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1870 : l’année terrible

1870 : l’année terrible

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Quelles sont les causes de la guerre de 1870 ?

Déclenchée par la succession à la Couronne d’Espagne et la dépêche d’Ems, la guerre de 1870 oppose le deuxième Empire français, incarné par Napoléon III, au royaume de Prusse, représenté par le Chancelier Bismarck. Chacune des deux puissances tente de conforter sa position sur la scène européenne.

Les causes de la guerre de 1870 reposent sur un coup politique du chancelier Bismarck. C’est la question de la succession à la Couronne d’Espagne, en 1868, qui déclenche l’exaspération de l’Empereur Napoléon III envers la Prusse. En suggérant la candidature du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, cousin du roi Guillaume 1er de Prusse, à la tête du Royaume d’Espagne, le chancelier Otto Von Bismarck entend soumettre la France à une situation d’encerclement, et l’obliger ainsi à contenir tout réflexe d’agressivité à l’encontre des opérations prussiennes sur les territoires allemands. En effet, renforcé par sa victoire contre l’Autriche à Sadowa en 1866, Bismarck entreprend de fédérer les états de l’Allemagne du Nord autour de la Prusse.

 

La dépêche d’Ems provoque la déclaration de guerre de 1870

La France, qui fait attention à conserver son rôle d’arbitre en Europe, supporte mal la pression. Aussi, contraint par un gouvernement divisé et une opinion belliqueuse, Napoléon III exige le retrait de cette candidature. Néanmoins, alors que le roi de Prusse Guillaume 1er de Hohenzollern tente de répondre favorablement aux intérêts français, c’est finalement l’équivoque fomentée par Bismarck sur la transcription de cette fameuse dépêche d’Ems (renoncement de la candidature du Prince Léopold) le 12 juillet 1870, qui provoque la susceptibilité française : Napoléon déclare la guerre au royaume de Prusse le 19 juillet 1870.

En résumé

Succession d’Espagne : en 1868, la reine Isabelle d’Espagne est renversée. Le parti républicain n’ayant cependant pas réussi à s’imposer, la succession à la Couronne d’Espagne est ouverte. Bataille de Sadowa (juillet 1866) : à la victoire de Sadowa, la Prusse obtient 10 états de l’Allemagne du Nord, parmi lesquels Francfort-sur-le-Main, le Duché de Nassau, le Holstein, le Hanovre et la Hesse-Cassel.

1870-1871 La guerre franco-prussienne en bref

La guerre qui oppose la France au royaume de Prusse et à ses alliés allemands, bien que brève, aura des conséquences dramatiques pour les deux nations et l’ensemble de l’Europe.

De l’humiliation ressentie par les Français et de l’arrogance nouvelle de l’Allemagne vont surgir les deux grands conflits mondiaux du XXe siècle. La France et l’Allemagne, qui éprouvaient jusque-là de la sympathie et même de l’attirance l’une pour l’autre, vont désormais se percevoir de façon très exagérée comme des « ennemis héréditaires ».

Les dernières cartouches

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Cette toile du peintre Alphonse de Neuville (1835-1885) est devenue la représentation la plus expressive de l’« année terrible » (1870-1871). Elle s’inscrit dans le récit national sur la longue liste de combats héroïques et désespérés (Alésia, Azincourt, Waterloo, Camerone…) par lesquels les Français et leurs ancêtres ont manifesté jusque dans le sacrifice suprême leur foi en la nation.

Les dernières cartouches montre la défense de l’Auberge Bourgerie à Bazeilles par le Division bleue, le 1er septembre 1870. Présentée au Salon de 1873, elle est aujourdhui déposée sur le lieu même du combat, dans la Maison de la Dernière Cartouche, à Bazeilles, près de Sedan (Ardennes).

Pendant 24 heures, les marsouins (fantassins) et les bigors (artilleurs), réunis au sein de la Division bleue, réussirent à faire battre en retraite des assaillants bavarois. Mais le 1er septembre 1870, l’armée prussienne revint en nombre. En infériorité numérique et en manque de munitions, les soldats français résistèrent tant bien que mal et les quarante derniers se retranchèrent avec le commandant Lambert dans une auberge en feu. La dernière munition fut tirée par le capitaine Aubert.

Manipulation diplomatique et politicienne

Le drame confronte deux personnalités contraires : le chancelier allemand Otto von Bismarck, géant qui s’est voué tout entier à la gloire de la Prusse, et l’empereur Napoléon III, autocrate pétri de bons sentiments et que révulse la vue d’un champ de bataille. Quand survient le drame, l’empereur est gravement affaibli par la maladie de la pierre. Il souffre le martyre et ne peut plus monter à cheval…

Bismarck, dès son arrivée aux affaires, a compris qu’il ne pourrait agrandir la Prusse qu’à la condition de neutraliser l’Autriche et la France. Il va avoir soin de les attaquer l’une après l’autre. L’Autriche lui laisse les mains libres après avoir été défaite à Sadowa en 1866. Il peut ainsi constituer une Confédération de l’Allemagne du Nord, avec 21 états sous la mainmise écrasante de la Prusse. Mais le chancelier aspire à achever l’unité allemande en rassemblant le nord et le sud dans une guerre contre la France.

Celle-ci a l’apparence d’une grande nation mais son armée est usée par les équipées coloniales et guère en état de soutenir une guerre moderne. Napoléon III lui-même en est conscient. Il entreprend avec son ministre Niel une grande réforme en 1868 mais il n’aura pas le temps de la mener à bien. 

Le 8 mai 1870, un référendum offre au régime impérial, dans sa nouvelle version libérale, un éclatant satisfecit populaire. Bismarck y voit un motif de précipiter les choses : il lui faut défaire la France avant qu’elle ne se soit trop renforcée. Il saisit le prétexte d’une « succession d’Espagne » pour amener la France à déclarer la guerre à la Prusse et convaincre les États d’Allemagne du sud de s’unir à celle-ci contre l’ennemi commun. Il y arrive par le caviardage de la dépêche d’Ems, qui déchaîne les passions.

Dans ce 1er acte qui va aboutir en six semaines à la défaite des armées impériales et à la capture de l’empereur à Sedan, on est frappé par la prépondérance de l’aléa humain. La maladie est cause de ce que l’empereur cède le 13 juillet au soir à son ministre belliciste et au clan des va-t’en-guerre (les « mamelucks ») alors que chacun croit la menace de guerre écartée et que Bismarck, déconfit, se dispose à démissionner ! Le chef du gouvernement Émile Ollivier prononce des paroles malheureuses : « De ce jour commence pour les ministres mes collègues et pour moi une grande responsabilité. Nous l’acceptons d’un coeur léger… d’un coeur confiant ».

L’empereur déclare donc la guerre le 19 juillet 1870. La France mobilise 265 000 hommes, sur un front de 250 kilomètres. De leur côté, la Prusse et ses alliés d’Allemagne du Sud en alignent immédiatement 600 000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense.

Six semaines de guerre

Dès le 6 août, une armée française est battue à Forbach et perd la Lorraine. Le même jour, le maréchal de Mac-Mahon est battu à Froeschwiller-Woerth et perd l’Alsace en dépit de la charge héroïque des cuirassiers à Reichshoffen. Le maréchal Bazaine, nouveau commandant en chef, se laisse enfermer dans Metz.

