ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, DANIEL (personnage biblique), LIVRE DE DANIEL

Livre du prophète Daniel

Commentaire sur le livre de Daniel

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Chapitre 1 versets 1-2

  1. Introduction au livre du prophète Daniel

1.1. Les derniers rois de Juda. Les temps des nations

Josias a été le dernier roi fidèle en Juda. Après le règne de trois mois de son fils Joakhaz (2 Chr. 36 : 1-4), un autre de ses fils, Jehoïakim, a fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, pendant son règne de onze ans à Jérusalem (2 Chr. 36 : 5-8). Il a été détrôné par Nébucadnetsar en -606; cette date marque la première étape de la déportation de Juda à Babylone. Jehoïakim a été remplacé par son fils Jehoïakin qui n’a régné que trois mois et dix jours seulement. Sa révolte a donné l’occasion à Nébucadnetsar de transporter à Babylone les trésors de la maison de l’Éternel (2 Chr. 36 : 9, 10).Le dernier roi de Juda, Sédécias, fils de Jehoïakim et frère de Jehoïakin, a régné onze ans à Jérusalem (2 Chr. 36 : 11-21). Jérémie, dans son livre, donne beaucoup de détails sur sa vie. Moins impie que son père, il a néanmoins contribué à perpétuer le mal au milieu du peuple de Dieu. Coupable d’avoir renié son serment de loyauté envers Nébucadnetsar, pris au nom de l’Éternel, il a été emmené à Babylone pour y être jugé. La maison de Dieu et la ville de Jérusalem ont été alors brûlées par le feu, après que tous les trésors de l’Éternel eurent été transférés à Babylone (2 Chr. 36 : 18, 19). C’est la troisième phase de la déportation: -588.

Dieu, qui siégeait entre les chérubins dans le temple de Jérusalem, ôte désormais son trône du milieu du peuple terrestre. Dès lors, Dieu est appelé le «Dieu des cieux» et le gouvernement du monde est transféré aux nations. Ce sont les «temps des nations» (Luc 21:24); ils se continuent encore aujourd’hui, et même se prolongeront après l’enlèvement de l’Église, jusqu’au moment où Christ jugera le dernier empire, la puissance romaine reconstituée, pour établir son règne millénaire.

1.2. La portée du livre du prophète Daniel

Le livre de Daniel commence à la première phase de la déportation (1 : 1, 2), et couvre prophétiquement toute la période du temps des nations, jusqu’à l’aube du millénium. Israël, par sa faute, est mis de côté comme nation, alors que jusque-là, Dieu n’avait connu que lui seul d’entre toutes les familles de la terre (Amos 3:2). Pourtant, la merveilleuse grâce divine s’exprime envers ce peuple foulé aux pieds (És. 18 : 7). De la nation infidèle, Dieu tire un résidu fidèle qu’il envoie au sein même du siège du gouvernement des nations pour y maintenir un témoignage pour lui. La position et les caractères moraux de ce résidu fidèle placé à Babylone par la providence divine sont présentés dans la première partie du livre (Ch. 1).

L’histoire des empires des nations, en rapport avec Israël et avec Christ (qui demeure la clef de toute la révélation prophétique) est donnée dans toute la suite du livre. Les révélations sont faites aux chefs mêmes des empires; elles sont alors interprétées par Daniel (Ch. 2-6). La statue vue en songe par Nébucadnetsar résume la succession historique des empires. Puis, quatre tableaux concernant les nations et leurs chefs impies, font connaître les caractères moraux du monde dans lequel nous vivons. L’histoire des quatre monarchies est ensuite révélée directement à Daniel dans une suite de prophéties (Ch. 7-11), pour annoncer enfin la grande tribulation juive et la délivrance finale du résidu (Ch. 12).

Ce livre est écrit en hébreu, la langue du peuple de Dieu, sauf les ch. 2 : 4 à 7 : 27 rédigés en araméen, la langue des nations.

1.3. Plan du livre du prophète Daniel

1.3.1. Première partie. Un résidu fidèle à Babylone : Ch. 1

1.3.2. Deuxième partie. Les temps des nations et leurs caractères moraux : Ch. 2-6

La vision de Nebucadnetsar et la succession des empires : Ch. 2

La statue d’or et l’idolâtrie. La fournaise de feu : Ch. 3

Le chef de l’empire devient une bête : Ch. 4

Le festin impie de Belshatsar : Ch. 5

L’apostasie de Darius. La fosse aux lions pour Daniel : Ch. 6

1.3.3. Troisième partie. L’histoire prophétique des quatre monarchies : Ch. 7-11

L’histoire des quatre bêtes: la puissance occidentale : Ch. 7

Israël et les deux premières bêtes: la puissance orientale : Ch. 8

Confession de Daniel. Réponse divine et révélations sur Rome : Ch. 9

Préparation morale de Daniel aux communications divines : Ch. 10

Prophéties sur les rois du Nord et du Midi : Ch. 11

1.3.4. Quatrième partie. La grande tribulation et la fin des temps des nations: Ch. 12

  1. Un résidu fidèle à Babylone: Daniel 1

Introduction historique : v. 1,2

Quatre jeunes Hébreux: v. 3-8

L’épreuve de la foi : v. 9-17

Le résidu à la cour de Babylone : v. 18-20

La vie de Daniel : v. 21

2.1. Tableau des empires des nations

 

2.2. Introduction historique : Ch. 1 : 1, 2

2.2.1. La fin d’une époque

Le livre de Daniel s’ouvre sur le siège de Jérusalem par Nebucadnetsar au temps de Jehoïakim (2 Chr. 36 : 5-8), en l’année -606. C’est la première phase de la déportation de Juda à Babylone.

La déclaration faite par Ésaïe de la part de l’Éternel à Ézéchias (És. 39 : 6, 7) s’accomplissait à la lettre. Dieu veillait sur sa parole pour l’exécuter (Jér. 1 : 12). Nebucadnetsar, à son insu, était un instrument dans la main de l’Éternel pour châtier son peuple infidèle, à un moment où le jugement s’imposait car il n’y avait plus de remède (2 Chr. 36 : 15, 16).

Le trône de Dieu a été retiré de Jérusalem; le siège du gouvernement du monde est alors transféré à Babylone, dans le pays de Shinhar, au milieu des nations.

2.2.2. Babylone et la plaine de Shinhar

La première mention de Babylone et de la plaine de Shinhar se trouve dans l’histoire des générations de Noé, au moment de la répartition de la terre entre ses fils après le déluge (Gen. 10 : 10 ; 11 : 1-10). Les fils de Cham, notamment Nimrod, se sont installés dans les plaines arrosées par deux des fleuves qui sortaient du jardin d’Éden:

Sur l’Euphrate, dans la plaine de Shinhar, a été bâtie Babylone (ou Babel), capitale de la Chaldée (Gen. 11 : 4).

Sur le Tigre, appelé Hiddékel (Gen. 2 : 14 ; 10 : 4), Ninive est devenue la capitale de l’Assyrie.

Ces deux nations jouent un rôle capital dans l’histoire du monde en rapport avec Israël.

Shinhar est particulièrement le symbole de l’opposition à Dieu de l’homme et du monde religieux. L’homme bâtit une tour pour se faire un nom; mais Dieu fait tourner l’entreprise à sa confusion, et Babel devient synonyme de confusion. Puis, le roi de Shinhar est vite mêlé aux conflits des rois de ce monde, en présence d’Abraham, l’étranger céleste (Gen. 14 : 1, 9).

Ensuite, les trésors mondains de Shinhar (le manteau et le lingot d’or) contenus dans la ville maudite de Jéricho attisent la convoitise d’Acan et causent sa perte (Jos. 7 : 21).

Plus tard, le pays de Shinhar devient le lieu de l’habitation de l’épha porté par les cigognes, signe de la méchanceté sous sa forme religieuse, comme le révèle la septième vision de Zacharie (Zach. 5 : 5-11).

La Babylone historique, objet de la prophétie en jugement de Jérémie (Jér. 50 à 52) est l’image du dernier système religieux idolâtre et corrompu, d’où le fidèle est invité à sortir, avant que Dieu lui-même n’exécute son jugement final (Jér. 51 : 45 ; Apoc. 18 : 4).

Chapitre 1 versets 3-20

2.3. Quatre jeunes Hébreux : 1 : 3-8

Au milieu de ce système idolâtre, Dieu envoie quatre jeunes Hébreux pour être là en témoignage pour lui. Le roi de Babylone, pour fortifier sa position personnelle au centre de son royaume universel, voulait grouper autour de lui une élite intellectuelle tirée des nations asservies. Le but était d’en faire un corps de magiciens, en rapport avec les puissances des démons, pour le seconder dans ses pratiques occultes1.

1 Un exemple remarquable est précisément celui du roi de Babylone; à la croisée des chemins, il «examinait le foie», «pour pratiquer la divination» (Ézé. 21 : 26). Toutefois, derrière cette scène occulte, Dieu le dirigeait vers Jérusalem, pour accomplir le jugement divin sur Sédécias, le roi profane (v. 30).

En faisant venir à sa cour quatre jeunes Hébreux de descendance royale, Nebucadnetsar ne savait pas que les desseins de Dieu s’accomplissaient. Indépendamment de leur beauté physique, ces jeunes gens devaient être instruits en sagesse, connaissance et science. Cette science se retrouve probablement dans l’empire grec au temps de l’apôtre Paul, sous la forme des «pratiques curieuses» qui existaient à Éphèse (Act. 19 : 19).

Pour les rendre propres à remplir leurs nouvelles fonctions devant le roi, les jeunes Hébreux étaient soumis, de trois manières différentes, à la pression du monde qui s’efforçait de les assimiler:

2.3.1. Apprendre les lettres et la langue des Chaldéens : 1 : 4

Dès l’école, le monde cherche ainsi à imposer aux enfants de chrétiens un modèle social de plus en plus opposé à la vérité de Dieu, contenue dans les «saintes lettres» (2 Tim. 3 : 15), c’est-à-dire la parole de Dieu. Encore aujourd’hui, les despotes politiques ou religieux oppriment les minorités ethniques en leur interdisant de parler leurs propres langues ou leurs dialectes.

2.3.2. Se nourrir des mets délicats du roi et boire son vin : 1 : 5

La nourriture provenait probablement de sacrifices offerts aux idoles de Babylone; en outre, un Juif ne pouvait manger que des bêtes pures, en s’abstenant de toucher à la graisse et au sang (Lév. 7 : 22-27 ; 11). Plus profondément, le danger est celui de la souillure spirituelle. La nourriture du roi est le symbole de tout le système du monde loin de Dieu, organisé dès Caïn et sa descendance (Gen. 4 : 21, 22). La culture, les arts, les techniques, les sciences, la vie politique sont un réel danger pour le chrétien. Le vin, image des plaisirs du monde, ôte le discernement et le sens spirituel (Osée 4 : 11; Éph. 5 : 18).

2.3.3. Recevoir de nouveaux noms : 1 : 7

Donner un nom à une personne, ou même à tout être vivant, est une preuve d’autorité, déléguée par Dieu (Gen. 2 : 19). Ici, le roi des nations, par l’intermédiaire du prince des eunuques, change le nom des quatre jeunes Hébreux.

Daniel (juge de Dieu ou Dieu est juge) est appelé Belteshatsar. Selon le témoignage du roi lui-même, c’était le nom de son dieu (4 : 8). La mention de ce dieu est probablement faite par Ésaïe: Bel et Nebo (És. 46 : 1).

Hanania (donné de Dieu en grâce) est appelé Shadrac.

Mishaël (qui est comme Dieu) est appelé Méshac.

Azaria (celui que Dieu aide) est appelé Abed-Nego.

Ces trois derniers noms chaldéens sont probablement ceux de divinités de Babylone.

2.3.4. La réponse de la foi

Pensons à la souffrance de ces quatre hommes de foi, placés au milieu d’un environnement étranger et hostile et auxquels le monde tentait de faire perdre leur identité. Daniel et ses compagnons allaient-ils se soumettre ainsi à la pression du monde? Devaient-ils abdiquer leur caractère de serviteurs du vrai Dieu pour agir en Chaldéens à la cour de l’empereur des nations?

La réponse de Daniel1 est de toute beauté: dans son cœur, le siège des affections, il décide de ne pas se souiller. Daniel seul est mentionné ici, mais ses trois compagnons exprimeront la même décision de cœur pour Dieu, en face de l’épreuve de la fournaise de feu (3 : 18). En se tenant à l’écart du monde et de ses principes, ces quatre jeunes Hébreux revêtent ainsi le caractère de nazaréens fidèles: ceux-là mêmes que Jérémie avait cherchés en vain dans la ville de Jérusalem avant la déportation (Lam. 4 :7, 8).

1 L’Esprit de Dieu n’utilise pas le nouveau nom chaldéen du prophète, Belteshatsar, mais son nom d’origine, Daniel, qui exprimait sa relation avec Dieu.

La ruine de la chrétienté et la faiblesse du témoignage rendu à Christ ne sont donc pas une excuse pour que chaque croyant ne s’applique pas à refléter devant le monde les caractères de son Seigneur, séparé des pécheurs, le parfait Nazaréen (Héb. 7 : 26).

L’attitude de Daniel peut être rapprochée de celle d’Esdras qui, plus tard, «avait disposé son cœur» (Esd. 7 : 10). Ces deux hommes de foi ont en commun leur entière soumission à la loi de l’Éternel. Ainsi, l’obéissance à la Parole de Dieu est présentée ici comme le premier caractère moral du résidu fidèle à Babylone.

Les paroles de Daniel au prince des eunuques reflètent en même temps une douceur que l’apôtre Pierre nous invite à imiter, lorsque le monde nous demande raison de notre espérance (1 Pi. 3 : 15). Cette humilité d’esprit, deuxième caractère moral du résidu, permet de réaliser la séparation du monde d’une manière agréable à Dieu.

2.4. L’épreuve de la foi : 1 : 9-16

Dieu permet alors que Daniel trouve faveur et grâce auprès des responsables de la cour de Babylone. Il en avait été ainsi de Joseph. Dieu était avec lui (Gen. 39 :2 ; Act. 7 : 9) et lui avait fait trouver grâce d’abord aux yeux de Potiphar, l’officier du Pharaon (Gen. 39 : 4), puis aux yeux du chef de la tour où il était retenu prisonnier (Gen. 39 : 21). Ces deux hommes de foi font ainsi l’expérience de la promesse divine: «Quand les voies d’un homme plaisent à l’Éternel, il met ses ennemis mêmes en paix avec lui» (Prov. 16 : 7).

2.4.1. L’épreuve de dix jours

Le prince des eunuques risquait sa vie en prenant le parti de Daniel contre la volonté du roi («le roi leur assigna» v. 5, 10). Daniel, dans un élan de foi, suggère une épreuve de dix jours; elle impliquait une confiance entière en Dieu car sa faillite aurait entraîné la condamnation des jeunes Hébreux et des délégués du roi.

Mais Dieu récompense la foi, et fait tourner l’épreuve à l’avantage de ses serviteurs. Leur position de séparation du monde est reconnue par les autorités de celui-ci. Loin de leur pays et du temple de l’Éternel (qui était maintenant abandonné par Dieu et même détruit), ces quatre hommes de foi persévèrent ainsi seuls, fidèles à leur place de nazaréens et Dieu est avec eux.

2.4.2. La nourriture des chrétiens

Dieu révèle sa pensée dans les écrits du N.T. à l’égard de la nourriture des chrétiens. Il convient de s’abstenir de manger des choses sacrifiées aux idoles et du sang (seul ou contenu dans une viande étouffée): il est la vie qui appartient à Dieu (Lév. 17 : 11; Act. 15 : 29). Sinon, toute viande peut être mangée1. Aujourd’hui encore, tous les hommes bénéficient de cette autorisation divine. Ériger les pratiques végétariennes en principe moral intangible serait accepter des enseignements de démons (1 Tim. 4 : 3). En même temps, le chrétien est invité à la sobriété en toutes choses (2 Tim. 4 : 5).

1 Après le déluge, Dieu a donné à Noé et à sa descendance tous les animaux comme nourriture: animaux de la terre, oiseaux des cieux et poissons de la mer (Gen. 9 : 3).

2.5. Le résidu à la cour de Babylone : 1 :17-20

2.5.1. L’intelligence spirituelle donnée aux fidèles

C’est alors que Dieu donne aux quatre Hébreux de la science, de l’intelligence et de la sagesse. Non seulement, leur apparence physique montrait l’inutilité de la nourriture de Babylone, mais Dieu leur confie des dons spirituels qui les rendent dix fois supérieurs aux courtisans du roi. Dieu récompense leur foi et leur séparation de cœur pour lui, selon la promesse du psalmiste: «Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, pour leur faire connaître son alliance» (Ps. 25 : 14).

Cette circonstance nous enseigne un principe moral de toute importance: seule, la communion avec Dieu dans sa crainte nous rend capable de connaître ses pensées et de discerner sa volonté. C’est ainsi qu’Abraham se qualifie pour être le confident de Dieu au sujet du jugement de Sodome (Gen. 18 : 17-19). À de tels prophètes (Gen. 20 : 7), Dieu révèle ses secrets (Amos 3 : 7). L’apôtre Paul reprendra cette pensée dans sa prière pour les Colossiens: «Que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle» (Col. 1 : 9).

Daniel est ici spécialement distingué de ses compagnons, comme doué d’une capacité extraordinaire de compréhension des visions. C’est ainsi que Dieu faisait souvent autrefois connaître sa pensée (1 Sam. 3 : 1 ; Job 33 : 15). Ce don particulier aura bientôt l’occasion de s’exercer.

2.5.2. Témoins devant le monde

Après les trois ans de préparation à la cour (v. 5), les quatre jeunes Hébreux sont présentés au roi, et se tiennent devant lui (v. 19). Ils deviennent ainsi des témoins publics devant le monde. Les devins et les enchanteurs du royaume ne peuvent supporter la comparaison avec eux. D’un côté, des hommes voués à la puissance des ténèbres et au mensonge pour tromper leurs semblables, et de l’autre, d’humbles témoins enseignés de Dieu pour communiquer la vérité. Si la sagesse de Dieu reste cachée aux chefs de ce siècle, elle est révélée au plus humble croyant par le Saint Esprit. Par lui, il discerne toutes choses, même les choses profondes de Dieu (1 Cor. 2 : 7, 10, 15). Dans un temps d’intense activité intellectuelle et mystique de l’homme, il est important de se rappeler où se trouvent les vraies valeurs morales selon Dieu.

2.5.3. Les caractères moraux du résidu

Ce chapitre d’introduction du livre a donc montré par l’exemple de Daniel et de ses trois amis, ce que sont dans tous les temps les caractères moraux d’un résidu fidèle à Dieu :

  1. L’obéissance à la Parole,
  2. L’humilité et la douceur d’esprit,
  3. La foi en Dieu, en face de l’épreuve,
  4. Le caractère du nazaréen, dans la séparation complète du monde et du mal qui y règne,
  5. L’intelligence spirituelle donnée de Dieu dans sa communion,
  6. La position de témoin devant le monde, et la fidélité dans la souffrance.

La suite du récit fera ressortir enfin un dernier caractère, de toute importance pour nous (2 : 17-23) :

  1. L’esprit de prière, en intercession et en reconnaissance.

Chapitre 1 verset 21 à chapitre 2 verset 30

2.6. La vie de Daniel : 1 :21

Au cours de son long séjour à Babylone, Daniel verra l’apogée et la chute du royaume de Chaldée. Son service continuera avec Darius, le Mède, puis avec Cyrus, le Perse. Il verra s’accomplir les prophéties d’Ésaïe et de Jérémie, qui annonçaient le retour d’un résidu dans la terre d’Israël (És 44 :28 ; Jér. 30 : 10, 11).

2.6.1. Daniel demeure à Babylone

On notera que la scène du chapitre 10, datée de la troisième année de Cyrus, se place donc après le retour de la déportation, et Daniel était encore à Babylone. Rien ne montre dans la Parole que le prophète soit remonté dans le pays d’Israël. Si Dieu a voulu que son fidèle témoin termine sa vie en Chaldée, c’était pour l’associer à ceux que le prophète Zacharie mentionne en conclusion de son livre des visions (Zach. 6  :9-15). Dans le lieu de la captivité du peuple infidèle, Dieu voulait maintenir pour lui un témoignage à sa propre fidélité.

2.6.2. Daniel et Moïse

Par la foi, Daniel est donc resté longtemps à Babylone à la cour de rois idolâtres (Nebucadnetsar), impies (Belshatsar) ou orgueilleux (Darius). Il a été là, un témoin pour Dieu.

Moïse, au contraire, par l’énergie d’une même foi, était sorti de la cour du Pharaon, roi d’Égypte. Il avait renoncé à la sagesse du monde pour être un humble berger, avant d’être le libérateur du peuple de Dieu.

Mais l’un et l’autre ont connu l’affliction avec le peuple de Dieu:

Moïse, hors du monde avec un peuple libéré,

Daniel, au milieu du monde avec un peuple serviteur.

La comparaison et l’opposition apparente entre ces deux hommes de Dieu montrent que la vie du chrétien ne peut jamais être une simple vie à l’imitation des autres. La vie de chacun dépend de Dieu seul qui lui assigne une place et lui montre son chemin.

2.6.3. Noé, Daniel et Job

Avec Noé et Job, Daniel est aussi spécialement distingué parmi les hommes justes qui ont plu à Dieu (Ézé. 14 : 14.20). Chacun de ces trois hommes de Dieu illustre un aspect particulier de la foi :

Noé: la crainte de Dieu (Gen. 6 : 9 ; Héb. 11 : 7) ;

Daniel: la fidélité dans le service (6 : 4) (1 Cor. 4 : 2) ;

Job: la patience dans l’épreuve (Job 1 : 1; Jac. 5 : 11).

Que Dieu nous accorde d’imiter, dans une mesure au moins, la foi et la conduite de chacun d’eux!

  1. Les temps des nations et leurs caractères moraux Daniel: 2 à 6

3.1. Chapitre 2: La vision de Nebucadnetsar et la succession des empires

3.1.1. La vision et les menaces du roi : 2 :1-16

3.1.1.1. La vision de Nebucadnetsar

Dès le début de son règne (la deuxième année), Nebucadnetsar reçoit à son insu des communications divines par des rêves qui le plongent dans un trouble profond. Il faut se souvenir qu’il avait reçu directement de Dieu le royaume avec le pouvoir absolu, de vie et de mort sur les hommes (5 : 18, 19).

Dieu lui parlait de façon énigmatique par ces visions, mais avait permis de plus que le roi ait perdu la mémoire de ceux-ci. Pour comprendre le message divin, Nebucadnetsar allait ainsi dépendre complètement de Daniel, le prophète de Dieu.

3.1.1.2. L’impuissance de tous les devins

Le roi se tourne d’abord vers les sages de sa cour: devins, enchanteurs, magiciens et Chaldéens sont appelés en consultation. Voués aux sciences occultes, tous ces menteurs au service des puissances du mal prétendaient révéler les secrets, prédire l’avenir et pénétrer le monde invisible. Malgré l’interdiction formelle de Dieu (Lév. 19 : 31; Deut. 18 : 10), le mal avait même gagné Jérusalem, ainsi qu’en témoigne Jérémie (Jér. 29 : 8, 9). Le monde contemporain ne s’est en rien amélioré sur ce point, avec la prolifération actuelle des activités de voyance, de magie, d’occultisme et d’astrologie.

C’était l’occasion pour Nebucadnetsar de mettre ses devins à l’épreuve; sa demande, totalement déraisonnable sur le plan humain, était assortie de menaces de mort en cas d’échec ou de promesses de récompenses, en cas de succès. Devant leurs réticences, les devins sont accusés de vouloir «gagner du temps» ou «acheter le temps»1 (v. 8). Tous les sages s’accordent à reconnaître que la question posée sortait des capacités humaines (v. 10, 11). Saisi d’une ardente colère, le roi met alors ses menaces de mort à exécution, et signe le décret de détruire tous les sages, y compris Daniel et ses compagnons. Humainement, la situation était sans issue.

1 L’expression est employée par l’apôtre Paul pour inviter les chrétiens à saisir l’occasion et ainsi «acheter le temps», que le Seigneur nous prête dans les jours mauvais pour marcher soigneusement (Éph. 5 : 15).

3.1.1.3. Daniel entre en scène

Mais l’impuissance de l’homme devient l’occasion pour Dieu de faire éclater sa puissance. La main divine avait tout dirigé pour que l’empereur des nations rende gloire au Dieu des cieux (v. 47); et le Tout-Puissant avait préparé Daniel pour accomplir ce dessein. Tenu injustement à l’écart de la première consultation, le prophète entre en scène à cet instant critique.

Sa première réaction, sage et prudente, est d’obtenir d’Arioc, le chef des gardes, une audience auprès du roi (elle lui est accordée), et de demander du temps pour interpréter le songe. Comment Daniel pouvait-il être certain, même avec ce délai de grâce, que le secret lui serait révélé par Dieu? Par la foi, il se confiait pleinement en Dieu qui l’avait envoyé à Babylone et veillait là sur lui.

Ce premier épisode de la vie publique de Daniel à Babylone présente plusieurs traits de similitude avec la situation de Joseph en Égypte. Selon le témoignage même du Pharaon, ce jeune Hébreu, serviteur, était un homme «en qui est l’esprit de Dieu», qu’il nommera «Tsaphnath-Pahnéakh», c’est-à-dire: révélateur de secrets, sauveur du monde et soutien de la vie (Gen. 41 : 12, 38, 45). Joseph avait seulement révélé l’interprétation du songe du Pharaon. Daniel, lui, devait d’abord reconstituer le songe du roi, avant de le lui expliquer.

3.1.2. Prière de Daniel et actions de grâces : 2 : 17-23

3.1.2.1. La prière d’intercession : 2 : 17, 18

«Alors, Daniel s’en alla à sa maison» et, comme le psalmiste, s’adonne à la prière (Ps.109:4). Il associe dans ce service d’intercession ses trois fidèles compagnons, informés de l’épreuve de sa foi. C’est la première mention dans l’Écriture d’une prière collective. Ils s’adressent au «Dieu des cieux», titre donné habituellement à l’Éternel depuis que sa gloire a quitté le temple de Jérusalem, et que le gouvernement du monde a été transféré aux nations. Ils ne réclament de Dieu qu’une seule chose: «ses compassions». Daniel ne demandera rien d’autre dans sa remarquable prière d’humiliation en faveur du peuple (9 : 4-19).

3.1.2.2. La réponse de Dieu : 2 : 19

Dans un rêve, Dieu révèle à Daniel la vision du roi et lui en donne l’explication.

3.1.2.3. La prière de reconnaissance : 2 : 20-23

Daniel ne va pas aussitôt vers le roi pour lui annoncer la révélation du secret. Il se tourne plutôt vers Dieu qui avait répondu à leur prière. Le «Dieu des cieux» (2 : 19) est le Dieu d’éternité et le Dieu souverain: il change les temps et les saisons1; il établit et dépose les rois. Il est beau de voir comment un jeune Hébreu en exil, à la merci d’un despote idolâtre, peut reconnaître par la foi la souveraineté universelle de Dieu sur sa création et ses créatures. Même en un temps d’épaisses ténèbres morales (comme pour nous aujourd’hui), la lumière demeure auprès de Dieu (2 : 22).

1 Pour «les temps et les saisons», lire les passages suivants: Gen. 1 : 14 ; Act. 1 : 7 ; 1 Thes. 5 : 1; Dan. 2 : 21; Dan. 7 : 25. Il s’agit non seulement des saisons de la terre, mais aussi du gouvernement du monde. Dieu réserve à sa propre autorité d’en disposer. Mais l’homme, dans son fol orgueil, prétend intervenir; ce sera le cas du chef de l’empire romain.

Mais pour Daniel, Dieu avait aussi le caractère plus intime de: «Dieu de mes pères» (2 : 23). Ses actions de grâces deviennent plus personnelles, en rapport avec la merveilleuse réponse à sa supplication. Il parle seul à Dieu (je te célèbre, je te loue… tu m’as fait connaître), mais il associe ses trois compagnons (ce que «nous» t’avons demandé). Ils avaient recherché ensemble l’aide divine; ils sont unis maintenant pour rendre grâces ensemble.

Daniel peut désormais, et sans délai, entrer auprès d’Arioc, qui le conduit en hâte auprès du roi. L’entretien, rapporté dans la fin du chapitre, présente dans l’ordre :

la source divine et l’objet de la révélation du secret (2 : 27-30) ;

la description du rêve du roi (2 : 31-35) ;

son interprétation (2 : 36-45) ;

la conclusion de la scène (2 : 46-49).

3.1.3. Source et objet de la révélation du secret : v. 24-30

Devant le roi, Daniel déclare d’abord l’impuissance de toute sagesse humaine. Dieu seul révèle les secrets. Déjà déclarée par Ésaïe, cette faculté exclusivement divine est rappelée aux Corinthiens par l’apôtre Paul pour réduire à néant les prétentions humaines dans le domaine de la sagesse (És. 29 : 14; 1 Cor. 1 : 19). C’est une leçon d’une actualité particulière.

La source du secret était donc divine. Son but était de révéler à Nebucadnetsar des événements prophétiques le concernant lui- même ou ses successeurs sur le trône des nations. En fait, la portée prophétique du songe de la statue englobe toute la période historique des temps des nations, entre la déportation d’Israël et l’introduction du règne millénaire de Christ.

Ce secret était annoncé par Dieu, «Celui qui révèle les secrets» (2 : 29), par le canal de son serviteur Daniel. Avec une remarquable humilité, le prophète se met à l’arrière-plan, et attribue sans réserve toute sagesse et toute gloire à son Dieu, devant le souverain des nations.

Apprenons de Daniel cette leçon d’humilité: sachons nous effacer devant notre Seigneur, pour que le monde puisse voir Christ briller dans les siens!

Chapitre 2 verset 31 à chapitre 3 verset 18

3.1.4. La vision de la statue : 2 : 31-35

Nebucadnetsar devait connaître l’interprétation de son rêve et les pensées de son cœur (v. 30).

Dans cette vision qu’il avait oubliée, mais qui le hantait, une grande statue lui était apparue. C’était une image unique, la statue d’un homme: «l’homme qui est de la terre» (Ps. 10 : 18). La «splendeur extraordinaire» de la statue exprime la gloire humaine publique et terrifiante de cet homme de la terre, qui possède le pouvoir et règne sur toutes les nations.

Vue comme un tout, la statue comprend néanmoins quatre parties, soigneusement distinctes; elles sont finalement toutes détruites par l’action d’une pierre qui devient elle-même une grande montagne.

La tête est d’or pur ;

La poitrine et les bras sont d’argent ;

Le ventre et les cuisses sont d’airain ;

Les jambes sont de fer; les pieds, un mélange de fer et d’argile;

Une pierre sans main frappe la statue à sa base.

Il ne reste plus rien de l’autorité confiée à l’homme pour un temps. La domination de «la pierre» s’étend à toute la terre.

En examinant cette statue de la tête aux pieds, on constate une dégradation de la valeur des métaux qui la constituent; la composition est aggravée par la présence d’argile (sans résistance appréciable) dans les pieds.

Telle était la vision. Daniel en donne maintenant l’interprétation.

3.1.5. Son interprétation par Daniel : 2 : 36-45

Les quatre parties de la statue symbolisent les quatre empires des nations, qui se sont succédé à la tête du monde: Babylone, les Mèdes et les Perses, l’empire grec, et l’empire romain1.

1 Un tableau donné en complément résume quelques caractères des quatre empires, selon les symboles de la statue du chapitre 2 et des bêtes des chapitres 7 et 8.

3.1.5.1. La tête d’or

C’est l’image du roi de Babylone et de l’empire des Chaldéens. Dieu a confié directement à Nebucadnetsar un pouvoir absolu et universel, sur toute la terre et ses habitants (hommes, bêtes et oiseaux), mais à l’exception des mers (et des poissons). Cette domination du roi des nations est comparable à celle que Dieu avait confiée à Adam dans la première création: plus limitée en étendue, elle inclut par contre l’autorité de vie et de mort sur les autres hommes (5 : 19), qu’Adam ne possédait pas.

3.1.5.2. La poitrine et les bras d’argent

Ils symbolisent le royaume des Mèdes et des Perses. Ce royaume a immédiatement succédé au premier, d’une façon providentielle1, mais il n’a pas été établi par Dieu directement. Peu de détails sont donnés ici. Ils seront révélés plus loin dans d’autres prophéties (ch. 8 en particulier).

1 Dieu est intervenu par un acte direct de puissance pour établir le royaume de Nebucadnetsar, en ôtant le pouvoir à Israël devenu infidèle. Le transfert du pouvoir des Chaldéens aux autres empires (Mèdes et Perses en particulier) s’est opéré par des circonstances dirigées par la main de Dieu: c’est un acte providentiel.

3.1.5.3. Le ventre et les cuisses d’airain

Ils décrivent l’apparition du royaume grec d’Alexandre, et son évolution sous les quatre généraux qui lui ont succédé. Ce royaume a remplacé providentiellement le précédent. Les guerres médiques ont consacré le pouvoir grec. Là encore, beaucoup de détails importants viendront plus tard.

3.1.5.4. Les jambes de fer, et les pieds de fer et d’argile

C’est l’image de l’empire romain. Comme le fer est le plus résistant des métaux de la statue (or, argent, airain et fer), ainsi la force caractérise ce quatrième empire. Il broiera et brisera tout ce qui a précédé ou ce qui résiste à son extension. Historiquement, Rome a d’abord supplanté la Grèce, puis s’est débarrassée de tous ses rivaux (en particulier, Carthage par les guerres puniques).

Le symbole de dualité (deux jambes et deux pieds) laisse entrevoir une division intérieure, qui a effectivement eu lieu entre les deux empires d’orient et d’occident. En même temps, l’intrusion d’une matière étrangère (l’argile) dans les pieds (et leurs orteils) explique la vulnérabilité de ce système humain, et sa destruction finale, qui s’étendra à tous les empires avec lui. Ce mélange d’argile1 (2 : 43) symbolise ici l’infiltration des barbares dans l’empire romain, qui a détruit son intégrité, diminué sa force et hâté sa fin. Non seulement les cultures des deux systèmes (romain et barbare) n’étaient pas compatibles, mais les principes de gouvernement de chacun d’eux étaient opposés l’un à l’autre. Le pouvoir romain était centralisé (c’est de là qu’il tirait sa vraie force), tandis que celui des barbares était basé sur la démocratie: le peuple commandait2.

Dans l’histoire du monde, ce quatrième empire est le plus important. Il dominait encore à la venue de Christ sur la terre. S’il n’existe plus aujourd’hui, il doit néanmoins réapparaître, pour être finalement détruit par Christ, à son apparition en gloire (Apoc. 17 : 8, 11, 14).

1 L’argile est souvent le symbole de la nature humaine, dans son caractère de faiblesse. Lire les passages suivants Job 10 : 9 ; 33 : 6; Jér. 18 : 6; Rom. 9 : 21.

2 Dans la vie de l’assemblée sur la terre, le danger n’est-il pas de se laisser influencer par les opinions des uns et des autres, plutôt que se soumettre en toute obéissance à la seule autorité du Seigneur ?

3.1.5.5. La pierre sans main

C’est précisément ce qu’enseigne la fin de la vision du roi. Une pierre (figure de Christ) se détache de la montagne (son origine est dans la puissance divine) sans mains (sans aucune intervention humaine), pour frapper la statue à sa base (v. 34); mais le but est de détruire l’ensemble (v. 45), en réduisant tous ses métaux en poussière.

Alors, sans transition, est introduit le dernier royaume, celui de Christ, stable pour toujours. C’est un acte de puissance du «Dieu des cieux» (v. 44), le «grand Dieu» (v. 45) qui condescend à révéler sa pensée au premier roi des nations.

L’assurance du prophète touchant la véracité de son message et la rigueur de son interprétation est tout à fait remarquable. C’est le sceau de la révélation divine, même si elle est transmise par un humble canal humain. En contraste, tout ce qui émane de l’homme reste flou et équivoque.

3.1.6. Nebucadnetsar reconnaît Dieu : v. 46-49

La conclusion de cette scène est étonnante. Le grand monarque, qui tenait la vie de tous dans sa main, se prosterne maintenant devant Daniel, un humble prophète. La situation rappelle celle de Jacob, le berger méprisé, qui bénit le Pharaon, le puissant roi (Gen. 47  :7-10; Héb. 7 : 7).

À tort, du reste, Nebucadnetsar présente une offrande et des parfums à Daniel, plutôt qu’à Dieu. Tel était bien le caractère des païens, d’honorer la créature plutôt que le créateur (Rom. 1 : 25). Toutefois, le roi rend gloire à Dieu et à son omniscience. La suite de l’histoire (chapitres 3 et 4) montrera que la conscience du roi n’avait pas encore été touchée à ce moment.

Enfin, Daniel est élevé en dignité et en puissance à la cour du roi. Dans sa position de suprématie, il n’oublie pas ceux qui avaient persévéré avec lui dans l’épreuve. Dieu les avait sauvés de la mort, et sa providence les place maintenant dans la proximité immédiate du pouvoir, à la porte du roi, là où le jugement se rendait. Ils n’occupaient pas cette position pour partager ce pouvoir avec le monde, mais plutôt pour y être des témoins de la sainteté de leur Dieu: la fournaise de feu pour les trois Hébreux (ch. 3) et la fosse aux lions pour Daniel (ch. 6) seront le prix à payer pour leur témoignage.

3.2. Daniel 3: La statue d’or et l’idolâtrie. La fournaise de feu

La vision de la statue révélait la succession des quatre monarchies dans le cours des temps des nations.

Le Saint Esprit présente maintenant quatre tableaux historiques (dans chacun des chapitres 3 à 6) qui montrent les caractères moraux et la conduite des empires (ou de leur chef).

L’idolâtrie et la statue d’or (ch. 3).

La puissance civile se sert de la religion de Satan (l’idolâtrie) pour soumettre les peuples, et sceller l’unité politique. Si la fournaise de feu est la part des témoins fidèles à Dieu, le roi doit reconnaître à la fin que leur Dieu est le seul digne d’être adoré.

La perte de conscience des relations avec Dieu (ch. 4).

Le chef de l’empire devient une bête. Non seulement, le pouvoir civil utilise la force et la violence aveugles des bêtes; mais ici, l’homme devant Dieu est ramené au rang d’un animal des champs (4 : 16), tourné vers la terre et privé de toutes les lumières d’en haut. Daniel interprète encore le songe du roi qui annonce son jugement. À l’issue de cette période de déchéance, Nebucadnetsar exalte Dieu comme le roi des cieux.

L’impiété (ch. 5).

Le festin de Belshatsar met le comble à l’iniquité et à l’impiété des nations. La profanation des choses saintes et le mépris du culte divin attirent le jugement, annoncé par l’écriture sur le mur de la salle du festin. Il est exécuté cette nuit même, et la monarchie change de mains.

L’exaltation de l’homme (ch. 6).

Anticipant les prétentions de l’Antichrist, le chef de l’empire se fait Dieu, et se déclare seul qualifié pour recevoir des prières. La fidélité de Daniel le conduit dans la fosse aux lions, d’où Dieu le fait sortir. Et Darius, comme ses prédécesseurs, doit reconnaître le Dieu de Daniel comme le seul Dieu, qui possède l’autorité dans un royaume qui ne sera pas détruit.

