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Film Reste un peu de Gad Elmaleh

Reste un peu

De Gad Elmaleh avec Gad Elmaleh, Régine Elmaleh, Judith Elmaleh

De Gad Elmaleh

Avec Gad Elmaleh, Régine Elmaleh, Judith Elmaleh

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On peut être tenté de ne pas aller voir un film loué par toute la presse et qui plus est par la presse catholique de peur d’y voir un film prosélyte surtout réalisé par un acteur comique et juif de surcroît. Un film qui veut nous raconter une conversion au catholicisme ? .

Et pourtant rien de tout cela dans ce film même si la figure de la Vierge Marie est omniprésente et si au cours de ce long métrage apparaissent des religieux juifs (rabbins) ou catholiques (un prêtre et une religieuse. Gad Elmaleh nous emmène dans une quête spirituelle, dans un chemin qui est le sien.

Tout démarre pour lui de son entrée dans une église à Casablanca alors qu’il était enfant et où il « tomba amoureux » de Marie à la vue d’une statue de la Vierge. Elle ne cessera pas de l’habiter toute sa vie.

Son retour dans sa famille après un séjour aux Etats-Unis va provoquer un séisme dans cette famille juive sépharade traditionnelle quand sa mère découvre par hasard dans ses affaires une statue de la Vierge puis quand ils apprennent qu’il veut se faire baptiser. Les arguments contre une telle décision ne manquent pas : pourquoi changer de religion et renier son appartenance à la foi juive ? comment oublier pour un juif l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492 sous Isabelle la Catholique et la Shoah ?

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Ces questions vont devenir un tourment pour Gad Elmaleh ! Ce sera alors pour lui l’occasion de faire un long chemin peuplé de doutes et de questionnements Alors il se tourne vers les rabbins, les religieux catholiques pour tenter d’y voir clair et d’obtenir des réponses.

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Quand se pose le moment où il doit être baptisé il renonce à faire le dernier pas : c’est le mystère du chemin entrepris par le réalisateur Et dans une dernière scène émouvante on le voit dans l’église de Casablanca devant la statue de la Vierge où il prie ainsi : « Je te quitte, mais toi reste un peu ! ». Tout semble dit en apparence !

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Ce film émouvant mais avec aussi des scènes où l’acteur n’oublie pas de nous faire rire est aussi d’une grande pudeur : Gad Elmaleh ne nous dit pas tout de son cheminement mais nous invite à nous remettre en question sur bien des points.

Qu’est ce qu’une conversion au final ? Qu’est-ce qui amène quelqu’un à se convertir à une autre fois que la sienne ?

Qu’elles sont nos relations avec les autres religions : que peut nous dire le judaïsme sur le christianisme ?

Qu’est est l’accueil de l’Eglise catholique vis-à-vis d’un juif ou d’un musulman qui frappe à la porte de l’Eglise et demande le baptême ?

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Au final ce film nous invite à ne pas se sentir installé dans notre foi et dans notre Eglise. Le chemin de la foi n’est jamais fini et il ne doit pas rester figer dans une tradition, derrière des rites ou des liturgies aussi belles soient-elles.

On peut à ce propos méditer le magnifique texte de Charles Péguy qui disait dans son ouvrage Notes conjointes sur la philosophie de M Descartes (publié en 1914) : « Une âme morte est une âme  complètement habituée » 

Et si film au-delà de l’histoire personnelle de Gad Elmaleh venait justement nous « déshabituer » dans nos jugements et nos certitudes et « désinstaller » les croyants dans leur foi et les ouvrir à un autre regard sur l’autre ?

®Claude Tricoire

 « Reste un peu » ? Un film sur la foi, mais sans le Christ

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Que faut-il penser du film de Gad Elmaleh « Reste un peu » ? L’opinion nuancée du Père Pascal Ide, prêtre du diocèse de Paris, directeur du site pascalide.fr

« Il s’agit, et c’est déjà immense, d’un film sur une personne qui est en chemin et en chemin spirituel. »

En allant voir Reste un peu, trois craintes m’habitaient : que les acteurs amateurs soient aussi pleins de zèle que dénués de métier ; que l’intrigue soit à ce point autobiographique qu’elle se rapproche plus du documentaire que de la véritable narration ; que l’intention soit secrètement prosélyte.

