CHJRISTIANISME, EPITRE AUX HEBREUX, EPITRES, NOUVEAU TESTAMENT

Lettre aux Hébreux

L’épître aux Hébreux, « Les Chrétiens dans la tourmente spirituelle »

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L’épître aux hébreux n’est pas une lettre (épître), et ne s’adresse pas spécifiquement aux Hébreux. Mais cela n’est pas très important car elle reste un texte très beau, majeur et unique dans tout le Nouveau Testament.

Effectivement, il n’y a pas d’adresse ou salutation au début du texte, et il s’agit plutôt d’un sermon mis par écrit qu’un texte de style épistolaire. Quant aux destinataires de l’exhortation, ils ne sont pas précisés dans le texte, et l’intitulé « aux Hébreux » est tardif, ajouté vers le 2ème siècle.

L’auteur n’indique ni leur région d’appartenance, ni leur ethnie. Ce que l’on peut affirmer sans risque de se tromper, c’est qu’ils sont chrétiens, probablement d’origine juive puisqu’ils ont assurément une bonne connaissance de l’Ancien Testament auquel l’auteur de « l’épître aux Hébreux » fait fréquemment référence.

Sens de l’épître aux Hébreux

Le titre de « Epître aux Hébreux » est mal choisi. Le Père Vanhoye, dans le « Cahier Evangile » (n° 19) propose le titre de « Sermon sacerdotal », tant il est vrai que ce texte est un sermon et non une lettre, et surtout qu’il est le seul écrit de tout le Nouveau Testament à appliquer à Jésus-Christ le titre de prêtre et de grand prêtre.

C’est même le thème central, ce que l’auteur affirme lui-même : « Or, point capital de notre exposé, c’est bien un tel grand prêtre que nous avons… » (He 8, 1).

  1. Le Grand Prêtre

Mais qu’est ce qu’un prêtre et un grand prêtre ? Dans toute religion, en tant qu’institution organisant le lien au sacré, il faut une fonction sacerdotale qui, précisément permet de «relier» le visible à l’invisible, le profane au sacré, l’humain au divin. La religion juive de l’Ancien Testament. n’échappe pas à cette nécessité, et l’organise dès le début :

  • Moïse est le grand prophète, mais c’est Aaron, son frère, qui est fondé par Dieu dans la fonction sacerdotale, et ses fils après lui (Exode 28, 1 s. ; 29, 4 s. ; Lévitique 6 )
  • Tout au long de l’histoire du Peuple, la fonction sacerdotale s’est renforcée, étant l’apanage des descendants d’Aaron, les lévites, jusqu’à devenir après l’Exil le seul réel pouvoir incarné en la personne du grand prêtre.
  • Mais le sommet de la fonction sacerdotale est sans nul doute Melkisédeq : personnage mystérieux évoqué en Gn 14, 17-20, dont on ne connaît ni l’origine ni la destinée, et qui bénit Abram (= Abraham avant que Dieu ne change son nom en Gn 17, 5), et reçoit de lui « la dîme de tout ». Il lui est donc supérieur.

Dans l’Ancien Testament, le prêtre a la responsabilité sociale des rapports avec Dieu : il est le médiateur. Mais pour entrer en rapport avec Dieu, il faut être « saint », c’est-à-dire séparé, ne pas être comme tout le monde. Il faut donc instituer un rituel de purification qui vise à différencier et séparer le prêtre, et a fortiori le grand prêtre, du reste du peuple. D’où l’institution d’une tribu-caste spécifique (Lévites) qui fournira les prêtres, lesquels devront être consacrés (purifiés) par le bain de purification, l’habillement et l’onction. Des sacrifices d’animaux parachèveront cette consécration (Ex 29).

Qu’est ce qu’a à voir la mission de Jésus Christ avec un rituel devenu tellement strict qu’il s’est élevé en fin au lieu de n’être qu’un moyen (au point que, pour être « en règle », il suffisait de se conformer, fut ce extérieurement, au rituel) ? Pour le peuple, cela signifiait obéir aux prêtres et à leur préceptes, et offrir des sacrifices d’animaux pour expier les manquements à la Loi.

