CARLOS RUIZ ZAFON, LE LABYRINTHE DES ESPRITS, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafón

Le labyrinthe des esprits

Carlos Ruiz Zfón

Arles, Actes Sud, 2018. 848 pages.

9782330103347

Quatrième de couverture

Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.

Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.

En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.

Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

Résumé

Le Labyrinthe des esprits (titre original : El laberinto de los espiritus) est un roman espagnol de Carlos Ruiz Zafón paru en 2016 et publié en français en 2018 chez Actes Sud dans une traduction de Marie Vila Casas. C’est le dernier roman de la série Le Cimetière des livres oubliés.

Fermin Romero de Torres raconte comment, en mars 1938, il est revenu à Barcelone et a tenté de remettre une lettre à Lucia, l’épouse d’un de ses amis mort en prison. Il ne trouve que la fille de Lucia, Alicia Gris (7 ans) et sa grand-mère. Des bombardements éclatent. Fermin sauve Alicia. Ils s’enfuient sous les bombes. Alicia tombe dans la verrière du cimetière des livres oubliés. Fermin la croit morte.

En 1959, Mauricio Valls, ministre de l’éducation et de la culture et ancien directeur de la prison de Montjuïc, trouve sur son bureau une liste de nombres et un message menaçant disant: « Ton temps touche à sa fin, il te reste une dernière chance. A l’entrée du labyrinthe ». Valls, qui se terrait depuis 2 ans, s’enfuit avec son garde du corps Vicente et disparaît. Il est convaincu que David Martin, ancien prisonnier à Montjuïc, veut se venger de lui.

Les deux hommes se rendent aux abords d’une villa à Barcelone. Ils sont attaqués par un homme qui tue Vicente et blesse Valls à la main. Valls se réveille dans un cachot. Il lui manque 2 doigts, sa main est infectée, il a la gangrène. Ses geôliers (une femme et deux hommes) lui laissent une scie. Il est obligé de se couper la main pour éviter la septicémie.

Alicia Gris travaille maintenant à Madrid, à la sécurité de l’État. Elle a gardé de graves séquelles de son accident et doit prendre des anti douleurs. Elle est sollicitée par son supérieur et mentor, Leandro Montalvo, pour une dernière mission : elle devra avec l’aide d’un policier, Vargas, retrouver Valls. Ils apprennent que Valls reçoit des lettres anonymes depuis plusieurs années et a été la cible d’un attentat en 1956.

Ils se rendent dans la résidence de Valls. Alicia y rencontre la fille de Valls, Mercedes. Cette dernière lui raconte qu’à l’âge de 7 ans, une femme est venue la trouver à l’école, l’a embrassée et lui a dit qu’elle l’aimait. Vicente, le garde du corps de Valls, lui a tiré une balle dans la tête devant la petite fille.

Dans le bureau de Valls, Alicia trouve, dissimulé derrière un tiroir du bureau, un livre d’un certain Victor Mataix, intitulé « Le labyrinthe des esprits VII – Ariadna et le prince écarlate ».

Alicia part pour Barcelone et décide de suivre la piste du livre pour retrouver Valls. Elle apprend que Mataix a disparu après la guerre. Ariadna était le nom de sa fille et le labyrinthe représente la ville de Barcelone. Le libraire Barcelo lui dit qu’un collectionneur achète depuis 7 ans tous les exemplaires du labyrinthe. L’avocat Fernando Brians représente ce collectionneur.

La piste les conduit à une société nommée « metrobarna » fondée par Miguel Angel Ubach, surnommé « le banquier de la poudre » mort des années plus tôt dans un incendie. Le directeur actuel, Sanchis, a côtoyé Valls et Franco. Sanchis a épousé Victoria, la fille de Ubach. Le chauffeur de Sanchis, Valentin Morgado, a été emprisonné à Montjuïc.

Dans le garde meuble de Brians, Alicia et Vargas trouvent des dossiers sur les prisonniers de Montjuïc de 1939 à 1944 et un dossier contenant un carnet écrit par la mère de Daniel Sempere, Isabella, quelque temps avant sa mort.

Un journaliste, Vilajuana, raconte à Alicia qu’en 1937 Ubach a fait pression sur Mataix pour que celui-ci lui écrive une « autobiographie ». En 1941 les Ubach ont rendu visite aux Mataix. Plus tard, l’inspecteur Fumero est venu chez Mataix et l’a emmené ainsi que ses filles Ariadna et Sonia. Fumero a laissé Susana, l’épouse de Mataix, pour morte.

