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L’Epiphanie d’après la Légende dorée

L’Épiphanie d’après la Légende dorée de Jacques de Vorogine

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L’Épiphanie se célèbre en souvenir d’un quadruple miracle. C’est en effet ce jour-là que les mages ont adoré le Christ, que saint Jean a baptisé le Christ, que le Christ a changé l’eau en vin, et qu’il a rassasié cinq mille hommes avec cinq pains. Et cette fête porte quatre noms : 1o elle s’appelle Épiphanie, en souvenir de l’étoile que les mages aperçurent au-dessus d’eux ; 2o elle s’appelle Théophanie, parce que, le jour du baptême du Christ, la Trinité divine apparut tout entière, le Père dans la voix, le Fils dans la chair, le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe ; 3o elle s’appelle Béthanie (de Beth, maison), parce qu’aux noces de Cana Jésus montra sa divinité dans une maison ; 4o enfin elle s’appelle Phagiphanie, en souvenir du jour où le Christ a nourri cinq mille hommes avec cinq pains. Mais nous devons ajouter que l’on doute que ce quatrième miracle se soit accompli ce jour-là : car saint Jean nous dit que « le temps de la Pâque approchait ».

Au reste, le premier de ces quatre miracles est celui que l’Église célèbre tout particulièrement ; de telle sorte que nous n’aurons à nous occuper ici que de lui. Donc, treize jours après la naissance du Christ, trois mages vinrent à Jérusalem. Leurs noms étaient, en grec, Appellius, Amérius, et Damascus ; en hébreu, Galgalat, Malgalath et Sarathin ; en latin, Gaspard, Balthasar, et Melchior. Ces trois mages étaient des sages, et en même temps des rois ; car le mot mage, qui signifie imposteur et sorcier, a aussi le sens de « homme très savant ».

On peut se demander pourquoi ces mages vinrent à Jérusalem, puisque ce n’était point là que le Christ était né. Remi en donne quatre raisons : 1o les mages ignoraient le lieu exact de la naissance du Christ, et sont venus à Jérusalem parce qu’ils supposaient qu’un enfant aussi merveilleux ne pouvait être né que dans la capitale du royaume ; 2o ils sont venus à Jérusalem pour consulter les savants et les scribes de la ville sur le lieu de naissance du Sauveur ; 3o ils sont venus à Jérusalem pour ôter aux Juifs l’excuse de pouvoir dire qu’ils ignoraient le temps de la naissance du Messie ; 4o enfin ils sont venus à Jérusalem pour condamner, par le spectacle de leur zèle, l’indifférence et la mollesse des Juifs.

Saint Jean Chrysostome nous donne une autre explication de la venue des mages à Jérusalem. C’étaient, suivant lui, des astrologues qui, de père en fils, passaient trois jours par mois sur une haute montagne, dans l’attente de l’étoile qu’avait prédite Balaam. Or, dans la nuit de la naissance du Christ, une étoile leur apparut qui avait la forme d’un merveilleux enfant, avec une croix de feu sur la tête ; et elle leur dit : « Allez vite dans la terre de Juda, vous y trouverez un enfant nouveau-né qui est le roi que vous attendez ! »

On peut se demander ensuite comment douze jours ont pu leur suffire pour faire un si long trajet, depuis les confins de l’Orient jusqu’à Jérusalem, que l’on dit située au centre du monde. Suivant Remi, c’est l’Enfant divin lui-même qui les a conduits. Ou encore, suivant d’autres, la rapidité de leur course tient à ce qu’ils étaient montés sur des dromadaires, animaux très rapides, qui font plus de chemin en un jour que les chevaux en trois.

Arrivés à Jérusalem, ils ne demandèrent pas si le roi des Juifs était né, car ils le savaient déjà par l’étoile. Ils demandèrent où était né le roi des Juifs. Ce qu’entendant, Hérode se troubla fort, et la ville entière avec lui. Hérode en fut troublé pour trois raisons : 1o il craignait que les Juifs ne prissent pour maître ce roi nouveau-né ; 2o il craignait d’être mis en accusation par les Romains, s’il permettait à un homme non proclamé roi par Auguste de revêtir le titre de roi ; 3o comme le dit saint Grégoire, un roi terrestre ne pouvait manquer de se sentir troublé, se voyant en présence du roi des Cieux. Et quant au trouble des Juifs, il s’expliquait également par trois raisons, d’après Chrysostome : 1o par l’impossibilité où sont les impies de se réjouir de l’avènement du juste ; 2o par l’adulation de ces Juifs pour Hérode, dont ils voyaient le trouble ; 3o par l’incertitude où ils étaient de leur sort devant la perspective d’une révolution.

Hérode, ayant convoqué tous les prêtres et scribes, leur demanda où était né le Christ. Et quand il apprit que c’était à Bethléem, il le dit aux mages, en leur demandant de venir lui rendre compte de ce qu’ils auraient vu ; lui-même, prétendait-il, irait alors adorer l’enfant nouveau-né : mais en réalité il ne songeait qu’à le faire périr.

Autre particularité : l’étoile cessa de guider les mages dès qu’ils furent entrés à Jérusalem, sans doute pour forcer les mages à s’enquérir du lieu de la nativité du Christ, et ainsi à fournir devant tous le témoignage du miracle. Quant à la nature même de cette étoile, les uns disent que c’était l’Esprit-Saint qui avait pris cette forme pour guider les mages, d’autres que c’était un ange ; d’autres enfin, dont nous partageons l’avis, supposent que cette étoile était un astre nouvellement créé, qui, ayant rempli sa mission, sera rentré dans le sein de la matière universelle. D’après Fulgence, cette étoile différait de toutes les autres en trois choses : 1o elle n’était pas localisée dans le firmament, mais pendait dans les airs, près de la terre ; 2o elle était si brillante qu’on la voyait même en plein jour, éclipsant la lumière du soleil ; 3o elle marchait en avant des mages, comme une personne vivante, au lieu de suivre le mouvement circulaire des autres étoiles.

Entrés dans la crèche, et y ayant trouvé l’enfant avec sa mère, les mages se mirent à genoux, et offrirent, en présent, de l’or, de l’encens, et de la myrrhe. Le choix de ces présents et leur don s’expliquent par plusieurs motifs : 1o c’était l’usage, chez les anciens, de ne jamais approcher d’un dieu ou d’un roi sans lui offrir des présents ; et les mages, qui venaient des confins de la Perse et de la Chaldée, à l’endroit où coule le fleuve Saba (d’après l’Histoire scholastique), apportaient les présents qu’avaient coutume d’offrir les Perses et les Chaldéens ; 2o d’après saint Bernard, l’or était destiné à alléger la pauvreté de la Vierge, l’encens à effacer la mauvaise odeur de l’étable, la myrrhe à consolider les membres de l’enfant en expulsant les vers de ses intestins ; 3o ces trois présents signifiaient la royauté du Christ, sa divinité, et son humanité : car l’or sert pour le tribut royal, l’encens pour le sacrifice divin, la myrrhe pour la sépulture des morts ; 4o enfin ces trois présents signifient ce que nous devons offrir au Christ : car l’or est le symbole de l’amour, l’encens celui de la prière, et la myrrhe symbolise la mortification de la chair.

Ayant adoré l’enfant Jésus, les mages, qu’un songe avait avertis de ne point retourner auprès d’Hérode, s’en revinrent dans leurs pays par un autre chemin. Leurs corps furent retrouvés par Hélène, mère de Constantin, qui les transporta à Constantinople. Plus tard, saint Eustorge les transporta à Milan, dont il était évêque, et les déposa dans l’église qui appartient aujourd’hui à notre Ordre des Frères prêcheurs. Mais lorsque l’empereur Henri s’empara de Milan, il fit transporter les corps des mages, par le Rhin, à Cologne, où le peuple les entoure d’une grande dévotion.

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Jacques de Vorogine, chroniqueur (1228-1298)

Jacques de Vorogine (1228-1298)

Jacques de Voragine naquit en 1228 environ, à Varazza près de Gênes en Italie. Issu d’une famille modeste, il entra très jeune chez les Dominicains et grâce à ses talents de prédicateur fut nommé provincial de l’ordre avant de devenir archevêque de Gênes nommé par le pape Nicolas IV.

Il est auteur de la Légende dorée, célèbre ouvrage racontant la vie d’un grand nombre de saints et saintes, martyrs chrétiens, ayant subi les persécutions des Romains. Il commence en 1250 la rédaction de la Légende dorée décrivant l’origine de la Sainte Croix, dont le premier manuscrit paraît en 1260. Il se consacrera à cette tâche jusqu’à sa mort en 1298.

Dès sa parution, cet ouvrage connut une grande vogue ; c’est à travers cette œuvre que s’est forgée une partie de l’iconographie chrétienne.

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Le quatrième Roi mage de Bethléem : conte de Noël

Conte de Noël – Le quatrième Roi mage de Bethléem

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Comment un petit roi de rien du tout fut comblé de grâces au-delà de ses espérances

Il était une fois un roi qui ne ­ressemblait pas à un roi. On aurait dit un ­marchand de tapis. C’était un homme petit, chauve, moustachu, aussi rond qu’une barrique. Ce soir-là, il ressemblait encore moins à un roi. Il suait, soufflait, haletait. Ses vêtements de prince n’étaient plus que guenilles. Depuis des jours, Cyrus marchait, tirant son cheval par la bride, épuisé. Lorsqu’il parvint au sommet de la colline de Bethléem, il se mit à pleurer. Il avait beau être roi de Perse, il arrivait trop tard.

Oui, trop tard. Son expédition était un échec. Le roi de Perse s’assit sur un rocher qui surplombait la vallée. Le ciel était pur. Des milliers d’étoiles formaient comme une immense guirlande. Elles dessinaient une flèche de lumière. Dans les collines sombres du village endormi de Bethléem, elle semblait désigner une grotte. Une grotte à peine visible, creusée à flanc de rocher.

Cyrus sécha ses larmes : il était arrivé au but, enfin. Mais il était trop tard. Il arrivait toujours trop tard. Depuis qu’il avait succédé à son père, le grand Cyrus, sa femme, ses enfants, ses ministres, son peuple… tout le monde lui reprochait ses retards à répétition. Mais était-ce sa faute à lui s’il était lent et rêveur ?

À vrai dire, personne, dans son entourage, n’avait compris qu’il décide soudain, quelques semaines plus tôt, de rejoindre la caravane de ses cousins d’Orient, les Rois mages. Ces princes étaient des savants, des originaux. Ils se passionnaient pour l’astronomie et scrutaient le ciel. Or, après des années de travail, ils en étaient arrivés à cette conclusion : dans un minuscule coin du monde, la Palestine, un nouveau prince venait de voir le jour. Pas un prince de pacotille comme Hérode, non ! Un vrai, un bon, un grand roi, dont le règne changerait la face de la terre ! Ils avaient vu son étoile se lever. Cela valait bien le coup d’aller voir ! L’astre leur montrerait le chemin.

Vite, les trois Mages avaient monté une expédition vers le pays des Juifs. Ils voulaient trouver ce mystérieux prince, ce Roi des rois, pour lui rendre hommage. Le roi de Perse, lui, s’ennuyait ferme dans sa cour et tournait en rond dans son palais carré. Mais le petit Cyrus était curieux. Il ­admirait la sagesse de ses cousins et désirait depuis toujours leur ressembler. Avoir appris la naissance d’un nouveau prince, dont personne ne savait rien, l’intriguait. Il ne ­voulait pas manquer quelque chose d’important. Avant de sauter sur son cheval, il avait tiré de sa cassette secrète trois perles fines d’une immense valeur. Cela ferait un très beau cadeau pour le roi nouveau-né.

Seulement voilà, le roi de Perse avait raté le rendez-vous avec les trois Mages. Ils l’avaient attendu, pourtant ! Mais ils étaient finalement partis sans lui. Le roi de Perse avait bien tenté de rattraper leur caravane, mais que peut faire un cheval, aussi têtu qu’un âne, face à des ­dromadaires dociles aux immenses foulées ? Et puis, bien des contretemps étaient survenus en chemin, des incidents, des accidents – bref, beaucoup de pépins. Le petit roi n’avait pu combler son retard. Il était seul désormais. Mais il avait suivi l’étoile.

Les Rois mages avaient dû arriver à ­Bethléem bien avant lui, et ils étaient déjà repartis sans doute. Le roi de Perse eut la tentation de faire demi-tour. Puis il se ravisa : après tant de kilomètres ­parcourus, tant de peine, n’était-il pas dommage de ne pas aller saluer ce nouveau seigneur, même dans cet état pitoyable ? Son cheval s’était écroulé de fatigue. Le petit roi décida d’y aller à pied. Toujours en suivant l’étoile, il descendit dans la vallée, puis gravit la pente opposée. Dans la roche ­s’ouvrait une grotte. Celle-ci n’était qu’une étable pour les bêtes.

Ne s’était-il pas égaré ? Était-ce là, vraiment, une demeure de prince ? Une étable au lieu d’un palais, c’était insensé ! Cyrus poussa lentement la porte disjointe. Elle grinça. Ce qu’il découvrit le stupéfia : entourée d’un âne et d’un bœuf, une femme très belle allaitait un nouveau-né enveloppé de langes. Un homme barbu et costaud retournait la paille sans les ­quitter des yeux. Une odeur d’encens flottait dans l’air. Il n’y avait ni trône, ni sceptre, ni ­couronne, ni baldaquin, ni gardes du corps, seulement un coffret de myrrhe et quelques écus d’or posés sur un tabouret de vache et qui scintillaient à la lumière des torches. Pourtant, Cyrus sut qu’il était arrivé à destination.

Il se couvrit le visage, se prosterna devant l’Enfant et prononça ces mots, en bégayant :

« Seigneur, je vous salue. Je suis Cyrus le petit roi de Perse. Je… je suis… je suis venu de très loin pour vous présenter mes respects et vous rendre hommage. Hélas, il ne me reste plus que les respects. Les perles de la mer Persique, grosses comme des œufs de pigeon, je… je… je ne les ai plus.

– Vous êtes un vrai panier percé ! dit la femme en souriant.

– Vous voulez dire un panier persan ! », répondit le roi de Perse.

Le mari éclata de rire. Puis il demanda : « Ces perles, que sont-elles devenues ? »

Cyrus se remit à bégayer :

« C’est-à-dire… je… En traversant les monts de Judée, j’ai aperçu un homme qui gisait, inanimé, dans le fossé. Il avait été agressé, détroussé. Je l’ai couché sur mon cheval et nous avons marché vers l’auberge la plus proche. Et n’ayant pas d’autres moyens de payer l’aubergiste, je lui ai donné une des trois perles pour qu’il le loge et qu’il le fasse soigner jusqu’à ce qu’il soit ­rétabli.

– Et les deux autres perles, cher ami ? », questionna l’homme qui s’appelait Joseph.

Cyrus sentait bien qu’il posait ces questions par curiosité et non par intérêt. Cet homme ne réclamait rien : son trésor, il l’avait sous les yeux.

« Le lendemain, reprit le roi de Perse, je pressais ma monture pour rejoindre la caravane des Mages lorsque, en sortant d’un village, je découvris… une femme, agenouillée dans le sable. Très fardée, la robe déchirée. Une quinzaine d’hommes l’entouraient. Ils l’insultaient : “Adultère ! Pécheresse !” Chacun avait en main des cailloux aux arêtes coupantes. Ils allaient la tuer, lui jeter les pierres à la tête. Alors, n’y tenant plus, je lançai la deuxième perle aux pieds de l’accusée. “Voici le prix de sa liberté, ô docteurs de la Loi.” J’aidai la femme à se relever et l’emmenai loin, hors du cercle de la haine.

– Il te restait donc une perle, remarqua Joseph, d’une voix grave et douce. L’aurais-tu perdue ?

– Même pas, répondit Cyrus, je l’ai donnée… Comment vous expliquer ? En réalité, j’aurais pu être chez vous hier vers midi. Mais en approchant de Bethléem, je passai par un village. Il était en flammes. Des soldats du roi Hérode terrorisaient les habitants : les mères hurlaient de douleur, les hommes étaient ligotés, impuissants devant l’horrible massacre. Car les soldats passaient tous les petits enfants au fil de l’épée. J’allais prendre la fuite lorsque j’aperçus, près d’une maisonnette embrasée, un garde brandissant un bébé par une jambe. Agenouillée à ses pieds, la mère le suppliait : “Tue-moi plutôt que mon enfant, pitié pour lui !” Mais l’odieux milicien ricanait.

Alors, monseigneur, me le ­pardonnerez-vous ? Je n’avais pas d’arme et la bravoure n’est pas mon fort. Aussi, je tirai de ma bourse la dernière perle. Et j’achetai ­l’enfant au mercenaire pour le rendre à sa mère. Voilà pourquoi je suis ici, en pleine nuit, et les mains vides. La honte m’étouffe, mais vous, vous paraissez si bon… »

Le silence régna dans l’étable lorsque Cyrus se tut. Même l’âne et le bœuf retenaient leur souffle. Joseph prit la parole : « Petit roi de Perse, tu es pardonné ».

Cyrus était coi. Il déglutit bruyamment. Joseph lui dit : « Moi, je te l’affirme : il est plus facile à ton cheval de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux ».

Puis, montrant le bébé, il reprit : « Tu arrives pauvre devant le Roi des pauvres, avec la seule richesse de ton cœur généreux. Sois béni. Va en paix ».

Alors, Marie murmura : « Approche, Cyrus ».

À genoux dans la paille, le roi de Perse s’avança jusqu’à toucher l’Enfant. Spontanément, il ouvrit ses mains vides en signe d’offrande et d’impuissance. L’Enfant se détacha alors de sa mère et se tourna vers lui, l’étranger. Il avait tout entendu, Il avait tout compris. Il glissa ses deux menottes blanches dans les paumes brunes, avec un sourire qui illuminera le monde jusqu’à la fin des temps. Joseph s’essuya les yeux. L’âne caressa l’encolure du bœuf.

« C’est son premier sourire, il est pour toi », murmura Marie, ­tandis que, sur ses joues, coulaient trois larmes de joie. Comme elles brillaient, ces larmes… Oh, elles brillaient comme trois perles ­précieuses de la mer de Perse !

https://www.famillechretienne.fr/vie-chretienne/noel-avent/selection-de-contes-de-noel-sur-le-web-19013

Luc Adrian

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Désespérance, crise spirituelle

Désespérance, crise spirituelle, rupture des vœux : les tentations du « démon de midi »

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Le « démon de midi » n’est pas seulement ce que l’on croit… Les Pères du Désert nommaient ainsi une tentation qui menace tous les croyants, spécialement les personnes consacrées : l’acédie. Cette tristesse spirituelle, mère de la désespérance, était autrefois le huitième péché capital. C’est le mal de notre époque. Voici pourquoi.

Appelons-le Bernard. Le Père Bernard. Sept ans après les événements, il en frémit encore. « Le diable : Le diable au corps ! » Ce quinquagénaire athlétique, au physique d’acteur américain – Redford un peu enveloppé –, évoque le « démon de midi » avec un mélange d’incompréhension et d’effroi. Il faudra un douloureux combat, deux ans de « retirance », la sollicitude ferme et paternelle de son évêque, pour que le Père Bernard puisse retrouver la paix du cœur. Et son ministère.

Diable au corps ? Le « démon de midi » n’est pas seulement cette vague de chaleur, à l’aura sulfureuse, qui vient arracher, dans la torpeur du milieu de la vie (1), les hommes à leur promesse de fidélité. « Réduire le « démon de midi » à la luxure, c’est occulter sa nature profonde », proteste le Dr Fernand Sanchez, de la Communauté des Béatitudes, l’un des pionniers de l’accompagnement psycho-spirituel.

C’est Évagre le Pontique, au IVe siècle, qui surnomme ainsi l’« acédie » : ce « démon » de la morosité, de la déception, de l’insatisfaction, est le subtil ennemi du moine, l’« Alien » qui tente de le pénétrer et de le ronger de l’intérieur.

Seize siècles plus tard, dans son roman Le Démon de midi, l’écrivain Paul Bourget expliquera : « Pour nos anciens, le dœmonium meridianum était un véritable démon, la tentation du milieu du jour, particulière aux cloîtres. Ils avaient observé que la sixième heure, notre midi, est redoutable au religieux. La fatigue du corps, épuisé par la veille et le jeûne, gagne l’âme qu’un trouble envahit. L’æcedia monte, ce dégoût, cette tristesse des choses de Dieu qui donne au cénobite la nostalgie du siècle quitté, le désir d’une autre existence, une révolte intime et profonde ».

  

L’envie d’aller voir ailleurs

Ce blues de l’âme n’épargne aucun croyant, mais il frappe les consacrés avec prédilection. « Je ne désirais plus qu’une chose : quitter mon monastère, aller voir ailleurs, confie Sœur S., 45 ans, religieuse depuis dix-huit ans. J’avais l’impression d’avoir gâché le meilleur de ma jeunesse, d’avoir sacrifié un mari et des enfants. Tout me paraissait lourd, sans saveur. Le poison du doute était entré en moi. Je ne cessais de me répéter : À quoi bon, dans le fond, à quoi bon ? »

C’est la « bof » tentation. Jean Sulivan l’a surnommée « aquabonite » : non pas une liqueur monastique à consommer avec tempérance, mais une crise spirituelle qui bouleverse sans modération. Qohélet le gémissant pourrait en être le patron : « Vanité des vanités, tout est vanité, soupire-t-il dans le livre de l’Ecclésiaste. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, alors je réfléchis à toutes les œuvres de mes mains et à toute la peine que j’avais prise, eh bien, tout est vanité et poursuite de vent »

 

 Le huitième péché capital

Grosse fatigue ? Lent étouffement. Le « démon de midi » est une chute de tension des forces de l’âme. Une tristesse intérieure s’insinue, qui engendre vide et ennui, abattement et dégoût. Non, rien de rien, l’acédiaque n’attend plus rien de rien.

