ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, DANIEL (personnage biblique), LIVRE DE DANIEL

Livre du prophète Daniel

Commentaire sur le livre de Daniel

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Chapitre 1 versets 1-2

  1. Introduction au livre du prophète Daniel

1.1. Les derniers rois de Juda. Les temps des nations

Josias a été le dernier roi fidèle en Juda. Après le règne de trois mois de son fils Joakhaz (2 Chr. 36 : 1-4), un autre de ses fils, Jehoïakim, a fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, pendant son règne de onze ans à Jérusalem (2 Chr. 36 : 5-8). Il a été détrôné par Nébucadnetsar en -606; cette date marque la première étape de la déportation de Juda à Babylone. Jehoïakim a été remplacé par son fils Jehoïakin qui n’a régné que trois mois et dix jours seulement. Sa révolte a donné l’occasion à Nébucadnetsar de transporter à Babylone les trésors de la maison de l’Éternel (2 Chr. 36 : 9, 10).Le dernier roi de Juda, Sédécias, fils de Jehoïakim et frère de Jehoïakin, a régné onze ans à Jérusalem (2 Chr. 36 : 11-21). Jérémie, dans son livre, donne beaucoup de détails sur sa vie. Moins impie que son père, il a néanmoins contribué à perpétuer le mal au milieu du peuple de Dieu. Coupable d’avoir renié son serment de loyauté envers Nébucadnetsar, pris au nom de l’Éternel, il a été emmené à Babylone pour y être jugé. La maison de Dieu et la ville de Jérusalem ont été alors brûlées par le feu, après que tous les trésors de l’Éternel eurent été transférés à Babylone (2 Chr. 36 : 18, 19). C’est la troisième phase de la déportation: -588.

Dieu, qui siégeait entre les chérubins dans le temple de Jérusalem, ôte désormais son trône du milieu du peuple terrestre. Dès lors, Dieu est appelé le «Dieu des cieux» et le gouvernement du monde est transféré aux nations. Ce sont les «temps des nations» (Luc 21:24); ils se continuent encore aujourd’hui, et même se prolongeront après l’enlèvement de l’Église, jusqu’au moment où Christ jugera le dernier empire, la puissance romaine reconstituée, pour établir son règne millénaire.

1.2. La portée du livre du prophète Daniel

Le livre de Daniel commence à la première phase de la déportation (1 : 1, 2), et couvre prophétiquement toute la période du temps des nations, jusqu’à l’aube du millénium. Israël, par sa faute, est mis de côté comme nation, alors que jusque-là, Dieu n’avait connu que lui seul d’entre toutes les familles de la terre (Amos 3:2). Pourtant, la merveilleuse grâce divine s’exprime envers ce peuple foulé aux pieds (És. 18 : 7). De la nation infidèle, Dieu tire un résidu fidèle qu’il envoie au sein même du siège du gouvernement des nations pour y maintenir un témoignage pour lui. La position et les caractères moraux de ce résidu fidèle placé à Babylone par la providence divine sont présentés dans la première partie du livre (Ch. 1).

L’histoire des empires des nations, en rapport avec Israël et avec Christ (qui demeure la clef de toute la révélation prophétique) est donnée dans toute la suite du livre. Les révélations sont faites aux chefs mêmes des empires; elles sont alors interprétées par Daniel (Ch. 2-6). La statue vue en songe par Nébucadnetsar résume la succession historique des empires. Puis, quatre tableaux concernant les nations et leurs chefs impies, font connaître les caractères moraux du monde dans lequel nous vivons. L’histoire des quatre monarchies est ensuite révélée directement à Daniel dans une suite de prophéties (Ch. 7-11), pour annoncer enfin la grande tribulation juive et la délivrance finale du résidu (Ch. 12).

Ce livre est écrit en hébreu, la langue du peuple de Dieu, sauf les ch. 2 : 4 à 7 : 27 rédigés en araméen, la langue des nations.

1.3. Plan du livre du prophète Daniel

1.3.1. Première partie. Un résidu fidèle à Babylone : Ch. 1

1.3.2. Deuxième partie. Les temps des nations et leurs caractères moraux : Ch. 2-6

La vision de Nebucadnetsar et la succession des empires : Ch. 2

La statue d’or et l’idolâtrie. La fournaise de feu : Ch. 3

Le chef de l’empire devient une bête : Ch. 4

Le festin impie de Belshatsar : Ch. 5

L’apostasie de Darius. La fosse aux lions pour Daniel : Ch. 6

1.3.3. Troisième partie. L’histoire prophétique des quatre monarchies : Ch. 7-11

L’histoire des quatre bêtes: la puissance occidentale : Ch. 7

Israël et les deux premières bêtes: la puissance orientale : Ch. 8

Confession de Daniel. Réponse divine et révélations sur Rome : Ch. 9

Préparation morale de Daniel aux communications divines : Ch. 10

Prophéties sur les rois du Nord et du Midi : Ch. 11

1.3.4. Quatrième partie. La grande tribulation et la fin des temps des nations: Ch. 12

  1. Un résidu fidèle à Babylone: Daniel 1

Introduction historique : v. 1,2

Quatre jeunes Hébreux: v. 3-8

L’épreuve de la foi : v. 9-17

Le résidu à la cour de Babylone : v. 18-20

La vie de Daniel : v. 21

2.1. Tableau des empires des nations

 

2.2. Introduction historique : Ch. 1 : 1, 2

2.2.1. La fin d’une époque

Le livre de Daniel s’ouvre sur le siège de Jérusalem par Nebucadnetsar au temps de Jehoïakim (2 Chr. 36 : 5-8), en l’année -606. C’est la première phase de la déportation de Juda à Babylone.

La déclaration faite par Ésaïe de la part de l’Éternel à Ézéchias (És. 39 : 6, 7) s’accomplissait à la lettre. Dieu veillait sur sa parole pour l’exécuter (Jér. 1 : 12). Nebucadnetsar, à son insu, était un instrument dans la main de l’Éternel pour châtier son peuple infidèle, à un moment où le jugement s’imposait car il n’y avait plus de remède (2 Chr. 36 : 15, 16).

Le trône de Dieu a été retiré de Jérusalem; le siège du gouvernement du monde est alors transféré à Babylone, dans le pays de Shinhar, au milieu des nations.

2.2.2. Babylone et la plaine de Shinhar

La première mention de Babylone et de la plaine de Shinhar se trouve dans l’histoire des générations de Noé, au moment de la répartition de la terre entre ses fils après le déluge (Gen. 10 : 10 ; 11 : 1-10). Les fils de Cham, notamment Nimrod, se sont installés dans les plaines arrosées par deux des fleuves qui sortaient du jardin d’Éden:

Sur l’Euphrate, dans la plaine de Shinhar, a été bâtie Babylone (ou Babel), capitale de la Chaldée (Gen. 11 : 4).

Sur le Tigre, appelé Hiddékel (Gen. 2 : 14 ; 10 : 4), Ninive est devenue la capitale de l’Assyrie.

Ces deux nations jouent un rôle capital dans l’histoire du monde en rapport avec Israël.

Shinhar est particulièrement le symbole de l’opposition à Dieu de l’homme et du monde religieux. L’homme bâtit une tour pour se faire un nom; mais Dieu fait tourner l’entreprise à sa confusion, et Babel devient synonyme de confusion. Puis, le roi de Shinhar est vite mêlé aux conflits des rois de ce monde, en présence d’Abraham, l’étranger céleste (Gen. 14 : 1, 9).

Ensuite, les trésors mondains de Shinhar (le manteau et le lingot d’or) contenus dans la ville maudite de Jéricho attisent la convoitise d’Acan et causent sa perte (Jos. 7 : 21).

Plus tard, le pays de Shinhar devient le lieu de l’habitation de l’épha porté par les cigognes, signe de la méchanceté sous sa forme religieuse, comme le révèle la septième vision de Zacharie (Zach. 5 : 5-11).

La Babylone historique, objet de la prophétie en jugement de Jérémie (Jér. 50 à 52) est l’image du dernier système religieux idolâtre et corrompu, d’où le fidèle est invité à sortir, avant que Dieu lui-même n’exécute son jugement final (Jér. 51 : 45 ; Apoc. 18 : 4).

Chapitre 1 versets 3-20

2.3. Quatre jeunes Hébreux : 1 : 3-8

Au milieu de ce système idolâtre, Dieu envoie quatre jeunes Hébreux pour être là en témoignage pour lui. Le roi de Babylone, pour fortifier sa position personnelle au centre de son royaume universel, voulait grouper autour de lui une élite intellectuelle tirée des nations asservies. Le but était d’en faire un corps de magiciens, en rapport avec les puissances des démons, pour le seconder dans ses pratiques occultes1.

1 Un exemple remarquable est précisément celui du roi de Babylone; à la croisée des chemins, il «examinait le foie», «pour pratiquer la divination» (Ézé. 21 : 26). Toutefois, derrière cette scène occulte, Dieu le dirigeait vers Jérusalem, pour accomplir le jugement divin sur Sédécias, le roi profane (v. 30).

En faisant venir à sa cour quatre jeunes Hébreux de descendance royale, Nebucadnetsar ne savait pas que les desseins de Dieu s’accomplissaient. Indépendamment de leur beauté physique, ces jeunes gens devaient être instruits en sagesse, connaissance et science. Cette science se retrouve probablement dans l’empire grec au temps de l’apôtre Paul, sous la forme des «pratiques curieuses» qui existaient à Éphèse (Act. 19 : 19).

Pour les rendre propres à remplir leurs nouvelles fonctions devant le roi, les jeunes Hébreux étaient soumis, de trois manières différentes, à la pression du monde qui s’efforçait de les assimiler:

2.3.1. Apprendre les lettres et la langue des Chaldéens : 1 : 4

Dès l’école, le monde cherche ainsi à imposer aux enfants de chrétiens un modèle social de plus en plus opposé à la vérité de Dieu, contenue dans les «saintes lettres» (2 Tim. 3 : 15), c’est-à-dire la parole de Dieu. Encore aujourd’hui, les despotes politiques ou religieux oppriment les minorités ethniques en leur interdisant de parler leurs propres langues ou leurs dialectes.

2.3.2. Se nourrir des mets délicats du roi et boire son vin : 1 : 5

La nourriture provenait probablement de sacrifices offerts aux idoles de Babylone; en outre, un Juif ne pouvait manger que des bêtes pures, en s’abstenant de toucher à la graisse et au sang (Lév. 7 : 22-27 ; 11). Plus profondément, le danger est celui de la souillure spirituelle. La nourriture du roi est le symbole de tout le système du monde loin de Dieu, organisé dès Caïn et sa descendance (Gen. 4 : 21, 22). La culture, les arts, les techniques, les sciences, la vie politique sont un réel danger pour le chrétien. Le vin, image des plaisirs du monde, ôte le discernement et le sens spirituel (Osée 4 : 11; Éph. 5 : 18).

2.3.3. Recevoir de nouveaux noms : 1 : 7

Donner un nom à une personne, ou même à tout être vivant, est une preuve d’autorité, déléguée par Dieu (Gen. 2 : 19). Ici, le roi des nations, par l’intermédiaire du prince des eunuques, change le nom des quatre jeunes Hébreux.

Daniel (juge de Dieu ou Dieu est juge) est appelé Belteshatsar. Selon le témoignage du roi lui-même, c’était le nom de son dieu (4 : 8). La mention de ce dieu est probablement faite par Ésaïe: Bel et Nebo (És. 46 : 1).

Hanania (donné de Dieu en grâce) est appelé Shadrac.

Mishaël (qui est comme Dieu) est appelé Méshac.

Azaria (celui que Dieu aide) est appelé Abed-Nego.

Ces trois derniers noms chaldéens sont probablement ceux de divinités de Babylone.

2.3.4. La réponse de la foi

Pensons à la souffrance de ces quatre hommes de foi, placés au milieu d’un environnement étranger et hostile et auxquels le monde tentait de faire perdre leur identité. Daniel et ses compagnons allaient-ils se soumettre ainsi à la pression du monde? Devaient-ils abdiquer leur caractère de serviteurs du vrai Dieu pour agir en Chaldéens à la cour de l’empereur des nations?

La réponse de Daniel1 est de toute beauté: dans son cœur, le siège des affections, il décide de ne pas se souiller. Daniel seul est mentionné ici, mais ses trois compagnons exprimeront la même décision de cœur pour Dieu, en face de l’épreuve de la fournaise de feu (3 : 18). En se tenant à l’écart du monde et de ses principes, ces quatre jeunes Hébreux revêtent ainsi le caractère de nazaréens fidèles: ceux-là mêmes que Jérémie avait cherchés en vain dans la ville de Jérusalem avant la déportation (Lam. 4 :7, 8).

1 L’Esprit de Dieu n’utilise pas le nouveau nom chaldéen du prophète, Belteshatsar, mais son nom d’origine, Daniel, qui exprimait sa relation avec Dieu.

La ruine de la chrétienté et la faiblesse du témoignage rendu à Christ ne sont donc pas une excuse pour que chaque croyant ne s’applique pas à refléter devant le monde les caractères de son Seigneur, séparé des pécheurs, le parfait Nazaréen (Héb. 7 : 26).

L’attitude de Daniel peut être rapprochée de celle d’Esdras qui, plus tard, «avait disposé son cœur» (Esd. 7 : 10). Ces deux hommes de foi ont en commun leur entière soumission à la loi de l’Éternel. Ainsi, l’obéissance à la Parole de Dieu est présentée ici comme le premier caractère moral du résidu fidèle à Babylone.

Les paroles de Daniel au prince des eunuques reflètent en même temps une douceur que l’apôtre Pierre nous invite à imiter, lorsque le monde nous demande raison de notre espérance (1 Pi. 3 : 15). Cette humilité d’esprit, deuxième caractère moral du résidu, permet de réaliser la séparation du monde d’une manière agréable à Dieu.

2.4. L’épreuve de la foi : 1 : 9-16

Dieu permet alors que Daniel trouve faveur et grâce auprès des responsables de la cour de Babylone. Il en avait été ainsi de Joseph. Dieu était avec lui (Gen. 39 :2 ; Act. 7 : 9) et lui avait fait trouver grâce d’abord aux yeux de Potiphar, l’officier du Pharaon (Gen. 39 : 4), puis aux yeux du chef de la tour où il était retenu prisonnier (Gen. 39 : 21). Ces deux hommes de foi font ainsi l’expérience de la promesse divine: «Quand les voies d’un homme plaisent à l’Éternel, il met ses ennemis mêmes en paix avec lui» (Prov. 16 : 7).

2.4.1. L’épreuve de dix jours

Le prince des eunuques risquait sa vie en prenant le parti de Daniel contre la volonté du roi («le roi leur assigna» v. 5, 10). Daniel, dans un élan de foi, suggère une épreuve de dix jours; elle impliquait une confiance entière en Dieu car sa faillite aurait entraîné la condamnation des jeunes Hébreux et des délégués du roi.

Mais Dieu récompense la foi, et fait tourner l’épreuve à l’avantage de ses serviteurs. Leur position de séparation du monde est reconnue par les autorités de celui-ci. Loin de leur pays et du temple de l’Éternel (qui était maintenant abandonné par Dieu et même détruit), ces quatre hommes de foi persévèrent ainsi seuls, fidèles à leur place de nazaréens et Dieu est avec eux.

2.4.2. La nourriture des chrétiens

Dieu révèle sa pensée dans les écrits du N.T. à l’égard de la nourriture des chrétiens. Il convient de s’abstenir de manger des choses sacrifiées aux idoles et du sang (seul ou contenu dans une viande étouffée): il est la vie qui appartient à Dieu (Lév. 17 : 11; Act. 15 : 29). Sinon, toute viande peut être mangée1. Aujourd’hui encore, tous les hommes bénéficient de cette autorisation divine. Ériger les pratiques végétariennes en principe moral intangible serait accepter des enseignements de démons (1 Tim. 4 : 3). En même temps, le chrétien est invité à la sobriété en toutes choses (2 Tim. 4 : 5).

1 Après le déluge, Dieu a donné à Noé et à sa descendance tous les animaux comme nourriture: animaux de la terre, oiseaux des cieux et poissons de la mer (Gen. 9 : 3).

2.5. Le résidu à la cour de Babylone : 1 :17-20

2.5.1. L’intelligence spirituelle donnée aux fidèles

C’est alors que Dieu donne aux quatre Hébreux de la science, de l’intelligence et de la sagesse. Non seulement, leur apparence physique montrait l’inutilité de la nourriture de Babylone, mais Dieu leur confie des dons spirituels qui les rendent dix fois supérieurs aux courtisans du roi. Dieu récompense leur foi et leur séparation de cœur pour lui, selon la promesse du psalmiste: «Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, pour leur faire connaître son alliance» (Ps. 25 : 14).

Cette circonstance nous enseigne un principe moral de toute importance: seule, la communion avec Dieu dans sa crainte nous rend capable de connaître ses pensées et de discerner sa volonté. C’est ainsi qu’Abraham se qualifie pour être le confident de Dieu au sujet du jugement de Sodome (Gen. 18 : 17-19). À de tels prophètes (Gen. 20 : 7), Dieu révèle ses secrets (Amos 3 : 7). L’apôtre Paul reprendra cette pensée dans sa prière pour les Colossiens: «Que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle» (Col. 1 : 9).

Daniel est ici spécialement distingué de ses compagnons, comme doué d’une capacité extraordinaire de compréhension des visions. C’est ainsi que Dieu faisait souvent autrefois connaître sa pensée (1 Sam. 3 : 1 ; Job 33 : 15). Ce don particulier aura bientôt l’occasion de s’exercer.

2.5.2. Témoins devant le monde

Après les trois ans de préparation à la cour (v. 5), les quatre jeunes Hébreux sont présentés au roi, et se tiennent devant lui (v. 19). Ils deviennent ainsi des témoins publics devant le monde. Les devins et les enchanteurs du royaume ne peuvent supporter la comparaison avec eux. D’un côté, des hommes voués à la puissance des ténèbres et au mensonge pour tromper leurs semblables, et de l’autre, d’humbles témoins enseignés de Dieu pour communiquer la vérité. Si la sagesse de Dieu reste cachée aux chefs de ce siècle, elle est révélée au plus humble croyant par le Saint Esprit. Par lui, il discerne toutes choses, même les choses profondes de Dieu (1 Cor. 2 : 7, 10, 15). Dans un temps d’intense activité intellectuelle et mystique de l’homme, il est important de se rappeler où se trouvent les vraies valeurs morales selon Dieu.

2.5.3. Les caractères moraux du résidu

Ce chapitre d’introduction du livre a donc montré par l’exemple de Daniel et de ses trois amis, ce que sont dans tous les temps les caractères moraux d’un résidu fidèle à Dieu :

  1. L’obéissance à la Parole,
  2. L’humilité et la douceur d’esprit,
  3. La foi en Dieu, en face de l’épreuve,
  4. Le caractère du nazaréen, dans la séparation complète du monde et du mal qui y règne,
  5. L’intelligence spirituelle donnée de Dieu dans sa communion,
  6. La position de témoin devant le monde, et la fidélité dans la souffrance.

La suite du récit fera ressortir enfin un dernier caractère, de toute importance pour nous (2 : 17-23) :

  1. L’esprit de prière, en intercession et en reconnaissance.

Chapitre 1 verset 21 à chapitre 2 verset 30

2.6. La vie de Daniel : 1 :21

Au cours de son long séjour à Babylone, Daniel verra l’apogée et la chute du royaume de Chaldée. Son service continuera avec Darius, le Mède, puis avec Cyrus, le Perse. Il verra s’accomplir les prophéties d’Ésaïe et de Jérémie, qui annonçaient le retour d’un résidu dans la terre d’Israël (És 44 :28 ; Jér. 30 : 10, 11).

2.6.1. Daniel demeure à Babylone

On notera que la scène du chapitre 10, datée de la troisième année de Cyrus, se place donc après le retour de la déportation, et Daniel était encore à Babylone. Rien ne montre dans la Parole que le prophète soit remonté dans le pays d’Israël. Si Dieu a voulu que son fidèle témoin termine sa vie en Chaldée, c’était pour l’associer à ceux que le prophète Zacharie mentionne en conclusion de son livre des visions (Zach. 6  :9-15). Dans le lieu de la captivité du peuple infidèle, Dieu voulait maintenir pour lui un témoignage à sa propre fidélité.

2.6.2. Daniel et Moïse

Par la foi, Daniel est donc resté longtemps à Babylone à la cour de rois idolâtres (Nebucadnetsar), impies (Belshatsar) ou orgueilleux (Darius). Il a été là, un témoin pour Dieu.

Moïse, au contraire, par l’énergie d’une même foi, était sorti de la cour du Pharaon, roi d’Égypte. Il avait renoncé à la sagesse du monde pour être un humble berger, avant d’être le libérateur du peuple de Dieu.

Mais l’un et l’autre ont connu l’affliction avec le peuple de Dieu:

Moïse, hors du monde avec un peuple libéré,

Daniel, au milieu du monde avec un peuple serviteur.

La comparaison et l’opposition apparente entre ces deux hommes de Dieu montrent que la vie du chrétien ne peut jamais être une simple vie à l’imitation des autres. La vie de chacun dépend de Dieu seul qui lui assigne une place et lui montre son chemin.

2.6.3. Noé, Daniel et Job

Avec Noé et Job, Daniel est aussi spécialement distingué parmi les hommes justes qui ont plu à Dieu (Ézé. 14 : 14.20). Chacun de ces trois hommes de Dieu illustre un aspect particulier de la foi :

Noé: la crainte de Dieu (Gen. 6 : 9 ; Héb. 11 : 7) ;

Daniel: la fidélité dans le service (6 : 4) (1 Cor. 4 : 2) ;

Job: la patience dans l’épreuve (Job 1 : 1; Jac. 5 : 11).

Que Dieu nous accorde d’imiter, dans une mesure au moins, la foi et la conduite de chacun d’eux!

  1. Les temps des nations et leurs caractères moraux Daniel: 2 à 6

3.1. Chapitre 2: La vision de Nebucadnetsar et la succession des empires

3.1.1. La vision et les menaces du roi : 2 :1-16

3.1.1.1. La vision de Nebucadnetsar

Dès le début de son règne (la deuxième année), Nebucadnetsar reçoit à son insu des communications divines par des rêves qui le plongent dans un trouble profond. Il faut se souvenir qu’il avait reçu directement de Dieu le royaume avec le pouvoir absolu, de vie et de mort sur les hommes (5 : 18, 19).

Dieu lui parlait de façon énigmatique par ces visions, mais avait permis de plus que le roi ait perdu la mémoire de ceux-ci. Pour comprendre le message divin, Nebucadnetsar allait ainsi dépendre complètement de Daniel, le prophète de Dieu.

3.1.1.2. L’impuissance de tous les devins

Le roi se tourne d’abord vers les sages de sa cour: devins, enchanteurs, magiciens et Chaldéens sont appelés en consultation. Voués aux sciences occultes, tous ces menteurs au service des puissances du mal prétendaient révéler les secrets, prédire l’avenir et pénétrer le monde invisible. Malgré l’interdiction formelle de Dieu (Lév. 19 : 31; Deut. 18 : 10), le mal avait même gagné Jérusalem, ainsi qu’en témoigne Jérémie (Jér. 29 : 8, 9). Le monde contemporain ne s’est en rien amélioré sur ce point, avec la prolifération actuelle des activités de voyance, de magie, d’occultisme et d’astrologie.

C’était l’occasion pour Nebucadnetsar de mettre ses devins à l’épreuve; sa demande, totalement déraisonnable sur le plan humain, était assortie de menaces de mort en cas d’échec ou de promesses de récompenses, en cas de succès. Devant leurs réticences, les devins sont accusés de vouloir «gagner du temps» ou «acheter le temps»1 (v. 8). Tous les sages s’accordent à reconnaître que la question posée sortait des capacités humaines (v. 10, 11). Saisi d’une ardente colère, le roi met alors ses menaces de mort à exécution, et signe le décret de détruire tous les sages, y compris Daniel et ses compagnons. Humainement, la situation était sans issue.

1 L’expression est employée par l’apôtre Paul pour inviter les chrétiens à saisir l’occasion et ainsi «acheter le temps», que le Seigneur nous prête dans les jours mauvais pour marcher soigneusement (Éph. 5 : 15).

3.1.1.3. Daniel entre en scène

Mais l’impuissance de l’homme devient l’occasion pour Dieu de faire éclater sa puissance. La main divine avait tout dirigé pour que l’empereur des nations rende gloire au Dieu des cieux (v. 47); et le Tout-Puissant avait préparé Daniel pour accomplir ce dessein. Tenu injustement à l’écart de la première consultation, le prophète entre en scène à cet instant critique.

Sa première réaction, sage et prudente, est d’obtenir d’Arioc, le chef des gardes, une audience auprès du roi (elle lui est accordée), et de demander du temps pour interpréter le songe. Comment Daniel pouvait-il être certain, même avec ce délai de grâce, que le secret lui serait révélé par Dieu? Par la foi, il se confiait pleinement en Dieu qui l’avait envoyé à Babylone et veillait là sur lui.

Ce premier épisode de la vie publique de Daniel à Babylone présente plusieurs traits de similitude avec la situation de Joseph en Égypte. Selon le témoignage même du Pharaon, ce jeune Hébreu, serviteur, était un homme «en qui est l’esprit de Dieu», qu’il nommera «Tsaphnath-Pahnéakh», c’est-à-dire: révélateur de secrets, sauveur du monde et soutien de la vie (Gen. 41 : 12, 38, 45). Joseph avait seulement révélé l’interprétation du songe du Pharaon. Daniel, lui, devait d’abord reconstituer le songe du roi, avant de le lui expliquer.

3.1.2. Prière de Daniel et actions de grâces : 2 : 17-23

3.1.2.1. La prière d’intercession : 2 : 17, 18

«Alors, Daniel s’en alla à sa maison» et, comme le psalmiste, s’adonne à la prière (Ps.109:4). Il associe dans ce service d’intercession ses trois fidèles compagnons, informés de l’épreuve de sa foi. C’est la première mention dans l’Écriture d’une prière collective. Ils s’adressent au «Dieu des cieux», titre donné habituellement à l’Éternel depuis que sa gloire a quitté le temple de Jérusalem, et que le gouvernement du monde a été transféré aux nations. Ils ne réclament de Dieu qu’une seule chose: «ses compassions». Daniel ne demandera rien d’autre dans sa remarquable prière d’humiliation en faveur du peuple (9 : 4-19).

3.1.2.2. La réponse de Dieu : 2 : 19

Dans un rêve, Dieu révèle à Daniel la vision du roi et lui en donne l’explication.

3.1.2.3. La prière de reconnaissance : 2 : 20-23

Daniel ne va pas aussitôt vers le roi pour lui annoncer la révélation du secret. Il se tourne plutôt vers Dieu qui avait répondu à leur prière. Le «Dieu des cieux» (2 : 19) est le Dieu d’éternité et le Dieu souverain: il change les temps et les saisons1; il établit et dépose les rois. Il est beau de voir comment un jeune Hébreu en exil, à la merci d’un despote idolâtre, peut reconnaître par la foi la souveraineté universelle de Dieu sur sa création et ses créatures. Même en un temps d’épaisses ténèbres morales (comme pour nous aujourd’hui), la lumière demeure auprès de Dieu (2 : 22).

1 Pour «les temps et les saisons», lire les passages suivants: Gen. 1 : 14 ; Act. 1 : 7 ; 1 Thes. 5 : 1; Dan. 2 : 21; Dan. 7 : 25. Il s’agit non seulement des saisons de la terre, mais aussi du gouvernement du monde. Dieu réserve à sa propre autorité d’en disposer. Mais l’homme, dans son fol orgueil, prétend intervenir; ce sera le cas du chef de l’empire romain.

Mais pour Daniel, Dieu avait aussi le caractère plus intime de: «Dieu de mes pères» (2 : 23). Ses actions de grâces deviennent plus personnelles, en rapport avec la merveilleuse réponse à sa supplication. Il parle seul à Dieu (je te célèbre, je te loue… tu m’as fait connaître), mais il associe ses trois compagnons (ce que «nous» t’avons demandé). Ils avaient recherché ensemble l’aide divine; ils sont unis maintenant pour rendre grâces ensemble.

Daniel peut désormais, et sans délai, entrer auprès d’Arioc, qui le conduit en hâte auprès du roi. L’entretien, rapporté dans la fin du chapitre, présente dans l’ordre :

la source divine et l’objet de la révélation du secret (2 : 27-30) ;

la description du rêve du roi (2 : 31-35) ;

son interprétation (2 : 36-45) ;

la conclusion de la scène (2 : 46-49).

3.1.3. Source et objet de la révélation du secret : v. 24-30

Devant le roi, Daniel déclare d’abord l’impuissance de toute sagesse humaine. Dieu seul révèle les secrets. Déjà déclarée par Ésaïe, cette faculté exclusivement divine est rappelée aux Corinthiens par l’apôtre Paul pour réduire à néant les prétentions humaines dans le domaine de la sagesse (És. 29 : 14; 1 Cor. 1 : 19). C’est une leçon d’une actualité particulière.

La source du secret était donc divine. Son but était de révéler à Nebucadnetsar des événements prophétiques le concernant lui- même ou ses successeurs sur le trône des nations. En fait, la portée prophétique du songe de la statue englobe toute la période historique des temps des nations, entre la déportation d’Israël et l’introduction du règne millénaire de Christ.

Ce secret était annoncé par Dieu, «Celui qui révèle les secrets» (2 : 29), par le canal de son serviteur Daniel. Avec une remarquable humilité, le prophète se met à l’arrière-plan, et attribue sans réserve toute sagesse et toute gloire à son Dieu, devant le souverain des nations.

Apprenons de Daniel cette leçon d’humilité: sachons nous effacer devant notre Seigneur, pour que le monde puisse voir Christ briller dans les siens!

Chapitre 2 verset 31 à chapitre 3 verset 18

3.1.4. La vision de la statue : 2 : 31-35

Nebucadnetsar devait connaître l’interprétation de son rêve et les pensées de son cœur (v. 30).

Dans cette vision qu’il avait oubliée, mais qui le hantait, une grande statue lui était apparue. C’était une image unique, la statue d’un homme: «l’homme qui est de la terre» (Ps. 10 : 18). La «splendeur extraordinaire» de la statue exprime la gloire humaine publique et terrifiante de cet homme de la terre, qui possède le pouvoir et règne sur toutes les nations.

Vue comme un tout, la statue comprend néanmoins quatre parties, soigneusement distinctes; elles sont finalement toutes détruites par l’action d’une pierre qui devient elle-même une grande montagne.

La tête est d’or pur ;

La poitrine et les bras sont d’argent ;

Le ventre et les cuisses sont d’airain ;

Les jambes sont de fer; les pieds, un mélange de fer et d’argile;

Une pierre sans main frappe la statue à sa base.

Il ne reste plus rien de l’autorité confiée à l’homme pour un temps. La domination de «la pierre» s’étend à toute la terre.

En examinant cette statue de la tête aux pieds, on constate une dégradation de la valeur des métaux qui la constituent; la composition est aggravée par la présence d’argile (sans résistance appréciable) dans les pieds.

Telle était la vision. Daniel en donne maintenant l’interprétation.

3.1.5. Son interprétation par Daniel : 2 : 36-45

Les quatre parties de la statue symbolisent les quatre empires des nations, qui se sont succédé à la tête du monde: Babylone, les Mèdes et les Perses, l’empire grec, et l’empire romain1.

1 Un tableau donné en complément résume quelques caractères des quatre empires, selon les symboles de la statue du chapitre 2 et des bêtes des chapitres 7 et 8.

3.1.5.1. La tête d’or

C’est l’image du roi de Babylone et de l’empire des Chaldéens. Dieu a confié directement à Nebucadnetsar un pouvoir absolu et universel, sur toute la terre et ses habitants (hommes, bêtes et oiseaux), mais à l’exception des mers (et des poissons). Cette domination du roi des nations est comparable à celle que Dieu avait confiée à Adam dans la première création: plus limitée en étendue, elle inclut par contre l’autorité de vie et de mort sur les autres hommes (5 : 19), qu’Adam ne possédait pas.

3.1.5.2. La poitrine et les bras d’argent

Ils symbolisent le royaume des Mèdes et des Perses. Ce royaume a immédiatement succédé au premier, d’une façon providentielle1, mais il n’a pas été établi par Dieu directement. Peu de détails sont donnés ici. Ils seront révélés plus loin dans d’autres prophéties (ch. 8 en particulier).

1 Dieu est intervenu par un acte direct de puissance pour établir le royaume de Nebucadnetsar, en ôtant le pouvoir à Israël devenu infidèle. Le transfert du pouvoir des Chaldéens aux autres empires (Mèdes et Perses en particulier) s’est opéré par des circonstances dirigées par la main de Dieu: c’est un acte providentiel.

3.1.5.3. Le ventre et les cuisses d’airain

Ils décrivent l’apparition du royaume grec d’Alexandre, et son évolution sous les quatre généraux qui lui ont succédé. Ce royaume a remplacé providentiellement le précédent. Les guerres médiques ont consacré le pouvoir grec. Là encore, beaucoup de détails importants viendront plus tard.

3.1.5.4. Les jambes de fer, et les pieds de fer et d’argile

C’est l’image de l’empire romain. Comme le fer est le plus résistant des métaux de la statue (or, argent, airain et fer), ainsi la force caractérise ce quatrième empire. Il broiera et brisera tout ce qui a précédé ou ce qui résiste à son extension. Historiquement, Rome a d’abord supplanté la Grèce, puis s’est débarrassée de tous ses rivaux (en particulier, Carthage par les guerres puniques).

Le symbole de dualité (deux jambes et deux pieds) laisse entrevoir une division intérieure, qui a effectivement eu lieu entre les deux empires d’orient et d’occident. En même temps, l’intrusion d’une matière étrangère (l’argile) dans les pieds (et leurs orteils) explique la vulnérabilité de ce système humain, et sa destruction finale, qui s’étendra à tous les empires avec lui. Ce mélange d’argile1 (2 : 43) symbolise ici l’infiltration des barbares dans l’empire romain, qui a détruit son intégrité, diminué sa force et hâté sa fin. Non seulement les cultures des deux systèmes (romain et barbare) n’étaient pas compatibles, mais les principes de gouvernement de chacun d’eux étaient opposés l’un à l’autre. Le pouvoir romain était centralisé (c’est de là qu’il tirait sa vraie force), tandis que celui des barbares était basé sur la démocratie: le peuple commandait2.

Dans l’histoire du monde, ce quatrième empire est le plus important. Il dominait encore à la venue de Christ sur la terre. S’il n’existe plus aujourd’hui, il doit néanmoins réapparaître, pour être finalement détruit par Christ, à son apparition en gloire (Apoc. 17 : 8, 11, 14).

1 L’argile est souvent le symbole de la nature humaine, dans son caractère de faiblesse. Lire les passages suivants Job 10 : 9 ; 33 : 6; Jér. 18 : 6; Rom. 9 : 21.

2 Dans la vie de l’assemblée sur la terre, le danger n’est-il pas de se laisser influencer par les opinions des uns et des autres, plutôt que se soumettre en toute obéissance à la seule autorité du Seigneur ?

3.1.5.5. La pierre sans main

C’est précisément ce qu’enseigne la fin de la vision du roi. Une pierre (figure de Christ) se détache de la montagne (son origine est dans la puissance divine) sans mains (sans aucune intervention humaine), pour frapper la statue à sa base (v. 34); mais le but est de détruire l’ensemble (v. 45), en réduisant tous ses métaux en poussière.

