécites. C’est une époque troublée. Le peuple d’Israël peine à lutter contre sa tendance à l’idolâtrie avec notamment le culte si présent de Baal, la divinité cananéenne de l’orage et de la pluie qui avec le Nouveau Testament de « Baalzebub » se transformera en Belzébuth ou Satan.

La rencontre avec l’ange

Alors qu’il bat du blé pour le soustraire aux razzias, l’ange du Seigneur apparaît à Gédéon, comme il était apparu naguère à Abraham, et lui révèle : « Yahvé avec toi, lui dit-il, vaillant guerrier ». Par ce signe, l’humble paysan devient guerrier. Mais, Gédéon, circonspect, s’étonne et interroge l’ange en lui demandant comment il se fait que son peuple subisse tant d’épreuves si Dieu est avec lui. Éternelle question sur le destin de l’homme et des épreuves qu’il a à subir, interrogation à laquelle l’ange répond : « Va avec la force qui t’anime… ».

Des signes divins sollicités

Mais Gédéon est un homme prudent et il n’est pas sans savoir que sa condition de paysan est peu compatible avec celle d’un sauveur d’Israël, aussi, demande-t-il à l’ange de lui accorder un signe. À l’offrande que Gédéon lui présente, l’ange met le feu avec son bâton, levant ainsi tous ses doutes… ou presque. Il comprend qu’il a pour mission de lutter contre Baal et ses admirateurs, ce qu’il fait en détruisant son autel et le pieu sacré. Mais encore empreint de doute, c’est Dieu directement maintenant qu’il interpelle lui demandant un autre signe : qu’une toison soit humide de rosée au matin alors que le sol resterait sec, ce qui se réalise le lendemain. Gédéon met pourtant une dernière fois Dieu à l’épreuve en sollicitant de lui un dernier prodige inverse : que la toison soit sèche alors que le sol serait détrempé, ce qui s’accomplit de nouveau la nuit suivante. C’est donc bien à lui avec le soutien de Dieu que revient la tâche de libérer son peuple et de devenir juge.

Les victoires de Gédéon

Fort de cet appui divin, Gédéon mène une guerre sainte contre les oppresseurs et, avec une troupe nombreuse, s’apprête à attaquer les Madianites, lorsque Yahvé lui intime de réduire leur nombre pour démontrer la force de sa victoire. Des milliers de soldats composant son armée, seuls 300 seront retenus qui, par la ruse, feront croire à l’ennemi à leur grand nombre provoquant leur déroute. Dieu accompagne Gédéon comme il accompagnera tous ses prophètes. C’est la victoire éclatante qui vaut à Gédéon la proposition de devenir le roi de son peuple, ce qu’il décline. Une fois encore, prudent, Gédéon leur répond que seul « Yahvé sera votre souverain ». Cependant, après la mort de Gédéon au terme de quarante ans de paix, Israël rechutera dans l’idolâtrie et recommencera à se prostituer aux Baals avant que ne soit désigné un nouveau juge, un schéma qui se répétera encore bien longtemps.

 

 

Débora, l’unique femme juge évoquée dans la Bible

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La dénomination « Débora » en hébreu désigne l’abeille, animal perspicace qui bâtit la maison nourricière. La métaphore peut s’appliquer à cette femme courageuse et tenace qui pendant quarante ans comptera parmi les Juges d’Israël, une époque délicate et tendue opposant son peuple à l’oppression des Cananéens au XIIe av. J.-C. Son nom apparaît dans le livre biblique des Juges. Elle est décrite ainsi : « Or Débora, une prophétesse femme de Lappidoth, jugeait Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le Palmier de Débora, entre Rama et Béthel, dans la montagne d’Ephraïm, et les fils d’Israël venaient vers elle pour faire arbitrer leurs litiges. » (Jg 4, 5). À cette époque, les juges étaient des hommes, consultés, parcourant le pays pour régler les différends et veillant au maintien des coutumes d’Israël. Débora fait donc figure d’exception, et ce, à plus d’un titre…

La prophétie de Débora

Débora dans la Bible apparaît en effet également douée de dons de prophétie. Un jour, elle fait appeler Baraq, général des Israélites, et lui révèle : « Va, fais venir au mont Tabor et prends avec toi dix mille hommes parmi les fils de Nephtali et les fils de Zabulon. Je ferai venir vers toi, au torrent de Qishone, Sissera, le chef de l’armée de Yabine, avec ses chars et ses troupes, et je le livrerai entre tes mains ». Baraq obtempère à l’injonction de la prophétesse en levant un grand nombre d’hommes venus de six tribus sans pour autant les réunir toutes, ce qui sera reproché aux absents par la suite. Baraq demande à la prophétesse de marcher à ses côtés, conscient qu’elle est inspirée par Dieu, ce à quoi acquiesce Débora : « Je marcherai donc avec toi. Mais, sur la voie où tu marches, l’honneur ne sera pas pour toi : car c’est à une femme que le Seigneur abandonnera Sissera. ».

La bataille engagée

Sous la conduite, de Baraq accompagné de Débora, une bataille effrénée oppose alors les forces levées d’Israël à l’ennemi cananéen dirigé par Sissera avec ses neuf cents chars de fer et tout son peuple avec lui. Véritable scène de péplum, la lutte est féroce. L’armée de Sissera est supérieure en force et se devait de remporter facilement la victoire. Mais une manœuvre tactique des Hébreux aidée d’une pluie diluvienne providentielle ramollit la terre sous les roues des chars ennemis qui s’embourbent et s’ajoute à la débâcle des Cananéens. L’armée de Sissera est défaite, pas un soldat n’en réchappe, tous sont passés au fil de l’épée… Lors de la déroute, le chef cananéen prend la fuite et trouve refuge dans la tente de Yaël, femme de son allié Hèber. Cette femme viole les lois de l’hospitalité et n’hésite pas durant le sommeil du chef vaincu à prendre un pieu pour le planter dans sa tempe, la victoire reviendra bien à une femme comme l’avait prédit Débora…

Le cantique de Victoire

À l’issue de la victoire, Débora entame l’un des cantiques les plus anciens et les plus connus pour sa beauté et sa poésie dont voici un extrait : « Du haut des cieux, les étoiles ont combattu ; depuis leurs sentiers, elles ont combattu Sissera. Le torrent de Qishone les a balayés, le torrent d’autrefois, le torrent de Qishone. Avance hardiment, ô mon âme ! ». Ce cantique souligne la réussite d’Israël en Galilée. Après les épreuves subies par Israël pour son inconduite, l’esprit de Dieu est de nouveau avec son peuple et le soutient dans sa conquête guerrière contre cet ennemi symbolisant le polythéisme. Ce récit puissant par l’initiative d’une seule femme marque la paix du peuple d’Israël pendant quarante années. Il imprégnera longtemps la littérature biblique, notamment les Psaumes et demeure surtout une belle leçon de courage et de ministère d’une femme, nommée Débora, dans les temps bibliques anciens.

 

 Samson et Dalila, une histoire de séduction

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 Le récit biblique de Samson et Dalila est l’un des plus célèbres de l’Ancien Testament. Tout concourt à rendre passionnante cette histoire d’amour et de trahison.

À cette époque de l’histoire d’Israël, certaines tribus sont sous la domination des Philistins. Samson est le fils de Manoach, de la tribu de Dan. La femme de Manoach, jusqu’alors stérile, apprend de l’ange de Dieu qu’elle enfantera un fils qui délivrera Israël des Philistins. Cet enfant devra être consacré à Dieu, dès sa naissance. En tant que « Nazir », Samson est donc soumis à des lois qui  impliquent notamment que le rasoir ne passe jamais sur sa tête et qu’il ne consomme jamais d’alcool.

 

Les exploits de Samson jusqu’à sa mort

Samson est présenté comme un héros d’une force herculéenne, force qu’il doit, selon le récit biblique, à sa longue chevelure.

Ainsi Samson tue un lion à mains nues. De même, il tue trente hommes d’Ashkelon pour les dépouiller de leurs habits. Prisonnier des Philistins, il parvient à défaire ses liens et, armé d’une mâchoire d’âne, il défait les 1 000 Philistins.

Mais l’épisode le plus célèbre est sa séduction par Dalila. Celle-ci est sollicitée par les Philistins, pour qu’elle les aide à découvrir le secret de la force de Samson. Elle séduit alors Samson et apprend ainsi que sa force lui vient de sa chevelure de nazir, car il est consacré à Dieu. Dalila le trahit et après avoir rasé les sept tresses de Samson elle appelle des Philistins pour qu’ils lui crèvent les yeux.

Enfermé par ses ennemis à Gaza, Samson est sorti du cachot pour les divertir. Lors d’un sacrifice à leur dieu Dagon, alors que ses cheveux ont commencé à repousser, il est placé entre deux colonnes et implore Dieu de le rendre assez fort. Il écarte les colonnes du palais à mains nues afin de le faire s’écrouler et tue ainsi avec lui plusieurs milliers de Philistins.

 

Samson et Dalila : sens du texte

Le récit se situe dans le Livre des Juges. Mais il ne faut pas lire le livre des Juges comme une histoire continue. L’objectif du livre reste essentiellement théologique : montrer comment l’éloignement du Seigneur entraîne l’oppression, alors que le retour au Seigneur permet la libération.
Le livre des Juges établit un contraste entre :

ces héros charismatiques temporaires,

et la période royale marquée par la stabilité au pouvoir de rois souvent peu charismatiques et incompétents.

 

Les personnages de Samson et Dalila

  Samson

L’un des douze juges, Samson n’est ni un chef de guerre, ni un chef politique, mais plutôt un héros local. Consacré dès sa naissance, il possède une force exceptionnelle qu’il utilise contre les ennemis Philistins. Il meurt en faisant tomber sur lui et ses ennemis le temple de Dagôn, le dieu des Philistins.

  Dalila

Samson tomba amoureux de Dalila. Soudoyée par les Philistins, elle arracha à Samson le secret de sa force qui résidait dans sa longue chevelure. Elle lui fit couper les cheveux et le livra aux Philistins. Dans la culture populaire, elle est le symbole de la femme tentatrice.

