ARLES (Bouches-du-Rhône), LA PESTE A ARLES EN 1721, MALADIE, PESTE, PESTE (1720-1722), PROVENCE

La peste à Arles en 1721

Peste d’Arles (1720-1721)

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A Arles, la peste de 1720-1721, venue de Maseille contaminée le 25 mai 1720 fut tardive et particulièrement violente. Cette épidémie correspondant à une résurgence de la deuxième pandémie de peste. La contagion qui emporta plus de 40 % de la population avec environ 10 000 décès pour 23 000 habitants, provoqua, chose unique en Provence, des mouvements populaires réprimés par la troupe. D’après les descriptions réalisées, nous savons que cette épidémie fut principalement d’origine bubonique.  Sur le plan démographique, à la suite de ces milliers de morts, la cité dut attendre plus d’un siècle pour retrouver son niveau de population d’avant 1720.

Contexte et premières mesures

Une ville déjà frappée par la peste

En 1720, En quand éclate l’épidémie de Marseille, la peste, à Arles, n’est pas une inconnue. La cité rhodanienne a déjà été frappée par les grandes pandémies historiques : celle de la fin du VIè siècle ou Peste de Justinien du  et celle de 1348 appelée la Peste noire. Moins célèbres, de nombreuses autres contagions, en particulier les épidémies très meurtrières de 1449, 1481 et  de 1580 de sont restées dans la mémoire des Arlésiens. La dernière crise historique remonte au XVIIè siècle,  quand en 1629 la peste tue environ 900 habitants.

 Les premières mesures

Aussi, dès la connaissance de la contagion dans la ville de Marseille en mai 1720, la ville d’Arles prend-t-elle ses précautions. Un Bureau de Santé de soixante nobles et bourgeois est mis en place pour organiser les mesures indispensables telles l’interdiction du commerce avec les Marseillais et la constitution de réserves alimentaires.

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Mur de la peste – Cette construction a été édifiée dans les Monts de Vaucluse afin de protéger le Comtat Venaissin de l’épidémie de peste qui frappa Marseille et une partie de la Provence (1720-1722), lorsque la peste franchit la Durance.

En août 1720, la cité ferme toutes ses portes à l’exception de celles du Marché-Neuf (vers Marseille) et du Pont (vers Tinquetaille, ie Languedoc)  gardées jour et nuit. Ces deux portes sont vitales car elles permettent l’accès aux territoires agricoles et pastoraux de la cité : la Crau et la Camargue, deux zones peu peuplées et de ce fait, potentiellement moins dangereuses. Il faut souligner que la porte nord dite de la Cavalerie, en direction de Tarascon et d’Avignon, sources probables de contagion, est condamnée. Parallèlement et à la même date, l’extrait des registres du parlement de Provence est lu3 dans les places publiques d’Arles ; afin que «nul ne l’ignore», les nouvelles mesures prises pour lutter contre la peste qui sévit à Marseille et dans toute la Provence sont placardées. L’affiche interdit aux habitants de sortir chasser hors de la ville, de maintenir du fumier dans les maisons ou basses-cours, et de jeter des ordures dans la rue, sous peine de fouet. Les habitants sont aussi tenus de nourrir les malades et d’en prendre soin, sans les amener à l’hôpital Saint-Jacques. Enfin, l’arrêt précise que toutes les marchandises susceptibles de communiquer la peste («indienes et coutonines») doivent être brûlées. À partir de ce même mois, l’embouchure du grand-Rhône est gardée et les Arlésiens interdisent la remontée du fleuve à tout navire qui n’a pas une patente de santé en bonne forme.

La contagion empirant, la Provence est déclarée en quarantaine par arrêté du Conseil d’état du roi en date du 14 septembre 1720. Il est fait défense aux habitants et aux marchandises de franchir le Verdon, la Durance et le Rhône. Les foires sont supprimées. Et en octobre les édiles de la ville d’Arles demandent aux habitants de déclarer toutes personnes étrangères qui sont logées chez eux depuis deux mois.

