CHJRISTIANISME, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), EVANGILES, JUDAS DE LANZA DEL VASTO, JUDAS ISCARIOTE (Ier siècle), LANZA DEL VASTO (1901-1981), LITTERATURE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Judas de Lanza del Vasto

Judas

Lanza del Vasto

Paris, Gallimard, 1992. 245 pages

bm_43039_aj_m_6808

«Tu savais bien, depuis longtemps, ce qui allait arriver. Pourquoi ne m’as-tu pas empêché ? Pourquoi, quand je mettais avec toi la main au plat, ne m’as-tu pas pris la main, ne m’as-tu pas dit « Ami » […] Pourquoi m’as-tu dit avec impatience : « Va et ce que tu as à faire fais-le » ? Tu voulais me perdre, et, vois, je t’ai entraîné avec moi. Oh Seigneur, tu m’as appelé pour me repousser, […] tu ne m’as pas même fait la grâce d’un regard. Seigneur, oh Seigneur, comme tu m’as trahi.»

C’est ainsi que Judas parle au pied de la Croix où Jésus vit les dernières heures de sa vie terrestre. Ces dernières paroles résument tout le drame de Judas.

Judas l’Iscariote a longtemps été une énigme pour les auteurs chrétiens et aussi non croyants : pourquoi a-t-il trahi Jésus ? Une longue littérature a tenté de dresser un portrait de Judas : des Pères de l’Eglise jusqu’à la première moitié du XXè siècle Judas a été considéré comme « le traitre » et a servi a alimenté la thèse du déicide contre les Juifs et ce n’est qu’après les années cinquante que la figure de Judas a évolué pour en faire un nationaliste déçu par Jésus ou encore un instrument servant la mission du Messie en le trahissant.

Lanza del Vasto écrivant son livre en 1938 nous livre un Judas certes fort peu sympathique mais à l’âme torturé. Après avoir fui le foyer paternel il rencontre Jean le Baptiste qu’il suit au désert. Puis il quitte Jean pour suivre Jésus et les disciples : il fera ainsi parti des douze. Il s’attache à Jésus et tente de conquérir son amitié mais sans résultat car Jésus l’ignore. Envoyé en mission il fait du zèle pour annoncer la Bonne Nouvelle. Lui qui est assoiffé de reconnaissance ne rencontre qu’indifférence auprès de celui dont il voudrait être l’ami. Quand Jésus entre à Jérusalem sur un âne il est dégoutté par cette scène vulgaire. Le moment où Judas décide de trahir Jésus se situe dans la scène où Marie-Madeleine (dont il était l’amant avant qu’elle ne rencontre Jésus et qu’il désire l’avoir pour lui seul) chez Simon le pharisien verse le parfum sur les pieds de Jésus.

A ce moment là il se décide à aller trouver les pharisiens et à mettre au point l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani. Il se sent délivré : « Tu as toujours voulu m’ignorer : maintenant tu vas devoir t’apercevoir que moi je suis, que moi je suis moi ».  Et pourtant il confessera que Jésus est innocent et souffrant il se pend au figuier qui avait été maudit par Jésus.

En lisant cet ouvrage on s’aperçoit combien l’auteur prend des libertés avec les Evangiles. Il brosse un portait haut en couleur de cet apôtre qui aurait suivi Jean avant de s’attacher à Jésus. L’auteur met dans la bouche même de Judas des paroles prononcées par ce même Jésus, paroles que l’on retrouve certes dans les Evangiles mais dans une perspective tout autre. Si Lanza del Vasto fait de Judas celui qui tenait les comptes de la communauté des douze il en fait également un intellectuel bien supérieur aux pêcheurs de Galilée.

lanzadelvasto-recits1-364x458

On peut voir dans cet ouvrage plus qu’un portrait de Judas. Le prétexte est l’occasion d’explorer les aspects de la condition humaine : on voit un être assoiffé de reconnaissance et d’être aimé mais qui par son attitude tortueuse à l’égard de ses semblables court à la catastrophe. Judas nous offre ici un miroir de ce que l’on peut être. L’auteur veut nous dire : Judas c’est moi aussi.

©Claude Trcoire

26 avril 2022.

CAL-F-002043-0000
The kiss of Judas, detail of Christ’s Capture, detail of the fresco cycle by Giotto, in the Scrovegni Chapel, Padua

Pour aller plus loin : Judas dans la littérature

https://www.evangile-et-liberte.net/elements/archives/129.html

Lanza del Vasto (1901-1981)

Né(e) à : San Vito dei Normanni, Pouilles , le 29/09/1901
Mort(e) à : Elche de la Sierra, Espagne , le 05/01/1981

Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte, né Giuseppe Giovanni Luigi Maria Enrico Scansa-Lanza, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto, est un philosophe italien.

Issu d’une famille aristocratique du sud de l’Italie, il étudie à Paris au lycée Condorcet, en 1913. Il s’inscrit à la rentrée 1920 en faculté de philosophie à l’Institut royal d’études pratiques supérieures et de perfectionnement de Florence puis en 1921 à celle de Pise où il soutient en 1928 une thèse de doctorat en philosophie.

En décembre 1936, Lanza part en Inde. Au centre de ce voyage, la rencontre décisive avec Gandhi, en 1937, qui lui donne un nouveau nom : « Shantidas », serviteur de paix. Il est reçu pour un mois comme novice dans un monastère mahayana.

Il est à Paris le 10 juillet 1939 au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate. Six semaines plus tard, il part pour la Suisse.
En octobre 1943, il revient s’installer à Paris quand Le Pèlerinage aux sources, récit de son voyage en Inde paru chez Denoël, trouve son public et rencontre le succès.

En 1948, il épouse Chanterelle Gibelin, chanteuse et instrumentiste. C’est alors qu’avec des amis qui ont l’habitude de se réunir chez lui, le couple installe, sur le modèle de l’ashram, une première « Communauté de l’Arche » en Saintonge, au lieu dit Tournier, sur la commune de La Genétouze.

En 1963, la Communauté, à laquelle il se dévouera pendant trente-trois ans, délivrant dans le monde entier un message de sagesse et de paix, se transfère dans les Cévennes biterroises, à Roqueredonde.

Militant de la paix chrétien, poète, sculpteur et dessinateur, il a été un précurseur des mouvements de retour à la nature.

site : https://www.lanzadelvasto.com/fr

CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, LA DERNIERE PRIERE DES MARTYRS CHRETIENS, MARTYRS CHRETIENS, PERSECUTIONS CONTRE LES CHRETIENS, PRIERE, PRIERES

La dernière prière des martyrs chrétiens

La Dernière Prière des martyrs chrétiens,

Poème de Louis Veuillot (extrait des Satires – 1864)

Peinture de Jean-Léon Gérôme, 1883

unnamed

The_Christian_Martyrs'_Last_Prayers

Rome régnait sans lutte. Esclave souveraine,

Enchaînée et tenant le monde sous sa chaîne,

Redoutable et soumise à ses maîtres pervers,

Rome aux pieds de César dévorait l’univers.

Elle dévorait tout, les biens, les corps, les âmes!

En ses horribles jeux, en ses festins infâmes,

Elle voulait du sang : le monde en fournissait;

Sur l’appétit romain l’empereur le taxait.

Quand le peuple ennuyé couvait quelque tempête,

Dix mille hommes mouraient en un seul jour de fête;

Et la Bête repue alors battait des mains

A César, intendant du plaisir des Romains;

Puis l’on recommençait. Sinon, plus affamée,

Rome contre César criait avec l’armée,

Et l’empereur tombait, atteint d’un coup d’épieu;

Mais en l’assassinant, Rome le faisait dieu.

Elle donnait au ciel de tels dieux en grand nombre;

Plus encore à la terre humiliée et sombre.

Agents inassouvis du monstre turbulent,

Et faisant son pouvoir toujours plus insolent,

Les rudes proconsuls, parcourant ses royaumes,

Taxaient tout, prenaient tout, arrachaient jusqu’aux chaumes:

Il fallait obéir. Il fallut adorer,

Quand Rome aux fils du Christ ordonna d’abjurer.

Alors l’espèce humaine à cette frénésie

Dut payer un tribut nouveau, l’apostasie.

La Bête, prévoyante en ses corruptions,

Ne voulait pas laisser le Christ aux nations:

Le règne de Jésus sapait son propre empire;

Elle impose ses dieux sous peine de martyre.

Les chrétiens meurent. Rome, ayant goûté ce sang,

En devint plus avide : il était innocent!

Or, des enfants du Christ la troupe clairsemée

N’apportait pas au monde une parole aimée:

Ils étaient étrangers, sans art et sans esprit;

Ils adoraient un juif, moins qu’un juif, un proscrit!

Un Dieu jadis traîné dans un obscur prétoire,

Muet, battu, pendu, pour finir son histoire!

Devant sa croix de bois chacun d’eux, se courbait.

Cette croix, qui n’était encore qu’un gibet,

On la devait porter dans l’âme! Leur doctrine

Surpassait tout le reste en âpreté chagrine;

Ses règles entravaient l’homme de tous côtés:

Dédain de la richesse, horreur des voluptés,

Amour des ennemis remplaçant la vengeance;

Enfin, pour dernier trait, pour comble de démence,

Dans un monde où la gloire était chose sans prix,

Ces chrétiens prétendaient faire aimer les mépris.

Docteurs extravagants et rudes ! Leur caprice

Ôtait la verge au maître, à l’esclave le vice.

Enfermant tout le coeur dans un cercle cruel,

Ils ne lui laissaient plus d’essor que vers leur ciel!

Aussi quelle fureur et quelle ample risée

A l’aspect des chrétiens couraient le Colysée,

Insultant, flagellant ces malfaiteurs têtus

Qui dans Rome apportaient la peste des vertus!

On aimait leur supplice, et la joie inhumaine

En ce plaisir de choix se doublait par la haine.

On a vu quelquefois les tigres attendris,

Mais le peuple romain, jamais. Les beaux esprits.

Chevaliers, sénateurs, qui disaient avec grâce

Dans l’entracte de sang quelque couplet d’Horace,

Les femmes, dont le coeur semblait moins endurci,

Les vestales, César, nul ne faisait merci.

« Les chrétiens aux lions ! » ainsi criait la Bête.

Partout les proconsuls donnaient semblable fête.

Rome, en cela, c’était le monde. Point de lieu

Qui ne fût enivré de la haine de Dieu!

Les peuples asservis, les plus bas tributaires,

Ceux à qui l’on prenait leurs champs héréditaires,

Ceux qui voyaient leurs fils, battus par les licteurs, 

Devenir histrions, mimes, gladiateurs,

Et ces derniers enfin, ces malheureux eux-mêmes,

Tous appuyaient l’enfer dans ses efforts suprêmes.

Rome semblait divine à leurs yeux fascinés.

Du Christ libérateur ennemis forcenés,

Ils donnaient contre lui la main à tous les crimes;

Et sur leurs fronts abjects, révoltantes victimes, 

Ils maintenaient ainsi ce joug deux fois fatal,

Et l’empire de Rome et l’empire du mal.

Cependant les chrétiens souriaient aux supplices.

Dieu leur avait promis de nouvelles délices;

Il les leur envoyait par les mains de la mort.

César et ses bourreaux en vain faisaient effort:

Le spectre d’autrefois, la parque, était un ange.

Dans la flamme enchaînés ou noyés dans la fange,

Liés aux chevalets ou jetés aux lions,

Abandonnés à l’art des bourreaux histrions

Qui savaient insulter en déchirant la proie,

Les doux martyrs du Christ ne perdaient point leur joie.

Couronné de lumière et d’immortelles fleurs,

L’ange envoyé du ciel l’ouvrait à leurs douleurs,

Et des cirques sanglants, et des bouges infâmes,

Dans sa main rayonnante il emportait les âmes.

O belles morts des saints, ô trépas enviés!

O fécondes ardeurs de ces suppliciés!

O puissance du Christ, ô divine victoire!

Il parle maintenant, le muet du prétoire;

Il ordonne à la mort, et, comme il a dicté,

Elle enfante la vie et l’immortalité.

Le sang se change en fleurs, et sous la faux jalouse

On voit naître la vierge et se former l’épouse;

L’orgueil vient trébucher au tombeau triomphant,

Le sage s’interroge à la voix de l’enfant;

Dans la noire prison, où chante la parole,

Le geôlier, du captif épelant le symbole,

Reconnaît en pleurant cet homme garrotté:

C’est son Dieu, c’est son frère, et c’est la liberté!

Un sentiment nouveau remplit son coeur, il aime;

De la main qu’il délie il reçoit le baptême,

Et demain, à son tour expirant sur la croix,

Il verra ses bourreaux se dire entre eux : Je crois!

Ainsi combat le Christ, ainsi Rome étonnée

Devant la Croix un jour se trouve prosternée.

Le sceptre avec le glaive est tombé de ses mains.

Dieu veut une autre Rome et fait d’autres Romains;

Il chasse de ce lieu le démon de l’empire,

Le Vatican s’élève et le monde respire.

Le mal n’est plus stérile en ses convulsions,

De l’empire broyé naissent les nations;

A ces enfantements le Vatican préside:

Les peuples nouveau-nés, placés sous son égide,

Y grandissent vainqueurs assurés de leurs droits;

Le vicaire du Christ est le premier des rois;

Les princes ont un juge et les peuples un père.

Mais, protecteur aussi du pouvoir qu’il tempère,

Le pontife romain, successeur des Césars,

Aux rois comme aux sujets fait d’équitables parts;

Il veut devant le droit que la force fléchisse.

Empereur de la paix, gardien de la justice,

Pour remplir ce devoir, seul et sans légions,

Il brave les tyrans et les séditions;

Il dit non à l’injure, au poignard, à l’épée,

A l’erreur insolente, à la candeur trompée;

Et, même renversé, poursuivant ces combats,

Il résiste, et le droit lésé ne périt pas;

Et ce vieux nom romain, jadis plein d’épouvante,

Du faible est le rempart et l’armure vivante;

Et proclamant le Dieu qui brise tous les fers,

Rome aux pieds de la Croix affranchit l’univers.

Et moi, j’ai de mes yeux vu dans le Colysée

La Loi du Christ honnie et sa Croix méprisée!

Et je sais une vieille à l’effronté maintien

Qui vint là clabauder contre le nom chrétien,

Et qui fit applaudir ses gloussements sinistres!

Et le monde est rempli d’histrions et de cuistres

Dont la noble espérance attend quelque soudard

Qui leur ôte le Christ et leur rende César !…

Jean-Léon_Gérôme_-_The_Christian_Martyrs'_Last_Prayer_-_Walters_37113_détail_2

Siemiradski_Fackelnunnamed (2)

BIBLE, CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE PRILITIVE (30-600), EPITRES, EPITRES CATHOLIQUES, NOUVEAU TESTAMENT

La Bible livre par livre (8)

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

Le Nouveau Testament

 

56b086b0-df9e-4f9b-9f9e-c1a2c09fd262

Epîtres catholiques ou générales

440px-Liturgical_codex_Louvre_E10094

 

Epître aux Hébreux

images (10)

13 chapitres

Ecrit anonyme, l’épître aux Hébreux s’adressait à des Juifs convertis au christianisme et peut-être tentés de retourner au judaïsme. Elément par élément, l’auteur montre que Christ et son œuvre sont supérieurs aux anges, à Moïse et à tout le système de sacrifices instauré par la loi de l’Ancien Testament. Le fait qu’il parle de ce système au présent indique que la lettre date d’avant la prise de Jérusalem et la destruction du temple par les Romains, événements survenus en 70 apr. J.-C.