 

 Samuel, juge et prophète

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Samuel est le dernier des Juges et fait la transition avec la royauté qui lui succèdera. Il mène bataille contre les Philistins, devient un juge itinérant, mais restera surtout dans les mémoires pour avoir conféré l’onction au premier roi d’Israël. La Bible, à ce titre, lui consacre deux livres.

 

L’appel

Samuel est le fils d’Elqana et d’Anne, elle aussi longtemps stérile, jusqu’à ce que ses implorations soient entendues. Elle donnera son nom au fameux « Cantique d’Anne » (1 S 1, 2). L’enfant sera appelé Samuel, « Nom de Dieu », et sera, très jeune, associé au sanctuaire de Silo où se tenait l’Arche d’alliance. En ces lieux sacrés, il apprend la loi et sert le prêtre Éli. Une nuit, alors qu’il dort près de l’Arche et du vieux prêtre, Samuel entend par trois fois une voix qui l’appelle. Le vieux prêtre réalise alors que c’est Dieu qui cherche à parler au jeune enfant et lui enjoint de lui répondre. Dieu livre alors à Samuel la terrible annonce : Il sévira contre le peuple d’Israël pour sa mauvaise conduite.

L’intercesseur

Les révélations faites à Samuel s’accomplissent, les Israélites perdent la bataille contre les Philistins, l’Arche est enlevée et les fils d’Éli tués. Samuel recommande alors à son peuple de se détourner des idoles s’il veut retrouver la paix. Une nouvelle fois, l’idolâtrie a perdu Israël, tout est à rebâtir et Samuel s’impose en nouveau prêtre, confesseur et prophète. Le peuple d’Israël l’écoute et accepte de jeûner lui demandant d’intercéder pour eux. Leur cri est étendu, et une victoire sur les Philistins ne se fait pas attendre.  Alors que Dieu gronde et tonne contre les Philistins, Samuel, juge et intercesseur, offre un agneau pour son peuple. Samuel en redonnant toute la force à la parole divine saura dire la prière qui sauvera Israël.

L’institution de la royauté

Par certains aspects Samuel peut être comparé à Moïse. C’est lui qui va redonner à Israël sa grandeur en invitant son peuple à rester fidèle à l’Alliance. C’est par cette fidélité que les victoires seront remportées et Samuel jugera de longues années son peuple. Sa renommée va bien au-delà du sanctuaire et touche toutes les tribus. Cependant, les Anciens demandent à Samuel vieillissant de leur instituer un roi, comme chez les autres nations. Le problème se pose : faut-il abandonner le traditionnel pouvoir des Juges, efficace parfois lorsque leur personnalité est forte, insuffisant d’autres fois selon les conjonctures ? Ou bien lui préférer un pouvoir centralisé fort et plus stable, au risque d’être détourné en tyrannie ? Prudent, le vieil homme consulte Dieu qui lui enjoint de réaliser ce que le peuple demande. Israël aura dorénavant un roi, et il aura pour nom Saül.

Saül, le premier roi d’Israël

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Avec Saül, le peuple d’Israël connaît l’institution de son premier roi remplaçant l’organisation des Juges. Souhaité pour plus de stabilité et éviter les dérives des choix précédents, ce premier essai de royauté ne répondra cependant pas plus aux attentes divines espérées. Saül est un roi au destin tragique avant l’ère lumineuse du roi David.

L’onction du premier roi par Samuel

Le prophète et juge Samuel est chargé d’oindre le premier roi d’Israël à la demande insistante du peuple. Un jour, un jeune homme prénommé Saül appartenant à la tribu de Benjamin vient le consulter car il est parti en vain à la recherche d’ânesses perdues. Saül come tous les prophètes a le don de voyance et ce jeune homme grand et beau qui dépassait de taille tout le monde pense pouvoir trouver la réponse, ici. Lorsque Samuel aperçoit Saül venu le consulter, il sait que c’est l’homme providentiel. Il lui indique que si ses ânesses ont été retrouvées, c’est cependant un bien plus grand trésor dont il va hériter. Le prophète prend alors une fiole d’huile, la verse sur la tête de Saül, c’est le début de la royauté en Israël…

Un roi guerrier contre l’ennemi philistin

Une lourde responsabilité pèse désormais sur les épaules de Saül. Israël est opprimé par les Philistins et cinq métropoles prospères. Il lève une armée de 30.000 hommes et les entraîne au combat. La femme de Saül prénommée Ahinoam lui a donné deux filles et quatre fils dont Jonathan qui sera à la tête de 1.000 hommes pour épauler son père. Vaillant combattant, il lui permet de remporter de nombreuses victoires sur les Philistins grâce à ses faits d’armes. Malgré toutes ces victoires, Saül déplaît à Dieu en ne respectant pas les prescriptions sacrées quant aux offrandes. Saül tombe donc en disgrâce divine.

La rencontre de Saül avec David

L’armée philistine menace encore une fois Israël et un géant prénommé Goliath propose un combat singulier avec leur champion dont le vainqueur donnera la victoire à tout son peuple. Saül et tous ses chefs sont transis de peur, personne n’ose relever le défi jusqu’à ce qu’un jeune homme prénommé David décide d’affronter le terrible guerrier. Saül lui propose son armure, David encore trop jeune ne peut avancer d’un pas en raison du poids de l’armement. C’est à mains nues, avec sa fronde et un bâton, comme un berger qu’il est, qu’il affrontera le guerrier philistin. Une pierre lancée au front suffira à abattre le colosse qui s’effondre. David est la gloire de son peuple et pourtant une rivalité commence à poindre entre le roi jaloux de ce succès et le jeune homme. D’autres traditions font remonter la rencontre entre Saül et David lorsque le premier est aux proies à des crises fréquentes de neurasthénie depuis qu’un esprit mauvais s’est emparé de lui, abandonné par Dieu. Lors d’une de ses crises, on fait venir un jeune homme qui sait jouer merveilleusement de la lyre, il se prénomme David et la musique qu’il dispense à son roi sait calmer sa fièvre. Musicien à la lyre divine, guerrier aux armes de berger, David aura dans le récit biblique un long destin.

La déchéance de Saül et la gloire de David

La déchéance de Saül est croissante à la mesure de la gloire de David qui a les faveurs de tous, y compris de son fils Jonathan qui lui voue une amitié sans réserve. Saül, jaloux, cherche même un jour à jeter une lance contre le jeune homme qui effrayé par ce geste s’enfuit pour échapper à la colère royale. Dans sa fuite, David se réfugie dans la montagne et le désert de Juda où de nombreux compagnons le rejoignent pour s’associer à lui. Saül erre et cherche l’issue de son destin chez une voyante, déguisé car il avait lui-même auparavant proscrit cette science de son royaume. La nécromancienne fait revenir l’esprit de Samuel mort entre-temps, lui révélant ainsi sa mort prochaine lors de la bataille contre les Philistins. Profitant, en effet, de la division des Israélites qui combattent sans David, les Philistins remportent la victoire dans laquelle Saül perdra la vie. Les portes sont désormais ouvertes à la royauté de David…

David

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Le roi David est un personnage central pour les chrétiens. Il l’est aussi pour les juifs et les musulmans. Sa vie est racontée dans plusieurs livres de la Bible :

  •  Premier et Deuxième Livres de Samuel
    •    Premier Livre des Rois

La tradition fait remonter son règne au 10ème siècle av. J-C, ce que des découvertes archéologiques du début des années 1990 tendent à confirmer.

La vie du roi David

La jeunesse de David

David est le plus jeune d’une famille de 8 frères. Quand il naît à Bethléem en Judée, le roi Saül règne sur le peuple d’Israël on s’attend à ce qu’un des fils de Saül prenne la succession de son père.
A l’adolescence, le jeune David est berger pour les brebis et les chèvres de son père Jessé. Le prophète Samuel est appelé par Dieu pour annoncer à David un destin étonnant. En versant de l’huile sur la tête de David, Samuel lui apprend que Dieu l’a choisi pour devenir roi sur son peuple. A partir de ce moment, David est rempli de l’esprit de Dieu, alors que le roi Saül devient de plus en plus taciturne et tourmenté.
Car il sait jouer de la lyre, le jeune David est appelé auprès de Saül qui se prend d’affection pour lui et en fait son écuyer. David parvient ainsi à adoucir par sa musique les états dépressifs du roi Saül.

David et Goliath

Tout bascule dans la vie de David, le jour où les Philistins viennent menacer les armées du roi Saül. Ils ont dans leur rang un soldat immense nommé Goliath. Ce dernier défie Israël en combat singulier. Les guerriers les plus redoutables de l’armée de Saül sont morts de peur. Personne n’ose relever le défi… sauf David qui n’admet pas que le Dieu d’Israël soit ainsi déshonoré. Habitué à manier la fronde pour chasser les bêtes féroces, David frappe en plein front le géant qui s’écroule terrassé. Immédiatement, David devient un héros pour tout le peuple d’Israël.

L’errance de David

Mais peu à peu, les succès de David rendent Saül jaloux de son ancien protégé. Saül se met à pourchasser celui qu’il avait autrefois admiré. David devient un hors-la-loi, constamment en fuite pour échapper à Saül. Il rassemble dans son errance une troupe de mercenaires et se met à harceler les ennemis d’Israël et à protéger les communautés isolées qui lui offrent en échange l’abri et la nourriture.
A plusieurs reprises, David se trouve en position de tuer Saül facilement, mais il ne le fait pas. Il n’ose pas lever la main sur celui qui a été choisi par Dieu et par son peuple.

David devient roi

A l’âge de 30 ans, Saül ayant été tué dans une bataille, David est d’abord établi comme roi de la tribu de Juda à Hébron où il règne sept ans. Au Nord, règne un fils de Saül qui sera trahi et assassiné par ses propres généraux. C’est alors que David devient roi sur tout le peuple d’Israël.
A la tête de ses armées, David parvient à vaincre définitivement toutes les nations alentours. En établissant l’influence d’Israël depuis l’Égypte jusqu’à l’Euphrate, David ouvre ainsi une ère de prospérité et de paix pour son peuple. Il fait de Jérusalem la capitale de son royaume et il y installe l’Arche d’Alliance qui marque le lieu de la présence de Dieu.

