ADRIENNE VON SPEYR, DIEU SANS IDEE DU MAL, DIEU, LA SOUFFRANCE, LE MAL, FRANÇOIS VARILLON (1905-1978), JEAN-MICHEL GARRIGUES (1944-....), LA SOUFFRANCE DE DIEU, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MAL (problème du), SOUFFRANCE

Dieu, la souffrance, le mal

Dieu et le mystère de la souffrance du mal

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Dieu sans idée du mal 

Jean-Michel Garrigues

Paris, Desclée, 1998. 192 pages

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Si Dieu existe, pourquoi le mal ? Une réponse classique à cette question consiste à situer l’origine du mal moral, sous forme de permission, dans les idées divines. C’est pourtant dans une direction très différente que nous entraîne Jean-Miguel Garrigues. Le dominicain dit avoir été un jour ébloui par ce qu’a écrit saint Thomas dans la Somme théologique : « Dieu n’a pas idée du mal. » Dieu est absolument innocent car Il est infiniment étranger au mal. Il ne peut prévoir le mal, ni même le « voir » car Il n’a rien de commun avec lui. Le théologien entraîne alors le lecteur dans sa « contemplation du mystère de l’innocence de Dieu ». Il le fait en s’appuyant sur l’icône de la Trinité de Roublev et sur la fresque du Christ aux outrages de Fra Angelico où Jésus, les yeux bandés, ne peut voir le mal. Sans jargon, mais sans rien céder sur l’exigence, Jean-Michel Garrigues conduit le lecteur à découvrir « l’accomplissement du dessein bienveillant (de Dieu) à travers les contradictions du mal ».

 

Présentation de l’éditeur

Sommaire
Le Mystère : l’innocente bienveillance du dessein créateur du Père
La toute-puissance du Père
L’humanité de Dieu
L’innocence du Père dans notre adoption
La croissance glorieuse de la liberté filiale
La folle bienveillance du Dieu agneau
La vulnérabilité du Dieu agneau
L’économie du mystère : l’accomplissement du dessein bienveillant à travers les contradictions du mal
Le fils, agneau immolé dès l’origine du monde
Gethsémani : la suprême contradiction du mal
La mystérieuse ambivalence de la coupe
Dans la cellule de la miséricorde
L’Intelligence du Mystère : savoir haïr l’absurde et adorer le mystère
Dieu sans idée du mal
Comment Dieu connaît-il le mal dont il n’a pas idée ?

 

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La Souffrance de Dieu 

François Varillon

Paris, Bayard/Le Centurion, 1975. 115 pages.

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Quatrième de couverture

Un Dieu impassible qui surplombe du haut de sa gloire le mal et le malheur du monde ! Cette image continue de vivre dans les profondeurs de l’inconscient. Mais, si rien n’affecte jamais son éternelle sérénité, Dieu ne peut être qu’indifférent et insensible au drame des humains. Doit-on vraiment oublier la souffrance des hommes pour chanter l’éclat de Dieu trois fois saint ? La souffrance demeure. Aujourd’hui des théologiens s’interrogent sur la présence en Dieu même d’un mystère de souffrance. Ne souffrirait-il pas lui-même de tout le mal qui ravage la terre, comme osait l’écrire Jacques Maritain ? Il a fallu le courage intellectuel et l’audace croyante du père Varillon pour l’exprimer clairement, avec une fervente et patiente attention au mystère de Dieu vivant et à celui de notre condition. Pour parler de Dieu, de sa miséricorde autant que de sa puissance, de sa sensibilité autant que de sa perfection, pour dire la joie sans oublier le mal et la détresse, il faut méditer ces pages. Elles sont pleines du tourment de Dieu et de l’homme. Depuis la parution de ce très beau livre, beaucoup s’accordent à dire avec le père Jacques Guillet :  » Personnellement je ne puis penser à Dieu autrement que sous ces traits.  » Parce que ces traits consonnent le plus avec le témoignage même de la Bible.

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Job

Adrienne von Speyer ; Préface de Hans von Bathasar

Fribourg, Editions Johannes, 2014. 208 pages.

