ALLEMAGNE (histoire), AUSCHWITZ-BIRKENAU (camp de concentration), CAMPS DE CONCENTRATION, DEPORTATIONS, DITA KRAUS (1929-....), EUROPE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, LES ENFANTS DU CAMP DE BIRKENAU, OTTO KRAUS (1921-2000), SHOAH

Les enfants du camp de Birkenau

 

Les enfants dans le camp d’Auschwitz-Birkenau

Auschwitz II Birkenau (Pologne): camp de concentration - Bloc des Enfants: Bloc des Enfants: Peintures murales decoratives, un enfant jouant avec un manche a tete de cheval  - Juillet2007 -
OPA4357054 Auschwitz II Birkenau (Pologne): camp de concentration – Bloc des Enfants: Bloc des Enfants: Peintures murales decoratives, un enfant jouant avec un manche a tete de cheval – Juillet2007 – ; (add.info.: Auschwitz II Birkenau (Poland): concentration camp – Children’s block: Children’s block: Decorative murals, a child playing with a horse’s head – July 2007 -); Photo © Philippe Matsas/Opale .

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La Bibliothécaire d’Auschwitz 

Antonio G. Iturbe

Paris, Flammarion, 2020. 512 pages.

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Résumé :

A quatorze ans, Dita est une des nombreuses victimes du régime nazi. Avec ses parents, elle est arrachée au ghetto de Terezín, à Prague, pour être enfermée dans le camp d’Auschwitz. Là, elle tente malgré l’horreur de trouver un semblant de normalité. Quand Fredy Hirsch, un éducateur juif, lui propose de conserver les huit précieux volumes que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens du camp, elle accepte.
Au péril de sa vie, Dita cache et protège un trésor. Elle devient la bibliothécaire d’Auschwitz.

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Le camp des enfants : Un roman basé sur l’histoire vraie du terrible bloc 31

Otto Kraus

City Edition, 2021. 287 pages.

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Résumé

Jour après jour, Alex tente de survivre dans le camp d’Auschwitz où il est prisonnier. Survivre au manque de nourriture, au froid, aux humiliations, à l’absence d’espoir. Pourtant, malgré les risques, le jeune homme a décidé de défier ses bourreaux : en secret, il fait la classe aux enfants du Bloc 31. Poésie, mathématiques, dessin… Ces leçons ne sont qu’un petit geste, mais témoignent du courage et de la résistance d’Alex. C’est aussi sa manière de protéger ses petits élèves de la terrible réalité du camp. Mais enseigner aux enfants n’est pas la seule activité interdite à laquelle Alex se livre… Il écrit aussi un journal dans lequel il raconte les minuscules moments de joie qui font oublier le cauchemar du quotidien. Un récit pour être plus fort que l’horreur du monde et pour que personne n’oublie rien, jamais.

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Otto Kraus

Le Mur de Lisa Pomnenka

Otto Kraus

Eiteur ARACHNEEN, 2013. 336 pages

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Résumé

En septembre 1943, en vue de démentir la rumeur de l’anéantissement des Juifs d’Europe, Adolf Eichmann invita la Croix-Rouge internationale à visiter le ghetto de Theresienstadt (Terezín en tchèque) et un « camp pénitentiaire » familial à Birkenau. En cet effet, il organisa le « nettoyage » du ghetto et déporta plusieurs milliers de ses détenus à Birkenau, où avait été créé un « camp des familles tchèques ». Terezín a été visitée le 23 juin 1944 ; la Croix-Rouge n’y a rien trouvé à redire. La visite à Birkenau, elle, n’eut pas lieu, et ce camp fut « liquide » le mois suivant. Le Mur de Lisa Pomnenka, roman et témoignage, transpose une histoire réelle dont l’auteur, l’écrivain tchèque Otto B. Kraus, fut à la fois le témoin, la victime et l’acteur : celle d’un groupe d’enfants et de jeunes gens juifs, tchèques pour la plupart, qui, Envoyé de Terezín au camp des familles de Birkenau en décembre 1943, vécurent six mois dans le « block des enfants » (Kinderblock), créé par un jeune juif d’origine allemande, Fredy Hirsch, avec l’approbation d’Adolf Eichmann et sous le contrôle direct de Josef Mengele. Les enfants y passaient leurs journées auprès de jeunes madrichim (« guides » en hébreu) ​​désignés parmi les détenus qui, tout en se sachant condamnés, leur proposaient des activités éducatives, sportives et artistiques. Otto B. Kraus fut l’un de ces éducateurs ; il fit partie du convoi venu de Terezín en décembre 1943. Le Mur de Lisa Pomnenka témoigne de cette expérience et porte sur les derniers mois du camp des familles avant sa liquidation en juillet 1944. Le roman mêle des personnages semi-fictifs et des événements réels, tels que la mort de Fredy Hirsch, l’envoi à la chambre à gaz en mars 1944 des déportés du premier convoi de septembre 1943, le soulèvement avorté, les expériences de Mengele… Sur ce fond d’horreur, le récit d’Otto B. Kraus raconte la survie des désirs et de l’espoir, et la tentative des éducateurs de faire du block un îlot de « faux-semblants » dans l’espoir de protéger les enfants de la hantise de la mort. Le Mur de Lisa Pomnenka est suivi d’un essai de Catherine Coquio qui remplace les événements du block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu’y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d’enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l’image de « la vraie vie introuvable qu’était devenue le monde humain ».Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la voyance des enfants et à l’idée de leur sort dans le cas d’un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l’espoir : toute projection dans l’avenir de venir impossible, c’est dans un pur présent que s’affirment les gestes de l’art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues. Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l’espoir et à la mort.

Le Mur de Lisa Pomnenka est suivi d’un essai de Catherine Coquio qui replace les événements du block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu’y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d’enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l’image de «L la vraie vie introuvable qu’était devenu le monde humain ».

Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la clairvoyance des enfants et à l’idée de leur sort dans le cas d’un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l’espoir : toute projection dans l’avenir devenant impossible, c’est dans un pur présent que s’affirment les gestes de l’art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues.

Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l’espoir et à la mort, sur les pouvoirs et les limites de l’idée d’« éducation », enfin sur le sens moral et la valeur pratique des gestes artistiques à l’échelle individuelle et collective.

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GRANDIR DANS UN CAMP DE LA MORT : LE CAMP DES FAMILLES DE BIRKENAU

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Paysages de la métropole de la mort. Réflexions sur la mémoire et l’imagination, suivi de Un ghetto dans un camp d’extermination. L’histoire sociale juive au temps de l’Holocauste et ses limites d’Otto Dov Kulka (trad. P.-E. Dauzat, Paris, Albin Michel, 2013) et Le mur de Lisa Pomnenka (trad. S. et N. Gailly), suivi de C. Coquio, Le leurre et l’espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau, Paris, L’Arachnéen, 2013.

Deux livres bouleversants sont parus presque simultanément début 2013, Paysages de la métropole de la mort, d’Otto Dov Kulka, et Le mur de Lisa Pomnenka, d’Otto B. Kraus (suivi de l’essai Le Leurre et l’espoir, de Catherine Coquio). Il s’agit de deux documents exceptionnels sur un pan relativement peu connu de l’histoire de la Shoah, le camp des familles de Birkenau (officiellement appelé camp BIIb), un camp-vitrine installé à quelques centaines de mètres des chambres à gaz, destiné à leurrer d’éventuels visiteurs de la Croix Rouge internationale sur la réalité du traitement des Juifs déportés. Aucun des deux ouvrages ne relève vraiment du genre testimonial – du moins de ses formes attendues. Le premier explore la mythologie personnelle d’un survivant dont l’enfance s’est déroulée dans ce cadre hors-norme. Le second, également écrit des décennies plus tard par un rescapé, imagine le journal fictif d’un éducateur confronté aux dilemmes moraux quotidiens que constitue la présence des enfants en un tel lieu.

Les conditions de vie dans le camp BIIb sont effroyables, et le spectacle de la mort est quotidien. Les détenus souffrent de la promiscuité, du froid et de la faim. Mais relativement aux conditions du reste du camp, la vie des déportés du camp des familles apparaît comme presque privilégiée : les familles, venues du ghetto de Theresienstadt, ne sont pas sélectionnées à leur arrivée, ni séparées ; les détenus sont tatoués, mais ils peuvent conserver leurs cheveux, leurs vêtements, et maintenir les rudiments d’une vie sociale et culturelle : orchestre, jeux, spectacles, auxquels assistent souvent les SS et le responsable du camp des familles, le docteur Mengele. Très rapidement, la vie s’organise, notamment au Kinderblock (block des enfants), où des moniteurs s’attellent clandestinement à l’éducation des plus jeunes, s’efforçant de divertir les enfants de la réalité terrifiante qui les entoure, de leur apprendre à lire ou à dessiner, ou, comme l’écrit Otto Kraus, à « vivre avec la mort ».

Témoins de la sélection et de la disparition des milliers de Juifs descendus des convois de la mort, les familles du camp BIIb n’ont aucun moyen de comprendre ce qui leur vaut d’être épargnées par ce qu’Otto Kulka appelle plus d’un demi-siècle plus tard « la Grande Loi de la mort ». Ce statut d’exception devient plus incompréhensible encore lorsque l’intégralité des membres du premier convoi des familles tchèques, arrivé à Auschwitz en septembre 1943, est exterminée dans les chambres à gaz six mois plus tard, une nuit de mars 1944. Les très rares rescapés du massacre – dont fait partie Kulka, sauvé par un séjour à l’infirmerie – savent désormais, tout comme les membres des convois suivants, qu’ils seront tous voués à la mort au bout de six mois, sans même le mince espoir que représente, pour les autres détenus, le processus de sélection.

Comment continue-t-on à vivre en plein cœur d’un camp d’extermination ? Peut-on tomber amoureux, ou le rester, lorsqu’on sait précisément quel jour on doit mourir, et de quelle façon ? Quelle enfance, et quelle éducation, dans un lieu sans aucun avenir ? À quoi bon apprendre à lire à des enfants promis à la mort ? Pourquoi écrire des poèmes, tenir un journal, débattre d’un avenir politique promis à d’autres ? Ces questions sont au cœur de l’expérience des déportés du camp des familles, qui n’échappent initialement à la mort que pour subir en toute conscience, sans espoir aucun de s’y dérober, la loi de la cheminée. Double exception dans ce lieu d’exception qu’est le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau : la survie dans le camp de la mort, mais aussi la certitude du meurtre.

Lors de la liquidation du camp des familles, en juillet 1944, moins de 10% des déportés avaient survécu. Et pourtant, même après l’extermination intégrale du premier convoi, la vie du camp s’était maintenue : on continuait à entretenir des traditions juives, à célébrer des fêtes, à éduquer les enfants, à s’affronter sur le sionisme ou l’internationalisme. Racontant la préparation d’une révolte avortée, le roman d’Otto Kraus met en scène l’espoir d’une issue autre que l’extermination, mais il explore surtout une forme d’espérance désespérée, vidée de toute attente, suivant laquelle la seule chose sérieuse à faire, à l’approche et dans la proximité de la mort, serait de maintenir une forme de foi protestataire dans la vie, la « possibilité de vivre quelque chose de l’ordre d’un idéal au présent » (C. Coquio), faux semblant mais aussi vraie affirmation d’une résistance. Comme l’explique Otto Kulka, devenu plus tard historien en Israël, en se remémorant son premier contact avec l’enseignement de l’histoire dans le camp, les « valeurs et modes de vie historiques, fonctionnels et normatifs furent ici transformés en quelque chose de l’ordre de valeurs absolues ».