Alors, sans transition, est introduit le dernier royaume, celui de Christ, stable pour toujours. C’est un acte de puissance du «Dieu des cieux» (v. 44), le «grand Dieu» (v. 45) qui condescend à révéler sa pensée au premier roi des nations.

L’assurance du prophète touchant la véracité de son message et la rigueur de son interprétation est tout à fait remarquable. C’est le sceau de la révélation divine, même si elle est transmise par un humble canal humain. En contraste, tout ce qui émane de l’homme reste flou et équivoque.

3.1.6. Nebucadnetsar reconnaît Dieu : v. 46-49

La conclusion de cette scène est étonnante. Le grand monarque, qui tenait la vie de tous dans sa main, se prosterne maintenant devant Daniel, un humble prophète. La situation rappelle celle de Jacob, le berger méprisé, qui bénit le Pharaon, le puissant roi (Gen. 47  :7-10; Héb. 7 : 7).

À tort, du reste, Nebucadnetsar présente une offrande et des parfums à Daniel, plutôt qu’à Dieu. Tel était bien le caractère des païens, d’honorer la créature plutôt que le créateur (Rom. 1 : 25). Toutefois, le roi rend gloire à Dieu et à son omniscience. La suite de l’histoire (chapitres 3 et 4) montrera que la conscience du roi n’avait pas encore été touchée à ce moment.

Enfin, Daniel est élevé en dignité et en puissance à la cour du roi. Dans sa position de suprématie, il n’oublie pas ceux qui avaient persévéré avec lui dans l’épreuve. Dieu les avait sauvés de la mort, et sa providence les place maintenant dans la proximité immédiate du pouvoir, à la porte du roi, là où le jugement se rendait. Ils n’occupaient pas cette position pour partager ce pouvoir avec le monde, mais plutôt pour y être des témoins de la sainteté de leur Dieu: la fournaise de feu pour les trois Hébreux (ch. 3) et la fosse aux lions pour Daniel (ch. 6) seront le prix à payer pour leur témoignage.

3.2. Daniel 3: La statue d’or et l’idolâtrie. La fournaise de feu

La vision de la statue révélait la succession des quatre monarchies dans le cours des temps des nations.

Le Saint Esprit présente maintenant quatre tableaux historiques (dans chacun des chapitres 3 à 6) qui montrent les caractères moraux et la conduite des empires (ou de leur chef).

L’idolâtrie et la statue d’or (ch. 3).

La puissance civile se sert de la religion de Satan (l’idolâtrie) pour soumettre les peuples, et sceller l’unité politique. Si la fournaise de feu est la part des témoins fidèles à Dieu, le roi doit reconnaître à la fin que leur Dieu est le seul digne d’être adoré.

La perte de conscience des relations avec Dieu (ch. 4).

Le chef de l’empire devient une bête. Non seulement, le pouvoir civil utilise la force et la violence aveugles des bêtes; mais ici, l’homme devant Dieu est ramené au rang d’un animal des champs (4 : 16), tourné vers la terre et privé de toutes les lumières d’en haut. Daniel interprète encore le songe du roi qui annonce son jugement. À l’issue de cette période de déchéance, Nebucadnetsar exalte Dieu comme le roi des cieux.

L’impiété (ch. 5).

Le festin de Belshatsar met le comble à l’iniquité et à l’impiété des nations. La profanation des choses saintes et le mépris du culte divin attirent le jugement, annoncé par l’écriture sur le mur de la salle du festin. Il est exécuté cette nuit même, et la monarchie change de mains.

L’exaltation de l’homme (ch. 6).

Anticipant les prétentions de l’Antichrist, le chef de l’empire se fait Dieu, et se déclare seul qualifié pour recevoir des prières. La fidélité de Daniel le conduit dans la fosse aux lions, d’où Dieu le fait sortir. Et Darius, comme ses prédécesseurs, doit reconnaître le Dieu de Daniel comme le seul Dieu, qui possède l’autorité dans un royaume qui ne sera pas détruit.

3.2.1. La statue d’or, un outrage aux droits de Dieu : v. 1-7

Le premier tableau présenté est donc celui de la statue d’or et de l’idolâtrie.

Abandonnant rapidement le vrai Dieu qui venait de lui révéler ses pensées par la vision de la statue, Nebucadnetsar se fait maintenant une statue d’or, un dieu pour lui-même. Car qu’elle soit d’or, de bois ou de toute autre matière, l’idole est le dieu de l’homme égaré (És. 44 : 15-20). Le roi détourne donc le pouvoir qu’il avait reçu de Dieu pour satisfaire ses ambitions personnelles.

3.2.1.1. La statue d’or et sa dédicace : v. 1-3

La statue dressée dans la plaine de Dura, d’une hauteur de trente mètres environ, et d’une largeur de trois mètres, représentait un poids d’or considérable: les immenses richesses que détenait le peuple de Dieu du temps de Salomon (1 Rois 10:14, 23), sont maintenant aux mains des nations et de son chef. Les temps des nations commencent donc par un grand déploiement de splendeur idolâtre. Comment se termineront-ils ? Le livre de l’Apocalypse donne la réponse. Un roi puissant (la bête romaine), recevra sa puissance du dragon (Satan), et non plus de Dieu (Apoc. 13:2). Soutenu par l’Antichrist, qui placera son image dans le temple de Jérusalem pour y être adorée, ce roi séduira toutes les nations de la terre, à l’exception de quelques fidèles, qui n’accepteront pas sa marque impie.

La dédicace de la statue est l’occasion pour Nebucadnetsar de réunir autour de lui tous les grands de ses royaumes. La liste, donnée deux fois (v. 2, 3) est instructive. On y trouve, dans l’ordre de la hiérarchie croissante: (1) satrapes, (2) préfets, (3) gouverneurs, (4) grands juges, (5) trésoriers, (6) conseillers, (7) légistes, (8) magistrats des provinces. Au sommet de cette pyramide du pouvoir, trône l’empereur de toutes les nations, pour compléter à neuf le nombre des classes de dignitaires présents devant la statue.

3.2.1.2. Le rassemblement des peuples par la musique : v. 4-7

Pour assembler maintenant les peuples, peuplades et langues autour de la statue dédicacée, le roi a recours à la musique. Une plénitude d’instruments, à vent ou à cordes, est utilisée à cet effet. Leur liste, répétée intégralement quatre fois (v. 4, 7, 10, 15) comprend: le cor, la flûte, la cithare, la sambuque, le psaltérion, la musette et toute espèce de musique1.

1 Cor: instrument à vent formé d’une corne animale; flûte: instrument à vent fabriqué à partir d’un roseau; cithare: instrument à cordes comparable à la harpe ou à la lyre; sambuque: instrument à cordes, sorte de harpe de forme triangulaire; psaltérion: harpe à douze cordes (de laiton) touchées avec une écaille de bois; musette: instrument à vent (comparable à la cornemuse) constitué d’un sac (en peau animale) à soufflet et de deux tuyaux.

La musique et le chant sont l’expression de la joie du cœur, depuis le cantique de la délivrance chanté au bord de la Mer Rouge (Ex. 15 : 1, 20), jusqu’au cantique nouveau dans le ciel, accompagné des harpes des saints (Apoc. 5 : 8-10).

Toutefois, les premiers instruments de musique (la harpe et la flûte) apparaissent dans la famille de Caïn (Gen. 4 : 21). Pour rendre plus supportable leur vie misérable sur une terre maudite, ses descendants inventent les arts et les techniques. Dès lors, la musique peut être un instrument dans la main de Satan pour séduire les hommes; elle touche les sens, sans atteindre les consciences, et peut réveiller dans l’homme les passions les plus viles, et provoquer une hystérie collective. Certains musiciens ne se cachent pas d’être athées, voués à la drogue ou à l’occultisme.

L’appel au ralliement de tous les peuples autour de la statue était assorti d’une menace de châtiment pour les récalcitrants. Apparemment, l’engagement n’était pas grand. Il suffisait de se prosterner devant la statue, à un certain moment, dans la simple soumission au désir du roi.

3.2.2. L’oppression des consciences : v. 8-18

Mais, en fait, les choses étaient beaucoup plus graves. La statue était une idole, et les démons se cachaient derrière elle. Nebucadnetsar, détenteur du pouvoir civil, se servait en fait des sentiments religieux de l’homme naturel, réveillés par une musique profane, pour asseoir son despotisme; il entraînait ainsi tout le peuple dans l’idolâtrie.

3.2.2.1. Les trois Hébreux1et leurs accusateurs : v. 8-15

1 La Parole ne précise pas l’époque de cette scène. Il semble toutefois qu’il y ait un lien de causalité entre le songe de la statue et la statue dans la plaine de Dura. Dans l’incertitude, il est sage de ne plus nommer les amis de Daniel: «les trois jeunes Hébreux».

Les trois Hébreux (Daniel n’était pas avec eux) sont conscients de ce danger, et refusent d’obtempérer à la demande du roi. Trahis et accusés par des hommes chaldéens jaloux de leur position privilégiée à la cour (v. 8), ils comparaissent finalement devant le roi (v. 13).

Perdant tout contrôle de soi, celui-ci manifeste par ses paroles un trait de caractère nouveau. Non seulement, il avait abandonné le vrai Dieu pour s’adonner à l’idolâtrie, mais il se constituait lui-même son propre dieu (Hab. 1 : 11). Cet orgueil insensé explique la parole de défi qu’il lance aux trois Hébreux, restés fidèles à leur Dieu, mais apparemment livrés au pouvoir du roi: «Et qui est le Dieu qui vous délivrera de ma main» (v. 15). Le conflit était porté maintenant entre le roi impie et Dieu lui-même.

3.2.2.2. La réponse de Shadrac, Méshac et Abed-Nego : v. 16-18

La douceur et la dignité de la réponse de Shadrac, Méshac et AbedNego contrastent étrangement avec la violence de l’attaque dont ils sont l’objet. Leur confiance entière en Dieu les conduit à ne pas répondre au roi: «il n’est pas nécessaire que nous te répondions sur ce sujet». Mais, pour autant, la fournaise de feu ne leur sera pas épargnée. Toutefois, Dieu les en délivrera pour manifester sa propre gloire.

À ce moment crucial de l’épreuve, les trois Hébreux manifestent une détermination et une décision de cœur égale à celle de Daniel en face des mets délicats du roi (1:8). Il est beau de voir la même énergie de la foi devant les séductions de l’adversaire (Daniel) ou devant sa violence meurtrière (les trois Hébreux). La scène montre aussi la vraie position du croyant en face des autorités. L’obéissance leur est due, jusqu’au moment où elles oppriment les consciences. La limite de l’obéissance aux autorités est l’obéissance à Dieu.

Chapitre 3 verset 19 à Chapitre 4

3.2.3. Les trois fidèles Hébreux dans la fournaise : v. 19-23

La fermeté des trois Hébreux, sans défense mais fidèles à leur Dieu, était intolérable pour le roi du monde. Dans sa fureur, il commande de chauffer la fournaise de feu sept fois plus qu’à l’ordinaire, avant d’y faire jeter ceux qui résistent à ses caprices. Tel est le monde, encore aujourd’hui.

Mais, remarquablement, ce moment est celui de l’intervention divine. Le jugement du roi tombe d’abord sur les hommes les plus vaillants de son armée, tués par l’ardeur du feu (v. 22). C’est là un principe divin: quiconque touche aux élus de Dieu, le fait pour son propre dommage: «Car celui qui vous touche, touche à la prunelle de son œil» (Zach. 2 : 8).

Sans offrir de résistance à l’ardeur de la persécution, Hanania, Mishaël et Azaria se laissent lier et jeter dans la fournaise. La scène de l’adoration de la statue d’or se termine ici du point de vue des activités des hommes, persécuteurs ou martyrs. Les témoins de Dieu ont été sacrifiés aux caprices d’un roi méchant et idolâtre1. «Ils se soumettent complètement aux ordres de Nebucadnetsar quant au corps, et ne lui cèdent rien quant à l’âme», a écrit un commentateur. N’est-ce pas là l’attitude selon Dieu de tous les martyrs qui ont exposé leur vie pour leur témoignage?

1 On ne peut manquer de rapprocher cette scène de celle de la mort de Jean le Baptiseur.

La Parole ne mentionne rien de la position personnelle de Daniel à ce moment. Pourtant, il se tenait à la porte du roi (2 : 49). La suite de son histoire montre bien qu’il n’avait pas renié sa foi: elle sera éprouvée à la fin de sa vie, dans l’épisode de la fosse aux lions.

3.2.4. La délivrance divine : v. 24-27

3.2.4.1. La délivrance : v. 24, 25

La seconde intervention de Dieu est maintenant de délivrer ceux qui avaient mis leur confiance en lui. Leur Dieu «pouvait» les délivrer (v. 17), et il l’a fait (v. 25). C’est un sujet de consternation pour Nebucadnetsar, qui semble être seul pour assister à cette scène surnaturelle (v. 24). Les yeux du roi sont ouverts un instant pour voir l’invisible et comprendre sa folie d’entrer en conflit avec le Dieu des cieux. Deux miracles l’étonnent:

D’abord, les trois martyrs sont libres de leurs liens, et se promènent sans entraves au milieu du feu.

Ensuite, la présence avec eux d’un compagnon surnaturel, assimilé par le roi à un fils de Dieu, ou à un fils des dieux (v. 25).

Quelle scène! D’un côté, Dieu accomplit ainsi la promesse faite à Jacob et à Israël, par le prophète Ésaïe: «Quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras pas brûlé, et la flamme ne te consumera pas» (És. 43 : 2).

De l’autre côté, ces témoins «éteignirent la force du feu» (Héb. 11 : 34) par la puissance de la foi.

3.2.4.2. Les résultats de l’épreuve

Le feu de l’épreuve, allumé par les hommes, est dans les mains de Dieu un instrument pour libérer les croyants de ce qui les enchaîne, et les faire jouir de la présence divine. Ainsi, l’épreuve, comparée au feu de l’affineur (Mal. 3 : 3), purifie l’argent de ses scories, pour en faire un vase pour l’orfèvre (Prov. 25 : 4). Cet exemple encourage chacun de nous à mettre sa confiance en Dieu, dans toutes les circonstances de la vie, qu’elles aient ou non l’intensité de la fournaise. Au milieu de l’épreuve, le Seigneur marche avec les siens. En grâce, il partage leurs souffrances et leur opprobre, pour leur faire goûter sa communion. Paul en a fait la touchante expérience aux derniers jours de sa vie, avant de connaître le martyre (2 Tim. 4 : 16, 17).

3.2.4.3. Le témoignage public de la délivrance : v. 26, 27

La délivrance divine en faveur des trois Hébreux doit être publiquement connue. S’adressant à eux (qu’il appelle serviteurs du Très-Haut), Nebucadnetsar les invite à sortir de la fournaise (v. 26). En présence de tous les grands de son royaume, le roi constate l’intervention divine en faveur des témoins de la foi (v. 27). Ils avaient livré leur corps par fidélité à leur Dieu. Maintenant, ils sortent libres et indemnes pour paraître aux yeux de tous.

3.2.4.4. La portée prophétique de la délivrance

Les promesses de Dieu (Héb. 13 : 5, 6) auront un prix particulier pour les fidèles de la fin en butte aux tentations et aux persécutions des puissances politiques et religieuses (Apoc. 12 : 13-17 ; 13 : 6-8). Après avoir traversé victorieusement de terribles épreuves, ils apparaîtront devant le monde, à l’image des deux témoins qui seront ressuscités à Jérusalem (Apoc. 11 : 11).

L’espérance chrétienne est plus élevée encore: c’est l’assurance d’une place avec Christ dans le ciel pour une éternité de bonheur. Tous ceux qui auront laissé leur vie par fidélité à Christ, à l’image des martyrs de Smyrne, sont particulièrement concernés par cette promesse, rappelée pour soutenir leur foi jusqu’à la mort (Apoc. 2 : 10).

3.2.5. Le roi bénit Dieu et honore ses témoins : v. 28-30

Confondu par l’évidence de ce miracle, Nebucadnetsar reconnaît alors Dieu comme le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Nego, comme il l’avait précédemment déclaré le Dieu de Daniel, possédant toute puissance (2:47). Pour le roi, la quatrième personne dans la fournaise était bien un ange de Dieu, envoyé pour sauver ses serviteurs.

La statue d’or (l’idole) est maintenant publiquement rejetée et déclarée n’être qu’un faux dieu. Les accusateurs des Juifs (v. 8), sont réduits au silence (v. 29), et menacés de graves sanctions s’ils n’honorent pas le seul vrai Dieu.

Enfin, les Hébreux méprisés sont élevés aux yeux de tous à Babylone, comme Daniel l’avait été auparavant. Lorsque le royaume du Fils de l’homme sera établi sur la terre, l’Éternel lui-même «ôtera l’opprobre de son peuple de dessus toute la terre» (És. 25 : 8).

Dans le temps présent, le chrétien n’attend pas de sa fidélité à Christ un honneur dans le monde. Sa récompense est d’un tout autre ordre: c’est la joie de son Maître dans le ciel (Matt. 25 : 21, 23).

3.3. Daniel 4: Le chef de l’empire devient une bête

Nebucadnetsar avait publiquement reconnu Dieu comme le Dieu de Daniel après l’interprétation de la vision de la statue (ch. 2). C’était là un premier avertissement divin à renoncer à son orgueil. Ensuite, l’épisode de sa statue d’or dans la plaine de Dura et la délivrance des trois martyrs Hébreux hors de la fournaise avaient tourné à la confusion du roi et l’avaient obligé à accepter la souveraineté et la puissance du vrai Dieu. Tel était le deuxième avertissement. Dans quelle mesure la conscience de Nebucadnetsar avait-elle été touchée par ces deux épisodes? Le récit du chapitre 4 répond à cette question et montre que l’empereur du monde avait encore de plus profondes leçons à apprendre.

3.3.1. Dieu avertit le roi dans une vision : v. 1-8

3.3.1.1. Une proclamation rétrospective : v. 1-3

Nebucadnetsar fait une proclamation à toutes les nations de la terre, pour raconter rétrospectivement l’extraordinaire expérience qu’il avait vécue. Lui, le souverain universel, a été réduit pendant sept ans1 à l’état d’une bête des champs. Après avoir perdu toute conscience de sa relation avec Dieu, il a retrouvé son intelligence, contraint à déclarer devant tous, à la fin, les signes et prodiges du Dieu Très-Haut.

1 Les «temps» sont ici des années, comme pour la durée de l’épreuve finale des Juifs (12 : 7).

Mais, avant tout jugement, Dieu avertit un homme, une nation ou l’humanité tout entière. Aux jours de Noé, prédicateur de justice, Dieu, dans sa patience, avait longtemps attendu avant de détruire le monde par le déluge (1 Pi. 3 : 20; 2 Pi. 2 : 5). Plus tard, le Pharaon a été averti abondamment, mais en vain, avant que les jugements ne fondent sur l’Égypte (Jér 46 : 17). Jérémie et les prophètes ont annoncé par avance, à Juda et Jérusalem, l’arrivée des Chaldéens. Et maintenant, Dieu avertit encore le monde de la colère qui vient (1 Thes. 1 : 10).

3.3.1.2. L’avertissement divin : v. 4-8

Par une nouvelle vision, Nebucadnetsar est averti pour la troisième fois. «Car Dieu parle une fois, et deux fois — et l’on n’y prend pas garde — Dans un songe, dans une vision de nuit». «Voilà, Dieu opère toutes ces choses deux fois, trois fois, avec l’homme, pour détourner son âme de la fosse» (Job 33 : 14, 29).

Un songe terrifiant trouble et effraye le roi. Comme pour le premier songe, il fait appel à tous les sages de Babylone, pour en avoir l’interprétation. Il ne s’agissait plus de retrouver le songe, dont le roi gardait encore un souvenir précis, mais seulement de l’expliquer.

Les sages de ce siècle en sont incapables, comme la première fois. On peut s’étonner que Nebucadnetsar n’ait pas consulté Daniel immédiatement. Mais l’homme naturel pense à la terre, et n’a aucune affinité avec ce qui est spirituel. Ce n’est qu’à la fin que Daniel, appelé Belteshatsar, entre devant le roi (v. 8).

3.3.2. La révélation de la vision à Daniel : v. 9-18

3.3.2.1. Le plan de la vision

L’exposé détaillé du songe par le roi à Daniel se divise en trois parties :

L’objet du songe: l’arbre, et sa croissance : v. 10-12;

Le jugement sur l’arbre annoncé par un prophète : v. 12-16;

Le but et les résultats du jugement : v. 17, 18.

Le début et la fin du récit du roi signalent Daniel comme ayant «l’esprit des dieux saints» (v. 8, 9, 18). Nebucadnetsar ne connaissait pas encore le seul vrai Dieu, le Dieu des cieux, le Dieu Très-Haut. Ce même témoignage à l’esprit des dieux avait déjà été rendu par le Pharaon à Joseph, qui avait interprété son songe (Gen. 41 : 38).

Nebucadnetsar rapporte alors les «visions de ma tête» (v. 10, 13), expression remarquable, qu’il faut rapprocher de celle employée par Daniel à l’occasion de révélations prophétiques futures (7 : 15). C’est la seule fois où un homme de Dieu se réfère à sa tête, siège de l’intelligence. Habituellement, la source de la connaissance est reconnue comme étant en Dieu et en Christ seuls (Col. 2 : 3); les prophètes ne sont qu’un canal pour la révéler aux hommes.

3.3.2.2. L’arbre et sa croissance : v. 10-12

Un grand arbre est le symbole d’une puissance terrestre humaine, employé souvent dans l’Écriture pour désigner son opposition à Dieu (És. 2 : 12, 13). Le prophète Ézéchiel décrit ainsi la puissance de l’Assyrien (Ézé. 31 : 3-9). Christ, dans la gloire de son royaume, sera, plus tard, «un cèdre magnifique» (Ézé. 17 : 23, 24), qui remplacera cette vigne de peu de hauteur, image de Sédécias, dernier roi infidèle en Juda.

L’image de l’arbre est reprise par le Seigneur pour décrire le développement extérieur du royaume des cieux (et de la profession chrétienne) devenu une puissance protectrice qui abrite les oiseaux du ciel (Matt. 13 : 32). Toutes sortes de personnes y cherchent refuge et protection. L’arbre, dans la vision du roi, est «au milieu de la terre»; il est de grande hauteur et projette son image sur la terre entière. Il abrite, protège et nourrit les bêtes et les oiseaux1. Le symbole est donc en rapport avec la terre (par opposition à la mer) pour désigner le système organisé par l’homme loin de Dieu (et non la masse confuse des peuples). C’est de la terre que surgira aussi la seconde bête de l’Apocalypse, l’Antichrist (Apoc. 13 : 11), qui exercera sur les fidèles de la fin la même oppression religieuse que Nebucadnetsar dans la Babylone historique idolâtre.

1 Les bêtes des champs et les oiseaux du ciel (à l’exception des poissons de la mer) sont mentionnés ici, parce qu’ils avaient été placés sous l’autorité de Nebucadnetsar (2 : 38).

3.3.2.3. Le jugement de l’arbre : v. 13-17

Le jugement est annoncé par un messager venu du ciel: «un veillant, un saint». La Parole indique clairement que les exécuteurs du jugement divin sont des anges (Ps. 104 : 4; Héb. 1 : 7, 14). Mais le jugement procède du trône de Dieu, qui «veille sur sa parole pour l’exécuter» (Jér. 1 : 12).

L’arbre, symbole d’un homme puissant, doit être abattu: branches, feuillage et fruit. Il cesse désormais d’offrir sa protection et sa nourriture aux hommes. Toutefois, les racines en terre et le tronc subsistent, car le jugement ne doit pas détruire la personne elle-même. Mais celle-ci doit être réduite pour une certaine période (sept temps, probablement sept années) au niveau d’une bête. L’être humain est animé d’une intelligence (l’esprit) par laquelle il peut être en relation avec Dieu, s’il regarde vers lui. Le jugement annoncé annihile cette capacité morale, de sorte que l’homme est ramené au niveau d’un animal des champs, tirant sa nourriture de la terre. Devant Dieu, l’homme pécheur n’est encore aujourd’hui qu’un homme animal1 (1 Cor. 2 : 14; Jude 19).

1 L’homme animal est l’homme animé seulement par son âme créée, sans l’enseignement et la puissance du Saint Esprit.

3.3.2.4. Le but et les résultats du jugement : v. 17, 18

La sentence de jugement est solennellement attestée par Dieu devant «les vivants» (c’est-à-dire tous les hommes). Le Très-Haut doit être reconnu par eux comme le dominateur suprême. On notera avec intérêt que toute cette scène est commentée par le prophète Habakuk, qui déclare en particulier : «L’Éternel est dans le palais de sa sainteté… que toute la terre fasse silence devant lui!» (Hab. 2 : 20).

Nebucadnetsar, au terme de la description de son rêve, en appelle à Daniel, seul capable de lui en donner l’interprétation.

3.3.3. L’interprétation de la vision par Daniel : v. 19-27

3.3.3.1. Daniel et le roi : v. 19

La vision produit une profonde impression sur Daniel, quand il comprend qu’elle s’applique au roi, devant qui il se tenait. Conscient de la stupéfaction et du trouble du prophète, Nebucadnetsar l’invite à parler. Il fallait beaucoup de courage pour révéler la portée du songe.

Daniel a-t-il été à ce moment à la hauteur de sa mission? Il semble atténuer son message, en suggérant que le jugement divin était le résultat d’une vengeance des ennemis du roi, ou au moins en souhaitant que ceux-ci soient frappés à la place du roi. Mais gardons-nous de juger, même en pensée, ce fidèle serviteur de Dieu! On notera simplement que, pour la seule fois dans le livre, ce n’est pas «Daniel1, dont le nom est Belteshatsar», qui parle. C’est seulement «Belteshatsar» (son nom chaldéen), qui s’adresse au roi.

1 Daniel, nom hébreu personnel du prophète (qui signifie Dieu est juge) implique une relation avec Dieu.

3.3.3.2. L’interprétation de la vision : v. 20-26

Daniel reprend en détail la description du songe, pour en souligner toute l’importance.

L’arbre est ici un symbole de Nebucadnetsar lui-même, alors que la tête d’or dans le premier songe (2 : 37, 38) englobait l’ensemble de la dynastie des Chaldéens, constituant le premier des quatre empires des nations.

Le jugement annoncé par le songe va tomber personnellement sur le roi, comme conséquence de son orgueil, mais sera limité dans le temps (sept temps), et n’entraînera pas la perte du royaume, comme plus tard pour Belshatsar (5 : 30, 31). Il faudra que Nebucadnetsar reconnaisse la suprématie du Très-Haut.

3.3.3.3. Un appel à la repentance : v. 27

Avant que le jugement ne s’exécute, Daniel avertit le roi une dernière fois avec instance. Il lui adresse la solennelle supplication de rompre avec ses péchés et son iniquité. Exercer la justice et montrer de la compassion envers les affligés serait la preuve d’un changement de disposition du cœur du roi, dans l’exercice de son pouvoir. Dans les mêmes termes, l’apôtre Paul, parlant de la justice, de la tempérance et du jugement à venir, adressera plus tard au gouverneur Félix un avertissement qui le remplira de frayeur (Act. 24 : 25).

Mais rien ne peut toucher ou changer le cœur de l’homme, sauf Dieu, et à son heure: Félix renverra Paul, tandis que Nebucadnetsar ne manifeste aucune repentance à ce moment-là.

L’entrevue entre le roi et le prophète se termine par le sceau du jugement.

3.3.4. Le jugement tombe sur Nebucadnetsar : v. 28-33

C’est maintenant l’accomplissement historique de tout ce qui précède. Un an de répit a été accordé par Dieu à Nebucadnetsar. Dans l’orgueil suprême de son cœur, le roi se promène sur son palais1. Oubliant qu’il a reçu tout le pouvoir de Dieu, il s’attribue lui-même la force et la magnificence de son royaume. Dès que l’homme déclare: «J’ai bâti» (v. 30), il perd sa relation avec Dieu.

1 Probablement les jardins suspendus de Babylone, considérés par les hommes comme l’une des sept merveilles du monde.

Le jugement est immédiat: annoncé par une voix du ciel (v. 31), il est appliqué sans délai (v. 33).

Les sept temps, mentionnés à nouveau (v. 32), sont probablement sept années, la durée réelle du jugement. Ils ont aussi une portée prophétique pour couvrir une période complète dans les voies de Dieu envers le monde. Il s’agit de toute la durée des temps des nations (Luc 21 : 24). L’exemple de Nebucadnetsar a été ou est encore reproduit par beaucoup de chefs des nations, qui s’élèvent dans leur cœur en oubliant Dieu. Le chrétien, soumis aux autorités du pays dans lequel il vit, ne peut pas attendre d’amélioration dans le gouvernement du monde. Il est invité à se tenir à l’écart de toute la vie politique de celui-ci. L’orgueil et l’esprit d’indépendance vis-à-vis de Dieu (le principe même du péché) rabaissent donc l’homme, créature de Dieu, au niveau d’une bête, privée d’intelligence. La situation est d’autant plus grave que l’homme avait une position plus élevée devant les autres, comme Nebucadnetsar. Le psalmiste peut dire: «L’homme qui est en honneur et n’a point d’intelligence, est comme les bêtes qui périssent» (Ps. 49 : 20).

3.3.5. Dieu est reconnu comme le Roi des cieux : v. 34-37

Après cette période d’humiliation nécessaire, Nebucadnetsar prend la parole pour déclarer ce que Dieu lui avait enseigné.

3.3.5.1. Le roi bénit le Très-Haut, le Dieu souverain : v. 34, 35

Après avoir été cette bête inintelligente tournée vers la terre, il devient un homme intelligent regardant vers les cieux, pour bénir «le Très-Haut». Ce nom remarquable de Dieu est mentionné pour la première fois dans l’entretien de Melchisédec avec Abraham: «Le Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre» (Gen. 14 : 19). Sous ce titre et ce caractère, Dieu se plaira à «réunir en un, toutes choses dans le Christ» (Éph. 1 : 10), lui, le divin Melchisédec : ce sera le «rétablissement de toutes choses» dans le règne millénaire, annoncé par les prophètes (Act. 3 : 21).

Dieu n’a de comptes à rendre à personne; par contre, tous les hommes, qui sont néant devant lui, lui en doivent.

3.3.5.2. Une louange finale : v. 36, 37

Tout ce que Dieu lui avait pris momentanément lui est maintenant rendu, aux yeux de tous. Alors, le roi termine par une note de louange à l’adresse du «roi des cieux». Celui même qui avait été perdu par son orgueil insensé (v. 30) reconnaît, à l’issue de l’épreuve, la juste place de soumission de tous les humains devant Dieu. Ainsi, la grâce divine illimitée clôt cette solennelle scène de jugement. Et le dernier souvenir que l’Écriture nous laisse du souverain des nations est celui d’un homme à l’esprit abaissé qui magnifie le Dieu des cieux.

Chapitres 5 et 6

3.4. Daniel 5: Le festin impie de Belshatsar

Le monde n’est pas présenté ici sous son caractère de persécution religieuse (ch. 3) ou d’orgueil (ch. 4), mais sous la forme plus subtile de l’impiété et du mépris délibéré des choses de Dieu

Historiquement, le récit se place à la fin de la période de domination du royaume de Chaldée, la tête d’or de la statue (2 : 38), avant que n’apparaisse le royaume médo-perse, figuré par la poitrine et les bras d’argent (2 : 39). Le festin de Belshatsar et le jugement qui en a été la solennelle conclusion établissent précisément la transition entre ces deux royaumes. Ce n’est plus un acte direct de souveraineté divine qui confie le pouvoir aux nations, mais un transfert providentiel d’autorité.

Le nom de Belshatsar, qui signifie prince de Bel, garde l’empreinte des faux dieux de Chaldée et de Nebucadnetsar1 (4 : 8) (És. 46 : 1).

1 La Parole mentionne un autre roi de Chaldée entre Nebucadnetsar et Belshatsar : Évil-Merodac (2 Rois 25 : 27; Jér. 52 : 31). D’après des découvertes archéologiques faites à Ur en Chaldée, il semble confirmé que Belshatsar serait petit-fils de Nebucadnetsar, placé sur le trône par son père Nabonide, lui-même gendre de Nebucadnetsar. L’Écriture emploie souvent indifféremment le tire de fils ou petit-fils (v. 2, 18), pour indiquer le lien généalogique.

3.4.1. Profanation des ustensiles du sanctuaire. L’écriture sur la muraille: v.1-6

Dans cette nuit de festin et d’orgie, Belshatsar, probablement sous l’emprise de la boisson, commande de faire apporter les ustensiles de la maison de Dieu. Non seulement, les invités s’en servent pour y boire du vin, ce qui était une profanation; mais ils les associent au culte de leurs faux dieux (v. 4), pour provoquer le vrai Dieu.

Dieu avait bien livré son autel et son sanctuaire aux mains des nations, à cause de l’infidélité de son peuple (Lam. 2 : 7). Mais les ustensiles de sa maison restaient saints, consacrés, et quel droit les nations idolâtres avaient-elles de les profaner ? Quand il n’y a en apparence plus de témoins, Dieu prend lui-même soin de sa gloire. Les Philistins en avaient fait la douloureuse expérience en présence de l’arche dont ils s’étaient emparés (1 Sam. 5).

Dieu n’agit que lorsque l’iniquité est parvenue à son comble, comme le montrent les exemples des Amoréens (Gen. 15 : 16) ou de Juda (2 Chr. 36 : 16). C’était bien le cas: l’insolence de Belshatsar et de ses mille méritait une intervention divine immédiate. Ce n’est pas par un déploiement de puissance angélique que Dieu parle: ce sont «les doigts d’une main d’homme», dirigés de façon mystérieuse, qui écrivent sur la muraille du palais le jugement divin du roi impie et infidèle. C’était bien le doigt de Dieu: les devins d’Égypte l’avaient autrefois reconnu comme seul capable de créer la vie (Ex. 8 : 19). Puis, en Horeb, les tables de la loi portaient une écriture divine (Ex. 32. 16).

Ici, la sentence de jugement est signée par Dieu lui-même (v. 5). Incapable de comprendre le message, le roi est saisi de terreur: «C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant» (Héb. 10 : 31).

3.4.2. Appel aux sages de Babylone. La reine mère et Daniel : v. 7-16

Belshatsar, comme Nebucadnetsar autrefois (2 : 2), fait appel aux enchanteurs du royaume pour lire l’écriture et l’interpréter; leur incapacité augmente encore le trouble du roi (v. 9).

La reine, à l’ouïe de la scène, entre dans le palais. C’était probablement la Reine Mère, fille de Nebucadnetsar, la propre mère du roi Belshatsar. Absente du festin impie, elle n’approuvait pas la conduite de son fils. L’histoire de la cour de Babylone lui avait laissé le souvenir de Daniel, dont le nom même semblait être tombé maintenant dans l’oubli. C’est ainsi que le monde oublie toujours l’homme pauvre et sage qui délivre la ville (Ecc. 9 : 13-18).

Daniel est alors introduit devant le roi (v. 13). Les services que le prophète avaient rendus à Nebucadnetsar reviennent à la mémoire de Belshatsar, au temps de sa détresse. Le roi promet à Daniel richesses et pouvoir1, s’il peut interpréter l’écriture.