Chronologie

 La contagion initiale

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La Crau, entre Marseille et Arles.

D’après les historiens, la peste d’Arles commence le 26 novembre 1720 quand Marguerite Poncet, dite Mérone, meurt à la tapie en Crau, petit cabaret à trois lieues de la ville d’Arles7. Son corps examiné par le médecin Simon n’aurait montré aucune marque de contagion. Toutefois, ce cabaret avait été fréquenté par un poissonnier, dénommé Simiot, qui venant de Marseille aurait apporté la peste à Tarascon..

Le 17 décembre 1720, la peste entre dans la ville avec le dénommé Claude Robert, dit Poncet Méron et neveu de Marguerite Poncet, venant malade de ce fameux cabaret en Crau; il avait résidé dans le Mas de Perne contaminé par un proche d’un trafiquant. À Arles, il loge dans une maison des arènes où il meurt deux jours plus tard. Bien que son décès n’ait pas été identifié initialement comme causé par la peste, son cas demeure suffisamment suspect pour que toute la population résidant dans les arènes (400 à 500 personnes) soit mise en quarantaine par la fermeture de toutes les issues. La ville leur fait distribuer du pain et des vivres pour 40 jours.

Le mal présent dans la cité inquiète tous les Arlésiens et ceux qui le peuvent – peut-être jusqu’à 10 000 – se réfugient en campagne dans leurs résidences ou dans des cabanes de fortune. Certaines professions, en dépit des précautions et directives des consuls, viennent ainsi à manquer comme celle des notaires :

« Il est décidé le 3 janvier que les testaments pourront être reçus par les aumôniers car il ne reste dans la ville plus qu’un seul notaire ».

Pendant ces quarante jours, seules 3 ou 4 personnes tombent malades. L’hiver se passe sans alarme supplémentaire et on ne dénombre pas plus de 5 décès, tant à la ville que dans les campagnes, probablement à la suite de la vigilance exercée par le commandant M. de Baumont, frère de M. Arlatan. Le mal semble « sous clef ». Mais en campagne apparaissent quelques cas et dès le 14 mars la Camargue est consignée.

 La reprise de l’épidémie

Les Arènes d'Arles loties avant le dégagement au 18e siècle
Les arènes loties du XVIIIè siècle 

À la fin avril 1721, l’infection se répand soudainement dans les arènes puis rapidement dans tout le quartier de la Major. Les autorités font dresser immédiatement des barrières pour éviter au peuple de ce quartier de venir dans le reste de la ville et séquestrent les mendiants au quartier de Trinquetaille.. Fait exceptionnel dans toute la Provence, une émeute éclate au début juin 1721 quand après le 25 mai les troupes du marquis de Caylus coupent la population de son terroir au moment des moissons. Dès le 3 juin un grenier à blé du quartier de la Cavalerie, les greniers à sel et un magasin de farine sont pillés. Le 4, les barrières sont enfoncées par une mutinerie des habitants, mutinerie rapidement réprimée par une troupe de 1 200 à 1 500 hommes de guerre commandée au nom du roi par le marquis de Caylus (il y a 3 fusillés le 9 juin), et le mal gagne la ville tout entière. Les églises sont fermées et les messes célébrées en plein air.

Toutefois, à la suite de ces incidents, le blocus est assoupli et les moissons autorisées.

 

Une mortalité effrayante

Dès lors, les quarantaines n’étant plus respectées, l’épidémie devient foudroyante ; des gens barricadés depuis des mois sont contaminés et meurent chez eux. La mortalité atteint des sommets, plus de 100 morts par jour en juin et juillet (soit une mortalité quotidienne de 0,5 % de la population totale). Les responsables de la cité, contrairement à ceux de la plupart des villes provençales, ne fuient pas leur responsabilité et nombreux meurent en service : en juin 1721, le commandant de la ville Jacques d’Arlatan meurt et est remplacé, sur instruction du roi, par Dominique de Jossaud; en juillet, c’est au tour du premier consul M. de Fourchon, puis du consul Grossy. Le 21 juillet une procession expiatoire à saint Roch est organisée.

