ANCIEN TESTAMENT, CHANDELEUR, EVANGILE SELON SAINT LUC, LETTRE AUX HEBREUX, LIVRE DU PROPHETE MALACHIE, NOUVEAU TESTAMENT, PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE, PSAUME 23

Fête de la Présentation du Seigneur au Temple : lectures et commentaires

dimanche 2 février 2020

Fête de la Présentation du Seigneur au Temple

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – prophète Malachie 3,1-4

Ainsi parle le SEIGNEUR Dieu :
1 Voici que j’envoie mon Messager
pour qu’il prépare le chemin devant moi ;
et soudain viendra dans son Temple
le Seigneur que vous cherchez.
Le messager de l’Alliance que vous désirez,
le voici qui vient, dit le SEIGNEUR de l’univers.
2 Qui pourra soutenir le jour de sa venue ?
Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera ?
Car il est pareil au feu du fondeur,
pareil à la lessive des blanchisseurs.
3 Il s’installera pour fondre et purifier.
Il purifiera les fils de Lévi,
il les affinera comme l’or et l’argent :
ainsi pourront-ils aux yeux du SEIGNEUR,
présenter l’offrande en toute justice.
4 Alors, l’offrande de Juda et de Jérusalem
sera bien accueillie du SEIGNEUR,
comme il en fut aux jours anciens,
dans les années d’autrefois.

LE MESSAGER DE L’ALLIANCE QUE VOUS DÉSIREZ
On ne sait pas trop comment accueillir ce texte : est-il bonne ou mauvaise nouvelle ? D’autre part, pourquoi le prophète Malachie insiste-t-il si fortement sur le Temple, les lévites (ou les prêtres si vous préférez), les offrandes et tout ce qui relève du culte ? Pour comprendre cette insistance, il faut se rappeler le contexte historique : il y a à cela au moins trois raisons :
Premièrement, Malachie écrit vers 450 av.J.C. à un moment où il n’y a plus de roi, descendant de David, en Israël ; le pays est sous domination perse ; au sein du peuple juif, ce sont les prêtres qui détiennent l’autorité ; un prédicateur de cette époque-là insiste donc tout normalement sur l’alliance que Dieu a conclue avec la famille sacerdotale. Ils sont les représentants de Dieu au milieu de son peuple ; pour le dire autrement, l’Alliance entre Dieu et son peuple passe par eux en quelque sorte.
Deuxièmement, pour oser dire que l’Alliance passe par eux, il faut bien rappeler la légitimité de ce lien privilégié entre Dieu et cette descendance de Lévi : on va donc auréoler le passé et rappeler à satiété que Dieu a choisi cette famille tout spécialement pour lui confier le sacerdoce.
Troisièmement, Malachie assiste à une dégradation de la conduite de cette caste sacerdotale : ils accomplissent le culte n’importe comment, ils négligent leur devoir d’enseignement et leurs décisions de justice sont partiales. Peu avant Malachie, Néhémie disait : « Souviens-toi d’eux, mon Dieu, parce qu’ils ont souillé le sacerdoce et l’alliance avec le sacerdoce et les lévites ! » (Ne 13,29). Il est donc très important de rappeler l’idéal et la responsabilité du sacerdoce.
Cette alliance avec les prêtres est bien sûr au service de l’Alliance de Dieu avec son peuple (tout comme l’Alliance avec David était au service du peuple) ; et c’est de celle-là qu’il est question dans le début de notre texte d’aujourd’hui : « Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez, l’Ange de l’Alliance que vous désirez… » Malachie s’adresse à tous ceux qui attendent, qui désirent, qui cherchent ; il vient leur dire « vous n’avez pas attendu, cherché, désiré pour rien : votre désir, votre attente vont être comblés ». Et c’est pour bientôt.
LE SEIGNEUR VIENDRA DANS SON TEMPLE
« Soudain » (on peut traduire également « subitement »), est un mot qui signifie à la fois soudaineté et proximité. C’est aussi fort que l’expression « Le voici qui vient » ; je vous propose de regarder d’un peu plus près la construction de ces versets : ces deux expressions synonymes « Soudain viendra » et « Le voici qui vient » encadrent (inclusion) l’annonce de la venue du Seigneur. « Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez, l’Ange de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient… »
Cet Ange de l’Alliance vient pour rétablir l’Alliance, justement : l’alliance avec les fils de Lévi, d’abord, mais surtout à travers elle, l’Alliance avec le peuple tout entier. Cet Ange de l’Alliance, c’est Dieu lui-même ; dans la Bible, pour ne pas citer Dieu lui-même, par respect, on emploie souvent l’expression « l’Ange de Dieu » ; c’est donc de la venue de Dieu qu’il s’agit ici ; dans son tout petit livre qui ne fait que quatre pages dans nos Bibles, Malachie parle plusieurs fois du jour de sa venue ; il l’appelle le « Jour du Seigneur », et chaque fois, ce jour nous paraît à la fois souhaitable et inquiétant : par exemple, au verset qui suit immédiatement notre texte d’aujourd’hui, Dieu dit « je m’approcherai de vous pour le jugement » (verset 5), c’est-à-dire « je vais vous débarrasser du mal » ; cela c’est souhaitable. Souhaitable pour les justes, au moins, redoutable pour les méchants, pourrait-on dire en première approximation. Mais on sait bien que la frontière entre le bien et le mal passe au milieu de chacun de nous : seul le mal sera éliminé et nous en serons débarrassés. L’objectif du fondeur, c’est la beauté de l’oeuvre ; l’objectif du blanchisseur aussi.
Justement, pour nous préparer à ce tri qui doit être fait en nous au jour du jugement, un messager doit précéder la venue du Seigneur ; il appellera le peuple entier à la conversion, comme dit Malachie, il préparera le chemin devant lui.
Plus tard, Jésus a cité précisément cette prophétie de Malachie à propos de Jean-Baptiste (Mt 11,7-10) : « Comme ils s’en allaient, Jésus se mit à parler de Jean aux foules : Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? Un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu d’habits élégants ? Mais ceux qui portent des habits élégants sont dans les demeures des rois. Alors qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le déclare, et plus qu’un prophète. C’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager en avant de toi ; il préparera ton chemin devant toi… » Par le fait même, Jésus s’identifiait lui-même à l’Ange de l’Alliance qui vient dans son temple ; nous verrons cela en étudiant l’évangile de Saint Luc pour cette fête de la Présentation.