3.2.1. La statue d’or, un outrage aux droits de Dieu : v. 1-7

Le premier tableau présenté est donc celui de la statue d’or et de l’idolâtrie.

Abandonnant rapidement le vrai Dieu qui venait de lui révéler ses pensées par la vision de la statue, Nebucadnetsar se fait maintenant une statue d’or, un dieu pour lui-même. Car qu’elle soit d’or, de bois ou de toute autre matière, l’idole est le dieu de l’homme égaré (És. 44 : 15-20). Le roi détourne donc le pouvoir qu’il avait reçu de Dieu pour satisfaire ses ambitions personnelles.

3.2.1.1. La statue d’or et sa dédicace : v. 1-3

La statue dressée dans la plaine de Dura, d’une hauteur de trente mètres environ, et d’une largeur de trois mètres, représentait un poids d’or considérable: les immenses richesses que détenait le peuple de Dieu du temps de Salomon (1 Rois 10:14, 23), sont maintenant aux mains des nations et de son chef. Les temps des nations commencent donc par un grand déploiement de splendeur idolâtre. Comment se termineront-ils ? Le livre de l’Apocalypse donne la réponse. Un roi puissant (la bête romaine), recevra sa puissance du dragon (Satan), et non plus de Dieu (Apoc. 13:2). Soutenu par l’Antichrist, qui placera son image dans le temple de Jérusalem pour y être adorée, ce roi séduira toutes les nations de la terre, à l’exception de quelques fidèles, qui n’accepteront pas sa marque impie.

La dédicace de la statue est l’occasion pour Nebucadnetsar de réunir autour de lui tous les grands de ses royaumes. La liste, donnée deux fois (v. 2, 3) est instructive. On y trouve, dans l’ordre de la hiérarchie croissante: (1) satrapes, (2) préfets, (3) gouverneurs, (4) grands juges, (5) trésoriers, (6) conseillers, (7) légistes, (8) magistrats des provinces. Au sommet de cette pyramide du pouvoir, trône l’empereur de toutes les nations, pour compléter à neuf le nombre des classes de dignitaires présents devant la statue.

3.2.1.2. Le rassemblement des peuples par la musique : v. 4-7

Pour assembler maintenant les peuples, peuplades et langues autour de la statue dédicacée, le roi a recours à la musique. Une plénitude d’instruments, à vent ou à cordes, est utilisée à cet effet. Leur liste, répétée intégralement quatre fois (v. 4, 7, 10, 15) comprend: le cor, la flûte, la cithare, la sambuque, le psaltérion, la musette et toute espèce de musique1.

1 Cor: instrument à vent formé d’une corne animale; flûte: instrument à vent fabriqué à partir d’un roseau; cithare: instrument à cordes comparable à la harpe ou à la lyre; sambuque: instrument à cordes, sorte de harpe de forme triangulaire; psaltérion: harpe à douze cordes (de laiton) touchées avec une écaille de bois; musette: instrument à vent (comparable à la cornemuse) constitué d’un sac (en peau animale) à soufflet et de deux tuyaux.

La musique et le chant sont l’expression de la joie du cœur, depuis le cantique de la délivrance chanté au bord de la Mer Rouge (Ex. 15 : 1, 20), jusqu’au cantique nouveau dans le ciel, accompagné des harpes des saints (Apoc. 5 : 8-10).

Toutefois, les premiers instruments de musique (la harpe et la flûte) apparaissent dans la famille de Caïn (Gen. 4 : 21). Pour rendre plus supportable leur vie misérable sur une terre maudite, ses descendants inventent les arts et les techniques. Dès lors, la musique peut être un instrument dans la main de Satan pour séduire les hommes; elle touche les sens, sans atteindre les consciences, et peut réveiller dans l’homme les passions les plus viles, et provoquer une hystérie collective. Certains musiciens ne se cachent pas d’être athées, voués à la drogue ou à l’occultisme.

L’appel au ralliement de tous les peuples autour de la statue était assorti d’une menace de châtiment pour les récalcitrants. Apparemment, l’engagement n’était pas grand. Il suffisait de se prosterner devant la statue, à un certain moment, dans la simple soumission au désir du roi.

3.2.2. L’oppression des consciences : v. 8-18

Mais, en fait, les choses étaient beaucoup plus graves. La statue était une idole, et les démons se cachaient derrière elle. Nebucadnetsar, détenteur du pouvoir civil, se servait en fait des sentiments religieux de l’homme naturel, réveillés par une musique profane, pour asseoir son despotisme; il entraînait ainsi tout le peuple dans l’idolâtrie.

3.2.2.1. Les trois Hébreux1et leurs accusateurs : v. 8-15

1 La Parole ne précise pas l’époque de cette scène. Il semble toutefois qu’il y ait un lien de causalité entre le songe de la statue et la statue dans la plaine de Dura. Dans l’incertitude, il est sage de ne plus nommer les amis de Daniel: «les trois jeunes Hébreux».

Les trois Hébreux (Daniel n’était pas avec eux) sont conscients de ce danger, et refusent d’obtempérer à la demande du roi. Trahis et accusés par des hommes chaldéens jaloux de leur position privilégiée à la cour (v. 8), ils comparaissent finalement devant le roi (v. 13).

Perdant tout contrôle de soi, celui-ci manifeste par ses paroles un trait de caractère nouveau. Non seulement, il avait abandonné le vrai Dieu pour s’adonner à l’idolâtrie, mais il se constituait lui-même son propre dieu (Hab. 1 : 11). Cet orgueil insensé explique la parole de défi qu’il lance aux trois Hébreux, restés fidèles à leur Dieu, mais apparemment livrés au pouvoir du roi: «Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main» (v. 15). Le conflit était porté maintenant entre le roi impie et Dieu lui-même.

3.2.2.2. La réponse de Shadrac, Méshac et Abed-Nego : v. 16-18

La douceur et la dignité de la réponse de Shadrac, Méshac et AbedNego contrastent étrangement avec la violence de l’attaque dont ils sont l’objet. Leur confiance entière en Dieu les conduit à ne pas répondre au roi: «il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet». Mais, pour autant, la fournaise de feu ne leur sera pas épargnée. Toutefois, Dieu les en délivrera pour manifester sa propre gloire.

À ce moment crucial de l’épreuve, les trois Hébreux manifestent une détermination et une décision de cœur égale à celle de Daniel en face des mets délicats du roi (1:8). Il est beau de voir la même énergie de la foi devant les séductions de l’adversaire (Daniel) ou devant sa violence meurtrière (les trois Hébreux). La scène montre aussi la vraie position du croyant en face des autorités. L’obéissance leur est due, jusqu’au moment où elles oppriment les consciences. La limite de l’obéissance aux autorités est l’obéissance à Dieu.

Chapitre 3 verset 19 à Chapitre 4

3.2.3. Les trois fidèles Hébreux dans la fournaise : v. 19-23

La fermeté des trois Hébreux, sans défense mais fidèles à leur Dieu, était intolérable pour le roi du monde. Dans sa fureur, il commande de chauffer la fournaise de feu sept fois plus qu’à l’ordinaire, avant d’y faire jeter ceux qui résistent à ses caprices. Tel est le monde, encore aujourd’hui.

Mais, remarquablement, ce moment est celui de l’intervention divine. Le jugement du roi tombe d’abord sur les hommes les plus vaillants de son armée, tués par l’ardeur du feu (v. 22). C’est là un principe divin: quiconque touche aux élus de Dieu, le fait pour son propre dommage: «Car celui qui vous touche, touche à la prunelle de son œil» (Zach. 2 : 8).

Sans offrir de résistance à l’ardeur de la persécution, Hanania, Mishaël et Azaria se laissent lier et jeter dans la fournaise. La scène de l’adoration de la statue d’or se termine ici du point de vue des activités des hommes, persécuteurs ou martyrs. Les témoins de Dieu ont été sacrifiés aux caprices d’un roi méchant et idolâtre1. «Ils se soumettent complètement aux ordres de Nebucadnetsar quant au corps, et ne lui cèdent rien quant à l’âme», a écrit un commentateur. N’est-ce pas là l’attitude selon Dieu de tous les martyrs qui ont exposé leur vie pour leur témoignage?

1 On ne peut manquer de rapprocher cette scène de celle de la mort de Jean le Baptiseur.

La Parole ne mentionne rien de la position personnelle de Daniel à ce moment. Pourtant, il se tenait à la porte du roi (2 : 49). La suite de son histoire montre bien qu’il n’avait pas renié sa foi: elle sera éprouvée à la fin de sa vie, dans l’épisode de la fosse aux lions.

3.2.4. La délivrance divine : v. 24-27

3.2.4.1. La délivrance : v. 24, 25

La seconde intervention de Dieu est maintenant de délivrer ceux qui avaient mis leur confiance en lui. Leur Dieu «pouvait» les délivrer (v. 17), et il l’a fait (v. 25). C’est un sujet de consternation pour Nebucadnetsar, qui semble être seul pour assister à cette scène surnaturelle (v. 24). Les yeux du roi sont ouverts un instant pour voir l’invisible et comprendre sa folie d’entrer en conflit avec le Dieu des cieux. Deux miracles l’étonnent:

D’abord, les trois martyrs sont libres de leurs liens, et se promènent sans entraves au milieu du feu.

Ensuite, la présence avec eux d’un compagnon surnaturel, assimilé par le roi à un fils de Dieu, ou à un fils des dieux (v. 25).

Quelle scène! D’un côté, Dieu accomplit ainsi la promesse faite à Jacob et à Israël, par le prophète Ésaïe: «Quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras pas brûlé, et la flamme ne te consumera pas» (És. 43 : 2).

De l’autre côté, ces témoins «éteignirent la force du feu» (Héb. 11 : 34) par la puissance de la foi.

3.2.4.2. Les résultats de l’épreuve

Le feu de l’épreuve, allumé par les hommes, est dans les mains de Dieu un instrument pour libérer les croyants de ce qui les enchaîne, et les faire jouir de la présence divine. Ainsi, l’épreuve, comparée au feu de l’affineur (Mal. 3 : 3), purifie l’argent de ses scories, pour en faire un vase pour l’orfèvre (Prov. 25 : 4). Cet exemple encourage chacun de nous à mettre sa confiance en Dieu, dans toutes les circonstances de la vie, qu’elles aient ou non l’intensité de la fournaise. Au milieu de l’épreuve, le Seigneur marche avec les siens. En grâce, il partage leurs souffrances et leur opprobre, pour leur faire goûter sa communion. Paul en a fait la touchante expérience aux derniers jours de sa vie, avant de connaître le martyre (2 Tim. 4 : 16, 17).

3.2.4.3. Le témoignage public de la délivrance : v. 26, 27

La délivrance divine en faveur des trois Hébreux doit être publiquement connue. S’adressant à eux (qu’il appelle serviteurs du Très-Haut), Nebucadnetsar les invite à sortir de la fournaise (v. 26). En présence de tous les grands de son royaume, le roi constate l’intervention divine en faveur des témoins de la foi (v. 27). Ils avaient livré leur corps par fidélité à leur Dieu. Maintenant, ils sortent libres et indemnes pour paraître aux yeux de tous.

3.2.4.4. La portée prophétique de la délivrance

Les promesses de Dieu (Héb. 13 : 5, 6) auront un prix particulier pour les fidèles de la fin en butte aux tentations et aux persécutions des puissances politiques et religieuses (Apoc. 12 : 13-17 ; 13 : 6-8). Après avoir traversé victorieusement de terribles épreuves, ils apparaîtront devant le monde, à l’image des deux témoins qui seront ressuscités à Jérusalem (Apoc. 11 : 11).

L’espérance chrétienne est plus élevée encore: c’est l’assurance d’une place avec Christ dans le ciel pour une éternité de bonheur. Tous ceux qui auront laissé leur vie par fidélité à Christ, à l’image des martyrs de Smyrne, sont particulièrement concernés par cette promesse, rappelée pour soutenir leur foi jusqu’à la mort (Apoc. 2 : 10).

3.2.5. Le roi bénit Dieu et honore ses témoins : v. 28-30

Confondu par l’évidence de ce miracle, Nebucadnetsar reconnaît alors Dieu comme le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Nego, comme il l’avait précédemment déclaré le Dieu de Daniel, possédant toute puissance (2:47). Pour le roi, la quatrième personne dans la fournaise était bien un ange de Dieu, envoyé pour sauver ses serviteurs.

La statue d’or (l’idole) est maintenant publiquement rejetée et déclarée n’être qu’un faux dieu. Les accusateurs des Juifs (v. 8), sont réduits au silence (v. 29), et menacés de graves sanctions s’ils n’honorent pas le seul vrai Dieu.

Enfin, les Hébreux méprisés sont élevés aux yeux de tous à Babylone, comme Daniel l’avait été auparavant. Lorsque le royaume du Fils de l’homme sera établi sur la terre, l’Éternel lui-même «ôtera l’opprobre de son peuple de dessus toute la terre» (És. 25 : 8).

Dans le temps présent, le chrétien n’attend pas de sa fidélité à Christ un honneur dans le monde. Sa récompense est d’un tout autre ordre: c’est la joie de son Maître dans le ciel (Matt. 25 : 21, 23).

3.3. Daniel 4: Le chef de l’empire devient une bête

Nebucadnetsar avait publiquement reconnu Dieu comme le Dieu de Daniel après l’interprétation de la vision de la statue (ch. 2). C’était là un premier avertissement divin à renoncer à son orgueil. Ensuite, l’épisode de sa statue d’or dans la plaine de Dura et la délivrance des trois martyrs Hébreux hors de la fournaise avaient tourné à la confusion du roi et l’avaient obligé à accepter la souveraineté et la puissance du vrai Dieu. Tel était le deuxième avertissement. Dans quelle mesure la conscience de Nebucadnetsar avait-elle été touchée par ces deux épisodes? Le récit du chapitre 4 répond à cette question et montre que l’empereur du monde avait encore de plus profondes leçons à apprendre.

3.3.1. Dieu avertit le roi dans une vision : v. 1-8

3.3.1.1. Une proclamation rétrospective : v. 1-3

Nebucadnetsar fait une proclamation à toutes les nations de la terre, pour raconter rétrospectivement l’extraordinaire expérience qu’il avait vécue. Lui, le souverain universel, a été réduit pendant sept ans1 à l’état d’une bête des champs. Après avoir perdu toute conscience de sa relation avec Dieu, il a retrouvé son intelligence, contraint à déclarer devant tous, à la fin, les signes et prodiges du Dieu Très-Haut.

1 Les «temps» sont ici des années, comme pour la durée de l’épreuve finale des Juifs (12 : 7).

Mais, avant tout jugement, Dieu avertit un homme, une nation ou l’humanité tout entière. Aux jours de Noé, prédicateur de justice, Dieu, dans sa patience, avait longtemps attendu avant de détruire le monde par le déluge (1 Pi. 3 : 20; 2 Pi. 2 : 5). Plus tard, le Pharaon a été averti abondamment, mais en vain, avant que les jugements ne fondent sur l’Égypte (Jér 46 : 17). Jérémie et les prophètes ont annoncé par avance, à Juda et Jérusalem, l’arrivée des Chaldéens. Et maintenant, Dieu avertit encore le monde de la colère qui vient (1 Thes. 1 : 10).

3.3.1.2. L’avertissement divin : v. 4-8

Par une nouvelle vision, Nebucadnetsar est averti pour la troisième fois. «Car Dieu parle une fois, et deux fois — et l’on n’y prend pas garde — Dans un songe, dans une vision de nuit». «Voilà, Dieu opère toutes ces choses deux fois, trois fois, avec l’homme, pour détourner son âme de la fosse» (Job 33 : 14, 29).

Un songe terrifiant trouble et effraye le roi. Comme pour le premier songe, il fait appel à tous les sages de Babylone, pour en avoir l’interprétation. Il ne s’agissait plus de retrouver le songe, dont le roi gardait encore un souvenir précis, mais seulement de l’expliquer.

Les sages de ce siècle en sont incapables, comme la première fois. On peut s’étonner que Nebucadnetsar n’ait pas consulté Daniel immédiatement. Mais l’homme naturel pense à la terre, et n’a aucune affinité avec ce qui est spirituel. Ce n’est qu’à la fin que Daniel, appelé Belteshatsar, entre devant le roi (v. 8).

3.3.2. La révélation de la vision à Daniel : v. 9-18

3.3.2.1. Le plan de la vision

L’exposé détaillé du songe par le roi à Daniel se divise en trois parties :

L’objet du songe: l’arbre, et sa croissance : v. 10-12;

Le jugement sur l’arbre annoncé par un prophète : v. 12-16;

Le but et les résultats du jugement : v. 17, 18.

Le début et la fin du récit du roi signalent Daniel comme ayant «l’esprit des dieux saints» (v. 8, 9, 18). Nebucadnetsar ne connaissait pas encore le seul vrai Dieu, le Dieu des cieux, le Dieu Très-Haut. Ce même témoignage à l’esprit des dieux avait déjà été rendu par le Pharaon à Joseph, qui avait interprété son songe (Gen. 41 : 38).

Nebucadnetsar rapporte alors les «visions de ma tête» (v. 10, 13), expression remarquable, qu’il faut rapprocher de celle employée par Daniel à l’occasion de révélations prophétiques futures (7 : 15). C’est la seule fois où un homme de Dieu se réfère à sa tête, siège de l’intelligence. Habituellement, la source de la connaissance est reconnue comme étant en Dieu et en Christ seuls (Col. 2 : 3); les prophètes ne sont qu’un canal pour la révéler aux hommes.

3.3.2.2. L’arbre et sa croissance : v. 10-12

Un grand arbre est le symbole d’une puissance terrestre humaine, employé souvent dans l’Écriture pour désigner son opposition à Dieu (És. 2 : 12, 13). Le prophète Ézéchiel décrit ainsi la puissance de l’Assyrien (Ézé. 31 : 3-9). Christ, dans la gloire de son royaume, sera, plus tard, «un cèdre magnifique» (Ézé. 17 : 23, 24), qui remplacera cette vigne de peu de hauteur, image de Sédécias, dernier roi infidèle en Juda.

L’image de l’arbre est reprise par le Seigneur pour décrire le développement extérieur du royaume des cieux (et de la profession chrétienne) devenu une puissance protectrice qui abrite les oiseaux du ciel (Matt. 13 : 32). Toutes sortes de personnes y cherchent refuge et protection. L’arbre, dans la vision du roi, est «au milieu de la terre»; il est de grande hauteur et projette son image sur la terre entière. Il abrite, protège et nourrit les bêtes et les oiseaux1. Le symbole est donc en rapport avec la terre (par opposition à la mer) pour désigner le système organisé par l’homme loin de Dieu (et non la masse confuse des peuples). C’est de la terre que surgira aussi la seconde bête de l’Apocalypse, l’Antichrist (Apoc. 13 : 11), qui exercera sur les fidèles de la fin la même oppression religieuse que Nebucadnetsar dans la Babylone historique idolâtre.

1 Les bêtes des champs et les oiseaux du ciel (à l’exception des poissons de la mer) sont mentionnés ici, parce qu’ils avaient été placés sous l’autorité de Nebucadnetsar (2 : 38).

3.3.2.3. Le jugement de l’arbre : v. 13-17

Le jugement est annoncé par un messager venu du ciel: «un veillant, un saint». La Parole indique clairement que les exécuteurs du jugement divin sont des anges (Ps. 104 : 4; Héb. 1 : 7, 14). Mais le jugement procède du trône de Dieu, qui «veille sur sa parole pour l’exécuter» (Jér. 1 : 12).

L’arbre, symbole d’un homme puissant, doit être abattu: branches, feuillage et fruit. Il cesse désormais d’offrir sa protection et sa nourriture aux hommes. Toutefois, les racines en terre et le tronc subsistent, car le jugement ne doit pas détruire la personne elle-même. Mais celle-ci doit être réduite pour une certaine période (sept temps, probablement sept années) au niveau d’une bête. L’être humain est animé d’une intelligence (l’esprit) par laquelle il peut être en relation avec Dieu, s’il regarde vers lui. Le jugement annoncé annihile cette capacité morale, de sorte que l’homme est ramené au niveau d’un animal des champs, tirant sa nourriture de la terre. Devant Dieu, l’homme pécheur n’est encore aujourd’hui qu’un homme animal1 (1 Cor. 2 : 14; Jude 19).

1 L’homme animal est l’homme animé seulement par son âme créée, sans l’enseignement et la puissance du Saint Esprit.

3.3.2.4. Le but et les résultats du jugement : v. 17, 18

La sentence de jugement est solennellement attestée par Dieu devant «les vivants» (c’est-à-dire tous les hommes). Le Très-Haut doit être reconnu par eux comme le dominateur suprême. On notera avec intérêt que toute cette scène est commentée par le prophète Habakuk, qui déclare en particulier : «L’Éternel est dans le palais de sa sainteté… que toute la terre fasse silence devant lui!» (Hab. 2 : 20).

Nebucadnetsar, au terme de la description de son rêve, en appelle à Daniel, seul capable de lui en donner l’interprétation.

3.3.3. L’interprétation de la vision par Daniel : v. 19-27

3.3.3.1. Daniel et le roi : v. 19

La vision produit une profonde impression sur Daniel, quand il comprend qu’elle s’applique au roi, devant qui il se tenait. Conscient de la stupéfaction et du trouble du prophète, Nebucadnetsar l’invite à parler. Il fallait beaucoup de courage pour révéler la portée du songe.

Daniel a-t-il été à ce moment à la hauteur de sa mission? Il semble atténuer son message, en suggérant que le jugement divin était le résultat d’une vengeance des ennemis du roi, ou au moins en souhaitant que ceux-ci soient frappés à la place du roi. Mais gardons-nous de juger, même en pensée, ce fidèle serviteur de Dieu! On notera simplement que, pour la seule fois dans le livre, ce n’est pas «Daniel1, dont le nom est Belteshatsar», qui parle. C’est seulement «Belteshatsar» (son nom chaldéen), qui s’adresse au roi.

1 Daniel, nom hébreu personnel du prophète (qui signifie Dieu est juge) implique une relation avec Dieu.

3.3.3.2. L’interprétation de la vision : v. 20-26

Daniel reprend en détail la description du songe, pour en souligner toute l’importance.

L’arbre est ici un symbole de Nebucadnetsar lui-même, alors que la tête d’or dans le premier songe (2 : 37, 38) englobait l’ensemble de la dynastie des Chaldéens, constituant le premier des quatre empires des nations.

Le jugement annoncé par le songe va tomber personnellement sur le roi, comme conséquence de son orgueil, mais sera limité dans le temps (sept temps), et n’entraînera pas la perte du royaume, comme plus tard pour Belshatsar (5 : 30, 31). Il faudra que Nebucadnetsar reconnaisse la suprématie du Très-Haut.

3.3.3.3. Un appel à la repentance : v. 27

Avant que le jugement ne s’exécute, Daniel avertit le roi une dernière fois avec instance. Il lui adresse la solennelle supplication de rompre avec ses péchés et son iniquité. Exercer la justice et montrer de la compassion envers les affligés serait la preuve d’un changement de disposition du cœur du roi, dans l’exercice de son pouvoir. Dans les mêmes termes, l’apôtre Paul, parlant de la justice, de la tempérance et du jugement à venir, adressera plus tard au gouverneur Félix un avertissement qui le remplira de frayeur (Act. 24 : 25).

Mais rien ne peut toucher ou changer le cœur de l’homme, sauf Dieu, et à son heure: Félix renverra Paul, tandis que Nebucadnetsar ne manifeste aucune repentance à ce moment-là.

L’entrevue entre le roi et le prophète se termine par le sceau du jugement.

3.3.4. Le jugement tombe sur Nebucadnetsar : v. 28-33

C’est maintenant l’accomplissement historique de tout ce qui précède. Un an de répit a été accordé par Dieu à Nebucadnetsar. Dans l’orgueil suprême de son cœur, le roi se promène sur son palais1. Oubliant qu’il a reçu tout le pouvoir de Dieu, il s’attribue lui-même la force et la magnificence de son royaume. Dès que l’homme déclare: «J’ai bâti» (v. 30), il perd sa relation avec Dieu.

1 Probablement les jardins suspendus de Babylone, considérés par les hommes comme l’une des sept merveilles du monde.

Le jugement est immédiat: annoncé par une voix du ciel (v. 31), il est appliqué sans délai (v. 33).

Les sept temps, mentionnés à nouveau (v. 32), sont probablement sept années, la durée réelle du jugement. Ils ont aussi une portée prophétique pour couvrir une période complète dans les voies de Dieu envers le monde. Il s’agit de toute la durée des temps des nations (Luc 21 : 24). L’exemple de Nebucadnetsar a été ou est encore reproduit par beaucoup de chefs des nations, qui s’élèvent dans leur cœur en oubliant Dieu. Le chrétien, soumis aux autorités du pays dans lequel il vit, ne peut pas attendre d’amélioration dans le gouvernement du monde. Il est invité à se tenir à l’écart de toute la vie politique de celui-ci. L’orgueil et l’esprit d’indépendance vis-à-vis de Dieu (le principe même du péché) rabaissent donc l’homme, créature de Dieu, au niveau d’une bête, privée d’intelligence. La situation est d’autant plus grave que l’homme avait une position plus élevée devant les autres, comme Nebucadnetsar. Le psalmiste peut dire: «L’homme qui est en honneur et n’a point d’intelligence, est comme les bêtes qui périssent» (Ps. 49 : 20).

3.3.5. Dieu est reconnu comme le Roi des cieux : v. 34-37

Après cette période d’humiliation nécessaire, Nebucadnetsar prend la parole pour déclarer ce que Dieu lui avait enseigné.

3.3.5.1. Le roi bénit le Très-Haut, le Dieu souverain : v. 34, 35

Après avoir été cette bête inintelligente tournée vers la terre, il devient un homme intelligent regardant vers les cieux, pour bénir «le Très-Haut». Ce nom remarquable de Dieu est mentionné pour la première fois dans l’entretien de Melchisédec avec Abraham: «Le Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre» (Gen. 14 : 19). Sous ce titre et ce caractère, Dieu se plaira à «réunir en un, toutes choses dans le Christ» (Éph. 1 : 10), lui, le divin Melchisédec : ce sera le «rétablissement de toutes choses» dans le règne millénaire, annoncé par les prophètes (Act. 3 : 21).

Dieu n’a de comptes à rendre à personne; par contre, tous les hommes, qui sont néant devant lui, lui en doivent.

3.3.5.2. Une louange finale : v. 36, 37

Tout ce que Dieu lui avait pris momentanément lui est maintenant rendu, aux yeux de tous. Alors, le roi termine par une note de louange à l’adresse du «roi des cieux». Celui même qui avait été perdu par son orgueil insensé (v. 30) reconnaît, à l’issue de l’épreuve, la juste place de soumission de tous les humains devant Dieu. Ainsi, la grâce divine illimitée clôt cette solennelle scène de jugement. Et le dernier souvenir que l’Écriture nous laisse du souverain des nations est celui d’un homme à l’esprit abaissé qui magnifie le Dieu des cieux.

Chapitres 5 et 6

3.4. Daniel 5: Le festin impie de Belshatsar

Le monde n’est pas présenté ici sous son caractère de persécution religieuse (ch. 3) ou d’orgueil (ch. 4), mais sous la forme plus subtile de l’impiété et du mépris délibéré des choses de Dieu

Historiquement, le récit se place à la fin de la période de domination du royaume de Chaldée, la tête d’or de la statue (2 : 38), avant que n’apparaisse le royaume médo-perse, figuré par la poitrine et les bras d’argent (2 : 39). Le festin de Belshatsar et le jugement qui en a été la solennelle conclusion établissent précisément la transition entre ces deux royaumes. Ce n’est plus un acte direct de souveraineté divine qui confie le pouvoir aux nations, mais un transfert providentiel d’autorité.

Le nom de Belshatsar, qui signifie prince de Bel, garde l’empreinte des faux dieux de Chaldée et de Nebucadnetsar1 (4 : 8) (És. 46 : 1).

1 La Parole mentionne un autre roi de Chaldée entre Nebucadnetsar et Belshatsar : Évil-Merodac (2 Rois 25 : 27; Jér. 52 : 31). D’après des découvertes archéologiques faites à Ur en Chaldée, il semble confirmé que Belshatsar serait petit-fils de Nebucadnetsar, placé sur le trône par son père Nabonide, lui-même gendre de Nebucadnetsar. L’Écriture emploie souvent indifféremment le tire de fils ou petit-fils (v. 2, 18), pour indiquer le lien généalogique.

3.4.1. Profanation des ustensiles du sanctuaire. L’écriture sur la muraille: v.1-6

Dans cette nuit de festin et d’orgie, Belshatsar, probablement sous l’emprise de la boisson, commande de faire apporter les ustensiles de la maison de Dieu. Non seulement, les invités s’en servent pour y boire du vin, ce qui était une profanation; mais ils les associent au culte de leurs faux dieux (v. 4), pour provoquer le vrai Dieu.

Dieu avait bien livré son autel et son sanctuaire aux mains des nations, à cause de l’infidélité de son peuple (Lam. 2 : 7). Mais les ustensiles de sa maison restaient saints, consacrés, et quel droit les nations idolâtres avaient-elles de les profaner ? Quand il n’y a en apparence plus de témoins, Dieu prend lui-même soin de sa gloire. Les Philistins en avaient fait la douloureuse expérience en présence de l’arche dont ils s’étaient emparés (1 Sam. 5).

Dieu n’agit que lorsque l’iniquité est parvenue à son comble, comme le montrent les exemples des Amoréens (Gen. 15 : 16) ou de Juda (2 Chr. 36 : 16). C’était bien le cas: l’insolence de Belshatsar et de ses mille méritait une intervention divine immédiate. Ce n’est pas par un déploiement de puissance angélique que Dieu parle: ce sont «les doigts d’une main d’homme», dirigés de façon mystérieuse, qui écrivent sur la muraille du palais le jugement divin du roi impie et infidèle. C’était bien le doigt de Dieu: les devins d’Égypte l’avaient autrefois reconnu comme seul capable de créer la vie (Ex. 8 : 19). Puis, en Horeb, les tables de la loi portaient une écriture divine (Ex. 32. 16).

Ici, la sentence de jugement est signée par Dieu lui-même (v. 5). Incapable de comprendre le message, le roi est saisi de terreur: «C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant» (Héb. 10 : 31).

3.4.2. Appel aux sages de Babylone. La reine mère et Daniel : v. 7-16

Belshatsar, comme Nebucadnetsar autrefois (2 : 2), fait appel aux enchanteurs du royaume pour lire l’écriture et l’interpréter; leur incapacité augmente encore le trouble du roi (v. 9).

La reine, à l’ouïe de la scène, entre dans le palais. C’était probablement la Reine Mère, fille de Nebucadnetsar, la propre mère du roi Belshatsar. Absente du festin impie, elle n’approuvait pas la conduite de son fils. L’histoire de la cour de Babylone lui avait laissé le souvenir de Daniel, dont le nom même semblait être tombé maintenant dans l’oubli. C’est ainsi que le monde oublie toujours l’homme pauvre et sage qui délivre la ville (Ecc. 9 : 13-18).

Daniel est alors introduit devant le roi (v. 13). Les services que le prophète avaient rendus à Nebucadnetsar reviennent à la mémoire de Belshatsar, au temps de sa détresse. Le roi promet à Daniel richesses et pouvoir1, s’il peut interpréter l’écriture.

1 La place proposée de troisième gouverneur semble confirmer que Belshatsar n’avait que la seconde place dans le royaume; Nabonide, son père, qui n’apparaît pas dans la scène, conservait la première place.

3.4.3. Déclaration de Daniel et interprétation de l’écriture : v. 17-28

La dignité de Daniel en présence du roi, et en réponse à ses offres, est très belle. Le croyant fidèle ne peut rien recevoir du monde, comme Abraham refusant les présents du roi de Sodome, après la défaite des rois (Gen. 14 : 22, 23). Le service pour Dieu ne peut jamais être rémunéré par des valeurs mondaines.

Avant d’interpréter l’écriture, Daniel rappelle, dans l’ordre, à Belshatsar:

Les prérogatives du pouvoir absolu que Dieu avait confiées à son père Nebucadnetsar (v. 18, 19).

Le mauvais usage que celui-ci en avait fait (v. 20, 21): la puissance avait engendré l’orgueil, que le Très-Haut avait jugé.

Sa négligence coupable de n’avoir pas tenu compte de l’histoire de son grand-père: «Tu n’as pas humilié ton cœur, bien que tu aies su tout cela» (v. 22). Un reproche comparable avait été adressé de la part de Dieu par Jérémie à Jehoïakim parce qu’il n’avait pas imité l’exemple de son père Josias (Jér. 22 : 15, 16).

Sa faute inexcusable de s’être «élevé contre le Seigneur des cieux» (v. 23). La profanation des vases du sanctuaire de Dieu était une insulte délibérée contre lui. Il avait en outre refusé de reconnaître l’autorité du Dieu créateur (le souffle de l’homme est entre ses mains), et les comptes que toute créature doit lui rendre.

L’écriture divine sur le mur annonçait un jugement immédiat, en conséquence des faillites successives des chefs de l’empire de Chaldée. Le message était écrit en chaldéen, leur propre langue. Pour les sages, les mots n’avaient pourtant aucun lien entre eux, et leur portée était indéchiffrable. Mais Daniel, conduit par le Saint Esprit, en donne la clef:

  1. MENE, MENE (compté, compté): d’abord, Dieu compte les actions des hommes, et les enregistre dans les livres, en vue du jugement (Apoc. 20 : 12). Ici, non seulement les méchantes actions de Belshatsar sont comptées, mais aussi les jours de son royaume et ses propres jours, et Dieu y met un terme.
  2. THEKEL (pesé): ensuite, Dieu pèse à sa balance. Cet acte implique l’idée d’une évaluation morale des actions des hommes. La balance du sanctuaire est une balance de justice (Job 31 : 6). Par Dieu, les actions sont pesées (1 Sam. 2 : 3). Il pèse «tous les chemins» de l’homme (Prov. 5 : 21), son «esprit» (Prov. 16 : 2), et même son «cœur» (Prov. 21 : 2 ; 24 : 12).

À cette balance, Belshatsar est trouvé en manque de poids, à l’image des fils du commun (dans leur vanité) et des fils des grands (dans leur mensonge) (Ps. 62.9).

  1. UPHARSIN1(PERES, divisé): enfin, Dieu rétribue en jugement. Contrairement aux cas antérieurs, on ne trouve pas ici d’appel à la repentance, mais la déclaration du verdict final de Dieu, et du jugement qui doit s’exécuter.

1 Les mots «peres» et «upharsin» sont deux formes différentes (participe passif et participe actif) d’un même verbe chaldéen qui signifie «diviser».

Ainsi que l’a écrit un commentateur, «le récit présente le dernier caractère de l’iniquité de la puissance des nations contre le Dieu d’Israël, et le jugement qui en résulte pour la monarchie dont Babylone a été le chef, et à laquelle elle avait imprimé son caractère».

3.4.4. Le jugement du roi impie cette nuit-là : v. 29-31

Quel a été l’effet sur Belshatsar de cette terrible sentence? En dépit des refus de Daniel, le roi l’investit sur-le-champ et publiquement des honneurs promis (v. 29). Avait-il la moindre conscience de l’imminence de son jugement? N’était-il pas aussi insensé que le riche de la parabole (Luc 12. 20) ? En cette nuit-là, la mort violente de Belshatsar consacre la chute finale de la Babylone historique, annoncée à l’avance par le prophète Jérémie (Jér. 51 : 54, 55). Le pouvoir est immédiatement transféré à l’empire médo-perse.

Prophétiquement, cette scène est l’image du jugement de la seconde Babylone, décrit en détail par l’apôtre Jean (Apoc. 18 : 10). Ces deux jugements de la ville coupable (jugement historique passé et jugement prophétique futur) sont accompagnés du même pressant appel de Dieu adressé aux siens de sortir du milieu d’elle (Jér. 51 : 45; Apoc. 18 : 4).

3.5. Daniel 6: L’apostasie de Darius. La fosse aux lions pour Daniel

Le dernier tableau moral des nations se déroule à Babylone, à la cour du nouvel empereur Darius, le Mède. Si Belshatsar est un exemple de l’impiété qui s’élève contre Dieu, Darius montre maintenant l’exaltation de l’homme qui prétend se substituer à Dieu.

3.5.1. Daniel à la cour de Darius : v. 1-3

Darius, le Mède, était fils d’Assuérus (9 : 1). Daniel avait été nommé troisième gouverneur de Babylone par Belshatsar, la nuit même de la mort de ce dernier. Dans le nouveau gouvernement, Darius lui donne une place encore plus élevée, immédiatement au-dessous de lui. Les cent vingt satrapes, nommés par l’histoire «les yeux du royaume», veillaient à l’ordre dans le vaste empire. Ils rendaient compte à trois présidents (dont Daniel), qui représentaient le roi. Daniel, doué par Dieu d’un «esprit extraordinaire», depuis son arrivée à Babylone (1 : 17, 20), surpasse les présidents et les satrapes aux yeux de Darius qui pense à l’établir sur tout le royaume.

3.5.2. Complot contre Daniel. Écrit du roi qui se fait Dieu : v. 4-9

3.5.2.1. Daniel, un homme fidèle

La position d’honneur et de responsabilité de cet étranger, Juif de surcroît, à la cour du roi, était intolérable aux yeux des intrigants qui l’entouraient. Poussés par l’envie et la jalousie, ils usent de flatterie et de mensonges pour provoquer la perte de Daniel. Il s’agissait pour les ennemis de détruire tout témoignage juif à Babylone, et de condamner celui qui en était le porteur.

Or Daniel était fidèle dans son administration, s’appliquant à plaire à son Dieu. Sa conduite irréprochable ne prêtait le flanc à aucune critique (ni faute, ni manquement: v. 5). Appliquons-nous à imiter son exemple. L’apôtre Paul nous rappelle que la fidélité est requise dans toute administration (1 Cor. 4 : 2). Le premier témoignage que les chrétiens doivent rendre devant le monde est celui d’une honnêteté scrupuleuse; ainsi, ils manifesteront la lumière morale au milieu des ténèbres du monde (Phil. 2:15).

3.5.2.2. Le complot religieux contre Daniel

Ne trouvant aucun motif d’attaquer Daniel sur sa conduite dans le monde politique, ses ennemis fomentent un complot contre lui dans le domaine religieux (v. 6). Quelle bassesse! D’inspiration diabolique, leur conspiration était d’une subtilité et d’une efficacité remarquables. Ils éviteraient d’attaquer Daniel en face sur le terrain de l’adoration du vrai Dieu, eux qui n’étaient que des idolâtres, comme leur souverain; ils suggéreraient plutôt à Darius de prendre la place de suprématie, dans le ciel et sur la terre, en se substituant de fait au vrai Dieu. Daniel, qu’ils savaient fidèle à son Dieu, ne pourrait échapper à la condamnation. Il suffisait de flatter suffisamment le roi pour l’amener à signer le décret.

Cette scène est un modèle historique de celle des derniers jours, après l’enlèvement de l’Église. Alors, l’Antichrist, «le roi» (11 : 36), poussé par Satan, se présentera comme étant Dieu (2 Thes. 2 : 4). Associé au pouvoir politique, il cherchera à mettre à mort les fidèles qui lui résisteront (Apoc. 13 : 7, 15).

Finalement, Darius tombe dans le piège, et signe l’écrit et la défense, selon une loi qui ne pouvait être abrogée (v. 8, 9).