La faute de David

Cependant, au sommet de sa gloire, David se rend coupable d’un acte grave : il commet un adultère avec Bethsabée, la femme d’un de ses généraux. David va encore plus loin car il se débrouille pour faire assassiner le mari gênant. Suite à l’intervention du prophète Nathan, David prend alors la mesure de la gravité de ses actes. Il s’en repend sincèrement, mais le mal est fait. A cause de la faute de David, la violence est entrée dans sa famille et se prolongera même après la mort du roi.
Son successeur est son fils Salomon, un roi qui s’illustrera par sa sagesse dans le gouvernement d’Israël.
Guerrier, musicien et poète, l’écriture de nombreux psaumes compilés dans le Livre des Psaumes lui est traditionnellement attribuée.

Le roi David et les chrétiens

David a reçu de Dieu la promesse d’une alliance indéfectible envers sa dynastie. Après sa mort, le peuple d’Israël se met à espérer un nouveau David qui ne soit pas seulement un roi, mais l’Envoyé même de Dieu, le Messie, restaurateur de la grandeur d’Israël. Voilà pourquoi Jésus sera souvent appelé « Fils de David ».
Les chrétiens font en effet de Jésus-Christ l’héritier de la promesse messianique faite à David. Ensuite, à travers Jésus-Christ, l’héritage se transmet à tous les prêtres mais aussi dans une mesure moindre aux rois de la chrétienté, à l’instar de Charlemagne qui se proclame « nouveau David », et même à tous les fidèles qui sont prêtres, prophètes et rois.
David, le premier partage du pain :
C’est pour David le Messie, et pour la première fois dans la Bible, que le pain de Dieu est partagé et qu’il devient le pain des hommes. Un programme que Jésus réalise par sa vie.

la sagesse de Salomon

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Salomon est aussi célèbre que son père, David, dont il a hérité une royauté forte et unie. Dernier monarque avant le morcellement de l’autorité royale, il s’est fait connaître pour sa sagesse proverbiale, mais aussi son goût des richesses et des femmes.

La continuité du pouvoir

Avec Salomon, on assiste à la continuité du pouvoir. Selon les souhaits de son père, le pouvoir du jeune roi a été consolidé afin de le préserver des rivalités de ses proches, la progéniture de David ne manquant pas. Éliminations et règlements de compte entachent néanmoins les premières années de son règne avant qu’il ne soit incontesté.

Le songe de Gabaôn et la reine de Saba

Une fois l’unité et le pouvoir assurés, qu’allait être le règne de Salomon ? C’est un songe prophétique qui vint en décider le cours, vision dans laquelle Yahvé lui propose de lui accorder ce qu’il lui plairait. Salomon ne demanda que l’offrande de la sagesse, ce qui lui fut donné. Inspiré par elle, Salomon est présenté comme l’auteur des Proverbes, de l’Ecclésiaste et du Cantique des Cantiques. L’orient le verra même comme un roi doté de pouvoirs magiques dont celui de vaincre les démons avec le « sceau de Salomon », une étoile à six branches. Sa renommée fut si grande qu’elle dépassa les frontières du royaume pour atteindre celui de la reine de Saba. Intriguée, la riche reine décida en effet de constater par elle-même cette sagesse proverbiale du roi d’Israël. Pierres précieuses, aromates et autres trésors accompagnèrent cette visite qui resta gravée pour toujours dans les mémoires. Chacune des énigmes qu’elle posa au monarque trouva une réponse avisée, ce qui ne manqua pas de l’éblouir. Salomon n’avait pas usurpé sa réputation et elle repartit en ayant foi dans le Dieu unique, source de ce discernement si élevé…

Le jugement de Salomon

Quelle était la nature de cette sagesse qui habitait Salomon ? Son fameux jugement au cours duquel deux prostituées se disputèrent la maternité d’un nouveau-né en est l’illustration. L’histoire est restée célèbre jusqu’à nos jours et lorsque le roi décide de trancher la question en coupant l’enfant en deux parties à donner aux deux requérantes, la véritable mère décide de s’effacer et de laisser son bébé à l’autre femme. La vérité est établie et Salomon révèle ainsi ce qui anime sa justice, non une légalité abstraite et rigide, mais bien une justice venue du cœur et reposant sur l’amour.

Le roi pacifique et bâtisseur

Si le roi David s’était fait connaître par ses faits d’armes, Salomon restera célèbre par la richesse de son royaume et l’efficacité de son administration. Salomon ne mène plus de guerres. Épousant la fille d’un pharaon, le roi renforce encore son pouvoir et sa sphère d’influence sur toute l’Égypte. Salomon aime le faste et son palais en sera le symbole le plus éclatant : « Le roi fit que l’argent, à Jérusalem, était aussi commun que les pierres et les cèdres ». Mais c’est surtout le Temple qu’il édifie pour la gloire de Dieu répondant aux promesses de son père qui marquera les mémoires. Tout ce qu’il y a de plus beau est utilisé pour édifier le Saint des saints abritant la précieuse Arche et les autres bâtiments sacrés.

Une fin de royaume fragilisée

L’unité sera cependant de courte durée, le temps du royaume de Salomon. Son goût pour les femmes pousse le monarque vieillissant à de trop nombreuses unions étrangères dont il suit également les croyances. Cette idolâtrie et les nombreux impôts qu’il fait lever sur son peuple pour ses travaux de prestige sonneront la fin de son règne. Après quarante ans, Salomon s’éteint, son fils Roboam lui succède et avec lui arrivent les multiples révoltes des tribus du nord qui aboutiront à la scission du royaume en deux.

Judith, une femme révoltée

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 Judith aurait pu naître au XXIe siècle. Femme courageuse, que rien n’effraie, son prénom la rattache à la tribu de Juda – Yehudit – c’est-à-dire à l’identité même du judaïsme. Héroïne du peuple hébreu, figure biblique méconnue, elle a pourtant été la muse de nombreux artistes et son audace face à l’adversité peut encore de nos jours inspirer nos vies.

Le courage d’une dame de cœur

Le courage de Judith, héroïne biblique, est tel qu’il a donné naissance à la dame de cœur dans les jeux de cartes. C’est une femme forte, entière et prête à tout, mais jusqu’où ? C’est ce que la Bible nous enseigne dans le livre qui porte son nom — le Livre de Judith — relevant de l’Ancien Testament pour les Catholiques et Orthodoxes, écarté en revanche par les Juifs et les Protestants. Le récit se déroule à l’époque de Nabuchodonosor II (605 av. J.-C. – 562 av. J.-C.), roi de l’Empire néobabylonien, monarque puissant et célèbre pour avoir été un bâtisseur, notamment des fameux jardins suspendus de Babylone. Mais il sut être également un destructeur, tout aussi tristement célèbre, faisant démolir le Temple de Salomon. Un de ses généraux, Holopherne, règne en maître, détruisant tout sur son passage et exigeant une soumission sans condition des vaincus. Judith est une belle et riche veuve descendante de Siméon. Vertueuse, sa vie est conforme aux commandements bibliques « car elle craignait Dieu grandement ». Alors que règne le désespoir dans la ville de Béthulie et que ses habitants sont prêts à se rendre, Judith s’y oppose farouchement : « Qui donc êtes-vous pour tenter Dieu en ce jour et pour vous dresser au-dessus de lui parmi les enfants des hommes ? ». La femme téméraire accompagnée d’une servante décide alors de se rendre dans le camp ennemi et d’apporter au général Holopherne de fausses informations sur le peuple Juif.

La victoire sur le farouche guerrier

Séduit par sa beauté, le général l’accueille à un festin. Il faut dire que Judith avait auparavant quitté ses vêtements de deuil pour se parfumer et revêtir ses plus beaux habits et bijoux. Le subterfuge opère. Alors que le général est ivre, elle se saisit d’un couteau et frappe par deux fois le cou du redoutable guerrier avant d’en arracher la tête qu’elle prend soin d’envelopper dans un drap. Sortie du camp, c’est à Bethulie qu’elle exhibera, victorieuse, son trophée en clamant : « Voici la tête d’Holopherne, le général en chef de l’armée d’Assur […] Le Seigneur l’a frappé par la main d’une femme ! ». La liesse est totale devant la victoire de Judith, signe du soutien du Dieu d’Israël. Les cœurs sont gonflés pour maintenant attaquer l’ennemi qui sera mis en déroute. Ce récit haut en couleur s’avère être une formidable leçon de courage rappelant l’exploit du jeune David face à Goliath. Ce n’est pas par la force que la victoire est emportée, mais bien par la foi dans le Dieu d’Israël.

  Face à l’adversité, la prière d’Esther

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 Esther, personnage biblique à la destinée singulière, s’avère une fois de plus une femme de courage et d’action. Seule, et face au destin tragique du peuple juif, elle sut résister en une mémorable prière.

