CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, ICHTHUS, SIGNIFICATION DE L'ACRONYMR ICHTHUS

Signification de l’acronyme Ichthus

Ichthus

1920px-Ichthys.svg

Ichthus ou Ichtys (du grec ancien ἰ / ichthús, « poisson ») est l’un des symboles majeurs qu’utilisaient les premiers chrétiens en signe de reconnaissance. Il représente le Sauveur durant les débuts de l’église primitive. En grec IΧΘΥΣ, est un acronyme pour « ησος Χριστς Θεο Υἱὸς Σωτήρ » / « Iêsoûs Khristòs Theoû Huiòs Sôtếr » soit « Jésus-Christ, Fils de Dieu, [notre] Sauveur ». Désormais, il reste un symbole stylisé en forme de poisson formé de deux arcs de cercle, ainsi qu’un acronyme.

Origines

Le poisson est un symbole récurrent dans le Nouveau Testament au même titre que le pêcheur : multiplication des pains et des poissons par Jésus, la pêche miraculeuse, la pièce dans la bouche d’un poisson pêché par Pierre selon l’indication de Jésus, le poisson grillé mangé par Jésus après sa résurrection.

Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines l’utilisaient comme code secret pour se reconnaître entre eux. Le signe du poisson (tourné vers la droite ou la gauche) fleurissait notamment en graffitis sur les murs de Rome avant Pâques, en guise de discrètes flèches pour indiquer aux chrétiens de passage le chemin des cryptes où aurait lieu l’office pascal.

Pour Clément d’Alexandrie, dans son ouvrage appelé le Pédagogue, les plus anciens symboles de distinction des chrétiens sont une colombe, pour la colombe de l’arche et le Saint-Esprit, un navire pour l’Église, une ancre pour l’espérance, et un poisson pour Jésus-Christ, car le mot grec Ichthus contient toutes les premières lettres des noms qui lui sont donnés dans les Écritures.

Ce symbole est le signe de la Résurrection, ensuite celui de l’eau du baptême et de tous les chrétiens baptisés dans la piscina ou le baptistère, symbole de la vie dans l’Ancien et le Nouveau Testament, donc des vivants (Stèle de Licinia, poisson des vivants Ichthus zwntwn).

Un acrostiche : le Nom de Jésus

Ichthus-acrostic

Le poisson représente l’eau du baptême. Par ailleurs, le mot forme, en grec ancien (langue véhiculaire davantage parlée dans l’Empire romain que le latin), un jeu de mots puisque c’est aussi l’acrostiche du nom attribué à Jésus sur laquelle repose la foi chrétienne (Première épître de Jean, 3:23 : « Croire que Jésus est le Christ c’est-à-dire le Messie attendu des Juifs », Première épître de Pierre : « Tout repose sur le Nom de Jésus »).

La reconnaissance par Constantin du christianisme sortit de la clandestinité son art et ses symboles.

« Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer. »

— Saint Augustin, La Cité de Dieu, XVIII, 23

I (I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)

Χ (KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »)

Θ (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)

Υ (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)

Σ (S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur »)

Ce qui est traduisible par « Jésus-Christ fils de Dieu, sauveur ». Pour certains, il représente en même temps l’Eucharistie, c’est-à-dire le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ. Les pains et les poissons sont la manne du Christ unissant les fidèles dans la communion sacramentelle. Ce symbole est encore souvent employé de nos jours.

Cet acrostiche est cité par l’Empereur Constantin dans l’Oratio Sanctorum Coetus ainsi qu’un poème dont chaque initiale en grec forme le mot Jésus Christ Sauveur.

Poème_Ichtus

On le trouve deux fois sous cette forme d’acrostiche dans l’épitaphe d’Aberccius d’Hiérapolis et dans l’épitaphe de Postumius (marbre dit d’Eutérion). Le mot ΙΧΘΥΣ s’y trouve écrit deux fois, horizontalement en tête du titulus, et verticalement en tête des cinq lignes dont il se compose. Une sixième lettre est ajoutée, c’est un N qui s’interpréterait soit par, Nika = vince une acclamation de victoire au Fils de Dieu Sauveur ! Vainqueur ou bien cela peut signifier noster, comme s’il disait « notre poisson » ; c’est-à-dire, « le Christ notre poisson ».

I POSTVMIVS EVTHERION. FIDELIS. QVI GRATIA

X SANCTA CONSET.VTVS PRIDIE NATALI SVO SEROTINA

Θ HORA REDUIT DEBITVM VITE SVB QVI VIXIT

U ANNIS SEX ET DEPOSITVS. QVINTO IDVS IVUAS DIE

C JOVIS QVO ET NATVS EST CVIVS ANIMA.

N CVM SANCTOS IN PACE FILIO BENEMERENTI

POSTVMl FELICISSIMVS ET LVTKENIA ET FESTA A VIA IPSEIVS

« Le poisson. Postumius Eutherion, fidèle qui, obtenu par une grâce sainte la veille de sa naissance, le soir rend la dette de sa vie, qui a vécu six ans, et inhumé le cinquième des ides de juillet, le jour de Jupiter (jeudi) où il est né ; dont l’âme est avec les saints dans la paix. À ce digne fils Postumus Felicissimus et Lutkenia et Festa son aïeule. »

Parfois un poisson vertical à côté de l’inscription remplace l’acrostiche (acrostiche de Caîus Anchosius, cat. de Saint Sébastien).

Ce nom grec, ainsi que le poisson, étaient les deux signes que les chrétiens représentaient partout : sur les épitaphes, les mosaïques, les peintures, les anneaux, les coupes et les patères de verre, les sceaux, etc. Sur l’origine de cet acrostiche, il y avait deux opinions différentes : l’une est que les chrétiens ont ainsi appelé le Christ, pour en dissimuler le nom aux empereurs païens, qui leur avaient interdit le culte du Christ ; mais d’autres ont pensé que ce nom ΙΧΘΥΣ était tiré des vers de la sibylle Érythrée, et aux livres sibyllins ; car les vers sibyllins, présentaient les lettres initiales disposées de manière que l’ordre des éléments faisait lire : Ιησους Χριστός Υιος θεου Σωτηρ. Ce mot transposé des Grecs chez les Latins, pour les chrétiens du premier siècle, tenait sur les inscriptions la place du mot de Christ ; et sur les pierres latines il était écrit en grec : ainsi la pierre de Postumius et celle d’Abercius. Il offrait un acrostiche résultant de la position du mot et des lettres qui le composent. La seconde théorie se fondait sur un texte attribué (de manière incertaine) à Prosper d’Aquitaine, Le livre des Promesses et Prédications, donc daté du milieu du ve siècle :

« Car ce mot ΙΧΘΥΣ, en latin, piscis (poisson), nos ancêtres l’ont interprété par de saintes lettres, d’après les vers sibyllins, comme signifiant Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. Poisson consommé par sa passion, et par les remèdes intérieurs duquel nous sommes tous les jours éclairés et nourris. »

Amulet_(PSF)

— Prosper d’Aquitaine

En fait cet acrostiche est à la fois grec et hébreu dans la mesure où le mot Jésus signifie en hébreu Sauveur. Jésus vient de l’hébreu Yeshouah (Josué) mot lui-même composé de Yaweh-Dieu et du mot Sauveur : Jésus, en grec Ιησους / Ièsous, vient de Yehoshua (hébreu : יהושע) qui signifie : Dieu sauve.

La fin de l’Évangile de Saint Jean (Jean:20) propose cette signification de ce que la foi dans le Christ est source de vie comme le poisson abondant en est le signe (Ézéchiel) « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom ». Ceci est suivi dans le chapitre (21) de l’épisode de la pêche miraculeuse et du poisson grillé sur le rivage, que les premiers chrétiens ont assimilé au Christ :

« Piscus assus est Christus. »

 

Sceau et numismatique

On retrouve cet acrostiche sur les épitaphes, gravé sur de la pierre, mais aussi sur des pierres précieuses, des gemmes, des bagues, améthyste, jaspe ou agate, et comme sceau ainsi que le préconise Clément.

En 1898, Robert Mowat propose une hypothèse fondée sur la numismatique, remarquant que l’expression Ichthus : « Jésus-Christ/ Fils de Dieu/ Sauveur » reprend la forme tripartite romaine de l’expression du nom d’une personne : prénom et nom (filiation paternelle), surnom ou fonction « Marcus/Tullius/Cicero ». Ainsi en numismatique : « César /fils du divin Vespasien Domitien / Consul pour la septième fois. ». Cela peut évoquer tant le statère trouvé dans le poisson par Saint Pierre que le denier rendu à César…. afin de rendre à Dieu ce qui lui appartient.

 

Citations

Tertullien : Le baptême, c’est pour Tertullien l’eau de la vie, celle hors de laquelle un chrétien ne saurait vivre : « Nous, petits poissons, qui tenons notre nom de notre ΙΧΘΥΣ Jésus-Christ, nous naissons dans l’eau et ce n’est qu’en demeurant en elle que nous sommes sauvés. (…) Le meilleur moyen de faire mourir ces petits poissons : les sortir de l’eau ». « Le chrétien est comparable à un petit poisson à l’image du Christ Lui-même ».

Julius Africanus appelle le Christ « Le grand poisson pris à l’hameçon de Dieu et dont la chair nourrit le monde entier ».

Saint Augustin évoque le Livre de Tobie : « Ce poisson, qui remontait le fleuve et se livrait à Tobie, c’est le Christ qui par sa passion amère, a mis en fuite Satan et guéri le monde aveugle ». Il écrit dans la Cité de Dieu : « Ichthus, c’est le nom mystique du Christ, parce qu’il est descendu vivant dans l’abîme de cette vie, comme dans la profondeur des eaux… ».

Bède emploie cette expression : « Piscis assus, Christus passus » : le poisson grillé, c’est le Christ. Cette expression est reprise par plusieurs auteurs.

Prosper d’Aquitaine « Jésus Filiis Dei Salvator, piscis in sua Passione decoctus, cujus ex interioribus remediis quotidie illuminamur et pascimur »

Optimus (évêque) : « Le Verbe, c’est le poisson qui, par les paroles saintes du Baptême, est attiré dans les eaux, et c’est du poisson (piscis) que le bassin prend le nom de piscine »

Optat de Milève explique le sens de cet acrostiche au livre III Contre Parmenianum. Il relie l’acrostiche Ichtys au Livre de Tobie, le poisson préfigurant le Christ comme le Livre de Jonas.

« Hic est piscina qui in baptismate per invocationem fontalibus undis vocitetur. Cujus piscis nomen secundum appellationem Graecam, in uno nomine continet, ΙΧΘΥΣ quod est Latinus JESUS-CHRISTUS, DEI FILIUS, SALVATOR. hanc vos piscinam, quae in omni Catholica per totum orbem terrarum, ad vitam generis humani, salutaribus undis exuberat; transduxistis ad voluntatem vestram, et solvistis singulare baptisma, ex quo baptismate hominibus muri facti sunt ad tutelam. »

— Optat de Milève, De Schismate Donatistarum Adversus Parmenianum

La Bonne Nouvelle

330px-Codex_Egberti_fol._90r

Cet acrostiche reprend les différentes étapes de l’annonce de la rédemption ; elle est destinée au monde entier, à tous les hommes :

Annonciation : « L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.» (Luc 1:35.)

Nativité : « Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie: c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche. Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant: Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée! ». (Luc 2:1-14.)

Prédication « Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Matthieu:4-19)

Passion : « Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d’arriver, furent saisis d’une grande frayeur, et dirent : Assurément, cet homme était Fils de Dieu. » (Matthieu:27-54)

Résurrection : Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C’est le Seigneur!» Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s’était déshabillé, et se jeta dans le lac. Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres. Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n’osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson.» (Jean:21).

Symbole évangélique

330px-Brooklyn_Museum_-_The_Miraculous_Draught_of_Fishes_(La_pêche_miraculeuse)_-_James_Tissot_-_overall

James Tissot, musée de Brooklyn, La Pêche miraculeuse.

Le thème de la pêche et du poisson est constant dans l’évangile, depuis le début (appel des quatre premiers disciples pêcheurs reprisant les filets de leur père) à la fin des évangiles lors de l’épisode de la résurrection du Christ et de la pêche miraculeuse. Le poisson symbolise aussi l’homme : Simon-Pierre, la pierre angulaire de l’église, sera un « pêcheur d’hommes ». Ce thème de la pêche se retrouve sur les mosaïques chrétiennes du pavement de la Basilique d’Aquilée ou païenne de la Piazza Armerina. Ce signe contenant le nom du Christ était le résumé de ce sur quoi le christianisme, la nouvelle religion, serait fondé, plus que celui du phénix : tout reposera sur le nom du Sauveur Jésus-Christ et il n’en aura pas d’autre qui puisse sauver (Première épître de Jean). Jésus signifie Sauveur en hébreu et c’est l’alpha et l’oméga de l’acrostiche qui finit comme il a commencé (ce qui évoque la figure géométrique parfaite du cercle ou du triangle tripartite, autre symbole de Dieu). Le mode sacrificiel de l’holocauste étant achevé avec le sacrifice de Jésus sur la Croix, le grand poisson des vivants, désormais le repas de poisson, l’agape, remplace celui des viandes immolées à Dieu, aussi ne voit on pas Jésus attablé à un festin de viande grillée mais de poisson grillé. L’Ichthus était en quelque sorte le nouveau nom de Dieu comme le fut pendant des siècles le tétragramme hébreu imprononçable d’un Dieu alors immatériel, et redoutable, mais infini, sinon par le grand prêtre : Yaweh ; codé il était secret, mais chacun pouvait le prononcer, et il était matérialisable dans la chair du poisson, symbole de l’incarnation et de la communion, aliment divin qu’on pouvait manger, multiplié à l’infini.

330px-Raffaello_Sanzio_-_Sacra_Famiglia_con_Rafael,_Tobia_e_San_Girolamo,_o_Vergine_del_pesce

La Vierge au poisson. Raphaël

Symbole du baptême

Jonah_thrown_into_the_Sea

Jonas jeté à la mer

Le poisson, Ichthus en grec, est un symbole chrétien à double sens. Il signifie le Christ et la vie en abondance promise aux chrétiens mais aussi le chrétien romain lui-même : les chrétiens étaient appelés les pisci : les poissons, les vivants.

Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines l’utilisaient comme code secret pour se reconnaître entre eux. Clément d’Alexandrie, dans son ouvrage appelé le Pédagogue, pour les catéchumènes, met le poisson au nombre des symboles que les chrétiens sont autorisés à porter sur leurs anneaux (sceaux, lampes) : « les signes qui doivent distinguer le chrétien sont une colombe, un poisson, une nacelle portée à pleine voile vers le ciel (…)».

Alpha et Oméga des chrétiens : On le trouve sur une mosaïque du pavement de la basilique d’Aquilée et, des lampes (lumière et vie). Mais aussi symbole du début (alpha) et de la fin (oméga) de la vie chrétienne des baptisés : sur les mosaïques des baptistères (piscinae – eau et vie des baptêmes des convertis de l’Église nouvelle, préfigurés par la pêche miraculeuse de Pierre, ou par la guérison des malades de la piscine de Bethesda : Le début de la vie du chrétien) et aussi sur des sarcophages ou dans les catacombes et cimetières de Rome, c’est-à-dire un passage vers une autre vie, et associé à l’Ancre (symbole) de la promesse divine et de l’espérance de la vie éternelle.

À Ostie antique, ancien évêché, la « Maison aux poissons» est considérée comme chrétienne à cause de la mosaïque du vestibule, une coupe ou un baptistère renfermant un poisson.

330px-Mosaic_Domus_dei_Pesci_Ostia_Antica_2006-09-08

A Ostie la Maison du poisson

Le poisson est aussi au cœur d’agapes, le repas chrétien. Le poisson étant la nourriture des chrétiens et non plus la viande immolée en sacrifice, ceux-ci deviennent eux-mêmes leur nourriture, des poissons. Il symbolise également le sacrement de l’Eucharistie préfigurée par la multiplication des pains et des poissons.

Jésus-Christ et ses apôtres étaient souvent désignés sous le nom de pêcheurs et figurés comme tels, donc on appela « poissons » les hommes gagnés à la foi chrétienne grâce à leur parole. Cette appellation fut sans doute inspirée par les histoires de pêches si fréquentes dans l’Évangile, et particulièrement par la pêche miraculeuse, où le Christ a voulu mettre la réalité à côté de la figure (Luc 5 v.1-11). Monté sur la barque de Pierre, qui était l’image de l’Église chrétienne, son Maître commence par « pêcher les âmes » en annonçant la bonne nouvelle à la foule qui le suivait ; et ensuite, il fait prendre sous ses yeux, par ses apôtres, une quantité énorme de poissons, qui sont la figure des multitudes qu’ils devaient convertir un jour ; il donne exactement la signification de ce miracle, en leur annonçant que désormais Simon (Pierre) sera « pêcheur d’hommes ».

BapAQu01

Pavement de la Basilique d’Aquilée. la pêche miraculeuse

Plus tard l’iconographie de Saint Brendan reprendra ces deux symboles de la barque et du poisson, dans une civilisation devenue monachique : l’iconographie des catacombes liant le poisson et le pain eucharistique, saint Brendan célèbre la messe sur l’Ile du Poisson. Ce symbole est cependant abandonné par les chrétiens dès le ve siècle puis, au Moyen Âge.

Art paléo-chrétien

Le propre du paléo-christianisme est d’avoir très souvent représenté le symbole de l’ichthus dans les arts, dans les catacombes, ainsi que les lampes qui servaient à les éclairer. Durant cinq siècles environ il demeure le principal symbole du Christianisme naissant.

 

Quelques exemples

330px-Lampe_Poisson_Musée_de_Laon_70908

Lampe à huile figurant un poisson

Les poissons sont figurés sur des lampes en terre cuite paléo-chrétiennes (lampe du Campo Santo tedesco, lampe du musée d’Arles, lampe du musée de Pérouse) ou des mosaïques (pavement d’Aquilée : scène de pêche, mosaïque chrétienne Pax et Concordia de Tipaza, catacombes de Sousse, inscription Ichthus, salus mundi, mosaïque de Saint Apollinaire in Classe), vases, peintures (Agapes, catacombes St Callixte, panier, poisson et verre de vin, crypte de Gaudentius, catacombes de SS. Pierre et Marcellin, etc. : le poisson est toujours peint sur la table du la cena, au centre du banquet), bas-relief (Poisson copte, Musée du Louvre, Bas relief avec 2 poissons, Saint-Laurent-hors-les-murs, Rome), épitaphes et sarcophages (sarcophage de Livia Primitiva, Musée du Louvre) ou les épitaphes (catacombes de Saint-Sébastien) ; pierre de fermeture de loculi (cimetière Ste Agnès, Catacombe de Saint-Calixte, de Sainte-Domitille), sur les murs des catacombes, (catacombes d’Hadrumète), des pierres (pierre de Henchir el OuedAlgérie), ou par des objets (poisson de verre] retrouvé près des catacombes de Saint-CalixteMusée océanographique de Monaco ; Poisson d’améthyste, Musée de Berlin), etc.

La figure de deux poissons accolés existe aussi, autour d’une ancre ou sur le chapiteau d’une colonne dans la basilique de Tébessa.