 « C’est comme une mort qui enserre de tous côtés », précise Alphonse Goettmann, prêtre de l’Église orthodoxe qui anime le Centre Béthanie, avec son épouse Rachel, ils sont les auteurs de Ces passions qui nous tuent (Presses de la Renaissance). « La vie physique et spirituelle est remise en cause. Plus on a axé sa vie en Dieu, plus on prend les moyens de la maintenir dans cet axe, plus on est tenté par l’acédie. »

L’âme en a marre. « L’acédie mêle d’une manière particulière sentiment de frustration et agressivité », souligne le cardinal Christoph Schönborn, dominicain, archevêque de Vienne. Dans son livre Aimer l’Église (Cerf), il met en garde les catholiques déçus par une Église qui ne remplit pas ses promesses humaines contre ce démon et son fiel amer.

« L’acédie a horreur de ce qui est là et joue en rêve avec ce qui manque, écrit-il. Elle est une sorte d’impasse de la vie de l’âme. Cette attitude proche du désespoir nous menace tout particulièrement, nous les ecclésiastiques ; elle met en danger notre vie spirituelle et nous prive de l’élan de l’espérance. » remarque à son tour le prêtre philosophe Pascal Ide, de la Communauté de l’Emmanuel. Flaubert et Bernanos en parlent longuement. C’est la maladie du diabolique « Monsieur Ouine ». Un village sombre : « Cela commence par l’ennui ». Et Monsieur Ouine dit au prêtre : « L’ennui de l’homme vient à bout de tout, Monsieur l’abbé, il amollira la terre ». Tel est aussi l’aveu du Journal d’un curé de campagne, dès la première page : « Ma paroisse est dévorée par l’ennui. Voilà le mot. »

  

La botte secrète de Satan

Attention, danger ! Cet ennui profond est la « tristesse de ce monde » (2 Co 7, 10), dont saint Paul affirme qu’elle conduit à la mort : elle mène au doute de la miséricorde.

C’est pourquoi l’acédie était autrefois considérée comme le huitième péché capital. Pour Thomas d’Aquin, elle est la racine de la désespérance.

Désespérance ? Dans une tour de La Défense, aux portes de Paris, un homme trapu, à la carrure de Lino Ventura, voix râpeuse de fumeur de brunes, pointe du doigt une silhouette invisible sur l’immense paroi de verre du building voisin : « Judas ! Son péché n’est pas d’avoir trahi ce qui est d’une banalité redoutable : qui n’a pas vendu Jésus dans son histoire ? –, mais de ne pas avoir espéré qu’il était pardonnable. Voilà le fond de l’acédie : Je n’ai pas le droit à la miséricorde. C’est le péché contre l’esprit, le père de tous les péchés : celui qui donne la mort ».

Philippe Vaur, psychothérapeute depuis vingt-cinq ans, observe les ravages de la crise du milieu de vie chez les cadres d’entreprise, et propose une démarche de prévention au sein du cabinet « Discerner ». Quel est le rapport entre l’acédie et la dépression du cadre supérieur ? « Il y a souvent à l’origine de la crise un nœud de l’adolescence qui n’a pas été dénoué et qui se rejoue à la maturité de façon amplifiée. S’ajoutent souvent un manque profond d’estime de soi, et ce sentiment récurrent : « Je n’ai pas droit à la miséricorde ». »

Ce « psy » philosophe va plus loin : « L’acédie touche l’humain même s’il n’adhère à aucune croyance. Combien de personnes se balancent par la fenêtre en songeant : « C’est foutu, personne ne peut me comprendre », ou « Je ne suis pas digne d’être aimé » ? De même, l’une des grandes causes des divorces aujourd’hui, c’est moins les fautes accumulées par les conjoints, que de ne pas croire qu’ils puissent se pardonner et être pardonnés. L’acédie, c’est la botte secrète de Satan pour les personnes qui ont un sens à leur vie, et qui ont résisté à l’attrait des autres concupiscences – le désir du pouvoir, notamment ! »

  

Trop beau pour être vrai !

Gustave Thibon l’appelait « désespérance de l’esprit ». Le Tentateur distille ce poison grâce à une arme raffinée : la pseudo-humilité. L’homme « ne veut pas croire que Dieu s’occupe de lui, le connaisse, l’aime, le regarde, soit à côté de lui », note le cardinal Ratzinger dans sa pénétrante analyse de notre société (Regarder le Christ, Fayard, 1992). Une vocation si belle, un bonheur si grand ? C’est trop beau pour être vrai !

Autre source de l’acédie : la volonté de se débarrasser de Dieu. « La fuite de Dieu, première conséquence du péché des origines, est devenue une volonté d’auto-création de l’homme par lui-même », insiste le Père Pascal Ide.

Xavier Emmanuelli, ancien secrétaire d’État à l’Action humanitaire, dénonce ce pacte prométhéen : « Tout se passe comme si, il y a environ deux siècles, nous avions rompu le contrat implicite avec Dieu, et nous avions accepté le pacte du Diable. Satan nous a proposé la puissance, la connaissance du bien et du mal, et le bonheur éternel, à condition que nous renoncions à Dieu. Nous avons renoncé à Dieu, et le Diable nous a exaucés. Mais nous arrivons au terme du pacte, et nous sommes en train de comprendre que c’était un contrat de dupes. Nous possédons tout, mais nous n’avons pas Dieu. Nous avons la puissance, mais nous avons perdu le sens. Notre société qui suinte d’angoisse va disparaître » (3).

Réussir l’épreuve de la durée

Comment se manifeste ce « démon » ? « Sous forme de paresse spirituelle, mais aussi et en même temps au travers d’un activisme trépidant, répond le cardinal Schönborn. La pression€ incite les moines à fuir leur cellule. Mais le démon de midi est aussi présent dans nos vies sous des formes facilement reconnaissables : dans la peur de se retrouver seul face à soi-même, la peur de soi, la peur du silence. Verbositas et curiositas, le goût du verbiage et la curiosité, sont des « filles » de l’acédie.

En voici d’autres : l’agitation intérieure, la quête perpétuelle de la nouveauté comme succédané de l’amour de Dieu et de la joie de servir ; l’inconstance, le manque de fermeté dans ses résolutions, à quoi s’ajoutent l’indifférence face aux choses de la foi et à la présence du Seigneur, la pusillanimité, la rancœur, si présentes parmi nous aujourd’hui dans l’Église, et jusqu’à la méchanceté délibérée. »

L’acédie rend la vie intérieure aride et sans saveur. Surtout la prière. La messe rebute, l’oraison dégoûte. Ce qui faisait la joie du consacré devient son supplice. On bâille, on soupire, on se tortille dans sa stalle ; les offices n’en finissent plus. « La première étape de la vie religieuse se vit ordinairement tout en élan, confirme le Père Amédée, 88 ans, cistercien à l’abbaye de Bricquebec (Manche) depuis 1945 (4) : noviciat, études, profession monastique, peut-être ordination sacerdotale… Bref, c’est une sorte de course avec des obstacles successifs à franchir. Mais après ? Cette première étape étant accomplie, quelle promotion peut-on espérer dans un monastère ? Aucune, sinon celle de réussir l’épreuve de la durée et de la patience dans la monotonie d’un quotidien qu’il faut emplir d’amour. Comment s’étonner alors que des moines puissent ressentir la tentation de l’“à quoi bon” et se dire : “J’ai gâché ma vie dans une quête inutile” ?»

L’acédie n’est pas un virus poussiéreux réservé aux antiques congrégations. Les communautés nouvelles, qui fêtent leur vingtième ou vingt-cinquième anniversaire en entrant dans ce IIIe millénaire, sont des proies mûres pour ce démon. L’enthousiasme des origines s’est apaisé, parfois enfui. Ces jeunes congrégations entament leur course de fond et doivent passer au creuset aride de la persévérance.

« Plus la conversion est forte, plus la personne s’est investie dans cette vie avec intensité et générosité, plus il peut être difficile de retomber dans la monotonie du sacrifice et la fidélité au quotidien », dit le Dr Fernand Sanchez. « Vingt ans de vie religieuse, ça use, ça use », murmure le démon de midi au cœur du consacré.

L’habit ne fait pas le moine, mais l’habitude peut le défaire.

  

Désillusion et découragement

Le Père Plé évoque, avec finesse, les désillusions de ceux et celles qui ont « misé leur vie sur la foi » : « Autour de la quarantaine, il leur faut souvent constater que l’amour de Dieu ne leur remplit pas le cœur, au moins de la manière qu’ils avaient pu naïvement espérer aux premiers jours de leurs engagements. Ils connaissent les épreuves d’un jeûne affectif qu’ils n’avaient pas prévu ; leurs généreux efforts pour vivre – selon l’Évangile – se heurtent à des défauts de caractère qu’ils n’espèrent plus corriger ; l’aide de la grâce de Dieu leur paraît inefficace ; Dieu, qu’il leur faut pourtant continuer à « représenter » parmi les hommes, leur semble lointain, déroutant, inaccessible.

Leur zèle apostolique est mis en question par les difficultés et les échecs qui les découragent. Ils souffrent des insuffisances de leur formation, qui ne les a pas préparés à faire face aux problèmes de leur vie. Ils s’impatientent ou désespèrent devant la lourdeur de l’Église comme institution et devant les défauts des hommes qui la gouvernent. Pour tous ces « consacrés à Dieu » comme pour les autres membres de l’Église, trop d’appuis bougent, sur quoi ils avaient bâti leur foi et leur vie ; leur crise quadragénaire se trouve aggravée par la crise de l’Église » (5).

La bourrasque fut particulièrement violente dans les années 1960-1970. Cette crise de l’Église ressemble à la tempête de l’hiver 1999 : venues de loin, souffles puissants, la crise des mœurs, la crise des institutions, la crise de la foi se conjuguèrent comme des courants furieux, pour ne former qu’un seul galop de vent. La dépression se précipita sur sa proie avec une rage brutale. Elle traversa congrégations et presbytères. De nombreux prêtres, religieux et religieuses, furent ébranlés. La plupart avaient entre 40 et 50 ans. Fragilisés par leur propre crise du milieu de vie, ils ne discernèrent pas le démon de l’acédie qui s’y cachait.

Celui-ci susurra des doutes sur l’authenticité de l’appel, empoisonna ce qui restait de certitudes. La crise-tempête fit voler en éclat les vœux les plus résolus, bouscula les vocations les plus solides en apparence. Des milliers de consacrés quittèrent l’Église. Beaucoup se marièrent. L’embrasement d’une sexualité réveillée à la quarantaine, exaltée par l’ivresse libertaire, acheva souvent un vœu de chasteté battu en brèche par l’ouragan d’affranchissement.

Une voix au fond de soi : « Tu t’es trompé… »

 

« La crise est favorisée par une baisse de la garde spirituelle, soutient le Dr Fernand Sanchez : moins de zèle dans la prière, un don de soi dilué au fil des années Le doute apparaît sur les choix fondamentaux. On entend une voix au fond de soi : Tu t’es trompé, mais il n’est pas trop tard pour rattraper le temps perdu et vivre comme tout le monde pour que ta vie ne soit pas gâchée. On est alors au cœur d’un grand combat spirituel. »

Le « démon de midi » est un « esprit de destruction », d’autodestruction.

Il frappe l’homme à la racine même de sa mission, ébranle sa vocation, mine son appel : « Une force ennemie l’attire hors de sa ligne, dans la voie où il doit périr, écrit Paul Bourget. Cet étrange vertige va du spirituel au temporel ».

Crise du milieu de vocation ? Philippe Vaur pompe une bouffée de cigarette et lâche, mystérieux, dans un nuage de Gitane : « L’acédie, c’est le cul-de-sac d’une vocation, qu’on soit clerc, professionnel, époux, père. Faute d’en discerner l’origine avec un tiers pour s’en sortir  un père “spi”, un “psy”… , la personne risque de se rendre dépendante d’un nouvel activisme ».

« Cette crise peut remettre en question non seulement la vocation mais Dieu lui-même, ajoute, dans son cabinet parisien, le Dr Allen D. Caso, 65 ans, psychanalyste psychothérapeute américain. Cela dépend parfois des facteurs de maturité psychique et spirituelle du sujet, de ses blessures antérieures, de la structure de sa personnalité. »

Cet homme cultivé, au français policé, – il vit à Paris – et à l’accent charmant, fut baptisé à l’âge de 18 ans après une conversion subite lors d’un voyage à Rome. Il revendique dans sa profession « une écoute de croyant », refuse d’exclure la dimension spirituelle de l’accompagnement psychologique, et tente d’exercer un délicat discernement entre ces différents ordres et leur interpénétration.

 « Le risque est de trop “psychologiser” cette crise spirituelle, assure-t-il. Combien de psys sont passés complètement à côté, et ont cru bien faire en prescrivant des antidépresseurs et des neuroleptiques sans se soucier de ce que cachaient ces manifestations névrotiques et même psychotiques ? Croyant à une simple décompensation, combien de ces psychologues ont conseillé à des prêtres et des religieuses : « Arrêtez de prier », « Surtout n’allez plus à la messe », « L’oraison est en train de vous détruire », « Quittez votre congrégation, et réalisez votre désir profond » ? Alors qu’il fallait leur dire le contraire ! Combien de prêtres ont de ce fait quitté le sacerdoce, qui était cependant leur vocation ? A mon avis, 90 % le regrettent secrètement aujourd’hui. Car il ont fui une insatisfaction au lieu de l’affronter. Elle est demeurée au plus profond d’eux-mêmes »

Le Dr Caso reprend, après un soupir : « Heureusement, la majorité des prêtres et des consacrés ne remettent pas aujourd’hui leur vocation en cause, même s’ils ressentent une insatisfaction de façon parfois très douloureuse. Celle-ci est un appel à aller plus loin. La fuite risque de court-circuiter un processus de maturation ».

Grâce à une longue expérience de l’accompagnement, le Dr Fernand Sanchez diagnostique : « Selon les blessures prédominantes de la personne, la crise touchera plus ou moins l’un des trois préceptes évangéliques : la pauvreté, la chasteté ou l’obéissance. Elle peut déclencher des recherches de compensation, de possession, de convoitise ; la vérification de la capacité de séduction ; l’autoritarisme et la domination »

 

 Le démon à toute heure

Le démon ne jaillit pas de sa boîte comme un coucou quand sonne le premier coup de midi. L’acédie frappe à toute heure. Il y a le démon de la fin de matinée : « Nous observons souvent une première crise trois ou quatre ans après l’ordination sacerdotale », témoigne un directeur de séminaire. Et le démon du crépuscule : « C’est la tentation des prêtres de 60-70 ans, assure le Père Amédée. Ils se sont dévoués aux autres toute leur vie. À l’âge où les laïcs prennent leur retraite, eux sont écrasés de travail, peu entourés, rarement gratifiés. Certains finissent par se dire : « À quoi bon ? » Quand on leur répond : « Mais si, continuez, regardez tout le bien que vous faites ! », ils vous répondent : « Bof, je ne vois pas grand-chose », ou bien : « Qu’est-ce, comparé à tout ce qu’il reste à faire ? Une goutte d’eau dans l’océan À quoi bon ? » »

Assez dit ? Sans jouer sur les mots, l’acédie, on n’en parle pas assez. « Or, c’est un passage fréquent de la vie spirituelle, quoique très méconnu, remarque le Dr Caso. Nous avons perdu la mémoire de deux mille ans de mysticisme et bien plus, si on intègre la mystique juive. Les novices et les séminaristes doivent être préparés par la lecture des Pères du Désert et d’autres grands mystiques chrétiens, et choisir un homme d’expérience et de prière comme père spirituel. »

« La règle d’or de la sagesse monastique, depuis plus de quinze siècles, prescrit l’ouverture du cœur à un maître pertinent, inspiré par Dieu », prévient le Père Amédée. « Les Pères du désert avaient leur“abba”, et les Sœurs leur “ama”. L’arme indispensable dans ce combat, c’est un accompagnateur, confirme le Dr Fernand Sanchez (6)Il va aider à comprendre qu’il y a, derrière cette frénésie vitale, cette tentation d’aller voir ailleurs, un désir de plénitude, sain, qui correspond à une vocation profonde. Mais ce désir est mal orienté et passe à côté du but. C’est une ruse du démon que de faire voir la rive d’en face comme meilleure et plus heureuse. »

Certains accompagnateurs préconisent des traitements de choc, comme les Trente Jours de saint Ignace, ou l’Anamnèse animée par le Chemin Neuf. « Quand la personne est trop bouleversée et risque des expériences aux conséquences irréversibles, une phase de rupture avec la vie communautaire, en milieu sécurisé et étroitement accompagné, peut être souhaitable », estime le Dr Fernand Sanchez.

Le Père Amédée, inspiré par ces vents d’ouest qui viennent ébranler sa Trappe de granit du Cotentin, conseille fermement : « Dans la tempête, pas de coup de barre intempestif ! Surtout, pas de décision radicale, elle risquerait d’être fatale. Accroche-toi en attendant que ça se passe ; et surtout, prie, prie comme tu veux, mais prie ! Qui prie, vit ! », assure ce sage facétieux qui s’accroche obstinément au rosaire dans ses heures de désert…

 « Dans certains cas, il faut simplement laisser agir le Seigneur, et persévérer, recommande le Dr Caso. Dieu nous décape pour prendre la place de notre moi. Faire face au sentiment de vide, d’absence et d’absurde peut permettre de déboucher sur une rencontre du Dieu vivant. »

  

Le remède ? Rester sous le joug

Persévérer ? Contre ce démon de la désespérance, les vieux maîtres suggèrent le remède de l’hypomonè : littéralement, rester sous le joug. C’est goûteux comme l’huile de foie de morue, mais on n’a rien inventé de plus efficace.

L’ermite saint Antoine se fâcha un jour contre le Seigneur alors qu’il n’en finissait pas de batailler contre le Tentateur dans la tourmente d’une nuit obscure : « Eh bien, Seigneur, où étais-tu durant ces interminables tentations ? » Silence du Ciel. Antoine reprend : « Pourquoi ne t’es-tu pas manifesté plus tôt pour faire cesser mes tourments ? » Réponse de Dieu : « J’étais là, Antoine. Mais j’attendais, pour te voir combattre » (7).

« En ces heures cruciales, il nous faut patienter, accepter, consentir jusqu’à l’abandon sans condition, et persévérer », assure le Père Amédée. Et du parvis de sa Trappe de toujours, le vieux cistercien lance, joyeux : « Heureux qui passe par ce feu, car après il “fait” Dieu ! »

  

« La tristesse de ce monde »

 Le cardinal Ratzinger, dans Regarder le Christ (Fayard), réfléchit sur cette expression de saint Paul.

« Maintenant que l’on a pleinement savouré les promesses de la liberté illimitée, nous commençons à comprendre à nouveau l’expression “Tristesse de ce monde”. Les plaisirs interdits perdirent leur attrait dès l’instant où ils ne furent plus interdits. Même poussés à l’extrême et indéfiniment renouvelés, ils semblent fades, parce qu’ils sont tous finis et qu’il y a en nous une faim d’infini.

Aussi voyons-nous aujourd’hui précisément dans les visages des jeunes gens une étrange amertume. [Surtout,] la racine la plus profonde de cette tristesse, c’est l’absence d’une grande espérance et l’inaccessibilité du grand Amour : tout ce qu’on peut espérer est connu, et tous les amours sont l’objet d’une déception due à la finitude d’un monde où les formidables succédanés ne sont que le piètre masque d’un désespoir abyssal. »

(1) Nous renvoyons nos lecteurs au dossier sur la crise du milieu de vie (CMV) paru dans les n° 1177 et 1178, dont cet article est une sorte de prolongement. Une crise peut en cacher une autre : si on ne peut réduire l’acédie à la CMV, la crise spirituelle s’intègre parfois dans cette vaste crise existentielle déclenchée par le sentiment plus ou moins conscient de notre finitude.

(2) Ces passions qui nous tuent – Diagnostic et remèdes, par Alphonse et Rachel Goettmann, Presses de la Renaissance, 247 p., 99 F. Un excellent ouvrage de vulgarisation sur les huit péchés capitaux (dont l’acédie).

(3) Cf. FC n° 1052. Cité par le Père Pascal Ide dans un article publié dans Sources Vives n° 80 sur « Pourquoi désespérer ? ».

(4) Le Père Amédée est le co-auteur, avec le Dr Dominique Megglé, de l’ouvrage Le Moine et le psychiatre. Un ouvrage roboratif, avec un chapitre sur l’« aquabonite ».

(5) « Les déserts de la foi », dans L’Homme de 40 ans, Janus 14. Cité par Lucien Millet dans La Crise du milieu de la vie, Masson, 1993.

(6) Lire le dossier sur l’accompagnement spirituel dans FC n° 1196.

(7) Vie d’Antoine, par Athanase d’Alexandrie, Cerf. Cité par Mgr Schönborn dans Aimer l’Église (Cerf).

https://www.famillechretienne.fr/foi-chretienne/vivre-en-chretien/desesperance-crise-spirituelle-rupture-des-voeux-les-tentations-du-demon-de-midi-36163

CHRISTIANISME, DIALOGUE INTERRELIGIEUX, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN-MARC AVENINE (1958-....), RELATION ENTRE LE JUDAÏSME ET L'EGLISE CATHOLIQUE, RELATIONS ENTRE L'EGLISE CATHOLIQUE ET L'ISLAM, RELIGION, RELIGIONS, RELIGON

Dialogue interreligieux : conférence de Monseigneur Jean-Marc Aveline

MONSEIGNEUR AVELINE : SESSION INTERRELIGIEUSE

PRESENTATION

Pour cette session sur la question des relations interreligieuses nous avons invité Monseigneur Aveline qui est Archevêque de Marseille, président du conseil pour les relations interreligieuses à la Conférence des Evêques de France,  fondateur de l’Institut des Sciences et Théologie des Religions,  artisan fidèle du dialogue interreligieux, enseignant et théologien reconnu En effet si le dialogue interreligieux indique un véritable engagement pour le bien commun il ne peut se vivre sans avoir au préalable une formation légitime et éclairé. Pour cela notre centre, notre diocèse, notre évêque,  Monseigneur Turini a souhaité vous offrir le meilleur nous allons accueillir Monseigneur Aveline

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Merci beaucoup de votre accueil, du temps que vous consacré ce soir et demain à des questions qui ne sont pas faciles mais qui sont je le pense un levier important et  qui sont une grande chance pour notre Eglise afin de mieux comprendre quelle est sa mission dans le monde d’aujourd’hui parce que les questions qui surgissent lorsqu’on prend au sérieux la pluralité des religions constituent un levier formidable pour penser la foi et qui du coup s’avèrent être une chose qui dépasse simplement la simple question des relations interreligieuses. C’est certain,  c’est un vecteur de travail, c’est une logique très importante

Si vous  avez loupé  les épisodes précédents je disais que je veux vous remercier de consacrer du temps à ce travail ce soir et demain et puis  je considére que c’était un travail très important bien au delà d’ailleurs des questions interreligieuses et relations interreligieuses parce que c’est un levier théologique important pour penser la foi aujourd’hui et penser la mission de l’Eglise aujourd’hui.