L’empereur, affaibli par la maladie, rejoint le maréchal de Mac-Mahon au camp retranché de Châlons et tente de secourir Bazaine. Mais l’armée et Napoléon III lui-même doivent finalement rendre les armes à Sedan le 2 septembre 1870.

Deux jours plus tard, à Paris, à l’annonce de la nouvelle, les opposants proclament la IIIe République.

Le Gouvernement de la Défense Nationale, qui s’est saisi du pouvoir, tente de ranimer l’esprit de la Grande Révolution. Les républicains se mobilisent avec courage, tentant de sauver Paris et de repousser l’envahisseur. Leur folle entreprise suscite le ralliement de Garibaldi et même des « zouaves pontificaux » mais n’enthousiasme guère les masses rurales qui n’ont jamais montré d’intérêt pour cette guerre absurde.

Léon Gambetta organise à Tours une armée de la Loire en vue de mener une « guerre à outrance ». Mais ses efforts sont annihilés par la capitulation de Bazaine, plus soucieux de « défendre l’ordre social contre les mauvaises passions » que la patrie en danger.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable de cinq mois, durant l’hiver 1870-1871, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une « sortie torrentielle » à Buzenval, le 20 janvier 1871. C’est la fin d’une guerre qui aura pour l’essentiel duré six semaines, de la dépêche d’Ems à la capitulation de Sedan. Relativement meurtrière pour l’époque, elle aura causé environ cent mille morts dans chaque camp.

D’humiliation en humiliation

Le 18 janvier 1871, les envahisseurs proclament l’Empire d’Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles. Dix jours plus tard, le 28 janvier, l’armistice est signé par Jules Favre pour quatre semaines, le temps d’élire une nouvelle assemblée. Bismarck tient en effet à ce que le futur traité de paix soit avalisé par un gouvernement légitime.

Dans un ultime acte d’héroïsme, le colonel Denfert-Rochereau, gouverneur de Belfort, rend les armes après 103 jours de siège sur un ordre exprès d’Adolphe Thiers.

Le 1er mars 1871, les vainqueurs défilent dans une capitale endeuillée et silencieuse. Saturés d’humiliation, abandonnés par le nouveau gouvernement, des Parisiens proclament une Commune insurrectionnelle. La répression, sous les yeux des assiégeants allemands, va causer environ 20 000 morts. Jules Favre et Adolphe Thiers concluent enfin avec Bismarck le traité de paix de Francfort.

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Ainsi prend fin une période qualifiée avec justesse par ceux qui l’ont vécue d’« année terrible ».

 

 

 NAPOLEON III (1808-1873)

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Neveu de Napoléon Ier. Président de la République de 1848 à 1852. Empereur français de 1852 à 1870, Napoléon III est né le 20 avril 1808. Il est mort le 9 janvier 1873. Son vrai nom était Charles Louis Napoléon Bonaparte.

Biographie courte de Napoléon III – Premier président de la République élu au suffrage universel, resté à la tête de la France pendant plus de vingt ans, Louis-Napoléon Bonaparte n’a pourtant pas réussi à s’imprimer durablement dans le cœur des français. De l’époque de son règne, les images qui restent sont avant tout celles transmises par la littérature. Or, outre le quolibet « Napoléon le petit » décerné par Victor Hugo, ces tableaux ne sont pas très flatteurs. Ainsi, tandis que Zola peint une France minée par l’affairisme et la misère ouvrière, Flaubert et Baudelaire ironisent sur la décadence bourgeoise. En somme, le règne de Napoléon III semble une énième variation d’un Ancien Régime sclérosé et autoritaire qui ne peut se résoudre à mourir. Pourtant, hostile aux conservateurs, admirateur des régimes libéraux et inspiré par le socialisme, Louis-Napoléon se rêvait en homme de la liberté.

L’héritage de l’Empereur

Charles Louis-Napoléon Bonaparte naît le 14 avril 1808 à Paris. Neveu de Napoléon Ier, il est le fils de Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, et d’Hortense de Beauharnais. Il passe l’essentiel de sa jeunesse en Suisse auprès d’une mère qui l’entretient dans le culte de l’Empereur et dans l’espoir de voir un jour la dynastie Bonaparte reprendre le pouvoir.

Dès 1830, il s’engage avec son frère en faveur de l’unification des royaumes italiens. Mais Napoléon Louis perd la vie l’année suivante dans les environs de Forli. Louis-Napoléon s’engage alors dans l’armée Suisse. Sorti officier d’artillerie de l’école militaire de Toul, il ne tarde pas à reprendre les armes contre l’Europe issue du Congrès de Vienne, mais cette fois dans son pays natal.

Faisant autorité chez les bonapartistes depuis la mort du duc de Reichstadt, Louis-Napoléon fomente un coup d’Etat dès 1836. L’objectif est de s’emparer d’une ville moyenne grâce à des soutiens dans l’armée française, puis de marcher sur Paris. Le jeune Bonaparte rêve de réitérer l’exploit des Cent jours. Le 30 octobre, il tente vainement de soulever la garnison de Strasbourg. A défaut d’une éclatante remonté vers la capitale, il se fait connaître auprès des gouvernants et du peuple. Il est condamné à l’exil et envoyé aux Etats-Unis.

Revenu en Angleterre, il tente à nouveau sa chance le 6 août 1840 en débarquant à Boulogne-sur-Mer. Ce nouvel échec lui vaut une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard. Entre temps, il a écrit De l’extinction du paupérisme dans lequel il expose une vision de la politique à la croisée du Bonapartisme et du Saint-Simonisme.

Le premier président élu au suffrage universel

Lorsque la Révolution de février 1848 éclate, Louis-Napoléon quitte Londres pour rejoindre Paris. Bien qu’élu pour participer à l’Assemblé constituante, il est prié de se retirer. Toutefois, il est élu aux législatives en septembre. Candidat aux présidentielles de décembre, il bénéficie de la peur « rouge » engendrée par les émeutes de juin et des dissensions au sein de la gauche pour se faire élire avec une large majorité. Il remporte en effet 74% des suffrages.

Prenant ses distances avec l’Assemblée très conservatrice élue en mai 1849 et de moins en moins appréciée, il tente de conquérir les classes ouvrières. Il prend notamment parti pour le suffrage universel que l’assemblée aboli dès 1851.

De la présidence au Second Empire

Fort de sa légitimité auprès des classes populaires, Louis-Napoléon dissout l’Assemblée le 2 décembre 1851, annonce le rétablissement du suffrage universel et un plébiscite. Ce coup d’Etat s’accompagne d’une violente répression de l’opposition : 27 000 personnes sont arrêtées tandis que de nombreux adversaires, comme Victor Hugo, choisissent l’exil. Le 27 décembre, le plébiscite entérine avec une large majorité la prise de pouvoir de Louis-Napoléon. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, 48 ans jour pour jour après son oncle, Louis-Napoléon est sacré Empereur sous le nom de Napoléon III.