Parallèlement à ces problèmes sanitaires, la ville doit faire face aux pillages en particulier des corbeaux, c’est-à-dire des hommes qui enlèvent les cadavres et les jettent dans la fosse commune. Des exécutions sont prononcées comme par exemple le 3 juillet ou le 23 août. À la mi-août, des campagnes jusque-là épargnées commencent à être attaquées (Corrègemas de VerdMas de la Flèche en Crau, …) Le 4 août la municipalité réussit toutefois à faire proclamer une nouvelle quarantaine. Le 15, l’ancien archevêque de la ville, le cardinal de Reims François de Mailly, envoie, à titre de secours, un fonds de 10 500 livres.

 

La fin de l’épidémie

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Statue de saint Roch au 14 rue du Quatre-Septembre, à Arles.

En août, l’état sanitaire de la ville commence à s’améliorer. Le 21 septembre avec la mort déclarée suspecte de l’avocat Brun, revenu semble-t-il en ville après être resté dans sa résidence de campagne avec sa mère, Arles enregistre le dernier décès du à la peste. À la fin septembre, une procession solennelle d’action de grâce est rendue aux saints anti-pesteux, sainte Rosalie, saint Roch et saint François-Régis .Persuadé que le fléau n’a cessé que par ces actions religieuses et populaires, l’archevêque d’Arles Jacques de Forbin-Janson proclame une procession annuelle en l’honneur de saint Roch. Le 25 septembre, la quarantaine est levée et cinq jours plus tard, les survivants commencent les vendanges, d’abord en Crau puis à partir du 10 octobre en Camargue, au Plan du Bourg et au Trébon.

Le 18 décembre est célébrée dans l’allégresse générale la fin de la seconde quarantaine : c’est la constatation officielle de la fin de la contagion. Et le 20 décembre, la peste ayant disparu, les églises rouvrent leurs portes. L’épidémie, entre le premier cas déclaré dans la ville (17 décembre 1720) et la fin officielle de la contagion (18 décembre 1721), a donc pratiquement duré un an jour pour jour.

Conséquences

 Démographiques

Sur le plan démographique la peste de 1720-1721 est particulièrement meurtrière. D’après Charles-Roux, dans son ouvrage Arles :

« … dans la ville 8 57224 individus avaient péri, et dans la banlieue 1 638 ; parmi eux, 4 consuls, 35 membres du corps municipal, 11 nobles, 7 avocats, 17 bourgeois, 72 prêtres et 35 médecins ou pharmaciens. La population totale d’Arles étant à cette époque de 23 178 habitants, on voit ce qu’une telle année lui avait coûté … »

Toutefois, Odile Caylux dans un ouvrage plus récent avance différents chiffres dont celui plus modeste de 7 500 victimes pour la ville seule. Le clergé arlésien est décimé en particulier les Minimes qui ont converti leur monastère en hôpital pour pestiférés. La noblesse et la bourgeoisie paient également un lourd tribut au fléau même si certains de leurs membres se sont réfugiés dans leurs propriétés camarguaises dès les premiers signes de l’épidémie, entraînant de vives tensions notamment aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Dans les années qui suivent, Arles, contrairement à Marseille, va mettre beaucoup de temps pour afficher à nouveau une population comparable à celle d’avant la peste ; la ville doit en effet attendre la fin des années 1840   pour retrouver ses 23 000 habitants.

 Économiques et financières

La ville déjà endettée avant l’épidémie doit faire face au défaut d’encaissement des taxes et à la disparition de nombreux contribuables.  De plus, la cité a du mal à trouver de nouveaux prêteurs, et en dépit de dons et de diverses aides ainsi que la négociation dans de bonnes conditions de ses billets avant la faillite de la banque Law, la ville va mettre plus de 20 ans pour rétablir ses finances.  Mais cette mortalité n’affecte pas uniquement les finances communales : elle augmente, à la suite de la disparition de nombreux journaliers, le prix de la main-d’œuvre, ce qui obère en particulier les revenus des fermes des grands propriétaires arlésiens. Notons enfin que la peste se déclare à une période où la campagne arlésienne est dévastée par une invasion de sauterelles qui détruisent les récoltes sur pieds aggravant ainsi la détresse de la population.