 

Pectorius d’Autun

330px-S._Apollinare_Nuovo_Last_Supper

L’épitaphe d’Autun dite épitaphe de Pectorios (fin iie – début iiie siècle) découverte fin xixe siècle et souvent étudiée, désigne le Christ sous le nom d’ichthus acrostiche deux fois gravé sur la pierre :

« Race divine du céleste Ichthus, qui est venu parmi les mortels faire entendre ses immortelles paroles ! Ami, ensevelis ton âme dans les eaux sacrées, ces eaux éternelles qui donnent la sagesse avec tous ses trésors ! Prends l’Ichthus dans tes mains, mange et bois, rassasie-toi de cette douce nourriture que le Sauveur donne a ses saints. Ô Ichthus, ô maître Sauveur, exauce mes désirs! Que ma mère te contemple dans sa joie, je t’en prie avec elle, ô lumière des mortels ! Ascandius, père bien-aimé de mon cœur; et vous aussi, ma douce mère, souvenez-vous de votre fils Pectorius, qui verse des larmes sur votre tombeau. »

Ainsi que l’épitaphe dite d’Abercercius d’Hiérapolis :

« La foi me guidait et me procurait en tout lieu pour nourriture un poisson très grand et très pur, recueilli à la source par une vierge sans tache, et c’est ce qu’elle sert constamment à la table des amis, elle a un vin excellent qu’elle verse (coupé d’eau ?) pour accompagner le pain. »

Le poisson, seul ou double, peut donc désigner le chrétien (piscus) soit le Christ, soit la pêche symbolique (Saint Pierre « pêcheur d’hommes »), soit la pêche miraculeuse, soit la nourriture sur la table (Agapes), ou encore la multiplication des pains et des poissons (Ravenne Mosaïque st Apollinaire Nuovo, Tabgah), enfin l’eucharistie : « tu tiens l’ichthus dans la paume de ta main » (épitaphe et poème d’Abercius) enfin il est souvent associé à l’ancre (épitaphe de Licinia Rome ICHTHUC ZWNTWN, Poisson des vivants).

La Prière du cœur

225px-Christogram_with_Jesus_Prayer_in_Romanian

Prière de Jésus dans un christogramme roumain

En Grèce et en Orient, le symbole du poisson est inexistant, mais la prière du cœur, aussi appelée prière de Jésus reprend dans sa forme grecque l’acrostiche Ichthus et lui donne tout son sens : « Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur » « Jésus, sauve-moi… Jésus-Christ, aie pitié, sauve… Jésus, sauve-moi… Jésus, mon Dieu »

L’Église de Rome, celle des martyrs de Néron, put ainsi adopter le symbole du poisson jusqu’au ive siècle en ces cinq lettres grecques et l’Orient développer le thème de la prière. L’Ichthus est donc le ciment de l’unité des églises chrétiennes.

 Dans les années 1970, l’usage de l’ichthus s’est répandu aux États-Unis avec le Jesus Movement auprès des chrétiens, et spécialement chez les chrétiens évangéliques.

Ce symbole est utilisé principalement sur les pendentifs, les épingles ou sur les voitures, en signe d’appartenance à la foi chrétienne.

On le retrouve également sur le logo de la conférence des évêques de France.

180px-Ichthys_symbol.svg

CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, LA DERNIERE PRIERE DES MARTYRS CHRETIENS, MARTYRS CHRETIENS, PERSECUTIONS CONTRE LES CHRETIENS, PRIERE, PRIERES

La dernière prière des martyrs chrétiens

La Dernière Prière des martyrs chrétiens,

Poème de Louis Veuillot (extrait des Satires – 1864)

Peinture de Jean-Léon Gérôme, 1883

unnamed

The_Christian_Martyrs'_Last_Prayers

Rome régnait sans lutte. Esclave souveraine,

Enchaînée et tenant le monde sous sa chaîne,

Redoutable et soumise à ses maîtres pervers,

Rome aux pieds de César dévorait l’univers.

Elle dévorait tout, les biens, les corps, les âmes!

En ses horribles jeux, en ses festins infâmes,

Elle voulait du sang : le monde en fournissait;

Sur l’appétit romain l’empereur le taxait.

Quand le peuple ennuyé couvait quelque tempête,

Dix mille hommes mouraient en un seul jour de fête;

Et la Bête repue alors battait des mains

A César, intendant du plaisir des Romains;

Puis l’on recommençait. Sinon, plus affamée,

Rome contre César criait avec l’armée,

Et l’empereur tombait, atteint d’un coup d’épieu;

Mais en l’assassinant, Rome le faisait dieu.

Elle donnait au ciel de tels dieux en grand nombre;

Plus encore à la terre humiliée et sombre.

Agents inassouvis du monstre turbulent,

Et faisant son pouvoir toujours plus insolent,

Les rudes proconsuls, parcourant ses royaumes,

Taxaient tout, prenaient tout, arrachaient jusqu’aux chaumes:

Il fallait obéir. Il fallut adorer,

Quand Rome aux fils du Christ ordonna d’abjurer.

Alors l’espèce humaine à cette frénésie

Dut payer un tribut nouveau, l’apostasie.

La Bête, prévoyante en ses corruptions,

Ne voulait pas laisser le Christ aux nations:

Le règne de Jésus sapait son propre empire;

Elle impose ses dieux sous peine de martyre.

Les chrétiens meurent. Rome, ayant goûté ce sang,

En devint plus avide : il était innocent!

Or, des enfants du Christ la troupe clairsemée

N’apportait pas au monde une parole aimée:

Ils étaient étrangers, sans art et sans esprit;

Ils adoraient un juif, moins qu’un juif, un proscrit!

Un Dieu jadis traîné dans un obscur prétoire,

Muet, battu, pendu, pour finir son histoire!

Devant sa croix de bois chacun d’eux, se courbait.

Cette croix, qui n’était encore qu’un gibet,

On la devait porter dans l’âme! Leur doctrine

Surpassait tout le reste en âpreté chagrine;

Ses règles entravaient l’homme de tous côtés:

Dédain de la richesse, horreur des voluptés,

Amour des ennemis remplaçant la vengeance;

Enfin, pour dernier trait, pour comble de démence,

Dans un monde où la gloire était chose sans prix,

Ces chrétiens prétendaient faire aimer les mépris.

Docteurs extravagants et rudes ! Leur caprice

Ôtait la verge au maître, à l’esclave le vice.

Enfermant tout le coeur dans un cercle cruel,

Ils ne lui laissaient plus d’essor que vers leur ciel!

Aussi quelle fureur et quelle ample risée

A l’aspect des chrétiens couraient le Colysée,

Insultant, flagellant ces malfaiteurs têtus

Qui dans Rome apportaient la peste des vertus!

On aimait leur supplice, et la joie inhumaine

En ce plaisir de choix se doublait par la haine.

On a vu quelquefois les tigres attendris,

Mais le peuple romain, jamais. Les beaux esprits.

Chevaliers, sénateurs, qui disaient avec grâce

Dans l’entracte de sang quelque couplet d’Horace,

Les femmes, dont le coeur semblait moins endurci,

Les vestales, César, nul ne faisait merci.

« Les chrétiens aux lions ! » ainsi criait la Bête.

Partout les proconsuls donnaient semblable fête.

Rome, en cela, c’était le monde. Point de lieu

Qui ne fût enivré de la haine de Dieu!

Les peuples asservis, les plus bas tributaires,

Ceux à qui l’on prenait leurs champs héréditaires,

Ceux qui voyaient leurs fils, battus par les licteurs, 

Devenir histrions, mimes, gladiateurs,

Et ces derniers enfin, ces malheureux eux-mêmes,

Tous appuyaient l’enfer dans ses efforts suprêmes.

Rome semblait divine à leurs yeux fascinés.

Du Christ libérateur ennemis forcenés,

Ils donnaient contre lui la main à tous les crimes;

Et sur leurs fronts abjects, révoltantes victimes, 

Ils maintenaient ainsi ce joug deux fois fatal,

Et l’empire de Rome et l’empire du mal.

Cependant les chrétiens souriaient aux supplices.

Dieu leur avait promis de nouvelles délices;

Il les leur envoyait par les mains de la mort.

César et ses bourreaux en vain faisaient effort:

Le spectre d’autrefois, la parque, était un ange.

Dans la flamme enchaînés ou noyés dans la fange,

Liés aux chevalets ou jetés aux lions,

Abandonnés à l’art des bourreaux histrions

Qui savaient insulter en déchirant la proie,

Les doux martyrs du Christ ne perdaient point leur joie.

Couronné de lumière et d’immortelles fleurs,

L’ange envoyé du ciel l’ouvrait à leurs douleurs,

Et des cirques sanglants, et des bouges infâmes,

Dans sa main rayonnante il emportait les âmes.

O belles morts des saints, ô trépas enviés!

O fécondes ardeurs de ces suppliciés!

O puissance du Christ, ô divine victoire!

Il parle maintenant, le muet du prétoire;

Il ordonne à la mort, et, comme il a dicté,

Elle enfante la vie et l’immortalité.

Le sang se change en fleurs, et sous la faux jalouse

On voit naître la vierge et se former l’épouse;

L’orgueil vient trébucher au tombeau triomphant,

Le sage s’interroge à la voix de l’enfant;

Dans la noire prison, où chante la parole,

Le geôlier, du captif épelant le symbole,

Reconnaît en pleurant cet homme garrotté:

C’est son Dieu, c’est son frère, et c’est la liberté!

Un sentiment nouveau remplit son coeur, il aime;

De la main qu’il délie il reçoit le baptême,

Et demain, à son tour expirant sur la croix,

Il verra ses bourreaux se dire entre eux : Je crois!

Ainsi combat le Christ, ainsi Rome étonnée

Devant la Croix un jour se trouve prosternée.

Le sceptre avec le glaive est tombé de ses mains.

Dieu veut une autre Rome et fait d’autres Romains;

Il chasse de ce lieu le démon de l’empire,

Le Vatican s’élève et le monde respire.

Le mal n’est plus stérile en ses convulsions,

De l’empire broyé naissent les nations;

A ces enfantements le Vatican préside:

Les peuples nouveau-nés, placés sous son égide,

Y grandissent vainqueurs assurés de leurs droits;

Le vicaire du Christ est le premier des rois;

Les princes ont un juge et les peuples un père.

Mais, protecteur aussi du pouvoir qu’il tempère,

Le pontife romain, successeur des Césars,

Aux rois comme aux sujets fait d’équitables parts;

Il veut devant le droit que la force fléchisse.

Empereur de la paix, gardien de la justice,

Pour remplir ce devoir, seul et sans légions,

Il brave les tyrans et les séditions;

Il dit non à l’injure, au poignard, à l’épée,

A l’erreur insolente, à la candeur trompée;

Et, même renversé, poursuivant ces combats,

Il résiste, et le droit lésé ne périt pas;

Et ce vieux nom romain, jadis plein d’épouvante,

Du faible est le rempart et l’armure vivante;

Et proclamant le Dieu qui brise tous les fers,

Rome aux pieds de la Croix affranchit l’univers.

Et moi, j’ai de mes yeux vu dans le Colysée

La Loi du Christ honnie et sa Croix méprisée!

Et je sais une vieille à l’effronté maintien

Qui vint là clabauder contre le nom chrétien,

Et qui fit applaudir ses gloussements sinistres!

Et le monde est rempli d’histrions et de cuistres

Dont la noble espérance attend quelque soudard

Qui leur ôte le Christ et leur rende César !…

Jean-Léon_Gérôme_-_The_Christian_Martyrs'_Last_Prayer_-_Walters_37113_détail_2

Siemiradski_Fackelnunnamed (2)

BIBLE, CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE PRILITIVE (30-600), EPITRES, EPITRES CATHOLIQUES, NOUVEAU TESTAMENT

La Bible livre par livre (8)

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

Le Nouveau Testament

 

56b086b0-df9e-4f9b-9f9e-c1a2c09fd262

Epîtres catholiques ou générales

440px-Liturgical_codex_Louvre_E10094

 

Epître aux Hébreux

images (10)

13 chapitres

Ecrit anonyme, l’épître aux Hébreux s’adressait à des Juifs convertis au christianisme et peut-être tentés de retourner au judaïsme. Elément par élément, l’auteur montre que Christ et son œuvre sont supérieurs aux anges, à Moïse et à tout le système de sacrifices instauré par la loi de l’Ancien Testament. Le fait qu’il parle de ce système au présent indique que la lettre date d’avant la prise de Jérusalem et la destruction du temple par les Romains, événements survenus en 70 apr. J.-C.

Epître de Jacques

images (12)

5 chapitres

Frère (ou plutôt cousin) de Jésus, Jacques montre dans sa lettre qu’une foi véritable est une foi qui se traduit dans des actes et qui ne reste pas au simple niveau d’un savoir théorique.

Première épître de Pierre

téléchargement (17)

5 chapitres

Le disciple et apôtre Pierre écrit aux chrétiens de diverses provinces d’Asie Mineure pour les encourager à tenir ferme dans l’épreuve et à se comporter de manière conforme à l’appel que Dieu leur a adressé. Il montre que la souffrance n’est pas anormale et que le chrétien peut glorifier Dieu en son sein même.

Deuxième épître de Pierre

téléchargement (19)

3 chapitres

La deuxième lettre de Pierre contenue dans le Nouveau Testament est un écrit d’avertissement contre la menace des faux docteurs et de leurs enseignements erronés. Il invite les chrétiens à s’appuyer sur la Parole de Dieu transmise par les apôtres et à vivre dans l’attente du retour de Christ.

Première épître de Jean

images (13)

5 chapitres

Bien qu’anonyme, cette épître est unanimement, et dès le 2e siècle apr. J.-C., attribuée au disciple de Jésus nommé Jean. Dans un contexte (fin du 1er siècle) où les hérésies commencent à fleurir en Asie Mineure, il réaffirme l’identité de Jésus-Christ ainsi que le rôle de Dieu le Père et du Saint-Esprit, tout en définissant les critères d’une vie chrétienne authentique. L’amour pour les frères et l’obéissance aux commandements de Christ y figurent en bonne place.

Deuxième épître de Jean

téléchargement (20)

1 chapitre

Très brève, la deuxième lettre de Jean, le disciple et apôtre, s’adresse à une dame. Certains y ont vu une personne en chair et en os, d’autres le symbole d’une Eglise. Toujours est-il que l’apôtre invite des chrétiens à faire preuve de discernement dans l’accueil qu’ils réservent aux prédicateurs itinéran itinérants: certains sont de faux docteurs. Le chrétien doit vivre dans la vérité et dans l’amour.

Troisième épître de Jean

images (14)

1 chapitre

Très brève elle aussi, la troisième lettre de Jean est adressée à un certain Gaïus, responsable d’une Eglise d’Asie Mineure. L’apôtre félicite Gaïus et le met en garde contre un dénommé Diotrèphe, un homme au comportement dictatorial dans l’Eglise.

 

Epître de Jude

images (16)

1 chapitre

Probablement de la parenté de Jésus, Jude met en garde ses destinataires, peut-être des chrétiens d’Asie Mineure ou d’Egypte, contre l’infiltration des hérétiques dans les Eglises. Dans ce bref écrit, il dénonce la conduite immorale des faux docteurs et le jugement qui les attend, en invitant les chrétiens à rester attachés à la foi transmise par les apôtres.

BIBLE, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE PRILITIVE (30-600), EPITRES, LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE (6), NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre)

La Bible livre par livres (7)

LA BIBLE LIVRE PAR LIVRE

Le Nouveau Testament

File_-Saint_Paul_Writing_His_Epistles__by_Valentin_de_Boulogne

 

Epîtres de Paul

la-vie-et-l-epitres-de-stpaul-ersion-de-la-bible-426-triopium-promontoire-de-la-troade-557-544-description-des-voir-alex-andria-troas-trogyllium-560-435-455-trophime-n-tryphena-535-535-tryphose-tullianum-l-23

Epître aux Romains

téléchargement (12)

16 chapitres

L’apôtre Paul est l’auteur de treize lettres qui ont été incluses dans le Nouveau Testament par ordre dégressif de grandeur. Sa lettre aux chrétiens de Rome, écrite avant sa visite chez eux, expose les raisons d’être de la venue et de la mort de Jésus-Christ: apporter le salut offert par Dieu. Elle montre qu’on n’obtient pas ce salut en accomplissant des œuvres, mais seulement en croyant au Christ.

Première épître aux Corinthiens

220px-Voyage_Paul_3

16 chapitres

Fondée par Paul en 51 apr. J.-C., l’Eglise de Corinthe, en Grèce, était marquée par les désordres et avait posé un certain nombre de questions à l’apôtre. Cinq ans après, absent de Corinthe, il cherche à montrer à ces jeunes chrétiens comment la doctrine de la croix de Christ devrait être appliquée à leur vie.

Deuxième épître aux Corinthiens

images (6)

13 chapitres

2 Corinthiens a été écrite quelques mois après 1 Corinthiens (fin 56-début 57 apr. J.-C.). Certains lançaient des attaques contre l’apôtre Paul dans l’Eglise de Corinthe. Il se défend donc contre ces attaques afin de rétablir son autorité.

Epître aux Galates

330px-Galatia_Map

6 chapitres

Adressée à des chrétiens d’Asie Mineure (leur localisation précise est discutée) par l’apôtre Paul, l’épître aux Galates oppose le véritable Evangile à un faux évangile prêché par les judaïsants. Certains voulaient en effet imposer le respect des rites juifs et de la loi juive aux chrétiens, même lorsqu’ils étaient d’origine non juive. Paul rappelle qu’on accède au salut par la foi.

Epître aux Ephésiens

téléchargement (13)

6 chapitres

Probablement lettre circulaire destinée aux Eglises d’Asie Mineure, l’épître aux Ephésiens expose le plan de Dieu, d’avant la création jusqu’à l’éternité, en mettant l’accent sur l’Eglise. En prison à Rome, Paul montre que la venue de Jésus-Christ a fondé un nouveau «peuple» formé de Juifs et de non-Juifs: l’Eglise.

Epître aux Philippiens

téléchargement (14)

4 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Philippes (en Macédoine) avait envoyé un don à l’apôtre en prison. Il écrit à ces chrétiens pour les remercier et, paradoxalement vu les circonstances qu’il rencontrait, il mentionne à de nombreuses reprises la joie.

Epître aux Colossiens

images (7)

4 chapitres

Ecrite en même temps que l’épître aux Ephésiens, la lettre adressée par Paul aux Colossiens met un accent particulier sur la personne de Christ et sur l’œuvre de salut qu’il a accomplie, ainsi que sur les répercussions que cela a (ou devrait avoir) dans la vie des chrétiens.

Epîtres aux Thessaloniciens

téléchargement (15)

5 et 3 chapitres

Fondée par Paul, l’Eglise de Thessalonique bénéficie, avec ces deux lettres que l’apôtre lui adresse à quelques mois d’intervalle (en 51 ou 52 apr. J.-C.), d’enseignements sur le retour de Christ.

Epîtres à Timothée

images (8)

6 et 4 chapitres

Adressées par Paul à l’un de ses proches collaborateurs (d’où le nom d’épîtres pastorales qu’elles portent avec l’épître à Tite), les deux épîtres à Timothée contiennent des avertissements sur les dangers que court l’Eglise, en particulier du fait des fausses doctrines, et des instructions sur la manière de l’organiser et de se conduire en tant que responsable. Timothée était en effet responsable de l’Eglise d’Ephèse.

 

Epître à Tite

téléchargement (16)

3 chapitres

Responsable de l’Eglise de Crète, Tite était un collaborateur de Paul. L’apôtre lui demande de le rejoindre tout en lui donnant des directives pour la vie dans l’Eglise, la vie en famille et la vie dans la société.