 

PSAUME – 23 ( 24 ), 7, 8, 9, 10

7 Portes, levez vos frontons,
élevez-vous, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !

8 « Qui est ce roi de gloire ?
C’est le SEIGNEUR, le fort, le vaillant,
le SEIGNEUR, le vaillant des combats.

9 Portes, levez vos frontons,
levez-les, portes éternelles :
qu’il entre le roi de gloire !

10 Qui donc est ce roi de gloire ?
C’est le SEIGNEUR, Dieu de l’univers ;
c’est lui, le roi de gloire.

PORTES, LEVEZ VOS FRONTONS !
« Portes, levez vos frontons … » Vous avez remarqué cette formule un peu étonnante : « Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles … ». On imagine mal que les linteaux des portes puissent se lever ! On comprendrait mieux une formule du genre « Ouvrez vos portes à deux battants » (sous-entendu pour laisser passer le cortège) ! Mais, bien sûr, on est en poésie, ici ! C’est une hyperbole pour dire la grandeur de ce roi de gloire qui entre solennellement dans le temple de Jérusalem. Cette expression « roi de gloire » désigne Dieu lui-même, le Seigneur de l’univers.
On ne peut pas ne pas penser à la grande fête de la Dédicace du Premier Temple par le roi Salomon vers 950 av.J.C. Imaginez l’immense procession, les marches grouilllantes de fidèles… Comme dit le psaume 67/68 : « Dieu, ils ont vu tes cortèges, les cortèges de mon Dieu, de mon roi, dans le sanctuaire : en tête les chanteurs, les musiciens derrière, parmi les filles jouant du tambourin » (Ps 67/68,25).
La Dédicace du premier Temple par Salomon est décrite dans le premier livre des Rois : « Salomon rassembla à Jérusalem – auprès de lui, le roi Salomon – les anciens d’Israël, tous les chefs des tribus, les princes des familles des fils d’Israël, pour faire monter de la cité de David, c’est-à-dire de Sion, l’Arche du SEIGNEUR… Tous les hommes d’Israël se rassemblèrent près du roi Salomon (au mois d’Etanim), le septième mois pendant la fête (sous-entendu la fête des tentes). Quand tous les anciens d’Israël furent arrivés, les prêtres portèrent l’Arche. Ils firent monter l’Arche du SEIGNEUR, la tente de la rencontre et tous les objets sacrés qui étaient dans la tente – ce sont les prêtres et les lévites qui les firent monter. Le roi Salomon et toute la communauté d’Israël réunie près de lui, présente avec lui devant l’Arche, sacrifiaient tant de petit et gros bétail qu’on ne pouvait ni le compter, ni le dénombrer. Les prêtres amenèrent l’Arche de l’Alliance du SEIGNEUR à sa place, dans la chambre sacrée de la Maison, dans le lieu très saint, sous les ailes des chérubins. »
Au passage, il faut préciser que les chérubins, dans la Bible, ne ressemblent pas aux petits angelots de notre imagination. Ce sont des animaux ailés à visage humain qui ressemblent plutôt aux sphynx Egyptiens. En Mésopotamie, c’étaient les gardiens des temples. Dans le Temple de Jérusalem, au-dessus de l’Arche d’Alliance étaient disposées deux statues en bois doré représentant ces animaux. Leurs ailes déployées au-dessus de l’Arche symbolisaient le trône de Dieu
QU’IL ENTRE LE ROI DE GLOIRE, LE MESSIE SAUVEUR
Dans ce contexte, on imagine bien (ce n’est bien sûr qu’une hypothèse), la foule ou une chorale chantant « Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles ; qu’il entre le roi de gloire ! » Et un autre choeur répond « Qui est ce roi de gloire ? C’est le SEIGNEUR, le fort, le vaillant, le SEIGNEUR le vaillant des combats. » Derrière ces titres guerriers qui nous surprennent aujourd’hui, il faut entendre le rappel de toutes les batailles qu’il a fallu livrer pour se faire une place au soleil, si j’ose dire : depuis le don de la Loi au Sinaï, l’arche accompagnait le peuple d’Israël dans tous ses combats, signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple.
Je reviens à notre cortège qui entre dans le Temple : si l’on retient cette hypothèse d’une grande procession avec l’Arche d’Alliance, cela oblige à imaginer que ce psaume soit très ancien, puisqu’on a perdu toute trace de l’Arche depuis l’Exil à Babylone : aucun texte biblique ne parle plus d’elle de façon claire ni pendant ni après l’Exil ; on ne sait pas ce qu’elle est devenue : a-t-elle fait partie du butin emporté par Nabuchodonosor au moment de la prise de Jérusalem et de l’Exil ? A-t-elle été cachée par Jérémie au mont Nebo, comme certains le racontent ? Personne n’en sait rien.
Et pourtant ce psaume a été chanté régulièrement dans les cérémonies au Temple de Jérusalem bien après l’installation de l’Arche par Salomon, et même bien après l’Exil à Babylone ; à une époque, donc, où il n’y avait plus de procession autour de l’Arche. Il n’en a pris que plus d’importance d’ailleurs ; après qu’on ait définitivement perdu ce signe tangible de la présence de Dieu, ce psaume était tout ce qui restait de la splendeur passée ; il enseignait au peuple le dépouillement nécessaire : la présence de Dieu n’est pas attachée à un objet si chargé de mémoire soit-il !
Et puis, peu à peu, au cours des siècles, il se chargeait d’un sens nouveau : « qu’il entre le roi de gloire ! » est devenu le cri de l’impatience pour la venue du Messie ; oui, qu’il vienne enfin, le roi éternel qui régnera sur l’humanité renouvelée de la fin des temps. Il sera vraiment « le Seigneur des combats », celui qui remporte la victoire définitive sur le Mal et les puissances de mort ; il sera vraiment le « Seigneur, Dieu de l’univers1 », car c’est l’humanité tout entière qui partagera sa victoire.
Cela, c’était l’attente d’Israël qui se creusait de siècle en siècle ; évidemment, on ne s’étonne pas que la liturgie chrétienne chante précisément ce psaume 23/22 le jour où elle célèbre la fête de la Présentation de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem : manière d’affirmer que cet enfant est le roi de gloire, c’est-à-dire Dieu lui-même.
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Note
1 – La traduction liturgique donne au verset 10 un accent nouveau : en hébreu, on peut lire « Qui donc est ce roi de gloire ? C’est le SEIGNEUR des armées » (SEIGNEUR Sabbaoth), ce qui est tout à fait parallèle au verset 8. Dans les deux cas, quand on dit « le Seigneur des combats », on évoque le Dieu qui accompagnait le peuple dans sa lutte pour sa liberté et pour sa survie. Tandis que la traduction liturgique donne : « C’est le SEIGNEUR, Dieu de l’univers » ; aujourd’hui, on aime traduire « Dieu Sabbaoth » par « Dieu de l’univers ». Parce que, dans cette formule, nous entendons que Dieu n’est pas seulement le Dieu d’Israël. Manière de dire que Dieu a choisi Israël, certes, mais au sein d’un projet qui concerne l’humanité tout entière. Ce choix des traducteurs modernes donne un accent universaliste qui n’y était peut-être pas à l’origine.