3.5.3. Daniel en prière condamné et jeté dans la fosse : v. 10-18

L’heure de l’épreuve suprême sonne pour ce fidèle serviteur de Dieu, arrivé près du terme de sa carrière terrestre (il avait probablement quatre-vingts ans à cette époque). Dans l’épisode de la statue (ch. 3), ses trois compagnons avaient été seuls pour affronter la fournaise de feu. Maintenant, Daniel reste seul en face de la fosse aux lions, promise à ceux qui désobéissaient à l’écrit du roi. Dans les deux cas, un même principe moral était en jeu: obéir à Dieu, plutôt qu’aux hommes. Or Nebucadnetsar et Darius, avaient bien, l’un et l’autre outrepassé leurs droits pour opprimer les consciences.

3.5.3.1. Daniel en prière

Daniel retourne à sa maison pour prier et rendre grâces. Sans ostentation (il est dans sa maison), mais sans se cacher (ses fenêtres sont ouvertes), il poursuit sa vie de piété habituelle. Trois fois le jour, il prie et rend grâces, la face tournée vers Jérusalem. Lors de la dédicace du temple, Salomon avait bien prévu que le peuple en captivité pourrait se tourner vers le pays et la ville de Jérusalem (1 Rois 8 : 48). Et Dieu avait répondu, en promettant de laisser «ses yeux et son cœur» dans cette maison (1 Rois 9 : 3). Aussi, pour la foi de Daniel, la ville de Jérusalem en ruine (Néh. 2 : 13), et le temple détruit au milieu d’elle (2 Chr. 36 : 19), avaient la même valeur qu’au temps de la splendeur de Salomon.

3.5.3.2. Daniel jeté dans la fosse

La piété pratique de Daniel devient l’occasion pour ses ennemis d’obtenir sa condamnation (v. 12, 13). Darius était tombé dans le piège que ses courtisans lui avaient tendu pour l’obliger, légalement mais injustement, à jeter Daniel dans la fosse aux lions. Réalisant trop tard sa folie, le roi tente tout pour sauver celui qu’il tenait en grande estime. Toutefois, ni la touchante, mais impuissante sollicitude de Darius pour Daniel, ni ses remords et ses regrets, ne réduisent sa responsabilité en quoi que ce soit.

En définitive, Daniel est jeté dans la fosse, obturée par une pierre et scellée du cachet royal.

3.5.4. La délivrance divine : v. 19-23

Mais si Dieu devait délivrer plus tard son saint serviteur Jésus des liens de la mort par la puissance de la résurrection, il saura dès maintenant sauver son fidèle serviteur Daniel de la mort cruelle à laquelle ses ennemis l’avaient voué. Dieu ferme la gueule des lions (v. 11); cet acte de puissance divine est aussi l’expression de l’énergie de la foi, imputée à ses témoins (Héb. 11 : 33).

Le décret du roi portait que tout désobéissant serait jeté dans la fosse aux lions (sans être nécessairement dévoré par eux) (v. 8, 12) Il avait été appliqué dans toute sa rigueur (v. 16), de sorte que le roi pouvait légalement faire sortir Daniel de la fosse. Il s’était confié en Dieu et avait été délivré, selon la promesse faite aux pères (Ps. 22 : 4). Tout le secret de sa protection et de sa délivrance est contenu dans l’expression : «Il s’était confié en son Dieu» (v. 23).

3.5.5. Le jugement des ennemis. Darius reconnaît Dieu : v. 24-28

La guerre entreprise contre Daniel par ses ennemis était en fait une guerre contre Dieu lui-même, qui revendique maintenant sa gloire par le jugement.

3.5.5.1. Le jugement des ennemis de Daniel

L’instrument du jugement est le roi lui-même, investi de son pouvoir (c’est lui-même qui donne des ordres ; v. 24). Les méchants hommes qui avaient conspiré contre Daniel connaissent, eux et leurs familles, la mort affreuse qu’ils lui avaient souhaitée.

3.5.5.2. La proclamation de Darius

La scène se termine sur une proclamation de Darius, invitant tous les peuples de son empire à craindre le «Dieu de Daniel», le «Dieu vivant» (v. 26). Avec la même autorité despotique par laquelle il s’était investi du pouvoir de dieu sur les autres, il donne l’ordre maintenant de trembler devant Dieu. Ce décret n’aura aucune suite durable dans l’histoire des nations, car personne ne peut changer le cœur des hommes.

Néanmoins, la disposition de cœur du roi est remarquable: il reconnaît l’intervention de Dieu pour sauver Daniel. Prophétiquement, l’attitude de Darius préfigure la soumission des nations à Christ, à la suite de la délivrance du résidu pieux et du jugement de ses ennemis (Ps. 18 : 43; 2 Sam. 22 : 44).

Chapitre 7

  1. L’histoire prophétique des quatre monarchies: Daniel 7 à 11

4.1. Chapitre 7: L’histoire des quatre bêtes: la puissance occidentale

4.1.1. Introduction à la troisième partie de Daniel

Ce chapitre commence la troisième partie du livre, qui contient les révélations prophétiques les plus importantes. Ce ne sont plus des scènes relatives aux chefs des empires, qui donnent l’occasion de messages divins interprétés par Daniel. Au contraire, il s’agit maintenant de révélations directes à Daniel au sujet des nations. Ne s’adressant pas directement à Israël, Dieu parle au prophète du peuple et de son histoire dans le cours des temps des nations (Luc 21:24). Daniel, seul, représente un résidu fidèle aux yeux de Dieu1, dans cette place privilégiée de prophète à qui Dieu révèle ses secrets (Amos 3 : 7). Les visions prophétiques des chapitres 7 à 11 couvrent toute la période des temps des nations, jusqu’à l’introduction de la période millénaire. L’histoire des puissances politiques distingue l’Occident et l’Orient; le centre est évidemment Jérusalem et la terre d’Israël, autour desquelles Dieu avait disposé toutes les autres nations (Deut. 32 : 8).

1 En réponse à la prière d’humiliation de Daniel (9 : 4-19), Dieu lui parle d’Israël comme du peuple de Daniel, et de Jérusalem comme de sa ville (9 : 24).

L’alternance de cette histoire est la suivante:

  1. 7: puissance occidentale,
  2. 8: puissance orientale,
  3. 9: puissance occidentale,
  4. 10 et 11: puissance orientale.

Les temps des nations s’écoulent parallèlement à l’histoire de l’Église sur la terre; celle-ci n’est pas directement en vue, mais n’est pas exclue pour autant. Certains faits historiques passés pour nous (avant même la venue de Christ sur la terre), sont l’image d’événements futurs qui ne s’accompliront qu’après l’enlèvement de l’Église.

4.1.2. Vision générale des quatre bêtes : v.1

La scène du festin de Belshatsar se plaçait à la dernière année (et même au dernier jour et à la dernière heure) de son règne. Maintenant, nous sommes ramenés en arrière, à la première année de ce règne; Daniel était tombé dans l’oubli à la cour de Babylone, éloigné des affaires du monde par l’ingratitude de ses chefs. Précisément alors, le prophète reçoit une vision du ciel, d’une grande importance.

Les quatre empires des nations étaient présentés en figure comme les quatre parties d’une statue (ch. 2), pour montrer leur développement chronologique. Un autre symbole est utilisé maintenant (ch. 7 et 8), celui de bêtes féroces, pour souligner leur violence et leur méchanceté.

La puissance occidentale est décrite par trois visions successives.

4.1.3. Les trois premières bêtes : v. 2-6

Les quatre vents des cieux se déchaînent sur la mer. C’est le symbole de la puissance de Satan, chef de l’autorité de l’air (Éph. 2 : 2) qui s’exerce sur la mer, figure de la masse agitée des peuples. Les quatre bêtes surgissent donc du milieu de la confusion des nations, dans un ordre chronologique souligné par les expressions de transition: «Et voici» (v. 5) ou «Après cela, je vis» (v. 6, 7).

4.1.3.1. v. 4: le lion avec des ailes d’aigle (la Chaldée)

Le lion symbolise la majesté et la puissance (Prov. 30:30), et l’aigle la rapidité des conquêtes. Lorsque les ailes de cette bête monstrueuse sont arrachées, l’empire décline entre les mains des successeurs de Nebucadnetsar, pour aboutir à un état de faiblesse (la bête est réduite à la force d’un homme), avant de perdre le pouvoir.

4.1.3.2. v. 5 : l’ours (les Mèdes et les Perses)

L’ours n’a pas la force du lion (l’empire suivant devait être inférieur au premier, selon 2:39), mais il est plus féroce.

L’ours est dressé sur un côté, car dans l’association médo-perse, la Perse réussit à dominer sur les Mèdes, avec Cyrus. La rapacité de cet empire à engloutir royaume après royaume est aussi soulignée.

4.1.3.3. v. 6: le léopard ailé (les Grecs sous Alexandre)

Le léopard, bête cruelle et d’une extrême rapidité, est particulièrement adapté pour représenter Alexandre le Grand qui, en un court règne de douze ans, a réussi à conquérir la moitié du monde. Son extrême agilité dans l’action, qui n’a jamais été surpassée par quiconque dans l’histoire, est confirmée par la présence des quatre ailes d’oiseau.

Les quatre têtes de la bête désignent les quatre généraux d’Alexandre, qui se sont disputé le royaume après sa mort. Ce sujet sera traité plus en détail dans le chapitre 8. Deux de ces quatre généraux (et leur descendance) ont joué (ou joueront encore dans l’avenir) un rôle important en rapport avec Israël: Seleucus (le roi du Nord), et Ptolémée (le roi du Midi). Leur histoire sera reprise en détail dans le chapitre 11.

4.1.4. La quatrième bête (Rome) et l’Ancien des jours : v. 7-12

L’attention de Daniel est alors particulièrement attirée par la quatrième bête, «effrayante et terrible et extraordinairement puissante». On comprend son désir d’en savoir plus sur elle (v. 19).

4.1.4.1. La bête romaine : v. 7, 8

Il s’agit du pouvoir romain qui a succédé à l’empire grec. Aucune analogie avec un seul animal ne peut la caractériser, tellement elle est différente des royaumes précédents. Son influence majeure a laissé une marque indélébile sur toutes les civilisations occidentales. Les dents de fer montrent le pouvoir appliqué à subjuguer les nations pour les dévorer ou les détruire (en les foulant aux pieds). Les dix cornes préfigurent la division de l’empire en dix royaumes. Mais une petite corne prédomine parmi les dix, qui a des yeux d’homme et une bouche: l’intelligence et la perspicacité (les yeux) s’allient à d’énormes prétentions de vouloir convaincre toutes les nations (la bouche).

L’importance et la diversité d’action de cette bête est telle que, pour décrire sa forme finale, l’apôtre Jean devra utiliser les figures conjuguées du léopard, de l’ours et du lion, signalant que toute sa puissance vient du dragon (image de Satan) (Apoc. 13 : 2). Ainsi, la bête romaine concentre en elle-même toutes les formes bestiales qui avaient caractérisé ses prédécesseurs.

4.1.4.2. v 8-10 : les trônes et l’Ancien des jours

La description se poursuit par une scène de jugement. Les trônes sont placés, et l’Ancien des jours s’assied. C’est l’anticipation d’un jugement judiciaire1. Il n’est pas dit où se trouvent les trônes de jugement, mais celui-ci s’exerce sur la terre. On ne voit encore personne assis sur les trônes. L’Apocalypse révèle que les saints célestes s’y assiéront avec Christ (Apoc. 20 : 4).

1 Un jugement judiciaire est pris par un tribunal, figuré ici par la mention des trônes. Ailleurs, la Parole parle de jugements guerriers; par exemple, celui que Christ exercera avec les armées du ciel (Apoc. 19 : 11-16).

L’Ancien des jours est incontestablement l’Éternel des Armées, le Dieu d’éternité. Dans la vision suivante, il sera distingué du Fils de l’homme, qui est Christ (v. 13) ; mais ailleurs, il lui est identifié (v. 22) (Apoc. 1 : 12-16). Le Fils est Dieu dans sa nature, mais distinct dans sa personne (Jean 1:1); tout le jugement lui est confié, comme Fils de l’homme (Jean 5 : 22, 27; Act 17 : 31).

La solennelle description de l’Ancien des jours rappelle sa dignité, son existence éternelle et sa sainteté immuable. Ses attributs en jugement (le trône et ses roues; le fleuve qui en découle) sont tous figurés par le feu. La scène se rapproche plus de celle du jugement des vivants, avant le millénium (Matt. 25 : 31), que de celle du jugement des morts devant le grand trône blanc, à la fin du millénium (Apoc. 20 : 12-15).

4.1.4.3. v. 11, 12 : Le jugement de la bête

Le jugement est une conséquence des paroles blasphématoires de la petite corne (v. 11) (Apoc. 13 : 5).

La bête est tuée, et son corps est détruit. L’empire romain (considéré ici dans son ensemble), objet du jugement de Dieu, perd donc à la fois le pouvoir et son existence même. La vision de Daniel (7 : 11) n’est pas en contradiction avec la prophétie de l’Apocalypse, qui montre la bête prise et jetée vivante dans l’étang de feu (Apoc. 19 : 20). Cette dernière bête désigne le chef de l’empire romain personnellement, et non plus son empire.

Les autres bêtes (figure des trois premiers empires) avaient déjà perdu le pouvoir, mais leur vie avait été prolongée (v. 12). Le jugement de l’empire romain et de son chef, au contraire, sont définitifs.

4.1.5. Le royaume du Fils de l’homme (Christ) : v. 13, 14

La troisième vision introduit sur la scène une nouvelle personne, venant avec les nuées des cieux. Semblable à un homme pour Daniel, nous le reconnaissons comme le Christ, le Fils de Dieu. Descendant du ciel, il est le Fils de l’homme, qui s’avance pour recevoir la domination éternelle et universelle sur la terre. Dans l’exposé de la vision, il est distingué de l’Ancien des jours, l’Éternel Dieu; il sera identifié avec lui dans l’interprétation de la vision (v. 22). À sa demande, la domination lui est donnée (Ps. 2 : 8). Il l’accepte de la main de son Père, comme résultat de son abaissement à la croix (Ps. 8 : 4-9). À «la fin», il remettra «le royaume à Dieu le Père» (1 Cor. 15 : 24, 28). Ce sera l’état éternel. La pierre sans main a bien brisé toute la statue, en broyant tous les royaumes, pour devenir une grande montagne remplissant toute la terre (2 : 35 44).

4.1.6. L’interprétation des visions : v. 15-23

L’effet de ces visions sur l’esprit de Daniel est immédiat et profond. Auparavant, il avait été rendu capable d’interpréter les songes ou les circonstances exceptionnelles des chefs des nations (Nebucadnetsar et Belshatsar). Maintenant, il reste interdit devant les visions qu’il a reçues. Par cet exemple, Dieu veut nous rappeler que toute révélation vient de lui seul, par le Saint Esprit (1 Cor. 2 : 9-12).

Daniel s’adresse donc à «l’un de ceux qui se tenaient là» (peut-être des anges) et Dieu lui répond promptement.

Les quatre bêtes sont vues comme surgissant de la terre (v. 17), alors que la première vision les montrait comme montant de la mer (v. 3). Pour recevoir le pouvoir, elles étaient bien sorties de la masse confuse des peuples (la mer); mais, par leur nature et leur conduite, elles appartiennent en fait à la terre (par opposition au ciel). Pour la première fois, la place des «saints des lieux très-hauts» est mentionnée. Ils seront associés au «fils d’homme» (v. 13), qui a reçu le royaume éternel. Plus loin (v. 21), on verra le chemin de souffrance qui les a conduits à cette gloire avec Christ.

Qui sont ces saints? En général, tous ceux qui ont la vie de Dieu, depuis la Pentecôte jusqu’à l’apparition de Christ en gloire. Ils ont connu toutes sortes de souffrances sur la terre, mais leur citoyenneté est du ciel. Leurs noms sont écrits dans les cieux, et ils appartiennent aux «lieux très-hauts». En outre, ils reçoivent le royaume, pour le posséder. Le cantique nouveau chanté dans le ciel rappelle ce privilège: «ils régneront sur la terre» (Apoc. 5 : 10).

L’importance de cette bête (dans l’histoire du monde et du peuple terrestre de Dieu) est telle que la première description (v. 7, 8) est répétée intégralement (v. 19, 20). Toutefois, une chose essentielle est ajoutée: la bête (l’empire romain) et la petite corne (son dernier chef) font la guerre à Dieu et aux siens (v. 21, 22). Il faudra l’intervention divine en jugement pour faire cesser cette guerre totale. L’homme voulait imposer la solution finale (détruire tout témoignage de Dieu sur la terre), mais Dieu répond par un jugement sans appel. Il s’associe ses témoins dans l’exercice de ce jugement (v. 22) (Ps.149 : 5-9). Dans le passé, l’empire romain a été différent de tous ceux qui l’ont précédé (v. 23). Par un mélange d’absolutisme extrême et de démocratie, il a réussi à conquérir le monde en écrasant les nations et en les soumettant à sa volonté. Disparu à ce jour de la carte du monde, il renaîtra pour jouer un rôle essentiel aux derniers jours qui précèdent le règne de Christ. Ce long intervalle d’absence se place entre les versets 23 et 24. Lorsqu’il réapparaîtra (dans un temps à venir qui n’est pas connu avec certitude), son gouvernement comprendra dix royaumes en Europe occidentale (les dix cornes symbolisent leurs dix rois: v. 24), confédérés sous une tête impériale unique. C’est «l’autre roi», différent des premiers, «la petite corne» (v. 8, 20, 21), qui s’emparera du pouvoir suprême en écrasant trois des dix rois. L’analogie avec les prophéties de l’Apocalypse montre clairement qu’il est identique à la première bête vue comme sortant de la mer.

Trois choses sont dites de lui pour décrire son caractère moral (v. 25) :

Il s’élève en paroles blasphématoires contre le Dieu Très-Haut;

Il persécute les saints sur la terre qui adorent le Dieu du ciel;

Il a la prétention de disposer des fêtes religieuses (les saisons) et de la loi qui sont abandonnées entre ses mains pendant trois ans et demi (un temps, des temps et une moitié de temps).

Dieu intervient en jugement devant ce débordement de mal, pour manifester sa gloire, et délivrer ses élus.

«Et le jugement s’assiéra» (v 26). La séance de jugement est certaine (v. 10), mais sa réalisation est encore future. Le même jugement judiciaire atteint l’empire entier et son chef politique. Le royaume millénaire était promis au Fils de l’homme (Christ) dans la troisième vision (v. 14). Investi du pouvoir, il doit recevoir le royaume de son Père, l’Ancien des jours. Dans l’interprétation des visions, le «peuple des saints des lieux très-hauts» lui est maintenant associé (v. 27).

Différentes classes de saints sont mentionnées dans le chapitre:

  1. 22 : on peut penser qu’il s’agit des saints célestes, en général.
  2. 18, 25 : sans exclure les saints célestes (l’Église en particulier), les promesses s’adressent ici plus particulièrement aux saints sur la terre, qui regardent en haut du milieu de leurs détresses.
  3. 27 : «le peuple des saints» est avant tout le peuple terrestre de Dieu qui possédera le royaume sous le règne de son Messie glorifié. Ici, les «saints» sont ceux des «lieux très-hauts». Dieu lui-même prend le titre de Dieu Très-Haut (v. 25). Les lieux très-hauts désignent une sphère céleste, par opposition à la terre, où tous les événements des visions se déroulent (persécutions, jugement ou règne). Cette grande vision était révélée à Daniel peu de temps avant la chute du premier empire, dont la splendeur subsistait encore. On comprend le profond désarroi du prophète devant le rouleau de l’avenir qui passe devant ses yeux étonnés. Sa faiblesse humaine en face de l’immensité des révélations divines est signalée plusieurs fois dans le livre (v. 28 ; 8 : 27; 10 :17).

Daniel pouvait-il anticiper les souffrances du peuple de Dieu, qu’il aimait si profondément? Ce peuple qui mettrait le comble à son aveuglement en s’unissant à l’oppresseur romain pour mettre à mort son Messie (9 : 26) !

Chapitre 8

4.2. Daniel 8: Israël et les deux premières bêtes: la puissance orientale

Prophétiquement, nous sommes transportés à l’orient de la terre d’Israël, alors que la scène précédente se déroulait à l’occident.

4.2.1. La vision présentée à Daniel à Suse : v.1-14

L’Esprit de Dieu revient sur les deux empires (symbolisés par les deuxième et troisième bêtes du chapitre 7), pour en donner maintenant une histoire plus détaillée.

4.2.1.1. Le royaume des Mèdes et les Perses : v. 3, 4

Symbolisé auparavant par un ours (7:5), l’empire médo-perse est ici assimilé à un bélier1. Les deux cornes soulignent la dualité du pouvoir (les Mèdes et les Perses). La corne plus haute (historiquement la dernière) confirme la suprématie de la Perse sous Cyrus. L’empire a engagé des conquêtes irrésistibles dans toutes les directions (occident, nord et midi). Après avoir renversé Babylone, il s’est assuré la suprématie, «selon son gré», sur toutes les autres nations. Mais il doit céder la place à un autre royaume.

1 Le bélier servait d’emblème au royaume de Perse.

4.2.1.2. Le royaume grec : v. 5, 7

La figure du léopard ailé (7 : 6) est maintenant changée en celle d’un bouc. Sans toucher terre (à cause de la rapidité de ses conquêtes), le bouc vient de l’occident (la Grèce) pour couvrir toute la terre. C’est la description saisissante des conquêtes grecques sous Alexandre-le-Grand, symbolisé par la corne de grande apparence entre les yeux. Auparavant, il s’était acharné contre la Perse pour la détruire et prendre sa place (v. 6, 7). Les deux empires perse et grec sont mentionnés ici pour introduire les lieux où se dérouleront les événements prophétiques futurs.

4.2.1.3. Les quatre cornes et la petite corne d’orient : v. 8, 9

À la mort d’Alexandre, en -323 (représentée par la corne brisée), ses quatre généraux (symbolisés par les quatre cornes de grande apparence) lui succèdent; mais ils se disputent le pouvoir en faisant éclater l’empire grec dans toutes les directions (les quatre vents des cieux). Les quatre royaumes correspondants ont été: la Syrie (le nord), l’Égypte (le midi), la Grèce (l’occident) et la Thrace (l’orient). Les deux derniers ont rapidement succombé à la puissance de Rome. Par contre, les deux premiers (Syrie et Égypte) ont subsisté plus longtemps, pour jouer un rôle important en rapport avec Israël; ils réapparaîtront (comme les royaumes du nord et du midi) sur la carte prophétique future.

Du royaume de Syrie monte une petite corne (v. 9), dont l’histoire est résumée symboliquement. Elle est bien distincte de la petite corne (de l’occident) du chapitre précédent (7 : 8, 20), qui représentait le chef de l’empire romain établi à Rome. Cette nouvelle petite corne (sortie de l’orient), au contraire, s’établit en Syrie, pour devenir une grande puissance; son pouvoir s’étend (à partir du nord) en direction de l’orient, du midi et de la terre d’Israël1.

1 La terre d’Israël est appelée ici «le pays de beauté». C’était bien, en effet, un ornement entre tous les pays (Ézé. 20 : 6, 15).

Sans nul doute, cette petite corne représente historiquement le roi Antiochus Épiphane, de la branche des Séleucides, descendants de Seleucus, le général d’Alexandre établi en Syrie (le nord). Elle présente aussi prophétiquement le roi du Nord et la puissance de l’Assyrie, qui joueront un rôle essentiel dans les derniers jours. Les prophètes en parlent abondamment (És. 10 : 5, 24).

4.2.1.4. La petite corne fait la guerre à Dieu et à son peuple : v. 10-14

L’activité de la corne est alors décrite en rapport avec la terre d’Israël, le peuple de Dieu, et Dieu lui-même. Elle s’attaque d’abord à l’armée des cieux1, figure ici du peuple d’Israël (ou plutôt de Juda) établi à Jérusalem. Elle écrase une partie de ses autorités dirigeantes (des étoiles). Une parenthèse (v. 11, 12) interrompt la description des persécutions du royaume de Syrie (la corne) contre les Juifs, pour souligner l’activité personnelle de son chef dans la ville de Jérusalem. Il est question maintenant du roi («il») et non plus de la corne («elle»), c’est-à-dire du royaume en général. Le roi s’élève donc jusqu’à Christ (le «chef de l’armée»). Le sacrifice continuel est ôté (à Christ), et le sanctuaire est renversé. Antiochus, en effet, a fait cesser les sacrifices dans le temple d’Esdras à Jérusalem, et a profané le sanctuaire de Dieu. Ces moments terribles étaient permis par Dieu pour châtier son peuple infidèle (c’était bien «pour cause de transgression»). Toutefois, leur durée serait limitée.

1 L’expression: «armée des cieux» désigne dans l’Écriture:

  1. Les astres (Gen. 2 : 1; Deut. 4 : 19 ; Jér. 33 : 22).
  2. Les anges (1 Rois 22  : 19 ; 2 Rois 2 : 11,12).
  3. Le peuple juif (Dan. 8 :10), une seule fois.
  4. Les saints célestes (Apoc. 19 : 14).

L’histoire de la corne reprend (v. 13, 14). Ses actions d’éclat (par la fourberie, la fraude et la flatterie, selon: 11:20-24) sont un défi à la vérité, qui a «trébuché sur la place publique», et qui «fait défaut» (És. 59 : 14, 15).

4.2.2. Apparition céleste à Daniel : v. 15-17

Devant l’ampleur et la solennité de la vision, qui touchait de si près le peuple de Dieu, on comprend le désir de Daniel d’en connaître l’interprétation. Dieu lui répond par le service d’un ange, revêtu d’une forme humaine. L’apparence d’un homme se tient auprès du prophète pour l’encourager; il appelle l’ange Gabriel à descendre pour lui faire comprendre la vision. Cet homme, qui a autorité pour donner de telles instructions aux anges, serait-il une image de Christ, lui le Fils de l’homme?

4.2.3. L’ange Gabriel interprète la vision v. 18-26

La Parole souligne encore la faiblesse humaine du prophète devant l’ampleur des visions, et la touchante miséricorde de Dieu qui encourage son serviteur.

La vision que Gabriel s’apprête à interpréter doit avoir une première application historique (passée pour nous), qui annonce une autre réalisation prophétique (encore future pour nous). Tel est le sens des expressions: «la vision est pour le temps de la fin» (v. 17), et: «ce qui aura lieu à la fin de l’indignation» (v. 19).

4.2.3.1. La réalisation historique de la vision: v. 20-22

La succession des empires médo-perse et grec est confirmée, pour bien montrer l’origine de la petite corne venue de l’orient. Il est ajouté que la puissance des royaumes issus du règne d’Alexandre n’atteindrait pas la sienne.

4.2.3.2. La portée prophétique future : v. 23-25

Au moins vingt-trois siècles s’écoulent et le Saint Esprit nous transporte, sans transition, vers un temps à venir; l’expression «au dernier temps» le confirme. Alors, le roi du Nord, «un roi au visage audacieux», sera le chef de l’Assyrie, le dernier ennemi public d’Israël, avant la venue glorieuse de Christ.

Son territoire d’action sera celui du royaume du nord historique (v. 9), et ses méthodes de gouvernement (fraude, tromperie, flatteries, corruption et même occultisme) seront les mêmes que celles de son modèle historique, Antiochus Épiphane.

Sa puissance sera épaulée par celle d’une autre grande nation, très probablement la Russie, associée à l’Assyrien de la fin (Ézé. 38 : 1-6).

Aveuglé par son orgueil, il osera s’élever même contre le «prince des princes», Christ lui-même. Mais, «Il sera brisé sans main» (v. 25), c’est-à-dire détruit par un acte de puissance divine. Cette prophétie est confirmée plus loin (11 : 45). Ainsi sera la fin de celui qui avait été un instrument dans la main de Dieu pour châtier son peuple (És. 10 : 5). Le jugement et la mort de ce roi marqueront «la fin de l’indignation» (v. 19), c’est-à-dire le terme du juste courroux de Dieu contre Israël. L’ange Gabriel certifie la vérité de la vision et demande à Daniel de la conserver dans son cœur. Défaillant dans son corps, il ne trouve aucun secours autour de lui pour partager son fardeau. Pourtant, il continue avec fidélité son service à la cour du roi. Combien peuvent être profonds et variés les exercices de cœur d’un serviteur fidèle!

Chapitre 9

4.3. Daniel: 9 — Confession de Daniel. Réponse divine et révélations sur Rome

4.3.1. L’occasion de la prière, la fin de la captivité : v.1-3

Historiquement, la scène présentée dans ce chapitre se place immédiatement après le chapitre 5; Darius avait renversé le royaume de Babylone pour s’emparer du pouvoir sur les nations.

Moralement, Daniel apparaît sous un autre caractère. Doué par Dieu d’une intelligence spirituelle extraordinaire, il avait interprété les visions ou les circonstances des grands de ce monde (ch. 2-6). Prophète, il avait ensuite reçu de Dieu des communications concernant l’avenir des nations en rapport avec Israël (ch. 7, 8). Maintenant, poussé par son zèle pour le sanctuaire divin, et l’amour pour son peuple, il prend la place d’intercesseur. Sa remarquable prière (v. 4-19) le rapproche d’autres hommes de foi, tels qu’Esdras (Esd. 9 : 6-15) ou Néhémie (Néh. 9 : 5-38), qui ont su prendre aussi, en leur temps, la place d’humiliation qui convenait en face de l’état moral du peuple de Dieu.

Son amour pour Jérusalem, déjà exprimé par les psalmistes comme de sa part (Ps. 122 : 6, 7; 137 : 5, 6), pousse Daniel à s’enquérir dans les écrits prophétiques de «l’accomplissement des désolations de Jérusalem» (v. 2), c’est-à-dire de la durée de l’exil de Juda à Babylone. Jérémie l’avait annoncée avec précision (Jér. 25 : 11 ; 29 : 10-14). La terre d’Israël devait se reposer, et jouir de ses sabbats pendant soixante-dix ans (Lév. 26 : 34, 35).

L’effet de cette découverte est de tourner Daniel immédiatement vers Dieu (par la prière et la supplication), dans une profonde humiliation (le jeûne, le sac et la cendre). N’est-il pas remarquable que la pensée de la délivrance imminente du peuple produise plutôt l’humiliation que la joie dans le cœur du prophète?

Les «livres» avaient pour lui la valeur de «la parole de l’Éternel» (v. 2). Nous possédons maintenant la parole de Dieu, complète. A-t-elle pour nous la même autorité et le même effet sur nos cœurs que pour Daniel ou pour Josias, lorsque le livre de la loi avait été retrouvé dans la maison de l’Éternel (2 Rois 22 : 8-11) ?

La remarquable prière de Daniel se divise en trois parties:

  1. 4-6: la confession sans réserve des péchés du peuple;
  2. 7-14: la déclaration de la justice de Dieu dans ses voies envers Israël;
  3. 15-19: le touchant appel à la miséricorde divine, seule ressource de la foi au milieu de la ruine.

4.3.2. Daniel confesse les péchés du peuple : v. 4-6

Dans cette disposition de cœur qui plaît à Dieu (Ps. 34 :18 ; 51 : 17; És. 66 : 2), Daniel confesse d’abord les fautes de son peuple. Il s’identifie pleinement aux afflictions du peuple de Dieu, comme Moïse autrefois (Héb. 11 : 25); mais maintenant, c’est pour partager la culpabilité du peuple et déclarer, sans aucune réserve, tous ses péchés. Cette attitude est d’autant plus remarquable, que l’Écriture ne souligne aucun manquement personnel dans la vie de ce fidèle serviteur de Dieu, mais plutôt sa fidélité (6:4) et sa justice pratique (Ézé. 14 : 14, 20).

Daniel s’adresse à «l’Éternel», son Dieu; puis il fait sa confession, et supplie le «Seigneur» (Adonaï), le «Dieu grand et terrible»: c’est «El», le Dieu fort en sainteté, celui-là même que Christ invoque aux heures de l’abandon sur la croix (Ps. 22 : 1).

La confession de Daniel envisage le peuple comme soumis aux ordonnances de la loi de Moïse (v. 5), et sous la responsabilité du service des prophètes Lui parlant de la part de Dieu (v. 6). Il ne fait aucune allusion aux promesses inconditionnelles assurées à Abraham, pour tenter de réduire la responsabilité et la culpabilité d’Israël. Par contre, Daniel en appelle aux promesses faites par Dieu à Salomon lors de la dédicace du temple à Jérusalem (1 Rois 8 : 46-53; 2 Chr. 6 : 36-39). Il reprend presque mot pour mot la prière du roi, que Dieu s’était engagé à exaucer (1 Rois 9 : 3 ; 2 Chr. 7 : 14-16).

C’est ainsi que la foi s’identifie à l’état coupable du peuple pour en accepter toutes les conséquences; en même temps, elle identifie Dieu avec le peuple qu’il aime malgré tout. Ce double aspect de l’attitude de Daniel est d’une extraordinaire beauté.

4.3.3. Les justes voies de Dieu envers Israël : v. 7-14

Ayant reconnu le péché des rois, des princes, des pères et de tout le peuple du pays (v. 6), Daniel justifie Dieu dans ses voies envers Juda, Jérusalem et même tout Israël. Juda (ceux qui étaient près) était à Babylone à cause de ses péchés, mais les dix tribus d’Éphraïm (ceux qui étaient loin) étaient depuis longtemps dispersées en Assyrie (2 Rois 17 : 18). La raison en était que tout Israël avait transgressé la loi de Dieu (v. 11).

Daniel, en captivité, ne perd donc pas de vue l’unité du peuple devant Dieu. Élie avait agi selon le même principe, en bâtissant l’autel de douze pierres sur la montagne du Carmel (1 Rois 18 : 31), alors que les dix tribus étaient déjà plongées dans l’idolâtrie depuis longtemps.

Ainsi, une vraie confession devant Dieu de notre bas état ne doit pas se limiter à nous-mêmes et à ceux avec lesquels nous marchons; la ruine publique de l’Église sur la terre est aussi notre fait. Que le Seigneur nous garde de l’insensibilité de cœur et de la prétention de Laodicée en face de cette ruine (Apoc. 3 : 17) !

Daniel confesse non seulement les faits, mais remonte aux causes qui ont amené le juste gouvernement de Dieu sur son peuple. Celui-ci n’avait pas écouté la voix de l’Éternel (v. 10) ; il avait transgressé la loi de Moïse (v. 11) ; il n’était pas revenu à l’Éternel (v. 13). L’exécration et le serment écrits dans la loi avaient été versés sur le peuple rebelle (Deut. 28 : 45, 46). En agissant ainsi pour sa propre gloire, Dieu avait veillé sur sa parole pour l’exécuter (v. 14) (Jér. 1 : 12), et il était juste en le faisant. Il ne subsiste donc aucun espoir de relèvement pour le peuple sur le seul terrain de sa responsabilité.

4.3.4. Pressant appel à la miséricorde de Dieu : v. 15-19

«Et maintenant, Seigneur» (v. 15). L’intercession suit la confession. La seule ressource à la disposition de la foi était maintenant dans la miséricorde divine, comme autrefois la grâce et la puissance souveraines de Dieu s’étaient manifestées dans la délivrance du peuple hors d’Égypte (v. 15).

Jérusalem et le peuple étaient «en opprobre» à tous ceux qui les entouraient. C’était une raison pour que Dieu détourne sa colère et sa fureur. Le même motif est invoqué par Moïse, devant le veau d’or, pour que Dieu ne détruise pas son peuple (Ex. 32 : 11-14) ; puis, par Néhémie, en face de la ruine de Jérusalem (Néh. 1 : 3). Dans les trois cas, Dieu se devait à lui-même de revendiquer devant ses ennemis sa gloire qui avait été ternie par l’infidélité de son peuple.

«Et maintenant, écoute, ô notre Dieu» (v. 17). La prière de Daniel se fait plus personnelle et plus ardente encore. «L’amour du Seigneur» est un motif suffisant pour rétablir le sanctuaire désolé (v. 17). Les «grandes compassions» de l’Éternel (v 18) en sont un autre pour que Dieu soit attentif et agisse.

En résumé, la conscience de la justice de Dieu, de son amour et de ses compassions conduit Daniel à tout remettre à Dieu, «à cause de toi-même» (v. 19). Tel est le mouvement de la foi vers Dieu, son seul refuge dans tous les temps, à cause :

de Dieu lui-même (És. 43 : 25) ;

du nom de Dieu et de sa gloire (Ps. 79 : 9; Jér. 14 : 7; Ézé. 36 : 21, 22)  ;

des grandes compassions de Dieu (v. 18).

Daniel n’exprime aucune requête pour lui ou ses compagnons de captivité. À cette heure solennelle, toutes ses pensées se concentrent sur les intérêts de Dieu et de son peuple: son nom, sa ville, son sanctuaire, son peuple. Cette dernière expression est d’autant plus remarquable que la sentence «Lo-Ammi» (pas mon peuple) (Osée 1 : 9) avait déjà été décrétée sur ce peuple depuis longtemps1; mais, pour Daniel, il restait le peuple de Dieu.

1 Annoncé à l’avance par Osée au temps des rois Ozias à Ézéchias (Osée 1 : 1), ce jugement est entré en application au moment de la déportation du peuple à Babylone

Que le Seigneur veuille produire dans chacun de nos cœurs cet «esprit de grâce et de supplications» (Zach. 12 : 10), manifesté par Daniel devant l’état du peuple de Dieu!

4.3.5. La vision de Gabriel et la réponse divine. Israël et Rome

4.3.5.1. L’heure de la prière: v. 20, 21

Dieu répond à l’ardente prière de Daniel, avant même qu’elle ne soit achevée. C’est ainsi que «les yeux de l’Éternel regardent vers les justes, et ses oreilles sont ouvertes à leur cri» (Ps. 34 : 15). Les paroles de supplication de Daniel montaient vers Dieu comme un parfum d’agréable odeur, comme le souligne la mention du «temps de l’offrande de gâteau du soir». Chaque soir, à la neuvième heure, une offrande de gâteau était offerte pour accompagner l’holocauste continuel (Ex. 29 : 41, 42); c’était le moment où le sacrificateur entrait dans le sanctuaire pour apporter l’encens à l’autel d’or (Luc 1 : 10). L’heure du sacrifice (celle de la mort de Christ), était donc aussi celle du parfum et celle de la prière: «Que ma prière vienne devant toi comme l’encens, l’élévation de mes mains comme l’offrande du soir» (Ps. 141 : 2).

Pour Daniel, le temple à Jérusalem était détruit, et les sacrifices n’y étaient plus offerts; toutefois, il se tenait devant Dieu en vertu de ce que les sacrifices représentaient pour Lui. L’efficacité de nos prières repose encore aujourd’hui sur ce que Christ est devant Dieu pour nous et sur la valeur de son œuvre.

4.3.5.2. Le message de l’ange Gabriel: v. 22, 23

Daniel avait déjà rencontré l’ange Gabriel au bord du fleuve Ulaï (8 : 16, 17), pour recevoir l’interprétation de la vision. Les nouvelles révélations faites au prophète par Gabriel viennent en réponse à la prière de celui que Dieu déclare plusieurs fois être un «bien-aimé» (v. 23 ; 10 : 11, 19). Il reste toujours vrai que «le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent» (Ps. 25 : 14). Daniel devait être attentif à la vision: elle était essentielle pour connaître l’avenir du peuple terrestre de Dieu, en réponse à la supplication du prophète.