 

Epître à Philémon

images (9)

1 chapitre

Brève missive de l’apôtre Paul à un membre de l’Eglise de Colosses, l’épître à Philémon traite des rapports entre le maître et l’esclave chrétiens. Un dénommé Onésime s’était en effet enfui de chez son maître Philémon avant de devenir chrétien au contact de Paul à Rome. L’apôtre invite Philémon à accueillir l’esclave fugitif comme un frère.

Voyages_de_St_Paul___[...]Gratia_N_btv1b531361053

CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE DES PREMIERES COMMUNAUTES CHRETIENNES (Ier-IIIè siècle), HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), L'EGLISE A LA MAISON, MARIE-CHRISTINE BASLEZ

L’Eglise à la maison : histoire des premières communautés chrétiennes (Ier-IIIè siècle)

L’Eglise à la maison : histoire des première communautés chrétiennes Ier-IIIè siècle

Marie-Françoise Baslez

Paris, Salvator, 2021. 202 pages

61M8KAFEOeL._SX332_BO1,204,203,200_

Quatrième de couverture

Et si c’est par là que tout avait commencé ? Les églises « domestiques » ou de « maisonnées » (en d’autres termes « l’Église à la maison ») ne sont-elles pas à l’origine de l’essaimage et de la croissance du christianisme durant les trois premiers siècles de notre ère ? Ne constituent-elles pas le vecteur d’une foi qui va se répandre sans rester cantonnée à quelques communautés isolées ? À partir de leurs modes de vie et d’action, mieux perçus désormais par l’évolution générale de l’histoire antique, Marie-Françoise Baslez rejoint au plus concret la condition des chrétiens de cette période. Ni cachés, ni confinés, ceux-ci portent des questions qui sont parfois aussi les nôtres : l’émergence de l’individu, la place des femmes, la condition d’immigré ou d’esclave, la synodalité, le sens de la mission… À leur manière, ils témoignent déjà de l’annonce de la foi dans un milieu hostile ou indifférent. Loin des idées reçues ou des inévitables anachronismes, Marie-Françoise Baslez met en évidence avec force la dynamique de la christianisation à l’oeuvre  à l’époque, celle qui permet à « l’Église à la maison » de s’ouvrir à la dimension de l’universel.

AUTEUR

Marie-Françoise Baslez est professeur émérite d’histoire des religions de l’Antiquité à Paris IV. Elle a notamment publié Comment notre monde est devenu chrétien (Seuil, coll. « Points-Histoire », 2015) et Jésus : dictionnaire historique des Évangiles (Tallandier, coll. « Texto », 2020).

CRITIQUES

« Ce livre innovant permet de voir comment des groupes chrétiens particuliers, très divers, enracinés dans un cadre communautaire local, se sont organisés en réseau dans l’Église universelle.

Marie-Françoise Baslez, historienne reconnue des religions de l’Antiquité et en particulier des premiers temps de la religion chrétienne, développe dans cet ouvrage ses recherches sur la dynamique missionnaire de l’Église sous l’Empire romain, en particulier lors des trois premiers siècles.

S’appuyant sur les écrits du Nouveau Testament, sur des sources non canoniques et sur les œuvres des Pères de l’Église, mais aussi sur les documents officiels du monde gréco-romain, elle s’intéresse au rôle joué par la famille et la maisonnée comme composante essentielle de l’organisation de la société et à ce qui a pu favoriser l’essaimage d’Églises de maisonnées urbaines dans le territoire rural.

Elle réfléchit à partir des données que sont, aux premiers siècles, les Églises domestiques ou de maisonnée pour ensuite aborder des questions qui intéressent l’individu (place des femmes, vie et rôle des esclaves) et la communauté chrétienne (les associations chrétiennes dans la cité, l’Église domiciliée, l’Église en réseaux).

L’Église de la maisonnée ne s’est pas construite sur des rapports de domination, car les communautés chrétiennes réfléchirent à l’idée de service mutuel et s’inscrivirent dans le cadre des associations caritatives tolérées par le droit romain.

Au-delà de l’égalité des hommes et des femmes devant Dieu, ces Églises ont affirmé la liberté comme droit de la personne face à la communauté collective, familiale, civique et ethnique – ce qui a été déterminant dans la pratique des maisonnées et dans la vie ecclésiale. Ce livre innovant permet de voir comment des groupes chrétiens particuliers, très divers, enracinés dans un cadre communautaire local, se sont organisés en réseau dans l’Église universelle.

revue-etudes.com/article/l-egli

 

Le rassemblement des Églises en maisonnée pendant près de trois siècles a été déterminant pour la diffusion et la croissance du christianisme naissant.

Lune-toutes-premiere-representations-Christ-Marbre-IIIe-siecle-Musee-archeologique-dOstia-Italie_0
Art paleochretien : « representation du christ, probablement la premiere » 3eme siecle apres JC. Marbre marquete. Musee ostiense, Ostia ©Luisa Ricciarini/Leemage (Photo by leemage / Leemage via AFP)

L’une de toutes premières représentations du Christ. Marbre du IIIe siècle. 
Musée archéologique d’Ostia (Italie).LEEMAGE VIA AFP

Ce livre aux dimensions modestes est tout simplement passionnant. Marie-Françoise Baslez, spécialiste de l’Antiquité chrétienne, mobilise les connaissances amassées durant toute une vie, pour faire découvrir à son lecteur que depuis ses origines – comme en témoigne déjà la littérature paulinienne – et jusqu’au tournant constantinien, les premières communautés chrétiennes se sont retrouvées dans des maisonnées, qui étaient les « cellules de base de la vie communautaire ».

Ces lieux où l’on se rassemblait pour le culte étaient aussi des petits laboratoires où s’est expérimentée peu à peu l’organisation de la vie des premiers chrétiens, souligne l’historienne.

Brassage social

Une telle configuration a permis autant un réel brassage social, avec la participation des esclaves, qu’une émancipation non négligeable des femmes, qu’elles soient mariées ou bien vierges ou veuves. Marie-Françoise Baslez consacre d’ailleurs un chapitre à chacune de ces deux réalités, battant en brèche bien des idées reçues.

Pareillement, elle use, tranquillement mais fermement, de son autorité pour tailler en pièces un mythe pourtant bien enraciné jusqu’à nos jours, celui des Églises cachées dans les catacombes : « L’Église souterraine est un fantasme romantique, nourri au XIXe siècle par des réminiscences de messes clandestines et de prêtres cachés, issues de la Révolution française. »

Églises-sœurs

Ces premières Églises réunies dans des (grandes) maisons n’étaient pas pour autant repliées sur elles-mêmes. Déjà, elles avaient été fondées autour d’axes de circulation déjà existants empruntés par les commerçants et les voyageurs. Elles fonctionnaient plutôt en réseaux, au maillage souple qui pouvait être étendu, où l’échange épistolaire entre elles fut décisif pour leur développement.

L’étude fouillée de la vie des communautés chrétiennes primitives montre aussi la mise en place d’Églises métropoles et d’une « multipolarisation générale ». L’autrice n’hésite pas à parler d’Églises-sœurs fonctionnant de façon synodale.

Elle montre également que le tournant constantinien, au début du IVe siècle, va accélérer le passage de l’Église des maisonnées vers un bâtiment propre à usage collectif – une évolution amorcée bien auparavant. Le fait que durant presque trois siècles les chrétiens se sont réunis dans des maisons particulières ne saurait être oublié, et peut certainement inspirer les chrétiens d’aujourd’hui dans leurs manières de concevoir et de vivre l’Église…

https://www.la-croix.com/Culture/LEglise-maison-Marie-Francoise-Baslez-Eglises-domestiques-origines-christianisme-2021-12-06-1201188740

Fiche de l’Observatoire Foi et culture du mercredi 19 janvier 2021 à propos de l’ouvrage de Marie-Françoise Baslez sur L’histoire des premières communautés chrétiennes au 1er et au 3e siècle.

À partir de sources plurielles, Marie-Françoise Baslez nous offre une histoire des premiers chrétiens, du  1er au IIIème siècle. Les écrits du Nouveau Testament, les textes des Pères de l’Église, l’apport récent de  l’archéologie, les apocryphes, les Actes des martyrs sont autant de données documentaires précieuses pour  comprendre les débuts du christianisme. Le risque est pourtant « d’écrire une histoire rétrospective et  anachronique en remontant le temps et en projetant sur le passé le regard et les exigences du présent »  (p. 7). L’objectif de ce livre est de classer toute une documentation disponible et de montrer le rôle joué par  la famille et la maisonnée, cellule de base de la société dans l’Antiquité.

Marie-Françoise Baslez essaie de donner un contenu sociologique au concept d’Église domestique, d’Église  de maisonnée. « Replacer la première mission chrétienne dans son cadre authentique conduit à inventorier  les potentialités de la maisonnée antique, avec toujours le même souci d’éviter les anachronismes » (p. 14).

Agrégée d’histoire, Marie-Françoise Baslez a travaillé sur le christianisme ancien, les romans grecs et l’histoire  du judaïsme de langue grecque. Elle est spécialisée dans les questions sociales des périodes hellénistique et  romaine. Elle s’applique notamment à l’analyse des relations entre hellénisme et judaïsme, depuis la  traduction de la Septante jusqu’à l’émergence du christianisme.

Au fil des pages de nouvel essai, elle fait  particulièrement référence à l’expérience de Paul qui a réinterprété des notions empruntées au monde  gréco-romain en développant une réflexion qui lui est propre. Dans le Nouveau Testament, l’évangéliste Luc  présente l’Église de maisonnée comme un lieu de la convivialité, le lieu de la fraction du pain après le dernier  repas de Jésus et le lieu de l’enseignement. La toute première communauté, dans les Actes des Apôtres est  décrite comme un idéal d’unanimité. La maison est aussi le lieu des professions de foi et des conversions qui  aboutissent à un baptême familial collectif (cf. La conversion du centurion Romain en Ac 10). La prédication de Paul se déroule rarement en public, mais plutôt dans une maison. Elle vise la fondation de communautés  stables comme c’est le cas avec le baptême de la maisonnée de Lydia, ou encore avec celui du gardien de la prison de Philippes.

Parmi les thématiques abordées par Marie-Françoise Baslez, il y a celui de la maison, espace privé,  fonctionnant comme un refuge naturel lorsque les chrétiens rencontraient l’hostilité. La maisonnée était-elle  devenue un lieu caché et confiné imposé par les circonstances ou par le choix de préserver l’identité  chrétienne ? L’archéologie récente a mis fin au mythe des catacombes. Celles-ci ne furent pas une invention  des chrétiens pourchassés, qui s’y seraient frileusement réunis pour célébrer l’eucharistie, y tenir leurs  réunions d’Église. Les catacombes n’ont jamais eu le rôle de cachettes : « L’Église souterraine est un fantasme  romantique, nourri au XIXème par des réminiscences de messes clandestines et de prêtres cachés issus de la  Révolution française » (p. 46). Il est vrai cependant que les chrétiens se réunissaient dans les cimetières pour  y honorer leurs morts.

La place de la femme dans la maisonnée et son influence dans l’Église au cours des trois premiers siècles est  à remarquer. Le travail domestique fournissait aux femmes une certaine indépendance économique. Parmi  les femmes ayant eu une certaine autorité, il faut citer Lydia (Ac 16, 14-15), Phoibè (Rm 16, 1-2), Chloé  (1Co 1,11).

Le modèle du couple n’existe pas dans les évangiles à l’exception de la Sainte famille. En revanche, Paul  présente plusieurs couples engagés dans l’évangélisation : Philémon et Apphia (Phm 1, 2), Aquilas et Prisca  (Ac 18, 1), Andromicos et Junia (Rm 16, 7).

Quant aux esclaves, ils sont associés à la vie de la maisonnée qui leur assure protection et attachement. Les  premières communautés chrétiennes ont développé une réflexion sur l’esclavage en mettant en valeur l’idée  de service et la notion de rachat. « Engagés dans un processus d’identification au Christ depuis leur baptême,  les chrétiens ont le devoir de racheter ceux des leurs qui ont perdu leur liberté… » (p. 81). L’Église de  maisonnée ne s’est pas uniquement construite sur des rapports de domination.

Après un chapitre sur l’évangélisation portée par des réseaux marchands et commerciaux, par des figures  d’intellectuels itinérants (cf. l’introduction du christianisme à Lyon par Irénée), et aussi par des familles de  soldats, Marie-Françoise Baslez expose comment les échanges épistolaires ont permis une organisation de la  communication chrétienne. La capacité des Églises à faire des réseaux est ainsi démontrée au IIIème siècle.  Apparaissent aussi les synodes pour examiner des questions théologiques et structurer l’Église au niveau  « catholique » et régional. Marie-Françoise Baslez met en évidence la dynamique de christianisation à  l’œuvre au cours des trois premiers siècles. Elle montre comme « l’Église à la maison » s’est ouverte peu à  peu à la dimension de l’universel.

Cette recherche historique peut être utile pour comprendre certains aspects de l’évangélisation et  l’expérience de synodalité que les chrétiens sont appelés à vivre aujourd’hui.

https://eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/culture/observatoire-foi-culture/522542-marie-francoise-baslez-leglise-a-la-maison-histoire-des-premieres-communautes-chretiennes-au-1er-et-iiieme-sie

Marie-Christine Baslez (1946-2022)

s200_marie-francoise.baslez

https://www.la-croix.com/Religion/Mort-Marie-Francoise-Baslez-historienne-christianisme-primitif-2022-01-31-1201197802

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, PAUL (saint ; Apôtre), VOYAGES MISSIONNAIRES

Les voyages de saint Paul apôtre

Cartes des voyages de saint Paul

Pour suivre le récit que les Actes proposent des voyages de saint Paul, il est indispensable d’avoir une carte sous les yeux. Voici celles que le P. Louis Hurault a publiées dans son édition de la Bible des Peuples.

Le premier voyage missionnaire

Le premier voyage part d’Antioche de Syrie, communauté à laquelle Paul appartient, et y revient. Il passe par Chypre, d’où Barnabé, son compagnon est originaire. Dans le récit des Actes, la ville principale est Antioche de Pisidie, où Luc place un discours de Paul aux Juifs de la ville.

Le deuxième voyage missionnaire

Le deuxième voyage est décidé surtout pour visiter les communautés fondées en Asie mineure (l’actuelle Turquie). Mais Paul, accompagné de Timothée, va pousser plus loin: il se rend en Europe, plus précisément en Grèce. De Philippes, il ira en Macédoine, fera halte à Athènes, avant de s’établir pour 18 mois à Corinthe pour y fonder la communauté qui nous est le mieux connue. A l’issue de ce voyage, Paul décide de passer par Jérusalem. Il s’arrêtera à Antioche.

Le troisième voyage missionnaire

Le troisième voyage s’accompagne d’un départ définitif d’Antioche. Paul veut établir la communauté d’Ephèse, importante du fait qu’Ephèse est une place centrale de l’Empire romain en Asie mineure. De là, il peut rayonner dans d’autres villes, par l’intermédiaire d’envoyés, comme à Colosses et Laodicée, villes situées sur la route commerciale qui part d’Ephèse.

Le quatrième voyage ou voyage de la captivité »

Le quatrième voyage, « voyage de captivité », est celui qui amena Paul à Rome depuis sa prison de Césarée (Palestine) jusqu’à Rome en passant par l’île de Malte, la Sicile et le port de Pouzzoles.

APÔTRES, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), Non classé, THOMAS (saint ; 1er siècle)

Saint Thomas, l’apôtre des Indes

Saint Thomas, Apôtre des Indes

ob_bac79d_saint-thomas-apotre

Thomas appelé Didyme (le Jumeau) fait partie du petit groupe de ces disciples que Jésus a choisis, dès les premiers jours de sa vie publique, pour en faire ses apôtres. Il est « l’un des Douze » comme le précise S. Jean (Jn 21). Le même Jean nous rapporte plusieurs interventions de Thomas, qui nous révèlent son caractère. Lorsque Jésus s’apprête à partir pour Béthanie au moment de la mort de Lazare, il y a danger et les disciples le lui rappellent: « Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider. » Thomas dit alors aux autres disciples: « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui. »
 

A la dernière Cène, quand Jésus dit à ses disciples : « Je vais vous préparer une place, et quand je serai allé et vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez« , Tomas fit celui qui ne comprenait pas : « Seigneur, nous ne savons pas où vous allez, comment saurions-nous le chemin ? » Il s’attira cette merveilleuse réponse du Maître : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne va à mon Père, si ce n’est par moi. » (Jn, 14, 6.)

Après sa résurrection, le Sauveur était apparu à plusieurs de ses disciples en l’absence de Thomas. Quand à son retour, on lui raconta cette apparition, Thomas fut si étonné d’une telle merveille, qu’il en douta et dit vivement: « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point. » (Jn 20, 25.) Voilà le second caractère de Thomas, esprit trop raisonneur. Mais son premier mouvement d’hésitation, en chose si grave, ne fut pas un crime et le bon Sauveur répondit à son défi: « Mets ici ton doigt, et regarde mes mains; approche aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois plus incrédule, mais croyant. » (Jn, 20, 27.) Que fit alors Thomas? Nous le savons; un cri du coeur s’échappa de ses lèvres: « Mon Seigneur et mon Dieu!« 

 

L’Incrédulité de saint Thomas, Rembrandt, 1634.

ob_d23fb6_l-incredulite-de-saint-thomas-rembr

Dieu permit l’hésitation de cet Apôtre pour donner aux esprits difficiles une preuve de plus en faveur de la résurrection de Jésus-Christ.

Parmi les douze articles du Symbole, Saint Augustin attribue à saint Thomas celui qui concerna la Résurrection.

Quand les Apôtres se partagèrent le monde, les pays des Parthes et des Perses et les Indes furent le vaste lot de son apostolat. La tradition prétend qu’il rencontra les mages, les premiers adorateurs de Jésus parmi les Gentils, qu’il les instruisit, leur donna le Baptême et les associa à son ministère. Partout, sur son passage, l’Apôtre établissait des chrétientés, ordonnait des prêtres, consacrait des évêques.

Évangélisateur des Indes, c’est pour avoir construit un palais pour un roi que Thomas est représenté avec une équerre d’architecte. Il est parfois également représenté avec la lance qui fut l’instrument de sa mise à mort.

Son tombeau ravagé par les musulmans, restauré par les Portugais, gardait encore quand on l’a ouvert au XXe siècle, des restes de ses os et le fer de la lance qui l’avait frappé, ainsi que des monnaies du règne de Néron.

Les chrétiens de l’Inde attribuent à S. Thomas leur évangélisation et se donnent eux-mêmes le nom de « chrétiens de saint Thomas », et prétendent en garder la tombe.

 

 Saint Thomas, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 1, 2011, p. 177

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, PAUL (saint ; Apôtre), SAINTETE, SAINTS

Saint Paul apôtre d’après la Légende dorée

SAINT PAUL, APÔTRE.