Voilà ces choses étant dites on a travaillé avec le Père Grégory Woimbé . Moi je voudrais aussi remercier Monseigneur Turini ; c’est un ami depuis longtemps ; merci beaucoup. Ce n’est pas la première fois que je viens à Perpignan ni  dans ce département donc merci beaucoup  de l’invitation et pour l’accueil. Je  voudrais remercier aussi le Père Grégory, on  s’était déjà vu à Toulouse et voilà c’est avec lui qu’on a essayé de bâtir l’itinéraire qu’on va vous proposer pendant ces deux jours. Je voudrais remercier Hélène et son mari, merci et toute l’équipe du centre  Ramon Lulle. Merci  beaucoup d’avoir organisé tout cela Je voudrais saluer tout particulièrement le Père Joseph Marty ; je me souviens de l’inauguration d’ici : je me souviens du  Centre Ramon Bull et voilà merci beaucoup pour l’initiative, la ténacité et la persévérance  pour tout cela et puis je vous salue tous. Je ne sais pas si le Père Christian Burillo est là mais il  arrivera demain mais à travers lui je salue la Cerdagne avec laquelle j’ai quelques attaches estivales

Ce soir donc je vais vous proposer une petite introduction générale et puis demain une journée de réflexion plus approfondie. En gros on va  faire ça ce soir à grandes enjambées et demain en petites foulées puis la question bien sûr qui va nous occuper c’est celle  des relations entre les différentes traditions religieuses

DIALOGUE INTERRELIGIEUX : ITINERAIRE DE MONSEIGNEUR AVELINE

Et pour commencer je voudrais juste vous dire comment moi-même je me suis mis à ces questions ; c’est important de vous le dire car  je n’y suis pas venu par un projet personnel : ça ne m’intéressait pas et je n’avais aucune compétence en la matière mais j’étais professeur de dogmatique au séminaire interdiocésain de Marseille ; ce séminaire à un moment les évêques de la région ont décidé de le fermer pour regrouper tous les séminaristes en Avignon ce qui fut fait et j’étais donc resté à Marseille

Et à ce moment là l’archevêque de Marseille était  le cardinal Coffy. Il  m’avait dit :

« Bon on va fermer le séminaire mais quand même il y a beaucoup de gens ici qui  ne sont pas séminaristes, beaucoup de laïcs qui viennent suivre des formations, beaucoup de laïcs que ça intéresse et donc il faudrait qu’à Marseille qu’il y ait quand même un centre de formation théologique est ce que tu peux faire un petit rapport pour voir ce qui serait possible ? »

 Alors moi je fais un petit rapport Il y avait déjà de la formation théologique dans la région à la Baume-les-Aix  chez les jésuites en lien avec la faculté théologique de Lyon et puis après il y a en a eu un à Sophia Antipolis du côté de Nice alors j’avais dit à Monseigneur qu’au final ça avait du bon sens : « Si vous voulez faire ça et vous me demandez un rapport c’est oui, mais si vous voulez faire quelque chose  dans la région à Marseille vous pourriez le faire sur les questions que posent la foi chrétienne, la pluralité religieuse parce que personne ne jugera déplacer de faire ça à Marseille qui compte dans ces huit cent mille habitants 1 million avec la périphérie et là dessus il y a environ 95 0000 personnes de confession musulmane, un sur quatre,  il y a 80 mille personnes de confession juive , il y a à peu près vingt mille personnes de confession bouddhiste (il y a plusieurs grandes pagodes) et puis il y a à l’intérieur de la communauté chrétienne 80 000 l’arméniens, des maronites et des chaldéens. C’est donc est un laboratoire donc vous pourrez faire ça, personne ne  trouvera à redire ».

Parce que vous savez (Joseph Marty le sait) quand on créé des centres de formation théologiques ailleurs que dans les villes où il ya des cathos et il faut montrer patte blanche parfois ; ici ça va mais chez nous il nous a fallu  joué un peu des coudes , alors il fallait trouver l’astuce alors voilà « vous devriez faire ça puis c’est tout » Alors il me dit, (vous savez Coffy, avant on avait Etchegaray, lui il parlait beaucoup en général comme nous, mais lui   ne parlait pas beaucoup –(il était de Haute Savoie ce n’est pas de sa faute) alors la première fois ça faisait drôle d’aller chez lui et puis il ne parlait pas, alors quand on disait un truc il ne parlait toujours pas ; au début c’était un peu difficile et il a fallu s’y faire et en plus il avait la pipe lui ; alors  quand on allait  lui poser des questions il bourrait la pipe et ça lui permettait de réfléchir et après répondait ; et moi  il m’avait déjà fait cela plusieurs fois. Mais j’ai appris à avoir une confiance inouïe dans ce type là ; c’est lui qui m’avait dit au moment où le séminaire a fermé mais quand même il y a beaucoup de gens un peu comme ici qui sont passés sans être séminaristes, qui viennent suivre des formations et beaucoup de laïcs que ça intéresse et donc il faudrait que Marseille ait quand même un centre de formation théologique est ce que tu peux faire un petit rapport pour voir ce qui serait possible alors moi je fais un petit rapport mais quand même je n’avais qu’une envie c’est d’aller en paroisse et surtout ne plus habiter  dans cette grande maison du séminaire alors je me dis bon puisque les séminaristes s’en vont et que moi  je reste mais je voudrais aller en paroisse

« Ah oui oui je sais je sais on va voir on va voir » mais  les mois passent et on ne voyait toujours rien venir  et on arrive  vers juin il m’invite à manger ; là peut-être je vais y arriver ; on mange et moi à l’époque ça m’impressionnait ;  on mange, on arrive  au fromage, on avait  parler de plein d’autres choses mais pas ce qui m’intéressait moi ; alors je me risque à dire « non mais quand même alors vous avez réfléchi moi je peux aller en paroisse l’année prochaine ? » « Non moi je crois qu’il faut que tu restes dans cette maison » ; alors à bout d’arguments je lui dis :

« Vous savez moi je connais, cette maison je l’ai connu pleine et  là je vais ouvrir les volets le matin il y aura personne,  je suis au bout d’un couloir personne où il n’a a personne ,  il est froid et  je vais être là dans cet appartement tout seul comme ça »  et lui n’avait toujours pas changé d’idée.  Alors à la fin en sortant la dernière carte je lui dis que « Vous savez  pour moi je suis célibataire c’est pas un truc facile alors vous prenez des risques en me laissant tout seul là dedans »  après je me suis dit : « Aveline qu’est-ce que tu as  dis là » ; et là il a compris et alors sortant la pipe  il me di : « Oui je sais c’est difficile d’ailleurs moi j’aurais du mal mais toi il faut que tu le fasses » et ça m’a fait un choc mais après ça c’était bon je n’avais plus besoin d’aller chercher des arguments

Et maintenant aujourd’hui comme évêque je me dis ça c’est un type qui m’a dit la vérité : il ne m’a pas dit « non mais tu verras  ça va bien se faire », non il ne m’a  dit ça il m’a dit « moi j’aurais du mal mais toi il faut que tu le fasses » et je l’ai  fais et c’est comme ça qu’on a gardé ces locaux et c’est comme ça que un an plus tard quand j’ai remis le rapport et qu’il m’a dit « c’est une bonne idée ce rapport tu vas le faire toi » et moi je lui dit « enfin ça m’intéresse pas et je n’ai pas de compétences » , « non tu vas le faire toi ». Mais comme j’avais appris à lui faire confiance et parce que j’étais resté au séminaire, qu’on n’avait pas  vendu cette maison on avait des locaux pour faire autre chose et plein d’autres et on a créé l’Institut. Il   est venu à l’ouverture et puis dans le couloir il m’a dit : « Je vais te donner un conseil, ne faits jamais de publicité pour ton Institut, la seule publicité c’est la qualité de ton travail » ; je me suis dit quand j’ai vu après la publicité qu’on a fait pour le centre  de l’Institut de Toulouse c’est que finalement  eh bien il avait raison et pour vous dire encore un peu plus et puis je m’arrêterai là dessus pour Mgr Coffy. Il est mort le 15 juillet 1995. C’est lui qui m’avait demandé de faire un doctorat je ne voulais pas mais comme il me l’a demandé de la même façon que je reste je dis oui et puis il est mort ; quelques mois après sa cousine qui l’avait accompagné toutes ces dernières années vient de voir avec un truc dans un papier journal et me dit : « Voilà Père Aveline c’est la crosse de Robert je sais que c’est à vous qu’il faut qu’on  la donne » ; c’était en 1995 et j’ai mis cette crosse dans un placard et je n’ai pas ouvert par l’armoire

Et dix huit ans plus tard quand j’ai été nommé évêque du coup je suis retourner dans d’armoire et j’ai pris la crosse et j’ai aujourd’hui la crosse de Robert Coffy mais c’est une histoire : je vous la raconte parce que c’est des choses de la vie mais qui pour moi ont beaucoup compté et c’est comme ça que je me suis retrouvé à travailler les questions qui nous rassemblent ce soir et comme je ne savais rien je me suis entouré de gens compétents Roger, Michel pour l’islam, Gérard Branche pour le judaïsme, Dennis Gira pour le bouddhisme Claire Ly, ensuite Christian Salenson, Paul Bony pour la Bible et on s’est entouré d’une équipe de gens compétents et c’est ainsi qu’on a travaillé ; très vite on a créé une revue Chemin de Dialogue car je me suis dit que pour un d’Institut comme ça il fallait lui donner un outil de publication donc c’est ce qu’on a fait et voilà ! Mais je tiens à vous dire ça parce que c’est pas l’expérience personnelle ni le goût qu’on aurait pour telle ou telle chose qui sont en ces matières les plus importants le plus important c’est de prendre au sérieux le défi de la société dans laquelle on est et du coup dans notre ville au milieu de cette société, c’ est d’essayer de penser, de travailler et alors il ne faut  pas que penser : il nous  il a fallu aussi créer tout en réseau de relations qui existaient avec les communautés religieuses présentes à Marseille.

Donc   voilà c’est comme ça que ça c’est passé alors évidemment après très vite je me suis aperçu de l’importance de cette réflexion, de ce travail ; je m’en suis aperçu  d’autant plus que l’actualité donnait à la question de la réflexion sur le phénomène religieux une importance de plus en plus grande et très vite d’ailleurs on a été sollicité par des catégories socio-professionnelles différentes qui étaient aux prises avec la question de la gestion du religieux dans l’espace public :  des soignants, des enseignants, des élus, c’est à dire que ma petite question du début sur la foi chrétienne et les religions s’avérait avoir une portée plus importante et il fallait travailler sur ce que c’est qu’une religion, il fallait en  plus une réflexion théologique, convoquer sur le chantier des corps de métiers différents : la sociologie, l’ethnologie, l’anthropologie et commencer à établir des conversations avec des compétences différentes et aider à travailler ensemble mais ça on l’a découvert ; ensuite je suis aperçu qu’on n’était pas les premiers sur ce travail là mais on l’a découvert en le faisant avec une équipe et puis après mon doctorat auquel Mgr Coffy m’avait incité et cela m’a quand même  plusieurs années d’études sans lâcher l’Institut parce que c’était difficile (on en reparlera demain)

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Mais après ce doctorat donc que j’ai soutenu en 2000 très vite j’ai été sollicité d’une part par l’archevêque de Rabat qui venait juste d’être nommé et qui m’a demandé de venir travailler à la formation des prêtres du diocèse de Rabat et pour moi ça a été découverte et du coup je me suis aperçu que ces questions avaient aussi des ramifications dans les questions méditerranéennes en général, la formation des prêtres du diocèse de Rabat, puis le  cardinal Poupard m’avait demandé de travailler à la formation des directeurs des centres culturels catholiques du pourtour de la Méditerranée. Cela a été pour moi aussi une expérience extraordinaire d’aller un peu partout : à Rabat il y avait une bibliothèque,  à Alger il y avait le Centre des Glycines, à Alexandrie il y avait un  petit truc que  les jésuites appellent le garage qui était un truc pour les jeunes de la rue, en Libye, je suis allé aussi en Jordanie et en Syrie, au Liban bien sûr.

Mais chaque fois ça m’a aidé à prendre conscience que la Méditerranée est déjà un laboratoire extrêmement important et  aujourd’hui bien des années plus tard j’essaie de travailler de toutes mes forces à établir suffisamment de petites structures de coopération entre les différentes rives du pourtour méditerranéen pour que nous avancions et j’ai suggéré au Pape il y a un an et demi que de même que l’Amazonie avait eu son synode il serait pas complètement incongru que la Méditerranée bénéficie du sien parce qu’après tout cette région cumule un certain nombre de défis qui sont ceux de l’humanité aujourd’hui : défi migratoire, défi écologique, défi de la disparité économique, défi de la pluralité religieuse et culturelle enfin bref de nombreux défis (vous êtes bien placés ici aussi pour le savoir) et j’ai donc été très impliqué dans la naissance de ce qu’on appelle le processus de Bari qui a commencé il y a deux ans et demi à Paris, vous savez une réunion des évêques du pourtour méditerranéen,  et qui s’est poursuivi il y a trois semaines à Florence avec une réunion aussi d’une soixantaine d’évêques du pourtour méditerranéen auxquels s’étaient joints une soixantaine de maires des villes du  pourtour méditerranéen ; ces dix dernières années donc on a eu deux grosses réunions ; j’ai dit mais enfin bon (c’est un peu simple boutade) mais on avait commencé en février 2020 à Bari et là on était en février 2022 à Florence  il vaut mieux ne pas en faire une  3e parce que si on va a Bari on va déclenché une pandémie et si on va à Florence on va déclenché une guerre, on va pas faire une troisième non !

Mais c’est cette rencontre nous a montré aussi que à la fois sur les rives de la Méditerranée comme on dit  c’est trop étroit pour séparer et trop large pour confondre et de nos rives on peut distinguer maintenant cinq ensembles l’Afrique du Nord, le Proche-Orient,  les Balkans l’Europe du sud à laquelle  maintenant on prend davantage conscience de la rive slave  car après tout la Mer Noire  et même la mer d’Azov c’est la Méditerranée ; une goutte du Niepr finit un jour à Gibraltar et donc on s’aperçoit aussi quand on travaille ensemble comme on l’a fait à Bari ou a Florence on s’aperçoit à quel point  à quel point on est proche par la Méditerranée bien sûr mais quelle distance quelle distance dans les contextes sociologique et ecclésiologique ;  il y a des défis qui nous sont communs et puis à des situations qui sont extrêmement différentes .

Cela j’ai eu à m’en rendre compte au fur et mesure des mes responsabilités et puis pour terminer sur ce qui ce qui comme on disait autrefois d’où je parle j’ai eu à travailler au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (j’y suis encore aujourd’hui) et c’est exactement un lieu d’observation de ce qui se passe dans le monde du point de vue des relations interreligieuses et maintenant vous êtes aussi bien placé puisque Norbert Turini est membre du conseil d’honneur de la Conférence des évêques de France sur ces questions et on voit toutes les difficultés de ce travail (on y ne reviendra ce soir ou dès demain) mais on va voir toutes les difficultés de ce travail aujourd’hui en particulier chez nous en France avec  la grande difficulté de la représentation de l’Islam et toutes les questions que cela  entraîne (et on n’en n’est pas sorti) (mais on va laisser ça pour l’instant).

La  question que je voudrais aborder ce soir c’est en reprenant cet itinéraire dont je viens de donner quelques éléments : qu’est-ce que j’ai mieux compris moi–même de la mission de l’Eglise à la faveur de mon travail pastoral et théologique au service des questions des relations interreligieuses ? voilà c’est sous cet angle là que je prends cet enseignement  pour ceux parmi vous qui sont étudiants et à qui on a demandé de  travailler sur ces questions et je le fais parce que en vous expliquant par quelles étapes moi même je suis passé dans la compréhension de la mission de l’Eglise à la faveur des questions que posait la foi chrétienne, la prise au sérieux de la question religieuse je voudrais essayer d’ouvrir un certain nombre de pistes. Alors en tout pour qu’on ne s’y perdre pas trop en tout je voudrais dégager 4 étapes,  4 pistes de travail donc quatre étapes pour vous dire par où je suis moi même passé.

1 -LA MISSION DE L’EGLISE :

AU SERVICE DE LA RELATION DE DIEU AVEC LE MONDE

D’abord la première c’est une compréhension de la mission de l’Eglise comme étant au service de la relation de Dieu avec le monde : voilà vous voyez bien ce que j’essaye de dire. Et au bout quand on réfléchit sur les relations interreligieuses et des tas de problèmes qui se posent bien sûr mais la question théologique fondamentale elle abouti au fond sur la question « qu’est ce que la mission de l’Eglise ? ».

Je fais l’hypothèse que la prise au sérieux de ces questions peut nous aider à mieux comprendre ce qu’est la mission de l’Eglise et ça ça la déplace beaucoup aujourd’hui d’où l’importance de ce travail. Et  pour me faire excuser encore une petite remarque d’introduction mais qui permet de mieux comprendre  l’expression dialogue interreligieux car aujourd’hui c’est une expression qui a au moins deux grand sens : premièrement ça signifie ce que les pouvoirs publics voudraient que les religions fassent pour concourir à la paix sociale : le dialogue est un vecteur de paix sociale et c’est très important (et vous en avez certainement beaucoup l’expérience) mais l’expression dialogue interreligieux signifie aussi quelque chose qui est profondément théologique, qui décrit une attitude, l’attitude que l’Eglise entend adopter à l’égard des fidèles d’autres traditions religieuses que la sienne : voyez se sont  deux choses très différentes ; c’est la même expression mais un c’est un vecteur de paix sociale et on peut s’y engager et c’est normal que les traditions religieuses s’y engagent et deuxièmement  c’est une attitude de foi basée sur la foi et qui décrit l’attitude  qu’on voudrait adopter et qu’on on veut adopter à l’égard des fidèles d’autres traditions religieuses : la première acception relève d’une théorie socio-politique du religieux, la deuxième s’appuie sur une réflexion théologique et pastorale alors c’est cette deuxième acception que je voudrais creuser ce soir

La première est importante aussi mais c’est sur la deuxième que je voudrais m’arrêter ce soir (c’est clair ? et si c’est pas clair dites-le moi car j’ai 400 heures de train dans les pattes j’ai pas forcément les idées claires). Alors je vous disais que si on est bien situé  du point de vue théologique on voit que les questions arrivent et ça nous aide à mieux comprendre la mission d’Eglise et là je me dis moi il y a eu quatre étapes.

La première étape c’est que la mission d’Eglise au fond c’est de servir la relation d’amour de Dieu envers le monde, ça paraît banal de dire ça mais prenez juste un Jean chapitre 3 verset 16 : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre fils » :  pour moi dans mon itinéraire la prise de conscience de ça c’est quelque chose de capital c’est à dire ce n’est pas Dieu a tant aimé l’Eglise c’est Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils non pas pour que le monde soit jugé par lui mais parce que le monde soit sauvé. Ça veut dire au centre il n’y a pas l’Eglise, ça veut dire si tu veux comprendre la mission commence par accepter un décentrement ;  voyez travailler à la mission c’est pas travailler à la survie de l’Eglise c’est travailler à ce qu’elle s’ajuste au service de la relation de Dieu avec le monde : il a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils ce qui veut dire que il y à un décentrement ; si je le dis encore autrement ça veut dire que le centre de gravité de l’Eglise n’est pas en elle-même d’ailleurs dans son histoire et à chaque fois qu’elle a trop cru que le centre de gravité, son centre de gravité était en elle-même c’est-à-dire qu’elle se regarde et qu’elle essaye de se survivre ça finit pas très bien . Et si l’on veut aller plus loin c’est dire que le centre de gravité de l’Eglise n’est même pas dans une relation privilégiée qu’elle aurait elle avec Dieu comme si cette relation privilégiée lui permettrait de s’installer en douanière de l’au delà en permettant selon le certificat qu’on présente d’être assuré d’y aller ou pas ;  ces attitudes qui ont eut lieu ou qui  ont pu avoir lieu cours de l’histoire ne font pas justement ce décentrement et le centre de gravité n’est même ni dans une relation privilégiée qu’elle aurait elle-même avec Dieu, son centre de gravité c’est d’être au service d’une relation entre Dieu et le monde : c’est un peu ce que Jésus dit lui-même quand dans des paraboles il l’explique : c’est là que la parabole du levain c’est à dire que à la fin une fois que vous avez mis  le levain dans la pâte et que la pâte a cuit  à la fin vous pouvez pas retrouvé le levain ou alors ça n’a pas bien cuit  et c’est pareil pour le sel si vous salez l’aliment et une fois que c’est fait vous n’allez pas chercher là le sel c’est la saveur mais c’est plus le grain de sel et si je puis dire c’est pareil pour  la lampe après c’est  lumière.

Voilà et bien c’est ça c’est à dire le centre de gravité de l’Eglise est  le service d’une relation et cette  relation c’est une relation d’amour de Dieu envers le monde : ça dit son regard, ça dit sa place. En latin un service se dit un ministère et on comprend mieux d’ailleurs pourquoi l’Eglise s’organise en  ministères au pluriel et pourquoi d’ailleurs dans la phase où nous sommes elle a tout intérêt à augmenter cette dimension ministérielle pas uniquement des ministères ordonnés : elle est un service et c’est ce que le mot ministère traduit elle est un service, un ministère et puisque ce centre de gravité n’est pas en elle-même ni même dans la relation avec Dieu, l’Eglise donc n’est pas préoccupée de sa survie ni même de sa réussite en tant que l’Eglise, ce qu’elle sert c’est le Royaume et si  on comprend ça on comprend aussi pourquoi l’Eglise n’est souvent pas tout à fait à l’aise dans ce que l’on appelle socialement le dialogue interreligieux où on fait venir toutes les religions ; ça m’est arrivé je ne sais combien de fois où on fait venir le grand mufti, le grand le grand imam, le grand vénérable, et le grand évêque, mais voyez dans son fond l’Eglise elle n’est pas une religion qui chercherait à se développer comme religion elle est un ministère de quelque chose qui la décentre d’elle-même.