 

Présentation de l’éditeur

Dans ce commentaire du livre de Job, Adrienne von Speyr suit chapitre après chapitre les méandres du grand débat sur la souffrance dans lequel Job, ses amis, puis Dieu lui-même prennent la parole. Elle propose une analyse synthétique des différentes interventions qui se succèdent, et montre que la souffrance de Job, sa « nuit », ne peut pas encore recevoir son sens ultime : celui-ci ne sera donné que par la nuit du Christ à la croix, que Job annonce et préfigure, mais dont il est séparé par ce saut irréductible qu’est le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance. Dans ces pages, l’auteur propose aussi un fin discernement des différentes attitudes spirituelles face au mystère de la souffrance. C’est là un trait proprement ignatien, comme aussi l’insistance sur la majesté de Dieu toujours plus grand, devant laquelle Job, émerveillé, finit par s’incliner. En préface de l’ouvrage, Hans Urs von Balthasar conclut : « Cette analyse compte parmi les meilleures uvres de son auteur. »

Née dans une famille protestante de Suisse romande, Adrienne von Speyr (La Chaux-de-Fonds 1902 – Bäle 1967) connaît très jeune une vie spirituelle intense, à la recherche de Dieu toujours plus grand. Elle fait des études de médecine, se marie, élève deux enfants et exerce sa profession à Bâle. A la suite d’une rencontre décisive avec Hans Urs von Balthasar, elle entre dans l’Eglise catholique en 1940. C’est le début d’une mission commune qui a pour fruit la fondation d’un institut séculier et la publication d’une œuvre  théologique et spirituelle qui compte plus de soixante volumes.

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ADRIENNE VON SPEYR, CONFESSION, SACREMENTS

La confession selon Adrienne von Speyr

LA CONFESSION SELON ADRIENNE VON SPEYR

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Adrienne Von Speyr

Paris, Culture et Vérité, 1991. 216 pages.

 

Hans Urs von Balthasar dit au sujet de l’ouvrage d’Adrienne von Speyr :

«Une de ses œuvres les plus centrale ». Son livre aborde les aspects moraux et pratiques du sacrement en profondeur. Parmi les nombreux domaines couverts comprennent la conversion, les scrupules, la contrition, la direction spirituelle, le laxisme, la fréquence de la confession, les aveux de religieux et de laïcs, même les aveux des saints ».

 

Qu’est-ce que se confesser ? Quel sens cela a-t-il de le faire ? Pour répondre, Adrienne von Speyr ouvre les évangiles et regarde Jésus qui révèle à certains leurs fautes et leur pardonne. Autre question : comment se confesser ?

 

L’auteur décrit la confession du laïc et du prêtre, de l’actif et Pour Adrienne von Speyr la confession a eu une place importante dans sa vie spirituelle aussi bien que dans ses écrits. Elle parlait d’« attitude de confession »qui peut se définir par une attitude d’ouverture de soi pour répondre à une exigence :  « On peut la désigner analogiquement comme attitude de confession parce que Dieu s’y montre tel qu’il est et parce que de cette révélation attendue par Dieu lui-même surgit la situation toujours nouvelle de la vision et de l’amour » selon les mots de Hans Urs von Balthasar.  

 Dans cet ouvrage Adrienne von Speyr parle également de « confession originaire » en faisant référence à la mort du Christ sur la Croix en portant les péchés du monde : la Croix est donc « confession originaire ».

« La confession, conclut Adrienne, est là pour les pécheurs, ceux pour lesquels quelque chose d’autre, telle l’Eucharistie, reste trop élevé, trop saint, trop incompréhensible. On m’a baptisé, mais je ne vis pas conformément à la règle de ce baptême. On m’a confirmé, mais je ne suis pas un apôtre du Christ… Je me rends compte de toute la peine que l’Eglise prend pour moi…, mais cela ne me sert à rien. On me présente des saints, mais je n’en suis pas un ! Je vis dans le péché. En tant que pécheur, j’aurai toujours, vis-à-vis de l’Eglise, le dernier mot… Mais si on me dit que le confessionnal est réservé aux pécheurs, alors je vois clairement : voici finalement une place pour moi. C’est de moi précisément qu’il s’agit. Ce banc a été fabriqué précisément pour moi. Je peux évidemment trouver aussi à redire à la confession. Mais cela ne m’empêchera pas de savoir que c’est bien là ce qui concerne ma propre situation. Si on parle de la communion des saints, je sais pertinemment que je n’en fais pas partie, Mais si on me dit : il existe une communion des pécheurs, qui en fait partie ? je sais infailliblement que j’en fais partie »  