S018_poster

Paul signifie bouche de trompette, ou bouche de ceux, ou élu admirable, ou miracle d’élection. Paul vient encore de pausa, qui veut dire repos en hébreu, et en latin modique. Par quoi l’on connaît les six prérogatives particulières à saint Paul. La Ire est une langue fructueuse, car il prêcha l’Evangile depuis l’Illyrie jusqu’à Jérusalem, de là le nom de bouche de trompette. La 2e est un amour de mère, qui lui fait dire : « Qui est faible, sans que je  m’affaiblisse avec lui? (II, Cor., XI) » C’est pour cela que son nom veut dire bouche de ceux, ou bouche de cœur  ainsi qu’il le dit lui-mème (II, Cor., VI). « O Corinthiens, ma bouche s’ouvre, et mon cœur  s’étend par l’affection que je vous porte. » La 3e est une conversion miraculeuse, c’est pour cela qu’il est appelé élu admirable, parce qu’il fut élu et converti merveilleusement. La 4° est le travail des mains,, et voilà pourquoi il est nommé miracle (195) d’élection : ce fut un grand miracle en lui que, de préférer gagner ce qui lui était nécessaire pour vivre et prêcher sans cesse. La 5efut une contemplation délicieuse, parce qu’il fut élevé jusqu’au troisième ciel; de là le nom de repos du Seigneur; car dans la contemplation, repos d’esprit est requis. La 6e est son humilité, de là le nom de modique. Il y a trois opinions au sujet du nom de Paul. Origène veut qu’il ait toujours eu deux noms et qu’il ait été indifféremment appelé Saul et. Paul ; Raban veut qu’avant sa conversion il eut le nom de Saut, du roi orgueilleux Saül, mais qu’après il fut nommé Paul, qui veut dire petit, en esprit et en humilité : et il donne lui-même l’interprétation de son nom quand il dit : «Je suis le plus petit des apôtres. » Bède enfin veut qu’il ait été appelé Paul, de Sergius Paulus, proconsul, converti par lui à la foi. Le martyre de saint Paul fut écrit par saint Lin, pape.

Paul, apôtre, après sa conversion, souffrit beaucoup de persécutions énumérées en ces termes par saint Hilaire : « Paul est fouetté de verges à Philippes; il est mis en prison ; il est attaché par les pieds à un poteau ; il est lapidé à Lystra; il est poursuivi d’Icone et de Thessalonique par les méchants; à Ephése, il est livré aux bêtes ; à Damas, on le descend du haut d’un mur dans une corbeille ; à Jérusalem, il est arrêté, battu, enchaîné, on lui tend. des embûches; à Césarée, il est emprisonné et incriminé: Il est en péril sur mer, dans son voyage en Italie; arrivé à Rome, il est jugé et meurt tué sous Néron. » Il reçut l’apostolat en faveur des gentils ; il redressa un perclus à Lystra; il ressuscita un jeune homme qui, tombé d’une fenêtre, avait rendu le dernier soupir, et fit grand nombre d’autres miracles. Dans l’île de Malte, une vipère lui saisit la main, mais l’ayant secouée dans le feu, il n’en reçut aucune atteinte. On rapporte que (196) tous les descendants de celui qui donna l’hospitalité à saint Paul ne ressentent aucun mal des bêtes venimeuses; et quand ils viennent au monde, le père met des serpents dans leur berceau pour s’assurer s’ils sont vraiment sa lignée. On trouve encore quelquefois que saint Paul est tantôt inférieur à saint Pierre, tantôt plus grand, tantôt égal ; mais en réalité, il lui est inférieur en dignité, supérieur dans la prédication et égal, en sainteté. Haymon rapporte que saint Paul se livrait au travail des mains depuis le chant des poussins jusqu’à la cinquième heure ; ensuite il vaquait à la prédication, de telle sorte que le plus souvent, il prolongeait son discours jusqu’à la nuit: le reste du temps lui suffisait pour ses repas, son sommeil et son oraison. Quand il vint à Rome, Néron, qui n’était point encore confirmé empereur, apprit qu’il s’était élevé une dispute entre Paul et les Juifs au sujet de la loi judaïque et de la foi dés chrétiens : il ne s’en mit pas beaucoup en peine, de sorte que saint Paul allait et prêchait librement où il voulait. Saint Jérôme, en son livre des Hommes illustres, dit que, « 25 ans après la Passion du Seigneur, c’est-à-dire la 2e du règne de Néron, saint Paul fut envoyé à Rome chargé de chaînes, et que pendant deux ans il demeura libre sous une garde; qu’il disputait contre des Juifs, et que relâché ensuite par Néron, il prêcha l’Evangile dans l’Occident. L’an 14 de Héron, il fut décapité la même année et le même jour’ que saint Pierre fut crucifié. » Sa sagesse, et sa religion étaient partout en renom et on le regardait généralement comme un homme admirable. Il se fit beaucoup d’amis dans, la maison de l’empereur, et il (197) les convertit à la foi de J.-C. Quelques-uns de ses écrits furent lus devant le César ; tout le monde en fit grand éloge; le Sénat lui-même avait beaucoup d’estime pour sa personne. Une fois que saint Paul prêchait, vers le soir, sur une terrasse, un jeune homme nommé Patrocle, échanson favori de Néron, monta à une fenêtre pour entendre plus commodément le saint apôtre, à cause de la foule, et s’y étant légèrement endormi, il tomba et se tua. Néron à cette nouvelle eut beaucoup de chagrin de sa mort et aussitôt il pourvut à son remplacement. Mais saint Paul, qui en fut instruit par révélation, dit aux assistants d’aller et de lui rapporter le cadavre de Patrocle, L’ami du César. On le lui apporta et saint Paul le ressuscita, ensuite il l’envoya à César avec ses compagnons. Comme Néron se lamentait sur la perte de son favori, voilà qu’on lui annonce que Patrocle vivant était à la porte. Néron informé que celui qu’il avait cru mort tout à l’heure était en vie, fut extraordinairement effrayé et refusa de le laisser entrer auprès de lui; mais enfin à la persuasion de ses amis, il permit ; qu’on l’introduisît. Néron lui dit: « Patrocle; tu vis? » Et Patrocle répondit: « César; je vis. » Et Néron dit « Oui t’a fait vivre? » Patrocle reprit : « C’est Jésus-Christ, le roi de tous les siècles. » Héron se mit en Colère et dit : « Alors celui-ci régnera sur les siècles et détruira donc les royaumes du monde ? » Patrocle lui répliqua: « Oui, César. » Néron lui donna un soufflet eu disant: « Donc tu es au service de ce roi? » « Oui, répondit Patrocle, je suis à son service, parce qu’il m’a ressuscité d’entre les morts. » Alors cinq des (198) officiers de l’empereur qui l’accompagnaient constamment lui dirent : « Empereur, pourquoi frapper ce jeune homme plein de prudence et qui répond la vérité ? Et nous aussi nous sommes au service de ce roi invincible. » Néron, à ces mots, les fit enfermer en prison, afin de tourmenter cruellement ceux qu’il avait aimés jusqu’alors extraordinairement. Il fit en même temps rechercher tous les chrétiens et il les fit punir tous sans forme de procès : Paul fut conduit, chargé de chaînes, avec les autres, par devant Néron qui lui dit: « O homme, le serviteur du grand roi, mais cependant mon prisonnier, pourquoi  m’enlèves-tu mes soldats et les prends-tu pour toi? » « Ce n’est pas seulement, répondit saint Paul, dans le coin de la terre où tu vis que j’ai levé des soldats, mais j’en ai enrôlé de l’univers entier: notre Roi leur accordera des récompenses qui, loin de leur manquer jamais, les mettront à l’abri. du besoin. Toi, si tu veux lui être soumis, tu seras sauvé. Sa puissance est si grande qu’il viendra juger tous les hommes et qu’il dissoudra par le feu la figure de ce monde. » Quand Néron, enflammé de colère, eut entendu dire à saint Paul que le feu devait dissoudre la figure du monde, il ordonna qu’on fît brûler tous les soldats de J.-C. et de couper la tête à saint Paul, comme coupable de lèse-majesté. Or, la foule de chrétiens qui furent tués était si grande que le peuple romain se porta avec violence au palais et se disposait à exciter une sédition contre Néron, en, criant tout haut : « Arrête, César, suspends le carnage et l’exécution de tes ordres. Ceux que tu fais périr sont nos concitoyens; ce sont (199) les soutiens de l’empire romain. » Néron eut peur et modifia son édit en ce sens que personne ne mettrait la main sur les chrétiens qu’autant que l’empereur’ mieux informé les eût jugés. C’est pourquoi Paul fut ramené et présenté de nouveau à Néron. Il ne l’eut pas plutôt vu qu’il s’écria avec violence : « Emmenez ce malfaiteur, décapitez cet imposteur ; ne laissez pas vivre ce criminel ; défaites-vous de cet homme qui égare les intelligences ; ôtez de dessus la terre ce séducteur des esprits. » Saint Paul lui dit : « Néron, je souffrirai l’espace d’un instant, mais je vivrai éternellement en Notre-Seigneur J.-C. » Néron dit : «Tranchez-lui la tête afin qu’il apprenne que je suis plus puissant que son roi, moi qui l’ai vaincu; et nous verrons s’il pourra toujours vivre. » Saint Paul reprit: « Afin que tu saches qu’après la mort de mon corps, je vis éternellement, quand ma tête aura été coupée,: je t’apparaîtrai vivant, et tu pourras connaître alors que J.-C. est le Dieu de la vie et non de la mort. » Ayant parlé ainsi, il fut mené au lieu du supplice. Dans le trajet, trois soldats qui le conduisaient lui dirent : « Dis-nous, Paul, quel est celui que tu appelles votre roi, que vous aimez au point de préférer mourir pour lui plutôt que de vivre; et quelle récompense vous recevrez de tout cela? » Alors saint Paul, leur parla du royaume de Dieu et des peines de l’enfer de manière qu’il les convertit à la foi. Ils le prièrent d’aller en liberté où il voudrait, mais il leur dit : « A Dieu ne plaise, mes frères, que je prenne la fuite ; je ne suis pas un transfuge, mais un véritable soldat de J.-C. : car je sais que cette vie qui passe me conduira à (200) une vie éternelle; tout à l’heure, quand j’aurai été décapité, des hommes fidèles enlèveront mon corps. Quant à vous, remarquez bien la place, et venez-y demain matin : vous trouverez auprès de mon sépulcre deux hommes en prières, ce sera Tite et Luc ; quand vous leur aurez dit pour quel motif je vous ai adressés à eux, ils vous baptiseront et vous feront participants et héritiers du royaume du ciel. » Il parlait encore quand Néron envoya deux soldats pour voir s’il n’était pas, encore exécuté; et comme saint Paul voulait les convertir, ils dirent: « Lorsque tu seras mort et ressuscité, alors nous croirons ce que tu dis; pour le moment viens vite et reçois ce que tu as mérité. » Amené au lieu du supplice, à la porte d’Ostie, il rencontra une, matrone nommée Plantille ou Lémobie, d’après saint Denys (peut-être elle avait deux noms). Cette dame se mit à pleurer et à se recommander aux prières de saint Paul qui lui dit : « Va, Plantille, fille du salut éternel, porte-moi le voile dont tu te couvres la tête, je  m’en banderai les yeux et ensuite je te le remettrai. » Et comme elle le lui donnait, les bourreaux se moquaient d’elle en disant: « Qu’as-tu besoin de donner à cet imposteur et à ce magicien un voile si précieux que tu perdras ? » Paul étant donc venu au lieu de l’exécution, se tourna vers l’Orient et pria très longtemps dans sa langue maternelle, les mains étendues vers le ciel et en versant des larmes, il rendît grâces. Ensuite, ayant dit adieu aux frères, il se banda les yeux avec le voile de Plantille; puis ayant fléchi les deux genoux en terre, il présenta le cou et fut ainsi décollé. Au moment où sa tête fut détachée du corps, (201) il prononça distinctement en hébreu: « Jésus-Christ » ; nom qui avait été d’une grande douceur pour lui dans sa vie et qu’il avait répété si souvent. On dit en effet que, dans ses Epitres, il répéta Christ, ou Jésus, ou l’un et l’autre ensemble. cinq cents fois. Du lait jaillit du corps mutilé jusque sur les habits d’un soldat * ; ensuite le sang coula : une lumière immense brilla dans l’air et une odeur des plus suaves émana de son corps.

cache_53779189

Saint Denys dans son épître à Timothée s’exprime ainsi sur la mort de saint Paul : « A cette heure pleine de tristesse, mon frère chéri, quand le bourreau dit à saint Paul : « Prépare ton cou », alors le bienheureux apôtre leva les. yeux au ciel, se munit le front et la poitrine du signe de la croix et dit : « Mon Seigneur J.-C., je remets mon esprit entre vos mains.» : et alors sans tristesse et sans contrainte, il présenta le cou et reçut la couronne. » Au moment où le bourreau frappait et tranchait la tête de Paul, ce bienheureux, en recevant le coup, détacha le voile, et reçut son propre sang dans ce voile, le lia, le plia et le rendit à cette femme. Et quand le bourreau fut revenu, Lémobie lui dit : « Où as-tu laissé mon maître Paul? » Le soldat répondit : « Il est étendu là-bas avec son compagnon, dans la vallée du Pugilat, hors de la ville ; et sa figure est couverte de ton voile. » Or, Lémobie répondit : « Voici que Pierre et Paul viennent d’entrer à l’instant, revêtus d’habits éclatants, portant sur la tête des couronnes brillantes et rayonnantes de

 

* Ce fait est rapporté par Grégoire de Tours.

202

lumière. » Alors elle leur montra le voile tout ensanglanté : ce qui donna lieu à, plusieurs de croire au Seigneur et de se faire chrétiens (saint Denys). Héron, ayant appris ce qui était arrivé, eut une violente peur et s’entretint de tout cela avec les philosophes et avec ses favoris. 0r, pendant la conversation saint Paul vint les portes fermées; et, debout devant César, il lui dit : «César, voici Paul, le soldat du roi éternel et invincible ; crois au moins maintenant que je né suis pas mort, mais que je vis et toi, misérable, tu mourras d’une mort éternelle, parce que tu tues injustement les saints de Dieu. » Ayant parlé ainsi, il disparut. Alors Néron devint comme fou tant il avait été effrayé; il ne savait ce qu’il faisait. Par le conseil de ses amis, il délivra Patrocle et Barnabé avec les autres chrétiens et leur permit d’aller librement où ils voudraient. Quant aux soldats qui avaient conduit Paul au supplice, savoir Longin, chef des soldats, et Acceste, ils vinrent le matin au tombeau de saint Paul et ils y virent deux hommes, Tite et Luc en prières, et Paul debout au milieu d’eux. Tite et Luc, en voyant les soldats, furent fort effrayés et prirent la fuite ; alors Paul disparut. Mais Longin et Acceste leur crièrent : « Non, ce n’est pas vous que nous poursuivons, ainsi que vous le paraissez croire, mais nous voulons recevoir le baptême de vos mains, comme nous l’a dit Paul que nous venons de voir prier avec vous. » A ces mots, Tite et Luc revinrent et les baptisèrent avec grande joie. Or, la tête de Paul fut jetée dans une vallée, et comme il y en avait beaucoup qui avaient été tués et qu’on avait jetés au même endroit, on ne put la retrouver. Mais (203) on lit dans la même épître de saint Denys, qu’un jour où l’on curait une fosse, on jeta la tête de saint Paul avec les autres immondices. Un berger la prit avec sa houlette et l’attacha sur la bergerie. Pendant trois nuits consécutives, son maître et lui virent une lumière ineffable sur cette tête; on en fit part à l’évêque, et on dit : « Vraiment, c’est la tête de saint Paul. » L’évêque vint avec toute l’assemblée des fidèles; ils prirent cette tête, l’emportèrent et ils la mirent sur une table d’or, ensuite ils essayaient de la réunir au corps. Le patriarche leur dit : «Nous savons que beaucoup de fidèles ont été tués et que leurs têtes furent dispersées ; c’est pourquoi je n’oserais mettre celle-ci sur le corps de saint Paul ; mais plaçons-la aux pieds du corps et demandons au Dieu tout puissant, que si c’est sa tête, le corps se tourne et se joigne à la tête. » Du consentement général, on plaça cette même tête aux pieds du corps de saint Paul, et comme tout le monde était en prière, on fut saisi de voir le corps se tourner et se joindre exactement à la tête. Alors on bénit Dieu et on connut que c’était bien là véritablement le chef de saint Paul (saint Denys). »

Saint Grégoire de Tours, qui vécut du temps de Justin le jeune, rapporte * qu’un homme au désespoir préparait un lacet pour se pendre, sans pourtant cesser d’invoquer le nom de saint Paul, en disant: « Venez à mon secours, saint Paul. » Alors lui apparut une ombre dégoûtante qui l’encourageait en disant : « Allons, bon homme, fais ce que tu as à faire, ne

Mirac., lib. I, c. XXIX ; — Vincent de B., Hist., l, X, c. XXI.

