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Charles de Gaulle (1890-1970)

Charles de Gaulle

Homme d’État français (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970).

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Homme de l’appel du 18 juin 1940, Charles de Gaulle fut, en 1958, le fondateur du régime de la Ve République, qu’il présida jusqu’en 1969. Audace, grandeur, patriotisme, obstination, indépendance, stabilité, tels sont les traits qui caractérisent le tempérament et le règne de ce soldat rebelle devenu un monarque républicain, qui demeurera, de l’avis de ses compagnons comme de ses adversaires, un géant de l’Histoire.

Formation

Appartenant au milieu de la bourgeoisie catholique lilloise, Charles de Gaulle fait ses études chez les jésuites, avant d’être reçu au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, dont il sort 13e en 1912.

À l’école de la guerre

Blessé à trois reprises, porté disparu, il se relève bien vivant mais prisonnier de guerre en Allemagne. Après cinq tentatives d’évasion, il est délivré par l’armistice du 11 novembre 1918. Sur sa demande, il est affecté en Pologne pour aller combattre l’armée rouge (1919-1920).

Entre deux guerres

Après avoir épousé Yvonne Vendroux, fille d’un industriel de Calais qui lui donnera trois enfants, il poursuit sa carrière militaire en entrant à l’École supérieure de guerre (1922). Il est nommé vice-président du Conseil supérieur de la guerre dans le cabinet du maréchal Pétain (1925), avant d’être affecté au secrétariat général de la Défense nationale (1932-1937).

juin 1940

Général de brigade au cours de la campagne de France (mai), sous-secrétaire d’État à la défense nationale dans le gouvernement Reynaud (juin), il refuse l’armistice et lance, de Londres, le 18 juin, un appel à la résistance.

General Charles de Gaulle

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Le libérateur de la France

S’imposant, non sans difficultés, comme le chef de la France libre, il préside à Alger en 1943 le Comité français de libération nationale, devenu en juin 1944 Gouvernement provisoire de la République française, qui s’installe en France après la libération de Paris (août 1944).

La « traversée du désert » (1946-1958)

Décidé à rendre à la France son rang mais hostile aux « jeux des partis », il démissionne en janvier 1946, fonde et préside le Rassemblement du peuple français (1947-1953), se retire ensuite de la vie politique et se consacre à la rédaction de ses Mémoires de guerre (1954-1959).

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Le président de Gaulle (1959-1969)

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Rappelé au pouvoir à la faveur de la crise algérienne (mai 1958), il fait approuver une nouvelle Constitution, qui fonde la Ve République. Président de la République (1959), il met fin, non sans drames, à la guerre d’Algérie et renforce l’autorité présidentielle par l’élection du président de la République au suffrage universel (1962). Il mène une politique de réconciliation avec l’Allemagne (traité franco-allemand, 1963). Réélu en 1965, il développe une politique étrangère d’indépendance nationale. Un an après les événements de mai 1968, son projet de régionalisation et de réforme du Sénat étant repoussé par référendum, il démissionne (28 avril 1969).

Décès

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Isolé dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, aux côtés de sa femme, le général de Gaulle succombe d’une rupture d’anévrisme (9 novembre 1970). Selon sa volonté, il n’aura pas d’obsèques nationales, mais la messe solennelle célébrée à Notre-Dame de Paris réunira tous les grands du monde de l’époque.

  1. INTRODUCTION

Charles de Gaulle

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Naître dans une famille de la bourgeoisie patriote à la fin du xixe siècle, choisir la carrière des armes pour la « revanche », traverser malgré les blessures et la captivité la Première Guerre mondiale avant d’aller vingt ans durant d’une unité à un état-major pour se retrouver – à l’approche de la cinquantaine et, déjà, de la retraite – simple colonel. Puis, quatre ans plus tard, surgir en héros national, libérateur du territoire et restaurateur de la république, personnage historique de première grandeur, c’est un singulier destin.

Se retirer dans son village pour écrire ses Mémoires de guerre, fonder un régime à 68 ans, le diriger en maître pendant onze années, puis accepter l’échec et le désaveu.

Survivre à cinq générations de grands de ce monde, s’asseoir à la table de Churchill, de Staline, de Roosevelt, puis voir défiler Attlee, Truman, apparaître Adenauer, traiter avec Macmillan, Eisenhower, Khrouchtchev, avec Harold Wilson, J. F. Kennedy, Brejnev et encore avec Edward Heath, L. B Johnson ou Nixon, Kiesinger ou Brandt, c’est une extraordinaire carrière.

Pourtant, ce furent là le destin et la carrière de Charles de Gaulle. Dans la vie de ce personnage hors série, on pourrait distinguer trois actes ou plutôt trois incarnations successives : de l’enfance à la Seconde Guerre mondiale, l’officier ; du 18 juin 1940 à la retraite de 1953, le résistant et l’homme politique ; et, après l’entracte de la « traversée du désert », de 1958 à 1970, l’homme d’État.

  1. L’OFFICIER (1915-1940)
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De ses origines, de son milieu, Charles de Gaulle a su très vite prendre et laisser. Un patriotisme hautain, ardent, exclusif qui emprunte parfois des accents de passion nationaliste, l’espoir et la volonté de la « revanche », une sorte de prédestination manifestée dès l’enfance, une obstination tendue et une gravité naturelle, tel est son héritage. En revanche, l’étroitesse de vues, le conservatisme, le goût du profit et de l’argent, la xénophobie, voire le racisme, qui sont trop souvent des traits caractéristiques non certes de sa famille, mais de sa classe, lui seront étrangers.

2.1. UN OFFICIER D’UNE GRANDE INDÉPENDANCE D’ESPRIT

Charles de Gaulle n’est ni un écolier modèle ni un saint-cyrien particulièrement appliqué, mais déjà pourtant ses camarades le jugent exceptionnellement brillant, bien que raide. Sa rencontre en 1912 avec son premier chef, le colonel Philippe Pétain, les marque profondément et toute leur vie, par-delà la rupture de 1938 et finalement le drame qui les oppose.

La carrière militaire de Charles de Gaulle à travers la Première Guerre mondiale, qui restera toujours pour lui la « grande » guerre, se déroule sans éclat particulier. Trois blessures, trois citations, la captivité, cinq tentatives d’évasion, puis, la paix revenue, un avancement nullement exceptionnel, des affectations assez classiques allant d’un corps de troupes à un état-major avec toutefois un détour en 1919-1921 par la Pologne, deux crochets par l’armée du Rhin en 1924 et de 1927 à 1929, quelques missions au Proche-Orient (à Beyrouth) en 1929-1931. La protection de Pétain s’étend toujours, où qu’il se trouve, sur l’officier.

Surtout, de Gaulle se signale peu à peu à l’attention, de deux façons très inhabituelles. D’abord, il écrit : des rapports, des notes, des études qui, bien vite, deviennent des articles de revues, des livres de doctrine, de réflexion et même de morale où la stratégie et la politique sont étroitement mêlées, en particulier dans le Fil de l’épée (1932). Ensuite, il fréquente les milieux parlementaires, approche le pouvoir, s’y trouve un « patron » en la personne du député Paul Reynaud, et se fait le héraut d’une arme trop négligée – par l’armée française, non par l’adversaire –, celle des blindés.

2.2. LE CHOIX DE LA RÉSISTANCE

Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, en 1939, le « Colonel Motor », comme on l’a surnommé, commande un régiment près de la frontière. Il se voit confier coup sur coup des responsabilités plus importantes et, dès que l’armée allemande commence à déferler sur les Pays-Bas, la Belgique, le Nord, le 10 mai 1940, il est placé à la tête de la 4e division cuirassée, qui se battra courageusement autour de Laon et d’Abbeville ; il est alors promu général de brigade à titre temporaire.

Cependant, la politique, qu’il a tant courtisée, l’appelle. Paul Reynaud, succédant à Édouard Daladier comme président du Conseil en mars 1940, nomme de Gaulle sous-secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Guerre (5 juin). Charles de Gaulle porte ce titre douze jours : à l’heure où le gouvernement Reynaud s’évanouit, où le régime se disloque devant Pétain et le général Maxime Weygand, où la défense s’effondre, l’officier de tradition choisit la rébellion, l’exil et la résistance. Le 17 juin 1940, il quitte quasi clandestinement Bordeaux, où le gouvernement s’est replié, pour Londres, pour l’action, pour son destin.

 

  1. LE RÉSISTANT ET L’HOMME POLITIQUE (1940-1953)

3.1. L’APPEL

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Le 18 juin, au micro de la BBC, c’est l’appel à poursuivre le combat. Après l’armistice du 22 juin signée entre Pétain et l’Allemagne, de Gaulle organise des forces armées qui deviendront les Forces françaises libres (FFL). Lorsque, le 14 juillet suivant, leur chef passe pour la première fois en revue sur le sol anglais ceux qu’on appelle les « Français libres », ils ne sont guère que trois cents. La métropole, écrasée, affolée, occupée, ignore à peu près tout de ce général inconnu qu’un conseil de guerre va condamner à mort par contumace, de son étrange entreprise, qui semble aux uns désespérée, aux autres suspecte. De toute façon, elle ne songe guère à résister.

3.2. CHEF DE LA FRANCE LIBRE

Ce que sera l’extraordinaire aventure de la France libre défie l’imagination et même le bon sens. Tout commence mal : au lieu des ralliements massifs qu’il escomptait, le chef de la « dissidence » ne voit pas arriver ses pairs, mais quelques officiers de réserve, des errants qui rêvent d’en découdre, des hommes de gauche, des pêcheurs de l’île de Sein, etc. Les marins et les soldats français encore présents en Grande-Bretagne après le rembarquement de Dunkerque préfèrent, sauf rares exceptions, être rapatriés ; aucun général, aucun leader politique n’a répondu aux pressants appels de Charles de Gaulle.

L’allié anglais, craignant que la flotte française puisse être utilisée par l’Allemagne, coule froidement des bâtiments à Mers el-Kébir (3 juillet 1940), et, même quand l’Afrique-Équatoriale française a rallié la France libre, le reste de l’« Empire » reste fidèle à Pétain : une expédition navale devant Dakar échoue piteusement ; bientôt, les forces de Vichy et celles de la France libre s’affrontent au Liban et en Syrie.