  « Au confessionnal il y a finalement une place pour moi. C’est de moi précisément qu’il s’agit. Ce banc a été fabriqué précisément pour moi. Je peux évidemment trouver aussi à redire à la confession. Mais cela ne m’empêchera pas de savoir que c’est bien là ce qui concerne ma propre situation. Si on parle de la communion des saints, je sais pertinemment que je n’en fais pas partie, Mais si on me dit : il existe une communion des pécheurs, qui en fait partie ? je sais infailliblement que j’en fais partie (p. 86). Avec cette notion étonnante de « communion des pécheurs », nous sommes une fois encore confrontés à la position fondamentale d’Adrienne, position que rend compréhensible tout ce qu’on a dit de la souffrance endurée par le Seigneur, à notre place, sur la Croix. C’est là en effet que se tiennent rassemblés les pécheurs, tous enfermés dans leur égoïsme et semblant par -là constituer le contraire d’une communion. Et, depuis la Croix, le plus grand poids du péché ne vient plus individuellement de chaque pécheur, de la mauvaise conscience dont il voudrait se défaire par la confession, mais de ce qui est infligé au Fils de Dieu. La vraie contrition ne peut plus se diriger vers le moi propre, qui regrette d’avoir renié son idéal, mais seulement vers Celui qui a pris sur lui et effacé la faute de ce moi ». 

 La confession, conclut Adrienne, est là pour les pécheurs, ceux pour lesquels quelque chose d’autre, telle l’Eucharistie, reste trop élevé, trop saint, trop incompréhensible. On m’a baptisé, mais je ne vis pas conformément à la règle de ce baptême. On m’a confirmé, mais je ne suis pas un apôtre du Christ… Je me rends compte de toute la peine que l’Eglise prend pour moi…, mais cela ne me sert à rien. On me présente des saints, mais je n’en suis pas un ! Je vis dans le péché. En tant que pécheur, j’aurai toujours, vis-à-vis de l’Eglise, le dernier mot… Mais si on me dit que le confessionnal est réservé aux pécheurs, alors je vois clairement : voici épouvantable, c’est que Dieu ait été offensé ; et le fait que moi (aussi) je l’ai offensé n’est qu’un moment particulier de cette chose épouvantable. Pour cette raison, Adrienne souligne fortement dans beaucoup de ses œuvres — et tout à fait spontanément dans ses propres confessions —, à côté de l’aspect personnel du péché, l’aspect social. Elle le fait remarquer aussi dans sa description de la confession des saints, par exemple chez un saint François, qui a péché, mais qui en se confessant regarde à l’offense reçue par le Seigneur plus qu’à lui-même. Ce qui ressort plus fortement encore chez des saints qui sont « sans péché », tels que Louis de Gonzague : « il confesse la distance existant entre lui et l’amour infini de Dieu, dont il ne peut arriver à rejoindre l’être toujours plus grand».  Du reste, quand elle fait allusion à l’aspect « social », Adrienne ne veut nullement désigner ce qu’aujourd’hui,  par ce terme (se trouver sociologiquement dans le piège de situations économiques et politiques objectivement injustes), mais bien ce quelque chose qui appartient au corps mystique du Christ, dans lequel, à proprement parler, il n’y a rien de privé. Comme, à son avis, une part du péché du monde doit toujours entrer dans une confession personnelle, de même l’absolution reçue par chaque croyant ira au-delà de sa personne, touchera d’une manière non représentable le monde dans sa totalité. C’est ainsi que personne ne peut communier seulement pour soi : cela contredirait clairement le terme de communion, qui signifie toujours communion avec Dieu et avec le corps mystique du Christ, dont personne ne peut fixer les limites. De même que participer au corps et au sang du Christ est une participation à ce qui a été donné « pour la vie du monde », de même la participation à la Croix, pour autant que celle-ci est confession originaire, est une actualisation sacramentelle de cette absolution générale qui fut prononcée à Pâques sur le monde réconcilié avec Dieu en sa totalité

 Ce très beau livre est tout à la fois un traité spirituel que théologique qui nous fait entrer en profondeur dans ce sacrement. Et c’est peut-être pour cette raison que lors du synode sur la Pénitence et la réconciliation en 1981 Jean-Paul II l’avait recommandé au Pères Synodaux.