204

perds pas de temps. » Mais il disait toujours, en apprêtant son lacet : « Bienheureux Paul, venez à mon secours. » Quand le lacet fut achevé, une autre ombre lui apparut; elle avait une forme humaine, et elle dit à l’ombre qui encourageait cet homme: « Fuis, misérable, car il a appelé saint Paul et le voilà qui vient. » Alors l’ombre dégoûtante s’évanouit et le malheureux rentrant en lui-même jeta son lacet et fit une pénitence convenable. » Il se fait grand nombre de miracles avec les chaînes de saint Paul, et quand beaucoup de personnes en demandent un peu de limaille, un prêtre en détache avec une lime quelques parcelles si vite que cela est fait à l’instant. Cependant il arrive que d’autres personnes, qui en demandent, n’en peuvent obtenir, car c’est inutilement que l’on passe la lime; elle n’en peut rien détacher. — Dans la même épître citée plus haut, saint Denys pleure la mort de saint Paul; son maître, avec des expressions touchantes : « Qui donnera de l’eau à mes yeux, et à mes paupières une fontaine de larmes afin de pleurer, le jour et la nuit, la lumière des Eglises qui vient’ de s’éteindre? Qui est-ce qui ne pleurera. et ne gémira pas? Quel est celui qui ne prendra pas des habits de deuil et ne restera pas muet d’effroi? Voici- en effet que Pierre, le fondement des Eglises, la gloire des saints apôtres, s’est retiré de nous et nous a laissés orphelins; Paul aussi, cet ami des gentils, le consolateur des pauvres, nous l’ait défaut, et il a disparu pour. toujours celui qui fut le père des pères, le docteur des docteurs, le pasteur des pasteurs. Cet abîme de sagesse, cette trompette retentissante, ce prédicateur infatigable de la vérité, en (205) un mot, c’est de Paul le plus illustre des apôtres que je parlé. Cet ange de la terre, cet homme du ciel, cette image de la divinité, cet esprit divin nous a délaissés tous, nous dis-je, misérables et indignes, qu milieu de ce monde qui ne mérite que mépris et qui est rempli de malice. Il est avec Dieu son maître et son ami hélas! mon frère Timothée, le chéri de mon cœur , où est ton père, ton maître et ton ami ? Il ne t’adressera donc plus de salut? Voilà que tu es devenu orphelin, et que tu es resté set-il; il ne t’écrira plus, de sa très sainte main, ces douces paroles: «Très cher fils; viens, mon frère Timothée. » Que s’est-il passé ici de triste, d’affreux, de pernicieux pour que nous soyons devenus orphelins? Tu ne recevras plus de ses lettres où tu pouvais lire ces paroles : « Paul, petit serviteur de J.-C. » Il n’écrira plus désormais de toi aux cités « Recevez mon fils chéri: » Ferme; mon frère, les livres des prophètes; mets-y un sceau, parce que nous n’avons plus personne pour nous en expliquer les paraboles, les comparaisons et le texte. Le prophète David pleurait son fils en s’écriant : «Malheur à moi, mon fils; malheur à moi! » Et moi je  m’écrie: Malheur à moi, mon maître, oui, malheur à moi ! Depuis lors a cessé tout à fait cette affluence de tes disciples qui venaient à Rome et qui, demandaient à nous voir. Personne ne dira plus : Allons trouver, nos docteurs, et interrogeons-les sur la direction à imprimer aux Eglises qui nous sont confiées, et ils nous expliqueront les paroles de Notre-Seigneur J.-C. et celles des prophètes. Malheur, malheur à ces enfants, mon. frère, parce qu’ils sont privés de leurs pères spirituels, parce (206) que le troupeau est abandonné! Malheur à nous aussi, frère, parce que nous sommes privés de nos maîtres spirituels qui possédaient l’intelligence. et la science de l’ancienne et de la nouvelle loi fondues dans leurs épîtres ! Où sont les courses de Paul et les vestiges de ses saints pieds ? où est cette bouche éloquente, cette langue qui donnait des avis si prudents ; cet esprit toujours en paix avec son Dieu ? Qui est-ce qui ne pleurera pas et ne fera. pas retentir l’air de cris ? Car ceux qui ont mérité de recevoir de Dieu gloire et Honneur sont traînés à la mort comme des malfaiteurs. Malheur à moi qui ai vu à cette heure ce corps saint tout couvert d’un sang innocent ! Ah ! quel malheur pour moi ! mon père, mon maître et mon docteur, vous ne méritiez pas de mourir ainsi. Et maintenant donc, où irai-je vous chercher, vous la gloire des chrétiens, l’honneur des fidèles ? quia fait taire votre voix, vous qui faisiez entendre dans les églises des paroles qui avaient la douceur de la flûte, et la sonorité d’un instrument à dix cordes ? Voilà que vous êtes auprès du Seigneur votre Dieu que vous avez désiré de posséder et après lequel vous avez soupiré de tout votre cœur . Jérusalem et Rome, vous vous êtes associées et unies pour faire le mal, Jérusalem a crucifié Notre-Seigneur J.-C., et Rome a tué ses apôtres. Cependant Jérusalem a obéi à celui qu’elle avait crucifié, comme Rome; a établi une solennité pour glorifier celui qu’elle a tué. Et maintenant, mon frère Timothée, ceux que vous; aimiez et que vous regrettiez de tout cœur , je parlé du roi Saul, et de Jonathas, ils n’ont été séparés ni dans la vie, ni dans la mort, et

moi je ne fus séparé de mon seigneur et maître que quand des hommes aussi méchants qu’injustes nous ont séparés. Or, l’heure de cette séparation n’aura qu’un temps :son urne connaît ses amis, sans que ceux-ci lui parlent, et bien qu’ils soient loin d’elle ; mais au jour de la résurrection, ce serait un bien grand dommage d’en être séparé. » Saint Jean Chrysostome, dans son livre de l’Eloge de saint Paul, ne tarit pas quand il parle de ce glorieux apôtre. Voici ses paroles : « Celui-là ne s’est pas trompé qui a appelé l’âme de saint Paul un champ magnifique de vertus et un paradis spirituel. Où trouver une langue digue de le louer, lui dont l’âme possède à elle seule tous les biens qui se peuvent rencontrer dans tous les hommes, et qui réunit non seulement chacune des vertus humaines, mais, ce qui vaut mieux encore, les vertus angéliques ? Loin de nous arrêter, cette considération nous encouragea parler. C’est faire le plus grand éloge d’un héros que d’avouer que sa vertu et sa grandeur sont au-dessus de tout ce qu’on en peut dire. Il est glorieux pour un vainqueur d’être ainsi vaincu. Par quoi donc pouvons-nous mieux commencer ce discours qu’en disant qu’il a possédé tous les biens ? »

On loue Abel d’un sacrifice qu’il a offert à Dieu mais si nous montrons toutes les victimes de Paul, il l’emportera de toute la hauteur qui sépare le ciel de la terre; puisque, chaque jour il s’immolait lui-même par un double sacrifice, celui de la mortification du coeur et celui du corps. Ce n’étaient ni des brebis, ni des boeufs qu’il offrait, c’était lui-même qui s’immolait doublement. Ce n’est pas encore assez au gré (208) de ses désirs; il voulut offrir l’univers en holocauste, la terre, la mer, les Grecs, les barbares, tous les pays éclairés par le soleil,, qu’il parcourt avec la rapidité du vol, où il trouve des hommes, ou, pour mieux dire, des démons, qu’il élève à la dignité des anges. Oit rencontrer une hostie comparable à celle que Paul a immolée avec le glaive de l’Esprit-Saint, et qu’il a offerte sur un autel placé au-dessus du ciel ? Abel a péri sous les coups d’un frère, Paul a été tué par ceux qu’il souhaitait arracher, à d’innombrables maux. Voulez-vous que je vous compte tous les genres de morts de Paul, autant vaut compter les jours qu’il a vécu? Noé se sauva dans l’arche lui et ses enfants : saint Paul construisit une arche pour sauver d’un déluge bien autrement affreux, non pas en assemblant des pièces de bois ; mais en composant ses épîtres, il a délivré le monde en danger au milieu des flots. Or, cette arche n’est pas portée sur des vagues qui battent un seul rivage, elle va sur tout le globe. Ses tablettes ne sont enduites ni de poix ni de bitume, elles sont imprégnées du parfum du. Saint-Esprit : Il les écrit et par elles, de ceux qui étaient, pour ainsi dire, plus insensés que les êtres sans raison, il en fait les imitateurs des anges. Il l’emporte encore sur l’arche qui reçut le corbeau et ne rendit que le corbeau, qui avait renfermé le loup sans lui faire perdre son naturel farouche : tandis que Paul prend les vautours et les milans pour en faire des colombes, pour inoculer la mansuétude de l’esprit dans des coeurs féroces. On admire Abraham qui, par l’ordre de Dieu, abandonna sa patrie et ses parents ; mais comment l’égaler à Paul. Il n’a pas seulement (209) quitté son pays, ses parents, c’est le monde lui-même; c’est plus encore; c’est le ciel, le ciel es cieux; il méprise tout cela afin de servir J.-C., ne se réservant à la place, qu’une seule chose, la charité de Jésus. « Ni les choses présentes, dit-il, ni celles qui sont à venir, ni tout ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, nulle créature enfin ne me pourra jamais séparer de l’amour de Dieu qui est fondé en J.-C. N.-S. » Abraham s’expose au danger pour délivrer de ses ennemis le fils de son frère, mais Paul, afin d’arracher l’univers à la puissance des démons, a affronté des périls sans nombre et a mérité aux autres une pleine sécurité par la mort qu’il souffrait tous les jours. Abraham encore a voulu immoler son fils. Paul s’est immolé lui-même des milliers de fois. Il s’en trouve qui admirent la patience d’Isaac laissant combler le puits creusé par ses mains; mais ce n’étaient pas des puits que Paul laissait couvrir de pierres, c’était son corps à lui, et ceux qui l’écrasaient, il cherchait à les élever jusqu’au ciel. Et plus cette fontaine était comblée, plus haut elle jaillissait, plus elle débordait, au point de donner naissance à plusieurs fleuves. L’écriture parle avec admiration de la longanimité et de la patience de Jacob; eh bien ! trouvez une âme à la trempe de diamant qui atteigne à la patience de Paul. Ce n’est pas pendant. sept ans, mais toute sa vie qu’il s’enchaîne à l’esclavage pour l’épouse de J.-C. Ce n’est pas seulement la chaleur du jour ni le froid des nuits. Ce sont mille épreuves qui l’assaillent. Tantôt battu de verges, tantôt accablé et broyé sous une grêle de pierres, toujours il se relève pour arracher les brebis de la gueule des (210) démons. Joseph est illustre par sa pureté; mais j’aurais à craindre de tomber ici dans le ridicule en voulant louer saint Paul, lui qui se crucifiait lui-même, voyait toute la beauté du corps humain et tout ce qui paraît brillant du même oeil que nous regardons de la fumée et de la cendre, semblable à un mort qui reste immobile à côté d’un cadavre. Tout le monde est effrayé de la conduite de Job. C’était en effet un merveilleux athlète. Mais Paul n’eut pas à soutenir des combats de quelques mois, son agonie dure des années. Sans être réduit à racler ses plaies avec des morceaux de vase, il sort éclatant de la gueule du lion qui, dans la personne de Néron, s’est jeté sur lui coup sur coup : et après des combats et des épreuves innombrables, il avait l’éclat de la pierre la mieux polie. Ce n’était pas de trois ou quatre amis, mais de tous les infidèles, de ses frères même, qu’il eut à endurer les opprobres ; il fut conspué et maudit de tous: Il exerçait cependant largement l’hospitalité; il était plein de sollicitude à l’égard des pauvres; mais l’intérêt qu’il portait aux infirmes, il l’étendait aux âmes souffrantes. La maison de Job était ouverte à tout venant; l’âme de Paul renfermait le monde. Job possédait d’immenses troupeaux de boeufs et de brebis, il était libéral envers les indigents : Paul ne possède rien que son corps et il se partage en faveur des pauvres. « Ces mains, dit-il; ont pourvu à  m’es besoins propres, comme aux besoins de ceux, qui étaient avec moi. » Job rongé par les vers souffrait d’atroces douleurs; Irais comptez les coups reçus par Paul, calculez à quelles angoisses l’ont réduit la faim; les chaînes et (211) les périls qu’il a subis de la part de ses familiers, comme des étrangers, de l’univers entier, en un mot voyez la sollicitude qui le dévore pour toutes les Églises, le feu qui le brûle quand il sait quelqu’un scandalisé, et vous comprendrez que son âme était plus dure que la pierre, plus forte. que le fer et que le diamant.

Ce que Job souffrait dans ses membres, Paul le souffrit en son âme. Les chutes de chacun de ses frères lui causaient des chagrins plus vifs que toutes les douleurs; aussi coulait-il de ses yeux, le jour comme la nuit, des fontaines de larmes. C’étaient les étreintes d’une femme en travail: «Vies petits enfants, s’écriait-il, je sens de nouveau pour vous les douleurs de l’enfantement. » Moïse, pour le salut des Juifs, s’offrit à être effacé du livre de vie : Moïse donc s’offrit à mourir avec les autres, mais Paul voulait mourir pour les autres, non pas avec ceux qui devaient périr, mais pour obtenir le salut d’autrui, il engageait son salut éternel. Moïse résistait à Pharaon ; Paul luttait tous les jours avec le démon; le premier combattait pour une nation, le second pour l’univers, non pas jusqu’à la sueur de son front, mais jusqu’à donner son sang. Jean se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, Paul au milieu du tourbillon du monde comme le précurseur au milieu du désert, n’avait pas même de sauterelles ni de miel. Il se contentait de mets moins recherchés encore. Sa nourriture était le feu de la prédication. Toutefois devant. Néron, Jean fit preuve d’un grand courage, mais ce ne fut pas un, ni deux, ni trois, mais des tyrans sans (212) nombre, aussi haut placés et plus cruels encore que Paul eut à reprendre.

Il me reste à comparer Paul avec les anges; sa part n’est pas moins brillante, puisqu’il n’eut souci que d’obéir à Dieu. Quand David s’écriait transporté d’admiration : « Bénissez le Seigneur, vous tous qui êtes ses anges, qui êtes puissants et remplis de force pour faire ce qu’il vous: dit, pour obéir à sa voix et à ses ordres. Mon Dieu, dit-il ailleurs, vous rendez vos anges légers comme le vent et vos ministres actifs comme des flammes ardentes. » Mais nous pouvons trouver ces qualités dans Paul. Semblable à la flamme et au vent il a parcouru l’univers, et, dans sa course, il l’a purifié. Toutefois il n’était pas encore participant de la béatitude céleste; et c’est là le prodige qu’il ait tant fait n’étant encore revêtu que d’une chair mortelle. Quel sujet de condamnation pour nous de n’avoir point à coeur d’imiter la moindre des qualités qui se trouvent réunies dans un seul homme! Sans avoir reçu ni une autre nature ni une autre âme que nous, sans avoir habité un autre monde, mais placé sur la même terre et dans les mêmes régions, élevé sous l’empire des mêmes lois et des mêmes usages, il a surpassé tous les hommes de son siècle et ceux du siècle à venir. Ce que je trouve d’admirable en lui, c’est que non seulement dans l’ardeur de son zèle, il ne sentait pas les peines qu’il essuyait pour 1a vertu, mais qu’il embrassa ce noble parti sans attendre aucune récompense. L’attrait d’une rétribution ne nous engage point à entrer dans la lice où saint Paul courait avec empressement, sans qu’aucun prix vînt animer son courage et (213) son amour ; et il acquérait chaque jour plus de force, i1 montrait une ardeur toujours nouvelle au milieu des périls. Menacé de la mort, il invitait les peuples à partager la joie dont il était pénétré : « Réjouissez-vous, leur disait-il, et félicitez-moi. » Il courait au-devant des affronts et des outrages que lui attirait la prédication, beaucoup plus que nous ne cherchons la gloire et les honneurs ; il désirait la mort beaucoup plus que nous n’aimons la vie ; il chérissait beaucoup plus la pauvreté que nous n’ambitionnons les richesses ; il embrassait les travaux et les peines avec beaucoup plus d’ardeur que nous ne désirons les voluptés et le repos après les fatigues; il s’affligeait plus volontiers que les autres ne se réjouissent; il priait pour ses ennemis avec plus de zèle que les autres ne s’emportent contre eux en imprécations. La seule chose devant laquelle il reculait avec; horreur, c’était d’offenser Dieu ; mais ce qu’il désirait surtout, c’était de lui plaire. Aucun des biens présents, je dis même aucun des biens futurs, ne lui semblait désirable ; car ne me parlez pas de villes, de nations, d’armées, de provinces, de richesses, de puissante ; tout cela n’était à ses yeux que des toiles d’araignée; mais considérez le bonheur qui nous est promis dans le ciel, et alors vous verrez tout l’excès de son amour pour Jésus. La dignité des anges et des archanges, toute la splendeur céleste n’étaient rien pour lui en comparaison de la douceur de cet amour ; l’amour de Jésus était pour lui plus que tout le reste. Avec cet amour, il se regardait comme le plus heureux de tous les êtres ; il n’aurait pas voulu, sans cet amour, habiter au milieu des Thrônes et des Dominations, (214) il aurait mieux aimé, avec la charité de Jésus, être le dernier de la nature, se voir condamné aux plus grandes peines, que, sans elle, en être le premier et obtenir les plus magnifiques récompenses. Être privé de cette charité était pour lui le seul supplice, 1e seul tourment, le seul enfer, le comble de tous les maux ; posséder cette même charité était pour lui la seule jouissance ; c’était la vie, le monde, les anges, les choses présentes et futures, c’était le royaume, c’étaient les promesses, c’était le comble de tous lesbiens; tous les objets visibles, il les méprisait comme une herbe desséchée. Les tyrans, les peuples furieux; ne lui paraissaient que des insectes importuns ; la mort, les supplices, tous les tourments imaginables, ne lui semblaient que des jeux d’enfants, à moins qu’il ne fallût les souffrir pour l’amour de J.-C., car alors il les embrassait avec joie, et il se glorifiait de ses chaînes plus que Néron du diadème qui décorait son front. Sa prison, c’était pour lui le ciel même ; les coups de fouet et les blessures lui semblaient préférables a la couronne de l’athlète vainqueur. Il ne chérissait pas moins la récompense que le travail qu’il regardait comme une récompense; aussi l’appelait-il, une grâce; puisque ce qui cause en nous de la tristesse lui procurait: une satisfaction abondante. Il gémissait sous le poids d’une peine continuelle, et il disait : « Qui est scandalisé, sans que je brille ? » A moins qu’on ne dise que cette peine était assaisonnée d’un certain plaisir. Ainsi, blessée du coup qui a tué son fils, une mère éprouve quelque consolation à se trouver seule avec sa douleur, tandis que son coeur est plus oppressé lorsqu’elle ne peut donner un libre (215) cours à ses larmes. De même saint Paul recevait un soulagement de pleurer nuit et jour; car jamais personne ne déplora ses propres maux aussi vivement que cet apôtre déplorait les maux d’autrui. Quelle était, croyez-vous, sa douleur en voyant que c’en était fait des Juifs, lui qui demandait d’être déchu de la gloire céleste, pourvu qu’ils fussent sauvés ? A quoi donc pourrait-on le comparer ? à quelle nature de fer ? à quelle nature de diamant ? de quoi dirons-nous qu’était composée son âme? de diamant ou d’or? elle était plus ferme que le plus dur diamant, plus précieuse que l’or et que les pierreries. du plus grand prix. A quoi donc pourra-t-on comparer cette âme ? à rien de ce qui existe. Il y aurait peut-être une comparaison possible, si, par une heureuse alliance, on donnait à l’or la force du diamant ou au diamant l’éclat de l’or. Mais pourquoi le comparer à l’or et au diamant? mettez le inonde entier dans la balance, et vous verrez que l’âme de Paul l’emportera. Le monde et tout ce qu’il y a dans le monde ne valent pas Paul. Mais si le monde ne le vaut pas, qu’est-ce qui le vaudra? peut-être le ciel. Mais le ciel lui-même n’est rien en comparaison de Paul ; car s’il a préféré lui-même l’amour de Dieu au ciel et à tout ce qu’il renferme, comment le Seigneur, dont la bonté surpasse autant celle de Paul que la bonté même surpasse la malice, ne le préférerait-il pas à tous les cieux ? Dieu, oui, Dieu nous aime bien plus que nous ne l’aimons, et son amour surpasse le nôtre plus qu’il n’est possible de l’exprimer. Il l’a ravi dans le paradis, jusqu’au troisième ciel: Et cette faveur lui était due, puisqu’il marchait sur la terre comme s’il (216) eût conversé avec les anges, puisque, enchaîné à un corps mortel, il imitait leur pureté ; puisque, sujet à mille besoins et à mille faiblesses, il s’efforçait de ne passe montrer inférieur aux puissances célestes. Il a parcouru toute la terre comme s’il eût eu des ailes; il était au-dessus des travaux et des périls, comme si déjà il eût pris possession du ciel; il était éveillé et attentif comme s’il n’eût point eu de corps ; et méprisait les choses de la terre comme s’il eût habité au milieu des puissances incorporelles. Des nations diverses ont été souvent confiées au soin des anges; mais aucun d’eux n’a dirigé la nation remise à sa garde comme Paul a dirigé toute la terre. Comme nu père qui voyant son enfant égaré par la frénésie serait d’autant plus touché de son état, et verserait d’autant plus de larmes que, dans les violences de ses transports, il lui épargnerait moins les outrages et les coups ; ainsi le grand apôtre prodiguait à ceux qui le maltraitaient tous les soins d’une piété ardente. Souvent il gémissait sur le sort de ceux qui l’avaient battu de verges cinq fois, qui étaient altérés de son sang, il s’affligeait et priait pour eux en disant : « Il est vrai, mes frères, que je sens dans mon cœur  une grande affection pour le salut d’Israël et que je le demande à Dieu par mes prières. » En voyant leur réprobation, il était pénétré d’une douleur excessive. Et comme le fer jeté dans le feu devient feu tout entier,, de même Paul, enflammé du feu de la charité, était devenu tout charité. Comme s’il eût été le père commun de toute la terre, il imita, ou plutôt il surpassa tous les pères, quels qu’ils fussent, pour les soins temporels et spirituels: Car c’était chacun (217) des hommes qu’il souhaitait présenter à Dieu, comme si lui seul eût engendré le monde entier; de telle sorte qu’il avait hâte d’en introduire tous les habitants dans le royaume de Dieu, se donnant corps et âme pour eux qu’il chérissait. Cet homme ignoble, cet artisan qui préparait des peaux acquit un tel courage qu’en trente ans à peine, il soumit au joug de la vérité les Romains et les Perses, les Parthes avec les Mèdes, les Indiens et les Scythes, les Ethiopiens et les Sarmates, les Sarrasins, enfin toutes les races humaines, et semblable à du feu jeté dans la paille et le foin, il dévorait toutes les œuvres  des démons. Au son de sa voix, tout disparaissait comme dans le plus violent incendie, tout cédait, et culte des idoles, et menaces des tyrans, et embûches des faux frères. Comme au premier rayon du soleil les ténèbres fuient, les adultères et les voleurs disparaissent, les homicides se cachent dans les antres, le grand jour brille, tout est éclairé de l’éclat de sa présence, de même et mieux encore, partout où Paul sème la bonne nouvelle, l’erreur était chassée, la vérité. renaissait, les adultères et autres abominations disparaissaient, ainsi que la paillé jetée au feu. Brillante comme la flamme, la vérité s’élevait resplendissante jusqu’à la hauteur des cieux, soulevée, pour ainsi dire, par ceux qui semblaient l’étouffer ; les périls et les violences ne savent en arrêter la marche. Telle est l’erreur qui, si elle ne rencontre pas d’obstacles, s’use ou disparaît insensiblement, telle au contraire est la vérité, qui, sous les attaques de nombreux adversaires, renaît et s’étend. Or, puisque Dieu nous a tellement ennoblis que par nos efforts nous pouvons (218) parvenir à devenir semblables à lui, afin de nous ôter le prétexte que pourrait suggérer notre faiblesse, nous avons en commun avec lui le corps, l’âme, les aliments, le même créateur, et de plus son Dieu c’est notre Dieu. Voulez-vous connaître les dons que le Seigneur lui a départis ? Ses vêtements étaient la terreur des démons. Un prodige plus merveilleux encore, c’est que quand, il bravait les périls, on ne pouvait le taxer de témérité; ni lui reprocher de la timidité lorsqu’ils surgissaient. C’était pour avoir le temps d’instruire qu’il aimait la vie présente, tandis qu’elle ne restait qu’un sujet de mépris dès lors que par la sagesse qui l’éclairait, il entrevoyait combien le monde est vil. Enfin voyez-vous Paul s’échapper au péril? gardez-vous de l’en admirer mains que quand il a le plaisir de s’y exposer. Cette conduite annonce autant de fermeté d’une part, que de sagesse de l’autre. L’entendez-vous parler de lui avec quelque satisfaction? vous pouvez l’admirer autant que lorsque vous le voyez se mépriser. Ici c’est de la grandeur d’âme, là de l’humilité. C’était un plus grand mérite à lui de parler de soi que de taire ses louanges; car s’il ne les avait dites, il eût été plus coupable que ceux qui se vantent à tout propos; en effet s’il n’eût pas été glorifié, il eût entraîné dans la ruine ceux qui lui avaient été confiés, tandis qu’en s’humiliant, il les élevait. Paul a mérité plus en se  glorifiant qu’un autre qui aurait caché ce qui le distingue : celui-ci, par l’humilité qui lui fait cacher ses mérites, gagne moins que celui-là en les manifestant. C’est un grand défaut de se vanter, c’est le fait d’un extravagant de vouloir accaparer les louanges dès lors (219) qu’il n’y a aucune nécessité. Il est évident que Dieu n’est pas là et que c’est folie ; quand bien même on l’aurait gagnée à la sueur de son front, on perd sa récompense. S’élever au-dessus des autres dans ses propos, se vanter avec ostentation n’appartient qu’à un arrogant ; mais rapporter ce qui est d’essentielle nécessité, c’est le propre d’un homme qui aime le bien, qui cherche à se rendre utile. Telle fut la conduite de Paul, qui, pris pour un fourbe, se crut obligé de donner des preuves manifestes de sa dignité; toutefois, il s’abstient de dévoiler bien des choses et de celles qui étaient de nature à l’honorer le plus. «J’en viendrai maintenant, dit-il, aux visions et aux révélations du Seigneur », et il ajoute : « Mais je me retiens. » Pas un prophète, pas un apôtre n’eut aussi souvent que Paul des entretiens avec Dieu, et c’est ce qui le fait s’humilier davantage. Il parut redouter les coups afin de vous apprendre qu’il y avait en lui deux éléments sa volonté ne l’élevait pas seulement au-dessus du commun des hommes; mais elle en faisait un ange. Redouter les coups n’est pas un crime, c’est de commettre une indignité par la peur qu’ils inspirent. Dès lors qu’en les craignant,, il sort victorieux de la lutte, il est bien autrement admirable que celui que la peur n’atteint pas ; comme ce n’est as une faute de se plaindre mais de dire ou de faire par faiblesse ce qui déplaît à Dieu. Nous voyons par là ce que fut Paul; avec les infirmités de la nature, il s’éleva au-dessus de la nature, et s’il redouta la mort, il ne refusa pas de la subir. Être l’esclave des infirmités : c’est un crime, mais ce n’est pas d’être revêtu d’une nature qui y est (220) sujette ; de telle sorte que c’est un titre de gloire pour lui d’avoir, par force de volonté, surmonté la faiblesse de la nature ; ainsi il se laissa enlever Paul surnommé Marc. Ce fut ce qui l’anima dans tout le cours de sa prédication, car ce ministère ne s’exerce pas avec mollesse et irrésolution, mais bien avec une force et un courage constamment égaux qui s’engage dans cette fonction sublime doit être disposé à s’offrir mille fois à la mort et aux dangers. S’il n’est pas animé par cette pensée, son exemple perdra un bien grand nombre de fidèles ; mieux vaudrait qu’il s’abstînt et qu’il s’occupât uniquement de soi-même. Un pilote, un gladiateur, un homme qui combat les bêtes féroces, personne enfin n’est obligé d’avoir le coeur disposé au danger et à la mort, comme celui qui s’est chargé d’annoncer la parole de Dieu; car celui-ci a à courir de bien plus grands périls, et il doit combattre des adversaires plus violents et d’une toute autre condition ; c’est avoir: le ciel pour récompense ou l’enfer pour son supplice.’ Si entre quelqu’un d’eux, il surgit une contestation, ne regardez pas cela comme un crime, il n’y a faute que quand la querelle est sans prétexte et sans juste motif. Il faut y voir l’action de la Providence qui veut, réveiller de l’engourdissement et de l’inertie les âmes endormies et découragées. Comme l’épée a son tranchant, l’âme aussi a reçu le tranchant de la colère dont elle doit user au besoin. La douceur est bonne en tout temps; cependant il faut l’employer selon les circonstances, autrement elle devient un défaut. Aussi Paul l’a mise en pratique et dans sa colère il valait mieux que ceux dont le langage (221) ne respirait pas la modestie. Le merveilleux en lui était que, chargé, de chaînes, couvert de coups et de blessures, il fut plus brillant que ceux qui sont ornés de l’éclat de là pourpre et du diadème. Alors qu’il était traîné chargé de chaînes à travers des mers immenses, sa joie était aussi vive que si on l’eût mené prendre possession d’un grand royaume. A peine est-il entré dans Rome qu’il cherche à en sortir pour parcourir l’Espagne. Il ne prend pas même un jour de repos; le feu est moins actif que son zèle à évangéliser; les périls, il les brave, les moqueries, il ne sait en rougir.

Ce qui met le comble à mon admiration, c’est qu’avec une pareille audace, quand il était constamment armé pour le combat, lorsqu’il ne respirait qu’une ardeur toute guerrière, il restait calme et prêt à tout. Il vient de sévir, ou plutôt sa colère vient d’éclater quand on lui commande d’aller à Tharse ; et il y va. On lui dit qu’il faut descendre par la muraille dans une corbeille, il se laisse faire. Et pourquoi? pour évangéliser encore et traîner à sa suite vers J. C. une multitude de croyants. Il ne redoutait qu’un malheur, c’était de quitter la terre et de ne pas avoir sauvé le plus grand nombre. Quand des soldats voient leur général couvert de blessures, ruisselant de sang, sans que toutefois il cesse de tenir tête a l’ennemi, mais que toujours il brandit sa lance, jonche le sol des cadavres qui sont tombés sous ses coups, et qu’il ne compte pour rien sa propre douleur, un pareil. sang-froid les électrise. Il en advint ainsi à Paul. Quand on le voyait chargé de chaînes et prêchant néanmoins dans sa prison, quand on le voyait blessé et convertissant ceux (222) qui le frappaient, il y avait certes de quoi puiser une grande confiance. Il veut le faire entendre alors qu’il dit que plusieurs de ses frères en Notre-Seigneur, se rassurant par cet heureux succès de ses liens, ont conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer la parole de Dieu sans aucune crainte. Il en concevait lui-même une joie plus ferme, et son courage contre ses adversaires s’en augmentait d’autant. Comme du feu tombant sur une grande sorte de matières se nourrit et s’étend, de même le langage de Paul attire tous ceux qui l’écoutent. Ses adversaires deviennent la pâture de ce feu, puisque, par eux, la flamme de l’Evangile augmentait de plus en plus (saint Jean Chrysostome).

voyages_paul_04

La Légende dorée de Jacques de Vorogine,  nouvellement traduite en français avec introduction, notes et recherches sur les sources par l’Abbé J.-M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d’Amiens. Paris, Edouard Rouveyre éditeur, 1902.

© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais en la fête de la chaire de Saint Pierre 22 février 2004

File_-Saint_Paul_Writing_His_Epistles__by_Valentin_de_Boulogne

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), CONCILE DE NICEE, HERESIES CHRETIENNES, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600)

Les hérésies des premiers siècles de l’ère chrétienne

Hérésies des trois premiers siècles

hqdefault (3).jpg

  1. Utilité des hérésies. Elles fournissent à l’église l’occasion de définir plus clairement certains points du dogme et affermissent la foi dans les armes, car à mesure que la doctrine religieuse et attaquée, les fidèles l’étudiaient avec plus de soin.

De même que les persécutions affermies à la fois dans la divinité du christianisme, la réfutation des hérésies mit en pleine lumière la vérité et la grandeur de sa doctrine.

 

  1. Les judaïsants étaient des juifs convertis qui n’admettaient pas l’abrogation de la loi mosaïque. Leur hérésie amena l’église naissante à s’affirmer catholique, c’est-à-dire universelle, ouverte à tous.

Crypto-judaïsants-dans-l’Europe-des-XVIe-et-XVIIe-siècles.jpg

  1. Les gnostiques(du grec gnôsis, sciences) prétendaient posséder une science extraordinairede la nature et des attributs de Dieu.

Ils inventaient des systèmes variés, selon l’origine de leurs docteurs, pour les substituer aux enseignements de la foi sur la création de toute chose par Dieu, sur le péché originel causes initiales de tout mal dans le monde, sur l’Incarnation et la Rédemption par lesquelles Dieu a « tout restauré dans le Christ ».

ob_52a16f_ange01.jpg

Le gnosticisme date des temps apostoliques ; il atteignit son apogée aux IIème et IIIème siècles, puis disparut vers la fin du IVème.

Par leurs erreurs, les gnostiques provoquèrent le développement de la morale catholique, également éloigné du rigorisme des uns et du relâchement des autres.

 

  1. Les manichéens, disciples du Persan Mani ou Manès, distinguèrent de principes éternels, la bon, auteur du bien : Dieu ; d’autres mauvais, auteur du mal : Satan. Les manichéens se sont maintenus jusqu’au Moyen Âge.

Manicheans

  1. Montanistes. Vers le milieu du IIème siècle un illuminé, le Phrygien Montan, fonda une secte de faux mystiques. Il se proclamait le Saint-Esprit incarné, pratiquait l’extase et tendait à substituer l’inspiration prophétique est individuel à la hiérarchie.
  2. Tertullien.jpg

Les montanistes prêchaient une morale rigoriste qui séduisit Tertullien. Elle imposait des jeûnes stricts et proscrivait les secondes noces.

 

  1. Erreur sur la Trinité. Le dogme catholique de la Trinité des personnes et de l’unité de nature en Dieu provoqua de vives controverses.

Vers la fin du IIème siècle, des élitistes regardaient Jésus-Christ comme fils adoptif de Dieu et niaient sa divinité.

Par réaction, d’autres hérétiques supprimaient toute distinction personnelle entre le Père et le Fils.

Pour combattre ces derniers, on n’en vint à distinguer le Fils du Père, au point de le déclarer inférieur et subordonné au père. On tomba ainsi dans une nouvelle erreur qui, en se développant, aboutit à l’arianisme.

 

Source : Histoire de l’Église, éd. Clovis

 

 Christianisme nicéen et christianisme arien

ob_aa4df1_arius-puespoek.jpg

Les débuts du christianisme furent agités par de vives discussions dogmatiques, surtout dans les champs christologique*  et trinitaire** (comment comprendre les paroles du Christ qui se dit fils de Dieu et fils d’une femme, et qui annonce la venue de l’Esprit divin ? Est-il avant tout Dieu, avant tout homme, homme et Dieu à part égale ? Quels sont les rapports qui existent entre lui, le Père et l’Esprit ?)

Les réflexions, les débats, les recherches ont parfois débouché sur ce que l’on appelle des hérésies (du grec hairésis, « choix, opinion, inclination »). Mais il faut savoir que ces dernières n’ont commencé être considérées comme telles qu’après de longs débats, souvent pacifiques ; que certains évêques, dont nul n’aurait contesté la légitimité ont professé telle ou telle d’entre elles ; et que ces courants, dont certains auraient pu devenir majoritaires, n’ont finalement été rejetés comme hérétiques qu’à l’occasion de conciles, à la majorité des votants.

Ce fut le cas de l’interprétation professée vers 320 à Alexandrie par le prêtre Arius, selon laquelle des trois personnes de la Trinité divine, seul le père est éternel, inengendré, tout-puissant, et possède la transcendance absolue. Le Christ, sa première créature, ne participe pas de la même identité ni de la même éternité divine, il n’a qu’une divinité déléguée. Cette doctrine fut condamnée en 325 par le concile de Nicée qui fixa, presque une fois pour toutes, l’acte de foi du chrétien (dit symbole de Nicée) : « Jésus-Christ, fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père. » Les débats ne furent pas clos pour autant, notamment sur la validité du concept de consubstantialité. Certains empereurs, comme Constance II et Valens, tendirent à une forme nuancée de l’arianisme, que condamna définitivement le concile convoqué en 381 à Constantinople par l’empereur Théodose. Mais entre-temps, la doctrine avait été transmise aux barbares Goths par Ulfila, l’un des leurs, initiée lors d’un séjour dans l’Empire romain d’Orient et qui, revenu chez les siens avec le titre d’évêque vers 350 leur avaient prêché l’Évangile traduit en langue gothique.

Nicaea_icon.jpg

Sans doute cette traduction et la pratique de la liturgie célébrée dans leur langue explique-t-elle le succès de l’arianisme chez les Goths, qui en firent un marqueur de leur identité et qu’ils transmirent, au rythme de leur migration vers l’ouest (jusqu’en Aquitaine pour les Wisigoths, en Italie pour les Ostrogoths), aux autres peuples barbares avec lesquels ils entrèrent en relations diplomatiques ou matrimoniales : Vandales, Suèves, Burgondes et même Francs.

Ce sont sans doute des émissaires goths, probablement ostrogoths, qui instillèrent l’arianisme à la cour de Clovis Ier, et obtinrent la conversion de Lantechilde, l’une des sœurs du roi franc. Toutefois, Grégoire de Tours raconte que celle-ci se convertit à la vraie foi sitôt après le baptême de son frère et qu’elle fut à cette occasion ointe du saint chrême. Il n’était pas nécessaire en effet qu’elle fut baptisée de nouveau puisque, comme tout arien, elle avait déjà subi le rituel de la purification. En revanche, il était essentiel que par l’onction, elle exprima son adhésion au Credo nycéen et au principe de l’égalité du Père, du Fils et de l’Esprit.

 

*relatif à la nature du Christ

**relatif aux liens existants entre les trois personnes de la Trinité

 

Source : Religions & Histoire N° 41

 

La vie des premiers chrétiens

 

TEXTES sur la vie des premiers Chrétiens

«+Après+la+Pentecôte,+Luc+change+de+récit+et+passe+à+une+description+de+la+vie+intérieure+de+l’Église+de+Jérusalem.+«+Ils+étaient+assidus+à+l’enseignement+des+apôtres,+à+la+communion+fraternelle,+au+partage+.jpg

Les Actes des Apôtres continuent l’Évangile de Luc. Ils racontent la naissance de l’Église chrétienne.
Les Epîtres sont des lettres écrites par Paul et d’autres auteurs (peut être les apôtres eux mêmes) à des églises ou à des hommes afin d’éclairer ou de conforter leur foi.

« Paul, appelé par la volonté de Dieu à être apôtre de Jésus-Christ, (…) à l’église de Dieu qui est à Corinthe. »

« Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus Christ !(…) »

« Je vous exhorte, frères, à n’avoir point de divisions parmi nous. »

Paul, Première Epître aux Corinthiens, 1.1/3/10, d’après la Bible de Jérusalem. Le Cerf, 1973.