Il faut à de Gaulle sans cesse défendre l’indépendance, proclamer la représentativité de la France libre devant Winston Churchill, contre Franklin Roosevelt. Lorsque les Alliés débarquent enfin en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, ils s’entendent avec François Darlan, le second de Pétain, installent au pouvoir Henri Giraud et non de Gaulle.

3.3. L’ORGANISATEUR DE LA RÉSISTANCE

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Churchill, de Gaulle, Roosevelt et Giraud à Casablanca (janvier 1943)

En sept mois, Charles de Gaulle néanmoins manœuvre, gagne du terrain, élimine Giraud, fédère sous son autorité la Résistance intérieure. Il charge Jean Moulin d’organiser en France le Conseil national de la résistance (CNR), créé fin mai 1943, dans lequel sont représentées toutes les tendances des partis politiques, des syndicats et des mouvements de résistance, pour coordonner la lutte contre l’occupant et contre Vichy. Il énonce les principes qui seront le fondement de son pouvoir :
– changement des institutions, mais fidélité à la république ;
– condamnation de Vichy, mais liberté d’expression et d’action rendue aux tendances politiques ;
– évolution de l’Empire colonial français vers des formules plus libérales, mais défense et maintien de l’ensemble français outre-mer…

3.4. LE LIBÉRATEUR DE LA FRANCE OCCUPÉE

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Il reste au général de Gaulle, après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie – opération dont il a été, une fois de plus, tenu soigneusement à l’écart –, à conquérir la légitimité par l’acclamation populaire sur le sol de la patrie libérée. C’est vite et bien fait : deux millions de Parisiens rassemblés sur les Champs-Élysées le 26 août pour l’accueillir ne laissent plus aux Alliés d’autre choix que de reconnaître son Gouvernement provisoire de la République française (GRPF), formé le 3 juin 1944.

3.5. LE FONDATEUR D’UNE « FRANCE NOUVELLE » (1944-1946)

Le général restera dix-sept mois à la tête du pays, présidant à sa rentrée dans la guerre, tenant tête aux Alliés quand ils veulent évacuer Strasbourg reconquise, imposant la présence de la France à l’heure de la capitulation allemande.

Tandis que l’épuration déchaîne mille controverses, la reconstruction s’amorce ; le retour des prisonniers et des déportés va permettre de consulter le corps électoral, pour la première fois par référendum, sur les institutions ; une diplomatie audacieuse se développe avec le traité franco-soviétique de décembre 1944 et la normalisation des relations avec Londres et Washington ; les nationalisations, les lois sociales, le vote des femmes transforment les données du jeu intérieur.

Mais de Gaulle, tranchant, impavide, obstiné, se heurte à la classe politique et soudain rompt et s’éloigne, croyant, à tort, être bientôt rappelé par l’opinion : en désaccord avec l’Assemblée constituante élue en octobre 1945, il remet sa démission sur la question des crédits militaires au président de l’Assemblée nationale, le 20 janvier 1946.

LE DISCOURS DE BAYEUX (16 JUIN 1946)

Quelques mois après son départ du pouvoir, le général de Gaulle expose à Bayeux, le 16 juin 1946, à l’occasion du second anniversaire de la libération de la ville, un projet constitutionnel où il défend sa conception de l’État : un exécutif fort et une nette séparation des pouvoirs, posant ainsi la base de la Constitution de 1958. En attendant, et pour tenter d’empêcher la ratification de la Constitution de la IVe République, puis pour abattre ce « mauvais régime », le général déclenche son offensive contre les partis, qui seront désormais sa bête noire.

3.6. DU RASSEMBLEMENT DU PEUPLE FRANÇAIS…

Cette offensive prend d’abord la forme d’avertissements, de menaces, de récusations, puis, à l’adresse du pays, de mises en garde. Comme il n’est pas entendu, de Gaulle fonde le Rassemblement du peuple français (RPF), destiné à jeter bas, escompte-t-il, le « système ». Cet épisode de sa carrière d’homme politique – qu’il préférera plus tard oublier au point qu’on n’osera prononcer devant lui le sigle du mouvement – connaît dans un premier temps un succès certain à travers la conquête de nombreuses municipalités en 1947, de sièges sénatoriaux l’année suivante. Il échoue en 1951 aux législatives devant le barrage que la loi des apparentements dresse contre lui et qu’il refuse de tourner en utilisant pour ses candidats la procédure qu’il dénonce.

À partir de là, le RPF se survit en attendant de se diviser, ce qui se produit en 1952 à l’occasion de l’investiture d’Antoine Pinay. Un an plus tard, Charles de Gaulle tire la leçon des batailles perdues, abandonne le Rassemblement, se retire à Colombey, d’où il ne sortira que pour tonner de loin en loin contre certaines des initiatives du régime et pour visiter divers territoires d’outre-mer. Mais, s’il s’occupe en écrivant ses Mémoires de guerre, qui connaîtront un vif succès, il reste aux aguets tandis que la IVe République s’enlise peu à peu dans l’impuissance et l’incohérence.

3.7. … À LA TRAVERSÉE DU DÉSERT (1953-1958)

L’officier révolté de 1940, qui s’était volontairement coupé, par son acte d’insubordination soigneusement médité, de l’armée, du pouvoir légal et de sa classe sociale, avait pris à Londres figure de symbole. Le seul nom du général de Gaulle évoquait en effet la poursuite de la guerre, la présence de la France au combat, le patriotisme, le courage, la Résistance. Des hommes étaient morts en l’acclamant, d’autres se préparaient à le servir et rêvaient d’une France toute nouvelle qu’ébauchaient déjà l’indépendance farouchement défendue à l’égard des Alliés, une volonté de « grandeur » d’autant plus ombrageuse qu’elle ne reposait sur aucune réalité matérielle. Puissance de suggestion, habileté politique et orgueil national d’un homme qui s’identifiait à la France, qui incarnait la France et s’exprimait en son nom quand il n’était encore suivi que par une poignée de fidèles : tout concourait malgré les vicissitudes et les échecs à imposer ce personnage hors du commun qui parlait de lui-même à la troisième personne, en se nommant avec révérence « le général de Gaulle ».

Paris libéré, bientôt la guerre terminée, la France est d’abord subjuguée par la haute silhouette, par le langage sonore et impérieux, par l’allure souveraine du libérateur. De son côté, Charles de Gaulle développe un rare sens de la stratégie, non exempt toutefois d’erreurs d’appréciation. Il se passionne pour une diplomatie planétaire et ambitieuse, se perfectionne dans la tactique et dans l’art oratoire.

Cependant, la politique reprend ses droits, l’englue, l’exaspère. Alors, il se révolte, en appelle à la foule contre les notables défaillants, et, finalement, le personnage historique, le géant venu du fond de l’histoire de la France cesse d’unir pour diviser et perd la seconde manche. À ses yeux, aux yeux de beaucoup, la partie est terminée.

  1. L’HOMME D’ÉTAT (1958-1970)
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4.1. LA RECONQUÊTE DU POUVOIR

Le destin lui réserve pourtant une troisième chance, et il saura la saisir. Au début de mai 1958, la fragilité, l’impuissance, l’inadéquation de la IVe République, avec ses institutions précocement usées, engluée dans la guerre d’Algérie et qui gère le bien commun à raison d’un problème par semestre et d’un gouvernement par problème, éclatent à tous les regards. En moins d’un mois, l’armée et les Français d’Algérie étant entrés en rébellion, les leviers de commande échappent un à un au gouvernement ; le travail de sape des gaullistes soudain grossis de renforts inattendus ouvre la route, les politiciens se rallient ; appelé à la présidence du Conseil par le président de la République René Coty, Charles de Gaulle retrouve le pouvoir.

Investi par l’Assemblée, acclamé par l’opinion, salué comme le plus illustre des Français, entouré des caciques du régime défunt, il a même obtenu carte blanche pour préparer et présenter au pays une nouvelle Constitution et fonder une nouvelle République.

4.2. L’ARTISAN DE LA Ve RÉPUBLIQUE

Le général de Gaulle entame à la fois trois tâches urgentes, mais, s’il explore les voies de la normalisation en Algérie en offrant aux nationalistes algériens la « paix des braves », s’il avertit les alliés occidentaux par un mémorandum secret de sa volonté de voir réformer l’Alliance atlantique et admettre la France sans restriction parmi les « Grands », c’est à l’élaboration et à l’adoption des institutions nouvelles qu’il donne la priorité absolue.

Approuvée par 80 % des électeurs, la Constitution de 1958 produit aussitôt une Assemblée nationale où le régime, sinon les gaullistes eux-mêmes, détient une nette majorité. Élu président de la République le 21 décembre – moins de 6 mois après avoir été rappelé à la tête du gouvernement – Charles de Gaulle nomme Michel Debré Premier ministre et passe à l’action.

Cette action va s’ordonner autour de quatre idées clefs qui, selon les périodes, prendront tour à tour le pas dans les faits et dans l’esprit du général, avec des fortunes diverses. Ce sont :
– organiser, consolider et compléter le nouveau système institutionnel ;
– résoudre la question algérienne et parachever la décolonisation ;
– déployer une politique extérieure de grandeur et d’indépendance nationale ;
– enfin, procéder à un certain nombre de grandes réformes, sociale, administrative, régionale, etc.

Dans tous les aspects de cette entreprise, un souci constant : l’affirmation de l’autorité présidentielle ; un adversaire sans cesse dénoncé : les partis, la classe politique, dont la IVe République était l’expression ; un moyen essentiel : l’appel direct au peuple souverain par-delà les corps intermédiaires.

L’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE ET DES ANCIENNES COLONIES

La guerre d’Algérie se prolonge cependant plus longtemps encore sous la Ve République qu’elle n’avait duré déjà sous le régime précédent. À doses homéopathiques, de Gaulle s’efforce de conduire l’opinion française de l’« autodétermination » à l’« Algérie algérienne », puis à la « République algérienne », enfin à l’idée de l’indépendance. En même temps, à travers trois référendums successifs et des pourparlers tantôt rompus, tantôt repris, il progresse de la négociation vers le cessez-le-feu et le repli sur la métropole. Il se heurtera, sur sa route, aux pieds-noirs révoltés de la « semaine des barricades », aux officiers insurgés du « putsch des généraux » (avril 1961), au terrorisme désespéré de l’Organisation armée secrète (OAS).