Leandro informe Alicia et Vargas que l’enquête est quasiment bouclée : des transactions douteuses auraient eu lieu pendant 15 ans entre Valls et Sanchis. Valls aurait fait chanter Sanchis pour obtenir des fonds illicites et Sanchis se serait vengé. La suite de l’enquête est confiée à Rodrigo Hendaya, un disciple de Fumero. Sanchis, torturé, aurait avoué avoir envoyé les lettres de menace, voulant convaincre Valls de l’existence d’une vendetta politique ou d’une conspiration menée par David Martin. L’attentat de 1956 aurait été perpétré par Morgado. Sanchis et Morgado sont tués par Hendaya pendant « l’interrogatoire ». Ils annoncent dans la presse que Valls a été tué dans un accident de voiture.

Alicia et Vargas sont priés d’abandonner l’enquête mais ils décident de la poursuivre en secret.

Vargas découvre que la liste de nombres trouvée dans la voiture de Valls correspond à des certificats de décès d’enfants. Chaque acte de décès correspond à un acte de naissance établi à la même date. Vargas y trouve le nom des filles de Mataix.

Vargas est assassiné. Alicia réalise que son mentor Leandro était complice de Valls et tire les ficelles depuis le début. Lorsqu’il était directeur de la prison de Montjuïc, Valls a emprisonné et tué des citoyens et a volé leurs enfants pour les vendre à des personnes haut placées en échange de faveurs pour grimper dans les échelons du régime. Ariadna Mataix a été vendue aux Ubach et est devenue Victoria. Sonia Mataix a été adoptée par Valls et a été rebaptisée Mercedes. Des centaines d’enfants ont ainsi été vendus. C’est effectivement Victoria, Sanchis et Morgado qui ont enlevé Valls pour le punir.

Le but de Leandro n’était pas de sauver Valls mais de le localiser et le réduire au silence pour étouffer le scandale et conserver le secret sur cette affaire. La mission était un leurre. Alicia et Vargas étaient des exécutants qui devaient disparaître à la fin.

Ariadna raconte qu’elle a fugué dans sa jeunesse. David Martin, un ami de son vrai père, l’a aidée. Elle dit que David Martin est mort en 1948 après avoir coulé sa barque en haute mer. Ariadna avoue avoir tué les Ubach en mettant le feu à leur villa.

Alicia lit le carnet d’Isabella : elle y avoue que David Martin était l’amour de sa vie et qu’il était le vrai père de Daniel. Elle est consciente d’avoir été empoisonnée par Valls qui avait décidé de la détruire pour faire plier ou pour blesser David Martin. Elle a écrit en sachant qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre.

Alicia remet le carnet à Daniel et laisse un mot sur la tombe d’Isabella, précisant l’adresse du cachot de Valls. Daniel se rend là-bas et trouve Valls, à moitié mort et suppliant qu’on l’achève. Daniel le laisse dans la rue, livré à lui-même. Plus tard, Valls est retrouvé mort dans le métro. Il est jeté dans la fosse commune près de Montjuïc comme un mendiant sans identité.

Alicia se rend à Madrid et tue Leandro.

On apprend le devenir des personnages :

Daniel et Bea ont une fille prénommée Isabella.

Fermin remplace Isaac Montfort à la tête du cimetière des livres oubliés.

Julian Sempere a une fille qu’il appelle Alicia. Il décide de raconter toute l’histoire de sa famille dans un livre en quatre tomes qui sera intitulé « le cimetière des livres oubliés ». Il part à la recherche de Julian Carax à Paris puis à Barcelone, désirant que Carax écrive le livre à sa place. Carax l’aide et le guide pendant près de 15 ans pour l’écriture du roman. Le livre sera publié sous le nom de Julian Carax.

Carax meurt en 1991 sur la tombe de Nuria Montfort.

Alicia est partie en Amérique, d’où elle écrit tous les ans à Fermin pendant 30 ans, jusqu’en 1991, date probable de sa mort. Elle a envoyé au journaliste Vilajuana les résultats de son enquête. En 1981 Ce dernier révèle le scandale des enfants volés.

Le livre se termine alors que Julian emmène pour la première fois sa fille Alicia au cimetière des livres oubliés.