4.3.5.3. Les soixante-dix semaines: v. 24

Il s’agit de semaines d’années1, couvrant donc une période de 490 ans: c’est la troisième période de l’histoire d’Israël sur la terre.

1 L’échelle septénaire (plutôt que décimale de notre système métrique) est souvent employée dans l’histoire du peuple de Dieu: pour la semaine (de sept jours), pour l’année sabbatique (tous les sept ans), ou pour le jubilé (tous les 7 x 7 = 49 ans). Jérusalem n’est appelée «la sainte ville» que trois fois dans l’Écriture (v. 24; Néh. 11 : 1 ; Matt. 27 : 53).

La prophétie concerne uniquement les Juifs («ton peuple») et Jérusalem («ta sainte ville»). Gabriel identifie l’un et l’autre avec Daniel pour montrer que Dieu avait eu pleinement égard à l’attitude de son serviteur qui s’associait au peuple coupable.

L’Assemblée n’est pas en vue dans ces passages; elle n’est l’objet d’aucune prophétie. Elle est hors du temps et des circonstances du monde dans lequel elle vit, dans l’attente d’être recueillie au ciel, sa vraie destinée. La période de son histoire sur la terre se situe entre les versets 26 et 27.

Le terme de la période de 70 semaines (qui est encore à venir pour nous) sera marqué par sept événements remarquables, qui introduiront le royaume terrestre de Christ:

Clore la transgression: la loi ne sera plus transgressée par le peuple, car elle sera écrite dans son cœur (Jér. 31 : 33); en finir avec les péchés: la triste histoire du péché est close; Faire propitiation pour l’iniquité: l’iniquité d’Israël est pardonnée (És. 40 : 2); introduire la justice des siècles: la justice éternelle de Dieu est introduite pour y régner, unie au jugement (Ps. 94 : 15; És. 51 : 4-8); sceller la vision: toutes les visions prophétiques sont maintenant accomplies; sceller le prophète: en particulier, les faux-prophètes seront ôtés du pays (Zach. 13 : 3, 4); oindre le saint des saints: la maison de l’Éternel sera à nouveau un lieu très saint, sanctifié pour y offrir les sacrifices (Ézé. 43 : 12, 20).

La pleine bénédiction du peuple et de la ville de Daniel doit être précédée par une longue période, divisée en trois parties: (1) sept semaines, (2) soixante-deux semaines, (3) une dernière semaine. Daniel devait y être attentif, comme nous du reste (v. 25).

4.3.5.4. Les soixante-neuf premières semaines: v. 25, 26

Le commencement de la période est indiqué avec précision: le début de la reconstruction de la ville de Jérusalem (et non pas du temple), la vingtième année du règne d’Artaxerxès (L’année -455), sous Néhémie (Néh. 1 : 1; 2 : 1).

La première partie, de 7 semaines (49 ans), couvre les temps troublés où les Juifs ont rebâti la muraille et la ville, malgré l’opposition de leurs ennemis.

La deuxième partie, de 62 semaines (434 ans, soit 483 ans pour le total des deux parties), contient l’histoire silencieuse du peuple jusqu’à la venue du Messie. «Après» cette période, la mort de Christ est annoncée par cette solennelle expression: «le Messie sera retranché, et n’aura rien». Effectivement, le Sauveur a été «retranché de la terre des vivants» (És. 53 : 8; Jér. 11 : 19).

«Le peuple du prince qui viendra» désigne les Romains, qui régnaient au temps de la première venue de Christ sur la terre. Environ 40 ans après la mort de Christ (cette ultime période de mise à l’épreuve du peuple juif), les armées romaines de Titus ont détruit la ville (Jérusalem) et le lieu saint (le temple rebâti par Esdras). Le Seigneur l’avait annoncé à ses disciples (Matt. 24 : 2; Luc 19 : 43, 44). Dieu mettait ainsi un terme momentané à l’histoire de son peuple sur la terre.

«Jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolation» (v. 26). Ce passage laisse entrevoir ce que serait la terrible situation d’Israël dispersé parmi les nations et «Jérusalem foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis» (Luc 21:24). Cette période d’épreuves du peuple juif se poursuit encore1.

1 Pendant la seule guerre mondiale de 1939-45, six millions de Juifs ont péri, dans des conditions épouvantables.

À la fin de la 69e semaine, il faut interrompre la chronologie du temps, jusqu’au commencement de la dernière semaine. Cette parenthèse (la Parole n’en fixe pas la durée exacte) constitue la période de la grâce, dans laquelle nous vivons. Le mystère de l’endurcissement d’Israël s’y poursuit (Rom. 11 : 25). Lorsque le Seigneur aura recueilli son Église auprès de lui dans le ciel, Dieu reprendra le cours de ses voies envers Israël et le monde.

4.3.5.5. La dernière semaine: v. 27

La vision se poursuit donc par la révélation de temps encore entièrement futurs. «Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine». C’est l’action du «prince qui viendra», le chef de l’empire romain ressuscité, la première bête (Apoc. 13 : 1-10). Sous la conduite de l’Antichrist, les Juifs incrédules (la multitude) établiront avec Rome une alliance profane appelée ailleurs «un pacte avec le shéol» (És. 28 : 15). La nation juive rebelle («les hommes moqueurs qui gouvernent ce peuple qui est à Jérusalem»), s’imagine ainsi échapper au danger des armées du Nord. Ce grand ennemi de la fin est appelé «le désolateur» (v. 27), «le fléau qui inonde» (És. 28 : 15, 18), «l’Assyrien» (Mich. 5 : 5), ou enfin, «le roi du Nord» (11 : 40-45). Il a été annoncé symboliquement par l’action future de la petite corne orientale (8 : 23-25). Mais Dieu annulera le pacte de ces hommes rebelles, pour faire tomber sur eux le jugement auquel ils tentaient d’échapper. Au milieu de la semaine, la bête romaine, avec l’appui de l’Antichrist, fera cesser «le sacrifice et l’offrande» dans le temple rebâti à Jérusalem. Le culte à l’Éternel sera remplacé par le culte idolâtre rendu à l’image de la bête (Apoc. 13 : 15), appelée «l’abomination de la désolation» (Mat 24:15) ou «l’abomination qui désole»1 (12. 11). Cette idolâtrie future se développera à l’instigation et sous la protection des autorités politique et religieuse; elle provoquera les jugements divins (une désolation) par la verge de l’Assyrien (És. 10:5). Quel terrible moment de l’histoire d’Israël! «L’abomination» (l’idolâtrie) cause «la désolation» (le jugement), par le moyen du «désolateur» (l’Assyrien), sur «la désolée» (c’est-à-dire Jérusalem). Le jugement est assimilé à «une consomption», c’est-à-dire un acte de consumer (comme de brûler par le feu). Il s’accomplit selon un décret divin: c’est donc «une consomption décrétée» (És. 10 : 23). En reprenant d’autres termes de l’Écriture, on peut tenter d’exprimer la pensée: l’idolâtrie à Jérusalem attirera un jugement exercé par l’Assyrien qui consumera ses habitants. Le langage est certes difficile, mais on entrevoit pourtant le sens de la vision.

1 Le mot «abomination» désigne souvent l’idolâtrie ou les idoles (Deut. 27 : 15; 1 Rois 11 : 7).

Chapitre 10

4.4. Daniel 10: Préparation morale de Daniel aux communications divines

La dernière vision du livre est révélée à Daniel, après le retour des Juifs de leur captivité. Comme celle qui précède (9 : 24-27), elle est une réponse aux exercices du cœur du prophète, soit en intercession (ch. 9), soit dans le jeûne (ch. 10).

Entièrement occupée de l’Orient, cette dernière vision est introduite par un aperçu sur le conflit entre les puissances du bien et du mal dans le monde invisible.

4.4.1. La préparation morale du prophète: v.1-3

Daniel était arrivé vers la fin de sa longue carrière. Il était encore en Mésopotamie, tandis que le résidu juif était déjà remonté à Jérusalem. Aussi n’est-il plus occupé de la captivité de Babylone, et des circonstances immédiates de son peuple. Son cœur encore rempli de la vision donnée par l’ange Gabriel, il comprend que le temps d’épreuve du peuple serait encore long (v. 1).

Une fois encore, Dieu se sert de Daniel pour révéler l’avenir; mais le prophète pénètre lui-même de façon intelligente dans la portée de la vision. Aussi, poussé par l’Esprit de Christ, il continue à affliger son âme devant Dieu: ce long jeûne de trois semaines, pour un vieillard comme lui, en est une preuve touchante (v. 3). Cette période semble, d’après le contexte, être la même que celle mentionnée par l’ange plus tard (v. 13).

L’exemple du prophète nous enseigne que nous ne pourrons nous identifier avec les afflictions du peuple de Dieu, que si nous sommes dans une communion intime avec Dieu. Une préparation morale (figurée par l’humiliation et le jeûne) est toujours nécessaire pour nous rendre capables de recevoir les pensées ce Dieu et discerner sa volonté.

4.4.2. La vision de Christ au bord du Tigre: v. 4-9

Là, auprès du fleuve des nations, Daniel contemple une vision glorieuse, celle du Fils de l’homme, Christ (v. 5, 6). Plusieurs de ses caractères ou attributs sont ceux qu’il revêtira devant l’apôtre Jean, dans l’île de Patmos (Apoc. 1 : 13-16) :

Le vêtement de lin: C’est le symbole de la pureté, en rapport avec le jugement (12:6, 7) (Ézé. 9 : 2).

La ceinture d’or sur les reins: La gloire de Dieu (l’or) s’exprime en justice dans le Messie, le Roi (És. 11 : 5).

Le visage comme un éclair: Sur la sainte montagne, le visage du Messie resplendit comme le soleil (Matt. 17:2; 2 Pi. 1 : 17, 18). Plus tard, le soleil de justice apportera la guérison dans ses ailes (Mal. 4 : 2).

Les yeux comme des flammes de feu: «Les yeux de l’Éternel qui parcourent toute la terre» (Zach. 4 : 10) scrutent toutes choses, comme la parole de Dieu.

Les bras comme l’airain poli: ses actes sont selon le juste jugement divin.

Les pieds aussi semblables à l’airain: la stabilité et la marche glorieuse sont aussi basées sur le jugement (Ézé. 1 : 27; Ps. 89 : 14).

La voix puissante: toute la terre doit faire silence devant lui (Hab. 2:20).

On comprend l’effet produit sur Daniel, et sur ceux qui étaient avec lui, par la vision et par la voix qui s’adresse a lui (v. 7-9); frappé de stupeur, il tombe sur sa face contre terre.

4.4.3. Le conflit des puissances spirituelles dans le monde invisible: v.10-14

Le ministère des anges lève alors un coin du voile qui nous sépare du monde invisible mystérieux. Les anges, esprits administrateurs, sont des serviteurs de Dieu, envoyés pour servir les saints (Ps. 103 : 21, 22 ; Héb. 1 : 14).

Un ange1 est envoyé ici pour relever, fortifier et instruire Daniel: «je suis maintenant envoyé vers toi», dit-il (v. 11). La main de l’ange relève Daniel, pour lui communiquer la puissance divine. Ensuite, il reçoit l’assurance d’être un «homme bien-aimé». Enfin, fortifié et conscient d’être aimé de Dieu, il est qualifié pour recevoir le message angélique. L’ange avait été envoyé auprès de lui comme conséquence de ses prières et de ses exercices de cœur (v. 12). Quel encouragement pour chacun de nous à persévérer ainsi dans la prière, particulièrement dans les mauvais jours!

1 II semble que cet être, introduit mystérieusement ici dans le récit (v. 10) soit bien un ange, distinct de l’homme vêtu de lin (v. 5). Certains pensent qu’il peut s’agir de la même créature (céleste). S’il en est bien ainsi, la vision apparue à Daniel ne se rapporterait pas à Christ lui-même; l’ange présenterait certains de ses attributs. Dans l’Apocalypse, Christ apparaît quelquefois sous le caractère d’un ange (par exemple en Apoc. 10:1).

Daniel apprend alors de l’ange pourquoi Dieu, qui avait prêté l’oreille aux supplications de son serviteur, «dès le premier jour», semblait avoir tardé à lui répondre. Un conflit avait surgi dans le monde spirituel invisible entre les puissances du bien et du mal:

D’un côté, «Micaël» (c’est-à-dire Michel, l’archange), venu au secours de l’ange qui parlait maintenant à Daniel. Micaël, «un des premiers chefs», sera même appelé «le grand chef» (12:1). Il était désigné par Dieu pour veiller sur les intérêts d’Israël sur la terre.

De l’autre côté, «le chef du royaume de Perse», un ange déchu, envoyé par Satan pour dresser le pouvoir politique, détenu par la Perse, contre les activités de Dieu. Ce solennel combat entre les puissances du bien et du mal a duré trois semaines, précisément la période pendant laquelle Daniel était dans le jeûne.

L’ange déclare alors à Daniel l’importance de son message (v. 14). La vision sera exposée plus loin dans le détail (ch. 11 et 12), mais sa portée prophétique est soulignée dès maintenant: elle concerne «ton peuple à la fin des jours». À travers tous les événements historiques des nations, Dieu poursuit ses voies à l’égard d’Israël1, jusqu’à la fin (la consommation du siècle et l’instauration du royaume de Christ).

1 II ne s’agit donc pas, comme quelques-uns l’ont pensé:

soit de l’histoire de la chrétienté ou de la papauté;

soit de la conduite de grands stratèges humains, comme Napoléon.

4.4.4. Consolations et promesses divine : v. 15-19

Bouleversé à nouveau par l’ampleur des révélations, Daniel devient muet. L’exemple du prophète montre ici combien le corps d’un croyant peut être touché par les préoccupations et les souffrances de son esprit.

Une nouvelle intervention angélique («la ressemblance des fils des hommes») lui redonne la parole, bien que toute énergie lui manque encore (v. 16, 17). L’aspect d’un homme (probablement encore un ange) continue le service divin envers le prophète: «Ne crains pas, homme bien-aimé; paix te soit! sois fort, oui, sois fort!» (v. 18, 19). Dans la confiance en Dieu, Daniel trouve la paix et la force. Ce dialogue de communion entre Dieu et son bien-aimé serviteur, en face du conflit mystérieux entre les puissances du monde invisible, est d’une grande beauté.

4.4.5. Introduction aux révélations à venir: v. 20, 21

Car, en fait, la lutte continuait entre le bien et le mal. L’ange qui avait déjà parlé à Daniel (v. 10-14) poursuit ses révélations. Avant de retourner combattre le chef de la Perse (cet ange déchu déjà évoqué au verset 13), l’ange (un saint ange de Dieu) devait communiquer à Daniel un message divin (c’est l’objet des chapitres 11 et 12), «consigné dans l’écrit de vérité» (v. 21). Nous retiendrons pour nous que toute la révélation prophétique que Dieu nous destine est contenue dans l’Écriture; c’est un tout qui s’interprète par lui-même, bien que beaucoup de choses demeurent obscures pour nos esprits finis (2 Pi. 1 : 20). Mais lorsque l’ange reprendrait son combat, une autre puissance de mal se présenterait contre lui, le chef de Javan (la Grèce). Il s’agit précisément du royaume qui allait renverser l’empire médo-perse. Poussées par Satan (le dieu de ce monde), la Grèce et la Perse (les deux royaumes étant représentés chacun par leur chef, ces deux anges déchus) feraient la guerre à Daniel et au peuple de Dieu. Le conflit avec les puissances des ténèbres devait donc se poursuivre.

En prenant en main les intérêts du peuple de Daniel, l’ange n’est aidé que par Micaël. Ainsi, à travers toutes les voies de Dieu sur la terre, l’archange veille au bien de la nation élue.

Chapitre 11 versets 1 à 15

4.5. Daniel 11: Prophéties sur les rois du Nord et du Midi

Dieu avait préparé moralement Daniel à recevoir les communications divines (ch. 10); celles-ci lui sont maintenant révélées (ch. 11 et 12). L’extraordinaire précision des détails de ces prophéties a même fourni l’occasion à certains critiques de mettre en cause l’authenticité du livre de Daniel.

Tous les événements prédits étaient encore futurs pour Daniel. Pour nous, au contraire, tout ce qui est annoncé jusqu’au verset 35 appartient au passé; seule, la signification prophétique demeure. Mais la fin de la prophétie (11 :3 6 à 12 : 13) appartient encore au futur. La période dans laquelle nous vivons (l’Église sur la terre) s’inscrit entre les versets 35 et 36 du chapitre 11.

4.5.1. Les rois de Perse et Alexandre: v. 1-4

4.5.1.1. Un ange protège Daniel à la cour de Darius: v. 1

L’ange révèle à Daniel qu’il s’était tenu à l’époque auprès de Darius, pour l’aider à résister à ceux qui complotaient contre le prophète à la cour royale (6 : 4-9). Dieu veillait ainsi sur son serviteur par une intervention angélique, à l’insu même du roi. C’est encore une révélation des activités mystérieuses du bien dans le monde invisible. La mention de la première année du règne de Darius le Mède doit être rapprochée de la prophétie des soixante-dix semaines, révélée à Daniel par l’ange Gabriel (9:1, 21). On peut penser que Gabriel est à nouveau le messager angélique parlant à Daniel, qui se présente ainsi: «Et moi» (v. 1), pour continuer par: «je te déclarerai la vérité» (v. 2). S’il en est bien ainsi, l’ange déjà envoyé auprès de Daniel pour le fortifier (10 : 11, 18) était donc Gabriel.

L’ange présente alors un tableau historique qui va former la trame des événements touchant le peuple de Daniel au milieu des nations.

4.5.1.2. Les quatre rois de Perse: v. 2

Quatre rois de Perse sont annoncés et devaient succéder à Cyrus1:

1 Les noms utilisés dans la Parole sont mentionnés les premiers; les noms historiques correspondants sont indiqués entre parenthèses.

Assuérus (Cambyse).

Artaxerxès (Smerdis le mage).

Darius Hystaspe (ce n’est pas Darius le Mède)1.

Xerxès: connu pour ses fabuleuses richesses, il s’est déchaîné contre la Grèce, mais seulement pour y perdre le pouvoir. La défaite de son armée mélangée (de cinq millions de soldats) mentionnée auparavant (8 : 7), est passée sous silence ici.

1 À cette période, les ennemis des Juifs firent cesser pendant quinze ans le travail de la maison de Dieu à Jérusalem (Esd. 6 : 7, 24).

4.5.1.3. Alexandre le Grand: v. 3, 4

Alexandre le Grand entre alors en scène, ce «roi vaillant» (v. 4), qui a formé l’empire grec. À l’issue de son règne éphémère, son immense empire a été déchiré entre les mains de ses quatre généraux (8 : 8). Toute la suite de la prophétie est relative aux conflits et aux alliances entre les rois qui ont surgi de cet empire grec.

4.5.2. Les rois du Nord et du Midi de-305 à -175 : v.5-20

Deux des quatre généraux ont joué un rôle important en rapport avec Israël: Séleucos en Syrie et Ptolémée en Égypte. Leur dynastie se rattache respectivement aux royaumes du nord et du midi, vus dans leur position géographique par rapport à la terre de beauté, le pays d’Israël (Deut. 32:8). La prophétie est d’une stupéfiante précision.

4.5.2.1. Premiers affrontements entre le Nord et le Midi: v. 5-9

Le premier «roi du Midi» (v. 5) est Ptolémée I Sôtêr, général d’Alexandre.

«Un autre… plus fort que lui» est Séleucos Nikatôr, premier roi du nord, dont le royaume s’étendait de la Macédoine (au nord de la Grèce) aux confins des Indes.

La lutte a été continuelle entre ces deux royaumes du Nord et du Midi. Pour essayer d’y mettre un terme, une alliance par mariage a été conclue («un arrangement droit»: v. 6). Bérénice, fille du roi du Midi Ptolémée II Philadelphe (le fils de Ptolémée Sôtêr), a été offerte en mariage à Antiochus II Théos, roi de Syrie. Mais, à la mort de son père, Bérénice a été emprisonnée («elle ne conservera pas la force de son bras»), tandis que son mari était empoisonné par sa première femme Laodice («il ne subsistera pas, ni son bras»).

Ptolémée III Evergète («le rejeton»: v. 7), fils de Ptolémée II Philadelphe, a alors tout mis en œuvre pour délivrer sa sœur Bérénice. Levant une forte armée, il envahit la Syrie (allant même jusqu’à Babylone); mais il trouve sa sœur, et le fils de celle-ci, déjà mis à mort. Sa vengeance s’exerce alors contre les meurtriers, et il s’empare de grandes richesses qu’il ramène en Égypte (v. 8).

4.5.2.2. Le conflit implique les Juifs et Rome: v. 10-19

Un nouveau roi du Midi (v. 11), Ptolémée IV Philopatôr (fils de Ptolémée Evergètes) fait alors la guerre au roi du Nord, Antiochus le Grand, et remporte la victoire sur lui.

Ce dernier, cherchant sa revanche, réunit alors une grande armée. Ses campagnes contre Ptolémée V Épiphane (fils de Philopatôr) sont annoncées en détail (v. 13-19). Pour la première fois, apparaissent des Juifs se mêlant aux conflits des nations. Les «violents de ton peuple» (le peuple de Daniel; v. 14) sont des Juifs apostats qui s’unissent au roi du Midi pour combattre le roi du Nord. Ils tomberont sous la vengeance du vainqueur, Antiochus III le Grand. Ces affrontements militaires se déroulent maintenant sur la terre d’Israël («le pays de beauté» v. 16).

Devant l’impuissance des armes à régler leurs conflits, les rois recourent, une fois encore, au stratagème du mariage (v. 17). Le roi du Nord donne sa fille Cléopâtre1 en mariage au roi du Midi, dans le but de le subjuguer par la trahison de sa femme («la pervertir»); mais le complot échoue.

1 Il ne s’agit pas ici de la Cléopâtre de l’histoire romaine.

Le roi du Nord (Antiochus III le Grand) tourne alors ses armées vers l’archipel grec («les îles»; v. 17, 18) Il se heurte à Scipion, consul romain1, qui le chasse. De retour dans son pays, il trouve sa fin.

1 La république de Rome, alliée de la Grèce, remporte sur le roi du nord la victoire des Thermopyles.

4.5.2.3. Séleucos Philopatôr: v. 20

Son fils, Séleucos Philopatôr, consacre son règne à lever les impôts pour le compte de Rome («l’exacteur»); il pillera même le temple de Jérusalem pour y voler ses richesses. Mais il meurt bientôt, trahi par un ami, et non par une sédition de son peuple («non par colère») ou par les armes («ni par guerre»).

Ainsi se terminent ces temps troublés, d’une durée de 130 ans, qui ont suivi le règne d’Alexandre (de -305 à -175 environ). Le tableau annexé permettra de suivre la succession des deux dynasties pendant cette période.

4.5.3. Antiochus Épiphane et le peuple de Dieu: v. 21-35

La période décrite dans ces passages n’a duré que dix ans; mais elle est d’une grande importance du double point de vue historique et prophétique. Les événements annoncés se sont accomplis à la lettre; mais ils préfigurent aussi d’autres scènes, encore futures pour nous.

4.5.3.1. v 21-24: L’homme méprisé

Déjà annoncé par le symbole de la petite corne orientale (8:9), un autre personnage apparaît sur la scène, qui marquera profondément l’histoire du peuple d’Israël; l’histoire de cet «homme méprisé», donnée avec tant de détails dans les trois paragraphes des versets 21 à 35, préfigure celle de l’Assyrien, le roi du Nord des jours de la fin, le dernier ennemi de Christ et du peuple de Dieu.

Sans droit légal à la couronne du royaume de Syrie, cet homme vil et méprisable, appelé Antiochus (comme ceux de sa dynastie) se saisit du pouvoir par la flatterie. Sa fraude, ses tromperies et ses largesses insensées lui ont valu le nom d’Épiphane (l’illustre), changé par son propre peuple en Epimane (l’insensé). Dans sa haine contre le peuple de Dieu, il décide de s’emparer de la terre l’Israël. Il se fait aider par le frère du souverain sacrificateur à Jérusalem et distribue ses faveurs aux Juifs infidèles (v. 23, 24).

4.5.3.2. v. 25-28: Les campagnes contre l’Égypte. La profanation de Jérusalem

Antiochus Épiphane part ensuite en guerre contre l’Égypte et contre son roi, Ptolémée VII Evergète II (le roi du midi). Plusieurs expéditions militaires lui assurent la victoire; mais, plutôt que de mettre à mort son ennemi, il le convoque à la table des négociations, et signe avec lui une paix factice («ils diront des mensonges à une même table»: v. 27). Sur le chemin du retour, comblé des richesses volées à l’Égypte, il s’en prend à Jérusalem dont il s’empare avec traîtrise; sa rage se déchaîne déjà contre les Juifs («la sainte alliance»).

4.5.3.3. v 29, 30: Sa dernière expédition contre l’Égypte

L’action se poursuit «au temps déterminé», le terme (ordonné par Dieu) de cette alliance trompeuse entre les deux rois du Nord et du Midi (v. 27). Mais les choses ont changé, car Rome et sa flotte armée («les navires de Kittim») s’allient à l’Égypte contre la Syrie.

Au moment où Antiochus se prépare à faire le siège d’Alexandrie, un représentant du sénat de Rome lui intime l’ordre de quitter l’Égypte sur-le-champ. Devant un plus fort que lui, «il sera découragé, et retournera» (v. 30). Humilié et furieux, il rentre dans son pays; en chemin, il se retourne à nouveau contre les Juifs, sur lesquels il déverse sa haine («il sera courroucé contre la sainte alliance»). C’est un moment terrible pour le peuple de Dieu.

4.5.3.4. v. 30-33: Antiochus Épiphane et les Macchabées

Ce temps de détresse est celui des Macchabées1. Leurs livres qui ne sont pas inspirés donnent toutefois des détails saisissants sur leurs épreuves. L’apôtre les placera dans la nuée des témoins de la foi (Héb. 11 : 34-38).

1 Le nom de cette famille pieuse signifie en hébreu: «marteau de Dieu».

Antiochus s’appuie d’abord sur les Juifs incrédules: «ceux qui abandonnent la sainte alliance» (v. 30), et «ceux qui agissent méchamment à l’égard de l’alliance» (v. 32). Il réussit à les corrompre par son arme favorite, la flatterie. Apollonius, un de ses généraux, ordonne alors de sa part le massacre de plusieurs dizaines de milliers d’habitants le Jérusalem, suivi de la profanation du temple. Après avoir ôté les ustensiles du sanctuaire, il place une idole dans le lieu saint et offre une truie (animal impur et abominable pour les Juifs) sur l’autel; tous les sacrifices sont alors interrompus (8 : 11, 12). C’est «l’abomination qui cause la désolation»1 (v. 31.

1 Le sens de cette expression paraît être ici en hébreu que l’abomination (l’idolâtre) est causée par le désolateur (ici Antiochus). Il s’agit ici d’un événement passé (survenu en -171 environ). Mais cette expression est à rapprocher de deux autres déclarations similaires (9 : 27; 12 : 11), où l’accent est mis plutôt sur les conséquences de l’abomination: elle apporte «la désolation» (l’épreuve et le malheur sur «la désolée» (Jérusalem). C’est alors une prédiction non encore accomplie, à laquelle le Seigneur fait allusion dans sa prophétie sur les temps de la fin (Matt. 24 : 15).

À travers cette scène abominable, Dieu préserve pour lui un résidu fidèle au milieu de la masse (la multitude): c’est «le peuple qui connaît son Dieu», qui est fort et qui agit. Et parmi ce résidu, une autre classe plus restreinte est distinguée: «les sages du peuple» (v. 33, 35 ; 12 : 3). Ce sont les «Maskilim», ceux qui ont l’intelligence pour enseigner la multitude, malgré les pièges subtils de l’ennemi. L’épreuve opère leur purification spirituelle, mais plusieurs d’entre eux y laisseront la vie, comme témoins fidèles pour Dieu.

4.5.3.5. v. 34, 35: La fin des quatre cents ans de silence

Cette partie de la prophétie se termine par la mention de la résistance victorieuse des Macchabées, qui prennent les armes contre leurs oppresseurs (v. 34). La conduite de ce résidu zélé pour Dieu n’est pas la même que celle du résidu de la fin; celui-ci devra, au contraire, s’enfuir, pour sa vie, sans prendre l’épée (Matt. 24 : 16-21).

Les Macchabées réussirent à purifier le temple et à chasser l’envahisseur pour un temps. Le sanctuaire fut rendu au culte divin au mois de Kislev (en hiver) de l’année -165; c’est l’origine de la fête de la dédicace, célébrée encore parmi les Juifs au temps du Seigneur (Jean 10:22). Il s’était donc bien écoulé une période d’environ six ans et demi entre la profanation du sanctuaire par Antiochus et sa purification par les Juifs fidèles, soit les «deux mille trois cents soirs et matins», conformément à la prophétie (8:14).

À la même époque (-170 environ), une alliance conclue avec Rome avait scellé l’asservissement du peuple de Dieu au quatrième empire des nations.

La dernière prophétie de l’A.T., Malachie, avait été écrite en -397 environ, c’est-à-dire quatre cents ans avant la venue de Christ qui ouvre le N.T. La prophétie de Daniel conduit les pensées de la foi tout le long de cette période de silence.

Parmi les prisonniers de l’espérance qui ont longtemps attendu le salut et la délivrance, la Parole signale Anne (grâce ou supplication), fille de Phanuel (face de Dieu), de la tribu d’Aser (bienheureux) (Luc 2 : 36.37).

Phanuel est né quelques dizaines d’années seulement après les événements relatés plus haut. Avec sa fille, Anne, ils vivaient ces temps sombres et difficiles, où les sages étaient éprouvés, «pour les purifier et les blanchir» (v. 35).

Les événements prédits jusqu’ici (11 : 2-35) se sont rigoureusement accomplis dans l’histone des nations. Leur importance découle du fait:

que le peuple d’Israël y a été intimement mêlé,

qu’ils sont une préfiguration de scènes encore futures qui doivent introduire le règne millénaire de Christ, et la bénédiction terrestre du peuple élu.

La prophétie qui suit (v. 36-45) annonce des événements futurs qui n’ont pas eu de contrepartie historique; ils appartiennent exclusivement «au temps de la fin» (v. 40), et se rapportent à l’Antichrist et au roi du Nord.

L’Assemblée de Christ est céleste; elle est en dehors de telles révélations. Son histoire sur la terre, dans l’attente d’être recueillie dans la gloire céleste se place chronologiquement entre les versets 35 et 36 de ce chapitre 11; dans une prophétie précédente, elle s’intercalait de la même manière entre les versets 26 et 27 du chapitre 9.

Chapitre 11 versets 16 à 45

4.5.4. Événements à venir. L’Antichrist: v.16-39

Un personnage encore inconnu surgit soudainement devant Daniel sur la scène prophétique. Son caractère et sa conduite le distinguent de tous les autres hommes de la terre: c’est «le roi», l’Antichrist1, qui doit jouer un rôle majeur au temps de la fin.

1 Cette expression montre que l’Antichrist sera un Juif; peut-être sortira-t-il de la tribu de Dan qui symbolise souvent l’apostasie (Gen. 49 : 17).

Parmi les dix titres que la Parole lui attribue, le Saint Esprit le désigne ici comme «le roi», celui qui s’est emparé du pouvoir pour dominer sur les hommes et sur les âmes. Il sera jugé selon ce titre de roi qu’il avait usurpé (És. 30 : 33). Son premier caractère est de donner libre cours à sa propre volonté, ce qui est le principe même du péché. Il manifeste le contraste le plus absolu avec Christ qui, étant Dieu, s’est constitué serviteur pour accomplir la volonté de son Père.

Rempli d’orgueil, ce roi inique s’élève contre toute autorité. L’impiété aussi le caractérise; il s’oppose à Dieu. Son action est présentée ici en rapport avec les Juifs en Orient: il contrôle l’apostasie religieuse juive à Jérusalem, avec l’appui de la puissance politique romaine (c’est la collusion des deux bêtes décrites en Apocalypse 13). Mais, il participera aussi à l’apostasie religieuse chrétienne (2 Thes. 2 : 3 ; 1 Jean 2 : 22).

Le centre de celle-ci sera à Rome, où la seconde Babylone s’appuiera aussi sur la même bête romaine. Derrière cette double révolte contre Dieu (juive et chrétienne), Satan exerce toute l’énergie du mal.

Le terme de la prodigieuse ascension de l’Antichrist est «l’indignation… accomplie» (v. 36), c’est-à-dire la fin des jugements divins sur Israël par la verge de l’Assyrien. L’apparition glorieuse de Christ mettra fin à la domination de la bête romaine et du faux prophète (l’Antichrist).

Dans l’intervalle, il méprise à la fois Dieu («le Dieu de ses pères»1), et Christ («l’objet du désir des femmes»2). En s’acharnant à effacer toute trace de religion de l’esprit des hommes, il se présente lui-même comme un dieu (Hab. 1:11; 2 Thes. 2 : 4).

1 Cette expression montre que l’Antichrist sera un Juif; peut-être sortira-t-il de la tribu de Dan qui symbolise souvent l’apostasie (Gen. 49 : 17).

2 Cette surprenante expression s’explique par le désir profond qu’avait toute femme vierge en Israël d’être choisie par Dieu pour donner naissance au Messie promis (És. 7 : 14).

Pour maintenir le peuple juif sous sa domination, il créera un système idolâtre, d’origine satanique et glorifiant la puissance humaine («le dieu des forteresses», «un dieu étranger», v. 38, 39). À ceux qui répondront à ses séductions, il confiera des places d’honneur et de puissance pour dominer avec lui sur la nation juive infidèle dans la terre d’Israël. Mais ceux qui lui refuseront l’obéissance seront exposés à une mort certaine. De tels martyrs auront part à la première résurrection pour jouir du royaume avec Christ (Apoc. 20 : 4, 5).

La prophétie de Daniel ne mentionne pas clairement le jugement et la fin de l’Antichrist. Le N.T. parle du feu éternel dans lequel il sera jeté vivant (2 Thes. 2 : 8 ; Apoc. 19 : 20). Avec Judas (le fils de perdition) et la bête (le chef de l’empire romain), ce sont trois hommes dont la Parole nous révèle le terrible sort éternel.

4.5.5. Événements à venir. Le roi du Nord: v. 40-45

Dans la terre d’Israël, le mal prévaut sous la domination de l’Antichrist. La fin de la prophétie montre les affrontements qui attendent ce dernier (et ses alliés), avec les deux puissances qui encadrent «le pays de beauté» (v. 40), à savoir les rois du Nord (l’Assyrie) et du Midi (l’Égypte, la Libye et l’Éthiopie).

4.5.5.1. L’Égypte n’échappera pas: v. 40-43

Le roi du Midi prend l’initiative d’envahir le pays d’Israël, bien probablement pour poursuivre vers le nord contre son ennemi héréditaire.

Le roi du Nord répond en levant une immense armée terrestre et navale, (comparée à une tempête) qui déferle vers le Midi. Jérusalem est envahie, plusieurs pays sont conquis et la progression atteint l’Égypte qui n’échappe pas au désastre (v. 41).

L’arrivée de l’armée du nord à Jérusalem avait déjà été prédite par Ésaïe (És. 28 : 18): ce sera un jugement sur les Juifs apostats (les hommes moqueurs). Mais, en fait, c’est la réponse personnelle de Christ (la vraie pierre éprouvée en Sion), à l’Antichrist qui s’était installé dans la sainte ville, pour dominer sur les infidèles.

Trois pays échappent au débordement des armées du nord: Édom, Moab et les fils d’Aramon (les descendants naturels d’Isaac et de Lot). Leur jugement doit être exécuté directement par Israël (És. 11 : 14; Ézé. 25 : 7, 11,14), et non par l’Assyrien.

Tout paraît réussir au roi du Nord qui s’empare de toutes les richesses de l’Égypte, et peut-être même du continent africain.

4.5.5.2. Des nouvelles alarmantes de l’Orient et du Nord: v. 44, 45

Mais ses insolents succès sont suivis de sa ruine soudaine et certaine. Des nouvelles effrayantes lui parviennent de l’orient et du nord.

Est-ce, peut-être, le déferlement de l’armée de deux cent millions1 d’hommes des rois de l’orient (Apoc. 9 : 16) ? La montée d’ennemis intérieurs dans cet immense bloc de nations hétérogènes (l’empire du nord) est également facile à imaginer.

1 Une «myriade» contient dix mille personnes. «Deux myriades de myriades» forment donc bien deux cent millions d’hommes. On imagine sans aucune difficulté la capacité de pays d’Asie, comme l’Inde et la Chine, à lever instantanément une pareille armée.

Confiant dans ses propres forces, le roi du nord retourne donc dans son pays, pour tenter de régler dans le sang le sort de tous ses ennemis. De passage dans la terre d’Emmanuel, il dresse son camp entre la Méditerranée («la mer»), et la montagne de Sion à Jérusalem («la montagne de sainte beauté»). Peut-être sera-ce dans la même plaine de Meguiddo, où doit avoir lieu le conflit1 des puissances occidentales avec le Seigneur de gloire et ses armées, à la bataille d’Armagédon (Apoc. 16 : 16 ; 19 :11-18) ?

1 Il semble que l’Assyrien (le royaume du Nord) subsiste comme le dernier ennemi d’Israël alors que le peuple élu est déjà reconnu par son Dieu. La délivrance sera opérée par la venue en gloire de Christ sur la montagne des Oliviers (Zach. 14 : 3).

Là, sans aucun secours extérieur, «il viendra à sa fin»; il sera jugé par Christ lui-même qui délivrera ainsi le peuple élu du second siège de Jérusalem (És. 14 : 25 ; Mich. 5 : 5, 6 ; Zach. 14 : 2-4).

Non seulement, le roi du nord est anéanti, mais ses armées le sont avec lui; il faudra une longue période (sept ans) pour purifier le pays d’Israël du souvenir des carnages qui auront accompagné cette scène de jugement guerrier (Ézé. 39 : 8-16).

C’est un moment assez obscur de l’histoire prophétique des derniers jours, et beaucoup de détails ne nous sont pas révélés. En particulier, l’Esprit Saint n’a pas jugé bon de nous permettre de coordonner complètement les prophéties de l’A.T. avec celles de l’Apocalypse. Elles sont toutes relatives à Christ et à sa gloire. Mais les premières se rattachent essentiellement à Israël au milieu des nations, tandis que les dernières montrent le sort de la chrétienté professante infidèle.

 

Chapitre 12

  1. La grande tribulation et la fin des temps des nations: Daniel 12

La fin de la prophétie (ch. 12) continue le sujet déjà traité, à savoir l’histoire des empires des nations, vue du côté de l’orient. L’Esprit de Dieu présente, en conclusion, la position finale d’Israël, et laisse entrevoir sa bénédiction future.

5.1. La grande tribulation juive: v. 1-4

Trois sujets sont d’abord présentés: (1) l’activité de Michel l’archange, (2) la détresse du peuple de Dieu, (3) sa délivrance.

5.1.1. L’activité de Micaël

D’abord l’action de Micaël, le grand chef, est soulignée. L’archange agit maintenant de façon plus directe et plus énergique en faveur de la nation confiée par Dieu à ses soins. Chronologiquement, «ce temps-là» (v. 1), où agit Michel se situe au moment du combat dans le ciel entre les puissances divines et sataniques (Apoc. 12 : 7-9). La grande fureur de Satan, jeté du ciel sur la terre, se déchaîne maintenant sur les habitants de la terre, et sur le peuple de Dieu en particulier (Apoc. 12 : 13-18). Ce sera une consolation pour les fidèles de la fin de savoir que leur Dieu les entoure d’une protection angélique au milieu de leur terrible épreuve.