Il lui faudra quatre années en tout pour atteindre le but (accords d’Évian, 18 mars 1962). Chemin faisant, la Communauté franco-africaine, réunissant les anciens territoires d’outre-mer, est née, puis s’est défaite. En juillet 1962, l’Algérie et toutes les anciennes colonies (à l’exception des quatre « vieux » départements des Antilles, de Guyane et de La Réunion et de quelques territoires lointains tels que Djibouti ou la Polynésie) ont accédé à l’indépendance pleine et entière. Mais la France est en paix, pour la première fois depuis 25 ans.

L’ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU SUFFRAGE UNIVERSEL

La mise en place des institutions nouvelles n’a pas été réalisée sans heurts. Les étapes mouvementées de la politique algérienne ont conduit à recourir à maintes reprises à des dispositions contraignantes, à la création de successives juridictions et procédures d’exception (Haut Tribunal militaire), à la suspension partielle des libertés publiques sous les protestations de l’opposition.

Voici que, la guerre terminée, Charles de Gaulle, pour fonder l’avenir – au-delà de sa personne menacée par les attentats activistes (attentat du Petit-Clamart par l’OAS, le 22 août 1962) – entreprend de transformer de nouveau le régime par l’institution de l’élection directe du président de la République au suffrage universel.

Cette considérable réforme fait l’objet d’une dure bataille référendaire à demi gagnée – à demi seulement puisque, pour la première fois, le général n’a pas entraîné la majorité des électeurs, mais seulement celle des votants. L’Assemblée qui avait renversé le premier gouvernement Pompidou mis en place au lendemain de la paix algérienne ayant été dissoute, les élections de novembre 1962 donnent toutefois aux partisans du régime la majorité absolue au Palais-Bourbon.

LE RÉFÉRENDUM DU 28 OCTOBRE 1962 : UN TOURNANT

C’est peut-être au référendum du 28 octobre 1962, peut-être même au début de cette année-là, que commence à apparaître la faille qui ira désormais en s’élargissant dans les relations entre le chef de l’État et le peuple français. Certes, s’il est mis en ballottage à l’élection présidentielle de 1965, première application du nouveau mode de scrutin, Charles de Gaulle n’en connaît pas moins le succès au second tour.

Si les élections législatives de mars 1967 sont médiocres, l’opposition n’ayant qu’un député de moins qu’une majorité dans laquelle les gaullistes ne font plus seuls la loi, la revanche viendra. Elle sera complète, triomphale même, en juin 1968, lorsque les électeurs répondront massivement à l’appel du général, qui a repris le contrôle de la situation au terme d’un mois de mai agité, voire dramatique. Il reste que Charles de Gaulle lui-même (selon André Malraux dans les Chênes qu’on abat) fera un jour remonter à 1962 l’origine du malentendu qui aboutira au « non » du référendum d’avril 1969 et à son départ immédiat, après presque onze ans de pouvoir.

4.3. « UNE CERTAINE IDÉE DE LA FRANCE »

Pendant ces années, Charles de Gaulle marque profondément de son empreinte la vie publique du pays.

POUR L’INDÉPENDANCE ET LA GRANDEUR DE LA FRANCE

Sa politique étrangère, faite de refus, de défis et d’affirmations répétées de la grandeur et de l’indépendance, est à la fois cohérente et nouvelle, même aux yeux de ceux qui ne l’approuvent pas. Elle consiste, dans ses lignes directrices, à réorienter et rééquilibrer les alliances du pays. De Gaulle entame ainsi avec l’Union soviétique la recherche de la détente, puis de l’entente, enfin de la coopération, tandis que – sans se séparer de ses alliés occidentaux – la France prend ses distances à leur égard. Elle se retire progressivement du commandement militaire intégré de l’OTAN, tout en poussant activement la mise sur pied de la « force de frappe » nucléaire nationale, et maintient fermée devant la Grande-Bretagne la porte de la Communauté économique européenne (CEE).

Cette Communauté traverse à maintes reprises des jours difficiles et elle se transforme, par la volonté du président français : tournant le dos à l’intégration, à l’institution progressive d’un pouvoir supranational, elle devient l’« Europe des États », dans laquelle chacun des six membres conserve sa pleine souveraineté. Le traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 entre le général de Gaulle et le chancelier Adenauer a scellé la réconciliation franco-allemande.

Les crises, les menaces, les ruptures même et les combats d’avant-garde ou d’arrière-garde – contre la politique américaine au Viêt Nam (discours de Phnom-Penh du 1er septembre 1966), contre la politique israélienne au Proche-Orient, contre le système monétaire international, pour « le Québec libre » (juillet 1967) etc. – caractérisent cette diplomatie. À travers elle, de Gaulle exprime une volonté de puissance obstinément tendue à travers un jeu subtil, un dosage savant de conciliation et de chantage, mais ce qu’elle a de profondément légitime souffre de ce qu’elle peut avoir de démesuré.

UNE AUTORITÉ DE PLUS EN PLUS CONTESTÉE

En politique intérieure, sous l’égide du président de Gaulle, la gestion est moins cohérente et moins spectaculaire que sa diplomatie.

Fin 1958, une dévaluation, une révision complète des bases de la vie économique et bientôt les premiers effets du Marché commun européen avaient assuré un bon départ et permis de rétablir une situation compromise. Peu à peu, cependant, l’inflation sournoisement réapparue sape la réussite ; un plan de stabilisation, trop tardivement mis en œuvre, mal calculé et trop longtemps maintenu en application, vient casser l’expansion. Il faut alors, non sans peine, trouver un second souffle, tandis que les tensions sociales se font d’année en année plus vives jusqu’à la grève généralisée, spontanément apparue en mai 1968 à la suite de la révolte étudiante.

 « La réforme, oui, la chienlit, non »

Cette révolte et cette grève exprimaient sans doute une crise de civilisation. Elles n’en résultaient pas moins, pour une part, de l’absence de vraies réformes tant universitaires que sociales au cours des dix années précédentes. L’enseignement a bien fait l’objet de fréquentes réorganisations, transformations et retouches – trop fréquentes même à certains égards –, mais presque toujours trop tardives et insuffisantes. La doctrine sociale du régime, issue de l’« association capital-travail » du gaullisme, a bien reçu quelques timides débuts d’application, sans grand succès d’ailleurs. Mais la France est là en retard d’une révolution et même de plusieurs : dans l’enseignement, dans les rapports entre employeurs et salariés, dans l’organisation de son économie, de la distribution, etc.

4.4. HOMME D’APRÈS-DEMAIN ET D’AVANT-HIER

Visionnaire en politique étrangère, grand stratège sur l’échiquier international, pour beaucoup persuasif et même séduisant dans sa hauteur souveraine et bonhomme à la fois, audacieux et déterminé dans le jeu institutionnel, autoritaire mais non dictatorial dans sa façon de gouverner, dans ses rapports avec le peuple, de Gaulle était peut-être en avance sur son temps dans sa vision de l’avenir.

Mais il était en retard sur une époque qu’à la fin il ne comprenait plus très bien, dès lors qu’il s’agissait de canaliser les forces neuves et désordonnées parfois de la jeunesse, de devancer et d’organiser les transformations nécessaires, de dépasser la gestion pour entreprendre de grandes réformes. Lorsqu’il tenta de s’y attaquer enfin, après le choc de mai-juin 1968 – il était trop tard. Le pays le lui manifesta sans ambages en lui répondant « non » pour la première fois lors du référendum d’avril 1969 sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Abandonnant sur-le-champ non seulement le pouvoir mais la politique pour reprendre sa place depuis longtemps inscrite dans l’Histoire, le grand homme se contenta pendant les dix-huit mois qui lui restaient à vivre de quelques gestes et de quelques abstentions symboliques, se gardant avec soin de se prononcer de quelque façon que ce soit sur le choix et sur l’action de ses successeurs.

Pour en savoir plus, voir les articles Charles de Gaulle écrivaingaullismeVe République.

Consulter aussi le site de la Fondation Charles de Gaulle http://www.charles-de-gaulle.org/.

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Napoléon III

Louis Girard

Paris, Fayard, 1986. 552 pages.

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Triomphalement _ et démocratiquement _ élu en 1848 puis approuvé par une large majorité lors du coup d’Etat du 2 décembre 1851, Napoléon III n’a pu ni su exploiter les immenses chances qui s’offraient à lui.

Idéaliste dans sa jeunesse et homme de progrès sa vie durant, il se voulait le gardien des acquis de 89 autant que l’héritier du régime de son oncle. Attentif à la question ouvrière et aux aspirations nationales des peuples opprimés, il était, c’est certain, animé des meilleures intentions. Pour enrichir le pays, il mena une politique économique active qui profita à tous (mais surtout aux nantis). En voulant briser le carcan mis en place en Europe par le congrès de Vienne (1815) il chercha à l’extérieur des succès qu’il ne trouvait pas toujours à l’intérieur, mais il ne sut, sur ce plan, se garder de nombreuses maladresses ni tirer profit de l’unité italienne _ qu’il avait pourtant fortement favorisée. De même, il fournit indirectement à la Prusse les moyens de sa montée en puissance, et elle se retournerait un jour contre lui…

Il ne parvint pas à rallier la  » gauche  » (encore moins les républicains) et perdit l’appui de la  » droite « . Prisonnier du coup d’Etat, coupé d’une partie croissante de la population (sauf dans les campagnes), mal vu des élites intellectuelles, le Second Empire ne fut plus qu’un régime d’ordre frappant tantôt à gauche, tantôt à droite selon les circonstances, et ne se libéralisant, tout à la fin, que contraint et forcé. Sa générosité et son modernisme (qui étaient les justifications de ses origines  » impures « ) ne seraient bientôt plus qu’un souvenir.