Epître de Jacques

images (12)

5 chapitres

Frère (ou plutôt cousin) de Jésus, Jacques montre dans sa lettre qu’une foi véritable est une foi qui se traduit dans des actes et qui ne reste pas au simple niveau d’un savoir théorique.

Première épître de Pierre

téléchargement (17)

5 chapitres

Le disciple et apôtre Pierre écrit aux chrétiens de diverses provinces d’Asie Mineure pour les encourager à tenir ferme dans l’épreuve et à se comporter de manière conforme à l’appel que Dieu leur a adressé. Il montre que la souffrance n’est pas anormale et que le chrétien peut glorifier Dieu en son sein même.

Deuxième épître de Pierre

téléchargement (19)

3 chapitres

La deuxième lettre de Pierre contenue dans le Nouveau Testament est un écrit d’avertissement contre la menace des faux docteurs et de leurs enseignements erronés. Il invite les chrétiens à s’appuyer sur la Parole de Dieu transmise par les apôtres et à vivre dans l’attente du retour de Christ.

Première épître de Jean

images (13)

5 chapitres

Bien qu’anonyme, cette épître est unanimement, et dès le 2e siècle apr. J.-C., attribuée au disciple de Jésus nommé Jean. Dans un contexte (fin du 1er siècle) où les hérésies commencent à fleurir en Asie Mineure, il réaffirme l’identité de Jésus-Christ ainsi que le rôle de Dieu le Père et du Saint-Esprit, tout en définissant les critères d’une vie chrétienne authentique. L’amour pour les frères et l’obéissance aux commandements de Christ y figurent en bonne place.

Deuxième épître de Jean

téléchargement (20)

1 chapitre

Très brève, la deuxième lettre de Jean, le disciple et apôtre, s’adresse à une dame. Certains y ont vu une personne en chair et en os, d’autres le symbole d’une Eglise. Toujours est-il que l’apôtre invite des chrétiens à faire preuve de discernement dans l’accueil qu’ils réservent aux prédicateurs itinéran itinérants: certains sont de faux docteurs. Le chrétien doit vivre dans la vérité et dans l’amour.

Troisième épître de Jean

images (14)

1 chapitre

Très brève elle aussi, la troisième lettre de Jean est adressée à un certain Gaïus, responsable d’une Eglise d’Asie Mineure. L’apôtre félicite Gaïus et le met en garde contre un dénommé Diotrèphe, un homme au comportement dictatorial dans l’Eglise.

 

Epître de Jude

images (16)

1 chapitre

Probablement de la parenté de Jésus, Jude met en garde ses destinataires, peut-être des chrétiens d’Asie Mineure ou d’Egypte, contre l’infiltration des hérétiques dans les Eglises. Dans ce bref écrit, il dénonce la conduite immorale des faux docteurs et le jugement qui les attend, en invitant les chrétiens à rester attachés à la foi transmise par les apôtres.

BIBLE, CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, EVANGILE, EVANGILES, JESUS-CHRIST, LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE (6), NOUVEAU TESTAMENT

La Bible livre par livre (6)

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

Le Nouveau Testament

images (1)

 

Livres historiques

Nouveau_Testament_475684_1605654000000

Symboles-des-quatre-evangelistes-Maitre-de-Gysbrecht-de-Brederode-1460

Evangile selon Matthieu

5815c75aecf3aef3ece9e0ad12214a2e002a90cd_1358456

28 chapitres

Etant l’un des douze disciples de Jésus, Matthieu était bien placé pour faire le récit de sa vie. Son texte contient de nombreuses allusions à l’Ancien Testament et plusieurs discours importants (dont le fameux Sermon sur la montagne). Il utilise souvent l’expression «royaume des cieux» là où les autres Evangiles parlent de «royaume de Dieu», probablement pour respecter la coutume juive qui veut que l’on évite de prononcer le nom divin.

Evangile selon Marc

330px-Fol._69v-70r_Egmond_Gospels

16 chapitres

L’Evangile de Marc est le plus court des quatre. Alors que Matthieu s’adressait plutôt à des Juifs, il vise apparemment plutôt un public romain. Le texte a probablement été rédigé sous l’autorité de l’apôtre Pierre. Il met l’accent sur ce que Jésus a fait plus que sur ce qu’il a dit. Un mot revient fréquemment: aussitôt.

Evangile selon Luc

téléchargement

24 chapitres

L’Evangile de Luc, écrit par un médecin non juif, est la première partie d’un ouvrage en deux volumes adressé aux Grecs et Romains cultivés. Il cherche à montrer que Jésus est venu pour être le Sauveur de tous les hommes, qu’ils soient juifs ou non, en relatant ses œuvres aussi bien que ses paroles.

Evangile selon Jean

téléchargement (11)

21 chapitres

Apparemment écrit après les trois autres Evangiles pour les compléter, et ce par un disciple de Jésus, l’Evangile de Jean propose une sélection d’actes du Maître et contient de larges extraits de ses discours, et surtout l’un des versets les plus célèbres de la Bible:
« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».

Actes des apôtres

ApostleFedorZubov

actes-apotres-ville-ville-94865_2

28 chapitres

Deuxième volume de l’ouvrage écrit par Luc, les Actes constituent le dernier texte historique du Nouveau Testament. Ils relatent les événements consécutifs à la mort et l’ascension de Jésus: les débuts de l’Eglise, avec deux apôtres particulièrement en vue, Pierre puis Paul. Deux de ces événements ont donné lieu à des fêtes chrétiennes: l’Ascension et la Pentecôte, respectivement 40 et 50 jours après Pâques.
L’Evangile est annoncé à Jérusalem, puis dans toute la région, avant de gagner le reste de l’Empire romain, notamment grâce à l’important réseau routier existant. Le texte se termine avec les deux années de détention de l’apôtre Paul à Rome (vers 62-63 apr. J.-C.).

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, ISRAËL, JUDAÏSME, LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE (4), LIVRES POETIQUES

La Bible livre par livre (4)

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

L’Ancien Testament :

 

images (9)

Livres poétiques

cours-11-0521makmaclassecoptefreefr-7-728

Job

250px-Blake_Book_of_Job_Linell_set_7

42 chapitres

«Pauvre comme Job»: qui n’a jamais entendu cette expression? L’histoire de Job, c’est celle d’un homme juste qui est accablé par le malheur. Le thème du livre est donc celui de la souffrance, qui paraît difficilement conciliable avec la bonté de Dieu. Après un prologue qui présente les épreuves de Job comme le fruit d’une sorte de pari entre Dieu et Satan, la majeure partie du livre se compose de dialogues entre Job et trois de ses amis (auxquels vient s’ajouter un quatrième) qui ne parviennent pas à résoudre le problème de la souffrance. Il apparaît clairement qu’elle n’est pas nécessairement le fruit d’un péché. Dans l’épilogue, Dieu s’adresse à Job sans lui expliquer le pourquoi de son malheur, mais en montrant sa propre grandeur.

Psaumes

images (8)

150 chapitres

Appelés Tehillim («louanges») en hébreu, les 150 Psaumes sont autant de cantiques ou prières de louange, de supplication ou d’imprécation. Composés entre les 15e et 6e siècles av. J.-C. dans des circonstances très diverses et par des auteurs différents (Moïse, le roi David, Asaph, Koré, Héman, Ethan et des anonymes), ils pouvaient être utilisés dans le culte familial ou au temple, parfois lors de fêtes religieuses. Certains sont appelés messianiques parce qu’ils contiennent des prophéties relatives à ce libérateur annoncé (Psaumes 22; 69; 110 par exemple).

Proverbes

61OR+TpuiGL

31 chapitres

Trois auteurs sont mentionnés dans les Proverbes: le roi Salomon, Agur et Lemuel, ce qui implique une époque de rédaction qui va du 10e au 7e voire 5e siècle. La recherche de la sagesse était répandue dans l’Antiquité, sagesse qui consiste dans l’art de profiter de ses connaissances pour les appliquer dans la vie courante. Ces maximes touchent donc à tous les domaines de la vie. Elles prennent souvent la forme de pensées à deux vers.

Ecclésiaste

41f3Dj0+YqL._SX311_BO1,204,203,200_

12 chapitres

L’Ecclésiaste était lu lors de la fête juive des Tabernacles (aussi appelée fête des Huttes, des Cabanes ou encore des Tentes). Son auteur se nomme Qohéleth, peut-être le chef de l’assemblée ou l’enseignant, et est assimilé par la tradition au roi Salomon. Le ton du livre surprend: l’auteur affirme et répète que tout manque de consistance sous le soleil; les différents objectifs que les hommes se fixent sont sans valeur, qu’il s’agisse des richesses, des plaisirs, de la sagesse ou de la moralité. Ils ne font pas le sens de la vie. L’homme doit penser à son Créateur.

Cantique des cantiques

téléchargement (2)

8 chapitres
Ce livre controversé était lu lors de la fête juive de la Pâque. Il est attribué au roi Salomon (10e siècle av. J.-C.) et se compose de dialogues entre un homme et une femme, avec l’intervention d’autres personnages. On peut l’interpréter, au sens littéral, comme un texte qui chante les divers aspects de l’amour: joie de la présence de l’être aimé, jouissance partagée de la nature, attrait physique mutuel. Diverses interprétations allégoriques ont été proposées. La principale voit dans cette sorte de pièce théâtrale une évocation de l’amour entre Dieu et le peuple d’Israël.

Livre de la Sagesse

téléchargement (6)

Le Livre de la Sagesse (appelé en grec Sagesse de Salomon) est un livre de l’Ancien Testament.

Ce livre de rédaction grecque fait partie du canon des Ecritures dans le canon catholique et orthodoxe mais ne figure pas chez les protestants ni chez les Juifs.

Présentation

Le livre a reçu anciennement le titre de Sagesse de Salomon parce que les chapitres 7-9 font parler ce roi que la tradition juive considérait comme « le sage » par excellence.
Sa date est incertaine. Divers indices, tirés du vocabulaire et d’une allusion aux revendications contemporaines des Juifs d’Égypte à l’égalité civique (Sg 19, 16), invitent à ne pas remonter au-delà des années 50 av. J.-C. et même à descendre en période romaine, à partir de la prise d’Alexandrie par Auguste (30 av. J.-C.). Par sa date probable (ier siècle av. J.-C.), c’est sans doute le dernier en date des écrits de l’Ancien Testament. Il se compose de deux principales parties : le thème sapientiel de la sagesse (thème du juste souffrant, la sagesse pour épouse), et un long midrash des plaies d’Égypte.

Contenu

Le Livre de la Sagesse cherche à répondre au défi de la sagesse païenne (notamment, la philosophie) par rapport à la Révélation divine. On y trouve notamment, reprises de la philosophie grecque, les quatre vertus cardinales : « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et force. » (Sg 8,7).

Dans une optique chrétienne, le livre est lu comme abordant, de façon cryptée, le thème de la résurrection de la chair, de la création nouvelle. De la même façon, ce livre comprend des affirmations qui préparent le Nouveau Testament, comme celle-ci : « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité » (Sg 2,23). La Sagesse divine y est personnifiée au point de fournir aux apôtres Paul et Jean des formules théologiques que l’on retrouve, notamment, dans l’Épître aux Colossiens.

 Siracide

1200px-Fugger_Ehrenbuch_001

Le Siracide, appelé aussi l’Ecclésiastique ou encore La Sagesse de Ben Sira, est l’un des livres sapientiaux de l’Ancien Testament écrit vers 200 av. J.-C. Le Siracide tient son nom de son auteur, Jésus Ben Sira (Ben Sira, Ben Sirakh, Ben Sirach).

L’ouvrage est un mélange de deux genres littéraires : tantôt des « proverbes », tantôt des développements structurés qui proposent des réflexions sur un sujet. Il s’agit toujours de la « Sagesse », représentée comme une personnification de la Sagesse divine. Elle est pour le disciple une mère, une épouse, une sœur. La rechercher, c’est atteindre Dieu. Vivre avec elle, c’est vivre avec Dieu.

La fin de l’ouvrage exalte des personnages historiques, comme le font les Livres des Maccabées. Vers la fin du ier siècle, il est exclu du canon biblique par les rabbins pharisiens. Il est cependant populaire parmi les Juifs et il est cité dans le Talmud et dans la littérature rabbinique qui en approuve certains passages.

CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE DES PREMIERES COMMUNAUTES CHRETIENNES (Ier-IIIè siècle), HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), L'EGLISE A LA MAISON, MARIE-CHRISTINE BASLEZ

L’Eglise à la maison : histoire des premières communautés chrétiennes (Ier-IIIè siècle)

L’Eglise à la maison : histoire des première communautés chrétiennes Ier-IIIè siècle

Marie-Françoise Baslez

Paris, Salvator, 2021. 202 pages

61M8KAFEOeL._SX332_BO1,204,203,200_

Quatrième de couverture

Et si c’est par là que tout avait commencé ? Les églises « domestiques » ou de « maisonnées » (en d’autres termes « l’Église à la maison ») ne sont-elles pas à l’origine de l’essaimage et de la croissance du christianisme durant les trois premiers siècles de notre ère ? Ne constituent-elles pas le vecteur d’une foi qui va se répandre sans rester cantonnée à quelques communautés isolées ? À partir de leurs modes de vie et d’action, mieux perçus désormais par l’évolution générale de l’histoire antique, Marie-Françoise Baslez rejoint au plus concret la condition des chrétiens de cette période. Ni cachés, ni confinés, ceux-ci portent des questions qui sont parfois aussi les nôtres : l’émergence de l’individu, la place des femmes, la condition d’immigré ou d’esclave, la synodalité, le sens de la mission… À leur manière, ils témoignent déjà de l’annonce de la foi dans un milieu hostile ou indifférent. Loin des idées reçues ou des inévitables anachronismes, Marie-Françoise Baslez met en évidence avec force la dynamique de la christianisation à l’oeuvre  à l’époque, celle qui permet à « l’Église à la maison » de s’ouvrir à la dimension de l’universel.

AUTEUR

Marie-Françoise Baslez est professeur émérite d’histoire des religions de l’Antiquité à Paris IV. Elle a notamment publié Comment notre monde est devenu chrétien (Seuil, coll. « Points-Histoire », 2015) et Jésus : dictionnaire historique des Évangiles (Tallandier, coll. « Texto », 2020).

CRITIQUES

« Ce livre innovant permet de voir comment des groupes chrétiens particuliers, très divers, enracinés dans un cadre communautaire local, se sont organisés en réseau dans l’Église universelle.

Marie-Françoise Baslez, historienne reconnue des religions de l’Antiquité et en particulier des premiers temps de la religion chrétienne, développe dans cet ouvrage ses recherches sur la dynamique missionnaire de l’Église sous l’Empire romain, en particulier lors des trois premiers siècles.