1 La place proposée de troisième gouverneur semble confirmer que Belshatsar n’avait que la seconde place dans le royaume; Nabonide, son père, qui n’apparaît pas dans la scène, conservait la première place.

3.4.3. Déclaration de Daniel et interprétation de l’écriture : v. 17-28

La dignité de Daniel en présence du roi, et en réponse à ses offres, est très belle. Le croyant fidèle ne peut rien recevoir du monde, comme Abraham refusant les présents du roi de Sodome, après la défaite des rois (Gen. 14 : 22, 23). Le service pour Dieu ne peut jamais être rémunéré par des valeurs mondaines.

Avant d’interpréter l’écriture, Daniel rappelle, dans l’ordre, à Belshatsar:

Les prérogatives du pouvoir absolu que Dieu avait confiées à son père Nebucadnetsar (v. 18, 19).

Le mauvais usage que celui-ci en avait fait (v. 20, 21): la puissance avait engendré l’orgueil, que le Très-Haut avait jugé.

Sa négligence coupable de n’avoir pas tenu compte de l’histoire de son grand-père: «Tu n’as pas humilié ton cœur, bien que tu aies su tout cela» (v. 22). Un reproche comparable avait été adressé de la part de Dieu par Jérémie à Jehoïakim parce qu’il n’avait pas imité l’exemple de son père Josias (Jér. 22 : 15, 16).

Sa faute inexcusable de s’être «élevé contre le Seigneur des cieux» (v. 23). La profanation des vases du sanctuaire de Dieu était une insulte délibérée contre lui. Il avait en outre refusé de reconnaître l’autorité du Dieu créateur (le souffle de l’homme est entre ses mains), et les comptes que toute créature doit lui rendre.

L’écriture divine sur le mur annonçait un jugement immédiat, en conséquence des faillites successives des chefs de l’empire de Chaldée. Le message était écrit en chaldéen, leur propre langue. Pour les sages, les mots n’avaient pourtant aucun lien entre eux, et leur portée était indéchiffrable. Mais Daniel, conduit par le Saint Esprit, en donne la clef:

  1. MENE, MENE (compté, compté): d’abord, Dieu compte les actions des hommes, et les enregistre dans les livres, en vue du jugement (Apoc. 20 : 12). Ici, non seulement les méchantes actions de Belshatsar sont comptées, mais aussi les jours de son royaume et ses propres jours, et Dieu y met un terme.
  2. THEKEL (pesé): ensuite, Dieu pèse à sa balance. Cet acte implique l’idée d’une évaluation morale des actions des hommes. La balance du sanctuaire est une balance de justice (Job 31 : 6). Par Dieu, les actions sont pesées (1 Sam. 2 : 3). Il pèse «tous les chemins» de l’homme (Prov. 5 : 21), son «esprit» (Prov. 16 : 2), et même son «cœur» (Prov. 21 : 2 ; 24 : 12).

À cette balance, Belshatsar est trouvé en manque de poids, à l’image des fils du commun (dans leur vanité) et des fils des grands (dans leur mensonge) (Ps. 62.9).

  1. UPHARSIN1(PERES, divisé): enfin, Dieu rétribue en jugement. Contrairement aux cas antérieurs, on ne trouve pas ici d’appel à la repentance, mais la déclaration du verdict final de Dieu, et du jugement qui doit s’exécuter.

1 Les mots «peres» et «upharsin» sont deux formes différentes (participe passif et participe actif) d’un même verbe chaldéen qui signifie «diviser».

Ainsi que l’a écrit un commentateur, «le récit présente le dernier caractère de l’iniquité de la puissance des nations contre le Dieu d’Israël, et le jugement qui en résulte pour la monarchie dont Babylone a été le chef, et à laquelle elle avait imprimé son caractère».

3.4.4. Le jugement du roi impie cette nuit-là : v. 29-31

Quel a été l’effet sur Belshatsar de cette terrible sentence? En dépit des refus de Daniel, le roi l’investit sur-le-champ et publiquement des honneurs promis (v. 29). Avait-il la moindre conscience de l’imminence de son jugement? N’était-il pas aussi insensé que le riche de la parabole (Luc 12. 20) ? En cette nuit-là, la mort violente de Belshatsar consacre la chute finale de la Babylone historique, annoncée à l’avance par le prophète Jérémie (Jér. 51 : 54, 55). Le pouvoir est immédiatement transféré à l’empire médo-perse.

Prophétiquement, cette scène est l’image du jugement de la seconde Babylone, décrit en détail par l’apôtre Jean (Apoc. 18 : 10). Ces deux jugements de la ville coupable (jugement historique passé et jugement prophétique futur) sont accompagnés du même pressant appel de Dieu adressé aux siens de sortir du milieu d’elle (Jér. 51 : 45; Apoc. 18 : 4).

3.5. Daniel 6: L’apostasie de Darius. La fosse aux lions pour Daniel

Le dernier tableau moral des nations se déroule à Babylone, à la cour du nouvel empereur Darius, le Mède. Si Belshatsar est un exemple de l’impiété qui s’élève contre Dieu, Darius montre maintenant l’exaltation de l’homme qui prétend se substituer à Dieu.

3.5.1. Daniel à la cour de Darius : v. 1-3

Darius, le Mède, était fils d’Assuérus (9 : 1). Daniel avait été nommé troisième gouverneur de Babylone par Belshatsar, la nuit même de la mort de ce dernier. Dans le nouveau gouvernement, Darius lui donne une place encore plus élevée, immédiatement au-dessous de lui. Les cent vingt satrapes, nommés par l’histoire «les yeux du royaume», veillaient à l’ordre dans le vaste empire. Ils rendaient compte à trois présidents (dont Daniel), qui représentaient le roi. Daniel, doué par Dieu d’un «esprit extraordinaire», depuis son arrivée à Babylone (1 : 17, 20), surpasse les présidents et les satrapes aux yeux de Darius qui pense à l’établir sur tout le royaume.

3.5.2. Complot contre Daniel. Écrit du roi qui se fait Dieu : v. 4-9

3.5.2.1. Daniel, un homme fidèle

La position d’honneur et de responsabilité de cet étranger, Juif de surcroît, à la cour du roi, était intolérable aux yeux des intrigants qui l’entouraient. Poussés par l’envie et la jalousie, ils usent de flatterie et de mensonges pour provoquer la perte de Daniel. Il s’agissait pour les ennemis de détruire tout témoignage juif à Babylone, et de condamner celui qui en était le porteur.

Or Daniel était fidèle dans son administration, s’appliquant à plaire à son Dieu. Sa conduite irréprochable ne prêtait le flanc à aucune critique (ni faute, ni manquement: v. 5). Appliquons-nous à imiter son exemple. L’apôtre Paul nous rappelle que la fidélité est requise dans toute administration (1 Cor. 4 : 2). Le premier témoignage que les chrétiens doivent rendre devant le monde est celui d’une honnêteté scrupuleuse; ainsi, ils manifesteront la lumière morale au milieu des ténèbres du monde (Phil. 2:15).

3.5.2.2. Le complot religieux contre Daniel

Ne trouvant aucun motif d’attaquer Daniel sur sa conduite dans le monde politique, ses ennemis fomentent un complot contre lui dans le domaine religieux (v. 6). Quelle bassesse! D’inspiration diabolique, leur conspiration était d’une subtilité et d’une efficacité remarquables. Ils éviteraient d’attaquer Daniel en face sur le terrain de l’adoration du vrai Dieu, eux qui n’étaient que des idolâtres, comme leur souverain; ils suggéreraient plutôt à Darius de prendre la place de suprématie, dans le ciel et sur la terre, en se substituant de fait au vrai Dieu. Daniel, qu’ils savaient fidèle à son Dieu, ne pourrait échapper à la condamnation. Il suffisait de flatter suffisamment le roi pour l’amener à signer le décret.

Cette scène est un modèle historique de celle des derniers jours, après l’enlèvement de l’Église. Alors, l’Antichrist, «le roi» (11 : 36), poussé par Satan, se présentera comme étant Dieu (2 Thes. 2 : 4). Associé au pouvoir politique, il cherchera à mettre à mort les fidèles qui lui résisteront (Apoc. 13 : 7, 15).

Finalement, Darius tombe dans le piège, et signe l’écrit et la défense, selon une loi qui ne pouvait être abrogée (v. 8, 9).

3.5.3. Daniel en prière condamné et jeté dans la fosse : v. 10-18

L’heure de l’épreuve suprême sonne pour ce fidèle serviteur de Dieu, arrivé près du terme de sa carrière terrestre (il avait probablement quatre-vingts ans à cette époque). Dans l’épisode de la statue (ch. 3), ses trois compagnons avaient été seuls pour affronter la fournaise de feu. Maintenant, Daniel reste seul en face de la fosse aux lions, promise à ceux qui désobéissaient à l’écrit du roi. Dans les deux cas, un même principe moral était en jeu: obéir à Dieu, plutôt qu’aux hommes. Or Nebucadnetsar et Darius, avaient bien, l’un et l’autre outrepassé leurs droits pour opprimer les consciences.

3.5.3.1. Daniel en prière

Daniel retourne à sa maison pour prier et rendre grâces. Sans ostentation (il est dans sa maison), mais sans se cacher (ses fenêtres sont ouvertes), il poursuit sa vie de piété habituelle. Trois fois le jour, il prie et rend grâces, la face tournée vers Jérusalem. Lors de la dédicace du temple, Salomon avait bien prévu que le peuple en captivité pourrait se tourner vers le pays et la ville de Jérusalem (1 Rois 8 : 48). Et Dieu avait répondu, en promettant de laisser «ses yeux et son cœur» dans cette maison (1 Rois 9 : 3). Aussi, pour la foi de Daniel, la ville de Jérusalem en ruine (Néh. 2 : 13), et le temple détruit au milieu d’elle (2 Chr. 36 : 19), avaient la même valeur qu’au temps de la splendeur de Salomon.

3.5.3.2. Daniel jeté dans la fosse

La piété pratique de Daniel devient l’occasion pour ses ennemis d’obtenir sa condamnation (v. 12, 13). Darius était tombé dans le piège que ses courtisans lui avaient tendu pour l’obliger, légalement mais injustement, à jeter Daniel dans la fosse aux lions. Réalisant trop tard sa folie, le roi tente tout pour sauver celui qu’il tenait en grande estime. Toutefois, ni la touchante, mais impuissante sollicitude de Darius pour Daniel, ni ses remords et ses regrets, ne réduisent sa responsabilité en quoi que ce soit.

En définitive, Daniel est jeté dans la fosse, obturée par une pierre et scellée du cachet royal.

3.5.4. La délivrance divine : v. 19-23

Mais si Dieu devait délivrer plus tard son saint serviteur Jésus des liens de la mort par la puissance de la résurrection, il saura dès maintenant sauver son fidèle serviteur Daniel de la mort cruelle à laquelle ses ennemis l’avaient voué. Dieu ferme la gueule des lions (v. 11); cet acte de puissance divine est aussi l’expression de l’énergie de la foi, imputée à ses témoins (Héb. 11 : 33).

Le décret du roi portait que tout désobéissant serait jeté dans la fosse aux lions (sans être nécessairement dévoré par eux) (v. 8, 12) Il avait été appliqué dans toute sa rigueur (v. 16), de sorte que le roi pouvait légalement faire sortir Daniel de la fosse. Il s’était confié en Dieu et avait été délivré, selon la promesse faite aux pères (Ps. 22 : 4). Tout le secret de sa protection et de sa délivrance est contenu dans l’expression : «Il s’était confié en son Dieu» (v. 23).

3.5.5. Le jugement des ennemis. Darius reconnaît Dieu : v. 24-28

La guerre entreprise contre Daniel par ses ennemis était en fait une guerre contre Dieu lui-même, qui revendique maintenant sa gloire par le jugement.

3.5.5.1. Le jugement des ennemis de Daniel

L’instrument du jugement est le roi lui-même, investi de son pouvoir (c’est lui-même qui donne des ordres ; v. 24). Les méchants hommes qui avaient conspiré contre Daniel connaissent, eux et leurs familles, la mort affreuse qu’ils lui avaient souhaitée.

3.5.5.2. La proclamation de Darius

La scène se termine sur une proclamation de Darius, invitant tous les peuples de son empire à craindre le «Dieu de Daniel», le «Dieu vivant» (v. 26). Avec la même autorité despotique par laquelle il s’était investi du pouvoir de dieu sur les autres, il donne l’ordre maintenant de trembler devant Dieu. Ce décret n’aura aucune suite durable dans l’histoire des nations, car personne ne peut changer le cœur des hommes.

Néanmoins, la disposition de cœur du roi est remarquable: il reconnaît l’intervention de Dieu pour sauver Daniel. Prophétiquement, l’attitude de Darius préfigure la soumission des nations à Christ, à la suite de la délivrance du résidu pieux et du jugement de ses ennemis (Ps. 18 : 43; 2 Sam. 22 : 44).

Chapitre 7

  1. L’histoire prophétique des quatre monarchies: Daniel 7 à 11

4.1. Chapitre 7: L’histoire des quatre bêtes: la puissance occidentale

4.1.1. Introduction à la troisième partie de Daniel

Ce chapitre commence la troisième partie du livre, qui contient les révélations prophétiques les plus importantes. Ce ne sont plus des scènes relatives aux chefs des empires, qui donnent l’occasion de messages divins interprétés par Daniel. Au contraire, il s’agit maintenant de révélations directes à Daniel au sujet des nations. Ne s’adressant pas directement à Israël, Dieu parle au prophète du peuple et de son histoire dans le cours des temps des nations (Luc 21:24). Daniel, seul, représente un résidu fidèle aux yeux de Dieu1, dans cette place privilégiée de prophète à qui Dieu révèle ses secrets (Amos 3 : 7). Les visions prophétiques des chapitres 7 à 11 couvrent toute la période des temps des nations, jusqu’à l’introduction de la période millénaire. L’histoire des puissances politiques distingue l’Occident et l’Orient; le centre est évidemment Jérusalem et la terre d’Israël, autour desquelles Dieu avait disposé toutes les autres nations (Deut. 32 : 8).

1 En réponse à la prière d’humiliation de Daniel (9 : 4-19), Dieu lui parle d’Israël comme du peuple de Daniel, et de Jérusalem comme de sa ville (9 : 24).

L’alternance de cette histoire est la suivante:

  1. 7: puissance occidentale,
  2. 8: puissance orientale,
  3. 9: puissance occidentale,
  4. 10 et 11: puissance orientale.

Les temps des nations s’écoulent parallèlement à l’histoire de l’Église sur la terre; celle-ci n’est pas directement en vue, mais n’est pas exclue pour autant. Certains faits historiques passés pour nous (avant même la venue de Christ sur la terre), sont l’image d’événements futurs qui ne s’accompliront qu’après l’enlèvement de l’Église.

4.1.2. Vision générale des quatre bêtes : v.1

La scène du festin de Belshatsar se plaçait à la dernière année (et même au dernier jour et à la dernière heure) de son règne. Maintenant, nous sommes ramenés en arrière, à la première année de ce règne; Daniel était tombé dans l’oubli à la cour de Babylone, éloigné des affaires du monde par l’ingratitude de ses chefs. Précisément alors, le prophète reçoit une vision du ciel, d’une grande importance.

Les quatre empires des nations étaient présentés en figure comme les quatre parties d’une statue (ch. 2), pour montrer leur développement chronologique. Un autre symbole est utilisé maintenant (ch. 7 et 8), celui de bêtes féroces, pour souligner leur violence et leur méchanceté.

La puissance occidentale est décrite par trois visions successives.

4.1.3. Les trois premières bêtes : v. 2-6

Les quatre vents des cieux se déchaînent sur la mer. C’est le symbole de la puissance de Satan, chef de l’autorité de l’air (Éph. 2 : 2) qui s’exerce sur la mer, figure de la masse agitée des peuples. Les quatre bêtes surgissent donc du milieu de la confusion des nations, dans un ordre chronologique souligné par les expressions de transition: «Et voici» (v. 5) ou «Après cela, je vis» (v. 6, 7).

4.1.3.1. v. 4: le lion avec des ailes d’aigle (la Chaldée)

Le lion symbolise la majesté et la puissance (Prov. 30:30), et l’aigle la rapidité des conquêtes. Lorsque les ailes de cette bête monstrueuse sont arrachées, l’empire décline entre les mains des successeurs de Nebucadnetsar, pour aboutir à un état de faiblesse (la bête est réduite à la force d’un homme), avant de perdre le pouvoir.

4.1.3.2. v. 5 : l’ours (les Mèdes et les Perses)

L’ours n’a pas la force du lion (l’empire suivant devait être inférieur au premier, selon 2:39), mais il est plus féroce.

L’ours est dressé sur un côté, car dans l’association médo-perse, la Perse réussit à dominer sur les Mèdes, avec Cyrus. La rapacité de cet empire à engloutir royaume après royaume est aussi soulignée.

4.1.3.3. v. 6: le léopard ailé (les Grecs sous Alexandre)

Le léopard, bête cruelle et d’une extrême rapidité, est particulièrement adapté pour représenter Alexandre le Grand qui, en un court règne de douze ans, a réussi à conquérir la moitié du monde. Son extrême agilité dans l’action, qui n’a jamais été surpassée par quiconque dans l’histoire, est confirmée par la présence des quatre ailes d’oiseau.

Les quatre têtes de la bête désignent les quatre généraux d’Alexandre, qui se sont disputé le royaume après sa mort. Ce sujet sera traité plus en détail dans le chapitre 8. Deux de ces quatre généraux (et leur descendance) ont joué (ou joueront encore dans l’avenir) un rôle important en rapport avec Israël: Seleucus (le roi du Nord), et Ptolémée (le roi du Midi). Leur histoire sera reprise en détail dans le chapitre 11.

4.1.4. La quatrième bête (Rome) et l’Ancien des jours : v. 7-12

L’attention de Daniel est alors particulièrement attirée par la quatrième bête, «effrayante et terrible et extraordinairement puissante». On comprend son désir d’en savoir plus sur elle (v. 19).

4.1.4.1. La bête romaine : v. 7, 8

Il s’agit du pouvoir romain qui a succédé à l’empire grec. Aucune analogie avec un seul animal ne peut la caractériser, tellement elle est différente des royaumes précédents. Son influence majeure a laissé une marque indélébile sur toutes les civilisations occidentales. Les dents de fer montrent le pouvoir appliqué à subjuguer les nations pour les dévorer ou les détruire (en les foulant aux pieds). Les dix cornes préfigurent la division de l’empire en dix royaumes. Mais une petite corne prédomine parmi les dix, qui a des yeux d’homme et une bouche: l’intelligence et la perspicacité (les yeux) s’allient à d’énormes prétentions de vouloir convaincre toutes les nations (la bouche).

L’importance et la diversité d’action de cette bête est telle que, pour décrire sa forme finale, l’apôtre Jean devra utiliser les figures conjuguées du léopard, de l’ours et du lion, signalant que toute sa puissance vient du dragon (image de Satan) (Apoc. 13 : 2). Ainsi, la bête romaine concentre en elle-même toutes les formes bestiales qui avaient caractérisé ses prédécesseurs.

4.1.4.2. v 8-10 : les trônes et l’Ancien des jours

La description se poursuit par une scène de jugement. Les trônes sont placés, et l’Ancien des jours s’assied. C’est l’anticipation d’un jugement judiciaire1. Il n’est pas dit où se trouvent les trônes de jugement, mais celui-ci s’exerce sur la terre. On ne voit encore personne assis sur les trônes. L’Apocalypse révèle que les saints célestes s’y assiéront avec Christ (Apoc. 20 : 4).

1 Un jugement judiciaire est pris par un tribunal, figuré ici par la mention des trônes. Ailleurs, la Parole parle de jugements guerriers; par exemple, celui que Christ exercera avec les armées du ciel (Apoc. 19 : 11-16).

L’Ancien des jours est incontestablement l’Éternel des Armées, le Dieu d’éternité. Dans la vision suivante, il sera distingué du Fils de l’homme, qui est Christ (v. 13) ; mais ailleurs, il lui est identifié (v. 22) (Apoc. 1 : 12-16). Le Fils est Dieu dans sa nature, mais distinct dans sa personne (Jean 1:1); tout le jugement lui est confié, comme Fils de l’homme (Jean 5 : 22, 27; Act 17 : 31).

La solennelle description de l’Ancien des jours rappelle sa dignité, son existence éternelle et sa sainteté immuable. Ses attributs en jugement (le trône et ses roues; le fleuve qui en découle) sont tous figurés par le feu. La scène se rapproche plus de celle du jugement des vivants, avant le millénium (Matt. 25 : 31), que de celle du jugement des morts devant le grand trône blanc, à la fin du millénium (Apoc. 20 : 12-15).

4.1.4.3. v. 11, 12 : Le jugement de la bête

Le jugement est une conséquence des paroles blasphématoires de la petite corne (v. 11) (Apoc. 13 : 5).

La bête est tuée, et son corps est détruit. L’empire romain (considéré ici dans son ensemble), objet du jugement de Dieu, perd donc à la fois le pouvoir et son existence même. La vision de Daniel (7 : 11) n’est pas en contradiction avec la prophétie de l’Apocalypse, qui montre la bête prise et jetée vivante dans l’étang de feu (Apoc. 19 : 20). Cette dernière bête désigne le chef de l’empire romain personnellement, et non plus son empire.

Les autres bêtes (figure des trois premiers empires) avaient déjà perdu le pouvoir, mais leur vie avait été prolongée (v. 12). Le jugement de l’empire romain et de son chef, au contraire, sont définitifs.

4.1.5. Le royaume du Fils de l’homme (Christ) : v. 13, 14

La troisième vision introduit sur la scène une nouvelle personne, venant avec les nuées des cieux. Semblable à un homme pour Daniel, nous le reconnaissons comme le Christ, le Fils de Dieu. Descendant du ciel, il est le Fils de l’homme, qui s’avance pour recevoir la domination éternelle et universelle sur la terre. Dans l’exposé de la vision, il est distingué de l’Ancien des jours, l’Éternel Dieu; il sera identifié avec lui dans l’interprétation de la vision (v. 22). À sa demande, la domination lui est donnée (Ps. 2 : 8). Il l’accepte de la main de son Père, comme résultat de son abaissement à la croix (Ps. 8 : 4-9). À «la fin», il remettra «le royaume à Dieu le Père» (1 Cor. 15 : 24, 28). Ce sera l’état éternel. La pierre sans main a bien brisé toute la statue, en broyant tous les royaumes, pour devenir une grande montagne remplissant toute la terre (2 : 35 44).

4.1.6. L’interprétation des visions : v. 15-23

L’effet de ces visions sur l’esprit de Daniel est immédiat et profond. Auparavant, il avait été rendu capable d’interpréter les songes ou les circonstances exceptionnelles des chefs des nations (Nebucadnetsar et Belshatsar). Maintenant, il reste interdit devant les visions qu’il a reçues. Par cet exemple, Dieu veut nous rappeler que toute révélation vient de lui seul, par le Saint Esprit (1 Cor. 2 : 9-12).

Daniel s’adresse donc à «l’un de ceux qui se tenaient là» (peut-être des anges) et Dieu lui répond promptement.

Les quatre bêtes sont vues comme surgissant de la terre (v. 17), alors que la première vision les montrait comme montant de la mer (v. 3). Pour recevoir le pouvoir, elles étaient bien sorties de la masse confuse des peuples (la mer); mais, par leur nature et leur conduite, elles appartiennent en fait à la terre (par opposition au ciel). Pour la première fois, la place des «saints des lieux très-hauts» est mentionnée. Ils seront associés au «fils d’homme» (v. 13), qui a reçu le royaume éternel. Plus loin (v. 21), on verra le chemin de souffrance qui les a conduits à cette gloire avec Christ.

Qui sont ces saints? En général, tous ceux qui ont la vie de Dieu, depuis la Pentecôte jusqu’à l’apparition de Christ en gloire. Ils ont connu toutes sortes de souffrances sur la terre, mais leur citoyenneté est du ciel. Leurs noms sont écrits dans les cieux, et ils appartiennent aux «lieux très-hauts». En outre, ils reçoivent le royaume, pour le posséder. Le cantique nouveau chanté dans le ciel rappelle ce privilège: «ils régneront sur la terre» (Apoc. 5 : 10).

L’importance de cette bête (dans l’histoire du monde et du peuple terrestre de Dieu) est telle que la première description (v. 7, 8) est répétée intégralement (v. 19, 20). Toutefois, une chose essentielle est ajoutée: la bête (l’empire romain) et la petite corne (son dernier chef) font la guerre à Dieu et aux siens (v. 21, 22). Il faudra l’intervention divine en jugement pour faire cesser cette guerre totale. L’homme voulait imposer la solution finale (détruire tout témoignage de Dieu sur la terre), mais Dieu répond par un jugement sans appel. Il s’associe ses témoins dans l’exercice de ce jugement (v. 22) (Ps.149 : 5-9). Dans le passé, l’empire romain a été différent de tous ceux qui l’ont précédé (v. 23). Par un mélange d’absolutisme extrême et de démocratie, il a réussi à conquérir le monde en écrasant les nations et en les soumettant à sa volonté. Disparu à ce jour de la carte du monde, il renaîtra pour jouer un rôle essentiel aux derniers jours qui précèdent le règne de Christ. Ce long intervalle d’absence se place entre les versets 23 et 24. Lorsqu’il réapparaîtra (dans un temps à venir qui n’est pas connu avec certitude), son gouvernement comprendra dix royaumes en Europe occidentale (les dix cornes symbolisent leurs dix rois: v. 24), confédérés sous une tête impériale unique. C’est «l’autre roi», différent des premiers, «la petite corne» (v. 8, 20, 21), qui s’emparera du pouvoir suprême en écrasant trois des dix rois. L’analogie avec les prophéties de l’Apocalypse montre clairement qu’il est identique à la première bête vue comme sortant de la mer.

Trois choses sont dites de lui pour décrire son caractère moral (v. 25) :

Il s’élève en paroles blasphématoires contre le Dieu Très-Haut;

Il persécute les saints sur la terre qui adorent le Dieu du ciel;

Il a la prétention de disposer des fêtes religieuses (les saisons) et de la loi qui sont abandonnées entre ses mains pendant trois ans et demi (un temps, des temps et une moitié de temps).

Dieu intervient en jugement devant ce débordement de mal, pour manifester sa gloire, et délivrer ses élus.

«Et le jugement s’assiéra» (v 26). La séance de jugement est certaine (v. 10), mais sa réalisation est encore future. Le même jugement judiciaire atteint l’empire entier et son chef politique. Le royaume millénaire était promis au Fils de l’homme (Christ) dans la troisième vision (v. 14). Investi du pouvoir, il doit recevoir le royaume de son Père, l’Ancien des jours. Dans l’interprétation des visions, le «peuple des saints des lieux très-hauts» lui est maintenant associé (v. 27).

Différentes classes de saints sont mentionnées dans le chapitre:

  1. 22 : on peut penser qu’il s’agit des saints célestes, en général.
  2. 18, 25 : sans exclure les saints célestes (l’Église en particulier), les promesses s’adressent ici plus particulièrement aux saints sur la terre, qui regardent en haut du milieu de leurs détresses.
  3. 27 : «le peuple des saints» est avant tout le peuple terrestre de Dieu qui possédera le royaume sous le règne de son Messie glorifié. Ici, les «saints» sont ceux des «lieux très-hauts». Dieu lui-même prend le titre de Dieu Très-Haut (v. 25). Les lieux très-hauts désignent une sphère céleste, par opposition à la terre, où tous les événements des visions se déroulent (persécutions, jugement ou règne). Cette grande vision était révélée à Daniel peu de temps avant la chute du premier empire, dont la splendeur subsistait encore. On comprend le profond désarroi du prophète devant le rouleau de l’avenir qui passe devant ses yeux étonnés. Sa faiblesse humaine en face de l’immensité des révélations divines est signalée plusieurs fois dans le livre (v. 28 ; 8 : 27; 10 :17).

Daniel pouvait-il anticiper les souffrances du peuple de Dieu, qu’il aimait si profondément? Ce peuple qui mettrait le comble à son aveuglement en s’unissant à l’oppresseur romain pour mettre à mort son Messie (9 : 26) !

Chapitre 8

4.2. Daniel 8: Israël et les deux premières bêtes: la puissance orientale

Prophétiquement, nous sommes transportés à l’orient de la terre d’Israël, alors que la scène précédente se déroulait à l’occident.

4.2.1. La vision présentée à Daniel à Suse : v.1-14

L’Esprit de Dieu revient sur les deux empires (symbolisés par les deuxième et troisième bêtes du chapitre 7), pour en donner maintenant une histoire plus détaillée.

4.2.1.1. Le royaume des Mèdes et les Perses : v. 3, 4

Symbolisé auparavant par un ours (7:5), l’empire médo-perse est ici assimilé à un bélier1. Les deux cornes soulignent la dualité du pouvoir (les Mèdes et les Perses). La corne plus haute (historiquement la dernière) confirme la suprématie de la Perse sous Cyrus. L’empire a engagé des conquêtes irrésistibles dans toutes les directions (occident, nord et midi). Après avoir renversé Babylone, il s’est assuré la suprématie, «selon son gré», sur toutes les autres nations. Mais il doit céder la place à un autre royaume.

1 Le bélier servait d’emblème au royaume de Perse.

4.2.1.2. Le royaume grec : v. 5, 7

La figure du léopard ailé (7 : 6) est maintenant changée en celle d’un bouc. Sans toucher terre (à cause de la rapidité de ses conquêtes), le bouc vient de l’occident (la Grèce) pour couvrir toute la terre. C’est la description saisissante des conquêtes grecques sous Alexandre-le-Grand, symbolisé par la corne de grande apparence entre les yeux. Auparavant, il s’était acharné contre la Perse pour la détruire et prendre sa place (v. 6, 7). Les deux empires perse et grec sont mentionnés ici pour introduire les lieux où se dérouleront les événements prophétiques futurs.

4.2.1.3. Les quatre cornes et la petite corne d’orient : v. 8, 9

À la mort d’Alexandre, en -323 (représentée par la corne brisée), ses quatre généraux (symbolisés par les quatre cornes de grande apparence) lui succèdent; mais ils se disputent le pouvoir en faisant éclater l’empire grec dans toutes les directions (les quatre vents des cieux). Les quatre royaumes correspondants ont été: la Syrie (le nord), l’Égypte (le midi), la Grèce (l’occident) et la Thrace (l’orient). Les deux derniers ont rapidement succombé à la puissance de Rome. Par contre, les deux premiers (Syrie et Égypte) ont subsisté plus longtemps, pour jouer un rôle important en rapport avec Israël; ils réapparaîtront (comme les royaumes du nord et du midi) sur la carte prophétique future.

Du royaume de Syrie monte une petite corne (v. 9), dont l’histoire est résumée symboliquement. Elle est bien distincte de la petite corne (de l’occident) du chapitre précédent (7 : 8, 20), qui représentait le chef de l’empire romain établi à Rome. Cette nouvelle petite corne (sortie de l’orient), au contraire, s’établit en Syrie, pour devenir une grande puissance; son pouvoir s’étend (à partir du nord) en direction de l’orient, du midi et de la terre d’Israël1.

1 La terre d’Israël est appelée ici «le pays de beauté». C’était bien, en effet, un ornement entre tous les pays (Ézé. 20 : 6, 15).

Sans nul doute, cette petite corne représente historiquement le roi Antiochus Épiphane, de la branche des Séleucides, descendants de Seleucus, le général d’Alexandre établi en Syrie (le nord). Elle présente aussi prophétiquement le roi du Nord et la puissance de l’Assyrie, qui joueront un rôle essentiel dans les derniers jours. Les prophètes en parlent abondamment (És. 10 : 5, 24).

4.2.1.4. La petite corne fait la guerre à Dieu et à son peuple : v. 10-14

L’activité de la corne est alors décrite en rapport avec la terre d’Israël, le peuple de Dieu, et Dieu lui-même. Elle s’attaque d’abord à l’armée des cieux1, figure ici du peuple d’Israël (ou plutôt de Juda) établi à Jérusalem. Elle écrase une partie de ses autorités dirigeantes (des étoiles). Une parenthèse (v. 11, 12) interrompt la description des persécutions du royaume de Syrie (la corne) contre les Juifs, pour souligner l’activité personnelle de son chef dans la ville de Jérusalem. Il est question maintenant du roi («il») et non plus de la corne («elle»), c’est-à-dire du royaume en général. Le roi s’élève donc jusqu’à Christ (le «chef de l’armée»). Le sacrifice continuel est ôté (à Christ), et le sanctuaire est renversé. Antiochus, en effet, a fait cesser les sacrifices dans le temple d’Esdras à Jérusalem, et a profané le sanctuaire de Dieu. Ces moments terribles étaient permis par Dieu pour châtier son peuple infidèle (c’était bien «pour cause de transgression»). Toutefois, leur durée serait limitée.

1 L’expression: «armée des cieux» désigne dans l’Écriture:

  1. Les astres (Gen. 2 : 1; Deut. 4 : 19 ; Jér. 33 : 22).
  2. Les anges (1 Rois 22  : 19 ; 2 Rois 2 : 11,12).
  3. Le peuple juif (Dan. 8 :10), une seule fois.
  4. Les saints célestes (Apoc. 19 : 14).

L’histoire de la corne reprend (v. 13, 14). Ses actions d’éclat (par la fourberie, la fraude et la flatterie, selon: 11:20-24) sont un défi à la vérité, qui a «trébuché sur la place publique», et qui «fait défaut» (És. 59 : 14, 15).

4.2.2. Apparition céleste à Daniel : v. 15-17

Devant l’ampleur et la solennité de la vision, qui touchait de si près le peuple de Dieu, on comprend le désir de Daniel d’en connaître l’interprétation. Dieu lui répond par le service d’un ange, revêtu d’une forme humaine. L’apparence d’un homme se tient auprès du prophète pour l’encourager; il appelle l’ange Gabriel à descendre pour lui faire comprendre la vision. Cet homme, qui a autorité pour donner de telles instructions aux anges, serait-il une image de Christ, lui le Fils de l’homme?

4.2.3. L’ange Gabriel interprète la vision v. 18-26

La Parole souligne encore la faiblesse humaine du prophète devant l’ampleur des visions, et la touchante miséricorde de Dieu qui encourage son serviteur.

La vision que Gabriel s’apprête à interpréter doit avoir une première application historique (passée pour nous), qui annonce une autre réalisation prophétique (encore future pour nous). Tel est le sens des expressions: «la vision est pour le temps de la fin» (v. 17), et: «ce qui aura lieu à la fin de l’indignation» (v. 19).

4.2.3.1. La réalisation historique de la vision: v. 20-22

La succession des empires médo-perse et grec est confirmée, pour bien montrer l’origine de la petite corne venue de l’orient. Il est ajouté que la puissance des royaumes issus du règne d’Alexandre n’atteindrait pas la sienne.

4.2.3.2. La portée prophétique future : v. 23-25

Au moins vingt-trois siècles s’écoulent et le Saint Esprit nous transporte, sans transition, vers un temps à venir; l’expression «au dernier temps» le confirme. Alors, le roi du Nord, «un roi au visage audacieux», sera le chef de l’Assyrie, le dernier ennemi public d’Israël, avant la venue glorieuse de Christ.