Le destin d’Esther ne cesse d’étonner des siècles après son évocation dans la Bible. Cette jeune juive à la beauté légendaire porte un prénom de fleur, la myrte ou hadassah en hébreu. C’est cette beauté qui la fait remarquer alors qu’elle est captive avec le reste de son peuple à Babylone après la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor. Nièce de Mardochée, elle entre dans le harem royal sans révéler sa parenté, ni son peuple. Choyée, elle reçut, comme toutes les jeunes vierges promises au roi, de l’huile de myrrhe, du baume et des onguents. Ainsi parée, C’est elle qui trouvera grâce aux yeux du roi Assuérus. Ébloui, il en fera sa nouvelle épouse et la reine de Perse…

La terrible menace

Mais un destin tragique devait rattraper Esther. Les jalousies croissent à l’égard d’Esther et de son oncle Mardochée qui avait gagné les faveurs du roi en déjouant un complot contre lui. Aman, descendant d’Amalec, l’ennemi héréditaire des Juifs, devient le nouvel officier en chef du roi et cherche à faire tomber Mardochée et tout le peuple juif. A cette fin, il prétend qu’ils ne respectent pas les coutumes religieuses de l’empire et refusent de se plier aux lois royales. Furieux, Assuérus suit l’avis d’Aman et lui donne pouvoir d’exterminer tout le peuple juif avec Mardochée, et sans le savoir sa propre épouse…

L’imploration d’Esther

La situation est désespérée car la haine d’Aman contre les Juifs n’a d’égal que la toute-puissance qu’il tient désormais du roi pour assouvir sa vengeance. Aman met son plan à exécution et programme l’extermination de tous les Juifs, femmes et enfants inclus, dans toutes les provinces du royaume. C’est à ce moment tragique que surgit cette mémorable prière d’Esther qui débute par ces mots fervents : « Mon Seigneur, notre Roi, tu es l’Unique ; viens me secourir, car je suis seule, je n’ai pas d’autre secours que toi, et je vais risquer ma vie… » Véritable abandon dans la miséricorde divine, cette prière a traversé les temps jusqu’à nos jours.

La victoire éclatante

Ce récit plein de suspens montre combien la jeune reine, après avoir osé demander à parler au roi sans audience préalable, tremble, s’évanouissant même à la vue de ce monarque, son époux. Car elle sait trop bien qu’elle risque non seulement sa vie, mais aussi celle de tout son peuple dont la survie dépend de cette rencontre. Assuérus, toujours aussi ébloui, la rassure et lui accorde tout ce qu’elle souhaite, le renversement est total : la reine relate le complot d’Aman, le roi est furieux et exige qu’il périsse sur le champ, la potence prévue pour les Juifs sera la sienne ! Avec 75.000 de ses coreligionnaires qui avaient comploté contre les Juifs passés au fil de l’épée, la victoire est sanglante et impitoyable, victoire commémorée chaque année par la fête de Pourim en février-mars.

Esther, source d’inspiration

La force de cette seule prière désespérée a inspiré Racine avec sa célèbre pièce Esther, écrite pour Madame de Maintenon, et faisant de ce récit biblique une tragédie sacrée. C’est cette même puissance de l’oraison face à l’adversité qui a également touché la philosophe Elisabeth de Fontenay en un essai personnel et délicat « La prière d’Esther » (Seuil). La peinture a su aussi reprendre ce thème avec magnificence, en témoigne Esther et Assuérus de Filippo Lippi, représentant la jeune femme acceptant son destin humblement agenouillée devant le monarque à l’image de Marie dans les scènes de l’Annonciation ; scène qui tranche avec l’évocation langoureuse et orientaliste de Théodore Chassériau dans son tableau La Toilette d’Esther.

 

 

 Suzanne et les vieillards, un harcèlement sexuel dénoncé par la Bible

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Singulière histoire biblique que celle de Suzanne et les vieillards. Évoquée plus par l’art que lors des liturgies, ce récit surprenant a beaucoup à nous apprendre et trouve des échos dans l’actualité quant au respect des femmes et de leur intégrité physique et morale.

Un harcèlement sexuel dénoncé par la Bible

Suzanne ou Shoshana («lys » en hébreu) est fille d’Helcias. Chaste et d’une grande beauté, elle a été élevée dans la crainte de Dieu, à Babylone, pendant l’Exil. Elle a pour époux Ioakim, personnage fort riche et estimé. Suzanne a l’habitude de se promener dans son jardin, vite repérée par deux anciens nommés juges cette année-là, et emplis de désir pour la jeune femme. Un jour qu’elle se trouvait seule s’apprêtant à se baigner, les deux vieillards cachés pour l’observer fondent sur elle et lui intime de céder à leurs avances. Usant d’un stratagème inique pour forcer sa résistance, ils la menacent de la dénoncer en inventant un adultère si elle n’accepte pas leur proposition malhonnête. Éperdue, Suzanne ne cède pas. Accusée par les deux vieillards, l’affaire est portée devant le peuple.

L’honneur sauvé de Suzanne

L’affaire est délicate. Les deux anciens sont juges, des personnalités estimées par leur fonction, face à eux, Suzanne, jeune et belle de surcroît. Dans cette société patriarcale, l’honneur d’une femme peut-il peser ? N’est-il pas plus léger que le témoignage accablant de deux juges ? Ces derniers affirment avoir vu un jeune homme s’introduire dans le jardin et coucher avec Suzanne. Face à cette ignominie, ils ont cherché à intervenir sans pouvoir s’emparer de lui… L’issue est évidente : Suzanne est condamnée à mort. Alors qu’elle est conduite à son supplice et implore Dieu, un jeune enfant du nom de Daniel conteste le témoignage des vieillards et parvient à les confondre en les interrogeant séparément. Les deux hommes subirent alors le sort qu’ils avaient comploté et réservé à Suzanne. N’est-ce pas une belle leçon que nous donne à lire ce chapitre 13 du livre de Daniel, appartenant aux livres deutérocanoniques de la Bible, c’est-à-dire relevant de l’Ancien Testament pour les catholiques et orthodoxes, mais écartés comme apocryphes par les juifs et protestants ? La force de la parole juste, rompant le silence face aux faux témoignages, à l’heure de toutes les affaires de harcèlement sexuel subies par des milliers de femmes, l’emporte, la notoriété ou la puissance ne pouvant rien face à la sagesse inspirée de Dieu, celle-là même qui anima le jeune prophète Daniel face aux notables pour préserver la pureté de Suzanne.

Un grand thème de l’art

Ce thème atypique dans le récit biblique ne pouvait qu’inspirer les artistes par le contraste qu’il offre d’une chaste et belle jeune femme prenant son bain face à deux vieillards libidineux masqués et l’observant avec concupiscence. Nombreuses seraient les analyses à faire sur ces représentations, celle du regard et du regardé, du voyeurisme des deux hommes et par là-même du spectateur de l’œuvre… Le tableau du Tintoret ne pose-t-il pas ces mêmes questions lorsque la belle et jeune Suzanne se mire dans son miroir et que le bassin reflète une partie de son image que cherche à percevoir les deux hommes de part et d’autre du mur végétal ? Lorenzo Lotto propose une version bien différente, une Suzanne dénudée représentée en un décor plus austère, la main levée en signe de refus. L’interprétation qu’en donnera quant à elle la peintre Artemesia Gentileschi est celle d’une femme qui comprend mieux que quiconque cette scène, elle qui sera violée par un peintre de l’atelier de son père.

 

 Élie, le prophète de la vie

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Les prophètes ont toujours été un rappel, parfois violent, à la conduite de l’homme dans les voies de Dieu. À contre courant et au péril de leur vie, ils s’opposent à l’intérêt individuel et à l’égoïsme pour élever les aspirations de l’homme à un stade plus élevé. Élie fait partie de ces prophètes qui se sont violemment opposés au pouvoir pour établir la gloire de Dieu.

La sécheresse de l’idolâtrie

Le roi d’Israël Achab s’est perverti en adoptant le culte de Baal suivi par son épouse Jézabel. Le prophète Élie provoque alors, sur ordre divin, la sécheresse pendant trois ans sur Israël en punition de cette conduite impie. Puissante métaphore de ce que provoque l’idolâtrie, la sécheresse menace même le prophète qui doit lui-même s’échapper et se rendre au torrent de Kérit où des corbeaux lui apportent chaque jour sa nourriture. Mais le torrent vient, lui aussi, à se tarir et Élie se rend à Sarepta entre Tyr et Sidon.

La veuve de Sarepta

La situation est également dramatique en ces lieux et Élie n’a plus rien à boire ni à manger. Il rencontre une veuve qui ramasse deux bouts de bois pour cuisiner le peu de vivres qui lui reste avant de mourir avec son fils. Le prophète lui demande auparavant de lui préparer un pain avec le dernier reste de farine et d’huile. Démunie, elle s’exécute néanmoins et le miracle survient : la jarre d’huile et le pot de farine ne désemplirent plus dès ce jour jusqu’aux nouvelles récoltes. Une belle leçon de charité laissée à l’occasion du passage du prophète. Mais, lors de son séjour chez la veuve, son fils vient à mourir, provoquant le désarroi de sa mère. Élie, stupéfait, apostrophe alors Dieu en lui demandant s’il l’a fait venir chez cette veuve pour faire mourir son fils. Le prophète invoque encore la puissance divine pour qu’il fasse revenir cet enfant avant que le miracle n’opère. Le fils de la veuve revient à la vie : l’intercession peut tout lorsqu’elle est en accord avec l’amour divin.

Bataille de prophètes au mont Carmel

Un film pourrait-il rendre la puissance et la violence d’un des combats les plus terribles entre Élie et les prophètes de Baal ? La Bible en nous livrant ce récit haut en couleur entend manifester la puissance du Dieu unique, non sans humour parfois. Élie défie le roi Achab et intime aux prophètes du culte de Baal de démontrer la puissance de leurs divinités. C’est alors un véritable concours d’holocaustes présentés par les prêtres de Baal sous le regard sarcastique d’Élie qui n’hésite pas à ironiser face à l’inaction de ces derniers. Rien ne se passe, les bêtes offertes en sacrifice ne sont pas consommées par les dieux absents… Élie s’en amuse et les interroge pour savoir si leurs dieux ne seraient pas par hasard absentés ou trop occupés à d’autres taches ?! Le prophète, enfin, pour enlever tout doute sur la manifestation divine invoquera Dieu afin qu’il consume l’holocauste présenté par ses soins, une offrande au préalable pourtant abondamment arrosée d’eau afin que la manifestation soit plus encore éclatante. En un éclair, tout est brûlé jusqu’aux pierres et la terre. La sanction est terrible pour les adorateurs de Baal et Élie passera tous ces faux prophètes au fil de l’épée…

Les dernières péripéties du prophète

Mais, les épreuves ne sont pas terminées pour autant pour Élie. Jézabel, l’épouse du roi, cherche à se venger et veut la mort d’Élie qui doit de nouveau s’enfuir au désert. Sur le point de mourir de faim et de soif, l’Ange de Dieu lui apporte de l’eau et du pain, préfiguration de l’Eucharistie, avant que rassasié il ne reparte quarante jours et quarante nuits, comme Moïse, vers le mont Horeb. En ce lieu sacré, de terribles signes sont annonciateurs de la venue divine mais c’est lorsque qu’une simple brise légère se manifestera que Dieu apparaîtra à Élie lui intimant d’oindre Hazaél roi d’Aram, Jéhu roi d’Israël et Élisée, comme son successeur. Cela fait, Élie sera élevé au ciel sur un char de feu sous les yeux ébahis d’Élisée…

Élisée, disciple d’Élie et inlassable défenseur de la fidélité au Dieu unique

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Fêté par l’Église le 14 juin, saint Élisée, disciple du prophète Élie, apparaît dans l’Ancien Testament, et notamment dans le premier Livre des Rois. Il n’a cessé de défendre la fidélité au Dieu unique.