S’appuyant sur les écrits du Nouveau Testament, sur des sources non canoniques et sur les œuvres des Pères de l’Église, mais aussi sur les documents officiels du monde gréco-romain, elle s’intéresse au rôle joué par la famille et la maisonnée comme composante essentielle de l’organisation de la société et à ce qui a pu favoriser l’essaimage d’Églises de maisonnées urbaines dans le territoire rural.

Elle réfléchit à partir des données que sont, aux premiers siècles, les Églises domestiques ou de maisonnée pour ensuite aborder des questions qui intéressent l’individu (place des femmes, vie et rôle des esclaves) et la communauté chrétienne (les associations chrétiennes dans la cité, l’Église domiciliée, l’Église en réseaux).

L’Église de la maisonnée ne s’est pas construite sur des rapports de domination, car les communautés chrétiennes réfléchirent à l’idée de service mutuel et s’inscrivirent dans le cadre des associations caritatives tolérées par le droit romain.

Au-delà de l’égalité des hommes et des femmes devant Dieu, ces Églises ont affirmé la liberté comme droit de la personne face à la communauté collective, familiale, civique et ethnique – ce qui a été déterminant dans la pratique des maisonnées et dans la vie ecclésiale. Ce livre innovant permet de voir comment des groupes chrétiens particuliers, très divers, enracinés dans un cadre communautaire local, se sont organisés en réseau dans l’Église universelle.

revue-etudes.com/article/l-egli

 

Le rassemblement des Églises en maisonnée pendant près de trois siècles a été déterminant pour la diffusion et la croissance du christianisme naissant.

Lune-toutes-premiere-representations-Christ-Marbre-IIIe-siecle-Musee-archeologique-dOstia-Italie_0
Art paleochretien : « representation du christ, probablement la premiere » 3eme siecle apres JC. Marbre marquete. Musee ostiense, Ostia ©Luisa Ricciarini/Leemage (Photo by leemage / Leemage via AFP)

L’une de toutes premières représentations du Christ. Marbre du IIIe siècle. 
Musée archéologique d’Ostia (Italie).LEEMAGE VIA AFP

Ce livre aux dimensions modestes est tout simplement passionnant. Marie-Françoise Baslez, spécialiste de l’Antiquité chrétienne, mobilise les connaissances amassées durant toute une vie, pour faire découvrir à son lecteur que depuis ses origines – comme en témoigne déjà la littérature paulinienne – et jusqu’au tournant constantinien, les premières communautés chrétiennes se sont retrouvées dans des maisonnées, qui étaient les « cellules de base de la vie communautaire ».

Ces lieux où l’on se rassemblait pour le culte étaient aussi des petits laboratoires où s’est expérimentée peu à peu l’organisation de la vie des premiers chrétiens, souligne l’historienne.

Brassage social

Une telle configuration a permis autant un réel brassage social, avec la participation des esclaves, qu’une émancipation non négligeable des femmes, qu’elles soient mariées ou bien vierges ou veuves. Marie-Françoise Baslez consacre d’ailleurs un chapitre à chacune de ces deux réalités, battant en brèche bien des idées reçues.

Pareillement, elle use, tranquillement mais fermement, de son autorité pour tailler en pièces un mythe pourtant bien enraciné jusqu’à nos jours, celui des Églises cachées dans les catacombes : « L’Église souterraine est un fantasme romantique, nourri au XIXe siècle par des réminiscences de messes clandestines et de prêtres cachés, issues de la Révolution française. »

Églises-sœurs

Ces premières Églises réunies dans des (grandes) maisons n’étaient pas pour autant repliées sur elles-mêmes. Déjà, elles avaient été fondées autour d’axes de circulation déjà existants empruntés par les commerçants et les voyageurs. Elles fonctionnaient plutôt en réseaux, au maillage souple qui pouvait être étendu, où l’échange épistolaire entre elles fut décisif pour leur développement.

L’étude fouillée de la vie des communautés chrétiennes primitives montre aussi la mise en place d’Églises métropoles et d’une « multipolarisation générale ». L’autrice n’hésite pas à parler d’Églises-sœurs fonctionnant de façon synodale.

Elle montre également que le tournant constantinien, au début du IVe siècle, va accélérer le passage de l’Église des maisonnées vers un bâtiment propre à usage collectif – une évolution amorcée bien auparavant. Le fait que durant presque trois siècles les chrétiens se sont réunis dans des maisons particulières ne saurait être oublié, et peut certainement inspirer les chrétiens d’aujourd’hui dans leurs manières de concevoir et de vivre l’Église…

https://www.la-croix.com/Culture/LEglise-maison-Marie-Francoise-Baslez-Eglises-domestiques-origines-christianisme-2021-12-06-1201188740

Fiche de l’Observatoire Foi et culture du mercredi 19 janvier 2021 à propos de l’ouvrage de Marie-Françoise Baslez sur L’histoire des premières communautés chrétiennes au 1er et au 3e siècle.

À partir de sources plurielles, Marie-Françoise Baslez nous offre une histoire des premiers chrétiens, du  1er au IIIème siècle. Les écrits du Nouveau Testament, les textes des Pères de l’Église, l’apport récent de  l’archéologie, les apocryphes, les Actes des martyrs sont autant de données documentaires précieuses pour  comprendre les débuts du christianisme. Le risque est pourtant « d’écrire une histoire rétrospective et  anachronique en remontant le temps et en projetant sur le passé le regard et les exigences du présent »  (p. 7). L’objectif de ce livre est de classer toute une documentation disponible et de montrer le rôle joué par  la famille et la maisonnée, cellule de base de la société dans l’Antiquité.

Marie-Françoise Baslez essaie de donner un contenu sociologique au concept d’Église domestique, d’Église  de maisonnée. « Replacer la première mission chrétienne dans son cadre authentique conduit à inventorier  les potentialités de la maisonnée antique, avec toujours le même souci d’éviter les anachronismes » (p. 14).

Agrégée d’histoire, Marie-Françoise Baslez a travaillé sur le christianisme ancien, les romans grecs et l’histoire  du judaïsme de langue grecque. Elle est spécialisée dans les questions sociales des périodes hellénistique et  romaine. Elle s’applique notamment à l’analyse des relations entre hellénisme et judaïsme, depuis la  traduction de la Septante jusqu’à l’émergence du christianisme.

Au fil des pages de nouvel essai, elle fait  particulièrement référence à l’expérience de Paul qui a réinterprété des notions empruntées au monde  gréco-romain en développant une réflexion qui lui est propre. Dans le Nouveau Testament, l’évangéliste Luc  présente l’Église de maisonnée comme un lieu de la convivialité, le lieu de la fraction du pain après le dernier  repas de Jésus et le lieu de l’enseignement. La toute première communauté, dans les Actes des Apôtres est  décrite comme un idéal d’unanimité. La maison est aussi le lieu des professions de foi et des conversions qui  aboutissent à un baptême familial collectif (cf. La conversion du centurion Romain en Ac 10). La prédication de Paul se déroule rarement en public, mais plutôt dans une maison. Elle vise la fondation de communautés  stables comme c’est le cas avec le baptême de la maisonnée de Lydia, ou encore avec celui du gardien de la prison de Philippes.

Parmi les thématiques abordées par Marie-Françoise Baslez, il y a celui de la maison, espace privé,  fonctionnant comme un refuge naturel lorsque les chrétiens rencontraient l’hostilité. La maisonnée était-elle  devenue un lieu caché et confiné imposé par les circonstances ou par le choix de préserver l’identité  chrétienne ? L’archéologie récente a mis fin au mythe des catacombes. Celles-ci ne furent pas une invention  des chrétiens pourchassés, qui s’y seraient frileusement réunis pour célébrer l’eucharistie, y tenir leurs  réunions d’Église. Les catacombes n’ont jamais eu le rôle de cachettes : « L’Église souterraine est un fantasme  romantique, nourri au XIXème par des réminiscences de messes clandestines et de prêtres cachés issus de la  Révolution française » (p. 46). Il est vrai cependant que les chrétiens se réunissaient dans les cimetières pour  y honorer leurs morts.

La place de la femme dans la maisonnée et son influence dans l’Église au cours des trois premiers siècles est  à remarquer. Le travail domestique fournissait aux femmes une certaine indépendance économique. Parmi  les femmes ayant eu une certaine autorité, il faut citer Lydia (Ac 16, 14-15), Phoibè (Rm 16, 1-2), Chloé  (1Co 1,11).

Le modèle du couple n’existe pas dans les évangiles à l’exception de la Sainte famille. En revanche, Paul  présente plusieurs couples engagés dans l’évangélisation : Philémon et Apphia (Phm 1, 2), Aquilas et Prisca  (Ac 18, 1), Andromicos et Junia (Rm 16, 7).

Quant aux esclaves, ils sont associés à la vie de la maisonnée qui leur assure protection et attachement. Les  premières communautés chrétiennes ont développé une réflexion sur l’esclavage en mettant en valeur l’idée  de service et la notion de rachat. « Engagés dans un processus d’identification au Christ depuis leur baptême,  les chrétiens ont le devoir de racheter ceux des leurs qui ont perdu leur liberté… » (p. 81). L’Église de  maisonnée ne s’est pas uniquement construite sur des rapports de domination.

Après un chapitre sur l’évangélisation portée par des réseaux marchands et commerciaux, par des figures  d’intellectuels itinérants (cf. l’introduction du christianisme à Lyon par Irénée), et aussi par des familles de  soldats, Marie-Françoise Baslez expose comment les échanges épistolaires ont permis une organisation de la  communication chrétienne. La capacité des Églises à faire des réseaux est ainsi démontrée au IIIème siècle.  Apparaissent aussi les synodes pour examiner des questions théologiques et structurer l’Église au niveau  « catholique » et régional. Marie-Françoise Baslez met en évidence la dynamique de christianisation à  l’œuvre au cours des trois premiers siècles. Elle montre comme « l’Église à la maison » s’est ouverte peu à  peu à la dimension de l’universel.

Cette recherche historique peut être utile pour comprendre certains aspects de l’évangélisation et  l’expérience de synodalité que les chrétiens sont appelés à vivre aujourd’hui.

https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/culture/observatoire-foi-culture/522542-marie-francoise-baslez-leglise-a-la-maison-histoire-des-premieres-communautes-chretiennes-au-1er-et-iiieme-sie

Marie-Christine Baslez (1946-2022)

s200_marie-francoise.baslez

https://www.la-croix.com/Religion/Mort-Marie-Francoise-Baslez-historienne-christianisme-primitif-2022-01-31-1201197802

CHJRISTIANISME, ECRIVAIN RUSSE, FEDOR MIKHAILOVICH DOSTOÏEVSKI (1821-1881), LE DIEU DE DOSTOÏEVSKI, LITTERATURE, LITTERATURE RUSSE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARGURITE SOUCHON

Le Dieu de Dostoïevski

Le Dieu de Dostoïevski

Marguerite Souchon

Lyon, Première Parie, 2021. 156 pages.

téléchargement

Résumé :

Fiodor Dostoïevski se décrivait comme « un enfant du siècle, un enfant de l’incroyance et du doute » pourtant ses ouvrages, peuplées d’anges et de démons, d’innocents et de pécheurs sont tous le théâtre du combat entre Dieu et le diable. Souvent qualifiée comme métaphysiques, son œuvre  littéraire révèle un auteur obsédé par la question du libre-arbitre et de l’existence de Dieu. Dans cet ouvrage accessible à tout lecteur curieux de découvrir la personnalité profonde du grand romancier russe, Marguerite Souchon dresse une sorte de biographie spirituelle et intellectuelle de Dostoïevski. Elle reprend les grands évènements marquants de sa vie et plonge le lecteur dans l’œuvre  de l’auteur russe pour y déceler les traces de cette quête spirituelle. Une sortie à l´occasion des deux cents ans de la naissance de l´auteur russe, Dostoïevski.

 

« Le Dieu de Dostoïevski » : l’écrivain et le Christ russe

Statue-Fiodor-Dostoievski-Tobolsk-Siberie_0
TOBOLSK, TYUMEN REGION, RUSSIA – OCTOBER 19, 2016: A Fyodor Dostoyevsky statue by the Peter and Paul Church in Tobolsk. Vladimir Smirnov/TASS (Photo by Vladimir SmirnovTASS via Getty Images)

 

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Fiodor Dostoïevski, un petit livre teinté d’humour et de légèreté offre une plongée passionnante dans son christianisme.

Le 30 octobre 1821, il y a exactement deux siècles, naissait à Moscou l’un des géants de la littérature russe, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Son œuvre monumentale a de quoi impressionner : des romans aussi épais que des dictionnaires, dans lesquels des personnages souvent extravagants dissertent à n’en plus finir sur le libre arbitre et l’existence de Dieu. À côté de L’Idiot ou de Crime et Châtiment, le petit livre de Marguerite Souchon, écrit d’une plume enlevée d’où jaillissent volontiers des traits d’humour, a plutôt des airs de fascicules. Avec Le Dieu de Dostoïevski, cette jeune agrégée de russe enseignant en classes prépa, à Lyon, réussit le tour de force de s’adresser à la fois aux novices et aux lecteurs plus chevronnés du romancier, leur proposant de creuser un thème pour le moins central dans son œuvre : sa foi chrétienne orthodoxe.

Il s’agit tout d’abord de remettre les choses dans leur contexte, et Marguerite Souchon le fait avec pédagogie. « Aux yeux de Dostoïevski, écrit-elle, son siècle est l’histoire d’une radicalisation progressive de l’opposition au régime (tsariste, NDLR), génération par génération : aux libéraux rêveurs des premières années succédèrent des socialistes prêts à moins de compromis, et finalement des révolutionnaires qui voulaient carrément envoyer promener toute la monarchie de droit divin. »

Redécouverte du Christ au bagne

Après des premiers romans à la fibre sociale marquée, la fréquentation des cercles socialistes conduit le jeune Dostoïevski tout droit en Sibérie. C’est là, au bagne, qu’il redécouvre le peuple russe et le Christ, et conclut à la nécessité de la foi. À son retour à Saint-Pétersbourg, presque quadragénaire, Dostoïevski constate que le socialisme de sa jeunesse s’est définitivement coupé de Dieu. L’athéisme devient à ses yeux la plus grande des menaces civilisationnelles, « source de maux nouveaux et destructeurs en Russie ».

Ses personnages les plus flamboyants sont pourtant des nihilistes athées, prompts à discourir selon un arsenal argumentatif « redoutable » face à des croyants défendant leur foi avec moins de verve. « Tout chez lui est combat et dualité », insiste Marguerite Souchon, soulignant l’omniprésence du doute dans l’itinéraire spirituel de Dostoïevski. « C’est par le creuset du doute qu’a passé mon hosanna », lit-on dans Les Frères Karamazov.

Analyse d’une grande finesse

Le duel du diable et de Dieu, la souffrance des innocents, la folie comme signe divin, la solidarité dans le péché : tous ces motifs métaphysiques, éminemment dostoïevskiens, font l’objet d’une analyse d’une grande finesse. Si celle-ci s’enracine dans une solide connaissance de la biographie du romancier, elle s’appuie surtout sur son œuvre. Marguerite Souchon en scrute certaines pages avec passion, jusqu’à revenir au russe original pour mieux comparer les traductions.