Comment s’étonner que la postérité ait oublié certaines réussites évidentes, comme l’établissement d’un très dense réseau de chemin de fer, la construction d’un système bancaire moderne, l’adoption du libre-échange, ou comme les travaux de Paris et des grandes villes?

Ancien professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris IV-Sorbonne et ancien maître de conférences à Sciences-Po., Louis Girard a publié de nombreux travaux universitaires et également des ouvrages destinés à un large public, comme La Garde nationale (1964) et Les Libéraux français (1985).

 

 

Louis Napoléon le Grand 

Philippe Séguin

Paris, Grasset, 1990.447 pages

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Napoléon III est, sûrement, le plus mal aimé des chefs d’Etat de la France et le Second Empire le plus mal connu de ses régimes. Pourtant de 1848 à 1870 se crée la France contemporaine. S’il inaugure son règne par un coup d’Etat, Louis Napoléon Bonaparte, aussitôt, rétablit le suffrage universel. A la différence de son oncle, il sera le champion du progrès social (droit à l’instruction pour les filles, droit de réunion, droit de grève…), autant que de la prospérité économique : il étend le réseau de chemin de fer, développe l’industrie, favorise la recherche scientifique, modernise les villes. Avec le Second Empire, le rayonnement de la France est à son apogée. La gloire militaire ne manque pas : Alma, Magenta, Solferino… L’Italie lui doit son unité et le Mexique sa liberté. L’empire colonial est déjà largement constitué. Mais il y aura Sedan. Le désastre. On ne pardonne ni les mauvais débuts ni les défaites ! En historien autant qu’en politique et dans la lignée des chercheurs anglo-saxons, contre Victor Hugo irréductible ennemi de l’Empereur, Philippe Séguin le proclame Louis Napoléon le Grand.

 

 

Napoléon III 

Pierre Milza

Paris, Perrin, 2004. 699 pages.

 

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Quatorze ans après l’apologie de Philippe Séguin, vint et un ans après le procès conduit par Maurice Agulhon, Pierre Milza livre enfin un Napoléon III équilibré.

Parlez de Napoléon III et aussitôt une avalanche de clichés survient : le démagogue, le populiste, Napoléon le petit, l’homme du coup d’Etat et des chemins de fer, le prince de la fête impériale et le vaincu de Sedan. Il incarne le XIXe siècle français aussi puissamment que Louis XIV le Grand Siècle.
Pierre Milza a nettoyé ces visions convenues pour partir à la recherche d’un Napoléon III tel qu’en lui-même. Adoptant la démarche qui lui avait valu le succès du public pour ses biographies de Mussolini et de Verdi, Milza a enquêté sur la jeunesse, la formation intellectuelle et les exils de Louis Napoléon Bonaparte ; il s’est intéressé à ses livres comme à ses amitiés italiennes ou anglaises, à ce mélange si original de césarisme, d’audace individuelle et de légende napoléonienne qui envoûte à nouveau les Français de 1848. En expert des parties politiques et des relations internationales, il démonte les mécanismes du bonapartisme et de l’idéologie impériale ; il rend à la politique étrangère de l’empereur sa place majeure en Europe et dans le monde, y compris dans le rayonnement d’un Paris, capitale des artistes et des intellectuels de la planète.
Sans jamais statufier son héros, ni l’instrumentaliser, Pierre Milza réussit à restituer toutes les facettes du personnage et à trouver la cohérence d’un grand homme.

Pierre Milza est l’auteur de nombreux ouvrages à succès, dont une Histoire des relations internationales, un Mussolini et un Verdi.

 

Napoléon III (1808-1873)

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Neveu de Napoléon Ier. Président de la République de 1848 à 1852. Empereur français de 1852 à 1870, Napoléon III est né le 20 avril 1808. Il est mort le 9 janvier 1873. Son vrai nom était Charles Louis Napoléon Bonaparte.

Premier président de la République élu au suffrage universel, resté à la tête de la France pendant plus de vingt ans, Louis-Napoléon Bonaparte n’a pourtant pas réussi à s’imprimer durablement dans le cœur des français. De l’époque de son règne, les images qui restent sont avant tout celles transmises par la littérature. Or, outre le quolibet « Napoléon le petit » décerné par Victor Hugo, ces tableaux ne sont pas très flatteurs. Ainsi, tandis que Zola peint une France minée par l’affairisme et la misère ouvrière, Flaubert et Baudelaire ironisent sur la décadence bourgeoise. En somme, le règne de Napoléon III semble une énième variation d’un Ancien Régime sclérosé et autoritaire qui ne peut se résoudre à mourir. Pourtant, hostile aux conservateurs, admirateur des régimes libéraux et inspiré par le socialisme, Louis-Napoléon se rêvait en homme de la liberté.

 

L’héritage de l’Empereur

Charles Louis-Napoléon Bonaparte naît le 14 avril 1808 à Paris. Neveu de Napoléon Ier, il est le fils de Louis Bonaparte, ancien roi de Hollande, et d’Hortense de Beauharnais. Il passe l’essentiel de sa jeunesse en Suisse auprès d’une mère qui l’entretient dans le culte de l’Empereur et dans l’espoir de voir un jour la dynastie Bonaparte reprendre le pouvoir.

Dès 1830, il s’engage avec son frère en faveur de l’unification des royaumes italiens. Mais Napoléon Louis perd la vie l’année suivante dans les environs de Forli. Louis-Napoléon s’engage alors dans l’armée Suisse. Sorti officier d’artillerie de l’école militaire de Toul, il ne tarde pas à reprendre les armes contre l’Europe issue du Congrès de Vienne, mais cette fois dans son pays natal.

Faisant autorité chez les bonapartistes depuis la mort du duc de Reichstadt, LouisNapoléon fomente un coup d’Etat dès 1836. L’objectif est de s’emparer d’une ville moyenne grâce à des soutiens dans l’armée française, puis de marcher sur Paris. Le jeune Bonaparte rêve de réitérer l’exploit des Cent jours. Le 30 octobre, il tente vainement de soulever la garnison de Strasbourg. A défaut d’une éclatante remonté vers la capitale, il se fait connaître auprès des gouvernants et du peuple. Il est condamné à l’exil et envoyé aux Etats-Unis.

Revenu en Angleterre, il tente à nouveau sa chance le 6 août 1840 en débarquant à Boulogne-sur-Mer. Ce nouvel échec lui vaut une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard. Entre temps, il a écrit De l’extinction du paupérisme dans lequel il expose une vision de la politique à la croisée du Bonapartisme et du Saint-Simonisme.

 

Le premier président élu au suffrage universel

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Lorsque la Révolution de février 1848 éclate, Louis-Napoléon quitte Londres pour rejoindre Paris. Bien qu’élu pour participer à l’Assemblé constituante, il est prié de se retirer. Toutefois, il est élu aux législatives en septembre. Candidat aux présidentielles de décembre, il bénéficie de la peur « rouge » engendrée par les émeutes de juin et des dissensions au sein de la gauche pour se faire élire avec une large majorité. Il remporte en effet 74% des suffrages.

Prenant ses distances avec l’Assemblée très conservatrice élue en mai 1849 et de moins en moins appréciée, il tente de conquérir les classes ouvrières. Il prend notamment parti pour le suffrage universel que l’assemblée aboli dès 1851.

 

De la présidence au Second Empire

Fort de sa légitimité auprès des classes populaires, Louis-Napoléon dissout l’Assemblée le 2 décembre 1851, annonce le rétablissement du suffrage universel et un plébiscite. Ce coup d’Etat s’accompagne d’une violente répression de l’opposition : 27 000 personnes sont arrêtées tandis que de nombreux adversaires, comme Victor Hugo, choisissent l’exil. Le 27 décembre, le plébiscite entérine avec une large majorité la prise de pouvoir de Louis-Napoléon. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, 48 ans jour pour jour après son oncle, Louis-Napoléon est sacré Empereur sous le nom de Napoléon III.

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Il met alors en place un régime autoritaire et s’évertue à faire taire l’opposition : presse censurée, opposition muselée et droit de réunion inexistant. Il se marie en 1853 avec Eugénie de Montijo qui le conforte dans la voie du conservatisme. Parallèlement, il favorise investisseurs et notables, ce qui permet à la France de rattraper son retard économique et industriel, notamment sur l’Angleterre. Les chemins de fer en sont la parfaite illustration : en vingt ans, le réseau passe de 3 000 à 18 000 km.

A l’extérieur, Napoléon III cherche à redonner du poids à la France dans les relations Européennes. Dès 1854, pendant la guerre de Crimée, il trouve un allié de choix dans l’Angleterre, ancien ennemi de son oncle. Deux ans plus tard, le traité de Paris, qui règle le conflit, fait ressurgir la France au cœur des puissances internationales. En 1859, la campagne d’Italie contre l’Autriche-Hongrie permet à la France d’intégrer Nice et la Savoie.

 

Un Empire sur le déclin

Mais cette campagne est risquée pour Napoléon III. En 1858, l’Italien Orsini commet un attentat à la bombe contre le couple impérial. L’explosif manque sa cible mais cause la mort de huit personnes. L’Empereur décide alors de faire adopter une loi de sûreté générale, dite « loi des suspects » et qui provoque une nouvelle vague de répression de l’opposition.

Le pouvoir personnel de Napoléon III est à son apogée, et pourtant il devient hésitant. En Italie, il stationne ses troupes à Rome pour protéger les Etats pontificaux, empêchant finalement la réalisation de l’unité italienne. L’expédition au Mexique débutée en 1861 finit par un désastre en 1867, la France abandonnant Maximilien suite aux menaces des Etats-Unis.

Toutefois, à l’intérieur, tandis que la modernisation se poursuit, Napoléon III entrouvre la porte de l’Assemblée à l’opposition et assouplit la censure. Le régime semble sur la voie de la libéralisation.

 

La chute dans l’indifférence

En 1870, Napoléon III se heurte aux provocations du chancelier prussien Otto von Bismarck. Ce dernier, qui espère une guerre contre la France, a manipulé une dépêche du roi Guillaume Ier de Prusse pour la rendre insultante : c’est la fameuse dépêche d’Ems. Napoléon III y répond en déclarant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. C’est une véritable déroute pour l’armée française. Le 2 septembre, Napoléon III doit capituler à Metz et est emprisonné. En France, le République est proclamée le 4 septembre et poursuit la guerre.