Il met alors en place un régime autoritaire et s’évertue à faire taire l’opposition : presse censurée, opposition muselée et droit de réunion inexistant. Il se marie en 1853 avec Eugénie de Montijo qui le conforte dans la voie du conservatisme. Parallèlement, il favorise investisseurs et notables, ce qui permet à la France de rattraper son retard économique et industriel, notamment sur l’Angleterre. Les chemins de fer en sont la parfaite illustration : en vingt ans, le réseau passe de 3 000 à 18 000 km.

A l’extérieur, Napoléon III cherche à redonner du poids à la France dans les relations Européennes. Dès 1854, pendant la guerre de Crimée, il trouve un allié de choix dans l’Angleterre, ancien ennemi de son oncle. Deux ans plus tard, le traité de Paris, qui règle le conflit, fait ressurgir la France au cœur des puissances internationales. En 1859, la campagne d’Italie contre l’Autriche-Hongrie permet à la France d’intégrer Nice et la Savoie.

Un Empire sur le déclin

Mais cette campagne est risquée pour Napoléon III. En 1858, l’Italien Orsini commet un attentat à la bombe contre le couple impérial. L’explosif manque sa cible mais cause la mort de huit personnes. L’Empereur décide alors de faire adopter une loi de sûreté générale, dite « loi des suspects » et qui provoque une nouvelle vague de répression de l’opposition.

Le pouvoir personnel de Napoléon III est à son apogée, et pourtant il devient hésitant. En Italie, il stationne ses troupes à Rome pour protéger les Etats pontificaux, empêchant finalement la réalisation de l’unité italienne. L’expédition au Mexique débutée en 1861 finit par un désastre en 1867, la France abandonnant Maximilien suite aux menaces des Etats-Unis.

Toutefois, à l’intérieur, tandis que la modernisation se poursuit, Napoléon III entrouvre la porte de l’Assemblée à l’opposition et assouplit la censure. Le régime semble sur la voie de la libéralisation.

La chute dans l’indifférence

En 1870, Napoléon III se heurte aux provocations du chancelier prussien Otto von Bismarck. Ce dernier, qui espère une guerre contre la France, a manipulé une dépêche du roi Guillaume Ier de Prusse pour la rendre insultante : c’est la fameuse dépêche d’Ems. Napoléon III y répond en déclarant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. C’est une véritable déroute pour l’armée française. Le 2 septembre, Napoléon III doit capituler à Metz et est emprisonné. En France, le République est proclamée le 4 septembre et poursuit la guerre.

La défaite militaire entraîne donc la chute de l’Empire dans une indifférence presque absolue. Après sa libération, Napoléon III retourne vivre en Angleterre où il mourra le 9 janvier 1973 des suites d’une opération.

Partagé entre le romantisme napoléonien et une politique économique réaliste, Napoléon III a finalement permis à la France de gagner en stabilité et de se moderniser au prix de l’autoritarisme. Ainsi, il fut l’artisan d’un exceptionnel développement économique associé aux chemins de fer et aux noms d’Haussmann ou de Lesseps. Par ailleurs, après 80 années de révolutions et de troubles intérieurs, il permet à la France de gagner peu à peu en sérénité. Hormis l’épisode extrêmement violent de la Commune en 1871, les prochains troubles arriveront de l’extérieur en 1914 avec le début de la Première Guerre mondiale. Si la postérité, et notamment les intellectuels et les hommes politiques de la Troisième République, ont considérablement dégradé l’image de Napoléon III, celle-ci évolue désormais avec plus de neutralité.

NAPOLÉON III : DATES CLÉS

14 avril 1808 : Naissance à Paris

30 octobre 1836 : Tentative de coup d’Etat à Strasbourg

Louis-Napoléon tente de soulever la garnison de Strasbourg et échoue dès les premières heures. Il sera condamné à l’exil et partira pour les États-Unis.

6 août 1840 : Débarquement à Boulogne-sur-Mer

Nouvelle tentative de coup d’Etat et nouvel échec pour Napoléon III, cette fois à Boulogne-sur-Mer. Il sera condamné à une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard.

20 décembre 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte prête serment

Elu le 11 décembre à la présidence de la République avec 74% des suffrages, Louis-Napoléon Bonaparte prête serment devant la tribune et jure « en présence de Dieu et du peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que (lui) impose la Constitution. » Peu après son discours le prince-président s’établira dans sa nouvelle résidence du palais de l’Elysée. En décembre 1851 le neveu de Napoléon Ier organisera un Coup d’Etat qui lui permettra de se faire sacrer empereur sous le titre de Napoléon III en 1852.

2 décembre 1851 : Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

Au petit matin, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (élu en décembre 1848) organise un Coup d’Etat dans le but de restaurer l’empire. Les murs de Paris sont placardés d’affiches annonçant la dissolution de l’Assemblée et du Conseil. Les nouvelles dispositions prises par le prince-président, prévoient aussi de consulter le peuple par voie de référendum sur l’instauration d’une nouvelle Constitution. Le neveu de Napoléon Ier choisit d’agir le 2 décembre en souvenir du sacre de son oncle et de sa grandeur militaire le jour de la bataille. Tout comme son aïeul il deviendra empereur sous le nom de Napoléon III, le 2 décembre 1852

4 décembre 1851 : Répression de Louis-Napoléon Bonaparte

Deux jours après son Coup d’Etat, le président Louis-Napoléon Bonaparte organise une sanglante répression contre les insurgés (en majorité des ouvriers) s’opposant à sa prise de pouvoir. Les barricades qui se sont élevées depuis la veille sur les boulevarda parisiens sont prises d’assaut par l’armée. Les fusillades font environ 400 morts. En deux jours, la police du prince-président procède à plus de 25 000 arrestations. En province, 32 départements sont mis en état de siège, mais la résistance des paysans sera elle aussi écrasée dans le sang.

11 décembre 1851 : Victor Hugo s’exile en Belgique

Fervent opposant au Coup d’Etat de Napoléon III (2 décembre), Victor Hugo doit s’exiler en Belgique pour fuir la répression. Muni d’un faux passeport il prend le train de nuit pour Bruxelles. L’année suivant son exil se poursuivra sur l’île anglo-normande de Jersey puis en 1855 à Guernesey. Pendant plus de 15 ans, il écrira des satires contre celui qu’il appelle « Napoléon le petit ». Hugo ne reviendra en France qu’après l’abolition du Second Empire en 1870.

22 janvier 1852 : Création de la médaille militaire

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, crée une nouvelle décoration : la médaille militaire. Elle est accordée aux sous-officiers et hommes de troupe pour leur ancienneté de service. Ainsi qu’aux officiers généraux qui ont commandé en chef devant l’ennemi.

17 février 1852 : Louis-Napoléon censure la presse

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte établit un ensemble de mesures préventives et de sanctions visant à museler la presse. Par décret, il est interdit aux journaux de rendre compte des débats parlementaires et des procès autrement qu’en reproduisant les procès-verbaux officiels. La censure des images est rétablie. Les journaux ne respectant pas ce décret pourront être suspendus après un avertissement et définitivement supprimés s’ils récidivent. Entre mars 1852 et juin 1853, 91 avertissements seront délivrés par le ministre de la Police, Maupas.

21 novembre 1852 : Restauration de l’Empire

Le Sénat convoque les Français aux urnes en organisant un plébiscite sur le rétablissement de l’Empire. Le « oui » l’emporte très majoritairement, mais près de 2 millions d’électeurs se sont abstenus. Le Second Empire sera officiellement proclamé le 2 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte deviendra le nouveau souverain des Français sous le nom de Napoléon III.

29 janvier 1853 : Napoléon III épouse Eugénie de Montijo

Eperdument amoureux depuis plusieurs mois, Napoléon III épouse la jeune espagnole Eugenia Maria de Montijo de Guzman, comtesse de Teba. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Les festivités dureront deux jours. Le 16 mars 1856, l’impératrice Eugénie donnera naissance à son unique enfant, le prince impérial Napoléon-Louis.

22 juin 1854 : Le livret ouvrier généralisé

Craignant encore les agitations ouvrières, Napoléon III et l’Assemblée décident de renforcer les mesures de restrictions. Une loi est ainsi votée pour généraliser le livret ouvrier. Ce dernier a pour objectif de contrôler le travail et le déplacement des travailleurs, le maire ou le préfet étant maîtres de sa régularisation.

14 janvier 1858 : Attentat raté contre Napoléon III

L’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie échappent de peu à un attentat à la bombe perpétré par le révolutionnaire italien Felice Orsini. L’explosion cause la mort de 8 personnes et fait 150 blessés. Orsini, partisan de la réunification italienne, reprochait à l’empereur d’entraver l’unification de son pays. Il sera condamné à mort et guillotiné le 13 mars.

19 février 1858 : Proclamation de la « loi des suspects »

La loi de sûreté générale est adoptée par l’Assemblée à 227 voix contre 24. Napoléon III, qui a été victime d’un attentat le 14 janvier, entend grâce à cette loi interner ou expulser toute personne ayant déjà subi des condamnations politiques. A partir du 24, des « suspects » seront arrêtés dans toute la France. Présentés à des commissions départementales, une centaine d’entre eux sera déportée en Algérie.

3 mai 1859 : La campagne d’Italie

A la suite de l’alliance conclue entre la France et la Sardaigne pour la formation de l’unité italienne, les forces franco-sardes, d’une part, et les troupes autrichiennes, de l’autre, entrent en guerre. Napoléon III, redoutant une intervention de la Prusse et suivant les conseils de modération de la Russie, mettra fin à la campagne en signant avec l’empereur d’Autriche François-Joseph l’armistice de Villafranca (Italie) en juillet 1859. Nice et la Savoie seront rattachés à la France.

12 février 1866 : Ultimatum des Etats-Unis à Napoléon III

Au nom de la doctrine Monroe (l’Amérique aux Américains), Washington somme l’empereur français de retirer ses troupes du Mexique. Napoléon III refuse et demande à Maximilien, empereur du Mexique depuis 1863, de constituer une armée nationale. L’expédition française au Mexique a commencé en 1862 quand l’empereur, sur les conseils du duc de Morny, décide de créer un empire catholique pour contrebalancer le pouvoir des jeunes Etats-Unis protestants. Il a placé à la tête du Mexique le frère de l’empereur d’Autriche, Maximilien. Mais face à la pression américaine et aux guérillas mexicaines, Napoléon III rappellera ses troupes en mars 1867, laissant Maximilien seul face aux insurgés mexicains.

23 octobre 1867 : Garibaldi envahit le Vatican

Giuseppe Garibaldi tente de s’emparer de l’état pontifical protégé par Napoléon III depuis le décret du 15 septembre 1864 signé avec le roi Victor-Emannuel II. Les troupes françaises interviennent et le Pape Pie IX obtient la protection de la France pour encore trois ans. Garibaldi échoue dans sa tentative de rallier le Vatican à l’unité italienne. Il sera définitivement battu à Montana le 3 novembre par les troupes du général de Failly et renoncera aux états pontificaux.

3 novembre 1867 : La bataille de Mentana

Les volontaires garibaldiens tentent de pénétrer à Rome et d’en chasser le pape Pie IX. Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II pour achever l’unité politique de la péninsule. Mais ils sont écrasés à Mentana (près de Rome) par les soldats pontificaux qui bénéficient du soutien d’un contingent français envoyés par Napoléon III. Le roi d’Italie attendra la défaite de la France face à la Prusse pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

19 juillet 1870 : La guerre de 1870 éclate

Napoléon III déclare précipitamment la guerre à la Prusse à la suite à la dépêche d’Ems. Bismark, qui a besoin d’une guerre pour renforcer l’unité Prussienne et aboutir au IIème Reich, avait déformé les propos de cette dernière pour provoquer Napoléon III. Ce-dernier, loin d’avoir la clairvoyance de son oncle, réagit vivement alors que son armée n’est pas prête. L’alliance germano-prussienne mobilise 800 000 hommes contre seulement 250 000 pour la France. La guerre de 1870 sera expéditive. En un mois et demi, les armées prussiennes captureront Napoléon III à Sedan et marcheront sur Paris.

2 septembre 1870 : Napoléon III vaincu à Sedan

L’armée des princes de Prusse et de Saxe encercle Sedan sur laquelle une partie de l’armée française s’était repliée après avoir tenté d’aller soutenir Bazaine à Metz. Coupée en deux et inférieure en nombre, l’armée ne peut rien contre les Prussiens. Napoléon III, présent dans la ville, capitule et est fait prisonnier. A Paris, l’Assemblée législative proclamera alors la fin de l’Empire et le début de la IIIème République. L’empereur s’exilera en Angleterre où il mourra trois ans plus tard.

9 janvier 1873 : Mort de Napoléon III

L’ex-empereur des Français meurt dans sa résidence de Camdem Place, dans le comté de Kent en Angleterre, où il vivait en exil depuis le désastre de 1870. Atteint de la maladie de la pierre, l’ex-Napoléon III était fortement handicapé. Deux interventions chirurgicales survenues le 2 et le 7 janvier avaient considérablement affecté son état général. Le neveu de Napoléon Ier et dernier souverain de France s’éteint quelques minutes avant que son chirurgien, le Docteur Thompson, ne tente une dernière opération. Il est 10h45.

 

Otto von Bismarck (1815-1898)

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OTTO VON BISMARCK – Homme politique allemand, Otto von Bismarck est né le 1 avril 1815 à Schönhausen (Allemagne). Il est mort le 30 juillet 1898 à Friedrichsruh (Allemagne). Il est à l’origine de l’unité allemande.

 Biographie courte de Otto von Bismarck – Otto Von Bismarck débute sa carrière politique comme élu de l’extrême droite au Landtag en 1847. Il met en œuvre une politique conservatrice et monarchiste en tant que parlementaire prussien (1851), ambassadeur en Russie (1859-1862) et en France (1862) puis Premier ministre et ministre des affaires étrangères sous Guillaume Ier (1862). Cette dernière fonction lui permet de chercher à constituer des alliances avec la France, la Russie et l’Angleterre.

Le projet de Bismarck est d’unifier l’Allemagne sous la gouvernance de la Prusse, et pour cela, la guerre contre l’Autriche, grande puissance voisine, lui paraît inéluctable. Il la déclenche en 1866, et sa victoire lui permet d’annexer une partie de l’Autriche et de former la Confédération d’Allemagne du Nord, dirigée par la Prusse. Bismarck déclenche ensuite une guerre contre la France en 1870. Cette guerre et la victoire prussienne qui la conclue rallient les Etats du Sud à ceux du Nord.

Le 18 janvier 1871, l’Empire allemand est ainsi proclamé. Bismarck est Chancelier du second Reich et Président du Conseil de Prusse, ce qui lui donne un pouvoir immense. Il met en place un système de protection sociale mais réprime cependant le mouvement socialiste. Il crée la triple Alliance en 1884 et se lance dans une politique coloniale qui, le plaçant en désaccord avec le nouvel empereur Guillaume II, précipitera sa chute politique en 1890.

  

OTTO VON BISMARCK : DATES CLÉS

 13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

 

10 mai 1871 : Signature du traité de Francfort

Le gouvernement provisoire de la France accepte le paiement d’une indemnité de 5 milliards de francs-or, la présence d’une armée d’occupation jusqu’au paiement de cette somme et surtout, la cession de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Cette victoire renforcera le chancelier Otto von Bismarck et lui permettra d’unifier les Etats allemands autour de la Prusse.

 

24 avril 1884 : Naissance de l’empire colonial allemand

Le chancelier allemand Otto von Bismarck proclame la souveraineté de l’Empire allemand sur le Lüderitz-land ou Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie). C’est le début de L’empire colonial allemand qui comprendra en plus du Sud-Ouest africain : le Tanganyika, le Rwanda-Burundi, le Cameroun, le Togo, et une partie de la Nouvelle-Guinée. Il sera partagé entre les vainqueurs de la Première Guerre mondiale en 1919.

 

26 février 1885 : L’Europe se partage le continent africain

Convoquée le 15 novembre 1884 à l’instigation du chancelier de Prusse Otto Von Bismarck, la conférence de Berlin s’achève. Les 14 pays européens présents et les Etats-Unis mettent un terme aux conflits coloniaux qui enveniment le continent africain en se le partageant. Le roi des Belges, Léopold II, obtient le Congo à titre personnel. La Grande-Bretagne renonce à ses prétentions sur ce territoire et assoit son hégémonie sur un axe allant du Cap jusqu’au Caire. La France se voit attribuer toutes les terres au sud du Sahara et l’Allemagne, l’Afrique de l’Ouest. La conférence de Berlin décide aussi de la libre circulation des navires marchands sur les fleuves Congo et Niger.

ALLEMAGNE (histoire), MOYEN AGE, REVOLTES PAYSANNES, THOMAS MÜNSTER (1489-1525)

La guerre des paysans allemands (1524-1526)

Guerre des Paysans allemands

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La guerre des Paysans allemands (en allemand : Deutscher Bauernkrieg) est un conflit qui a eu lieu dans le Saint-Empire romain germanique entre 1524 et 1526 dans des régions de l’Allemagne du Sud, de la Suisse, de la Lorraine allemande et de l’Alsace On l’appelle aussi, en allemand, le Soulèvement de l’homme ordinaire (Erhebung des gemeinen Mannes), ou en français la révolte des Rustauds. Cette révolte a des causes religieuses liées à la réforme protestante, et sociales, dans la continuité des insurrections qui enflamment alors régulièrement le Saint-Empire, comme celles menées par Joss Fritz. Le souvenir des révoltes liées à l’Eglise hussite a pu également jouer un rôle.

La révolte des paysans sera prolongée en 1534-1535 par la révolte des anabaptistes de Munster.

Naissance du mouvement

Le mouvement naît en juin 1524 dans le Sud du Pays de Bade, près de Schaffhousse, , lorsque des paysans refusent à leurs seigneurs une corvée de ramassage de coquilles d’escargots jugée abusive. Ils obtiennent le soutien de Balthhazar Hubmaïer, curé de Waldshut converti à la Réforme et signent un traité d’assistance mutuelle (15 août 1524) conciliant les objectifs sociaux et religieux. La révolte se développe durant l’hiver en Souabe, en Franconie, en Alsace et dans les Alpes autrichiennes. Les paysans prennent des châteaux et des villes (Ulm, Erfurt, Saverne).

Les paysans mêlent les revendications religieuses (élection des prêtres par le peuple, limitation du taux des dîmes), sociales et économiques (suppression du servage, liberté de pêche et de chasse, augmentation de la surface des terres communales, suppression de la peine de mort). Ces revendications sont exprimées dans le manifeste des Douze Articles du maître cordier Sébastien Lotzer de Memmingen : il dénonce les dimes détournées de leur objet, le passage de la rente foncière au faire-valoir direct et réclame des réformes, sans remettre en cause le système seigneurial (douze articles).

On estime généralement qu’environ 300 000 paysans se révoltèrent, et que 100 000 furent tués.

Causes politiques

Les causes sont multiples, d’abord politiques. Au XVIè siècle, le Saint-Empire romain germanique   a éclaté en une multitude de seigneuries féodales, particulièrement en Allemagne du sud, et surtout en Soube, provoquant des rivalités locales, des protectionnismes commerciaux, autant de freins à tout développement économique. Les problèmes des paysans s’inscrivent dans une époque, dans un terroir, dans les réalités de tel propriétaire foncier.

 Situation des paysans

Les paysans sont la principale force de travail de l’époque, dans la féodalité composée du clergé, des maisons princières, de la noblesse, des fonctionnaires, et des bourgeois. Économiquement, le sort des paysans   n’est pas uniforme : il y a des laboureurs riches et des pauvres. Hélas la dîme qui pourvoit financièrement à la vie d’Église est régulièrement détournée par les pouvoirs temporels. Le nombre des bénéficiaires ne cesse d’augmenter : grande dîme, petite dîme sur les revenus et bénéfices. Les corvées se font également pesantes dans bien des cas.

Les problèmes économiques, les mauvaises récoltes et la pression des seigneurs terriens sont nuisibles aux paysans.

Le vieux droit oral est librement interprété par les propriétaires terriens voire ignoré. On exproprie des communes établies depuis des siècles, on réduit ou abolit des droits communautaires de pâture, d’abattage de bois, de pêche, de chasse..

 Situation dans l’Empire

La haute noblesse ne prête intérêt aux changements des conditions de vie des paysans que lorsque l’évolution perturbe voire menace ses avantages et privilèges. La basse noblesse, en déclin et en perte de prestige, peut se marginaliser, et de nombreux petits nobles tâchent de survivre par le pillage et le brigandage (les chevaliers brigands) ce qui accroît le fardeau des paysans.

Le clergé face aux abus et aux critiques, impose généralement le statu quo. Le catholicisme, dans ce contexte, est un pilier du système féodal. L’Eglise et les ordres religieux du sont eux-mêmes organisés en général de manière féodale, mais surtout les évêchés et les monastères sont bien souvent pris dans le jeu des relations féodales de par leurs possessions temporelles. Les recettes de l’Église viennent principalement des dons et offrandes, de la vente d’indulgences, de la dîme, de droits seigneuriaux. La dîme, dont la collecte peut être confiée à des nobles, est pour ceux-ci également une occasion d’abus et une source importante de revenus.

Les seules tentatives de réforme visant à moderniser les structures féodales viennent de la bourgeoisie, mais restent mineures, les villes jouissant elles-mêmes de statuts privilégiés (les villes libres d’Empire), qui leur occasionnent des préoccupations à l’image de celles de la noblesse et du clergé.

Réforme religieuse

L’Eglise connaît de considérables dysfonctionnements. Beaucoup de religieux, surnommés péjorativement curetons (Pfaffen), mènent une vraie vie de débauche en tirant profit tant des taxes et héritages de la population riche, que des taxes et dons des pauvres. À Rome, l’accès aux charges et dignités passe par le népotisme, le clientélisme et la corruption. En contradiction avec la lettre et l’esprit des préceptes évangéliques, les papes se conduisent en souverains, en chefs de guerre, en maîtres d’œuvre insatiables et en mécènes fastueux.

Ces abus suscitent les critiques de hans Böhm, Jérôme Savonarole, puis de Luther. Quand le dominicain Johannes Tetzel sillonne l’Allemagne, en 1517, pour prêcher les indulgences sur l’ordre d’Albrecht, archevêque endetté de Mayence, et du pape Léon X, il parvient à en monnayer aux plus nécessiteux même : Luther se révolte alors et rédige ses 85 thèses, qu’il affiche, selon la légende, sur la porte de l’église de Wittenberg. 

Dans ce mouvement de contestation, Zwingli à Zurich, Calvin à Genève, , soutiennent que chaque être humain peut trouver son chemin vers Dieu et le salut de son âme sans l’intermédiaire de l’Église. Ils ébranlent ainsi les prétentions absolutistes de l’Eglise romaine et valident les critiques de la population : le clergé, oublieux de sa doctrine, perd toute légitimité.

La critique de Luther est plus radicale, dans son écrit sur la liberté d’un chrétien (1520) : « Un chrétien est le maître de toutes choses et n’est le sujet de personne ». Cette argumentation et sa traduction en allemand du Nouveau Testament en 1522, sont les déclics décisifs pour le soulèvement de la population des villages. Les gens simples peuvent désormais mettre en cause les prétentions de la noblesse et du clergé, jusque-là justifiées par la volonté de Dieu. La terrible situation des paysans n’a aucun fondement biblique et les empiètements des propriétaires fonciers sur l’Ancien Droit sont en contradiction avec le véritable droit divin : « Dieu fait pousser plantes et animaux, sans intervention humaine, et pour l’ensemble des hommes ». Et on peut désormais revendiquer l’égalité des droits entre tous les hommes, paysans, nobles, ou clercs.

Luther, voyant la révolte paysanne se retourner contre ses appuis seigneuriaux, condamna les soulèvements de 1525 dans une courte brochure d’une rare violence, véritable appel au massacre, intitulée Contre les bandes pillardes et meurtrières des paysans, dans laquelle il écrit1 :

« (…) tous ceux qui le peuvent doivent assommer, égorger et passer au fil de l’épée, secrètement ou en public, en sachant qu’il n’est rien de plus venimeux, de plus nuisible, de plus diabolique qu’un rebelle (…). Ici, c’est le temps du glaive et de la colère, et non le temps de la clémence. Aussi l’autorité doit-elle foncer hardiment et frapper en toute bonne conscience, frapper aussi longtemps que la révolte aura un souffle de vie. (…) C’est pourquoi, chers seigneurs, (…) poignardez, pourfendez, égorgez à qui mieux mieux ». »

Responsables

Beaucoup de simples paysans osent se soulever contre leurs seigneurs à cause de leurs conditions de soumission, aussi variées soient-elles. La classe supérieure villageoise est la première à vouloir des changements. Les responsables de communautés, les juges de campagne, les artisans de village, les bourgeois des champs (résidant en petites villes), soutiennent la révolte et, un peu partout, poussent les paysans pauvres à rejoindre les bandes de paysans.

D’eux-mêmes, les paysans veulent d’abord réinstaurer les anciens droits traditionnels et mener une vie digne d’un être humain et, pour le reste, dans le respect de Dieu. Leurs revendications secouent les fondements de l’ordre social existant : réduction des charges, abolition du servage.

 

Historique

 Insurrections antérieures

La situation des paysans, en détérioration constante, est à l’origine de nombreux conflits régionaux bien avant 1524. Le mécontentement paysan grossit sur plusieurs décennies. Il se manifeste dans un grand nombre de soulèvements régionaux (des jacqueries) provoqués par la situation générale aggravée par des problèmes annexes locaux. Parmi les très nombreuses petites actions de protestation, on retient les insurrections suivantes, impliquant le monde paysan ou le concernant :

depuis 1291, rébellion de la confédération des nobles contre les Habsbourg,

1419-1420 et 1433-1434, guerre des Hussites en Bohême,

1476 : révolte autour de hans Böhm, en Franconie,

1478 : insurrection en Carinthie,

1492 : émeutes en Allgäu,

1493 : conspiration Bundschuh en Alsace,

1502 : conspiration Bundschuh à Spire,

1513 : conspiration Bundschuh en Brisgau,

1514 : soulèvement du Pauvre Conrad en Wurtemburg,

1517 : conspiration Bundschuh en Forêt Noire,

1522-1523 : mutinerie des chevaliers au Palatinat…

Les bourgeois de nombreuses villes avancent également des revendications, se solidarisant parfois avec les paysans : Erfurt en 1509, Ratisbonne en 1511 en Brunswick, Spire, Schweinfurt, Worms, Aix-la-Chapelle, Osnabrück….

 Presque tous les soulèvements de paysans sont réprimés par la force. Le long soulèvement des paysans montagnards suisses vient juste de s’achever par un succès. Mais la situation des paysans ne s’en améliore d’aucune façon. Les représailles sont la suite la plus fréquente.

 Escalade de 1524

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Localisation du mouvement.

En 1524, des troubles surgissent à nouveau près de Forchheim, prè de Nuremberg, puis à Müchlausen près d’Erfurt proximité. En octobre 1524, les paysans se soulèvent à Wutachtal, près de Stühlingen. Peu de temps après, 3 500 paysans font route vers Furtwangen.. En Haute-Souabe, autour du lac de Constance, ça fermente depuis assez longtemps ; en février et mars 1525 se forment, en fort peu de temps, trois bandes de paysans en armes avec des bourgeois et des religieux pour un total de 30 000 hommes.

 Les 12 articles

Les trois bandes de Haute Souabe veulent une amélioration de leurs conditions de vie, sans guerre. Ils entrent en négociation avec la Ligue de Souabe (ou Alliance souabe). Cinquante de leurs représentants se réunissent dans la ville impériale libre de Memmingen, , dont la bourgeoisie sympathise avec les paysans. Les dirigeants des trois troupes cherchent à formuler les revendications paysannes et à les appuyer par des arguments tirés de la Bible. Le 20 mars 1525 voit l’adoption des Douze Articles et du règlement de leur fédération, à la fois recours, programme de réforme et, les paysans fondent la confédération de Haute Souabe : les bandes doivent à l’avenir se porter garantes les unes des autres, au contraire des soulèvements précédents. Les deux textes sont vite imprimés en quantité et distribués pour un élargissement rapide du soulèvement dans tout le Sud de l’Allemagne et au Tyrol. La fondation de la confédération de Haute-Souabe est présentée à l’Alliance souabe, à Augsbourg, dans l’espoir de la faire participer aux négociations en tant que partenaire de même poids. Après différents pillages et l’assassinat de Weinberg, les nobles, unis dans la Ligue de Souabe, n’ont aucun intérêt à participer à des négociations. La famille marchande Fugger, d’Augsbourg, subventionne Georg Truchsess de Waldburg-Zeil, surnommé Bauernjörg, qui, avec une armée de 9 000 charretiers et 1 500 chevaliers en armure, veut écraser les paysans armés surtout de faux et de fléaux.