Dostoïevski se tenait à distance de la hiérarchie de l’Église orthodoxe ; les personnages de prêtres sont d’ailleurs rares dans ses romans. Mais il critiqua surtout l’Église catholique, estimant qu’elle avait « perdu le Christ » et la rendant responsable de la naissance du socialisme. Bien que n’étant pas un slavophile nationaliste, il jugeait l’orthodoxie indissociable de l’avenir de la Russie : son pays lui semblait appelé à une « mission rédemptrice pour l’humanité », par l’avènement d’une « fraternité universelle ». Ces pages consacrées au « Christ russe » closent un ouvrage dense mais jamais indigeste, enthousiasmante invitation à se (re) plonger dans la prose du génie russe.

 

https://www.la-croix.com/Culture/Le-Dieu-Dostoievski-lecrivain-Christ-russe-2021-10-27-1201182510

 

 

FÉDOR DOSTOÏEVSKI

Biographie

c487af_48962b094fcc466eb8afec8ec3f01dcf_mv2
Fédor Dostoïevski

Écrivain russe, Fédor Mikhailovitch Dostoïevski est né le 30 octobre 1821. Les circonstances de sa venue au monde constituent, à elles seules, un symbole. Il naît à Moscou, dans un petit logement de l’hôpital Marie, où son père exerce les fonctions de médecin. Dès les premiers pas de l’enfant, le destin lui assigne, de la sorte, une place de choix parmi les pauvres et les éclopés. Devant lui s’ouvre un univers sans joie, qui sent les médicaments, la misère et la soupe de caserne. Sa mère est une personne triste et inquiète, tourmentée par des présages. Son père, despote en chambre, hargneux, avare et brutal, impose son autorité à la maisonnée par des distributions d’injures et de claques. C’est sous sa surveillance que le petit Fedor doit entreprendre ses études. Il déteste et il plaint en secret cet homme dont les éclats de voix le poursuivent dans ses rêves. Il souhaite inconsciemment la mort du tyran. Mais Dieu ne l’a pas entendu. C’est sa mère, si douce, qui s’en va la première, épuisée par un mal incurable. Frappé de désespoir, le veuf sombre dans l’ivrognerie, prend son travail en dégoût et décide de placer son fils à l’École des ingénieurs, à Saint-Pétersbourg, pour n’avoir plus à s’occuper de lui. Dans cet établissement sévère, voué au culte des sciences exactes et de la discipline militaire à la mode prussienne, le garçon trouve le moyen pourtant de se passionner pour la littérature, de dévorer des livres russes et français en cachette, et de s’essayer lui-même au métier d’écrivain.

 

Il n’a pas encore dix-huit ans, quand une nouvelle effrayante ébranle sa raison. Le major, qui s’est retiré dans son domaine de Daravoïé, vient d’être assassiné, après de longues tortures, par un groupe de paysans que ses extravagances ont poussés à bout. Le jeune Dostoïevski a l’impression que, de ce crime, il est le seul responsable, bien que d’autres l’aient commis à sa place. N’a-t-il pas désiré ce qui s’est accompli ? N’a-t-il pas, sinon levé la main, du moins formé la pensée ? Il suffit d’un acquiescement tacite, d’un imperceptible retrait de l’affection et, déjà, nous sommes complices. Ébloui par cette révélation, il s’engage dans une région où les actes ne dépendent plus de leur auteur, où les innocents selon les lois terrestres sont condamnés selon d’autres lois indéfinissables, inexplicables, où chacun est coupable de la misère de tous, où les sentiments tiennent lieu de preuves, où deux fois deux ne font plus quatre, où le mystère prévaut contre l’évidence…

 

Fedor Dostoïevski a vingt ans, il est pauvre, solitaire, timide. Il vient d’achever ses études, habite un appartement modeste à Saint-Pétersbourg, et travaille, pour vivre, à des traductions d’Eugénie Grandet et de Don Carlos. Mais ces besognes secondaires ne l’empêchent pas d’écrire également un roman par lettres, qu’il intitule Les Pauvres Gens. Ce roman, il se décide enfin à le confier au poète Nekrassov. Deux jours plus tard, vers quatre heures du matin, Dostoïevski rentre chez lui après avoir soupé avec un camarade et s’apprête à se mettre au lit, quand un coup de sonnette glace le sang dans ses veines. Il ouvre la porte. Nekrassov se jette dans ses bras. « C’est génial ! » crie-t-il. Et il promet de porter le manuscrit au redoutable critique Belinski. Celui-ci prend connaissance du texte et confirme le jugement de son devancier. Ayant convoqué l’auteur, il lui déclare gravement: « Comprenez-vous seulement, jeune homme, ce que vous avez écrit là ? » Dostoïevski chancelle de joie en descendant l’escalier du maître. Maintenant, il est sûr de sa réussite. Gloire et fortune l’attendent dans un proche avenir. En effet, la publication du livre suscite l’enthousiasme d’un grand nombre de lecteurs.

 

Grisé par les compliments, Dostoïevski veut exploiter sa chance et donne, coup sur coup, plusieurs récits, qu’il croit supérieurs aux Pauvres Gens, mais qui déçoivent son entourage. Les critiques, qui l’ont d’abord encensé, lui reprochent à présent d’imiter Gogol. Le public ne le suit plus. Dans les salons littéraires, on le plaisante sur sa laideur et sa maladresse. Belinski lui-même se détourne de son protégé et semble confesser tristement son erreur. Cette désaffection unanime, succédant à un accueil chaleureux, précipite Dostoïevski dans le doute. Il n’ose plus se montrer à ses confrères. Des angoisses le saisissent à la tombée de la nuit. Pour s’évader de sa solitude, il fréquente un groupe de camarades aux idées libérales. On se réunit clandestinement chez un dénommé Petrachevski, pour flétrir l’absolutisme de Nicolas Ier, rêver à l’abolition du servage et étudier la Déclaration des droits de l’homme en buvant du thé fort et en fumant la pipe.

Le 22 avril 1849, à quatre heures du matin, Dostoïevski rentre de chez Petrachevski et se couche, fatigué par une longue séance de bavardages. Un coup de sonnette le dresse sur son lit. Est-ce l’aventure merveilleuse de Nekrassov qui recommence ? Hélas ! cette fois-ci, il n’y a pas de poète derrière la porte, mais des gendarmes bourrus: « Levez-vous ! Habillez-vous ! Par ordre ! » Arrêté, enfermé dans un cachot de la forteresse Pierre-et-Paul, il se refuse à croire que le fait d’avoir pris part à quelques discussions politiques constitue un crime dont il ait à répondre devant les tribunaux. On va le relâcher après une brève enquête. Pendant huit mois, il croupit dans une cellule, en espérant, de jour en jour, sa libération.

Enfin, le 22 décembre 1849 à six heures du matin, tous les membres du « complot » de Petrachevski sont tirés de prison et hissés dans des voitures aux vitres brouillées de givre. On les amène sous escorte sur la grande place Semionovski, blanche de neige. Une foule nombreuse s’est assemblée pour les voir arriver. Au centre de l’espace libre, une estrade. Plus loin, trois piquets de bois fichés en terre. Un prêtre conduit les prisonniers vers la plate-forme. L’auditeur impérial déplie un papier et lit la sentence. Après chaque nom, une phrase sèche, tranchante: « Condamné à la peine de mort ! » « Ce n’est pas possible qu’on nous fusille ! » gémit Dostoïevski. Mais, déjà, les bourreaux s’approchent des jeunes gens et leur passent des camisoles blanches, en toile de sac, à manches longues et à capuchons. Les trois premiers condamnés sont attachés aux poteaux d’exécution. Un peloton de soldats les met en joue. « Et si je ne mourais pas, écrira Dostoïevski en évoquant cette seconde d’angoisse, si la vie m’était rendue ? Oh ! alors je changerais chaque minute en siècle… je tiendrais compte de tous les instants pour n’en dépenser aucun à la légère ! »

Comme les soldats ne tirent toujours pas, Petrachevski soulève le capuchon qui lui masque les yeux. À ce moment un aide de camp agite un mouchoir blanc. Les clairons sonnent la retraite. Et l’auditeur, de sa même voix monotone, annonce que les coupables ont été graciés par l’empereur. La condamnation à mort est remplacée par la condamnation aux travaux forcés, pour quatre ans, en Sibérie. Dostoïevski, rompu par l’émotion, se laisse ramener dans sa cellule. De là, il écrit cette lettre admirable: « Je ne suis pas abattu, je n’ai pas perdu courage. La vie est partout la vie. la vie est en nous et non dans le monde qui nous entoure. Près de moi seront des hommes, et être un homme parmi les hommes et le demeurer toujours, quelles que soient les circonstances […] voilà le véritable sens de la vie… »

Le 24 décembre, dans la nuit de Noël, des fers de cinq kilos sont rivés aux chevilles de Dostoïevski et un traîneau l’emporte à destination du bagne sibérien. Pendant quatre ans, mille cinq cents piquets de chêne borneront son horizon. Il vivra là, parmi des assassins, des voleurs et des brutes de toutes sortes. Comme eux, il portera l’uniforme d’infamie, gris et noir, avec un as de carreau jaune cousu dans le dos. Il partagera leur sommeil dans la chambrée nauséabonde, leurs repas maigres, leurs tâches épuisantes. Il subira des crises d’épilepsie, qui l’étourdiront pour plusieurs jours.

Cependant, une foi tenace lui interdit de succomber au désespoir et à la maladie. L’expérience du bagne lui semble même riche d’enseignement. Une double révélation lui est réservée dans cet enfer. La révélation du peuple russe, qu’il apprend à connaître en fréquentant des réprouvés, et la révélation de Dieu, car l’Évangile est le seul livre dont la lecture lui soit permise.

Bien des années plus tard, un détracteur lui demandera avec irritation: « Qui vous donne le droit de parler au nom du peuple russe ? » D’un geste brusque, Dostoïevski relèvera le bas de son pantalon sur ses chevilles encore marquées par les fers: « Voici mon droit », dira-t-il. Ces fers, quand ils tombent de ses pieds, Dostoïevski les considère avec une stupeur attendrie. Après tant de contraintes, saura-t-il seulement retrouver l’usage, le goût de l’indépendance ? Sans protection, sans amis, sans foyer, il est d’abord, conformément à la sentence impériale, incorporé comme soldat de ligne dans un régiment de tirailleurs sibériens, à Semipalatinsk. Là, il découvre ce prodige: de vraies maisons, des hommes libres, des femmes… Il a un tel besoin de se livrer entièrement à un être, qu’il s’éprend d’une créature bizarre, tuberculeuse, et qui ne l’aime pas, Marie Dmitrievna Issaïev. Elle a eu un fils d’un premier mariage. Elle est sans ressources. Pour la sauver de la misère, il l’épouse. Mais l’émotion que lui procure le sacrifice est trop forte: sa nuit de noces s’achève en crise d’épilepsie. Il se roule sur le plancher, la bave à la bouche, les yeux fous, devant la jeune femme terrorisée. Puis, ayant repris ses sens, il lui demande pardon humblement de lui avoir imposé le spectacle de sa déchéance. Il guérira. Il gagnera de l’argent. Ensemble, ils iront habiter la capitale. Nicolas Ier, qui l’a envoyé au bagne, est mort. Son successeur, Alexandre II, passe pour un homme éclairé et sensible. Il ne refusera pas d’examiner avec bienveillance la demande en grâce que Dostoïevski lui a depuis longtemps adressée. Encore quelques mois de patience !

Les mois s’additionnent en années. C’est seulement le 25 novembre 1859 que Dostoïevski, d’abord transféré à Tver, reçoit l’autorisation de rentrer à Saint-Pétersbourg, avec sa femme. Dix ans se sont écoulés depuis le jour où il a quitté cette ville, les chaînes aux pieds. Pendant son exil, ses amis se sont dispersés, son nom est tombé dans l’oubli. Courageusement il reprend la lutte et publie Stepantchikovo et ses habitants (1859), Humiliés et Offensés ( 1861 ), puis Souvenirs de la maison des morts (1861), où son expérience de forçat est décrite avec un réalisme farouche. Ce cri de détresse trouble l’apathie des masses, émeut le tsar lui-même et vaut à son auteur un regain de notoriété. Il croit la partie gagnée, donne encore un livre admirable: Mémoires écrits dans un souterrain (1864), fonde une revue dont il est pratiquement l’unique rédacteur.

Mais la malchance est tenace. Coup sur coup, il perd sa femme et son frère Michel, qu’il aimait tendrement. Les dettes des deux familles pèsent sur ses épaules. Il se défend contre les créanciers, emprunte à droite pour rembourser à gauche, et fournit de la copie, à tant la ligne, jusqu’à l’épuisement. Pourtant, au plus profond de son désarroi, il continue d’admirer la nécessité des malheurs qui l’accablent: « Ah ! mon ami, écrit-il, je retournerais bien volontiers au bagne pour un même nombre d’années, si je pouvais ainsi payer mes dettes et me sentir libre à nouveau… Et, cependant, il me semble toujours que je me prépare à vivre. C’est risible, n’est-ce pas, la vitalité d’un chat ! »

Cette « vitalité de chat » lui donne l’audace d’épouser, à quarante-six ans, une jeune fille de vingt et un ans, sage, terne et docile, Anna Grigorievna, sa sténographe. Entre-temps, il a encore publié Crime et Châtiment et Le Joueur. La vente de ses livres est bonne, mais ne suffit pas à le libérer de ses engagements. Bientôt, devant l’exigence des créanciers, le jeune couple est obligé de fuir la Russie.

Ils traînent de ville en ville: Dresde, Hambourg, Baden-Baden, Genève, Vevey, Florence, logent dans des galetas, mangent mal, signent des traites, déposent au mont-de-piété leurs bijoux sans valeur et jusqu’à leurs habits. Un enfant naît. Dostoïevski, encore une fois, n’a pas droit au bonheur commun: la fillette meurt au bout de quelques jours. Le désespoir de l’écrivain est proche de la démence.