Quand, dans la salle obscure où je fus agréablement surpris par le nombre de spectateurs, le film commença, les premières images empruntées aux archives familiales Elmaleh (des vidéos amateurs), puis celles prises à Casablanca sur fond de voix off du Gad d’aujourd’hui, n’ont fait qu’accroître ma peur d’être déçu. Mais très vite, je fus saisi par l’histoire. Non, je n’étais pas en train d’assister à une rétrospective de la quête spirituelle de ce si sympathique quinqua ou, pire, à un film de « patro ». Oui, le suspense est réel, le rythme alerte, les rebondissements nombreux, les retournements inattendus, le final vraiment surprenant. Oui, certaines répliques font mouche – comme celle, paraît-il improvisée, de Régine : « Tu changes de Dieu, tu changes de parents. Fais-toi adopter ».

Oui, les émotions sont au rendez-vous, chez les personnages, mais aussi, communicatives, chez les spectateurs : plus d’une fois, j’ai ri de bon cœur et la salle aussi ; plus d’une fois aussi, je fus ému, notamment lors des moments puissants de communion entre Gad, ses parents et sa sœur, plus encore, lorsque ceux-ci décident de le rejoindre à contrecœur mais avec cœur pour la cérémonie, ou lorsque Régine interpelle avec une rare vérité une autre mère qui, elle aussi, a perdu son fils. Et les discussions animées lorsque la lumière est revenue montraient bien l’intérêt des spectateurs, j’allais dire des participants.

Assurément, les jeux des acteurs sont parfois maladroits ; mais, très vite, je fus touché de leur implication personnelle et émotionnelle (comme l’émouvant aveu paternel, qui ne pouvait s’exprimer qu’en langue étrangère : « I am your father and you are my best friend »). De même qu’ils ont peu à peu oublié la caméra, de même j’ai progressivement oublié qu’ils faisaient partie de la famille ou des amis de Gad pour, paradoxalement, les identifier à cette famille, charnelle et/ou spirituelle. D’ailleurs, étais-je gêné lorsque je sentais ce côté emprunté chez les comédiens des films d’Éric Rohmer que j’aime tant ?

Assurément, certains détails manquent de rigueur et de vérité : a-t-on déjà vu l’équivalent d’un père abbé jouer au frère hôtelier et un frère hôtelier dont la mission est relationnelle aussi renfrogné ? ; les heures de l’office divin, comme « la » vêpre (sic !) sont-elles donc des messes ? ; les baptêmes d’adulte se déroulent-ils aujourd’hui hors de la veillée pascale ? Mais, je le répète, ces détails s’effacent devant l’exhortation roborative à cesser de refouler le religieux au nom de la sacrosainte laïcité et d’afficher avec honte son identité catholique.

Enfin, en visionnant le long-métrage, je n’ai jamais perçu cette bonne intention et ces bons sentiments qui ne font ni de la bonne littérature, ni du bon cinéma, ni d’ailleurs une œuvre d’art authentique. Certes, parce que Gad ne cherche pas à répondre aux objections sinon puissamment argumentées, du moins fortement lancées par le cousin Éric (Rony Kramer), ni à se défendre à la fine déconstruction proposée par la rabbine qui lui montre combien, dans ses sketchs, il est aussi prompt à se glisser dans la peau d’un autre (le blond, etc.) que lent à dire qui il est – parce que, justement, il est juif. Certes aussi, parce que Gad n’est jamais dans la réaction ou l’amertume, mais cherche constamment à sauvegarder le lien avec ses proches et la continuité avec ce qu’il en a reçu, à commencer par la foi juive – d’où son affinité avec le cardinal Jean-Marie Lustiger à qui il emprunte la citation finale du film.

Mais surtout, parce que, à chaque instant, l’on pressent que le protagoniste principal parle à partir de son expérience, avec une rare fidélité non seulement à l’événement fondateur (désormais cent fois raconté et bien connu) de la rencontre aimante et protectrice de la Vierge Marie, mais aussi à son histoire présente (« Elle m’accompagne depuis que je suis petit »). Également, parce qu’il ne cesse d’écouter avec attention chaque personne, chaque réflexion, chaque objection, jusqu’à se laisser déplacer – par exemple par ce paradoxe si typiquement rabbinique : « Bienheureux celui qui ne demande pas son chemin à celui qui le connaît, sinon, il perd la chance de se perdre ! ». Aussi, parce qu’il n’hésite pas à exprimer une vulnérabilité qui va jusqu’à la lâcheté et le mensonge (mais le mensonge le plus léger qui soit, celui qui est dicté par l’intention de ne pas faire souffrir ceux qu’il aime).