CARLOS RUIZ ZAFON, ECRIVAIN ESPAGNOL, LITTERATURE, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRE, LIVRES

Carlos Ruiz Zafon (1964 – 2020) — Blog Histoire Géo

L’écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon, connu pour son roman L’Ombre du vent, est décédé. Il est notamment l’auteur d’une tétralogie intitulée Le Cimetière des livres oubliés, publiée entre 2001 et 2016, qui comprend les romans L’Ombre du vent, Le Jeu de l’ange, Le Prisonnier du ciel et Le Labyrinthe des esprits.

via Carlos Ruiz Zafon (1964 – 2020) — Blog Histoire Géo

CARLOS RUIZ ZAFON, LE CIMETIERE DES LIVRES OUBLIES, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMANS

Le prisonnier du ciel de Carlos Riuz Zafon

Le prisonnier du ciel

Carlos Ruiz Zafon

Paris, Robert Laffont, 2013. 377 pages.

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« J’ai toujours su que je reviendrais un jour dans ses rues pour raconter l’histoire de l’homme qui avait perdu son âme dans les ombres de cette Barcelone immergée dans le trouble sommeil d’un temps de cendres et de silence. Ce sont des pages de feu écrites dans les tréfonds de la ville des maudits, des mots gravés dans la mémoire de celui qui est revenu d’entre les morts avec une promesse clouée en plein cœur et au prix d’une malédiction. Le rideau se lève, le public se tait et, avant que l’ombre qui plane sur son destin descendre des cintres, un essaim d’esprits blancs entre en scène, la comédie aux lèvres, avec cette bienheureuse innocence de quelqu’un qui, croyant que le troisième acte est le dernier, vient nous narrer un conte de Noël sans savoir qu’arrivé à la dernière page l’encre de son souffle l’entraînera lentement et inexorablement au cœur des ténèbres » (Julian Carax, Le prisonnier du ciel, 1992)

 

  Quatrième de couverture
Barcelone, 1957. La sonnette tinte sur le seuil de la librairie Sempere. Le client s’approche de Daniel en boitant. L’objet de sa visite ? Un magnifique exemplaire du Comte de Monte-Cristo… Qu’il laisse à l’attention de Fermín, en congé, accompagné d’un curieux message du passé… C’étaient les heures noires du franquisme : à la prison de Monjuïc, parmi les damnés du régime, Fermín portait le numéro 13. Les fantômes refont surface. Dans l’ombre, le Cimetière des Livres oubliés cache toujours son secret…

CRITIQUE DE CET OUVRAGE

Ce nouvel opuscule de Carlos Ruiz Zafon nous replonge dans les années noires de Barcelone : les années qui ont suivi la fin de la guerre civile en Espagne après la victoire de Franco en 1939.

Ainsi tout commence un soir de Noël 1957 à Barcelone. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage dont nous connaîtrons plus tard l’identité et ses liens avec Firmin achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l’offre à Fermín, accompagné d’une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats.

Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Firmin, interrogé par Daniel, va finir par révéler le lourd secret qu’il cache depuis des années. La terrible prison de Montjuïc (1) en 1939. Une poignée d’hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l’enfer parce qu’ils étaient républicains et dont le directeur de cette prison n’est autre que Mauricio Valls déjà rencontré dans un précédent roman. Parmi eux Fermín, David Martín, l’auteur de La Ville des maudits et dont nous connaissons l’histoire tourmentée. Tout comme dans le Comte de Monte Cristo  nous assistons à l’évasion rocambolesque de Firmin qui a emporté avec lui une clé appartenant à cet inconnu qui a offert le livre à Firmin ce soir de Noël 1957.

Dix-huit ans plus tard cet ancien compagnon d’infortune vient crier vengeance et réclamer son dû : la fameuse clé volée par Firmin afin de récupérer un trésor caché quelqu’un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

Nous apprendrons les causes de la mort d’Isabella, la mère de Daniel : elle est morte empoisonnée par Valls à cause de son obstination à adoucir le sort de David Martin qu’elle a toujours aimé en secret. Avec cette révélation c’est la haine qui entre dans le cœur de Daniel : il veut se venger de ce Valls qui l’a privé si tôt de l’amour de sa mère.

Mais il ne faut pas oublier des moments de bonheur : le mariage de Firmin et de Bernarda.

C’est par petit chapitre que l’auteur nous livre les secrets de ses personnages. Foisonnant de suspense et d’émotion ce livre est comme les autres romans un hommage à la littérature, un hommage aux livres. Le Prisonnier du ciel nous rapproche pas à pas de l’énigme cachée au cœur du Cimetière des livres..

Attendons donc la suite …..

©Claude-Marie T.

15 octobre 2018.

 

La prison de Montjuic.

la Sur la colline qui domine le port, à 173 mètres de hauteur, le château de Montjuïcobserve la ville et offre des vues imprenables. Aujourd’hui pacifique, le souvenir de l’histoire de cette forteresse perdure à Barcelone comme symbole de répression, mais aussi de lutte de la ville à différents moments de son histoire.

Le sommet de Montjuïc est une enclave idéale pour la défense et permet une vision de 360ºC sur le territoire environnant. Mais ce n’est que lors de la Guerra dels Segadors(guerre des moissonneurs) en 1640 que l’on y fit construire un fort militaire, à l’endroit où se trouvait une tour de surveillance. Cette première forteresse devint, en 1652, propriété royale et quelques années plus tard, elle fut l’un des protagonistes de la guerre de Succession, entre 1705 et 1714.

Au milieu du XVIIIe siècle, l’ingénieur militaire Juan Martín Cermeño se chargea de la réforme du fort, qui avait beaucoup souffert pendant la guerre et le château adopta l’apparence qu’il possède aujourd’hui. La ville de Barcelone a été bombardée depuis le château en différentes occasions de on histoire et il a également servi de prison. Le 15 octobre 1940, Lluís Companys, président de la Generalitat de Catalogne y fut fusillé. Le château fut une prison militaire jusqu’en 1960 et il fut ensuite cédé à la ville sous la responsabilité de l’armée de terre. Trois ans plus tard, Franco inaugurait un musée des armes. Actuellement, depuis 2007, le château de Montjuïc appartient à la municipalité de Barcelone et en définitive, à tous les Barcelonais.

CARLOS RUIZ ZAFON, LE CIMETIERE DES LIVRES OUBLIES, LE JEU DE L'ANGE, LITTERATURE ESPAGOLE, LIVRES - RECENSION

Le jeu de l’ange

Le jeu de l’ange

Carlos Ruiz Zafon

Paris, Robert Lafont, 2008. 666 pages.

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Avec ce deuxième opus du Cimetière des Livres oubliés nous voilà dans la turbulente Barcelone des années 1920. David Martin en un à la fois le héros et le narrateur. C’est l’histoire d’un jeune écrivain à la fois talentueux mais qui n’arrive pas à vivre de sa plume ; c’est aussi le l’histoire de notre héros hanté par un amour impossible, celui de Cristina . Le drame va se nouer quand il reçoit l’offre inespérée d’un mystérieux éditeur : écrire un livre comme il n’en a jamais existé, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués », en échange d’une fortune, d’une renommée,  et, peut-être aussi, de beaucoup plus.
Du jour où il accepte ce contrat, une étrange et inquiétante mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu’il aime le plus au monde. En moyennant son talent d’écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable ?

Une deuxième variation sur le thème du livre qui bouleverse votre vie. Dans L’ombre du vent, il s’agissait d’un livre écrit par un auteur inconnu qui transformait la vie de celui qui l’avait choisi dans le Cimetière des Livres Oubliés, cette fois c’est la vie de celui qui écrit qui est perturbée par son livre.
On rencontre David Martín alors qu’il est encore enfant (comme le fut Daniel Sempere dans L’ombre du vent). C’est un gamin pauvre, abandonné par sa mère à la garde de son père, homme violent et incapable de comprendre son amour des livres car analphabète. A la mort de son père, il est engagé dans le journal où son père était gardien, comme grouillot, protégé par un jeune riche qui l’encourage à écrire. Son univers est celui des histoires à rebondissements où il peut donner libre court à son imagination débordante d’inventivité comme en témoigne son premier feuilleton Les mystères de Barcelone
Mais il aimerait écrire autre chose, une histoire plus personnelle où son génie pourrait être reconnu, où il pourrait être libre d’écrire selon ce que lui dicte son cœur .Mais le succès n’est pas au rendez- vous et l’argent manque et il faut bien vivre ! Justement depuis quelques temps un mystérieux et inquiétant éditeur français Andreas Corelli lui propose un contrat très avantageux. Lorsqu’il accepte enfin, la maison d’édition avec laquelle il avait signé un contrat d’exclusivité brûle opportunément avec ses deux associés. Ce n’est que la première des coïncidences, les premières aventures étranges et aussi les premières morts, car les cadavres vont s’accumuler !

Entre cet éditeur qui se déclare son ami, mais l’inquiète et cet inspecteur Grandes apparemment très soucieux également de lui venir en aide en vertu de la sympathie qu’il lui inspire, David va devoir apprendre louvoyer.
Il y a toutefois un lieu et un homme qui sont depuis toujours un refuge, Sempere, père et fils,  et sa librairie déjà présente dans le premier opus, cette librairie tenue par le père et son fils. Comme aussi dans le premier livre, l’existence d’une grande maison abandonnée, une maison maudite et dans laquelle David s’installe dès que ses moyens financiers le lui permettent. Également des amours contrariés pour le héros. Et bien sûr, Barcelone, omniprésente, souvent battue par les pluies et les vents. 

Dans ce livre, comme dans le précédent, tout tourne autour de la puissance de l’écriture, de l’importance que peut avoir un livre dans une vie. Même si second volume n’a pas la force du premier, ni la magie que l’on aurait aimé y retrouver d’où une certaine déception c’est encore un univers fantastique où le réel réside avant tout dans l’évocation de la ville de Barcelone des années 1920.

 

Quelques extraits significatifs de cet ouvrage

 

« Je crois que vous n’avez pas beaucoup d’amis. Moi non plus. Je me méfie de ceux qui s’imaginent avoir beaucoup d’amis. C’est signe qu’ils connaissent mal leur prochain.

« Un intellectuel est ordinairement quelqu’un qui ne se distingue pas précisément par son intelligence, affirma-t-il. Il s’attribue lui-même ce qualificatif pour compenser l’impuissance naturelle dont il sent bien que ses capacités sont affectées. C’est aussi vieux et aussi sûr que le dicton. « Dis-moi de quoi tu te vantes et je te dirai ce qui te manques. » C’est pain quotidien. L’incompétent se présente toujours comme expert, le cruel comme pitoyable, le pêcheur comme dévot, l’usurier comme bienfaiteur, l’arrogant comme humble, le vulgaire comme distingué et l’abruti comme intellectuel. 

– « Quand j’étais enfant, pendant quelques mois, j’ai voulu être Esope.
– Nous abandonnons tous nos grandes espérances sur la route.

« Rien ne nous induit plus à avoir la foi que la peur, la certitude d’être menacés. Quand nous nous sentons des victimes, toutes nos actions et nos croyances deviennent légitimes, mêmes les plus contestables. Ceux qui s’opposent à nous, ou qui, simplement sont nos voisins, cessent d’être nos semblables et deviennent nos ennemis. Nous ne sommes plus des agresseurs, nous sommes des défenseurs. L’envie, la jalousie ou le ressentiment qui nous motivent sont sanctifiés, car nous avons la certitude d’agir pour notre seule défense. Le mal, la menace, sont toujours chez l’autre. La peur est le premier pas vers une foi passionnée. La peur de perdre notre identité, notre vie, notre condition ou nos croyances. La peur est la poudre et la haine est la mèche. Le dogme, en dernière instance, n’est que l’allumette qui y met le feu. 

« Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu’un livre change de main, toutes les fois que quelqu’un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Ici, les livres dont personne ne se souvient, les livres qui se sont perdus dans le temps, vivent pour toujours, en attendant d’arriver dans les mains d’un nouveau lecteur, d’un nouvel esprit…

« Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. Il n’oublie jamais la première fois où il a senti dans ses veines le doux poison de la vanité et cru que si personne ne découvrait son absence de talent, son rêve de littérature pourrait lui procurer un toit sur la tête, un vrai repas chaque soir et ce qu’il désirait le plus au monde : son nom imprimé sur un misérable bout de papier qui, il en est sûr vivra plus longtemps que lui. Un écrivain est condamné à se souvenir de ce moment, parce que, dès lors, il est perdu : son âme a un prix.