« Applique toi à rester irréprochable. Que ton ambition soit de pouvoir te présenter à Dieu homme digne d’approbation. »

« C’est pourquoi fuis les passions de la jeunesse, détourne toi des désirs et des convoitises auxquels sacrifient les autres jeunes. Que ton but soit de mener une vie intègre, remplie de foi, d’amour et de paix. Recherche l’harmonie et la concorde avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d’un c ur pur. »

Paul, Deuxième Epître à Timothée, 2.15/22

La vie en commun

« Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et avaient toutes choses en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leur biens, et ils en partageaient le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Chaque jour, tous ensemble, ils allaient assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse. »

Actes des Apôtres, 2.44-46

Le retour du Christ

« Le Fils de l’Homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges (…)

« Il s’assiéra sur son glorieux trône. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs. Il mettra les brebis à sa droite (…) »

« [et] leur dira : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume (…) ». »

Évangile selon Matthieu, 16.27/25.31-33/34

Le sens du baptême (en grec, plongeon)

« Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi d’une vie nouvelle. »

Paul, Epître aux Romains, 6.1-3

Paul à Athènes

« [Paul] discutait donc à la synagogue avec les Juifs et ceux qui adoraient Dieu et sur l’agora, chaque jour, avec les passants. (…) »

« [Il dit :] « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans les sanctuaires faits à la main. (…) »

« Voici donc que, fermant les yeux sur les temps de l’ignorance, Dieu annonce maintenant aux hommes d’avoir tous et partout à se repentir, parce qu’il a fixé un jour où il va juger le monde avec justice par un homme qu’il a établi et accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts. » En entendant parler de résurrection des morts, les uns se moquaient, les autres dirent : « Nous t’entendrons là dessus une autre fois ! » (…)  »

« Mais quelques hommes se joignirent à lui et embrassèrent la fol. »

Actes des Apôtres, 17.17/24/30-32/34

L’hostilité des païens

« Un certain Démétrius, qui était orfèvre et fabriquait des temples d’Artémis en argent, procurait ainsi à ses artisans beaucoup de travail. Il les réunit (…) et leur dit :  » Mes amis, vous savez que nous devons notre bien être à ce travail. Or, vous le voyez et vous l’entendez dire, non seulement à Éphèse mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a, par sa persuasion, perverti une foule considérable en affirmant que ce ne sont pas des dieux ceux qui sont fabriqués de main d’homme. Cela risque non seulement de déconsidérer notre profession, mais aussi de faire compter pour rien le temple de la grande déesse Artémis, et enfin de dépouiller de sa grandeur cette Déesse vénérée par toute l’Asie et le monde entier.  »  »

Actes des Apôtres, 19.24-27

Hérésies

Cette correspondance entre l’apôtre Paul et les Corinthiens semble dater de la première moitié du IIe siècle après J.-C. et fut incorporée dans les « Actes de Paul « , (chapitre X, 2), rédigés vers 150 après J.-C. (texte apocryphe, car il donnait une trop grande place aux femmes qui pouvaient enseigner et baptiser).

cité in BOVON François, GEOLTRAIN Pierre (dir.), « Ecrits apocryphes chrétiens « , vol. I, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1997, pp. 1162-1163 (trad. Willy Rordorf)

« Lettre des Corinthiens
« Etienne et les presbytres [prêtres] qui sont avec lui, Daphnos, Euboulos, Théophile et Xénon, à Paul le frère, salut dans le Seigneur ! Deux hommes sont arrivés à Corinthe, un certain Simon et Cléobios, qui bouleversent la foi de certains par des discours pernicieux ; ces discours, toi, juge-les. Car, de toi, nous n’avons jamais entendu de discours semblables, ni des autres apôtres ; mais ce que nous avons reçu aussi bien de toi et de ceux-là, nous le gardons. Le Seigneur a eu pitié de nous , puisque tu es en vie pour que nous t’entendions encore : ou bien, viens en personne car nous croyons, comme cela a été révélé à Théonoé, que le Seigneur t’a préservé de la main de l’impie , ou bien réponds-nous par écrit ! Voici en effet ce qu’ils disent ou enseignent : « Il ne faut pas, disent-ils, recourir aux prophètes » ; « Dieu n’est pas le Tout-Puissant » ; « il n’existe pas de résurrection de la chair » ; « le modelage des humains n’est pas l’oeuvre de Dieu » ; « il ne faut pas croire que le Seigneur est venu dans la chair, ni qu’il a été engendré de Marie » ; « le monde n’est pas l’ouvrage de Dieu, mais des anges ». C’est pourquoi, frère, fais toute diligence pour venir ici jusqu’à nous afin que l’Eglise des Corinthiens demeure exempte de scandale et que la folie de ces gens soit manifestée.
Porte-toi bien dans le Seigneur ! »

L’Hérésie qui apparaît ici est de type dualiste, opposant le dieu de l’Ancien Testament (texte rejeté) qui a crée un monde terrestre imparfait avec un Tout-Puissant céleste et maître d’un monde parfait. Dans cette hérésie, Jésus est purement divin et ne s’est pas incarné réellement.

Saint Cyprien de Carthage, évêque catholique au IIIe siècle, martyr en 258 après J.-C, tonne contre les hérétiques.

« 2. (…) Or, comment peut-on dire qu’on croit en Jésus-Christ quand on n’accomplit pas ses commandements ? Peut-on recevoir la récompense de la foi quand on n’a pas foi aux préceptes ? Non ; on ne peut qu’errer, tourbillonner sous le souffle de l’erreur, comme la poussière que le vent emporte, et on doit désespérer d’arriver au salut [entrer au paradis] puisqu’on n’en suit pas le chemin.

  1. Evitez donc tous les pièges, mes frères bien-aimés [ses fidèles], non-seulement ceux qui se montrent aux yeux ; mais encore ceux, qui cachent dans les ténèbres leur astuce et leur malice. Quoi de plus astucieux, quoi de plus subtil que notre ennemi [le Diable] ? Jésus, en s’incarnant [devenant homme], triomphe de ses artifices et de sa puissance ; alors, en effet, la lumière se montre aux nations pour les sauver ; les sourds entendent la voix de la grâce ; les aveugles ouvrent les yeux pour voir le Dieu véritable ; les infirmes reviennent pour toujours à la santé ; les boiteux courent à l’Eglise ; les muets, sentant leur langue se délier, font entendre l’accent de la prière. Mais l’ennemi ne s’avoue pas vaincu. Voyant les idoles abandonnées et ses temples désertés par la foule devenue croyante, il imagine un nouveau piège afin de tromper les imprudents par l’apparence même du nom chrétien. Il invente les hérésies et les schismes pour troubler la foi, corrompre la vérité, scinder l’unité. Il séduit ceux qu’il ne peut retenir dans la voie des anciennes erreurs, et il les trompe en leur montrant de nouveaux chemins. Il ravit les fidèles à l’Eglise, et tout en les persuadant qu’ils évitent la nuit du siècle [le monde terrestre actuel] et qu’ils approchent de la lumière, il les plonge, sans qu’ils s’en aperçoivent, dans de nouvelles ténèbres. Ainsi, déserteurs de l’Évangile et de la loi de Jésus-Christ, ils s’obstinent à se dire chrétiens ; ils marchent dans les ténèbres, et ils croient jouir de la lumière. L’ennemi les flatte, il les trompe, cet ennemi qui, selon l’apôtre, se transfigure [se cache sous une autre apparence] en ange de lumière, qui transforme ses ministres [prêtres] eux-mêmes en prédicateurs de la vérité, donnant la nuit au lieu du jour, la mort au lieu du salut, le désespoir à la place de l’espérance, la perfidie sous le voile de la foi, l’antéchrist [faux messie] sous le nom adorable du Christ. C’est ainsi qu’au moyen d’une vraisemblance menteuse, ils privent les âmes de la vérité. »

Saint Cyprien, « De l’unité de l’église catholique », (extrait des chapitres 2-3)

Portrait de l’évêque idéal

« Si quelqu’un aspire à l’épiscopat, c’est une belle tâche qu’il désire. L’épiscopat doit être inattaquable, n’avoir été marié qu’une fois, être sobre, modéré, digne, hospitalier, capable d’enseigner, ni buveur, ni batailleur, mais indulgent, ennemi de la polémiques, détaché de l’argent, sachant bien gouverner sa maison et tenir ses enfants dans la soumission en toute dignité, car si quelqu’un ne sait pas gouverner sa maison, comment pourra t il prendre soin de l’Église de Dieu ? »

Paul, Première Epître à Timothée, 3.1-5
cité par Meslin-Palanque, Le Christianisme antique , A. Colin, 1970

Une réunion dominicale

« On lit, autant que le temps le permet, les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes. Puis le lecteur s’arrête et le président prend la parole pour nous exhorter à imiter les beaux exemples qui viennent d’être cités. Ensuite tous se lèvent et l’on fait des prières. Enfin, (…) la prière terminée, on apporte du pain et de l’eau. Le président prie et rend grâces aussi longtemps qu’il peut ; le peuple répond par l’acclamation Amen. On distribue à chacun sa part des éléments eucharisties et l’on envoie la leur aux absents par le ministères des diacres. »

Justin (environ 100-165 ap. J.-C.), Première apologie, 67

Le dimanche des chrétiens (idem ci-dessus)

« Au jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, qu’ils demeurent en ville ou à la campagne, se réunissent en un même lieu. On lit les Mémoires des Apôtres ou les ouvrages des prophètes, pendant tout le temps disponible. Puis quand le lecteur a fini, le président prend la parole pour nous adresser des avertissements et nous exhorter à imiter ces beaux enseignements.(…) Ensuite nous prions et, lorsque la prière est terminée, on apporte du pain et du vin mêlé d’eau ; le président prononce à haute voix les prières et les actions de grâces (…) et le peuple répond en proclamant Amen ; puis on fait à chacun la distribution et le partage de la nourriture eucharistique, et l’on envoie une part aux absents. (…) C’est le jour du soleil que nous nous réunissons, parce que ce jour est le premier, celui où Dieu créa le monde en transformant les ténèbres et la matière, et celui où Jésus Christ, notre Sauveur, est ressuscité des morts. »

Justin (milieu du IIe siècle ap. J.-C.), Première apologie, 67.
traduction d’A. Wartelle, Etudes augustiniennes, 1987

 

CHJRISTIANISME, CHRISTIANE RANCE, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE PRILITIVE (30-600), HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), MARTYRS DE LYION, PERSECUTIONS CONTRE LES CHRETIENS

Persécutions sous l’Empire romain : les martyrs de Lyon

Martyrs de Lyon : 177 après Jésus-Christ,

Joël Schmidt

Paris, Editions Salvator, 2019.

Martyrs-de-Lyon

 

Martyrs de Lyon : comment Marc Aurèle, empereur réputé philosophe, a pu couvrir de telles atrocités ?

Sainte Blandine (IIe siècle) a été condamnée à mort sous le règne de l’empereur Marc Aurèle. Mais cette mise à mort ne s’est pas déroulée comme prévu, le grill ne l’a pas brûlée, le lion n’a l’a pas mangée. Et c’est entre les cornes d’un taureau qu’elle a trouvé la mort.

Dans un essai sur les Martyrs de Lyon, l’historien Joël Schmidt nous emmène en l’an 177 après Jésus-Christ pour s’interroger sur ce qui a pu conduire Marc Aurèle, un empereur philosophe, humain, aimable qui séduit les historiens de tous les âges, sinon ordonner, du moins couvrir, ces atrocités ?

Ce beau livre n’apprendra pas grand-chose aux chrétiens de Lyon : les martyrs qui ont fondé l’Église primatiale des Gaules, si lointains dans le temps (177 après J.-C.), leur restent très proches dans le cœur, avec Pothin et Blandine en tête de leur saint cortège. La lettre qui raconte leur persécution, écrite par les chrétiens de Vienne et de Lyon à leurs frères d’Asie et conservée au livre V de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée (IVe siècle), est souvent rééditée, enrichie de commentaires toujours plus poussés.

web-saint-blandine-saint-pothin-c2a9pascal-delochegodong.jpg

« Le philosophe et l’empereur n’étaient pas le même homme »

Mais, comme dit La Plaisante sagesse lyonnaise, « tout le monde ne peuvent pas être de Lyon, il en faut ben d’un peu partout. » À tous ceux-là le livre de Joël Schmidt sera de grand profit. Il replace cet épisode dans une vision très large, encadrée par le règne de Marc Aurèle et l’épiscopat du successeur de Pothin, Irénée. La problématique s’impose : comment un empereur philosophe, humain, aimable, qui séduit les historiens de tous les âges, a-t-il pu, sinon ordonner, du moins couvrir, ces atrocités ? La réponse de Joël Schmidt est convaincante : le philosophe et l’empereur n’étaient pas le même homme. Le philosophe s’effaçait devant les devoirs de l’empereur. L’empire était menacé par les premières invasions barbares. Cela se réglait par les armes. Mais il l’était aussi, à ses yeux, par une secte étrange qui refusait de sacrifier aux dieux romains. Maintenir la cohésion exigeait une fermeté sans faille. La prestigieuse colonie lyonnaise, siège du culte fédéral des Trois Gaules, était l’occasion d’un exemple pour tout l’empire. La férocité propre à la foule a fait le reste.

Sujet d’ampleur, on le voit. Joël Schmidt le conclut avec une page saisissante du grand historien Camille Jullian. « L’histoire du monde n’offre peut-être pas d’épisode plus émouvant que cette rencontre dans l’amphithéâtre du Confluent entre la souffrance de l’esclave Blandine et la puissance de l’empereur Marc Aurèle. » Affrontement entre la foi d’une esclave et la volonté d’un maître souverain. Et pourtant, écrit Jullian, ce souverain philosophe était fait pour comprendre la vérité de cette souffrance et la beauté de cette foi. « Blandine et Marc Aurèle auraient pu, s’ils avaient connu leurs sentiments, se regarder comme des frères dans la douleur et la piété. Avec les deux livres qui reflètent leurs croyances, les Évangiles et les Pensées, les hommes bâtiront un jour l’édifice de la morale humaine. »

 

Marc Aurèle (empereur de 161 à 180)
(Marcus Annius Verus puis Marcus Aurelius Antoninus)

statue-marc-aurele.jpg

Comme Trajan et Hadrien, ses prédécesseurs, Marc Aurèle était issu d’une famille italienne installée en Espagne. Il était vaguement apparenté à Hadrien, et, d’autre part, l’empereur Antonin le Pieux avait épousé sa tante… 

Dans sa jeunesse, Marc Aurèle, qui ne s’appelait encore que Marcus Annius Verus (« Annius » du nom de son grand-père qui l’avait recueilli à la mort de son père), se lia d’amitié avec le richissime lettré athénien Hérode Atticus. Il fréquenta également les cours du célèbre rhéteur africain Fronton, qui devint lui aussi son ami. Enfin et surtout, le jeune Marc embrassa la doctrine stoïcienne d’Épictète.

L’empereur Hadrien, qui était donc un peu son parent et un peu son pays, remarqua et se prit d’affection pour ce grand beau jeune Verus, qu’il affubla du surnom révélateur de « Verissimus » (le plus véridique, le plus sincère).

Ceci explique sans doute pourquoi Hadrien à la fin de sa vie, en adoptant Antonin, ordonna à celui-ci d’adopter à son tour Marc Aurèle et le petit Lucius, orphelin d’Aelius César, premier successeur désigné d’Hadrien et trop prématurément disparu.
Il était aussi convenu que le petit Lucius (il n’avait que huit ans) épouserait Faustine, la fille d’Antonin, tandis que Marc, lui, convolerait avec la sœur de Lucius, une nommée Fabia Ceiona.

Mais Antonin, sur ce point, ne respecta pas la volonté d’Hadrien
Les âges s’accordant mieux, il donna sa fille Faustine à Marc… Mais, paraît-il, Faustine le trompa à plusieurs reprises. Au point que certains des amis de Marc, au nom du principe voulant que « la femme de César ne soit pas objet de suspicion ni de scandale », lui conseillèrent un jour de se séparer de sa si peu fidèle épouse. Mais Marc s’y refusa toujours car, objectait-il, en quittant l’ardente Faustine, il faudrait lui rendre sa dot, c’est-à-dire l’Empire !

Marc Aurèle était donc un homme de parole et de fidélité, même si celle-ci était fort mal placée. Il le prouva en respectant littéralement le règlement successoral d’Hadrien, déjà mis à mal par le pieux Antonin.
En effet, quand, à la mort d’Antonin, il accéda enfin au trône en 161 (Marc avait 40 ans) et alors qu’il aurait tout aussi bien pu régner seul, il partagea le pouvoir avec Lucius Verus, son frère d’adoption. Le fait que ce Lucius fut un être veule, un débauché, un luxurieux, un paresseux et un ivrogne, n’influença en rien la décision de Marc Aurèle.

Comble d’ironie pour un homme en qui la postérité reconnaîtra l’un des plus fins explorateurs de l’âme humaine : sa femme le trompait abominablement, son associé était un répugnant personnage, et, pour comble de malheur, son fils légitime (?) Commode fut un des pires monstres de l’Histoire romaine. Cruel destin posthume !

Autre ironie du sort : la situation de l’Empire contraignit cet empereur-philosophe à passer le plus clair de son temps à guerroyer, casque en tête et épée à la main.

Au début de son règne, il put encore laisser à de brillants généraux, tels Avidius Cassius et Statius Priscus, le soin de repousser puis de vaincre les Parthes du roi Vologèse qui avaient, une fois de plus, envahi les provinces orientales de l’Empire. Pour la bonne forme, il avait également envoyé en Syrie son lamentable frère et associé Lucius Verus afin qu’il y représentât l’autorité impériale. Mais ce débauché notoire, loin de se ruer à l’assaut des places fortes ennemies, se contenta d’écumer les tavernes, d’envahir les bordels et de saccager les maisons de passe d’Antioche.
Malgré cela (ou peut-être grâce à l’éviction de l’incapable « César » Lucius), les armes romaines furent partout victorieuses. Ctésiphon, la capitale ennemie, fut détruite, l’Arménie et la Mésopotamie furent annexées et une paix très avantageuse fut signée… Et Lucius, comme s’il était l’unique artisan de ces succès, s’en revint triompher à Rome, ramenant dans ses bagages une épidémie de peste qui allait infester tout l’Empire de nombreuses années !

L’Orient pacifié, il fallut intervenir au Nord ! Un premier rush de tribus germaniques, aussi sauvages que nombreuses, menaçait d’engloutir les provinces romaines.
En 167, les Marcomans passent le Danube, envahissent la Norique (Autriche). L’année suivante, ils sont rejoints par des Quades et des Sarmates. De concert, ils dévastent la Pannonie (Sud de la Hongrie) et atteignent le Nord de l’Italie. Il faut près de cinq ans à Marc Aurèle pour repousser ces hordes au-delà du Danube (173).

Entre-temps (171-172), il avait fallu repousser dans leurs déserts des Maures qui, venant du Maroc, avaient envahi l’Espagne et la Lusitanie (Portugal). La jacquerie des « Boucoiloi », pasteurs-brigands d’Égypte avait également été réprimée par les généraux de Marc.

Puis, de 174 à 175, il faut remettre cela et repousser, une nouvelle fois, les Sarmates (Iazyges) au-delà du Danube.

En 175, c’est la guerre civile qui menace quand le général Avidius Cassius, le brillant vainqueur de la guerre des Parthes, et à qui Marc Aurèle avait très imprudemment confié le gouvernement de tout l’Orient romain, est proclamé empereur par ses troupes. Heureusement, l’usurpation est étouffée dans l’œuf : les versatiles légionnaires assassinent leur commandant en chef avant qu’il n’ait matérialisé ses ambitions.

En 176, un court répit permet à Marc Aurèle de célébrer son triomphe à Rome, accompagné de son fils Commode, déjà nommé « César » en 166 (il sera associé au pouvoir comme « Auguste » l’année suivante).
Encore un an plus tard (177), nouvel assaut des Quades, Marcomans et Hermundures ; c’est la deuxième « Guerre germanique ». Les opérations s’achevaient enfin quand (17 mars 181) l’empereur mourut de la peste à Vindobona (Vienne – Autriche), laissant le trône à Commode, son dégénéré de fils.

Dans sa jeunesse, nous le savons, Marc Aurèle fréquenta les cercles philosophiques stoïciens. Dans le recueil des « Pensées pour moi-même« , que Marc Aurèle composera plus tard, l’empereur se présente d’ailleurs un homme tout pétri de cette austère doctrine philosophique, mais bienveillant, clément, et très soucieux du bien public. Pourtant l’Église catholique le présente comme un horrible persécuteur !

À l’évidence, si un brave homme comme ce Marc Aurèle, l’un des meilleurs souverains de Rome, se vit contraint de châtier des Chrétiens, c’est qu’il entendait réprimer « autre chose » que de simples innovations religieuses !

En fait, ce que les historiens catholiques reprochent principalement à Marc Aurèle, c’est l’exécution à Rome du philosophe chrétien Justin vers 166 ainsi que le supplice des « Martyrs de Lyon » en 177.