Si Élie est un des prophètes les plus cités dans la Bible, Élisée qui lui succède demeure moins connu alors même que son action n’en est pas moins éclatante, marquée par de nombreux miracles merveilleux. En opposition à l’idolâtrie récurrente des rois, le prophète sonnera une fois de plus le rappel à l’ordre divin.

La succession d’Élie

Élisée, issu d’une famille aisée du Jourdain, apparaît comme le disciple d’Élie qu’il suit en serviteur de Dieu. Paysan labourant ses terres avec douze bœufs, il décide en effet de tout quitter lorsqu’Élie croise un jour son chemin et que Dieu le recommande à sa protection. Quand les temps sur terre sont terminés pour Élie, une scène mémorable survient. Le prophète informe son jeune disciple qu’il allait le quitter et qu’il peut dorénavant suivre son propre chemin. Mais Élisée souhaite accompagner son maître jusqu’au terme. Aussi, arrivés au bord du Jourdain, Élie prend-il son manteau, frappe l’eau qui s’écarte pour laisser passer les deux hommes à pied sec, comme Moïse le fit naguère. À la question « Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour toi avant d’être enlevé loin de toi », Élisée répond : « Que je reçoive une double part de l’esprit que tu as reçu ! ». Élie lui promet qu’il l’obtiendra s’il parvient à le voir s’éloigner dans les cieux, signe que cette succession ne dépend pas de lui mais de Dieu. Alors, surgit un char de feu avec des chevaux qui emporte le prophète dans un ouragan. Élisée voit son maître s’élever dans les nuées et lance ce cri célèbre : « Mon père !… Mon père !…

Son maître disparu, L’héritage prophétique

Élisée ramasse son manteau, celui avec lequel Élie l’avait déjà couvert lors de leur rencontre initiale pour marquer sa destination prophétique. Il s’arrête sur les rives du Jourdain, et fort des enseignements de son maître, frappe les eaux avec, mais rien ne se passe. Élie interroge : « Où est donc le Seigneur, le Dieu d’Élie ? » (2 R 2, 14) et les eaux se retirent, signe que l’invocation divine sera nécessaire pour son action. À partir de ce jour, l’esprit d’Élie reposera sur Élisée. Son premier prodige sera d’assainir les eaux de la ville en mettant du sel dans une écuelle et en la versant dans la source qui se trouva alors purifiée définitivement. Le deuxième Livre des Rois relate un fait curieux lorsqu’Élisée décide de se rendre à Béthel où des gamins l’accueillent en se moquant de lui. Le prophète les maudit au nom du Seigneur, deux ourses surgissent alors du bois et déchiquettent ces quarante-deux enfants… rappelant ainsi que les prophètes doivent être pris au sérieux !

Les miracles

La Bible rapporte également un grand nombre de miracles attribués à l’action prophétique d’Élisée, certains semblants même en « doublon » de ceux accomplis par Élie, tel celui de la résurrection du fils d’une veuve qui l’héberge après une insolation mortelle. Préfigurant le partage des pains du Christ, Élisée nourrit cent personnes avec seulement vingt pains d’orge. L’un des miracles les plus connus reste certainement la guérison du païen Naamân, général du roi d’Aram. Cet homme puissant est atteint par la lèpre et aucun remède ne peut le guérir de son mal. Ayant appris les actions thaumaturges du prophète, le général se rend auprès d’Élisée qui lui demande de se plonger sept fois dans les eaux du Jourdain. Vexé, l’homme orgueilleux s’attendant à un geste plus noble de guérison décide de s’éloigner lorsque ses proches lui recommandent de suivre les conseils du prophète. Naamân se baigne sept fois dans les eaux du Jourdain et sa peau se trouva aussi belle que celle d’un bébé ! Ce baptême de foi, bien avant ceux pratiqués par Jean le Baptiste, verra la conversion du général païen au Dieu d’Israël. Élisée, avant de disparaître, oint Jéhu comme roi d’Israël. Celui-ci éliminera Achab, qui règne encore, et sa femme Jézabel conformément à la prophétie d’Élie. Un dernier miracle surviendra après la mort d’Élisée. Un homme enterré à la hâte dans le tombeau du prophète touche les os de ce dernier et ressuscite, signe de la force prophétique de ce personnage habité par la puissance divine au-delà de sa vie terrestre.

 

 

Ézéchiel, le prophète de l’exil

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 Ézéchiel compte parmi les Grand Prophètes, après Isaïe et Jérémie, et avant Daniel. Son témoignage demeure unique sur cette période troublée que connaît Israël avec la déportation en Babylonie. Prophète accompagnant cet exil terrible, ses visions resteront gravées dans la mémoire collective du peuple juif et influenceront grandement toute la chrétienté.

La déportation à Babylone

Le siècle d’Ézéchiel est marqué par l’épreuve de la chute de Jérusalem devant l’empire néo-babylonien. En 597 av. J.-C. Nabuchodonosor II, roi de Babylone, conquiert  le royaume de Juda et détruit le Temple de Salomon. C’est alors le temps de la déportation pour le roi Joiakîn avec l’élite des Judéens et le prophète Ézéchiel. Ce dernier, fils de prêtre, deviendra prêtre lui-même et sera fortement influencé par le prophète Jérémie. C’est dans ce contexte troublé que Dieu apparaît à Ézéchiel, lui intimant de rester tout d’abord silencieux, ce mutisme semblant préparer le peuple à la force du message qu’il lui sera réservé dans des visions surprenantes de force et de beauté.

Les visions D’Ézéchiel

Il faut lire et relire le livre d’Ézéchiel pour apprécier la force prophétique de son message et la poésie de son témoignage.  Le livre de la Bible rapporte en effet la vision extatique du prophète captif du fleuve du Kebar. Il vit une gerbe de feu, « comme de l’airain poli, sortant du milieu du feu », et au centre, le tétramorphe avec les quatre « Vivants », animaux à ressemblance humaine que le christianisme rapprochera des quatre Évangélistes. Chacun avait quatre faces (bœuf, aigle, lion et homme) et quatre ailes, des mains d’homme et des pieds de veau.  Leurs ailes soutiennent le trône de Dieu en pierre de saphir. Et au-dessus, une figure d’homme rayonnant dans un arc en ciel de feu et d’airain poli, c’est la gloire de Dieu qui intime à Ézéchiel d’accompagner dans son exil le peuple d’Israël, rebelle et idolâtre

Le malheur sur Jérusalem

Alors que le peuple croit encore à la fin de leur exil, espérant une intervention divine, Ézéchiel leur annonce au contraire la destruction totale de la Ville sainte et du royaume de Juda. Pire encore, il leur  ôte toute illusion d’une déportation de courte durée et n’hésite pas à manger des aliments souillés pour préfigurer ce qui les attend. « Voici venir la Fin ! », le message est sans concession. Les visions du prophète révèlent que Dieu lui-même abandonnera la Ville sainte lorsque la « Gloire de Dieu » quittera Jérusalem. Après Jérémie, Ézéchiel est assurément un prophète du malheur.

L’espérance après l’épreuve

Mais Dieu n’abandonne pas les siens et la suite du livre de la Bible apporte un message d’espérance dans cette noirceur absolue. Alors que Jérusalem a été mise à sac et que de nouvelles déportations ont été entreprises, le découragement est total. Ézéchiel livre alors ce message d’espoir : Dieu, lui-même, va prendre soin de son peuple, il sera le « Bon Pasteur » qui soignera ses brebis à la différence de ces mauvais bergers qui ont provoqué leur perte, une vive critique non masquée de la royauté pervertie. Ézéchiel évoque cette représentation puissante des « ossements desséchés » retrouvant le souffle de vie pour témoigner de cette nouvelle vie qui attend les déportés. C’est une image messianique d’une grande puissance qui est ainsi développée dans ces pages inspirées nourrissant l’espérance du peuple d’Israël dans l’exil jusqu’à l’Apocalypse de saint Jean qui s’en fera l’écho dans le Nouveau Testament…

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Dimanche 1er mai 2022 : 3ème dimanche de Pâques : lectures et commentaires

Dimanche 1er mai 2022 : 3ème dimanche de Pâques

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 5, 27b-32. 40b-41

En ces jours-là,
les Apôtres comparaissaient devant le Conseil suprême ;
27 le grand prêtre les interrogea :
28 « Nous vous avions formellement interdit
d’enseigner au nom de celui-là,
et voilà que vous remplissez Jérusalem
de votre enseignement.
Vous voulez donc faire retomber sur nous
le sang de cet homme ! »
29 En réponse, Pierre et les Apôtres déclarèrent :
« Il faut obéir à Dieu
plutôt qu’aux hommes.
30 Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus,
que vous aviez exécuté en le suspendant au bois du supplice.
31 C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé,
en faisant de lui le Prince et le Sauveur,
pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés.
32 Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela,
avec l’Esprit Saint,
que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. »

40 Après avoir fait fouetter les Apôtres,
ils leur interdirent de parler au nom de Jésus,
puis ils les relâchèrent.
41 Quant à eux, quittant le Conseil Suprême,
ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes
de subir des humiliations pour le nom de Jésus.