Mais à l’étranger, personne ne prend garde à lui, personne ne l’aime. Il est seul, perdu, sans argent. Il écrit des lettres honteuses pour supplier ses amis, ses éditeurs, de lui envoyer quelques subsides. Les employés de banque connaissent bien ce drôle de bonhomme, barbu, blafard, aux vêtements fanés, qui s’accroche à leur guichet et les questionne d’une voix humble. N’ont-ils rien reçu pour lui de Russie ? Dès qu’il a touché un chèque, il retrouve du goût à la vie. Il supplie sa femme de le laisser tenter sa chance dans une maison de jeu. Elle accepte, avec tristesse, car elle sait combien cette diversion lui est salutaire. Alors, il court, le cœur  battant, les jambes molles, vers les salles dorées d’un casino. Fasciné par le tapis vert, il joue, il transpire d’angoisse. Et, quand il a tout perdu, il rentre au domicile conjugal et demande pardon à genoux. « Anna, écrit-il à sa femme, excuse-moi, ne me traite pas de canaille. J’ai commis un crime, j’ai perdu tout jusqu’au dernier pfennig. J’ai reçu l’argent hier, et hier même je l’ai perdu. Annette, comment pourras-tu me regarder en face ?  » Les crises d’épilepsie le reprennent. Il tient un compte précis de ces secousses fulgurantes, qui le jettent au sol, les membres tordus, la bouche gonflée d’écume. Il note dans son calepin:  » Crise violente… Attaque à six heures du matin… Le soir surtout, à la lueur des bougies, une tristesse maladive. Un reflet rouge sur tous les objets. »

C’est le soir pourtant, à la lueur des bougies, qu’il travaille. Il noircit des pages comme un forcené, pour payer la sage-femme, le docteur, le boulanger, le boucher, le propriétaire. Anna Grigorievna met au monde un deuxième enfant, une fillette. Les dépenses augmentent. Dostoïevski s’efforce d’oublier provisoirement ses soucis pour ne pas faillir dans la nouvelle tâche qu’il a entreprise. « La première partie me paraît un peu faible, écrit-il, mais rien n’est encore perdu… Le roman s’appelle L’Idiot. » Et encore: « Il n’y a au monde qu’une seule figure positivement admirable, le Christ. Dans la littérature chrétienne, parmi les personnes admirables, le plus réussi est Don Quichotte. Mais il n’est admirable que parce qu’il est en même temps comique…Chez moi rien de semblable, absolument rien, et c’est pourquoi je redoute un échec sans recours. »

 L’Idiot est mal accueilli par la presse russe. « Mon amour-propre est en jeu, déclare Dostoïevski. Je veux de nouveau attirer sur moi l’attention du public. » Et, sans désemparer, il se jette dans un autre récit, parmi d’autres personnages. Cette fois, il s’agit d’un roman court, L’Eternel Mari. L’éditeur a prévu une avance par contrat, mais tarde à réaliser sa promesse et Dostoïevski se désole: « Comment puis-je écrire en ce moment ? Je déambule de long en large, je m’arrache les cheveux, et, la nuit, je ne peux dormir ! Je réfléchis à mon dénuement et j’enrage ! Et j’attends ! Oh Dieu, je vous jure, je vous jure qu’il m’est impossible de vous décrire en détail ma misère actuelle ! J’en ai honte… Et, après ça, on me demande des effets artistiques, de la limpidité, de la poésie sans efforts, sans emballements, et on me cite Tourgueniev et Gontcharov en exemple ! Qu’ils regardent donc dans quelles conditions je travaille ! »

L’argent arrive, le manuscrit, empaqueté, ficelé, s’achemine de Dresde vers la Russie, et Dostoïevski se tourne aussitôt vers un nouveau projet de roman, Les Possédés. « La chose que j’écris est tendancieuse, avoue-t-il dans une lettre du 6 avril 1870. Ah ! ils glapiront contre moi, les nihilistes et les Occidentaux ! Ils me traiteront de rétrograde ! Mais, que le diable les emporte, je dirai toute ma pensée. »

Et encore: « Me croirez-vous ? je sais parfaitement que si j’avais deux ou trois ans devant moi, comme c’est le cas de Tourgueniev, de Gontcharov ou de Tolstoï, j’écrirais, moi aussi, une oeuvre dont on parlerait cent ans plus tard ! » À minuit passé, lorsque tout le monde repose dans la maison, Dostoïevski, assis devant son papier et sa tasse de thé froid, suscite autour de lui un univers de cauchemar. Ses héros sont des révolutionnaires, prêts à rejeter les règles de la morale et de la religion pour transformer la Russie en une fourmilière disciplinée.

Enfin, le roman est achevé, l’éditeur envoie les mille roubles qu’on lui réclame, et Anna Grigorievna prépare les valises. À cinquante ans, vieilli par la maladie, le travail et les privations, Dostoïevski rentre à Saint- Pétersbourg avec sa femme. Ses livres, écrits loin de la patrie, lui ont valu la première place parmi les romanciers russes. Pour le public, il est devenu un guide spirituel, que ses souffrances passées autorisent à parler au nom du pays tout entier. Assuré d’une sympathie unanime, il rédige et édite son Journal d’un écrivain, où il prend position en nationaliste et en chrétien orthodoxe devant les plus graves problèmes de l’époque. Ce labeur de géant ne l’empêche pas de publier encore deux romans: L’Adolescent et Les Frères Karamazov, qu’il considère comme son chef-d’oeuvre.

Il ne se trompe pas. Tous ses grands thèmes se retrouvent dans ce maître livre. En l’ouvrant, le lecteur pénètre dans un univers touffu où le fantastique et le réel se confondent. Les fantômes qui hantent ces régions crépusculaires ne se préoccupent ni de manger, ni de dormir. S’ils ferment les yeux pour se reposer, un rêve immédiatement les visite. De page en page, reviennent des expressions telles que:  » Il se sentit fiévreux… sa lèvre inférieure tremblait… il frissonna… ses dents claquaient… son visage se contractait… » L’argent ? On ne sait pas s’ils en ont, ni comment, au juste, ils le gagnent. Leur logis, on ne le connaît guère. Leurs vêtements, on n’en parle jamais. Leur visage même est à peine décrit. C’est que tout leur être se réduit à une lutte spirituelle. Ce qu’ils recherchent, à travers mille soubresauts, ce n’est pas une position meilleure dans le monde, mais la position idéale devant Dieu. Le vicomte de Vogüé écrivait: « Dans le peuple innombrable inventé par Dostoïevski, je ne connais pas un individu que M. Charcot ne pût réclamer à quelque titre. » Les critiques russes de l’époque traitaient Dostoïevski de « talent cruel ». Le docteur Tchij, grand spécialiste dostoïevskien, estimait que, pour un quart au moins, les personnages de Dostoïevski étaient des névropathes. Il en comptait six dans Crime et Châtiment, deux dans Les Frères Karamazov, six dans Les Possédés, quatre dans L’Idiot, quatre dans L’Adolescent.

En effet, au premier abord, il ne semble pas que nous ayons quoi que ce soit de commun avec ces vagabonds, ces anarchistes, ces demi-saints, ces parricides, ces ivrognes, ces épileptiques et ces hystériques. Nous ne les avons jamais rencontrés. Notre comportement habituel diffère totalement du leur. Et, cependant, ils nous sont mystérieusement familiers. Nous les comprenons. Nous les aimons. Enfin, nous nous reconnaissons en eux. Comment expliquer la sympathie que nous éprouvons à leur égard, puisqu’ils sont des cas pathologiques et que nous sommes, en principe des individus normaux? Qui pourrait prétendre que Dostoïevski, s’il s’était cantonné dans l’étude des aliénés et des alcooliques, aurait attiré à lui des masses toujours grossies de lecteurs ? La vérité est que les fous de Dostoïevski ne sont pas aussi fous qu’ils le paraissent. Seulement, ils sont ce que nous n’osons pas être. Ils font, ils disent ce que nous n’osons ni faire, ni dire. Ils offrent à la lumière du jour ce que nous enfouissons dans les ténèbres de l’inconscience. Ils sont nous-mêmes, observés de l’intérieur. Grâce à cette méthode de prises de vues, ce qui est le plus proche de l’opérateur, c’est ce qui est le plus profondément caché en nous; ce qui est le plus éloigné de lui, la chair, le vêtement, le geste quotidien, le décor. La mise au point de la photographie se fait sur notre monde intime, alors que le monde extérieur demeure flou comme dans un songe.

Si Dostoïevski cède parfois à la tentation de coller une étiquette médicale sur les créatures, c’est pour justifier leur conduite extravagante, leurs propos inspirés, devant un lecteur épris de logique. Ils ne sont pas malades, puisqu’ils n’ont pas de corps. Ou plutôt, leur corps n’est que pensée. Quiconque l’a compris lira Dostoïevski en oubliant le caractère clinique de ses héros pour ne considérer que le combat spirituel dont ils sont les champions désincarnés et infatigables.

Toutefois, si les personnages de Dostoïevski ne sont pas véritablement des déséquilibrés, c’est parce qu’il a été un déséquilibré lui-même qu’il a su les concevoir et les animer avec tant de précision. Ses crises d’épilepsie le jettent, de son propre aveu, dans de terribles délices. Au paroxysme de la tension nerveuse, il subit la mort en pleine vie, il entre en contact avec l’envers du monde, il comprend l’incompréhensible. Puis, après le dernier spasme, il retombe sur terre, ébloui, écoeuré. Cette faculté de planer pendant quelques secondes, pendant quelques minutes, au-dessus de la condition humaine, lui permet d’affirmer l’existence d’une zone intermédiaire, qui n’est ni la réalité, ni le songe. À ce degré d’exaltation, la personnalité se dédouble, la pensée est reine, la chair n’a plus de poids, plus de force, plus de valeur. Pas de nuances dans cette clarté surnaturelle. Pour Dostoïevski comme pour ses héros, le bonheur c’est l’extase, le malheur l’anéantissement. Comme lui, chacun pourrait dire: « Toute ma vie durant, je n’ai fait que pousser à l’extrême ce que vous n’osiez pousser vous-même qu’à moitié. » De lâcheté en crime, de joie en douleur, ils marchent, titubants, sur la route qui les mène à Dieu. Leur sérénité ne commencera qu’à la fin du livre.

Le succès des Frères Karamazov porte la gloire de Dostoïevski à son apogée. On l’admire à l’égal de Tourgueniev et de Tolstoï. On croit en lui plus qu’en ses deux illustres rivaux.

Le 8 juin 1880, pour le centième anniversaire de la naissance de Pouchkine, il est convié à prendre la parole, au cercle de la noblesse, à Moscou. Du haut de la tribune, il prononce d’une voix enrouée, tendue, un discours qui soulève des clameurs d’enthousiasme. Des jeunes filles le couvrent de fleurs et lui baisent les mains. Un étudiant s’évanouit à ses pieds. Dostoïevski croit rêver. Il a payé ses dettes. Il vit heureux, dans une maison confortable, aux côtés d’une femme aimée. Des milliers d’inconnus le lisent et le comprennent. Il a vaincu le destin par sa seule patience. « Permettez-moi de ne pas vous faire mes adieux, écrit-il à un ami. Vous savez bien que j’ai l’intention de vivre et d’écrire encore pendant vingt ans. » Quelques mois plus tard, le 28 janvier 1881, il succombe à Saint-Pétersbourg d’une hémorragie.

La Russie entière prend le deuil de cet homme longtemps méconnu. Son cercueil s’achemine vers la tombe sous une forêt de bannières. Des princes, des prêtres, des ouvriers, des officiers, des mendiants, lui font une escorte solennelle à travers la ville. Devant la fosse ouverte, des écrivains réconciliés lui promettent la renommée des martyrs. Après leur départ, le cimetière enneigé retombe dans le silence, et la vraie vie de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski commence, hors du temps, hors de l’espace, dans le coeur de ceux qui l’ont aimé.

https://xn--rpubliquedeslettres-bzb.fr/dostoievski.php

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, FRANCE, GUERRE DE RELIGION (France), HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, MASSACRE DE LA SAINT BARTHELEMY (24 août 1572), PROTESTANTISME

Massacre de la Saint-Barthélémy le 25 août 1572

24 août 1572

Massacre de la Saint-Barthélemy

Curieuses_Histoires_Saint-Barthelemy_4

Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, le carillon de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, en face du Louvre, donne le signal du massacre des protestants à Paris.

Il s’agissait pour l’entourage catholique du roi de se défaire des chefs de la faction protestante, qui donnaient des signes de rébellion. Mais le peuple de Paris, animé par un fanatisme aveugle, en profite pour donner la chasse à tous les protestants de la capitale.

C’est le jour le plus noir des guerres de religion entre catholiques et protestants qui ont ensanglanté le pays pendant plus d’une génération. Il est devenu le symbole universel du fanatisme.

saintbarthelemy

Un mariage tendu

Tout commence par un… mariage, celui d’Henri de Navarre et Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX (celle-là même qui entrera dans la légende sous le surnom de reine Margot).

Margot

Il a lieu le 18 août 1572. Le Parlement de Paris, farouchement catholique, boude les cérémonies officielles car les magistrats réprouvent l’union de la catholique Marguerite avec le protestant Henri. Plus sûrement, ils en veulent au roi d’avoir édicté un impôt frappant les procureurs deux jours plus tôt !

Mais la bénédiction nuptiale n’est pas donnée à l’intérieur de la cathédrale, comme à l’accoutumée, mais sous le porche. La raison en est que le marié, étant protestant, n’a pas le droit d’entrer à Notre-Dame ni d’assister à la messe qui suit la bénédiction.

 

Bruits de guerre

Les assistants de la noce, tant protestants que catholiques, sont très agités en raison de la rumeur d’une prochaine guerre contre l’Espagne catholique du roi Philippe II.

Depuis plusieurs mois, l’amiral Gaspard de Coligny, chef de la faction protestante, devenu le principal conseiller du roi, tente de convaincre celui-ci d’envahir la Flandre, possession espagnole. Mais les chefs de la faction catholique, à savoir les frères de Guise et le duc d’Anjou, frère du roi (qui succèdera plus tard à Charles IX sous le nom d’Henri III) ne veulent à aucun prix de cette guerre. La reine-mère Catherine de Médicis n’en veut pas davantage. Elle a conscience que cette guerre contre la puissante Espagne ferait courir un immense risque au pays.

La tension atteint son paroxysme pendant les noces d’Henri et Margot : Henri de Guise, qui a le soutien du Parlement et de la milice bourgeoise, exige du roi qu’il lui livre les chefs huguenots (surnom des protestants) ; dans le même temps, l’ambassadeur d’Espagne annonce la rupture des relations diplomatiques et menace d’envahir la Picardie.

 

Premiers coups de feu

Le matin du 22 août, soit quatre jours après le mariage princier, un capitaine gascon, Nicolas de Louviers, sire de Maurevert (ou Maureval), se met en embuscade rue Béthisy et blesse Coligny de deux coups d’arquebuse. L’assassin est connu pour être un agent de la famille de Guise mais tout donne à penser qu’il a agi sur ordre de Catherine de Médicis, soucieuse d’éviter à tout prix la guerre avec l’Espagne.

Le roi se rend au chevet de son conseiller qui l’adjure de ne pas chercher à le venger et lui recommande de se méfier de sa mère, Catherine de Médicis !

Les noces s’achèvent dans la confusion. Malgré les recommandations de Coligny, les chefs protestants réclament justice.

Au palais du Louvre où réside le roi de France, Catherine de Médicis craint d’être débordée par les chefs catholiques qui reprochent à la monarchie de trop ménager les protestants. Pour sauver la monarchie, elle décide de prendre les devants et de faire éliminer les chefs protestants (à l’exception des princes du sang, Condé et Navarre, le jeune marié). Elle ne veut en aucune façon d’un massacre général des protestants…

L’opération est confiée aux gardes des Guise et aux gardes du roi. Le roi se laisse convaincre par son conseiller Gondi. Selon une tradition assez peu fiable, il se serait écrié : « Eh bien ! par la mort Dieu, soit ! mais qu’on les tue tous, qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher après ! »

 

Coligny, le glaive au service de la foi

Coligny

Gaspard de Châtillon, sire de Coligny (53 ans), est le neveu du célèbre connétable Anne de Montmorency. Il appartient à l’une des plus grandes et plus riches familles de France. Il a été nommé amiral de France puis gouverneur de Picardie sous le règne du roi Henri II.