Il m’est arriver de n’être  tout à fait à l’aise quand autour de la table il n’y avait que des représentants de la religion puisque elle l’Eglise elle confesse que Dieu n’est pas plus proche de l’homme religieux que de l’homme séculier, que la relation d’amour elle est de Dieu pour le monde et pas pour ceux qui dans le monde ont une religion, elle est pour le monde C’est pour ça que quand on lui faire du dialogue interreligieux comme si  il n’y avait que le religieux pour être acteurs de la paix sociale oui et non, oui parce que bien sûr elle est heureuse d’y coopérer mais non parce que parce que c’est pas tout à fait sa place non plus ; de plus quand elle y est invité c’est bien mais elle se rend très vite compte que c’est bien mais bon ce n’est pas son rôle et elle n’est pas dupe des rencontres où elle a  un fauteuil mais que mais que au fond elle est prisonnière de ceux qui lui on donné  le fauteuil c’est à dire que si tu veux garder une distance critique et prophétique au nom du message sur lequel tu prétends être fondé, il n’est pas sûr que le fauteuil que l’on te donne pour participer à la discussion dans un aréopage, donc  finalement il n’est pas tout à fait sûr qu’ils aient toutes les composantes y soient et même ni même que ta place soit bien là :  alors petit à petit trop contente d’avoir réussi à obtenir un fauteuil elle en deviendra moins éveillé pour exercer des paroles critiques et prophétiques à l’égard de ceux qui lui on donné le fauteuil ;  il peut arriver que monsieur le Président de la région et des politiques qui nous ont invités ne soient pas d’accord et que nous ne soyons pas d’accord mais seulement s’il  nous a donné le fauteuil : c’est comme si je parle trop longtemps ce soir une religion dans un fauteuil ça fini par s’assoupir donc il faut il faut rester éveillé, il faut garder ce potentiel critique et prophétique c’est une des choses très importante ça et d’ailleurs c’est souvent c’est souvent sur ce terrain-là que dans les  relations interreligieuses il faut exercer certaine proximité parce que souvent les messages des religion  contiennent cette dimension critique et prophétique et souvent c’est par là aussi qu’on peut se trouver à portée de voix en particulier pour la lutte contre l’injustice, pour l’accueil des plus des plus fragiles, pour toutes sortes de choses qui concernent la dignité de la personne humaine et l’unité de la famille même. Et donc voilà c’est pour cela que vous voyez en partant de cette de cette définition de la mission qui est un service et une relation d’amour de Dieu avec le monde on touche des questions importantes et profondes du point de vue du dialogue interreligieux .

En travaillant ces questions je m’étais dit aussi bon ben c’est sûr que quand on commence (et puis on en parlera demain)  on comprend comment l’Eglise est une religion certes vu de l’extérieur sociologiquement mais vu de l’intérieur elle ne se définit pas elle même comme une religion : il a fallu attendre le quatrième siècle, il a fallu attendre Lactance pour qu’on ose  employé ce mot qui était plus autre chose ou le mot qui désignait les coutumes païennes ; mais nous on n’était pas une religion, on était les adeptes de la Voie et donc la religion c’était pas bon et après on a perdu ce sens et aujourd’hui aussi  on voit bien ce que je disais tout à l’heure :  Dieu n’est pas plus proche de l’homme religieux que de l’homme séculier, on voit bien aussi qu’un certain nombre de nos contemporains et on l’a on en voit beaucoup qui sont pas forcément contre la relation avec Dieu mais qui ne trouvent plus dans le discours et la pratique des religions ce qui exprime cette relation et du coup beaucoup vont chercher ailleurs dans l’art, dans la culture dont la production littéraire des voix qui  expriment le désir de Dieu qui est en eux et que les religions semblent avoir un peu trahi. Combien d’ailleurs (on va passer  tout autant sur les questions interreligieuses) mais enfin pour une bonne partie des gens que nous rencontrons la religion il y a longtemps qu’ils ont pris leurs distances et même une bonne partie de nos contemporains ça veut pas qu’ils ont  éteint le désir de Dieu, ça veut pas dire qu’ une dimension de profondeur n’existe plus mais cette dimension par prudence prend un peu de distance ça aussi il faut qu’on la voit briller dans l’ Eglise : Dieu a tant aimé le monde y compris tout ceux qui dans ce monde cherchent à assouvir en eux le désir de Dieu s’en sont aller puiser aux sources des traditions religieuses parce que parce que le message semble avoir été frelaté et donc il faut aussi prendre acte de ces difficultés là et bien comprendre aussi que les religions et peut-être surtout les monothéismes (on y reviendra demain) pourquoi les monothéismes parce que ils ont la prétention de reposer sur une révélation de l’absolu de Dieu et les religions monothéistes plus que d’autres parce qu’elles ont la prétention de reposer sur l’ absolu de Dieu et sont souvent amenés à confondre l’absolu de Dieu avec absolu de l’institution religieuse. Aucune religion est indemne de cette tentation d’ absoluité  mais nous éprouvons plus encore aujourd’hui qu’il y a quelques années combien cette tentation d’absoluité est la matrice d’un grand nombre d’abus en tous genres lorsqu’on confond l’absolu de Dieu avec l’absolu de l’institution religieuse et c’est aussi pour ça que le dialogue interreligieux c’est bien mais voilà avec quelques critiques quand même, quelques réflexions critiques sur ce qu’est la religion (on y reviendra demain matin) puisque c’est une vision juste panoramique ce soir ce soir

C’est un apéro c’est pour mettre l’eau à la bouche de plusieurs choses et après on ira prendre qui les petits gâteaux qui les olives ou ce que vous voulez !

Il me semble aussi que par rapport à cette tentation d’absoluité  et nous faisons une confusion de l’absolu de Dieu avec l’absolu de la tradition de la de l’institution religieuse il me semble et ça peut être intéressant qu’on peut repérer trois antidotes et ce qui est intéressant enfin pour moi c’est que ces antidotes sont communs à nos traditions religieuses différentes en tout cas au monothéisme  on pourrait le faire aussi pour d’autres.

Le premier antidote – c’est ce que j’appellerai la  posture du prophète. Le prophète c’est celui qui dit attention attention avec votre absolu et votre prétention absolue et attention Dieu n’en a rien à faire de vos liturgies, de vos libations,  de vos sacrifices  ce qui compte c’est la justice, c’est donc le souci de la veuve et de l’orphelin. Lisez Amos, Osée et tous les prophètes et donc le prophète est celui qui est un antidote contre la tentation d’absolu  et au nom de l’impératif de la justice faites attention qu’à force de faire des liturgies extraordinaires vous soyez tenté de vous absolutiser et d’oublier l’impératif de justice ;  et là  les prophètes juifs sont une matrice pour ça mais vous pouvez en trouver d’autres par exemple les textes très beau chez  saint Jean Chrysostome et d’autres aussi

La deuxième posture  c’est la posture du mystique. Le mystique dit oui au truc d’absoluité c’est très bien tout ça très bien nous vous avez raison vous avez raison mais attention attention ne construisez pas des murs parce que l’élan vers Dieu peut monter plus haut que vos murs et l’union à Dieu n’a rien à faire de vos barrières  dogmatiques : c’est la posture du mystique. Et le prophète et le mystique c’est pas une critique de l’extérieur de la religion c’est une critique qui s’élève de l’intérieur de la religion : le prophète à cause de ces deux impératif de justice, le mystique à cause de horizon de l’union de Dieu à toute personne humaine et quand d’ailleurs dans l’histoire de l’Eglise on a commencé à reconnaître que ces mystiques avaient  une valeur que nous mettrions entre guillemets de sainteté et si vous voulez puisqu’ il faut pas non plus mettre  tous les mots à la place des autres mais tout de même on commence à comprendre que le désir de Dieu peut trouver un élan au delà du mur que les dogmatiques par lesquelles ce qui est dogmatique nous sépare du prophète : posture du prophète, posture du mystique.

La troisième posture c’est la posture du théologien : le théologien dit c’est très  c’est bien vos affaires  c’est très bien mais attention il faut toujours convoquer la raison sur le terrain de la foi et si vous présentez la foi de telle façon qu’elle congédie la raison au prétexte que la prière là je ne sais quoi n’a pas besoin de la raison car après tout l’union à Dieu se  fait sans la critique rationnelle alors là vous allez obtenir une religion qui en congédiant la raison a fait le lit de la violence ainsi que le  reprendra beaucoup Benoît XVI.

Et donc ces trois postures sont des antidotes à la tentation d’absoluité et davantage c’est que l’ on peut les retrouver dans toutes les religions et le prophète et mystique pensez à Al-Hallaj que Matignon travailla avec autant de minutie et le théologien pensez  au Kalâm . Ainsi  donc voila c’était ma première étape à partir simplement de Jean 3, 16 et qui ouvre déjà un certain nombre de pistes de travail et qui nous aide à mieux comprendre ce qu’est la mission de l’Eglise.

2 –LA MISSION DE L’EGLISE : COOPERER AVEC L’ESPRIT-SAINT

Il y a une deuxième chose qui est venu elle aussi progressivement c’et  si tu veux comprendre ce qu’est la mission décrite à partir de cette expérience là et bien on peut dire la mission d’Eglise est de coopérer avec l’Esprit Saint. Ça paraît banal de dire ça mais c’est un point qu’on n’a pas inventé bien sûr mais qui à la faveur des questions qui nous occupent ce soir s’éclairent  un peu plus et permet de mieux comprendre la mission qui est  la coopération avec l’Esprit Saint. Ça veut dire comme le disait  saint-Irénée il faut regarder les deux mains du Père (c’est cette belle expression de saint Irénée) le Père travaille avec les deux mains celle du Fils et celle de l’Esprit et Irénée qui était un des grands docteurs de l’unité comme on le célèbre ces temps ci à la fois l’unité entre les deux Testaments, l’unité dans l’Eglise, des  communauté dans le Christ ; avec Irénée  encore on peut un peu mieux comprendre quelle est la place de l’Eglise, on a besoin de l’Eglise  parce qu’elle est le peuple des témoins du Christ mais dans sa mission elle coopère avec l’autre main du Père qu’est l’Esprit Saint et l’Esprit Saint n’a pas attendu l’Eglise pour commencer le travail et donc ce qu’il nous faut c’est une théologie trinitaire de la mission qui va  nous conduire à l’expérience de la relation inter religieuse et c’est le pourquoi de la nécessité d’une théologie trinitaire de la mission.

Je voudrais donner deux étapes donc qui pour moi étaient importants mais qui relève aussi du magistère récent :  

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La première est avec Paul VI  dans l’Encyclique de Paul VI Ecclesiam suam  publié le 6 août 1964 qui est un texte fondamental pour nos questions Dans cette Encyclique Paul VI et il est  le premier vous savez dans le magistère de l’Eglise à employer le mot « koloko youm » qu’on traduit par dialogue pour désigner le geste par lequel Dieu se révèle (j’attire votre attention). Là le mot dialogue a une teneur théologique forte, il ne signifie pas un espèce de bavardages entre nous :  la première fois qu’il est utilisé dans un texte magistériel par Paul VI le 6 août 1964 c’est pour désigner le geste révélationnel de Dieu dans toute sa  teneur  théologique et le dialogue ça dit pas ce que je fais là ou ce qu’on peut faire en discutant. Dialogue ça dit ce que je confesse car c’est une confession de foi, c’est pas une évidence mais je confesse moi chrétien d’ailleurs avec mon frère juif, je confesse que Dieu pour se révéler qui avait trente six mille façons de pouvoir le faire a choisi un mode dialogale c’est ça que la Bible raconte cela, elle raconte comment pour se révéler Dieu a choisi d’engager avec l’humanité un dialogue, un dialogue d’ailleurs dit Paul VI-«  koloko youm  säntis » c’est à dire un dialogue de salut . Et donc c’est ça que dit le mot dialogue  c’est d’abord un geste de Dieu, un geste que je confesse être celui de Dieu donc chaque fois qu’on dit dialogue théologiquement parlant  nous engageons une confession de foi qui concerne notre théologie de la révélation :  le dialogue c’est le geste relationnel de Dieu et la Bible raconte cela sous la forme d’une histoire d’alliance au fond le mot alliance est le mot biblique d’où procède la notion théologique de dialogue c’est un geste de Dieu vous trouverez ça pour paragraphe 65 et 72 de l’Encyclique Ecclesiam suam et Paul VI va encore plus loin et encore plus loin c’est  ce colloque ou  « koloko youm »  qui est avec toute l’humanité (ça on a déjà vu tout à l’heure)  et il va encore un peu plus loin c’est que il dit en gros c’est parce que nous confessons que Dieu pour se révéler a choisi un mode dialogale avec Abraham, Moïse  etc etc et les quatre alliances d’Irénée dialogue qui peut être comme l’Alliance accepté puis après refusé et puis après reproposer, ect., etc. …. C’est une histoire et Paul VI dit ça parce que nous confessions que Dieu pour se révéler a choisi un mode dialogale que nous comprenons que pour nous c’est l’Eglise dans sa  mission qui doit s’ajuster au geste de Dieu et nous devons nous aussi adopter un mode dialogale. Voyez le raisonnement de Paul VI c’est parce que je confesse que c’est un geste révélationnel  de Dieu que j’en déduis que ça doit être le geste missionnaire de l’Eglise de même que Dieu  choisi le « koloko youm »  pour se révéler que l’Eglise doit choisir le dialogue comme vecteur de sa mission

Voilà c’est ça que Paul VI a fait et  c’est fondamental et pour le dire en une phrase voici ce qui fonde une théologie dialogale de la mission sur une théologie dialogale de la révélation ; c’est ça qu’il a fait dans Ecclesiam suam .Voyez à quel point ça ouvre aussi beaucoup beaucoup beaucoup de perspectives : c’est déjà faire en sorte de dire que la révélation ne serait pas qu’un paquet de vérités qui descendrait un beau jour du ciel et heureusement j’étais pas trop loin donc j’ai eu accès et ceux  qui étaient trop loin tant pis pour eux. La révélation est un une histoire, l’histoire d’un dialogue et nous savons tous d’expérience que Dieu ne se résigne pas à nos ruptures d’alliance ou à nos  refus de dialogue et l’Apocalypse le dit à sa façon « Je me tiens la porte et je frappe,  si tu m’ouvres ton cœur   je ferais chez toi ma demeure ».

Cette histoire dont nous savons d’expérience que ce n’est même pas une théorie c’est une expérience spirituelle que nous vivons chacun et nous savons bien que la patience, la délicatesse et la persévérance de Dieu peuvent avoir raison de toutes  nos fermetures, c’est toujours quelque chose à  reproposer toujours toujours. Donc c’est une expérience spirituelle d’ailleurs il faudrait le dire et le redire tu ne comprends ces questions, à mes yeux, que si elles rejoignent ta propre expérience spirituelle. C’est pas des théories, c’est une conjugaison  entre ce qui nous est donné de vivre spirituellement avec les défis de ton Eglise et de ta société que tu n’as pas choisi mais dans lesquels tu vis et  l’histoire d’une tradition dont tu  es l’héritier. La parole de Dieu et la tradition de l’Eglise  c’est ce triangle là d’une  une vie spirituelle, d’un défi social, ecclésial et tout ça et d’un héritage la parole de Dieu et la tradition qui sont les racines de la réflexion que l’on essaie d’avoir.

Donc la première étape c’était Paul VI. J’ai dis qu’il y en avait deux pour penser cette théologie de la mission pour penser justement cette dimension trinitaire cette théologie trinitaire de la mission tout vous comprenez aussi que c’est quand notre mission n’est plus un moment de théologie trinitaire que nous risquons de manquer de théologie dialogale  de la mission , c’est quand notre théologie risque de ne pas être assez dialoguée. Dans l’histoire récente de la théologie occidentale cette nécessité d’approfondir la théologie trinitaire est de plus en plus importante. J’ai dit que Paul VI l’avait posé là les bases par le biais d’une réflexion sur la révélation. Il  faudrait ajouter deuxièmement l’apport ici capital de Jean Paul II pour une théologie trinitaires et en particulier pour le développement d’une théologie de l’Esprit Saint

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On doit à Jean-Paul II cette intuition qu’il exprime en plusieurs endroits que « toute prière aux dieux est une  prière authentique et inspirée par l’Esprit Saint » (Jean Paul II au Rassemblement d’Assise, 22 décembre 1986) : c’est vite dit mais réfléchissez : « tout prière aux dieux est une prière  authentique et inspirée par l’Esprit Saint »

Vous voyez prier des musulmans. Je pense à Charles de Foucault au Maroc qui est loin encore de tout ça mais la vue de cette prière ravive en lui quelque chose : ça va pas être immédiat, mais ça va avoir son effet. Souvenez vous quand Jean Paul II  arrive quelque part le premier geste c’était d’embrasser la terre comme pour signifier que cette terre  avait déjà été travaillé par l’Esprit Saint avant même que les pas des premiers missionnaires en  aient foulé le sol. Souvenez-vous de cette séquence extraordinaire (quand on relit ça avec un peu de distance !) qui entre 1985 et 1986 a représenté sur la conduite de Jean Paul II un engagement fondamental de l’Eglise dans ce qui avait été posé aussi à Vatican II et qu’il a  estimé qu’il fallait selon son expression « faire maintenant une leçon de choses », c’est son expression (je reprends la séquence parce qu’elle est très significative ).  Le 19 août 1985 au retour d’un voyage apostolique en Afrique il s’arrête au Maroc et le jour la rencontre à Casablanca  au stade de Casablanca les jeunes musulmans ( vous connaissez le discours et il ne faut pas se lasser de le relire) : je suis catholique vous êtes musulman voilà ce que moi je crois, voilà ce que je comprends que vous croyez, voilà me semble-t-il ce qui nous est commun, voilà me  semble-t-il ce qui nous distingue mais probablement on doit pouvoir faire des choses ensemble et la première serait de prier

Regardez la séquence du 25 janvier 1986 : il annonce son intention dans le cadre de l’année de l’ONU  pour la paix de convoquer à Assise à l’automne une journée de pèlerinage des jeunes, de prières pour la paix à laquelle participeront et seront invités à participer les responsables des églises  les responsables des religions

25 janvier 1986 : c’est pas un hasard, c’est la conversion de saint Paul et la semaine de prière pour l’unité ; c’est aussi cette  date (souvenez vous) qu’avait choisi Jean XXIII  pour annoncer la convocation du Concile Vatican II le 25 janvier 1959.

Le 13 avril 1986 il se rend et c’est la première fois qu’un pape le fait à la grande synagogue de Rome. Je reviendrai là dessus parce que cette question judéo chrétienne est déterminante

18 mai 1986 mai il publie la lettre Encyclique Dominum et Vificantem : Sur l’Esprit Saint dans la vie de l’Eglise et du monde  et au numéro 53 vous avez  cette phrase que j’ai cité tout à l’heure « toute prière  authentique est inspirée par l’Esprit Saint »

Le 19 août, 25 janvier, 13 avril, 18 mai, Et puis le 27 octobre c’est la journée de prière des jeunes au pèlerinage pour la paix à Assise avec tout ce que ce dont  vous souvenez et puis le 22 décembre 1986 c’est vous savez c’est la rencontre toujours du pape avec les cardinaux et la curie plus ça va plus on voit que c’est des rencontres que quand ils y vont ils sont un peu ennuyés

Parfait bon voilà ce que dit Jean-Paul II : « On a  passé une bonne année et joyeux Noël mais enfin je voudrais vous dire ça quand même »  parce que Jean Paul II  savait très bien que dans la Curie les rencontres d’Assise n’avaient pas forcément été du goût de tout le monde. Et  donc Jean-Paul II  dit « Joyeux Noël et  passez de bonnes années et moi ce que je retiens c’est la journée d’Assise et je vais vous dire pourquoi j’ai convoqué  Assise ».

Et là je dis surtout aux étudiants si vous voulez avancer travaillez ce discours du 22 décembre 1986 ; il y reprend d’ailleurs la fameuse formule que je viens de vous dire sur l’Esprit Saint et là vous avez la théologie d’Assise par Jean Paul II lui-même et  c’est extrêmement intéressant. Donc voyez on lui doit à lui aussi cet appel de fond à revigorer une  pneumatologie de l’Esprit-Saint  et entendez bien  c’est pas une pneumatologie qui serait un dérivatif facile aux obstacles de la concrétude de la christologie. Voyez c’est évidemment nous avec le Christ qui est incarné et du coup c’est pas très universel puisque c’est un peuple, une culture, une date et tout ça heureusement on a l’Esprit-Saint alors celui-là il passe partout et ça c’est pas comment dire un équilibrage universaliste par une pneumatologie qui nous évite  les ornières de la concrétude de la christologie  car c’est bien l’Esprit de Jésus Christ ou comme dit saint Paul de Jésus Christ crucifié. Mais il y a justement besoin d’une théologie trinitaire et de relancer la pneumatologie, on est pas encore là,  on n’a pas encore fait tout ce travail me semble-t-il : la piste est lancée mais on devrait peut-être d’ailleurs recueillir là les richesses de la réflexion trinitaire des chrétiens d’Orient qui a toujours été plus grande et plus forte que celle des chrétiens d’Occident. Ça serait ça serait une piste de travail aussi et puis on aurait chez saint Augustin, chez saint Thomas aussi dans bien des auteurs on aurait des possibilités magnifiques mais il faut aller les chercher. Mais une théologie trinitaire est nécessaire pour bien comprendre que la mission de l’Eglise c’est de coopérer avec l’Esprit Saint.