  1. Rénovation de la fonction

C’est précisément ce que Jésus Christ est venu dénoncer (cf par exemple Mt 9, 10-13 ; 15, 1-20). Certes, cette réaction contre le ritualisme n’est pas franchement nouvelle : d’ailleurs dans les passages indiqués de Matthieu, Jésus Christ cite Osée (6, 6) et Isaïe (29, 13), mais c’est tout le sens du Nouveau Testament de montrer comment la Loi ne doit être qu’un guide, une aide à l’accomplissement de la relation entre Dieu et les hommes (cf Ga 3, 24-25), qui est d’abord et fondamentalement une relation d’amour. Et c’est là qu’intervient cette interprétation novatrice pour l’époque du sacrifice de Jésus Christ.

  1. Le Christ Grand Prêtre

L’auteur de l’épître aux Hébreux commence par situer le Christ : Fils de Dieu, «resplendissement de sa gloire [de Dieu], et expression de son être» (1, 3), il est supérieur aux anges (1, 5-14), mais il est aussi profondément frère des hommes (2, 5-18). Ce sont précisément les deux qualités nécessaires pour le sacerdoce : le grand prêtre doit être « accrédité auprès de Dieu » (3, 2) et solidaire des hommes (5, 1-2).
A cause de sa situation particulière, le Christ n’est pas un grand prêtre ordinaire.

Tout d’abord, il n’appartient pas à la tribu de Lévi, mais à celle de Juda, tribu des rois, non des prêtres (7, 14).
Au lieu de sanctifier en séparant, Jésus Christ le fait en accueillant : il ne cesse de choquer son auditoire en accueillant les femmes, les pécheurs, les publicains, les enfants… autant de gens rejetés ou au moins dénigrés par le sacerdoce ancien.

Parler de « sacrifice » à propos de la crucifixion, était d’emblée choquant : aucun élément du rituel n’était « mis en scène » : pas de lieu saint, mort conséquente d’une condamnation et non acte solennel et glorifiant, pas de distinction entre la victime et l’objet du sacrifice. C’est que, nous dit l’auteur, le Christ est prêtre « à la manière de Melkisédeq », ce personnage mystérieux que l’auteur érige en préfigure du Christ.
De ce fait, comme le précisait déjà le psaume (110, 4), il est prêtre « pour l’éternité » (7, 11 et suivants), et ceci rend caduc tous les sacrifices antérieurs, « car c’est par une tente (lieu de la Présence puis du sacrifice) plus grande et plus parfaite qui n’est pas œuvre des mains – c’est à dire qui n’appartient pas à cette création-ci – et par le sang non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang…qu’il a obtenu une libération définitive » (9, 11-12).

  1. Le salut par le Christ Grand Prêtre

Ainsi, alors que le grand prêtre de l’ancienne Alliance était seul purifié par sa consécration rituelle, le Christ, par son sacrifice de la Croix (consécration sacerdotale du Christ), sauve en même temps tous ses frères en humanité : « par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie » (10, 14).

De ce fait, les chrétiens ont « …pleine assurance d’accéder au sanctuaire …par une voie nouvelle et vivante… » (10, 19-20). Et l’auteur de les inviter « à résister jusqu’au sang dans leur combat contre le péché » (12, 4) et d’accepter docilement la « correction », en fils qu’ils sont du Père: « Quel est en effet le fils que son père ne corrige pas ? » (12, 7).
Et alors s’établira une vraie communauté fondée sur l’amour fraternel (13, 1).

Nb : le commentaire est largement inspiré du « Cahier Évangile » n° 19 du père VANOYE (1977)

Histoire de la rédaction de l’Epître aux Hébreux

Qui est l’auteur de l’épître aux Hébreux ?

Il a longtemps été attribué à Saint Paul, surtout dans les Églises d’Orient. Aujourd’hui les spécialistes estiment que Paul ne peut pas être l’auteur direct de ce texte. En revanche il est indubitable que l’auteur doit être un disciple de l’apôtre. L’épître aux hébreux a du être composée vers les années 63 – 70 après Jésus-Christ.

Son écrit est saisissant de perfection littéraire, construit selon les plus purs canons de la composition hébraïque.

Introduction : mise en perspective dans l’histoire de la Révélation

  1. Situation du Christ :supérieur aux anges, frère des hommes
  2. Christ Grand Prêtre :accrédité auprès de Dieu et solidaire des hommes
  3. Spécificité du sacerdoce du Christ :à la manière de Melkisédeq
  4. Foi des anciens et endurance nécessaire
  5. Invitation à l’existence chrétienne

Conclusion et doxologie

 

Plan de l’épître aux Hébreux:

1 – Le prologue (1,1-4)

2 – La partie dogmatique (1,5-10,18)

  • Le Fils de Dieu abaissé et élevé, désormais supérieur aux anges (1,5-2,18)
  • Jésus supérieur à Moïse (3,1-4,13)
  • Jésus supérieur en tant que grand prêtre (4,14-7,28)
  • La supériorité du sanctuaire céleste (8,1-5)
  • La supériorité de la nouvelle alliance spirituelle (8,6-13)
  • La supériorité du nouveau sacrifice 9,1-14)
  • La supériorité de l’alliance scellée dans le sang du Christ (9,15-28)
  • La supériorité du nouveau sacrifice, unique et efficace (10,1-18)

3 – La partie morale (10,19-13,19)

  • L’exhortation à l’espérance (10,19-38)
  • L’enseignement sur la foi (11,1-40)
  • L’homélie sur l’endurance (12,1-13)
  • La mise en garde contre l’apostasie (12,14-29)
  • Les conseils pour la vie communautaire (13,1-19)

4 – La bénédiction finale dédoublée (13,20-25)

  • La bénédiction originelle (13,20-21)
  • La bénédiction secondaire (13,22-25)

 

 

CHJRISTIANISME, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Une Bible des femmes

 

Une Bible des femmes : vingt théologiennes relisent des textes controversés

Sous la direction d’Elisabeth Parmentier, Pierrette Daviau et Lauriane Savoy

Genève, Labor et Fides, 2018. 281 pages

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Résumé

En 1895, Elizabeth Cady Stanton réunit un comité de vingt femmes pour réécrire la Bible.  Elles découpèrent les passages qui parlaient des femmes, et les commentèrent selon leurs convictions.
Que deviendrait une entreprise de réécriture de la Bible au XXIe siècle par les femmes? En profitant des découvertes en sciences bibliques et grâce aux questions critiques féministes, ce livre réunit à nouveau un comité de vingt femmes théologiennes, protestantes et catholiques francophones (québécoises, françaises, suisses), afin de s’emparer des thématiques majeures liées aux femmes et d’en offrir un commentaire à partir d’une dizaine de thèmes fédérateurs, en mettant en évidence comment les textes bibliques peuvent être lus à frais nouveaux.

  

Une « Bible des femmes » voit le jour

 

Des théologiennes catholiques et protestantes publient une version féministe de la Bible pour représenter la diversité des femmes dans le livre sacré.

 Fatiguées de voir les textes sacrés de la Bible utilisés pour justifier la « soumission des femmes », Elisabeth Parmentier et Lauriane Savoy ont décidé d’écrire leur propre version féministe du livre.

Lassées de voir la Bible utilisée pour légitimer une « soumission des femmes », une vingtaine de théologiennes protestantes et catholiques se revendiquant également féministes se sont réunies pour publier « Une Bible des femmes ».

 

Le projet a été lancé à Genève, en Suisse, par Elisabeth Parmentier et Lauriane Savoy, deux enseignantes de la Faculté de théologie, fondée il y a plus de quatre siècles (1559) par Jean Calvin, le père du protestantisme francophone.

« On a constaté autour de nous qu’il y avait énormément de méconnaissance des textes bibliques, beaucoup de gens qui ne les connaissent plus, ou bien qui pensent qu’ils sont complètement périmés et […] plus du tout en adéquation avec les valeurs actuelles d’égalité, etc. », a expliqué Lauriane Savoy, 33 ans.

L’idée a donc été, poursuit-elle, de « montrer que les valeurs féministes et la lecture de la Bible ne sont pas incompatibles ». Vite rejointes par la théologienne catholique canadienne Pierrette Daviau, les deux protestantes genevoises ont réuni autour d’elles un panel de consœurs venues de différents horizons à la fois géographiques, religieux et générationnels.