Il envoie une expédition en Amérique du Sud. Elle fonde une colonie éphémère, Fort-Coligny qui deviendra  Rio de Janeiro. Il se convertit en 1558 au protestantisme, à l’instigation de son frère d’Andelot.

Quand commencent les guerres de religion, en 1562, il prend avec Condé la tête du parti huguenot puis cherche à réconcilier les deux camps avant de reprendre les armes.

C’est la troisième guerre de religion : vaincu à Jarnac et Moncontour en 1569, il ravage la Guyenne et le Languedoc avant de remonter jusqu’en Bourgogne, histoire de démontrer la capacité de nuisance des protestants. Il arrive ainsi à obtenir la paix de Saint-Germain le 8 août 1570.

Là-dessus, il se rapproche du roi Charles IX et un an plus tard, fait sa rentrée à la cour. Principal conseiller du souverain au grand dam des chefs catholiques, il prépare la guerre contre l’Espagne et négocie le mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Pour les catholiques, trop c’est trop…

 

Le massacre

Le 24 août, fête de la Saint Barthélemy, à 3 heures du matin, le carillon de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, en face du Louvre, où réside la Cour, se met à sonner le tocsin. C’est le signal qu’attendaient les massacreurs. Coligny est égorgé dans son lit et son cadavre jeté dans la rue et livré aux exactions de la populace.

Les gardes et les miliciens, arborant une croix blanche sur leur pourpoint et une écharpe blanche, poursuivent le massacre dans le quartier de Saint-Germain l’Auxerrois. Ils massacrent deux cents nobles huguenots venus de toute la France pour assister aux noces princières et rassemblent leurs cadavres dans la cour du Louvre. Certains chefs protestants, prévenus à temps, arrivent à s’enfuir avec les gardes des Guise à leurs trousses.

Quand la population parisienne sort dans la rue, réveillée par le tocsin, elle prend connaissance du massacre. C’est aussitôt la curée. Dans les rues de la capitale, chacun s’en prend aux protestants de rencontre.

Les malheureux, hommes, femmes, enfants, sont traqués jusque dans leur lit et mis à mort des pires façons. Les femmes enceintes sont éventrées, les hommes mutilés, jetés à la Seine. Et l’on en profite pour piller les biens des victimes.

La chose est d’autant plus aisée que les protestants constituent à Paris une très petite minorité d’environ quinze mille personnes sur trois cent mille habitants.

 

Le roi aux 6 conversions

Musée_national_du_Château_de_Pau_-_Portait_d'Henri_IV_vers_1575_-_P_82_1_1

Henri de Navarre est épargné par les massacreurs mais il devient littéralement prisonnier de sa belle-famille et doit se convertir au catholicisme, ce qu’il accepte sans mot dire.

Tiraillé entre ses parents, le très catholique Antoine de Bourbon et la très calviniste Jeanne d’Albret, il a déjà été amené à changer trois fois de religion. Il aura encore l’occasion de le faire deux fois, avant de monter sur le trône de France sous le nom d’Henri IV.

 

Le miracle de l’aubépine

À la mi-journée, le roi ordonne d’en rester là. Mais ses sonneurs de trompe ont le plus grand mal à faire respecter ses ordres.

Le lendemain, on apprend… qu’une aubépine a refleuri au cimetière des Innocents. Ce fait rarissime et quasi-miraculeux apparaît comme un signe de Dieu. Le roi lui-même va vénérer l’aubépine. À cette occasion, un gentilhomme de sa suite suspecté d’hérésie est massacré par la foule. « Ah, si c’était le dernier huguenot ! », lance le roi. La foule y voit un encouragement et la chasse aux huguenots reprend aussitôt !

La furie sanguinaire s’étend aux autres villes du royaume et ne s’interrompt qu’à la fin du mois d’août. On compte plusieurs centaines de morts à Orléans ou encore Lyon. On en compte aussi à Bourges, Meaux, Angers, Rouen… Bordeaux, Toulouse et Albi sont également touchées en octobre. Il est à noter toutefois que plusieurs gouverneurs de province s’opposent avec fermeté aux massacres.

Le 26 août, dans un lit de justice, le roi Charles IX assume la responsabilité des événements. Il explique le lendemain que Coligny avait ourdi un complot contre lui et qu’il avait dû l’exécuter. Il s’en justifiera dans une lettre du 13 septembre 1572 à son conseiller Gaspard de Schomberg en soulignant que Coligny « avoit plus de puissance et estoit mieux obey de la part de ceux de la nouvelle Religion que je n’estois (…) de sorte que s’estans arrogé une telle puissance sur mesdicts sujets, je ne me pouvois plus dire Roy absolut, mais commandant seulement à une des parts de mon Royaume. »

On évalue le nombre total de victimes dans l’ensemble du pays à 30 000 (plus que sous la Commune de 1871). Le massacre de la Saint-Barthélemy n’est pas ressenti avec une horreur particulière par les contemporains. Il apparaît à ceux-ci comme relativement banal dans l’atmosphère violente de l’époque. Ainsi, le 6 septembre, ayant vent de l’événement, le pape Grégoire XIII fait chanter un Te Deum dans sa chapelle.

 

La reprise de la guerre

La levée du siège de La Rochelle par l’armée royale le 24 juin 1573 met un terme à cette quatrième guerre de religion qui a débuté au son du tocsin de Saint-Germain-l »Auxerrois. L’édit de Boulogne du 11 juillet 1573 octroie la liberté de conscience aux protestants mais restreint la liberté de culte à trois villes, La Rochelle, Nîmes et Montauban. Il n’en reste pas moins que les protestants méridionaux gardent l’envie irrépressible d’une revanche…

Deux ans plus tard, le 30 mai 1574, le roi Charles IX meurt à 24 ans au château de Vincennes. C’est son frère Henri, duc d’Anjou, qui doit lui succéder sous le nom de Henri III. Élu roi de Pologne quelques mois plus tôt grâce aux intrigues de sa mère Catherine de Médicis, il rentre sans regret de Cracovie, où il avait été d’emblée rebuté par le climat et les moeurs rustiques de la cour. Prenant le temps d’un détour vers Venise et les cours italiennes, autrement plus plaisantes que les polonaises, il arrive en France début 1575 et se fait sacrer à Reims le 13 février avec le titre de roi de France et de Pologne (bien que les Polonais aient pris un nouveau roi).

Le nouveau souverain reprend la guerre contre les protestants avant de se rallier au parti des Politiques, conduit par son jeune frère, le duc d’Alençon. Ce parti réunit des modérés des deux camps. Il place l’intérêt national au-dessus des querelles religieuses et veut reprendre la politique de conciliation tentée par le chancelier Michel de l’Hospital au début des guerres de religion.

Après quelques victoires sur la noblesse protestante, le roi signe donc la paix de Beaulieu-lès-Loches, le 16 mai 1576. Trop favorable aux protestants, elle va avoir pour effet de rapprocher les bourgeois et les gentilshommes du camp catholique au sein d’une Ligue conduite par le duc de Guise.

https://www.herodote.net/24_aout_1572-evenement-15720824.php

CHJRISTIANISME, HISTORIEN FRANÇAIS, JEAN DELUMEAU (1923-2020), RELIGION

Jean Delumeau (1923-2020)

Jean Delumeau, historien français

Jean Delumeau dans les locaux de la Croix le lundi 5 septembre 2011

Jean Delumeau, né le 18 juin 1923 à Nantes et mort le 13 janvier 2020, , est un historien français.

Universitaire, il est spécialiste des mentalités religieuses en Occident et, plus particulièrement du christianisme de la Renaissance et de l’Époque moderne.

 

Biographie

Carrière universitaire

Élève au lycée Masséna de Nice, puis au lycée Thiers de Marseille, il prépare le concours d’entrée de l’École normale supérieure, où il a comme professeur Roger Mehl (philosophie). Il est admis à l’ENS (promotion 1943), agrégé d’histoire, membre de l’École française de Rome et docteur ès lettres, il a enseigné l’histoire à l’École polytechnique, à l’université de Rennes II et à l’université de Paris I.

Détaché au Centre national de la recherche scientifique de 1954 à 1955, directeur du Centre armoricain de recherches historiques de 1964 à 1970 et directeur d’études à à l’École pratique des hautes études de 1963 à 1975 puis à l’École des hautes études en sciences sociales de 1975 à 1978, il est professeur puis professeur honoraire au Collège de France, où il occupa de 1975 à 1994 la chaire d’« Histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne ».

Membre du comité éditorial de plusieurs revues académiques et professeur invité dans plusieurs universités d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, il est également membre honoraire de l’Institut universitaire de France et de l’Academia Europaea.

« De la peur, liée au pêché, vous avez trouvé et, avec les générations antérieures, éprouvé comme nous tous la prégnance, entretenue par une éducation incitant au scrupule. Vous y voyez, non sans raison, une des racines de la déchristianisation contemporaine. Cependant, votre propre anxiété désamorçait déjà le découragement. Alors, répondant à une attente, l’un de vos derniers livres, Rassurer et protéger, présente tout grand l’abri tutélaire du manteau de la Vierge intercédante. »

— Mollat du Jourdin

« Je suis fier et heureux, cher Philippe Wolff, de recevoir de vos mains cette épée que mes enfants ont choisie du début du xixe siècle afin de l’accorder au costume dessiné par David. Dans la ligne de ce qui vient d’être dit, je veux délibérément placer mon intervention et mes remerciements sous le signe de l’amitié. (…). L’épée fine, élégante et chronologiquement bien datée que je porterai désormais grâce à vous sous la coupole additionne à mes yeux trois significations. D’abord, elle me rappellera jusqu’en bout de carrière la chaleureuse sympathie dont vous m’avez entouré ce soir ; elle symbolise ensuite un attachement à l’histoire que j’ai manifesté dès l’enfance ; elle exprime enfin une sobriété de style dont j’aimerais faire passer quelque chose dans mon écriture »

En 2002, il est en vain candidat à l’Académie française.

 Fonctions honorifiques et engagement

Il est membre d’honneur de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association multiconfessionnelle qui œuvre à la préservation et au rayonnement du patrimoine culturel français. Il est également membre du comité de parrainage de la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix

Le 25 avril 2017, il fait partie des signataires d’une tribune de chercheurs et d’universitaires annonçant avoir voté Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle française de 2017 et appelant à voter pour lui au second, en raison notamment de son projet pour l’enseignement supérieur et la recherche.

Vie privée

Il est le père de l’historien Jean-Pierre Delumeau.

Le spécialiste de l’évolution de la conscience religieuse

Les ouvrages majeurs sur les thèmes qu’il travaille particulièrement concernent :

les pulsions avec en 1978 : La Peur en Occident, XIVe-XVIIIes et en 1983 : Le Péché, la Peur, la culpabilisation en Occident ;

les institutions avec en 1990 : L’Aveu et le Pardon, XIIIe-XVIIIes ;

les représentations avec en 1992 : Le Jardin des Délices.

 

Œuvres

Les ouvrages de Jean Delumeau ont été traduits dans de nombreuses langues dont le japonais, le portugais, le tchèque, le roumain, l’hongrois et l’italien.

Vie économique et sociale de Rome dans la seconde moitié du xvie siècle, Paris, De Boccard, 1957.

L’Alun de Rome, xve-xviiie siècles, Paris, École Pratique des Hautes Études, 1962.

Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1965.

Le Mouvement du port de Saint-Malo, 1681-1720 [sous la dir. de], Paris, Klincksieck, 1966.

La Civilisation de la Renaissance, Paris, Arthur. Coll. « Les grandes civilisations », 1967.

Histoire de la Bretagne [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1969.

Le Catholicisme de Luther à Voltaire, PUF. Coll. « Nouvelle Clio », 1971.

L’Italie de Botticelli à Bonaparte, Paris, Armand Colin, 1974, (réédité en 1991 chez Armand Colin sous le titre L’Italie de la Renaissance à la fin du XVIIIe siècle).

Rome au xvie siècle, Paris, Hachette, 1975.

La Mort des pays de Cocagne. Comportements collectifs de la Renaissance à l’âge classique, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976

Le Christianisme va-t-il mourir ?, Paris, Hachette, 1977.

La Peur en Occident (xive-xviiie siècles). Une cité assiégée, Paris, Fayard, 1978.

Histoire vécue du peuple chrétien, 2 vols [sous la dir. de], Toulouse, Privat, 1979.

Le Péché et la peur : La culpabilisation en Occident (xiiie-xviiie siècles), Paris, Fayard, 1983.

Ce que je crois, Paris, Grasset, 1985.

Le cas Luther, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1986.

Les Malheurs des temps. Histoire des fléaux et des calamités en France [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1987.

La Première communion : quatre siècles d’histoire [sous la dir. de], Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1987.

Rassurer et protéger. Le sentiment de sécurité dans l’Occident d’autrefois, Paris, Fayard, 1989.

Injures et blasphèmes [sous la dir. de], Paris, Imago, 1989.

L’aveu et le pardon. Les difficultés de la confession. XIIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1990.

Histoire des pères et de la paternité [sous la dir. de], Paris, Larousse, 1990.

Une histoire du Paradis. I : Le Jardin des délices, Paris, Fayard, 1992.

Le Fait religieux [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1992.

La Religion de ma mère : Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi [sous la dir. de], Paris, Éditions du Cerf, 1992.

Le Savant et la foi : des scientifiques s’expriment [sous la dir. de], Paris, Flammarion, 1993.

Une histoire du Paradis. II : Mille ans de bonheur, Paris, Fayard, 1995

Histoire artistique de l’Europe : La Renaissance (avec Ronald Lightbown), Paris, Le Seuil, 1996.

L’Historien et la foi [sous la dir. de], Paris, Fayard, 1996.

Des Religions et des Hommes (avec Sabine Melchior-Bonnet), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1997.

Entretiens sur la fin des temps (avec Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Jean-Claude Carrière), Paris, Fayard, 1998.

Une histoire de la Renaissance, Paris, Perrin, 1999.

Une histoire du Paradis. III : Que reste-t-il du Paradis ?, Paris, Fayard, 2000.

Chrétiens, tournez la page (avec Yves de Gentil-Baichis, René Rémond, Marcel Gauchet, Danièle Hervieu-Léger, Paul Valadier), Paris, Bayard, 2002.

Guetter l’aurore. Un christianisme pour demain, Paris, Grasset, 2003

Jésus et sa passion (avec Gérard Billon), Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 2004.

La plus belle histoire du bonheur (avec André Comte-Sponville et Arlette Farge), Paris, Le Seuil, 2004.

Le Fait religieux, tome 1: Le Christianisme [sous la dir. de], Paris, Fayard, 2004.

Histoire des mentalités religieuses dans l’occident moderne, Paris, Collège de France / Le Livre Qui Parle, 2005.

