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Marie dans le Coran

Comment les commentateurs musulmans du Coran voient-ils Marie ?

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Analyse 

À l’occasion d’un colloque organisé samedi 11 février à l’Institut catholique de Paris (ICP), des chercheurs ont réfléchi à la figure de Marie chez les penseurs contemporains, entre christianisme et islam. Chez les commentateurs musulmans du Coran, Marie est décrite comme un personnage hors du commun, au point de la couper de sa réalité historique, analyse le sociologue Omero Marongiu-Perria.

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Quel visage de Marie se dessine dans les écrits des commentateurs musulmans du Coran des XXe et XXIe siècles ?

C’est la question que développe le sociologue Omero Marongiu-Perria lors du colloque « Marie chez les penseurs et écrivains contemporains », organisé à l’Institut catholique de Paris (ICP), samedi 11 février, par l’Institut de science et de théologie des religions (ISTR) et le mouvement Ensemble avec Marie.

Si Marie est centrale dans le christianisme, elle apparaît aussi dans le Coran à 34 reprises. Elle y est dotée d’attributs importants : « O Marie ! lui dit l’ange, Dieu t’a choisie, en vérité ; il t’a purifiée ; il t’a préférée à toutes les femmes de l’univers » (Sourate 3,42). Sa figure n’a pas manqué de faire l’objet de réflexions parmi les commentateurs du livre saint de l’islam, jusqu’à aujourd’hui.

En analysant cinq ouvrages de commentateurs musulmans, Omero Marongiu-Perria voit apparaître une Marie « universelle » mais « désincarnée », au point d’être coupée « de sa réalité historique » et de sa lignée biblique.

Chez Maurice Gloton (1926-2017), traducteur du Coran et auteur de Jésus fils de Marie dans le Qur’an et selon l’enseignement d’Ibn Arabi, Jésus a ainsi une place particulière : il est à la fois humain et « verbe de Dieu projeté en Marie », développe Omero Marongio-Perria. La mère de Jésus revêt donc elle aussi un statut à part : « Dieu la bénit, la purifie et la choisit parmi l’ensemble des femmes du monde. » Ainsi, chrétiens et musulmans se rejoignent sur la virginité de Marie, symbole de pureté. « Le Coran rappelle la conception pure du Christ sans l’intervention d’une paternité, en confirmant la pureté originelle de Marie », rappelle Omero Marongio-Perria.

 

« Réceptacle du verbe de Dieu »

Une idée proche est développée dans le livre de Charles-André Gilis, Marie en Islam, où Marie, « réceptacle du verbe de Dieu », serait par excellence « la figure universelle qui reflète le divin dans le monde. »

Marie dans l’islam

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Cependant, pour mettre en valeur sa dimension hors du commun, les commentateurs musulmans vont laisser de côté la réalité historique du personnage, observe Omero Marongiu-Perria. « Les données historiques ne sont pas exploitées sur le plan théologique », remarque-t-il. À l’inverse, les auteurs mettent l’accent sur des détails surnaturels, comme pour prouver le caractère exceptionnel de Marie.

Un épisode est particulièrement éloquent : dans le Coran, Zacharie, époux d’Élisabeth, rend visite quotidiennement à Marie qui grandit dans le Temple. Lors de ses passages, il remarque que de la nourriture a été systématiquement déposée auprès d’elle. Quand il lui demande d’où cela vient, celle-ci lui répond que Dieu subvient aux besoins de ses serviteurs. « Les commentateurs y ont vu un miracle et insistent sur le fait que la nourriture est descendue du Ciel », analyse Omero Marongio-Perria. Pourtant, pour lui, cet épisode dit surtout, symboliquement, « la relation que Marie entretient avec Dieu dans son intimité. »

Descendante d’une lignée de femmes

Dans ces écrits, le chercheur remarque aussi que la mère de Jésus est détachée de toute une lignée de personnages de femmes bibliques qui pourtant, comme elles, ont eu un enfant dans un contexte particulier. Ainsi de Sarah, également présente dans le Coran, qui pensait être stérile, et a eu un enfant après la visite de l’ange.

 « Les commentateurs ont du mal à concilier le fait que des personnages qui entretiennent un lien privilégié avec Dieu vivent aussi une banale histoire humaine », analyse le chercheur. Face à ce constat, Omero Marongiu-Perria propose d’investir l’historicité des figures du Coran comme fil conducteur pour lire le texte. Et d’interroger : « Pourquoi toujours chercher le miracle et le surnaturel dans la relation à Dieu ? »

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https://www.la-croix.com/Religion/Comment-commentateurs-musulmans-Coran-voient-ils-Marie-2023-02-11-1201254748

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La Géhenne dans la Bible

La géhenne dans la Bible

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Nom donné par les Juifs, après l’exil et du temps de Jésus, au lieu où les méchants, après la mort, reçoivent leur châtiment. Les Israélites anciens (avant l’exil) ne paraissent avoir eu aucune conception analogue.

Pour eux, le séjour des morts, appelé cheôl, était un lieu où se trouvaient réunis les bons et les méchants. 11 était situé dans les profondeurs de la terre (No 16.30 ; Job 11.8), à l’extrême opposé du ciel (Ps 139.8). C’était le séjour du silence (Ps 44.17), de l’obscurité (Job 10.22) et de la tristesse (Ps 6.6 ; Job 3.17-11 ; Esa 38.18). Les morts y avaient, croyait-on, la même apparence que sur la terre, quoiqu’ils ne fussent plus que des ombres (1Sa 18.14 ; Eze 32.27) et n’y poursuivissent plus qu’une vie réduite (Job 3.17 ; Ecc 9.10) où, même pour les âmes pieuses, il ne pouvait être question de vivre en communion avec Dieu (Ps 6.6 ; 30.10 ; 88.11 ; 115.17 ; Esa 38.18).

Cette existence diminuée, la même pour tous, triste perspective d’avenir pour les bons et les méchants, ne comportait ni récompense ni châtiment. Deux ou trois passages, tout au plus, nous montrent dans l’Ancien Testament, qu’une idée différente de l’au-delà s’élaborait lentement dans la pensée juive d’après l’exil. Nous y trouvons, ici et là, comme un pressentiment que le juste reverra Dieu, sera reçu dans la gloire (Job 19.25ss ; Ps 73.23ss ; Esa 26.19) et que le temps viendra où la mort sera détruite (Esa 25.8 ; voir : Séjour des Morts).

L’idée de récompense et de châtiment d’outre-tombe apparaît pour la première fois d’une façon indubitable au IIe siècle avant J-C. dans le livre de Daniel (Da 12.3). On la voit se développer de plus en plus dans les apocalypses juives ultérieures (voyez notamment : Hénoch, 22).

On localisait le séjour où les méchants sont punis soit dans le cheôl (Hénoch 22.13 ; 63.10 ; 99.11 ; 103.7 ; Jubilé 7.29 ; 22.22 ; Psaumes de Salomon, 16.2), soit dans le Troisième Ciel (Secrets d’Hénoch 10.2ss ; Apoc. de Baruch, 4), soit plus ordinairement dans une vallée située au sud de Jérusalem, la « vallée du fils de Hinnom » ou « vallée de Hinnom » — en hébreu Géhinnom, en grec Géhenna, d’où les mots français Géhenne et gêne (tourment) — vallée maudite en raison des sacrifices d’enfants qui s’y célébraient autrefois.

Cette dernière localisation est supposée déjà dans Esa 66.24 ; elle se retrouve dans Hén. 27.1-3 ; 48.7 ; 54.1-2 ; 62.12-13 ; 90.26-27). —

Dans le Nouveau Testament, la transformation de la vieille idée hébraïque nous apparaît achevée. Les Juifs, au temps de Jésus — ceux du moins qui croyaient à un jugement d’outre-tombe — distinguaient dans le séjour des morts la demeure des bienheureux appelée « paradis » ou « sein d’Abraham » et celle où les réprouvés subissaient des tourments. Un abîme séparait les deux domaines (Luc 16.22-26 ; 23.43.

Le mot Géhenne est souvent employé dans le Nouveau Testament pour désigner le lieu où les méchants seront châtiés soit avant soit après la résurrection (Mt 5.29-30 ; 10.28 ; 18.9 ; 23.15 ; Marc 9.48, 45 ; Luc 11.5 ; Jas 3.6).

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GÉHENNE DICTIONNAIRE BIBLIQUE LELIÈVRE 

 https://www.bible.audio/definition-lelievre-61-GEHENNE.htm

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La symbolique des chiffres dans la Bible

La symbolique des chiffres dans la Bible

 

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La Bible compte un grand nombre de chiffres, mais tous ne sont pas à prendre « au premier degré ». Au-delà du sens quantitatif que nous sommes habitués à leur prêter, les chiffres bibliques revêtent souvent un sens symbolique, et parfois un sens gématrique. La connaissance de ces subtilités mathématiques est précieuse pour éclairer et comprendre la Parole de Dieu.

Pour nous, hommes modernes, les chiffres sont utilisés dans un but bien précis : désigner une quantité. En revanche, en Orient, à l’époque antique, ils revêtaient, en plus du sens quantitatif, un sens symbolique et un sens gématrique. Dans la Bible, les chiffres endossent donc ces trois réalités distinctes. C’est pourquoi Jérôme Martineau, bibliste canadien, ancien directeur de la revue Notre-Dame du Cap, désormais directeur d’une communauté de l’Arche au Québec, invite tout lecteur de la Bible qui rencontre un nombre à se demander : ce nombre indique-t-il une quantité ou renferme-t-il un message ? Pour nous aider à y voir plus clair, il revient sur la symbolique des chiffres, dans un article paru sur le site Interbible.org.

Le sens symbolique

LE CHIFFRE 1

Symbolise Dieu, l’unique. Il exprime l’exclusivité, la primauté, l’excellence. Ainsi Jésus dit : « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10, 30). De même, saint Paul déclare : « Il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu » (Eph 4, 5). Le chiffre 1 symbolise l’environnement divin.

LE CHIFFRE 2

Représente l’homme, en qui il existe une dualité, une division intérieure, conséquence du péché originel. Ce sens permet de résoudre certaines énigmes contenues dans l’Évangile. Par exemple, à Jéricho, selon Saint Marc (10, 46), un seul aveugle, nommé Bartimée, est guéri, alors que dans la même scène, racontée selon saint Matthieu (20, 30), il y avait deux aveugles ! Qui dit la vérité ? Tous les deux : Marc nous livre la version historique des faits, tandis que Matthieu recourt au chiffre symbolique.

LE CHIFFRE 3

Exprime une totalité, en rapport avec les trois dimensions du temps : passé, présent, futur. Dans la Bible, dire trois équivaut à dire « la totalité » ou « toujours ». Ainsi, les trois fils de Noé représentent la totalité de ses descendants. Les trois reniements de Pierre symbolisent toutes les fois où Pierre a été infidèle à son Maître. Les trois tentations que Jésus subit de la part du diable, représentent l’ensemble des tentations auxquelles il dut faire face au cours de son existence terrestre. Et quand l’Ancien Testament appelle Dieu le trois fois saint, c’est pour signifier qu’il possède la plénitude de la sainteté.

LE CHIFFRE 4

Symbolise le cosmos, le monde, en lien avec les quatre points cardinaux. Aussi, quand Ezéchiel demande à l’Esprit de venir des quatre vents pour souffler sur les ossements desséchés, cela ne signifie pas qu’il n’existe que quatre vents, mais qu’il est fait appel à tous les vents du monde entier. De même, lorsque l’auteur de l’Apocalypse parle du trône de Dieu, entouré de quatre vivants, il veut dire que la Terre toute entière est son trône.

LE CHIFFRE 5

Signifie « quelques-uns », une quantité indéterminée. Ainsi, Jésus, lors de la multiplication des pains, prend cinq pains ; sur le marché, cinq moineaux se vendent deux sous ; Élizabeth, la mère de Jean-Baptiste, après avoir conçu, se tient cachée dans sa maison durant cinq mois. Plusieurs fois, dans ses paraboles, Jésus emploie le chiffre 5 en lui donnant ce sens indéterminé : les cinq vierges sages et les cinq vierges imprévoyantes, les cinq talents, les cinq paires de bœufs achetés par des invités au banquet…

LE CHIFFRE 7

Représente la perfection. Jésus dira à Pierre qu’il doit pardonner à son frère jusqu’à 70 fois. Le 7 apparaît souvent en relation avec les choses de Dieu. L’auteur de l’Apocalypse est celui qui y recourt le plus fréquemment (54 fois), pour décrire symboliquement des réalités divines : les sept Églises d’Asie, les sept esprits autour du trône de Dieu, les sept trompettes, les sept candélabres, les sept cornes et les sept yeux de l’agneau, les sept tonnerres, les sept plaies, les sept coupes déversées.