La défaite militaire entraîne donc la chute de l’Empire dans une indifférence presque absolue. Après sa libération, Napoléon III retourne vivre en Angleterre où il mourra le 9 janvier 1973 des suites d’une opération.

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Partagé entre le romantisme napoléonien et une politique économique réaliste, Napoléon III a finalement permis à la France de gagner en stabilité et de se moderniser au prix de l’autoritarisme. Ainsi, il fut l’artisan d’un exceptionnel développement économique associé aux chemins de fer et aux noms d’Haussmann ou de Lesseps. Par ailleurs, après 80 années de révolutions et de troubles intérieurs, il permet à la France de gagner peu à peu en sérénité. Hormis l’épisode extrêmement violent de la Commune en 1871, les prochains troubles arriveront de l’extérieur en 1914 avec le début de la Première Guerre mondiale. Si la postérité, et notamment les intellectuels et les hommes politiques de la Troisième République, ont considérablement dégradé l’image de Napoléon III, celle-ci évolue désormais avec plus de neutralité.

 

NAPOLÉON III : DATES CLÉS

14 avril 1808 : Naissance à Paris

30 octobre 1836 : Tentative de coup d’Etat à Strasbourg

Louis-Napoléon tente de soulever la garnison de Strasbourg et échoue dès les premières heures. Il sera condamné à l’exil et partira pour les États-Unis.

6 août 1840 : Débarquement à Boulogne-sur-Mer

Nouvelle tentative de coup d’Etat et nouvel échec pour Napoléon III, cette fois à Boulogne-sur-Mer. Il sera condamné à une peine d’emprisonnement perpétuel au fort de Ham, duquel il s’échappera six ans plus tard.

 

20 décembre 1848 : Louis-Napoléon Bonaparte prête serment

Elu le 11 décembre à la présidence de la République avec 74% des suffrages, Louis-Napoléon Bonaparte prête serment devant la tribune et jure « en présence de Dieu et du peuple français, représenté par l’Assemblée nationale, de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible et de remplir tous les devoirs que (lui) impose la Constitution. » Peu après son discours le prince-président s’établira dans sa nouvelle résidence du palais de l’Elysée. En décembre 1851 le neveu de Napoléon Ier organisera un Coup d’Etat qui lui permettra de se faire sacrer empereur sous le titre de Napoléon III en 1852.

 

2 décembre 1851 : Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

Au petit matin, le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte (élu en décembre 1848) organise un Coup d’Etat dans le but de restaurer l’empire. Les murs de Paris sont placardés d’affiches annonçant la dissolution de l’Assemblée et du Conseil. Les nouvelles dispositions prises par le prince-président, prévoient aussi de consulter le peuple par voie de référendum sur l’instauration d’une nouvelle Constitution. Le neveu de Napoléon Ier choisit d’agir le 2 décembre en souvenir du sacre de son oncle et de sa grandeur militaire le jour de la bataille. Tout comme son aïeul il deviendra empereur sous le nom de Napoléon III, le 2 décembre 1852

 

 4 décembre 1851 : Répression de Louis-Napoléon Bonaparte

Deux jours après son Coup d’Etat, le président Louis-Napoléon Bonaparte organise une sanglante répression contre les insurgés (en majorité des ouvriers) s’opposant à sa prise de pouvoir. Les barricades qui se sont élevées depuis la veille sur les boulevarda parisiens sont prises d’assaut par l’armée. Les fusillades font environ 400 morts. En deux jours, la police du prince-président procède à plus de 25 000 arrestations. En province, 32 départements sont mis en état de siège, mais la résistance des paysans sera elle aussi écrasée dans le sang.

 

11 décembre 1851 : Victor Hugo s’exile en Belgique

Fervent opposant au Coup d’Etat de Napoléon III (2 décembre), Victor Hugo doit s’exiler en Belgique pour fuir la répression. Muni d’un faux passeport il prend le train de nuit pour Bruxelles. L’année suivant son exil se poursuivra sur l’île anglo-normande de Jersey puis en 1855 à Guernesey. Pendant plus de 15 ans, il écrira des satires contre celui qu’il appelle « Napoléon le petit ». Hugo ne reviendra en France qu’après l’abolition du Second Empire en 1870.

 

22 janvier 1852 : Création de la médaille militaire

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, crée une nouvelle décoration : la médaille militaire. Elle est accordée aux sous-officiers et hommes de troupe pour leur ancienneté de service. Ainsi qu’aux officiers généraux qui ont commandé en chef devant l’ennemi.

 

17 février 1852 : Louis-Napoléon censure la presse

Le président de la République Louis-Napoléon Bonaparte établit un ensemble de mesures préventives et de sanctions visant à museler la presse. Par décret, il est interdit aux journaux de rendre compte des débats parlementaires et des procès autrement qu’en reproduisant les procès-verbaux officiels. La censure des images est rétablie. Les journaux ne respectant pas ce décret pourront être suspendus après un avertissement et définitivement supprimés s’ils récidivent. Entre mars 1852 et juin 1853, 91 avertissements seront délivrés par le ministre de la Police, Maupas.

 

21 novembre 1852 : Restauration de l’Empire

Le Sénat convoque les Français aux urnes en organisant un plébiscite sur le rétablissement de l’Empire. Le « oui » l’emporte très majoritairement, mais près de 2 millions d’électeurs se sont abstenus. Le Second Empire sera officiellement proclamé le 2 décembre. Louis-Napoléon Bonaparte deviendra le nouveau souverain des Français sous le nom de Napoléon III.

 

29 janvier 1853 : Napoléon III épouse Eugénie de Montijo

Eperdument amoureux depuis plusieurs mois, Napoléon III épouse la jeune espagnole Eugenia Maria de Montijo de Guzman, comtesse de Teba. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Les festivités dureront deux jours. Le 16 mars 1856, l’impératrice Eugénie donnera naissance à son unique enfant, le prince impérial Napoléon-Louis.

 

22 juin 1854 : Le livret ouvrier généralisé

Craignant encore les agitations ouvrières, Napoléon III et l’Assemblée décident de renforcer les mesures de restrictions. Une loi est ainsi votée pour généraliser le livret ouvrier. Ce dernier a pour objectif de contrôler le travail et le déplacement des travailleurs, le maire ou le préfet étant maîtres de sa régularisation.

 

14 janvier 1858 : Attentat raté contre Napoléon III

L’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie échappent de peu à un attentat à la bombe perpétré par le révolutionnaire italien Felice Orsini. L’explosion cause la mort de 8 personnes et fait 150 blessés. Orsini, partisan de la réunification italienne, reprochait à l’empereur d’entraver l’unification de son pays. Il sera condamné à mort et guillotiné le 13 mars.

 

19 février 1858 : Proclamation de la « loi des suspects »

La loi de sûreté générale est adoptée par l’Assemblée à 227 voix contre 24. Napoléon III, qui a été victime d’un attentat le 14 janvier, entend grâce à cette loi interner ou expulser toute personne ayant déjà subi des condamnations politiques. A partir du 24, des « suspects » seront arrêtés dans toute la France. Présentés à des commissions départementales, une centaine d’entre eux sera déportée en Algérie.

 

3 mai 1859 : La campagne d’Italie

A la suite de l’alliance conclue entre la France et la Sardaigne pour la formation de l’unité italienne, les forces franco-sardes, d’une part, et les troupes autrichiennes, de l’autre, entrent en guerre. Napoléon III, redoutant une intervention de la Prusse et suivant les conseils de modération de la Russie, mettra fin à la campagne en signant avec l’empereur d’Autriche François-Joseph l’armistice de Villafranca (Italie) en juillet 1859. Nice et la Savoie seront rattachés à la France.

 

12 février 1866 : Ultimatum des Etats-Unis à Napoléon III

Au nom de la doctrine Monroe (l’Amérique aux Américains), Washington somme l’empereur français de retirer ses troupes du Mexique. Napoléon III refuse et demande à Maximilien, empereur du Mexique depuis 1863, de constituer une armée nationale. L’expédition française au Mexique a commencé en 1862 quand l’empereur, sur les conseils du duc de Morny, décide de créer un empire catholique pour contrebalancer le pouvoir des jeunes Etats-Unis protestants. Il a placé à la tête du Mexique le frère de l’empereur d’Autriche, Maximilien. Mais face à la pression américaine et aux guérillas mexicaines, Napoléon III rappellera ses troupes en mars 1867, laissant Maximilien seul face aux insurgés mexicains.

 

23 octobre 1867 : Garibaldi envahit le Vatican

Giuseppe Garibaldi tente de s’emparer de l’état pontifical protégé par Napoléon III depuis le décret du 15 septembre 1864 signé avec le roi Victor-Emannuel II. Les troupes françaises interviennent et le Pape Pie IX obtient la protection de la France pour encore trois ans. Garibaldi échoue dans sa tentative de rallier le Vatican à l’unité italienne. Il sera définitivement battu à Montana le 3 novembre par les troupes du général de Failly et renoncera aux états pontificaux.

 

3 novembre 1867 : La bataille de Mentana

Les volontaires garibaldiens tentent de pénétrer à Rome et d’en chasser le pape Pie IX. Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II pour achever l’unité politique de la péninsule. Mais ils sont écrasés à Mentana (près de Rome) par les soldats pontificaux qui bénéficient du soutien d’un contingent français envoyés par Napoléon III. Le roi d’Italie attendra la défaite de la France face à la Prusse pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

 

13 juillet 1870 : Fâcheuse dépêche d’Ems

A la suite de sa rencontre avec l’ambassadeur de France Benedetti au sujet de la succession au trône d’Espagne, le roi de Prusse Guillaume Ier rend compte de son rendez-vous au Ministre-président Otto Von Bismarck. Il lui adresse depuis Bad Ems un télégramme lui annonçant qu’il ne soutient plus la candidature de son cousin, le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d’Espagne. Dès réception du message, Bismarck qui estime que le roi a agi par faiblesse, déforme la dépêche royale en lui donnant un tour belliciste. Il y est écrit que « le roi a refusé de voir l’ambassadeur de France » et qu’il lui a « fait dire qu’il n’avait plus rien à lui communiquer ». La France insultée par la dépêche d’Ems déclarera la guerre à la Prusse le 19.

 

19 juillet 1870 : La guerre de 1870 éclate

Napoléon III déclare précipitamment la guerre à la Prusse à la suite à la dépêche d’Ems. Bismark, qui a besoin d’une guerre pour renforcer l’unité Prussienne et aboutir au IIème Reich, avait déformé les propos de cette dernière pour provoquer Napoléon III. Ce-dernier, loin d’avoir la clairvoyance de son oncle, réagit vivement alors que son armée n’est pas prête. L’alliance germano-prussienne mobilise 800 000 hommes contre seulement 250 000 pour la France. La guerre de 1870 sera expéditive. En un mois et demi, les armées prussiennes captureront Napoléon III à Sedan et marcheront sur Paris.

 

2 septembre 1870 : Napoléon III vaincu à Sedan

L’armée des princes de Prusse et de Saxe encercle Sedan sur laquelle une partie de l’armée française s’était repliée après avoir tenté d’aller soutenir Bazaine à Metz. Coupée en deux et inférieure en nombre, l’armée ne peut rien contre les Prussiens. Napoléon III, présent dans la ville, capitule et est fait prisonnier. A Paris, l’Assemblée législative proclamera alors la fin de l’Empire et le début de la IIIème République. L’empereur s’exilera en Angleterre où il mourra trois ans plus tard.

 

9 janvier 1873 : Mort de Napoléon III

L’ex-empereur des Français meurt dans sa résidence de Camdem Place, dans le comté de Kent en Angleterre, où il vivait en exil depuis le désastre de 1870. Atteint de la maladie de la pierre, l’ex-Napoléon III était fortement handicapé. Deux interventions chirurgicales survenues le 2 et le 7 janvier avaient considérablement affecté son état général. Le neveu de Napoléon Ier et dernier souverain de France s’éteint quelques minutes avant que son chirurgien, le Docteur Thompson, ne tente une dernière opération. Il est 10h45.

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BIOGRAPHIES, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LOUIS MASSIGNON (1883-1962), LOUIS MASSIGNON : UNE NOUVELLE BIOGRAPHIE, LOUIS MASSIGNON. LE CATHOLIQUE MUSULMAN, MANOËL PENICAUD, RELATIONS ENTRE L'EGLISE CATHOLIQUE ET L'ISLAM, RELATIONS ENTRE L'ISLAM ET L'EGLISE CATHOLIQUE

Louis Massignon : une nouvelle biographie

static_5417Une biographie de Louis Massignon

Louis Massigon. Le «catholique musulman»,
de Manoël Penicaud,
Bayard, 2020. 431 p., 23,90 €

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Description de l’éditeur

Surnommé le « catholique musulman » par Pie XI, Louis Massignon
est un grand témoin et acteur du xxe siècle. Professeur au Collège
de France, islamologue, historien, linguiste, sociologue, militaire,
aventurier, écrivain, homme engagé… sa vie offre une amplitude
exceptionnelle et en fait l’un des plus fascinants savants français
du siècle dernier. Cet islamologue catholique a joué un rôle majeur
n faveur d’une meilleure reconnaissance de l’islam, dans le monde
académique comme dans la société civile. Il a ainsi dédié sa vie de
chercheur et de croyant à la compréhension de cette religion autre,
déjà mal perçue à l’époque. Il est aussi et avant tout un grand mystique dont la spiritualité est fondée sur la notion d’hospitalité : « Pour comprendre l’autre, il ne faut pas se l’annexer mais devenir son hôte. » Enrichie de nombreux documents visuels inédits, cette biographie redonne toute la modernité et l’importance qu’il mérite à cet extraordinaire « passeur interreligieux ».

Analyse et critique

BIOGRAPHIE : Louis Massignon, islamologue de renom et catholique fervent

Cette biographie est importante à plusieurs titres. Elle permet, à une époque où le dialogue islamo-chrétien est souvent à la peine, de s’intéresser à nouveau à celui que Pie XI surnommait le « catholique musulman » et que Jacques Berque désignait comme le « cheikh admirable ». Accessible à tous, elle offre un regard renouvelé sur l’itinéraire de ce personnage complexe, grâce à l’apport de sources qui n’étaient pas disponibles jusqu’à présent. Ses huit chapitres approfondissent les huit facettes du personnage en s’attachant à faire émerger les influences, les tournants et les ruptures dans sa vie et à révéler la manière dont il a été « agi » par l’objet de ses recherches, notamment le persan soufi Mansur al-Hallaj. Enfin, ce livre est riche de nombreux documents visuels inédits (issus pour la plupart de la collection de la famille Massignon) qui contribuent à éclairer les événements et les lieux emblématiques de ce fascinant savant et mystique français.

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/biographie-louis-massignon-islamologue-catholique/2020/05/26/

 

Petite biographie de Louis Massignon

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Louis Massignon (25 juillet 1883 à Nogent-sur-Marne – 31 octobre 1962) est un universitaire et islamologue français.

Cet auteur d’une thèse sur la vie du soufi Mansur al-Hallaj, crucifié à Bagdad en 922, n’est pas seulement l’un des plus grands islamologues du XXe siècle, mais aussi l’un des maîtres de la langue française. Sa langue est d’une rare beauté. Il a occupé, provisoirement, le 15 juin 1919 la chaire de sociologie et sociographie musulmanes au Collège de France. Une chaire qu’il va occuper définitivement à partir de janvier 1926 jusqu’en 1954 après la retraite de son prédécesseur Alfred Le Chatelier, le créateur de cette chaire. Il fut également directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE).

Massignon a consacré de longues années à la rédaction de sa thèse qui témoigne d’une grande rigueur scientifique et d’un souci exemplaire d’objectivité pour une matière aussi délicate et sensible que la mystique au sens large, la mystique musulmane en particulier.

Il fut aussi un des principaux acteurs de l’établissement d’un dialogue entre l’islam et l’Église catholique dont l’impact très positif figure dans le concile du Vatican II Nostra Ætate l’année même de sa mort en 1962. S’il est resté attaché durant toute sa vie au catholicisme, on lui a parfois reproché un certain syncrétisme qui l’a fait qualifier par le pape Pie XI de « catholique musulman

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BIOGRAPHIES, DANIEL MARGUERAT (1943-...), JESUS CHRIST, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, VIE ET DESTIN DE JESUS DE NAZARETH

Vie et destin de Jésus de Nazareth par Daniel Marguerat

Vie et destin de Jésus de Nazareth

Daniel Marguerat

Paris, Le Seuil, 2019. 403 pages.

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Quatrième de couverture

Jésus est à. la mode. Historiens, écrivains, cinéastes tentent de percer le mystère : qui était l’homme de Nazareth ? A-t-il eu un père ? Qu’ambitionnait-il de faire ? Pourquoi est-il mort ? Ce livre n’esquive aucune question. Il est l’œuvre d’un historien, théologien, spécialiste de l’Antiquité. Il entraîne le lecteur, la lectrice à examiner les documents, à chercher des preuves, à dépasser les réponses ressassées pour en apercevoir d’autres

On découvre quels soupçons, déjà du temps de Jésus, pesaient sur sa naissance. On fait la connaissance de son maître spirituel, Jean dit le Baptiseur. Les diverses facettes de ce juif exceptionnel sont explorées : Jésus le guérisseur, Jésus le poète du Royaume, Jésus le maître de sagesse. Ses amis (hommes et femmes) et ses adversaires sont nommés. Les raisons de sa mort (pourquoi est-il monté à Jérusalem ?) sont analysées. La naissance de la croyance en la résurrection est scrutée. La fabuleuse destinée de Jésus dans les trois grands monothéismes est aussi retracée : christianisme, judaïsme et islam ont construit de lui une image, à chaque fois différente.
Le livre est aussi passionnant qu’une enquête policière. Dans un style vif et clair, Daniel Marguerat livre ici le meilleur de la recherche récente, tenant ses lecteurs en haleine jusqu’aux dernières pages.

Daniel Marguerat, historien et bibliste, est professeur honoraire de l’université de Lausanne. Ses travaux sur les origines du christianisme lui ont acquis une réputation mondiale. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes actuels de la recherche sur Jésus de Nazareth.

Un mot de l’auteur

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Daniel Marguerat, professeur honoraire de sciences bibliques à l’université de Lausanne, est un spécialiste internationalement reconnu des origines du christianisme. Auteur notamment d’un grand commentaire des Actes des apôtres (2015), déjà traduit en plusieurs langues, il a publié de nombreux ouvrages sur Jésus de Nazareth et codirigé Le Nouveau Testament commenté(Bayard-Labor et Fides). Il a participé au documentaire Corpus Christi de Mordillat et Prieur, où l’on peut apprécier sa grande clarté et son talent pédagogique.

 

PLAN DE L’OUVRAGE

PREMIERE PARTIE : LES COMMENCEMENTS

1 Que sait-on de Jésus ?

2 Un enfant sans père ?

3 A l’école de Jean le Baptiseur

  

DEUXIEME PARTIE : LA VIE DU NAZAREEN

 4 Le guérisseur

5 Le poète du Royaume

6 Le maître de sagesse

7 Ses amis, ses concurrents

8 Jésus et sa vocation

9 Mourir à Jérusalem

  

TROISIEME PARTIE ; JESUS APRES JESUS

 10 Ressuscité !

11 Jésus apocryphe

12 Jésus au regard du judaïsme

13 Jésus en Islam

 

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Jésus, un retour aux sources

Ce livre convoque les recherches les plus récentes pour établir ce que nous savons vraiment du « fils de Marie »

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Jésus fascine toujours. Livres, films et œuvres d’art ne cessent de scruter son énigme. Et on ne compte pas les « Vies de Jésus » qui ont tenté d’en établir le « vrai portrait ». Pourquoi alors « remettre aujourd’hui l’ouvrage sur le métier » ? Parce que l’archéologie a beaucoup progressé depuis 30 ans en Israël, explique Daniel Marguerat, tout comme la recherche sur les écrits susceptibles d’éclairer la figure de Jésus. Et aussi « parce que la recherche avance à l’aide de questions que ne se posaient pas les générations précédentes ». L’exégète de Lausanne, conscient que l’on ne peut atteindre le « vrai Jésus » ni des « certitudes absolues », entend présenter un Jésus dont le portrait a été « minutieusement contrôlé par l’analyse rigoureuse des sources », en ne reculant pas « devant les réponses non envisagées ou non souhaitées ».