Pour dire de manière plus simple je voudrais qu’on comprenne c’est qu’en gros vous comprendrez  dans le contexte mais ne sortez pas cette phrase de son contexte : l’Esprit-Saint peut tout sauf remplacer le disciple du Christ : il faut un Ananie pour Saul en Actes 9,  il faut un Pierre pour Corneille en Actes 10 : il faut un témoin du Christ c’est à dire c’est comme si nous ( je là décris des choses  qui ne se décrivent pas pour qu’on comprenne) comme si vous voulez dans ma foi je suis sûr que l’Esprit-Saint travaille déjà de l’intérieur mon interlocuteur qui ne croit pas mais qu’il  lui faut à lui en dépit du travail que l’Esprit-Saint fait en lui, il lui faut la rencontre de quelqu’un qui croit non pas pour qu’il soit sauvé car c’est pas  moi qui juge des conditions pour lesquels il le sera et il se peut très bien que jamais il ne rencontre un témoin du Christ, je ne peux rien en déduire quant à son salut  mais parce que c’est la mission du chrétien que de dire à celui qu’il rencontre ce qui te travaille je vais te dire ce que c’est l’Esprit de Jésus et de Jésus Christ crucifié et comme disait Bernadette :  « Je ne suis pas chargée de le faire croire je suis chargée de le dire ».

Voilà pourquoi il faut une Eglise de témoins mais l’essentiel du travail c’est l’Esprit Saint qui le fait d’une part à l’intérieur de la conscience de mon interlocuteur, d’autre part en moi car si je suis témoin du Christ c’est bien qu’il m’a travaillé aussi. Repenser l’Esprit Saint comme premier agent de la mission comme celui qui de l’intérieur de mon interlocuteur ajuste la serrure de son cœur  à la clé du message. C’’est (vous en avez l’expérience) c’est l’Esprit Saint qui ajuste de l’intérieur la serrure à la clé et moi j’arrive je n’ai plus qu’à mettre la clé et c’est cela qui  peut-être m’a fait comprendre pourquoi on représente toujours saint Pierre avec des clés. Mais pour cet homme vous  comprenez bien qu’il faut bien quelqu’un qui ait  la clé mais l’essentiel a été fait autrement de l’intérieur et ça peut permettre aussi de comprendre que la conversion de l’autre pour peu qu’elle arrive ne peut pas arriver si elle va pas de pair avec ma propre conversion : c’est le travail de l’Esprit Saint dans le monde. Le mot conversion est d’ailleurs suffisamment riche dans le christianisme pour qu’on ne réduise pas  à l’opération qui consiste à changer de religion. Il y a là quelque chose  d’extrêmement réducteur , d’ailleurs au moment des Cendres on nous a dit « convertissez-vous ! » et ça veut pas dire change de religion mais la conversion de l’autre et la mienne vont de pair : que comprendra  de l’Evangile  celui à qui je l’annonce s’il ne percevait pas que j’étais moi même toujours dans un travail de conversion par rapport à ce même Evangile ? Que comprendra-t’il s’il ne percevait que moi aussi je découvre des choses dans la relation avec lui qui est un rendez vous que le Seigneur nous a donné à la faveur du travail de l’Esprit

Voyez les deux mains du Père le témoin du Fils et le travail de l’Esprit. Il  faut apprendre à coopérer avec l’Esprit Saint : voilà aussi qui libère de certaines angoisses qui peuvent se faire jour dans notre Eglise aujourd’hui où on est là à se demander, à regarder avec inquiétude les courbes de croissance ou de décroissance ou alors pire encore à lorgner de façon angoissée et envieuse certaines courbes de croissance des frères évangéliques. Mais le premier responsable c’est l’Esprit Saint et moi j’apprends à coopérer avec lui. Coopérer qu’est ce que ça veut dire ? ça veut dire chercher les traces du mystère pascal dans les expériences humaines avec lesquels je fais mon chemin de vie, c’est ce qu’on fait dans le travail pastoral à longueur de temps, cherchez les traces mystère pascal, lisez le paragraphe 25 de Gaudium et Spes : nous devons tenir que l’Esprit-Saint fera tout d’une façon que je connais la possibilité d’être associés au mystère pascal, ça veut dire aussi chercher les traces du désir de Dieu dans l’histoire religieuse et culturelle de l’humanité ; c’est ça apprendre à coopérer avec l’Esprit Saint et cette coopération n’est jamais à sens unique vous voyez bien c’est à dire qu’en même temps elle rejaillit sur ma propre sur ma vie, mon propre chemin de foi.

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Un jésuite avait réfléchi à sa connaissance du monde Michel de Certeau dans un article paru dans la revue Christus en 1963. L’article s’appelait la conversion du missionnaire et Jean Michel de Certeau racontait et c’est toujours long les articles de Michel de Certeau.

Le missionnaire s’en va avec sa Bible dans son sac à dos tout heureux parce qu’enfin il  va pouvoir annoncer l’Evangile aux peuplades qui ne la connaissent pas. Il arrive il arrive il arrive il arrive, il pose le sac et il va s’apercevoir que la Bible ils n’y comprennent rien parce qu’ils parlent pas sa langue. Alors il faut d’abord qu’il apprenne la langue et alors là ça va le retenir pour un certain temps et puis pas seulement la  langue ; et puis il  s’aperçoit aussi qui s’est pas uniquement apprendre dix mots, c’est comprendre des comportements de ces gens-là et qu’ils en vivent déjà. Pensez à Charles de  Foucauld et le temps qu’il a passé dans ce dictionnaire touareg-français et français-touareg ; pensez à Albert Peyriguère qui est un disciple de Foucauld qui lui avait fait en arrivant au Maroc à El-Kbab un dictionnaire psychologique de la langue berbère parce que des dictionnaires ce n’étaient  pas que des mots : Il  faut comprendre l’état d’esprit dictionnaire psychologique de la langue berbère

Alors Michel de Certeau il regarde , il fait tout ça il fait tout ça et que tout ça il l’apprend et puis du temps qu’il apprend, et les regarde vivre  et puis en regardant vivre sa vie mais il va comprendre des choses et là  il comprend qu’ ils ont pas eu besoins qu’il leur explique tout ça car ils  vivent déjà des choses que lui voulait leur dire au nom de l’Evangile. Et  puis Michel de Certeau en continuant il s’aperçoit même qu’en les voyant vivre il comprend lui même des choses de l’Evangile que jusque là il n’avait pas compris. Et Michel de Certeau écrivait  « comme si certaines fleurs encore closes de son jardin chrétien avait eu besoin pour pouvoir éclore du soleil qui lui viendrait d’une  autre culture que ne ponctuait pourtant aucun signe chrétien » : c’est ça la coopération avec l’Esprit Saint elle n’est pas à sens unique, elle est à double sens alors j’avance j’ai dit un la mission comme service de la relation d’amour de dieu envers le monde

*« Fleurs closes depuis longtemps présentes dans son jardin chrétien, certains mots de l’Évangile – ceux qui disent la « fécondité » de la vie divine ou la mystérieuse connivence du Très-Haut avec les pauvres – s’ouvrent en ce matin d’une fraternité nouvelle et lui montrent un secret jusqu’ici inaperçu » (Texte original)

En deuxième partie  j’ai évoqué  la mission comme coopération avec l’Esprit Saint je voudrais maintenant dire et pour changer les choses ce que moi petit à petit j’ai découvert à force de travail et d’être aux prises avec ces questions d’avoir à expliquer les choses.

3 – LA MISSION DE L’EGLISE EST A COMPRENDRE SUR L’HORIZON DE LA PROMESSE

Maintenant en troisième partie je voudrais aborder la question : la mission est à comprendre sur l’horizon de la promesse

La mission est à comprendre sur l’horizon de la promesse. Pour moi ça a été une découverte progressive et pas du premier coup c’est parce j’ai été amené à y travailler et pourtant maintenant je pense mais ça c’est capital je vous dis comment j’y suis arrivé d’abord j’ai remarqué que c’était le chemin qu’avaient suivi nos Pères au Concile Vatican II c’est à dire qu’ils ne s’étaient pas mis dans la tête qu’ils allaient travailler sur les religions, ni même sur les relations de l’Eglise avec les religions. Nostra Aetate  c’est le fruit de d’un certain nombre de choses mais c’était pas un objectif du Concile. On peut même remonter plus loin quand Jean XXIII a convoqué  toutes les commissions préparatoires il  s’était aperçu qu’aucune des commissions et des assemblées d’évêques pour  contribuer à la préparation du Concile n’avait inscrite aucune contribution  à l’agenda du travail de l’assemblée conciliaire la nécessité d’écrire un texte sur la relation entre l’Eglise et le peuple juif et ça Jean XXIII ne l’accepté pas pour deux raisons

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La première c’est toujours pareil c’est l’expérience personnelle. Jean XIII avait été à Sofia pendant la guerre puis à Istanbul et il avait lui même joué un rôle dans le sauvetage d’un certain nombre de familles juives. Retenez ce je vous ai dit tout à l’heure : l’expérience est une expérience spirituelle. Et la deuxième raison c’est que il avait rencontré le lundi 19 juin 1960 Jules Isaac ; (pour les plus anciens cet historien c’était les manuels Malet et Isaac et Isaac qui était  un historien important à cette période.

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C’était un historien  justement critique et prophétique pour reprendre l’expression tout à l’heure c’est à dire qu’il avait osé travailler après la fin du premier conflit mondial sur une analyse des discours des gouvernements français et allemand et du coup remettant en cause la théorie française comme quoi nous n’avions fait que nous défendre et que nous étions les victimes d’une agression à croire que l’Allemagne était l’agresseur mais que nous n’avions vraiment rien à nous reprocher et Isaac avait voulu travailler avec des historiens allemands, une petit groupe l’historien français et allemands, à retravailler sur une lecture critique des discours de chacun des deux pays ; évidemment cette initiative ça lui a valu qu’il a perdu tout place à l’Université mais il a continué. Et il s’était mis depuis quelques temps avant le deuxième conflit mondial sur un autre sujet qui étaient  des racines chrétiennes de l’antisémitisme : quel l’antijudaïsme chrétien ?  Quel est son lien avec l’anti sémitisme païen ?. Voilà  comment il avait commencé ça .

Puis pendant la guerre alors qu’il était absent du domicile familial sa femme et  ses enfants avaient été raflés comme on dit à Paris au Val d’Hiv puis de là transférés dans un camp de concentration dont ils ne revinrent pas ; mais à Drancy c’était bon signe et sa femme avait eu le temps de lui écrire des  billets pour lui dire « voilà tout va bien, ne t’inquiète pas »et elle  a terminé en disant « Tu sais le livre que tu as commencé sur Jésus Israël surtout fini le ! » . Et quand il a reçu ça ce projet  qui était pour lui un livre parmi d’autres c’est devenu une cause à laquelle il a voué toute la suite de sa vie :  il a fondé les amitiés judéo chrétienne, il a rencontré Pie XII en 1947 et ensuite Jean XXIII le 19 juin 1960 et il avait remis à Jean XXIII  le fruit de son travail, le fruit de son travail avait déjà eu un certain nombre de conséquences et  Jean XXIII connaissait en particulier le livre qui avait été publié en 1946 et qui se terminait par une vingtaine de propositions concrètes pour travailler contre les racines de d’antisémitisme, les racines  chrétiennes de l’antisémitismes

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Et l’année suivante en 1947 un pasteur protestant qui s’appelait Pierre Wisser avait pris l’initiative de convoquer en Suisse dans un petit village qui s’appelle Seelisberg , il avait pris l’initiative de convoquer là une réunion entre le 30 juillet et le 5 août 1947 de théologiens protestants juifs et catholiques pour travailler ensemble, pour essayer d’extirper de la pastorale et de la catéchèse chrétienne tout ce qui pourrait conduire à l’antisémitisme  et ce groupe auquel évidemment participait Jules Isaac et quelques théologiens (un protestant et quelques théologiens catholiques), parmi les catholiques avaient été invités Jacques Maritain mais qui n’avait pas pu venir et qui avait confié ce qu’il avait préparé à un de ses amis qui lui était tout proche qui était à Fribourg c’était Charles Journet  et donc Journet il y a aussi participé. Puis ils sont arrivés à un certain nombre de choses dans plusieurs commissions et l’une des commissions portait sur la rédaction de 10 points très simples qu’on appelle les dix points de Seelisberg pour qu’ils soient très faciles à retenir pour tenter d’extirper de la catéchèse, de la prédication chrétienne tout ce qui peut conduire à l’antijudaïsme ; mais c’est surtout  le point 5 par exemple pour rappeler que Jésus était juif,  rappeler que tous les apôtres étaient juifs etc etc et après vous  évitiez de parler du peuple juif comme du peuple maudit ou comme un peuple déicide. C’était des trucs très simples au point que si vous le lisez une première fois et vous vous dites c’est magnifique que en 1947 deux ans après la fin du deuxième conflit mondial on soit parvenu chrétiens juifs et catholiques a posé ces choses,  puis vous lisez une deuxième fois vous réfléchissez bien vite quand même c’est incroyable qu’il ait fallu le drame de la Shoah pour réaliser le fait aussi simple que Jésus était  juif et ses apôtres aussi et caetera. Et je vous ne vous cache pas que si vous le lisez  une troisième fois aujourd’hui vous vous dites combien aujourd’hui aussi il serait urgent de redonner à lire à  un certain nombre de chrétiens les dix points de Seeliberg. Ç’ as fait beaucoup réfléchir !

Et une fois j’avais  donné une conférence comme ça en Corse et qui explique  Jules Isaac, Seelisberg, que  Jésus est juif et ses apôtres aussi et  à la fin au cours d’une séance de question  une dame un peu âgée qui lève la main et dit  « merci j’ai compris hein c’est vrai c’est vrai que Jésus ‘était juif et je pense que les apôtres aussi ils étaient juifs mais mais enfin mon Père pas la Madone quand même ! » . Alors c’est d’abord un travail mais aujourd’hui ce n’est pas de trop d’y revenir surtout quand on entend certains discours en vue des élections.

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Alors voilà Seelesber, Isaac  et donc Jean XXIII  décide d’autorité d’inscrire à l’agenda de l’assemblée conciliaire la préparation d’un texte sur les relations entre foi chrétienne et foi juive ; et il confie ce travail au   cardinal Augustin Béa qui est un jésuite allemand exégète (vous savez déjà son rôle dans le Concile) (bon on y viendra demain pour regarder un peu tout ça comment Nostra Aetate  a été construit etc etc ). 

Mais ce que je voudrais observer avec vous c’est la première raison de ces premiers points de friction sur l’horizon de la promesse : c’est que nos Pères du Concile n’en sont venus à parler d autres traditions religieuses que parce qu’ils ont commencé à travailler sur les relations judéo-chrétiennes c’est ce qui va devenir le paragraphe 4 de Nostra Aetate la seule chose prévu et c’est parce que lorsque le cardinal Béa a sorti un premier projet parce que quand il a sorti ce projet les évêques  du Proche Orient ont dit niet : il n’est pas question que le Concile dise quelque chose sur le judaïsme surtout si c’est positif parce qu’alors vous aurez beau dire que c’est un machin pastoral et spirituel ça sera  comme une reconnaissance de l’Etat d’Israël et qui sait qui va payer les pots cassés c’est nous les chrétiens d’Orient donc niet ! Il a fallu remettre le truc dans le tiroir et que Paul VI après Jean XXIII décide de le ressortir ; et c’est à cause de ça que les évêques d’Extrême-Orient et du Japon en particulier ont dit :  non mais nous vous savez nous au  Japon le judaïsme c’est loin mais s’il y avait une petite phrase sur le bouddhisme et sur  l’hindouisme aussi ce serait bien et c’est comme ça que tout a commencé à  ajoutez à ce texte sur le judaïsme quelques considérations sur qu’est-ce que c’est une religion et puis  sur le bouddhisme et les autres ont dit et l’islam alors ! Du coup on a constitué une petite commission avec les Pères Blancs  de Tunisie avec les dominicains d’Egypte pour arriver ainsi à un paragraphe sur l’islam et c’est comme ça que qu’on est arrivé à Nostra Aetate . Et voyez bien que sur la constitution de Nostra Aetate  ont plané trois gros problèmes, trois gros orages qui n’ont pas terminés aujourd’hui de constituer un ciel menaçant d’abord les nuages politiques :  qui dira aujourd’hui que  dans les relations interreligieuses voire dans l’actualité récente œcuménique  des questions politiques n’interfèrent pas ?

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L’’autre nuage c’est le nuage méthodologique. On avait un texte qui était devenu un ovni : on était parti sur le judaïsme en disant c’est en scrutant son propre mystère que l’Eglise s’interroge sur les liens avec le peuple juif et puis après on a le bouddhisme et l’hindouisme ce n’est pas la même chose donc  méthodologiquement fallait-il faire deux textes ou non et n’en garder qu’un et comme le temps passait, on était à 1962 puis on arrivait à 1965 ans fallait-il en garder un ou en faire deux. On a dit il fallait mieux garder un seul texte. Et il vaut mieux faire  un seul texte et ce  texte est devenu une déclaration. C’était le quatrième statut de ce texte et pour faire droit à ce problème technologique et bien on a fait un seul texte mais dans l’organigramme de la Curie on a fait deux trucs et dans le Conseil  qui va devenir Conseil pour les relations interreligieuses mais qui ne travaille pas sur le judaïsme on a mis le judaïsme dans le Conseil qui est devenu pour l’Unité des chrétiens et c’est pareil à la Conférence des Evêques de France avec Norbert nous travaillons sur les relations interreligieuses est donc pas sur le judaïsme mais j’ai demandé depuis deux ans que nos responsables du Service national des relations avec le judaïsme participent à notre conseil

C’est quand bien même on voit bien où est le problème méthodologique concrètement on est confronté à des choses que nous faisons souvent à 3 et Norbert avait  préparé ça pour la visite ad limina parce que c’est la vérité de notre chose mais vous voyez le nuage politique, le nuage méthodologique et le nuage théologique sur lequel on viendra plus tôt demain

Mais il n’a pas manqué de voix pour dire et s’élever pour dire que à force de parler de la liberté religieuse (et pour Humanae Vitae c’est une autre différence dont qu’il faudrait faire l’histoire) et puis il a des religions et de façon positive ne va-t-on pas être en contradiction avec l’héritage de la mission qui dit quand même que Jean 4  « le salut vient des juifs » qui dit quand même « hors de l’Eglise pas de salut » ?  nous y reviendront  demain) et l’on sait que les questions sur la liturgie, sur le latin qui des fois reviennent de Motu proprio en Motu proprio : on part derrière ce nuage théologique qui est celui de la fidélité ou non à l’interprétation d’une tradition (on y viendra aussi) mais voyez bien comment ces choses sont aujourd’hui nous sommes encore sous la menace de ses trois nuages menaçant

Mais ce qui est clair ce que le chemin de nos Pères conciliaires nous dit c’est que si l’on veut travailler sur les relations interreligieuses il faut commencer par la question de la relation entre juifs et chrétiens, c’est capital et dit autrement ça concerne la question de la relation entre identité et altérité : il faudrait ici évoqué une chose c’est que le virus du marcionisme qui n’est pas mort. Marcion, un évêque de Sinope, était celui (il y en avait d’autres)  mais c’est le plus connu avait pensé que maintenant c’est bon on était chrétien on avait plus besoin de la Bible juive, que dans  nos Bibles pas la peine qu’on garde l’Ancien Testament et que même dans le Nouveau Testament certaines choses sont tellement juives que c’est pas la peine de se trimbaler avec ces vieux trucs. Et donc Marcion c’est ça et il  a été condamné en 144, en 144 c’est pas d’hier mais le virus a marché, a survécu à la condamnation de Marcion un peu comme le bacille de la peste dans le livre de Camus où une brave dame a le virus dans les plis d’un drap d’une armoire ! Et à plusieurs époques de l’histoire de l’Eglise il s’est réveillé et toujours dans son histoire elle a eu une relation pas simple avec le judaïsme parfois tentée comme dans certains textes de Chrysostome ou même un peu d’Augustin parfois,  tentée de les considérer avec un certain mépris : s’il existe encore c’est bien parce que ça montre à quel point le triomphe de l’Eglise est total, que  ce peuple n’étant plus qu’un peuple errant vous avez des choses comme ça et en même temps  ils sont là et le salut vient des juifs et l’Epître aux Romains chapitre 9-11 . Il y a une espèce d’ambivalence dans l’histoire de l’Eglise entre la tentation triomphante et la nécessité du respect ça donne des fois des choses très belles la protection au moment où la société elle-même protège moins mais ça donne des fois des choses très douloureuses

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Le  virus du marcionisme n’est pas mort et parmi les époques de l’histoire où il s’est réveillé il y en a une qui est importante (on y viendra demain matin) c’est le début du 20e siècle lorsque en Allemagne ce virus est réapparu  sous la plume de trois auteurs  Adolf von Harnack, grand théologien protestant, un autre qui s’appelle Paul de la Garde, un orientaliste bien connu et un troisième Arthur Bonus (c’est comme ça c’est son nom), un pasteur protestant. Et le protestantisme allemand a repris cette idée qu’après tout le christianisme devait être arien et donc être débarrassé de  toutes ces choses juives qui l’encombrent et que finalement on devait arriver (c’était le nom du mouvement) à un christianisme allemand débarrassé du judaïsme  et là vous voyez avec quelle facilité le national-socialisme a pu prendre appui sur le christianisme allemand au point qu’un pasteur protestant Bernard Remond allemand décrit l’église protestante comme je cite « une Eglise a croix gammée » ; mais il a fallu la révolte d’un certain nombre et de la résistance d’un certain nombre de penseurs comme Muller, Dietrich Bonhoeffer et un suisse Karl Barth ;  il a fallu le synode de Barmen en 1934 pour que l’on oppose au christianisme allemand les chrétiens confessant qui eux ne se résolvaient pas à cette façon de concevoir les choses.

Le courant marcionisme continue et aujourd’hui non plus il n’est pas tout à fait mort dans  la relation du dialogue judéo-chrétien et parce que c’est le chemin de nos Pères dans la relations judéo chrétienne parce que le virus du marcionisme  n’est pas mort et qu’au fond il faut accepter que nos Bibles soient des reliures.. Au fond pour le dire en une phrase,  d’une phrase, il nous est demandé d’accepter que nous ne puissions pas comme chrétien décliner notre identité sans faire référence à une altérité qui lui est constitutive : nos Bibles sont des reliures, on ne peut pas décliné notre identité de chrétiens sans faire référence à une altérité juive qui lui est constitutive et chaque fois qu’on oublie trop ça finit mal, Et ça veut dire aussi que l’identité ne se boucle pas sur elle-même, chaque fois que l’identité oublie cette part d’altérité elle devient comme le dit Amin Maalaouf « une identité meurtrière » et aujourd’hui ce danger n’est pas mort et vous comprenez que du coup c’est parce que notre foi c’est quand même incroyable est d’abord une religion seconde, nous ne sommes que la greffe sur l’olivier du judaïsme et l’accepter c’est encore un autre décentrement et c’est à partir de ce décentrement qu’on peut s’interroger sur la place des autres traditions religieuses avec lesquels on n’entretient pas le même rapport qu’avec le judaïsme mais qui sont aussi une autre activité sur la place de ces altérité dans le dessein divin de salut.