Son territoire d’action sera celui du royaume du nord historique (v. 9), et ses méthodes de gouvernement (fraude, tromperie, flatteries, corruption et même occultisme) seront les mêmes que celles de son modèle historique, Antiochus Épiphane.

Sa puissance sera épaulée par celle d’une autre grande nation, très probablement la Russie, associée à l’Assyrien de la fin (Ézé. 38 : 1-6).

Aveuglé par son orgueil, il osera s’élever même contre le «prince des princes», Christ lui-même. Mais, «Il sera brisé sans main» (v. 25), c’est-à-dire détruit par un acte de puissance divine. Cette prophétie est confirmée plus loin (11 : 45). Ainsi sera la fin de celui qui avait été un instrument dans la main de Dieu pour châtier son peuple (És. 10 : 5). Le jugement et la mort de ce roi marqueront «la fin de l’indignation» (v. 19), c’est-à-dire le terme du juste courroux de Dieu contre Israël. L’ange Gabriel certifie la vérité de la vision et demande à Daniel de la conserver dans son cœur. Défaillant dans son corps, il ne trouve aucun secours autour de lui pour partager son fardeau. Pourtant, il continue avec fidélité son service à la cour du roi. Combien peuvent être profonds et variés les exercices de cœur d’un serviteur fidèle!

Chapitre 9

4.3. Daniel: 9 — Confession de Daniel. Réponse divine et révélations sur Rome

4.3.1. L’occasion de la prière, la fin de la captivité : v.1-3

Historiquement, la scène présentée dans ce chapitre se place immédiatement après le chapitre 5; Darius avait renversé le royaume de Babylone pour s’emparer du pouvoir sur les nations.

Moralement, Daniel apparaît sous un autre caractère. Doué par Dieu d’une intelligence spirituelle extraordinaire, il avait interprété les visions ou les circonstances des grands de ce monde (ch. 2-6). Prophète, il avait ensuite reçu de Dieu des communications concernant l’avenir des nations en rapport avec Israël (ch. 7, 8). Maintenant, poussé par son zèle pour le sanctuaire divin, et l’amour pour son peuple, il prend la place d’intercesseur. Sa remarquable prière (v. 4-19) le rapproche d’autres hommes de foi, tels qu’Esdras (Esd. 9 : 6-15) ou Néhémie (Néh. 9 : 5-38), qui ont su prendre aussi, en leur temps, la place d’humiliation qui convenait en face de l’état moral du peuple de Dieu.

Son amour pour Jérusalem, déjà exprimé par les psalmistes comme de sa part (Ps. 122 : 6, 7; 137 : 5, 6), pousse Daniel à s’enquérir dans les écrits prophétiques de «l’accomplissement des désolations de Jérusalem» (v. 2), c’est-à-dire de la durée de l’exil de Juda à Babylone. Jérémie l’avait annoncée avec précision (Jér. 25 : 11 ; 29 : 10-14). La terre d’Israël devait se reposer, et jouir de ses sabbats pendant soixante-dix ans (Lév. 26 : 34, 35).

L’effet de cette découverte est de tourner Daniel immédiatement vers Dieu (par la prière et la supplication), dans une profonde humiliation (le jeûne, le sac et la cendre). N’est-il pas remarquable que la pensée de la délivrance imminente du peuple produise plutôt l’humiliation que la joie dans le cœur du prophète?

Les «livres» avaient pour lui la valeur de «la parole de l’Éternel» (v. 2). Nous possédons maintenant la parole de Dieu, complète. A-t-elle pour nous la même autorité et le même effet sur nos cœurs que pour Daniel ou pour Josias, lorsque le livre de la loi avait été retrouvé dans la maison de l’Éternel (2 Rois 22 : 8-11) ?

La remarquable prière de Daniel se divise en trois parties:

  1. 4-6: la confession sans réserve des péchés du peuple;
  2. 7-14: la déclaration de la justice de Dieu dans ses voies envers Israël;
  3. 15-19: le touchant appel à la miséricorde divine, seule ressource de la foi au milieu de la ruine.

4.3.2. Daniel confesse les péchés du peuple : v. 4-6

Dans cette disposition de cœur qui plaît à Dieu (Ps. 34 :18 ; 51 : 17; És. 66 : 2), Daniel confesse d’abord les fautes de son peuple. Il s’identifie pleinement aux afflictions du peuple de Dieu, comme Moïse autrefois (Héb. 11 : 25); mais maintenant, c’est pour partager la culpabilité du peuple et déclarer, sans aucune réserve, tous ses péchés. Cette attitude est d’autant plus remarquable, que l’Écriture ne souligne aucun manquement personnel dans la vie de ce fidèle serviteur de Dieu, mais plutôt sa fidélité (6:4) et sa justice pratique (Ézé. 14 : 14, 20).

Daniel s’adresse à «l’Éternel», son Dieu; puis il fait sa confession, et supplie le «Seigneur» (Adonaï), le «Dieu grand et terrible»: c’est «El», le Dieu fort en sainteté, celui-là même que Christ invoque aux heures de l’abandon sur la croix (Ps. 22 : 1).

La confession de Daniel envisage le peuple comme soumis aux ordonnances de la loi de Moïse (v. 5), et sous la responsabilité du service des prophètes Lui parlant de la part de Dieu (v. 6). Il ne fait aucune allusion aux promesses inconditionnelles assurées à Abraham, pour tenter de réduire la responsabilité et la culpabilité d’Israël. Par contre, Daniel en appelle aux promesses faites par Dieu à Salomon lors de la dédicace du temple à Jérusalem (1 Rois 8 : 46-53; 2 Chr. 6 : 36-39). Il reprend presque mot pour mot la prière du roi, que Dieu s’était engagé à exaucer (1 Rois 9 : 3 ; 2 Chr. 7 : 14-16).

C’est ainsi que la foi s’identifie à l’état coupable du peuple pour en accepter toutes les conséquences; en même temps, elle identifie Dieu avec le peuple qu’il aime malgré tout. Ce double aspect de l’attitude de Daniel est d’une extraordinaire beauté.

4.3.3. Les justes voies de Dieu envers Israël : v. 7-14

Ayant reconnu le péché des rois, des princes, des pères et de tout le peuple du pays (v. 6), Daniel justifie Dieu dans ses voies envers Juda, Jérusalem et même tout Israël. Juda (ceux qui étaient près) était à Babylone à cause de ses péchés, mais les dix tribus d’Éphraïm (ceux qui étaient loin) étaient depuis longtemps dispersées en Assyrie (2 Rois 17 : 18). La raison en était que tout Israël avait transgressé la loi de Dieu (v. 11).

Daniel, en captivité, ne perd donc pas de vue l’unité du peuple devant Dieu. Élie avait agi selon le même principe, en bâtissant l’autel de douze pierres sur la montagne du Carmel (1 Rois 18 : 31), alors que les dix tribus étaient déjà plongées dans l’idolâtrie depuis longtemps.

Ainsi, une vraie confession devant Dieu de notre bas état ne doit pas se limiter à nous-mêmes et à ceux avec lesquels nous marchons; la ruine publique de l’Église sur la terre est aussi notre fait. Que le Seigneur nous garde de l’insensibilité de cœur et de la prétention de Laodicée en face de cette ruine (Apoc. 3 : 17) !

Daniel confesse non seulement les faits, mais remonte aux causes qui ont amené le juste gouvernement de Dieu sur son peuple. Celui-ci n’avait pas écouté la voix de l’Éternel (v. 10) ; il avait transgressé la loi de Moïse (v. 11) ; il n’était pas revenu à l’Éternel (v. 13). L’exécration et le serment écrits dans la loi avaient été versés sur le peuple rebelle (Deut. 28 : 45, 46). En agissant ainsi pour sa propre gloire, Dieu avait veillé sur sa parole pour l’exécuter (v. 14) (Jér. 1 : 12), et il était juste en le faisant. Il ne subsiste donc aucun espoir de relèvement pour le peuple sur le seul terrain de sa responsabilité.

4.3.4. Pressant appel à la miséricorde de Dieu : v. 15-19

«Et maintenant, Seigneur» (v. 15). L’intercession suit la confession. La seule ressource à la disposition de la foi était maintenant dans la miséricorde divine, comme autrefois la grâce et la puissance souveraines de Dieu s’étaient manifestées dans la délivrance du peuple hors d’Égypte (v. 15).

Jérusalem et le peuple étaient «en opprobre» à tous ceux qui les entouraient. C’était une raison pour que Dieu détourne sa colère et sa fureur. Le même motif est invoqué par Moïse, devant le veau d’or, pour que Dieu ne détruise pas son peuple (Ex. 32 : 11-14) ; puis, par Néhémie, en face de la ruine de Jérusalem (Néh. 1 : 3). Dans les trois cas, Dieu se devait à lui-même de revendiquer devant ses ennemis sa gloire qui avait été ternie par l’infidélité de son peuple.

«Et maintenant, écoute, ô notre Dieu» (v. 17). La prière de Daniel se fait plus personnelle et plus ardente encore. «L’amour du Seigneur» est un motif suffisant pour rétablir le sanctuaire désolé (v. 17). Les «grandes compassions» de l’Éternel (v 18) en sont un autre pour que Dieu soit attentif et agisse.

En résumé, la conscience de la justice de Dieu, de son amour et de ses compassions conduit Daniel à tout remettre à Dieu, «à cause de toi-même» (v. 19). Tel est le mouvement de la foi vers Dieu, son seul refuge dans tous les temps, à cause :

de Dieu lui-même (És. 43 : 25) ;

du nom de Dieu et de sa gloire (Ps. 79 : 9; Jér. 14 : 7; Ézé. 36 : 21, 22)  ;

des grandes compassions de Dieu (v. 18).

Daniel n’exprime aucune requête pour lui ou ses compagnons de captivité. À cette heure solennelle, toutes ses pensées se concentrent sur les intérêts de Dieu et de son peuple: son nom, sa ville, son sanctuaire, son peuple. Cette dernière expression est d’autant plus remarquable que la sentence «Lo-Ammi» (pas mon peuple) (Osée 1 : 9) avait déjà été décrétée sur ce peuple depuis longtemps1; mais, pour Daniel, il restait le peuple de Dieu.

1 Annoncé à l’avance par Osée au temps des rois Ozias à Ézéchias (Osée 1 : 1), ce jugement est entré en application au moment de la déportation du peuple à Babylone

Que le Seigneur veuille produire dans chacun de nos cœurs cet «esprit de grâce et de supplications» (Zach. 12 : 10), manifesté par Daniel devant l’état du peuple de Dieu!

4.3.5. La vision de Gabriel et la réponse divine. Israël et Rome

4.3.5.1. L’heure de la prière: v. 20, 21

Dieu répond à l’ardente prière de Daniel, avant même qu’elle ne soit achevée. C’est ainsi que «les yeux de l’Éternel regardent vers les justes, et ses oreilles sont ouvertes à leur cri» (Ps. 34 : 15). Les paroles de supplication de Daniel montaient vers Dieu comme un parfum d’agréable odeur, comme le souligne la mention du «temps de l’offrande de gâteau du soir». Chaque soir, à la neuvième heure, une offrande de gâteau était offerte pour accompagner l’holocauste continuel (Ex. 29 : 41, 42); c’était le moment où le sacrificateur entrait dans le sanctuaire pour apporter l’encens à l’autel d’or (Luc 1 : 10). L’heure du sacrifice (celle de la mort de Christ), était donc aussi celle du parfum et celle de la prière: «Que ma prière vienne devant toi comme l’encens, l’élévation de mes mains comme l’offrande du soir» (Ps. 141 : 2).

Pour Daniel, le temple à Jérusalem était détruit, et les sacrifices n’y étaient plus offerts; toutefois, il se tenait devant Dieu en vertu de ce que les sacrifices représentaient pour Lui. L’efficacité de nos prières repose encore aujourd’hui sur ce que Christ est devant Dieu pour nous et sur la valeur de son œuvre.

4.3.5.2. Le message de l’ange Gabriel: v. 22, 23

Daniel avait déjà rencontré l’ange Gabriel au bord du fleuve Ulaï (8 : 16, 17), pour recevoir l’interprétation de la vision. Les nouvelles révélations faites au prophète par Gabriel viennent en réponse à la prière de celui que Dieu déclare plusieurs fois être un «bien-aimé» (v. 23 ; 10 : 11, 19). Il reste toujours vrai que «le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent» (Ps. 25 : 14). Daniel devait être attentif à la vision: elle était essentielle pour connaître l’avenir du peuple terrestre de Dieu, en réponse à la supplication du prophète.

4.3.5.3. Les soixante-dix semaines: v. 24

Il s’agit de semaines d’années1, couvrant donc une période de 490 ans: c’est la troisième période de l’histoire d’Israël sur la terre.

1 L’échelle septénaire (plutôt que décimale de notre système métrique) est souvent employée dans l’histoire du peuple de Dieu: pour la semaine (de sept jours), pour l’année sabbatique (tous les sept ans), ou pour le jubilé (tous les 7 x 7 = 49 ans). Jérusalem n’est appelée «la sainte ville» que trois fois dans l’Écriture (v. 24; Néh. 11 : 1 ; Matt. 27 : 53).

La prophétie concerne uniquement les Juifs («ton peuple») et Jérusalem («ta sainte ville»). Gabriel identifie l’un et l’autre avec Daniel pour montrer que Dieu avait eu pleinement égard à l’attitude de son serviteur qui s’associait au peuple coupable.

L’Assemblée n’est pas en vue dans ces passages; elle n’est l’objet d’aucune prophétie. Elle est hors du temps et des circonstances du monde dans lequel elle vit, dans l’attente d’être recueillie au ciel, sa vraie destinée. La période de son histoire sur la terre se situe entre les versets 26 et 27.

Le terme de la période de 70 semaines (qui est encore à venir pour nous) sera marqué par sept événements remarquables, qui introduiront le royaume terrestre de Christ:

Clore la transgression: la loi ne sera plus transgressée par le peuple, car elle sera écrite dans son cœur (Jér. 31 : 33); en finir avec les péchés: la triste histoire du péché est close; Faire propitiation pour l’iniquité: l’iniquité d’Israël est pardonnée (És. 40 : 2); introduire la justice des siècles: la justice éternelle de Dieu est introduite pour y régner, unie au jugement (Ps. 94 : 15; És. 51 : 4-8); sceller la vision: toutes les visions prophétiques sont maintenant accomplies; sceller le prophète: en particulier, les faux-prophètes seront ôtés du pays (Zach. 13 : 3, 4); oindre le saint des saints: la maison de l’Éternel sera à nouveau un lieu très saint, sanctifié pour y offrir les sacrifices (Ézé. 43 : 12, 20).

La pleine bénédiction du peuple et de la ville de Daniel doit être précédée par une longue période, divisée en trois parties: (1) sept semaines, (2) soixante-deux semaines, (3) une dernière semaine. Daniel devait y être attentif, comme nous du reste (v. 25).

4.3.5.4. Les soixante-neuf premières semaines: v. 25, 26

Le commencement de la période est indiqué avec précision: le début de la reconstruction de la ville de Jérusalem (et non pas du temple), la vingtième année du règne d’Artaxerxès (L’année -455), sous Néhémie (Néh. 1 : 1; 2 : 1).

La première partie, de 7 semaines (49 ans), couvre les temps troublés où les Juifs ont rebâti la muraille et la ville, malgré l’opposition de leurs ennemis.

La deuxième partie, de 62 semaines (434 ans, soit 483 ans pour le total des deux parties), contient l’histoire silencieuse du peuple jusqu’à la venue du Messie. «Après» cette période, la mort de Christ est annoncée par cette solennelle expression: «le Messie sera retranché, et n’aura rien». Effectivement, le Sauveur a été «retranché de la terre des vivants» (És. 53 : 8; Jér. 11 : 19).

«Le peuple du prince qui viendra» désigne les Romains, qui régnaient au temps de la première venue de Christ sur la terre. Environ 40 ans après la mort de Christ (cette ultime période de mise à l’épreuve du peuple juif), les armées romaines de Titus ont détruit la ville (Jérusalem) et le lieu saint (le temple rebâti par Esdras). Le Seigneur l’avait annoncé à ses disciples (Matt. 24 : 2; Luc 19 : 43, 44). Dieu mettait ainsi un terme momentané à l’histoire de son peuple sur la terre.

«Jusqu’à la fin il y aura guerre, un décret de désolation» (v. 26). Ce passage laisse entrevoir ce que serait la terrible situation d’Israël dispersé parmi les nations et «Jérusalem foulée aux pieds par les nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis» (Luc 21:24). Cette période d’épreuves du peuple juif se poursuit encore1.

1 Pendant la seule guerre mondiale de 1939-45, six millions de Juifs ont péri, dans des conditions épouvantables.

À la fin de la 69e semaine, il faut interrompre la chronologie du temps, jusqu’au commencement de la dernière semaine. Cette parenthèse (la Parole n’en fixe pas la durée exacte) constitue la période de la grâce, dans laquelle nous vivons. Le mystère de l’endurcissement d’Israël s’y poursuit (Rom. 11 : 25). Lorsque le Seigneur aura recueilli son Église auprès de lui dans le ciel, Dieu reprendra le cours de ses voies envers Israël et le monde.

4.3.5.5. La dernière semaine: v. 27

La vision se poursuit donc par la révélation de temps encore entièrement futurs. «Et il confirmera une alliance avec la multitude pour une semaine». C’est l’action du «prince qui viendra», le chef de l’empire romain ressuscité, la première bête (Apoc. 13 : 1-10). Sous la conduite de l’Antichrist, les Juifs incrédules (la multitude) établiront avec Rome une alliance profane appelée ailleurs «un pacte avec le shéol» (És. 28 : 15). La nation juive rebelle («les hommes moqueurs qui gouvernent ce peuple qui est à Jérusalem»), s’imagine ainsi échapper au danger des armées du Nord. Ce grand ennemi de la fin est appelé «le désolateur» (v. 27), «le fléau qui inonde» (És. 28 : 15, 18), «l’Assyrien» (Mich. 5 : 5), ou enfin, «le roi du Nord» (11 : 40-45). Il a été annoncé symboliquement par l’action future de la petite corne orientale (8 : 23-25). Mais Dieu annulera le pacte de ces hommes rebelles, pour faire tomber sur eux le jugement auquel ils tentaient d’échapper. Au milieu de la semaine, la bête romaine, avec l’appui de l’Antichrist, fera cesser «le sacrifice et l’offrande» dans le temple rebâti à Jérusalem. Le culte à l’Éternel sera remplacé par le culte idolâtre rendu à l’image de la bête (Apoc. 13 : 15), appelée «l’abomination de la désolation» (Mat 24:15) ou «l’abomination qui désole»1 (12. 11). Cette idolâtrie future se développera à l’instigation et sous la protection des autorités politique et religieuse; elle provoquera les jugements divins (une désolation) par la verge de l’Assyrien (És. 10:5). Quel terrible moment de l’histoire d’Israël! «L’abomination» (l’idolâtrie) cause «la désolation» (le jugement), par le moyen du «désolateur» (l’Assyrien), sur «la désolée» (c’est-à-dire Jérusalem). Le jugement est assimilé à «une consomption», c’est-à-dire un acte de consumer (comme de brûler par le feu). Il s’accomplit selon un décret divin: c’est donc «une consomption décrétée» (És. 10 : 23). En reprenant d’autres termes de l’Écriture, on peut tenter d’exprimer la pensée: l’idolâtrie à Jérusalem attirera un jugement exercé par l’Assyrien qui consumera ses habitants. Le langage est certes difficile, mais on entrevoit pourtant le sens de la vision.

1 Le mot «abomination» désigne souvent l’idolâtrie ou les idoles (Deut. 27 : 15; 1 Rois 11 : 7).

Chapitre 10

4.4. Daniel 10: Préparation morale de Daniel aux communications divines

La dernière vision du livre est révélée à Daniel, après le retour des Juifs de leur captivité. Comme celle qui précède (9 : 24-27), elle est une réponse aux exercices du cœur du prophète, soit en intercession (ch. 9), soit dans le jeûne (ch. 10).

Entièrement occupée de l’Orient, cette dernière vision est introduite par un aperçu sur le conflit entre les puissances du bien et du mal dans le monde invisible.

4.4.1. La préparation morale du prophète: v.1-3

Daniel était arrivé vers la fin de sa longue carrière. Il était encore en Mésopotamie, tandis que le résidu juif était déjà remonté à Jérusalem. Aussi n’est-il plus occupé de la captivité de Babylone, et des circonstances immédiates de son peuple. Son cœur encore rempli de la vision donnée par l’ange Gabriel, il comprend que le temps d’épreuve du peuple serait encore long (v. 1).

Une fois encore, Dieu se sert de Daniel pour révéler l’avenir; mais le prophète pénètre lui-même de façon intelligente dans la portée de la vision. Aussi, poussé par l’Esprit de Christ, il continue à affliger son âme devant Dieu: ce long jeûne de trois semaines, pour un vieillard comme lui, en est une preuve touchante (v. 3). Cette période semble, d’après le contexte, être la même que celle mentionnée par l’ange plus tard (v. 13).

L’exemple du prophète nous enseigne que nous ne pourrons nous identifier avec les afflictions du peuple de Dieu, que si nous sommes dans une communion intime avec Dieu. Une préparation morale (figurée par l’humiliation et le jeûne) est toujours nécessaire pour nous rendre capables de recevoir les pensées ce Dieu et discerner sa volonté.

4.4.2. La vision de Christ au bord du Tigre: v. 4-9

Là, auprès du fleuve des nations, Daniel contemple une vision glorieuse, celle du Fils de l’homme, Christ (v. 5, 6). Plusieurs de ses caractères ou attributs sont ceux qu’il revêtira devant l’apôtre Jean, dans l’île de Patmos (Apoc. 1 : 13-16) :

Le vêtement de lin: C’est le symbole de la pureté, en rapport avec le jugement (12:6, 7) (Ézé. 9 : 2).

La ceinture d’or sur les reins: La gloire de Dieu (l’or) s’exprime en justice dans le Messie, le Roi (És. 11 : 5).

Le visage comme un éclair: Sur la sainte montagne, le visage du Messie resplendit comme le soleil (Matt. 17:2; 2 Pi. 1 : 17, 18). Plus tard, le soleil de justice apportera la guérison dans ses ailes (Mal. 4 : 2).

Les yeux comme des flammes de feu: «Les yeux de l’Éternel qui parcourent toute la terre» (Zach. 4 : 10) scrutent toutes choses, comme la parole de Dieu.

Les bras comme l’airain poli: ses actes sont selon le juste jugement divin.

Les pieds aussi semblables à l’airain: la stabilité et la marche glorieuse sont aussi basées sur le jugement (Ézé. 1 : 27; Ps. 89 : 14).

La voix puissante: toute la terre doit faire silence devant lui (Hab. 2:20).

On comprend l’effet produit sur Daniel, et sur ceux qui étaient avec lui, par la vision et par la voix qui s’adresse a lui (v. 7-9); frappé de stupeur, il tombe sur sa face contre terre.

4.4.3. Le conflit des puissances spirituelles dans le monde invisible: v.10-14

Le ministère des anges lève alors un coin du voile qui nous sépare du monde invisible mystérieux. Les anges, esprits administrateurs, sont des serviteurs de Dieu, envoyés pour servir les saints (Ps. 103 : 21, 22 ; Héb. 1 : 14).

Un ange1 est envoyé ici pour relever, fortifier et instruire Daniel: «je suis maintenant envoyé vers toi», dit-il (v. 11). La main de l’ange relève Daniel, pour lui communiquer la puissance divine. Ensuite, il reçoit l’assurance d’être un «homme bien-aimé». Enfin, fortifié et conscient d’être aimé de Dieu, il est qualifié pour recevoir le message angélique. L’ange avait été envoyé auprès de lui comme conséquence de ses prières et de ses exercices de cœur (v. 12). Quel encouragement pour chacun de nous à persévérer ainsi dans la prière, particulièrement dans les mauvais jours!

1 II semble que cet être, introduit mystérieusement ici dans le récit (v. 10) soit bien un ange, distinct de l’homme vêtu de lin (v. 5). Certains pensent qu’il peut s’agir de la même créature (céleste). S’il en est bien ainsi, la vision apparue à Daniel ne se rapporterait pas à Christ lui-même; l’ange présenterait certains de ses attributs. Dans l’Apocalypse, Christ apparaît quelquefois sous le caractère d’un ange (par exemple en Apoc. 10:1).

Daniel apprend alors de l’ange pourquoi Dieu, qui avait prêté l’oreille aux supplications de son serviteur, «dès le premier jour», semblait avoir tardé à lui répondre. Un conflit avait surgi dans le monde spirituel invisible entre les puissances du bien et du mal:

D’un côté, «Micaël» (c’est-à-dire Michel, l’archange), venu au secours de l’ange qui parlait maintenant à Daniel. Micaël, «un des premiers chefs», sera même appelé «le grand chef» (12:1). Il était désigné par Dieu pour veiller sur les intérêts d’Israël sur la terre.

De l’autre côté, «le chef du royaume de Perse», un ange déchu, envoyé par Satan pour dresser le pouvoir politique, détenu par la Perse, contre les activités de Dieu. Ce solennel combat entre les puissances du bien et du mal a duré trois semaines, précisément la période pendant laquelle Daniel était dans le jeûne.

L’ange déclare alors à Daniel l’importance de son message (v. 14). La vision sera exposée plus loin dans le détail (ch. 11 et 12), mais sa portée prophétique est soulignée dès maintenant: elle concerne «ton peuple à la fin des jours». À travers tous les événements historiques des nations, Dieu poursuit ses voies à l’égard d’Israël1, jusqu’à la fin (la consommation du siècle et l’instauration du royaume de Christ).

1 II ne s’agit donc pas, comme quelques-uns l’ont pensé:

soit de l’histoire de la chrétienté ou de la papauté;

soit de la conduite de grands stratèges humains, comme Napoléon.

4.4.4. Consolations et promesses divine : v. 15-19

Bouleversé à nouveau par l’ampleur des révélations, Daniel devient muet. L’exemple du prophète montre ici combien le corps d’un croyant peut être touché par les préoccupations et les souffrances de son esprit.

Une nouvelle intervention angélique («la ressemblance des fils des hommes») lui redonne la parole, bien que toute énergie lui manque encore (v. 16, 17). L’aspect d’un homme (probablement encore un ange) continue le service divin envers le prophète: «Ne crains pas, homme bien-aimé; paix te soit! sois fort, oui, sois fort!» (v. 18, 19). Dans la confiance en Dieu, Daniel trouve la paix et la force. Ce dialogue de communion entre Dieu et son bien-aimé serviteur, en face du conflit mystérieux entre les puissances du monde invisible, est d’une grande beauté.

4.4.5. Introduction aux révélations à venir: v. 20, 21

Car, en fait, la lutte continuait entre le bien et le mal. L’ange qui avait déjà parlé à Daniel (v. 10-14) poursuit ses révélations. Avant de retourner combattre le chef de la Perse (cet ange déchu déjà évoqué au verset 13), l’ange (un saint ange de Dieu) devait communiquer à Daniel un message divin (c’est l’objet des chapitres 11 et 12), «consigné dans l’écrit de vérité» (v. 21). Nous retiendrons pour nous que toute la révélation prophétique que Dieu nous destine est contenue dans l’Écriture; c’est un tout qui s’interprète par lui-même, bien que beaucoup de choses demeurent obscures pour nos esprits finis (2 Pi. 1 : 20). Mais lorsque l’ange reprendrait son combat, une autre puissance de mal se présenterait contre lui, le chef de Javan (la Grèce). Il s’agit précisément du royaume qui allait renverser l’empire médo-perse. Poussées par Satan (le dieu de ce monde), la Grèce et la Perse (les deux royaumes étant représentés chacun par leur chef, ces deux anges déchus) feraient la guerre à Daniel et au peuple de Dieu. Le conflit avec les puissances des ténèbres devait donc se poursuivre.

En prenant en main les intérêts du peuple de Daniel, l’ange n’est aidé que par Micaël. Ainsi, à travers toutes les voies de Dieu sur la terre, l’archange veille au bien de la nation élue.

Chapitre 11 versets 1 à 15

4.5. Daniel 11: Prophéties sur les rois du Nord et du Midi

Dieu avait préparé moralement Daniel à recevoir les communications divines (ch. 10); celles-ci lui sont maintenant révélées (ch. 11 et 12). L’extraordinaire précision des détails de ces prophéties a même fourni l’occasion à certains critiques de mettre en cause l’authenticité du livre de Daniel.

Tous les événements prédits étaient encore futurs pour Daniel. Pour nous, au contraire, tout ce qui est annoncé jusqu’au verset 35 appartient au passé; seule, la signification prophétique demeure. Mais la fin de la prophétie (11 :3 6 à 12 : 13) appartient encore au futur. La période dans laquelle nous vivons (l’Église sur la terre) s’inscrit entre les versets 35 et 36 du chapitre 11.

4.5.1. Les rois de Perse et Alexandre: v. 1-4

4.5.1.1. Un ange protège Daniel à la cour de Darius: v. 1

L’ange révèle à Daniel qu’il s’était tenu à l’époque auprès de Darius, pour l’aider à résister à ceux qui complotaient contre le prophète à la cour royale (6 : 4-9). Dieu veillait ainsi sur son serviteur par une intervention angélique, à l’insu même du roi. C’est encore une révélation des activités mystérieuses du bien dans le monde invisible. La mention de la première année du règne de Darius le Mède doit être rapprochée de la prophétie des soixante-dix semaines, révélée à Daniel par l’ange Gabriel (9:1, 21). On peut penser que Gabriel est à nouveau le messager angélique parlant à Daniel, qui se présente ainsi: «Et moi» (v. 1), pour continuer par: «je te déclarerai la vérité» (v. 2). S’il en est bien ainsi, l’ange déjà envoyé auprès de Daniel pour le fortifier (10 : 11, 18) était donc Gabriel.

L’ange présente alors un tableau historique qui va former la trame des événements touchant le peuple de Daniel au milieu des nations.

4.5.1.2. Les quatre rois de Perse: v. 2

Quatre rois de Perse sont annoncés et devaient succéder à Cyrus1:

1 Les noms utilisés dans la Parole sont mentionnés les premiers; les noms historiques correspondants sont indiqués entre parenthèses.

Assuérus (Cambyse).

Artaxerxès (Smerdis le mage).

Darius Hystaspe (ce n’est pas Darius le Mède)1.

Xerxès: connu pour ses fabuleuses richesses, il s’est déchaîné contre la Grèce, mais seulement pour y perdre le pouvoir. La défaite de son armée mélangée (de cinq millions de soldats) mentionnée auparavant (8 : 7), est passée sous silence ici.

1 À cette période, les ennemis des Juifs firent cesser pendant quinze ans le travail de la maison de Dieu à Jérusalem (Esd. 6 : 7, 24).

4.5.1.3. Alexandre le Grand: v. 3, 4

Alexandre le Grand entre alors en scène, ce «roi vaillant» (v. 4), qui a formé l’empire grec. À l’issue de son règne éphémère, son immense empire a été déchiré entre les mains de ses quatre généraux (8 : 8). Toute la suite de la prophétie est relative aux conflits et aux alliances entre les rois qui ont surgi de cet empire grec.

4.5.2. Les rois du Nord et du Midi de-305 à -175 : v.5-20

Deux des quatre généraux ont joué un rôle important en rapport avec Israël: Séleucos en Syrie et Ptolémée en Égypte. Leur dynastie se rattache respectivement aux royaumes du nord et du midi, vus dans leur position géographique par rapport à la terre de beauté, le pays d’Israël (Deut. 32:8). La prophétie est d’une stupéfiante précision.

4.5.2.1. Premiers affrontements entre le Nord et le Midi: v. 5-9

Le premier «roi du Midi» (v. 5) est Ptolémée I Sôtêr, général d’Alexandre.

«Un autre… plus fort que lui» est Séleucos Nikatôr, premier roi du nord, dont le royaume s’étendait de la Macédoine (au nord de la Grèce) aux confins des Indes.

La lutte a été continuelle entre ces deux royaumes du Nord et du Midi. Pour essayer d’y mettre un terme, une alliance par mariage a été conclue («un arrangement droit»: v. 6). Bérénice, fille du roi du Midi Ptolémée II Philadelphe (le fils de Ptolémée Sôtêr), a été offerte en mariage à Antiochus II Théos, roi de Syrie. Mais, à la mort de son père, Bérénice a été emprisonnée («elle ne conservera pas la force de son bras»), tandis que son mari était empoisonné par sa première femme Laodice («il ne subsistera pas, ni son bras»).

Ptolémée III Evergète («le rejeton»: v. 7), fils de Ptolémée II Philadelphe, a alors tout mis en œuvre pour délivrer sa sœur Bérénice. Levant une forte armée, il envahit la Syrie (allant même jusqu’à Babylone); mais il trouve sa sœur, et le fils de celle-ci, déjà mis à mort. Sa vengeance s’exerce alors contre les meurtriers, et il s’empare de grandes richesses qu’il ramène en Égypte (v. 8).

4.5.2.2. Le conflit implique les Juifs et Rome: v. 10-19

Un nouveau roi du Midi (v. 11), Ptolémée IV Philopatôr (fils de Ptolémée Evergètes) fait alors la guerre au roi du Nord, Antiochus le Grand, et remporte la victoire sur lui.

Ce dernier, cherchant sa revanche, réunit alors une grande armée. Ses campagnes contre Ptolémée V Épiphane (fils de Philopatôr) sont annoncées en détail (v. 13-19). Pour la première fois, apparaissent des Juifs se mêlant aux conflits des nations. Les «violents de ton peuple» (le peuple de Daniel; v. 14) sont des Juifs apostats qui s’unissent au roi du Midi pour combattre le roi du Nord. Ils tomberont sous la vengeance du vainqueur, Antiochus III le Grand. Ces affrontements militaires se déroulent maintenant sur la terre d’Israël («le pays de beauté» v. 16).

Devant l’impuissance des armes à régler leurs conflits, les rois recourent, une fois encore, au stratagème du mariage (v. 17). Le roi du Nord donne sa fille Cléopâtre1 en mariage au roi du Midi, dans le but de le subjuguer par la trahison de sa femme («la pervertir»); mais le complot échoue.

1 Il ne s’agit pas ici de la Cléopâtre de l’histoire romaine.

Le roi du Nord (Antiochus III le Grand) tourne alors ses armées vers l’archipel grec («les îles»; v. 17, 18) Il se heurte à Scipion, consul romain1, qui le chasse. De retour dans son pays, il trouve sa fin.

1 La république de Rome, alliée de la Grèce, remporte sur le roi du nord la victoire des Thermopyles.

4.5.2.3. Séleucos Philopatôr: v. 20

Son fils, Séleucos Philopatôr, consacre son règne à lever les impôts pour le compte de Rome («l’exacteur»); il pillera même le temple de Jérusalem pour y voler ses richesses. Mais il meurt bientôt, trahi par un ami, et non par une sédition de son peuple («non par colère») ou par les armes («ni par guerre»).

Ainsi se terminent ces temps troublés, d’une durée de 130 ans, qui ont suivi le règne d’Alexandre (de -305 à -175 environ). Le tableau annexé permettra de suivre la succession des deux dynasties pendant cette période.

4.5.3. Antiochus Épiphane et le peuple de Dieu: v. 21-35

La période décrite dans ces passages n’a duré que dix ans; mais elle est d’une grande importance du double point de vue historique et prophétique. Les événements annoncés se sont accomplis à la lettre; mais ils préfigurent aussi d’autres scènes, encore futures pour nous.