« C’était un temps où le sang et la violence devenaient le pain quotidien des rues de Barcelone. Jours de tracts et de bombes qui laissaient des corps déchiquetés, frémissants et fumants dans les rues de Raval, jours où des bandes aux visages barbouillés de noir rôdaient la nuit en répandant le sang, de processions de saints et de défilés de généraux qui puaient la mort et l’hypocrisie, de discours incendiaires où tout le monde mentait et où tout le monde avait raison. On respirait déjà dans l’air empoisonné la rage et la haine qui des années plus tard, devaient mener les uns et les autres à s’assassiner au nom de slogans grandioses et de chiffons de couleur. Le brouillard perpétuel des usines rampait sur la ville et noyait ses avenues pavées et sillonnées par les tramways et les voitures. La nuit appartenait aux lampadaires à gaz, à l’obscurité des ruelles rompues seulement par l’éclair des coups de feu et les traînées bleues de la poudre brûlée. C’était un temps où l’on grandissait vite et où, quand ils laissaient leur enfance derrière eux, beaucoup de gamins avaient déjà un regard de vieux.

 

 « Ce lieu est un mystère. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu’un livre change de main, toutes les fois que quelqu’un parcourt ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Ici, les livres dont personne ne se souvient, les livres qui se sont perdus dans le temps, vivent pour toujours, en attendant d’arriver dans les mains d’un nouveau lecteur, d’un nouvel esprit…

©Claude-Marie T.

21 septembre 2018.

CARLOS RUIZ ZAFON, CIMETIERE DES LIVRES OULIES, ECRIVAIN ESPAGNOL, LITTERATURE ESPAGOLE

La trilogie du cimetières des livres oubliés

LA TRILOGIE DU CIMETIÈRE DES LIVRES OUBLIÉS –

 

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L’Ombre du vent, Le Jeu de l’ange et Le Prisonnier du ciel

Carlos Ruiz Zafon

La trilogie best-seller de Carlos Ruiz Zafón réunie pour la première fois dans une édition numérique intégrale !

Dans les ruelles sombres de Barcelone, le Cimetière des Livres Oubliés est un lieu mystérieux où reposent des centaines de milliers de livres…

 

L’Ombre du vent. 

Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, « ville des Prodiges » marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon Daniel Sempere dans un lieu mystérieux du quartier Gothique : le Cimetière des livres oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets « enterrés dans l’âme de la ville » : L’Ombre du vent.

 

Le Jeu de l’ange

Années 1920. David Martin, jeune journaliste, écrit des feuilletons sous pseudonyme qui rencontrent un énorme succès. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l’emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer un texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d’être tués, d’offrir leur âme ». Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour de David. En vendant sa liberté d’écrivain, aurait-il vendu son âme au diable ? Épouvanté et fasciné, David se lance dans une enquête sur ce curieux éditeur, dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l’espace.

 

Le Prisonnier du ciel. 

Noël 1957. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l’offre à Fermín, ami de toujours de Daniel Sempere, accompagné d’une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats. Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Interrogé par Daniel, Fermín révèle ce qu’il a toujours caché. Il raconte la terrible prison de Montjuïc en 1939. Une poignée d’hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l’enfer. Parmi eux Fermín et David Martín, l’auteur de La Ville des maudits. Une évasion prodigieuse et un objet volé… Dix-huit ans plus tard, quelqu’un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

CARLOS RUIZ ZAFON, L'OMBRE DU VENT, LITTERATURE ESPAGOLE

L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon

L’ombre du vent

(La sombra del viento)

Carlos Ruiz Zafón

Paris, le Livre de poche, 2014

 

Présentation de l’œuvre

C’est un récit envoûtant de la première ligne à la dernière. C’est un roman dont on peut dire (comme le mentionne le bandeau sur la couverture dans l’édition de poche) : « Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n’avez aucune chance de lui échapper». Le récit est magnifique car à la fois plein de poésie, de violence et l’on ressent l’attachement de l’auteur pour les protagonistes de l’histoire. Il y plane aussi l’ombre oppressante de la dictature franquiste dans la Barcelone des années d’après-guerre. Ce livre est tout aussi le récit d’une quête que des histoires d’amitié et d’amour.

 C’est l’histoire de Daniel Sempere, huit ans, qui se rend un jour de 1945 avec son père libraire au « Cimetière des Livres oubliés », une bibliothèque magique, un lieu mystérieux auquel n’ont accès qu’un petit groupe de privilégiés. Daniel va devoir « sauver » un livre, choisir celui qu’il devra, envers et contre tout, préserver, parmi les milliers qui se trouvent dans cet endroit énigmatique et fantastique. Daniel choisit « L’ombre du vent » de Julian Carax :  il ne connaît rien de l’histoire ni de son auteur ; il va simplement apprendre que son auteur Juan Carax est parti vivre à Paris une dizaine d’années plus tôt et que depuis, un étrange personnage au visage effroyable passe son temps à brûler tous ses écrits.