« On a voulu travailler de manière œcuménique, on est des catholiques, des protestantes de différentes familles du protestantisme et venant de différents pays francophones, avec vraiment l’idée de représenter la diversité des femmes », a souligné Elisabeth Parmentier, 57 ans.

« Relents du patriarcat »

Publiée il y a quelques semaines, « Une Bible des femmes » se veut également un hommage à un ouvrage au titre similaire: la « Woman’s Bible », parue en 1898 sous la direction de la suffragette américaine Elizabeth Cady Stanton qui, déjà, s’indignait des interprétations masculines de la Bible.

 

« Nos chapitres scrutent des errances de la tradition chrétienne, des occultations, des traductions tendancieuses, des interprétations partiales, des relents du patriarcat qui ont pu mener à nombre de restrictions, voire d’interdits pour les femmes », expliquent les auteures en introduction de l’ouvrage.

« Dans un passage de l’Évangile selon Saint Luc, qui met en scène Marthe et Marie (deux sœurs qui reçoivent la visite de Jésus), détaille par exemple Elisabeth Parmentier, il est écrit que Marthe assure le service, on a donc dit que Marthe servait le repas alors que le terme grec ‘diakonia’ peut également avoir d’autres sens, par exemple signifier qu’elle était peut-être diacre ».

 

Marie-Madeleine, plus une prostituée

Autre exemple de lecture féministe avec Marie-Madeleine ou Marie de Magdala. « C’est le personnage féminin qui revient le plus dans les Évangiles, rappelle Lauriane Savoy. Elle reste avec Jésus, y compris lorsqu’il va mourir sur la croix alors que tous les disciples hommes ont eu peur, c’est elle qui va au tombeau en premier et découvre la résurrection […] c’est un personnage fondamental alors qu’on l’a pourtant décrite comme une prostituée qui était aux pieds de Jésus, peut-être même l’amante de Jésus dans des fictions récentes », constate Lauriane Savoy.

Les théologiennes prennent également soin de replacer les textes dans leur contexte et leur portée, notamment quand elles relisent certaines lettres envoyées par Saint Paul aux communautés chrétiennes naissantes contenant des passages pouvant facilement être lus comme radicalement antiféministes.

« C’est comme si on prenait des lettres que quelqu’un envoie pour donner des conseils en considérant qu’ils sont valables pour l’éternité […], c’est pour ça qu’on se bat contre une lecture littéraliste qui prend les textes au premier degré », affirme Elisabeth Parmentier.

 

#MeToo

Les théologiennes abordent ainsi la Bible à travers différentes thématiques: le corps, la séduction, la maternité, la subordination… Le livre s’achève en donnant la parole à Marie, la mère de Jésus.

Et à l’heure où le mouvement #Metoo  a redonné vigueur au combat féministe, « chaque chapitre prend appui sur des questions existentielles des femmes, des questions qui se posent aujourd’hui », souligne encore Elisabeth Parmentier. Le livre se taille « un joli début de succès », se félicite son éditeur, Matthieu Mégevand, directeur de la maison d’édition protestante Labor et Fides.

 

D’un côté, « on est surpris car, quand on met le mot Bible dans un titre, cela peut avoir tendance à rebuter, dit-il à l’AFP. Mais on pensait aussi qu’il pouvait intéresser étant donné les problématiques féministes actuelles. »

« Par rapport à celles qui disent que l’on doit jeter la Bible si l’on est féministe, nous, notre pari, c’est justement qu’il ne faut pas », insiste Elisabeth Parmentier.

 

https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/27/bible-des-femmes_a_23601897/

BIBLE, BIBLE ET CORAN, CHJRISTIANISME, CORAN, ISLAM, RELIGIONS

BIBLE ET CORAN : LES DIFFERENCES

bible et coranBible et Coran, quelles différences?