Le 7 peut aussi désigner la perfection dans le mal, comme c’est le cas lorsque Jésus enseigne que, si un esprit immonde sort d’un homme, il peut revenir avec sept autres esprits plus mauvais, ou quand l’Évangile nous apprend que le Seigneur a délivré Marie-Madeleine de sept démons. La Tradition chrétienne est restée fidèle à ce symbolisme, en fixant à 7 le nombre de sacrements et des dons du Saint Esprit.

LE NOMBRE 12

Exprime l’élection. Ainsi parle-t-on des 12 tribus d’Israël, alors que l’Ancien Testament en signale plus de 12 ! Mais cela signifie que ces tribus sont élues. Les 12 apôtres de Jésus, qu’il nomme Les Douze, sont les élus du Seigneur. L’Apocalypse parle des 12 étoiles qui couronnent la Femme, des 12 portes de la Jérusalem céleste, des 12 anges et des 12 fruits de l’arbre de Vie.

LE NOMBRE 40

Représente le remplacement d’une période par une autre, ou bien la durée d’une génération. Ainsi le Déluge se prolonge pendant 40 jours et 40 nuits, le temps du passage à une humanité nouvelle. Les Israélites séjournent 40 ans dans le désert, le temps nécessaire pour que la génération infidèle soit remplacée par une autre. Moïse reste 40 jours sur le mont Sinaï, Elie marche 40 jours. Jésus jeûne 40 jours pour marquer son passage de la vie privée à la vie publique.

Le sens gématrique

En plus du sens quantitatif et symbolique, le troisième sens qu’un nombre peut avoir dans la Bible est le sens gématrique. Particularité des langues hébraïque et grecque, la gématrie est une forme d’exégèse qui associe un chiffre à une lettre. Ainsi, un mot peut désigner également un nombre lorsqu’on additionne les « lettres-chiffres ».

Le jeu biblique de gématrie le plus célèbre, selon Jérôme Martineau, est celui que l’on trouve dans l’Apocalypse, concernant le chiffre 666, désignant la Bête. L’auteur affirme qu’il s’agit là d’un « chiffre d’homme ». Est donc née l’hypothèse que celui qui se cacherait derrière ce chiffre serait l’empereur Néron. En effet, la valeur numérique de son nom, si on lui adjoint son titre de « César », est 666 : QSAR NERON = 100 + 60 + 200 + 50 + 200 + 6 + 50 = 666.

Autre exemple, dans la Genèse  : l’invasion de la Palestine par quatre armées puissantes, qui firent prisonnier, Lot, neveu d’Abraham. Quand ce dernier en fut informé, il rassembla 318 hommes, se mit à la poursuite des ravisseurs et parvint à libérer Lot. Comment imaginer qu’Abraham, ne disposant que de 318 hommes, ait pu vaincre les quatre puissantes armées de Mésopotamie ? Ce nombre, 318, explique le bibliste, a une signification spéciale. Nous savons qu’Abraham avait un serviteur nommé Eliézer, qu’il avait désigné comme héritier de tous ses biens. Si nous prenons les nombres qui correspondent aux lettres hébraïques de ce nom, on obtient : e=1 + l=30 + i=10 + e=70 + z=7 + r=200 = 318. Ce qui voudrait dire qu’Abraham partit combattre avec tous ses héritiers, et que ces héritiers triompheront toujours de leurs ennemis.

Source Aletia

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La symbolique des chiffres dans la Bible

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Quelle est la place accordée aux chiffres dans la Bible ?

Les chiffres jouent un rôle important dans la Bible. Leur utilisation est à replacer dans le contexte plus large de l’ancien Orient, qui aimait la symbolique des nombres. En Mésopotamie, où les mathématiques étaient relativement développées, rappellent les auteurs du Vocabulaire de théologie biblique (Éd. du Cerf), on attribuait aux dieux certains nombres sacrés. Selon les spéculations pythagoriciennes, 1 et 2 étaient masculins, 3 et 4 féminins, 7 virginal, etc.

Influencée par les civilisations dans lesquelles elle a été composée, la Bible elle-même confère à certains chiffres des emplois symboliques et conventionnels. Pour autant, à aucun, elle n’accorde un caractère sacré. « Dans les littératures ésotériques, on se sert des chiffres pour en faire une lecture magique, prévient le P. François Brossier, exégète, professeur honoraire de l’Institut catholique de Paris. Dans la Bible, ils ont d’abord pour fonction de donner du sens. Il faut absolument se demander quelles ont été les intentions des auteurs lorsqu’ils les ont employés. »

Connaît-on la portée symbolique de tous les chiffres ?

Il s’agit avant tout de ne pas procéder à des extrapolations hâtives. Le sens premier des chiffres dans la Bible est tout simplement de mesurer des quantités. « Quand nous lisons que quatre hommes amenèrent le paralytique étendu sur une civière, il est évident que le chiffre 4 traduit une réalité : la civière avec quatre poignées était le moyen le plus simple pour le transporter », indique par exemple le bibliste canadien Jérôme Martineau, rédacteur en chef de la revue Notre-Dame du Cap, dans un article paru sur le site Interbible.org.

Cela dit, le sens symbolique de certains chiffres dans la Bible s’est également peu à peu imposé. Ainsi Jésus choisit douze apôtres parce que le peuple d’Israël à l’origine était composé de douze tribus, chiffre lui-même symbolique : il indique par ce chiffre le nouveau peuple de Dieu.

Cette signification symbolique est renforcée par l’utilisation des multiples. Lorsque Jésus indique à Pierre qu’il doit pardonner « non pas jusqu’à 7 fois, mais 77 fois » (Mt 18, 21-22), il indique par là la perfection de l’amour évangélique qui n’a pas de borne. De même, le nombre des disciples attendant la Pentecôte est de 120 (Actes 1,15), soit 10 fois 12, symbole de ce nouveau peuple de Dieu qui commence à naître. L’Apocalypse annonce qu’au jour de la manifestation du Seigneur, 144 000 personnes seront marquées du sceau du Dieu vivant, 12 000 de chaque tribu d’Israël, soit la multitude (Ap 7).

Les auteurs du Nouveau Testament ont tout naturellement puisé dans la symbolique de l’Ancien Testament, bien connue de leurs lecteurs, pour mettre en lumière le mystère du Christ. Lorsque Jésus désigne 72 disciples pour évangéliser les villes et localités (cf. Lc 10,1), l’évangéliste fait allusion dans la Genèse (Gn 10) à la somme totale des peuples et nations répartis sur la terre. Manière de signifier que Jésus leur confie le soin de faire parvenir l’Évangile à toutes les nations du monde.

Dans l’évangile selon saint Marc figurent deux récits de multiplication des pains. À la fin du premier (Mc 6, 30-44), il reste douze corbeilles pleines, le nombre des douze tribus. Cette multiplication est faite pour Israël, elle est l’accomplissement des promesses faites par Dieu à son peuple au désert. Il envoie un Messie pour rassasier son peuple, et pour qu’il se rassemble autour de son Seigneur. Dans le deuxième récit (Mc 8, 1-10), il reste sept corbeilles, ce nombre évoquant la complétude selon Dieu (voir infographie) : Jésus est ému par ces foules qui le suivent, quatre mille hommes, c’est-à-dire des quatre points de l’horizon, les nations rassemblées, bien au-delà du peuple d’Israël. Ainsi ces deux multiplications des pains que nous rapporte saint Marc ont été voulues pour montrer qu’il vient rassembler les tribus d’Israël mais aussi pour toutes les nations.

Pour d’autres chiffres, en revanche, la clé d’interprétation nous échappe aujourd’hui. Ainsi des âges fabuleux attribués aux patriarches d’Israël, tel Mathusalem qui serait mort à 969 ans, Noé à 950 ans ou Lamech à 777 ans… évocation, peut-être, de la bonté de la Création, qui s’altère (les chiffres diminuent) jusqu’au déluge. Intrigue tout autant le nombre de 153 poissons de la pêche miraculeuse (Jean 21,11), qui a donné lieu à de multiples hypothèses, certaines extravagantes pour un esprit moderne.

Quelle valeur le judaïsme accorde-t-il aux chiffres ?

Chaque lettre de l’alphabet hébreu revêt une valeur numérique : de 1 pour « aleph », la première lettre, à 400 pour « tav », la dernière lettre. Ce qui signifie que l’on peut attribuer une valeur numérique à chaque mot en additionnant la somme de ses lettres. Procédé courant dans la lecture biblique : « Ce type de combinaisons permet de créer du lien et du sens entre des versets qui n’avaient a priori qu’un très lointain rapport entre eux », explique Hervé Landau, directeur de la collection « Lectures du judaïsme » aux Presses Universitaires de France. « Les valeurs numériques deviennent alors des révélateurs de sens seconds, cachés, appels à interprétation supplémentaire, à des regards neufs et innovants. »

Il existe des méthodes de construction et d’interprétation variées, livrées pour partie par les textes, pour partie par tradition orale, qui entrent toutes dans ce que l’on appelle la guématrie. Un exemple biblique classique se situe dans le livre de la Genèse où le nombre 318 (Gn 14, 14) renverrait à la personne d’Eliezer, serviteur désigné héritier d’Abraham (Gn 15,2) dont la valeur numérique est de 318… L’école juive de la Kabbale utilise massivement ce procédé.

Un certain nombre de chiffres du Nouveau Testament s’expliquent sans doute par ce procédé. Le jeu biblique de guématrie le plus célèbre, selon le bibliste Jérôme Martineau, est celui que l’on trouve dans l’Apocalypse concernant le chiffre 666, qui est censé désigner la Bête. L’auteur affirme qu’il s’agit là d’un « chiffre d’homme ». Or, si l’on transcrit le nom de l’empereur Néron, on obtient justement la valeur de 666…

On a aussi proposé de voir dans les 3 fois 14 générations qui composent la généalogie de Jésus, dans l’Évangile selon saint Matthieu qui s’adressait particulièrement à des communautés judéo-chrétiennes, une guématrie du nom de David (DVD = 4 + 6 + 4). Comme on espérait que le Messie serait un descendant de David, l’évangéliste désigne ainsi Jésus comme « triple David », véritable descendant du roi prophète. Mais c’est également un multiple du chiffre 7, le chiffre de Dieu.

Source Journal La Croix

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, FEMMES DANS LA BIBLE, FEMMES FORTES DANS LA BIBLE : QUATRE PORTRAITS

Les femmes fortes de la Bible : quatre portraits

Les femmes fortes de la Bible : quatre portraits

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Les femmes fortes de la Bible : Anne, la priante

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Anne prie pour son fils dans le temple de Silo tandis que Eli, le grand prêtre la regarde (I Samuel 1L 9-17). Gravure sur bois, XIXe s. américain.BRIDGEMAN IMAGES

Qui est Anne ?

La figure biblique d’Anne, dont le prénom signifie « grâce », est l’épouse d’Elcana, un homme de la tribu de Levi, habitant la ville de Rama en Israël. Elle est aussi la mère du prophète Samuel. Son histoire commence par l’épreuve de la stérilité. À cet égard, la tradition chrétienne l’a rapprochée d’autres femmes stériles de la Bible : Sara, l’épouse d’Abraham, Rachel, la femme de Jacob, et Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste, celle dont l’ange Gabriel dit à Marie qu’elle a conçu un fils dans sa vieillesse.

Anne ne s’est pas laissé enfermer dans le désespoir de ne pas avoir d’enfant, mais elle a placé sa confiance en Dieu. Son histoire est présentée dans les deux premiers chapitres du Premier Livre de Samuel. « Dans la Bible hébraïque, le Livre de Samuel constitue un seul ouvrage. La Bible grecque l’a divisé en deux livres, comme deux tomes d’une même histoire », explique le père sulpicien Pierre de Martin de Viviès. Selon ce professeur d’exégèse de l’Université catholique de Lyon, ce livre relève pour sa rédaction finale de « la littérature deutéronomiste qui commence à voir le jour un peu avant l’exil à Babylone du peuple juif et qui va se déployer pendant l’exil et au retour », au VIe siècle avant J.-C. Mais on peut y retrouver des traditions plus anciennes « datant de la période royale et associées au sanctuaire de Silo où réside l’arche d’alliance. Le récit se situe avant la construction du temple de Jérusalem. Le sanctuaire de Silo est alors l’un des plus importants, sinon le plus important lieu de culte en Israël ».