C’’est pourquoi la mission doit être regardée sur l’horizon de la promesse parce que la promesse celle faite à Abraham au tout début de l’histoire du salut :  «En toi seront bénies toutes les familles de la terre et un jour viendra où toutes les nations convergeront vers Jérusalem ». Mais regardez bien ça c’est une promesse mais le peuple juif n’a pas de commandement missionnaire : sa mission à lui c’est de croire en la promesse et de vivre concrètement de telle façon que sa vie exprime cette foi en la promesse : voyez la minutie des 613 préceptes (quand on dit nous on n’est débarrassé de ça !)  mais c’est une façon d’exprimer une foi en la promesse et  donc le peuple juif par lequel vient la promesse le salut vient les juifs n’a pas de commandement missionnaire il n’a  jamais marqué « allez de toutes les nations faites des juifs » et la foi chrétienne greffée sur l’olivier de la foi juive comporte en plus de  la promesse le commandement de la mission « allez de toutes les nations faîtes des disciples »  et donc il ne faut pas oublier que le commandement de la mission est à comprendre sur l’horizon de la promesse.

Pour moi dans ma recherche à ce moment là c’était très important d’abord ça m’a invité à dire aux étudiants si vous voulez travailler sur l’islam, sur le bouddhisme etc… faites le mais passer par la case de la réflexion théologique sur la relation judéo chrétienne sans quoi vous accumulerez des  connaissances certes mais vous ne serez pas parti de l’intérieur de la foi chrétienne, de son originalité, de ce lien avec l’altérité

Ca m’a aussi donné à lire (je le dis on y reviendra sans doute demain) un livre qui m’a beaucoup beaucoup inspiré qui est le livre de Joseph Ratzinger paris paru en 1967 en allemand et traduit en français en 1971 sous le titre Le nouveau peuple de Dieu  et les deux derniers chapitres en particulier où Ratzinger a redéfini la notion comme accompagner la marche de Dieu vers les peuples du monde à cause de la promesse à cause la promesse : le salut vient de la promesse et non de la mission. Ça nous donne à voir et on aurait tort de se focaliser sur la mission qui tend à attraper les angoisses en oubliant que plus large que la mission il y à la promesse. Voyez tout ce que je vous dis depuis le début procède d’un mouvement de décentrement : la relation de Dieu avec le monde et puis après la coopération avec l’Esprit Saint et puis maintenant le lien entre la mission est la promesse (on y revient demain).

4 – LA MISSION DE L’EGLISE COMME REALISATION DE LA VOCATION DE L’EGLISE A LA CATHOLICITE

Je voudrais finir avec un quatrième point je serai plus bref la dessus. J’ai  dis donc 1 voilà ce qui m’a ce que j’ai compris petit à petit la mission commune au service de la relation d’amour de Dieu avec le monde, 2 la mission en coopération avec l’Esprit Saint. Et tout ce que ça veut dire que déjà en3  la mission sur l’horizon de la promesse et 4 mais ça c’est beaucoup plus récent pour moi c’est de la mission comme réalisation de la vocation de l’Eglise à la catholicité, la mission comme réalisation progressive de la vocation de l’Eglise à la catholicité.

Pour expliquer un peu ça il faut bien sûr sortir très vite de l’idée que catholique égale une étiquette qui nous permet de dire moi je suis catholique  ça veut dire moi je ne suis pas  protestant ou je ne suis pas orthodoxe, ce n’est pas ça. Catholique c’est une vocation c’est comme quand on dit l’Eglise dans le Credo , elle est une, elle est sainte il y a encore du chemin, elle est apostolique  il y a de la marge de progression  enfin ça va elle est catholique mais c’est elle sera la fin si vous voulez

Mais c’est ça c’est ça l’idée c’est que la catholicité est une dynamique elle est plutôt même une vocation elle est ce à quoi toute l’Eglise est appelée c’est-à-dire les catholiques qui n’ont pas le monopole de la catholicité puisque c’est une vocation et il faut bien en prendre conscience et là aussi ça part de notre expérience personnelle, spirituelle. Il faut pour comprendre ça comprendre aussi que la vocation elle-même est quelque chose de dynamique et non pas de statique et  qui peut dire  moi je sais ma vocation moi je suis mère de famille,  moi je suis évêque, moi je suis dominicain mais c’est pas ça ta vocation ? non c’est pas ta vocation c’est un choix de vie, un état de vie, un choix que tu as posé à un  certain moment et encore c’est un choix c’est un choix c’est une foi mais comme dit le Seigneur « c’est pas moi c’est pas vous qui m’avez choisi c’est moi qui vous ai choisis » alors toi qui te met à choisir mais toi tu as choisi d’accepter d’avoir été choisi c’est ça, « c’est pas vous qui m’avez choisi c’est moi qui vous ai choisis ». Donc oui à un moment fort  tu choisi d’accepter d’avoir été choisi pour appeler et est donc ça ta vocation c’est lié à ses choix alors il faut là aussi prendre conscience du devoir pour moi d’une chose c’est que dans la vie la majeure partie des choses je les ai pas choisis : j’ai pas choisi de naître, j’ai pas choisi de naître à cette période de l’histoire du monde dans tel pays, et puis et puis des trucs qui me constituent que la majeure partie des choses je les ai pas choisis mais dans tout ces  choses qu’ont n’a pas choisi que parfois on appelle un destin j’ai choisi d’accepter d’entendre un appel et à cause de cet appel j’ai fait quelques petits choix : dans la vie on ne fait pas beaucoup finalement de choix et quelquefois ont fait de grands choix et après on essaye à partir  d’une série de petits choix d’être le plus en plus  en cohérence  possible avec quelques grands choix qu’on a posés au milieu de la majeure partie des choses qu’on n’a pas choisi. C’est ça l’histoire d’une vie et donc une vocation c’est un travail de tissage entre les fils du destin et les fils d’un appel. On peut dire que la vocation est sans cesse  en nous un  travail d’enfantement et celui qui dirait moi c’est bon j’ai ma vocation alors celui qui dit ça c’est qu’il n’a pas fini le travail ou qui l’a pas compris cette dynamique qui peut pas savoir que ta vocation tu l’as comprendra à la fin quand tu reliras ta vie dans le regard de Dieu, c’est là que tu comprendras que la Bible donne ça donne à voir, à comprendre ça en Apocalypse au chapitre 12 verset 17 « au vainqueur je donnerai la manne cachée et sur le caillou blanc de l’autre rive est écrit le nom que ne connaît que celui qui le reçoit » : au fond une vocation et nos vies personnelles sont de cette expérience sont toujours entre eux Isaïe 49,16 et Apocalypse 2,17, Isaïe  49,16 « ne craint pas j’écris ton nom sur la peau de mes mains »

Et Apocalypse de 2, 17*« Au vainqueur je donnerai la manne cachée et le nom que ne connaît que celui qui le reçoit ». Entre les deux il y a un savant tissage de la liberté de la grâce mettant sur le métier les fils d’un destin et les fils d’un appel que peu à peu tu comprends et vis ta vocation mais que tu ne comprendras qu’à la fin ; la théologie de la vocation a cette dimension eschatologique qui est capital et rien n’est jamais fini :

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Je travaille beaucoup Foucault en ce moment  à cause de KTO : c’est un exemple en or pour ça en or mais ça rejoint toutes nos vies eh bien si tu comprends ainsi la dynamique de la vocation on peut transposer ça à la dynamique de la vocation de catholicité pour l’Eglise.

Elle aussi  va correspondre peu à peu à cette vocation de catholicité mais cette vocation est au départ voyez c’est « ne crains pas ton nom est écrit» et c’est la promesse cette vocation comme le dit Henri de Lubac : Henri de Lubac m’a beaucoup éclairer là dessus au chapitre 7 de son livre programme Catholicisme paru en 1938 ;  il écrit et c’est ce qu’on lui doit c’est une impulsion fondamentale : il écrit catholicisme mais l’Eglise est déjà catholique à la sortie du cénacle ils n’étaient pas nombreux mais ils étaient déjà catholiques quand elle était réduite à une poignée de personnes, de familles dispersées dans les ports et les bourgades de Méditerranée orientale, elle était déjà catholique ce qui veut dire que la catholicité de l’Eglise n’est pas proportionnelle à l’étendue de sa surface sociale.

C’est ça c’est que la catholicité c’est pas l’étendue de la surface sociale : la catholicité c’est la conscience d’avoir reçu en charge non pas à cause  de nos mérites mais à cause de la grâce d’avoir reçu en charge de coopérer au salut du genre humain tout entier. Voilà ce qu’est la conscience de catholicité et de Lubac le développe : la catholicité non pas une surface sociale comme si on disait une surface sociale c’est ce qui entraînerait une théologie coloniale de la mission. Non la catholicité se mesure à la conscience d’avoir reçu en chargement non pas  à cause de ses mérites mais à cause de la grâce de coopérer au salut du genre humain tout entier et ça c’est vrai dès le cénacle quand ils sont même pas une quinzaine et  la catholicité est déjà là mais la vocation de catholicité est loin d’être finie et la mission de l’Eglise correspond à la réalisation progressive de cette vocation de catholicité.

Je vous donne une dernière chose car après il est trop tard :  c’est que si vous voulez mieux comprendre : comparez le concept ecclésiologique de catholicité au concept christologique de récapitulation avec le mystère pascal la mort et la résurrection du Christ tout est accompli mais tout n’est pas récapituler  et comme dit saint Paul c’est que « à la fin que tout sera récapitulé sous un seul chef le Christ les choses du ciel et celles de la terre » et bien là la récapitulation christologique correspond  la vocation ecclésiologique de catholicité  et ça pour moi c’est une découverte relativement récente.

C’est la dernière chose que j’ai voulu vous partager avec vous un peu cet itinéraire et ouvrir quelques perspectives de recherche dont  nous essaierons demain de tirer quelques unes mais on aura le cas l’occasion de partagé. J’aimerais vous dire merci d’avoir partagé cet apéritif mais pas de résistance elle va demain

CONCLUSION

Merci merci à vous Monseigneur ! Pour quelqu’un qui est arrivé épuisé à la gare de Perpignan je vous ai trouvé bien en forme ce soir et en tout cas ce que vous nous avez donné c’est plus d’un apéritif. Alors moi j’ai l’impression qu’il contenait déjà une partie du plat de résistance et du dessert mais je n’ai jamais pris autant de notes mais c’est que vous nous avez offert une récapitulation et un panorama.

Et en vous écoutant je voyais ce tableau se construire à la lumière de votre expérience personnelle mais c’est aussi l’expérience que l’Eglise a faite finalement que vous avez embrassé. Et  je me réjouissais quand même pour l’auditoire parce que je me disais ils ont tout de même de la chance d’aborder une question si difficile et aussi souvent peu accessible à travers tous les débats médiatiques et à travers tous les évènements que l’on peut vivre à travers ce flou et de confusion aussi qui s’empare des esprits par ces parasitages permanents et je me réjouissais pour l’auditoire de pouvoir aborder des questions si difficiles avec autant de profondeur.

Et moi le mot qui me vient en  vous ayant écouté c’est vraiment le mot de sagesse et vous avez donné ça beaucoup d’éléments de connaissances mais vraiment sous un angle sapientiel avec le recul et l’expérience qui a été la vôtre mais qui est aussi celle de l’Eglise parce que vous nous avez fait entrer aussi dans l’histoire de l’Eglise à travers toutes les références théologiques et magistérielles et  tous les événements que vous avez vous avez mentionné donc vraiment merci parce que je crois que ça donne le ton de la journée de demain.

Et j’ai un peu honte  parce que je commence le matin et ils vont être déçus parce que là on va retomber un peu mais bon c’est ça la vie ! Je pense que je me fais un peu le porte parole de tout le monde et je me réjouis vraiment que vous soyez entrer dans cette question aussi fondamentale avec un avec un tel  élan finalement, avec beaucoup de spiritualité parce que  surtout à la fin je pensais justement à Charles de Foucault, à cette formule que je cite très souvent aux étudiants quand Foucault dit dans une correspondance « le chrétien c’est celui qui fait du salut de tous la grande affaire de sa vie » et là  je trouve que au fond il y a quelque chose de très foucaldien dans l’intuition de la fin et assez audacieux aussi. Et je trouve aussi que vous vous avez eu uni la dimension de l’enseignement et de la réflexion de l’événement mais aussi de la spiritualité. Vous nous amenez finalement à un seuil de contemplation de ces questions et n’est pas simplement de conclusion mais aussi une leçon d’humilité face à des questions qui nous dépassent d’une certaine façon et  donc merci

https://www.youtube.com/watch?v=dH2MUg6ktuY

CHANTAL DELSOL (1947-....), CHRISTIANISME, CRISES DANS L'EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE CATHOLIQUE, LA FIN DE LA CHRETIENTE, LIVRE, LIVRES - RECENSION, RELIGION, SOCIOLOGIE

La fin de la chrétienté par Chantal Delsol

Chantal Delsol : La Fin de la Chrétienté ; Les Éditions du Cerf, Paris, 2021 ; 171 pages

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1Le sujet de la fin de la Chrétienté en tant que civilisation n’est pas nouveau, et nous en avons déjà parlé dans ces colonnes. Cette disparition est une évidence sociologique dont les manifestations sont omniprésentes, en dépit des marques historiques de la Chrétienté qui jalonnent encore nos paysages. Mais, si le constat est partagé, il est intéressant de se pencher, avec Chantal Delsol, sur les causes et sur les conséquences concrètes de cet effacement survenu après seize siècles de régulation de l’Occident par la religion chrétienne. Et si Chantal Delsol s’adresse au premier chef, au fil de cet ouvrage, aux catholiques français, son analyse claire et concise revêt un grand intérêt pour qui veut comprendre et mettre des mots sur le phénomène d’inversion morale qui s’est brusquement accéléré au tournant du XXIe siècle. Non pour en tirer une forme de nostalgie – encore que la rupture décrite par Chantal Delsol ne laisse pas insensible, mais bien pour cerner quels sont les équilibres moraux et spirituels qui régentent désormais notre société : à l’heure où la cultivation des « forces morales » est érigée en priorité pour affronter le retour du tragique de l’Histoire, une telle réflexion n’est en effet pas inutile.

2Que voyons-nous donc se dessiner sous la plume de Chantal Delsol ?

3D’abord, l’histoire d’une grande inversion normative, désormais consommée, dans l’ordre moral : celle d’un retour au modèle du paganisme, après une longue période de prééminence du monothéisme chrétien. Faisant irruption il y a vingt siècles, le christianisme a provoqué une première inversion normative au cours du IVe siècle, en apportant une modernité basée sur de nouvelles croyances. Ce jaillissement du monothéisme a enfanté en Occident de nouvelles mœurs, l’Église remplaçant au passage l’État dans son rôle de source de normes morales. Une civilisation en est née, la Chrétienté. Seize siècles plus tard, c’est le mouvement inverse qui s’est désormais opéré selon Chantal Delsol, sous l’effet de deux facteurs : d’une part, la fin des croyances dans les vérités portées par le monothéisme chrétien (l’homme moderne « n’y croit plus », tout simplement) et, d’autre part, la crise de conscience profonde qui frappe un Occident à un point tel que les principes chrétiens sont remis en cause par les chrétiens eux-mêmes. Ce mouvement d’inversion étant arrivé à son terme, nous sommes de retour à une situation où l’État a repris sa place comme source de norme morale.

4Ensuite, le remplacement de la religion chrétienne par la morale et par les mythes. Chantal Delsol s’attache ici à réfuter les discours alarmistes selon lesquels l’éviction de la chrétienté et la réduction des chrétiens au statut de minorité ouvriraient la voie au nihilisme et au chaos. Au contraire, la nature ayant horreur du vide, c’est la morale en elle-même qui a remplacé la religion. Chantal Delsol va même plus loin : nous sommes, selon elle, passés à un âge de « religion morale ». Dans ce nouveau paradigme, la nouvelle source de la morale n’est plus l’Évangile, mais un corpus de mythes dont les manifestations principales sont l’humanitarisme et l’écologisme. Le gardien de la morale n’est plus l’Église, mais l’État. Les clercs ne sont plus les évêques, mais les législateurs et les animateurs de plateaux de télévision. Et, ultime manifestation de l’effacement de la croyance en une vérité unique, les spiritualités venues d’Asie font un retour en force en Occident.

5Enfin, la difficulté historique de toute forme de référence morale – a fortiori si elle est pluriséculaire – d’accepter sa relégation au statut d’opinion minoritaire. Sur ce sujet, Chantal Delsol décrit bien les mécanismes d’autodéfense qui traversent une partie des fragments de la Chrétienté, reconnaissant que « réduits à la situation de témoins muets, les chrétiens sont aujourd’hui voués à devenir les soldats d’une guerre perdue ». Le message du professeur de philosophie pour les catholiques est ici clair : plutôt que de s’enferrer dans les mécanismes défensifs d’une majorité déchue, il faut apprendre à cultiver les vertus des minorités (équanimité, patience et persévérance).

6Chrétien ou non, le lecteur de La Fin de la Chrétienté en tirera un excellent éclairage sur les ressorts moraux de la société française post-moderne. Non pas une société nihiliste comme la parenthèse des années 1960-1970 a pu le laisser croire, mais une société dont les croyances ont fondamentalement changé, érigeant en crime ce qui hier était permis ou toléré, et en bienfait ce qui hier était ostracisé. Une société qui n’est pas plus tolérante qu’avant (la morale moderne est à bien des égards très intolérante), mais une société désormais traversée par de nombreux paradoxes, où l’individualisme côtoie l’humanitarisme et où le transhumanisme côtoie l’écologisme. Une société où il n’y a pas moins de règles qu’avant, mais où les règles sont différentes. Pour un chef, en particulier s’il est militaire, le comprendre, c’est documenter l’exercice de son autorité.

Notes

[1]

Recension de l’ouvrage suivant dans la Revue Défense Nationale : Guillaume Cuchet : Comment notre monde a cessé d’être chrétien – Anatomie d’un effondrement ; Seuil, 2018 ; 276 pages.

Thibault Lavernhe

Dans Revue Défense Nationale 2022/6 (N° 851), pages 153 à 154

A SAINT MICHEL DANS LE TEMPS DE PAIX, ANGES, ARCHANGES, CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, GILBERT KEITH CHESTERTON (1874-1936), MEDITATIONS, MICHEL (archange ; saint), SAINTETE, SAINTS, TO ST MICHAEL IN TIME OF PEACE

A saint Michel dans les temps de paix par G. K. Chesterton

A St. Michel dans les Temps de Paix

 To St. Michael in Time of Peace

par G.K. Chesterton

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Statue archange Saint-Michel en Ukraine.

 

Michael, Michael: Michael of the Morning,

Michael of the Army of the Lord,

Stiffen thou the hand upon the still sword, Michael,

Folded and shut upon the sheathed sword, Michael,

Under the fullness of the white robes falling,

Gird us with the secret of the sword.

Michel, Michel : Michel du Matin,

Michel de l’Armée du Seigneur,

Affermis ta main posée sur l’épée au repos, Michel,

Pliée et refermée sur l’épée au fourreau, Michel,

Sous la plénitude des robes blanches tombant,

Ceins-nous avec le secret de l’épée.

 

When the world cracked because of a sneer in heaven,

Leaving out for all time a scar upon the sky,

Thou didst rise up against the Horror in the highest,

Dragging down the highest that looked down on the Most High:

Rending from the seventh heaven the hell of exaltation

Down the seven heavens till the dark seas burn:

Thou that in thunder threwest down the Dragon

Knowest in what silence the Serpent can return.

Quand le monde se fissura à cause d’un ricanement dans les cieux,

Laissant à tout jamais une cicatrice sur le ciel,

Au plus haut, tu te dressas contre l’Horreur,

Mettant à bas le superbe qui a méprisé le Très-Haut:

Arrachant du septième ciel l’enfer de l’orgueil

Jusqu’en bas des sept cieux, où brûlent les mers sombres :

Toi qui dans le tonnerre précipitas le Dragon

Sais au milieu de quel silence peut revenir le Serpent.

 

Down through the universe the vast night falling

(Michael, Michael: Michael of the Morning!)

Far down the universe the deep calms calling

(Michael, Michael: Michael of the Sword!)

Bid us not forget in the baths of all forgetfulness,

In the sigh long drawn from the frenzy and the fretfulness

In the huge holy sempiternal silence

In the beginning was the Word.

Alors qu’à travers l’univers tombe la nuit infinie

(Michel, Michel : Michel du Matin !)

Que les calmes profonds appellent des tréfonds de l’univers

(Michel, Michel : Michel de l’Epée!)

Que nous sommes plongés dans les bains de l’oubli, accorde nous de ne pas oublier

Dans la longue plainte tirée de la frénésie et de l’anxiété

Dans l’immense silence saint et éternel

Qu’au commencement était le Verbe.

 

When from the deeps of dying God astounded

Angels and devils who do all but die

Seeing Him fallen where thou couldst not follow,

Seeing Him mounted where thou couldst not fly,

Hand on the hilt, thou hast halted all thy legions

Waiting the Tetelestai and the acclaim,

Swords that salute Him dead and everlasting

God beyond God and greater than His Name.

Lorsque des profondeurs de l’agonie Dieu stupéfia

Les anges et les démons qui eux peuvent tout sauf mourir

Le voyant tombé là où tu ne pouvais suivre,

Le voyant élevé là où tu ne pouvais voler,

Main sur la garde, tu as arrêté toutes tes légions

Attendant le Tetelestai et l’acclamation,

Epées qui Le saluent mort et éternel

Dieu au-delà de Dieu et plus grand que Son Nom.

 

Round us and over us the cold thoughts creeping

(Michael, Michael: Michael of the battle-cry!)

Round us and under us the thronged world sleeping

(Michael, Michael: Michael of the Charge!)