 Les pierres d’achoppement entre la religion musulmane et la religion catholique sont nombreuses. Qu’il s’agisse de la personne de Jésus, du dogme de LaTrinité, du concept de Révélation, de la liberté religieuse, de la prière, du statut de la femme etc. À la racine de toutes ces divergences, un rapport différent aux «Écritures»

 Coran et Bible 

Ainsi, pour le croyant musulman, le Coran est la Révélation. Il est regardé par les musulmans pieux comme une «dictée surnaturelle enregistrée par le prophète inspiré», écrivait lorientaliste Louis Massignon au début du siècle dernier. Par ailleurs, le Coran est lultime révélation qui récapitule tous les Livres antérieurs, en particulier, celui de Moïse (la Tora) et celui de Jésus (l’Évangile). Le Coran est ainsi le Livre. Il est même, en quelque sorte, Dieu fait livre. En christianisme, la Bible n’est pas considérée comme la Révélation ; en revanche, les livres qui composent cette Bible sont dits inspirés, en ce sens qu’ils permettent de connaître celui qui, en christianisme, est la Révélation, Jésus de Nazareth, Dieu fait homme. Le concept de révélation n’a donc pas le même sens en islam et en christianisme. D’un côté, la Révélation est un livre : le Coran ; de l’autre, la Révélation est une personne : Jésus Christ. De là, de terribles confusions!

 Mohammed et Jésus

L’un des plus douloureux malentendus concerne précisément la personne de Jésus. Musulmans et chrétiens le revendiquent. Mais peut-on affirmer qu’il s’agit de la même personne? En islam, Jésus (Aïssa) est lun des nombreux prophètes musulmans envoyés par Dieu pour rappeler le pacte primordial entre Dieu et sa création. À linstar des nombreux prophètes musulmans des temps passés (Adam, Abraham, Noé, Moïse etc.), Jésus (Aïssa) est lui aussi un grand prophète musulman, mais juste en dessous de Mohammed. Comme ce dernier, Jésus est prophète-envoyé : il a apporté un livre, l’Évangile (al-Indjîl), dont les chrétiens se réclament, mais qu’ils ont falsifié ; cette terrible accusation induit que, pour connaître l’authentique figure de Jésus, on doit recourir au Coran, seule révélation crédible. 

Enfin, le malentendu est redoublé puisque le Coran est, pour tout musulman, l’ultime Écriture donnée à Mohammed, sceau de toute prophétie. Or, il est impossible aux chrétiens de reconnaître Mohammed comme prophète, ni même comme l’exemple de toute fidélité à Dieu. Tout au plus peuvent-ils le voir comme un personnage des premiers âges de l’Ancien Testament, avant que la parole de Dieu n’ait policé les mœurs. Sur ce point, la distance entre chrétiens et musulmans est immense. Quant à Jésus, il est, entre chrétiens et musulmans, à la fois un lien très fort et «comme une pomme de discorde», écrit le penseur musulman Mohammed Talbi, qui poursuit : «Lislam le revendique et le glorifie. Mais, de ce fait, corollaire inévitable, Jésus est aussi un point focal des divergences qui opposent chrétiens et musulmans. Honnêtement, reconnaissons que nos divergences sont insurmontables.» (1)

 Monothéisme et Trinité

De cette relation radicalement (au sens de «racine») différente à leurs Écritures respectives découle, entre chrétiens et musulmans, le malentendu concernant le dogme chrétien de la Trinité. Ne nous arrêtons pas aux polémiques, bien présentes dans le Coran, concernant la «triade» chrétienne (un dieu «père», un dieu «fils» et Marie) (Coran 5, 116). Force est de constater que cest là un point dachoppement majeur. Les musulmans s’estiment en effet les seuls monothéistes authentiques. Puisque le Coran interdit formellement d’«associer» à Dieu dautres dieux, les chrétiens sont taxés, en toute bonne foi, de polythéistes. Et le polythéisme est, en islam, le seul péché impardonnable! 

Dans ces conditions, il est bien difficile de présenter aux croyants musulmans le mouvement d’amour trinitaire de Dieu-Père qui m’invite à suivre son Fils unique Jésus, «qui a pris chair de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, est mort, est ressuscité», pour que je vive désormais de son Esprit. Scandale pour les musulmans, qui récusent la mort de Jésus au nom même du respect quils portent à sa personne  les juifs n’ont pas tué Jésus, affirme le Coran  «Ils ne lont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié : cela leur est apparu ainsi» (4, 157). Lincarnation de Dieu en Jésus Christ est proprement insensée pour tout croyant musulman.

 Foi et raison dans les deux religions

Dans l’islam, le problème est de savoir si la foi à laquelle appelle le Coran est dans la ligne de la raison humaine (et donc, en ce sens «rationnelle»), ou si, tout en appelant à un sage usage de la raison humaine, elle dépasse la pure raison et exige le sens du mystère divin. Certes, le Coran appelle les musulmans à réfléchir, à utiliser leur raison pour méditer les «signes» que Dieu a donnés. Croire, cest faire un usage sain de la raison; la foi est donc «raisonnable». Mais la foi nest pas le fruit dune évidence dordre rationnel, dun raisonnement contraignant. Notons que le Coran a horreur des discussions où chaque camp veut prouver qu’il a raison: ainsi, il ne faut pas demander à voir lobjet de la foi Dieu comme ce fut la faute de Moïse (7, 142-143) car Dieu est invisible (6, 143). Finalement, selon le Coran, «ne croiront que ceux qui croient déjà» (cest-à-dire qui sont disposés à croire) (11, 36). Dans le christianisme, la place de la raison semble se situer dans la mise en œuvre du couple «croire pour comprendre et comprendre pour croire» de saint Anselme. À cet effet, la raison a toute sa place au service de la foi. D’ailleurs, et de manière analogue, dans l’expérience spirituelle chrétienne, on est invité à chercher Dieu («dès laube», ajoute le psaume 62)? Et, par le fait même à chercher à comprendre en utilisant l’ intelligence avec lespoir de le trouver même si cela se révèle être une quête incessante; La quête de saint Augustin: «Notre cœur est sans repos tant quil ne demeure en toi» nest pas première en islam; en revanche, elle est  le domaine où le chrétien se sent le plus proche des mystiques musulmans, les soufis  (soupçonnés de «déviation» (bida’a) par l’islam orthodoxe!)

 

La prière

Au sens technique du mot, la «prière» est, dans l’islam, l’un des cinq piliers de la religion. Tout croyant, homme ou femme, doit l’accomplir cinq fois par jour, suivant des gestes et des invocations précises ; le vendredi, cette prière se fait en commun à la mosquée. Les musulmans accomplissent ces rites immuables avec sérieux, expression de la foi sous-jacente. Dans le christianisme, le mot «prière» peut évoquer des rites religieux précis ou des pratiques religieuses de dévotion, comme le chapelet, les pèlerinages etc. Mais la prière est d’abord un cœur à cœur personnel (ou communautaire) pour remercier l’auteur de tout don, pour lui parler comme un ami parle à un ami, lui confiant ses affaires et demandant conseil. Une fois encore, les mêmes mots ne recouvrent pas la même réalité.

 

Le statut de la femme en islam

C’est là un sujet particulièrement délicat qui interdit toute généralité. Les traités de droit musulman classiques, qui s’appuient sur une lecture littérale du Coran, réservent à la femme un statut d’éternelle mineure – elle passe de la tutelle du père à celle du mari – et ses «droits» sont strictement limités à une soumission totale à ce dernier. Mais la situation de la femme est très diverse suivant les pays musulmans. Le code algérien de la famille voté en 1984, autorise la polygamie, la répudiation. Mais, dans ce même Maghreb musulman, la femme tunisienne jouit d’une situation juridique plus libérale. En France, les musulmanes vivent leur statut de femme, même si certaines familles renvoient encore «au pays» des jeunes filles qui sont mariées là-bas, de force… Quant aux pays sous domination islamiste, la situation est très difficile pour les femmes!

Les pierres d’achoppement entre les deux religions sont douloureuses. On utilise les mêmes termes dans la comparaison des deux structures religieuses différentes : Dieu, les prophètes, la Révélation, la religion etc. «Le contenu de lexpérience que ces mots recouvrent est radicalement différent  ils n’ont pas encore été chargés d’une expérience commune», écrivait Pierre Claverie, évêque dOran assassiné en 1996. Il ajoutait  «Le dialogue ne consiste pas à échanger des informations, mais à poser à lautre, et à se poser à soi, des questions radicales» : travail de longue haleine, de profond respect mutuel.