Un enfant illégitime

L’étude des sources atteste l’existence de Jésus, et réduit à néant les théories qui voudraient en faire un mythe. Et si on ne peut établir une biographie de Jésus, on peut l’approcher sous plusieurs aspects essentiels. Le bibliste commence par les origines de Jésus, dans un chapitre qui désarçonnera peut-être le lecteur catholique. Nous savons très peu sur Joseph et la confrontation des sources, affirme Daniel Marguerat, laisse apparaître le statut de mamzer de Jésus, un enfant sans père et donc illégitime au regard de la Torah. L’appellation « fils de Marie » souligne l’anomalie. Plusieurs évangiles apocryphes le diront fils d’un soldat romain, et parleront de lui sans ambages comme d’un bâtard. Jésus, affirme encore l’auteur au regard des sources, eut des frères et sœurs. Les termes grecs, souligne-t-il, sont sans ambiguïté.

Les évangiles attestent aussi que Jésus fut proche de Jean le « baptiseur ». Le geste du baptême tranche avec les ablutions rituelles réitérées liées au système cultuel du temple. Jésus et Jean font de l’immersion un geste unique. Jean attend le jugement imminent de Dieu et l’extermination des pécheurs, Jésus annonce la proximité du Royaume. Ils diffèrent ainsi profondément, mais « Jésus ne serait pas devenu ce qu’il a été sans la rencontre de Jean ».

 Le pur et l’impur

La voie que Jésus prend laisse apparaître son expérience unique de Dieu, qui s’exprime dans sa pratique de guérison et d’exorcisme. Aucune formule magique chez lui, seulement sa présence et sa parole. Le mal recule, il cesse, anéanti par Dieu. C’est l’irruption du règne de Dieu, et Jésus appelle l’homme à participer activement à cette éclosion (« ta foi t’a sauvé ! »). Et il trace en paraboles ces temps nouveaux de Dieu. Il déplace aussi ou subvertit la notion de pureté : non pas une pureté par protection (lois de pureté) mais par effusion ou contamination. Ce n’est pas ce qui entre en l’homme qui le rend impur, mais ce qui en sort. Jésus rencontre dès lors pécheurs et lépreux sans crainte. Il les ouvre à cette clarté de Dieu. Les nombreux disciples de Jésus, hommes et femmes qui le suivent, s’en étonnent et l’apprennent.

Si Jésus monte à Jérusalem, c’est pour porter cette clarté dans « le lieu le plus saint d’Israël ». La tension est alors vive. Il est arrêté et mené devant les autorités juives (mais pas le Sanhédrin, qui ne siégeait pas la nuit), le procès est instruit pour blasphème, en raison de sa liberté à l’égard de la Loi et plus encore du Temple, de sa familiarité avec Dieu, et du pardon qu’il donne et que Dieu seul peut donner. Devant l’autorité d’occupation, il faut cependant présenter une accusation recevable : il est messie, au sens politique, ou roi, et donc dangereux pour l’ordre impérial. Pilate n’est pas un tendre, il décide du supplice de la croix, largement pratiqué par les romains.

La suite est l’histoire de la foi, qui dit l’expérience d’hommes et de femmes d’avoir vu Jésus ressuscité. Jésus s’inscrivait dans le judaïsme et voulait le réformer. Dans le choc brutal de sa mort puis les événements de la chute du Temple en 70 entraînant le durcissement du conflit entre le Judaïsme officiel et le mouvement chrétien naissant, est née l’Église, dans un essaimage rapide en terres païennes.

Daniel Marguerat suit encore la trace de Jésus dans le judaïsme et dans le Coran. Dans un style limpide et clair, son livre opère une immense et solide traversée. Un maître ouvrage, bienvenu au temps de Pâques.

Jacques Nieuviarts, 

La Croix du 4 avril 2019.

  

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Pleinement juif mais tellement singulier

 

Vie et destin de Jésus de Nazareth explore la condition humaine de Jésus sans sous-estimer, sans nier son univers religieux, mental, voir psychologique. Il évoque un Jésus pleinement juif, mais singulier.

L’ouvrage se divise en trois grandes parties. Dans la première, l’auteur s’intéresse à la richesse des sources documentaires anciennes et abondantes, qui, au passage, révèlent combien la théorie mythiste d’un Jésus imaginaire, récemment promue par Michel Onfray, est « une supercherie intellectuelle ». Puis vient l’examen des origines et de la condition fragile d’un enfant « venu au monde hors d’une union légalisée par la Torah ». Suit un chapitre très intéressant, parfois dérangeant, sur les liens qui unissent Jésus à son mentor spirituel, Jean le baptiseur, à la révélation de la vocation de Jésus, mais aussi à leurs différences qui conduisent Jésus à vouloir mener sa propre prédication.
La seconde partie aborde la vie publique de Jésus jusqu’à sa mort. Le guérisseur, le prédicateur, sa « messianité », sa radicalité, mais aussi sa singularité originale, voire révolutionnaire dans le judaïsme de son époque, sont abordés à frais nouveaux. Cette séquence s’achève sur les motifs qui ont conduit à sa condamnation et dont on peut lire une synthèse dans le dossier du Monde de la Bible de mars-avril-mai 2019.

Enfin, dans la dernière partie, l’exégète historien s’intéresse au destin de Jésus après sa mort. Selon lui, « la première interprétation de la vie et de la mort de Jésus a été la foi en sa résurrection. C’est au travers d’expériences visionnaires, un phénomène de type paranormal, que ses amis, femmes et hommes, ont reçu la conviction inattendue que Dieu se solidarisait avec l’homme pendu au bois ». « Il est faux, poursuit-il, de penser que l’“après” Jésus n’ait rien à voir avec l’“avant”… » La réception juive de Jésus, de son côté, révèle « l’histoire pathétique de la haine entre le christianisme et le judaïsme au fil des siècles », un dégel n’intervenant que vers 1970 quand les érudits juifs s’intéressent au Nazaréen et aux évangiles. Quant à l’Islam, « la réception de Jésus a été problématique : comment, à côté d’Allah, imaginer un autre être divin ? ». B. S.

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«Jésus n’a pas voulu fonder de nouvelle religion mais…»

228_MdB_Jesus-223x300Auteur d’un très attendu Vie et destin de Jésus de Nazareth, publié aux éditions du Seuil  , Daniel Marguerat, exégète, théologien et historien suisse, répond aux questions sur le thème de du dossier du Monde de la Bible et d’autres sujets soulevés dans son essai. Son ouvrage est la première monographie francophone sur le Jésus de l’Histoire publiée par un spécialiste depuis le Jésus de Nazareth de Jacques Schlosser en 1999.

 

Dans votre essai, vous dévoilez un Jésus incarné, pleinement juif mais singulier. Cette singularité, à vous lire, prendrait racine dès sa naissance et dans le statut que le judaïsme réservait aux enfants nés hors mariage. Pouvez-vous expliquer cela?

 Marguerat :D’où vient Jésus, comment est-il né ? Cette question n’a pas intéressé les premiers auteurs chrétiens. On ne lit rien sur le sujet dans l’évangile de Marc, ni chez Paul. Or, vingt ans plus tard, avant Luc, elle apparaît dans l’évangile de Matthieu. Cet évangile débute par une généalogie de Jésus, inhabituelle, pour ne pas dire troublante. Quatre femmes y figurent, chacune portant une réputation sulfureuse : Rahab est prostituée à Jéricho (Josué 2), Bethsabée fut arrachée par David à son mari Urie (2 Samuel 11), Tamar s’est déguisée en prostituée pour séduire son beau-père (Genèse 38), Ruth se faufile auprès de Booz la nuit (Ruth 3). Ces quatre femmes citées par Matthieu ont toutes été en situation d’irrégularité sexuelle face à la norme conjugale. Marie, différemment bien entendu, ne s’est-elle pas trouvée elle aussi en irrégularité avec un enfant né hors mariage ?

  1. Un chercheur américain, Bruce Chilton, a proposé de voir en Jésus un mamzer, c’est-à-dire un bâtard. Ce statut a des conséquences juridiques sévères selon la loi juive : les enfants nés hors mariage sont bannis de la congrégation religieuse et leurs descendants le sont jusqu’à la dixième génération (Deutéronome 23,3) ; leurs droits à l’héritage sont minimes et leurs possibilités de fonder un foyer et d’avoir des enfants sont compromises.

N’est-ce pas la situation de Jésus ? La tradition juive ancienne (le Talmud et les Toledot Yeshou) insiste sur l’irrégularité de la naissance de Jésus, présentée comme le fruit d’un amour illicite ou d’un viol de sa mère par un soldat romain, nommé Panthera. Ce contre-évangile relève d’une polémique contre la naissance virginale. Mais Jésus, incapable de désigner son père biologique et de prouver qu’il était issu d’une union légitimée par la Torah, a dû être considéré par ses contemporains comme un impur, un mamzer.
Quelles qu’aient été les modalités de sa conception, qui demeurent un mystère, une naissance hors mariage ne pouvait que générer rumeurs et soupçons. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que, ayant été lui-même désigné comme marginal par sa naissance, Jésus s’est montré naturellement sensible à la situation des marginaux de la société juive dont il s’approchera. Séparation de la famille, célibat, compassion pour les marginaux, relativisation des règles de pureté : tout cela porte, à mon avis, les stigmates d’une enfance exposée au soupçon d’impureté et d’une volonté de transcender cette exclusion sociale.

 Votre essai réserve bien d’autres surprises. Pour ma part plusieurs m’ont particulièrement frappé et intéressé : les relations entre Jésus et Jean le baptiseur, la révolution qu’induit la redéfinition par Jésus de la notion de pureté, sa relation au messianisme et d’autres encore. Mais vous avez souvent écrit dans Le Monde de la Bible que toute biographie de Jésus était par nature subjective. La vôtre échapperait-elle à la règle ?