Les deux livres sont suivis d’un essai qui restitue l’histoire du camp et analyse les conditions de ce paradoxe : Otto Kulka publie, en contrepoint de son exploration intime, l’un des seuls articles qu’il a consacrés en tant qu’historien à l’expérience du camp des familles, où il essaye de comprendre ce cas extrême de survivance d’une vie culturelle au cœur d’un camp de la mort. Accompagnant le roman d’Otto Kraus, un essai passionnant de Catherine Coquio, qui avait déjà dirigé l’édition d’une anthologie de témoignages sur l’enfance pendant la Shoah1, revient de façon détaillée sur l’histoire des déportés du camp BIIb, du ghetto de Theresienstadt à la liquidation finale du camp, et analyse les quelques témoignages qui ont gardé la trace de cette histoire extraordinaire. À leur manière, extrêmement différente, Paysages de la métropole de la mort et Le mur de Lisa Pomnenka viennent enrichir l’héritage historique, poétique et éthique de la littérature des camps en pointant de façon extrêmement poignante l’énigme que put constituer l’expérience collective de l’art et la présence des enfants dans un lieu qui semblait vider l’art et l’enfance de tout sens.

↑1 C. Coquio et A/ Kalisky (textes réunis par), L’enfant et le génocide. Témoignages sur l’enfance pendant la Shoah, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007

https://raison-publique.fr/1974/

Le camp des familles

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Dans la sombre histoire de la Shoah, il est une aberration dont on parle peu : celle du camp des familles, à Auschwitz, un camp dans le camp, qui voit les Juifs tchèques vivre des conditions de détention nettement différentes de celles des autres détenus raciaux. Retour sur une illusion à peine trompeuse.

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En décembre 1943 arrive à Auschwitz un convoi de Juifs tchèques, déportés du camp de Terezin en Bohême. Leur voyage, si l’on peut l’appeler ainsi, a duré deux jours et une nuit. Mais, à leur arrivée dans le camp de la mort, leur destin est différent de celui des autres Juifs : pas de rampe de sélection, pas de tonte des cheveux, pas de séparation entre parents et enfants.

Ces Juifs tchèques sont regroupés au sein du camp dit des familles, où ils rencontrent certains de leurs coreligionnaires également déportés de Terezin. Combien sont-ils ? Environ 4 000, peut être 4 500. Etrangement, ils connaissent des conditions de vie sans aucun rapport avec les autres détenus : ils sont mieux nourris, portent des vêtements civils au lieu de la tristement célèbre tenue à rayures bleues et blanches. Il y a même un théâtre et une école pour les enfants, visités régulièrement par les gardiens SS. Une véritable aberration ! A deux pas, c’est un enfer sans nom. Et pourtant, tous les membres du camp des familles seront finalement gazés.

Pourquoi ? L’irrationalité nazie est-elle suffisante pour comprendre ? Car jusqu’à aujourd’hui, personne ne s’explique vraiment l’existence puis la liquidation de ce camp des familles.

Il se pourrait bien que les motifs de ce camp dans le camp soient plus terre à terre. Disons-le franchement, il s’agit sans doute de politique. On sait que les nazis firent leur possible pour cacher leur crime, détruisant par exemple les chambres à gaz lors de leur retraite. Le temps de durée du camp des familles avait été officiellement fixé à 6 mois. Un document retrouvé à Auschwitz le prouve. Tout était donc préparé. Six mois, en fait le camp durera un peu plus… Cette période était sans doute jugée suffisante par les nazis pour prouver à qui voudrait l’entendre qu’Auschwitz était un camp de travail normal, voir pourquoi pas un camp humain.

Après tout, ils n’avaient pas fait autrement avec les malades mentaux euthanasiés en Allemagne. A leurs familles, ils envoyaient une simple lettre expliquant un décès accidentel. Le tout étant de rester dans les formes et de faire passer la pilule.

En mars 1944, le camp des familles est liquidé et ses habitants gazés, on y reviendra. Or, 3 mois après, Eichmann invite la Croix-Rouge à visiter le camp de Terezin, en Bohême, sur la demande du Danemark. Pour l’occasion, quelques retouches et mises en scènes semblent tromper les visiteurs.

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Freddy Hirsch

Bref, notre idée est bien que les Juifs tchèques, de Terezin à Auschwitz, ont servi de vitrine auprès de l’opinion internationale. Sans d’ailleurs pour autant qu’ils fussent épargnés. Mais revenons au camp des familles. Membre de la Résistance, détenu depuis 18 mois, Rudolf Vrba, un Juif slovaque, entre vite en contact avec le camp des familles. Il veut convaincre les hommes de le rejoindre dans le mouvement de résistance du camp. En fait, il a très vite compris que le camp des familles était condamné. Son interlocuteur auprès du camp est Fredy Hirsch, un Juif allemand émigré à Prague. Cet homme d’un peu plus de 30 ans est très proche des enfants du camp. Il en est personnellement responsable et apporte un soin particulier à leur éducation. Hirsch communiquera à Vrba le nombre d’hommes prêts à prêter main forte en cas de révolte.

D’autant plus que le temps presse. Fin février 1944, des bruits sur les préparatifs du gazage des familles filtrent. Kaminski, un des chefs de la Résistance au « commando spécial », veut avertir les Juifs du camp des familles, mais l’opération de gazage est repoussée de quelques jours, en fait juste un court sursis. Vrba tente encore une fois de persuader Hirsch d’organiser une révolte armée : sur le chemin de leur exécution, les hommes s’empareraient des armes de leurs gardiens et en tueraient un maximum. La fin était inéluctable alors pourquoi ne pas mourir les armes à la main ? Pour Hirsh, le principal obstacle, et la principale obsession, ce sont les enfants, qu’il considère comme les siens. Face à un choix insoluble, il tente de se suicider en s’empoisonnant.

Un matin, les SS viennent embarquer les familles dans des camions. Subterfuge classique pour une exécution calme, ils expliquent aux Juifs qu’ils seront transférés à Heydebreck. Mais le camion ne tourne pas à droite, vers la sortie du camp, il prend bien la direction des chambres à gaz. Une scène unique se produira alors : battus, forcés de rentrer dans la chambre, les Juifs entonnent l’hymne national tchèque puis la Hatikva, futur hymne d’Israël.