Sans entrer dans tous  détails, il est bon d de signaler que le fameux Justin avait publié de nombreux libelles contre les hérétiques gnostiques qu’il accusait des crimes les plus abominables. Inceste, anthropophagie, liturgies sanglantes, tout y passait. Or, les sévères lois de Marc Aurèle condamnaient les calomniateurs à la peine de mort …

Quant aux Martyrs de Lyon, c’est un peu plus compliqué.
Rappelons d’abord brièvement les faits : en 177, alors que l’Empire est menacé par une nouvelle invasion germanique, de nombreux Chrétiens de la ville de Lyon sont dénoncés, arrêtés, jugés et exécutés dans l’amphithéâtre. Les principales victimes sont l’évêque Pothin et Blandine, une jeune esclave.

Toujours sans entrer dans les détails, il faut faire remarquer ceci :

les martyrs chrétiens de Lyon étaient tous originaires d’Asie Mineure et tous avaient sans doute été contaminés par l’hérésie montaniste, une doctrine prophétique, violente, apocalyptique. Il s’agissait donc de Chrétiens exaltés.
Au moment où les Barbares étaient aux portes de la Gaule, gageons que leur défaitisme affiché ne devait être bien perçu ni par le reste de la population lyonnaise ni par les autorités romaines « sur pied de guerre ».

Montan n’ayant commencé sa prédication que vers 172, le « Montanisme », doctrine chrétienne hétérodoxe à laquelle avaient probablement souscrit les martyrs de Lyon, était une hérésie toute récente. Or, en 170, l’empereur Marc Aurèle avait promulgué un décret qui prescrivait que les adeptes des nouvelles sectes (sans doute précisément ces doctrines politico-religieuses défaitistes et dangereusement subversives) étaient passibles de la peine de mort. Dans ce cas, le gouverneur de Lyon n’aurait fait qu’appliquer la loi.

En 177, au moment où les martyrs de Lyon auraient été horriblement exécutés dans l’amphithéâtre, saint Irénée, le successeur de cet évêque saint Pothin, lui aussi victime de la persécution, se trouvait à Rome. Irénée était, dit-on, venu dans la capitale de l’empire pour demander l’arbitrage du pape au sujet, justement, de l’hérésie montaniste qui déchirait la communauté chrétienne lyonnaise.
Or, dans toutes ses œuvres, saint Irénée de Lyon, par ailleurs auteur fort prolixe, ne dit mot de la fin tragique de son prédécesseur et de ses ouailles. Le récit de la passion des martyrs de Lyon ne nous est connu que par l’Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée rédigée au IVe siècle seulement, un siècle et demi après les faits ! Même si l’évêque de Césarée cite une lettre contemporaine soi-disant authentique, il s’agit là d’une source de deuxième main (au moins), tardive et partiale.

Enfin, de nombreux chrétiens de Lyon furent, paraît-il dénoncés par leurs esclaves qui les accusaient des pires turpitudes (inceste, cannibalisme, crimes rituels, bref toutes les joyeusetés que les Chrétiens eux-mêmes prêtaient aux autres sectes qu’ils taxaient d’hérésie…).
Il est à signaler qu’aucun tribunal romain n’aurait jamais eu l’inconscience d’accorder le moindre crédit au témoignage d’un esclave contre son maître – sauf peut-être si la raison d’état l’imposait. Car à cette époque, toute l’économie, voire toute la civilisation, était basée sur le travail servile. Cependant, si cette fable est néanmoins véridique, alors les Chrétiens de Lyon ne furent pas poursuivis et condamnés en raison de leurs convictions religieuses, mais plutôt pour des crimes bien matériels. Les chefs d’accusation étaient certes absurdes, mais n’avaient rien à voir avec la religion !

 

 

LES PERSECUTIONS

Premi_re_repr_sentation_d_un_C.jpg

  1. Causes et caractères des persécutions.

 

L’empire romain s’était montré très tolérant pour les cultes des nations vaincues. Agrippa avait d’ailleurs élevé à Rome un temple à tous les dieux (Panthéon).

Bien que très exclusif et ennemi des religions païennes, le judaïsme resta toléré parce qu’il n’était pas conquérant.

D’abord confondu avec lui par les autorités civiles, le christianisme jouit de la même tolérance. Il était persécuté seulement par les Juifs. Mais bientôt, on remarqua qu’il visait à la conversion du peuple et à la destruction de l’idolâtrie. Aussitôt la persécution commença.

Le christianisme fut donc interdit : 1° parce qu’il s’opposait au culte de Rome et des empereurs qui se faisaient adorer comme des dieux (crime de lèse-majesté) ; 2° parce que le refus des chrétiens de prendre part aux cérémonies du culte des idoles était considéré comme une preuve d’athéisme et de sacrilège ; 3° parce qu’on attribuait à la magie les miracles accomplis par les chrétiens.

À ces causes publiquement déclarées, s’en ajoutaient deux autres moins avouables : 1° la vertu, recherchée par les chrétiens, constituait pour la corruption païenne un reproche permanent qui excitait entre eux les jalousies et les haines ; 2° la persécution devint souvent pour les empereurs ou les gouverneurs de provinces, un moyen de procurer des ressources, car on confisquait tous les biens des chrétiens mis à mort.

Enfin une effroyable campagne de calomnies commença de bonne heure contre la religion du Christ. On lui attribua les rites les plus odieux, tels que l’adoration d’une tête d’âne, l’anthropophagie, etc. ; on lui imputa toutes les calamités publiques. L’opinion populaire se déchaîna contre elle, souvent avec fureur, et agit sur les autorités. Les lettrés la combattirent par jalousie : ils voyaient dans les chrétiens des rivaux qui prétendaient posséder seul la vraie sagesse et la vraie religion.

À ces causes explicites ou cachées, s’ajouta, dès le début, celle qu’on prit pour base juridique des persécutions durant les deux premiers siècles : d’être une secte malfaisante, prohibée par les lois de l’Empire en qualité d’ennemie du genre humain.

 

  1. Caractères généraux des persécutions.

 

Il y eu dix persécutions générales, séparées par des périodes de tranquillité relative. Ces épreuves sanglantes durèrent deux siècles et demi (64-311)  et firent périr des millions de chrétiens.

Quelques fois les condamnés étaient conduits en foule au supplice ; le plus souvent, dans le but de désorganiser l’Église, on choisissait les victimes parmi les chefs de la religion : papes, évêques, prêtres ou fidèles influents et riches ; on leur infligeait les plus affreux tourments afin de terroriser les autres chrétiens.

Un long emprisonnement précédait souvent l’exécution de la sentence ; mais les cachots se transformaient en oratoires ; les martyrs s’y préparaient à la mort par la prière et par la réception du pain eucharistique qu’on réussissait parfois à leur apporter.

Après la prison venait l’interrogatoire. Il n’y avait ni témoin ni défenseur. Pour recouvrer la liberté, il aurait suffi aux chrétiens d’apostasier. Sur leur refus d’adorer les dieux de l’Empire, on les condamnait à la déportation, aux travaux forcés dans les mines, ou à la mort par divers supplices.

Tout ce que la cruauté la plus ingénieuse put inventer a été employé pour triompher de la constance des martyrs.

On les a crucifiés, déchirés avec des crocs ou des fouets, mutilés, brûlés vifs, exposés aux bêtes… Les Actes des martyrs* mentionnent plus d’une centaine de supplices différents.

Malgré ces épouvantables tourments, les martyrs persévéraient, inébranlables dans leur foi. Dieu répandait sur leur visage et dans leur cœur une telle sérénité que les fidèles en étaient encouragés, et parmi les païens qui assistaient à ces supplices, nombre d’entre eux se convertissaient. Ainsi se vérifiait le mot deTertullien : «Le sang des martyrs est une semence de chrétiens»

 

  1. Les persécutions au Ier siècle.

 

  1. Leurs caractères.

 

Il y eu deux persécutions générales au premier siècle : la première sous Néron, la seconde sous Domitien. Ces empereurs persécutèrent par accès de violence et non par système comme dans les siècles suivants.

 

  1. Première persécution sous Néron (64-68).

 

Ce prince cruel avait fait mettre le feu à Rome pour le plaisir de la voir brûler et pour la rebâtir ensuite à son goût. Craignant l’indignation populaire qui l’accusait de cette catastrophe, il en rejeta le crime sur les chrétiens et leur fit subir les plus cruelles tortures.

Les uns furent couverts de peaux de bêtes et exposés aux chiens pour être déchirés ; d’autres, attachés à des croix, enduits de poix et brûlés comme des torches, pour éclairer les jeux du cirque. Néron lui-même prenait plaisir à conduire son char à la lueur de ces flambeaux humains. « Les souffrances de ces victimes étaient telles, dit Tacite, historien païen, que tout en les jugeant coupable et digne du dernier supplice, le peuple était ému de compassion ». Les deux plus célèbres martyrs de la première persécution sont saint Pierre et saint Paul.

  1. Deuxième persécution, sous Domitien (95-96).

 

Après Néron, les chrétiens jouirent de plus de vingt-cinq années de paix.

C’était l’époque de la révolte des juifs contre Rome, du siège et de la prise de Jérusalem par Titus (69-70). Les prophéties de Jésus concernant la destruction de la cité déicide se réalisaient à la lettre. La ville était rasée, le Temple brûlé et la population égorgée ou réduite en esclavage.

Quant aux chrétiens, se rappelant les conseils de Notre-Seigneur et ses prédictions sur la ruine de Jérusalem, ils échappèrent au massacre en se retirant dans les montagnes au nord de la Palestine.

Domitien devint persécuteur vers la fin de sa vie, en 95, et fit condamner les chrétiens pour athéisme. Comme ils ne participaient pas aux fêtes païennes et que leur Dieu n’était pas reconnu officiellement, les Romains les considéraient comme des athées. Les plus illustres martyrs de cette persécution sont saint Jean l’Évangéliste et un cousin de l’empereur, le consul Flavius Clemens, dont la femme Domitilla, qui subit l’exil, avait fait creuser une catacombe dans ses domaines pour la sépulture de ses frères en Jésus-Christ.

L’empereur Nerva rappela tous les exilés, et rendit la paix à l’Église (96).

 

III. Les persécutions au IIe siècle.

 

  1. Leurs caractères.

 

Il y eu d’excellent empereurs au IIe siècle : Trajan, Adrien, Antonin, Marc-Aurèle, mais ils ne comprirent pas le christianisme et voulurent l’anéantir comme ennemi de l’ordre légal [1]. Ils ne publièrent aucun nouvel édit de persécution ; cependant, pour plaire à la foule païenne acharnée contre les chrétiens, ils remirent en vigueur les décrets sanguinaires de leurs prédécesseurs, en les adoucissant toute fois.

Très perplexe sur la conduite à tenir à l’égard des chrétiens, Pline le Jeune, gouverneur de la Bithynie, écrivit à Trajan pour connaître ses intentions à leur sujet : « Il ne faut pas les rechercher ; si on les dénonce et qui soient convaincus, il faut les punir, de telle sorte cependant que, si quelqu’un nie être chrétien et le prouve par des actes, il obtienne son pardon à cause de son repentir quels que soient les soupçons qui pèsent sur lui dans le passé. Mais en aucun cas il ne faut tenir compte des dénonciations anonymes, car ce serait d’un mauvais exemple, et cela ne convient plus à notre siècle ».

Ce rescrit prouve qu’être chrétien restait un délit, mais n’était plus considéré comme un danger pour le pouvoir. Il rendait un hommage implicite à l’innocence des chrétiens et obligeait les juge à suivre une procédure régulière ; aussi, Pline arrêta-t-il la persécution en Bithynie.

En 124, un rescrit d’Adrien, adressé au proconsul d’Asie, complétait celui de Trajan : il interdisait d’accueillir les accusations tumultueuses de la foule et ordonnait de châtier les accusateurs incapables de prouver leurs dires. De plus, le gouverneur devait lui-même examiner les cas et ne punir que « les infractions aux lois ».

Si l’on avait observé cette législation, la situation des chrétiens aurait été relativement tolérable, mais elle ne le fut pas ; la foule arrachait souvent, à la faiblesse des magistrats, la condamnation de ceux qu’elle détestait.

Les persécutions du IIe siècle sont classées généralement en deux groupes formant la troisième et la quatrième persécution.

 

  1. Troisième persécution sous Trajan, Adrien et Antonin.

1° Par sa lettre à Pline en 112, Trajan (98-117) ralentit un peu, sans l’arrêter complètement, la violence de la persécution.

Les plus illustres martyrs de son règne sont : le pape saint clément, condamné aux mines de la Chersonèse (Crimée), puis précipité dans la mer Noire ; saint Siméon, évêque de Jérusalem, qui mourut sur une croix comme son divin Maître ; saint Ignace [2], évêque d’Antioche, qui, dans une lettre aux Romains, témoignait un ardent désir du martyre.

2° Indifférent aux choses religieuses, Adrien (117-138) n’était cependant pas très hostile aux chrétiens, comme le prouve son rescrit de l’an 124 ; mais après une nouvelle révolte des juifs (132-135), avec lesquels il confondait les chrétiens, il se montra moins favorable à leur égard. Parmi les martyrs de son règne, on peut citer : le pape saint Télesphore ; saint Eustache, son épouse et leurs trois enfants ; sainte Symphorose avec son mari et leurs sept fils.

3° Antonin le Pieux (138-161) interdit tout soulèvement populaire contre les chrétiens, mais on ne lui obéit pas partout. Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, dont les païens réclamaient la mort, fut conduit devant le consul qui lui dit : « Maudis le Christ et tu es libre. – Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit le sait vieillard, et il ne m’a jamais fait de mal. Comment pourrai-je blâmer mon roi et mon Sauveur ? ». Condamné à périr sur un bûcher dressé par la foule, on vit les flammes l’environner sans le toucher. Les bourreaux le percèrent alors d’un coup d’épée puis brûlèrent son corps (156). Onze chrétiens périrent avec lui. A la suite de plusieurs condamnations tumultueuses, Antonin défendit de provoquer des émeutes à propos des chrétiens.

 

  1. Quatrième persécution sous Marc-Aurèle (161-180)

 

Dès les premières années du règne de ce prince, la peste et la famine désolèrent l’Empire. Excité par les philosophes païens, le peuple s’en prit aux chrétiens, comme auteurs de tous ces maux, et Marc-Aurèle, philosophe distingué, commanda ou autorisa les poursuites exercées contre eux. Le secours merveilleux obtenu par les prières des soldats de la Légion fulminante [3], ne le rendit pas plus favorable aux chrétiens, car il l’attribua à Jupiter.

Les plus illustres martyrs de cette persécution sont :

1° à Rome sainte Félicité et ses sept fils (162) ; l’apologiste saint Justin, victime de la jalousie des philosophes païens (163) ; sainte Cécile avec son époux Valérien et son beau-frère Tiburce (entre 177 et 180).

2° à Lyon, le vieil évêque saint Pothin, disciple de saint Polycarpe, et la jeune esclave sainte Blandine* qui, mise à la torture pour la forcer d’avouer les crimes secrets que l’opinion publique attribuait aux chrétiens, répondait à chaque demande du juge : « Je suis chrétienne, il ne se fait pas de mal parmi nous ». (177)

3° à Autun, le jeune saint Symphorien que son admirable mère exhortait au martyr en lui disant : « Ne craignez pas une mort qui conduit sûrement à la vie ». (179)

 

[1] Cela explique pourquoi, généralement, les meilleurs empereurs, ceux qui se souciaient davantage de l’autorité de l’Etat, se montrèrent le plus acharnés contre le christianisme, tandis que les empereurs qui ne cherchaient que leurs plaisirs et négligeaient les affaires publiques étaient plus tolérant et moins hostiles aux chrétiens.

[2] On le conduisit à Rome pour être livré aux bêtes de l’amphithéâtre (107). Dans la crainte que les fidèles de cette ville ne missent obstacle à l’éxécution de la sentence portée contre lui, il leur écrivit une lettre admirable, où il leur disait : «Je vous en conjure, laissez moi servir de pâture aux lions et aux ours : c’est un chemin fort court pour arrivé au ciel. Je suis le froment de Dieu, il faut que je sois broyé pour devenir un pain digne d’être offert à Jésus-Christ.» Il fut dévoré par deux lions. Les chrétiens reccueillirent ses ossements et les conservèrent comme de précieuses reliques (mot qui vient du latin reliquae, qui signifie restes).

[3] Légion fulminante  était une légion de l’armée romaine, composée de soldats chrétiens qui, dans l’expédition de l’empereur Marc – Aurèle contre les Sarmates, Quades et Marcomans, sauvèrent toute l’armée prête à périr de soif. Ils obtinrent par leurs prieres une pluie abondante pour l’armée romaine, tandis que l’ennemi essuyait de l’autre côté une grêle furieuse, accompagnée de foudres et d’éclairs épouvantables.

 

 

Hérésies des trois premiers siècles

  1. Utilité des hérésies. Elles fournissent à l’église l’occasion de définir plus clairement certains points du dogme et affermissent la foi dans les armes, car à mesure que la doctrine religieuse et attaquée, les fidèles l’étudiaient avec plus de soin.

De même que les persécutions affermies à la fois dans la divinité du christianisme, la réfutation des hérésies mit en pleine lumière la vérité et la grandeur de sa doctrine.

 

  1. Les judaïsants étaient des juifs convertis qui n’admettaient pas l’abrogation de la loi mosaïque. Leur hérésie amena l’église naissante à s’affirmer catholique, c’est-à-dire universelle, ouverte à tous.

 

  1. Les gnostiques(du grec gnôsis, sciences) prétendaient posséder une science extraordinairede la nature et des attributs de Dieu.

Ils inventaient des systèmes variés, selon l’origine de leurs docteurs, pour les substituer aux enseignements de la foi sur la création de toute chose par Dieu, sur le péché originel causes initiales de tout mal dans le monde, sur l’Incarnation et la Rédemption par lesquelles Dieu a « tout restauré dans le Christ ».

Le gnosticisme date des temps apostoliques ; il atteignit son apogée aux IIème et IIIème siècles, puis disparut vers la fin du IVème.

Par leurs erreurs, les gnostiques provoquèrent le développement de la morale catholique, également éloigné du rigorisme des uns et du relâchement des autres.

 

  1. Les manichéens, disciples du Persan Mani ou Manès, distinguèrent de principes éternels, la bon, auteur du bien : Dieu ; d’autres mauvais, auteur du mal : Satan. Les manichéens se sont maintenus jusqu’au Moyen Âge.
  2. Montanistes. Vers le milieu du IIème siècle un illuminé, le Phrygien Montan, fonda une secte de faux mystiques. Il se proclamait le Saint-Esprit incarné, pratiquait l’extase et tendait à substituer l’inspiration prophétique est individuel à la hiérarchie.

Les montanistes prêchaient une morale rigoriste qui séduisit Tertullien. Elle imposait des jeûnes stricts et proscrivait les secondes noces.

 

  1. Erreur sur la Trinité. Le dogme catholique de la Trinité des personnes et de l’unité de nature en Dieu provoqua de vives controverses.

Vers la fin du IIème siècle, des élitistes regardaient Jésus-Christ comme fils adoptif de Dieu et niaient sa divinité.

Par réaction, d’autres hérétiques supprimaient toute distinction personnelle entre le Père et le Fils.

Pour combattre ces derniers, on n’en vint à distinguer le Fils du Père, au point de le déclarer inférieur et subordonné au père. On tomba ainsi dans une nouvelle erreur qui, en se développant, aboutit à l’arianisme.

 

Source : Histoire de l’Église, éd. Clovis

le-porche-de-l-eglise-sainte-blandine-a-lyon-photo-n-b-1479278308