4.5.3.1. v 21-24: L’homme méprisé

Déjà annoncé par le symbole de la petite corne orientale (8:9), un autre personnage apparaît sur la scène, qui marquera profondément l’histoire du peuple d’Israël; l’histoire de cet «homme méprisé», donnée avec tant de détails dans les trois paragraphes des versets 21 à 35, préfigure celle de l’Assyrien, le roi du Nord des jours de la fin, le dernier ennemi de Christ et du peuple de Dieu.

Sans droit légal à la couronne du royaume de Syrie, cet homme vil et méprisable, appelé Antiochus (comme ceux de sa dynastie) se saisit du pouvoir par la flatterie. Sa fraude, ses tromperies et ses largesses insensées lui ont valu le nom d’Épiphane (l’illustre), changé par son propre peuple en Epimane (l’insensé). Dans sa haine contre le peuple de Dieu, il décide de s’emparer de la terre l’Israël. Il se fait aider par le frère du souverain sacrificateur à Jérusalem et distribue ses faveurs aux Juifs infidèles (v. 23, 24).

4.5.3.2. v. 25-28: Les campagnes contre l’Égypte. La profanation de Jérusalem

Antiochus Épiphane part ensuite en guerre contre l’Égypte et contre son roi, Ptolémée VII Evergète II (le roi du midi). Plusieurs expéditions militaires lui assurent la victoire; mais, plutôt que de mettre à mort son ennemi, il le convoque à la table des négociations, et signe avec lui une paix factice («ils diront des mensonges à une même table»: v. 27). Sur le chemin du retour, comblé des richesses volées à l’Égypte, il s’en prend à Jérusalem dont il s’empare avec traîtrise; sa rage se déchaîne déjà contre les Juifs («la sainte alliance»).

4.5.3.3. v 29, 30: Sa dernière expédition contre l’Égypte

L’action se poursuit «au temps déterminé», le terme (ordonné par Dieu) de cette alliance trompeuse entre les deux rois du Nord et du Midi (v. 27). Mais les choses ont changé, car Rome et sa flotte armée («les navires de Kittim») s’allient à l’Égypte contre la Syrie.

Au moment où Antiochus se prépare à faire le siège d’Alexandrie, un représentant du sénat de Rome lui intime l’ordre de quitter l’Égypte sur-le-champ. Devant un plus fort que lui, «il sera découragé, et retournera» (v. 30). Humilié et furieux, il rentre dans son pays; en chemin, il se retourne à nouveau contre les Juifs, sur lesquels il déverse sa haine («il sera courroucé contre la sainte alliance»). C’est un moment terrible pour le peuple de Dieu.

4.5.3.4. v. 30-33: Antiochus Épiphane et les Macchabées

Ce temps de détresse est celui des Macchabées1. Leurs livres qui ne sont pas inspirés donnent toutefois des détails saisissants sur leurs épreuves. L’apôtre les placera dans la nuée des témoins de la foi (Héb. 11 : 34-38).

1 Le nom de cette famille pieuse signifie en hébreu: «marteau de Dieu».

Antiochus s’appuie d’abord sur les Juifs incrédules: «ceux qui abandonnent la sainte alliance» (v. 30), et «ceux qui agissent méchamment à l’égard de l’alliance» (v. 32). Il réussit à les corrompre par son arme favorite, la flatterie. Apollonius, un de ses généraux, ordonne alors de sa part le massacre de plusieurs dizaines de milliers d’habitants le Jérusalem, suivi de la profanation du temple. Après avoir ôté les ustensiles du sanctuaire, il place une idole dans le lieu saint et offre une truie (animal impur et abominable pour les Juifs) sur l’autel; tous les sacrifices sont alors interrompus (8 : 11, 12). C’est «l’abomination qui cause la désolation»1 (v. 31.

1 Le sens de cette expression paraît être ici en hébreu que l’abomination (l’idolâtre) est causée par le désolateur (ici Antiochus). Il s’agit ici d’un événement passé (survenu en -171 environ). Mais cette expression est à rapprocher de deux autres déclarations similaires (9 : 27; 12 : 11), où l’accent est mis plutôt sur les conséquences de l’abomination: elle apporte «la désolation» (l’épreuve et le malheur sur «la désolée» (Jérusalem). C’est alors une prédiction non encore accomplie, à laquelle le Seigneur fait allusion dans sa prophétie sur les temps de la fin (Matt. 24 : 15).

À travers cette scène abominable, Dieu préserve pour lui un résidu fidèle au milieu de la masse (la multitude): c’est «le peuple qui connaît son Dieu», qui est fort et qui agit. Et parmi ce résidu, une autre classe plus restreinte est distinguée: «les sages du peuple» (v. 33, 35 ; 12 : 3). Ce sont les «Maskilim», ceux qui ont l’intelligence pour enseigner la multitude, malgré les pièges subtils de l’ennemi. L’épreuve opère leur purification spirituelle, mais plusieurs d’entre eux y laisseront la vie, comme témoins fidèles pour Dieu.

4.5.3.5. v. 34, 35: La fin des quatre cents ans de silence

Cette partie de la prophétie se termine par la mention de la résistance victorieuse des Macchabées, qui prennent les armes contre leurs oppresseurs (v. 34). La conduite de ce résidu zélé pour Dieu n’est pas la même que celle du résidu de la fin; celui-ci devra, au contraire, s’enfuir, pour sa vie, sans prendre l’épée (Matt. 24 : 16-21).

Les Macchabées réussirent à purifier le temple et à chasser l’envahisseur pour un temps. Le sanctuaire fut rendu au culte divin au mois de Kislev (en hiver) de l’année -165; c’est l’origine de la fête de la dédicace, célébrée encore parmi les Juifs au temps du Seigneur (Jean 10:22). Il s’était donc bien écoulé une période d’environ six ans et demi entre la profanation du sanctuaire par Antiochus et sa purification par les Juifs fidèles, soit les «deux mille trois cents soirs et matins», conformément à la prophétie (8:14).

À la même époque (-170 environ), une alliance conclue avec Rome avait scellé l’asservissement du peuple de Dieu au quatrième empire des nations.

La dernière prophétie de l’A.T., Malachie, avait été écrite en -397 environ, c’est-à-dire quatre cents ans avant la venue de Christ qui ouvre le N.T. La prophétie de Daniel conduit les pensées de la foi tout le long de cette période de silence.

Parmi les prisonniers de l’espérance qui ont longtemps attendu le salut et la délivrance, la Parole signale Anne (grâce ou supplication), fille de Phanuel (face de Dieu), de la tribu d’Aser (bienheureux) (Luc 2 : 36.37).

Phanuel est né quelques dizaines d’années seulement après les événements relatés plus haut. Avec sa fille, Anne, ils vivaient ces temps sombres et difficiles, où les sages étaient éprouvés, «pour les purifier et les blanchir» (v. 35).

Les événements prédits jusqu’ici (11 : 2-35) se sont rigoureusement accomplis dans l’histone des nations. Leur importance découle du fait:

que le peuple d’Israël y a été intimement mêlé,

qu’ils sont une préfiguration de scènes encore futures qui doivent introduire le règne millénaire de Christ, et la bénédiction terrestre du peuple élu.

La prophétie qui suit (v. 36-45) annonce des événements futurs qui n’ont pas eu de contrepartie historique; ils appartiennent exclusivement «au temps de la fin» (v. 40), et se rapportent à l’Antichrist et au roi du Nord.

L’Assemblée de Christ est céleste; elle est en dehors de telles révélations. Son histoire sur la terre, dans l’attente d’être recueillie dans la gloire céleste se place chronologiquement entre les versets 35 et 36 de ce chapitre 11; dans une prophétie précédente, elle s’intercalait de la même manière entre les versets 26 et 27 du chapitre 9.

Chapitre 11 versets 16 à 45

4.5.4. Événements à venir. L’Antichrist: v.16-39

Un personnage encore inconnu surgit soudainement devant Daniel sur la scène prophétique. Son caractère et sa conduite le distinguent de tous les autres hommes de la terre: c’est «le roi», l’Antichrist1, qui doit jouer un rôle majeur au temps de la fin.

1 Cette expression montre que l’Antichrist sera un Juif; peut-être sortira-t-il de la tribu de Dan qui symbolise souvent l’apostasie (Gen. 49 : 17).

Parmi les dix titres que la Parole lui attribue, le Saint Esprit le désigne ici comme «le roi», celui qui s’est emparé du pouvoir pour dominer sur les hommes et sur les âmes. Il sera jugé selon ce titre de roi qu’il avait usurpé (És. 30 : 33). Son premier caractère est de donner libre cours à sa propre volonté, ce qui est le principe même du péché. Il manifeste le contraste le plus absolu avec Christ qui, étant Dieu, s’est constitué serviteur pour accomplir la volonté de son Père.

Rempli d’orgueil, ce roi inique s’élève contre toute autorité. L’impiété aussi le caractérise; il s’oppose à Dieu. Son action est présentée ici en rapport avec les Juifs en Orient: il contrôle l’apostasie religieuse juive à Jérusalem, avec l’appui de la puissance politique romaine (c’est la collusion des deux bêtes décrites en Apocalypse 13). Mais, il participera aussi à l’apostasie religieuse chrétienne (2 Thes. 2 : 3 ; 1 Jean 2 : 22).

Le centre de celle-ci sera à Rome, où la seconde Babylone s’appuiera aussi sur la même bête romaine. Derrière cette double révolte contre Dieu (juive et chrétienne), Satan exerce toute l’énergie du mal.

Le terme de la prodigieuse ascension de l’Antichrist est «l’indignation… accomplie» (v. 36), c’est-à-dire la fin des jugements divins sur Israël par la verge de l’Assyrien. L’apparition glorieuse de Christ mettra fin à la domination de la bête romaine et du faux prophète (l’Antichrist).

Dans l’intervalle, il méprise à la fois Dieu («le Dieu de ses pères»1), et Christ («l’objet du désir des femmes»2). En s’acharnant à effacer toute trace de religion de l’esprit des hommes, il se présente lui-même comme un dieu (Hab. 1:11; 2 Thes. 2 : 4).

1 Cette expression montre que l’Antichrist sera un Juif; peut-être sortira-t-il de la tribu de Dan qui symbolise souvent l’apostasie (Gen. 49 : 17).

2 Cette surprenante expression s’explique par le désir profond qu’avait toute femme vierge en Israël d’être choisie par Dieu pour donner naissance au Messie promis (És. 7 : 14).

Pour maintenir le peuple juif sous sa domination, il créera un système idolâtre, d’origine satanique et glorifiant la puissance humaine («le dieu des forteresses», «un dieu étranger», v. 38, 39). À ceux qui répondront à ses séductions, il confiera des places d’honneur et de puissance pour dominer avec lui sur la nation juive infidèle dans la terre d’Israël. Mais ceux qui lui refuseront l’obéissance seront exposés à une mort certaine. De tels martyrs auront part à la première résurrection pour jouir du royaume avec Christ (Apoc. 20 : 4, 5).

La prophétie de Daniel ne mentionne pas clairement le jugement et la fin de l’Antichrist. Le N.T. parle du feu éternel dans lequel il sera jeté vivant (2 Thes. 2 : 8 ; Apoc. 19 : 20). Avec Judas (le fils de perdition) et la bête (le chef de l’empire romain), ce sont trois hommes dont la Parole nous révèle le terrible sort éternel.

4.5.5. Événements à venir. Le roi du Nord: v. 40-45

Dans la terre d’Israël, le mal prévaut sous la domination de l’Antichrist. La fin de la prophétie montre les affrontements qui attendent ce dernier (et ses alliés), avec les deux puissances qui encadrent «le pays de beauté» (v. 40), à savoir les rois du Nord (l’Assyrie) et du Midi (l’Égypte, la Libye et l’Éthiopie).

4.5.5.1. L’Égypte n’échappera pas: v. 40-43

Le roi du Midi prend l’initiative d’envahir le pays d’Israël, bien probablement pour poursuivre vers le nord contre son ennemi héréditaire.

Le roi du Nord répond en levant une immense armée terrestre et navale, (comparée à une tempête) qui déferle vers le Midi. Jérusalem est envahie, plusieurs pays sont conquis et la progression atteint l’Égypte qui n’échappe pas au désastre (v. 41).

L’arrivée de l’armée du nord à Jérusalem avait déjà été prédite par Ésaïe (És. 28 : 18): ce sera un jugement sur les Juifs apostats (les hommes moqueurs). Mais, en fait, c’est la réponse personnelle de Christ (la vraie pierre éprouvée en Sion), à l’Antichrist qui s’était installé dans la sainte ville, pour dominer sur les infidèles.

Trois pays échappent au débordement des armées du nord: Édom, Moab et les fils d’Aramon (les descendants naturels d’Isaac et de Lot). Leur jugement doit être exécuté directement par Israël (És. 11 : 14; Ézé. 25 : 7, 11,14), et non par l’Assyrien.

Tout paraît réussir au roi du Nord qui s’empare de toutes les richesses de l’Égypte, et peut-être même du continent africain.

4.5.5.2. Des nouvelles alarmantes de l’Orient et du Nord: v. 44, 45

Mais ses insolents succès sont suivis de sa ruine soudaine et certaine. Des nouvelles effrayantes lui parviennent de l’orient et du nord.

Est-ce, peut-être, le déferlement de l’armée de deux cent millions1 d’hommes des rois de l’orient (Apoc. 9 : 16) ? La montée d’ennemis intérieurs dans cet immense bloc de nations hétérogènes (l’empire du nord) est également facile à imaginer.

1 Une «myriade» contient dix mille personnes. «Deux myriades de myriades» forment donc bien deux cent millions d’hommes. On imagine sans aucune difficulté la capacité de pays d’Asie, comme l’Inde et la Chine, à lever instantanément une pareille armée.

Confiant dans ses propres forces, le roi du nord retourne donc dans son pays, pour tenter de régler dans le sang le sort de tous ses ennemis. De passage dans la terre d’Emmanuel, il dresse son camp entre la Méditerranée («la mer»), et la montagne de Sion à Jérusalem («la montagne de sainte beauté»). Peut-être sera-ce dans la même plaine de Meguiddo, où doit avoir lieu le conflit1 des puissances occidentales avec le Seigneur de gloire et ses armées, à la bataille d’Armagédon (Apoc. 16 : 16 ; 19 :11-18) ?

1 Il semble que l’Assyrien (le royaume du Nord) subsiste comme le dernier ennemi d’Israël alors que le peuple élu est déjà reconnu par son Dieu. La délivrance sera opérée par la venue en gloire de Christ sur la montagne des Oliviers (Zach. 14 : 3).

Là, sans aucun secours extérieur, «il viendra à sa fin»; il sera jugé par Christ lui-même qui délivrera ainsi le peuple élu du second siège de Jérusalem (És. 14 : 25 ; Mich. 5 : 5, 6 ; Zach. 14 : 2-4).

Non seulement, le roi du nord est anéanti, mais ses armées le sont avec lui; il faudra une longue période (sept ans) pour purifier le pays d’Israël du souvenir des carnages qui auront accompagné cette scène de jugement guerrier (Ézé. 39 : 8-16).

C’est un moment assez obscur de l’histoire prophétique des derniers jours, et beaucoup de détails ne nous sont pas révélés. En particulier, l’Esprit Saint n’a pas jugé bon de nous permettre de coordonner complètement les prophéties de l’A.T. avec celles de l’Apocalypse. Elles sont toutes relatives à Christ et à sa gloire. Mais les premières se rattachent essentiellement à Israël au milieu des nations, tandis que les dernières montrent le sort de la chrétienté professante infidèle.

 

Chapitre 12

  1. La grande tribulation et la fin des temps des nations: Daniel 12

La fin de la prophétie (ch. 12) continue le sujet déjà traité, à savoir l’histoire des empires des nations, vue du côté de l’orient. L’Esprit de Dieu présente, en conclusion, la position finale d’Israël, et laisse entrevoir sa bénédiction future.

5.1. La grande tribulation juive: v. 1-4

Trois sujets sont d’abord présentés: (1) l’activité de Michel l’archange, (2) la détresse du peuple de Dieu, (3) sa délivrance.

5.1.1. L’activité de Micaël

D’abord l’action de Micaël, le grand chef, est soulignée. L’archange agit maintenant de façon plus directe et plus énergique en faveur de la nation confiée par Dieu à ses soins. Chronologiquement, «ce temps-là» (v. 1), où agit Michel se situe au moment du combat dans le ciel entre les puissances divines et sataniques (Apoc. 12 : 7-9). La grande fureur de Satan, jeté du ciel sur la terre, se déchaîne maintenant sur les habitants de la terre, et sur le peuple de Dieu en particulier (Apoc. 12 : 13-18). Ce sera une consolation pour les fidèles de la fin de savoir que leur Dieu les entoure d’une protection angélique au milieu de leur terrible épreuve.

5.1.2. La détresse de Jacob: v. 1

Ce temps de détresse, unique dans les annales de l’humanité, n’est mentionné que trois autres fois dans l’écriture (Jér. 30 : 7 ; Mat. 24 : 21 ; Marc 13 : 19). Cette épreuve suprême commence au milieu de la derrière semaine prophétique, lorsque l’abomination de la désolation est placée dans le lieu saint, comme le précise formellement le Seigneur à ses disciples. La durée de l’épreuve est celle de la demi-semaine (d’années), soit: (1) trois ans et demi: un temps (déterminé), des temps (déterminés) et la moitié d’un temps (7 : 25; 12 : 7); (2): quarante-deux mois (Apoc. 13:5) ou (3): mille deux cent soixante jours (Apoc. 11 : 3; 12 : 6). Satan est l’instigateur de cette détresse, mais ses trois instruments sont: l’Antichrist (l’oppression religieuse), la bête romaine (l’oppression politique occidentale) et le roi du Nord (l’oppression politique orientale). Tous se liguent pour faire la guerre à Dieu et détruire ses élus.

5.1.3. La délivrance de Juda (Juda et Benjamin): v. 1

Lorsque tout espoir est perdu à Jérusalem (És. 29 : 4), Dieu délivre ses élus sur la terre (le peuple de Daniel), ceux qui sont écrits dans le livre. Ils héritent du royaume qui leur est préparé dès la fondation du monde (Matt. 25:34). En contraste, les saints célestes ont été élus en Christ avant la fondation du monde (Éph. 1 : 4). Les deux tribus de Juda et de Benjamin (appelées Jacob, Jér. 30 : 7), coupables de la mort de leur Messie, ont traversé cette détresse, et un résidu en est délivré.

5.1.4. La délivrance d’Israël: v. 2

Mais Dieu n’oublie pas pour autant les dix autres tribus d’Israël (appelées Éphraïm) dispersées depuis longtemps parmi les nations (2 Rois. 17 : 6, 23). Leur retour dans la terre promise sera l’occasion du jugement des incrédules au milieu d’elles (Ézé. 20:38), tandis que les élus seront épargnés pour la bénédiction du règne (v. 2).

Il convient d’être très attentif aux expressions de l’Écriture. Le «réveil» de ceux qui «dorment dans la poussière» n’est pas une résurrection des corps d’hommes déjà morts. C’est une image de la résurrection nationale du peuple d’Israël qui retrouvera alors son identité collective perdue, selon la prophétie d’Ézéchiel 37:1-101. Israël étant à nouveau reconnu comme un peuple, Dieu opérera alors un jugement sélectif pour séparer les méchants (objet d’opprobre et d’une horreur éternelle) et les justes (qui ont la vie de Dieu, «la vie éternelle»). C’est une scène de jugement qui concerne Israël, sur laquelle peu de détails sont donnés. Elle est comparable à la moisson des nations (Matt. 13:30), et au jugement des vivants, qui la suivra, immédiatement avant le règne de Christ (Matt. 25 : 31-46). Il ne peut pas s’agir ici d’une résurrection des corps, car les deux résurrections corporelles (de vie et de jugement) ne sont pas simultanées; elles sont séparées par la durée du règne millénaire. Les fidèles en Israël jouiront pendant la période millénaire de la «vie éternelle», non pas comme les chrétiens, mais selon la révélation que Dieu fera de lui-même à son peuple dans cette dispensation (Ps. 133 : 3).

1 Les signes avant-coureurs de cet événement sont déjà visibles dans l’histoire contemporaine (la création de l’état d’Israël en 1948).

5.1.5. Les sages: v.3

Les sages avaient enseigné la justice à la multitude1. Leur service, déjà mentionné (11 : 33), s’accomplira de la part du Messie, le vrai serviteur de l’Éternel: «Par sa connaissance2, mon serviteur juste enseignera la justice à plusieurs» (És. 53 : 10).

1 Ce service est encore futur par rapport au temps où nous vivons.

2 La connaissance de Dieu. C’est la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ, la base de l’Évangile de la gloire de Christ (2 Cor. 4 : 4, 6).

Leur récompense future sera de briller comme la splendeur de l’étendue, et comme les étoiles (symbole d’une autorité subordonnée). Ainsi, Dieu revêtira de l’éclat de sa faveur ceux qui auront été fidèles pendant ce temps de rébellion et de détresse.

Une promesse comparable est faite aux justes dans la parabole de l’ivraie et du bon grain: «Alors, les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père» (Matt. 13 : 43). Les justes participent ainsi au bonheur du royaume céleste.

5.1.6. Une vision scellée: v. 4

Daniel reçoit instruction le cacher les paroles de cette prophétie, jusqu’à son accomplissement, qui est pour le «temps de la fin». Ce temps est caractérisé par l’instabilité des hommes et leur acharnement à vouloir tout sonder. N’est-il pas clair que nous y sommes maintenant arrivés? Pour nous, «le temps est proche», comme disait l’ange à l’apôtre Jean (Apoc. 22 : 10), de sorte que les prophéties de l’Apocalypse ne sont pas scellées pour nous; et, par grâce, le Saint Esprit mous permet en même temps de comprendre quelque chose des révélations confiées à Daniel. Que, par la parole prophétique, le Seigneur réveille nos cœurs à l’imminence de son retour, le terme de notre attente !

5.2. La vision des deux anges au bord du Tigre: v. 5-7

Daniel est au bord du Tigre, comme dans la vision précédente (10 : 4, 5). L’homme vêtu de lin, figure de Christ, domine maintenant le fleuve, tandis que deux autres personnages (des anges) se tiennent de part et d’autre.

La question est posée: «Jusques à quand la fin de ces merveilles?» Quelle devait donc être la durée de l’épreuve, de ce temps de détresse (v. 1)? Abrégée par la miséricorde de Dieu (Matt. 24 : 22), elle serait contenue dans la limite assignée de trois ans et demi (v. 7). L’homme vêtu de lin s’y engage solennellement par un serment au nom de «celui qui vit éternellement». La comparaison avec le serment de l’ange au sujet de l’avenir de la terre (Apoc. 10:5-7) montre bien que celui qui jure est plus qu’un homme: c’est Dieu lui-même.

Le fleuve est aussi un symbole des épreuves des chrétiens sur la terre. Comme Israël autrefois, nous perdons trop souvent de vue la grâce de Dieu, et rejetons alors «les eaux de Siloé qui vont doucement». Aussi, Dieu doit-il envoyer des épreuves: il fait monter contre nous «les eaux du fleuve, fortes et grosses» (És. 8:5-8). Mais, quelles que soient les raisons de l’épreuve, nous sommes assurés que Christ se tient au-dessus du fleuve, et que ses instruments (figurés par les personnages de chaque côté du fleuve) en contiennent aussi les «eaux» (v. 6, 7), à la fois la durée de l’épreuve et son intensité. Ainsi, l’Éternel disait-il déjà à Job, en parlant de la mer: «Tu viendras jusqu’ici, et tu n’iras pas plus loin, et ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots» (Job 38 : 11). Et l’apôtre Paul reprend la pensée pour encourager les Corinthiens (comme nous-mêmes) à ne pas douter de la fidélité de Dieu (1 Cor. 10 : 13).

Pour Israël («le peuple saint»), les souffrances achèveront de briser sa prétention. L’intervention de Dieu en délivrance marquera le terme de ces jours de douleur («toutes ces choses seront achevées»). Par les épreuves, Dieu veut aussi briser notre propre volonté et la force de la chair en nous, pour nous amener à ne compter que sur lui seul et à jouir de sa grâce

5.3. La fin des temps des nations. Repos et bénédiction pour Daniel: v. 8-13

Daniel, malgré son intelligence en toute vision (1:17), ne reçoit pas le message, et réitère sa question (v. 8). Les prophéties qu’il avait reçues ne le concernaient pas immédiatement et directement; c’était une partie du plan général divin administré pour d’autres, en fait pour nous (1 Pi. 1 : 10,12 ; 2 Pi. 1 : 19).

La réponse de Dieu au prophète est de toute beauté; elle transcende les circonstances pour montrer que Dieu poursuit un but, celui de faire du bien à la fin (Deut. 8 : 16).

5.3.1. Purifiés, blanchis et affinés: v. 10

Voici le travail de la grâce dans les cœurs de ceux qui traversent l’épreuve:

«Purifiés»: la purification de la conscience et du cœur s’opère par la foi en l’œuvre de Christ (Act. 15 : 9).

«Blanchis»: le croyant est aussi blanchi, délivré de la culpabilité du péché, pour être «revêtu des vêtements du salut… couvert de la robe de la justice» (És. 61 : 13), à l’image de Joshua (Zach. 3 : 4).

«Affinés»: Enfin, les croyants sont affinés, comme l’argent dans le creuset (Mal. 3:3).

Alors, l’Éternel prendra plaisir en eux, comme son trésor particulier (Mal. 3:17).

5.3.2. Les méchants et les sages

L’état des uns et des autres est désormais scellé (Apoc. 22:11):

voués à faire le mal, les méchants sont sourds et aveugles;

les sages, au contraire, recevront à ce moment une intelligence spirituelle particulière pour discerner les temps, à l’image des fils d’Issacar autrefois (1 Chr. 12:32).

5.3.3. Les trois dates de la délivrance

Toutes ces choses annoncées devaient être achevées après 1 260 jours (trois ans et demi) (v. 7). Mais, deux autres durées sont mentionnées: 1 290 jours (v. 11) et 1 335 jours pour atteindre le bonheur promis (v. 12).

La dernière demi-semaine (de 1 260 jours) se terminera bien par l’apparition de Christ à Jérusalem pour détruire l’Assyrien. Toutefois, une période supplémentaire sera nécessaire pour préparer le royaume de Christ (un mois et deux mois et demi). Peut-être ces délais sont-ils ajoutés à dessein pour suggérer l’accomplissement de la fête des tabernacles, la dernière fête à l’Éternel (Lév. 23 : 33-36 ; Deut. 16 :13-16). Ce sera le moment de la joie terrestre du royaume.

5.3.4. La part de Daniel

Daniel n’entre pas dans cette scène de joie millénaire. Son long et fidèle service est achevé, et le repos lui est désormais promis comme récompense de ses travaux.

Comme tous les croyants de l’A.T., il aura part, avec nous, à la première résurrection. Il entourera le trône de l’Agneau avec tous les rachetés célestes (Apoc. 5 : 8). Mais il sera aussi associé, avec les saints des lieux très-hauts, à la gloire du royaume du Fils de l’homme, celui que la vision lui avait présenté comme venant avec les nuées des cieux pour recevoir la domination éternelle (7 : 13, 14).

  1. Résumé du livre du prophète Daniel

Le livre du Prophète Daniel décrit les temps des nations (Luc 21 : 24) et leurs caractères moraux (ch. 1-6). Il présente ensuite l’histoire prophétique des quatre empires des nations et leurs relations avec le résidu juif (ch. 7-12). Dieu révèle ses secrets à Daniel, cet «homme bien-aimé» (10:11). Sa prophétie s’arrête à l’introduction du millénium.

6.1. Un résidu fidèle à Babylone

Daniel et trois jeunes Hébreux de race royale ont été amenés à la cour du roi de Babylone à l’occasion de la déportation de Juda. Dieu les y place pour qu’ils soient des témoins pour lui au milieu de la souffrance. Leur conduite montre ce que sont dans tous les temps les qualités morales d’un résidu fidèle à Dieu:

  1. L’obéissance à la Parole.
  2. L’humilité et la douceur d’esprit.
  3. La foi en Dieu, en face de l’épreuve.
  4. La séparation pratique du monde et du mal qui y règne, c’est-à- dire la position du nazaréen.
  5. L’intelligence spirituelle donnée par Dieu dans sa communion.
  6. La position de témoin (martyr) devant le monde, et la fidélité dans la souffrance.

La suite du récit fait ressortir enfin un dernier caractère:

  1. L’esprit de prière, en intercession et en reconnaissance (2 : 17-23).

6.2. Les temps des nations et leurs caractères moraux: Ch. 2-6

6.2.1. La vision de la statue (ch. 2)

Daniel interprète de la part de Dieu un rêve prémonitoire du roi Nebucadnetsar. Extraordinaire de dimension et de splendeur, la statue qu’il avait vue révélait la succession des quatre empires durant le cours des temps des nations (Chaldée, Mèdes et Perses, Grèce et Rome) ; le royaume éternel de Christ suivra.

6.2.2. Quatre tableaux historiques (ch. 3 à 6)

Ils complètent ensuite la portée de la vision pour montrer les caractères moraux et la conduite des empires (ou de leur chef).

6.2.2.1. L’idolâtrie et la statue d’or (ch. 3)

La puissance civile se sert de l’idolâtrie (la religion de Satan) pour soumettre les peuples et sceller l’unité politique des masses. La fournaise de feu est la part des témoins fidèles à Dieu; mais le roi doit reconnaître à la fin que leur Dieu est le seul digne d’être adoré.

6.2.2.2. La perte de conscience des relations avec Dieu (ch. 4)

Le chef de l’empire devient une bête. Non seulement, le pouvoir civil utilise la force et la violence aveugles des bêtes; mais ici, l’homme devant Dieu est ramené au rang d’un animal des champs (4:16) tourné vers la terre et privé de toutes les lumières d’en haut. Daniel interprète encore la vision du roi qui annonce son jugement. À l’issue de cette période de déchéance, Nebucadnetsar exalte Dieu comme le roi des cieux.

6.2.2.3. L’impiété (ch. 5)

Le festin de Belshatsar met le comble à l’iniquité et à l’impiété des nations. La profanation des instruments sacrés et le mépris du culte divin attirent le jugement, annoncé par une écriture d’origine divine tracée sur le mur de la salle du festin. Il est exécuté cette nuit même: Belshatsar meurt et le pouvoir sur les nations change de mains.

6.2.2.4. L’exaltation de l’homme (ch. 6)

Anticipant les prétentions de l’Antichrist, le chef de l’empire se fait Dieu, et se déclare seul qualifié pour recevoir des prières. La fidélité de Daniel le conduit dans la fosse aux lions, d’où Dieu le délivre. Et à la fin, Darius, comme ses prédécesseurs, doit reconnaître le Dieu de Daniel comme le seul Dieu, qui possède l’autorité suprême dans un royaume qui ne sera pas détruit.

6.3. L’histoire prophétique des quatre monarchies: Ch. 7-11

Cette troisième partie du livre contient les révélations prophétiques les plus importantes. Ce ne sont plus des scènes relatives aux chefs des empires, qui donnent l’occasion de messages divins interprétés par Daniel. Au contraire, Daniel reçoit maintenant directement de Dieu des révélations au sujet des nations; leur histoire est toujours présentée en rapport avec le peuple élu.

Le centre de la carte prophétique est Jérusalem et la terre d’Israël, autour desquelles Dieu avait disposé toutes les autres nations (Deut. 32 : 8). Les visions prophétiques des chapitres 7 à 11 couvrent toute la durée des temps des nations, jusqu’à l’introduction de la période millénaire.

La succession des quatre nations en occident : ch. 7

Les quatre nations sont maintenant symbolisées par des bêtes (violentes et méchantes). La plus effrayante est la quatrième (Rome); disparue après la venue et la mort de Christ, elle doit renaître pour faire la guerre au peuple de Dieu et à son Oint. Le jugement de son chef (la corne occidentale) précédera l’introduction du royaume de Christ sur la terre.

Les deuxième et troisième empires en rapport avec Israël en orient: ch. 8

Le royaume grec d’Alexandre a été déchiré en quatre parties après sa mort. Parmi ses quatre successeurs, deux dynasties (les Séleucides au nord et les Ptolémées au midi) jouent un rôle majeur dans l’histoire d’Israël. Un chef apparaît, Antiochus, sous le symbole d’une autre petite corne (surgie de l’orient). Il préfigure le chef futur de l’Assyrie, le roi du nord, le dernier ennemi d’Israël et de Christ.

La confession de Daniel et les révélerions divines sur Rome (ch. 9):

Daniel comprend par les Écritures (les prophéties de Jérémie) que l’exil du peuple de Dieu à Babylone touche à son terme. C’est l’occasion de sa touchante prière d’humiliation et de supplications (9:4-19); elle est un modèle de l’attitude de la foi au milieu de la ruine. Dieu lui répond par l’ange Gabriel. Daniel est un homme «bien-aimé» (9 : 24 ; 10 : 11, 19). À lui seul, Dieu révèle l’avenir des puissances occidentales (Rome en particulier), en rapport avec Israël et son Messie. La mort de Christ et la destruction de Jérusalem par les armées de Titus seront suivies d’une longue période de silence dans les voies de Dieu (la parenthèse de l’Église). La crise finale, d’une durée de sept ans (la dernière des soixante-dix semaines prophétiques), sera dénouée par la venue glorieuse de Christ: ce sera la fin des épreuves pour les élus et l’installation du royaume de justice et de paix.

Les rois du Nord et du Midi en orient (ch. 10, 11):

La prophétie revient en arrière pour annoncer l’histoire des nations en Orient, depuis le royaume grec d’Alexandre jusqu’à la fin. Auparavant, Daniel est préparé moralement à recevoir de telles révélations. À cette occasion, Dieu lève pour nous le voile qui cache le monde invisible, et le conflit qui s’y déroule entre les puissances du bien et du mal. Christ, dans ses attributs de jugement veille au bien des siens (de Daniel notamment), à travers la succession de tous les événements qui s’y déroulent (ch. 10).

La lutte est constante entre les rois du Nord et du Midi, et leur affrontement a pour enjeu «le pays de beauté» et Jérusalem. Antiochus Épiphane apparaît à nouveau (11 : 21 à 35), pour s’acharner contre le peuple de Dieu. Sa profanation du sanctuaire au temps des Macchabées (11 : 31), est l’image anticipée de «l’abomination de la désolation» que l’Antichrist (appelé ici le roi) placera dans le temple, comme le Seigneur l’avait annoncé à ses disciples (9 : 27 ; 12 : 11) (Matt. 24 : 15).

Le dernier tableau montre la conduite du roi du Nord (11:40-45), l’Assyrien de la fin, et son jugement par Christ.

6.4. La grande tribulation et la fin des temps des nations: Ch 12

Le temps de détresse extrême que doit connaître Juda avant sa délivrance sera limité en durée par les compassions de Dieu (v. 1) (Jér. 30:7; Matt. 24:21; Marc 13:19).

Mais Dieu ramènera aussi ses élus parmi les dix tribus d’Israël (encore dispersées parmi les nations) pour jouir du royaume (v. 2-4), tandis que les incrédules seront jugés.

Christ se tient au-dessus du fleuve de l’épreuve pour en contenir les flots par la puissance angélique. Les saints qui le traversent seront purifiés, blanchis et affinés.