Les Apôtres viennent d’être flagellés à cause de leur prise de parole sur Jésus. On les relâche et, voilà qu’en sortant du tribunal, Saint Luc nous dit : « Ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus ». Comme s’ils avaient été décorés… décorés du titre de « prophètes ». Peut-être ont-ils alors repensé à la parole de Jésus : « Heureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïssent, lorsqu’ils vous rejettent, et qu’ils insultent et proscrivent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous ce jour-là et bondissez de joie, car voici, votre récompense est grande dans le ciel ; c’est en effet de la même manière que leurs pères traitaient les prophètes. » (Lc 6,22-23). Ils se rappellent aussi cette phrase que Jésus leur avait dite : « Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront, vous aussi. » (Jn 15,20).
Ici, que s’est-il passé ? Ce n’est pas la première fois que les Apôtres Pierre et Jean comparaissent devant le Sanhédrin, c’est-à-dire le tribunal de Jérusalem, le même qui a condamné Jésus quelques semaines plus tôt ; déjà, une fois, après la guérison du boiteux de la Belle Porte, un miracle qui avait fait beaucoup de bruit dans la ville, ils avaient été arrêtés, emprisonnés une nuit, puis interrogés et interdits de parole ; mais on les avait finalement relâchés. Dès leur remise en liberté, ils avaient recommencé à prêcher et à faire des miracles. Ils ont donc été arrêtés une deuxième fois, mis en prison… mais ils ont été délivrés miraculeusement pendant la nuit par un Ange du Seigneur. Evidemment, cette délivrance miraculeuse n’a fait que galvaniser leurs énergies ! Et ils ont recommencé à prêcher de plus belle. Et c’est là que nous en sommes avec la lecture de ce dimanche. Ils sont donc de nouveau arrêtés et traduits devant le tribunal. Le grand prêtre les interroge, ce qui nous vaut la très belle réponse de Pierre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » Et Pierre adresse au tribunal un petit résumé de ses discours précédents ; il leur dit à peu près ceci : il y a deux logiques, la logique de Dieu et celle des hommes ; la logique des hommes (sous-entendu la vôtre, vous tribunal juif), consiste à dire : un malfaiteur, on le supprime, et après sa mort, on ne va quand même pas lui faire de la publicité ! Jésus, aux yeux des autorités religieuses, était un imposteur, on l’a supprimé, c’est logique ! C’est même un devoir de l’empêcher d’endoctriner un peuple trop enclin à se fier à n’importe quel prétendu Messie. Condamné, exécuté, suspendu à la Croix, c’est un maudit : même de Dieu il est maudit. C’était écrit dans la Loi.
Seulement voilà, la logique de Dieu, c’est autre chose : oui, vous l’avez exécuté, pendu au gibet de la croix… Mais, contre toute attente, non seulement il n’est pas maudit par Dieu, mais au contraire, il est élevé par Dieu, il devient le Chef, le Sauveur : « C’est lui que Dieu, par sa main droite, a élevé en faisant de lui le Prince et le Sauveur, pour accorder à Israël la conversion et le pardon des péchés. » Cette dernière phrase est une énormité pour des oreilles juives : si la conversion et le pardon des péchés sont apportés à Israël, cela signifie que les promesses sont accomplies. Cette assurance des Apôtres, que rien ne semble faire taire, ne peut qu’exaspérer les juges ; et plusieurs d’entre eux ne voient plus qu’une solution : les supprimer comme on a supprimé Jésus ; c’est là qu’intervient un homme extraordinaire, Gamaliel, dont le raisonnement devrait être un modèle pour nous, quand nous nous trouvons face à des initiatives qui ne nous plaisent pas.
Malheureusement, la lecture liturgique de ce dimanche ne retient pas l’épisode de Gamaliel : on passe directement des paroles de Pierre à la décision du tribunal ; les apôtres ne sont pas condamnés à mort comme certains le voudraient, on se contente de les fouetter et on les relâche. Mais prenons le temps de lire les versets qui manquent ; Pierre vient donc de dire : « Nous sommes témoins de tout cela avec l’Esprit Saint que Dieu donne à ceux qui lui obéissent » (sous-entendu, vous, en ce moment, vous n’obéissez pas à Dieu). Luc raconte : « Exaspérés par ces paroles, ils projetaient de les faire mourir. Mais un homme se leva dans le Sanhédrin ; c’était un Pharisien du nom de Gamaliel, un docteur de la Loi estimé de tout le peuple » ; (entre parenthèses, c’est lui qui fut le professeur de Saül de Tarse, le futur Saint Paul ; cf Ac 22, 3) ; il ordonne de faire sortir un moment Pierre et Jean, et il s’adresse aux autres juges ; en substance, son raisonnement est le suivant : de deux choses l’une, ou bien leur entreprise vient de Dieu… ou bien non, ce sont des imposteurs ; et voici la fin de son discours : « Si c’est des hommes que vient leur entreprise, elle disparaîtra d’elle-même… si c’est de Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître. N’allez pas risquer de vous trouver en guerre avec Dieu ! » (Ac 5,38-39).
Si Gamaliel prenait la parole aujourd’hui, sans doute reconnaîtrait-il que l’Eglise est bien une entreprise de Dieu : depuis deux mille ans, elle a résisté à tout, même à nos faiblesses et à nos insuffisances !
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Complément
Gamaliel est un bel exemple de Pharisien et nous donne l’occasion de rendre justice à la majorité d’entre eux qui étaient des hommes de foi et de bonne volonté. A travers cet épisode, nous approchons la réalité historique des débats au sein du Judaïsme à propos de la jeune communauté chrétienne.

PSAUME – 29 (30), 3-4, 5-6ab, 6cd.12, 13

 Le psaume 29 (30) est très court, il ne comporte que treize versets (dont huit seulement sont retenus par la liturgie de ce dimanche) ; ici, nous le lirons en entier, nous le comprendrons beaucoup mieux.
Mais avant de le lire, rappelons-nous l’histoire qu’il évoque : il faut imaginer quelqu’un qui est tombé au fond d’un puits : il a crié, supplié, appelé au secours… il donnait même des arguments pour qu’on lui vienne en aide (du genre je vous serai plus utile, vivant que mort !) ; apparemment il y a des gens qui ne sont pas mécontents de le voir dans le trou et qui ricanent… mais il continue à appeler au secours : quelqu’un finira bien par avoir pitié …
Il a eu raison de crier : quelqu’un a entendu ses appels, quelqu’un est venu le délivrer, l’a tiré de là comme on dit. Ce « quelqu’un », il faut l’écrire avec une majuscule, c’est Dieu lui-même. Une fois en haut, revenu à la lumière et en quelque sorte à la vie, notre homme explose de joie !
Ce psaume raconte exactement cela :
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2 Je t’exalte, SEIGNEUR : tu m’as relevé,
tu m’épargnes les rires de l’ennemi.
3 Quand j’ai crié vers toi, SEIGNEUR,
Mon Dieu, tu m’as guéri ;
4 SEIGNEUR, tu m’as fait remonter de l’abîme
et revivre quand je descendais à la fosse.

5 Fêtez le SEIGNEUR, vous, ses fidèles,
Rendez grâce en rappelant son nom très saint.
6 Sa colère ne dure qu’un instant,
sa bonté toute la vie.

Avec le soir viennent les larmes,
Mais au matin, les cris de joie !

7 Dans mon bonheur, je disais :
Rien, jamais, ne m’ébranlera !
8 Dans ta bonté, SEIGNEUR, tu m’avais fortifié
sur ma puissante montagne ;

Pourtant tu m’as caché ta face
et je fus épouvanté.
9 Et j’ai crié vers toi, SEIGNEUR,
J’ai supplié mon Dieu :
10 « A quoi te servirait mon sang
si je descendais dans la tombe ?
La poussière peut-elle te rendre grâce
et proclamer ta fidélité ?
11 Ecoute, SEIGNEUR, pitié pour moi !
SEIGNEUR, viens à mon aide ! »