Rudolf Vrba, qui avait tenté de soulever le camp des familles, fera quant à lui partie des rares à avoir pu s’échapper d’Auschwitz. En avril 1944, il parvient à regagner la Slovaquie, avec un co-détenu, Alfred Wetzler. Ils rédigeront un rapport de 32 pages sur la réalité de l’extermination des Juifs, qu’ils enverront aux gouvernements anglais et américain. A cette date, on savait déjà l’essentiel. Mais ce document poussera les Alliés à faire pression sur les nazis dans le cadre de la déportation des Juifs hongrois, qui commence au même moment. Si 400 000 furent effectivement déportés, on estime à environ 100 000 le nombre de vies sauvées grâce à ce rapport.

https://francais.radio.cz/le-camp-des-familles-8600949

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Une bibliothèque clandestine à Auschwitz

La bibliothèque clandestine d’Auschwitz

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Le livre, victime collatérale des conflits

En période de crise extrême, la culture se retrouve le plus souvent reléguée loin derrière les urgences induites par un conflit armé ou par la politique répressive d’un régime totalitaire. Quand la question de la survie devient primordiale, au point que tout le reste peut sembler dérisoire et futile, un acte culturel “gratuit” dénué d’idéologie sous-jacente peut être assimilé à une résistance intellectuelle, qui contrecarre, à sa modeste mesure, la barbarie ambiante. Ainsi, en pleine guerre, certaines personnes ont jugé indispensable de maintenir, au péril de leur vie, des bibliothèques en activité. Il y quelques années, au cœur même de la ville assiégée de Daraya, proche de Damas, un groupe d’amis, bientôt rejoint par des dizaines de bénévoles, a entrepris de rassembler des livres sauvés des ruines des habitations, des bâtiments officiels, des écoles et des mosquées. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à constituer un fonds dans un local calfeutré du sous-sol de la ville, devenu pour l’occasion une bibliothèque ouverte à tous (ci-dessous, une interview de Delphine MINOUI, qui a relaté cette histoire dans Les Passeurs de livres de Daraya).

C’est sur une autre histoire incroyable et édifiante que nous allons nous attarder dans ce billet. Il s’agit de l’existence, pendant plusieurs mois, d’une bibliothèque dans le dernier endroit où on se serait attendu à en trouver une : le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Fredy HIRSCH

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Ce véritable “miracle” est dû à un personnage très étonnant, Alfred “Fredy” HIRSCH (ci-dessous).

Originaire d’Aix-la-Chapelle, cet athlète accompli émigre en Tchécoslovaquie en 1935 après la promulgation des lois de Nuremberg. Dans sa nouvelle patrie, il se consacre à l’éducation physique et à l’organisation d’événements sportifs, tout en étant par ailleurs un militant sioniste très actif. En mars 1939, quand les nazis s’emparent du pays, ils engagent aussitôt la persécution des Juifs, qui se trouvent peu à peu exclus de tous les espaces publics. Dans des conditions difficiles, HIRSCH et ses amis réussissent à organiser, à Hagibor, un local clandestin où se déroulent des activités sportives et des spectacles.

En décembre 1941, il est déporté dans le ghetto de Terezin, qui va devenir un centre de regroupement et une zone de transit vers les camps de la mort. Malgré des conditions de vie extrêmes et une forte mortalité, une certaine vie culturelle réussit à s’y épanouir. Dynamique et charismatique, HIRSCH, soucieux de maintenir le moral des internés, fait campagne en faveur de l’hygiène pour combattre les épidémies. Il organise des séances d’exercice physique, tout en participant à la mise en place d’écoles pour les plus jeunes. Hélas, malgré cette “parenthèse”, la plupart des enfants du ghetto finiront dans les camps de la mort.

En septembre 1943, c’est au tour de HIRSCH d’être envoyé à Auschwitz. Avec d’autres déportés de Terezin issus de plusieurs convois, il intègre une section du camp spécialement conçue pour eux : le camp “familial” BIIb. Ce camp expérimental est fait pour accueillir les déportés, sans sélection à l’arrivée et sans affectation dans des kommandos de travail comme le voudrait la règle nazie. Les Juifs y bénéficient d’un régime moins sévère qu’ailleurs, sans pour autant que leur vie quotidienne soit exempte de brutalité. Autorisés à garder leurs habits civils et à circuler dans l’enceinte de leur camp, les hommes, les femmes et les enfants sont répartis dans des blocs distincts.

Comme nous pouvons nous en douter, ce n’est pas un quelconque souci d’humanité qui guide les nazis car, en vérité, les arrivants seront gazés six mois plus tard. Ce traitement “privilégié” est simplement destiné à donner le change pour que les arrivants envoient des courriers rassurants aux proches restés à Terezin, où il est prévu qu’une visite de la Croix-Rouge ait lieu quelques mois plus tard. En effet, comble du cynisme, le ghetto a été “maquillé” pour devenir un village idéal “offert aux Juifs par le Führer ” ; véritable leurre destiné à berner le monde extérieur quant à la réalité du sort des Juifs dans l’Europe nazie. Un film de pure propagande y sera d’ailleurs réalisé à cette fin.

HIRSCH parvient à convaincre le responsable du camp de regrouper les enfants de moins de 14 ans dans un seul bâtiment, le bloc 31, qui est placé sous sa surveillance et sa responsabilité. À force de persuasion, il réussit à obtenir des améliorations substantielles pour ses protégés et s’efforce de leur imposer une hygiène stricte pour limiter leur mortalité. Reproduisant le système de Terezin, au prétexte d’apprendre des rudiments d’allemand aux jeunes, il met en place un système d’éducation clandestin en recrutant des professeurs qui dispensent des cours par petits groupes. Bien que démunis de fournitures, HIRSCH et ses amis réussissent l’exploit de constituer une bibliothèque, alors que les livres sont strictement interdits aux prisonniers dans l’ensemble d’Auschwitz-Birkenau. Celle-ci est très modeste puisqu’elle ne compte que huit ouvrages : un atlas de géographie, un traité de géométrie, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, un dictionnaire de russe, Le Brave Soldat Chveïk de Karel CAPEK, un roman russe non identifié à la couverture manquante, Short History of the World de H.G. WELLS et Les nouveaux chemins de la thérapie psychanalytique de Sigmund FREUD. Ce trésor est confié à la garde de l’autre personnage central de cette histoire, une jeune Praguoise de 14 ans nommée Edita POLACHOVA, plus connue sous le nom qu’elle adoptera plus tard : Dita KRAUS (ci-dessous).