Quelle est l’histoire d’Anne ?

Elcana a deux femmes : Anne qu’il aime particulièrement, mais qui est sans enfant, et Pennina qui, elle, lui a donné des fils et des filles. Chaque année, Elcana se rend « au sanctuaire de Silo pour se prosterner devant le Seigneur » et « lui offrir un sacrifice » (1 Samuel 1, 3). À l’occasion de ce pèlerinage, Pennina, jalouse d’Anne, en profite pour l’humilier et chercher à la mettre en colère par « des paroles blessantes ». Un jour, Elcana, ayant distribué des parts de la victime du sacrifice à Pennina et ses enfants, donne « une part de choix » à Anne ; ce qui ne manque pas d’attiser la méchanceté de sa rivale, laquelle redouble d’invectives. Anne refuse de manger et pleure. Attentif, Elcana lui demande : « Anne, pourquoi pleures-tu ? »

Anne ne lui répond pas. Elle se lève et va au temple prier Dieu. « Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie », dit-elle à Dieu (1 Samuel 1, 11).

La voyant ainsi parler toute seule en silence, le grand prêtre Éli la prend pour une femme ivre et lui suggère d’aller cuver son vin ailleurs. Anne ose lui tenir tête. Éli la renvoie alors avec cette bénédiction : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. »

Lorsque son fils naît, Anne l’appelle Samuel – « Dieu exauce » – et elle le consacre à Dieu. Ce qui faisait son humiliation, sa dégradation sociale, humaine, disparaît et Dieu reçoit l’un des plus grands prophètes d’Israël. « Samuel est le prophète faiseur des rois Saül puis David », précise le père de Martin de Viviès.

Le cantique d’Anne, chant de gratitude pour la naissance de Samuel, est en partie repris dans le Magnificat de Marie. Il se termine par le mot « messie ». « Ce mot était déjà présent dans le Lévitique pour désigner les prêtres recevant l’onction, mais Anne est le premier être humain à le prononcer dans la Bible. Elle lance un mouvement qui continue dans le Nouveau Testament », souligne le dominicain Philippe Lefebvre, professeur à l’université de Fribourg.

En quoi Anne est-elle une femme forte ?

Anne a compris qu’elle peut parler avec Dieu, qu’il est son interlocuteur privilégié. Si les traductions continuent de dire que « Dieu l’avait rendue stérile », « comme s’il était un Dieu pervers », déplore le frère Philippe Lefebvre, « en réalité, le texte dit deux fois de suite que le Seigneur avait fermé sa matrice » : « Dès que l’on parle de matrice dans la Bible, c’est toujours en lien avec Dieu. S’il a fermé sa matrice, c’est peut-être qu’il y travaille et qu’il va l’ouvrir »… ce que Philippe Lefebvre appelle « le Dieu gynécologue, Celui qui a une parole (logos) pour les femmes dans leur intimité ». C’est pourquoi son mari, par ses questions, la met en route, la fait se lever – verbe employé dans la Bible pour parler de la résurrection. C’est devant Dieu qu’Anne va chercher des réponses, au temple qui contient l’arche comme elle « contient peut-être aussi ce Dieu intime qui va favoriser la conception d’un fils, Samuel ».

Autre caractéristique d’une femme forte : Anne va collaborer avec Dieu. À première vue, elle fait une sorte de troc avec lui : « Si tu me donnes, je te donnerai. »« C’est un peu l’idée d’un contrat gagnant gagnant », remarque Pierre de Martin de Viviès. Philippe Lefebvre va plus loin. À ses yeux, Anne est dans une logique du don, à la différence de sa rivale qui est dans l’avoir et fait du chiffre. Anne demande en hébreu « une semence d’hommes », comme dans le récit de la Création, où Dieu crée « des arbres à fruit qui portent leur semence », commente-t-il. « Beaucoup de premières pages de livres bibliques font ainsi écho à la première page de la Bible. La fructification, ce n’est pas faire du chiffre, mais porter en soi quelque chose dans lequel Dieu est impliqué. »

Enfin, Anne manifeste sa force dans sa manière de s’opposer à Éli, le grand prêtre, une figure d’autorité. « Anne ose lui dire qu’il a mal compris, qu’il a compris en surface. Elle ne se laisse pas écraser, annihiler par la figure de prestige qui l’agresse », relève Janine Elkouby qui s’est appuyée sur les commentaires du Midrach ou du Talmud pour écrire ses Chroniques bibliques au féminin (1). Elle ajoute : « Pour Anne, avoir un enfant est assurer une continuité. C’est quelque chose qui la dépasse elle-même. Ce n’est pas pour son propre plaisir. »

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Du cantique d’Anne au Magnificat de Marie

Le cantique d’Anne (1 Samuel 2, 1-10) est un chant de combat et de victoire qui passe par l’exaltation de la faiblesse. Ses paroles sont reprises dans le Magnificat de Marie, dans l’Évangile de Luc. « Il s’est penché sur l’humiliation de sa servante », dit par ailleurs Marie – qui risquait la lapidation – au début de son Magnificat, en écho à la demande d’Anne à Dieu : « Si tu veux te pencher sur l’humiliation de ta servante. »

Toutes proportions gardées, ces deux femmes se sont ouvertes au mystère du Dieu qui donne vie. « Le Seigneur fait mourir et vivre ; il fait descendre au shéol et en fait monter », dit encore Anne dans son cantique. « Dans l’Ancien Testament, le seul personnage qui remonte du séjour souterrain des morts est Samuel, commente le dominicain Philippe Lefebvre. Peut-être y a-t-il là une pensée de la résurrection. »

Les femmes fortes de la Bible  : Ruth, la convertie

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Ruth et Booz, par Frédéric Bazille (1841-1870). Musée Fabre, Montpellier.ACTIVE MUSEUM/LE PICTORIUM/MAXPPP

Qui est Ruth ?

Ruth, dont le nom signifie « compagne », est une Moabite et une païenne. Elle appartient à un peuple considéré comme un ennemi par Israël. Bien que la Torah interdise d’épouser une Moabite ou une Ammonite, elle est la femme de Mahlone (« maladie »), l’un des deux fils de Noémi (« ma gracieuse ») et d’Élimélek (« mon Dieu est roi »), lesquels se sont expatriés en pays de Moab en raison d’une famine sur leur terre natale, Bethléem en Judée.

Nous ne connaissons pas exactement les conditions de l’existence de Ruth. Le début du livre biblique éponyme place le récit à l’époque des Juges, à une période de famine et de violence « mais, du point de vue historico-critique, il aurait été écrit au moment du retour des exilés de Babylonie conduit par Esdras, en 538 avant notre ère », précise le rabbin Jonas Jacquelin, de l’association Judaïsme en mouvement. Pendant l’exil, « toute une série d’unions avaient pu se former entre des Judéens et des Babyloniennes que cherchait à rejeter Esdras. L’histoire de Ruth montre qu’une femme étrangère peut, par son attitude positive, apporter quelque chose au peuple d’Israël. »

Que raconte son histoire ?

Au début du récit, Élimélek et ses fils meurent. Appauvrie, Noémi décide de retourner à Bethléem (« la maison du pain »), car elle a appris que « le Seigneur (a) visité son peuple et lui (a) donné du pain ». Selon la tradition juive, celle qui désormais se fait appeler « l’amère » rend leur liberté à ses belles-filles, veuves comme elle et sans enfants, afin qu’elles puissent refaire leur vie. Ruth refuse la facilité de retrouver les siens et insiste pour accompagner sa belle-mère : « Où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu » (Rt 1, 16), lui dit-elle. « Ruth, qui est moabite et n’a rien à voir avec la conscience d’un Dieu unique, va non seulement suivre sa belle-mère mais aussi épouser sa terre et sa croyance. C’est l’histoire d’une conversion du cœur », commente Nathalie Nabert, poète et autrice de Femmes dans la Bible (1). Ruth fait le choix du peuple d’Israël plus encore que du Dieu d’Israël. « Elle entre dans une nouvelle collectivité. C’est pourquoi on va la considérer, dans l’histoire, comme l’archétype de la convertie », ajoute le rabbin Jonas Jacquelin. L’histoire de Ruth est ainsi lue à l’occasion de la fête de Shavuot, au cours de laquelle les juifs célèbrent le moment où, au pied du Sinaï, le peuple a reçu le texte de la Torah.

L’histoire ne s’arrête pas là. Revenues en Judée, les deux veuves sans ressources doivent subvenir à leurs besoins. Selon la tradition, les pauvres peuvent glaner dans les champs les épis qui n’ont pas été ramassés par les propriétaires. Un jour, tandis que Ruth part ainsi glaner les orges, la providence la conduit dans le champ de Booz, un riche parent de son beau-père Élimélek. Le nom de Booz signifie « en lui la force ». Il se montre très généreux, invite Ruth à glaner derrière les moissonneurs et à partager l’eau de ses serviteurs. « Booz est bienveillant comme Ruth. Noémi, qui connaît sa belle-fille et voit qu’elle est très belle, va la pousser à aller vers lui une nuit où “il vanne lui-même l’orge sur l’aire”. Elle la vêt de ses beaux atours afin qu’elle séduise Booz endormi », raconte Nathalie Nabert. Selon la loi du lévirat, étendue ici à une plus large parenté qu’aux frères du défunt en raison de la situation, Booz peut en effet épouser Ruth et ainsi assurer une descendance au fils de Noémi.

À la fin de l’histoire, Ruth épouse Booz. Elle enfante un fils qui sera le grand-père de David. Elle qui est d’origine étrangère, une convertie, fait partie des ancêtres du Messie. C’est pourquoi, au début de l’Évangile de Matthieu, elle est l’une des quatre femmes mentionnées dans la généalogie de Jésus qui naîtra à Bethléem.

« Le livre de Ruth est révolutionnaire, car il balaie tous les stéréotypes », s’exclame Élisabeth Parmentier, théologienne protestante, coautrice de Une Bible des femmes (2). « Paradoxalement, l’étrangère est plus croyante que la femme du peuple élu. De même, alors que normalement les femmes ne faisaient pas l’histoire du peuple élu, ici, excepté dans l’épilogue, ce sont elles qui mènent le récit et assurent la continuité du peuple. » Enfin, ce qui semble au premier abord une histoire sentimentale, de loyauté entre deux femmes, se révèle en réalité chargé de portée théologique.

En quoi Ruth est-elle une femme forte ?

La force de Ruth est d’avoir refusé la facilité. Dans une société qui laisse peu de place aux étrangères et aux veuves, contre toute logique, elle choisit de partir vers un pays qu’elle ne connaît pas. « En ce sens, on peut voir un parallèle entre l’histoire de Ruth et celle d’Abraham qui va rompre avec le milieu de sa naissance, aller vers le pays d’Israël, et être à l’origine de toute une lignée », note encore le rabbin Jonas Jacquelin.

La ténacité, l’obstination de Ruth est également sa force. « Elle tient tête à sa belle-mère, elle confesse un Dieu qui n’est pas celui de son peuple. Ruth a sa ligne, en quelque sorte, qu’elle impose à sa belle-mère », souligne Élisabeth Parmentier. Avec Noémi, elle prend leur destin en main. C’est pourquoi « elle obéit à l’ordre sordide de sa belle-mère » de se parer et de se coucher aux pieds de Booz pour le séduire. « Elle veut sauver la situation de sa famille et ce sauvetage va la relier au salut », poursuit la théologienne, qui relève dans le texte de nombreux termes hébreux évoquant le salut, le sauveur et le rachat.

Enfin, Ruth est une femme forte par sa générosité et sa bienveillance, qui l’ont poussée à choisir le parti de Noémi et à se convertir. Les commentaires rabbiniques mettent également en avant cette bonté, « checed – la disponibilité à autrui », qui est la qualité attribuée à Abraham. En posant en quelque sorte un acte de confiance dans la vie, Ruth a retourné la situation et elle est entrée dans l’histoire du Salut.

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Booz endormi », un poème de Victor Hugo

Dernières strophes de ce poème inspiré du Livre de Ruth et extrait de La Légende des siècles.

« Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles. »

Les femmes fortes de la Bible : Judith, la combattante

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Judith et Holopherne, Huile sur toile.1599BARBERINI/WIKIMEDIA

Qui est Judith ?

Judith dont le nom signifie « la juive » est l’héroïne fictive d’un livre de la Bible. Sans doute inspirée d’un fait réel, son histoire est un apologue. Veuve de Manassé, un homme riche de Béthulie, une ville du royaume de Juda ou d’Israël assiégée par des ennemis païens, Judith dispose de nombreux biens… C’est une femme belle et très séduisante qui croit au Dieu d’Israël et suit les prescriptions de sa religion. « Elle personnifie la nation d’Israël, le peuple de Dieu qui doit vaincre les ténébreux », analyse l’écrivaine Jacqueline Kelen (1). Par un stratagème, elle va s’infiltrer dans le camp ennemi afin de séduire et tuer le général en chef, Holopherne.

 « Judith s’inscrit dans une filiation de femmes qui font l’histoire, comme Yaël tuant le général cananéen Sissera en guerre contre Israëldans le Livre des Juges. Elles usent de leurs charmes pour emporter la guerre en touchant le chef, au lieu que les peuples s’affrontent », commente Rivon Krygier, rabbin de la communauté massorti Adath Shalom, à Paris. Il rappelle que le Livre de Judith ne fait pas partie de la Bible hébraïque, mais que son héroïne est connue dans le judaïsme par des traditions latérales.

Quelle est son histoire ?

Au début du Livre de Judith, Nabucodonosor, roi de Babylone, décidé à étendre sa domination sur le monde, envoie le général en chef de son armée, Holopherne, dans les territoires de l’Ouest. Mais ce dernier et ses troupes se heurtent à la résistance de la Judée. Arrivés près de Béthulie, ils établissent leur camp près de la source qui alimente la ville et encerclent les habitants afin de les assoiffer et de les affamer.

Quand les citernes sont vides, le peuple commence à murmurer contre Dieu. Les chefs de la ville promettent de la livrer aux Assyriens d’ici à cinq jours si Dieu ne leur vient pas en aide. Judith les fait venir et leur adresse de vifs reproches : « Elle n’est pas droite, la parole que vous avez prononcée aujourd’hui devant le peuple. (…) Qui donc êtes-vous pour mettre en ce jour Dieu à l’épreuve ? » (Jdt 8, 11-12). Elle ose leur dire qu’ils n’ont rien compris et leur annonce qu’elle va accomplir une action dont elle garde le secret.

S’ensuit une longue prière dans laquelle elle demande à Dieu de l’assister contre les Assyriens : « Renverse leur superbe par la main d’une femme » (Jdt 9, 10). Elle y fait référence « soit à des femmes victimes de la domination masculine – Dina, violée par un étranger, dont l’histoire est racontée au chapitre 34 de la Genèse –, soit à des femmes qui ont subverti cette domination telle Yaël », souligne le jésuite Erwan Chauty, enseignant au Centre Sèvres-Facultés jésuites de Paris. Judith implore Dieu : « Donne-moi un langage trompeur pour blesser et meurtrir ceux qui ont tramé de cruels projets contre ton alliance » (Jdt 9, 13).

Ses armes pour sauver le peuple seront sa parole et sa beauté. La prière terminée, elle ôte ses habits de deuil, se lave, enduit son corps d’huile parfumée, coiffe ses cheveux, met ses habits de fête et se pare de bijoux « afin de séduire les regards de tous les hommes qui la verraient » (Jdt 10, 4). Elle prend une outre de vin, de l’huile et des provisions, et se rend avec sa servante à l’entrée du camp ennemi, prétendant apporter des renseignements. Tous sont subjugués, à commencer par Holopherne.

Trois jours plus tard, ce dernier organise un banquet. À l’opposé de la femme soumise, docile, effacée, Judith prend les devants. « Allongée sur sa couverture devant lui, elle surjoue la femme fatale et tout le monde comprend que cela va être la victoire du chef de guerre qui va posséder la belle étrangère », raconte Erwan Chauty. Mais la situation se retourne. Quand Holopherne se retrouve seul avec Judith, « il est tellement ivre de vin et de beauté qu’il s’endort profondément, poursuit Jacqueline Kelen. Par sa présence, elle l’a ensorcelé et lui-même se met hors jeu ». Toujours déterminée, « non femme fragile », Judith saisit un sabre près du lit, demande à Dieu de l’assister dans ce geste affreux et lui tranche la tête qu’elle donne à sa servante. Celle-ci la cache dans son sac à provisions afin de l’apporter aux habitants de Béthulie.

À la fin de l’histoire, le peuple, transporté de joie, bénit Dieu et Judith. Les Assyriens s’enfuient. Des femmes forment un chœur et dansent, Judith à leur tête, en écho à la victoire de David contre le géant Goliath dans le Livre de Samuel. « Comme lui, elle représente le champion de Dieu », affirme Jacqueline Kelen.

Judith vivra jusqu’à 105 ans, un âge avancé comme souvent pour les justes de la Bible. Beaucoup d’hommes la désireront mais elle échappera au remariage alors nécessaire pour qu’une veuve survive. En quelque sorte, « c’est une femme libérée », note Erwan Chauty même si ce livre biblique n’a pas été écrit à l’origine comme un récit d’émancipation.

En quoi Judith est-elle une femme forte ?

La force de Judith est liée à sa prière. Elle puise son courage et sa détermination dans le souvenir que Dieu a libéré son peuple et qu’il devrait le sauver à nouveau.

Elle est une femme forte parce qu’elle n’est pas dans l’idéal mais prend en compte le réel pour élaborer sa stratégie avec son Dieu, en utilisant son pouvoir de séduction. « Certes, elle joue avec le feu, mais elle est avec Dieu. Elle ne se laisse pas avoir mais règle son compte à Holopherne et met fin à la guerre. Elle fait ainsi penser aux résistantes de la Seconde Guerre mondiale », note le dominicain et bibliste Philippe Lefebvre.

Sa force réside enfin dans l’habileté de sa parole, « une parole dont le même mot en hébreu signifie intelligence et ruse. Pas la ruse du fourbe, mais ce que Blaise Pascal appelle “l’esprit de finesse”, une parole à double entente », précise Jacqueline Kelen. Ainsi, lorsque Judith affirme à Holopherne « Mon seigneur n’échouera pas dans ses projets » (Jdt 11, 6), il pense qu’elle parle de lui alors qu’elle parle de Dieu.

 

Les femmes fortes de la Bible : Esther, la stratège

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Esther, fresque d’Andrea del Castagno (1420-1457). Galerie des Offices, Florence, Italie.SOURCE : WIKIPEDIA

Qui est Esther ?

Esther est une jeune fille juive, belle, qui s’appelle à l’origine Hadassa. Orpheline, elle est élevée par un parent, Mardochée, dont on ne sait s’il est son oncle ou son cousin. C’est un juif de Jérusalem, déporté par le roi de Babylone Nabuchodonosor au VIe siècle avant Jésus-Christ, et exilé dans l’Empire perse ; « un personnage important, ayant une fonction à la cour » (Est 0, 1B). Lui et Esther vivent dans la ville de Suse à l’époque du roi Assuérus qui règne de l’Inde jusqu’en Éthiopie.

Un concours de circonstances va mener la jeune Hadassa au sommet du pouvoir puisqu’elle va épouser Assuérus et devenir ainsi la reine Esther. « Elle aurait pu être une reine comme on en voit sur les magazines en papier glacé. Esther va être rattrapée par le tragique de l’histoire, et elle va jouer un rôle de premier plan pour sauver son peuple », commente le rabbin Jonas Jacquelin de l’association Judaïsme en mouvement.

On ne sait pas si Esther a historiquement existé. Mais, « ce qui est fascinant avec ce personnage, c’est que l’on assiste à sa métamorphose. Au départ, c’est une jeune fille soumise, obéissante, qui fait tout ce que lui recommande Mardochée. Elle est même passive lorsque les décrets pour la destruction du peuple juif sont annoncés. Dans un moment critique du récit, tout d’un coup, elle prend conscience de ce qui se passe et elle devient une femme vaillante », s’enthousiasme le rabbin Rivon Krygier (1).

Quelle est son histoire ?

L’histoire d’Esther commence comme une sorte de conte ou de légende par un incipit au style apocalyptique au cours duquel Mardochée rêve que le peuple va périr.

Au palais royal, Assuérus, lors d’un banquet destiné à montrer sa gloire, demande à sa femme, Vasti, d’exposer sa beauté. Celle-ci refuse de se présenter quasi nue devant les invités. « Vasti est écartée du pouvoir, probablement assassinée, parce que sinon les femmes n’obéiront plus à leurs maris. On est dans un monde de domination masculine et les révoltes comme celle de Vasti sont écrasées », explique le rabbin Rivon Krygier.

Sans épouse, le roi doit se remarier. Hadassa fait partie des jeunes filles choisies pour lui être présentées. Sur le conseil de Mardochée, elle cache son origine juive. D’où son nom, Esther, qui veut dire « caché ». Dans la Bible hébraïque, « le Livre d’Esther est le seul livre biblique dans lequel le nom de Dieu n’apparaît pas. La présence d’Esther va être une sorte d’expression d’une présence divine qui se masque pour agir », ajoute le rabbin Jonas Jacquelin. En voyant Esther, Assuérus tombe amoureux et la fait reine.

S’ensuivent des bouleversements politiques au cours desquels un personnage, Amane, est nommé vice-roi ou premier ministre. Pour se venger de Mardochée qui refuse de se prosterner devant lui à la porte du roi comme les autres serviteurs, Amane exige du roi une ordonnance afin d’éradiquer tous les juifs du royaume et de piller leurs biens. Une date est tirée au sort pour accomplir ce destin funeste : ce sera « le 14e jour du mois d’Adar »« Là s’arrête le conte et commence l’histoire du salut », note l’écrivaine et poète Nathalie Nabert dans son livre Femmes dans la Bible (2).

Apprenant l’ordre du roi, Mardochée avertit la reine et lui demande d’intervenir : « Souviens-toi des jours où tu n’étais rien, où je te nourrissais de ma main ! » (Est 4, 8A). Esther hésite. Mardochée lui fait comprendre qu’elle ne doit pas espérer connaitre un destin différent de celui du peuple parce qu’elle est reine et au palais. « Qui sait si ce n’est pas en vue d’une circonstance comme celle-ci que tu as accédé à la royauté ? » (Est 4, 14), lui dit-il. Aussitôt, Esther demande un jeûne collectif de trois jours auquel elle participera avec ses servantes.

Pour sauver son peuple, la reine doit révéler son identité juive au roi. Mortifiée de peur, elle s’en remet à Dieu afin qu’il convertisse le cœur de son époux. Puis elle met au point une stratégie et organise un banquet en l’honneur d’Amane qui s’en trouve flatté. Au cours du festin, le roi dont le cœur a été changé par Dieu, demande à Esther quelle est sa requête. La reine laisse le temps jouer en sa faveur et, plutôt que de révéler sa demande, invite ses hôtes à un autre banquet le lendemain. On retient de ce deuxième banquet, la prière d’Esther au roi : « Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi, et s’il plaît au roi, accorde-moi la vie – voilà ma demande. Accorde la vie à mon peuple – voilà ma requête » (Est 7, 3). Elle démasque alors l’ambition d’Amane qui est pendu à la potence dressée pour Mardochée. Ce dernier devient Premier ministre. « Lui qui était le conseiller de l’ombre d’Esther peut jouer un rôle en pleine lumière. Cette histoire est un peu aussi une révolution de palais », relève le rabbin Jonas Jacquelin. Enfin, le roi Assuérus renonce à la persécution du peuple juif.

En quoi Esther est-elle une femme forte ?

« Esther est une reine de tête, souligne Nathalie Nabert. Elle a le courage, la foi et l’intelligence. » Sa force est dans son courage à risquer sa vie, seule, en plaçant sa confiance en Dieu qui, seul peut l’aider : « Mon Seigneur, notre Roi, tu es l’Unique ; viens me secourir, car je suis seule, je n’ai pas d’autre secours que toi, et je vais risquer ma vie », l’implore-t-elle dans sa prière (Est 4, 17).

La force d’Esther est aussi dans son intelligence, fine, sa capacité d’agir en coulisse. Elle avance sans armes et fait comprendre au roi par une stratégie progressive, que les décrets contre les juifs ne sont pas acceptables. Ce faisant, elle renverse la situation et elle évite un carnage. « À la fin du récit, Esther devient une femme au sens fort du terme ; elle prend les choses en main, s’émancipe », note encore le rabbin Rivon Krygier.

Dans un monde sécularisé, la reine Esther rappelle la force d’un Dieu caché qui se manifeste dans les cœurs.

Bibliographie

(1) Auteur avec Martin S. Cohen et le peintre Gérard Garouste de La Méguila d’Esther, Hermann, 128 p. 30 €.

(2) Femmes dans la Bible. 30 figures d’humanité, Magnificat, 215 p., 24,90 €.

Source : Journal LA CROIX

ANCIEN TESTAMENT, AVENT, BIBLE, D'ISAÏE A JEAN BAPTISTE : L'AVENT AUX CÔTES DE SEPT PROPHETESCÔTES DE SEPT, NOËL, PROPHETES

D’Isaïe à Jean-Baptiste : l’Avent aux côtés de sept prophètes

D’Isaïe à Jean Baptiste :  l’Avent aux côtés de sept prophètes

 

Fulgurantes et inspirées, les paroles de nos pères dans la foi ne sont pas caduques. Elles s’adressent encore à nous aujourd’hui, soutenant notre marche vers le Messie qui vient.

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La Nativité avec les prophètes Isaïe et Ézéchiel, vers 1308-1311, par Duccio di Buoninsegna, Galerie nationale d’art, Washington, États-Unis

 

 

Attente unique dans l’Histoire sainte. Celle du Sauveur, qu’espère Israël siècle après siècle. Appelés par Dieu pour parler en son nom, les prophètes ont su garder vivace cette espérance messianique. « Le peuple d’Israël expérimente l’œuvre et la fidélité de Dieu et, en même temps, il voit que ses promesses ne sont pas toutes pleinement réalisées », commente Mgr Rafic Nahra, évêque auxiliaire du patriarcat latin de Jérusalem. Dans le Deuxième Livre de Samuel, Nathan prophétise à David qu’il lui suscitera un successeur et rendra « stable pour toujours son trône ». Prophétie « davidique » fondatrice : le peuple attend désormais un nouveau David. C’est de cette lignée que descendra Jésus, « Rameau issu de la souche de Jessé, Père de David » (Is 11, 1). Par les prophètes, l’Esprit Saint a parlé, confesse le Credo. Leurs paroles résonnent dans les lectures de l’Avent : nous attendons toujours la venue du Christ dans la gloire. 
« Les prophéties, et toute l’histoire du peuple de Dieu, nous aident à mieux connaître le visage du Christ, ajoute Mgr Rafic Nahra. Et c’est la lumière du Christ qui éclaire les Écritures. » Voici sept porte-parole à qui emboîter le pas.

 

 

  1. Isaïe, l’évangéliste de l’Ancien Testament : Il prophétise l’Emmanuel

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« Voici que la Vierge est enceinte, elle enfantera un Fils, et elle Lui donnera le nom d’Emmanuel. De crème et de miel Il se nourrira, jusqu’à ce qu’Il sache rejeter le mal et choisir le bien » (Is 7, 14-15). Huit siècles avant la naissance du Christ, saisissantes sont ces paroles d’Isaïe. Elles esquissent les silhouettes de la Nativité. Elles sont aussi reprises par l’ange du Seigneur lorsqu’il apparaît en songe à Joseph. « Elles annoncent de loin la personne messianique du Christ, résume le Père Jean-Rodolphe Kars, chapelain à Paray-le-Monial. Mais ce n’est qu’à la lumière du Christ et de la tradition de l’Église qu’on a pu interpréter ces versets comme une prophétie annonçant Marie et Jésus. » Les soixante-six chapitres du long Livre d’Isaïe – le plus cité dans le Nouveau Testament – sont à lire dans leur contexte historique. « Les prophètes ont parlé pour leur société et leur temps, ils n’ont pas uniquement annoncé le Christ qui vient », souligne Patrick Pouchelle, bibliste et docteur en théologie. « La parole de Dieu est valable pour le présent, le passé et l’avenir. Les prophéties ne sont pas des annonces terminées. Dieu vient pour nous aujourd’hui ! » Ainsi résonne le chapitre 9 d’Isaïe, éminemment messianique, lu dans la nuit de Noël. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » Isaïe chante la venue du temps où Dieu sauve et accomplit ses promesses de paix et de justice. Espérance qui se joue dans l’aujourd’hui du prophète, et le nôtre. La musique d’Isaïe continue de tintinnabuler tout au long de l’Évangile de la Nativité. L’Enfant Jésus est couché dans une mangeoire, précise saint Luc à plusieurs reprises. Le terme n’est pas anodin : Isaïe utilise cette image : « Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne la mangeoire de son maître, Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Is 1, 2-3). Le Nouveau Testament évoque des « mages », que la Tradition qualifie de « rois » ? Le prophète évoque des têtes couronnées : « Debout, Jérusalem, resplendis ! […] Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore » (Is 60, 1-3). Poétique et efficace, le souffle du prophète saisit l’âme qui l’entend. Par son nom même, « le Seigneur est salut » en hébreu, Isaïe publie une louange au Dieu fidèle. 

  

  1. Jérémie, héraut malgré lui : Il soutient l’espérance du peuple

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« Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! » Ainsi débute le Livre de Jérémie. Vers cet homme tremblotant, qui aspire au silence, l’Éternel étend la main : « Voici, je mets dans ta bouche mes paroles. Aujourd’hui, je te donne autorité sur les nations et les royaumes, pour arracher et renverser, pour détruire et démolir, pour bâtir et planter. » Jérémie commence à prophétiser un siècle après Isaïe. « Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; elles faisaient ma joie, les délices de mon cœur », s’écrie-t-il au Seigneur. Son ministère, éprouvant, l’amène à entrevoir la catastrophe de la déportation – il meurt peu après la prise de Jérusalem par Babylone, en 587. Pourtant, Jérémie porte son regard plus loin encore, annonçant le retour futur des exilés et le bonheur pour Jérusalem. Alors même que se déroulent des événements dramatiques pour le peuple d’Israël, Dieu fait la promesse d’un jour meilleur. À la lumière du Nouveau Testament, ce jour rappelle étonnamment les troupeaux et leurs bergers, la nuit de la Nativité. Voici la voix de Jérémie qui retentit par-delà les collines de Judée : « Dans les villes de la Montagne, du Bas-Pays et du Néguev, dans le pays de Benjamin, aux alentours de Jérusalem et dans les villes de Juda, les brebis passeront encore sous les mains de celui qui les compte, dit le Seigneur. Voici venir des jours – oracle du Seigneur – où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda : En ces jours-là, en ce temps-là, je ferai germer pour David un germe de justice, et il exercera dans le pays le droit et la justice. » 

  

  1. Baruch, scribe fidèle : Il réconforte les exilés

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On attribue à Baruch, secrétaire du prophète Jérémie, le livre éponyme. Celui qui se nomme en hébreu « le béni » écrit pour le peuple juif déporté à Babylone : il l’encourage à prier sans cesse, à demander pardon, à supplier et à toujours espérer. Cette ferme espérance qu’il annonce, Baruch la fonde sur les faveurs que Dieu a promises pour Israël. « Les promesses de Dieu demeurent toujours, le peuple juif a reçu des promesses de plénitude, commente Mgr Rafic Nahra. Nous aussi, chrétiens, nous n’avons pas tout reçu ce que le Seigneur a accompli. Même si Jésus a tout accompli, nous sommes encore en chemin. » Les vibrantes exhortations du prophète parviennent jusqu’à nos oreilles, sans rien avoir perdu de leur acuité. Elles réveillent notre âme de veilleur : « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours […]. Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’Orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. »

 

 Ézéchiel,  prêtre du Temple : Il effleure le mystère de l’Incarnation

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« À partir de ce jour, le nom de la ville sera “Le Seigneur-est-là.” » Tel est le dernier verset du Livre d’Ézéchiel, un livre épais de quarante-huit chapitres, qui exprime la confiance du prophète dans la fidélité divine – quelles que soient les circonstances. Prêtre du temple de Jérusalem, en 597 avant Jésus-Christ, il subit l’exil à Babylone avec le peuple d’Israël. Alors que ce temple, abri de la présence divine, est détruit, Ézéchiel transmet ces paroles : « Je placerai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours. Ma demeure sera parmi eux ; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple » (Éz 37, 26-27). Et encore : « Mon sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours. » Ici, se profile déjà le mystère de l’Incarnation, certes inconcevable : Dieu, l’Éternel et le Créateur, vient prendre chair de notre chair. Saint Jean y répond en écho : « Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père » (Jn 1, 14). 

  

  1. Michée, « qui est comme l’Éternel ? » : Il désigne Bethléem

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À scruter l’Ancien Testament à la recherche d’indices messianiques, difficile de trouver un oracle plus clair ! Michée prophétise la naissance du libérateur d’Israël. « Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi Celui qui doit gouverner Israël » (Mi 5, 1). Entre ces lignes, apparaît la fameuse promesse faite à David par le prophète Nathan. Bethléem, cité davidique, quitte l’ombre pour la lumière. « Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël, poursuit le prophète. Il se dressera et Il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais Il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et Lui-même, Il sera la paix ! » Dans l’Évangile de saint Matthieu, les grands prêtres et les scribes, interrogés par Hérode sur le lieu de la naissance du Messie, citent littéralement l’oracle de Michée. La figure du Christ Bon Pasteur et Prince de la paix unit les deux Testaments. 

  

  1. La joie de Sophonie : Il exulte pour son Dieu

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Ce prophète, natif du VIIe siècle avant le Christ, se fait souvent compagnon de notre troisième dimanche de l’Avent. Ce dimanche de Gaudete, « Réjouissez-vous » en latin, qui se laisse vêtir de rose et de joie alors que point au loin l’aurore de la Nativité. À un peuple « pauvre et petit », petit reste qui « prendra pour abri le nom du Seigneur », Sophonie s’écrie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, Il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur […] Il aura en toi sa joie et son allégresse, Il te renouvellera par son amour » (So 3, 14-17). Cette exultation annonce celle de la Vierge Marie dans son Magnificat : l’âme toute à Dieu, Fille de Sion s’il en est, elle fait mémoire de ses merveilles et justes victoires. À son tour, Marie chante l’allégresse du Salut, inspirée par l’Esprit Saint « qui a parlé par les prophètes »

  

  1. Jean Baptiste, dernier des prophètes : Il s’efface devant le Messie

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Blotti dans le sein de sa mère Élisabeth, il tressaille d’allégresse à la voix de la Vierge Marie. Telle un tabernacle, elle porte en elle le Sauveur. Dès avant sa naissance, Jean Baptiste a reconnu le Messie d’Israël. Pour préparer sa venue, il arpente passages tortueux et chemins rocailleux, accomplissant cet oracle d’Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers […]. Et tout être vivant verra le salut de Dieu. » Sa prédication a des accents singuliers, elle est celle du dernier des prophètes et annonce comme imminente la venue du Christ. « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais Il vient, Celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu » (Lc 3, 16). Jean parcourt la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés. « Dans le récit évangélique, cette insistance sur le Jourdain renvoie à un passage précis de l’Ancien Testament, celui de l’entrée en Terre promise, précise le bibliste Patrick Pouchelle. Après sa longue route dans le désert, le peuple d’Israël, mené par Josué, doit traverser le fleuve, portant l’Arche d’alliance. Toute la nation passe à pied sec, et la promesse de Dieu s’accomplit. » Jean Baptiste vit dans une époque agitée. « Es-tu Celui qui doit venir ? », presse-t-on cet homme en qui certains voient un « nouvel Élie ». Le peuple est en attente. « Israël vit, depuis le retour de l’exil, la reconstruction de Jérusalem et de son nouveau Temple, comme une fi èvre messianique », détaille le Père Jean-Rodolphe Kars. Soumis à une succession de dominations, le peuple attend avec anxiété la réalisation des promesses faites à David. À de nombreux endroits dans les Évangiles, se pose la question concernant Jésus : est-Il le Messie promis ? On scrute les Écritures, on se querelle. Au début des Actes des Apôtres, les disciples eux-mêmes n’ont pas encore compris, en présence de Jésus ressuscité, sa véritable vocation. Ils Lui demandent encore si c’est « maintenant [qu’Il va] restaurer la royauté en Israël ». Contemporaine de Jean Baptiste, la Vierge Marie est de ces personnes pieuses qui espèrent le Salut. « Marie, plus que tout Israël, car son désir de Dieu est immense, attend avec ferveur la venue du Messie, commente encore le Père Jean-Rodolphe Kars. Cela devait faire l’objet permanent de sa prière. Déjà, elle devait “conserver dans son cœur” toutes ces prophéties de l’Écriture, sans se douter qu’elle serait ineffablement choisie pour être celle qui mettrait au monde le Messie. » Lors de l’Annonciation, l’ange Gabriel cite un passage de la promesse faite à David. Exultant, Marie comprend alors qu’est venu le temps de l’accomplissement des Écritures.

 

https://www.famillechretienne.fr/39338/article/disaie-a-jean-baptiste-vivre-lavent-aux-cotes-de-sept-prophetes

AMOS (personnage biblique), ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, ISRAËL, LE PROPHETE AMOS, LIVRE DU PROPHETE AMOS

Le prophète Amos

Amos, un prophète peu commode

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Contemporain du prophète Osée, le prophète Amos est un simple berger. Il est rude, tout comme sa prédication l’est pour Israël, mais il n’est pas rustre ni inculte pour autant. La prédication d’Amos se situe en 750, sous le règne prospère de Jéroboam II dont il fustige les puissants.

Amos est le contemporain d’Osée. Tous deux sont les premiers prophètes dont l’enseignement figure dans les Livres saints. Il vient de Juda, le royaume du sud. Mais il se sait envoyé chez ses voisins du nord, au royaume d’Israël. Il n’est ni prêtre, ni prophète reconnu. Plutôt prophète improvisé. Une sorte d’observateur de son temps, « le premier journaliste », dira Ernest Renan. Mais un journaliste engagé, qui fustige les puissants.

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Un prophète virulent

Il part ainsi s’adresser à ses voisins d’Israël. Un peu comme si un protestant allait menacer des pires châtiments, au nom de Dieu, ses frères catholiques ou orthodoxes ! Il choisit mal son moment : le pays vit en paix, il est riche et prospère sous Jéroboam. Aussi, quand Amos dénonce « le luxe des constructions en pierre de taille » de Samarie (5, 11), ou « les divans somptueux qui servent aux réceptions » (3, 12-15), le succès n’est pas garanti.

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Une dénonciation des riches

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Mais pourquoi cette ire contre Israël ? Parce que l’écart grandissant entre pauvres et riches n’y émeut plus personne. Et la colère d’Amos gronde. « Écoutez, vaches du Bashan, s’écrie-t-il à l’adresse des femmes de Samarie, vous qui paissez sur la montagne de Samarie, opprimant les indigents, broyant les pauvres… Vous sortirez par des brèches et vous serez rejetées, oracle du Seigneur » (4, 1-3).

Et ce n’est pas fini. Les coups les plus terribles seront pour les religieux. Contre le sanctuaire de Béthel. « Je déteste, je méprise vos pèlerinages… Éloigne de moi le brouhaha de tes cantiques… » (5, 21, 24). Voilà le vrai motif de ses imprécations : qu’est-ce que l’Alliance unissant Dieu à son peuple, et qu’est-ce qu’un culte, si les exigences du droit et de la justice ne sont plus respectées ?

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ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, CHJRISTIANISME, JUDAÏSME, NOUVEAU TESTAMENT, RELIGION, RELIGIONS

La Bible divisée en chapitres et en versets

Qui a divisé la Bible en chapitres et en versets ?

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Shutterstock / Pamela D. Maxwell

Les « originaux » de la Bible étaient des blocs de textes, sans chapitres ni versets. Mais qui a introduit ces séparations ?

Des blocs de textes ! Dans les « originaux » de la Bible, aucun chiffre indiquant les chapitres et les versets auxquels nous sommes habitués aujourd’hui. Aucune séparation entre les mots, ni même les voyelles. Et aucune ponctuation, aucun titre de chapitre permettant de s’y retrouver dans les passages bibliques. Mais qui a introduit chapitres et versets dans la Bible ?

Dans l’Antiquité, et surtout s’agissant de la lecture liturgique, la nécessité de diviser le texte sacré se fit très vite sentir. Pour découper les évangiles en 1162 sections, il existait divers systèmes, aussi bien chez les juifs (« Sedarim », « Perashiyyot », « Pesuquim ») que chez les chrétiens (« Canones eusabiani », d’Eusèbe de Césarée).

Qui a ajouté les chapitres ?

C’est au XIIIe siècle, probablement autour de l’année 1226, que l’ecclésiastique anglais Étienne Langton, archevêque de Canterbury et grand chancelier de l’Université de Paris, divisa en chapitres l’Ancien Testament et le Nouveau Testament sur ​​le texte latin de la Vulgate de Saint Jérôme

De la Vulgate, il passa au texte de la Bible hébraïque, au texte grec du Nouveau Testament et à la version grecque de l’Ancien Testament. Il établit une division en chapitres, plus ou moins égaux, très semblable à celle de la plupart de nos Bibles actuelles.

Vers 1226, les libraires de Paris introduisirent ces divisions en chapitres dans le texte biblique, donnant lieu à la « Bible parisienne ». Dès lors, cette division se répandit dans le monde entier.

Qui a ajouté les versets ?

Santes Pagnino (1541), juif converti, puis dominicain, natif de Lucques (Italie) consacra 25 années de sa vie à sa traduction de la Bible, publiée en 1527. Il fut le premier à diviser le texte en versets numérotés. Sa Bible fut imprimée à Lyon. C’était une version très littérale qui constitua une référence parmi les humanistes de l’époque et fut réimprimée plusieurs fois.

Robert Estienne, le célèbre imprimeur et humaniste français, réalisa en 1551 l’actuelle division en versets du Nouveau Testament. En 1555 il publia l’édition latine de toute la Bible. Pour les versets de l’Ancien Testament hébraïque, il prit la division faite par Santes Pagnino. Pour les autres livres de l’Ancien Testament, il élabora sa propre division et utilisa pour le Nouveau Testament celle que quelques années auparavant, il avait lui-même réalisé. Dès lors, le découpage du texte biblique en chapitres et en versets permet d’en retrouver immédiatement un passage, quelle que soit la mise en page adoptée par l’éditeur. Il s’agit d’un outil fondamental pour les chercheurs, qui permet à tous d’utiliser une même référence.

Première Bible imprimée avec chapitres et versets

La première Bible imprimée qui comporta totalement la division en chapitres et en versets sera ladite Bible de Genève, qui parut en 1560 en Suisse. Les éditeurs de la Bible de Genève optèrent pour les chapitres d’Étienne Langton et les versets de Robert Estienne, conscients de leur grande utilité pour la mémorisation, la localisation et la comparaison des passages bibliques.

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Bible de Genève. © Commons Wikimedia

En 1592, le pape Clément VIII, fit publier une nouvelle version de la Bible en latin pour l’usage officiel de l’Église catholique, qui comportait la division actuelle en chapitres et en versets. C’est ainsi qu’à la fin du XVIe siècle, les juifs, les protestants et les catholiques avaient adopté la division en chapitres introduite par Étienne Langton et la subdivision des versets par Robert Estienne. Dès lors, ces divisions en chapitres et en versets seront de plus en plus acceptées comme forme standard pour localiser les versets de l’Écriture et seront universellement adoptées.

https://fr.aleteia.org/2016/03/19/qui-a-divise-la-bible-en-chapitres-et-en-versets/?fbclid=IwAR3uIYolUVMHPcdTj2UX5g1lV3GvQIAs_CEXmYQbJxLWPXTntFnZ9ZGPDv4

BIBLE, EPITRE AUX HEBREUX, LETTRE AUX HEBREUX, NOUVEAU TESTAMENT

Epître aux Hébreux

L’épître aux Hébreux : les Chrétiens dans la tourmente spirituelle

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L’épître aux hébreux n’est pas une lettre (épître), et ne s’adresse pas spécifiquement aux Hébreux. Mais cela n’est pas très important car elle reste un texte très beau, majeur et unique dans tout le Nouveau Testament.

Effectivement, il n’y a pas d’adresse ou salutation au début du texte, et il s’agit plutôt d’un sermon mis par écrit qu’un texte de style épistolaire. Quant aux destinataires de l’exhortation, ils ne sont pas précisés dans le texte, et l’intitulé « aux Hébreux » est tardif, ajouté vers le 2ème siècle.

L’auteur n’indique ni leur région d’appartenance, ni leur ethnie. Ce que l’on peut affirmer sans risque de se tromper, c’est qu’ils sont chrétiens, probablement d’origine juive puisqu’ils ont assurément une bonne connaissance de l’Ancien Testament auquel l’auteur de « l’épître aux Hébreux » fait fréquemment référence.

Sens de l’épître aux Hébreux

Nous avons vu que le titre sous lequel est connu « l’épître aux Hébreux » est en réalité mal choisi. Le père Vanhoye, dans le « Cahier Évangile » n° 19, propose le titre de « Sermon sacerdotal », tant il est vrai que ce texte est un sermon et non une lettre, et surtout qu’il est le seul écrit de tout le Nouveau Testament à appliquer à Jésus Christ le titre de prêtre et de grand prêtre. »]C’est même le thème central, ce que l’auteur affirme lui-même : « Or, point capital de notre exposé, c’est bien un tel grand prêtre que nous avons… » (He 8, 1).

  1. Le Grand Prêtre

Mais qu’est ce qu’un prêtre et un grand prêtre ? Dans toute religion, en tant qu’institution organisant le lien au sacré, il faut une fonction sacerdotale qui, précisément permet de «relier» le visible à l’invisible, le profane au sacré, l’humain au divin. La religion juive de l’Ancien Testament. n’échappe pas à cette nécessité, et l’organise dès le début :

  • Moïse est le grand prophète, mais c’est Aaron, son frère, qui est fondé par Dieu dans la fonction sacerdotale, et ses fils après lui (Exode 28, 1 s. ; 29, 4 s. ; Lévitique 6 )
  • Tout au long de l’histoire du Peuple, la fonction sacerdotale s’est renforcée, étant l’apanage des descendants d’Aaron, les lévites, jusqu’à devenir après l’Exil le seul réel pouvoir incarné en la personne du grand prêtre.
  • Mais le sommet de la fonction sacerdotale est sans nul doute Melkisédeq : personnage mystérieux évoqué en Gn 14, 17-20, dont on ne connaît ni l’origine ni la destinée, et qui bénit Abram (= Abraham avant que Dieu ne change son nom en Gn 17, 5), et reçoit de lui « la dîme de tout ». Il lui est donc supérieur.

Dans l’Ancien Testament, le prêtre a la responsabilité sociale des rapports avec Dieu : il est le médiateur. Mais pour entrer en rapport avec Dieu, il faut être « saint », c’est-à-dire séparé, ne pas être comme tout le monde. Il faut donc instituer un rituel de purification qui vise à différencier et séparer le prêtre, et a fortiori le grand prêtre, du reste du peuple. D’où l’institution d’une tribu-caste spécifique (Lévites) qui fournira les prêtres, lesquels devront être consacrés (purifiés) par le bain de purification, l’habillement et l’onction. Des sacrifices d’animaux parachèveront cette consécration (Ex 29).

Qu’est ce qu’a à voir la mission de Jésus Christ avec un rituel devenu tellement strict qu’il s’est élevé en fin au lieu de n’être qu’un moyen (au point que, pour être « en règle », il suffisait de se conformer, fut ce extérieurement, au rituel) ? Pour le peuple, cela signifiait obéir aux prêtres et à leur préceptes, et offrir des sacrifices d’animaux pour expier les manquements à la Loi.

  1. Rénovation de la fonction

C’est précisément ce que Jésus Christ est venu dénoncer (cf par exemple Mt 9, 10-13 ; 15, 1-20). Certes, cette réaction contre le ritualisme n’est pas franchement nouvelle : d’ailleurs dans les passages indiqués de Matthieu, Jésus Christ cite Osée (6, 6) et Isaïe (29, 13), mais c’est tout le sens du Nouveau Testament de montrer comment la Loi ne doit être qu’un guide, une aide à l’accomplissement de la relation entre Dieu et les hommes (cf Ga 3, 24-25), qui est d’abord et fondamentalement une relation d’amour. Et c’est là qu’intervient cette interprétation novatrice pour l’époque du sacrifice de Jésus Christ.

  1. Le Christ Grand Prêtre

L’auteur de l’épître aux Hébreux commence par situer le Christ : Fils de Dieu, «resplendissement de sa gloire [de Dieu], et expression de son être» (1, 3), il est supérieur aux anges (1, 5-14), mais il est aussi profondément frère des hommes (2, 5-18). Ce sont précisément les deux qualités nécessaires pour le sacerdoce : le grand prêtre doit être « accrédité auprès de Dieu » (3, 2) et solidaire des hommes (5, 1-2).
A cause de sa situation particulière, le Christ n’est pas un grand prêtre ordinaire.

Tout d’abord, il n’appartient pas à la tribu de Lévi, mais à celle de Juda, tribu des rois, non des prêtres (7, 14).
Au lieu de sanctifier en séparant, Jésus Christ le fait en accueillant : il ne cesse de choquer son auditoire en accueillant les femmes, les pécheurs, les publicains, les enfants… autant de gens rejetés ou au moins dénigrés par le sacerdoce ancien.

Parler de « sacrifice » à propos de la crucifixion, était d’emblée choquant : aucun élément du rituel n’était « mis en scène » : pas de lieu saint, mort conséquente d’une condamnation et non acte solennel et glorifiant, pas de distinction entre la victime et l’objet du sacrifice. C’est que, nous dit l’auteur, le Christ est prêtre « à la manière de Melkisédeq », ce personnage mystérieux que l’auteur érige en préfigure du Christ.
De ce fait, comme le précisait déjà le psaume (110, 4), il est prêtre « pour l’éternité » (7, 11 et suivants), et ceci rend caduc tous les sacrifices antérieurs, « car c’est par une tente (lieu de la Présence puis du sacrifice) plus grande et plus parfaite qui n’est pas œuvre des mains – c’est à dire qui n’appartient pas à cette création-ci – et par le sang non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang…qu’il a obtenu une libération définitive » (9, 11-12).

  1. Le salut par le Christ Grand Prêtre

Ainsi, alors que le grand prêtre de l’ancienne Alliance était seul purifié par sa consécration rituelle, le Christ, par son sacrifice de la Croix (consécration sacerdotale du Christ), sauve en même temps tous ses frères en humanité : « par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie » (10, 14).

De ce fait, les chrétiens ont « …pleine assurance d’accéder au sanctuaire …par une voie nouvelle et vivante… » (10, 19-20). Et l’auteur de les inviter « à résister jusqu’au sang dans leur combat contre le péché » (12, 4) et d’accepter docilement la « correction », en fils qu’ils sont du Père: « Quel est en effet le fils que son père ne corrige pas ? » (12, 7).
Et alors s’établira une vraie communauté fondée sur l’amour fraternel (13, 1).

Nb : le commentaire est largement inspiré du « Cahier Évangile » n° 19 du père VANOYE (1977)

Histoire de la rédaction de l’épître aux Hébreux

Qui est l’auteur de l’épître aux Hébreux ? Ce texte a longtemps été attribué à Saint Paul, surtout dans les Églises d’Orient. Aujourd’hui les spécialistes estiment que Paul ne peut pas être l’auteur direct de ce texte. En revanche il est indubitable que l’auteur doit être un disciple de l’apôtre. L’épître aux hébreux a du être composée vers les années 63 – 70 après Jésus-Christ.

Son écrit est saisissant de perfection littéraire, construit selon les plus purs canons de la composition hébraïque.

Introduction : mise en perspective dans l’histoire de la Révélation

  1. Situation du Christ :supérieur aux anges, frère des hommes
  2. Christ Grand Prêtre :accrédité auprès de Dieu et solidaire des hommes
  3. Spécificité du sacerdoce du Christ :à la manière de Melkisédeq
  4. Foi des anciens et endurance nécessaire
  5. Invitation à l’existence chrétienne

Conclusion et doxologie

Plan de l’épître aux Hébreux :

1 – Le prologue (1,1-4)

2 – La partie dogmatique (1,5-10,18)

  • Le Fils de Dieu abaissé et élevé, désormais supérieur aux anges (1,5-2,18)
  • Jésus supérieur à Moïse (3,1-4,13)
  • Jésus supérieur en tant que grand prêtre (4,14-7,28)
  • La supériorité du sanctuaire céleste (8,1-5)
  • La supériorité de la nouvelle alliance spirituelle (8,6-13)
  • La supériorité du nouveau sacrifice 9,1-14)
  • La supériorité de l’alliance scellée dans le sang du Christ (9,15-28)
  • La supériorité du nouveau sacrifice, unique et efficace (10,1-18)

3 – La partie morale (10,19-13,19)

  • L’exhortation à l’espérance (10,19-38)
  • L’enseignement sur la foi (11,1-40)
  • L’homélie sur l’endurance (12,1-13)
  • La mise en garde contre l’apostasie (12,14-29)
  • Les conseils pour la vie communautaire (13,1-19)

4 – La bénédiction finale dédoublée (13,20-25)

  • La bénédiction originelle (13,20-21)
  • La bénédiction secondaire (13,22-25)
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Le livre de Jérémie

Jérémie :

l’espérance est présente même au cœur de la nuit

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La tradition chrétienne s’attache à voir dans Jérémie la préfiguration de Jésus-Christ. En effet, la souffrance de cette personnalité attachante face à l’incapacité d’Israël à entendre la Parole de Dieu n’est pas sans rappeler celle du Christ dans l’annonce du Royaume.
Pour les chrétiens, sa prophétie de la volonté de Dieu de bâtir une nouvelle alliance avec le cœur de l’homme parle tout particulièrement. Le Livre de Jérémie compte pour autant des passages qui nous paraissent plus sombres voire franchement « pleurnichards ». C’est tellement vrai que le mot « jérémiades » est entré dans notre vocabulaire courant afin de décrire l’attitude de quelqu’un qui se plaint en permanence et sans que cela ne s’avère justifié.
Il nous révèle ici l’attitude d’un homme qui parait usé par la volonté de Dieu de lui imposer d’être prophète d’un peuple qui ne veut pas l’entendre. De prime abord, ce Dieu que nous décrit Jérémie se montre dur et exigeant à l’encontre du peuple qu’il avait choisi dès l’origine mais qui ne l’écoute plus.
Il faut cependant aller au-delà de cette situation paradoxale afin de percevoir en profondeur l’image de Dieu que nous révèle le Livre de Jérémie. En regardant de plus près, on s’aperçoit que la prédication de Jérémie, imprégnée par le contexte politique et militaire très difficile dans lequel se débat le Royaume de Juda, est celle d’un homme fidèle à Dieu et au peuple d’Israël.
Marqué par la chute de Jérusalem et par l’effondrement de l’élite politique et religieuse, Jérémie évolue dans sa foi en passant de l’image d’un Dieu vengeur à l’expérience d’un Dieu qui pardonne et veut renouveler l’alliance avec les hommes. Il préfigure en cela l’arrivée du Christ parmi les hommes.

 

Sens du livre de Jérémie

La prédication de Jérémie et l’annonciation de la nouvelle alliance.

 

I – La prédication de Jérémie est marquée par le contexte troublé que vit Israël

 

  1. Jérémie : un prophète qui vit une époque tourmentée

1 – 11 Jérémie : un prophète originaire d’un milieu simple…
Jérémie est né entre 650 et 645 avant J.-C. au sein d’une famille installée à Anatot (ville située à 6 km au nord de Jérusalem). Il y restera attaché comme le montre sa négociation d’un terrain lors du second siège de Jérusalem (Jr 32).
Jérémie n’est donc pas lié au Temple de Jérusalem. Cela pourrait expliquer les problèmes qu’il aura ultérieurement avec les prêtres descendants de Sadoq (sachant qu’il avait également prophétisé contre le Temple -Jr 7-).
Observateur des choses et des personnes, en sa qualité d’homme issu de la campagne, Jérémie s’avère être un homme sensible. On en trouve la trace tout au long de sa prédication lorsqu’il déclare combien l’annonce de la Parole de Dieu est lourde à porter face à la dureté de cœur de ses contemporains.
1 – 12 …qui vit à l’époque de la chute de Jérusalem
L’époque durant laquelle vit Jérémie est l’une des plus sombres de l’histoire d’Israël. Depuis 722, le royaume du Nord a disparu, transformé en province assyrienne. Concernant le Royaume de Juda, la situation se dégrade rapidement. Après les alliances changeantes des rois Amon, Josias, Joiaquim, Joiakîn puis enfin Sédécias, les Babyloniens vont mettre le siège et prendre Jérusalem (589 – 587).
Le Temple et la ville vont être détruits. Les objets cultuels sont détruits, les remparts abattus et une petite partie de la population déportée. Pour finir, Jérémie sera emmené prisonnier en Égypte où il finira probablement sa vie.

  1. 2 La prédication de Jérémie est celle d’un homme fidèle à Dieu et au peuple d’Israël

1 – 21 Jérémie est un homme fidèle à Dieu
A partir de son appel en mission Jérémie va prêcher la parole de Dieu au peuple juif. Pourtant, il se désole du manque de foi, tant du peuple que des prêtres.
Cet homme de tempérament méditatif va prendre progressivement conscience que la parole de Dieu est tournée en dérision par ceux auxquels elle est destinée (Jr 6, 10). Les imprécations de Jérémie sont ici particulièrement vigoureuses et s’inscrivent dans la lignée des autres prophètes de la Bible.
A la lecture du livre de Jérémie, on ressent que celui-ci est parfois désespéré et qu’il va même jusqu’à envisager d’abandonner la mission qui lui a été confiée (Jr 15, 10-21). Pourtant, il restera fidèle à l’annonce de la Parole de Dieu, malgré les évènements malheureux dont il sera le témoin direct et impuissant. Alors que le peuple est dispersé, le royaume détruit et aucun espoir ne semble envisageable, il se tient debout pour annoncer la parole de Dieu.
1 – 22 Il reste aussi fidèle au peuple auquel il est envoyé
Jérémie va vivre de nombreux évènements qui vont aller jusqu’à porter atteinte à son intégrité physique. Proche du pouvoir politique de son temps (il conseille parfois Sédécias – Jr 38, 14.17.19-22 -), il est ainsi impliqué dans le jeu complexe des autorités à l’égard des puissances tutélaires de la région, la Babylonie et l’Egypte.
Cela le conduira à être emprisonné lors du second siège de Jérusalem et à être ensuite déporté lors de la fuite en Egypte avec une fraction des judéens qui se sont révoltés contre Nabuchodonosor. Malgré cela, il restera fidèle au peuple d’Israël et le suivra dans la déroute de son temps.

 

II – Jérémie annonce la promesse d’une Nouvelle Alliance

  1. Jérémie passe de l’annonce d’un Dieu vengeur à un Dieu qui pardonne

2 – 11 Dieu désespéré par son peuple…
Le regard de Jérémie sur la capacité du peuple à servir Dieu dans la fidélité s’avère très pessimiste, tout du moins dans un premier temps. Pour lui, la source des difficultés d’Israël se trouve dans l’abandon d’un culte juste et fidèle à Dieu. Au lieu de cela, le peuple s’est tourné vers de fausses idoles ou de faux protecteurs (l’expérience politique du royaume de Juda oscillant en permanence entre l’influence assyro-babylonienne et égyptienne alimente ses oracles).
Jérémie explique le divorce entre Dieu et les hommes par la folie et la stupidité de ces derniers qui sont incapables de se mettre à l’écoute de Dieu. Jérémie s’inspire d’images de la vie quotidienne pour illustrer comment le plan de Dieu à l’égard des hommes a échoué. La prédication de Jérémie aboutit à un appel à la conversion.
Cependant, le peuple ne réagit pas et, pire encore, envisage une conversion automatique, sans que chacun n’entreprenne de conversion du cœur. Par un changement de perspective, c’est Dieu qui se trouve en position d’accusé pour ne pas avoir satisfait tous les besoins du peuple (Jr 8).
Face à cette situation sans issue, Dieu envisage d’abandonner son peuple. Jérémie annonce ainsi les châtiments que Dieu va envoyer à Juda (notamment l’invasion par un peuple étranger qui fait allusion aux conquêtes babyloniennes). Malgré cela, le peuple ne se convertit pas. Tout le peuple, du petit au plus grand, est concerné par cet oubli qu’ils font de la Parole de Dieu. Même les prêtres ne remplissent plus leur rôle. La faute du peuple, n’est-elle pas de posséder une Loi qu’il vit extérieurement à lui-même, sans que son cœur ne soit changé ?
2 – 12 … veut sceller une Nouvelle Alliance au cœur de chacun
Mais Dieu ne désespère pas de la conversion de l’homme. Tirant la leçon de l’échec de la première alliance, il va agir pour que l’homme se convertisse. La racine du mal se trouvant dans le cœur de l’homme, c’est dans ce dernier que Dieu doit agir pour renouveler son alliance avec l’humanité.
Jérémie prend ainsi conscience que Dieu ne veut pas la destruction d’Israël mais qu’il pense que sa conversion est toujours possible. Pour cela, il doit emprunter d’autres voies. C’est le sens de la vision du potier (Jr 18, 1-12). Ce basculement de perspective se révèle dans Jr 31 et particulièrement aux versets 31 à 34. Jérémie annonce ici une alliance nouvelle que Dieu va mettre directement dans le cœur de chaque homme. La différence est sensible avec le Deutéronome qui demande une intériorisation de la Loi par l’homme.
Désormais, Dieu place lui-même ses commandements dans le cœur de chacun :
« Je mettrai ma loi au milieu d’eux et j’écrirai sur leur cœur »
« Je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » (Jr 31, 33)

 

Les personnages principaux du livre de Jérémie : Jérémie, Baruch, Joiaquim, Sédécias, Pashehur, Hananya, et Godolias

 Jérémie : fils de Hilqiyyahu, né vers 650 av. J.-C., dans une famille sacerdotale d’Anatot, village proche de Jérusalem. Il exerce son ministère prophétique entre 627 et 587. Il vit l’invasion des Babyloniens ; la destruction de Jérusalem ; l’incendie du Temple; le départ en captivité d’une partie du peuple. Après 587, Jérémie fut entraîné de force en Égypte.

 Baruch : fils de Nériyya, disciple et secrétaire du prophète Jérémie. Jr 36 nous dit qu’en 605, Jérémie aurait dicté à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère prophétique en 626. Ce rouleau aurait été brûlé par le roi Joiaquim, puis récrit et complété (cf. Jr 36,32).

Joiaquim : fils de Josias, roi de Juda (609-598), vassal de Nabuchodonosor pendant trois ans, il se révolta contre Babylone. Il méprise, en Jr 36, la parole prophétique en brûlant un rouleau contenant des oracles divins transmis par Jérémie. Jr 36 se présente comme l’opposé de 2 R 22-23 (la découverte du rouleau de la Loi dans le Temple sous le règne de Josias). Le jugement de Dieu contre le royaume de Juda ne va pas se faire attendre très longtemps.

Sédécias : (en hébreu : « justice de Yahvé »), fils de Josias, dernier roi de Juda (597-587), il refusa d’écouter le prophète Jérémie. Il se révolta contre Nabuchodonosor, et s’enfuit de Jérusalem à la fin du siège. Jugé et condamné par le roi de Babylone, il fut contraint d’assister à l’exécution de ses deux fils, avant d’avoir les yeux crevés. Il mourut en captivité à Babylone (2 R 24-25).

Pashehur : le prêtre Pashehur, fils d’Immer, était le chef de la police dans le Temple de Jérusalem. Il a une vive controverse avec Jérémie en Jr 20. A la fin de la controverse, Jérémie prophétise sa future captivité et sa mort à Babylone. Il est le symbole de ces mauvais prêtres qui n’ont pas su empêcher le peuple de retomber dans ses péchés.

Hananya : En Jr 28, Hananya, fils de Azzur, originaire de Gabaôn, est le symbole des faux prophètes. Le faux prophète est un prophète de cour, un prophète institutionnel qui annonce toujours la paix afin de faire plaisir aux puissants. Il est à l’opposé des véritables envoyés de Dieu, ceux que nous appelons aujourd’hui les prophètes Isaïe, Jérémie, etc, qui peuvent annoncer le malheur si le peuple ne se convertit pas. Jérémie prophétisa sa mort dans l’année.

Godolias : fils d’Ahiqam, fils de Shaphân, a été nommé gouverneur des villes de Juda (cf. Jr 40) par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Membre du parti pro-babylonien, il fera de Miçpa, au Nord de Jérusalem, sa capitale politique et économique. Il fut assassiné par un prince de Juda Yishmaël, fils de Netanya.

 

La géographie et le livre de Jérémie, pour mieux situer le texte

 Jérusalem : La ville a été prise, en juin-juillet 587 av. J.-C., par les Babyloniens à cause de ses nombreux péchés (cf. Jr 39). Une partie de la population de Jérusalem est exilée en Babylonie à la suite de trois déportations : 598,587 et 582. La troisième déportation eut peut-être lieu après l’assassinat de Godolias, en représailles.

 Babylonie : L’élite du peuple a été exilée en Babylonie. Certains vont revenir à Jérusalem et en Juda au début de l’époque perse, mais un grand nombre va rester en Babylonie, et sera ainsi là l’origine du Judaïsme babylonien (cf. le Talmud de Babylone).
Égypte : Après l’assassinat de Godolias, un certain nombre de Judéens va trouver refuge en Égypte, dont Jérémie et Baruch (cf. Jr 42-43), et seront à l’origine des communautés juives hellénistiques (cf. la traduction de la Septante ; Philon d’Alexandrie).

 

 

Histoire de la rédaction du livre de Jérémie

 

L’histoire rédactionnelle du livre de Jérémie est complexe. On peut toutefois en retenir les étapes suivantes :

  • mise par écrit d’oracles attribués au prophète Jérémie qui formerait le noyau du livre.
  • plusieurs rédactions deutéronomistes, voire post-deutéronomistes, à l’époque néo-babylonienne et à l’époque perse, avec des théologies concurrentes (Judéens restés en Juda ; Judéens exilés en Babylonie retournés en Juda à la fin de l’exil ; etc.).
  • le processus de rédaction du livre se poursuit jusqu’à la fin de l’époque hellénistique comme le montrent les différences entre le texte hébreu et le texte grec du livre de Jérémie.

 

 

L’art et le livre de Jérémie

Les peintures et sculptures représentant le livre de Jérémie : Jérémie le prophète, peintures et sculptures

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Les Chaldéens détruisent la Mer de Bronze, James Tissot (1836 – 1902)

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ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, LIVRE DE LA SAGESSE

Le Livre de la Sagesse

Le livre de la Sagesse :

un dynamisme secret anime l’histoire du monde

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A l’issue d’une longue existence, certains hommes et certaines femmes sont devenues de vrais sages. Ils ont subi des épreuves, ont pu commettre des fautes, mais n’ont pas été détruits intérieurement. Tirant profit de leur expérience, ils savent discerner les vraies valeurs.
Assurées du chemin parcouru, ces personnes savent relire leur vie pour découvrir le sens des évènements qu’elles ont vécus. Capables de juger du bien et du mal, elles peuvent dénoncer les illusions dont elles ont eu elles-mêmes à se défaire.
Ces personnes seront des éducateurs capables de conduire les autres avec patience vers la plénitude qu’elles ont atteinte. Telle est l’attitude à laquelle parvient la spiritualité juive dans le livre de la Sagesse.

Sens du livre de la Sagesse

La question de la destinée humaine est au cœur du livre de la Sagesse : pour trouver le bonheur dès maintenant mais aussi dans l’au-delà, l’homme doit acquérir la Sagesse. De quelle Sagesse parle le texte ? Il ne s’agit pas de la simple capacité intellectuelle à discerner le bien et le mal car pour l’auteur, la Sagesse est avant tout un attribut divin. A de nombreuses reprises, il présente la Sagesse comme un être indépendant, doué d’une activité propre.
Pour découvrir la Sagesse, l’auteur invite à méditer sur le passé d’Israël (chapitres 16-19). Le livre de la Sagesse témoigne de la convergence entre le monde juif et le monde grec.
L’auteur compose directement en grec et utilise certains concepts véhiculés par cette langue. S’il utilise certaines sentences très proches de celles d’Héraclite ou Platon, il ne dépend pas de ces philosophes et sa pensée reste profondément juive. Par la mentalité générale qu’il traduit, le livre de la Sagesse se situe au seuil du Nouveau Testament. Aussi son influence sur les premiers auteurs chrétiens sera considérable.

 

Histoire de la rédaction du livre de la Sagesse

L’auteur du livre de la Sagesse est un Juif, attaché à l’histoire de son peuple et à sa foi. Il se présente comme étant le roi Salomon, ce qui est classique dans le domaine de la littérature de sagesse. En réalité, l’auteur écrit en grec et manie bien cette langue. Il a probablement vécu au sein la communauté juive installée en Égypte et dans la ville d’Alexandrie. On peut assez précisément dater la rédaction du livre. En effet, l’auteur connaît la traduction de la Septante et l’utilise lorsqu’il fait des citations bibliques. On se situe donc dans une date postérieure à -200. L’auteur ne semble pas connaître en revanche l’œuvre de Philon d’Alexandrie. On date généralement la Sagesse vers -50, ce qui en fait le livre le plus récent de l’Ancien Testament.

 

La littérature et le livre de la Sagesse :

la littérature relative au livre de la Sagesse

Cantique spirituels, « O Sagesse, ta parole », J. Racine, 1694
Quel charme vainqueur du monde
Vers Dieu m’élève aujourd’hui ?
Malheureux l’homme, qui fonde
Sur les hommes son appui.
Leur gloire fuit, et s’efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers,
Ou de la flèche rapide,
Qui loin de l’œil qui la guide
Cherche l’oiseau dans les airs.

De la Sagesse immortelle
La voix tonne, et nous instruit,
Enfants des hommes, dit-elle,
De vos soins quel est le fruit ?
Par quelle erreur, Âmes vaines,
Du plus pur sang de vos veines
Acceptez-vous si souvent,
Non un pain qui vous repaisse,
Mais une ombre, qui vous laisse
Plus affamés que devant ?
Le pain que je vous propose
Sert aux Anges d’Aliment :
Dieu lui-même le compose
De la fleur de son froment.
C’est ce pain si délectable
Que ne sert point à sa table
Le Monde que vous suivez.
Je l’offre à qui veut me suivre.
Approchez. Voulez-vous vivre ?
Prenez, mangez, et vivez.
O Sagesse, ta parole
Fit éclore l’Univers,
Posa sur un double Pôle
La Terre au milieu des Mers.
Tu dis. Et les Cieux parurent,
Et tous les Astres coururent
Dans leur ordre se placer.
Avant les Siècles tu règnes.
Et qui suis-je que tu daignes
Jusqu’à moi te rabaisser ?
Le Verbe, image du Père,
Laissa son trône éternel.
Et d’une mortelle Mère
Voulut naître homme, et mortel.
Comme l’orgueil fut le crime
Dont il naissait la Victime,
Il dépouilla sa splendeur,
Et vint pauvre et misérable,
Apprendre à l’homme coupable
Sa véritable grandeur.
L’âme heureusement captive
Sous ton joug trouve la paix,
Et s’abreuve d’une eau vive
Qui ne s’épuise jamais.
Chacun peut boire en cette onde.
Elle invite tout le monde.
Mais nous courons follement,
Chercher des sources bourbeuses,
Ou des citernes trompeuses
D’où l’eau luit à tout moment.

Plan du livre de la Sagesse :

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  • Invitation à rechercher la Sagesse (1,1-15)
  • La destinée de l’homme (1-5)

o Résumé de la manière de penser des impies (1,16-2,20)

o Affirmation de l’erreur de ce raisonnement (2,21-24)

o Comparaison de la destinée des justes et des impies

– Les justes seront récompensés et les impies punis (3,1-12)

– Les apparences sont trompeuses (3,13-4,18)

– Il y aura un jugement dernier (4,19-5,23)

  • Origine et nature de la Sagesse (6-9)

o La Sagesse est nécessaire pour échapper au jugement, cela concerne en premier lieu les rois (6,1-11)

o Le roi sage domine éternellement, et la Sagesse n’est pas difficile à trouver si toutefois on la cherche (6,12-21)

o Description de la Sagesse par Salomon (6,22-25)

o Salomon prie pour obtenir la Sagesse (7,1-7)

o Résultat : Salomon tient la Sagesse en haute estime (7,8-14)

o Salomon va décrire la Sagesse grâce à l’inspiration divine (7,15-21)

o Description de la Sagesse (7,22-8,8)

o La Sagesse est nécessaire aux rois (8,9-16) et donc Salomon va la demander à Dieu(8,17-21)

o Prière pour demander la Sagesse (9,1-18)

  • La Sagesse dans l’histoire (10-19)

o Des origines à Moïse (10,1-14)

o La sortie d’Egypte et la marche dans le désert (10,15-11,4)

o Comparaison entre les Juifs et les Égyptiens (11,5-14). Dieu n’a pas été sévère avec les Égyptiens (11,15-20) car il est miséricordieux et tout-puissant (11,21-12,2)

o Même indulgence de Dieu envers les Cananéens (12,3-18)

o Il faudrait que l’homme comprenne cette modération (12,19-22)

o Mais comme les Égyptiens n’en tiennent aucun compte, le Seigneur doit intervenir avec plus de rigueur (12,23-27)

o Les Égyptiens sont coupables à cause de leur idolâtrie (13,1-15,19)

o Du coup, les animaux que les Égyptiens adoraient se sont retournés contre eux (16,1-14)

o Les éléments se déchaînent contre les Égyptiens alors qu’ils sauvent les Juifs (16,15-18,4)

o La mort des premiers nés d’Egypte (18,5-25)

o La mer engloutit les Égyptiens et sauve Israël (19,1-9)

o La fin de l’histoire (19,10-22)

https://www.aelf.org/bible/Sg/1