5.1.2. La détresse de Jacob: v. 1

Ce temps de détresse, unique dans les annales de l’humanité, n’est mentionné que trois autres fois dans l’écriture (Jér. 30 : 7 ; Mat. 24 : 21 ; Marc 13 : 19). Cette épreuve suprême commence au milieu de la derrière semaine prophétique, lorsque l’abomination de la désolation est placée dans le lieu saint, comme le précise formellement le Seigneur à ses disciples. La durée de l’épreuve est celle de la demi-semaine (d’années), soit: (1) trois ans et demi: un temps (déterminé), des temps (déterminés) et la moitié d’un temps (7 : 25; 12 : 7); (2): quarante-deux mois (Apoc. 13:5) ou (3): mille deux cent soixante jours (Apoc. 11 : 3; 12 : 6). Satan est l’instigateur de cette détresse, mais ses trois instruments sont: l’Antichrist (l’oppression religieuse), la bête romaine (l’oppression politique occidentale) et le roi du Nord (l’oppression politique orientale). Tous se liguent pour faire la guerre à Dieu et détruire ses élus.

5.1.3. La délivrance de Juda (Juda et Benjamin): v. 1

Lorsque tout espoir est perdu à Jérusalem (És. 29 : 4), Dieu délivre ses élus sur la terre (le peuple de Daniel), ceux qui sont écrits dans le livre. Ils héritent du royaume qui leur est préparé dès la fondation du monde (Matt. 25:34). En contraste, les saints célestes ont été élus en Christ avant la fondation du monde (Éph. 1 : 4). Les deux tribus de Juda et de Benjamin (appelées Jacob, Jér. 30 : 7), coupables de la mort de leur Messie, ont traversé cette détresse, et un résidu en est délivré.

5.1.4. La délivrance d’Israël: v. 2

Mais Dieu n’oublie pas pour autant les dix autres tribus d’Israël (appelées Éphraïm) dispersées depuis longtemps parmi les nations (2 Rois. 17 : 6, 23). Leur retour dans la terre promise sera l’occasion du jugement des incrédules au milieu d’elles (Ézé. 20:38), tandis que les élus seront épargnés pour la bénédiction du règne (v. 2).

Il convient d’être très attentif aux expressions de l’Écriture. Le «réveil» de ceux qui «dorment dans la poussière» n’est pas une résurrection des corps d’hommes déjà morts. C’est une image de la résurrection nationale du peuple d’Israël qui retrouvera alors son identité collective perdue, selon la prophétie d’Ézéchiel 37:1-101. Israël étant à nouveau reconnu comme un peuple, Dieu opérera alors un jugement sélectif pour séparer les méchants (objet d’opprobre et d’une horreur éternelle) et les justes (qui ont la vie de Dieu, «la vie éternelle»). C’est une scène de jugement qui concerne Israël, sur laquelle peu de détails sont donnés. Elle est comparable à la moisson des nations (Matt. 13:30), et au jugement des vivants, qui la suivra, immédiatement avant le règne de Christ (Matt. 25 : 31-46). Il ne peut pas s’agir ici d’une résurrection des corps, car les deux résurrections corporelles (de vie et de jugement) ne sont pas simultanées; elles sont séparées par la durée du règne millénaire. Les fidèles en Israël jouiront pendant la période millénaire de la «vie éternelle», non pas comme les chrétiens, mais selon la révélation que Dieu fera de lui-même à son peuple dans cette dispensation (Ps. 133 : 3).

1 Les signes avant-coureurs de cet événement sont déjà visibles dans l’histoire contemporaine (la création de l’état d’Israël en 1948).

5.1.5. Les sages: v.3

Les sages avaient enseigné la justice à la multitude1. Leur service, déjà mentionné (11 : 33), s’accomplira de la part du Messie, le vrai serviteur de l’Éternel: «Par sa connaissance2, mon serviteur juste enseignera la justice à plusieurs» (És. 53 : 10).

1 Ce service est encore futur par rapport au temps où nous vivons.

2 La connaissance de Dieu. C’est la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ, la base de l’Évangile de la gloire de Christ (2 Cor. 4 : 4, 6).

Leur récompense future sera de briller comme la splendeur de l’étendue, et comme les étoiles (symbole d’une autorité subordonnée). Ainsi, Dieu revêtira de l’éclat de sa faveur ceux qui auront été fidèles pendant ce temps de rébellion et de détresse.

Une promesse comparable est faite aux justes dans la parabole de l’ivraie et du bon grain: «Alors, les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père» (Matt. 13 : 43). Les justes participent ainsi au bonheur du royaume céleste.

5.1.6. Une vision scellée: v. 4

Daniel reçoit instruction le cacher les paroles de cette prophétie, jusqu’à son accomplissement, qui est pour le «temps de la fin». Ce temps est caractérisé par l’instabilité des hommes et leur acharnement à vouloir tout sonder. N’est-il pas clair que nous y sommes maintenant arrivés? Pour nous, «le temps est proche», comme disait l’ange à l’apôtre Jean (Apoc. 22 : 10), de sorte que les prophéties de l’Apocalypse ne sont pas scellées pour nous; et, par grâce, le Saint Esprit mous permet en même temps de comprendre quelque chose des révélations confiées à Daniel. Que, par la parole prophétique, le Seigneur réveille nos cœurs à l’imminence de son retour, le terme de notre attente !

5.2. La vision des deux anges au bord du Tigre: v. 5-7

Daniel est au bord du Tigre, comme dans la vision précédente (10 : 4, 5). L’homme vêtu de lin, figure de Christ, domine maintenant le fleuve, tandis que deux autres personnages (des anges) se tiennent de part et d’autre.

La question est posée: «Jusques à quand la fin de ces merveilles?» Quelle devait donc être la durée de l’épreuve, de ce temps de détresse (v. 1)? Abrégée par la miséricorde de Dieu (Matt. 24 : 22), elle serait contenue dans la limite assignée de trois ans et demi (v. 7). L’homme vêtu de lin s’y engage solennellement par un serment au nom de «celui qui vit éternellement». La comparaison avec le serment de l’ange au sujet de l’avenir de la terre (Apoc. 10:5-7) montre bien que celui qui jure est plus qu’un homme: c’est Dieu lui-même.

Le fleuve est aussi un symbole des épreuves des chrétiens sur la terre. Comme Israël autrefois, nous perdons trop souvent de vue la grâce de Dieu, et rejetons alors «les eaux de Siloé qui vont doucement». Aussi, Dieu doit-il envoyer des épreuves: il fait monter contre nous «les eaux du fleuve, fortes et grosses» (És. 8:5-8). Mais, quelles que soient les raisons de l’épreuve, nous sommes assurés que Christ se tient au-dessus du fleuve, et que ses instruments (figurés par les personnages de chaque côté du fleuve) en contiennent aussi les «eaux» (v. 6, 7), à la fois la durée de l’épreuve et son intensité. Ainsi, l’Éternel disait-il déjà à Job, en parlant de la mer: «Tu viendras jusqu’ici, et tu n’iras pas plus loin, et ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots» (Job 38 : 11). Et l’apôtre Paul reprend la pensée pour encourager les Corinthiens (comme nous-mêmes) à ne pas douter de la fidélité de Dieu (1 Cor. 10 : 13).

Pour Israël («le peuple saint»), les souffrances achèveront de briser sa prétention. L’intervention de Dieu en délivrance marquera le terme de ces jours de douleur («toutes ces choses seront achevées»). Par les épreuves, Dieu veut aussi briser notre propre volonté et la force de la chair en nous, pour nous amener à ne compter que sur lui seul et à jouir de sa grâce

5.3. La fin des temps des nations. Repos et bénédiction pour Daniel: v. 8-13

Daniel, malgré son intelligence en toute vision (1:17), ne reçoit pas le message, et réitère sa question (v. 8). Les prophéties qu’il avait reçues ne le concernaient pas immédiatement et directement; c’était une partie du plan général divin administré pour d’autres, en fait pour nous (1 Pi. 1 : 10,12 ; 2 Pi. 1 : 19).

La réponse de Dieu au prophète est de toute beauté; elle transcende les circonstances pour montrer que Dieu poursuit un but, celui de faire du bien à la fin (Deut. 8 : 16).

5.3.1. Purifiés, blanchis et affinés: v. 10

Voici le travail de la grâce dans les cœurs de ceux qui traversent l’épreuve:

«Purifiés»: la purification de la conscience et du cœur s’opère par la foi en l’œuvre de Christ (Act. 15 : 9).

«Blanchis»: le croyant est aussi blanchi, délivré de la culpabilité du péché, pour être «revêtu des vêtements du salut… couvert de la robe de la justice» (És. 61 : 13), à l’image de Joshua (Zach. 3 : 4).

«Affinés»: Enfin, les croyants sont affinés, comme l’argent dans le creuset (Mal. 3:3).

Alors, l’Éternel prendra plaisir en eux, comme son trésor particulier (Mal. 3:17).

5.3.2. Les méchants et les sages

L’état des uns et des autres est désormais scellé (Apoc. 22:11):

voués à faire le mal, les méchants sont sourds et aveugles;

les sages, au contraire, recevront à ce moment une intelligence spirituelle particulière pour discerner les temps, à l’image des fils d’Issacar autrefois (1 Chr. 12:32).

5.3.3. Les trois dates de la délivrance

Toutes ces choses annoncées devaient être achevées après 1 260 jours (trois ans et demi) (v. 7). Mais, deux autres durées sont mentionnées: 1 290 jours (v. 11) et 1 335 jours pour atteindre le bonheur promis (v. 12).

La dernière demi-semaine (de 1 260 jours) se terminera bien par l’apparition de Christ à Jérusalem pour détruire l’Assyrien. Toutefois, une période supplémentaire sera nécessaire pour préparer le royaume de Christ (un mois et deux mois et demi). Peut-être ces délais sont-ils ajoutés à dessein pour suggérer l’accomplissement de la fête des tabernacles, la dernière fête à l’Éternel (Lév. 23 : 33-36 ; Deut. 16 :13-16). Ce sera le moment de la joie terrestre du royaume.

5.3.4. La part de Daniel

Daniel n’entre pas dans cette scène de joie millénaire. Son long et fidèle service est achevé, et le repos lui est désormais promis comme récompense de ses travaux.

Comme tous les croyants de l’A.T., il aura part, avec nous, à la première résurrection. Il entourera le trône de l’Agneau avec tous les rachetés célestes (Apoc. 5 : 8). Mais il sera aussi associé, avec les saints des lieux très-hauts, à la gloire du royaume du Fils de l’homme, celui que la vision lui avait présenté comme venant avec les nuées des cieux pour recevoir la domination éternelle (7 : 13, 14).

  1. Résumé du livre du prophète Daniel

Le livre du Prophète Daniel décrit les temps des nations (Luc 21 : 24) et leurs caractères moraux (ch. 1-6). Il présente ensuite l’histoire prophétique des quatre empires des nations et leurs relations avec le résidu juif (ch. 7-12). Dieu révèle ses secrets à Daniel, cet «homme bien-aimé» (10:11). Sa prophétie s’arrête à l’introduction du millénium.

6.1. Un résidu fidèle à Babylone

Daniel et trois jeunes Hébreux de race royale ont été amenés à la cour du roi de Babylone à l’occasion de la déportation de Juda. Dieu les y place pour qu’ils soient des témoins pour lui au milieu de la souffrance. Leur conduite montre ce que sont dans tous les temps les qualités morales d’un résidu fidèle à Dieu:

  1. L’obéissance à la Parole.
  2. L’humilité et la douceur d’esprit.
  3. La foi en Dieu, en face de l’épreuve.
  4. La séparation pratique du monde et du mal qui y règne, c’est-à- dire la position du nazaréen.
  5. L’intelligence spirituelle donnée par Dieu dans sa communion.
  6. La position de témoin (martyr) devant le monde, et la fidélité dans la souffrance.

La suite du récit fait ressortir enfin un dernier caractère:

  1. L’esprit de prière, en intercession et en reconnaissance (2 : 17-23).

6.2. Les temps des nations et leurs caractères moraux: Ch. 2-6

6.2.1. La vision de la statue (ch. 2)

Daniel interprète de la part de Dieu un rêve prémonitoire du roi Nebucadnetsar. Extraordinaire de dimension et de splendeur, la statue qu’il avait vue révélait la succession des quatre empires durant le cours des temps des nations (Chaldée, Mèdes et Perses, Grèce et Rome) ; le royaume éternel de Christ suivra.

6.2.2. Quatre tableaux historiques (ch. 3 à 6)

Ils complètent ensuite la portée de la vision pour montrer les caractères moraux et la conduite des empires (ou de leur chef).

6.2.2.1. L’idolâtrie et la statue d’or (ch. 3)

La puissance civile se sert de l’idolâtrie (la religion de Satan) pour soumettre les peuples et sceller l’unité politique des masses. La fournaise de feu est la part des témoins fidèles à Dieu; mais le roi doit reconnaître à la fin que leur Dieu est le seul digne d’être adoré.

6.2.2.2. La perte de conscience des relations avec Dieu (ch. 4)

Le chef de l’empire devient une bête. Non seulement, le pouvoir civil utilise la force et la violence aveugles des bêtes; mais ici, l’homme devant Dieu est ramené au rang d’un animal des champs (4:16) tourné vers la terre et privé de toutes les lumières d’en haut. Daniel interprète encore la vision du roi qui annonce son jugement. À l’issue de cette période de déchéance, Nebucadnetsar exalte Dieu comme le roi des cieux.

6.2.2.3. L’impiété (ch. 5)

Le festin de Belshatsar met le comble à l’iniquité et à l’impiété des nations. La profanation des instruments sacrés et le mépris du culte divin attirent le jugement, annoncé par une écriture d’origine divine tracée sur le mur de la salle du festin. Il est exécuté cette nuit même: Belshatsar meurt et le pouvoir sur les nations change de mains.

6.2.2.4. L’exaltation de l’homme (ch. 6)

Anticipant les prétentions de l’Antichrist, le chef de l’empire se fait Dieu, et se déclare seul qualifié pour recevoir des prières. La fidélité de Daniel le conduit dans la fosse aux lions, d’où Dieu le délivre. Et à la fin, Darius, comme ses prédécesseurs, doit reconnaître le Dieu de Daniel comme le seul Dieu, qui possède l’autorité suprême dans un royaume qui ne sera pas détruit.

6.3. L’histoire prophétique des quatre monarchies: Ch. 7-11

Cette troisième partie du livre contient les révélations prophétiques les plus importantes. Ce ne sont plus des scènes relatives aux chefs des empires, qui donnent l’occasion de messages divins interprétés par Daniel. Au contraire, Daniel reçoit maintenant directement de Dieu des révélations au sujet des nations; leur histoire est toujours présentée en rapport avec le peuple élu.

Le centre de la carte prophétique est Jérusalem et la terre d’Israël, autour desquelles Dieu avait disposé toutes les autres nations (Deut. 32 : 8). Les visions prophétiques des chapitres 7 à 11 couvrent toute la durée des temps des nations, jusqu’à l’introduction de la période millénaire.

La succession des quatre nations en occident : ch. 7

Les quatre nations sont maintenant symbolisées par des bêtes (violentes et méchantes). La plus effrayante est la quatrième (Rome); disparue après la venue et la mort de Christ, elle doit renaître pour faire la guerre au peuple de Dieu et à son Oint. Le jugement de son chef (la corne occidentale) précédera l’introduction du royaume de Christ sur la terre.

Les deuxième et troisième empires en rapport avec Israël en orient: ch. 8

Le royaume grec d’Alexandre a été déchiré en quatre parties après sa mort. Parmi ses quatre successeurs, deux dynasties (les Séleucides au nord et les Ptolémées au midi) jouent un rôle majeur dans l’histoire d’Israël. Un chef apparaît, Antiochus, sous le symbole d’une autre petite corne (surgie de l’orient). Il préfigure le chef futur de l’Assyrie, le roi du nord, le dernier ennemi d’Israël et de Christ.

La confession de Daniel et les révélerions divines sur Rome (ch. 9):

Daniel comprend par les Écritures (les prophéties de Jérémie) que l’exil du peuple de Dieu à Babylone touche à son terme. C’est l’occasion de sa touchante prière d’humiliation et de supplications (9:4-19); elle est un modèle de l’attitude de la foi au milieu de la ruine. Dieu lui répond par l’ange Gabriel. Daniel est un homme «bien-aimé» (9 : 24 ; 10 : 11, 19). À lui seul, Dieu révèle l’avenir des puissances occidentales (Rome en particulier), en rapport avec Israël et son Messie. La mort de Christ et la destruction de Jérusalem par les armées de Titus seront suivies d’une longue période de silence dans les voies de Dieu (la parenthèse de l’Église). La crise finale, d’une durée de sept ans (la dernière des soixante-dix semaines prophétiques), sera dénouée par la venue glorieuse de Christ: ce sera la fin des épreuves pour les élus et l’installation du royaume de justice et de paix.

Les rois du Nord et du Midi en orient (ch. 10, 11):

La prophétie revient en arrière pour annoncer l’histoire des nations en Orient, depuis le royaume grec d’Alexandre jusqu’à la fin. Auparavant, Daniel est préparé moralement à recevoir de telles révélations. À cette occasion, Dieu lève pour nous le voile qui cache le monde invisible, et le conflit qui s’y déroule entre les puissances du bien et du mal. Christ, dans ses attributs de jugement veille au bien des siens (de Daniel notamment), à travers la succession de tous les événements qui s’y déroulent (ch. 10).

La lutte est constante entre les rois du Nord et du Midi, et leur affrontement a pour enjeu «le pays de beauté» et Jérusalem. Antiochus Épiphane apparaît à nouveau (11 : 21 à 35), pour s’acharner contre le peuple de Dieu. Sa profanation du sanctuaire au temps des Macchabées (11 : 31), est l’image anticipée de «l’abomination de la désolation» que l’Antichrist (appelé ici le roi) placera dans le temple, comme le Seigneur l’avait annoncé à ses disciples (9 : 27 ; 12 : 11) (Matt. 24 : 15).

Le dernier tableau montre la conduite du roi du Nord (11:40-45), l’Assyrien de la fin, et son jugement par Christ.

6.4. La grande tribulation et la fin des temps des nations: Ch 12

Le temps de détresse extrême que doit connaître Juda avant sa délivrance sera limité en durée par les compassions de Dieu (v. 1) (Jér. 30:7; Matt. 24:21; Marc 13:19).

Mais Dieu ramènera aussi ses élus parmi les dix tribus d’Israël (encore dispersées parmi les nations) pour jouir du royaume (v. 2-4), tandis que les incrédules seront jugés.

Christ se tient au-dessus du fleuve de l’épreuve pour en contenir les flots par la puissance angélique. Les saints qui le traversent seront purifiés, blanchis et affinés.

La délivrance finale sera complète, et le bonheur est promis aux vainqueurs qui tiendront ferme jusqu’à la fin (v. 12, 13). Daniel, déjà compté parmi eux, pour avoir été fidèle à la cour de Babylone, goûtera le repos et la bénédiction du royaume céleste.

 

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, LETTRE DE SAINT PAUL AUX ROMAINS, LIVRE DU PROPHETE ISAÏE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 137

Dimanche 23 août 2020 : 21è dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

 

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

 

Psaume 

 

2ème lecture

 


LECTURE DU PROPHETE ISAÏE 22, 19-23

Parole du SEIGNEUR adressée à Shebna le gouverneur.
Je vais te chasser de ton poste,
t’expulser de ta place.
Et, ce jour-là, j’appellerai mon serviteur,
Eliakim, fils de Helcias.
Je le revêtirai de ta tunique,
je le ceindrai de ton écharpe,
je lui remettrai tes pouvoirs :
il sera un père pour les habitants de Jérusalem
et pour la maison de Juda.
Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David :
s’il ouvre, personne ne fermera,
s’il ferme, personne n’ouvrira.
Je le planterai comme une cheville dans un endroit solide ;
il sera un trône de gloire pour la maison de son père.


Aujourd’hui, on parlerait de remaniement ministériel. Nous sommes à la cour de Jérusalem sous le règne d’Ezéchias, c’est-à-dire vers 700 av.J.C. Ezéchias est le fils d’Achaz, c’est de lui que le prophète Isaïe avait annoncé la naissance en disant : « Voici que la jeune femme est enceinte et va enfanter un fils, elle lui donnera le nom d’Emmanuel » (Is 7, 14).
Shebna (dont il est question aujourd’hui) fut donc gouverneur du palais de Jérusalem au cours du règne d’Ezéchias (716 – 687). Le poste de gouverneur du palais était certainement important puisqu’il y avait un véritable rituel d’intronisation au moment de la nomination : on en devine des bribes à travers le texte d’aujourd’hui. En particulier, le gouverneur recevait une tunique et une écharpe qui étaient les insignes de sa fonction. Concrètement, parmi les attributions du gouverneur de Jérusalem, figurait le « pouvoir des clés ». Au moment de la remise solennelle des clés du palais royal, il recevait pleins pouvoirs sur les entrées au palais (et donc sur la possibilité d’être mis en présence du roi) et l’on disait sur lui la formule rituelle : « Je mets sur son épaule la clef de la maison de David : s’il ouvre, personne ne fermera, s’il ferme, personne n’ouvrira. » (Is 22, 22). C’était donc un symbole d’autorité sur le royaume et la marque d’une très grande confiance de la part du roi.
Mais Shebna s’est mal comporté : en relisant un peu plus largement le contexte qui entoure le passage retenu pour aujourd’hui, on s’aperçoit que le prophète Isaïe (de la part de Dieu, bien sûr), lui fait deux reproches. D’une part, il est de très mauvais conseil pour le roi : la confiance marquée par celui-ci l’autorisait très certainement à prendre position sur les affaires politiques ; et on devine que Shebna faisait partie du clan pro-égyptien.
Je m’explique : le père d’Ezéchias, le roi Achaz, avait dû accepter la tutelle de l’empire assyrien ; le prophète ne l’avait pas souhaitée mais il estimait que la faiblesse du royaume de Jérusalem interdisait toute révolte. Ezéchias, au contraire, tout au long de son règne, cherchera à recouvrer son indépendance, quitte à s’allier avec l’Egypte. Mais cela lui coûtera très cher, à lui et à son peuple ; car chaque tentative de révolte contre le suzerain assyrien, chaque marque d’insoumission est durement réprimée. En 701, effectivement, l’empereur assyrien Sennachérib envahit toute la région, mata très durement les insoumis, annexa purement et simplement la plupart des villes qui composaient le royaume de Jérusalem, aggrava considérablement les conditions financières de sa tutelle et Ezéchias fut bien obligé de se soumettre définitivement.
Les conseils d’alliance avec l’Egypte prodigués par Shebna à Ezéchias étaient donc fort mal inspirés. C’est le premier reproche que lui faisait Isaïe. Il y en avait visiblement un second ; toujours entre les lignes, on devine que Shebna se préoccupait de ses propres intérêts et non de ceux du peuple de Dieu. Or, il lui avait été clairement précisé le jour de sa prise de fonction qu’il devait être « un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda ».
La décision du prophète Isaïe est donc prise : il annonce à Shebna sa destitution et son remplacement par un nouveau gouverneur du palais, Elyakim, un véritable serviteur du peuple. Dans les versets qui précèdent notre texte d’aujourd’hui, Isaïe n’y va pas par quatre chemins : « Le SEIGNEUR va te secouer, beau sire, il va t’empaqueter, t’envoyer rouler comme une boule vers un pays aux vastes étendues (l’Egypte). C’est là-bas que tu mourras, là-bas avec les chars qui font ta gloire et le déshonneur de la maison de ton maître. » (Is 22, 17-18). (Les chars, « déshonneur d’Ezéchias », sont une allusion à la politique pro-égyptienne prônée par Shebna, à la fureur d’Isaïe). En réalité, il semble que Shebna ait échappé à de trop rudes sanctions puisqu’on le retrouvera quelque temps plus tard comme secrétaire du roi aux côtés du nouveau gouverneur, Elyakim.
Ce texte a probablement été composé pour nous délivrer plusieurs messages :
Premièrement, on peut s’étonner que la Bible, livre dans lequel nous cherchons fondamentalement un langage théologique, une révélation sur Dieu, se complaise à tant de récits historiques, plus ou moins touffus d’ailleurs et aux intrigues de palais, dont celle de Shevna et Eliakim par exemple. Première leçon, Dieu n’est pas à chercher ailleurs que dans le creux même de notre vie ; et rien dans nos vies n’est trop insignifiant à ses yeux ; il se révèle au jour le jour dans notre histoire. C’est là qu’il nous faut apprendre à lire sa présence et son action.
Deuxièmement, nous découvrons le rôle des prophètes : tout d’abord, on devine que le roi était assez docile à ses conseils pour qu’Isaïe puisse se permettre d’intervenir dans les histoires du palais. Et on ne peut qu’admirer la véhémence du prophète, tout occupé, lui, des véritables intérêts du peuple de Dieu. C’est peut-être l’une des caractéristiques d’un véritable prophète.
Troisièmement, la grande, l’unique préoccupation de Dieu et qui doit être celle de ses serviteurs est le service du peuple : dans la Bible, on ne manque jamais une occasion de rappeler aux responsables que la seule raison d’être de tout pouvoir (celui du roi ou du gouverneur) est l’intérêt du peuple. A tel point que, dès que l’avenir de son peuple est gravement en jeu, Dieu intervient ! Ici, par exemple, Dieu ne laissera pas son roi privé trop longtemps des collaborations indispensables. Et Dieu s’engage à ses côtés pour cette mission : « Je le rendrai stable comme un piquet qu’on enfonce dans un sol ferme ; il sera comme un trône de gloire pour la maison de son père. »
Dernière remarque : pour les auteurs du Nouveau Testament, il ne fait pas de doute que Jésus-Christ est le vrai maître des clés ; (c’est lui qui, réellement, nous « met en présence du Roi » !) L’Apocalypse, en particulier, en parle à plusieurs reprises ; dans la lettre à Philadelphie, par exemple : « Ainsi parle le Saint, le Véritable, qui tient la clé de David, qui ouvre et nul ne fermera, qui ferme et nul ne peut ouvrir. » (Ap 3, 7). L’auteur de l’Apocalypse, ici, a littéralement décalqué la phrase rituelle de l’Ancien Testament.
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Complément
Sur le pouvoir des clés : on lit une autre allusion au pouvoir des clés détenu par le Ressuscité dans la grande vision du premier chapitre de l’Apocalypse : « Je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant ; je suis mort, et voici, je suis vivant pour les siècles des siècles, et je tiens les clés de la mort et de l’Hadès » (Ap 1, 18). C’est bien Jésus, triomphant de la mort, qui est annoncé là : l’image des clés ici nous suggère qu’il a pouvoir d’enfermer les puissances de mort. Ce pouvoir d’ouvrir et de fermer n’a donc rien d’inquiétant : de toute évidence, après tous les siècles de découverte du Dieu d’amour et de pardon, nous savons bien que Jésus ne fermera jamais la porte à l’un de ses frères ; sa phrase « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » est là pour en témoigner. En revanche, c’est au mal qu’il ferme la porte. (cf également Mt 16, 19 ; l’évangile de ce jour).


  PSAUME 137-138

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble.
de loin, il reconnaît l’orgueilleux.
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

 

 

Ce psaume est très court, puisque nous venons de l’entendre presque en entier, mais chacun de ses vers, chacun de ses mots est chargé de toute une histoire ; cette histoire, toujours la même, bien sûr, que nous retrouvons dans tous les psaumes, celle de l’Alliance entre Dieu et Israël. C’est Israël qui a été le peuple choisi par Dieu pour être son confident, son prophète.
Confident de Dieu il a eu cette révélation que Dieu est Amour ; prophète de Dieu, il est chargé de le dire au monde entier. C’est, je crois, exactement le sens de ce psaume 137. Encore une fois c’est Israël tout entier qui parle : le « je » est un sujet collectif comme dans tous les psaumes.
Je le reprends tout simplement dans l’ordre : et vous verrez qu’il est moins limpide qu’il ne paraît ; d’autant plus que la traduction ne simplifie pas toujours les choses. Notre liturgie a choisi le texte grec, mais le psaume a été originellement écrit en hébreu, il ne faut pas l’oublier. Or le texte primitif hébreu et sa traduction en grec sont par moments assez différents.
Comme un certain nombre de psaumes, celui-ci commence par les deux mots « de David » qui ne nous ont pas été répétés et pour cause parce que personne ne sait très bien ce qu’ils veulent dire au juste ; je crois qu’on pourrait traduire « à la manière de David ». En tout cas, il y a fort peu de chances que ce psaume ait été composé par David, mais que David ait eu le coeur plein d’action de grâce, c’est certain.
Je reprends le premier verset : « De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce » : le texte hébreu ne dit pas la raison de cette action de grâce, sans doute est-elle évidente ; mais le texte grec explicite : « Je te rends grâce car tu as entendu les paroles de ma bouche ». N’est-ce pas justement la caractéristique du croyant que d’être assuré en toutes circonstances que Dieu entend ses cris ? Pour le peuple d’Israël, c’est une conviction bien ancrée depuis l’épisode du buisson ardent. Ce jour-là, Dieu avait dit à Moïse : « Oui, vraiment, j’ai vu la souffrance de mon peuple en Egypte, je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. » (Ex 3, 7). Dieu sait, Dieu entend, Dieu connaît nos difficultés, nos souffrances et il nous donne la force de tenir debout, de ne pas nous laisser submerger par le mal. « Si haut que soit le SEIGNEUR, il voit le plus humble » avons-nous entendu dans ce psaume. Beaucoup plus tard, Ben Sirac le Sage écrira : « La prière du pauvre traverse les nuées » (35, 21). Sous-entendu, elle atteint Dieu. Et, plus tard encore, un autre fils d’Israël dira : « Je sais, Père, que tu m’exauces toujours » ; vous avez reconnu la prière de Jésus lorsqu’il se rendit devant le tombeau de Lazare (Jn 11).
Je continue le psaume : « Je te chante en présence des anges » : là encore une difficulté, ou au moins une différence entre les deux textes hébreu et grec : le mot traduit ici par « anges » était en hébreu « Elohim » qui veut dire « les dieux » ; voilà donc deux formulations franchement différentes ! Dans ces cas-là, il ne faut pas jouer une traduction contre l’autre : les deux sont inspirées, les deux doivent nous inspirer ; « Je te chante en présence des anges », c’est la phrase du croyant déjà transporté dans la liturgie céleste où les serviteurs de Dieu chantent sans fin « Saint, Saint, Saint le SEIGNEUR Dieu de l’univers ». (Vous avez reconnu là le chant des séraphins au cours de la grande vision d’Isaïe qui détermina sa vocation ; Is 6, 3). L’autre traduction possible, « Je te chante devant les Elohîm », est la profession de foi d’Israël : Dieu seul est Dieu, les Elohîm, c’est-à-dire les idoles, les dieux des autres peuples ne sont que néant.
Et si vous avez la curiosité de poursuivre la recherche, vous verrez que le texte syriaque (araméen), lui, a traduit « rois », ce qui veut dire encore autre chose : « je te chante en présence des rois », cette fois c’est l’engagement missionnaire qui est dit : Israël n’oublie pas sa vocation de témoin au milieu des nations. Tous ces sens s’ajoutent les uns aux autres car cette parole de Dieu est vivante dans le coeur de ceux qui la scrutent de génération en génération.
« Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité » : l’expression « ton amour et ta vérité » est l’une des formules préférées pour rappeler l’Alliance de Dieu et son oeuvre en faveur de son peuple ; voilà encore un écho de l’événement de l’Exode, car c’est la définition que Dieu a donnée de lui-même à Moïse au Sinaï : « (Je suis) le SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». (Ex 34, 6). Cette expression « amour et vérité » est devenue très habituelle dans la religion juive. Elle rappelle à tous la fidélité absolue de Dieu à l’Alliance qu’il a lui-même proposée à son peuple au Sinaï.
A la fin du psaume, nous retrouverons ce thème de l’amour de Dieu : « éternel est ton amour » ; c’est encore une autre manière de dire la fidélité de Dieu. On retrouve cette formule dans plusieurs psaumes, en particulier, c’est le refrain du psaume 135 (136).
Et le psaume se termine par une demande : « n’arrête pas l’oeuvre de tes mains », ce qui veut dire « continue malgré nos infidélités répétées » ; il faut lire ensemble les deux phrases « SEIGNEUR, éternel est ton amour : n’arrête pas l’oeuvre de tes mains. » C’est parce que l’amour de Dieu est éternel que nous savons qu’il n’arrêtera pas « l’oeuvre de ses mains ».


 DEUXIEME LECTURE : LETTRE DE SAINT PAUL AUX ROMAINS 11, 33-36

33 Quelle profondeur dans la richesse,
la sagesse et la connaissance de Dieu !
Ses décisions sont insondables,
ses chemins sont impénétrables !
34 Qui a connu la pensée du Seigneur ?
Qui a été son conseiller ?
35 Qui lui a donné en premier
et mériterait de recevoir en retour ?
36 Car tout est de lui, et par lui, et pour lui.
A lui la gloire pour l’éternité ! Amen.


Ces lignes clôturent une méditation de Paul sur une situation historique et religieuse à proprement parler bouleversante : depuis plusieurs siècles, le peuple d’Israël se savait et se sentait messager du seul et unique vrai Dieu dans un monde où l’idolâtrie apparaissait comme la relation normale entre l’homme et le divin. Toute l’histoire de ce peuple était celle de l’Alliance que Dieu avait scellée avec lui au cours des événements de l’Exode : d’une troupe de fuyards évadés de l’Egypte, pays de leur servitude, Dieu avait fait un peuple libre ; il lui avait donné des règles de vie, et lui avait promis une fidélité sans faille et un avenir resplendissant : « Interroge donc les jours du début, ceux d’avant toi, depuis le jour où Dieu créa l’humanité sur la terre… Est-il rien arrivé d’aussi grand ?… Est-il arrivé à un peuple d’entendre comme toi la voix d’un dieu parlant du milieu du feu et de rester en vie ?… A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le Seigneur qui est Dieu ; il n’y en a pas d’autre que lui. » (Dt 4, 32… 35).
Les prophètes avaient de siècle en siècle, et surtout aux pires moments, rappelé à Israël qu’il était le peuple élu et qu’il pouvait compter sur la solidité du pacte que Dieu avait fait avec lui et sur le lumineux avenir qu’il lui avait promis : « Je t’ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu’aux extrémités de la terre. » (Is 49, 6).
Et voilà que tout avait basculé : la naissance de la communauté chrétienne a représenté pour Israël un déchirement de toutes les certitudes : au sein même du peuple juif et émanant de lui est né un nouveau groupe de croyants, les fidèles de Jésus ; Paul est l’un d’eux : il est à la charnière de ces deux communautés, la juive et la chrétienne ; lui-même au début a ressenti comme une trahison de la cause juive la fidélité des disciples de Jésus à leur maître ; devenu Chrétien à son tour, il éprouve au plus profond de son coeur un nouveau déchirement. Nous avons lu depuis deux dimanches la souffrance qu’il éprouve et les questions qu’il se pose : le peuple élu va-t-il être écarté ? L’Alliance entre Dieu et Israël peut-elle être rompue au bénéfice d’un autre peuple ?
Pour méditer sur ce problème, Paul, en bon Juif qu’il est toujours, fait appel à toutes les ressources de l’Ecriture, ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament. Il y trouve plusieurs motifs d’espérance.
Tout d’abord, Dieu est fidèle à son Alliance, aucun Juif ne saurait en douter. Comme dit le livre du Deutéronome, « Si le SEIGNEUR vous a libérés, c’est que le SEIGNEUR vous aime et tient le serment fait à vos pères. » (Dt 7, 8). Le « Dieu d’amour et de vérité » (au sens de fidélité) tel qu’il s’est révélé lui-même ne saurait se renier. Les prophètes avaient été jusqu’à comparer cette alliance entre Dieu et son peuple à un lien d’amour tel que celui des fiançailles ou du mariage. Dans un moment de grande infidélité du peuple, Osée affirmait que Dieu déployait toutes les ressources de son amour pour ramener la fiancée infidèle : « C’est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur… Là elle répondra comme au temps de sa jeunesse. » (Osée 2, 16-7). Et vous vous souvenez des promesses du prophète Isaïe qui comparait l’amour de Dieu pour Israël à celui d’un époux qu’aucune infidélité ne peut lasser : nous les avions lues à propos de cette même lettre aux Romains, pour le dix-neuvième dimanche (Is 54, 6-7. 10). Par exemple : « Mon Alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEIGNEUR. » (Is 54, 10). C’est pour cela que Paul a pu affirmer un peu plus tôt : « Les dons de Dieu et son appel sont sans repentance » (Rm 11, 29). C’était notre lecture de dimanche dernier.
Deuxième motif d’espérance, Dieu sait tirer le bien de tous les événements, même du mal. Paul l’a affirmé un peu plus haut, dans cette même lettre aux Romains (Rm 8, 28) : « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » (c’est-à-dire de ceux qui lui font confiance) ; et ce peuple continue à croire en Dieu, Paul en est sûr. Dans un premier temps, c’est le refus des Juifs devant l’évangile qui est devenu, grâce à Dieu, la chance des païens qui ont été accueillis dans l’Eglise du Christ. Seul un petit nombre de Juifs, un Reste d’Israël, pour parler comme l’Ancien Testament, y est entré aussi. Dans un deuxième temps, c’est ce Reste d’Israël qui sauvera l’ensemble du peuple qui n’a jamais cessé d’être le peuple de l’Alliance.
Comment cela se fera-t-il ? Paul n’en sait rien, mais cet avenir lui apparaît absolument certain. Devant cette certitude, il tombe en admiration : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! » Humblement, il retrouve les versets des contemplatifs de l’Ancien Testament : l’auteur du psaume 138/139, par exemple, qui chantait : « Mystérieuse connaissance qui me dépasse, si haute que je ne puis l’atteindre… Dieu, que tes projets sont difficiles pour moi ! » (Ps 138/139, 6. 17). Ou le livre de la Sagesse : « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! » (Sg 17, 1).
Quand il s’exclame : « Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ? », il cite en fait les propos du prophète Isaïe : « Qui a mesuré l’Esprit du SEIGNEUR ?… De qui donc a-t-il pris conseil qui puisse l’éclairer, lui enseigner la voie du jugement, lui enseigner la science et lui indiquer le chemin de l’intelligence ? » (Is 40, 13-14 1). Et c’est au livre de Job encore qu’il emprunte un autre verset : « Qui lui a donné en premier et mériterait de recevoir en retour ? » (Jb 41, 3).
Rappel salutaire pour les Chrétiens auxquels il s’adresse, qui sont majoritairement de culture grecque et donc amoureux de la philosophie : elle était à leurs yeux la plus haute vertu. Manière aussi de ramener ses lecteurs à une saine humilité : les Juifs les précèdent sur le chemin de la Sagesse. La découverte de la Sagesse de Dieu, c’est à Israël que les Chrétiens la doivent. Et dans cette foi même qu’il a héritée du Judaïsme, Paul ne perd pas espoir : les desseins de Dieu sont impénétrables : il saura sauver son Alliance.
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Note
1 – Paul cite les paroles d’Isaïe non pas d’après l’original hébreu (d’où la différence avec nos traductions d’Isaïe) mais d’après la traduction grecque, la Septante.
Complément
La doxologie qui termine chacune de nos prières eucharistiques « Par lui, avec lui et en lui tout honneur et toute gloire » ressemble à la finale du texte de Paul (verset 36).


 

EVANGILE – SELON MATTHIEU 16, 13-20

 En ce temps-là,
13 Jésus, arrivé dans la région de Césarée de Philippe,
demandait à ses disciples :
« Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
14 Ils répondirent :
« Pour les uns, Jean le Baptiste ;
pour d’autres, Elie ;
pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
15 Jésus leur demanda :
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
16 Alors Simon-Pierre prit la parole et dit :
« Tu es le Christ,
le Fils du Dieu vivant ! »
17 Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit :
« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas :
ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela,
mais mon Père qui est aux cieux.
18 Et moi, je te le déclare :
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ;
et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux :
tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux,
et tout ce que tu auras délié sur la terre
sera délié dans les cieux. »
20 Alors, il ordonna aux disciples
de ne dire à personne que c’était lui le Christ.

Très certainement, aux yeux de Matthieu, cet épisode de Césarée constitue un tournant dans la vie de Jésus ; car c’est juste après ce récit qu’il ajoute « A partir de ce moment, Jésus Christ commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des Anciens, des Grands Prêtres et des scribes, être mis à mort et, le troisième jour, ressusciter. » L’expression « A partir de ce moment » veut bien dire qu’une étape est franchie.
Une étape est franchie, certainement, mais en même temps, et c’est ce qui est le plus surprenant dans ce passage, rien n’est dit de neuf ! Jésus s’attribue le titre de Fils de l’homme, ce qu’il a déjà fait neuf fois dans l’évangile de Matthieu ; et Pierre lui attribue celui de Fils de Dieu, et il n’est pas non plus le premier à le faire !
Premier titre, le « Fils de l’homme » : une expression sortie tout droit du livre de Daniel, au chapitre 7 : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur les nuées du ciel venait comme un Fils d’homme ; il arriva jusqu’au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. » (Dn 7, 13-14). Quelques versets plus loin, Daniel précise que ce Fils d’homme n’est pas un individu solitaire, mais un peuple : « Les Saints du Très-Haut recevront la royauté, et ils posséderont la royauté pour toujours et à tout jamais… La royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu’il y a sous tous les cieux, elles ont été données au peuple des Saints du Très-Haut : sa royauté est une royauté éternelle ; toutes les souverainetés le serviront et lui obéiront. » (Dn 7, 18. 27). Quand Jésus s’applique à lui-même ce titre de Fils de l’homme, il se présente donc comme celui qui prend la tête du peuple de Dieu.
Le deuxième titre qui lui est donné ici, c’est celui de « Fils de Dieu ». En langage du temps, c’était exactement synonyme de « Messie-Roi ». Vous vous rappelez qu’à la fin de l’épisode de la marche sur les eaux, ceux qui étaient dans la barque s’étaient prosternés devant Jésus et lui avaient dit : « Vraiment, tu es Fils de Dieu. » Ce jour-là, les disciples ne se sont pas trompés sur le titre ; ils ont bien deviné la véritable identité de Jésus, mais cela ne veut pas dire qu’ils ont parfaitement compris la mission de ce Messie : c’est la puissance de Jésus sur la mer qui les a impressionnés. Il leur reste toute une étape à franchir pour découvrir qui est réellement Jésus.
A Césarée, ce qui est nouveau, c’est que Pierre ne dit pas cela devant une manifestation de puissance de Jésus : au contraire, dans les versets qui précèdent la profession de foi de Pierre, Jésus vient de refuser de donner un signe convaincant aux Pharisiens et aux Sadducéens qui le lui demandaient. Maintenant, une étape est franchie, Pierre est en marche vers la foi. « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela (c’est-à-dire tu ne l’as pas trouvé tout seul), mais mon Père qui est aux cieux. »
Ce qui est nouveau aussi, à Césarée, ce n’est pas l’usage de l’un ou l’autre des deux titres de Jésus, c’est leur jonction. « Qui est le fils de l’homme ? » demande Jésus et Pierre répond « Il est le Fils de Dieu ». Jésus fera le même rapprochement au moment de son interrogatoire par le Grand Prêtre : celui-ci lui demande « Je t’adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es toi, le Messie, le Fils de Dieu. » Et Jésus répond : « Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. » (Mt 26, 63). Jésus parle bien de puissance, mais à ce moment précis, bien sûr, on ne peut plus se tromper : Dieu se révèle non comme un Dieu de puissance et de majesté, mais comme l’amour livré aux mains des hommes.
Dès que Pierre a découvert qui est Jésus, celui-ci aussitôt l’envoie en mission pour l’Eglise : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » ; cette Eglise qui sera son corps et constituera avec lui le Christ total, le peuple des saints du Très-Haut dont parlait le prophète Daniel. Et sur quoi le Christ construit-il son Eglise ? Sur la personne d’un homme dont la seule vertu est d’avoir écouté ce que le Père lui a révélé. Cela veut bien dire que le seul pilier de l’Eglise, c’est la foi en Jésus-Christ.
Et Jésus ajoute : « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » : c’est ce que l’on appelle « le pouvoir des clés ». Cela ne veut pas dire que Pierre et ses successeurs sont désormais tout-puissants ! Cela veut dire que Dieu promet de s’engager auprès d’eux. Pour nous, il nous faut et il nous suffit d’être en communion avec notre Eglise pour être en communion avec Dieu. Si l’on se souvient de la première lecture, cela veut dire aussi que la mission de l’Eglise est d’introduire les hommes auprès du Père.
Dernier motif pour nous rassurer : Jésus dit « JE bâtirai mon Eglise » : c’est lui, Jésus, qui bâtit son Eglise. Nous ne sommes pas chargés de bâtir son Eglise, mais simplement, d’écouter ce que le Dieu vivant veut bien nous révéler. Et, parce que c’est le Christ ressuscité, Fils du Dieu vivant, qui bâtit, nous pouvons en être certains, « La puissance de la mort ne l’emportera pas ».

ANCIEN TESTAMENT, CREATION, CRETATION, GENESE, LIVRE DE LA GENESE, PREMIERS RECITS DE LA CREATION, STEPHANIE ANTHONIOZ

Premiers récits de la création par Stéphanie Anthonioz

Premiers récits de la création 

Stéphanie Anthonioz

Paris, Le Cerf, 2020. 469 pages.

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Présentation de l’éditeur

Sumer, Babylone, l’Égypte, la Perse, la Bible : voici, examinés l’un après l’autre, les grands récits de la création du monde qu’ont engendrés les premières civilisations de l’écriture. Un voyage fascinant aux sources de nos représentations du monde.

 

Chaque civilisation possède son grand récit de la Création. Égyptiens, Babyloniens, Sumériens, Hébreux, chrétiens même : depuis des millénaires, chaque époque réécrit l’histoire de sa naissance. Jamais pourtant on avait réussi à réunir en un volume ces incroyables cosmogonies, à les commenter toutes, à les comparer : c’est le tour de force de Stéphanie Anthonioz, qui offre de surcroît une traduction moderne à ces textes fondateurs.
Plongeant dans les différentes traditions de l’Orient ancien et du bassin méditerranéen, Stéphanie Anthonioz révèle avec clarté et vigueur la grande diversité des mythes originaux, dévoile les influences entre cultures voisines, explicite les passages qui peuvent sembler obscurs, pour le plus grand bonheur du lecteur. À une époque où les collapsologues parient sur la prochaine fin du monde, son enquête sur les débuts de l’humanité, savoureuse et pleine d’érudition, donne à penser et à rêver.

 

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BIBLE : Des cosmogonies au récit biblique de la Création

Recension par le Journal LA CROIX

La Création du monde est une des grandes énigmes de l’humanité. Une énigme qu’il faut bien admettre inextricable, tant l’instant initial échappe au témoignage direct. Cela n’a pas empêché les grandes civilisations d’imaginer, pour lui donner corps et sens, le scénario de leurs origines, véritable miroir de leur rapport au monde. Autant dire que la diversité des récits éclaire la richesse des expériences.

Diversité narrative

Dans cet essai, la bibliste Stéphanie Anthonioz s’appuie sur cette diversité narrative, qu’elle met en parallèle et en contexte, afin de saisir les évolutions dans l’histoire de ce questionnement inlassable. Cosmogonies égyptiennes, mésopotamiennes, anatoliennes, ougaritiques, grecques et perses offrent différents modèles qui lui permettent d’appréhender les récits bibliques pour eux-mêmes et dans le concert des créations. Rédigés sur une longue période, ces récits ne se réduisent pas, bien au contraire, au premier chapitre de la Genèse, et son récit d’une création en 7 jours. Cette somme théologique, élaborée par le Temple de Jérusalem au retour de l’Exil et marquée par la cosmogonie babylonienne, est d’ailleurs aussitôt complétée par une conception yahviste parallèle. En réalité, à l’époque monarchique, le Dieu biblique n’était pas encore défini comme un Dieu créateur du ciel et de la terre, mais seulement une divinité associée au monde terrestre et à l’humanité. C’est à la période perse, ainsi qu’en témoigne en particulier le Deutéro-Isaïe, que Yhwh, au contact du mazdéisme, deviendra le Créateur universel.

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/bible-des-cosmogonies-au-recit-biblique-de-la-creation/2020/08/10/

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON MATTHIEU, LETTRE DE SAINT PAUL AUX ROMAINS, LIVRE D'ISAÎE, LIVRE D'ISAÏE, LIVRE D'SAÏE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 66

Dimanche 16 août 2020 : 20è dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 16 août 2020 :

20ème dimanche du Temps Ordinaire

Cananeenne

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Livre du prophète Isaïe 56, 1. 6 – 7

1 Ainsi parle le SEIGNEUR.
Observez le droit,
pratiquez la justice.
Car mon salut approche, il vient,
et ma justice va se révéler.
6 Les étrangers qui se sont attachés au SEIGNEUR
pour l’honorer, pour aimer son nom
pour devenir ses serviteurs,
tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner
et tiennent fermement à mon alliance,
7 je les conduirai à ma montagne sainte.
Je les comblerai de joie dans ma maison de prière,
leurs holocaustes et leurs sacrifices
seront agréés sur mon autel,
car ma maison s’appellera
« Maison de prière pour tous les peuples. »

Il est intéressant de voir à quel point les lectures de ce dimanche se rejoignent : la question, au fond, est toujours la même : jusqu’où nos communautés doivent-elles accepter de s’ouvrir aux étrangers ? Ce qui revient à nous demander si Dieu a des préférences ou s’il aime tous les hommes ?
Evidemment, entre la prédication d’Isaïe (notre première lecture), la lettre de Paul aux chrétiens de Rome et l’évangile de Matthieu, le contexte historique et les circonstances concrètes sont bien différents, mais l’annonce de la miséricorde de Dieu résonne avec la même intensité.
Commençons par Isaïe : il s’agit ici de celui que l’on appelle habituellement le « Troisième Isaïe » ; l’auteur écrit dans les premières décennies qui ont suivi l’Exil, donc à la fin du sixième siècle, vraisemblablement, ou au début du cinquième. Nous avons eu souvent l’occasion de voir que la réadaptation n’a pas été simple ; au bout de cinquante ans d’absence, on ne retrouve pas tout comme on l’a laissé ; et comment faire pour cohabiter avec les étrangers qui ont occupé la place entre temps ? Problème plus épineux encore : parmi ces étrangers qui s’étaient installés à Jérusalem à la faveur de l’Exil, il y avait des nouveaux pratiquants, si l’on peut dire ; pendant l’Exil, ils étaient venus dans les synagogues : fallait-il continuer à les accueillir ? La question était justifiée car, jusqu’ici, la doctrine de l’élection marquait une nette séparation entre le peuple élu et les autres. Or, par leur naissance, les étrangers ne font pas partie du peuple élu et donc de la religion juive. Les plus scrupuleux parmi ceux qui rentraient pouvaient bien avoir une tendance à l’élitisme ou à l’exclusive, dans un souci de fidélité. D’autres Juifs étaient partisans d’une ouverture à certaines conditions.
Réciproquement, les étrangers qui frappaient à la porte des synagogues s’inquiétaient du retour des exilés et ils ne craignaient qu’une chose maintenant, c’est d’être mis dehors par ceux qui revenaient d’Exil. Ils se disaient entre eux : « le SEIGNEUR va certainement me séparer de son peuple. » (sous-entendu, on va m’exclure).
Il y avait donc deux camps dans le peuple juif, en quelque sorte : les tenants de l’ouverture aux étrangers et les tenants de la ligne dure, on dirait aujourd’hui « identitaire ». Des deux côtés, probablement, on est venu trouver le prophète ; et celui-ci édicte donc ici de la part de Dieu une règle pratique ; elle n’est probablement pas du goût de tout le monde, puisqu’il prend bien soin de faire précéder son texte de la mention « Ainsi parle le SEIGNEUR » et il ira jusqu’à la répéter trois fois dans la formulation de la décision, dont nous ne lisons qu’un extrait ici ; effectivement, la décision qu’il prône est celle de l’ouverture : ceux qui veulent de bonne foi entrer dans la communauté juive, acceptez-les. Dans les lignes précédentes, on peut lire : « Qu’il n’aille pas dire, le fils de l’étranger qui s’est attaché au SEIGNEUR, qu’il n’aille pas dire le SEIGNEUR va certainement me séparer de son peuple ! »
Et, dans notre texte d’aujourd’hui, il développe : « Les étrangers qui se sont attachés au service du SEIGNEUR pour l’amour de son nom et sont devenus ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et s’attachent fermement à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte. Je les rendrai heureux dans ma maison de prière, je ferai bon accueil, sur mon autel, à leurs holocaustes et à leurs sacrifices. » (6-7) 1.
Au passage, le prophète a quand même clairement indiqué les conditions de l’ouverture : garder les sabbats, pratiquer l’alliance, faire ce qui plaît au Seigneur. Mais l’ouverture est bel et bien là et marque une étape très importante dans la découverte de l’universalisme du projet de Dieu.
L’insistance sur la pratique du sabbat « sans le profaner » est très révélatrice : pendant l’exil, la pratique du sabbat a été un élément très important de la sauvegarde de la vie communautaire et de l’identité juive. Il ne faudrait pas qu’une trop grande ouverture entraîne une perte d’identité ; toutes les religions se heurtent à la difficulté de conjuguer ouverture et maintien des traditions, tolérance et fidélité.
Le prophète n’en reste pas là ; au-delà de la règle pratique, il ouvre sur une annonce prophétique du projet de Dieu, ou plutôt, il replace la règle pratique dans la perspective du projet de Dieu : « Ainsi parle le SEIGNEUR. Observez le droit, pratiquez la justice. Car mon salut approche, il vient, et ma justice va se révéler. » L’annonce de la venue prochaine du salut de Dieu remplissait déjà les chapitres précédents (du Deuxième Isaïe), ainsi que la condition de l’accueil du salut de Dieu : « Observez le droit, pratiquez la justice. » Déjà aussi, on mentionnait les peuples étrangers, les « nations », mais il semble bien qu’ils n’étaient encore que témoins de l’oeuvre de Dieu en faveur du peuple élu. Je vous lis quelques phrases du Deuxième Isaïe : « Alors la gloire du SEIGNEUR sera dévoilée et tous les êtres de chair ensemble verront que la bouche du SEIGNEUR a parlé. » (Is 40, 5) ; « Ma justice, je la rends proche, elle n’est plus éloignée et mon salut ne sera plus retardé ; je donnerai en Sion le salut, à Israël je donnerai ma splendeur. » (Is 46, 13) ; « Elle est proche ma justice ; il sort mon salut, et mes bras vont juger les peuples ; les îles mettront leur espérance en moi et seront dans l’attente de mon bras. » (Is 51, 5-8).
Avec le texte d’aujourd’hui, semble-t-il, un pas est franchi : quiconque observe le droit et pratique la justice (v. 1) est désormais admis dans la Maison de Dieu. Voici le texte du verset 2 que la liturgie ne nous fait pas lire ce dimanche : « Heureux l’homme (c’est-à-dire tout homme) qui fait cela, le fils d’Adam qui s’y tient, gardant le sabbat sans le déshonorer, gardant sa main de faire aucun mal. » Et le prophète conclut « Car ma maison s’appellera Maison de prière pour tous les peuples. »
——————————
Note
1 – Ces étrangers qui se sont intégrés complètement à la religion juive au point d’en adopter toutes les pratiques, on les appellera plus tard les « prosélytes ».

 

PSAUME – 66 (67), 2-8

Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ;
qu’ils te rendent grâce tous ensemble !

2 Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous :
3 et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut parmi toutes les nations.

5 Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

7 La terre a donné son fruit :
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
8 Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

Dans la liturgie juive, ce psaume se présente comme une alternance : les phrases des prêtres sont les strophes que nous avons lues ; et l’assemblée reprend en refrain le verset du début : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! »
Essayons d’imaginer le cadre : nous assistons à une grande célébration au Temple de Jérusalem : à la fin de la cérémonie, les prêtres bénissent l’assemblée. Et le peuple répond : « que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! » C’est pour cela que ce psaume se présente comme une alternance : les phrases des prêtres et les réponses de l’Assemblée un peu comme des refrains. Les phrases des prêtres elles-mêmes s’adressent tantôt à l’assemblée, tantôt à Dieu : cela nous désoriente toujours un peu, mais c’est très habituel dans la Bible.
La première phrase de bénédiction des prêtres reprend exactement un texte très célèbre du livre des Nombres : « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde ! Que le SEIGNEUR fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le SEIGNEUR tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !… » (Nb 6, 24). Vous avez reconnu ce texte : c’est la première lecture du 1er janvier de chaque année. Pour un 1er janvier, jour des voeux, c’est le texte idéal ! On ne peut pas formuler de plus beaux voeux de bonheur.
Et au fond, une bénédiction, c’est cela, des voeux de bonheur ! Comme des « voeux de bonheur », effectivement, les bénédictions sont toujours des formules au subjonctif : « Que Dieu vous bénisse, que Dieu vous garde … » ; cela me rappelle toujours une petite histoire : une jeune femme que je connais m’a raconté son histoire : elle était malade, à l’hôpital ; le dimanche, quand un prêtre ami est venu lui apporter la communion, il a accompli le rite comme il est prévu et, donc, à la fin il lui a dit : « que Dieu vous bénisse » et elle, sans réfléchir et sans se contenir (mais, à l’hôpital, on a des excuses !) a répondu en riant : « mais qu’est-ce que vous voulez qu’il fasse d’autre ! » Bienheureuse spontanéité : notre petite dame a fait ce jour-là une grande découverte : c’est vrai : Dieu ne sait que nous bénir, que nous aimer, que nous combler à chaque instant. Et quand le prêtre (que ce soit au temple de Jérusalem ou à l’hôpital, ou dans nos églises), quand le prêtre dit « que Dieu vous bénisse », cela ne veut évidemment pas dire que Dieu pourrait ne pas nous bénir ! Le souhait est de notre côté si j’ose dire : ce qui est souhaité c’est que nous entrions dans cette bénédiction de Dieu sans cesse offerte…
Ou bien, quand le prêtre dit « Le Seigneur soit avec vous », c’est la même chose : le Seigneur EST toujours avec nous… mais ce subjonctif « SOIT » dit notre liberté : c’est nous qui ne sommes pas toujours avec lui. On peut en dire autant de la phrase « Que Dieu vous pardonne » ; Dieu pardonne sans cesse : à nous d’accueillir le pardon, d’entrer dans la réconciliation qu’il nous propose.
Nous savons bien que, du côté de Dieu, les voeux de bonheur à notre égard sont permanents. Vous connaissez la phrase de Jérémie : « Moi, je sais les projets que j’ai formés à votre sujet, dit le SEIGNEUR, projets de prospérité et non de malheur. Je vais vous donner un avenir et une espérance. » (Jr 29, 11). Nous savons bien que Dieu est Amour. Toutes les pensées qu’il a sur nous, si j’ose dire, ne sont que des voeux de bonheur.
Autre piste pour comprendre ce qu’est une bénédiction au sens biblique : je reviens au texte du livre des Nombres que nous lisions tout à l’heure et qui ressemble si fort à notre psaume d’aujourd’hui : « Que le SEIGNEUR te bénisse et te garde… » ; la première phrase du même texte disait : « le SEIGNEUR dit à Moïse : voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël » et la dernière phrase : « C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël et moi, je les bénirai. » Quand les prêtres bénissent Israël de la part de Dieu, la Bible dit : « ils prononcent le NOM de Dieu sur les fils d’Israël », et même pour être plus fidèle encore, au texte biblique, il faudrait dire « ils METTENT le NOM de Dieu sur les fils d’Israël ». Cette expression « Mettre le NOM de Dieu sur les fils d’Israël » est aussi pour nous une définition du mot « bénédiction ». On sait bien que, dans la Bible, le nom, c’est la personne. Donc, être « mis sous le nom de Dieu », c’est être placé sous sa présence, sous sa protection, entrer dans sa présence, sa lumière, son amour. Encore une fois, tout cela nous est offert à chaque instant. Mais encore faut-il que nous y consentions. C’est pour cela que toute formule de bénédiction prévoit toujours la réponse des fidèles. Quand le prêtre nous bénit à la fin de la Messe, par exemple, nous répondons « Amen », qui est l’expression de notre accord, notre consentement.
Dans ce psaume d’aujourd’hui, la réponse des fidèles, c’est ce refrain « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! » Il y a là une superbe leçon d’universalisme ! Aussitôt qu’il entre dans la bénédiction de Dieu, le peuple élu répercute en quelque sorte sur les autres la bénédiction qu’il accueille pour lui-même. Et le dernier verset est une synthèse de ces deux aspects : « Que Dieu nous bénisse (sous-entendu, nous son peuple choisi ) ET que la terre tout entière l’adore ». C’est dire que le peuple d’Israël n’oublie pas un instant sa vocation, sa mission au service de l’humanité tout entière. Il sait que de sa fidélité à la bénédiction reçue gratuitement, par choix de Dieu, dépend la découverte de l’amour et de la bénédiction de Dieu par l’humanité tout entière.

 

DEUXIEME LECTURE –

lettre de saint Paul apôtre aux Romains 11, 13 – 15. 29 – 32

Frères,
13 je vous le dis à vous, qui venez des nations païennes :
dans la mesure où je suis moi-même apôtre des païens,
j’honore mon ministère,
14 mais dans l’espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair,
et d’en sauver quelques-uns.
15 Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu,
quand ils ont été mis à l’écart,
qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ?
Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts !
29 Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.
30 Jadis, en effet, vous avez refusé de croire en Dieu,
et maintenant, par suite de leur refus de croire,
vous avez obtenu miséricorde ;
31 de même, maintenant, ce sont eux qui ont refusé de croire,
par suite de la miséricorde que vous avez obtenue,
mais c’est pour qu’ils obtiennent miséricorde, eux aussi.
32 Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes
dans le refus de croire
pour faire à tous miséricorde.

Aux yeux de Paul, avant sa vision sur le chemin de Damas, l’humanité comprenait deux groupes bien distincts : les Juifs et les non-Juifs, qu’on appelait les « nations » ou les « païens ». Les Juifs avaient une mission et une responsabilité auprès des païens : leur faire connaître le Dieu unique.
Lorsque Jésus ressuscité apparut à Paul, et se fit reconnaître par lui comme le Messie que le peuple d’Israël attendait, Paul comprit que la mission du peuple juif consistait désormais à faire connaître le Christ aux nations païennes. La première tâche de Paul était donc de faire connaître Jésus-Christ à ses frères juifs, et, dans un deuxième temps, les Juifs tous ensemble pourraient en témoigner auprès des non-Juifs.
Cela, c’était le rêve, mais la réalité fut tout-autre : on sait que les Juifs, dans leur grande majorité, ont refusé l’Evangile. D’après les Actes des Apôtres, c’est à Antioche de Pisidie que le problème éclata violemment pour la première fois. Très logiquement, dans un premier temps, Paul et Barnabas avaient commencé à prêcher au nom de Jésus de Nazareth au cours d’une réunion du shabbat, un samedi matin, à la synagogue. Ce jour-là, on les écouta avec intérêt (lui et Barnabé) et on leur demanda de revenir le samedi suivant. Mais, pendant la semaine, on a eu le temps de réfléchir et des clans se sont formés. Le samedi suivant, il y avait une foule nombreuse, paraît-il, mais bigarrée : des Juifs de souche dont certains étaient prêts à croire Paul et d’autres tout à fait hostiles ; mais aussi des non-Juifs, sympathisants de la religion juive, mais non circoncis ; c’étaient donc des païens (on les appelait généralement les « craignant Dieu »).
L’opposition est venue des Juifs de souche : « Le sabbat venu, presque toute la ville s’était rassemblée pour écouter la parole du Seigneur. A la vue de cette foule, les Juifs furent pris de fureur et c’étaient des injures qu’ils opposaient aux paroles de Paul. » (Ac 13, 44). Paul pouvait parfaitement les comprendre, puisqu’il avait connu lui aussi une période de violente opposition à la communauté chrétienne récente, mais il avait à coeur désormais d’annoncer l’évangile de toute urgence. Il a donc décidé de passer outre l’opposition de ses frères juifs et de s’adresser désormais à toutes les bonnes volontés, qu’il s’agisse de Juifs ou de païens. Voici les paroles qu’il a adressées aux membres de la synagogue d’Antioche : « C’est à vous d’abord que devait être adressée la parole de Dieu. Puisque vous la repoussez, et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, nous nous tournons vers les païens. » (Ac 13, 46). Même discours à Corinthe quelques années plus tard : « Lorsque Silas et Timothée furent arrivés de Macédoine, Paul se consacra entièrement à la parole, attestant devant les Juifs que le Messie était Jésus. Devant leurs oppositions et leurs injures, Paul secoua ses vêtements et leur déclara : Que votre sang vous retombe sur la tête ! J’en suis pur et, désormais, c’est aux païens que j’irai. » (Ac 18, 5 – 6). On retrouve le récit d’autres événements semblables à Corinthe et à Ephèse (Ac 18,5-6 ; 19, 9). On peut donc dire que si Paul a évangélisé les païens, c’est, en fait, parce que les Juifs, dans leur grande majorité, ont refusé l’Evangile. Et c’est pour cela qu’il écrit aux Romains, anciens païens : « Maintenant, à cause du refus de croire des fils d’Israël, vous avez obtenu miséricorde. » « Désobéissance », ici, veut dire « refus d’écouter » ou même plutôt « refus de croire ». C’est grâce au refus des Juifs de reconnaître en Jésus le Messie que les apôtres ont commencé à évangéliser des non-Juifs. Au passage, cela veut dire que les anciens païens n’ont aucun mérite à faire valoir, puisqu’ils sont en partie redevables de leur propre conversion à Israël lui-même et à son refus.
Mais, dans le plan de Dieu, que devient le peuple juif désormais ? Est-il perdu et en quelque sorte remplacé par les païens ? Pour Paul, il est évident que l’Alliance offerte par Dieu au Sinaï ne peut pas être reniée : « Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. » C’est pour cela que Paul ne désespère pas de l’avenir d’Israël, bien au contraire : autrefois loin de Dieu, les païens ont maintenant obtenu miséricorde, et les Juifs, par la même occasion, se sont enfermés dans le refus. Mais, tôt ou tard, Israël, à son tour, découvrira avec émerveillement la miséricorde de Dieu. Et Paul a cette affirmation incroyablement audacieuse : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous les hommes. » Le mot « pour » ici, une fois de plus, ne veut pas dire un but, une finalité, mais une conséquence.
Ne nous trompons donc pas sur le sens de cet « enfermement » : il n’y a évidemment pas de calcul machiavélique de la part de Dieu : comme s’il avait voulu conduire tous les hommes au péché pour pouvoir leur pardonner à tous. Une telle interprétation serait en contradiction absolue avec l’enseignement de Paul, tout au long de cette lettre : mais, de même que Dieu donne toute sa grâce par amour, de même, dans son amour, il respecte notre liberté ; et lorsque notre liberté va jusqu’à refuser la grâce, il n’insiste pas. Mais, comme toujours, de tout mal, si nous le laissons faire, Dieu fait surgir du bien. La préposition « pour » ne veut pas dire que Dieu a dirigé tous les événements dans un but bien précis ; mais de nos erreurs même, Dieu fait surgir des conséquences bénéfiques : en définitive, Dieu a laissé les hommes s’enfermer dans leur refus et il en a tiré le salut de tous.
Essayons de résumer le raisonnement de Paul : « Grâce au refus des Juifs, les païens ont été évangélisés ; cet accueil des païens a exaspéré les Juifs et donc ils se sont enfermés dans leur refus d’un Messie qui ouvrait les portes à n’importe qui. Mais Dieu n’oublie pas son Alliance : il leur suffira d’ouvrir leurs coeurs pour être eux aussi accueillis dans l’Eglise du Christ. »

 

EVANGILE – selon saint Matthieu 15, 21 – 28

En ce temps-là, partant de Génésareth,
21 Jésus se retira vers la région de Tyr et de Sidon.
22 Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant :
« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David !
Ma fille est tourmentée par un démon. »
23 Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander :
« Renvoie-la,
car elle nous poursuit de ses cris ! »
24 Jésus répondit :
« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant :
« Seigneur, viens à mon secours ! »
26 Il répondit :
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens.
27 Elle reprit : « Oui,, Seigneur,
mais justement, les petits chiens mangent les miettes
qui tombent de la table de leurs maîtres. »
28 Jésus répondit :
« Femme, grande est ta foi,
que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.

Il est intéressant de voir que cette scène intervient tout de suite après un enseignement de Jésus à propos de la pureté ; on sait que dans le monde juif, la pureté n’est pas l’absence de péché, mais l’aptitude à s’approcher de Dieu. Les Pharisiens attachaient beaucoup d’importance aux règles de pureté, pour être dignes de prier et de se rendre au Temple. Jésus, lui, vient de dire que la pureté est d’abord affaire de coeur et d’intention. Au risque de scandaliser les Pharisiens, il a dit : « Ce qui sort de la bouche provient du coeur, et c’est cela qui rend l’homme impur. Du coeur, en effet, proviennent les intentions mauvaises… C’est là ce qui rend l’homme impur ; mais manger sans s’être lavé les mains ne rend pas l’homme impur. » (Mt 15, 19-21).
Or, c’est juste après cette controverse que Jésus décide de se rendre en territoire païen, là où justement, tout le monde est impur aux yeux des Juifs puisque personne ne respecte les règles de pureté de la loi juive. Cette Cananéenne, en particulier, qui vient à la rencontre de Jésus est une païenne ; pourtant, elle n’hésite pas à s’adresser à lui pour lui demander de guérir sa fille : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Sans doute a-t-elle eu vent de la réputation de guérisseur de Jésus.
Curieusement, celui-ci ne répond pas ; ce qui incite ses disciples à intervenir : « Renvoie-la car elle nous poursuit de ses cris ». Cela fait penser à la parabole de l’ami importun rapportée par saint Luc : « Si l’un de vous a un ami et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, parce qu’un de mes amis m’est arrivé de voyage et je n’ai rien à lui offrir, et si l’autre, de l’intérieur, lui répond : Ne m’ennuie pas ! Maintenant la porte est fermée ; mes enfants et moi nous sommes couchés ; je ne puis me lever pour te donner du pain, je vous le déclare : même s’il ne se lève pas pour lui en donner parce qu’il est son ami, eh bien, parce que l’autre est sans vergogne, il se lèvera pour lui donner tout ce qu’il lui faut. » (Lc 11, 5-8). Il semble bien que par cette parabole Jésus recommande la persévérance dans la prière. La parabole de la veuve opiniâtre et du juge inique (au chapitre 18 de Luc) va dans le même sens et saint Luc précise que Jésus a raconté cette parabole pour dire à ses disciples « la nécessité de prier constamment et de ne pas se décourager ». C’est exactement ce que fait la Cananéenne et elle importune les disciples qui supplient Jésus d’intervenir. Ce à quoi il leur répond que cette femme est une étrangère, une Cananéenne : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. »
En disant cela, il se situe résolument dans la perspective du projet de Dieu dont la première étape concerne le peuple d’Israël. Il avait déjà pris position très clairement de la même manière lorsqu’il avait envoyé ses apôtres en mission ; Matthieu raconte : « Ces apôtres, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. » (Mt 10, 6).
On sait qu’au début de son activité missionnaire, saint Paul, lui aussi, s’était d’abord adressé prioritairement aux Juifs ; c’est ce que l’on pourrait appeler la « logique de l’élection » : Dieu a choisi le peuple d’Israël pour se révéler à lui, à charge pour le peuple élu de relayer cette révélation auprès des autres peuples. Saint Paul, résolument, respectait ce choix. Et seulement dans un deuxième temps, après son échec auprès de la majorité des Juifs, Paul s’est tourné vers les païens. C’était exactement le thème de notre deuxième lecture de ce dimanche.
Il semble bien que Jésus, ici, se situe également dans cette logique de l’élection. C’est au peuple d’Israël et à lui seul qu’il est envoyé pour annoncer la venue du royaume de Dieu et en donner des signes par sa parole et par ses actes.
Mais une autre question se pose ici : comment répondre aux étrangers, aux païens qui souhaitent rejoindre le peuple élu ? Peuvent-ils se frayer un chemin vers le salut ? Et, si oui, à quelles conditions ? Cette même question habitait déjà nos deux premières lectures. Vers 500 avant JC, Isaïe répondait : oui, des étrangers peuvent être admis dans la maison de Dieu et donc dans la communauté juive, à condition de s’attacher au Dieu d’Israël et de respecter la loi juive.
Jésus, lui, va encore plus loin. Il commence par justifier son refus d’intervenir : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Mais il finit par agir en faveur de la Cananéenne ; et pourquoi change-t-il d’avis ? Parce qu’elle a la foi, dit-il : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Je ferai trois remarques : premièrement, Jésus dit que la Cananéenne a la foi simplement parce qu’elle s’obstine à lui faire confiance ; elle ne se laisse pas rebuter, au contraire, elle insiste : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » La foi n’est-ce pas cela : s’obstiner à faire confiance ?
Deuxième remarque : Jésus n’exige de la Cananéenne aucune des pratiques de la religion juive : seulement la foi. C’est très exactement la position que Paul prendra plus tard lorsqu’il évangélisera les païens. On peut penser que la question de l’admission des non-Juifs dans les communautés chrétiennes se posait encore au moment où Matthieu rédige son évangile. Et l’attitude de Jésus envers la Cananéenne a été comprise alors comme un modèle d’accueil des païens, au nom de leur foi.
Enfin, il est évident que l’opiniâtreté de la maman était guidée par son amour pour sa fille. Peut-être aurons-nous l’opiniâtreté suffisante pour demander et obtenir le salut du monde… quand nous l’aimerons assez ?
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Complément
Pourquoi la Cananéenne appelle-t-elle Jésus, fils de David, et quel sens ce titre a-t-il dans sa bouche ? Nous ne le saurons pas ; mais c’est bien en tant que berger d’Israël (messie, descendant de David) qu’il se place quand il dit à ses disciples : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ».

ART ET SPIRITUALITE, ART RELIGIEUX, ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE, PEINTRES, PEINTURE, PROVENCE, VIERGE MARIE

L’Assomption de la Vierge en Provence au XVIIème siècle

 

L’Assomption en Provence au XVIIème siècle.

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Rétable du Parlement d’Aix. Eglise du Saint-Esprit à Aix-en-Provence


par Charlotte Siat
Aix-Marseille Université – Master II Histoire de l’Art moderne spécialité Art moderne et contemporain 2013

 Assomption de la Vierge au XVIIè siècle en Provence

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Assomption par Trophime Bigot. Cathédrale Sainte- Trophime (Arles)

Biographie

Trophime Bigot naît à Arles en 1579 où il reçoit sa formation artistique ; il aurait été en particulier l’élève de Louis Finson lors du passage de ce dernier à Arles vers 1613.  Entre 1620 et 1634 , il passe de nombreuses années en Italie, en particulier à Rome. On le retrouve à Arles dès 1634 où il exécute des tableaux, une Assomption de la Vierge (1635) et un Saint Laurent condamné au supplice (1638) pour des églises locales, notamment l’église Saint-Trophime. Propriétaire en Camargue, il y fait exploiter quelques biens. De 1638 à 1642, il vit à Aix-en-Provence, place des Prêcheurs, où il peint une autre Assomption de la Vierge. Il revient à nouveau à Arles et partage à cette date ses activités entre sa ville natale et Avignon où il meurt en 1650.

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ADIN EVEN ISRAËL (rabbin ; 1937-2020), ADIN STEINSALTZ (1937-2020), JUDAÏSME, TALMUD

Adin Steinsaltz (1937-2020)

Rabbin Adin Even Israël

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Adin Even Israël, né Steinsaltz est un rabbin et auteur israélien né le 11 juillet 1937 à Jérusalem et mort le 7 août 2020 dans la même ville.

Né dans une famille engagée à gauche, il décide d’observer les prescriptions du judaïsme dans son adolescence, et rejoint la mouvance Habad sans abandonner ses études universitaires. En 1965, il entame le commentaire du Talmud qui porte son nom  et qui lui vaudra le prix Israël en 1988. Il rédige ensuite divers ouvrages de pensée juive, kabbale et hassidisme qui se marquent par une même volonté de transmettre les savoirs séculaires à un lectorat majoritairement séculier.

Biographie

Adin Steinsaltz naît à Jérusalem dans une famille juive polonaise. Son père Avraham, arrière-petit-fils du premier rebbe de la dynastie Slonim, a émigré en Palestine mandataire en 1924, comptant brièvement parmi les disciples d’Hillel Zeitlin qui l’introduit à sa future épouse Léa née Krokovitz laquelle a, comme lui, rompu avec la bourgeoisie et la tradition juive alors qu’elle habitait encore à Varsovie. C’est un communiste militant qui part en Espagne pour combattre dans les Brigades internationales en 1936 avant de revenir à Jérusalem pour rejoindre le non moins révolutionnaire Lehi, et il sera apparemment redevenu un Juif observant vers la fin de sa vie, lorsqu’il dirigera la comptabilité du centre fondé par son fils.

Bien que formé aux œuvres de Marx, Freud et Lénine plutôt qu’à la Bible (il lira au demeurant le Nouveau Testament avant la Torah), le jeune Adin décide de retourner à l’observance du judaïsme vers ses quatorze ans, davantage par curiosité intellectuelle que par inclinaison mystique (ses contacts antérieurs avec le judaïsme, y compris sa préparation à la bar mitzva, ne lui ont pas laissé d’impression particulière). Aidé dans sa démarche par le rabbin Smouel-Eliezer Heilprin, descendant du fondateur du hassidisme Loubavitch et membre de ce courant, il est dirigé vers l’une des principales écoles du mouvement, la yeshiva Tomkhei Temimim de Lod, mais a du mal à y trouver ses marques et il semble avoir acquis l’essentiel de son savoir en autodidacte. Dispensé du service militaire pour raisons de santé, Adin Steinsaltz alterne études universitaires de mathématiques, physique et chimie à l’université hébraïque de Jérusalem, et talmudiques. Le jeune prodige qui subvient à ses besoins comme professeur de mathématiques et directeur de lycée, est présenté par les plus grands adversaires idéologiques du judaïsme aux plus hautes instances de l’état d’Israël ; il les impressionne non seulement par sa maîtrise du Talmud mais par son aisance à présenter ses passages les plus complexes sous une forme agréable et accessible au tout-venant. L’Institut israélien pour les Publications Talmudiques est expressement fondé par Kadish Luz et Levi Eshkol en 1964, avec l’appui officieux des rabbins Shlomo Yosef Zevin   et Menachem Mendel Schneerson lui-même, pour que ses conférences soient couchées sur papier.

Marié en 1965 à Haya Sarah née Azimov, ils donnent naissance en 1967 à leur première fille ainsi qu’au premier tome de son Talmud, le traité BerakhotIl étudie les mathématiques, la physique, et la chimie à l’université hébraïque de Jérusalem.

Il a étudié à l’institut talmudique Loubavitch de Kfar-Habad, devenant un disciple (‘hassid) du Rabbi de Loubavitch.

Il est connu pour son commentaire populaire et sa traduction des deux Talmuds en hébreu moderne, ensuite traduits en anglais, espagnol, français et russe. En 1988, il reçoit le prix Israël, la plus haute décoration israélienne.

Mort

Adin Steinsaltz est mort le 7 août 2020 à Jérusalem et enterré le même jour au cimetière juif du Mont des Oliviers.

Citations

« Une société doit demander, chercher et exiger, que chaque individu donne quelque chose de lui-même. De la somme de ses petits dons, il peut se reconstruire entièrement. Si chacun d’entre nous allume une bougie de nos âmes, le monde sera rempli de lumière. »

— Adin Steinsaltz

« Je n’ai jamais pensé que répandre l’ignorance a quelques avantages que ce soit, excepté pour ceux qui sont en position de pouvoir et veulent ôter les autres de leurs droits en étendant l’ignorance dans le but de les garder dans une position subalterne. »

— Adin Steinsaltz

 

Publications

En français :

Le Maître de prière, Paris, Albin Michel, 1994.

L’Homme debout, Paris, Albin Michel, 1999.

Personnages du Talmud, Paris, Bibliophane, 2000.

La Rose aux treize pétales. Introduction à la Kabbale et au judaïsme, Paris, Albin Michel, 2002.

Laisse mon peuple savoir, Paris, Bibliophane, 2002.

Introduction au Talmud, Paris, Albin Michel, 2002.

Mots simples, Paris, Bibliophane/Daniel Radford, 2004.

Les Juifs et leur avenir, Paris, Albin Michel, 2008.

Introduction à la prière juive, Paris, Albin Michel, 2011.

La Hagada, Paris, Albin Michel, 2013.

https://pro.diocese.biblibre.com/cgi-bin/koha/catalogue/search.pl?q=Adin+Steinsaltz

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Jean-François Colosimo: «Adin Steinsaltz, l’homme qui a donné une version du Talmud en hébreu moderne»

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 Le rabbin Adin Steinsaltz est décédé le 7 août à Jérusalem. L’homme de foi est l’auteur d’admirables traductions du Talmud en hébreu moderne, mais aussi, notamment, en français, anglais, russe et chinois. Jean-François Colosimo rend hommage à ce grand penseur et cet érudit.

Théologien et historien, Jean-François Colosimo est directeur général des éditions du Cerf. Il a publié une dizaine d’ouvrages, dont le plus récent, La Religion française. Mille ans de laïcité est paru en 2019 aux Éditions du Cerf.


«Puisqu’il s’agit de la France, il faut commencer par le traité sur l’amour», m’avait-il confié dans un éclatant sourire. Nous préparions alors, c’était en 1992, l’édition du Talmud dans la langue de Molière. Ou plutôt de son Talmud. Tant lui-même, empruntant l’exemple des plus grands commentateurs, dont le Champenois Rachi [né à Troyes en 1040 et mort en 1105, NDLR], avait rénové de fond en comble la tradition rabbinique à la lumière de laquelle les Juifs lisent la Bible. De ce maître-livre, il avait donné, fait inouï, une version en hébreu moderne, rendant ainsi accessible à l’homme du commun un texte sinon hermétique et réservé jusque-là à quelques interprètes autorisés.

D’autres versions avaient suivi ou devaient suivre, anglaise, russe, chinoise même sous la forme d’un abrégé. Mais la version française du Taldmud lui tenait singulièrement à cœur. Pas seulement pour réparer le terrible autodafé commis sur la place de Grève en 1242. Ou pour honorer la langue native de son épouse, issue d’une dynastie hassidique du Marais. Non plus par simple souci arithmétique, afin de s’adresser à l’une des plus importantes communautés de la diaspora. Mais parce que le Rav Adin Steinsaltz, entre les mille et unes identités qu’il portait secrètement en lui, dont celle d’un immense savant et celle d’un grand spirituel, participait aussi, de plain-pied, de la vie intellectuelle telle qu’elle se comprend à Paris.

L’intelligence et la foi s’accordaient, chez Adin Steinsaltz, telles les cordes de la harpe sous les doigts du Psalmiste.

Ayant lu tous les classiques de Platon à Dostoïevski, connaissant les modernes, Marx, Freud ou Nietzsche, maniant Hergé comme Heidegger, et revenant sans cesse à son cher Pascal, il pouvait également citer Sartre avec lequel il avait dialogué.

Mieux que de l’avoir accompagné, sa propre trajectoire lui avait fait précéder les tours et retours du XXe siècle. Né dans la mouvance de l’humanisme rationaliste et athée, il était revenu de lui-même à l’évidence lumineuse de la révélation. Fidèle en cela à son anarchiste de père, riait-il, qui fuyant les pogroms de l’Empire tsariste pour la Palestine mandataire, mais épris d’éducation, avait dû se résoudre à le placer dans une yeshiva, l’exhortant cependant à garder un esprit absolument critique: «Un commandement auquel j’ai si bien obéi, ajoutait-il, que j’en suis devenu rabbin».

Cette décision pour la vérité, montrant à sa manière que la Torah était plus révolutionnaire que n’importe quel Manifeste, valait cependant, et c’est là la différence majeure avec tant de retournements plus tardifs et artificiels, comme un engagement contre les fondamentalismes. L’intelligence et la foi s’accordaient, chez Adin Steinsaltz, telles les cordes de la harpe sous les doigts du Psalmiste. L’étude et la prière n’étaient qu’une. Et de même la bienveillance à l’égard de quiconque l’approchait. En chacun, il n’aimait rien tant que réveiller le voyageur et l’inciter de se remettre en route. Le Rav connaissait de l’intérieur l’âme moderne.

Il consumait sa vie dans la transmission : afin qu’à chaque génération recommence l’Alliance.

Seul le fanatisme pouvait rendre noir son regard toujours aigu et souvent empreint d’une malicieuse tendresse. Il paya chèrement son amour de la liberté lorsqu’il eut à essuyer l’anathème que des confréries dévotes de Jérusalem lui jetèrent au prétexte de sa célébration du rôle des femmes dans l’histoire biblique. Il n’évoquait jamais ce déni rituel et public – même si son Sancho Pança, Thomas Nisell, revêtait volontiers ces intégristes du sobriquet d’«extra-terrestres».

Lui s’inquiétait plutôt du fait qu’Israël ne fût pas encore cette nation de prêtres que réclamait l’Eternel. Ou que les diasporas, par lassitude et négligence, ne finissent par s’éteindre à ne plus reconnaître leur vocation. C’était pourquoi il consumait sa vie dans la transmission: afin qu’à chaque génération recommence l’Alliance. Ce fut aussi tout le sens, dans les débuts de la publication de son œuvre monumentale en français, de la remarque qu’il adressa aux représentants des institutions communautaires qui la soutenaient financièrement: «Qu’allez-vous faire pour le Talmud?». Puis, satisfait de son effet à les voir médusés, il avait précisé: «Qu’allez-vous faire pour qu’il ne reste à s’empoussiérer sur les étagères de vos bibliothèques, mais pour qu’on l’ouvre et qu’on le lise?»

Il m’accordait toujours un moment que je devinais volé à son entreprise titanesque. Sachant ce privilège, je préparais des questions auxquelles il répondait du tac au tac.

Les années filant, quand il venait à Paris, quand je me rendais à Jérusalem, il m’accordait toujours un moment que je devinais volé à son entreprise titanesque. Sachant ce privilège, je préparais des questions auxquelles il répondait du tac au tac. «Qui est juif?»: «Celui ou celle dont les petits-enfants sont juifs». «Que dire à ceux pour qui la Shoah condamne le divin à se taire?» «Qu’ils aillent dans un hôpital visiter un enfant à l’agonie et lui consacrent leur propre silence». «Faut-il considérer comme imagées les thèses de la Kabbale?»:«Les maîtres qui les ont formulées n’étaient certainement pas des déconstructionnistes». Il y avait toutefois une interrogation dont je pouvais me dispenser – de quelle universalité peut être dépositaire le peuple du Sinaï alors qu’il demeure une fratrie séparée? J’avais la réponse, vivante, sous mes yeux.

https://www.lefigaro.fr/vox/religion/jean-francois-colosimo-adin-steinsaltz-l-homme-qui-a-donne-une-version-du-talmud-en-hebreu-moderne-20200810?fbclid=IwAR35dYj9DnbkJabtLrDTQsV

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Le sacré incestueux : les prêtres pédophiles. A propos d’un livre

 

Le sacré incestueux : Les prêtres pédophiles 

Olivier Bobineau, Joseph Merlet, Constance Lalo

Paris, Desclée de Brouwer, 2017. 256 pages.

 

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Présentation de l’éditeur

L’Église catholique est régulièrement secouée par des affaires de pédophilie dans ses rangs. Mais que cache en profondeur ce scandale à peine concevable d’un représentant de Dieu sur terre abusant la figure de l’innocence par excellence, l’enfant ?

Première enquête réalisée en France sur le sujet, Le sacré incestueux explore les dimensions culturelles, sociales, juridiques, religieuses et anthropologiques de ce scandale. L’Église fait face à une crise sans précédent et multiforme : crise de la formation du prêtre, dont le corps est censé ignorer toute sexualité ; crise du droit canonique et des institutions, en décalage avec les exigences de la société moderne dans la gestion des situations ; crise humaine pour les victimes, oubliées de l’Église. Mais c’est surtout une crise de sens : la pédophilie cléricale constitue un véritable choc entre deux figures sacrées, celle de la tradition, le prêtre, et celle de la modernité, l’enfant.

S’appuyant sur les témoignages de religieux coupables d’abus sexuels sur mineurs, de victimes, de leurs familles, de responsables ecclésiaux et d’experts, cette enquête menée par O. Bobineau, C. Lalo et J. Merlet interroge, déplace les lignes, bouscule le lecteur dans sa perception et sa compréhension du phénomène. Avec des propositions et sans ignorer la réalité des situations, elle ouvre un vaste chantier de réflexion autour de la pédophilie dans l’Église.

 

Olivier Bobineau, sociologue des religions et de la laïcité, est membre du Groupe Sociétés Religions Laïcités (Sorbonne-CNRS). Il est notamment l’auteur de L’empire des papes et de Notre laïcité ou les religions dans l’espace public. Il dirige un cabinet de sciences humaines appliquées à la pacification du lien social.

Constance Lalo est juriste et chargée d’enseignement à Sciences Po.

Joseph Merlet, sociologue et prêtre, a créé et dirigé le Centre d’études et d’action sociale de la Mayenne. Il travaille dans le secteur de la formation et de la recherche en développement

 

 

Olivier Bobineau pour Le Monde de la Bible

 «La pédophilie dans le clergé est une forme d’inceste»

 

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Le 3 octobre dernier, le « numéro 2 » du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, ouvrait un congrès international sur la lutte contre la pédophilie sur Internet, à l’université pontificale grégorienne (Rome). Une manière de montrer que le Saint-Siège ne prend pas à la légère les récentes affaires de pédophilie qui ont à nouveau secoué l’Église catholique, de l’affaire Barbarin, en France – le cardinal Philippe Barbarin doit être jugé, en avril prochain, pour «non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs» commises par un prêtre dans son diocèse de Lyon, il y a 25 ans – au Vatican lui-même : le cardinal George Pell, « ministre de l’Économie » du pape François, est toujours en procès en Australie, accusé de « délits d’agressions sexuelles anciennes ». Il comparaît une seconde fois devant le tribunal de Melbourne ce 6 octobre. Des affaires qui ont mis au jour le malaise de l’Église, encore aujourd’hui, sur ces questions.

Comment expliquer ce phénomène de la pédophilie dans le clergé ? Comment la société en est-elle venue à prendre conscience de la gravité des abus sexuels sur mineurs, alors que la pédophilie était encore défendue par certains intellectuels dans les années 1980 ? Pour faire le point, Le Monde des Religions a rencontré Olivier Bobineau, sociologue spécialiste du fait religieux et co-auteur, avec Constance Lalo et Joseph Merlet, du livre Le Sacré incestueux. Les prêtres pédophiles (Desclée de Brouwer, 2017).

 

 La pédophilie dans le clergé, écrivez-vous, est la confrontation de deux formes de « sacré ». Le prêtre, appelé « père », et l’enfant, constituent le « sacré incestueux ». Qu’est-ce à dire ?

La figure du sacré, qui vient de la société traditionnelle, du passé, dont la légitimité vient « d’en haut », c’est le prêtre. Si l’on reprend la définition du sociologue Émile Durkheim, dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), le sacré est ce qui est « intouchable, à part ». Celui que l’on n’a pas le droit de toucher. Or, dans le cadre de la pédophilie, le prêtre abuse de la figure du sacré de la société moderne, dont la légitimité vient « d’en bas » – c’est-à-dire des démocraties où une loi est fabriquée par les hommes, libres, autonomes et égaux en droit – : l’enfant.

 

En quoi l’enfant est-il la figure sacrée des sociétés modernes ?

Tout d’abord, l’enfant, avant d’être conçu, est chéri et attendu. Ensuite, quand il est né, il devient la projection de ses parents, de leurs désirs, de leurs frustrations, etc. En outre, l’enfant fait l’objet de tous les investissements possibles et imaginables : financiers, psychologiques et en termes de temps. Surtout, l’enfant est intouchable ! Oser porter la main sur un enfant est aujourd’hui inenvisageable. La consécration de cette figure sacrée de l’enfant est illustrée par la Convention relative aux droits de l’enfant adoptée par les Nations unies en 1989. Le Parlement européen a même proposé d’interdire les gifles !

 

 Pourtant, la pédophilie n’est un scandale que depuis très récemment.

La pédophilie n’est un scandale que depuis les années 1980-90. Auparavant, certains intellectuels en faisaient l’apologie. L’écrivain Gabriel Matzneff, qui exposa dans plusieurs livres ses relations sexuelles avec des garçons et des filles mineures (dont Les moins de seize ans paru en 1974) était invité à l’émission de télévision de Bernard Pivot sans que cela ne fasse scandale.

Mais dans les années 1980, la figure du sacré qui s’impose est celle de l’enfant. Même après sa naissance, il est celui qui incarne l’avenir. On est prêt à tout faire pour l’enfant, d’autant plus qu’il est devenu, dans les sociétés démocratiques qui ont connu la transition démographique, une rareté. Dans les sociétés modernes, la stérilité a augmenté. Les couples sacrifient beaucoup pour avoir un enfant, y compris à leurs convictions : combien de catholiques ont eu recours aux moyens non naturels de fécondation, contrairement à la doctrine de l’Église ? Or, le prêtre pédophile touche à cette figure du sacré !

Dès lors, la pédophilie dans le clergé opère la rencontre de « deux sacrés » : le sacré qui vient du passé traditionnel, qui rencontre l’enfant, et le sacré qui vient des démocraties, des hommes, dans le moment présent. L’enfant est le sacré du présent.

 

Finalement, l’interdit majeur entourant le corps du prêtre, dans les sociétés traditionnelles, s’est déplacé et focalisé sur celui de l’enfant dans la société moderne…

 Le corps sacré du prêtre est enseigné dès le séminaire, où l’on apprend la fameuse formule : «Touche pas à son corps» – celui de la femme –, «Touche pas à ton corps» – interdiction de la masturbation – et «Touche pas à son corps» – interdiction de l’homosexualité. Qu’est-ce qui reste ? L’enfant.

 

Vous définissez aussi la pédophilie des prêtres comme un abus sexuel issu d’une asymétrie de pouvoir. C’est-à-dire ?

C’est fondamental : le prêtre a le pouvoir sacré. Cela impressionne déjà l’adulte, mais la relation entre un prêtre et un adulte peut faire l’objet d’un consentement mutuel. En revanche, face au pouvoir sacré, l’enfant est impressionné. Ensuite, le prêtre sait que s’il abuse de l’enfant, celui-ci n’osera en parler à personne. À qui va-t-il le dire ? Aux parents catholiques ? Aux autres paroissiens ? L’enfant va-t-il être cru ? D’un côté, on a ce pouvoir sacré du prêtre qui a la légitimité de sept années d’études, accompagné spirituellement… De l’autre, on a un enfant. Il n’est pas ou peu crédible. D’où cette asymétrie entre le pouvoir sacré et la candeur de l’enfant. On peut même parler d’un « abus de pouvoir sacré » !

 

De plus, le prêtre représente la figure du « père ». Un terme omniprésent dans l’Église catholique. Pourquoi ?

L’Église catholique romaine intègre dans sa structuration hiérarchique, dans l’ensemble de ses cadres, un lexique paternel : le pape – qui veut dire « papa » en grec –, l’évêque appelé « Monseigneur », qui vient de « senior » et signifiant « les pères ancêtres », les « Pères du déserts » – les moines –, les « Pères des Conciles », les « Pères de la foi »…, les prêtres qu’on appelle « mon père », et les chefs d’une abbaye qu’on appelle « abbé », de l’araméen abba signifiant « papa » !

L’Église catholique décline le « pater familias » à tous les niveaux. Le pater familias n’est pas une autorité biologique : chez les Romains et les Grecs, la biologie compte très peu. Ce qui compte, c’est l’autorité morale, politique et juridique. Lors de la romanisation de l’Église catholique, au Ve siècle, cette figure du « pater familias » va être intégrée. Ainsi, quand le prêtre commet un abus, 1500 ans de « pater familias » le poussent : le pouvoir de son « corps sacré ». Pourtant, Jésus dit dans l’Évangile de Matthieu : « (…) Vous êtes tous frères, un seul est votre Maître, n’appelez personne sur la terre votre père ; car un seul est votre Père, celui qui est aux cieux ». Et finalement, comme l’enfant appelle le prêtre « mon père », lequel lui répond « mon fils », il s’agit d’un inceste.

 

Ce « sacré incestueux », c’est aussi le « scandale des scandales », au regard de la définition qu’en donne l’Évangile. Expliquez-nous.

Jésus, dans l’Évangile de Matthieu, dit : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. » Pour l’exégèse, les enfants peuvent aussi représenter ceux qui commencent dans la foi, « ces petits ». Or souvent, les enfants victimes de pédophilie dans le clergé perdent la foi. C’est précisément le scandale des scandales condamné par Jésus !

 

 

Pourtant, les réactions sont différentes face au scandale de la pédophilie : la société moderne médiatise, quand l’Église reste plutôt bloquée dans le malaise, le silence, voire le déni.

 

La Curie romaine a été fondée en 1089. En 2011 fut éditée la circulaire de Benoît XVI qui oblige les Églises locales à s’en remettre à la justice des États. Une révolution. Durant 922 ans, la Curie, en cas de problèmes de mœurs, a choisi de les gérer en interne avec le droit canon. 2011, c’était il y a seulement six ans… La société moderne, elle, est scandalisée par la pédophilie depuis les années 1990 seulement. Cela reste récent à l’échelle de l’histoire.

 

 

N’y-a-t-il pas aussi une certaine culture qui perdure, entre prêtres, qui est celle de la « miséricorde », cette tendance à pardonner son « frère prêtre » avant même de laisser la justice œuvrer ?

 

Nous évoquons, dans Le Sacré incestueux, la « triple peine ». Souvent, les prêtres pédophiles purgent leur peine de prison. Ensuite, ils ont une peine « professionnelle » : ils n’ont plus de métier, ni de revenu. Puis, ils ont la peine sociale ! D’où l’intérêt du pardon. Le problème, c’est de pardonner avant la justice, avant la dette payée. Le pardon, disait Paul Ricœur, c’est le souvenir une fois que la dette est payée. Il faut une peine, mais pas la triple peine.

 

 

Que penser de l’attitude du pape François vis-à-vis de la pédophilie ? Ses propos à l’encontre de la pédophilie dans le clergé sont forts, mais, pour l’instant, sa politique est contestée : trois membres de sa commission pontificale pour la protection des mineurs ont démissionné. Plusieurs de ses « ministres » semblent visés, de près ou de loin, par des affaires d’abus sur mineurs…

 

Son attitude est très ambivalente. C’est un jésuite qui sait communiquer de manière opportune. S’il me semble sincère dans ses discours, il hérite de « patates chaudes » et ne peut se permettre, d’un point de vue institutionnel, de désavouer tout de suite son entourage à la Curie romaine qui a 922 ans d’existence !

 

 

http://www.lemondedesreligions.fr/une/olivier-bobineau-la-pedophilie-dans-le-clerge-est-une-forme-d-inceste-06-10-2017-6694_115.php

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Basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome

Basilique Sainte-Marie-Majeure

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La basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome est l’une des quatre basiliques majeures. Elle est la propriété du Vatican. C’est le plus grand monument et la plus ancienne église romaine consacrée à la Vierge Marie. Depuis 1999, l’animation et la pastorale sont confiées aux Frères Franciscains de l’Immaculée.

Histoire

La légende raconte que la nuit du 4 au 5 août 356, la Vierge apparut en rêve au pape saint Libère, ainsi qu’à un riche romain nommé Jean. Elle demanda d’ériger un sanctuaire à un lieu déterminé. Au matin, constatant qu’il avait neigé en plein mois d’août, à l’endroit que la Vierge leur avait indiqué, le pape ordonna de construire la basilique Liberiana de « Santa Maria ad Nives » (« Sainte-Marie-aux-Neiges ») sur la surface enneigée en haut de la colline Esquilin.

Le retable de Sassetta, Vierge et l’Enfant en majesté, avec quatre anges, saint Jean Baptiste, saint Pierre, saint François et saint Paul  dite, La Madone des neiges, v. 1432, exécuté pour la chapelle San Boniface de la Cathédrale de Sienne, et conservé dans la Galerie Palatine de Florence, représente dans sa prédelle la fondation de la Basilique au lendemain de cette chute de neige.

Plus sûrement, la construction démarre sous le règne de Sixte III pour célébrer la fin du Concile d’Éphèse en 431. L’édifice a subi plusieurs modifications au cours des siècles. La façade notamment date du xviiie siècle et est l’œuvre de Ferdinando Fuga. Durant l’époque baroque sont construites les deux coupoles, ainsi que les façades occidentale et orientale.

Architecture

La basilique Sainte-Marie-Majeure est un abrégé des grandes étapes de l’art chrétien à Rome, avec son plan basilical aux nobles proportions de style paléochrétien, ses mosaïques antiques (nef) et médiévales (abside et façade), et ses imposantes chapelles polychromes de la Contre-Réforme.

Sa façade initiale conserve des mosaïques de Filippo Rusuti, quelque peu dissimulées par la façade ajoutée au xviiie siècle, avec sa loggia à trois arcades précédée d’un portique. Elle est l’œuvre, comme le baldaquin soutenu par des colonnes de porphyre rouge, de Ferdinando Fuga, au service de Benoît XIV. Cinq portes ouvrent sur la façade, dont à gauche la porte dite Porte Sainte, similaire à celle de la basilique Saint-Pierre.

La nef est encore bordée par des colonnes ioniques portant de superbes architraves et entablements en marbre, très bien conservés, décorés d’une frise en mosaïque à rinceaux sur fond d’or, datant du sanctuaire paléochrétien du ve siècle. Dans la nef centrale au-dessus des entablements, sous la claire-voie, 36 panneaux en mosaïque figuratives à fond d’or datent également du ve siècle et racontent des épisodes bibliques. L’arc triomphal qui sépare la nef du transept est de la même époque, il est entièrement couvert par un cycle de mosaïques qui illustrent le rôle de Marie. Le pavement de l’église quant à lui, de style cosmatesque, a été refait par les marbriers Cosmati au xiie siècle. L’édifice est ensuite remanié à la Renaissance : une fenêtre sur deux de la claire-voie dans la nef centrale est bouchée pour donner de la place aux peintures, de même que la plupart des fenêtres des bas-côtés lors de la construction progressive des chapelles latérales, ce qui a fortement diminué la luminosité naturelle dans l’édifice, originellement beaucoup plus éclairé. Le plafond à caisson en bois doré date également de la Renaissance. Le maître-autel se retrouve sous le baldaquin et abrite la relique de la Crèche, cinq morceaux de bois conservés dans une urne d’argent exécutée au xixe siècle par Luigi Valadier.

Au-dessus du maître-autel, la calotte de l’abside est revêtue d’une mosaïque de Jacopo Torriti de 1295 et célébrant le Couronnement de la Vierge : Jésus couronne sa mère, elle-même assise sur un trône, sous le regard d’anges et de saints.

De riches chapelles se succèdent de chaque côté de la nef :

La Chapelle du baptistère réalisée en 1605 par Flaminio Ponzio, avec les fonts baptismaux en porphyre, créés au xixe siècle par Luigi Valadier.

La Chapelle Pauline, bâtie en 1611 par Flaminio Ponzio sous Paul V Borghèse, possède un plan identique à la Chapelle Sixtine, de l’autre côté de la nef. Surplombée par la première coupole peinte sans être divisée par des nervures (Ludivico Cardi, dit le Cigoli), la chapelle présente le retable de la Vierge à l’Enfant plus connu sous le nom de Salus populi romani et objet de vénération à travers les siècles.

La Chapelle Sixtine, dans le bras droit du transept, est l’œuvre de Domenico Fontana. Le pape Sixte V y repose. La chapelle est couronnée d’une coupole recouverte de fresques. On y retrouve également un ciborium doré datant de la fin du xvie siècle.

La basilique abrite également dans la Cappella Paulina (ou Borghesiana) le tombeau de Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon.

Le campanile haut de 75 mètres remonte au Moyen Âge, il est le plus haut de Rome. En style roman, polychrome, il fut reconstruit durant le pontificat de Grégoire XI, sur un embasement précédent. Il subit de nombreuses modifications au cours des siècles. Au xvie siècle, une flèche pyramidale fut ajoutée au sommet.

Sur le parvis, se dresse une colonne corinthienne provenant de la Basilique de Maxence et Constantin, déplacée à l’initiative de Paul V. Elle surmonte une fontaine et des marches.

De l’autre côté de la basilique, soit à l’arrière, s’étend un autre parvis aménagé vers 1670 par Carlo Rainaldi.

Galerie

Extérieur

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Peinture de 1744 par Giovanni Pannini montrant la basilique et la Colonne de la Paix

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Façade de la basilique

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Le campanile

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Saints couronnant la façade

Intérieur

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La nef centrale

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Le chœur et le baldaquin

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Relique de la Crèche ou du Saint Berceau

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Christ en majesté, mosaïque de la façade à l’entrée de la basilique, par Filippo Rusuti, xiiie siècle

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Chapelle du baptistère

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Chapelle Borghesiana dite chapelle Pauline ou est inhumée Pauline Bonaparte

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Chapelle Sixtine

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Le dôme, 1608, par Lodovico Cigoli.

La première crèche et reliques

Dans cette basilique est conservée la première crèche qui ait été réalisée en pierre. On la doit au pape Nicolas IV qui en 1288 passa commande à Arnolfo di Cambio d’une représentation de la Nativité. Cette tradition remonterait l’an 432 lorsque le pape Sixte III (432-440) aurait créé dans la basilique originelle une « grotte de la Nativité » inspirée de celle de Bethléem, ce qui fit donner à cette église le nom de Notre-Dame ad praesepem (du latin : praesepium, « mangeoire »).

Des pèlerins revenant de Terre sainte en ramenèrent par ailleurs de précieux fragments du bois du Saint Berceau (en italien Sacra Culla, du latin Cunabulum), qui sont encore aujourd’hui conservés dans un reliquaire doré.

La basilique renfermerait les reliques de saint Jérôme.

ESPAGNE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'ESPAGNE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, JUAN CARLOS IER (roi d'Espagne ; 1938-....)

Juan Carlos Ier, roi d’Espagne (1975-2014)

Juan Carlos Ier

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Juan Carlos Ier, né le 5 janvier 1938 à Rome, est un homme d’Etat espagnol, roi d’Espagne du 22 novembre 1975 au 18 juin 2014.   Fils du prince Juan de Borbón, comte de Barcelone, et de María de las Mercedes de Borbón y Orleans, il est un petit-fils du roi Alphonse XIII   et un membre de la branche espagnole de la maison de Bourbon. Il abdique le 18 juin 2014 en faveur de son fils, le prince Felipe.

Très populaire au début de son règne, notamment pour sa contribution à la consolidation de la démocratie, par son opposition au coup d’État de 1981, il connaît par la suite une fin de règne compliquée, entachée par la révélation, en 2012, de sa fracture de la hanche, contractée à la suite d’un accident de chasse lors d’un safari au Botswana, alors que l’Espagne est plongée dans une grave crise économique.

Son image est à nouveau écornée à la suite de révélations en 2019 et 2020 sur des dizaines de millions d’euros de commissions occultes que l’ancien monarque aurait perçus. Le 3 août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête de la Cour suprême espagnole, il annonce sa décision de s’exiler.

Jeunesse

Enfance et prince héritier

Juan Carlos naît à Rome en 1938, où sa famille est exilée. Son grand-père paternel, Alphonse XIII, a été écarté du pouvoir par la Deuxième République puis par l’avènement au pouvoir de Francisco Franco. Celui-ci désignera Juan Carlos comme futur roi après qu’il eut été formé dans des écoles militaires espagnoles réputées. Le 29 mars 1956, il tue accidentellement son frère cadet Alfonso d’une balle de pistolet en plein front, dans la résidence de ses parents à Estoril, au Portugal, les rumeurs et hypothèses abondant pour expliquer la cause exacte du drame: le pistolet avait été offert quelques semaines auparavant par Franco.. Pendant la dictature en 1969, Franco crée le titre de prince d’Espagne (plutôt que prince des Asturies) pour Juan Carlos. Il épouse la princesse Sophie de Grèce et le couple occupe le palais de la Zarzuela. Il est nommé capitaine général des forces armées dès 1975, le grade le plus élevé, avant de prêter serment le lendemain de la mort de Franco (mais il ne prendra ses fonctions que le jour suivant). Il s’applique alors à démocratiser le système espagnol et apporte une certaine modernité à son pays. Il parvient également à unifier l’armée et les différentes régions d’Espagne, soutenant Felipe González.

Il a étudié à l’Institut Le Rosey (Suisse).

 

Roi d’Espagne

Transition démocratique

Durant les périodes de maladie de Franco en 1974 et 1975, Juan Carlos est nommé chef de l’État par intérim. Proche de la mort, Franco avoua le 30 octobre 1975 qu’il était trop malade pour gouverner, mais ce ne sera que deux jours après la mort du dictateur, survenue le 20 novembre 1975, que Juan Carlos sera proclamé roi d’Espagne. Les manifestations et les grèves se multiplient à travers le pays, malgré la répression sanglante. Face à la résistance armée d’ETA et des communistes du Front révolutionnaire antifasciste patriotique (FRAP) et des Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO), le roi d’Espagne prend conscience que le maintien du franquisme est impossible et que le changement est inévitable. Ainsi, Juan Carlos promulgue des réformes démocratiques, au grand dam des éléments conservateurs, notamment les forces armées, qui s’attendaient à ce qu’il maintînt l’État franquiste (mais ce sur quoi Franco lui-même ne nourrissait aucune illusion, se considérant comme une sorte de régent, à l’instar de l’amiral Horthy en Hongrie). Juan Carlos nomme pourtant Adolfo Suárez, ancien chef du Mouvement national, au poste du président du gouvernement. La pièce maîtresse des réformes démocratiques est la loi pour la réforme politique (Ley para la Reforma Política) présentée par le gouvernement Suárez, adoptée par le Parlement le 18 novembre 1976 et par le peuple espagnol lors du référendum du 15 décembre 1976 (94,2 % de oui). Cette loi, de rang constitutionnel (« loi fondamentale », selon la terminologie franquiste), crée les bases juridiques nécessaires à la réforme des institutions franquistes depuis l’intérieur et permet que se déroulent le 15 juin 1977 les premières élections démocratiques depuis l’instauration de la dictature. Le Congrès des députés (Congreso de los Diputados) et le Sénat (Senado) issus de ces élections seront chargés d’élaborer, notamment, la nouvelle Constitution démocratique que le roi approuvera au cours d’une session conjointe des deux Chambres le 27 décembre 1978.

En 1977, le père du roi, Juan de Borbón, est obligé par son fils à renoncer à ses prétentions au trône ; Juan Carlos le dédommagera en officialisant le titre de comte de Barcelone, titre suzerain appartenant à la couronne espagnole, que Juan de Borbón s’était donné comme titre de courtoisie pendant son exil. Dans son article 57 al. 1, la Constitution de 1978 désigne Juan Carlos comme l’« héritier légitime de la dynastie historique », alors que les droits de la branche aînée (infant Jacques et sa descendance) n’ont jamais été abolis par le Parlement. A fortiori, Franco ayant déclaré que la nouvelle monarchie était une instauration, non une restauration, la légitimité de Juan Carlos Ier ne pouvait s’établir sur l’histoire, mais sur sa nomination comme prince d’Espagne en 1969, puis sur le suffrage universel en 1978.

La Constitution de 1978

L’Espagne a été un pays sans Constitution de 1936 à 1978. Après la prise du pouvoir, le général Franco légiférait à coups de Fuero de los españoles, de lois organiques et de lois de succession.

Point d’orgue de l’idéal consensuel de la transition, l’élaboration du texte constitutionnel repose sur un esprit de tolérance prôné conjointement par le parti au pouvoir et les formations de l’opposition. Celles-ci — PSOE et PCE notamment — acceptent la voie ouverte par la « loi de réforme politique » et finissent par conserver le seul héritage qui leur paraît acceptable : le système monarchique, signe que le seul dilemme d’actualité se réduit désormais à l’alternative entre monarchie parlementaire et monarchie absolue, et non plus, comme en 1931, à l’alternative république-monarchie.

Le 25 juillet 1977, la nomination de la Commission des affaires constitutionnelles et les libertés publiques, présidée par le centriste Emilio Atard ouvre la période constituante. De cette première émane un groupe de sept personnalités qui constituent la Ponencia Constitucional : Manuel Fraga Iribarne, Gabriel Cisneros Laborda, Miguel Herrero, Gregorio Peces Barba, José Pedro Pérez Llorca, Miquel Roca et Jordi Solé Tura. Après quatre mois de travail, les « Pères de la Constitution » achèvent la rédaction de l’avant-projet qui sera modifié par près de 2 000 amendements présentés par les députés et les sénateurs. Enfin, le 31 juillet 1978, le texte est adopté par les parlementaires. Au Congrès des Députés, l’approbation est écrasante : 94,2 % sont favorables au « oui » (UCD, PSOE, PCE et la plupart des députés d’Alliance populaire — dont Manuel Fraga Iribarne et une partie du groupe mixte). Au Sénat, les résultats sont identiques : 94,5 % de « oui ». Le corps électoral apparaît cependant un peu moins motivé que ne l’est la classe politique, un tiers des électeurs ne prenant pas part au référendum du 6 décembre. Près de 88 % se prononcent en faveur du texte.

Finalement le 27 décembre 1978, le roi d’Espagne se présente devant le Parlement — députés et sénateurs réunis — pour ratifier la Constitution.

Le roi règne en tant que monarque constitutionnel, sans exercer de réel pouvoir sur la politique du pays. Il est considéré comme un symbole essentiel de l’unité du pays, et ses interventions et points de vue sont écoutés respectueusement par des politiciens de tous les côtés. Son discours annuel la veille de Noël est diffusé par la plupart des chaines de télévision espagnoles. Étant le chef suprême des forces armées espagnoles, son anniversaire est une fête militaire.

Coup d’État du 23 février 1981

Une tentative de coup d’État militaire surprend le Congrès des députés le 23 février 1981. Des officiers, avec à leur tête le lieutenant-colonel Tejero, tirent des coups de feu dans la Chambre parlementaire durant une session retransmise en direct à la télévision. On craint alors la déroute du processus démocratique, jusqu’à ce que le roi étonne la nation par une allocution télévisée exigeant que l’armée apporte son soutien inconditionnel au gouvernement démocratique légitime. Le roi avait auparavant appelé plusieurs chefs de l’armée pour leur ordonner en tant que commandant en chef de défendre la démocratie.

Lors de sa prestation de serment devant les Cortes Generales (le Parlement), un chef communiste, Santiago Carrillo, lui avait donné le sobriquet « Juan Carlos el Breve », prédisant qu’il se trouverait rapidement écarté avec les autres restes du fascisme. Après l’échec du coup d’État du 23 février 1981, ce même homme politique, ému, dira aux médias : Dieu protège le Roi ! Si les démocrates et les partis de gauche s’étaient jusque-là montrés réservés, après l’échec du coup d’État, leur soutien deviendra inconditionnel, un ancien chef de la IIe République déclarera : « Nous sommes tous des monarchistes maintenant ». Néanmoins, une expression courante dit que les Espagnols ne sont pas des monarchistes, mais des « juancarlistes ».

Plus tard, une tentative d’assassinat par des membres du groupe séparatiste basque ETA avortera à Majorque, lieu de villégiature de la famille royale.

Fin de règne contestée et abdication

Le roi Juan Carlos Ier et, plus généralement, la famille royale espagnole sont ébranlés à la suite de plusieurs scandales dus à leur train de vie et à des affaires d’infidélités et de corruption.

En avril 2012, Juan Carlos Ier est victime d’une fracture de la hanche lors d’une chasse aux trophées d’éléphant au Botswana. Beaucoup se sont scandalisés de ce voyage qui a coûté plusieurs dizaines de milliers d’euros aux contribuables espagnols alors que le pays traversait une grave crise économique et subissait une politique d’austérité. Le roi dut présenter ses excuses à la nation le 18 avril 2012 : « Je suis profondément désolé. J’ai commis une erreur et cela ne se reproduira pas ».

L’affaire Nóos met en évidence le détournement de 6,5 millions d’euros de fonds publics et choque les Espagnols, car elle semble impliquer le gendre du roi, Iñaki Urdangarin, et peut-être l’infante Cristina elle-même.

Le 2 juin 2014, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, déclare, lors d’une conférence de presse, que le roi Juan Carlos a décidé d’abdiquer en faveur de son fils Felipe, prince des Asturies. Le même jour, le monarque s’exprime pour justifier sa décision. Le 18 juin, l’abdication est effective et son fils Felipe devient roi le lendemain, au moment de la publication de la loi organique d’abdication au bulletin officiel sous le nom de Felipe VI.

Après l’abdication

Le roi émérite continue d’exercer des fonctions de représentation au nom de son fils, notamment lors des prises de fonctions des chefs d’État d’Amérique latine, jusqu’en 2019 où il annonce qu’il se retire définitivement de la vie publique à compter du 2 juin de la même année.

Présomption de fraude fiscale et de corruption

D’après des enregistrements de Corinna Larsen, ancienne aristocrate allemande et ex-maîtresse de Juan Carlos, diffusés par la presse, ce dernier l’aurait utilisée afin de cacher des fonds considérables en Suisse. D’après ces révélations, le monarque espagnol aurait touché de très importantes commissions sur des marchés d’État, dont en particulier 80 millions d’euros pour la construction d’un train rapide en Arabie saoudite. Juan Carlos aurait profité de l’amnistie fiscale décrétée en 2012 par Mariano Rajoy   pour rapatrier, et au passage blanchir, la majeure partie de ce capital.

Un communiqué du roi Felipe VI annonce en mars 2020 que ce dernier renonce à l’héritage de Juan Carlos, son père, à la suite de nouvelles révélations sur sa fortune cachée, et qu’il lui retire sa dotation de 195 000 euros par an. L’ancien monarque détiendrait notamment un compte au Panama abritant 100 millions d’euros et un autre au Liechtenstein de 10 millions d’euros, qui auraient été alimentés par des pots-de-vin durant ses années de règne.

Après son départ d’Espagne

Le 3 août 2020, soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête du Tribunal suprême, l’ex-roi Juan Carlos annonce sa décision de quitter le pays dans une lettre adressée à son fils, le roi Felipe VI, citée par la Maison royale. Le quotidien El País révèle, dans son édition du 5 août 2020, que le roi Felipe VI et son père se sont rencontrés et sont convenus de cet « exil provisoire », avec l’aval du gouvernement de Pedro Sánchez. Ce dernier apporte son soutien à la monarchie constitutionnelle, affirmant qu’« on juge des personnes et non des institutions » et que l’ex-roi se mettra à la disposition de la justice.

Coût de la monarchie espagnole

La monarchie espagnole perçoit de l’État environ 10 millions d’euros par an. Selon le quotidien espagnol El Economista, son coût réel est de 25 millions d’euros si l’on inclut l’entretien des édifices royaux, celui du yacht et du parc automobile du roi Juan Carlos, ainsi que les 5,8 millions d’euros versés aux 130 fonctionnaires à son service. Selon La Dépêche du Midi : « Le roi, Juan Carlos Ier, perçoit 266 436 euros par an, soit quatre fois plus que le chef du gouvernement. Le prince Felipe, 45 ans, touche 127 636 euros annuels »

À titre de comparaison, en 2006, le député socialiste René Dosière estimait le coût de la présidence de la République française à 90 millions d’euros annuels.  Mais celle-ci abrite le véritable chef de l’exécutif contrairement à la reine Élisabeth II du Royaume-Uni, qui est dans une situation constitutionnelle comparable au roi d’Espagne et qui percevait, en 2013, 42,5 millions d’euros annuels.

La fortune du roi était estimée, en 2013, à 300 millions d’euros.

Autres activités

Passionné de voile depuis sa jeunesse, le roi Juan Carlos participe régulièrement à des régates. Début 2018, il remporte le championnat du monde de voile dans la catégorie des 6 mètres JI.

L’indicatif radioamateur du roi est EA0JC.

Il est membre honoraire du Club de Rome.

En tant que pilote professionnel, il a participé à un vol d’essai de l’A400M.

Amateur de chasse au gros gibier, le roi s’est rendu plusieurs fois au Botswana pour y chasser légalement l’éléphant, une espèce menacée. La chasse à l’éléphant coûte en moyenne 37 000 euros par animal tué.

Famille

Juan Carlos de Borbón épouse, le 14 mai 1962, d’après les rites orthodoxe et catholique, la princesse Sophie de Grèce (1938), fille du roi Paul de Grèce (1901-1964) et de la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981).  De cette union naissent trois enfants portant le prédicat d’altesse royale :

Elena de Borbón y Grecia (1963), infante d’Espagne, duchesse de Lugo, qui épouse en 1995 Jaime de Marichalar y Sáenz de Tejada (1963), dont elle divorce en 2010, d’où deux enfants portant le prédicat d’excellence :

Felipe de Marichalar y Borbón (1998) ;

Victoria de Marichalar y de Borbón (2000) ;

Cristina de Borbón y Grecia (1965), infante d’Espagne, qui épouse en 1997 Iñaki Urdangarin Liebaert (1968), d’où quatre enfants portant le prédicat d’excellence :

Juan Valentín Urdangarin y de Borbón (1999) ;

Pablo Nicolás Urdangarin y de Borbón (2000) ;

Miguel Urdangarin y de Borbón (2002) ;

Irene Urdangarin y de Borbón (2005) ;

Felipe de Borbón y Grecia (1968), prince des Asturies, devenu Felipe VI, qui épouse en 2004 Letizia Ortiz Rocasolano (1972), d’où deux enfants portant le prédicat d’altesse royale :

Leonor de Borbón y Ortiz (2005), princesse des Asturies ;

Sofía de Borbón y Ortiz (2007), infante d’Espagne.

Titres, honneurs et armoiries

 

Titulature officielle

21 juillet 1969 – 22 novembre 1975 : Son Altesse royale le prince d’Espagne ;

22 novembre 1975 – 18 juin 2014 : Sa Majesté le roi d’Espagne

depuis le 18 juin 2014 : Sa Majesté le roi Juan Carlos.

Après son abdication, Juan Carlos continue de porter à vie le titre honorifique de roi et la qualification de majesté.

Conformément à la Constitution espagnole, Juan Carlos a porté légalement le titre de roi d’Espagne et a pu utiliser « les autres titres qui reviennent à la Couronne » (deuxième alinéa de l’article 56 du titre II « De la Couronne »), sans pour autant les spécifier. En outre, le décret royal 1368/1987, promulgué le 6 novembre 1987 en  Conseil des ministres, confère au titulaire de la Couronne (le roi ou la reine d’Espagne) le prédicat de majesté et lui donne la possibilité d’utiliser les « autres titres qui correspondent à la Couronne ». L’ensemble de ces titres, qui forment la titulature traditionnelle des souverains espagnols, contient une liste d’une vingtaine de royaumes  faisant aujourd’hui partie d’États souverains, ce qui fait qu’il n’est utilisé ni par les agences de l’État espagnol ni par la diplomatie du royaume. La titulature espagnole complète a été officiellement utilisée avant l’instauration de la Constitution de 1837, sous le règne d’Isabelle II d’Espagne. Elle est la suivante :

« Sa Majesté catholique [nom de règne], roi d’Espagne, de Castille, de Léon, d’Aragon, des Deux-Siciles, de Jérusalem, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Minorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaén, des Algarves, d’Algésiras, de Gibraltar (es), des îles Canaries, des Indes orientales et occidentales, de l’Inde et du continent océanien, de la terre ferme et des îles des mers océanes, archiduc d’Autriche, duc de Bourgogne, de Brabant, de Milan, d’Athènes, de Néopatrie, comte de Habsbourg, de Flandre, de Tyrol et de Barcelone, seigneur de Biscaye et de Molina (es), marquis d’Oristan et de Gozianos, etc. »

Titulature de courtoisie

5 janvier 1938 – 8 mars 1941 : Son Altesse royale Juan Carlos de Borbón y Borbón-Dos Sicilias, infant d’Espagne

8 mars 1941 – 21 juillet 1969 : Son Altesse royale le prince des Asturies

Alors que le 5 février 1941 le roi Alphonse XIII abdique ses droits à la Couronne en faveur de son fils cadet, l’infant Juan, qu’il s’était choisi pour héritier, ce dernier devient prétendant au trône d’Espagne et prend le titre de courtoisie de comte de Barcelone. Juan Carlos, son fils, reçoit par la suite la Toison d’or, ce qui le désigne comme le successeur potentiel du comte de Barcelone. Ainsi, il est désigné par les partisans de son père par le titre de courtoisie de prince des Asturies (non reconnu par le régime franquiste ni par les autres prétendants au trône d’Espagne), avec la qualification d’altesse royale.

Pour les légitimistes français, il est « petit-fils de France » en tant que fils de Juan de Borbón, comte de Barcelone, fils cadet d’Alphonse XIII (ou « Alphonse Ier » pour les légitimistes) et frère de Jacques-Henri de Bourbon (prétendant au trône de France sous le nom de « Henri VI »). Juan Carlos occuperait la 4e place dans l’ordre de succession derrière Henri de Bourbon, duc de Touraine et devant son fils, le prince Felipe, premier prince du sang.

Ascendance

Juan Carlos descend de la branche espagnole de la maison de Bourbon, ayant pour auteur le roi Philippe V d’Espagne (1683-1748), né Philippe de France, fils de France, duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV. Le roi Juan Carlos est aussi l’arrière-arrière-petit-fils de la reine Victoria, par sa petite-fille Victoire-Eugénie de Battenberg (1887-1969), l’épouse d’Alphonse XIII d’Espagne (1886-1941). Au travers de différents ascendants, et notamment par son arrière-grand-mère Marie-Christine de Habsbourg-Lorraine (de la branche de Teschen), épouse d’Alphonse XII, il descend de la maison de Habsbourg-Lorraine fondée par le mariage de Marie-Thérèse d’Autriche avec François de Lorraine.

 

Bibliographie

Laurence Debray, Juan Carlos d’Espagne, Paris, Éditions Perrin, 2013, 410 p.

Chantal de Badts de Cugnac et Guy Coutant de Saisseval, Le Petit Gotha, Paris, Éditions Le Petit Gotha, coll. « Petit Gotha », 2002 (1re éd. 1993), 989 p.  p. 361 et seq. (section « Maison royale d’Espagne »)

Christian Cannuyer (préf. Roland Mousnier), Les maisons royales et souveraines d’Europe : la grande famille couronnée qui fit notre vieux continent, Paris, Brepols, 1989, 274 p.

Guy Coutant de Saisseval, Les Maisons impériales et royales d’Europe, Paris, Éditions du Palais-Royal, 1966, 588 p.

Gauthier Guy, Don Juan Carlos Ier, les Bourbons d’Espagne d’Alphonse XIII à Philippe VI, Editions L’Harmattan, 2016.

Philippe Nourry, Juan Carlos, un roi pour les Républicains Centurio, 1986. Nouvelle édition mise à jour : Juan Carlos, Taillandier, 2011.

Philippe Nourry, Histoire de l’Espagne, Taillandier 2011 et Texto, 2015.

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON MATTHIEU, LIVRE DES ROIS, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 84

Dimanche 9 août 2020 : 19ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 9 août 2020 : 19ème dimanche du Temps Ordinaire

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STUDIO BASSETalain Basset12 rue de la Blanchisserie69250 Neuville sur Saone0607535207[#Beginning of Shooting Data Section]Nikon D800E2013/07/08 10:12:01.00Fuseau horaire/date : UTC, Heure d’été:ActivéeRAW, compression sans perte (14 bits)Taille d’image : L (7360 x 4912), FXObjectif : 35mm f/2DPhotographe : ALAIN BASSET 0607535207 Focale : 35mmMode d’exposition : ManuelMesure : Pondérée centraleVitesse d’obturation : 1/60sOuverture : f/9Correction expo. : 0ILRégl. précis expo. :Sensibilité : ISO 160Optimisation image :Balance des blancs : Ensoleillé, 0, 0Mode mise au point : Manuel (MF)Mode de zone AF : Point sélectifRéglage précis AF : DésactivéVR :Réduction du bruit : DésactivéeRéduc. bruit ISO : FaibleMode couleur :Espace colorimétrique : Adobe RVBCorrection des tons :Réglage des teintes :Saturation :Accentuation :D-Lighting actif : DésactivéContrôle du vignetage : NormalContrôle auto de la distorsion : DésactivéPicture Control : NEUTRAL-POLAFondé sur : [NL] NeutreRéglage rapide :Accentuation : 3Contraste : -1Luminosité : 0Saturation : -1Teinte : -1Effets de filtres :Virage :Sys coord :Nettoyage du capteur d’image : 2013/06/15 15:58:43Légende image : ALAIN BASSET 0607535207 [#End of Shooting Data Section]

Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre des Rois 19, 9a.11-13a

En ces jours-là, lorsque le prophète Elie fut arrivé à l’Horeb,
la montagne de Dieu,
9 il entra dans une caverne et y passa la nuit.
11 Le SEIGNEUR lui dit :
« Sors et tiens-toi sur la montagne devant le SEIGNEUR,
car il va passer. »
A l’approche du SEIGNEUR,
il y eut un ouragan, si fort et si violent
qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers,
mais le SEIGNEUR n’était pas dans l’ouragan ;
et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre,
mais le SEIGNEUR n’était pas dans le tremblement de terre ;
12 et après ce tremblement de terre, un feu,
mais le SEIGNEUR n’était pas dans ce feu,
et, après ce feu, le murmure d’une brise légère.
13 Aussitôt qu’il l’entendit,
Elie se couvrit le visage avec son manteau,
il sortit et se tint à l’entrée de la caverne.

Ce récit est celui de la grande découverte d’Elie, le jour où il a compris qu’il s’était lourdement trompé sur Dieu. Je m’explique : Tout avait commencé par l’idolâtrie de la reine Jézabel : nous sommes à Samarie (capitale du royaume du Nord) au 9ème siècle av.J.C. Le roi Achab (qui a régné à Samarie de 875 à 853) avait épousé une princesse païenne, Jézabel, fille du roi de Sidon. Celle-ci, comme tout son peuple, pratiquait le culte des Baals : en entrant à la cour de Samarie, elle aurait dû abandonner sa religion, car le roi d’Israël se devait de proscrire de son royaume toute idolâtrie ; car l’Alliance avec le Dieu UN, était exclusive de toute autre ; c’était le sens du tout premier commandement donné par Dieu au Sinaï : « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi. » (Ex 20,2).
Mais, bien au contraire, Jézabel avait introduit à la cour de Samarie de nombreux prêtres de Baal : quatre cents prêtres de ce culte idolâtre paradaient au palais et prétendaient désormais que Baal est le vrai Dieu de la fertilité, de la pluie, de la foudre et du vent. Quant au roi Achab, trop faible, il laissait faire ! C’était la honte pour le prophète et les fidèles du Seigneur.
Alors Elie s’était dressé pour défendre l’honneur de son Dieu, face à la paganisation croissante. Dressé avec tant de vigueur que le livre de Ben Sirac a pu dire de lui : « Alors se leva le prophète Elie, brûlant comme une torche. » (Si 48,1-11). Il s’était fait le champion de l’Alliance : d’emblée, il s’était situé comme le représentant du Dieu d’Israël combien plus puissant que Baal. Inexorablement, les relations entre le prophète et la reine étaient devenues un concours de puissance entre le Dieu d’Israël et le Baal de Jézabel : « Mon Dieu à moi est le plus fort » était leur refrain commun.
Elie s’était placé sur le terrain même de l’idole des Cananéens : d’après lui, seul, le Dieu d’Israël pouvait annoncer la sécheresse et la famine. Qui donc a le pouvoir de donner ou de retenir la pluie ? On va voir ce qu’on va voir. On connaît la suite : une longue période de sécheresse annoncée par Elie jusqu’au jour où Dieu lui demanda de prévenir le roi qu’il allait envoyer la pluie. Or Elie fit du zèle, pourrait-on dire, ce jour-là : au lieu de se contenter de faire ce que Dieu lui avait demandé, c’est-à-dire de porter au roi la bonne nouvelle, il décida d’en profiter pour faire un grand coup d’éclat en l’honneur de son Dieu. Pour que l’on sache bien que le Dieu d’Israël seul maîtrise les éléments, il organisa une sorte de joute entre les prophètes de Baal d’un côté et lui tout seul de l’autre.
C’est le fameux épisode du sacrifice du mont Carmel : on construisit deux autels, un pour Baal, l’autre pour le Dieu d’Israël. Sur chacun des deux autels, on prépara un taureau pour le sacrifice. Et l’on convint que le dieu qui répondrait aux prières par le feu du ciel serait bien évidemment le vrai Dieu.
Alors les prêtres de Baal se mirent en prière les premiers. Mais ils eurent beau implorer toute une journée leur dieu d’envoyer son feu sur leur bûcher, il ne se passa rien. Elie ne leur épargna pas les moqueries et les conseils de crier plus fort, mais rien n’y fit.
Le soir venu, Elie se mit à prier à son tour et Dieu, aussitôt, s’embrasa le bûcher et le sacrifice préparé par son prophète. Celui-ci avait donc gagné la première manche devant le peuple d’Israël tout entier, médusé ; et sur sa lancée, Elie avait massacré tous les prêtres de Baal ; cela, Dieu ne le lui avait pas demandé !
La reine Jézabel n’était pas présente à l’événement, mais lorsque le roi lui raconta l’histoire, elle entra dans une grande fureur et jura de tuer Elie. Il s’enfuit donc, descendit dans le royaume du Sud, puis dans le désert du Sinaï. Dans sa fuite, il en arrivait à désirer la mort : « Je n’en peux plus ! Maintenant, SEIGNEUR, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères. » (1 R 19,4).
Cette phrase « je ne vaux pas mieux que mes pères » était le début de sa conversion : il était en train de prendre conscience qu’il s’était trompé de Dieu et qu’il n’avait pas hésité à utiliser le violence pour des motifs religieux…que, lui aussi, comme ses pères avait exigé que Dieu opère des prodiges. Il lui restait à découvrir que la puissance de Dieu est faite de douceur, celle qui « ne crie pas, n’élève pas le ton, ne fait pas entendre dans la rue sa clameur, ne brise pas le roseau ployé, n’éteint pas la mèche qui s’étiole… » comme dit le prophète Isaïe (Is 42,2-3). Au bout d’une marche de quarante jours et quarante nuits, au mont Horeb (autre nom du mont Sinaï), Dieu l’attendait 1 : il aura fallu tout ce long chemin à Elie pour s’apercevoir qu’il n’avait pas choisi le bon terrain et que peut-être lui-même se trompait de Dieu : comme ses adversaires, il imaginait un Dieu de puissance.
Mais Dieu ne l’a pas abandonné pour autant, au contraire, il l’a accompagné dans sa longue marche et, peu à peu l’a converti jusqu’à se révéler à lui dans la vision émouvante du mont Horeb (1 R 19,12) ; dernière préparation à la rencontre, la question du Seigneur à Elie réfugié dans une caverne : « Pourquoi es-tu ici, Elie ? » Elie répondit : « Je suis passionné pour le SEIGNEUR, le Dieu des puissances ; les fils d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels et tué tes prophètes par l’épée ; je suis resté moi seul et l’on cherche à m’enlever la vie. »
Puis vient cette étonnante manifestation de Dieu : il n’est ni dans l’ouragan, ni dans le feu ni dans le tremblement de terre, mais dans le murmure d’une brise légère. Et encore, notre traduction est-elle trop forte si j’ose dire. En hébreu, c’est, littéralement « le son d’un silence en poussière » : un silence, c’est l’absence de son, précisément ! Et que dire d’une poussière de silence ? C’est dire que nous sommes en présence d’un Dieu de douceur, bien loin du vacarme auquel Elie s’attendait peut-être. Mais non, Dieu n’est ni dans l’ouragan, ni dans le feu ni dans le tremblement de terre, mais dans le son du silence.
On est bien loin de la démonstration de puissance qui avait accompagné une autre manifestation de Dieu, quelques siècles plus tôt, sur cette même montagne (Ex 19) 2. Au temps de Moïse, le peuple n’était pas encore prêt à mettre sa confiance en un Dieu qui n’aurait pas déployé les forces des éléments déchaînés. A l’époque d’Elie, l’heure est venue pour une nouvelle étape de la Révélation.
C’est l’honneur et la gloire du peuple élu d’avoir livré au monde cette révélation dont ils ont été les premiers bénéficiaires, avec Elie. C’est dire aussi à quelle douceur nous devons tendre si nous voulons être à l’image de notre Père du ciel !
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Notes
1 – D’après notre traduction liturgique « Elie entra dans une caverne et y passa la nuit ». Mais le texte hébreu précise : « Il arriva là, à la caverne et y passa la nuit ». Il s’agit d’une certaine caverne déjà connue, celle où Moïse, bien avant lui, avait eu la révélation du « SEIGNEUR, Dieu miséricordieux et bienveillant, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté. » (Ex 34,6).
2 – « Il y eut des voix, des éclairs, une nuée pesant sur la montagne et la voix d’un cor très puissant… Le mont Sinaï n’était que fumée, parce que le SEIGNEUR y était descendu dans le feu ; sa fumée monta, comme la fumée d’une fournaise et toute la montagne trembla violemment. La voix du cor s’amplifia : Moïse parlait et Dieu lui répondait par la voix du tonnerre. » (Ex 19,16… 19).

Complément
On ne peut pas ignorer qu’Elie n’est pas devenu un doux pour autant ! Il suffit de relire le premier chapitre du deuxième livre des Rois. Même un très grand prophète ne se convertit pas en un jour !

 

PSAUME – 84 ( 85 ), 9-10, 11-12, 13-14

J’écoute : que dira le SEIGNEUR Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le SEIGNEUR donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

Le psaume 84 (85) a été écrit après le retour d’Exil du peuple d’Israël : ce retour tant attendu, tant espéré. Ce devait être un merveilleux recommencement : c’était le retour au pays, d’abord, mais aussi le début d’une nouvelle vie… Dieu effaçait le passé, on repartait à neuf… La réalité est moins rose. D’abord, on a beau prendre de « bonnes résolutions », rêver de repartir à zéro (nous en savons tous quelque chose !), on se retrouve toujours à peu près pareils… et c’est très décevant. Les manquements à la Loi, les infidélités à l’Alliance ont recommencé, inévitablement.
Ensuite, il faut dire que l’Exil à Babylone a duré, à peu de chose près, cinquante ans (de 587 à 538 av.J.) ; ce sont des hommes et des femmes valides, d’âge mûr pour la plupart, qui ont été déportés et qui ont survécu à la marche forcée à travers le désert qui sépare Israël de Babylone… Cela veut dire que cinquante ans après, au moment du retour, beaucoup d’entre eux sont morts ; ceux qui rentrent au pays sont, soit des jeunes partis en 587, mais dont la mémoire du pays est lointaine, évidemment, ou bien des jeunes nés pendant l’Exil. C’est donc une nouvelle génération, pour une bonne part, qui prend le chemin du retour. Cela ne veut pas dire qu’ils ne seraient ni très fervents, ni très croyants, ni très catéchisés… Leurs parents ont eu à coeur de leur transmettre la foi des ancêtres ; ils sont impatients de rentrer au pays tant aimé de leurs parents, ils sont impatients de reconstruire le Temple et de recommencer une nouvelle vie. Mais au pays, justement, ils sont, pour la plupart des inconnus, et, évidemment, ils ne reçoivent pas l’accueil dont ils avaient rêvé ; par exemple, on sait que la reconstruction du Temple s’est heurtée sur place à de farouches oppositions.
Dans le début de notre psaume d’aujourd’hui, on ressent bien ce mélange de sentiments ; voici des versets qui ne font pas partie de la liturgie de ce dimanche, mais qui expliquent bien le contexte : le retour d’Exil est une chose acquise : « Tu as aimé, Seigneur, cette terre, tu as fait revenir les déportés de Jacob ; tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute ; tu as mis fin à toutes tes colères, tu es revenu de ta grande fureur. » (v.2-4). Mais, pour autant, puisque les choses vont mal encore, on se demande si Dieu ne serait pas encore en colère : « Seras-tu toujours irrité contre nous, maintiendras-tu ta colère d’âge en âge ? » (v.6). Alors on supplie : « Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, que nous soit donné ton salut. » (v.8).
Et on demande la grâce de la conversion définitive : « Fais-nous revenir, Dieu notre salut » (v.5) ; toute la première partie du psaume joue sur le verbe « revenir » : « revenir » au sens de rentrer au pays après l’exil, c’est chose faite ; « revenir » au sens de « revenir à Dieu », « se convertir »; c’est plus difficile encore ! Et on sait bien que la force, l’élan de la conversion est une grâce, un don de Dieu. Une conversion qui exige un engagement du croyant : « J’écoute… que dira le Seigneur Dieu ? » « Ecouter », en langage biblique, c’est précisément l’attitude résolue du croyant, tourné vers son Dieu, prêt à obéir aux commandements, parce qu’il y reconnaît le seul chemin de bonheur tracé pour lui par son Dieu. « Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles » ; mais le compositeur de ce psaume est réaliste ! Il ajoute « Qu’ils (les fidèles) ne reviennent jamais à leur folie ! » (9c).
La fin de ce psaume est un chant de confiance superbe, en quelque sorte « le chant de la confiance revenue », la certitude que le projet de Dieu, le projet de paix pour tous les peuples avance irrésistiblement vers son accomplissement. « La gloire (c’est-à-dire le rayonnement de la Présence de Dieu) habitera notre terre (10)… La justice marchera devant lui et ses pas traceront le chemin. (14)… Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent (11). Le psalmiste, ici, est-il bien réaliste ? Il parle comme si l’harmonie régnait déjà sur la terre ; pourtant, il n’est pas dupe, il n’est pas dans le rêve ! Il anticipe seulement ! Il entrevoit le Jour qui vient, celui où, après tant de combats et de douleurs inutiles, et de haines imbéciles, enfin, les hommes seront frères !
Pour les Chrétiens, ce Jour est là, il s’est levé lorsque Jésus-Christ s’est relevé d’entre les morts, et, à leur tour, les Chrétiens ont chanté ce psaume, et pour eux, désormais, à la lumière du Christ, il a trouvé tout son sens. Le psaume disait : « Son salut est proche de ceux qui l’aiment » (10) et justement le nom de Jésus veut dire « Dieu-salut » ou « Dieu sauve » ; le psaume disait : « La vérité germera de la terre » ; Jésus lui-même a dit « Je suis la Vérité » et le mot « germe », ne l’oublions pas, était l’un des noms du Messie dans l’Ancien Testament ; le psaume disait « La gloire habitera notre terre », et Saint Jean, dans son Evangile dit « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire qu’il tient du Père » (Jn 1,14) ; le psaume disait : « J’écoute, que dira le Seigneur Dieu ? » ; Jean appelle Jésus la Parole, le Verbe de Dieu ; le psaume disait : « Ce que Dieu dit, c’est la paix pour son peuple » ; lors de ses rencontres avec ses disciples, après sa Résurrection, la première phrase de Jésus pour eux sera « La paix soit avec vous » ; décidément, toute la Bible nous le dit, la paix, cette conquête apparemment impossible pour l’humanité, est pourtant notre avenir, à condition de ne pas oublier qu’elle est don de Dieu.
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Complément
Lorsque nous accomplissons à la Messe le geste de paix, nous proclamons qu’elle est l’œuvre de Jésus-Christ et nous nous engageons à y collaborer.

 

DEUXIEME LECTURE – Lettre de saint Paul aux Romains – 9, 1-5

Frères,
dans le Christ,
c’est la vérité, je ne mens pas,
et ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint :
2 J’ai dans le coeur une grande tristesse,
une douleur incessante.
3 Pour les Juifs, mes frères de race,
je souhaiterais même être maudit, séparé du Christ :
4 ils sont en effet les fils d’Israël,
ayant pour eux l’adoption, la gloire, les alliances,
la Loi, le culte, les promesses de Dieu ;
5 ils ont les patriarches,
et c’est de leur race que le Christ est né,
lui qui est au-dessus de tout,
Dieu béni éternellement. Amen.

Les huit premiers chapitres de la lettre aux Romains ont décrit, pas à pas, la démarche de la grâce, le déroulement du dessein d’amour de Dieu, depuis Adam et Abraham, jusqu’au Christ ressuscité des morts qui donne l’Esprit. Devant tout cela, Paul a dit son émerveillement, mais une grave question le préoccupe douloureusement : qu’en est-il désormais de la destinée du peuple Juif ?
Nous savons ce qui est lui arrivé à lui, Saül, ce juif fidèle à l’extrême, lorsque, sur la route de Damas, il a vu s’écrouler toutes ses certitudes… Il a compris, ce jour-là, que croire au Christ n’est pas un reniement de sa foi juive, bien au contraire, puisque Jésus accomplit en sa personne, par sa vie, sa mort et sa résurrection, le projet de Dieu annoncé dans les Ecritures. Désormais ce sera l’essentiel de sa prédication : « Je vous rappelle, écrit-il aux Chrétiens de Corinthe, l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés et par lequel vous serez sauvés… Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’ai reçu moi-même : Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures (selon les promesses de Dieu contenues dans les Ecritures). Il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures. Il est apparu à Céphas et aux douze… En tout dernier lieu il m’est aussi apparu, à moi, l’avorton. Ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu » (1 Co, 15,1… 9).
Et lorsqu’il aura à répondre au tribunal de son activité d’apôtre, après son arrestation par les autorités juives à Jérusalem, Paul déclarera : « Fort de la protection de Dieu, je continue à rendre témoignage devant petits et grands : les prophètes et Moïse ont prédit ce qui devait arriver, et je ne dis rien de plus . » (Ac 26,22).
Mais ses frères juifs, dans leur grande majorité, non seulement ne l’ont pas suivi, mais, pour beaucoup d’entre eux sont devenus ses pires persécuteurs. A la date à laquelle Paul rédige sa lettre aux Romains, on n’en est pas encore à la séparation officielle entre juifs et chrétiens, quand ceux-ci seront chassés des synagogues et qualifiés d’apostats dans la prière juive ; mais Paul souffre profondément de l’hostilité qu’il rencontre dans toutes les communautés juives où il tente d’annoncer la Bonne Nouvelle. Alors, il se pose la question : que devient la partie du peuple élu qui ne reconnaît pas Jésus comme le Messie ? Est-elle exclue de l’Alliance ? Si c’était le cas, cela voudrait dire que l’Alliance pouvait être rompue… Dieu aurait-il repris sa liberté ? Dieu n’était donc pas tenu par ses promesses ?
Mais si Dieu n’est pas tenu par ses promesses, les Chrétiens non plus ne peuvent pas compter sur la fidélité de Dieu ?
La réponse à cette question, Paul va la chercher logiquement dans l’Ecriture et dans l’histoire d’Israël ; il énumère tous les privilèges du peuple choisi par Dieu, et qui sont les piliers de la foi d’Israël : « Ils ont pour eux l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses de Dieu ; ils ont les patriarches, et c’est de leur race que le Christ est né. »
Pour Paul, juif imprégné des Ecritures, cette liste à elle seule évoque toute l’histoire du peuple choisi : on peut essayer d’imaginer à quels passages de l’Ecriture Paul faisait référence.
Je reprends un à un chacun de ces éléments. En ce qui concerne l’adoption, Dieu lui-même avait recommandé à Moïse : « Tu diras au Pharaon : ainsi parle le SEIGNEUR : Mon fils premier-né, c’est Israël. » (Ex 4,22). Et Osée, méditant la longue aventure de l’Exode, disait en écho : « Quand Israël était jeune, je l’ai aimé et d’Egypte, j’ai appelé mon fils. » (Os 11,1). Paul pensait peut-être également au Deutéronome : « Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR votre Dieu » (Dt 14,1).
La gloire de Dieu, c’est le rayonnement de sa Présence : or Israël a bénéficié de plusieurs manifestations de Dieu. Ce fut le cas dans la grande manifestation (dans l’orage et le feu ; Ex 19) au mont Sinaï que j’ai rappelée à propos de la première lecture. Ce fut le cas également lorsque la Présence de Dieu se manifesta au-dessus de la Tente de la Rencontre qui venait d’être dressée pour abriter l’Arche d’Alliance : « La nuée couvrit la tente de la rencontre et la gloire du SEIGNEUR remplit la demeure. » (Ex 40,34). Dieu gratifia encore Salomon d’une manifestation semblable au moment de la dédicace du Temple qui venait d’être construit (1 R 8,10-11). Et, dans le psaume de ce dimanche, nous avons chanté : « Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre. » (Ps 85/84,10).
Autre privilège dont Israël pouvait être fier, cette Alliance reconduite d’âge en âge : tout avait commencé avec Abraham, puis Isaac, puis Jacob. Et au Sinaï, Dieu avait promis à son peuple : « Vous serez ma part personnelle parmi tous les peuples. » (Ex 19,5). Et c’est bien envers le peuple et non pas seulement envers Moïse qu’il s’était engagé.
La loi donnée à ce moment-là par Dieu était comprise comme une preuve de sa sollicitude pour son peuple, de sa volonté de le faire grandir dans la paix et la liberté. Au pied du Sinaï, le peuple avait promis « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique. » (Ex 19, 8). Et si l’on pratiquait si volontiers le culte, c’est parce que toute célébration était vécue comme une rencontre entre Dieu et son peuple pour le renouvellement de cette Alliance. En attendant le jour béni où toutes les promesses de bonheur faites par Dieu seraient enfin accomplies avec la venue du Messie.
Et voilà que le Messie était venu… et que son peuple, dans sa grande majorité, l’avait méconnu, pire, éliminé. On comprend à quel point la question pouvait être douloureuse pour Paul, lui qui avait eu aussi sa période de refus. Mais c’est dans sa foi, et dans l’Ecriture qu’il a trouvé la réponse. La longue énumération que nous venons de faire avec lui dicte la solution.
Non, il est impossible que Dieu oublie son peuple, lui-même l’a promis : « La femme oublie-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. » (Is 49,15) ; « Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEIGNEUR. » (Is 54,10).
Oui, c’est sûr, d’une manière mystérieuse pour nous, mais de manière certaine, Israël reste aujourd’hui encore, le peuple élu : l’argument décisif, Paul l’a écrit à Timothée, « Dieu reste fidèle car il ne peut se rejeter lui-même. » (2 Tm 2,13).

 

EVANGILE – selon saint Matthieu 14, 22-33

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert,
22 Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque
et à le précéder sur l’autre rive,
pendant qu’il renverrait les foules.
23 Quand il les eut renvoyées,
il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier.
Le soir venu, il était là, seul.
24 La barque était déjà à une bonne distance de la terre,
elle était battue par les vagues,
car le vent était contraire.
25 Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux
en marchant sur la mer.
26 En le voyant marcher sur la mer,
les disciples furent bouleversés.
Ils disaient : « C’est un fantôme »,
et la peur leur fit pousser des cris.
27 Mais aussitôt Jésus leur parla :
« Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »
28 Pierre prit alors la parole :
« Seigneur, si c’est bien toi,
ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. »
29 Jésus lui dit : « Viens ! »
Pierre descendit de la barque,
et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
30 Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur ;
et, comme il commençait à enfoncer, il cria :
« Seigneur, sauve-moi! »
31 Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit,
et lui dit :
« Homme de peu de foi,
pourquoi as-tu douté ? »
32 Et quand ils furent montés dans la barque,
le vent tomba.
33 Alors ceux qui étaient dans la barque
se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent :
« Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Ceci se passe tout de suite après la multiplication des pains. Les disciples ont eu tout juste le temps de ramasser les douze corbeilles de ce qui restait, après que toute la foule ait été rassasiée. Et Jésus, nous dit Matthieu, les oblige aussitôt à quitter les lieux. On peut se demander pourquoi ; il y a peut-être deux raisons à cela : première raison, l’urgence de la mission. On se souvient d’une phrase rapportée par Marc : c’était après une longue journée à Capharnaüm et de nombreuses guérisons. Pierre et ses compagnons auraient bien retenu Jésus, mais il leur avait répondu : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Evangile : car c’est pour cela que je suis sorti. » (Mc 1,39). En d’autres termes, il n’y a pas de temps à perdre.
Il y a plus grave, peut-être. Matthieu, dans l’épisode des tentations (Mt 4,1-11), nous dit bien que Jésus a dû résister à la tentation du succès. Quand le Tentateur lui avait suggéré de changer des pierres en pain pour assouvir sa propre faim, Jésus avait refusé. Ici, il venait de multiplier les pains, pour servir son peuple. Mais la deuxième tentation se profilait peut-être à l’horizon : « Jette-toi du haut du Temple » pour faire un grand coup d’éclat, avait suggéré le Tentateur (Mt 4). Et, là encore, Jésus avait su résister. Mais ici, au bord du lac, après l’impressionnant miracle des pains pour une foule nombreuse, peut-être Jésus a-t-il craint pour lui-même ou pour ses disciples le risque de céder au spectaculaire.
Si c’est le cas, on comprend d’autant mieux le désir de Jésus de se ressourcer dans la prière. « Quand il eut renvoyé les foules, nous dit Matthieu, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. » Je crois que Jésus était en dialogue permanent avec son Père, mais, peut-être parfois ressentait-il le besoin de silence pour être plus disponible à l’Esprit qui lui soufflait la direction à prendre.
Regardons ce qui se passe dans la barque, maintenant : « Elle était battue par les vagues, paraît-il, car le vent était contraire ». Pierre et ses compagnons étaient des habitués du lac de Tibériade, il ne semble pas qu’ils aient été pris de panique devant le gros temps. Les choses ont changé quand ils ont vu quelqu’un s’approcher de la barque en marchant sur les vagues. Cette fois, ils ont eu peur, le prenant pour un fantôme, et ils se sont mis à crier. Alors a retenti cette voix bien connue, inimitable, comme toute voix amie, et elle disait « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! » Des mots déjà entendus, des mots d’apaisement. Toute peur cessante, Pierre s’est lancé : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. » Le même, qui avait peur, l’instant d’avant, est prêt à tout, parce qu’il a entendu la voix.
On connaît la suite : Jésus, répondant à l’élan de son disciple, a simplement dit « Viens » ; et Pierre, aussi incroyable que cela puisse paraître, Pierre a su marcher sur l’eau ! Pourquoi a-t-il regardé ailleurs ? Il a vu le vent et a pris peur. Alors, il a commencé à couler. Matthieu ne peut pas mieux décrire la condition de tout disciple : faite d’élans sincères et de fragilités. « L’esprit est ardent mais la chair est faible » disait Jésus (Mt 26,41). Pourtant, si Jésus a dit « Viens ! », c’est parce que cela était possible, avec son aide, bien sûr. Mais il ne fallait pas regarder ailleurs et s’inquiéter de la puissance du vent. Les disciples avaient déjà vécu l’épisode de la tempête apaisée, pourtant (Mt 8,23-27). Belle leçon, là encore : nous ne sommes jamais à l’abri d’une nouvelle reculade. Celui qui se croit le mieux assuré peut encore perdre pied, comme Pierre, ici.
Comme Pierre encore, quelques années plus tard, lors de la Passion : c’est lui qui aura le plus bel élan : « Même s’il faut que je meure avec toi, non, je ne te renierai pas. » (Mt 26,35). Et c’est le même, qui, cette nuit-là, précisément, reniera son Maître, par trois fois.
Revenons sur le lac : Pierre, donc, prend peur et s’enfonce. Son seul tort est d’avoir regardé ailleurs, le vent trop fort. S’il n’avait pas détaché les yeux de Jésus, il aurait pu se maintenir. Retenons la leçon, ne regardons pas ailleurs. Mais il a eu alors le seul bon réflexe, dans ces cas-là, il a appelé Jésus au secours : « Seigneur, sauve-moi ! » Nos fragilités ont ceci de bon qu’elles nous inspirent la prière à laquelle le Seigneur ne résiste jamais, l’appel au secours.
« Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit » : voilà Pierre en sûreté. Mais Jésus continue : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Pourquoi attendre de sentir la main de Jésus sur lui pour faire confiance ? Jésus n’était-il pas déjà avec eux ? N’avait-il pas dit lui-même « Viens » ? Pourquoi douter qu’il nous donnera les moyens d’y arriver ?
Alors Jésus et Pierre sont montés à bord et le vent est tombé. La paix revenue, tous se prosternent : dans la voix de Jésus, dans ses gestes, ils viennent de reconnaître celui qui apporte la paix au monde. « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
Il y aura encore dans la vie des disciples, dans la nôtre, d’autres élans, d’autres reniements, mais il suffira alors de dire humblement « Seigneur, sauve-moi ! » pour que nous rencontrions sa main tendue.