 

  Pour compléter :

BALTHASAR, Hans Urs von. –  Adrienne von Speyr et le sacrement de pénitence. – In Nouvelle Revue théologique, n° 842, 1985.

Analyse de l’ouvrage d’Adrienne von Speyr dans sa vie et dans son œuvre.

Où l’on voit l’importance de la confession pour elle-même ce qui explique la place qu’elle occupe dans son toute son œuvre.

 

ADRIENNE VON SPEYR, JE SUIS LA SERVANTE DU SEIGNEUR, VIERGE MARIE

Je suis la Servante du Seigneur de Adrienne von Speyr

je suis la servante du seigneurLa servante du seigneur : Contemplations mariales D’Adrienne von Speyr Traduit de l’allemand par Julien de Vulpillières.

Éditions Johannes-Verlag, association Saint-Jean, 2014. 242 p.

 « Pareille à une gerbe liée en son milieu, qui se déploie à ses extrémités, la vie de Marie se résume en son oui ; à partir de lui, sa vie reçoit son sens et sa figure, elle se déploie en arrière et en avant. Ce oui central et unique est en même temps celui qui l’accompagne à chaque instant de son existence, éclaire chaque tournant de sa vie, confère à chaque situation son sens plénier et donne à Marie dans toutes les circonstances la grâce toujours neuve de comprendre. A chaque souffle, à chaque mouvement, à chaque prière de la Mère du Seigneur, le oui donne son sens plénier. Car la nature du oui, c’est de lier celui qui le prononce en lui, laissant la pleine liberté de le réaliser à sa façon. Celui qui le prononce remplit son oui de sa personnalité, il lui donne son poids et sa coloration unique, mais lui-même est tout autant modelé, libéré et réalisé par son oui. Toute liberté s’épanouit dans l’abandon de soi et le renoncement à une existence sans lien. Et de cette liberté liée naît toute fécondité. » (premier paragraphe qui introduit le livre d’Adrienne von Speyr).

 Ces quelques lignes introduisent la première des vingt-trois méditations mariales rassemblées dans ce volume et où est la Adrienne von Speyr nous invite à contempler les mystères de la vie de Marie et à comprendre plus profondément ce qu’ils révèlent de la vie de l’Église et de chacun de ses membres.  

 Ce petit livre d’Adrienne von Speyr qui reprend comme titre la réponse de Marie à l’ange Gabriel lors de l’Annonciation (Luc, 1, 38) : « Je suis la servante du Seigneur » est une longue méditation sur les « oui » de la Vierge Marie en suivant les scènes des Evangiles : de l’Annonciation à l’Assomption. En suivant la vie de Marie on met également ses pas dans ceux de Jésus. Le double « oui » de Marie – celui de l’Annonciation, celui au pied de la croix – nous fait entrer dans le mystère du dessein de Dieu pour le salut de l’humanité. Contempler Marie qui accompagne son Fils dans vie terrestre comme dans sa gloire après la Résurrection c’est inviter chacun à prononcer ce « oui » dans la foi car qui il va au-delà de notre simple compréhension humaine.

Cependant ce livre va également au-delà car il est également une réflexion à partir du couple de Marie et de Joseph sur la vocation de chacun dans le mariage. L’auteur anticipe également l’institution de la vie monastique puisque que Marie a vécu – selon Adrienne von Speyr – cet état après la mort de Jésus dans la maison de Jean. Ceci peut se comprendre à la lumière de la vie de l’auteur qui fut une femme mariée puis veuve et qui fonda avec le théologien Hans Urs von Balthasar l’Institut Saint-Jean.

 Mais on peut être déconcerté par certains titres donnés à Marie, comme celui de corédemptrice, un titre qui n’est pas un dogme. On peut également douter de certaines affirmations : la place que tient Marie dans l’institution de l’Eucharistie au moment de la Cène , le fait que Jésus soit apparu à Marie après sa Résurrection (ce qui n’est jamais mentionné dans les Evangiles) La figure de Marie peut apparaître trop « lointaine » , trop « idéale » et on peut lui préférer ce qu’en disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (paroles recueillies par Mère Agnès de Jésus le 21 août 1897 – CJ 21.8.3) :

« Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet.

J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie.

Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s’offrir à Dieu avec des sentiments brûlants d’amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu’elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents.

Pourquoi dire encore, à propos des paroles prophétiques du vieillard Siméon, que la Sainte Vierge, à partir de ce moment-là a eu constamment devant les yeux la passion de Jésus ? « Un glaive de douleur transpercera votre âme » avait dit le vieillard. Ce n’était donc pas pour le présent, vous voyez bien, ma petite Mère ; c’était une prédiction générale pour l’avenir.

Pour qu’un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Évangile où nous lisons : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » Et cette autre, non moins mystérieuse : « Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. » Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ?

On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus.

C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du commencement à la fin de s’exclamer et de faire Ah ! ah ! on en a assez ! Qui sait si quelque âme n’irait pas même jusqu’à sentir alors un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : « Si c’est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin ! »

Ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c’est qu’elle ne pouvait pas pécher, qu’elle était exempte de la tache originelle, mais d’autre part, elle a eu bien moins de chance que nous, puisqu’elle n’a pas eu de Sainte Vierge à aimer ; et c’est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle !

Enfin j’ai dit dans mon Cantique : « Pourquoi je t’aime, ô Marie ! » tout ce que je prêcherais sur elle.

O Marie, si j’étais la Reine du Ciel et que vous soyez Thérèse, je voudrais être Thérèse afin que vous soyez la Reine du Ciel!!!

8 septembre 1897 (Thérèse écrivit ces lignes, les dernières de sa vie, au dos d’une image de la Sainte Vierge, le 8 septembre 1897, septième anniversaire de sa profession, cinq semaines avant sa mort.)

 Au-delà de certaines réserves, (tout en tenant compte que la première édition date de 1948 juste avant la proclamation du dogme de l’Assomption en 1950 par Pie XII) il n’en demeure pas moins que ce livre sur Marie peut nous aider à mieux entrer dans les différents mystères de la vie de Jésus à l’écoute de Sa Parole en se mettant à l’école de Marie.

 

L’auteur : Adrienne von Speyr

Née en 1902 à La Chaux de Fonds, en Suisse, médecin et mère de famille, Adrienne von Speyr est appelée à une connaissance de Dieu toute particulière. Grande mystique du XXe, elle avait reçu les stigmates de la Passion.

 Fille d’un médecin protestant, médecin elle-même, mariée, mère de famille, elle se convertit au catholicisme en 1940, à la suite de sa rencontre avec le P. Hans Urs von Balthasar, théologien catholique suisse, créé cardinal en 1988 par Jean-Paul II.

Avec ce dernier, en 27 ans de collaboration, elle fonde un institut séculier et publie une oeuvre théologique considérable (environ soixante volumes) d’une grande richesse spirituelle et biblique. De sa conversion à sa mort, elle n’aura de cesse de découvrir Dieu.

Toute petite, elle a une vision de la Vierge et d’un ange qui l’instruit des choses de Dieu. Sa conversion est le point de départ d’une vie spirituelle remplie de grâces, de visions, de révélations, de souffrances offertes (elle reçoit les stigmates en 1942) qu’elle confie à son directeur spirituel le jésuite Hans Urs von Balthasar… Cette vie mystique lui apporta une remarquable connaissance de Dieu.

L’œuvre d’Adrienne est d’une parfaite sobriété, mais aussi d’une grande beauté. Elle est l’auteur de nombreux commentaires scripturaires, exposés théologiques ou spirituels que les éditions Johannes Verlag rééditent depuis quelques années. Le merveilleux n’abonde pas dans son œuvre. Selon les mots de Jean-Paul II , directement « initiée » par le ciel, Adrienne parle sous « l’action mystérieuse et impressionnante du Seigneur » Malade, épuisée, elle mène dès 1954 une vie recluse de prière, de souffrance et de silence. Elle meurt à Bâle en 1967. 