Dita KRAUS

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Celle qui deviendra pour la postérité la “bibliothécaire d’Auschwitz” a grandi entourée de livres. Son père avocat perd son emploi à l’arrivée des Allemands et la famille se trouve bientôt expulsée de son appartement. En novembre 1942,  Dita est déportée à Terezin, où elle croise HIRSCH déjà aperçu à Hagibor. En décembre 1943, la jeune fille arrive au camp BIIb. C’est à cette adolescente courageuse et déterminée, assistée à l’occasion par un garçon du bloc, que va être confiée la périlleuse mission de conserver et entretenir la seule bibliothèque des prisonniers d’Auschwitz. C’est à elle qu’il incombe de cacher les livres et de les transporter jusqu’au bloc 31. Cette tâche est d’autant plus dangereuse que les fouilles sont fréquentes et que la délation reste toujours à craindre. Au début, elle dissimule les ouvrages dans des vêtements amples dotés de poches spéciales. Mais bientôt elle se trouve dans le collimateur du sinistre “docteur” MENGELE, officiellement chargé de superviser le baraquement des enfants. Par précaution, elle va donc devoir renoncer à les porter sur elle dans la journée, contrainte qui l’oblige à aller les chercher au fur et à mesure dans la cachette du jour. Malgré la peur constante d’être découverts et grâce à une solidarité sans faille, beaucoup d’enfants pourront suivre des cours pendant plusieurs mois et ainsi s’évader de la triste réalité de leur condition.

Mais le terme des six mois approchant, HIRSCH et ceux qui sont arrivés avec les convois de septembre sont transférés dans un bloc de quarantaine, avant, leur fait-on croire, d’être transférés dans un autre camp. HIRSCH, prévenu par la résistance du sort qui les attend, est sollicité pour déclencher un soulèvement ; mais il est retrouvé plongé dans le coma à la suite d’une absorption de Luminal. S’est-il suicidé ? A-t-il été victime d’un surdosage accidentel ou même assassiné ? On ne le saura jamais… Le même jour et le lendemain matin, 3 800 prisonniers sont exécutés, dont la moitié des enfants du BIIb, la supercherie du faux transfert ayant été préservée jusqu’au dernier moment.

Les survivants savent désormais à quoi s’attendre. Des sélections sont effectuées afin de garder les personnes jugées suffisamment en bonne condition physique pour être encore utiles. Dita, qui a menti sur son âge, et sa mère réussissent l’”examen” et peuvent quitter Auschwitz avec un millier de femmes dès le mois de mai, pour un camp de travail près de Hambourg. L’éphémère bibliothèque d’Auschwitz a vécu…

Le 23 juin 1944, une délégation de la Croix-Rouge internationale est invitée à Terezin, transformée en véritable décor de théâtre pour abuser les inspecteurs étrangers. Après cette ignoble parodie, le camp familial, qui n’a plus de raison d’être, est liquidé entre les 10 et 12 juillet suivants. Transférée à Bergen-Belsen en mars 1945, Dita, survivante du typhus, peut assister à la libération du camp le mois suivant. Rentrée à Prague, elle y retrouve Otto KRAUS, un des anciens instructeurs du bloc des enfants, qui deviendra son époux. En 1949, ils émigreront ensemble en Israël où ils deviendront enseignants.

Dita KRAUS, toujours en vie à l’âge de 92 ans, continue inlassablement d’apporter son témoignage. Ci-dessous, une de ses interviews.

Dans son ouvrage Une bibliothèque, la nuit, publié en 2006, Alberto MANGUEL évoque l’histoire de cette bibliothèque. La lecture de ce passage suscitera la curiosité de son compatriote Antonio G. ITURBIDE qui, après avoir rencontré KRAUS à de multiples reprises, écrira son roman La bibliotecaria de Auschwitz,. Ce livre est traduit en plusieurs langues et une adapation cinématographque est actuellement envisagée. Quant à la survivante elle a publié en 2020 son autobiogaphie, A Delayed Life, traduit en français et publié sous le titre Moi Dita KRAUS, la bibliothécaire d’Auschwitz.

Joan TARRAGO

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Nous ne pouvions conclure notre billet sans évoquer un autre personnage extraordinaire mais moins médiatisé : Joan TARRAGO. Il s’agit d’un combattant républicain espagnol, réfugié en France en février 1939 et interné comme beaucoup de ses camarades. Engagé dans l’armée française en 1940, il est fait prisonnier par les troupes allemandes. Conformément à un accord passé entre FRANCO et HITLER, qui déchoit de leur nationalité les combattants républicains exilés, considérés comme apatrides, il est expédié en janvier 1941 à Mauthausen, un camp “d’extermination par le travail”. À partir de 1943, cet homme rassemblera dans un placard une bibliothèque constituée d’ouvrages que les prisonniers parviendront à conserver tant bien que mal. Celle-ci, qui comptera près de 200 volumes, permettra de maintenir une certaine vie culturelle dans cet endroit terrible. TARRAGO survivra à la guerre, se mariera puis s’installera en France, où il décèdera en 1979. Son histoire est relatée dans le documentaire ci-dessous (en espagnol), diffusé en 2019.

La Bibliothécaire d’Auschwitz

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Les livres clandestins du camp de la mort

Antonio G. Iturbe, journaliste et romancier espagnol, retrace dans La Bibliothécaire d’Auschwitz (Flammarion, 2020, 512 pages) l’histoire vraie de Dita Kraus. À 14 ans, cette jeune tchèque se voit confier une mission des plus périlleuses : veiller sur la bibliothèque clandestine du camp d’extermination d’Auschwitz. Un roman qui mêle la mémoire de la Shoah et le rôle essentiel de la littérature dans un récit haletant et inspirant.

Née à Prague en 1929, Dita Kraus a treize ans lorsqu’elle est déportée avec ses parents dans le Ghetto de Theresienstadt en 1942. Les juifs tchèques de Theresienstadt sont ensuite envoyés au camp BIIB dans le camp d’extermination d’Auschwitz. Sous les planches du bloc 31 de ce « camp familial » où sont entassés 500 enfants, se trouve une bibliothèque. La plus petite et la plus dangereuse du monde. 

À Auschwitz, les prisonniers sont soumis à une étroite surveillance. Les SS font régner l’ordre et la mort est partout. Son odeur, sa vue, le bruit des coups et des balles. « La première leçon que tout vétéran donne à un nouvel arrivant est qu’il faut toujours garder clairement à l’esprit son objectif : survivre. Survivre quelques heures de plus, et accumuler ainsi un jour de plus, qui additionné à d’autres pourra devenir une semaine de plus. Et ainsi de suite : ne jamais faire de grands projets, ne jamais avoir de grands objectifs, seulement survivre à chaque instant. Vivre est un verbe qui ne se conjugue qu’au présent. »

Dans le bloc 31, Alfred « Freddy » Hirsch, un éducateur sportif, fonde un ersatz d’école. Il parvient à convaincre les autorités allemandes qu’occuper les enfants dans un baraquement faciliterait le travail des parents. Si le bloc 31 devient un bloc d’activité ludique, l’enseignement de la moindre matière scolaire y est interdit. Hirsch contourne cette prohibition et enseigne aux enfants grâce aux livres que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens de camp. 

Un charpentier polonais en a apporté trois, un électricien slovaque deux autres. Employés à des tâches de maintenance, ils se déplacent plus facilement dans le camp et apportent leur trésor à Hirsch. La bibliothèque clandestine contient huit ouvrages : Brève Histoire du monde d’Ernst Gomdrich (1936), un atlas, un traité élémentaire de géométrie, une grammaire russe, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, un essai de Sigmund Freud, un roman en russe qui n’a pas de couverture et un roman tchèque.

Quand arrive « le curé », surnom donné au sous-officier SS car ses mains sont rentrées dans ses manches à la façon d’un prêtre, il faut se tenir à carreau. « Les leçons s’arrêtent et se transforment en banales chansonnettes en allemand ou en jeux de devinettes afin de feindre que tout est en ordre lorsque les loups aryens pointeront le bout de leur regard blond. »  

Au moment de l’inspection ont lieu des interrogatoires au cours desquels on questionne les plus petits pensant profiter de leur naïveté. Mais il n’en est rien. Les SS fouillent de fond en comble le baraquement. Ils traquent tous les effets personnels auxquels les prisonniers n’ont pas droit et en priorité les livres.

Censure, autodafés… la littérature a toujours été la bête noire de ceux qui voulaient avoir le contrôle sur les autres. « Au cours de l’Histoire, tous les dictateurs, tyrans et répresseurs, qu’ils soient aryens, noirs, orientaux, arabes, slaves ou de n’importe quelle autre couleur de peau, qu’ils défendent la révolution du peuple, les privilèges des classes patriciennes, le mandat de Dieu ou la discipline sommaire des militaires, quelle que soit leur idéologie, tous ont eu un point commun : ils ont toujours traqué les livres avec acharnement. Les livres sont très dangereux, ils font réfléchir. »

Hirsch a besoin d’aide pour mener à bien sa mission éducative. Si la solidarité entre les prisonniers est un soutien utile et nécessaire, il lui faut une personne de confiance. Il se tourne vers Dita, quatorze ans, et lui confie la charge de veiller sur la bibliothèque clandestine. Les livres offrent une promesse d’évasion. Sortir du camp par la pensée, car l’imagination n’a pas d’horizon. 

Au péril de sa vie, Dita protège son trésor. Chaque nuit, elle cache les livres dans des endroits différents. Avant de les enfouir sous le parquet, elle les transporte dans les coutures de sa robe trop large. Elle les donne aux professeurs. Certains des professeurs n’ont pas besoin de support. Ils maîtrisent parfaitement certaines œuvres littéraires et deviennent des « personnes-livres ». Ils racontent aux enfants les histoires qu’ils connaissent pratiquement par cœur.

Dita prend soin de ces livres. La plupart des ouvrages sont en lambeaux. Ils sont aussi précieux et fragiles que les vies des prisonniers. « La technique géographique, qui nous permettait de connaître la forme du monde ; l’art de la littérature, qui multipliait la vie d’un lecteur par des douzaines d’autres ; le progrès scientifique que signifiaient les mathématiques ; l’histoire, qui nous rappelait d’où nous venions et nous aiderait peut-être à décider vers où aller ; la grammaire, qui permettait de tisser les liens de la communication entre les gens… Plus qu’une bibliothécaire, Dita était devenue ce jour-là une infirmière de livres. » 

Sa mission la maintient en vie, mais ses proches aussi. Dita parvient à voir ses amies et ses parents, qui ne survivront pas au camp.

À la Libération, Dita épouse Otto, son camarade du bloc 31 qui faisait des tours de magie.  Ils s’installent en Israël en 1949 suite à la montée du communisme en République tchèque. Ils deviennent tous les deux enseignants et ont trois enfants. 

Un jour, en Israël, Dita recroise un enfant du bloc 31 qu’elle aimait beaucoup et à qui elle avait offert une règle. Il est devenu un grand chef d’orchestre. Sa règle de direction ? Celle de Dita. 

Aujourd’hui âgée de 91 ans, elle vit seule à Netanya depuis la mort de son mari. Entourée de ses quatre petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants, elle se bat pour faire vivre la mémoire des victimes de la Shoah. 

Vendu dans 24 pays, à plus de 600.000 exemplaires, La Bibliothécaire d’Auschwitz pourrait être prochainement adapté au cinéma. Histoire vraie aux aspects romanesques, le témoignage de Dita Kraus est, comme tous les témoignages des survivants des camps de la mort, nécessaire et exemplaire.

À la lecture du roman d’Iturbe, Dita est fâchée que l’auteur la présente comme une héroïne, mais si ce n’est pas comme ça qu’elle se perçoit, les lecteurs sont unanimes, Dita est bel et bien une héroïne. 

En sauvant ces livres, elle a aidé les prisonniers à conserver une part d’humanité. Comme l’écrivait avec justesse William Faulkner, « La littérature a le même effet qu’une allumette craquée au cœur de la nuit au milieu d’un bois. Une allumette n’éclaire presque rien, mais elle permet de mieux voir l’épaisseur de l’obscurité qui règne autour. » 

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https://www.dicopathe.com/la-bibliotheque-clandestine-dauschwitz/

AUSCHWITZ-BIRKENAU (camp de concentration), CAMPS DE CONCENTRATION, GUERRE MONDIALE 1939-1945, LE 27 JANVIER 1945, LIBERATION DU CAMP D'AUCHWITZ, SHOAH

Le 25 janvier 1945 : libération du camp d’Auschwitz-Birkenau

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27 janvier 1945

Libération du camp d’Auschwitz-Birkenau

En repoussant devant elles la Wehrmacht, les troupes soviétiques découvrent le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, à l’ouest de Cracovie (Pologne), aujourd’hui le plus emblématique des camps nazis. Accueillies par 7000 détenus survivants, elles ont la révélation de la Shoah.

Camp de concentration classique devenu plus tard camp de travail forcé puis camp d’extermination immédiate, destination principale des juifs de France, Auschwitz a pris une place centrale dans l’histoire de la Shoah, au point de fausser la vision que l’on peut en avoir.

Il a fait oublier que la majorité des cinq millions de victime juives ont été exterminées par d’autres moyens que le gaz (famine, mauvais traitements et surtout fusillades de masse).

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Quelle journée pour témoigner ?

C’est en novembre 2005 que l’Assemblée générale de l’ONU a décidé que « les Nations Unies proclameront tous les ans le 27 janvier Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste ». Jusque-là, le choix de la journée du souvenir était laissé à l’initiative de chaque État.

Le choix du 27 janvier ne coulait pas de source. D’une part parce que la libération du camp par les Soviétiques a été fortuite et que Moscou a dans un premier temps occulté la judéité des victimes. D’autre part parce que le génocide ne s’est pas arrêté, loin de là, à cette date. À Auschwitz même, dix jours auparavant, quelques dizaines de milliers de survivants ont été jetés sur les chemins par les SS dans un froid polaire. Leur « marche de la mort » les a conduits jusqu’au centre de l’Allemagne, à Buchenwald, où les plus chanceux ont été délivrés par les Américains le 11 avril 1945…

Un camp de concentration devenu camp d’extermination

Auschwitz (Oświęcim en polonais) se situe dans le gau de Haute-Silésie, dans le « Nouveau Reich », autrement dit dans une région polonaise annexée à l’Allemagne et non pas dans le « Gouvernement Général de Pologne » destiné à recevoir les Juifs et autres Polonais.

Le camp est aménagé le 30 avril 1940 dans une ancienne caserne pour incarcérer les résistants polonais. Son commandement en revient à Rudolf Höss, lieutenant-colonel SS de 39 ans. Il a fait ses classes à Dachau, dans la banlieue de Munich, un camp ouvert dès 1933 pour recevoir les opposants politiques, selon des modalités qui, à l’époque, ne paraissaient pas spécialement horrifiques (les premiers camps n’avaient-ils pas été créés par les Anglais à l’occasion de la guerre des Boers ?).

C’est cependant à Dachau qu’est instauré le système des « kapos », des détenus de droit commun sélectionnés pour leur brutalité et chargés de surveiller les autres prisonniers et de les faire travailler. S’ils ne se montrent pas assez efficaces et donc brutaux, les SS qui dirigent le camp les déchoient de leur statut et les renvoient parmi les détenus ordinaires, ce qui équivaut pour eux à une mise à mort généralement horrible dans la nuit qui suit.

À Dachau, Höss découvre l’effet palliatif du travail sur les détenus. Fort de cette expérience, il va reproduire au-dessus de la grille d’entrée d’Auschwitz la devise cynique de Dachau : Arbeit macht frei (« Le travail rend libre »).

En attendant, il accueille trente criminels allemands destinés à devenir des kapos. Les premiers détenus politiques, des Polonais, arrivent le 14 juin 1940. Ils doivent construire les baraquements dans lesquels ils seront amenés à s’héberger.

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Auschwitz et le travail forcé

À la fin de l’année 1940 est construit à Auschwitz le Bloc 13, plus tard rebaptisé Bloc 11 : ce bâtiment de briques rouges semblable aux autres est voué à la torture des détenus récalcitrants ou malchanceux. Il n’empêche qu’à cette date, les détenus d’Auschwitz comme des autres camps peuvent encore avoir l’espoir d’être relâchés suivant le bon vouloir du régime.

En septembre 1940, Oswald Pohl, chef de l’Office économique et administratif central SS, visite le camp et décide de l’associer à l’exploitation des carrières voisines. Il s’agit, dans l’esprit de Himmler, que la SS, chargée de l’administration des camps, « entre dans les affaires » avec ses propres entreprises.

Mais le camp, situé dans une région très industrialisée, attire aussi l’attention du conglomérat chimique I.G. Farben, qui se propose de construire à proximité une usine de caoutchouc de synthèse. En définitive, les dirigeants SS mettent leur main-d’œuvre servile au service de l’industriel, contre rémunération.

Le 1er mars 1941, Himmler en personne visite le site d’Auschwitz et annonce un triplement prochain de sa capacité, de 10 000 à 30 000 détenus.

Dans le même temps, l’invasion de l’URSS amène à Auschwitz de nombreux détenus soviétiques, commissaires politiques ou autres. Pour réprimer les tentatives d’évasion de ceux-ci comme des Polonais, Höss procède de manière brutale : chaque évasion donne lieu à la sélection d’une dizaine de détenus dans le bloc de l’évadé et les malheureux sont enfermés dans le Bloc 11 pour y mourir de faim.

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Parmi eux le prêtre polonais Maximilien Kolbe qui s’est porté volontaire à la place d’un père de famille ; assassiné le 14 août 1941 d’une piqure de phénol après avoir vu mourir de faim tous ses compagnons de misère, il sera canonisé en 1982.

Le 28 juillet 1941, Auschwitz, à l’imitation d’autres camps, se débarrasse de ses détenus les plus malades en les envoyant dans un hôpital allemand… en vue d’y être « euthanasiés » au monoxyde de carbone, selon la méthode déjà employée contre les handicapés mentaux.

Pendant ce temps se poursuit à l’Est l’avance fulgurante de la Wehrmacht.

Le 25 septembre 1941, le Haut commandement de l’armée de terre allemande (OKW) donne l’ordre de transférer au Reichsführer SS (Himmler) 100 000 prisonniers de guerre soviétiques. Le lendemain est prise la décision de construire à Brzezinka (Birkenau), sur un terrain marécageux de 170 hectares, à trois kilomètres d’Auschwitz, un gigantesque camp destiné à les accueillir.

Un contingent de dix mille prisonniers arrive aussitôt et se voit assigné la construction des baraquements dans des conditions de vie épouvantables, au point qu’il ne reste que quelques centaines de survivants au bout de quelques semaines.

Ces prisonniers sont les premiers à se faire tatouer le matricule – sur la poitrine puis sur le bras – au lieu de le porter sur une plaque accrochée au cou. Le tatouage va demeurer une spécificité d’Auschwitz.

Mais les Soviétiques, si durs soient-ils, ne résistent pas longtemps aux mauvais traitements et beaucoup meurent d’épuisement… 

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Auschwitz et les Juifs

Début 1942, pour combler les vides dans un camp prévu pour plus de cent mille déportés, Himmler décide d’envoyer à Auschwitz essentiellement des Juifs. Ceux qui survivront au travail forcé, aux épidémies et à la terreur seront de toute façon exécutés.

À Auschwitz II (Birkenau) sont conduits les déportés destinés à une mort immédiate ou devenus inaptes au travail. Ils sont au début, comme dans les autres camps d’extermination, asphyxiés par les gaz d’échappement d’un camion, dans les bois jouxtant le camp. 

Un troisième camp (Auschwitz III) reçoit, comme Auschwitz I, les prisonniers destinés au travail forcé, essentiellement chez IG Farben.

Auschwitz, au bout de l’horreur

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En août ou septembre 1941, Fritzsch, adjoint de Höss, a assisté à une opération de désinsectisation près du camp, avec des cristaux d’acide prussique ou cyanhydrique (cyanure) dénommés Ziklon (« cyclone »Blausaüre (« bleu de Prusse »). Il s’agit de cristaux verts qui se gazéifient spontanément au contact de l’air !

Il suggère d’utiliser ce même Ziklon B contre les « indésirables », à commencer par les malades et les commissaires soviétiques). Des essais sont entrepris dans le Bloc 11, que Fritzsch et Höss jugent concluants.

L’année suivante, Höss décide de généraliser la méthode. À l’automne 1942, il fait construire pour cela quatre chambres à gaz capables de contenir chacune 2 000 victimes.

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Un industriel lui fournit par ailleurs autant de fours crématoires pour brûler au plus vite les cadavres de déportés. 

Ces fours doivent tout à la fois éliminer les corps, qui étaient au début ensevelis dans des fosses communes, et lutter contre une épidémie de typhus qui sévit dans le camp et affecte les gardiens autant que les déportés.

Du fait de ces équipements surdimensionnés qu’il faut bien utiliser, Auschwitz va devenir à partir du printemps 1943 le principal lieu d’extermination des Juifs. À cette date, notons-le, environ 80% des victimes de la Shoah ont déjà été tuées.

Vers Auschwitz vont être envoyés en particulier les déportés français, à partir du camp de transit de Drancy, au nord de Paris.

Le camp, où sévissent 3 000 SS, va connaître une pointe d’activité à la fin de la guerre, au printemps 1944, avec l’extermination précipitée de 400 000 Juifs de Hongrie, ces malheureux étant gazés et brûlés au rythme de 6 000 par jour.

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L’indicible vérité

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En définitive, Auschwitz apparaît comme le seul camp où l’extermination a été pratiquée de façon industrielle. Un médecin diabolique, Josef Mengele, s’y rend par ailleurs célèbre en pratiquant des expériences insoutenables sur les déportés à des fins scientifiques.

À leur arrivée, les convois de déportés font l’objet d’une sélection sur la « rampe juive », située entre le camp principal et Auschwitz-Birkenau : les uns, généralement les moins valides, sont immédiatement gazés et leurs cadavres brûlés ; les autres sont envoyés aux travaux forcés dans les chantiers ou les usines du complexe, après avoir été tatoués.

Rappelons qu’Auschwitz est aussi le seul camp où les déportés destinés aux travaux forcés ont le bras tatoué du matricule qui devient leur seule identité officielle.

Environ un million cent mille Juifs sont ainsi morts à Auschwitz-Birkenau, auxquels s’ajoutent environ 300 000 non-Juifs.

Les journaux du lendemain de la libération du camp par les Soviétiques sont restés néanmoins muets sur cet événement et les services de propagande soviétiques ont présenté les pitoyables survivants du camp comme des victimes du fascisme sans faire allusion à leur judéité. L’opinion publique mondiale n’a pris la mesure de la tragédie que bien après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

À la suite des procès de Nuremberg, Rudolf Höss, le metteur en scène d’Auschwitz-Birkenau, a été jugé, condamné et pendu sur les lieux de ses forfaits sans un instant émettre un quelconque regret.

Oświęcim est aujourd’hui une ville polonaise presque ordinaire de 40 000 habitants.

Auschwitz (propos d’un écrivain hongrois)

« Cessez enfin de répéter qu’Auschwitz ne s’explique pas, qu’Auschwitz est le fruit de forces irrationnelles, inconcevables pour la raison, parce que le mal a toujours une explication rationnelle. Écoutez-moi bien, ce qui est réellement irrationnel et qui n’a pas vraiment d’explication, ce n’est pas le mal, au contraire : c’est le bien. »
Imre Kertész, écrivain hongrois, déporté à Auschwitz en 1944, prix Nobel de Littérature 2002, Kaddis a meg nem született gyermekért (Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas)

https://www.herodote.net/27_janvier_1945-evenement-19450127.php

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