Le temps passe, Daniel au cours de sa scolarité se fait des amis qui lui resteront fidèle. Le temps passe mais il  n’oublie pas Julian Carax : il poursuit sa quête malgré les obstacles. Il se lie d’amitié avec un mendiant rencontré par hasard ; Firmin Romero de Torres qui va l’aider à poursuivre sa quête. Désormais la vie de Daniel se mêle étrangement à celle de Juan Carax. Juan Carax supposé mort en 1936 est-il bien mort ou encore vivant !  

Au fil de ses investigations Daniel commence à en douter car ses recherches lui révèlent des informations biographiques troublantes :  il découvre que Carax était un brillant adolescent élevé par un homme qui n’est pas son père, il avait trois amis inséparables qui ont pourtant pris chacun des chemins radicalement différents. Julian Carax est fils de chapelier, il se lie d’amitié avec un gros client de son père, Jorge Aldaya dont il tombe éperdument amoureux de la sœur , Pénélope (qui se révèlera être sa sœur). Jorge les surprend, Julian s’exile à Paris pendant que Pénélope meurt en donnant naissance à un enfant mort-né.

Si au fur et à mesure de ses investigations (où il rencontre des derniers témoins qui ont connu Carax), le voile se lève sur la biographie officielle de Carax, sur une vie douloureuse malgré l’amitié indéfectible de Miguel ; mais le mystère s’épaissit à mesure que l’on avance dans le roman : il s’y mêlent des histoires d’amour impossibles, des mensonges, des trahisons, des peurs, beaucoup de tragédies imbriquées les unes dans les autres comme des poupées russes et qui forment la trame de ce récit.  La fin du récit mêle étrange l’histoire de Juan Cardax et celle du jeune Daniel Sempere lors d’une rencontre en forme de happy end !

En toile de fond on retrouve comme une ombre sortie de nulle part et qui poursuit nos héros, un personnage diabolique (ce policier Francesco Javier Fumero) qui promène son ombre dans toute l’histoire et dans Barcelone, une ville omni  présente à chaque page, que l’on entend vivre à travers les ombres d’un passé aboli, où rien n’est sûr dans le présent dans l’Espagne à peine sortie de la guerre civile : la Barcelone des temps d’avant guerre et celle qui est née après 1945.

Zafon décrit les ambiances avec une force qui ne se relâche jamais au cours du récit où l’histoire de Juan Cardax et celle de Daniel Sempere semble une seule et même histoire. Et puis, il y a sa bibliothèque, un sanctuaire dont on aimerait parcourir les rayons avec ses ouvrages rares et mystérieux ; il y a aussi Barcelone que l’on parcourt avec les protagonistes de cet ouvrage, une Barcelone vivante mais hantée par des fantômes ; il ya enfin ce mystérieux et envoutant  cimetière des livres qui ouvre et clôt le récit.

 

Biographie de Carlos Ruiz Zafón

zafonCarlos Ruíz Zafón est née en 1964 à Barcelone. C’est un auteur espagnol qui écrit principalement en castillan. 
Fils d’un agent d’assurances et d’une mère au foyer, il a passé 11 ans chez les jésuites. Il a écrit son premier roman à 14 ans et a travaillé dans la publicité, qu’il a quittée pour se consacrer à son roman Le Prince du Brouillard, en 1993.

Actuellement, Carlos Ruiz Zafon est l’auteur espagnol vivant le plus lu au monde, depuis la parution en 2001 de L’Ombre Du Vent (Prix Planeta, en 2004), une saga baroque à l’époque du franquisme. Ses derniers romans, Les Lumières de Septembre (2012) et Le Prisonnier du Ciel (2012) connaissent aussi un large succès.
Carlos Ruis Zafon habite, depuis 1993, à Los Angeles où il écrit des scénarios de films. 
Il a reçu aussi des prix littéraires français, comme le Prix des Amis du Scribe et le Prix Michelet en 2005. Il est classé comme l’un des écrivains de fictions qui est le plus lu en Europe.