Il n’empêche que, en sortant du film, j’étais habité par une double frustration. La première, bien entendu (attention, spoil définitif…), parce que, au tout dernier moment et sans explication, Gad se dérobe au baptême. La seconde, parce que jamais Gad ne donne d’autre raison à sa conversion au catholicisme que la protection toujours éprouvée et jamais démentie de la Vierge.

Or, cette double impression d’inachèvement converge : ce ou plutôt celui qui manque le plus cruellement à l’histoire sainte de Gad, c’est le Christ lui-même. Le christianisme est une conversion au Christ par le Christ. Et si Marie intervient, c’est parce qu’elle intervient, comme une mère authentiquement mère qui, loin de garder son fils pour elle, la donne aux autres. De fait, si l’on voit Gad prier, jamais on ne le voit lire la Parole de Dieu, scruter l’unité des deux Testaments, participer à l’Eucharistie. Si c’est insuffisant d’en rester à ce « als ob, comme si », typiquement kantien « Vivre comme si Dieu existe et voir si cela change », si Gad a tort d’affirmer : « Avoir la foi, c’est avoir le doute », qu’il a raison de faire dire à Marie : « Je sais ce que tu te dis : je ne suis pas allé jusqu’au bout ». Gad nous en offre un gage discret, mais assuré : après la citation de l’archevêque de Paris, il dédie son film à un certain Guy Moign. Celui-ci s’identifie à Raymond, le vieil homme que visite Anna (Amélie Melkonian). Or, ce sceptique qui lui rappelle l’importance de l’antiseptique (c’est-à-dire le dogmatique !), offre à Gad un bel exemple d’évolution, en s’arrachant à sa fascination pour le complotisme. En accordant un poids particulier à cette figure, n’indique-t-il pas, suaviter et fortiter, combien, lui aussi, est en devenir ?

Celui qui s’attend à voir un film sur la foi, un plaidoyer pour la tolérance et, plus encore, le dialogue entre les religions, ne sera pas déçu. Mais il y a plus. Celui qui s’attend à voir un film sur la conversion sera déçu, car il y a moins. Il s’agit, et c’est déjà immense, d’un film sur une personne qui est en chemin et en chemin spirituel. D’un artiste connu et reconnu qui, aussi simple dans la vraie vie qu’en scène, a décidé de vivre au ras de ce désir inquiet de Dieu qui est promis au bonheur. Comment ne pas lui souhaiter de reconnaître que ce chemin porte un nom, celui-là même qu’il énonce un moment dans le film : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie » (Jn 14,6) !

Mais le Christ est-il si absent que je l’ai dit ? Quelques traces parmi beaucoup. Raymond, n’est-il pas celui aux pieds de qui Gad s’agenouille pour lui laver les pieds ? Et c’est aux pieds de Notre Dame que, dans la toute dernière scène du film qui fait inclusion avec la première, on le retrouve, nimbé d’une douce lumière bleutée. Lorsque, dans un geste inattendu de compassion, Anna donne une bougie à Gad, elle cite une parole de saint Paul : « Portez les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,22). Or, la phrase se termine de cette manière : « et vous accomplirez ainsi la loi [Torah] du Christ ».

  1. Pascal Ide

    « Reste un peu », comédie et biopic français de Gad Elmaleh, 2022. Avec Gad Elmaleh, David Elmaleh et Régine Elmaleh (ses parents).

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Film Notre-Dame brûle, un film de Jean-Jacques Annaud

Le film Notre-Dame brûle

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Dans Notre-Dame brûle: Annaud reconstitue minutieusement les faits

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Qui peut oublier où il se trouvait quand dans la soirée du lundi 15 avril 2019 en tout début de Semaine Sainte la nouvelle tombait que Notre-Dame de Paris brûlait ? Cette nouvelle avait vite fait de faire le tour du monde : les spectateurs assistaient avec stupeur et émotion à l’incendie de l’un des plus anciens patrimoines de la France : une cathédrale riche de souvenir historiques et l’héroïne d’un roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris. C’est se souvenir que Jean-Jacques Annaud avec l’aide de Jérôme Seydoux a décidé de nous montrer dans on film Notre-Dame brûle

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La journée du 15 avril avait pourtant commencé comme toutes les autres. Les visiteurs affluaient dans Notre-Dame. Une messe était entrain d’être célébrée vers 18 heures quand la première alerte a fait sortir tous les fidèles puis sont revenus tranquillement pour assister à la fin de la messe, messe interrompue quand on s’est aperçue qu’il y avait le feu à la cathédrale. A cela s’ajoutait le fait que malheureusement les poutres de bois étaient fragilisées, que l’entretien de la cathédrale de Paris était défectueux.