 

DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 2,14-18

14 Puisque les enfants des hommes ont en commun le sang et la chair,
Jésus a partagé, lui aussi, pareille condition :
ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance
celui qui possédait le pouvoir de la mort,
c’est-à-dire le diable,
15 et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort,
passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves.
16 Car ceux qu’il prend en charge, ce ne sont pas les anges,
c’est la descendance d’Abraham.
17 Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères,
pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi
pour les relations avec Dieu,
afin d’enlever les péchés du peuple.
18 Et parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion,
il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve.

Il faut se rappeler que la lettre aux Hébreux a été écrite dans un contexte de querelle ; et c’est précisément par cette lettre qu’on peut deviner quel genre de querelles devaient affronter les premiers Chrétiens d’origine juive : ils s’entendaient dire à tout bout de champ : « Votre Jésus n’est pas le Messie, nous avons besoin d’un prêtre et il ne l’est pas. »
Il était donc important pour un Chrétien du premier siècle de savoir que le Christ est vraiment prêtre. Parce que l’institution du sacerdoce était capitale dans l’Ancien Testament ; nous l’avons vu, d’ailleurs, avec la première lecture extraite du livre de Malachie. Et une institution qui avait été capitale dans l’Ancien Testament ne pouvait pas être ignorée du Nouveau.
Mais selon la loi juive, Jésus n’était pas et ne pouvait pas prétendre devenir prêtre et encore moins grand prêtre ; il n’avait aucune chance d’y parvenir, puisqu’il descendait de David, donc de la tribu de Juda et non pas de Lévi ; notre auteur le sait très bien puisqu’il affirme un peu plus loin : « Il est notoire que notre Seigneur est issu de Juda, d’une tribu dont Moïse n’a rien dit dans ses textes sur les prêtres. » (He 7,14).
Qu’à cela ne tienne, dit la lettre aux Hébreux : Jésus n’est pas grand-prêtre descendant d’Aaron, soit ; mais il peut l’être à la manière de Melchisédech ! Celui dont parle le chapitre 14 de la Genèse vivait bien avant Moïse et Aaron et pourtant la Bible le nomme « prêtre du Dieu Très-Haut ». Donc Jésus est bien, à sa manière, dans la continuité de l’Ancien Testament.
C’est très exactement le propos de la lettre aux Hébreux : nous montrer en quoi Jésus accomplit l’institution du sacerdoce : il « accomplit » en langage biblique, cela ne veut pas dire qu’il reproduit le modèle de l’Ancien Testament ; cela veut dire qu’il le mène à sa perfection.
Il faut d’abord se rappeler quels étaient les éléments constitutifs du sacerdoce ancien : le prêtre de l’Ancien Testament a un rôle de médiateur ; 1) le prêtre est un membre du peuple 2) il est admis à communiquer avec la sainteté de Dieu. 3) En retour, si j’ose dire, il transmet au peuple les dons et bénédictions de Dieu.
L’une des grandes insistances du texte d’aujourd’hui porte sur le premier point : Jésus est bien un membre du peuple. « Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine… Il lui fallait devenir en tout semblable à ses frères, pour être, dans leurs relations avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et fidèle, capable d’enlever les péchés du peuple. » Et qui dit « semblable » dit partager les mêmes faiblesses : les tentations, les épreuves, la mort. Jésus partage cette condition humaine, faite de chair et de sang. Il fallait que le Christ s’approche de nous au point de se faire l’un des nôtres, pour que la distance entre Dieu et l’homme soit comblée.
Mais il faut également que le prêtre soit admis à communiquer avec la sainteté de Dieu. Or Dieu est le Saint, c’est-à-dire le Tout-Autre ; c’est l’un des grands accents de la pensée biblique, nous l’avons vu souvent. Et donc, pour pouvoir approcher du Dieu saint, il faut être mis à part des autres ; d’où tout un système de séparations rituelles auquel on soumettait les prêtres pour les rendre aptes à s’approcher du Dieu Saint ; voici rapidement quelles étaient les séparations successives : parmi toutes les nations, Dieu a choisi un peuple ; à l’intérieur de ce peuple, une tribu (Lévi) ; dans cette tribu, une famille (Aaron) ; puis individuellement, chaque prêtre était soumis à des rites de séparation : bain, onction, vêture, sacrifices. De la même manière, le lieu où officient les prêtres est séparé des lieux de vie du peuple ; il est le lieu sacré par opposition aux autres lieux considérés comme profanes.
Or, dans le cas de Jésus, rien de tout cela : au contraire, il s’est constamment mêlé à la vie de son peuple, y compris et presque surtout des petits, des exclus, des impurs. Tout ceci est vrai, dit la lettre aux Hébreux, mais pourtant, nous avons la preuve incontestable qu’il est le Juste par excellence, le Fils de Dieu, le Saint de Dieu : c’est sa Résurrection. Il a vaincu la mort ; l’Alliance avec Dieu est rétablie, c’était bien l’objectif des prêtres.
Désormais nous sommes libres : le plus sûr ennemi de la liberté, c’est la peur ! Or, désormais, nous n’avons plus peur de rien. On entend là des accents de Saint Paul : nous étions comme des esclaves, tant que nous ne connaissions pas l’amour de Dieu pour nous. Qui nous faisait douter de l’amour de Dieu ? Le diable bien sûr. « Par sa mort, il (Jésus) a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. » L’épreuve de la Passion était le passage obligé en quelque sorte : nos pires ennemis, ce sont la mort, la solitude, la haine ; il fallait qu’il les subisse lui-même, qu’il nous accompagne jusque-là pour nous en libérer. Dans l’épisode des disciples d’Emmaüs, Saint Luc emploie une expression analogue : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26) : il fallait qu’il souffrît pour nous montrer jusqu’où allait l’amour de Dieu.
Mais pourquoi l’auteur parle-t-il des « fils d’Abraham » et non pas des « fils d’Adam ? « Ceux qu’il vient aider, ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d’Abraham. » Ce ne sont pas les anges, non, ce sont des êtres de chair et de sang ; mais l’auteur aurait pu dire « ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d’Adam » ; pourquoi au lieu de « fils d’Adam », parle-t-il des « fils d’Abraham » ? Ce qui caractérise Abraham, dans toute la méditation biblique, c’est sa foi. Une foi qui est synonyme de confiance. Ce qui veut dire que Jésus rétablit l’Alliance, oui, mais que nous restons libres de ne pas être des fils d’Abraham (des croyants), de ne pas entrer dans cette Alliance, de refuser d’entrer dans le projet de Dieu.

 

EVANGILE – selon Saint Luc 2, 22 – 40

22 Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse
pour la purification,
les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
pour le présenter au Seigneur,
23 selon ce qui est écrit dans la loi :
« Tout premier-né de sexe masculin
sera consacré au Seigneur. »
24 Ils venaient aussi offrir
le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :
un couple de tourterelles `
ou deux petites colombes.
25 Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.
C’était un homme juste et religieux,
qui attendait la Consolation d’Israël,
et l’Esprit Saint était sur lui.
26 Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
qu’il ne verrait pas la mort
avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
27 Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,
28 Syméon reçut l’enfant dans ses bras,
et il bénit Dieu en disant :
29 « Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix,
selon ta parole.
30 Car mes yeux ont vu le salut,
31 que tu préparais à la face des peuples :
32 lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »
33 Le père et la mère de l’enfant
s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
34 Syméon les bénit,
puis il dit à Marie sa mère :
« Voici que cet enfant
provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
Il sera un signe de contradiction
35 – Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :
ainsi seront dévoilées
les pensées qui viennent du coeur d’un grand nombre. »
36 Il y avait aussi une femme prophète,
Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
37 Elle était très avancée en âge ;
après sept ans de mariage, demeurée veuve,
elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.
Elle ne s’éloignait pas du Temple,
servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
38 Survenant à cette heure même,
elle proclamait les louanges de Dieu
et parlait de l’enfant
à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
39 Lorsqu’ils eurent achevé
tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,
ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
40 L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
rempli de sagesse,
et la grâce de Dieu était sur lui.

Voilà un récit minutieusement composé ! Vous avez remarqué comme moi la double insistance de Luc, sur la Loi d’abord, sur l’Esprit ensuite : dans les premiers versets (v. 22-24), il cite trois fois la Loi ; on peut dire que la vie de cet enfant débute sous le signe de la Loi ; entendons-nous bien, quand Luc cite la Loi d’Israël, il ne pense pas d’abord à une série de commandements écrits qui dictent ce qu’on doit faire ou ne pas faire… on peut ici remplacer le mot Loi par Foi d’Israël. La vie de Joseph et Marie, et désormais de l’enfant, est tout entière imprégnée de la foi et de l’attente de leur peuple ; et quand ils se présentent au Temple de Jérusalem pour satisfaire aux coutumes juives, c’est de leur part une démarche de ferveur.
Premier message de Luc, donc, dans ce texte de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem : c’est dans le cadre de la Loi d’Israël que le salut de toute l’humanité a vu le jour… C’est dans le cadre de la Loi d’Israël que le Verbe de Dieu s’est incarné… en un mot, que le dessein bienveillant de Dieu pour l’humanité s’est accompli.
Puis Syméon entre en scène, poussé par l’Esprit (lui aussi nommé trois fois) ; et c’est l’Esprit qui inspire à Syméon les paroles qui révèlent le mystère de ce petit garçon : « Mes yeux ont vu ton salut ».
Je reprends les phrases de Syméon une à une : « Mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples » : tout l’Ancien Testament est l’histoire de cette longue, patiente préparation par Dieu du salut de l’humanité. Et il s’agit bien du « salut de l’humanité » et pas seulement du peuple d’Israël : c’est très exactement ce que Syméon précise : « lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple ». La gloire d’Israël, justement, c’est d’avoir été élu non pas pour lui seul, mais pour l’humanité tout entière. Au fur et à mesure que l’histoire avançait, l’Ancien Testament découvrait de plus en plus que le projet de salut de Dieu concerne toute l’humanité.
Et tout ceci se passe dans le Temple de Jérusalem ; bien sûr, c’est capital aux yeux de Luc : nous assistons déjà à l’entrée glorieuse de Jésus, Seigneur et Sauveur, dans le Temple de Jérusalem, comme l’avait annoncé le prophète Malachie : (voici les paroles de Malachie, qui sont notre première lecture de cette fête) « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’envoie mon Messager pour qu’il prépare le chemin devant moi ; et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez… l’Ange de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient, dit le SEIGNEUR de l’univers ».
Luc reconnaît bien en Jésus l’Ange de l’Alliance qui vient dans son Temple : les phrases de Syméon sur la gloire et la lumière sont tout-à-fait dans cette ligne : « Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple. »
Autre résonance de l’évangile d’aujourd’hui dans l’Ancien Testament : « Qu’il entre le roi de gloire ! Elevez-vous, portes éternelles… » chantait le psaume, qui attendait un Messie-roi descendant de David ; et nous savons que le roi de gloire, c’est cet enfant ; bien sûr, pour un nouveau-né, les portes éternelles n’ont pas besoin d’être bien hautes, mais Luc nous décrit quand même une scène majestueuse, une scène de gloire : toute la longue attente d’Israël est représentée par ces deux personnages, Syméon et Anne. « Il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux qui attendait la Consolation d’Israël » ; quant à Anne, on peut penser que si « elle parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem », c’était parce qu’elle était pleine d’impatience, elle aussi.
Cette attente, c’est celle du Messie. Quand Syméon proclame « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut, que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations, et donne gloire à ton peuple Israël », il affirme bien que cet enfant est le Messie, le reflet de la gloire de Dieu. Avec Jésus, c’est la Gloire de Dieu qui entre dans le Sanctuaire ; ce qui revient à dire que Jésus est la Gloire, qu’il est Dieu lui-même.
Désormais le temps de la Loi est révolu. L’Ange de l’Alliance est entré dans son Temple pour répandre l’Esprit sur toute chair, et éclairer les nations païennes.

CHANDELEUR, EGLISE CATHOLIQUE, EVANGILE SELON SAINT LUC, JESUS CHRIST, LITURGIE, NOUVEAU TESTAMENT, PURIFICATION DE LA VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Présentation de Jésus au Temple

PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE

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2 Février

La fête de la présentation du Seigneur et la purification de la très Sainte Vierge[1]

 

  1. Commentaire biblique

La loi du Seigneur ordonnait aux femmes d’Israël, après leur enfantement, de demeurer quarante jours sans approcher du tabernacle ; après l’expiration de ce terme, elles devaient, pour être purifiées, offrir un sacrifice. « Toute femme, ayant conçu et enfanté un garçon, disait la loi des relevailles, sera (légalement) impure pendant sept jours. Apres la circoncision de l’enfant, elle se tiendra encore à la maison durant trente-trois jours. Elle ne touchera à aucune chose sainte et elle n’ira pas au sanctuaire. Dès que le temps de la purification sera accompli, elle présentera au prêtre, à l’entrée du Tabernacle, un agneau d’un an en holocauste et un jeune pigeon ou une tourterelle en sacrifice pour le péché. Si elle n’a pas de quoi se procurer un agneau (à cause de sa pauvreté), qu’elle offre deux tourterelles ou deux jeunes pigeons. Le prêtre fera pour elle l’expiation et elle sera pure » (Lv 12, 28). Si la mère avait mis au monde une fille, ces chiffres étaient doublés ; la purification n’avait lieu qu’au bout de 80 jours (Lv 12, 8).

 Un second commandement divin déclarait tous les premiers-nés propriété du Seigneur, et prescrivait la manière de les racheter. Le prix de ce rachat était de cinq sicles, qui, au poids du sanctuaire, représentaient chacun vingt oboles (cf. Nom 18, 16). Les premiers-nés appartenaient au Seigneur au double titre de prémices et de chefs de famille. Dans les sociétés patriarcales, les chefs de famille exercent une sorte de sacerdoce ; c’est à eux que revient le droit d’offrir des sacrifices et le devoir de veiller au maintien du culte divin. Il est vrai qu’en Israël la tribu sacerdotale de Lévi leur avait été substituée, mais ils n’en continuaient pas moins à être consacrés à Dieu et ils devaient se racheter à prix d’argent. Le paiement du rachat, dû dès le trentième jour après la naissance, incombait au père de l’enfant ; mais il n’était pas nécessaire pour cela de se rendre au Temple et l’on pouvait s’acquitter n’importe où (Nom 18n 15-16).

Voilà pourquoi l’Eglise a toujours eu l’habitude d’associer à cet épisode la consécration totale de ses fils religieux et pour la même raison offrir en Jésus-Christ le modèle suprême de la vie consacrée[2].   

 Joseph est porteur de l’humble offrande que la mère doit présenter au prêtre. Leur pauvreté ne leur permet pas d’acheter un agneau; et d’ailleurs n’est-il pas l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, ce céleste enfant que Marie tient dans ses bras ?

Un vieillard vivait à Jérusalem, et sa vie touchait au dernier terme ; mais cet homme de désirs, nommé Siméon, n’avait point laissé languir dans son cœur l’attente du Messie. De lui la Parole de Dieu nous donne des caractéristiques extraordinaires : (a) il était un homme « juste et religieux » l’un des éloges plus beau des Saintes Ecritures. (b) il « espérait fermement la prochaine venue du consolateur d’Israël », espérance centrée sur la figure du Messie. (c) « L’Esprit Saint était sur lui »,  en effet il avait reçu du Saint-Esprit l’assurance de ne pas mourir avant d’avoir vu le Christ. (d) Il était un prophète, notamment en ce qui concerne les jours de la passion du Seigneur.    

 Au moment où Marie et Joseph montaient les degrés du Temple, portant vers l’autel l’enfant de la promesse, Siméon se sent poussé donc intérieurement par la force irrésistible de l’Esprit divin ; ses yeux inspirés ont bientôt reconnu la Vierge féconde prophétisée par Isaïe ; et son cœur vole vers l’enfant qu’elle tient dans ses bras. Siméon prenant dans ses bras le divin enfant donna cours à son allégresse dans ce cantique d’action de grâces que nous connaissons aujourd’hui avec les mots initiales en latin :« Nunc dimitis ».

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Ce cantique est l’un de plus beau de la Bible. C’est un cantique de préparation pour la bonne mort et un même temps un acte de remerciements à Dieu qui accomplit ce qu’il promet.    

Les prophéties de Siméon. Elles font référence à l’enfant et à sa mère : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. La destinée du Sauver est en effet de mettre à nu le secret des cœurs et de révéler les bonnes et les mauvaises dispositions des hommes, c’est par leur faute, occasion de chute pour ceux qui refuseront de le recevoir, mais source de gloire pour tous ceux qui l’accueilleront : car s’il veut les sauver, il ne veut pas les sauver malgré eux ni sans eux.

Mais aussi sa prophétie rattache intimement les douleurs de Marie aux persécutions dont son Fils sera objet. La passion de Jésus et la compassion de Marie vont toujours de pair et ont leur point culminant au Clavaire. Les douleurs de Marie auront pour cause principale pas seulement les souffrances de Jésus sur la croix, mais aussi le fait de voir à son fils converti en cause de contradiction et de scandale et surtout voir que son peuple et en quelque sorte, tous les hommes devenus ses enfants, refuserons d’accepter Jésus leur sauver. Mais comme Jésus sauve le monde par ses souffrances, Marie doit au glaive qui transperce son cœur d’être associée à l’œuvre de rédemption.   

Tout à coup survient, attirée aussi par le mouvement du divin Esprit, la pieuse Anne, fille de Phanuel, illustre par sa piété et vénérable à tout le peuple par son grand âge. Les deux vieillards, représentants de la société antique, unissent leurs voix, et célèbrent l’avènement fortuné de l’enfant qui vient renouveler la face de la terre, et la miséricorde de Dieu qui, selon la prophétie d’Aggée, dans ce lieu, au sein même du second Temple, donne enfin la paix au monde[3].

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  1. Origine de la fête  

De savants hommes, au nombre desquels on compte le docte Henschenius, dont Benoît XIV partage le sentiment, inclinent à donner une origine apostolique à cette solennité.

La tradition orientale célèbre depuis au moins le IVème siècle la fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou plus exactement, en grec, sa ‘Rencontre (παπάντη) avec Siméon et Anne’. Elle apparaît en premier dans le rite de l’Église de Jérusalem [4]. À l’origine elle se célébrait le 14 février, puisque Jérusalem célébrait la nativité de Jésus, à cette époque et jusqu’au milieu du VIème siècle, le 6 janvier. En effet, on trouve ainsi des homélies sur la fête de Methodius de Patara (+ 312 )[5], du pseudo-Cyrille de Jérusalem[6], du pseudo-Grégoire de Nyssa (+ 400)[7] ou de Saint Jean Chrysostome (+ 407) [8].

Des documents arméniens, géorgiens et grecs éclairent les circonstances historiques dans lequel s’est réalisé le passage du 14 au 2 février [9]. De toute façon la Nativité était, en Occident, fêté le 25 décembre depuis, au moins, sa fixation en l’an 354 par le pape Libère. Quarante jours après, cela tombe automatiquement le 2 février. Dans la partie orientale de l’empire romain, Justin institue la fête de l’hypapante (la rencontre) le 2 février 521.

En ce qui concerne le nom de la fête, l’Eglise Romaine la comptait jusqu’à 1969 entre les fêtes de la sainte Vierge, pour cela on appelait cette célébration « Purification de Marie ». Elle concluait, quarante jours après la Nativité du Seigneur, le temps liturgique de Noël.

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La raison du nom de cette fête selon Dom Guéranger était la suivante :

« Sans doute, l’enfant Jésus est offert dans le Temple et racheté ; mais c’est à l’occasion de la Purification de Marie, dont cette offrande et ce rachat sont comme la conséquence. Les plus anciens Martyrologes et Calendriers de l’Occident donnent cette fête sous le titre qu’elle conserve aujourd’hui ; et la gloire du Fils, loin d’être obscurcie par les honneurs que l’Eglise rend à la Mère, en reçoit un nouvel accroissement, puisque lui seul est le principe de toutes les grandeurs que nous révérons en elle ».

Cependant, l’actuel directoire sur la piété populaire revenant sur l’ancien nom de la fête, tient à remarquer le suivant :

« La célébration du 2 février doit conserver son caractère populaire, tout en se conformant pleinement au sens authentique de la fête. Il ne serait donc pas juste qu’en célébrant la Présentation du Seigneur, la piété populaire obscurcisse le sens christologique de cette fête, en insistant presqu’exclusivement sur ses aspects mariologiques. Le fait qu’elle doive ‘être considérée […] comme une mémoire conjuguée du Fils et de la Mère’ ne peut avoir pour conséquence de favoriser une telle inversion de perspective »[10].

  

  1. La bénédiction des cierges

L’Eglise pratique, en ce jour, la bénédiction solennelle des Cierges avec une procession. Pourquoi ?

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L’origine de cette cérémonie est assez difficile à assigner d’une manière précise. Selon Baronius, Thomassin, Baillet, etc., elle aurait été instituée, vers la fin du Vème siècle, par le Pape saint Gélase (né d’une famille tunisienne), pour donner un sens chrétien aux restes de l’antique fête des « Lupercales » célébrée en février, dont le peuple de Rome avait encore retenu quelques usages superstitieux [11].

Innocent III, dans un de ses Sermons sur la fête de la Purification, enseigne que l’attribution de la cérémonie des Cierges au deux février est due à la sagesse des Pontifes romains. Ainsi nous pouvons adopter donc le sentiment de D. Hugues Ménard, Rocca, Henschenius et Benoît XIV, qui tiennent que la fête antique connue en février sous le nom d’Amburbalia, et dans laquelle les païens parcouraient la ville en portant des flambeaux, a donné occasion aux Souverains Pontifes de lui substituer un rite chrétien qu’ils ont uni à la célébration de la fête dans laquelle le Christ, Lumière du monde, est présenté au Temple par la Vierge-mère.

Le mystère de cette cérémonie a été fréquemment expliqué par les liturgistes depuis le VIIème siècle.

Selon saint Ives de Chartres, dans son deuxième Sermon sur la fête de la Présentation, la cire des cierges, formée du suc des fleurs par les abeilles, que l’antiquité a toujours considérées comme un type de la virginité, signifie la chair virginale du divin enfant, lequel n’a point altéré, dans sa conception ni dans sa naissance, l’intégrité de Marie. Dans la flamme du cierge, le saint Evêque nous apprend à voir le symbole du Christ qui est venu illuminer nos ténèbres.