La délivrance finale sera complète, et le bonheur est promis aux vainqueurs qui tiendront ferme jusqu’à la fin (v. 12, 13). Daniel, déjà compté parmi eux, pour avoir été fidèle à la cour de Babylone, goûtera le repos et la bénédiction du royaume céleste.

 

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, LIVRE DE LA SAGESSE, SAGESSE (livre de la), SALOMON (roi d'Israël ; 970 av. J-C. - 931 av. J.-C.)

Le livre de la Sagesse

Le livre de la Sagesse de Salomon

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Le livre de la Sagesse, écrit en grec, est resté en dehors de la Bible hébraïque. Pourtant, quel bel exemple d’inculturation !

 Le livre de la Sagesse a failli faire partie du Nouveau Testament ! Il a finalement été classé dans le Premier Testament. Écrit en grec, il est resté en dehors de la Bible hébraïque (et donc des bibles protestantes). Il est pourtant un bel exemple d’inculturation. Quelques années avant Jésus, un Juif cultivé d’Alexandrie a osé exprimer sa foi et ses traditions juives séculaires dans un langage nouveau : celui de la rhétorique grecque, à l’intention de ses contemporains, juifs ou païens. Il a fourni aux chrétiens bien des concepts pour dire le mystère de la Sagesse faite chair en Jésus.


Sommaire

Introduction
La diaspora juive à Alexandrie

1ère partie : Le juste et les impies
Le prologue (1,1-15)

Le projet des impies (1,16 – 2,24)
Les paradoxes de l’existence :
le juste et les impies (3-4)
Le bilan des impies (5)
Exhortation aux responsables (6)

2e partie : L’éloge de la Sagesse
Qui est Salomon en 6,22 – 9,18 ?

La prière de Salomon (9)

3e partie : Les œuvres de la Sagesse dans l’histoire
De la création à l’Exode (10,1 – 11,1)

Le début du midrash de l’Exode (11,2-14)
1ère digression : la modération divine (11,15 – 12,27)
2e digression : l’idolâtrie (13-15)
Suite du midrash de l’Exode (16,1 – 19,9)
Réflexions finales (19,10-22)

 

Le livre de la Sagesse : L’auteur, la date et les destinataires

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L’auteur du livre de la Sagesse de Salomon appartient à la communauté juive d’Alexandrie…

L’auteur du livre de la Sagesse de Salomon (Sophia Salômônos) appartient à la communauté juive d’Alexandrie. Cette proposition est largement partagée dans l’étude et la recherche contemporaine. « L’auteur était manifestement un maître dans un des centres juifs d’enseignement à Alexandrie, bien informé de la culture contemporaine et engagé à démontrer l’importance des principes du judaïsme pour les futurs maîtres intellectuels de son peuple » (J.M. Reese). Mais toute tentative pour donner à l’auteur de ce livre un nom, célèbre (comme le petit-fils de Jésus Ben Sira ou Apollos d’Actes 18,24) ou non, semble une entreprise qui manifeste surtout l’imagination des auteurs, car avec les mêmes indices ou arguments, on peut arriver à des résultats opposés. La fiction salomonienne est commune à d’autres écrits de sagesse biblique : les Proverbes, le Cantique et Qohélet. Contentons-nous donc de l’anonymat du Pseudo-Salomon !

La date de composition ne fait pas non plus l’objet de consensus. La « fourchette » des datations s’étend de 200-150 avant J.-C. jusqu’à 150 après. Cependant les études de ces dernières décennies réduisent cette fourchette et oscillent entre le règne d’Auguste (27-14) et celui de Caligula (37-41). La première proposition semble plus probable pour les raisons suivantes :
– le livre est vraisemblablement antérieur à l’œuvre de Philon d’Alexandrie (-20 ? à 54),
– les contacts avec la culture grecque, la philosophie hellénistique et les religions à mystères sont désormais évalués avec plus de précisions, – le livre ne reflète pas une persécution ouverte contre la communauté juive, mais plutôt l’apostasie de certains qui font cause commune avec des grecs libertins,
– des allusions au culte des souverains (Sg 14,17) et à la pax romana (Sg 14,22) peuvent correspondre tout à fait au règne d’Auguste,
– enfin une étude précise du vocabulaire rare ou des mots qui apparaissent ici pour la première fois dans la littérature grecque ajoute quelques confirmations […]

Quels sont les destinataires de ce livre ? Par deux fois en Sg 1,1 et 6,1 l’auteur s’adresse aux gouvernants, aux rois « dont la juridiction s’étend à toute la terre ». Une telle lettre ouverte aux grands de ce monde est-elle une fiction littéraire ? Cette défense et illustration de la religion d’Israël est sans doute destinée aux Juifs déracinés, tentés parfois par l’apostasie, ces Juifs « qu’il faut encourager par un écrit qui eût quelque ampleur et dont les formules ne blessassent pas les Gentils, lecteurs éventuels, et même lecteurs visés » (A. Gelin).

Cependant il ne faut pas oublier la royauté de la Sagesse, dont Salomon est la personnification éminente. La figure du roi dans les écrits sapientiaux n’est pas uniquement politique. Le maître de sagesse chercher à faire œuvre d’éducation, d’instruction. Le disciple, destinataire d’un tel écrit, est celui qui demain aura sa place dans la conduite des affaires de la société et des relations internationales. Son éducation d’aujourd’hui doit le conduire à découvrir la sagesse de Dieu et à y conformer sa vie.

 

Le livre de la Sagesse : L’éloge de la Sagesse (Sg 6,22 – 8,21)

Ce discours est un véritable invitatoire à écouter la Sagesse, à en découvrir les mystères, pour en suivre la vérité…

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Ce discours du livre de la Sagesse n’est pas sans rappeler les grands poèmes de la Sagesse personnifiée en Pr 8,22-31; Jb 28; Si 1 ou Si 24. C’est un véritable invitatoire à écouter la Sagesse, à en découvrir les mystères, pour en suivre la vérité. L’élément nouveau par rapport aux textes antérieurs est l’allusion aux mystères (v. 22) qui renvoie au secret jalousement gardé dans les religions à mystères et les doctrines ésotériques.

  • Salomon n’est pas sage de naissance (7,1-6)

Salomon ne doit pas sa sagesse et sa compétence à une conception divine ou une naissance miraculeuse, contrairement à la prétention des souverains hellénistiques. Il est fils d’Adam, le « protoplaste » (premier-façonné). Il est fils d’un homme et d’une femme qui se sont unis « avec plaisir » (cf. 2 S 12,24-25). L’image du ciseleur (v. 1) ou celle du tisserand (Jb 10,1; Ps 139,13) ne peut renvoyer qu’à Dieu. Le temps de la gestation n’était évoqué que pour les animaux en Jb 39,2. Pour les humains, c’est la Septante (« Mon fils, aie pitié de moi, qui t’ai porté dans mon sein neuf mois » 2 M 7,27) et le N. T. (Lc 1,36.59) qui indiquent neuf mois. Mais bien des textes anciens (Épopée d’Atrahasis, 280-282; 2 M 16,7) parlent de dix mois, comme certains textes égyptiens et romains jusqu’au IVe siècle de notre ère. « La période de dix mois pour une gestation est à la fois la plus commune et la meilleure. L’enfant dont parle Sg 7,2 nait dans les meilleures conditions physiologiques, et l’auteur suit les théories communes de son époque. Il ne dit rien sur l’animation de l’embryon. Certes, cet embryon était déjà “lui”, mais l’auteur n’explique pas de quelle manière il l’était. En cela, il s’éloigne d’Aristote pour qui le père transmettait l’âme à son fils » (M. Gilbert). « Aucun roi n’a débuté autrement dans l’existence. Pour tous, il n’y a qu’une façon d’entrer dans la vie comme d’en sortir » (v.5-6).

  • Salomon a demandé la Sagesse (7,7-1 2)

S’appuyant sur la prière de Salomon au sanctuaire de Gabaon (1 R 3,4-15 et 2 Ch 1,6-12), ces versets exaltent la Sagesse comme le bien le plus précieux, au-dessus des trésors les plus rares (cf. Jb 28,15-19; Pr 3,14-15; 8,10-11.19). On remarque toutefois que ce sont les valeurs appréciées par les Grecs, santé et beauté, qui sont mises en avant. La Sagesse est « mère » de tous ces biens.

  • La sagesse artisane des biens moraux et culturels (7,13-22a)

Puis Salomon demande à Dieu son aide pour parler correctement de la Sagesse, pour communiquer à d’autres ce qu’il en a reçu. C’est la première fois dans la Bible qu’un auteur demande à Dieu de l’aider avant d’écrire ! Dieu « guide de la Sagesse et directeur des sages » communique à Salomon le savoir encyclopédique. Déjà Si 39,12-35, à la suite de Jb 38-39, dressait un catalogue des connaissances scientifiques. Ici, la culture du monde hellénique est référée à Dieu comme source de toute vérité.

  • Éloge de la Sagesse (7,22b-8,1)

À l’esprit de la Sagesse sont dédiés 21 attributs (v. 22b-23) tirés du vocabulaire philosophico-religieux hellénistique. Ensuite l’activité de la Sagesse, dont l’origine divine est réaffirmée (v. 25) est envisagée d’abord dans le cosmos (v. 24-26), puis dans le monde des hommes devenant « amis de Dieu et prophètes » (7,27 – 8,1). Ces versets fourniront un langage à 1a christologie de certains écrits du N.T., que ce soit le « reflet » uni à la Gloire (Hb 1,3), ou le « miroir » ou 1’« image » (2 Co 3,18; 4,4; Col 1,15).

Le v. 27, qui est le cœur de la partie centrale du livre, révèle la grandeur de la Sagesse dans l’univers et surtout dans l’homme, la créature privilégiée : « Comme elle est unique, elle peut tout; demeurant en elle-même, elle renouvelle l’univers et, au long des âges, elle passe dans les âmes saintes pour former des amis de Dieu et des prophètes. »

  • La Sagesse épouse et mère (8,2-9)

En Sg 7,13-22a, la Sagesse était présentée comme un trésor; ici elle est la Sagesse divine, riche de l’intimité et de la science de Dieu, qui devient l’épouse parfaite et la mère de tous biens. Une histoire d’amour où les réflexions de l’amoureux s’épanouissent dans la décision finale : « Je résolus donc d’en faire la compagne de ma vie, sachant qu’elle serait ma conseillère pour le bien, mon réconfort dans les soucis et le chagrin » (v. 9).

  • La Sagesse royale (8,10-16)

La compagne idéale de Salomon dans l’exercice de sa royauté, dans l’administration du royaume et la responsabilité judiciaire: ainsi est tracé le portrait du sage dont la renommée franchit les barrières sociales et les frontières nationales. La réflexion de Salomon est construite autour du v. 13 : « J’obtiendrai, grâce à elle, l’immortalité et je laisserai à la postérité un souvenir éternel. » Telle était l’ambition du sage selon Si 39,9.

  • La Sagesse demandée dans la prière (8,17-21)

Les versets 17-18 ouvrent des perspectives nouvelles. La parenté avec la Sagesse n’introduit pas seulement la pérennité du souvenir (cf. v.13), mais bien une immortalité personnelle, au-delà de la mort, qui est d’une autre nature que la simple substance d’une âme préexistante.

« J’étais un enfant bien né et j’avais reçu une âme bonne; ou plutôt, étant bon, j’étais venu dans un corps sans souillure. » (8,19-20). « Bien né » (euphyês) apparaît en 2 M 4,32; ce terme grec « remonte à Socrate et Platon et concerne les qualités du corps et surtout celles de l’âme: un corps en bonne santé, en encore plus, un esprit bien disposé sur le plan intellectuel et moral ». Et « l’âme bonne » qu’il a reçue ne renvoie sans doute pas à quelque conception grecque de la préexistence de l’âme, mais plus simplement à Gn 2,7 où l’homme est un corps animé. Il reste cependant que Sg 8,20, sans rejoindre la préexistence de l’âme, accepte de la pensée grecque l’idée d’une prééminence de l’âme sur le corps (cf. Sg 9,15: « un corps corruptible appesantit l’âme et cette tente d’argile alourdit l’esprit aux multiples soucis » (M. Gilbert).

© Daniel Doré, SBEV / Éd du Cerf, Cahier Évangile n° 113 (Octobre 2000), « Le livre de la Sagesse de Salomon », p. 28-30.

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, DANIEL (personnage biblique), LIVRE DE DANIEL

Le livre du Prophète Daniel

Le livre de Daniel :

« Face au totalitarisme, la suprématie absolue de Dieu »

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Face à un pouvoir totalitaire, que faire :

  • Courber l’échine et subir ?
  • Résister activement au moyen des armes ?
  • Ou renoncer à la force mais susciter une résistance spirituelle ?

Le livre de Daniel exprime tout ce courant de résistance spirituelle.

Dans la première partie du livre, le jeune Daniel est considéré comme un sage. Grâce à sa capacité d’interpréter les songes et les visions, il devient le chef de tous les magiciens du royaume de Babylonie. Ce statut va provoquer la jalousie des autres fonctionnaires royaux (païens) qui voudront le faire tomber. Ils cherchent à l’attaquer sur sa religion, qui semble être son point faible. Mais la fidélité de Daniel à son Dieu est le garant de son salut et lui assure à chaque fois de rentrer dans les bonnes grâces du roi, qu’il soit babylonien ou perse.

La seconde partie est d’un tout autre genre. Les textes y sont rédigés en style autobiographique. Daniel n’est plus l’interprète des visions des autres, mais il est lui-même le bénéficiaire de visions qu’il ne réussit pas à interpréter sans l’aide d’un ange.

  

Sens du livre de Daniel

Les nations voisines ont une attitude très différente à l’égard d’Israël
La première partie du livre témoigne d’une bonne intégration des Juifs au milieu des empires païens, reflet de la situation historique de la période perse. Un roi comme Nabuchodonosor, pourtant responsable de la chute de Jérusalem, est présenté sous un jour plutôt favorable. Il représente certes le potentat dans toute sa dimension orgueilleuse, mais il finit toujours par reconnaître la supériorité du Dieu de Daniel.

Dans la seconde partie du livre, les nations païennes sont clairement hostiles aux Juifs et on retrouve un contexte de persécutions.

Dieu est le maître de l’Histoire
Tout le livre de Daniel confesse une absolue domination de Dieu sur l’histoire des hommes. C’est d’ailleurs le message d’encouragement adressé au lecteur alors même que l’histoire semble sans issue heureuse, tant la domination grecque semble invulnérable. Alors que les livres des Maccabées exaltent la révolte nationaliste, le livre de Daniel place son espérance dans une intervention décisive de Dieu pour mettre fin au règne d’Antiochus et restaurer le Temple.

La sagesse et la fidélité triomphent
Les récits de la première partie du livre sont ce qu’on appelle des « contes de cour ». Ce sont des récits dont de nombreuses variantes circulaient dans l’ancien Orient. La trame narrative présente la chute puis le relèvement d’un haut personnage de la cour.

 Des anges et des hommes
Caractéristique de la littérature apocalyptique, le livre de Daniel propose une vision très large du cosmos. Alors que les prophètes se contentent de mettre en rapport Dieu et les hommes, le livre de Daniel y ajoute une troisième composante, les créatures angéliques, d’apparence hostile (comme l’ange protecteur de la Perse) ou bénéfique (comme l’ange Gabriel qui est l’ange interprète du livre de Daniel). Les anges sont présentés davantage comme des collaborateurs des humains plutôt que comme des inspirateurs.

 L’annonce de la résurrection
Au sein de l’Ancien Testament, c’est dans le livre de Daniel qu’est le plus clairement attestée la résurrection des morts. A l’époque, cela constituait une nouveauté théologique considérable.

 

Histoire de la rédaction du livre de Daniel

Le livre de Daniel utilise le procédé de la pseudonymie, c’est-à-dire que l’on attribue à un sage du passé l’origine du livre. Cela donne une grande autorité à l’ouvrage et cela permet d’embrasser l’histoire sur une longue période.

En Dn 1-6, on trouve des récits de cour mettant en scène les tribulations de hauts fonctionnaires juifs au sein d’une administration étrangère à Babylone. Certains récits de Dn 1-6 proviendraient de la diaspora orientale de l’époque perse.

A partir du chapitre 7, le contexte historique se précise autour de la figure d’Antiochus IV Epiphane, à l’époque hellénistique. L’auteur de Dn 7-12 écrit au moment des derniers événements annoncés, c’est-à-dire au IIe siècle av. J.-C. C’est un mashkîl, « un homme instruit », appartenant au groupe des Hassidim, « les pieux », qui se joignirent à la résistance organisée par Mattathias et Juda Maccabée.

L’ouvrage a reçu sa forme finale au cœur de la crise maccabéenne, sans doute au cours de l’an 164, mais avant l’annonce de la mort d’Antiochus.

 

L’art et le livre de Daniel


Les peintures et sculptures représentant le livre de Daniel.

Les trois jeunes gens dans la fournaise 

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Daniel dans la fosse aux lions

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Le prophète Daniel 

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Suzanne et les vieillards (1621 – 1626), Antoon Van Dyck

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Le festin de Balthazard 

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Plan du livre de Daniel:

I- Récit introductif: comment Daniel parvient à la cour des rois de Babylone (1)

II- Les récits de cour (2-6)

  • Le songe de la grande statue (2)
  • Les jeunes gens dans la fournaise (3)
  • Le songe du grand arbre et la démence du roi (4)
  • Le festin de Belshassar et l’inscription mystérieuse (5)
  • Daniel jeté dans la fosse aux lions (6)

III- Les visions apocalyptiques (7-12)

  • La vision des quatre bêtes et du fils d’homme (7)
  • La vision du bélier et du bouc (8)
  • La prière de Daniel et la prophétie des 70 semaines (9)
  • Le dévoilement du futur d’Israël jusqu’à la chute d’Antiochus IV (10-11)
  • L’annonce de la résurrection (12)

IV- Les ajouts propres à la version grecque

  • L’histoire de Suzanne (13)
  • La confrontation entre Daniel et les prêtres de Bel (14)
  • L’histoire du grand serpent (14)

 

Dans la Bible grecque ou latine, le livre de Daniel figure parmi les livres prophétiques. La Bible hébraïque classe Daniel parmi les ketubim (les autres écrits). De fait, le livre de Daniel n’est pas à proprement parler un livre prophétique mais plutôt une apocalypse.

Un livre en plusieurs langues
Le livre de Daniel présente la particularité d’être rédigé en deux langues, l’hébreu et l’araméen, et une troisième, le grec, pour sa partie deutérocanonique (passages qui ne se trouvent pas dans la Bible hébraïque, mais sont reconnus par les Églises chrétiennes).

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ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, LA BIBLE : LIVRE PAR LIVRE, NOUVEAU TESTAMENT

La Bible : une approche livre par livre

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

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Les 73  livres de la Bible forment un ensemble cohérent. Quand on la lit d’un bout à l’autre, se dégage une unité au niveau du contenu. Deux grandes parties sont facilement discernables: l’Ancien Testament, reconnu comme Ecriture sacrée par les juifs, et à leur suite par les chrétiens, et le Nouveau Testament, reconnu uniquement par les chrétiens.

 

L’Ancien Testament :

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L’ordre des livres de l’Ancien Testament change selon que l’on suit le classement hébreu ou celui, plus traditionnel en milieu chrétien, de la traduction grecque (la version des Septante).

Ordre traditionnel (grec)

Pentateuque: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.

Livres historiques: Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, 1 et 2 Chroniques, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther, 1 et 2 Maccabées.

Livres poétiques: Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques.

Livres prophétiques:

Grands prophètes: Esaïe, Jérémie, Lamentations, Ezéchiel, Daniel.

Petits prophètes: Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habakuk, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

 

Le Nouveau Testament:

Livres historiques: Matthieu, Marc, Luc, Jean, Actes

Epîtres:

Epîtres de Paul: Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon.

Epîtres catholiques ou générales: Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude.

Apocalypse

 

Pentateuque

Genèse

50 chapitres

La Genèse (littéralement «origine»), c’est le livre des origines du monde, de l’humanité et du peuple juif. Le nom hébreu est Bereshit, «au commencement». Dieu crée le monde, puis le premier homme, Adam, et la première femme, Eve, qu’il installe dans le jardin d’Eden.
Dieu chasse Adam et Eve du jardin d’Eden suite à leur désobéissance. C’est le récit de la fameuse Chute (« ils croquèrent la pomme », qui n’en est pas une dans le texte biblique).

L’humanité se développe, mais dans le mauvais sens d’un point de vue moral, et Dieu décide d’envoyer le déluge, lors duquel Noé est épargné (grâce à son bateau, l’arche de Noé). La terre est repeuplée par les descendants de ce célèbre patriarche. Les hommes décident de former un projet auquel Dieu décide de mettre fin par la dispersion linguistique: c’est l’épisode de la tour de Babel. Enfin, Dieu fait alliance avec un individu, appelé Abram et auquel il donne le nom d’Abraham, en lui promettant un pays (le pays de Canaan) et une descendance, malgré le fait que sa femme est stérile. Cette alliance est scellée par le rite de la circoncision.
Deux enfants naîtront à Abraham: Ismaël, auquel se rattachent les Arabes, et Isaac, dont le fils Jacob aura douze fils, eux-mêmes ancêtres des douze tribus d’Israël. La Genèse se termine par l’histoire de Joseph, un des fils de Jacob, et la venue en Egypte de toute la famille dudit Jacob.

 

Exode

40 chapitres

Exode signifie «sortie» en grec. Il prend la suite de la Genèse: la famille de Jacob s’est développée et multipliée en Egypte, au point d’être ressentie comme une menace par le pharaon. Celui-ci applique une tactique qui n’est pas nouvelle pour tenter de maîtriser la croissance du peuple hébreu: l’oppression, le travail forcé, la purification ethnique (élimination des bébés de sexe masculin). Dans ce contexte, Dieu se révèle à un certain Moïse (épisode du buisson ardent) et l’utilise pour faire sortir d’Egypte les descendants de Jacob (épisode des dix plaies d’Egypte, de l’institution de la Pâque, des eaux qui s’ouvrent pour laisser passer le peuple). On se situe alors, selon les datations, au 15e ou au 13e siècle av. J.-C. Dans le désert, sur le mont Sinaï, Dieu conclut une alliance avec le peuple d’Israël et lui donne les dix commandements.
Dieu donne des lois de type civil, moral ou religieux au peuple d’Israël. Après une révolte des Israélites qui se fabriquent un veau d’or et le présentent comme leur dieu, il leur indique aussi les plans et le mobilier d’un sanctuaire portatif qu’ils doivent réaliser et dans lequel ils peuvent lui rendre un culte. On l’appelle couramment «tabernacle».

 

Lévitique

27 chapitres

«Lévitique» signifie «de Lévite» et reprend le nom de la tribu chargée du culte et des sacrifices au sein d’Israël. Autant le dire tout de suite, ce livre composé presque exclusivement de règles et de lois diverses suscite rarement les passions, d’autant plus que les premiers chapitres sont consacrés à la description des sacrifices à offrir à Dieu, que ce soit en signe de reconnaissance ou pour le pardon de péchés (c’est-à-dire des violations de la loi de Dieu) commis involontairement. Suivent de nombreuses règles civiles et morales, des prescriptions relatives au pur et à l’impur ainsi que des lois liées au culte, scandées par le refrain: «Vous serez saints, car je suis saint, moi, l’Eternel, votre Dieu.»

 

Nombres

36 chapitres

Le livre tire son nom grec des deux recensements du peuple d’Israël mentionnés dans le livre. Le peuple d’Israël n’a en effet toujours pas bougé du mont Sinaï, un an après y être arrivé. Il en repart pourtant au chapitre 10, en prenant la direction du pays promis à Abraham. Une mission de reconnaissance menée par 12 espions convainc le peuple qu’il n’aura pas la force de conquérir la terre promise et qu’il aurait mieux fait de rester en Egypte. En guise de sanction, Dieu annonce la mort de toute cette génération au cours de 40 années d’errance dans le désert.
Mais ce n’est pas la seule fois où Dieu punit son peuple: on dénombre pas moins de sept révoltes dans ce livre !

 

Deutéronome

34 chapitres
Littéralement «deuxième loi», le Deutéronome a une forme apparentée à celle des traités de suzeraineté hittites du 2e millénaire av. J.-C., qui réglaient les rapports entre un peuple conquis et son nouveau souverain (le souverain étant ici Dieu). Il répète l’ensemble de la loi sous la forme de discours adressés par Moïse au peuple d’Israël juste avant l’entrée dans le pays promis, le pays de Canaan. Le peuple est appelé à toujours adorer son Dieu et à ne pas imiter les autres peuples ni adopter leurs dieux. Le chapitre 6 contient le deuxième commandement le plus célèbre de la Bible ainsi que le fameux Shema (Ecoute, Israël) répété aujourd’hui encore par les juifs.
Après l’énoncé d’un certain nombre de bénédictions rattachées au respect de la loi, et de malédictions liées à son non-respect (parmi elles figure la sanction de l’exil), le livre se termine sur la mort de Moïse, à qui Dieu ne permet pas d’entrer dans le pays promis, mais seulement de le voir depuis le sommet d’une montagne. Ce sera son assistant, un dénommé Josué, qui lui succédera à la tête d’Israël.

 

Livres historiques

Josué

24 chapitres

Le livre de Josué, du nom de son personnage principal, relate l’entrée d’Israël dans le pays promis après la mort de Moïse. Le texte contient donc essentiellement des récits de conquête et de répartition du territoire entre les différentes tribus, sur une durée d’environ 25 ans. Une conquête restée fameuse est celle de la ville de Jéricho, qui est chantée par un non moins fameux gospel: «Joshua fit the battle of Jericho». Au début du livre, Josué est invité par Dieu à prendre courage et à respecter la loi laissée par Moïse; à la fin, juste avant de mourir, c’est lui qui invite le peuple d’Israël à rester fidèle à son engagement de servir l’Eternel plutôt que les autres dieux.

 

Juges

21 chapitres

La mort de Josué a laissé les Israélites quelque peu orphelins. Bien vite, ils oublient leur engagement de servir l’Eternel et se mettent à adorer d’autres dieux. Le corps du livre des Juges est formé de sept cycles similaires: les Israélites se détournent de l’Eternel; des ennemis les oppriment; les Israélites appellent à l’aide; l’Eternel leur envoie un libérateur (le juge). Douze de ces chefs sont mentionnés, les plus connus étant Samson (avec ses cheveux longs et la perverse Dalila), Débora (une femme) et Gédéon. Cette période de quatre siècles environ prépare l’instauration de la monarchie en constatant par quatre fois, dont une à la toute fin du livre: «A cette époque-là, il n’y avait pas de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon» (Juges 21.25).

 

Ruth

4 chapitres

Le livre de Ruth était lu lors de la fête juive de la Pentecôte. Plutôt court (4 chapitres), il porte le nom de son personnage principal: une jeune femme moabite – c’est-à-dire issue d’un peuple exclu de toute possibilité d’entrer dans le peuple de Dieu – qui devient la grand-mère de David, le célèbre roi d’Israël.

 

1 et 2 Samuel

31 et 24 chapitres

1 et 2 Samuel constituaient à l’origine un seul volume. C’est la version des Septante qui a procédé à la division en deux. Là aussi, le livre porte le nom de l’un de ses personnages principaux, en commençant avec sa naissance: Samuel, prophète et juge, qui procède à l’onction (forme de consécration) des deux premiers rois d’Israël: Saül (intronisé en 1050 av. J.-C.) et David (oint en 1025 av. J.-C.). Le récit du règne de Saül, rejeté par Dieu et en lutte quasi incessante contre David, se termine à la fin de 1 Samuel. 2 Samuel commence avec le début du règne de David sur la tribu de Juda (1010 av. J.-C.), puis, sept ans plus tard, sur l’ensemble d’Israël. Le dernier chapitre le voit acheter le terrain sur lequel sera érigé plus tard le temple de Jérusalem. Malgré les fautes dont cet homme se rend coupable (adultère, meurtre, négligence vis-à-vis de ses enfants), il bénéficie d’une relation particulière avec l’Eternel, et celui-ci lui fait la promesse d’une royauté éternelle de sa famille. Cette promesse a été quasi unanimement interprétée comme annonçant le Messie-roi à venir, ce qui a donné lieu au titre messianique «fils de David».

 

1 et 2 Rois

22 et 25 chapitres

Les deux livres des Rois n’en formaient qu’un à l’origine. Le texte commence avec la désignation du successeur de David (970 av. J.-C.): Salomon, au règne d’abord flamboyant, qui construit le temple de Jérusalem. Il se poursuit avec l’histoire de 20 rois de Juda et 19 rois d’Israël. En effet, dès le règne de Roboam, le fils de Salomon, un schisme intervient, et les dix tribus du nord d’Israël se séparent de celles de Juda et Benjamin, qui seules restent fidèles à la dynastie davidique. Les divers règnes successifs des deux royaumes sont passés en revue avec un critère de jugement: le roi a fait ce qui est bon, ou au contraire ce qui est mal, aux yeux de l’Eternel. L’idolâtrie récurrente des Israélites du nord conduit à la prise de leur capitale, Samarie, par les Assyriens et à la déportation de la population (722 av. J.-C.). Le royaume de Juda connaît le même sort quelque temps plus tard, mais sous les coups des Babyloniens: prise de Jérusalem en 586 av. J.-C., destruction du temple et déportation d’une partie de la population en trois vagues successives.

 

1 et 2 Chroniques

29 et 36 chapitres

Appelés «Paroles des jours» dans la Bible hébraïque, «Paraleipomena» (c’est-à-dire «omissions») dans la Septante, les livres des Chroniques doivent leur nom français à la Vulgate. Certains attribuent leur rédaction à Esdras, au 5e siècle av. J.-C. Ils récapitulent toute l’histoire d’Israël, depuis Adam jusqu’au décret de Cyrus autorisant la reconstruction du temple de Jérusalem. L’intérêt de l’auteur porte essentiellement sur les aspects cultuels de cette histoire: les rois et les prophètes mentionnés avec force détails sont ceux qui ont contribué à la célébration d’un culte conforme aux exigences divines. L’objectif est probablement de rappeler aux exilés de retour de Babylone que leur Dieu est fidèle à ses promesses et souverain sur l’histoire et qu’il continue à agir pour les siens, pourvu qu’ils lui obéissent.

 

Esdras

10 chapitres

Pendant longtemps, le livre d’Esdras a été couplé avec celui de Néhémie. Plusieurs passages sont à la première personne du singulier, et le récit concerne le retour des exilés en Juda, avec la reconstruction du temple puis le rétablissement de l’ordre politique et religieux par Esdras, un scribe. On se situe donc entre 537 et 458 av. J.-C.

 

Néhémie

13 chapitres

Ecrit à la première personne, le livre a pour thème principal la reconstruction des murailles de Jérusalem, entre 444 et 431 av. J.-C., malgré l’opposition des peuples voisins, et la restauration civile et politique de la communauté rapatriée.

 

Livre de Tobie

Le Livre de Tobie, parfois appelé Livre de Tobit (Tobie étant le fils de Tobit dans la Septante), est un livre deutérocanonique de l’Ancien Testament. Il raconte l’histoire d’un Israélite de la tribu de Nephthali nommé Tobie (le texte latin de la Vulgate donne le même nom au père et au fils, Tobias). Déporté à Ninive, il devient aveugle après avoir reçu de la fiente d’oiseau dans les yeux et envoie son fils Tobie recouvrer une dette en Médie auprès de leur parent Gabaël.

Le texte est écrit en grec et figure dans la Septante. Rédigé sans doute initialement en hébreu ou en araméen, l’original a été perdu, mais un fragment en araméen avec un texte correspondant en grec a été retrouvé dans les années 1950, dans la grotte no 4 près des ruines de Qumrân parmi les manuscrits de la mer Morte. Ce livre ne figure pas au canon des Écritures hébraïques Il est déclaré canonique par l’Église au concile de Carthage III en 397, mais il était déjà largement utilisé par les différentes communautés chrétiennes.

 

Livre de Judith

Le Livre de Judith est un livre deutérocanonique de la Bible. Il relate comment la belle et jeune veuve Judith ( « Louée » ou « Juive ») écarte la menace d’une invasion assyrienne en décapitant le général ennemi Holopherne, et restaure du même coup la foi du peuple juif en la puissance salvatrice de son Dieu.

Il en existe trois versions en grec dans lesquelles on distingue la trace linguistique de l’original hébreu, plusieurs versions latines dont celle de la Vulgate  « hâtivement traduite » de l’araméen selon l’aveu de saint Jérôme – et plusieurs versions tardives en hébreu, dont une dans laquelle l’ennemi est séleucide et non assyrien.

Sa date de rédaction est en général située au iie siècle av. J.-C.. Il ferait partie des textes inspirés par la révolte des Maccabées3

Livres des Maccabées

Les livres de Maccabées sont des écrits juifs en langue grecque dont le thème est lié à la révolte des Maccabées qui eut lieu dans la Judée de l’époque hellénistique. Les Maccabées doivent leur nom à Judas Maccabée dont le frère Simon fonda la dynastie hasmonéenne qui régna sur la Judée de 140 à 37 av. J.-C.. Malgré le nom qui leur est traditionnellement appliqué, ces livres sont indépendants. Leurs dates de composition et leurs styles sont différents.

Le livre I couvre une période s’étendant du déclenchement de la révolte des Maccabées à l’accession au pouvoir de Jean Hyrcan. Ce récit constitue une épopée dynastique à la gloire des Hasmonéens. Il s’agit d’une traduction grecque d’un livre en hébreu.

le livre II se veut un abrégé d’une chronique de Jason de Cyrène. Il s’étend de la grande prêtrise d’Onias III à la victoire de Judas Maccabée contre Nicamor Il donne une large part au miraculeux et aux considérations théologiques.

le livre III relate une crise subie par les Juifs d’Égypte sous le règne de Ptolémée IV Philopator.

le livre IV est un ouvrage philosophique produit par le milieu juif d’Antioche .

 

Esther

10 chapitres

Le livre d’Esther était lu lors de la fête juive dont il relate l’origine: la fête des Pourim. Il porte le nom de son héroïne, une jeune Juive devenue l’épouse de Xerxès, souverain de l’Empire perse (486-465 av. J.-C.). Sa position lui permettra d’éviter le massacre des Juifs. L’une des particularités de ce texte est l’absence totale de mention de Dieu.

 

Livres poétiques

Job

42 chapitres

«Pauvre comme Job»: qui n’a jamais entendu cette expression? L’histoire de Job, c’est celle d’un homme juste qui est accablé par le malheur. Le thème du livre est donc celui de la souffrance, qui paraît difficilement conciliable avec la bonté de Dieu. Après un prologue qui présente les épreuves de Job comme le fruit d’une sorte de pari entre Dieu et Satan, la majeure partie du livre se compose de dialogues entre Job et trois de ses amis (auxquels vient s’ajouter un quatrième) qui ne parviennent pas à résoudre le problème de la souffrance. Il apparaît clairement qu’elle n’est pas nécessairement le fruit d’un péché. Dans l’épilogue, Dieu s’adresse à Job sans lui expliquer le pourquoi de son malheur, mais en montrant sa propre grandeur.

 

Psaumes

150 chapitres

Appelés Tehillim («louanges») en hébreu, les 150 Psaumes sont autant de cantiques ou prières de louange, de supplication ou d’imprécation. Composés entre les 15e et 6e siècles av. J.-C. dans des circonstances très diverses et par des auteurs différents (Moïse, le roi David, Asaph, Koré, Héman, Ethan et des anonymes), ils pouvaient être utilisés dans le culte familial ou au temple, parfois lors de fêtes religieuses. Certains sont appelés messianiques parce qu’ils contiennent des prophéties relatives à ce libérateur annoncé (Psaumes 22; 69; 110 par exemple).

 

Proverbes

31 chapitres

Trois auteurs sont mentionnés dans les Proverbes: le roi Salomon, Agur et Lemuel, ce qui implique une époque de rédaction qui va du 10e au 7e voire 5e siècle. La recherche de la sagesse était répandue dans l’Antiquité, sagesse qui consiste dans l’art de profiter de ses connaissances pour les appliquer dans la vie courante. Ces maximes touchent donc à tous les domaines de la vie. Elles prennent souvent la forme de pensées à deux vers.

 

Ecclésiaste

12 chapitres

L’Ecclésiaste était lu lors de la fête juive des Tabernacles (aussi appelée fête des Huttes, des Cabanes ou encore des Tentes). Son auteur se nomme Qohéleth, peut-être le chef de l’assemblée ou l’enseignant, et est assimilé par la tradition au roi Salomon. Le ton du livre surprend: l’auteur affirme et répète que tout manque de consistance sous le soleil; les différents objectifs que les hommes se fixent sont sans valeur, qu’il s’agisse des richesses, des plaisirs, de la sagesse ou de la moralité. Ils ne font pas le sens de la vie. L’homme doit penser à son Créateur.

 

Cantique des cantiques

8 chapitres
Ce livre controversé était lu lors de la fête juive de la Pâque. Il est attribué au roi Salomon (10e siècle av. J.-C.) et se compose de dialogues entre un homme et une femme, avec l’intervention d’autres personnages. On peut l’interpréter, au sens littéral, comme un texte qui chante les divers aspects de l’amour: joie de la présence de l’être aimé, jouissance partagée de la nature, attrait physique mutuel. Diverses interprétations allégoriques ont été proposées. La principale voit dans cette sorte de pièce théâtrale une évocation de l’amour entre Dieu et le peuple d’Israël.

 

Livre de la Sagesse

Le Livre de la Sagesse (appelé en grec Sagesse de Salomon) est un livre de l’Ancien Testament.

Ce livre de rédaction grecque fait partie du canon des Ecritures dans le canon catholique et orthodoxe mais ne figure pas chez les protestants ni chez les Juifs.

Présentation

Le livre a reçu anciennement le titre de Sagesse de Salomon parce que les chapitres 7-9 font parler ce roi que la tradition juive considérait comme « le sage » par excellence.
Sa date est incertaine. Divers indices, tirés du vocabulaire et d’une allusion aux revendications contemporaines des Juifs d’Égypte à l’égalité civique (Sg 19, 16), invitent à ne pas remonter au-delà des années 50 av. J.-C. et même à descendre en période romaine, à partir de la prise d’Alexandrie par Auguste (30 av. J.-C.). Par sa date probable (ier siècle av. J.-C.), c’est sans doute le dernier en date des écrits de l’Ancien Testament. Il se compose de deux principales parties : le thème sapientiel de la sagesse (thème du juste souffrant, la sagesse pour épouse), et un long midrash des plaies d’Égypte.

Contenu

Le Livre de la Sagesse cherche à répondre au défi de la sagesse païenne (notamment, la philosophie) par rapport à la Révélation divine. On y trouve notamment, reprises de la philosophie grecque, les quatre vertus cardinales : « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et force. » (Sg 8,7).

Dans une optique chrétienne, le livre est lu comme abordant, de façon cryptée, le thème de la résurrection de la chair, de la création nouvelle. De la même façon, ce livre comprend des affirmations qui préparent le Nouveau Testament, comme celle-ci : « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité » (Sg 2,23). La Sagesse divine y est personnifiée au point de fournir aux apôtres Paul et Jean des formules théologiques que l’on retrouve, notamment, dans l’Épître aux Colossiens.

 

 

Siracide

Le Siracide, appelé aussi l’Ecclésiastique ou encore La Sagesse de Ben Sira, est l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament écrit vers 200 av. J.-C. Le Siracide tient son nom de son auteur, Jésus Ben Sira (Ben Sira, Ben Sirakh, Ben Sirach).

L’ouvrage est un mélange de deux genres littéraires : tantôt des « proverbes », tantôt des développements structurés qui proposent des réflexions sur un sujet. Il s’agit toujours de la « Sagesse », représentée comme une personnification de la Sagesse divine. Elle est pour le disciple une mère, une épouse, une sœur. La rechercher, c’est atteindre Dieu. Vivre avec elle, c’est vivre avec Dieu.

La fin de l’ouvrage exalte des personnages historiques, comme le font les Livres des Maccabées. Vers la fin du ier siècle, il est exclu du canon biblique par les rabbins pharisiens. Il est cependant populaire parmi les Juifs et il est cité dans le Talmud et dans la littérature rabbinique qui en approuve certains passages.

 

Livres prophétiques

Les prophètes, des porte-parole de Dieu, sont mentionnés tout au long de l’histoire d’Israël, en particulier dès l’instauration de la monarchie. Ils invitent régulièrement le peuple à revenir à Dieu, parfois conseillent les rois. Certains ont laissé des écrits, de sorte que nous avons accès à leurs oracles. Ils nous permettent d’avoir un autre regard sur la période qui va du 9e au 5e siècle av. J.-C.

 

Grands prophètes

 

Esaïe

66 chapitres

Homme du 8e siècle avant J-C , Esaïe avait ses entrées à la cour royale, Il est l’un des plus grands prophètes, par la taille de son livre mais aussi par la conscience qu’il avait à la fois de la sainteté de Dieu et de son amour, de son salut. Il annonce la naissance d’un enfant-roi destiné à s’asseoir sur le trône davidique.
Esaïe annonce l’exil à venir pour le peuple de Juda en raison de l’immoralité, de l’injustice et de la violence qui règnent en son sein. Plusieurs de ses oracles concernent un personnage nommé le «serviteur de l’Eternel». L’un d’eux prédit son œuvre en rapport avec les péchés des hommes et le salut.

 

Jérémie

52 chapitres

Le prophète Jérémie est connu surtout pour ses lamentations (voir le livre qui porte ce nom), d’où le terme de «jérémiades». Après un temps d’influence à la cour de Juda, son ministère (entre 625 et 580 av. J.-C.) est en effet caractérisé par les brimades et le rejet. Il met sans cesse son peuple en garde contre les alliances avec l’Egypte, l’Assyrie et la Babylonie, les grandes puissances de l’époque. Il fustige aussi l’idolâtrie et la déchéance morale de ses compatriotes. Son message le plus original est celui dans lequel il annonce la conclusion d’une nouvelle alliance.
Jérémie connaîtra la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. et sera contraint par plusieurs de ses compatriotes de fuir en Egypte, non sans avoir prédit la venue et la durée de l’exil.

 

Lamentations

5 chapitres

Le livre des Lamentations de Jérémie était lu le neuvième jour du mois d’Ab, anniversaire de la destruction du temple de Jérusalem par les Babyloniens. Anonyme, il est attribué au prophète Jérémie par la tradition juive, y compris la version grecque des Septante. Le texte compte 5 élégies qui évoquent le siège de Jérusalem, la famine, la fuite du roi, la destruction du temple et des murailles, les massacres et les déportations, soit des événements survenus lors de la chute de la capitale du royaume de Juda en 586 av. J.-C.

 

Livre de Baruch
Le livre de Baruch se présente comme l’oeuvre du secrétaire de Jérémie (début du VIe siècle avant J.-C.), mais il n’a pas été rédigé avant le IIe siècle. Son attribution à Baruch est un procédé littéraire, d’ailleurs fréquent à cette époque.

L’ouvrage comporte quatre parties indépendantes, qui ne sont pas nécessairement du même auteur:

1) une introduction précisant dans quelles conditions ce livre, envoyé de Babylone par les déportés, devait être lu à Jérusalem lors d’une cérémonie de confession des péchés (1.1-14) ;

2) le texte même de cette confession des péchés (1.15-2.10), inspirée par celle de Daniel 9; elle est suivie d’une supplication (2.11-3.8), émaillée de nombreuses citations bibliques;

3) une méditation sur la Sagesse (3.9-4.4);

4) enfin un discours d’encouragement adressé à Jérusalem (4.5-5.9).

 

Ezéchiel

48 chapitres

Emmené en exil en Babylonie, Ezéchiel exerce son ministère prophétique de 593 à 571 av. J.-C. Il prononce des oracles de jugement contre les Judéens restés au pays, puis contre les nations qui contribuent à la chute de Jérusalem, avant d’ouvrir des perspectives d’avenir (retour au pays, restauration du temple).

 

Daniel

12 chapitres

Membre de l’aristocratie juive emmené en déportation à Babylone en 605 av. J.-C., Daniel y occupe des postes à haute responsabilité. Le livre qui porte son nom contient des récits narrant la vie de Daniel et de ses amis juifs à la cour babylonienne, puis perse, ainsi que des visions prophétiques relatives notamment aux divers Empires mondiaux successifs ou encore au Messie. Les chapitres 2 à 7 présentent la particularité d’être écrits en araméen, et non en hébreu comme le reste de l’Ancien Testament et du livre.

 

Petits prophètes

Osée

14 chapitres

Seul prophète né dans le royaume du nord, Osée exerce son ministère entre 786 et 724 av. J.-C. Son message est principalement dirigé contre l’idolâtrie qui accompagnait la prospérité matérielle en Israël. Les cultes païens de Baal et d’Ashéra étaient particulièrement marqués par la corruption: prostitution sacrée, violence, ivrognerie. Osée compare la relation entre Israël et son Dieu à une relation entre un mari et son épouse volage et adultère.

 

Joël

4 chapitres (3 dans certaines versions)

Particulièrement difficile à dater (entre les 9e et 4e siècles selon les commentateurs), Joël voit dans un fléau qui s’est abattu sur Juda (invasion de sauterelles et sécheresse) une manifestation de la colère de Dieu, un «jour de l’Eternel». Il annonce le jour où l’Esprit sera répandu sur toute créature.

 

Amos

9 chapitres

Paysan de Juda, Amos dénonce avec vigueur les injustices sociales qui voient les riches s’enrichir et les pauvres s’appauvrir dans une période de prospérité (entre 765 et 750 av. J.-C.).

 

Abdias

1 chapitre

Située entre les 9e et 6e siècles selon les commentateurs, la prophétie d’Abdias, très courte, porte essentiellement contre les Edomites. Il prononce leur condamnation en raison de l’attitude hostile dont ils ont fait preuve contre les Judéens.

 

Jonas

4 chapitres

Peut-être le plus connu des prophètes en raison de son séjour dans le ventre d’un grand poisson, Jonas présente la particularité d’adresser un appel à la repentance à des ennemis des Israélites, les habitants de Ninive, et de le faire de très mauvais gré! Ce livre prophétique contient plus de récits que d’oracles.

 

Michée

7 chapitres

Contemporain d’Esaïe et d’Osée (8e siècle), Michée est le seul prophète qui s’adresse à la fois à Israël et à Juda. Il dénonce leur mauvaise situation morale, sociale et spirituelle tout en encourageant les pauvres et les faibles à regarder à Dieu. Il annonce que le lieu de naissance du libérateur à venir, le Messie, sera Bethléhem.

 

Nahum

3 chapitres

Prophète du 7e siècle av. J.-C., Nahum nous a laissé un message centré sur l’annonce de la chute de Ninive, la capitale du tyrannique et cruel Empire assyrien. C’est le seul prophète dont le message ne se termine pas sur une parole de consolation ou d’espérance.

 

Habakuk

3 chapitres

La courte prophétie contenue dans le livre d’Habakuk semble dater de 609-608 av. J.-C. Elle prend la forme d’un dialogue entre le prophète, perplexe devant l’apparent silence de Dieu face au mal, et ce Dieu qui va utiliser les cruels Babyloniens pour punir son peuple.

 

Sophonie

3 chapitres

Sophonie est le premier des prophètes de Juda (vers 626-625 av. J.-C.) à inviter ses compatriotes à se repentir afin de ne pas connaître le même sort que l’Israël du nord. Il annonce le jugement contre Juda, mais aussi contre les autres nations, et les fruits positifs que ce jugement apportera: purification, joie.

 

Aggée

2 chapitres

Prononcées entre septembre et décembre 520 av. J.-C., les prophéties d’Aggée sont autant d’invitations adressées aux Judéens de retour d’exil pour qu’ils reprennent la construction du temple de Jérusalem.

 

Zacharie

14 chapitres

Probablement né en exil à Babylone, Zacharie commence de prophétiser en novembre 520 av. J.-C., en compagnie d’Aggée. Il rapporte une série de visions pour encourager les Judéens à la reconstruction du temple et les inviter à la purification, mais il annonce surtout la venue du Messie, d’abord dans l’humilité puis en gloire. C’est le prophète le plus souvent cité dans le Nouveau Testament après Esaïe.

 

Malachie

3 chapitres (4 dans certaines versions)

La prophétie de Malachie se situe au 5e siècle av. J.-C., à une période où l’Empire perse domine le Proche-Orient. Le temple de Jérusalem a été reconstruit et le culte y a repris, mais Malachie doit dénoncer le formalisme religieux et le relâchement de la moralité régnants. Sa prophétie se présente sous la forme de questions-réponses entre Dieu et son peuple.

 

 

Le Nouveau Testament

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Alors que la rédaction de l’Ancien Testament s’est étalée sur plusieurs siècles, le Nouveau Testament date tout entier du 1er siècle apr. J.-C. Il commence par quatre Evangiles – d’un mot grec signifiant «bonne nouvelle» – qui portent le nom de leur auteur. Tous les quatre relatent la vie d’un homme né au sein du peuple d’Israël, Jésus, en le présentant comme le Messie annoncé par l’Ancien Testament. Les trois premiers Evangiles, Matthieu, Marc et Luc, sont dits synoptiques car ils ont une perspective commune. Le quatrième, celui de Jean, semble avoir été écrit pour compléter les trois autres.

Livres historiques : Matthieu , Marc , Luc , Jean , Actes

Epîtres:
Epîtres de Paul : Romains, 1 et 2 Corinthiens, Galates, Ephésiens, Philippiens, Colossiens, 1 et 2 Thessaloniciens, 1 et 2 Timothée, Tite, Philémon.
Epîtres catholiques ou générales : Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude.

Apocalypse

 

Livres historiques

 

Evangile selon Matthieu

28 chapitres

Etant l’un des douze disciples de Jésus, Matthieu était bien placé pour faire le récit de sa vie. Son texte contient de nombreuses allusions à l’Ancien Testament et plusieurs discours importants (dont le fameux sermon sur la montagne). Il utilise souvent l’expression «royaume des cieux» là où les autres Evangiles parlent de «royaume de Dieu», probablement pour respecter la coutume juive qui veut que l’on évite de prononcer le nom divin.

 

Evangile selon Marc

16 chapitres

L’Evangile de Marc est le plus court des quatre. Alors que Matthieu s’adressait plutôt à des Juifs, il vise apparemment plutôt un public romain. Le texte a probablement été rédigé sous l’autorité de l’apôtre Pierre. Il met l’accent sur ce que Jésus a fait plus que sur ce qu’il a dit. Un mot revient fréquemment: aussitôt.

 

Evangile selon Luc

24 chapitres

L’Evangile de Luc, écrit par un médecin non juif, est la première partie d’un ouvrage en deux volumes adressé aux Grecs et Romains cultivés. Il cherche à montrer que Jésus est venu pour être le Sauveur de tous les hommes, qu’ils soient juifs ou non, en relatant ses œuvres aussi bien que ses paroles.

 

Evangile selon Jean

21 chapitres

Apparemment écrit après les trois autres Evangiles pour les compléter, et ce par un disciple de Jésus, l’Evangile de Jean propose une sélection d’actes du Maître et contient de larges extraits de ses discours, et surtout l’un des versets les plus célèbres de la Bible:
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

 

Actes des apôtres

28 chapitres

Deuxième volume de l’ouvrage écrit par Luc, les Actes constituent le dernier texte historique du Nouveau Testament. Ils relatent les événements consécutifs à la mort et l’ascension de Jésus: les débuts de l’Eglise, avec deux apôtres particulièrement en vue, Pierre puis Paul. Deux de ces événements ont donné lieu à des fêtes chrétiennes: l’Ascension et la Pentecôte, respectivement 40 et 50 jours après Pâques.
L’Evangile est annoncé à Jérusalem, puis dans toute la région, avant de gagner le reste de l’Empire romain, notamment grâce à l’important réseau routier existant. Le texte se termine avec les deux années de détention de l’apôtre Paul à Rome (vers 62-63 apr. J.-C.).

 

Epîtres de Paul

 

Epître aux Romains

16 chapitres

L’apôtre Paul est l’auteur de treize lettres qui ont été incluses dans le Nouveau Testament par ordre dégressif de grandeur. Sa lettre aux chrétiens de Rome, écrite avant sa visite chez eux, expose les raisons d’être de la venue et de la mort de Jésus-Christ: apporter le salut offert par Dieu. Elle montre qu’on n’obtient pas ce salut en accomplissant des œuvres, mais seulement en croyant au Christ.

 

Première épître aux Corinthiens

16 chapitres

Fondée par Paul en 51 apr. J.-C., l’Eglise de Corinthe, en Grèce, était marquée par les désordres et avait posé un certain nombre de questions à l’apôtre. Cinq ans après, absent de Corinthe, il cherche à montrer à ces jeunes chrétiens comment la doctrine de la croix de Christ devrait être appliquée à leur vie.

 

Deuxième épître aux Corinthiens

13 chapitres

2 Corinthiens a été écrite quelques mois après 1 Corinthiens (fin 56-début 57 apr. J.-C.). Certains lançaient des attaques contre l’apôtre Paul dans l’Eglise de Corinthe. Il se défend donc contre ces attaques afin de rétablir son autorité.

 

Epître aux Galates

6 chapitres

Adressée à des chrétiens d’Asie Mineure (leur localisation précise est discutée) par l’apôtre Paul, l’épître aux Galates oppose le véritable Evangile à un faux évangile prêché par les judaïsants. Certains voulaient en effet imposer le respect des rites juifs et de la loi juive aux chrétiens, même lorsqu’ils étaient d’origine non juive. Paul rappelle qu’on accède au salut par la foi.

 

Epître aux Ephésiens

6 chapitres

Probablement lettre circulaire destinée aux Eglises d’Asie Mineure, l’épître aux Ephésiens expose le plan de Dieu, d’avant la création jusqu’à l’éternité, en mettant l’accent sur l’Eglise. En prison à Rome, Paul montre que la venue de Jésus-Christ a fondé un nouveau «peuple» formé de Juifs et de non-Juifs: l’Eglise.

 

Epître aux Philippiens

4 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Philippes (en Macédoine) avait envoyé un don à l’apôtre en prison. Il écrit à ces chrétiens pour les remercier et, paradoxalement vu les circonstances qu’il rencontrait, il mentionne à de nombreuses reprises la joie.

 

Epître aux Colossiens

4 chapitres

Ecrite en même temps que l’épître aux Ephésiens, la lettre adressée par Paul aux Colossiens met un accent particulier sur la personne de Christ et sur l’œuvre de salut qu’il a accomplie, ainsi que sur les répercussions que cela a (ou devrait avoir) dans la vie des chrétiens.

 

Epîtres aux Thessaloniciens

5 et 3 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Thessalonique bénéficie, avec ces deux lettres que l’apôtre lui adresse à quelques mois d’intervalle (en 51 ou 52 apr. J.-C.), d’enseignements sur le retour de Christ.

 

Epîtres à Timothée

6 et 4 chapitres

Adressées par Paul à l’un de ses proches collaborateurs (d’où le nom d’épîtres pastorales qu’elles portent avec l’épître à Tite), les deux épîtres à Timothée contiennent des avertissements sur les dangers que court l’Eglise, en particulier du fait des fausses doctrines, et des instructions sur la manière de l’organiser et de se conduire en tant que responsable. Timothée était en effet responsable de l’Eglise d’Ephèse.

Epître à Tite

3 chapitres

Responsable de l’Eglise de Crète, Tite était un collaborateur de Paul. L’apôtre lui demande de le rejoindre tout en lui donnant des directives pour la vie dans l’Eglise, la vie en famille et la vie dans la société.

Epître à Philémon

1 chapitre

Brève missive de l’apôtre Paul à un membre de l’Eglise de Colosses, l’épître à Philémon traite des rapports entre le maître et l’esclave chrétiens. Un dénommé Onésime s’était en effet enfui de chez son maître Philémon avant de devenir chrétien au contact de Paul à Rome. L’apôtre invite Philémon à accueillir l’esclave fugitif comme un frère.

 

Epîtres catholiques ou générales

Epître aux Hébreux

13 chapitres

Ecrit anonyme, l’épître aux Hébreux s’adressait à des Juifs convertis au christianisme et peut-être tentés de retourner au judaïsme. Elément par élément, l’auteur montre que Christ et son œuvre sont supérieurs aux anges, à Moïse et à tout le système de sacrifices instauré par la loi de l’Ancien Testament. Le fait qu’il parle de ce système au présent indique que la lettre date d’avant la prise de Jérusalem et la destruction du temple par les Romains, événements survenus en 70 apr. J.-C.

 

Epître de Jacques

5 chapitres

Frère (ou plutôt demi-frère) de Jésus, Jacques montre dans sa lettre qu’une foi véritable est une foi qui se traduit dans des actes et qui ne reste pas au simple niveau d’un savoir théorique.

 

Première épître de Pierre

5 chapitres

Le disciple et apôtre Pierre écrit aux chrétiens de diverses provinces d’Asie Mineure pour les encourager à tenir ferme dans l’épreuve et à se comporter de manière conforme à l’appel que Dieu leur a adressé. Il montre que la souffrance n’est pas anormale et que le chrétien peut glorifier Dieu en son sein même.

 

Deuxième épître de Pierre

3 chapitres

La deuxième lettre de Pierre contenue dans le Nouveau Testament est un écrit d’avertissement contre la menace des faux docteurs et de leurs enseignements erronés. Il invite les chrétiens à s’appuyer sur la Parole de Dieu transmise par les apôtres et à vivre dans l’attente du retour de Christ.

 

Première épître de Jean

5 chapitres

Bien qu’anonyme, cette épître est unanimement, et dès le 2e siècle apr. J.-C., attribuée au disciple de Jésus nommé Jean. Dans un contexte (fin du 1er siècle) où les hérésies commencent à fleurir en Asie Mineure, il réaffirme l’identité de Jésus-Christ ainsi que le rôle de Dieu le Père et du Saint-Esprit, tout en définissant les critères d’une vie chrétienne authentique. L’amour pour les frères et l’obéissance aux commandements de Christ y figurent en bonne place.

 

Deuxième épître de Jean

1 chapitre

Très brève, la deuxième lettre de Jean, le disciple et apôtre, s’adresse à une dame. Certains y ont vu une personne en chair et en os, d’autres le symbole d’une Eglise. Toujours est-il que l’apôtre invite des chrétiens à faire preuve de discernement dans l’accueil qu’ils réservent aux prédicateurs itinérants: certains sont de faux docteurs. Le chrétien doit vivre dans la vérité et dans l’amour.

 

Troisième épître de Jean

1 chapitre

Très brève elle aussi, la troisième lettre de Jean est adressée à un certain Gaïus, responsable d’une Eglise d’Asie Mineure. L’apôtre félicite Gaïus et le met en garde contre un dénommé Diotrèphe, un homme au comportement dictatorial dans l’Eglise.

Epître de Jude

1 chapitre

Probablement demi-frère de Jésus, Jude met en garde ses destinataires, peut-être des chrétiens d’Asie Mineure ou d’Egypte, contre l’infiltration des hérétiques dans les Eglises. Dans ce bref écrit, il dénonce la conduite immorale des faux docteurs et le jugement qui les attend, en invitant les chrétiens à rester attachés à la foi transmise par les apôtres.

 

Apocalypse

22 chapitres

Souvent assimilée à des catastrophes et à des jugements, l’Apocalypse est avant tout une révélation de Jésus-Christ mise par écrit par l’apôtre Jean. Elle présente Christ dans sa position actuelle: non plus couché dans la crèche ou cloué sur une croix, mais dans le ciel à la droite de Dieu. Même si la question de l’interprétation de ce texte reste discutée, il est clair qu’il expose l’affrontement entre Dieu et Satan et la victoire finale de Dieu, après une série de jugements contre l’humanité révoltée contre lui. Les derniers chapitres dévoilent la fin de l’histoire, avec un nouveau ciel et une nouvelle terre.

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BIBLE, JACQUES DE VOROGINE, JERÔME (saint ; 347-420), JERÔME DE STRIDON, LEGENDE DOREE, SAINT JERÔME DE STRIDON ET SA LEGENDE, SAINTETE, SAINTS

Saint Jérôme de Stridon et sa légende

Saint Jérôme

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Saint Jérôme fut l’une des figures religieuses les plus représentées à la fin du Moyen-Age et surtout au cours de la Renaissance. 

Saint Jérôme est le plus souvent accompagné d’un lion (ici le lion est caché dans la pénombre à droite, sous les arcades). Il est également presque toujours : soit entouré de livres ou en train d’écrire, …soit en pénitence dans le désert, bien qu’il s’agisse rarement d’un désert littéral (tout au moins d’un lieu à l’écart des hommes

On remarque également souvent la présence d’une tunique rouge et d’un chapeau de cardinal, d’un crâne et d’un crucifix.

On remarque que chez Caravage ou De la Tour, peintres d’un siècle plus tardif que les précédents, outre les évolutions stylistiques (apparition du clair-obscur), le lion a disparu : l’image s’est épurée de la fantaisie légendaire pour se centrer sur l’homme et les symboliques religieuses essentielles – en simplifiant : la vanité symbolisée par le crâne, la connaissance théologique incarnée par le livre, et la foi symbolisée par le crucifix.

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Mais qui était Saint Jérôme ? Pourquoi toujours est-il versé dans les livres ? Que venait faire ce lion à ses côtés ?

Au XIIIème siècle, le prêcheur dominicain italien Jacques de Voragine écrit La Légende dorée. Ce recueil compilant l’histoire des saints et martyrs du christianisme est destiné à devenir une sorte de bréviaire pour les laïcs qui n’ont pas accès aux textes liturgiques, et acquiert un succès considérable (plus de mille manuscrits et près de soixante-quinze éditions antérieures à 1500). La véracité historique n’est pas le souci premier de ces histoires de saints, très largement versées dans des récits légendaires qui exaltent l’imaginaire populaire tout en servant la propagande chrétienne.

Les artistes furent nombreux à s’être abreuvés à cette étonnante source d’inspiration, et on les comprend !  Voici ce qu’on nous dit de Saint Jérôme, qui vécut au IVème siècle :

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« Jeune encore, il alla à Rome où il étudia à fond les lettres grecques, latines et hébraïques. (…) Il s’adonnait nuit et jour à l’étude des saintes Ecritures. Il y puisa avec avidité ces connaissances qu’il répandit dans la suite avec abondance. A une époque, il le dit dans une lettre à Eustachius, comme il passait le jour à lire Cicéron et la nuit à lire Platon, parce que le style négligé des livres des Prophètes ne lui plaisait pas, vers le milieu du carême, il fut saisi d’une fièvre tellement subite et violente, que son corps se refroidit, et la chaleur vitale s’était retirée dans sa poitrine. Alors qu’on préparait déjà ses funérailles, il se vit soudain conduire devant le tribunal de Dieu qui lui demanda quelle était sa qualité, il répondit ouvertement qu’il était chrétien. « Tu mens, lui dit le juge ; tu es cicéronien, tu n’es pas chrétien car où est ton trésor, là est ton coeur. » Jérôme se tut alors et aussitôt le juge le fit fouetter fort rudement Jérôme se mit à crier : « Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi. » Ceux qui étaient présents se mirent en même temps à prier le juge de pardonner à ce jeune homme. Celui-ci proféra ce serment : « Seigneur, si jamais je possède des livres profanes, si j’en lis, c’est que je vous renierai. » Sur ce serment, il fut renvoyé et soudain il revint à la vie. Alors il se trouva tout baigné de larmes, et il remarqua que ses épaules étaient affreusement livides des coups reçus devant le tribunal de Dieu. Depuis, il lut les livres divins avec le même zèle qu’il avait lu auparavant les livres païens. Il avait vingt-neuf ans quand il fut ordonné cardinal prêtre dans l’église romaine. »

 

Suite de  la lecture de La Légende dorée :

« A la mort du pape Libère, Jérôme fut acclamé par tous digne du souverain pontificat. Mais ayant repris la conduite lascive de quelques clercs et des moines, ceux-ci, indignés à l’excès, lui tendirent des pièges. D’après Jean Beleth, ce fut au moyen d’un vêtement de femme qu’ils se moquèrent de lui d’une façon honteuse. En effet Jérôme s’étant levé comme de coutume pour les matines trouva un habit de femme que ses envieux avaient mis auprès de son lit, et croyant que c’était le sien, il s’en revêtit et s’en alla ainsi à l’église. Or, ses ennemis avaient agi de la sorte afin qu’on crût à la présence d’une femme dans la chambre du saint. Celui-ci, voyant jusqu’où ils allaient, céda à leur fureur et se retira chez saint Grégoire de Nazianze, évêque de la ville de Constantinople Après avoir appris de lui les saintes lettres, il courut au désert et il y souffrit pour J.-C. tout ce qu’il raconte lui-même à Eustochium en ces termes : « Tout le temps que je suis resté au désert et dans ces vastes solitudes qui, brûlées par les ardeurs du soleil, sont pour les moines une habitation horrible, je me croyais être au milieu des délices de Rome. Mes membres déformés étaient recouverts d’un cilice qui les rendait hideux ; ma peau, devenue sale, avait pris la couleur de la chair des Ethiopiens. Tous les jours se passaient dans les larmes ; tous les jours des gémissements, et si quelquefois un sommeil importun venait  m’accabler, la terre nue servait de lit à mes os desséchés. Je ne parle point du boire ni du manger, quand les malades eux-mêmes usent d’eau froide, et quand manger quelque chose de cuit est un péché de luxure : et tandis que je n’avais pour compagnons que les scorpions et les bêtes sauvages, souvent je me trouvais en esprit dans les assemblées des jeunes filles ; et dans un corps froid, dans une chair déjà morte, le feu de la débauche  m’embrasait. De là des pleurs continuels. Je soumettais ma chair rebelle à des jeûnes pendant des semaines entières. Les jours et les nuits étaient tout un le plus souvent, et je ne cessais de me frapper la poitrine que quand le Seigneur  m’avait rendu à la tranquillité. Ma cellule elle-même me faisait peur, comme si elle eût été le témoin de mes pensées. Je  m’irritais contre moi, et seul je  m’enfonçais dans les déserts les plus affreux. Alors, Dieu  m’en est témoin, après ces larmes abondantes il me semblait quelquefois être parmi les chœurs des anges. » Il fit ainsi pénitence pendant quatre ans, après quoi il revint à Bethléem, où il s’offrit à rester comme un animal domestique auprès de la crèche du Seigneur. »

Suite de la lecture de La Légende dorée, car de lion pour l’instant il n’y a pas trace :

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« Il relisait (135) les ouvrages de sa bibliothèque qu’il avait rassemblée avec le plus grand soin, ainsi que d’autres livres; et jeûnait jusqu’à la fin du jour. Il réunit autour de lui un grand nombre de disciples, et consacra quarante-cinq ans et six mois à traduire les Ecritures ; il demeura vierge jusqu’à la fin de sa vie. Bien que dans cette légende, il soit dit qu’il fut toujours vierge, il s’exprime cependant ainsi dans une lettre à Pammachius : « Je porte la virginité dans le ciel, non pas que je l’aie. » Enfin sa faiblesse l’abattit au point que couché en son lit, il était réduit, pour se lever, à se tenir par les mains à une corde attachée à une poutre, afin de suivre comme il le pouvait, les offices du monastère. »

Voilà donc pourquoi Saint Jérôme passe son temps à écrire : il traduit la Bible en latin ! Et sa traduction fit autorité, de la part d’un érudit connaissant à fond le latin, le grec et l’hébreu, et par dessus le marché pourvu d’une telle droiture morale...

Voici deux croquis de Dürer (1511)

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Suite de la lecture de Jacques de Voragine :

« Une fois, vers le soir, alors que saint Jérôme était assis avec ses frères pour écouter une lecture de piété, tout à coup un lion entra tout boitant dans le monastère. A sa vue, les frères prirent tous la fuite; mais Jérôme s’avança au-devant de lui comme il l’eût fait pour un hôte. »

« Le lion montra alors qu’il était blessé au pied, et Jérôme appela les frères en leur ordonnant de laver les pieds du lion et de chercher avec soin la place de la blessure. On découvrit que des ronces lui avaient déchiré la plante des pieds. Toute sorte de soins furent employés et le lion guéri, s’apprivoisa et resta avec la communauté comme un animal domestique. »

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« Mais Jérôme voyant que ce n’était pas tant pour guérir le pied du lion que pour l’utilité qu’on en pourrait retirer que le Seigneur le leur avait envoyé, de l’avis des frères, il lui confia le soin de mener lui-même au pâturage et d’y garder l’âne qu’on emploie à apporter du bois de la forêt. Ce qui se fit : car l’âne ayant été confié au lion, celui-ci, comme un pasteur habile, servait de compagnon à l’âne qui allait tous les jours aux champs, et il était son défenseur le plus vigilant durant qu’il paissait çà et là. Néanmoins, afin de prendre lui-même sa nourriture et pour que l’âne pût se livrer à son travail d’habitude, tous les jours, à des heures fixes, il revenait avec lui à la maison. Or, il arriva que comme l’âne était à paître, le lion s’étant endormi d’un profond sommeil, passèrent des marchands avec des chameaux : ils virent l’âne seul et l’emmenèrent au plus vite. A son réveil, le lion ne trouvant plus son compagnon, se mit à courir çà et là en rugissant. Enfin, ne le rencontrant pas, il s’en vint tout triste aux portes du monastère, et n’eut pas la hardiesse d’entrer comme il le faisait d’habitude, tant il était honteux. Les frères le voyant rentrer plus tard que de coutume et sans l’âne, crurent que, poussé par la faim, il avait mangé cette bête; et ils ne voulurent pas lui donner sa pitance accoutumée, en lui disant : « Va manger ce qui t’est resté de l’ânon, va assouvir ta gloutonnerie. » Cependant comme ils n’étaient pas certains qu’il eût commis cette mauvaise action, ils allèrent aux pâtures voir si, par hasard, ils ne rencontreraient pas un indice prouvant que l’âne était mort, et comme ils ne trouvèrent rien, ils vinrent raconter le tout à saint Jérôme. D’après les avis du saint, on chargea le lion de remplir la fonction de l’âne ; on alla couper du bois et on le lui mit sur le dos. Le lion supporta cela avec patience: mais un jour qu’il avait rempli sa tâche, il alla dans la campagne et se mit à courir çà et là, dans le désir de savoir ce qui était advenu de son compagnon, quand il vit venir au loin des marchands conduisant des chameaux chargés et un âne en avant. Car l’usage de ce pays est que quand on va au loin avec des chameaux, ceux-ci afin de pouvoir suivre une route plus directe, soient précédés par un âne qui les conduit au moyen d’une corde attachée à son cou. Le lion ayant reconnu l’âne, se précipita sur ces gens avec d’affreux rugissements et les mit tous en fuite. En proie à la colère, frappant avec force la terre de sa queue, il força les chameaux épouvantés d’aller par devant lui à l’étable du monastère, chargés comme ils l’étaient. Quand les frères virent cela, ils en informèrent saint Jérôme : « Lavez, très chers frères, dit le saint, lavez les pieds de nos hôtes ; donnez-leur à manger et attendez là-dessus la volonté du Seigneur. » Alors le lion se mit à courir plein de joie dans le monastère comme il le faisait jadis, se prosternant aux pieds de chaque frère. Il paraissait, en folâtrant avec sa queue, demander grâce pour une faute qu’il n’avait pas commise. Saint Jérôme, qui savait ce qui allait arriver, dit aux frères : « Allez, mes frères, préparer ce qu’il faut aux hôtes qui viennent ici. » Il parlait encore quand un messager annonça qu’à la porte se trouvaient des hôtes qui voulaient voir l’abbé. Celui-ci alla les trouver; les marchands se jetèrent de suite à ses pieds, lui demandant pardon pour la faute dont ils s’étaient rendus coupables. L’abbé les fit relever avec bonté et leur commanda de reprendre leur bien et de ne pas voler celui des autres. Ils se mirent alors à prier saint Jérôme d’accepter la moitié de leur huile et de les bénir. Après bien des instances, ils contraignirent le saint à accepter leur offrande. Or, ils promirent de donner aux frères, chaque année, une pareille quantité, d’huile et d’imposer la même obligation à leurs héritiers. »

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Voilà ce que dit La Légende dorée sur Saint Jérôme. Pour en savoir plus  le texte intégral de Jacques de Voragine est en ligne à cette adresse : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/.