 Autres

À côté des impacts démographiques, financiers et économiques, cette peste, curieusement, a également des conséquences juridiques. Le déguerpissement des notaires dès le début de la contagion avait en effet obligé les aumôniers à recueillir les testaments, testaments rédigés pour la plupart sur papier libre et sans témoin, ce qui entraîne après l’épidémie de nombreuses contestations et procès.

Après les ravages de la peste, Arles connait un regain extraordinaire de ferveur religieuse, caractérisé par la multiplication des processions. La Vierge et les nombreux saints honorés de la cité continuent à être l’objet d’une dévotion traditionnelle, tandis que se développe le culte du Sacré-Cœur, considéré par l’Église comme antidote au rationalisme des Lumières.

Quelle peste ?

Dès le début de l’épidémie, chaque mort suspecte donne lieu à une inspection pour déterminer si le décès relève ou non de la contagion puis à compter du 5 avril 1721, la ville d’Arles est divisée en cinq quartiers auxquels sont associés cinq médecins : MM. Simon, Arnaud, Laurens, Compagnon et Pomme. Lors de ces inspections conservées pour la plupart aux archives municipales d’Arles, les médecins notent les principaux symptômes visibles sur les cadavres des personnes décédées. Ils décrivent aussi les patients soupçonnés d’être contaminés pour les transférer si nécessaire dans des hospices ou les mettre en quarantaine. Ainsi on a conservé une source relativement bien documentée de cette maladie.

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Malades atteints de peste bubonique

Les éléments les plus fréquemment relevés font référence à des bubons  aux aisselles, aux aines, derrière les genoux, sur les seins, et leurs différents états (presqu’ouverts, …) ; viennent ensuite les charbons, les taches noires ou pourprées et la langue noire. On signale également des tumeurs en général au cou ou des taches livides et flexibles. Dans certains cas seule apparait la mention mort suspecte  ou même comme pour Marguerite Poncet, sans marque de contagion. Les médecins signalent parfois les symptômes ayant précédé la mort : grande douleur à la têtevisage enflammésoif ardentegrosse fièvrefièvre maligne ou vomissements..

La mort est en général rapide, de quelques heures à quelques jours ; exceptionnellement le délai peut aller jusqu’à deux semaines. Toutefois, les médecins rapportent des rémissions spontanées, même après l’apparition de bubons.

La contagion d’Arles de 1720-1721 est donc une peste bubonique avec probablement quelques cas de peste septicémique et pneumonique.

Notes

Détails indiqués par Augustin Fabre in Histoire de Provence – 1833, page 248 et 249 :

« Le viguier et les consuls d’Arles avaient pris des mesures pleines de sagesse pour garantir celte ville de la maladie contagieuse, lorsqu’un pourvoyeur de Tarascon arriva dans la Grau au commencement de novembre 1720, apportant de Marseille, par contrebande, diverses marchandises pestiférées. Le nommé Robert, chez lequel ces marchandises avaient été déposées, ne tarda pas à se sentir malade. Il profita de la nuit pour entrer dans la ville sans être aperçu par les gardes et se rendit dans sa maison, au milieu des Arènes, où il mourut avec sa femme, malgré les secours les plus prompts. Sa belle-mère et plusieurs voisins qui avaient communiqué avec lui, succombèrent à la fin du mois de décembre. Les habitants prirent l’alarme. Cependant à la fin d’avril 1721, il n’était mort que quarante-six personnes. »

Augustin Fabre – Histoire de Provence – 1833, page 249 :

« Les mendians furent séquestrés au faubourg de Trinquetaille, et Jacques d’Arlatan de Beaumont, qui exerçait dans la ville le commandement militaire, la fit cerner par des troupes réglées, avec défense de passer la ligne prescrite sous peine de la vie. Le 4 juin ? trois mille individus, pâles de faim et de misère, se joignirent aux pestiférés en quarantaine, se répandirent dans la ville, enlevèrent le pain destiné aux malades et forcèrent les barrières de Trinquetaille. L’archevêque Jacques de Forbin-Janson sortit de son palais avec le chanoine Lecamus, son grand vicaire, le commandant d’Arlatan, les consuls et plusieurs notables pour calmer les perturbateurs. Il y parvint par ses paroles touchantes, après avoir été repoussé par les plus audacieux, dont un osa lui jeter une pierre. En ce moment de tumulte et de désordre les Corbeaux (on donnait ce nom aux hommes qui enlevaient les cadavres et les jetaient dans la fosse) se livrèrent à des pillages. Le lieutenant-général de Caylus, commandant en Provence, entra dans Arles pour y rétablir le bon ordre, et fit fusiller, au pont de Grau, trois chefs des révoltés. »

Sources et bibliographie

 Auteurs anciens

Augustin Fabre, Histoire de Provence, 1833, pages 248-251.

Victorin Laval Lettres et documents pour servir l’histoire de la peste d’Arles en Provence de 1720-1721. André Catelan éditeur, Nîmes, 1878

Jean-Charles Roux, Arles, 1914, réédition 1984

 Travaux récents

Jean-Maurice Rouquette (dir.), Arles, histoire, territoires et cultures, Actes Sud, 2008

Odile Caylux, Arles et la peste de 1720-1721, Publications de l’Université de Provence, collection Le temps de l’histoire, 2009

Robert Bouchet et Pauline Fargue, Les cahiers d’Arles n°1, « Chronique d’une année de peste Arles 1720-1721 », Actes sud, Arles, 2009.

ARLES (Bouches-du-Rhône), CATHEDRALE SAINT-TROPHIME D'ARLES, CATHEDRALES, EGLISE CATHOLIQUE, MONUMENTS HISTORIQUES, TROPHIME D'ARLES (saint ; IIIè siècle)

Cathédrale Saint-Trophime d’Arles

Saint-Trophime d’Arles, un joyau provençal

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Bâtie sur des vestiges de l’Antiquité tardive, le chantier de la cathédrale d’Arles commence en 1100. Elle obtiendra un temps le rang de primatiale des Gaules, et demeurera siège d’un archevêché jusqu’à la Révolution. C’est l’un des plus importants édifices du domaine roman provençal. Aujourd’hui, Saint-Trophime est église paroissiale.

 

Une histoire très ancienne

La communauté chrétienne d’Arles est l’une des premières de la Gaule, avec la présence d’un évêque attestée dès 254. Initialement située à proximité du rempart antique de l’Hauture, la cathédrale fut déplacée vers le Ve siècle à proximité de l’ancien forum romain.
Elle fut élevée en plusieurs phases et l’essentiel du monument que nous voyons aujourd’hui date du XIIe siècle, époque à laquelle sa façade, initialement sobre, fut rehaussée de sa magnifique statuaire historiée. À cette époque, Arles connaît un essor important qui nourrit les ambitions de renouer avec un passé glorieux. Avec la construction de l’église, l’ancien vocable de Saint-Étienne est remplacé par celui de Saint-Trophime, en hommage au premier évêque légendaire de la cité. Le chantier commença vers 1100, la translation des reliques de saint Trophime dans la nouvelle cathédrale eut lieu en 1152.

 

Un joyau provençal

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Le monument possède le plan caractéristique des édifices de Provence : une haute nef de cinq travées, voûtées en berceau brisé et flanquée d’étroits collatéraux ; un transept très court dont la croisée est surmontée d’une coupole et supporte le clocher. Outre d’innombrables trésors architecturaux, le portail possède une statuaire – consacrée au Jugement Dernier – tout simplement admirable de finesse.

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Autre joyau, le cloître.

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Sa construction est venue achever une réédification du complexe cathédral qui avait débuté vers la toute fin du XIe siècle. À partir du XIIe siècle, l’espace au sud de la cathédrale est occupé par deux grands ensembles : le palais de l’évêque, et le claustrum, un espace réservé à la communauté des chanoines. Les deux galeries romanes (au nord et à l’est) ornées de sculptures sont d’une qualité exceptionnelle. Les deux dernières galeries (au sud et à l’ouest), voûtées sur croisées d’ogives, sont de style gothique et n’ont été réalisées que vers 1370-1380.

À la fin du XVIIe siècle, Monseigneur de Grignan entreprit une vaste modernisation de l’église, ajoutant notamment des balcons à balustres aux extrémités du transept ainsi que de grandes verrières. Deux nouvelles portes à fronton sont ajoutées sur la façade.
Lors de la Révolution, l’église fut transformée en temple de la Raison, et son mobilier d’origine en grande partie détruit.

 

Une restauration exemplaire

À la fin du XIXe siècle, l’architecte en chef des Monuments historiques Henri Révoil entreprend de remettre l’édifice dans le goût médiéval et de supprimer des adjonctions modernes. Ainsi, il procède à la suppression d’un clocheton en haut de la façade, ouvre des fenêtres bouchées et remplace la porte du XVIIIe siècle. En 1873, l’intérieur de l’église subit de grands travaux portant notamment sur la nef, les collatéraux et les tribunes.
Par ailleurs, de nombreuses pièces de mobilier sont ajoutées, tels trois sarcophages paléochrétiens.

Dans les années 1970, plusieurs interventions ont lieu sur les toitures et le clocher.
En 1980 est lancée l’opération de restauration du portail et de sa statuaire. Partant d’un constat préoccupant (l’importance des dégradations) et inspiré par une approche scientifique, le chantier se révéla comme une opération pilote, drainant des compétences multiples.
Durant sept années (1988-1995), le portail est le point de rencontre de spécialistes venus du monde entier, réunis par une action commune et un même enthousiasme.
Outre la consolidation de la pierre, la technique retenue pour la débarrasser de sa gangue noire fut celle de la micro-abrasion, conduite avec un outillage aussi fin que celui d’un dentiste.

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Saint-Trophime est par ailleurs une église à reliques sur la route de Compostelle

https://croire.la-croix.com/Definitions/Sanctuaires/Saint-Trophime-dArles-joyau-provencal-2020-06-26-1701101954?utm_medium=email&utm_source=mailrel&utm_campaign=cro%20edi

 

Trophime d’Arles

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Trophime d’Arles ou saint Trophime est un saint chrétien dont l’histoire est mal connue. Il serait le premier évêque d’Arles.

Il est fêté le 29 décembre.

 

Légendes et traditions

Une légende dit que saint Trophime serait arrivé à Arles en 46. Le point de départ de cette légende est à chercher dans l’homonymie avec le compagnon de saint Paul.

Une autre légende, reprise notamment par Grégoire de Tours, raconte qu’il aurait été un des sept missionnaires envoyés par Rome pour évangéliser la Gaule, sous le règne de l’empereur Dèce et le premier évêque d’Arles ; il serait le fondateur de l’église d’Arles au IIIè siècle.

Biographie

Mais cet évêque légendaire, pourrait avoir bien existé. En cohérence avec les propos rapportés par Grégoire de Tours, des sources ténues mais basées sur des documents authentiques – des lettres de l’évêque de Carthage Cyprien écrites dans les années 250-254 – précisent la participation d’un évêque Trofime aux évènements liés à la persécution de Dèce. En effet, peu après ces évènements, vers 252, une lettre de Cyprien à Antonianus évêque en Numidie (lettre LV) évoque un Trofime qui après avoir renié l’église, avait demandé à revenir en son sein.

Pour ce qui est de Trofime, au sujet duquel vous avez exprimé le désir d’avoir des explications, les choses ne sont pas telles que vous les ont présentées des rumeurs vagues ou des mensonges malveillants. Comme l’ont fait souvent nos prédécesseurs, notre frère a tenu compte de ce qu’imposaient les circonstances pour ramener nos frères séparés. Une grande partie du peuple fidèle s’était éloignée avec Trofime. Or, Trofime revenait à l’Église, il donnait satisfaction; il avouait, en demandant pardon, son erreur passée; il satisfaisait encore et montrait une humilité parfaite en ramenant à l’Église les frères qu’il en avait séparés. Aussi a-t-on écouté ses prières, et l’Église a reçu non pas tant Trofime lui-même qu’un très grand nombre de frères qui étaient avec Trofime et qui n’auraient point repris le chemin de l’Église, si Trofime n’avait été avec eux. À la suite d’un conseil tenu là-bas entre plusieurs collègues, on a admis Trofime, pour qui satisfaisaient le retour des frères et le salut rendu à un grand nombre. Trofime d’ailleurs n’a été admis à notre communion qu’à titre laïc, et non pas, quoi qu’aient pu vous en dire des écrits malveillants, avec la dignité épiscopale.

Bien qu’il ne soit pas affirmé que cet évêque soit l’évêque d’Arles, il est impossible de ne pas apercevoir une grande concordance entre ce Trofime et l’évêque légendaire d’Arles Trophime. Ce Trofime, dont le patronyme est proche de Trophime, a été évêque vers 250 à la même époque que le Trophime de Grégoire de Tours ; il a renié la foi chrétienne lors des persécutions de Dèce, ce que ne rappelle toutefois pas -avec une certaine logique- le récit hagiographique légendaire. Ce Trofime, comme le Trophime légendaire, semble très connu dans la chrétienté au point que Cyprien, s’adressant à son interlocuteur, ne se sent pas obligé de préciser le diocèse dont Trofime est l’évêque.  Cyprien nous apprend également que ce Trofime, évêque universellement connu, souhaite retourner dans la communauté de l’Église, ce qui suscite des interrogations de la part de ses anciens collègues, tels que cet Antonianus. Or, l’évêque de Carthage évoque dans une de ses lettres suivantes, la lettre LXVIII datée de 254, toujours à propos du schisme novatien, l’évêque d’Arles Marcianus qui refuse de réintégrer dans l’Église les chrétiens repentants :

Faustinus, notre collègue de Lyon, m’a écrit à plusieurs reprises, frère très cher, pour me faire connaître (et je sais que la nouvelle vous a été aussi annoncée par mes autres collègues dans l’épiscopat de la même province) que Marcianus d’Arles s’est joint à Novatien, et éloigné de la vérité de l’Église catholique et de l’unanimité de notre corps épiscopal, il a adopté les dures maximes d’une hérésie présomptueuse, qui fermant la porte de l’Église à des serviteurs de Dieu qui regrettent et pleurent leur faute, et y viennent frapper avec des gémissements et des larmes, leur refuse les consolations et les secours de la Bonté de Dieu et de sa paternelle Miséricorde, sans se soucier d’admettre des blessés à soigner leurs blessures, préférant les abandonner à la rapacité des loups et à la rage du diable.

Enfin comme évoqué dans la lettre LV, un des enjeux de ce pardon papal, c’est de savoir si Trofime récupère ou non son diocèse. Tous ces éléments expliquent très bien la conduite de Marcianus, élu évêque d’Arles à la place de Trofime, qui ne souhaite pas que Trofime reprenne sa place au sein de l’église arlésienne. Il est donc possible que ce Trofime et le Trophime semi-légendaire ne soient qu’une seule et même personne comme l’admet historien du XIXè siècle, Wladimir Guettée.

Épilogue

Son nom a été donné à la cathédrale de la cité construite au Vè siècle ; initialement appelé Saint-Étienne, l’édifice prend le nom de Trophime au xiie siècle.