Saint Anselme, dans ses Enarrations sur saint Luc, développant le même mystère, nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le Cierge : la cire, la mèche et la flamme. La cire, dit-il, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est l’âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure, est la divinité.

Il est nécessaire aussi que les fidèles sachent que les cierges bénis au jour de la Chandeleur, car tel est le nom populaire de la fête de la Présentation du Seigneur, emprunté à la cérémonie même dont nous parlons; que ces cierges, disons-nous, sont bénis, non seulement pour servir à la procession, mais encore pour l’usage des chrétiens qui, en les gardant avec respect dans leurs maisons, en les portant avec eux, comme un souvenir de l’immortalité que le Christ nous a méritée, et comme un signe de la protection de Marie.

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  1. La procession des cierges

Remplie d’allégresse, illuminée de ces feux mystérieux, entraînée, comme Siméon, par le mouvement de l’Esprit-Saint, la sainte Eglise se met en marche pour aller à la rencontre de l’Emmanuel. L’Eglise invite donc les fidèles à participer vivement de cette procession : « ils participent volontiers à la procession qui évoque l’entrée de Jésus dans le Temple, et en premier lieu la rencontre du Fils avec Dieu le Père, dans la demeure duquel il pénètre pour la première fois, ainsi que sa rencontre avec Siméon et Anne. En Occident, cette procession, dont le caractère pénitentiel s’était substitué à l’immoralité des défilés païens, fut marquée par l’introduction du rite liturgique de la bénédiction des cierges, allumés en l’honneur du Christ « lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32) [12]

Saint Bernard, dans son premier sermon pour la Fête de la Présentation, dit:

« Aujourd’hui la Vierge-mère introduit le Seigneur du Temple dans le Temple du Seigneur ; Joseph présente au Seigneur, non un fils qui soit le sien, mais le Fils bien-aimé du Seigneur, dans lequel il a mis ses complaisances. Le juste reconnaît Celui qu’il attendait; la veuve-Anne l’exalte dans ses louanges. Ces quatre personnes ont célébré pour la première fois la procession d’aujourd’hui, qui, dans la suite, devait être solennisée dans l’allégresse de la terre entière, en tous lieux, et par toutes les nations. Ne nous étonnons pas que cette procession ait été si petite; car Celui qu’on y recevait s’était fait petit. Aucun pécheur n’y parut: tous étaient justes, saints et parfaits».

Marchons néanmoins sur leurs traces. Allons au-devant de l’Epoux, comme les vierges sages, portant dans nos mains des lampes allumées au feu de la charité. Conduits par la foi, éclairés par l’amour, nous le rencontrerons, nous le reconnaîtrons, et il se donnera à nous.

 

 

  1. L’ancien rite de « relevailles »

« La piété populaire est sensible à l’événement, à la fois délibéré et mystérieux, de la conception et de la naissance d’une vie nouvelle. Les mères chrétiennes, en particulier, établissent sans peine une relation entre, d’une part, la maternité de la Vierge Marie, qui est la toute pure et la mère du Corps mystique, et, d’autre part, leur propre maternité, tout en étant conscientes de certaines différences importantes dues au caractère unique de la conception et de l’enfantement de Marie: de fait, leur maternité s’inscrit aussi dans le plan de Dieu et elles ont enfanté les futurs membres de ce même Corps mystique. Cette intuition des mères chrétiennes, ainsi que leur désir d’imiter le geste accompli par Marie (cf. Lc 2, 22-24), ont inspiré le rite des relevailles, dont quelques éléments reflétaient une vision négative de certains aspects de l’accouchement » (Directoire n. 121).

Les relevailles, était une cérémonie dans l’Eglise qui consistait à purifier une jeune mère, qui était considérée comme souillée par le fait d’avoir accouché, 40 jours après la naissance de son enfant s’il s’agit d’un garçon et 80 jours s’il s’agit d’une fille (en suivant la tradition de l’Ancien testament). Elle avait pour but de réintégrer l’accouchée, qui n’avait pu se rendre à l’église pendant sa période de quarantaine, dans le cercle des fidèles et auprès de Dieu. Ce rituel présentait plusieurs variantes en fonction des régions d’Europe, notamment en France où il était particulièrement répandu. Le mot “relevailles” en lui-même provient du fait que la femme se “relève” après une période de repos pour rendre grâce à Dieu.

Après le Concile Vatican II et avec le Rituale Romanum rénové ce rite a été supprimé et on prévoit tout simplement la bénédiction d’une mère, soit avant, soit après l’enfantement; il faut toutefois noter que la bénédiction postérieure à l’accouchement ne peut être donnée que dans le cas où la nouvelle mère n’a pas pu être présente à la cérémonie du baptême de son enfant.

« Il est néanmoins très important, rappel le directoire pour la piété populaire, que les mères et leurs proches parents, en demandant de telles bénédictions, se conforment aux intentions de la prière de l’Église, c’est-à-dire qu’elles aient lieu dans une communion de foi et de charité, et dans la prière, afin que l’attente de l’enfant s’effectue dans la joie (bénédiction avant l’enfantement) et avec le désir de rendre grâces à Dieu pour le don reçu de lui (bénédiction après l’enfantement).

http://www.blogcathedraletunis.com/2016/01/presentation-de-jesus-au-temple.html