12 Tu as changé mon deuil en une danse,
Mes habits funèbres en parure de joie !

13 Que mon cœur  ne se taise pas,
Qu’il soit en fête pour toi ;
Et que sans fin, SEIGNEUR, mon Dieu,
Je te rende grâce !

Le premier verset donne le ton de l’action de grâce : « Je t’exalte, SEIGNEUR : tu m’as relevé ». Mais auparavant, il y a eu la chute terrible dans un abîme et les moqueries des gens qui ricanaient. C’est ce qui inspire des versets comme « tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse… tu m’épargnes les rires de l’ennemi ».
Notre malheureux ne comprenait rien à ce qui lui arrivait. Jusque-là il était confiant dans la vie ; apparemment, il était né sous une bonne étoile : « Dans mon bonheur, (c’est-à-dire au temps où j’étais heureux), je disais : Rien, jamais, ne m’ébranlera ». Mais le malheur est arrivé, et avec lui, l’effondrement de toutes ses certitudes, l’angoisse, la supplication ; et enfin le dénouement, la délivrance.
Tout cela, d’un bout à l’autre, c’est l’histoire d’Israël. Car il y a, comme toujours dans les psaumes, deux niveaux de lecture : l’histoire qu’on nous raconte est celle d’un individu tombé dans un puits ; en réalité, c’est le peuple tout entier qui parle, ou plutôt qui chante, qui explose de joie au retour de l’Exil à Babylone… comme il avait chanté, dansé, explosé de joie après le passage de la Mer Rouge. L’Exil à Babylone, c’est aussi une chute mortelle dans un puits sans fond, dans un gouffre… et nombreux sont ceux qui ont pensé qu’Israël ne s’en relèverait pas. Au sein même du peuple, on a pu être pris de désespoir… Et il y en a eu des ennemis, pas mécontents, qui riaient bien de cette déchéance…
Et pourtant, jusque-là, Israël pouvait être confiant dans la vie : « Dans mon bonheur, je disais : Rien, jamais, ne m’ébranlera »… (Mais peut-être est-ce l’une des clés du problème ? Pendant l’Exil à Babylone, on a eu tout loisir de méditer sur les diverses causes possibles de ce malheur ; et on s’est justement demandé si le malheur du peuple n’avait pas été la conséquence de cette attitude).
Pendant toute cette période d’épreuve, le peuple soutenu par ses prêtres, ses prophètes, a gardé espoir malgré tout et force pour appeler au secours : « J’ai crié vers toi, SEIGNEUR, j’ai supplié mon Dieu… Ecoute, SEIGNEUR, pitié pour moi ! SEIGNEUR, viens à mon aide !… » Dans sa prière, il n’hésitait pas à employer tous les arguments, par exemple du genre « tu seras bien avancé quand je serai mort » … parce que, quand ce psaume a été écrit, on ne croyait pas encore en la Résurrection : on imaginait que les morts étaient dans un séjour d’ombre, le « shéol » où il ne se passe rien. Alors on disait à Dieu : « A quoi te servirait mon sang si je descendais dans la tombe ? » « Sang » ici veut dire « vie ». Quand le psalmiste dit « A quoi te servirait mon sang si je descendais dans la tombe ? La poussière peut-elle te rendre grâce et proclamer ta fidélité ? », il faut donc entendre : puisqu’il n’y a rien après la mort, je ne t’offrirai plus ni prières ni offrandes ni sacrifices.
Et Dieu a entendu cette prière, le miracle s’est produit : Dieu a sauvé son peuple : « Quand j’ai crié vers toi, SEIGNEUR, mon Dieu, tu m’as guéri ; SEIGNEUR, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse… ». Comme dans d’autres textes bibliques, la vision d’Ezéchiel des ossements desséchés, par exemple, la restauration du peuple, le retour de l’Exil est décrit en termes de résurrection, à un moment où personne ne songe à une possibilité de résurrection individuelle. Plus tard, quand la foi biblique aura franchi le pas décisif et accueilli la révélation de la foi en la résurrection, ces textes seront relus et on leur découvrira une profondeur nouvelle.
« Tu as changé mon deuil en une danse, mes habits funèbres en parure de joie. » A l’époque de la composition du psaume, ce n’était qu’une image. Mais, désormais, pour tous ceux qui croient à la résurrection, Juifs et Chrétiens, cette dernière phrase a pris un sens nouveau : irrésistiblement, elle donne envie de chanter « Alleluia »… parce que c’est le sens même du mot « Alleluia » dans la tradition juive ! Dans les commentaires des rabbins sur l’Alleluia, il y a ce petit texte extraordinaire que nous devrions nous redire chaque fois que, à notre tour, nous entonnons des Alleluia :
« Dieu nous a amenés de la servitude à la liberté, de la tristesse à la joie, du deuil au jour de fête, des ténèbres à la brillante lumière, de la servitude à la Rédemption. C’est pourquoi chantons devant lui l’Alleluia ! »

DEUXIEME LECTURE – Apocalypse de Saint Jean 5, 11-14

Moi, Jean,
11 j’ai vu :
et j’entendis la voix d’une multitude d’anges
qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ;
ils étaient des myriades de myriades,
par milliers de milliers.
12 Ils disaient d’une voix forte :
« Il est digne, l’Agneau immolé,
de recevoir puissance et richesse,
sagesse et force,
honneur, gloire et louange. »
13 Toute créature dans le ciel et sur la terre,
sous la terre et sur la mer,
et tous les êtres qui s’y trouvent,
je les entendis proclamer :
« À celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau,
la louange et l’honneur,
la gloire et la souveraineté
pour les siècles des siècles. »
14 Et les quatre Vivants disaient : « Amen ! » ;
et les Anciens, se jetant devant le Trône, se prosternèrent.

Avec l’Apocalypse, nous voici en présence d’une vision, avec tout ce que cela comporte d’inhabituel ; mais d’avance nous savons une chose : c’est que le livre entier de l’Apocalypse est un chant de victoire ; dans le passage ci-dessus, c’est clair ! Au ciel, des millions et des centaines de millions d’anges crient à pleine voix quelque chose comme « vive le roi ! »… et, dans tout l’univers, que ce soit sur terre, sur mer, ou même sous la terre, tout ce qui respire acclame aussi comme on le fait au jour du sacre d’un nouveau roi. Le nouveau roi, ici, bien sûr, c’est Jésus-Christ : c’est lui, « l’Agneau immolé », qui est acclamé et reçoit « puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction. » Pour décrire la royauté du Christ, cette vision utilise un langage symbolique, fait d’images et de chiffres. C’est dire la richesse et aussi la difficulté de ces textes. La richesse, parce que, seul, le langage symbolique peut nous faire pénétrer dans le monde de Dieu ; l’ineffable, l’indicible ne se décrit pas ; il peut seulement être suggéré ; par exemple, il faut être attentif à certaines images, à certaines couleurs, à certains chiffres qui reviennent fréquemment et ce n’est certainement pas par hasard.
Mais la difficulté réside dans l’interprétation des symboles. Notre imagination est sollicitée, elle peut nous aider, mais jusqu’où pouvons-nous faire confiance à notre intuition pour comprendre ce que l’auteur a voulu suggérer ? Il faut donc toujours rester très humble dans l’interprétation des symboles ! Nous ne pouvons pas prétendre comprendre le sens caché d’un texte biblique quel qu’il soit. L’expression « les quatre Vivants » en est un bon exemple : le chapitre précédent de l’Apocalypse nous les a décrits comme quatre animaux ailés ; le premier a un visage d’homme, les trois autres ressemblent à des animaux, un lion, un aigle, un taureau… et nous avons l’habitude de les voir sur de nombreuses peintures, sculptures et mosaïques… et nous croyons savoir sans hésitation de qui il s’agit ; c’est Saint Irénée qui, au deuxième siècle, en a proposé une lecture symbolique : pour lui, les quatre vivants sont, à n’en pas douter, les quatre évangélistes ; saint Augustin a repris la même idée en la modifiant un peu. C’est l’interprétation d’Augustin qui est restée dans la tradition : d’après lui, Matthieu serait le Vivant à face d’homme, Marc le lion (les amoureux de Venise ne peuvent pas l’oublier !), Luc le taureau, Jean l’aigle. Mais les biblistes ne sont pas bien à l’aise avec cette interprétation : car il semble bien que l’auteur de l’Apocalypse ait repris ici une image d’Ezéchiel dans laquelle quatre animaux soutiennent le trône de Dieu, et ils représentent tout simplement le monde créé.
Parlons des chiffres, justement : toutes ces précautions prises, il semble bien que le chiffre 3 symbolise Dieu ; et 4 le monde créé, peut-être à cause des quatre points cardinaux ; 7 (3+4) évoque à la fois Dieu et le monde créé ; il suggère donc la plénitude, la perfection… du coup, 6 (7-1) est incomplet, imparfait. L’acclamation des Anges revêt donc une portée singulière : « Lui, l’Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange » : quatre termes de réussite terrestre ajoutés à trois termes réservés à Dieu (honneur, gloire, louange) ; au total sept termes : c’est dire que l’Agneau immolé (les lecteurs de Jean savent qu’il s’agit de Jésus) est pleinement Dieu et pleinement homme ; et là on voit bien la force de suggestion d’un tel langage symbolique !
Continuons notre lecture : « J’entendis l’acclamation de toutes les créatures au ciel, sur terre, sous terre et sur mer » ; (là encore quatre termes : il s’agit bien de toute la création) ; tous les êtres qui s’y trouvent proclamaient : « A celui qui siège sur le Trône, et à l’Agneau, bénédiction, honneur, gloire et domination pour les siècles des siècles. » C’est le monde créé qui proclame sa soumission à celui qui siège sur le Trône (Dieu bien sûr), et à l’Agneau. Ce n’est pas un hasard, non plus, si les Vivants qui soutiennent le trône de Dieu chez Ezéchiel et qui représentent le monde créé sont au nombre de quatre.
Toute cette insistance de Jean, ici, vise à mettre en valeur cette victoire de l’Agneau immolé : apparemment vaincu, aux yeux des hommes, il est en réalité le grand vainqueur ; c’est le grand mystère qui est au centre du Nouveau Testament, ou le paradoxe, si l’on préfère : le Maître du monde se fait le plus petit, le Juge des vivants et des morts a été jugé comme un criminel ; lui qui est Dieu, il a été traité de blasphémateur et c’est au nom de Dieu qu’il a été rejeté. Pire, Dieu a laissé faire. Quand Saint Jean développe cette méditation à l’adresse de sa communauté, on peut penser que son objectif est double : premièrement, il faut trouver une réponse au scandale de la croix, et donner des arguments aux Chrétiens en ce sens. Quand Jean écrit l’Apocalypse, Chrétiens et Juifs sont en pleine polémique sur ce sujet : pour les Juifs, la mort du Christ suffit à prouver qu’il n’était pas le Messie ; le livre du Deutéronome avait résolu la question : « Celui qui a été condamné à mort au nom de la Loi, exécuté et suspendu au bois est une malédiction de Dieu » (Dt 21, 22). Or c’est bien ce qui s’est passé pour Jésus.
Pour les Chrétiens, témoins de la Résurrection, ils y voient au contraire l’œuvre  de Dieu. Mystérieusement, la Croix est le lieu de l’exaltation du Fils. Jésus l’avait annoncé lui-même dans l’évangile de Jean : « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, vous connaîtrez que « Je Suis » (Jn 8, 28). Ce qui veut dire « vous reconnaîtrez enfin ma divinité » (puisque « Je Suis » est exactement le nom de Dieu). Il faut donc apprendre à lire sur les traits défigurés de ce misérable condamné la gloire même de Dieu. Dans la vision que Jean nous décrit, l’Agneau reçoit les mêmes honneurs, les mêmes acclamations que celui qui siège sur le Trône. Deuxième objectif de Jean, aider ses frères à tenir bon dans l’épreuve : les forces de l’amour ont déjà vaincu les forces de la haine ; c’est tout le message de l’Apocalypse.