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La négociation des 12 articles est le pivot de la guerre des paysans : leurs revendications y sont, pour la première fois, formulées de manière uniforme et fixées par écrit. Les paysans se présentent, pour la première fois, solidaires contre les autorités. Jusque là, les soulèvements échouaient principalement à cause de l’éclatement de l’insurrection et des soutiens insuffisants. Toutefois, si les paysans n’avaient pas négocié avec l’Alliance souabe, mais occupé un territoire plus important, ils auraient difficilement pu être battus en raison de leur supériorité numérique et leurs revendications auraient été prises plus au sérieux.

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Chaque communauté paroissiale a le droit de désigner son pasteur et de le destituer s’il se comporte mal. Le pasteur doit prêcher l’évangile, précisément et exactement, débarrassé de tout ajout humain. Car c’est par l’Écriture qu’on peut aller seul vers Dieu, par la vraie foi.

Les pasteurs sont rémunérés par la grande dîme (impôt de 10 %). Un supplément éventuel peut être perçu pour les pauvres du village et pour le règlement de l’impôt de guerre. La petite dîme est à supprimer parce qu’inventée par les hommes puisque le Seigneur Dieu a créé le bétail pour l’homme, sans le faire payer.

La longue coutume du servage est un scandale puisque le Christ nous a tous rachetés et délivrés sans exception, du berger aux gens bien placés, en versant son précieux sang. Par l’Écriture, nous sommes libres et nous voulons être libres.

C’est contre la fraternité et contre la parole de Dieu que l’homme pauvre n’a pas le pouvoir de prendre du gibier, des oiseaux et des poissons. Car, quand le Seigneur Dieu a créé les hommes, il leur a donné le pouvoir sur tous les animaux, l’oiseau dans l’air comme le poisson dans l’eau.

Les seigneurs se sont approprié les bois. Si l’homme pauvre a besoin de quelque chose, il doit le payer au double de sa valeur. Donc tous les bois qui n’ont pas été achetés reviennent à la communauté pour que chacun puisse pourvoir à ses besoins en bois de construction et en bois de chauffage.

Les corvées, toujours augmentées et renforcées, sont à réduire de manière importante comme nos parents les ont remplies uniquement selon la parole de Dieu.

Les seigneurs ne doivent pas relever les corvées sans nouvelle convention.

Beaucoup de domaines agricoles ne peuvent pas supporter les fermages. Des personnes respectables doivent visiter ces fermes, les estimer et établir de nouveaux droits de fermage, de sorte que le paysan ne travaille pas pour rien car tout travailleur a droit à un salaire.

Les punitions par amende sont à établir selon de nouvelles règles. En attendant, il faut en finir avec l’arbitraire et revenir aux anciennes règles écrites.

Beaucoup se sont approprié des champs et des prés appartenant à la communauté : il faut les remettre à la disposition de la communauté.

L’impôt sur l’héritage est à éliminer intégralement. Plus jamais veuves et orphelins ne doivent se faire dépouiller ignoblement.

Si quelque article n’est pas conforme à la parole de Dieu ou se révèle injuste, il faut le supprimer. Il ne faut pas en établir davantage qui risque d’être contre Dieu ou de causer du tort à son prochain.

Déroulement

Fin mars 1525, l’armée de Waldburg-Zeil s’assemble à Ulm. Un peu en aval, sur le Danube près de Leipheim, autour du prêcheur Jakob Wehe, quelque 5 000 paysans pillant les environs du cloître et les propriétés nobles. L’armée de la Ligue de Souabe marche donc sur Leipheim où elle l’emporte le 4 avril sur la bande de Leipheim après avoir, en chemin, massacré quelques bandes de paysans pillards. La ville de Leipheim doit verser une amende. Wehe et les autres chefs de la bande sont exécutés.

Début avril également, les paysans se réunissent dans la vallée du Neckar (Neckartal) et l’Odenwald sous la direction de Jäcklein Rohrbach. La révolte touche l’Alsace à la mi-avril 1525. Rapidement, les insurgés contrôlent une grande partie du territoire alsacien. À Pâques 1525 le 16 avril, la bande de la Vallée du Neckar s’installe près de Weinsberg où le colérique Rohrbach laisse courir le comte Ludwig de Helfenstein, gendre de l’empereur Maximilien Ier et détesté des paysans, et ses chevaliers d’antichambre. La mort très douloureuse des nobles, à coups de piques et de gourdins, entre dans l’histoire de la guerre des paysans comme l’assassinat de Weinsberg. Elle marque de manière décisive l’image des paysans, tueurs et pilleurs, qui poussent de nombreux nobles à s’opposer à la cause paysanne. La ville de Weinsberg est condamnée à être incendiée, et Jäcklein Rohrbach brûlé vif. Après l’affaire de Weinsberg, ceux du Neckartal et de l’Odenwald s’unissent avec la bande de Taubertal (Bande Noire, commandée par le noble franconien Florian Geyer), pour former la puissante Bande de la Claire Lumière forte de près de 12 000 hommes. Elle se retourne, sous la direction du capitaine Götz von Berlichingen, contre les évêques de Mayence et de Wurtzbourg et l’électeur palatin.

Le 12 avril, les troupes de la Ligue de Souabe arrêtent la bande et la battent : les paysans sont désarmés et soumis à une lourde amende.

Le 13 avril, Truchsess avec son armée, doit se replier devant la Bande du Lac, très bien formée et entraînée militairement, et rencontre, le lendemain près de Wurzach, la Bande de l’Allgau. Il parlemente avec eux et parvient à les convaincre d’abandonner leurs armes. Par le traité de Weingarten, le 20 avril, il accorde aux deux bandes quelques concessions, leur garantit le droit de se retirer librement et un tribunal arbitral indépendant pour régler leurs conflits.

Le 16 avril, les paysans du Wurtemberg se rassemblent. La troupe de 8 000 hommes entre dans Stuttgart et continue en mai sur Böbligen.

La révolte s’étant propagée en Alsace, elle atteint ensuite la frontière est de la Lorraine.

Champion du catholicisme, fermé à toute remise en cause de l’ordre féodal, le duc Antoine de Lorraine met en place une expédition militaire dès la fin avril pour mater l’insurrection dans ses États. Les troupes lorraines sont ralliées par les forces de plusieurs autres princes des régions limitrophes qui lui en confient le commandement général : Champagne, Nassau- Sarrebruck, Suisse… Les 16 et 17 mai, les troupes menées par Antoine tuent environ 20 000 insurgés à Lupstein, Saverne, Neuwiller. Le 20 mai, la bataille de Scherwiller fait plus de 4 000 morts parmi les paysans. Le 24 mai, Antoine abandonne le combat après ces victoires décisives, et les troupes lorraines sont de retour à Nancy qui leur réserve un accueil triomphal.