Guard us the Word; the trysting and the trusting

Edge upon the honour and the blade unrusting

Fine as the hair and tauter than the harpstring

Ready as when it rang upon the targe.

Quand autour de nous et au dessus de nous rampent les pensées glaciales

(Michel, Michel : Michel du cri de bataille !)

Quand autour de nous et en dessous de nous la foule serrée s’assoupit

(Michel, Michel : Michel de la Charge !)

Garde nous le Verbe ; la galanterie et la confiance

Le serment sur l’honneur et la lame incorruptible

Aussi fine qu’un cheveu et plus tendue que la corde de la harpe

Aussi prête que lorsqu’elle a résonné sur la targe.

 

He that giveth peace unto us; not as the world giveth:

He that giveth law unto us; not as the scribes:

Shall he be softened for the softening of the cities

Patient in usury; delicate in bribes?

They that come to quiet us, saying the sword is broken,

Break man with famine, fetter them with gold,

Sell them as sheep; and He shall know the selling

For He was more than murdered. He was sold.

Lui qui nous donne la paix ; non pas comme le monde la donne :

Lui qui nous donne la loi ; non pas comme les scribes la donnent :

Sera-t-il amolli par l’amollissement des cités

Patient dans l’usure ; délicat dans les pots de vin ?

Ceux là qui viennent pour nous amadouer, disant que l’épée est brisée,

Brisent les hommes par la famine, les entravent de chaînes d’or,

Les vendent comme des moutons ; et Il saura pour la vente

Car Il fut bien plus qu’assassiné. Il fut vendu.

 

Michael, Michael: Michael of the Mustering,

Michael of the marching on the mountains of the Lord,

Marshal the world and purge of rot and riot

Rule through the world till all the world be quiet:

Only establish when the world is broken

What is unbroken is the word.

Michel, Michel : Michel du Ralliement,

Michel de la marche sur les montagnes du Seigneur,

Gouverne le monde et délivre-le de la corruption et de la sédition

Règne à travers le monde jusqu’à ce que le monde entier fasse silence :

Pour que soit établi une fois seulement que le monde sera brisé

Que ce qui ne sera pas brisé est le verbe.

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CROIX GLORIEUSE, EGLISE CATHOLIQUE, EGLISES D'ORIENT, JESUS CHRIST, LA VRAIE CROIX

La Vraie Croix de Jésus

La Vraie Croix de Jésus

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La reine de Saba vénère le bois de la Vraie CroixLégende de la Vraie Croix (Piero della Francesca), église San Francesco, Arezzo.

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Dans la chapelle des reliquaires de la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem (la Cappella delle Reliquie), le reliquaire central contiendrait un fragment de la Vraie Croix.

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L’exaltation de la Vraie Croix, Giambattista Tiepolo 1740-45. Accademia, Venise

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Dans la chapelle des reliquaires de la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem (la Cappella delle Reliquie), le reliquaire central contiendrait un fragment de la Vraie Croix.

Accademia - Giambattista tiepolo - Esaltazione della croce, 1740-45 ca
Accademia – Giambattista tiepolo – Esaltazione della croce, 1740-45 ca

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La découverte des trois croix. Un jeune homme blessé est guéri par la Vraie Croix. Fresque de la basilique San Francesco, Arezzo, Piero della Francesca xve siècle.

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La redécouverte de la Croix, d’après Gustave Doré.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vraie_Croix

CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, LES SERVANTES DE L'ASSEMBLEE DANS L'EGLISE, LITURGIE, SERVANTES DE L'ASSEMBLEE

Les servantes de l’assemblée dans l’Eglise

Les servantes de l’Assemblée

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Les servantes de l’assemblée, un service à encadrer

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Ces groupes de jeunes filles qui servent la messe, mais pas à l’autel, se développent. Certains remettent en cause leur existence. D’autres y voient un service complémentaire à celui des garçons. Inventaire des questions qui fâchent.

Aux côtés des servants d’autel – une équipe de jeunes garçons formés pour servir et aider le célébrant lors des messes du dimanche – les servantes d’assemblée accueillent les fidèles et les aident à participer à la liturgie.

C’est l’un des sujets les plus brûlants du moment en matière de liturgie. Les groupes de servantes de l’assemblée, nés il y a une quinzaine d’années en France et dont la croissance est exponentielle, sont au cœur d’une vive controverse depuis quelques semaines. Le débat a rejailli en marge du pèlerinage national des servants d’autel à Rome fin août, mais également à l’occasion du Synode sur la synodalité où de nombreuses remarques sur cette particularité liturgique française ont été remontées dans les synthèses locales. L’objet de la controverse ? La séparation des garçons et des filles dans le service de la liturgie. Cette séparation a-t-elle un fondement théologique ? Trouve-t-elle une justification pastorale ? Qu’en pensent Rome et la conférence épiscopale ? Autant de questions qui méritent un développement approfondi et apaisé pour sortir de ce débat par le haut.

 

  1. Le service de l’autel est-il ouvert aux filles?

Depuis Vatican II, et plus précisément le début des années 1990, la question a été définitivement tranchée par Rome. « Plus aucun texte du Magistère n’interdit aux filles de servir à l’autel », assure à Famille Chrétienne Mgr Guy de Kerimel, archevêque de Toulouse et président du Conseil épiscopal pour la liturgie. Cependant, cette accession des filles au service de l’autel s’est faite progressivement et a connu quelques tâtonnements au début. Cette ouverture trouve ses prémices bien avant le Concile, lorsque Pie XII opère une distinction, en 1947, entre les ministères ordonnés et les ministères institués (Sacramentum Ordinis). « Dans l’Église ancienne, il existait des ministères très variés portier, lecteur, acolyte… qui ont fini par devenir des étapes du sacerdoce, ce que l’on a appelé les ordres mineurs», explique Sœur Bénédicte Mariolle, religieuse des Petites Sœurs des pauvres et professeur à l’Institut supérieur de théologie de Paris. Ces ordres, exercés par des clercs, appartenaient-ils à l’essence du sacrement de l’ordre ? Non, précise Pie XII. « Seuls les ministères reçus par imposition des mains sont des ministères ordonnés (diacres, prêtres, évêques), les autres relèvent du baptême», précise la religieuse.

Paul VI poursuit la réflexion de son prédécesseur. En 1972, son motu proprio Ministeria quaedam met fin aux ordres mineurs et ouvre les ministères institués aux laïcs, mais les réserve toujours aux hommes, « conformément à la vénérable Tradition de l’Église ». « Si ces ministères relevaient du baptême, il n’y avait plus aucune raison de les réserver à des hommes», estime Sœur Bénédicte Mariolle. D’autant qu’en 1973, les femmes sont autorisées à devenir ministres extraordinaires de l’Eucharistie, et donc à pénétrer dans le chœur. Différents pays interprètent ces textes comme une autorisation pour les femmes de servir à l’autel. Rome met le holà en 1980 et rappelle que « les fonctions de l’acolyte ne sont pas permises aux femmes » (Instruction Inaestimabile donum). Le revirement a lieu en 1992 lorsque le Conseil pontifical pour l’interprétation des textes législatifs considère que le service de l’autel fait partie des ministères ouverts aux laïcs, hommes et femmes. Deux ans plus tard, la Congrégation pour le culte divin confirme cette décision mais précise qu’elle a un caractère permissif et non prescriptif. En 2004, l’instruction Redemptionis sacramentum confirme la ligne toujours en vigueur aujourd’hui dans l’Église : « Les filles ou les femmes peuvent être admises à ce service de l’autel, au jugement de l’évêque diocésain. » L’ouverture, en janvier, du ministère institué de l’acolytat aux femmes ne semble pas changer la règle en vigueur.

 

  1. Ce service peut-il être réservé aux garçons?

En matière de liturgie, sauf décision contraire de la conférence épiscopale, seul l’évêque diocésain décide. Il peut donc autoriser des filles à servir à l’autel, mais aussi réserver ce service aux garçons. Les différents textes du magistère l’y autorisent en raison de la tradition et de la pastorale des vocations. Ainsi, la congrégation pour le culte divin affirme en 1994 : « Le Saint-Siège rappelle qu’il sera toujours opportun de suivre la noble Tradition du service de l’autel confié à de jeunes garçons. On sait que ce service a permis un développement encourageant des vocations sacerdotales. L’obligation de continuer à favoriser l’existence de ces groupes d’enfants de chœur demeurera donc toujours. » Dans une lettre adressée à un évêque en 2001, cette congrégation va plus loin : même dans le cas où un évêque a accordé l’autorisation aux femmes de servir à l’autel, les prêtres du diocèse peuvent ne pas suivre ladite autorisation, spécialement s’ils fondent cette décision sur la pastorale des vocations. Cette lettre rappelle également qu’il n’est pas permis d’exclure les garçons du service de l’autel.

 

  1. Existe-t-il des raisons théologiques de séparer les garçons et les filles?

Certains ont cru pouvoir utiliser des raisonnements théologiques pour justifier la distinction garçons/filles dans le service de la messe. En vain. « Aucun argument théologique ne peut justifier cela », assure sans hésitation don Pierre Doat, ancien curé de la paroisse Sainte-Suzanne en Mayenne, aujourd’hui vicaire à la paroisse Saint-Pierre au Mont-Saint-Michel. « Même autrefois, quand le service était réservé aux garçons, il ne s’appuyait pas sur des arguments théologiques mais sur des mesures disciplinaires», précise ce prêtre de la Communauté Saint-Martin qui a lancé un groupe de servantes de l’assemblée en 2019. « En théologie, au nom du sacerdoce commun des baptisés, garçons et filles peuvent servir à l’autel », confirme le Père Sébastien de Groulard, vicaire général de Nantes et ancien responsable du service liturgique de son diocèse. « Aucun ministère fondé sur le baptême ne peut s’appuyer sur des critères de genre ou de condition sociale pour opérer des distinctions, insiste Sœur Bénédicte Mariolle. Il n’existe que deux critères pour exercer un ministère: le baptême et la compétence. »

L’allégorie, souvent utilisée, de l’Église-Épouse, qui serait représentée par les servantes de l’assemblée, faisant face au Christ-Époux, représenté par le prêtre et les servants d’autel, est considérée comme inopérante par les théologiens et les spécialistes de la liturgie. « Le prêtre, configuré au Christ-Tête, se situe bien en vis-à-vis de l’assemblée qui est l’Église-Épouse. Mais le garçon qui sert dans le chœur ou la fille dans l’assemblée sont eux, tous les deux, membres de l’Église-Épouse », conteste le Père de Groulard. « La théologie demande que soit prise en compte la multiplicité des figures pour énoncer quelque chose du mystère. Ici, on ne peut pas réduire la signification de l’assemblée liturgique à la seule figure de la relation Époux-Épouse, encore moins la matérialiser par des attributs de sexe », ajoute Sœur Bénédicte Mariolle.

 

  1. Sur quels arguments se fonde la création de ces servantes?

Les servantes de l’assemblée sont nées de cette cohabitation paradoxale au sein du magistère entre la permission accordée aux filles de servir l’autel et l’autorisation de ne réserver ce service qu’aux garçons. Elles ont généralement vu le jour dans des paroisses désireuses de maintenir la tradition d’enfants de chœur masculins, mais soucieuses, dans le même temps, de permettre aux jeunes filles d’avoir un rôle et une formation liturgique.

« Les seuls arguments qui ont de la valeur pour justifier une telle distinction sont d’ordre circonstanciel et pastoral », avance le vicaire général de Nantes, co-auteur en 2015 d’une note donnant des points de repère pastoraux sur le service de l’autel à l’attention des diocèses de la province de Rennes. L’argument vocationnel de la proximité des garçons avec le service de l’autel est le plus souvent avancé et le plus légitime à la lecture des textes romains. « Je serais inquiète si un séminariste venait en me disant qu’il avait trouvé sa vocation simplement en servant l’autel, tempère toutefois Sœur Bénédicte Mariolle. C’est un élément parmi d’autres de l’appel vocationnel.» Un avis que ne partage pas don Pierre Doat. « Je trouve que l’on balaie un peu vite cet argument, alors qu’un grand nombre de prêtres disent aujourd’hui que le service de l’autel a été une étape importante dans leur discernement, rétorque le prêtre de Saint-Martin. Le service de l’autel est-il encore un élément pivot de la pastorale des vocations sacerdotales? J’en suis convaincu. »

Le second argument avancé est celui du souci des familles car ce sont souvent elles qui sont demandeuses d’éduquer leurs enfants à la complémentarité. « Chacun occupe, à sa manière et de façon complémentaire, un rôle et participe à la beauté de la messe », veut croire Sophie Lanchet, ancienne responsable d’un groupe de servants d’autel dans un établissement scolaire du Val-d’Oise. « Si c’est juste pour faire servir les filles pendant une heure pour les occuper séparément des garçons, cela n’a aucun intérêt, met en garde don Pierre Doat. Par contre, s’il y a derrière une solide formation spirituelle et liturgique pour les garçons et les filles de manière séparée, à un âge particulier et charnière, parce que c’est intelligent et que d’autres pédagogies fonctionnent de la même façon, comme le scoutisme, cela se justifie et c’est même une opportunité pastorale. »

 

  1. L’appellation «servantes de l’assemblée» est-elle juste?

C’est le point le plus problématique de la question, estime Sœur Bénédicte Mariolle. « En parlant de « servantes de l’assemblée », on crée une ambiguïté en laissant penser qu’il existerait une séparation entre l’assemblée, constituée des laïcs, et le chœur occupé par les clercs. Or, ce n’est pas du tout la théologie du Concile et du missel romain. La constitution Sacrosanctum concilium insiste sur le fait que l’assemblée liturgique est une, composée des fidèles laïcs et des ministres ordonnés. Le prêtre préside l’assemblée, il n’est pas en dehors de celle-ci.» D’ailleurs, l’autel n’est pas le lieu réservé aux clercs, mais celui de l’assemblée. « L’autel est aussi le lieu de l’offrande de l’assemblée », insiste la religieuse.

« Il ne faut pas employer l’expression « servantes de l’assemblée », mais plutôt celle de « servantes de la liturgie »», suggère le Père Sébastien de Groulard. « C’est maladroit de dire « servants d’autel » et « servantes de l’assemblée », abonde don Pierre Doat. Cette appellation a été donnée sans réfléchir. » Le terme « liturgie » dit bien l’ensemble du service qui est réalisé. Il signifie d’ailleurs en grec « action du peuple ». « Les jeunes ne servent pas qu’à l’autel, fait remarquer Mgr François Touvet, évêque de Châlons et ancien évêque accompagnateur des servants d’autel, mais aussi à l’ambon, au siège du célébrant, ils servent également l’assemblée et puis aussi pour les baptêmes. L’appellation « servant de la liturgie » semble donc plus appropriée. »

 

  1. La conférence épiscopale s’est-elle prononcée?

En 2015, l’ancien directeur du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle, le Père Jacques Rideau, avait publié, « à la demande de la conférence épiscopale » précise-t-il à FC, une note mettant en garde contre un risque potentiel de dérive. Mais la conférence épiscopale, elle, ne s’est jamais officiellement prononcée. « Nous sommes dans une phase d’expérimentation pastorale », rappelle Mgr François Touvet.

« Nous devons travailler cette question sereinement et trouver le moyen d’éclairer le choix des pasteurs, confie Mgr Guy de Kerimel. J’ai demandé au Père Laurent Jullien de Pommerol, qui dirige le Service national des servants d’autel, de poursuivre la réflexion. Le danger de la France est d’avancer par cassure. Une réflexion de fond est nécessaire, sinon nous risquons de glisser vers des comportements qui ne sont pas justes sur le plan théologique, ecclésiologique et liturgique.»

« Cette expérimentation mériterait d’être mieux encadrée», concède don Pierre Doat. Outre une appellation plus juste, l’absence des servantes de l’assemblée dans le chœur cristallise les tensions ainsi que la tentation, dans certaines paroisses, d’établir une hiérarchisation, même visuelle, entre les garçons et les filles. « Ces questions sont discutables et doivent être discutées», plaide le prêtre de la Communauté Saint-Martin. Les missions confiées à ces jeunes filles différent d’une paroisse à l’autre et mériteraient donc d’être harmonisées.

 

  1. Et que dit Rome?

À Rome, cette particularité, qui commence à s’exporter aux États-Unis et en Belgique, est vue comme un détail « franco-français ». Si « aucun texte du magistère ne justifie la création d’un ministère de servante de l’assemblée », estime Sœur Bénédicte Mariolle, aucun texte ne l’interdit non plus. En 2010, dans une lettre adressée à Mgr Robert Le Gall, alors responsable de la liturgie à la Conférence des évêques de France, la Congrégation pour le culte divin avait communiqué un ensemble de remarques sur ce service, notamment qu’un « service de l’assemblée ne saurait être réservé aux filles », sans pour autant l’interdire explicitement. « Cette lettre à Mgr Le Gall entrait dans le cadre des échanges entre la Congrégation et les évêques, lorsqu’elle estime devoir les alerter et les inviter à la vigilance sur telle ou telle pratique dont elle a eu connaissance », précise le père Jacques Rideau.

 

  1. Quel choix poser dans sa paroisse?

La décision de créer des servantes de l’assemblée étant une décision pastorale, c’est avec une prudence toute pastorale qu’elle devra être discernée. Les pasteurs pourront s’appuyer sur deux critères : cette distinction garçons/filles est-elle portée par des intentions bonnes, et quelles réactions suscitent-elles dans la communauté ? « Si c’est pour des raisons théologiques erronées ou au prétexte d’une moindre dignité de la femme de pénétrer dans le chœur, ce n’est pas juste », prévient don Pierre Doat. « Toutes les décisions que le curé prend doivent être au service de la communion, ajoute le Père Sébastien de Groulard. S’il pose un acte qui n’est pas reçu par sa communauté, il crée la division. Or, la liturgie est le lieu privilégié de la communion. » « Un prêtre peut, pour des raisons pastorales, réserver le service de l’autel aux garçons, mais peut-être sera-t-il amené, comme pasteur à l’écoute de sa communauté, à remettre en question cette décision s’il y avait des demandes de filles pour servir l’autel», invite Sœur Bénédicte Mariolle. Dans tous les cas, conclut le Père de Groulard, « si on choisit l’une ou l’autre option, il ne faut jamais mépriser les autres manières de faire».

https://www.famillechretienne.fr/38911/article/les-servantes-de-lassemblee-un-service-a-encadrer

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Signification de l’acronyme Ichthus

Ichthus

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Ichthus ou Ichtys (du grec ancien ἰ / ichthús, « poisson ») est l’un des symboles majeurs qu’utilisaient les premiers chrétiens en signe de reconnaissance. Il représente le Sauveur durant les débuts de l’église primitive. En grec IΧΘΥΣ, est un acronyme pour « ησος Χριστς Θεο Υἱὸς Σωτήρ » / « Iêsoûs Khristòs Theoû Huiòs Sôtếr » soit « Jésus-Christ, Fils de Dieu, [notre] Sauveur ». Désormais, il reste un symbole stylisé en forme de poisson formé de deux arcs de cercle, ainsi qu’un acronyme.

Origines

Le poisson est un symbole récurrent dans le Nouveau Testament au même titre que le pêcheur : multiplication des pains et des poissons par Jésus, la pêche miraculeuse, la pièce dans la bouche d’un poisson pêché par Pierre selon l’indication de Jésus, le poisson grillé mangé par Jésus après sa résurrection.

Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines l’utilisaient comme code secret pour se reconnaître entre eux. Le signe du poisson (tourné vers la droite ou la gauche) fleurissait notamment en graffitis sur les murs de Rome avant Pâques, en guise de discrètes flèches pour indiquer aux chrétiens de passage le chemin des cryptes où aurait lieu l’office pascal.

Pour Clément d’Alexandrie, dans son ouvrage appelé le Pédagogue, les plus anciens symboles de distinction des chrétiens sont une colombe, pour la colombe de l’arche et le Saint-Esprit, un navire pour l’Église, une ancre pour l’espérance, et un poisson pour Jésus-Christ, car le mot grec Ichthus contient toutes les premières lettres des noms qui lui sont donnés dans les Écritures.

Ce symbole est le signe de la Résurrection, ensuite celui de l’eau du baptême et de tous les chrétiens baptisés dans la piscina ou le baptistère, symbole de la vie dans l’Ancien et le Nouveau Testament, donc des vivants (Stèle de Licinia, poisson des vivants Ichthus zwntwn).

Un acrostiche : le Nom de Jésus

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Le poisson représente l’eau du baptême. Par ailleurs, le mot forme, en grec ancien (langue véhiculaire davantage parlée dans l’Empire romain que le latin), un jeu de mots puisque c’est aussi l’acrostiche du nom attribué à Jésus sur laquelle repose la foi chrétienne (Première épître de Jean, 3:23 : « Croire que Jésus est le Christ c’est-à-dire le Messie attendu des Juifs », Première épître de Pierre : « Tout repose sur le Nom de Jésus »).

La reconnaissance par Constantin du christianisme sortit de la clandestinité son art et ses symboles.

« Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer. »

— Saint Augustin, La Cité de Dieu, XVIII, 23

I (I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)

Χ (KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »)

Θ (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)

Υ (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)

Σ (S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur »)

Ce qui est traduisible par « Jésus-Christ fils de Dieu, sauveur ». Pour certains, il représente en même temps l’Eucharistie, c’est-à-dire le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ. Les pains et les poissons sont la manne du Christ unissant les fidèles dans la communion sacramentelle. Ce symbole est encore souvent employé de nos jours.

Cet acrostiche est cité par l’Empereur Constantin dans l’Oratio Sanctorum Coetus ainsi qu’un poème dont chaque initiale en grec forme le mot Jésus Christ Sauveur.

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On le trouve deux fois sous cette forme d’acrostiche dans l’épitaphe d’Aberccius d’Hiérapolis et dans l’épitaphe de Postumius (marbre dit d’Eutérion). Le mot ΙΧΘΥΣ s’y trouve écrit deux fois, horizontalement en tête du titulus, et verticalement en tête des cinq lignes dont il se compose. Une sixième lettre est ajoutée, c’est un N qui s’interpréterait soit par, Nika = vince une acclamation de victoire au Fils de Dieu Sauveur ! Vainqueur ou bien cela peut signifier noster, comme s’il disait « notre poisson » ; c’est-à-dire, « le Christ notre poisson ».