 

 

 

 

 

 

 

ADRIENNE VON SPEYR, CONFESSION, LIVRES - RECENSION

LA CONFESSION SELON ADRIENNE VON SPEYR

La confession

Adrienne Von Speyr

Paris, Culture et Vérité, 1991. 216 pages.

 

Hans Urs von Balthasar dit au sujet de l’ouvrage d’Adrienne von Speyr :

«Une de ses œuvres les plus centrale ». Son livre aborde les aspects moraux et pratiques du sacrement en profondeur. Parmi les nombreux domaines couverts comprennent la conversion, les scrupules, la contrition, la direction spirituelle, le laxisme, la fréquence de la confession, les aveux de religieux et de laïcs, même les aveux des saints ».

Qu’est-ce que se confesser ? Quel sens cela a-t-il de le faire ? Pour répondre, Adrienne von Speyr ouvre les évangiles et regarde Jésus qui révèle à certains leurs fautes et leur pardonne. Autre question : comment se confesser ?

L’auteur décrit la confession du laïc et du prêtre, de l’actif et Pour Adrienne von Speyr la confession a eu une place importante dans sa vie spirituelle aussi bien que dans ses écrits. Elle parlait d’« attitude de confession »qui peut se définir par une attitude d’ouverture de soi pour répondre à une exigence :  « On peut la désigner analogiquement comme attitude de confession parce que Dieu s’y montre tel qu’il est et parce que de cette révélation attendue par Dieu lui-même surgit la situation toujours nouvelle de la vision et de l’amour » selon les mots de Hans Urs von Balthasar.  

Dans cet ouvrage Adrienne von Speyr parle également de « confession originaire » en faisant référence à la mort du Christ sur la Croix en portant les péchés du monde : la Croix est donc « confession originaire ».

 

« La confession, conclut Adrienne, est là pour les pécheurs, ceux pour lesquels quelque chose d’autre, telle l’Eucharistie, reste trop élevé, trop saint, trop incompréhensible. On m’a baptisé, mais je ne vis pas conformément à la règle de ce baptême. On m’a confirmé, mais je ne suis pas un apôtre du Christ… Je me rends compte de toute la peine que l’Eglise prend pour moi…, mais cela ne me sert à rien. On me présente des saints, mais je n’en suis pas un ! Je vis dans le péché. En tant que pécheur, j’aurai toujours, vis-à-vis de l’Eglise, le dernier mot… Mais si on me dit que le confessionnal est réservé aux pécheurs, alors je vois clairement : voici finalement une place pour moi. C’est de moi précisément qu’il s’agit. Ce banc a été fabriqué précisément pour moi. Je peux évidemment trouver aussi à redire à la confession. Mais cela ne m’empêchera pas de savoir que c’est bien là ce qui concerne ma propre situation. Si on parle de la communion des saints, je sais pertinemment que je n’en fais pas partie, Mais si on me dit : il existe une communion des pécheurs, qui en fait partie ? je sais infailliblement que j’en fais partie »  

 Ce très beau livre est tout à la fois un traité spirituel que théologique qui nous fait entrer en profondeur dans ce sacrement. Et c’est peut-être pour cette raison que lors du synode sur la Pénitence et la réconciliation en 1981 Jean-Paul II l’avait recommandé au Pères Synodaux.

  Pour compléter :

BALTHASAR, Hans Urs von. –  Adrienne von Speyr et le sacrement de pénitence. – In Nouvelle Revue théologique, n° 842, 1985.

Analyse de l’ouvrage d’Adrienne von Speyr dans sa vie et dans son œuvre.

Où l’on voit l’importance de la confession pour elle-même ce qui explique la place qu’elle occupe dans son toute son œuvre.

 « Au confessionnal il y a finalement une place pour moi. C’est de moi précisément qu’il s’agit. Ce banc a été fabriqué précisément pour moi. Je peux évidemment trouver aussi à redire à la confession. Mais cela ne m’empêchera pas de savoir que c’est bien là ce qui concerne ma propre situation. Si on parle de la communion des saints, je sais pertinemment que je n’en fais pas partie, Mais si on me dit : il existe une communion des pécheurs, qui en fait partie ? je sais infailliblement que j’en fais partie (p. 86). Avec cette notion étonnante de « communion des pécheurs », nous sommes une fois encore confrontés à la position fondamentale d’Adrienne, position que rend compréhensible tout ce qu’on a dit de la souffrance endurée par le Seigneur, à notre place, sur la Croix. C’est là en effet que se tiennent rassemblés les pécheurs, tous enfermés dans leur égoïsme et semblant par -là constituer le contraire d’une communion. Et, depuis la Croix, le plus grand poids du péché ne vient plus individuellement de chaque pécheur, de la mauvaise conscience dont il voudrait se défaire par la confession, mais de ce qui est infligé au Fils de Dieu. La vraie contrition ne peut plus se diriger vers le moi propre, qui regrette d’avoir renié son idéal, mais seulement vers Celui qui a pris sur lui et effacé la faute de ce moi ». 

 La confession, conclut Adrienne, est là pour les pécheurs, ceux pour lesquels quelque chose d’autre, telle l’Eucharistie, reste trop élevé, trop saint, trop incompréhensible. On m’a baptisé, mais je ne vis pas conformément à la règle de ce baptême. On m’a confirmé, mais je ne suis pas un apôtre du Christ… Je me rends compte de toute la peine que l’Eglise prend pour moi…, mais cela ne me sert à rien. On me présente des saints, mais je n’en suis pas un ! Je vis dans le péché. En tant que pécheur, j’aurai toujours, vis-à-vis de l’Eglise, le dernier mot… Mais si on me dit que le confessionnal est réservé aux pécheurs, alors je vois clairement : voici épouvantable, c’est que Dieu ait été offensé ; et le fait que moi (aussi) je l’ai offensé n’est qu’un moment particulier de cette chose épouvantable. Pour cette raison, Adrienne souligne fortement dans beaucoup de ses œuvres — et tout à fait spontanément dans ses propres confessions —, à côté de l’aspect personnel du péché, l’aspect social. Elle le fait remarquer aussi dans sa description de la confession des saints, par exemple chez un saint François, qui a péché, mais qui en se confessant regarde à l’offense reçue par le Seigneur plus qu’à lui-même. Ce qui ressort plus fortement encore chez des saints qui sont « sans péché », tels que Louis de Gonzague : « il confesse la distance existant entre lui et l’amour infini de Dieu, dont il ne peut arriver à rejoindre l’être toujours plus grand».  Du reste, quand elle fait allusion à l’aspect « social », Adrienne ne veut nullement désigner ce qu’aujourd’hui,  par ce terme (se trouver sociologiquement dans le piège de situations économiques et politiques objectivement injustes), mais bien ce quelque chose qui appartient au corps mystique du Christ, dans lequel, à proprement parler, il n’y a rien de privé. Comme, à son avis, une part du péché du monde doit toujours entrer dans une confession personnelle, de même l’absolution reçue par chaque croyant ira au-delà de sa personne, touchera d’une manière non représentable le monde dans sa totalité. C’est ainsi que personne ne peut communier seulement pour soi : cela contredirait clairement le terme de communion, qui signifie toujours communion avec Dieu et avec le corps mystique du Christ, dont personne ne peut fixer les limites. De même que participer au corps et au sang du Christ est une participation à ce qui a été donné « pour la vie du monde », de même la participation à la Croix, pour autant que celle-ci est confession originaire, est une actualisation sacramentelle de cette absolution générale qui fut prononcée à Pâques sur le monde réconcilié avec Dieu en sa totalité

Pour compléter :

BALTHASAR, Hans Urs von. –  Adrienne von Speyr et le sacrement de pénitence. – In Nouvelle Revue théologique, n° 842, 1985.

LECOMTE, Gilles-Marie. – Sacrifice du Christ et sacrement de réconciliation à la lumière es intuitions d’Adrienne von Speyr. – Aix-en-Provence, Séminaire Saint-Luc, 2002. 102 pages

Il faut se reporter au chapitre II de ce mémoire  :  «L’attitude de confession chez Adrienne von Speyr ». Une analyse simple mais complète de cet ouvrage et qui comporte de nombreuses citations.

 confession A.Speyr