BIBLE, EPIPHANIE, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, JESUS CHRIST, NATIVITE DE JESUS, NOEL, ROIS MAGES

La fête de l’Epiphanie dans la Légende dorée de Jacques de Vorogine

L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR : DANS LA LEGENDE DOREE DE JACQUES DE VOROGINE

 

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L’Epiphanie du Seigneur est célèbre par quatre miracles, ce qui lui a fait donner quatre noms différents. En effet, aujourd’hui, les Mages adorent J.-C., Jean-Baptiste le Sauveur, J.-C. change l’eau en vin et il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Jésus avait treize jours, lorsque, conduits par l’étoile, les Mages vinrent le trouver, d’où vient le nom de Epiphanie, epi, au-dessus, phanos, apparition, ou bien parce que l’étoile apparut d’en haut, ou bien parce que J.-C. lui-même a été montré aux Mages, comme le vrai Dieu, par une étoile vue dans les airs. Le même jour, après vingt-neuf ans révolus, alors qu’il atteignait trente ans, parce qu’il avait vingt-neuf ans et treize jours ; Jésus, dit saint Luc, avait alors environ trente ans commencés, ou bien, d’après Bède, il avait trente ans accomplis, ce qui est aussi la croyance de l’Eglise romaine; alors, dis-je, il fut baptisé dans le Jourdain, et de là vient le nom de Théophanie, de Theos, Dieu et phanos apparition, parce que en ce moment la Trinité se manifesta : le Père dans la voix qui se fit entendre, le (148) Fils dans la chair et le Saint-Esprit sous l’apparence d’une colombe. Le même jour, un an après, alors qu’il avait trente ou trente et un ans, il changea l’eau en vin : d’où vient le nom de Bethanie, de beth, maison, parce que, par un miracle opéré dans une maison, il apparut vrai Dieu. En ce même jour encore, un an après, comme il avait trente et un ou trente-deux ans et treize jours, il rassasia cinq mille hommes avec cinq pains, d’après Bède, et cette hymne qu’on chante en beaucoup, d’églises et qui commence par ces mots : Illuminans altissimum *. De là vient le nom de Phagiphanie de phagé manger, bouchée. Il y a doute si ce quatrième miracle a été opéré en ce jour, tant parce qu’on ne le trouve pas ainsi en l’original de Bède, tant parce qu’en saint Jean (VI) au lieu où il parle de ce prodige, il dit : « Or, le jour de Pâques était proche. » Cette quadruple apparition eut donc lieu aujourd’hui. La première par l’étoile sur la crèche ; la seconde par la voix du Père sur le fleuve du Jourdain ; la troisième par le changement de l’eau en vin au repas et la quatrième par la multiplication des pains dans le désert. Mais c’est principalement la première apparition que l’on célèbre aujourd’hui, ainsi nous allons en exposer l’histoire.

 

Lors de la naissance du Seigneur, trois mages vinrent à Jérusalem. Leur nom latin c’est Appellius, Amérius, Damascus ; en hébreu on les nomme Galgalat, Malgalat et Sarathin ; en grec, Caspar, Balthasar, Melchior.

* Bréviaire mozarabe.

Mais qu’étaient ces mages ? Il y a là-dessus trois sentiments, selon les trois significations du mot mage. En effet, mage veut dire trompeur, magicien et sage. Quelques-uns prétendent que, en effet, ces rois ont été appelés mages, c’est-à-dire trompeurs, de ce qu’ils trompèrent Hérode en ne revenant point chez lui. Il est dit dans l’Evangile, au sujet d’Hérode « Voyant qu’il avait été trompé par les mages. » Mage veut encore dire magicien. Les magiciens de Pharaon sont appelés mages, et saint Chrysostome dit qu’ils tirent leur nom de là. D’après lui, ils seraient des magiciens qui se seraient convertis et auxquels le Seigneur a voulu révéler sa naissance, les attirer à lui, et par là donner aux pécheurs l’espoir du pardon. Mage est encore la même chose que sage. Car mage en hébreu signifie scribe, en grec philosophe, en latin sage. Ils sont donc nommés mages, c’est-à-dire savants, comme si on disait merveilleusement sages. Or, ces trois sages et rois vinrent à Jérusalem avec une grande suite. Mais on demande pourquoi les mages vinrent à Jérusalem, puisque le Seigneur n’y était point né. Remigius * en donne quatre raisons: La première, c’est que les mages ont bien su le temps de la naissance de J.-C., mais ils n’en ont pas connu le lieu or, Jérusalem étant une cité royale et possédant un souverain sacerdoce, ils soupçonnèrent qu’un enfant si distingué ne devait naître nulle part ailleurs si ce n’est dans une cité royale. La deuxième, c’était pour connaître plus tôt le lieu de la naissance, puisqu’il y avait là des docteurs dans la loi et des scribes.

* Moine d’Auxerre en 890, Bibliothèque des Pères, Homé1. VII.

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La troisième pour que les Juifs restassent inexcusables ; ils auraient pu dire en effet : « Nous avons bien connu le lieu de la naissance, mais nous en avons ignoré le temps et c’est le motif pour lequel nous ne croyons point. » Or, les Mages désignèrent aux Juifs le temps et les Juifs indiquèrent le lieu aux Mages. La quatrième, afin que l’empressement des Mages devînt la condamnation de l’indolence des Juifs : car les Mages crurent à un seul prophète et les Juifs refusèrent de croire au plus grand nombre. Les Mages cherchent un roi étranger, les Juifs ne cherchent pas celui qui est le leur propre : les uns vinrent de loin, les autres restèrent dans le voisinage. Ils ont été rois et les successeurs de Balaam ils sont venus eu voyant l’étoile, d’après la prophétie de leur père : « Une étoile se lèvera sur Jacob et un homme sortira d’Israël. » Un autre motif de leur venue est donné par saint Chrysostome dans son original sur saint Mathieu. Des auteurs s’accordent à dire que, certains investigateurs de secrets choisirent douze d’entre eux, et si l’un venait à mourir, son fils ou l’un de ses proches le remplaçait. Or, ceux-ci, tous les ans, après un mois écoulé, montaient sur la montagne de la Victoire, y restaient trois jours, se lavaient et priaient Dieu de leur montrer l’étoile prédite par Balaam. Une fois, c’était le jour de la naissance du Seigneur, pendant qu’ils étaient là, vint vers eux sur la montagne une étoile singulière : elle avait la forme d’un magnifique enfant, sur la tête duquel brillait une croix, et elle adressa ces paroles aux Mages : « Hâtez-vous d’aller dans la terre de Juda, vous chercherez un roi nouveau-né, et vous l’y trouverez. » Ils se mirent (151) aussitôt en chemin. Mais comment, en si peu de temps, comment, en treize jours, avoir pu parcourir un si long chemin, c’est-à-dire de l’Orient à Jérusalem, qui est censée occuper le centre du monde? On peut dire, avec Remigius, que cet enfant vers lequel ils allaient,, a bien pu les conduire si vite, ou bien l’on peut croire, avec saint Jérôme, qu’ils vinrent sur des dromadaires, espèce d’animaux très alertes, qui font en une journée le chemin qu’un cheval met trois jours à parcourir. Voilà pourquoi on l’appelle dromadaire, dromos course, arès courage. Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est celui qui est né roi des Juifs ? » Ils ne demandent pas s’il est né, ils le croyaient, mais ils demandent où il est né. Et comme si quelqu’un leur avait dit : « D’où savez-vous que ce roi est né? » Ils répondent : « Nous avons vu son étoile dans l’Orient et nous sommes venus l’adorer; » ce qui veut dire : « Nous qui restons en Orient, nous avons vu une étoile indiquant sa naissance; nous l’avons vue, dis-je, posée sur la Judée. Ou bien : nous qui demeurons dans notre pays, nous avons vu son étoile dans l’Orient, c’est-à-dire dans la partie orientale. » Par ces paroles, comme le dit Remigius, dans son original, ils confessèrent un vrai homme, un vrai roi et un vrai Dieu. Un vrai homme, quand ils dirent : « Où est celui qui est né ? » Un vrai roi en disant : « Roi des Juifs; » un vrai Dieu en ajoutant: « Vous sommes venus l’adorer. » Il a été en effet ordonné de n’adorer aucun autre que Dieu seul. Mais Hérode qui entendit cela fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Le roi est troublé pour trois motifs: 1° dans la crainte que (152) les Juifs ne reçussent comme leur roi ce nouveau-né, et ne le chassassent lui-même comme étranger. Ce qui fait dire à saint Chrysostome : « De même qu’un rameau placé en haut d’un arbre est agité par un léger souffle, de même les hommes élevés au faîte des dignités sont tourmentés même par un léger bruit. » 2° Dans la crainte qu’il ne soit inculpé par, les Romains, si quelqu’un était appelé roi sans avoir été institué par Auguste. Les Romains avaient en effet ordonné que ni dieu ni roi ne fût reconnu que par leur ordre et avec leur permission. 3° Parce que, dit saint Grégoire, le roi du ciel étant né, le roi de la terre a été troublé. En effet, la grandeur terrestre est abaissée, quand la grandeur céleste est dévoilée. — Tout Jérusalem fut troublée avec lui pour trois raisons : 1° parce que les impies ne sauraient se réjouir de la venue du Juste ; 2° pour flatter Je roi troublé, en se montrant troublés eux-mêmes; 3° parce que comme le choc des vents agite l’eau, ainsi les rois se battant l’un contre l’autre, le peuple est troublé, et c’est pour cela qu’ils craignirent être enveloppés dans la lutte entre le roi de fait et le prétendant. » C’est la raison que donne saint Chrysostome.

Alors Hérode convoqua tous les prêtres et les scribes pour leur demander où naîtrait le Christ. Quand il en eut appris que c’était à Bethléem de Juda, il appela les mages en secret et s’informa auprès d’eux de l’instant auquel l’étoile leur était apparue, pour savoir ce qu’il avait à faire, si les mages ne revenaient pas ; et il leur recommanda qu’après avoir trouvé l’enfant, ils revinssent le lui dire, en simulant vouloir adorer celui (153) qu’il voulait tuer. Or, remarquez qu’aussitôt les mages entrés à Jérusalem, l’étoile cesse de les conduire, et cela pour trois raisons. La 1re pour qu’ils soient forcés de s’enquérir du lieu de la naissance de J.-C. ; afin par là d’être assurés de cette naissance, tant à cause de l’apparition de l’étoile qu’à cause de l’assertion de la prophétie : ce qui eut lieu. La 2e parce que en cherchant un secours des hommes, ils méritèrent justement de perdre celui de Dieu. La 3e  parce que les signes ont été, d’après l’apôtre, donnés aux infidèles, et la prophétie aux fidèles : c’est pour cela qu’un signe fut donné aux Mages, alors qu’ils étaient infidèles ; mais ce signe ne devait plus paraître dès lors qu’ils se trouvaient chez les juifs qui étaient fidèles. La glose entrevoit ces trois raisons. Mais lorsqu’ils furent sortis de Jérusalem, l’étoile les précédait, jusqu’à ce qu’arrivée au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s’arrêta. De quelle nature était cette étoile ? il y a trois opinions, rapportées par Remi ; lus en son original. Quelques-uns avancent que c’était le saint Esprit, afin que, devant descendre plus tard surale Seigneur après son baptême, sous la forme d’une colombe, il apparût aussi aux Mages sous la forme d’une étoile. D’autres disent, avec saint Chrysostome, que ce fut l’ange qui apparut aux bergers, et ensuite aux Mages aux bergers eu leur qualité de juifs et raisonnables, elle apparut sous une forme raisonnable, mais aux gentils qui étaient, pour ainsi dire, irraisonnables, elle prit une forme matérielle. Les autres, et c’est le sentiment le plus vrai, assurent que ce fut une étoile nouvellement créée, et qu’après avoir accompli son (154) ministère, elle revint à son état primitif. Or, cette étoile, selon Fulgence, différait des autres en trois manières, 1° en situation, parce qu’elle n’était pas située positivement dans le firmament, mais elle se trouvait suspendue dans un milieu d’air voisin de la terre ; 2° en éclat, parce qu’elle était plus brillante que les autres; cela est évident, puisque le soleil ne pouvait pas en diminuer l’éclat ; loin de là, elle paraissait en plein midi ; 3° en mouvement, parce qu’elle allait en avant des Mages, comme ferait un voyageur ; elle n’avait donc point un mouvement circulaire, mais une espèce de mouvement animale( progressif. La glose en touche trois autres raisons à ces mots sur le 2e chapitre de saint Mathieu: « Cette étoile de la naissance du Seigneur, etc. » La 1re elle différait dans son origine, puisque les autres avaient été créées au commencement du monde, et que celle-ci venait de l’être. La 2edans sa destination, les autres avaient été faites pour indiquer des temps et des saisons, comme il est dit dans la Genèse (I, 14) et celle-ci pour montrer le chemin aux Mages ; la 3e dans sa durée, les autres sont perpétuelles, celle-ci, après avoir accompli son ministère, revint à son état primitif.

Or, lorsqu’ils virent l’étoile, ils ressentirent une très grande joie. Observez que cette étoile aperçue par les Mages est quintuple ; c’est une étoile matérielle, une étoile spirituelle, une étoile intellectuelle, une étoile raisonnable, et une étoile supersubstantielle. La première, la matérielle, ils la- virent en Orient; la seconde, la spirituelle qui est la foi, ils la virent dans leur cœur, car si cette étoile, c’est-à-dire, la foi, n’avait (155) pas projeté ses rayons dans leur cœur , jamais ils ne fussent parvenus à voir la première. Or, ils eurent la foi en l’humanité du Sauveur, puisqu’ils dirent : « Où est celui qui est né? » Ils eurent la foi en sa dignité royale, quand ils dirent: « Roi des juifs. » Ils eurent la foi en sa divinité puisqu’ils ajoutèrent : « Nous sommes venus l’adorer. » La troisième, l’étoile intellectuelle, qui est l’ange, ils la virent dans le sommeil, quand ils furent avertis par l’ange de ne pas revenir vers Hérode. Mais d’après une glose particulière, ce ne fut pas un ange, mais le Seigneur lui-même qui leur apparut. La quatrième, la raisonnable, ce fut la Sainte Vierge, ils la virent dans l’hôtellerie. La cinquième, la supersubstantielle, ce fut J.-C., qu’ils virent dans la crèche ; c’est de ces deux dernières qu’il est dit : « En entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère… » etc. Et chacune d’elles est appelée étoile : la 1re par le Psaume : « La lune et les étoiles que vous avez créées. » La 2e dans l’Ecclésiastique (XLIII, 10) : « La beauté du ciel, c’est-à-dire de l’homme céleste, c’est l’éclat des étoiles, c’est-à-dire des vertus. » La 3e dans Baruch (III, 31) : « Les étoiles ont répandu leur lumière chacune en sa place, et elles ont été dans la joie. » La joie par la Liturgie : « Salut, étoile de la mer. » La 5e dans l’Apocalypse (XXII, 16) : « Je suis le rejeton et le fils de David, l’étoile brillante, et l’étoile du matin. » En voyant la première et la seconde, les Mages se sont réjouis ; en voyant la troisième, ils se sont réjouis de joie ; en voyant la quatrième ils se sont réjouis d’une joie grande ; en voyant la cinquième, ils se sont réjouis d’une très grande joie. Ou (156) bien ainsi que dit la glose: « Celui-là se réjouit de joie qui se réjouit de Dieu, qui est la véritable joie, et il ajoute « grande », car rien n’est plus grand que Dieu ; et il met « très » grande, parce qu’on peut se réjouir plus ou moins de grande joie. Ou bien par l’exagération de ces expressions, l’évangéliste a voulu montrer que les hommes se réjouissent plus des choses perdues qu’ils ont retrouvées que de celles qu’ils ont toujours possédées.

Après être entrés dans la chaumière, et avoir trouvé l’enfant avec sa mère, ils fléchirent les genoux et chacun offrit ces présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ici saint Augustin s’écrie : « O enfance extraordinaire, à laquelle les astres sont soumis. Quelle grandeur ! quelle gloire immense dans celui devant les langes duquel les anges se prosternent, les astres assistent, les rois tremblent, et les partisans de la sagesse se mettent à genoux ! O bienheureuse chaumière ! ô trône de Dieu, le second après le ciel, où ce n’est pas une lumière qui éclaire, mais une étoile! ô céleste palais dans lequel habite non pas un roi couvert de pierreries, mais un Dieu qui a pris un corps, qui a pour couche délicate une dure crèche, pour plafond doré, un toit de chaume tout noir, mais décoré par l’obéissance d’unie étoile! Je suis saisi quand je vois les lampes et que je regarde les cieux; je suis enflammé, quand je vois dans une crèche un mendiant plus éclatant encore que les astres.» Et saint Bernard : « Que faites-vous ? vous adorez un enfant à la mamelle dans une vile étable? Est-ce que c’est un Dieu? Que faites-vous? Vous lui offrez de l’or? Est-ce donc un Roi ? Où (157) donc est sa cour, où est son trône, où sont les courtisans de ce roi? Est-ce que la cour, c’est l’étable? Le trône la crèche, les courtisans de ce roi, Joseph et Marie Ils sont devenus insensés, pour devenir sensés. » Voici ce que dit encore à ce sujet saint Hilaire dans le second livre de la Trinité : « Une vierge enfante, mais celui qui est enfanté vient de Dieu. L’enfant vagit, on entend des anges le louer, les langes sont sales, Dieu est adoré. C’est pourquoi la dignité de la puissance n’est pas perdue, puisque l’humilité de la chair est adoptée. Et voici comment dans Jésus enfant on rencontre des humiliations, des infirmités, mais aussi des sublimités, et l’excellence de la divinité. » A ce propos encore saint Jérôme dit, sur l’épître aux Hébreux : « Regardez le berceau de J.-C., voyez en même temps le ciel ; vous apercevez un enfant pleurant dans une crèche, mais en même temps faites attention aux cantiques des anges. Hérode persécute, mais les Mages adorent; les Pharisiens ne le connaissent point, mais l’étoile le proclame ; il est baptisé par un serviteur, mais on entend la voix de Dieu qui tonne d’en haut: il est plongé dans l’eau, mais la colombe descend ; il y a plus encore, c’est le Saint-Esprit dans la colombe. »

Pourquoi maintenant les Mages offrent-ils des présents de cette nature! On en peut signaler une foule de raisons. 1° C’était une tradition ancienne, dit Remigius, que personne ne s’approcherait d’un dieu ou d’un roi, les mains vides. Les Perses et les Chaldéens avaient coutume d’offrir de pareils présents. Or, les Mages, ainsi qu’il est dit en (158) l’Histoire scholastique, vinrent des confins de la Perse et de la Chaldée, où coule le fleuve de Saba, d’où vient le nom de Sabée que porte leur pays. 2° La seconde est de saint Bernard: « Ils offrirent de l’or à la sainte Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens, pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes. 3° Parce que avec l’or se paie le tribut, l’encens sert au sacrifice et la myrrhe à ensevelir les morts. Par ces trois présents, on reconnaît, dans le Christ la puissance royale, la majesté divine, et la mortalité humaine. 4° Parce que l’or signifie l’amour, l’encens la prière, la myrrhe, la mortification de la chair: Et nous devons les offrir tous trois à J.-C. 5° Parce que par ces trois présents sont signifiées trois qualités de J.-C. : une divinité très précieuse, une âme toute dévouée, et une chair intègre et incorruptible. Les offrandes étaient encore prédites par ce qui se trouvait dans l’arche d’alliance. Dans la verge qui fleurit, nous trouvons la chair de J.-C. qui est ressuscitée; au Psaume: « Ma chair a refleuri »; dans les tables où étaient gravés les commandements, l’âme dans laquelle sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu; dans la manne, la divinité qui a toute saveur et toute suavité. Par l’or, donc, qui est le plus précieux des métaux, on entend la divinité très précieuse; par l’encens, l’âme très dévouée, parce que l’encens signifie dévotion et prière (Ps.) : « Que ma prière monte comme l’encens.» Par la myrrhe qui est un préservatif de corruption, la chair qui ne fut pas corrompue.

Les Mages, avertis en songe de ne pas revenir chez Hérode, retournèrent (159) par un autre chemin en leur pays. Voici comment partirent les Mages : Ils vinrent sous la direction de l’étoile; ils furent instruits par des hommes, mieux encore par dés prophètes; ils retournèrent sous la conduite de l’ange, et moururent dans le Seigneur. Leurs corps reposaient à Milan dans une église de notre ordre, c’est-à-dire des frères prêcheurs, mais ils reposent maintenant à Cologne. Car ces corps, d’abord enlevés par Hélène, mère de Constantin, puis transportés à Constantinople, furent transférés ensuite par saint Eustorge, évêque de Milan ; mais l’empereur Henri les transporta de Milan à Cologne sur le Rhin, où ils sont l’objet de la dévotion et des hommages du peuple.

 

 

La Légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvelle traduction en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’abbé J.-B.-M. Roze, chanoine honoraire de la cathédrale d’Amiens. Tome I, II, III. – Paris, Edouard Rouveyre Editeur, 1942.   

 

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Le Psaume 150

PSAUME 150

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Alléluia ! Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance ;

louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur !

Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ;

louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour !

Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes !

Et que tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia !

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BIBLE, DIEU FAIT SILENCE, EVANGILE, EVANGILES, JESUS-CHRIST, LES SILENCES DE JESUS, NOUVEAU TESTAMENT

Dieu fait silence

Les silences de Jésus

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Au commencement était le tohu-bohu : et Dieu se taisait….

Quand Dieu parla le chaos disparut :

Au commencement  était le Verbe et il est chez les siens

Dieu se tait à sa venue : le cri de la naissance et puis plus rien …. Pendant huit jours Dieu n’eut pas de nom ; il se fit anonyme parmi les anonymes ; il se rendit invisible pour que l’homme le cherche, pour que l’homme le trouve…

 

Dieu se tait souvent ….

Il  laisse faire ou laisse dire…

Le silence devant Hérode et devant Pilate

Le silence de Dieu dans la tombe…

Le silence de Dieu au moment même de sa Résurrection

 

Dieu est souvent silence

Dieu ne parle pas au milieu du brouhaha

Dieu se dit dans le silence dans le doux murmure d’une brise légère

Dieu se tait et se dévoile dans le silence de la nuit.

 

Le silence de Dieu comme une béance dans notre vie !

Le silence de Dieu, un geste d’amour

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LIVRE DE LA GENÈSE chapitre 1, 1-2

AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre.

 La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

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EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT JEAN chapitre 1, 1-34

AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.

 Il était au commencement auprès de Dieu.

 C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.

la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.

Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.

Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.

Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

 Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.

 Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.

 Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir

Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »

Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ;

 car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

 Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? »

Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. »

Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. »

 Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? »

Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. »

 Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens.

Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? »

Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »

Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait. Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ;

c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »

Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”

 Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

 

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EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (chapitre 1)

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GENEALOGIE DE JESUS, CHRIST, fils de David, fils d’Abraham.

  Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères,

Juda, de son union avec Thamar, engendra Pharès et Zara, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram,

Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naassone, Naassone engendra Salmone,

Salmone, de son union avec Rahab, engendra Booz, Booz, de son union avec Ruth, engendra Jobed, Jobed engendra Jessé,

Jessé engendra le roi David. David, de son union avec la femme d’Ourias, engendra Salomon,

 Salomon engendra Roboam, Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa,

Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias,

Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Acaz, Acaz engendra Ézékias,

Ézékias engendra Manassé, Manassé engendra Amone, Amone engendra Josias,

Josias engendra Jékonias et ses frères à l’époque de l’exil à Babylone.

Après l’exil à Babylone, Jékonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel,

Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Éliakim, Éliakim engendra Azor,

Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akim, Akim engendra Élioud,

Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Mattane, Mattane engendra Jacob,

Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ.

Le nombre total des générations est donc : depuis Abraham jusqu’à David, quatorze générations ; depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations.

 

Or, voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.

Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.

Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »

Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

 

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EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (chapitre 2)

 

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.

Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie.

Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »

Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

Alors Hérode, voyant que les mages s’étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d’après la date qu’il s’était fait préciser par les mages.

Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie :

 Un cri s’élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c’est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus.

Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et pars pour le pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »

Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël. Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth, pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

 

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EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT LUC (chapitre 1)

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 BEAUCOUP ONT ENTREPRIS de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus.

  Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre du groupe d’Abia, nommé Zacharie. Sa femme aussi était descendante d’Aaron ; elle s’appelait Élisabeth. Ils étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable. Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth était stérile et, de plus, ils étaient l’un et l’autre avancés en âge.

Or, tandis que Zacharie, durant la période attribuée aux prêtres de son groupe, assurait le service du culte devant Dieu, il fut désigné par le sort, suivant l’usage des prêtres, pour aller offrir l’encens dans le sanctuaire du Seigneur. Toute la multitude du peuple était en prière au dehors, à l’heure de l’offrande de l’encens.

 L’ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l’autel de l’encens. À sa vue, Zacharie fut bouleversé et la crainte le saisit.

 L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée : ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère ; il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »

 Alors Zacharie dit à l’ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, en effet, je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. »

L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. Mais voici que tu seras réduit au silence et, jusqu’au jour où cela se réalisera, tu ne pourras plus parler, parce que tu n’as pas cru à mes paroles ; celles-ci s’accompliront en leur temps. »

Le peuple attendait Zacharie et s’étonnait qu’il s’attarde dans le sanctuaire. Quand il sortit, il ne pouvait pas leur parler, et ils comprirent que, dans le sanctuaire, il avait eu une vision. Il leur faisait des signes et restait muet. Lorsqu’il eut achevé son temps de service liturgique, il repartit chez lui.

Quelque temps plus tard, sa femme Élisabeth conçut un enfant. Pendant cinq mois, elle garda le secret. Elle se disait :  « Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi, en ces jours où il a posé son regard pour effacer ce qui était ma honte devant les hommes. »

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

 À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;

 il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »

L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. »

Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.

 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.

Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

 Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,

 exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.

 Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !

 Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.

 Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

 Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

 Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,

 de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle. Quand fut accompli le temps où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait montré la grandeur de sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.

 Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père.

Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. »

On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »

 On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler.

 Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu.

 La crainte saisit alors tous les gens du voisinage et, dans toute la région montagneuse de Judée, on racontait tous ces événements.

Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui. Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit Saint et prononça ces paroles prophétiques :

 « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple.

Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur,

 comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens :

 salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs,

 amour qu’il montre envers nos pères, mémoire de son alliance sainte,

serment juré à notre père Abraham de nous rendre sans crainte,

afin que, délivrés de la main des ennemis,

 nous le servions dans la justice et la sainteté, en sa présence, tout au long de nos jours.

 Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins

pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés,

grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut,

pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. »

L’enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël.

 

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EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT LUC (chapitre 2)

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En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.

Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. 05 Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.

Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

 Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

 L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

 Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

 Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :

 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.

 Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

 Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.

Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

 Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.

 Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :

 « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole.

Car mes yeux ont vu le salut

 que tu préparais à la face des peuples :

 lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »

Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui.

 Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

 Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

 L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui

 

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LES SILENCES DE JESUS PENDANT SA VIE PUBLIQUE

 

Le silence de Jésus face aux préjugés

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“ Dès le matin, Jésus se rend de nouveau dans le temple, et tout le peuple vient à lui. Il s’assoit et les enseigne. Alors les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère, la placent au milieu et disent à Jésus:

– Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans a loi, nous a prescrit de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? 

Ils disent cela pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser.  Mais Jésus se baisse et se met à écrire avec le doigt sur la terre. Comme ils persistent à le questionner, il se redresse et leur dit:

– Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. 

De nouveau il se baisse et se met à écrire sur la terre. Quand ils entendent cela, accusés par leur conscience, ils se retirent un à un, à commencer par les plus âgés et jusqu’aux derniers, et Jésus reste seul, avec la femme qui est là, au milieu.  Alors Jésus se redresse et lui dit:

– Femme, où sont tes accusateurs?  Personne ne t’a condamnée?

Elle répond:

– Personne, Seigneur.

Et Jésus lui dit:

– Moi non plus je ne te condamne pas; va, et désormais ne pèche plus.  (Jean 8.2-11) ”

Le silence de Jésus, devant cet esclandre des religieux, est un silence d’indignation.  Quelqu’un a dit : « Quand la religiosité parle, le Ciel se tait » Ces religieux ne sont pas concernés par la situation de cette femme. Ils n’ont que faire d’être justes ou pas. Ils veulent simplement coincer Jésus et avoir raison. Ils sont jaloux de son succès. Ils sont formatés par un système de pensée et ne sont pas prêts au changement, à se remettre en cause. Et Jésus ne prend pas la peine de discuter.

 

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Le silence de Jésus devant l’injustice et le mensonge

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“ Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, pour le faire mourir. Mais ils n’en trouvèrent pas, quoique plusieurs faux témoins se soient présentés. Enfin il en vint deux qui dirent: Celui-là a dit: Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. 

Le souverain sacrificateur se leva et lui dit: Ne réponds-tu rien? De quoi témoignent-ils contre toi? 

Jésus garda le silence. Et le souverain sacrificateur lui dit: Je t’adjure par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit: Tu l’as dit. De plus je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. »   (Matthieu 26:62-63)”

Devant la pression et les accusations mensongères, Jésus garde le silence, il va rester tranquille. L’image du verbe siopaoest celle d’une mer calme, tranquille. Jésus ne se laisse pas mettre la pression ! Devant l’injustice envers son égard, Jésus garde le silence. Même Pilate sera surpris de ce mutisme de jésus devant ses accusateurs. Alors qu’il comparait devant lui,  le gouverneur l’interroge en ces termes, dans l’évangile de Matthieu (27.12-14) : « Es-tu le roi des Juifs? » Jésus lui répond: « Tu le dis ». Mais il ne répond rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens. Alors Pilate lui dit: « N’entends-tu pas tout ce dont ils t’accusent ? » Et Jésus ne lui donne de réponse sur aucun point, ce qui étonne beaucoup le gouverneur. 

Jésus fera écho au serviteur souffrant d’Esaïe 53 :7  « Il a été maltraité, il s’est humilié Et n’a pas ouvert la bouche, Semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent; Il n’a pas ouvert la bouche ». Bien-sur, pour Jésus, c’était sa destinée de mourir sur la croix pour notre péché, mais au-delà de cela, il nous montre un exemple.

« Il y a un  temps pour parler, un temps pour se taire », dira Ecclésiaste.

 

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Le silence de Jésus devant la curiosité malsaine

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“ Lorsqu’Hérode vit Jésus, il en eut une grande joie, car depuis quelque temps il désirait le voir à cause de ce qu’il avait entendu dire de lui,  et il espérait lui voir faire quelque miracle. Il l’interrogea assez longuement, mais Jésus ne lui répondit rien.  Les principaux sacrificateurs et les scribes étaient là et l’accusaient avec véhémence. Hérode, avec ses gardes, le traita avec mépris; et après s’être moqué de lui et l’avoir revêtu d’un habit éclatant, il le renvoya à Pilate. (Luc 23: 8-11)

Hérode est un homme avide de spectaculaire, d’émotion. Cet Hérode volubile, par ses nombreuses et longues questions, fait face au silence tranquille de Christ.  Hérode voulait se divertir, pas d’avoir les réponses à ses questions.  C’est une curiosité mal placée. « Voilà celui qui fait des miracles. On va s’amuser ». Jésus se tait devant les préjugés, devant les accusations mensongères, mais aussi devant la curiosité malsaine

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Si Dieu se tait… peut-être c’est que nous sommes trop pris par nos préjugés, que nous ne pouvons pas entendre.

Si Dieu se tait … peut-être que nous sommes pleins de mauvaise foi, ne voulons pas reconnaître nos torts, et que le ciel est d’airain.

Si Dieu se tait… c’est que nous sommes plus enclins au potin qu’à la prière.

 

 

 

 

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 149, PSAUMES

Le Psaume 149

PSAUME 149

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Alléluia ! Chantez au Seigneur un chant nouveau, louez-le dans l’assemblée de ses fidèles !

En Israël, joie pour son créateur ; dans Sion, allégresse pour son Roi !

Dansez à la louange de son nom, jouez pour lui, tambourins et cithares !

Car le Seigneur aime son peuple, il donne aux humbles l’éclat de la victoire.

Que les fidèles exultent, glorieux, criant leur joie à l’heure du triomphe.

Qu’ils proclament les éloges de Dieu, tenant en main l’épée à deux tranchants.

Tirer vengeance des nations, infliger aux peuples un châtiment,

charger de chaînes les rois, jeter les princes dans les fers,

 leurs appliquer la sentence écrite, c’est la fierté de ses fidèles. Alléluia !

Chantez+à+Dieu,+chantez.+Chantez+à+notre+roi,+chantez

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 148, PSAUMES

Le Psaume 148

PSAUME 148

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Alléluia ! Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le dans les hauteurs.

Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le, tous les univers.

vous, cieux des cieux, louez-le, et les eaux des hauteurs des cieux.

R/ Qu’ils louent le nom du Seigneur : sur son ordre ils furent créés ;

c’est lui qui les posa pour toujours sous une loi qui ne passera pas.

Louez le Seigneur depuis la terre, monstres marins, tous les abîmes ;

feu et grêle, neige et brouillard, vent d’ouragan qui accomplis sa parole ; les arbres des vergers, tous les cèdres ;

Les montagnes et toutes les collines,

les bêtes sauvages et tous les troupeaux, le reptile et l’oiseau qui vole ;

les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges de la terre ;

tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants.

R/Qu’ils louent le nom du Seigneur, le seul au-dessus de tout nom ; sur le ciel et sur la terre, sa splendeur :

il accroît la vigueur de son peuple. Louange de tous ses fidèles, des fils d’Israël, le peuple de ses proches ! Alléluia !

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