La répression se poursuit dans le Sud de l’Alsace. Les anabaptistes sont écrasés en Allemagne du Sud à Ulm par 5 000 mercenaires dirigés par Truchsess von Waldburg. Karlstadt se réfugie à Zurich auprès deZwingli.

La bataille de Frankenhausen , le 15 mai 1525, est la plus significative des batailles de la guerre des paysans. Les paysans insurgés de Thuringe, sous la direction de Thomas Müntzer, y sont complètement défaits par l’armée du landgrave de Hesse. Müntzer lui-même est fait prisonnier et amené le 27 mai à Mühlausen, sur les fortifications de Heldrungen. Il y est torturé et décapité.

À Hall et à Gmünd également, des petites bandes se forment. 3 000 partisans pillent les monastères de Lorch et de Murrhardt, et laissent le château de Hohenstaufen   en cendres. On pille aussi les monastères à Kraichgau et Ortenau et on incendie les châteaux.

Après le succès de Weingarten, l’armée Waldburg-Zeils passe dans la vallée du Neckar. Les paysans sont battus à Balingen Rottenburg, Herrenberf et le 12 mai à Böblingen. Il en est de même le 2 juin à Königshofen à  pour la Bande du Neckartal et la Bande de l’Odenwald.

Le 23 mai, une troupe de 18 000 paysans du Brisgau et de la Forêt Noire s’emparent de la ville de Fribourg-en-Brisgau. Fort de ce succès, le meneur, Hans Müller, veut courir en renfort à ceux qui assiègent Radolfzell, mais trop peu de paysans le suivent, la plupart préférant retourner s’occuper de leurs champs. La troupe est alors suffisamment réduite pour être battue peu après par l’archiduc Ferdinand d’Autriche. l’archiduc . Waldburg-Zeil rencontre, le 4 juin près de Wurtzbourg, la Bande de la Claire Lumière de paysans franconiens. Abandonnés la veille par Götz von Berlichingen sous un prétexte quelconque, les paysans privés de leur chef n’ont aucune chance. En deux heures, 8 000 paysans sont tués.

Après cette victoire, les troupes de Bauernjörg se redirigent vers le sud et l’emportent en Allgäu, fin juillet, sur les derniers insurgés. En quatre mois, l’armée de George Truchsess de Waldburg-Zeil a parcouru plus de mille kilomètres.

De nombreuses autres petites révoltes sont tout autant défaites jusqu’en septembre 1525 où combats et répressions sont tous achevés. L’empereur Charles Quint et le pape Clément VII remercient la Ligue de Souabe pour son intervention.

À la fin de l’année 1525, la révolte est matée en Allemagne, puis en 1526 en Autriche.

 

Conséquences

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Les conséquences sont rudes pour les insurgés. Selon les estimations, pour la seule répression, 100 000 paysans trouvent la mort. Les insurgés survivants sont mis au ban de l’Empire et perdent donc tous leurs droits civiques et privés ainsi que les droits liés à leur fief : ce sont désormais des hors-la-loi. Les meneurs sont condamnés à mort. Les participants et ceux qui les ont soutenus ont à craindre les peines des souverains qui se montraient déjà très cruels. Beaucoup de jugements parlent de décapitations, d’yeux arrachés, de doigts coupés et d’autres mauvais traitements. Celui qui s’en sort avec une amende peut s’estimer heureux, même si les paysans ne peuvent payer les amendes à cause des impôts élevés. Des communes entières sont privées de leurs droits pour avoir soutenu les paysans. Les juridictions sont partiellement perdues, les fêtes sont interdites, les fortifications urbaines rasées. Toutes les armes doivent être livrées. Le soir, la fréquentation des auberges villageoises n’est plus autorisée.

Pourtant, la guerre des paysans, dans un certain nombre de régions, a des répercussions positives, aussi minces soient-elles. Dans certains domaines, les dysfonctionnements sont supprimés, par traité, dans les cas où l’insurrection s’est faite sur la base de conditions plus difficiles (comme à Kempten). La situation des paysans s’améliore nettement dans beaucoup d’endroits puisque les impôts ne sont plus à verser uniquement aux propriétaires terriens mais aussi directement au souverain.

La défaite des paysans marque le début de l’accroissement patrimonial des chefs militaires nobles victorieux. Georg Truchsess von Waldburg-Ziel obtient des terres en Haute-Souabe. Le capitaine de campagne Sebastian Schertlin von Burtenbach se dédommage sur les vaincus pour payer la solde de ses charretiers.

Les associations de paysans indépendantes, comme celle du Tyrolien Michael Gaismair, sont condamnées au secret pour plusieurs années. De nombreux paysans proscrits survivent pendant des décennies en tant que bandes de brigands dans les forêts. De cette époque date une série d’histoires sur l’origine de ces bandes. Mais il n’y a plus de soulèvement important. Pendant trois-cents ans, les paysans ne se révolteront presque plus. C’est seulement avec la révolution de mars 1848-1849 que peuvent s’imposer les objectifs formulés en 1525 dans les 12 articles.

Les conséquences socio-économiques de la perte de 100 000 paysans, ou 130 000 selon d’autres estimations, sont considérables et préparent le marasme de la guerre de 30 ans.

Le Chant du Rosemont, ballade en patois roman qui célébrait le souvenir de cette épopée est parvenu jusqu’à nous par la tradition orale

 

Guerre des paysans et religion

 

Martin Luther

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Même si les points de vue de la réforme sont une justification essentielle pour les paysans insurgés, Martin Luther prend clairement ses distances vis-à-vis de la guerre des paysans. Dès 1521, il insiste sur la séparation entre le domaine temporel et le domaine spirituel. Avec la réforme, il veut une transformation de l’Église et pas une « christianisation » du monde, contrairement à Savonarole. Pourtant, continuellement considéré par les autorités comme responsable des événements de la guerre des paysans, il établit nettement, après l’assassinat de Weinsberg, ses distances par rapport aux insurgés en décembre 1524 dans sa Lettre aux princes de Saxe sur l’esprit séditieux et en janvier 1525 dans son libelle Contre les prophètes célestes : « à nouveau, les hordes de paysans, en train de tuer et de piller, […] il faut les pulvériser, les étrangler, les saigner, en secret et en public, dès qu’on le peut, comme on doit le faire avec des chiens fous ».

Après 1525, le protestantisme perd son esprit révolutionnaire et renforce les situations sociales dominantes, avec le dogme Soumettez-vous aux autorités.

 

Thomas Müntzer

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Ancien partisan de Luther, Luther, Thomas Münster est en opposition avec lui et prend position pour la libération violente des paysans et, à Mühlhausen (Thuringe) où il est pasteur, il s’active en tant qu’agitateur et défenseur de l’insurrection. Il tente de mettre en place un ordre social équitable : suppression des privilèges, dissolution des ordres monastiques, abris pour les sans logis, distribution de repas pour les pauvres. Ses efforts pour unir les différentes troupes de paysans de Thuringe n’aboutissent pourtant pas. En mai 1525, il est capturé, torturé et, finalement, exécuté.

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