EVANGILE – selon Saint Jean 21, 1-19

En ce temps-là,
1 Jésus se manifesta encore aux disciples
sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.
2 Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre,
avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
Nathanaël, de Cana de Galilée,
les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples.
3 Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. »
Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. »
Ils partirent et montèrent dans la barque ;
or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
4 Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage,
mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
5 Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? »
Ils lui répondirent : « Non. »
6 Il leur dit :
« Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. »
Ils jetèrent donc le filet,
et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.
7 Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre :
« C’est le Seigneur ! »
Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur,
il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.
8 Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ;
la terre n’était qu’à une centaine de mètres.
9 Une fois descendus à terre,
ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise
avec du poisson posé dessus, et du pain.
10 Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. »
11 Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons :
il y en avait cent cinquante-trois.
Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.
12 Jésus leur dit alors : « Venez manger. »
Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? »
Ils savaient que c’était le Seigneur.
13 Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ;
et de même pour le poisson.
14 C’était la troisième fois
que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
15 Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre :
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? »
Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »
Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »
16 Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment? »
Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »
Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »
17 Il lui dit, pour la troisième fois :
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »
Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? »
Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »
Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis.
18 Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune,
tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ;
quand tu seras vieux, tu étendras les mains,
et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »
19 Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu.
Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »

Jean précise qu’ils étaient sept disciples (verset 2) : comme les sept Eglises de l’Apocalypse de Jean représentent l’Eglise tout entière, on peut penser que les sept disciples évoqués ici représentent les disciples de tous les temps, c’est-à-dire là encore l’Eglise tout entière.
Première question à propos de ce texte : en débarquant sur le rivage, les disciples trouvent un feu de braise avec du poisson posé dessus et du pain ; et malgré cela, Jésus leur dit d’apporter du poisson qu’ils viennent de prendre. Peut-on penser qu’il en manquait ? Il n’est pas certain qu’on puisse se contenter de cette explication arithmétique. Il faut probablement plutôt en déduire que dans l’œuvre  d’évangélisation symbolisée par la pêche (depuis que Jésus a appelé Pierre « pêcheur d’hommes »), Jésus nous précède (c’est le sens du poisson déjà posé sur le feu avant l’arrivée des disciples) mais en même temps, il sollicite notre collaboration.
Autre surprise de ce texte : le dialogue entre Jésus et Pierre ; malheureusement, notre traduction ne peut pas rendre compte de la subtilité du vocabulaire grec. En Français, nous n’avons qu’un verbe « aimer ». Le grec, lui, emploie deux verbes différents : le premier verbe, « agapao », signifie l’amour sans réserve, total et inconditionnel. Le deuxième verbe « phileo » exprime l’amour d’amitié, tendre mais pas totalisant. Les deux premières fois, Jésus demande à Pierre : « Simon… m’aimes-tu ? » avec le verbe « agapaô », c’est-à-dire « m’aimes-tu de cet amour total et inconditionné dont je t’aime moi-même ? » (Jn 21, 15)
Or, Pierre, lui, surtout, après la triste expérience de son triple reniement dans la nuit de la Passion, ne répond pas par le même verbe. Il aime Jésus, oui, mais à la manière des hommes, pas à la manière de Dieu.
La troisième fois, Jésus reprend sa question, mais avec le verbe « phileô ». Le Pape Benoît XVI commentait : « Simon comprend alors que son pauvre amour suffit à Jésus, l’unique dont il est capable… On pourrait dire que Jésus s’est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus ! C’est précisément cette adaptation divine qui donne de l’espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l’infidélité. C’est de là que naît la confiance qui le rendra capable de suivre le Christ jusqu’à la fin. »
A chaque fois, Jésus s’appuie sur cet engagement, cette adhésion de Pierre pour lui confier la mission de pasteur de la communauté : « Sois le pasteur de mes brebis ». Notre relation au Christ n’a de sens et de vérité que si elle s’accomplit dans une mission au service des autres. Jésus précise bien « mes » brebis : Pierre est invité à partager la charge du Christ ; il ne devient pas propriétaire du troupeau ; mais le soin qu’il prendra du troupeau du Christ sera le lieu de vérification de son amour pour le Christ lui-même.1
Pourquoi cette précision de Jésus « m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il ne faut pas entendre ici une espèce de brevet de bonne conduite, du genre : « puisque tu m’aimes plus que les autres, je te confie la charge » ; au contraire, il faut entendre : « C’est parce que je te confie cette charge, qu’il faudra que tu m’aimes davantage ! » Peut-être est-ce comme un discret rappel à ceux qui détiennent l’autorité ? L’autorité qui nous est confiée, dans quelque domaine que ce soit, est d’abord une exigence : accepter une charge pastorale implique beaucoup d’amour.
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Notes
1 – Saint Augustin commente : « Si tu m’aimes, ne pense pas que c’est toi le pasteur ; mais pais mes brebis comme les miennes, non comme les tiennes »
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Compléments
– L’Evangile de Jean (au chapitre 20) se terminait par « il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-ci y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et afin que par votre foi, vous ayez la vie en son nom. » C’était donc une très belle finale pour l’Evangile ! Les spécialistes se demandent si le chapitre 21 n’aurait pas été rajouté après coup ? Il se présente comme une sorte de post-scriptum, peut-être destiné à mettre au point le problème de la prééminence de Pierre, qui se posait déjà sans doute dans les communautés chrétiennes de l’époque.
Pour le dire autrement, on peut être étonné de la place occupée par Pierre dans un récit d’apparition du Christ, sous la plume de Saint Jean : cela reflète peut-être un des problèmes des premières communautés chrétiennes. Il faut croire qu’il n’était pas inutile de rappeler à la communauté attachée à la mémoire de Jean que, par la volonté du Christ, le pasteur de l’Eglise universelle était Pierre et non pas Jean.
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– Catéchèse de Benoît XVI, 24 mai 2006
A propos des versets 15 à 17, le pape fait remarquer l’emploi des deux verbes « agapaô » et « phileô » aux sens voisins mais dont l’emploi précis est très révélateur. En grec, le verbe « phileo » exprime l’amour d’amitié, tendre mais pas totalisant, alors que le verbe « agapao » signifie l’amour sans réserve, total et inconditionnel. La première fois, Jésus demande à Pierre : « Simon… m’aimes-tu (agapâs-me) avec cet amour total et inconditionné (Jn 21, 15) ? »
Or, Pierre ne répond pas par le même verbe. Benoît XVI en explique la raison : « Avant l’expérience de la trahison l’Apôtre aurait certainement dit : ‘Je t’aime (agapô-se) de manière inconditionnelle’. Maintenant qu’il a connu la tristesse amère de l’infidélité, le drame de sa propre faiblesse, il dit avec humilité : ‘Seigneur, je t’aime bien (philô-se)’, c’est-à-dire ‘je t’aime de mon pauvre amour humain’. »
Jésus reprend le même verbe « agapao » dans la deuxième question : « Simon, m’aimes-tu avec cet amour total que je désire ? ». Tandis que Pierre persiste à employer le verbe « phileo », il répète la réponse de son humble amour humain : « Kyrie, philô-se », « Seigneur, je t’aime bien, comme je sais aimer ». »
La troisième fois, Jésus dit seulement à Simon : ‘Phileîs-me?, ‘Tu m’aimes bien ?’. Simon comprend que son pauvre amour suffit à Jésus, l’unique dont il est capable.
Benoît XVI commente cet emploi du verbe « philein » par le Christ en disant : « On pourrait dire que Jésus s’est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus ! C’est précisément cette adaptation divine qui donne de l’espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l’infidélité. C’est de là que naît la confiance qui le rendra capable de suivre le Christ jusqu’à la fin. »
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Voici de nouveau un récit d’apparition du Christ Ressuscité ; le mot « apparition » ne doit pas nous tromper (peut-être vaudrait-il mieux dire « manifestation ») ; Jésus ne vient pas d’ailleurs pour disparaître ensuite : il est là en permanence auprès de ses disciples, auprès de nous désormais, lui qui a dit « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Il est invisible, mais non pas absent ; lors des apparitions, il se rend visible ; le mot grec dit : « il se donne à voir ». Ces manifestations de la présence du Christ au milieu des siens sont un soutien pour nous ; leur rôle est d’affermir notre foi : elles sont émaillées de détails concrets, dont certains peuvent nous paraître étonnants, mais qui ont probablement une valeur symbolique. Par exemple, les cent cinquante-trois poissons : plus tard, au quatrième siècle, Saint Jérôme commentera ce chiffre en disant qu’à l’époque du Christ, on connaissait exactement cent cinquante-trois espèces de poissons ; ce serait donc une manière symbolique de dire que c’était la pêche maximum en quelque sorte.
De la même manière que, dans la nuit du Jeudi au Vendredi, Pierre a trois fois affirmé qu’il ne connaissait pas cet homme, cette fois Jésus l’interroge trois fois : infinie délicatesse qui permet à Pierre d’effacer son triple reniement.
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« Quand tu seras vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui te mettra ta ceinture pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller » : cette phrase suit tout juste ce qu’on serait tentés d’appeler la nomination de Pierre, « sois le berger de mes brebis » ; il semble qu’elle dise clairement que la mission confiée à Pierre est une mission de « service » et non de domination ! Car, à l’époque, la ceinture est portée par les voyageurs et par les serviteurs : elle sera doublement indiquée pour les serviteurs de l’Evangile. Pierre mourra de sa fidélité au service de l’évangile ; c’est pourquoi Jean explique : « Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. » Cela signifie que ce chapitre est postérieur à la mort de Pierre (pendant la persécution de Néron, en 66 ou 67). Ce n’est pas pour nous étonner, puisqu’on admet communément que l’Evangile de Jean est très tardif. Certains supposent même (d’après Jn 21,23-24) que la rédaction finale de l’évangile de Jean serait postérieure à sa propre mort.