Le Mystère Campanella, Paris, Fayard, 2008.

À la recherche du paradis, Paris, Fayard, 2010

La seconde gloire de Rome. xve-xviie siècle, Paris, Perrin, 2013.

De la peur à l’espérance, Paris, Robert Laffont. Collection « Bouquins », 2013.

L’avenir de Dieu, Paris, Éditions du CNRS, 2015.

^^^^^^^^^^^^^^^^^^

Jean Delumeau, historien de l’enfer et du paradis, est mort

838_gettyimages-9566387861

Titulaire de la chaire d’histoire des mentalités religieuses de l’Occident moderne au Collège de France, ce penseur éclairé et intègre a mis au jour les mécanismes de la « pastorale de la peur » qui imprégna longtemps le christianisme. Sa famille a fait part à « La Croix » de son décès, ce lundi 13 janvier matin, à 96 ans.

Ceux qui ont eu la chance de suivre, fidèlement ou plus épisodiquement, les cours de Jean Delumeau au Collège de France se souviennent d’un orateur passionnant, d’une clarté cristalline, affable, précise. Et s’émerveillent encore de la manière dont il savait mettre le point final à sa leçon du jour, une seconde avant que l’horloge n’en indique le terme. Tant d’aisance et d’organisation intellectuelles charmaient et impressionnaient tout à la fois.

Né le 18 juin 1923 à Nantes au sein d’une famille croyante, Jean Delumeau avait reçu « la foi en héritage » selon ses termes mais porta vite « un regard critique sur la religion », suivi par « le doute comme (mon) ombre ». Agrégé d’histoire, professeur au lycée de Rennes puis, à partir de 1957, à la faculté des lettres, il franchit tous les échelons universitaires avec, en 1975, une nomination au Collège de France.

Marié en 1947, il aura trois enfants dont l’historien Jean-Pierre Delumeau. Si ses premières publications érudites portent sur l’histoire de Rome (il fut membre de l’École française de Rome), un public élargi le découvre en 1977 quand paraît Le Christianisme doit-il mourir ?, couronné du Grand prix catholique de littérature.

Une plongée dans la peur

Des travaux de cet éminent et lumineux historien des religions, on retient avant tout la notion de « pastorale de la peur », dont il a étudié la domination au sein de l’Église catholique depuis le Moyen Âge jusqu’aux Lumières. Ou la traque quasi-permanente du péché, assortie de la menace de l’enfer, dans le but, explicite ou non, de tenir les esprits à distance de toute tentative d’émancipation. La Peur en Occident publié en 1978 et, plus encore, Le Péché et la peur (1983) – véritable somme traduite en anglais mais aussi en brésilien ou en japonais –, assirent la notoriété de Jean Delumeau, au-delà du cercle des spécialistes et des étudiants en histoire religieuse.

D’autant que leur auteur, loin de tout manichéisme, sut traduire auprès des lecteurs contemporains les subtilités de cette rigidité ecclésiale en la replaçant – donc la nuançant – dans le contexte médiéval et renaissant. Les épidémies ravageuses, les famines, les conflits politiques et les guerres religieuses, plongeaient les populations dans une « angoisse ordinaire » diffuse et mortifère. En instaurant une pastorale de la peur, en lui donnant des contours théologiques bien définis, l’Église montrait qu’il était tout de même possible d’agir contre le fléau du mal. À l’inverse des calamités naturelles qui s’abattent sur l’homme impuissant, le péché et le démon pouvaient être combattus, voire vaincus.

Un voyage au Paradis

Jean Delumeau, d’ailleurs, n’aura jamais considéré la terreur répandue par l’institution religieuse sous l’Ancien-Régime comme un sujet isolé. Ses travaux l’ont aussi conduit sur les chemins de l’espérance, et même jusqu’au paradis, auquel il a consacré tant d’années de sa vie, publiant une magnifique Histoire du Paradis, en trois tomes (1992, 1995 et 2000). Il y confrontait la vision théologique et les découvertes scientifiques, artistiques et humanistes à l’œuvre, dans un réseau d’interactions fécondes ou antagonistes mais toujours stimulantes.

Imprégné des réflexions et évolutions du concile Vatican II dans un Occident soumis à une forte déchristianisation, l’historien et homme de foi observait d’un commun mouvement de sa pensée et de son érudition, la face sombre et la face lumineuse de la religion de son enfance. Il s’en expliquait régulièrement, évoquant avec une tendre clairvoyance La Religion de (ma) mère, sous-titré Le Rôle des femmes dans la transmission de la foi (1992), ou invitant chacun de nous à Guetter l’aurore – Un christianisme pour demain, édité en 2003.

Ou, mieux encore, publiant en 2015 un Avenir de Dieu… « Le paradis ce seront les autres, écrivait-il alors, dans la lumière et la proximité de Dieu, dans une affection réciproque qui aura effacé toutes les incompréhensions et hostilités d’ici-bas ».

« Le message évangélique est intact »

Dans ses livres savants comme dans ses textes plus intimes, Jean Delumeau séduisait par l’élégance très classique de son style, la sympathie souriante qu’il portait aux figures du passé rencontrées au fil de ses écrits. Il avait cette plume qui parvient à faire comprendre et goûter des sujets complexes, à faire voyager dans l’histoire des idées et des hommes.

Jean Delumeau

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, FÊTES LITURGIQUES, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), NOËL, NOEL, PREMIER NOËL DE L'HISTOIRE (Rome, 25 décembre 336)

Le premier Noël de l’histoire : Rome, 25 décembre 336

Rome, 25 décembre 336 : le premier Noël de l’histoire

Antioche-IVe-siecle-vieil-eveque-sarrete-milieu-sermon-Lassemblee-laquelle-incredule_2_730_730

La première preuve historique d’une célébration de la naissance du Christ le 25 décembre remonte au début du IVe siècle, à Rome. La Ville d’entre les villes connaît alors un nouvel apogée sous l’impulsion d’empereurs désormais chrétiens. Mais ailleurs dans l’Empire, personne n’a entendu parler de cette fête nouvelle…

 

« Antioche, fin du IVesiècle. Un vieil évêque grec s’arrête au milieu de son sermon. L’assemblée à laquelle il fait face est incrédule, il le sent. »

Antioche, fin du IVe siècle. Un vieil évêque grec s’arrête au milieu de son sermon. L’assemblée à laquelle il fait face est incrédule, il le sent. Les arguments pesés, rationnels et savamment agencés qu’il leur présente depuis vingt-cinq minutes ne convainquent pas. Difficile de dire à quoi il le voit. Pas à l’expression des visages en tout cas, peut-être à la piètre qualité du silence, à l’agaçante répétition des quintes de toux. Mais ce sont là des unités de mesure bien relatives. Sans doute est-ce plus simplement quelque chose que tous les prêtres ressentent avec l’expérience. L’instinct des prédicateurs.

L’usage veut qu’on raccourcisse toujours un peu les homélies les jours de fête

C’est la septième fois qu’il consacre un sermon à la Nativité du Christ. Et cette fois, son homélie est parfaite sur la forme. Mais comme le dit le plus excellent dénigreur des cuistres, des barbouilleurs de lettres et des charlatans de la littérature, le jeune Augustin d’Hippone (l’un des seuls théologiens latins pour lequel il a de l’estime) : mieux vaut être repris par les grammairiens que n’être pas compris par le peuple. De toute façon, son sermon est déjà beaucoup trop long. Il le savait en écrivant, dès le premier brouillon. L’usage veut qu’on raccourcisse toujours un peu les homélies les jours de fête. Les fidèles peuvent avoir quelque chose sur le feu. Lors des messes de semaine en revanche, on peut y aller plus franchement. Celui qui se déplace à l’église un mardi matin est toujours prêt à écouter quelque chose d’un peu consistant.

Constantin-premier-empreur-chretien-lEmpire-romain-Avec-christianisme-devient-legalpas-encore-religion-dEtat-Chypre-fresque-byzantine-XV-siecle_1_729_559.jpg

Constantin est le premier empreur chrétien de l’Empire romain. Avec  lui , le christianisme devient légal mais pas encore une religion d’Etat. Chypre fresque byzantine du XV  siècle / Buffetrille/Leemage

Son erreur principale, il ne l’identifie que maintenant, a été de commencer son sermon par autant de considérations calendaires. C’est là qu’il a perdu l’essentiel de son auditoire. Pourtant, c’est le cœur du sujet : faire entendre aux fidèles que l’on fêtera désormais la naissance du Christ au mois de décembre. Démonstration : selon l’Évangile de Luc, le grand prêtre Zacharie est dans le saint des saints du Temple lorsque l’ange Gabriel lui annonce que sa femme Élisabeth va concevoir un enfant. Or, il est autorisé à entrer dans ce sanctuaire seulement le jour du Grand Pardon, qui tombe à la fin du mois de septembre. Jean le Baptiste, fils d’Élisabeth, est donc conçu en octobre. Et Luc précise que l’ange Gabriel vient trouver Marie six mois après le début de la maternité d’Élisabeth, c’est-à-dire en mars. Jésus, fils de Marie, est donc conçu en avril. Il naît ensuite comme tous les enfants, neuf mois plus tard, c’est-à-dire au mois de décembre.

À ce moment-là de l’homélie, l’assemblée avait commencé à décrocher. Elle doit maintenant se poser des questions. Le silence de l’évêque dure un peu. Ses derniers mots ont été : « Préparez-vous à un spectacle émouvant et merveilleux, celui de Notre Seigneur couché dans la crèche et enveloppé de langes. » C’est sensible, imagé. On voit d’ici la grotte et le bestiaire, l’âne, le bœuf, les agneaux… Mais cela suffirait-il à convaincre les fidèles ? Certains s’interrogent sans doute : si le Christ est né en décembre, pourquoi ni les anciens ni les Apôtres n’en ont-ils fait mention avant ce jour ? Et dans les Évangiles, Luc ne raconte-t-il pas que des bergers vivaient dehors lorsque Marie mit au monde son fils ? Or chacun sait qu’en décembre les nuits sont bien trop fraîches pour garder des brebis dans les champs. Quant aux agneaux associés à cette fameuse crèche, ils ne naissent généralement pas avant les beaux jours, aux environs du mois de mars.

L’évêque s’agace de ces interrogations qu’il suppose. Certaines choses ne devraient-elles pas tout simplement s’admettre ? Un acte de foi, est-ce trop demander à cette assemblée ? Tous ces croyants qui raisonnent comme des philosophes… Il en viendrait presque à penser comme un autre de ces Latins, Tertullien de Carthage : quel malheur qu’Aristote ait appris aux hommes la dialectique qui leur permet de bâtir et de détruire des raisonnements, de changer sans cesse d’avis, de s’embarrasser de conjectures, d’opposer aux autres des arguments tranchants.

La suite de son sermon est tout trouvée : vous fêterez désormais la Nativité le 25 décembre parce que je vous le demande. Le Christ est venu, qu’y a-t-il encore à chercher ? Non, impossible. Il ne le dira pas comme ça. Ce serait brutal, péremptoire et surtout insincère. Jamais il ne l’avouera en public, et encore moins face à son peuple d’Antioche, mais lui-même eut des doutes lorsqu’il entendit parler de la Nativité pour la première fois…

Les idoles étaient partout

C’était à Rome, à la fin de l’année 336, et il aurait peut-être dû commencer par là. Il n’était encore qu’un très jeune étudiant voyageant en Occident, découvrant cette ville-monde, la seule dans l’Empire à dépasser le million d’habitants. Il se souvient s’être demandé combien de chrétiens y vivaient (sans doute quelques dizaines de milliers). Pour de nombreux Romains, la Voie du Christ n’était pas encore une évidence. Les idoles étaient partout. Mars, Saturne, Jupiter et Vesta étaient vénérés autant qu’Isis, Cybèle et quantité d’autres faux dieux indigènes, rassemblés sous ce qui était alors un immense autel, le Panthéon.

Rome avait mille ans d’histoire déjà, au début du IVe siècle. La Ville avait annexé l’univers. Loin d’être décadente, elle vivait un nouvel apogée, sans cesse plus grandiose sous l’impulsion d’empereurs désormais chrétiens. Elle continuait de se transformer au gré des constructions d’églises, de nouveaux quartiers.

leemagedeaa3020199_0_729_486

Jean Chrysostome (349-407) a inspiré l’écriture de l’homélie de ce récit. Le prédicateur brode à partir de l’Evangile de Luc pour expliquer que Jésus est bien né le 25 décembre. Fresque du début du 12ème siècle. Église de Panayia Phorviotissa (Asinou) a Nikitart / DeAgostini/Leemage

L’évêque se souvient de la première fois qu’il découvrit la plus grande église de tout l’Empire, la basilique Saint-Jean-de-Latran. Huit colonnes de porphyres rouge tacheté de noir attendaient qu’on les érige sur le sol de son baptistère octogonal, encore en travaux. La richesse des lieux était telle qu’il lui paraissait certain que l’empereur se ferait baptiser là. Mais Constantin avait déjà quitté Rome. Une ville nouvelle à son nom se construisait sur les rives du Bosphore. C’est là-bas qu’il recevrait le sacrement, sur son lit de mort. Il y a entre Rome et lui quelque chose d’une histoire ratée.

En entrant dans Saint-Jean-de-Latran ce jour-là, l’évêque avait fait la rencontre de deux diacres qui en gardaient les portes contre d’éventuelles intrusions de chiens ou de païens. C’est à eux qu’il demanda quelle était l’étrange solennité que l’on fêtait ce jour-là. C’était un 25 décembre et leur réponse lui parut d’abord incongrue. Pourquoi célébrait-on la naissance du Christ ?

Il songea à cet enseignement d’Origène (il avait été formé à l’école de pensée du grand théologien d’Alexandrie) : dans la Bible et la tradition chrétienne, seuls les païens comme pharaon, les empereurs et les mauvais Juifs célèbrent leur anniversaire. Difficile d’oublier celui d’Hérode Antipas, ce roi-marionnette des Romains, qui se termina avec la tête coupée de Jean le Baptiste déposée sur un plateau. N’est-ce pas le repoussoir ultime ? La mort du prophète devrait faire passer l’envie à tous les chrétiens de célébrer quelque anniversaire que ce soit. Ont-ils eu besoin de le faire pour les martyrs ? Non. Ils les ont toujours glorifiés à la date de leur mort, témoignant par là de leur foi en la Vie éternelle. Et soudain, il faudrait agir tout à fait autrement envers Notre Seigneur ?

« Valentin, fleuris en Dieu ! »

L’évêque avait exprimé un jour toutes ses interrogations au sénateur romain qui l’hébergeait lors de son séjour dans la capitale du monde. Sa maison, située à deux pas du Colisée, était un ancien immeuble populaire reconverti en une confortable villa. La vingtaine de salles au rez-de-chaussée étaient toutes ornées de fresques païennes. La famille de ce sénateur venait de se convertir au christianisme. Les murs n’avaient pas encore été redécorés. L’évêque avait été particulièrement troublé le premier soir, à table, de dîner en présence du taureau Apis. Cette idole égyptienne peinte sur un coin du mur face auquel on l’avait placé n’était-elle pas associée à la puissance sexuelle ?