I POSTVMIVS EVTHERION. FIDELIS. QVI GRATIA

X SANCTA CONSET.VTVS PRIDIE NATALI SVO SEROTINA

Θ HORA REDUIT DEBITVM VITE SVB QVI VIXIT

U ANNIS SEX ET DEPOSITVS. QVINTO IDVS IVUAS DIE

C JOVIS QVO ET NATVS EST CVIVS ANIMA.

N CVM SANCTOS IN PACE FILIO BENEMERENTI

POSTVMl FELICISSIMVS ET LVTKENIA ET FESTA A VIA IPSEIVS

« Le poisson. Postumius Eutherion, fidèle qui, obtenu par une grâce sainte la veille de sa naissance, le soir rend la dette de sa vie, qui a vécu six ans, et inhumé le cinquième des ides de juillet, le jour de Jupiter (jeudi) où il est né ; dont l’âme est avec les saints dans la paix. À ce digne fils Postumus Felicissimus et Lutkenia et Festa son aïeule. »

Parfois un poisson vertical à côté de l’inscription remplace l’acrostiche (acrostiche de Caîus Anchosius, cat. de Saint Sébastien).

Ce nom grec, ainsi que le poisson, étaient les deux signes que les chrétiens représentaient partout : sur les épitaphes, les mosaïques, les peintures, les anneaux, les coupes et les patères de verre, les sceaux, etc. Sur l’origine de cet acrostiche, il y avait deux opinions différentes : l’une est que les chrétiens ont ainsi appelé le Christ, pour en dissimuler le nom aux empereurs païens, qui leur avaient interdit le culte du Christ ; mais d’autres ont pensé que ce nom ΙΧΘΥΣ était tiré des vers de la sibylle Érythrée, et aux livres sibyllins ; car les vers sibyllins, présentaient les lettres initiales disposées de manière que l’ordre des éléments faisait lire : Ιησους Χριστός Υιος θεου Σωτηρ. Ce mot transposé des Grecs chez les Latins, pour les chrétiens du premier siècle, tenait sur les inscriptions la place du mot de Christ ; et sur les pierres latines il était écrit en grec : ainsi la pierre de Postumius et celle d’Abercius. Il offrait un acrostiche résultant de la position du mot et des lettres qui le composent. La seconde théorie se fondait sur un texte attribué (de manière incertaine) à Prosper d’Aquitaine, Le livre des Promesses et Prédications, donc daté du milieu du ve siècle :

« Car ce mot ΙΧΘΥΣ, en latin, piscis (poisson), nos ancêtres l’ont interprété par de saintes lettres, d’après les vers sibyllins, comme signifiant Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur. Poisson consommé par sa passion, et par les remèdes intérieurs duquel nous sommes tous les jours éclairés et nourris. »

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— Prosper d’Aquitaine

En fait cet acrostiche est à la fois grec et hébreu dans la mesure où le mot Jésus signifie en hébreu Sauveur. Jésus vient de l’hébreu Yeshouah (Josué) mot lui-même composé de Yaweh-Dieu et du mot Sauveur : Jésus, en grec Ιησους / Ièsous, vient de Yehoshua (hébreu : יהושע) qui signifie : Dieu sauve.

La fin de l’Évangile de Saint Jean (Jean:20) propose cette signification de ce que la foi dans le Christ est source de vie comme le poisson abondant en est le signe (Ézéchiel) « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom ». Ceci est suivi dans le chapitre (21) de l’épisode de la pêche miraculeuse et du poisson grillé sur le rivage, que les premiers chrétiens ont assimilé au Christ :

« Piscus assus est Christus. »

 

Sceau et numismatique

On retrouve cet acrostiche sur les épitaphes, gravé sur de la pierre, mais aussi sur des pierres précieuses, des gemmes, des bagues, améthyste, jaspe ou agate, et comme sceau ainsi que le préconise Clément.

En 1898, Robert Mowat propose une hypothèse fondée sur la numismatique, remarquant que l’expression Ichthus : « Jésus-Christ/ Fils de Dieu/ Sauveur » reprend la forme tripartite romaine de l’expression du nom d’une personne : prénom et nom (filiation paternelle), surnom ou fonction « Marcus/Tullius/Cicero ». Ainsi en numismatique : « César /fils du divin Vespasien Domitien / Consul pour la septième fois. ». Cela peut évoquer tant le statère trouvé dans le poisson par Saint Pierre que le denier rendu à César…. afin de rendre à Dieu ce qui lui appartient.

 

Citations

Tertullien : Le baptême, c’est pour Tertullien l’eau de la vie, celle hors de laquelle un chrétien ne saurait vivre : « Nous, petits poissons, qui tenons notre nom de notre ΙΧΘΥΣ Jésus-Christ, nous naissons dans l’eau et ce n’est qu’en demeurant en elle que nous sommes sauvés. (…) Le meilleur moyen de faire mourir ces petits poissons : les sortir de l’eau ». « Le chrétien est comparable à un petit poisson à l’image du Christ Lui-même ».

Julius Africanus appelle le Christ « Le grand poisson pris à l’hameçon de Dieu et dont la chair nourrit le monde entier ».

Saint Augustin évoque le Livre de Tobie : « Ce poisson, qui remontait le fleuve et se livrait à Tobie, c’est le Christ qui par sa passion amère, a mis en fuite Satan et guéri le monde aveugle ». Il écrit dans la Cité de Dieu : « Ichthus, c’est le nom mystique du Christ, parce qu’il est descendu vivant dans l’abîme de cette vie, comme dans la profondeur des eaux… ».

Bède emploie cette expression : « Piscis assus, Christus passus » : le poisson grillé, c’est le Christ. Cette expression est reprise par plusieurs auteurs.

Prosper d’Aquitaine « Jésus Filiis Dei Salvator, piscis in sua Passione decoctus, cujus ex interioribus remediis quotidie illuminamur et pascimur »

Optimus (évêque) : « Le Verbe, c’est le poisson qui, par les paroles saintes du Baptême, est attiré dans les eaux, et c’est du poisson (piscis) que le bassin prend le nom de piscine »

Optat de Milève explique le sens de cet acrostiche au livre III Contre Parmenianum. Il relie l’acrostiche Ichtys au Livre de Tobie, le poisson préfigurant le Christ comme le Livre de Jonas.

« Hic est piscina qui in baptismate per invocationem fontalibus undis vocitetur. Cujus piscis nomen secundum appellationem Graecam, in uno nomine continet, ΙΧΘΥΣ quod est Latinus JESUS-CHRISTUS, DEI FILIUS, SALVATOR. hanc vos piscinam, quae in omni Catholica per totum orbem terrarum, ad vitam generis humani, salutaribus undis exuberat; transduxistis ad voluntatem vestram, et solvistis singulare baptisma, ex quo baptismate hominibus muri facti sunt ad tutelam. »

— Optat de Milève, De Schismate Donatistarum Adversus Parmenianum

La Bonne Nouvelle

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Cet acrostiche reprend les différentes étapes de l’annonce de la rédemption ; elle est destinée au monde entier, à tous les hommes :

Annonciation : « L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.» (Luc 1:35.)

Nativité : « Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie: c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche. Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant: Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée! ». (Luc 2:1-14.)

Prédication « Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Matthieu:4-19)

Passion : « Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d’arriver, furent saisis d’une grande frayeur, et dirent : Assurément, cet homme était Fils de Dieu. » (Matthieu:27-54)

Résurrection : Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C’est le Seigneur!» Dès qu’il eut entendu que c’était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s’était déshabillé, et se jeta dans le lac. Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres. Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n’osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson.» (Jean:21).

Symbole évangélique

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James Tissot, musée de Brooklyn, La Pêche miraculeuse.

Le thème de la pêche et du poisson est constant dans l’évangile, depuis le début (appel des quatre premiers disciples pêcheurs reprisant les filets de leur père) à la fin des évangiles lors de l’épisode de la résurrection du Christ et de la pêche miraculeuse. Le poisson symbolise aussi l’homme : Simon-Pierre, la pierre angulaire de l’église, sera un « pêcheur d’hommes ». Ce thème de la pêche se retrouve sur les mosaïques chrétiennes du pavement de la Basilique d’Aquilée ou païenne de la Piazza Armerina. Ce signe contenant le nom du Christ était le résumé de ce sur quoi le christianisme, la nouvelle religion, serait fondé, plus que celui du phénix : tout reposera sur le nom du Sauveur Jésus-Christ et il n’en aura pas d’autre qui puisse sauver (Première épître de Jean). Jésus signifie Sauveur en hébreu et c’est l’alpha et l’oméga de l’acrostiche qui finit comme il a commencé (ce qui évoque la figure géométrique parfaite du cercle ou du triangle tripartite, autre symbole de Dieu). Le mode sacrificiel de l’holocauste étant achevé avec le sacrifice de Jésus sur la Croix, le grand poisson des vivants, désormais le repas de poisson, l’agape, remplace celui des viandes immolées à Dieu, aussi ne voit on pas Jésus attablé à un festin de viande grillée mais de poisson grillé. L’Ichthus était en quelque sorte le nouveau nom de Dieu comme le fut pendant des siècles le tétragramme hébreu imprononçable d’un Dieu alors immatériel, et redoutable, mais infini, sinon par le grand prêtre : Yaweh ; codé il était secret, mais chacun pouvait le prononcer, et il était matérialisable dans la chair du poisson, symbole de l’incarnation et de la communion, aliment divin qu’on pouvait manger, multiplié à l’infini.

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La Vierge au poisson. Raphaël

Symbole du baptême

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Jonas jeté à la mer

Le poisson, Ichthus en grec, est un symbole chrétien à double sens. Il signifie le Christ et la vie en abondance promise aux chrétiens mais aussi le chrétien romain lui-même : les chrétiens étaient appelés les pisci : les poissons, les vivants.

Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines l’utilisaient comme code secret pour se reconnaître entre eux. Clément d’Alexandrie, dans son ouvrage appelé le Pédagogue, pour les catéchumènes, met le poisson au nombre des symboles que les chrétiens sont autorisés à porter sur leurs anneaux (sceaux, lampes) : « les signes qui doivent distinguer le chrétien sont une colombe, un poisson, une nacelle portée à pleine voile vers le ciel (…)».

Alpha et Oméga des chrétiens : On le trouve sur une mosaïque du pavement de la basilique d’Aquilée et, des lampes (lumière et vie). Mais aussi symbole du début (alpha) et de la fin (oméga) de la vie chrétienne des baptisés : sur les mosaïques des baptistères (piscinae – eau et vie des baptêmes des convertis de l’Église nouvelle, préfigurés par la pêche miraculeuse de Pierre, ou par la guérison des malades de la piscine de Bethesda : Le début de la vie du chrétien) et aussi sur des sarcophages ou dans les catacombes et cimetières de Rome, c’est-à-dire un passage vers une autre vie, et associé à l’Ancre (symbole) de la promesse divine et de l’espérance de la vie éternelle.

À Ostie antique, ancien évêché, la « Maison aux poissons» est considérée comme chrétienne à cause de la mosaïque du vestibule, une coupe ou un baptistère renfermant un poisson.

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A Ostie la Maison du poisson

Le poisson est aussi au cœur d’agapes, le repas chrétien. Le poisson étant la nourriture des chrétiens et non plus la viande immolée en sacrifice, ceux-ci deviennent eux-mêmes leur nourriture, des poissons. Il symbolise également le sacrement de l’Eucharistie préfigurée par la multiplication des pains et des poissons.

Jésus-Christ et ses apôtres étaient souvent désignés sous le nom de pêcheurs et figurés comme tels, donc on appela « poissons » les hommes gagnés à la foi chrétienne grâce à leur parole. Cette appellation fut sans doute inspirée par les histoires de pêches si fréquentes dans l’Évangile, et particulièrement par la pêche miraculeuse, où le Christ a voulu mettre la réalité à côté de la figure (Luc 5 v.1-11). Monté sur la barque de Pierre, qui était l’image de l’Église chrétienne, son Maître commence par « pêcher les âmes » en annonçant la bonne nouvelle à la foule qui le suivait ; et ensuite, il fait prendre sous ses yeux, par ses apôtres, une quantité énorme de poissons, qui sont la figure des multitudes qu’ils devaient convertir un jour ; il donne exactement la signification de ce miracle, en leur annonçant que désormais Simon (Pierre) sera « pêcheur d’hommes ».

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Pavement de la Basilique d’Aquilée. la pêche miraculeuse

Plus tard l’iconographie de Saint Brendan reprendra ces deux symboles de la barque et du poisson, dans une civilisation devenue monachique : l’iconographie des catacombes liant le poisson et le pain eucharistique, saint Brendan célèbre la messe sur l’Ile du Poisson. Ce symbole est cependant abandonné par les chrétiens dès le ve siècle puis, au Moyen Âge.

Art paléo-chrétien

Le propre du paléo-christianisme est d’avoir très souvent représenté le symbole de l’ichthus dans les arts, dans les catacombes, ainsi que les lampes qui servaient à les éclairer. Durant cinq siècles environ il demeure le principal symbole du Christianisme naissant.

 

Quelques exemples

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Lampe à huile figurant un poisson

Les poissons sont figurés sur des lampes en terre cuite paléo-chrétiennes (lampe du Campo Santo tedesco, lampe du musée d’Arles, lampe du musée de Pérouse) ou des mosaïques (pavement d’Aquilée : scène de pêche, mosaïque chrétienne Pax et Concordia de Tipaza, catacombes de Sousse, inscription Ichthus, salus mundi, mosaïque de Saint Apollinaire in Classe), vases, peintures (Agapes, catacombes St Callixte, panier, poisson et verre de vin, crypte de Gaudentius, catacombes de SS. Pierre et Marcellin, etc. : le poisson est toujours peint sur la table du la cena, au centre du banquet), bas-relief (Poisson copte, Musée du Louvre, Bas relief avec 2 poissons, Saint-Laurent-hors-les-murs, Rome), épitaphes et sarcophages (sarcophage de Livia Primitiva, Musée du Louvre) ou les épitaphes (catacombes de Saint-Sébastien) ; pierre de fermeture de loculi (cimetière Ste Agnès, Catacombe de Saint-Calixte, de Sainte-Domitille), sur les murs des catacombes, (catacombes d’Hadrumète), des pierres (pierre de Henchir el OuedAlgérie), ou par des objets (poisson de verre] retrouvé près des catacombes de Saint-CalixteMusée océanographique de Monaco ; Poisson d’améthyste, Musée de Berlin), etc.

La figure de deux poissons accolés existe aussi, autour d’une ancre ou sur le chapiteau d’une colonne dans la basilique de Tébessa.

 

Pectorius d’Autun

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L’épitaphe d’Autun dite épitaphe de Pectorios (fin iie – début iiie siècle) découverte fin xixe siècle et souvent étudiée, désigne le Christ sous le nom d’ichthus acrostiche deux fois gravé sur la pierre :

« Race divine du céleste Ichthus, qui est venu parmi les mortels faire entendre ses immortelles paroles ! Ami, ensevelis ton âme dans les eaux sacrées, ces eaux éternelles qui donnent la sagesse avec tous ses trésors ! Prends l’Ichthus dans tes mains, mange et bois, rassasie-toi de cette douce nourriture que le Sauveur donne a ses saints. Ô Ichthus, ô maître Sauveur, exauce mes désirs! Que ma mère te contemple dans sa joie, je t’en prie avec elle, ô lumière des mortels ! Ascandius, père bien-aimé de mon cœur; et vous aussi, ma douce mère, souvenez-vous de votre fils Pectorius, qui verse des larmes sur votre tombeau. »

Ainsi que l’épitaphe dite d’Abercercius d’Hiérapolis :

« La foi me guidait et me procurait en tout lieu pour nourriture un poisson très grand et très pur, recueilli à la source par une vierge sans tache, et c’est ce qu’elle sert constamment à la table des amis, elle a un vin excellent qu’elle verse (coupé d’eau ?) pour accompagner le pain. »

Le poisson, seul ou double, peut donc désigner le chrétien (piscus) soit le Christ, soit la pêche symbolique (Saint Pierre « pêcheur d’hommes »), soit la pêche miraculeuse, soit la nourriture sur la table (Agapes), ou encore la multiplication des pains et des poissons (Ravenne Mosaïque st Apollinaire Nuovo, Tabgah), enfin l’eucharistie : « tu tiens l’ichthus dans la paume de ta main » (épitaphe et poème d’Abercius) enfin il est souvent associé à l’ancre (épitaphe de Licinia Rome ICHTHUC ZWNTWN, Poisson des vivants).

La Prière du cœur

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Prière de Jésus dans un christogramme roumain

En Grèce et en Orient, le symbole du poisson est inexistant, mais la prière du cœur, aussi appelée prière de Jésus reprend dans sa forme grecque l’acrostiche Ichthus et lui donne tout son sens : « Seigneur, Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur » « Jésus, sauve-moi… Jésus-Christ, aie pitié, sauve… Jésus, sauve-moi… Jésus, mon Dieu »

L’Église de Rome, celle des martyrs de Néron, put ainsi adopter le symbole du poisson jusqu’au ive siècle en ces cinq lettres grecques et l’Orient développer le thème de la prière. L’Ichthus est donc le ciment de l’unité des églises chrétiennes.

 Dans les années 1970, l’usage de l’ichthus s’est répandu aux États-Unis avec le Jesus Movement auprès des chrétiens, et spécialement chez les chrétiens évangéliques.

Ce symbole est utilisé principalement sur les pendentifs, les épingles ou sur les voitures, en signe d’appartenance à la foi chrétienne.

On le retrouve également sur le logo de la conférence des évêques de France.

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AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), BAPTEME, BAPTISTERE, CATHEDRALE SAINT-SAUVEEUR (Aix-en-Provence), CATHEDRALES, CHRISTIANISME, EGLISE - CHAPELLE, EGLISE CATHOLIQUE, PROVENCE

Le baptistère de la cathédrale Saint-Sauveur (Aix-en-Provence)

Baptistère de la cathédrale Saint-Sauveur

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Le baptistère de la cathédrale a été construit au début du vie siècle, voire du ve siècle, sur l’emplacement de l’ancienne place du forum d’Aquae Sextiae. Il est contemporain des baptistères conservés de Riez, Fréjus, mais aussi Albenga, en Ligurie, et Djemila, en Algérie et figure parmi les plus anciens de France.

Le baptistère octogonal, couronné en 1579 par le chanoine Jean de Léone, possède une coupole décorée de gypseries surmontant des colonnes d’époque romaine remployées. La cuve serait d’époque mérovingienne. On trouve sous les dalles du baptistère les caveaux de chanoines et d’archevêques.

Dès sa construction, le baptistère a été alimenté par les eaux chaudes provenant des thermes romains. Le baptême est alors administré par immersion totale. Une symbolique bien définie est alors attachée au sacrement du baptême. Celui-ci représente un moyen d’être enseveli dans la mort avec le Christ et de vivre la vie nouvelle, au moyen de l’illumination. L’édifice est orienté vers le soleil levant malgré les changements apportés au fil des siècles, notamment par l’ajout des colonnes en granit.

Son architecture actuelle est semble-t-il quasiment identique à celle qu’il avait au temps du forum romain. Huit colonnes l’entourent. On y attachait alors des étoffes pour cacher les catéchumènes des regards. On peut toujours observer les encoches dans lesquelles on insérait les tringles permettant de tendre les draps. Le baptistère a connu plusieurs transformations. La coupole date du xvie siècle. De l’époque de sa construction ne subsistent plus que les bas des murs et la cuve baptismale. L’alimentation en eau courante du bassin se faisait par l’est, du côté extérieur à la cathédrale, par le moyen d’une annexe importante.

Au XIXe siècle, le baptistère est orné de sept tableaux représentant les sept sacrements de l’Église catholique. La commande est passée par l’administration des beaux-arts, conformément au souhait de l’archevêque. Sept artistes aixois sont choisis pour ce travail : Alphonse Angelin, Antoine Coutel, Baptistin Martin, Joseph Richaud, François Latil, Léontine Tacussel, et Joseph Marc Gibert. Cette commande est un exemple rare de représentation des sept sacrements en série, sans équivalent au XIXe siècle.

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Les vues générales du baptistère

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Vue des huit chapiteaux

Le chiffre 8 est symbolique dans la religion chrétienne, il représente la vie nouvelle que le Christ apporte dans le baptême.

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Vue de la coupole restaurée en 1579

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Le plan de la coupole s’inspire de celui de la chapelle d’Estienne de Saint-Jean, située dans le Chœur de la cathédrale.

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Toit de la coupole

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Coupole: vue extérieure

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Les décorations et les peintures représentant les sept sacrements

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Un baptême à la fin du XVIII° siècle

Gravure d’époque. On y remarque la cuve médiévale installée au milieu du bâtiment, au-dessus de la cuve antique.

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Fragment de mosaïques

Ce petit fragment donne une idée de la décoration d’origine du sol. Il est situé dans la niche sud-ouest.

Cuve baptismale antique

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 Fragments de fresques

Ces fresques ont été réalisées au XII° siècle, lors de la reconstruction des murs du baptistère. Une des scènes représente la vêture de sainte Claire

Peintures représentant les sept sacrements

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Les sept sacrements: l’Eucharistie

Œuvre de Joseph Richaud (1848).

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Les sept sacrements: le baptême

Ce tableau est situé au-dessus de la cuve baptismale du XIV° siècle. Œuvre d’un disciple de Granet, Jean-Baptiste Martin, en 1847

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Les sept sacrements: la confirmation

Œuvre de Joseph Gibert (1848)

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Les sept sacrements: le mariage

Œuvre d’Alphonse Angelin (1846)

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Les sept sacrements: la pénitence

Œuvre de Léontine Tacussel (1848). Il a été placé dans la nef romane, puisque la niche qu’il occupait a fait l’objet de découvertes archéologiques

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Les sept sacrements: l’Ordre

Œuvre de François Latil (1848), qui représente ce sacrement par l’institution de saint Pierre comme chef de l’Eglise.

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Les 7 sacrements: l’extrême onction

Œuvre d’Antoine Coutel (1847)

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vip4vlmvf9xnl3lbeo2jLa cuve baptismale utilisée actuellement lors des baptêmes ayant lieu à la veillée pascale. Cet ensemble moderne recouvre la cuve baptismale antique durant le temps pascal