 Marguerat :Non. Nous savons depuis Raymond Aron, Paul Ricœur et Paul Veyne que toute historiographie est une reconstruction, et qu’une lecture aussi objectivée que possible des documents engage la subjectivité de l’auteur. L’objectivité pure n’existe pas en histoire ; tout historien investit de soi. Prétendre exposer le « vrai Jésus » est une illusion, autant le dire tout de suite. Moi, j’ai voulu présenter un Jésus « vraisemblable », raisonnablement reconstruit. À cet égard, en tant que théologien, et historien, je ne suis pas plus subjectif que n’importe quel autre historien. Il est évident que mon intérêt pour la figure de Jésus vient de ma posture de théologien. J’ai toujours été fasciné par la figure de Jésus de Nazareth, mais j’ai veillé à ce que mes convictions théologiques ne s’imposent à ma quête historique. Ma déontologie a été d’accueillir les résultats de ma recherche historique, même s’ils m’apparaissaient inattendus, dérangeants ou déplaisants.

Propos recueillis par Benoît de Sagazan

À lire l’intégralité de l’entretien dans le numéro 228 (mars-avril-mai 2019) Jésus a-t-il fondé une nouvelle religion ?

 https://www.mondedelabible.com/a-lire-vie-et-destin-de-jesus-de-nazareth-par-daniel-marguerat/

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BIBLIOGRAPHIE, BIOGRAPHIES, HISTORIEN FRANÇAIS, MICHEL VOVELLE (1933-2018)

Michel Vovelle (1933-2018)

MICHEL VOVELLE (1933-2018).

 

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Michel Vovelle, né le en février 1933 à Gallardon est mort le 6 octobre 2018. C’était un historien français, notamment spécialiste de la Révolution française et successeur de Albert Soboul à la tête de l’Institut d’histoire de la Révolution française de 1981 à 1993.

 

Biographie

Origines et formation

Michel Vovelle est le fils de Gaëtan Vovelle, instituteur, partie prenante du groupe d’éducation nouvelle d’Eure et Loir.

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud (où il est reçu major en 1953), il obtient l’agrégation d’histoire en 1956, puis soutient un doctorat d’État à Lyon-II en 1971

  

Carrière

Les premières recherches de Michel Vovelle ne portèrent pas directement sur la Révolution française, mais sur l’anthropologie et l’histoire religieuse en France à l’époque moderne. Sa thèse, soutenue en 1971 porte en effet sur la déchristianisation en Provence et mêle une recherche archivistique sur les testaments et une approche de l’iconographie sacrée. Il entend ainsi réfléchir sur la vision du salut et de l’au-delà et sur le rapport à la mort et à la religion dans les populations provençales de l’époque moderne. Après cette « première carrière » d’historien de la mort, il s’engage dans l’histoire de la Révolution dans ses aspects religieux, s’attachant notamment au concept de déchristianisation, intégrant les acquis de l’histoire des mentalités.

Appartenant au courant marxiste, il a réhabilité dans les années 1990 le rôle de l’acteur individuel, jusque-là écrasé par les contraintes économiques et sociales. D’abord professeur d’histoire moderne à l’Université Aix-Marseille I, il devient ensuite professeur d’histoire de la Révolution française à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et, succédant à Albert Soboul, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.. En 1983, Michel Vovelle devient président du conseil scientifique et technique du musée de la Révolution française.. Selon Michel Vovelle, la Révolution n’est « pas terminée », il s’agit d’un événement « chaud » qu’il faut « aimer » pour le comprendre. Il entremêle ainsi histoire récente, vulgarisation et histoire de la Révolution au gré de ses ouvrages, comme par exemple avec « Les Jacobins de Robespierre à Chevènement » publié en 1999 ou « La Révolution française expliquée à ma petite-fille » en 2006. Son dernier ouvrage, « La Bataille du bicentenaire de la Révolution française », peut être considéré comme un travail d’ego d’histoire et est un retour réflexif sur le moment du bicentenaire.

Michel Vovelle incarne une forme d’histoire culturelle de la Révolution qui intègre les acquis de l’histoire des mentalités (il est d’ailleurs rattaché à l’« école d’Aix »), et s’affiche comme complémentaire de l’histoire sociale.. À en juger par les prises de position qu’elle aura suscitées son œuvre aura culminé dans son histoire de la déchristianisation de l’an II. Elle a joué un rôle central dans les célébrations du bicentenaire de la Révolution en 1989 quand il présida la Commission nationale de recherche historique pour le bicentenaire de la Révolution française à la suite d’Ernest Labrousse. Dans le cadre du bicentenaire de la Révolution, au gré des changements de gouvernements, ses positions reçurent la vive opposition de la droite française ainsi que celle du courant des historiens critiques de la Révolution mené par François Furet .

  

Vie privée

Son épouse, Gabrielle Vovelle (née Cerino), une comparatiste avec qui il rédige son premier ouvrage, meurt prématurément en 1969. Il se remarie par la suite avec Monique Rebotier, géographe, disparue en 2008 ; elle joua un rôle important dans l’animation et l’organisation de la vie du cercle intellectuel que Michel Vovelle réunissait dans le cadre des préparatifs du bicentenaire.

 Engagement politique

« Communiste hétérodoxe »8, membre de la « cellule Duclos » du Parti communiste français  à partir de 1956, il soutient en 2012 Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à l’élection présidentielle.

 

Ouvrages

Vision de la mort et de l’au-delà en Provence du xve au xixe siècle d’après les autels des âmes du purgatoire, (en collaboration avec Gaby Vovelle), Paris, A. Colin, 1970.

Piété baroque et déchristianisation en Provence au xviiie siècle. Les attitudes devant la mort d’après les clauses de testaments, Paris, Seuil, 1973.

Mourir autrefois, Paris, Gallimard / Julliard, 1974 ; rééd. coll. Folio, 1990.

L’Irrésistible Ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix, Aix, Edisud, 1975.

La Métamorphose de la fête en Provence de 1750 à 1820, Paris, Flammarion, 1976.

Religion et Révolution : la déchristianisation de l’an II, Paris, Hachette, 1976.

La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983 ; réed. 2001.

La Ville des morts, essai sur l’imaginaire collectif urbain d’après les cimetières provençaux, 1800-1980 (en collaboration avec Régis Bertrand), Marseille, Editions du CNRS, 1983.

Images et récits de la Révolution française, Paris, Messidor, 1984-1989. Direction de l’ouvrage.

Théodore Desorgues ou la désorganisation : Aix-Paris, 1763-1808, Paris, Seuil, 1985.

La Mentalité révolutionnaire : société et mentalités sous la Révolution française, Paris, Éd. sociales, 1986.

1793, la Révolution enontre l’Eglise : de la raison à l’être suprême. Paris, Complexe, 1988.

Les Aventures de la raison (entretiens avec Richard Figuier), Paris, Belfond, 1989.

1789 l’héritage et la mémoire, Privat, 1989.

De la cave au grenier, Serge Fleury Éd., Canada, 1980.

Histoires figurales : des monstres médiévaux à Wonderwoman, Paris, Usher, 1989.

La Révolution française, Paris, A. Colin, 1992-2002.

L’heure du grand passage : Chronique de la mort, coll. « Découvertes Gallimard/ Culture et société », Gallimard, 1993.

Les Âmes du purgatoire ou le travail du deuil, Paris, Gallimard, 1996.

Le Siècle des lumières, Paris, PUF, 1997.

Les Jacobins de Robespierre à Chevènement, Paris, La Découverte, 1999.

Les Républiques sœurs sous les regards de la grande nation, Paris, L’Harmattan, 2001.

Combats pour la Révolution française, Paris, La Découverte, 1993-2001.

Les Folies d’Aix ou la fin d’un monde, Éd. Le temps des cerises, Pantin, 2003.

La Révolution française expliquée à ma petite-fille, Seuil, 2006

La Bataille du bicentenaire de la Révolution française, La Découverte, 2017 

Source : Wikipedia

 

OUVRAGES A LA BIBLIOTHEQUE DIOCESAINE D’AIX ET ARLES.

 

Les aventures de la raison : entretiens avec Richard Figuier. Paris, Belfond, 1989. 190 pages.

Piété baroque et déchristianisation en Provence au XVIIIè siècle. – Paris, Le Seuil, 1978. 346 pages.

BARDET, Claude ; préface de Michel Vovelle. –  La Révolution en Provence : images & histoire. – Avignon, Editions A. Barthélémy, 1989. 99 pages.

Provence et dictions provençaux : Provençal/Français. Avec une préface de Michel Vovelle. – Paris, Rivages, 1983. 84 pages.

L’Irrésistible ascension de Joseph Sec bourgeois d’Aix. Suivi de : Quelques clefs pour la lecture des « Naïfs ». – Aix-en-Provence, Edisud, 1975. 95 pages.

La mort et l’Occident. – Paris, Gallimard, 1983. 793 pages.

RUBENSTEIN, E. ; avec une préface de Michel Vovelle. – Le jour où Jésus devint Dieu : L’ »affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l’Empire romain. – Paris, La Découverte, 2001. 285 pages.

En collaboration avec Philippe BOUTRY, Philippe JOUTARD, Dominique JULIA, Claude LANGLOIS, Freddy RAPHAËL. – Du roi Très Chrétien à la laïcité républicaine : XVIII-XIXè siècle. – Paris, Le Seuil, 1991. 556 pages.

DEROBERT-RATEL, Christiane ; avec une préface de Michel Vovelle. – Institutions et vie municipale à Aix-en-Provence sous la Révolution (1789-An VIII. – Aix-en-Provence, Edisud, 1976. XII-672 pages.

La chute de la monarchie : 1787-1792. – Paris, Le Seuil, 1972. 282 pages.

Idéologies et mentalités. – Paris, Maspero, 1982. 358 pages.

http://pro.diocese.biblibre.com/cgi-bin/koha/catalogue/search.pl?q=MICHEL+VOVELLE