004v3_5_729_530.jpg

La discussion sur la Nativité qu’il eut le soir même avec ce sénateur, prénommé Valentin, se tint dans la cour extérieure de la maison, sous une autre dérangeante représentation : une nymphe alanguie semblait flotter dans un décor bleuté. Valentin tenait absolument à lui montrer un livre contenant une étonnante série de calendriers ; certains illustrés, d’autres non ; certains chrétiens, les autres païens. Le sénateur avait fait rassembler là tous les éléments qui régissaient alors la vie publique, religieuse et personnelle d’un Romain. Cela allait de la liste des consuls depuis 509 avant Jésus-Christ, aux dates de la fête pascale, année après année, en passant par quelques allusions superflues aux signes du zodiaque.

Sur la couverture de cet almanach original, le célèbre graveur romain Furius Dionysius Filocalus avait écrit cette jolie dédicace, témoignage de la foi naissante, mais sincère, de son riche commanditaire : « Valentin, fleuris en Dieu ! » Le sénateur tourna quelques pages. L’une de ces listes renseignait par ordre chronologique les dates, les noms et le lieu d’inhumation des différents martyrs commémorés à Rome. Sous le doigt de Valentin était écrit : le huitième jour des Calendes de janvier (25 décembre), naissance du Christ à Bethléem en Judée. C’était la première mention officielle de la fête de la Nativité. Elle avait été établie quelques mois plus tôt sous l’autorité du pape Marc, évêque de Rome, certainement soucieux de christianiser un calendrier jusque-là rythmé par l’épuisante accumulation des jeux païens. Constantin, tout premier empereur chrétien qu’il soit, était à 1 400 kilomètres de là, et n’y était sans doute pour rien.

Comme il est bon et vrai de croire que Dieu sait d’avance et ordonne tout

L’évêque n’en revenait pas. La basilique Saint-Jean-de-Latran, les deux diacres, l’étonnante solennité… Il avait sans doute assisté à la toute première célébration officielle de la Nativité ! Cette synchronicité le troublait. Il ne croyait pas au destin. La vie d’un homme ne pouvait être déterminée par la disposition des astres au jour de sa conception ou de sa naissance, comme le pensent les superstitieux et ces charlatans d’oniromanciens. Non, l’enchaînement des causes qui produisent tout ce qui arrive dans l’univers est plutôt à attribuer à la volonté et à la puissance souveraine de Dieu. Le jeune Augustin d’Hippone l’avait déjà écrit : comme il est bon et vrai de croire que Dieu sait d’avance et ordonne tout. Reste à comprendre les signes.

Par un effet de la providence, la naissance du Christ s’était accomplie au moment du solstice d’hiver, en plein milieu des fêtes païennes, comme intercalée entre les beuveries des Saturnales de décembre et le libertinage des Calendes de janvier. L’évêque se souvenait très bien de ces temps de débauche à Rome, ce tourbillon dans lequel on pouvait si vite se laisser entraîner. Lui-même n’avait-il pas été tenté, quelques jours avant cette fameuse messe du 25 décembre ?

Il se revoit encore, c’était un dimanche matin, prostré à l’entrée nord du cirque Maxime, sous ce large portique aux colonnes taillées dans un marbre gris veiné de rose. Seul le tapage de la foule couvrait par intermittence le vacarme des chars. Les bleus et les verts s’affrontaient dans cette arène de 100 000 places. L’affiche était trop belle. La sollicitation, l’attrait, la soif, la passion du jeu, trop fortes. Il avait eu la faiblesse d’entrer.

Rétrospectivement, cette expérience lui avait appris une chose : tout aussi chrétien que l’on soit, on préfère généralement aller au stade plutôt qu’à la messe. Voilà pourquoi l’Église évitait soigneusement de fixer des célébrations les jours de fêtes païennes. Or il n’y en avait justement pas le 25 décembre.

Bientôt, la célébration de la naissance de Notre Seigneur s’étendrait partout

Les cultes associés au solstice d’hiver étaient totalement passés de mode à Rome : la vénération du soleil que certains empereurs avaient qualifié d’invaincu tombait en désuétude, le culte de Mithra, lui aussi associé à l’astre, ne rassemblait plus guère qu’une poignée de militaires ayant servi en Perse, d’où était originaire ce faux dieu sacrificateur de taureaux. L’évêque eut l’occasion de voir, quelques années plus tard, une étrange grotte où se retrouvaient ses adeptes. On aurait dit la cale d’un petit bateau. Des bancs creusés à même le tuf encadraient un autel sous une voûte remplie d’étoiles. Des ouvriers y déversaient des pelletées de terre : le mithraeum serait bientôt enseveli sous une nouvelle basilique, Saint-Clément-du-Latran.

L’évêque s’inquiétait tout de même. Cette tension entre les attraits des jeux des Saturnales et l’austérité des textes lus au Latran le matin du 25 décembre (le Prologue de Jean) avait profondément interpellé le pasteur qu’il était. Il s’en était ouvert à un jeune prêtre venu de Turin, Maxime, à l’occasion d’une rencontre sur le forum. Quel sage, comprenant le mystère sacré de la naissance du Seigneur, ne condamnerait pas toutes ces fêtes impies, voulant avoir affaire avec le Christ et non avec le monde ? s’était demandé Maxime.

Ce prélat sérieux semblait avoir tout compris, lui, du mystère sacré de la Nativité. Son réquisitoire était sévère à l’encontre de ceux qui, à la remorque de la nouvelle coutume chrétienne, célébraient encore cette vieille superstition frivole, le 1er janvier, comme une très grande festivité ; ils recherchent une turbulence, qui engendre une tristesse plus grande, analysait Maxime. Ils se livrent à un tel libertinage de beuveries et de ripailles que l’homme qui a passé toute l’année dans la continence et la tempérance se retrouve, ce jour-là, ivre et dégradé. De telles festivités n’étaient heureusement pas appelées à perdurer, affirmait encore le prêtre turinois : bientôt, la célébration de la naissance de Notre Seigneur s’étendrait partout. La véritable lumière brillerait dans les ténèbres de la superstition et de l’erreur.

Paganisme !

L’évêque s’interrogeait. La nativité du Christ pouvait-elle sans péril être mise en parallèle avec l’accueil de la lumière au milieu des ténèbres ? N’allait-on pas la réduire à une simple clarté renaissant au plus profond de l’hiver ? À un malheureux culte solaire ? À cette question, il se souvint que Maxime avait ri et lui avait donné un rendez-vous le lendemain, à l’aube, à l’extérieur des murs de Rome, au-delà du Tibre, au pied de la colline du Vatican où se construisait la basilique voulue par l’empereur en hommage à l’apôtre Pierre, que l’on disait enterré là. Le chantier, entamé quelques années plus tôt, n’était pas achevé, mais on s’y pressait déjà pour prier au plus près de la tombe du disciple du Christ.

L’évêque comprit le sens de cette invitation sur le parvis de l’édifice dont l’entrée s’ouvrait à l’est, à l’inverse des autres églises. C’était un dimanche, les premières lueurs du jour venaient d’apparaître, et ce qu’il vit le stupéfia. De nombreux fidèles, sans doute persuadés d’agir pieusement, exécutaient un étrange gesteen s’approchant de la basilique du bienheureux apôtre : passé les quelques marches qui menaient au porche de son entrée principale, ils tournaient soudain leur visage vers le soleil levant et, courbant la tête, s’inclinaient en l’honneur de son disque radieux. Paganisme ! Le risque était réel que de tels fidèles déjà égarés puissent croire, de manière pernicieuse, que l’on fêtait chaque 25 décembre non la naissance du Christ mais le retour du soleil.

006def2_6_730_529

L’évêque avait ensuite accompagné Maxime jusqu’à la tombe de Pierre. En chemin, ils avaient parlé de la nécropole qui s’étendait sous leurs pieds. C’est là que l’Apôtre avait été inhumé au milieu du cimetière païen qui s’étalait alors en bordure du cirque de Caligula et Néron. La nécropole avait dû être terrassée. Parmi les tombes condamnées, Maxime se souvenait en particulier de celle d’un très jeune garçon du nom de Iulius Tarpeianus, mort à 1 an, 9 mois et 27 jours. Ses parents, Iulia Palatina et Maximus, des chrétiens, avaient fait réaliser une grande mosaïque au-dessus de sa tombe.

Maxime la décrivait ainsi : le Christ est entouré de gracieuses feuilles de vigne et porte un globe dans la main gauche. Il est debout sur un chariot tiré par des chevaux blancs. Un halo de lumière entoure sa tête dont partent sept rayons pareils à ceux du soleil. Ces parents, très certainement éplorés jusqu’au désespoir d’enterrer là leur si jeune fils, n’avaient pas attendu les théologiens et leurs arguties pour comprendre, et cela au plus profond de leur cœur, que Notre Seigneur est le vrai soleil (Luc 1, 78). Ce commentaire de Maxime bouleversa l’évêque.

“Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie”

« Doit-on vraiment s’étonner que la fête de la Nativité soit née à Rome ? Et que nous autres, les Grecs, ayons du mal à nous l’approprier ? » À Antioche, les fidèles eurent l’impression que leur évêque venait de sortir d’un étrange sommeil. Cela faisait dix minutes maintenant qu’il se taisait. Debout, immobile, les yeux fermés ; seuls les mouvements de ses lèvres trahissaient quelque chose de l’intense monologue intérieur dont il venait d’émerger.

« Tout serait tellement plus simple si j’avais eu à prêcher devant vous, ce matin, sur le baptême de Notre Seigneur. Très cher peuple d’Antioche, vous aurais-je dit, nous célébrons comme chaque 6 janvier ce moment où la nature divine du Christ est apparue dans le monde. Vous connaissez la scène, elle se passe quelque part entre le mont Hermon et la mer Morte, dans les eaux du Jourdain. L’apôtre Matthieu raconte que les Cieux s’ouvrirent et qu’une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie.” Le monde fut ainsi mis au courant que le Christ est Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père. »

« Je sais que vous auriez accroché à un tel sermon. C’est le genre qui vous rassure : métaphysique, un peu abstrait, théologiquement carré. Nous parlons tout de même de l’apparition de la nature divine du Christ… Voilà qui présage de belles empoignades en synode. C’est de la graine de débats théologiques pour des siècles ! La quintessence de notre esprit grec. L’esprit latin est très différent, je m’en aperçois maintenant. La conversion de Constantin par exemple… Le futur empereur ne s’est pas tourné vers le Christ au terme d’une puissante révélation mystique mais bien à la veille d’une bataille cruciale près d’un pont du Tibre. L’apparition d’un signe dans le ciel lui permit avant tout d’infliger une tannée à Maxence, son rival. Pour lui, l’essentiel est là. »

« Le message du Christ vu par l’empereur nouvellement chrétien, c’est d’abord un coup de pouce militaire. Du concret ! Je sais que cela trouble certains. Mais comprenez qu’à Rome, on a toujours aimé les religions qui fonctionnent bien. Un seul Dieu, est-ce bien raisonnable, pensent encore les indécrottables païens de la ville éternelle ? Ne pourrait-on pas garder deux ou trois divinités sous le coude au cas où les rituels rendus au Dieu unique deviendraient moins efficaces ? J’entends vos rires. Vous entendez mon ironie. C’est bien. La critique de l’esprit latin nous défoule. Parce qu’il est rustre, trivial et à de très rares exceptions incapable d’aboutir à autre chose que de la théologie bancale. Y a-t-il seulement un Père de l’Église digne de ce nom dont la langue natale ne soit pas le grec ? »

« Le plus pur génie latin »

Le vieil évêque s’interrompt, laissant sa question en suspend, heureux d’avoir su captiver son auditoire.

« Et pourtant… J’ai moi-même mis du temps à le comprendre, mais cette fête de la Nativité qui nous vient de Rome est une idée remarquable. Le plus pur génie latin. Oui, Dieu est apparu. Oui, il est à la fois Père, Fils et Esprit. Et oui, le Fils a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Mais avant tout cela, Il est né. Et c’est cela que Rome a voulu nous dire. C’est cela que le regretté pape de Rome, Marc, nom que beaucoup d’entre vous ont oublié, a voulu nous dire. Pendant ce temps que faisions-nous, peuple grec ? Nous rejetions, c’est vrai, les assauts de toutes les hérésies. Nous contrions la rhétorique des Ébionites et celle des Ariens. Nous coupions les cheveux en quatre pour savoir à quel moment très précis la nature divine était entrée dans Jésus. Lors de sa conception ? Lors de sa naissance ? Lorsqu’il fut montré aux Mages ? Lors de son baptême ? »

« Pendant ce temps, Rome célébrait ce Dieu qui naît. Ce Dieu qui, comme tous les enfants du monde, sortit un jour du ventre de sa mère, tout gluant de liquide amniotique et encore relié à elle par un cordon ombilical qu’il a bien fallu que quelqu’un sectionne. C’est si latin, si concret. Désarmant. C’est ce que l’on célèbre le 25 décembre. »

L’évêque repense un court instant au très jeune Iulius Tarpeianus. À sa tombe ensevelie sous Saint-Pierre de Rome. À ce Christ en mosaïque au-dessus de son tombeau. À vrai dire, l’association avec Hélios, le faux dieu du soleil, le dérange. Mais elle a été la manière de ce couple confronté à un si grand drame d’exprimer l’espérance qui lui restait. Cette lumière, il a eu le courage de la voir malgré la mort, malgré l’absence. Comment juger de cela ? L’évêque reprend la parole. « Peuple d’Antioche ! L’enfant qui naît aujourd’hui est la lumière du monde. »

——————–

Autour de l’an 4 av. J.-C. Naissance de Jésus sous le règne d’Hérode, roi de Judée de 37 à

4 avant J.-C. L’an 0 a été fixé, rétrospectivement, au VIe siècle.

336 Première mention d’une fête de la Nativité à Rome.

408 Première mention de l’Avent. Maxime, évêque de Turin, évoque une « saison préparatoire
à la venue du Christ 
».

Milieu du Ve siècle Premières messes de minuit à Rome (inspirées par l’Église

de Jérusalem). Avant, la Nativité était célébrée le matin du 25 décembre à 9 heures.

XIIe siècle Le culte de Nicolas de Myre (270-345), dans l’actuelle Turquie, est transféré en Occident. Saint Nicolas devient le patron des enfants.

1112 Première occurrence écrite du mot « Noël ».

1223 François d’Assise organise une crèche vivante (uniquement l’âne et le bœuf) dans le village italien de Greccio. La crèche se popularise à partir du XVIe siècle.

1760-1765 Première représentation d’un arbre décoré, en l’occurrence un pin, sur un tableau signé Nikolaus Hoffmann, conservé au Museumslandschaft Hessen Kassel, en Allemagne.

1809 L’écrivain américain Washington Irving

(1783-1859) recompose la figure néerlandaise du « Sinter Klaas ». La figure de Santa Claus (père Noël) se popularise.

XXe siècle Le cadeau, jusque-là une récompense non obligée, devient un dû systématique.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Rome-25-decembre-336-premier-Noel-lhistoire-2019-12-24-1201068315?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwA