11 NOVEMBRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, LA FRANCE S'EST VÊTUE DE NOIR, LA FRANCE VÊTUE DE NOIR, POEME, POEMES

La France vêtue de noir

La France s’est vêtue de noir

CHAMBRY - GUERRE - TOMBE

La France s’est vêtue de noir

La France  est en deuil

Elle pleure ses enfants

Morts là bas au front

Elle pleure ceux qui sont disparus

Tombés le fusil à la main

Fauchés par la mitraille

 

La France s’est vêtue de noir

Le matin elle s’assied

Au bord de la tranchée

Le chapelet à la main

A genoux dans la boue

Implorant le ciel

Que Dieu ne lui enlève aucun fils

 

La France s’est vêtue de noir

Le soir elle tombe à genoux

Prêt du soldat qui se meurt

Recueille pieusement sa dernière prière

Et prie humblement dans les larmes

Que la Mère des douleurs

Accueille ce fils tant aimé

 

La France est vêtue de noir

Elle est en deuil

Elle a perdu tant de fils

Alors le  matin le soir

A genoux devant le grand crucifix

Elle supplie Dieu

De ne plus lui prendre ses enfants

 

La France est vêtue de noir

Elle porte le deuil de ses enfants

Et le chapelet à la main

Elle parcourt le champ de bataille

Elle tend ses bras vers le ciel

Espérant que Dieu verra son malheur

Et lui rendra ses fils vivants

 

La France vêtue de noir

Entend le clairon qui dit

Que la guerre est finie

La France vêtue de noir

Serre sur son cœur meurtri

Un maigre bouquet de fleurs des champs

Qu’elle dépose sur les tombes blanches

De ses fils qui ne reviendront plus

 

Mais elle sait bien

La France qui s’est vêtue de noir

La France qui est en deuil

Que la paix est vase d’argile

Que demain encore

Le monde sera un champ de batailles

Que couleront encore le sang et les larmes

 

©Claude-Marie T.

Dimanche 11 novembre 2018.

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11 NOVEMBRE, EGLISE CATHOLIQUE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, PRETRES, RELIGIEUX, RELIGION, RELIGIONS

Prêtres et religieux dans la Grande Guerre 14-18

Prêtres et religieux, héros de 14-18

 

World War I: New Zealand troops taking Holy Communion administered by an Army chaplain in the open air

Le 11 novembre, jour de commémoration de l’armistice de 1918, hommage est rendu aux morts de la Grande Guerre. Parmi eux, de nombreux prêtres, religieux et religieuses. Un colloque organisé le 15 novembre à Paris à l’initiative du diocèse aux armées prolongera cet hommage.

 

Lorsque la guerre est déclarée début août 1914, l’Église de France manifeste son patriotisme en dépit d’un anticléricalisme encore très présent. Elle encourage les prêtres et les religieux en âge d’être engagés à répondre à l’appel à la mobilisation. Ce qu’ils font comme un seul homme : selon l’historien Xavier Boniface, ils sont au total près de 32 000, auxquels il convient d’ajouter plus de 12 000 religieuses.

L’apport du clergé catholique à l’effort de guerre français a donc été important. Comme la législation le prévoyait, le gros des effectifs comprenait des aumôniers et des combattants. Il y a eu, durant toute la guerre, pas loin de 1 000 aumôniers officiels (400 titulaires, 600 volontaires) et 31 000 combattants qui étaient prêtres (19 000), séminaristes (4 000), religieux ou novices (8 000) et pouvaient aussi avoir un rôle d’aumônier officieux.

Une réponse à la demande d’ « union sacrée »

Des chiffres étonnants pour un pays marqué par plusieurs années d’anticléricalisme, et par la législation de séparation des Églises et de l’État qui, de 1901 à 1905, s’était traduite notamment par l’expulsion des congrégations vers l’étranger. La contribution des prêtres et religieux se faisait au nom du patriotisme et, l’Allemagne ayant déclaré la guerre à la France, de la guerre juste. Elle venait répondre aussi à la demande d’« union sacrée » formulée dès le début du conflit par le président de la République, Raymond Poincaré.

Le clergé séculier s’est massivement mobilisé. Loin alors étaient les protestations indignées des évêques lorsqu’en 1889, la loi « curés sac au dos » avait supprimé l’exemption du service militaire pour les séminaristes ; ceux-ci, après l’avoir effectué, étaient mobilisables en cas de guerre, comme infirmiers ou brancardiers. Entre-temps, par une loi votée en 1905, la République avait mis tous les citoyens mâles à égalité devant l’obligation militaire en cas de conflit en étendant la mobilisation comme combattants aux hommes de religion, qui étaient jusque-là exclusivement destinés au service de santé.

Le sens du sacrifice

Les religieux des congrégations, qui avaient toujours été soumis à l’obligation militaire, se trouvaient pour leur part expulsés du territoire national depuis quelques années : ils rentrèrent en France dès le début du conflit pour s’enrôler.

Le sens du sacrifice dont les uns et les autres ont fait preuve (environ 5 000 tués au total, soit une proportion de 16 %) les a légitimés auprès de la troupe et a finalement favorisé la réconciliation ultérieure entre l’Église et l’État. Même si cette évolution n’a pas toujours été évidente. Ainsi, début 1916, à l’initiative du quotidien La Dépêche de Toulouse, une « infâme rumeur » a fait passer les prêtres mobilisés pour des « embusqués » dans les services de santé à l’arrière. Pour rétablir la vérité, La Croix a alors décidé de publier une rubrique des serviteurs de Dieu tués au front (1). Celle-ci a ensuite servi de base, après le conflit, à la publication par la Bonne Presse du Livre d’or du clergé et des congrégations, avec une préface de l’académicien Henry Bordeaux titrée « Le sang des prêtres ».

 

14 000 ont été cités et décorés

Avant 1914, les autorités avaient envisagé que, par temps de guerre, les soldats puissent avoir besoin d’un soutien spirituel : elles avaient prévu à cet effet environ 200 postes d’aumôniers dits « titulaires ». Mais l’ampleur de la mobilisation, l’installation dans la durée d’une guerre aux horreurs inattendues et la demande de spiritualité au sein de la troupe les obligèrent à augmenter le nombre de titulaires et à faire appel à des bénévoles (les aumôniers « volontaires »), qui ont fini par recevoir une indemnité journalière.

À l’initiative de Mgr Luc Ravel, évêque aux armées, un colloque sera organisé à Paris samedi 15 novembre, pour rendre hommage au courage de ces hommes. Plus de 14 000 ont été cités et décorés pendant la guerre. L’hommage concernera aussi les quelques dizaines de pasteurs et rabbins mobilisés. Durant le conflit, aucun imam n’était recensé dans les troupes musulmanes.

 

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L’Église se souvient 

Un temps de prière pour les morts de 14-18 et pour la paix est proposé pour le mardi 11 novembre dans toutes les paroisses du pays par le diocèse aux armées avec l’accord des évêques de France.

La chaîne de télévision KTO programme deux documentaires de 52 minutes : l’un sur « les aumôniers héroïques dans l’enfer de la guerre » d’Armand Isnard (lundi 10 novembre 20 h 40), l’autre sur « les religieuses de la Grande Guerre » d’Alexandre Dolgorouky (mercredi 12 novembre 20 h 40).

L’association Droits du religieux ancien combattant (DRAC) annonce trois événements pour le samedi 15 novembre : tenue d’un colloque intitulé « Prêtres et religieux dans la Grande Guerre » sous la présidence de Mgr Luc Ravel, évêque aux armées, de 10 heures à 18 heures au couvent des Franciscains, 7 rue Marie-Rose 75014 Paris ; publication d’un livre La Grande Guerre des hommes de Dieu (192 p., 20 €) ; lancement d’une exposition itinérante sur le même thème. Inscriptions, commandes ou réservations auprès de l’association Drac.

La Conférence des évêques de France vient d’éditer une brochure sur la « Mémoire chrétienne de la Grande Guerre » (Documents-Épiscopat numéro 3, 2014, 34 p., 5 €.)

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Auteur : Mgr Luc Ravel

La mémoire est une dimension de notre foi chrétienne et commémorer permet à l’Église d’évangéliser le temps en proposant une vision de l’histoire. Faire mémoire ensemble aujourd’hui de la Grande Guerre et proposer des initiatives durant le cycle des commémorations est le défi que l’Église entend relever.

 

  • Cette riposte est racontée dans Biographie d’un journal, d’Yves Pitette (Perrin, 336 p., 23 €).

 

https://www.la-croix.com/Actualite/France/Pretres-et-religieux-heros-de-14-18-2014-11-07-1233737

11 NOVEMBRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, HISTOIRE DE FRANCE

Prière des tranchées

800px-Neuve-chapelle_christ_des_trancheesLA PRIÈRE DES TRANCHÉES

Le soir tombe, semblable au-dessus des deux lignes

Semblable de tendresse et de rédemption.

Encore un jour passé que nous abandonnons Pour mieux aimer demain dont l’espoir nous fait signe.   Le soir tombe, Seigneur. Sous sa feinte douceur Que cache-t-il, tendant la trame de son ombre ? Quel invisible doigt parmi nos rangs dénombre Ceux dont le dernier jour sera ce jour qui meurt ?   Quels d’entre nous verront le prochain crépuscule ? Quels verront la Victoire et l’ultime combat ? Notre désir grandit, s’exalte, se débat, Et, douloureux se tend vers le but qui recule.     Sans la flamme, Seigneur, les flambeaux ne sont rien. Nous sommes les flambeaux et vous êtes la flamme. Pour l’orgueil de nos cœurs, pour la foi de nos âmes, Seigneur, accordez-nous notre espoir quotidien.   …Seigneur, vous n’avez pas exaucé nos prières. Voici les ciels de brume et d’immobilité ! Chaque jour alourdit le poids de nos misères Et nous doutons parfois, Seigneur, de la clarté.     Où sont les fruits promis, les moissons et les roses ?   L’hiver a poignardé la gloire du jardin. Aux espoirs abolis les granges se sont closes Et le vol des corbeaux insulte à nos destins.   …Pitié mon Dieu, pitié pour tous ceux qui fléchissent, Pour tous ceux qui n’ont plus la foi qu’il faut avoir. Plus pur est dans le cœur l’état du sacrifice Quand il ne s’est nourri qu’aux flambeaux du devoir.   D’autres heures naîtront, plus belles et meilleures. La Victoire luira sur le dernier combat. Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas.  

Sylvain ROYÉ (1891-1916)

 

Chaque camp implore Dieu mais celui ci doit pleurer,  de tant d’atrocités inutiles et de tant de prières stériles  seul le Diable gagne dans les tranchées

 

11 NOVEMBRE, DRAPEAU FRANÇAIS, HISTOIRE DE FRANCE

COMMMENT EST NE LE DRAPEAU NATIONAL

BREVE HISTOIRE DU DRAPEAU FRANÇAIS

 drapeauIl aurait pu être vert :  il doit sa naissance à une révolte d’esclaves !

On a appris  que le drapeau bleu-blanc-rouge avait été créé en 1789, sous l’impulsion de La Fayette, par l’adjonction des couleurs de Paris (bleu et rouge) et du blanc royal. C’est en réalité beaucoup plus compliqué.

 

  1. Le drapeau français aurait pu être vert

Avant le drapeau, il y a eu la cocarde tricolore. Mais celle-ci aurait pu être verte.

Le lundi 13 juillet 1789, veille de la prise de la Bastille, une foule immense s’est réunie au Palais-Royal, où se trouve le comité insurrectionnel. « Plus de 10.000 hommes sont armés, ils annoncent qu’ils vont attaquer les troupes r­oyales aux Champs-Elysées puis, de là, aller à Saint-Denis rejoindre les régiments et se rendre à Versailles », écrit le commandant des troupes au président de l’Assemblée nationale. Il ajoute : 

Les armuriers ont été pillés et chacun porte la cocarde verte. »

Cette cocarde est dite « de Camille Desmoulin » : il car l’a imaginée la veille, 12 juillet. Mais l’histoire va très vite, dans ces journées dramatiques : dès le lendemain, la cocarde verte disparaît.

 

  1. Le drapeau français aurait pu être bleu-blanc-rose

Dès le 14-Juillet, la mode du vert est oubliée, comme en témoigne le libraire Hardy dans son journal :

« On commençait à changer les cocardes de couleur, en faisant succéder le rose, le bleu et blanc à la couleur verte ». »

Témoignage similaire d’un négociant, Failly, dans une lettre écrite le 23 juillet 1789 : 

« On donna d’abord [le 13 juillet, NDLR] pour passeport la cocarde verte, mais, le soir, réfléchissant que cette couleur était la livrée du comte d’Artois, on la prit rose, bleu et blanc. » » 

 

  1. Le bleu et le rouge ont été imposés par la bourgeoisie parisienne

Le 13 juillet, le comité des électeurs de Paris (l’assemblée municipale composée de marchands et de notables) se réunit à l’Hôtel de Ville. Il instaure, par un arrêté, une milice parisienne. Il s’agit, avec le soutien de l’Assemblée nationale, de réprimer les émeutiers qui menacent la royauté.

Un premier décret donne ordre « aux citoyens de tous rang, de tout ordre et de tout âge » se trouvant dans la capitale de s’inscrire sur la liste des « soldats de la patrie ». Et parce qu’il faut distinguer les membres qui composent cette milice parisienne (seule à avoir le droit d’être armée), « les couleurs de la ville ont été adoptées » (article 10 d’un deuxième décret) :

« En conséquence, chacun portera la cocarde bleue et rouge ». 

Quatre jours plus tard, le 17 juillet, Louis XVI se rend à l’Hôtel de Ville et se voit remettre la cocarde bleu et rouge qu’il pique à son chapeau. 

Quand le blanc s’est-il invité entre le bleu et le rouge ? Une légende dit que le roi a posé la cocarde bleu et rouge sur sa propre cocarde blanche, scellant la réconciliation entre la royauté et Paris. Dans ses mémoires, La Fayette, qui a participé à la réunion des électeurs parisiens et reçu le roi, écrit :

« La cocarde fut d’abord bleue et rouge ; ce n’étaient pas seulement les couleurs de la ville, mais par un singulier hasard, celles de la livrée d’Orléans. La Fayette, frappé de cette circonstance et voulant nationaliser l’ancienne couleur française, en la mêlant aux couleurs de la révolution, proposa à l’Hôtel-de-Ville et fit adopter la cocarde tricolore. »

Vrai ? Faux ? Difficile de trancher !  Mais Le Hardy mentionne la cocarde « bleu-blanc-rose » dès le 13 juillet.  Ce qui est sûr, c’est que c’est la cocarde tricolore qui va s’imposer. En atteste ce décret de l’Assemblée (octobre 1789) pour interdire les cocardes noires, prise comme symbole par des contre-révolutionnaires :

« L’Assemblée, informée que plusieurs personnes ont pris des cocardes différentes de celles qui sont aux couleurs de la Ville, et notamment des cocardes noires ; considérant que la cocarde originairement adoptée a été un signe de fraternité pour les citoyens, et que Sa Majesté l’a adoptée elle-même ; ordonne que les arrêtés précédemment rendus, qui sont en tant que de besoin confirmés, continueront d’être exécutés,
déclare que la cocarde aux couleurs rouge, bleue et blanche est la seule que les citoyens doivent porter ; fait défense à tout particulier d’en porter d’autre ». »

Les couleurs retenues sont celles du drapeau de la révolution américaine (lui-même inspiré des trois couleurs du drapeau britannique). 

 

  1. Les inventeurs de la cocarde ne la prenaient pas assez au sérieux

« La cocarde de la garde nationale a fait le tour du monde » écrira La Fayette. En effet la cocarde rouge et bleue, purement parisienne, va vite se diffuser en province avec la Révolution, et devenir célèbre. Pourtant, au départ, elle est considérée comme un gadget par ses initiateurs.

Le 14-Juillet, la Bastille est cernée par le peuple. Depuis l’Hôtel de ville, Flesselles, prévôt des marchands et maire, a fait parvenir une missive à Bernard-René de Launay, gouverneur de la célèbre prison :

« J’amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses, tenez bon jusqu’à ce soir et vous aurez des renforts ». »

Dans la journée, un représentant du comité insurrectionnel tombe sur la lettre et s’étrangle. Flesselles, pour l’avoir écrite, est tué devant l’Hôtel de Ville, d’un coup de pistolet (suivi d’une décapitation, et d’une promenade de sa tête au bout d’une pique, en compagnie de celle de Bernard-René de Launay).

« C’est ainsi que l’on se venge des traîtres » : est-il mentionné sur une gravure de 1789 montrant les têtes de Flesselles et du marquis de Launay sur des piques.

 

  1. Le drapeau rouge était au départ le symbole de la répression bourgeoise

 

Au départ, le drapeau rouge est déployé par la garde nationale (commandée par La Fayette) pour alerter du danger. Quand la garde le déploie « au nom du roi, c’est que des charges violentes se préparent : les émeutiers sont invités à rentrer vite chez eux. Une loi du 20 octobre 1789 prévoit explicitement cet usage.

Le 17 juillet 1791, juste après l’arrestation du roi à Varennes, le peuple se met à détruire les symboles royaux. Alors qu’une foule de plusieurs milliers de personnes se regroupe au Champ-de-Mars et menace de renverser la royauté, La Fayette et Bailly (maire de Paris, qui a succédé à Flesselles) proclament la loi martiale et font déployer le drapeau rouge.

Les troupes sont envoyées sur le Champ-de-Mars, une fusillade éclate et de nombreux manifestants sont tués : 10 selon la police (La Fayette, qui va bientôt démissionner), 400 selon les organisateurs (Marat), quelques dizaines selon les historiens. Cette « Saint-Barthélemy des patriotes » est un tournant, et libère les aspirations purement républicaines.

A partir de là, les révolutionnaires vont utiliser le drapeau rouge pour se souvenir de la répression du Champs-de-Mars. C’est ainsi que, le 10 août 1792, en marchant vers les Tuileries pour renverser définitivement le roi, les sans-culottes des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel portent un drapeau rouge sur lequel ils ont inscrit :

« La loi martiale du peuple souverain, contre la rébellion du pouvoir exécutif. » »

Le rouge est depuis lors le symbole favori de la gauche révolutionnaire.

 

  1. Le blanc n’est pas tellement plus « royal » que le bleu et le rouge

L’image de Louis XVI piquant la cocarde bleue et rouge sur sa cocarde blanche, faisant jaillir subitement la mystique tricolore, symbole de « l’alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple », relève du roman national. Le blanc s’est bien imposé comme le symbole de la monarchie et le rouge celui de la révolution, mais au départ, les choses étaient bien plus complexes.

Les rois de France adoraient le blanc (c’est la couleur du panache d’Henri IV, de la fleur de lys, des pavillons des vaisseaux royaux…) mais ils appréciaient aussi le bleu et le rouge. La livrée des Bourbons portait déjà les couleurs bleues, blanches et rouges. 

En sens inverse, les couleurs de Paris ne sont pas uniquement « le bleu et le rouge » : la nef ornant les armoiries est blanche. Et ces trois couleurs ont probablement été choisies pour refléter… les couleurs royales.

 

  1. Le drapeau tricolore est la conséquence d’une révolte d’esclaves

Jusque-là, on ne parle que de « couleurs nationales » et de « cocardes », et non pas de « drapeau ». Et lors de la fête de la Fédération, le 14 juillet 1790, les drapeaux qui flottent sont de diverses couleurs, selon les villes et les quartiers qu’ils représentent. Et c’est l’oriflamme blanche, portée par La Fayette et sa garde, qui est considérée comme l’emblème national.

Le drapeau tricolore va naître d’un incident. Le 16 septembre 1790, une escadre doit partir de Brest vers Saint-Domingue, pour mater une révolte de Noirs qui réclament la liberté. Mais les marins refusent d’aller réprimer la liberté de ces hommes. Ils se mettent en grève, et vont contester le pavillon blanc qui flotte sur leurs vaisseaux.

L’Assemblée nationale est saisie, elle cherche des compromis. Parmi ceux-ci, elle propose de remplacer le pavillon blanc par un pavillon « aux couleurs nationales ». Cela donne lieu à un débat passionné le 22 octobre retranscrit par le Moniteur.

Un député (Vaudreuil) trouve que le nouveau pavillon « est le même que celui des Hollandais » qui portait déjà ses trois bandes horizontales : rouge, blanche, bleue. Un autre (Galissonnière) ajoute que ces couleurs sont aussi celles du pavillon anglais. Un troisième (Foucault) parle de « profanation » et suggère de « laisser à des enfants le nouveau hochet aux trois couleurs ».

François-Henri de Virieu (l’aïeul direct du journaliste homonyme) s’inquiète de la suppression du pavillon blanc « qui a toujours fait la gloire et l’honneur du nom français » :

« C’est ce pavillon qui a rendu libre l’Amérique, un changement tendrait à en couvrir le souvenir de nos victoires et de nos vertus. »

Les gens ne comprendraient pas, juge-t-il. Il propose un compromis : adjoindre au drapeau blanc une simple « bande aux couleurs nationales ».
Mirabeau prend alors la parole, vante les trois couleurs, « ce signe de ralliement de tous les amis, tous les enfants, de la liberté », cette « enseigne du patriotisme », qu’il oppose à la couleur blanche, qu’il désigne comme « la couleur de la contre-révolution ». La droite jette de grands cris, précise « le Moniteur ». Il poursuit : 

« Elles vogueront sur les mers, les couleurs nationales ! Elles obtiendront le respect de toutes les contrées, non comme le signe des combats et de la gloire, mais comme celui de la sainte confraternité des peuples, des amis de la liberté sur toute la terre, comme la terreur des conspirateurs et des tyrans ! »

Discours ponctué de huées et autres menaces. Mais il marque des points.

 

  1. Le premier drapeau officiel bleu-blanc-rouge était rouge-blanc-bleu

 

L’Assemblée approuve le changement de pavillon, et laisse à son comité militaire le soin d’en définir les modalités. Le 24 octobre 1790 il publie un décret :

Article premier : le pavillon de beaupré sera composé de trois bandes égales et posées verticalement. Celle de ces bandes de plus près du bâton sera rouge, celle du milieu blanche et la troisième bleue. »

Rouge-blanc-bleu, donc !

Le pavillon en poupe est, quant à lui  : blanc, mais avec le drapeau tricolore occupant un quart de sa surface.

Le roi accepte la réforme : il adopte le drapeau aux trois couleurs nationales. Elles gagnent tous les régiments.

 

  1. C’est David qui a été chargé de dessiner le drapeau définitif

Le 29 pluviôse An II (le 15 février 1794), on débat de nouveau du drapeau. A l’initiative du conventionnel Jean Bon Saint André, l’Assemblée décide qu’il soit composé de trois bandes verticales :

de manière que le bleu soit attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs. »

On charge le peintre David, de « fournir les dessins du nouveau pavillon à la nation ». Le drapeau nouveau pavoise à partir de mai la France, mais cela ne dure pas : Napoléon prend le pouvoir et façonne le drapeau en y ajoutant des aigles.

A la restauration, le blanc revient. Ce n’est qu’en 1830 que le drapeau tricolore est définitivement adopté. « La nation reprend ses couleurs », dit le roi Louis-Philippe.

 

  1. Lamartine l’a sauvé en 1848

Lors de la révolution de 1848, c’est le drapeau rouge (« l’étendard sanglant » de la révolution de 1789) qui flotte sur les barricades. Le 25 février, la République est de nouveau proclamée. Les insurgés (conduits par Blanqui) exigent un drapeau rouge. Louis Blanc appuie leur proposition. Mais Lamartine, membre du gouvernement provisoire retourne la foule dans un discours improvisé et resté célèbre :

« Jamais ma main ne signera ce décret. Je repousserai jusqu’à la mort ce drapeau de sang, et vous devez le répudier plus que moi, car le drapeau rouge que vous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et en 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie. »

Les émeutiers envahissent pendant ce temps l’Hôtel de Ville, Lamartine poursuit son discours dans la salle du trône.

Le 26 février 1848, un décret confirme le drapeau tricolore comme emblème national.

 

SOURCE : NOUVEL OBSERVATEUR (29 novembre 2015).

11 NOVEMBRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918

POURQUOI UN BLEUET LE 11 NOVEMBRE ?

Pourquoi les Français portent-ils des bleuets le 11 novembre et les britanniques des coquelicots ?

Si l’automne n’est pas la saison de la floraison, à l’occasion des célébrations du 11-Novembre, de nombreuses fleurs décorent les monuments aux morts, les vestons et même la Tour de Londres, presque ensevelie sous une avalanche de coquelicots. Si outre-Manche et dans tout le Commonwealth, le « poppy » (coquelicot) est populaire, au point que le 11 novembre soit communément appelé « Poppy day », en France, c’est une autre fleur que l’on arbore : le bleuet.
Ces deux fleurs sauvages ont continué à pousser dans la terre ravagée par les combats de la première guerre mondiale. Et toutes deux font écho à un poème, les « Bleuets de France » et « In Flanders fields » et (« Dans les champs des Flandres »). Mais pourquoi la France et le monde anglo-saxon se sont-ils approprié ces symboles ?

POURQUOI LE BLEUET ?
Même si le Président de la République l’épingle à sa boutonnière chaque 11 novembre, le bleuet est moins célèbre en France que son pendant britannique. Outre le symbole de vie qui se poursuit malgré les obus, « bleuets » était le surnom que les poilus donnaient aux nouveaux soldats, arrivant avec leur uniforme d’un bleu horizon encore immaculé. C’est en 1925 que l’appellation devient un insigne, à l’initiative de deux infirmières : Charlotte Malleterre et Suzanne Leenhardt créent le « Bleuet de France » , pour recueillir des fonds afin de venir en aide aux mutilés de la Grande Guerre. Les pensionnaires des Invalides confectionnent eux-même les bleuets en tissus vendus ensuite à leur profit.
A partir de 1934, les fleurs réalisées par les anciens combattants sont vendues dans les rues, et l’année suivante, l’Etat officialise la vente du bleuet le jour de l’Armistice. Et la fleur devient aussi le symbole de l’insertion par le travail, chose toujours d’actualité, car désormais, ils sont fabriqués par des établissements réservés aux personnes en situation de handicap. Si la tradition s’est lentement perdue, elle a fait son retour en 2012, après l’adoption d’une loi fixant au 11 novembre « la commémoration de tous les morts pour la France » et non plus uniquement ceux de la première guerre mondiale.

POURQUOI LE « POPPY » ?
Le coquelicot est un symbole auquel sont attachés de nombreux Anglo-Saxons. C’est à partir d’un poème écrit par un soldat canadien lors de la deuxième bataille d’Ypres, que le « poppy » a été adopté comme symbole en 1921 par la Royal British Legion, une association chargée des anciens combattants. Dès cette année-là, il commence à apparaître sur le revers des vestes des Britanniques.
Jusqu’à aujourd’hui, la tradition du « poppy » persiste, en particulier au Royaume Uni, où inconvenant qu’un homme fasse une apparition la semaine qui précède le 11 novembre sans porter son coquelicot. Preuve de sa popularité : les sommes récoltées outre-Manche frôlent chaque année les 50 millions d’euros, contre un peu plus d’un million en France.
Par ailleurs, pour célébrer le centenaire de l’entrée en guerre, la Tour de Londres s’est parée cette année d’une œuvre monumentale composée de 888 246 coquelicots en céramique – un par soldat de la Couronne tombé lors de la Grande Guerre. Si l’installation doit être démontée et vendue pièce par pièce après le 11 novembre, les appels se multiplient pour la conserver en l’état le plus longtemps possible.

SOURCE LE MONDE (10 novembre 2015)
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