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Jean-Jacques Annaud détaille bien les faits qui ont provoqué cet incendie : un ouvrier qui fait tomber négligemment un mégot de cigarette, un stagiaire mal formée qui ignore le bon fonctionnement des alarmes. Quand les pompiers sont informés ils se précipitent mais leur arrivée est retardée par les embouteillages dans les rues de Paris et comme le montre bien le film feront tout leur possible pour circoncire le feu. Malheureusement on verra, comme le verront en direct des millions de téléspectateurs et les personnes agglutinées au pied de l’édifice, les différentes parties de l’édifice qui s’écroulent, la nef pleine de gravats et pour finir la flèche de la cathédrale qui s’effondre. Comme on le voit dans le film seront sauvés la plupart des objets précieux dont la Couronne d’épine du Christ rapportée de Terre Sainte par Louis IX.

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Jean-Jacques Annaud a réalisé pour son film une véritable prouesse technique et le soin apporté à la reconstitution des faits forcent le respect. Sont également perceptible l’émotion ressentie dans le monde et celui du peuple de Paris. Cependant on peut regretter certaines scènes : le conservateur des trésors de la cathédrale peinant à rejoindre Paris, celle de la vieille dame et son chat.. Ces scènes offrent au spectateur des moments de respiration, mais était-ce bien nécessaire ?

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Au final c’est un film qui rend hommage à la cathédrale Notre-Dame de Paris et aussi aux pompiers de Paris et des alentours mobilisées pour sauver l’édifice le plus visité au monde.

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©Claude Tricoire

ACTEUR FRANÇAIS, BIOGRAPHIES, CINEASTE FRANÇAIS, CINEMA, JEAN-PAUL BELMONDO (1983-2021)

Jean-Paul Belmondo (1933-2021)

Jean-Paul Belmondo

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Jean-Paul Belmondo né le 9 acril 1933 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), décédé le 6 septembre 2021 à 88 ans.

BIOGRAPHIE

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Issu d’une famille d’artistes (son père était un célèbre sculpteur et sa mère artiste peintre), il pense faire une carrière sportive puis s’oriente vers la comédie et entre au conservatoire national d’art dramatique en 1951. Il y côtoye notamment Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Jean Rochefort et Claude Rich et apparaît pour la première fois dans À pied, à cheval et en voiture (1957) de Maurice Delbez. S’ensuivront Sois belle et tais-toi (Marc Allegret) et Les Tricheurs (Marcel Carné) en 1958.

Son premier rôle important lui est confié par Claude Sautet dans Classe tous risques et la révélation naît surtout avec A bout de souffle de Jean-Luc Godard en 1959. Dès lors, il se révèle un acteur aux multiples facettes et tient des rôles variés, dirigé par les plus grands réalisateurs. En 1961 il est Léon Morin, prêtre pour Jean-Pierre Melville puis il joue dans Un singe en hiver de Henri Verneuil aux côtés de Jean Gabin.

Par ailleurs, il enchaîne les films à succès tels L’ Homme de Rio de Philippe de Broca (1964), Les tribulations d’un Chinois en Chine (1965), La Sirène du Mississippi de François Truffaut (1969), Borsalino de Jacques Deray (1970) ou Le Magnifique (1973). Il incarne même des rôles inattendus comme dans Pierrot le Fou de Godard en 1965 ou à contre-emplois tel Stavisky pour Alain Resnais en 1974. Il exécute toutes les cascades de ses films, notamment dans Peur sur la ville d’Henri Verneuil et multiplie au tournant des années 80 les triomphes au box-office, avec Georges Lautner pour Flic ou voyou   ou Le Professionnel ou encore avec Gerard Oury pour L’ As des As en 1982.

Claude Lelouch lui offre des rôles emblématiques (Itinéraire d’un enfant gâté en 1988 ou Les Misérables en 1995) mais il n’abandonne pas l’action ou ses anciens partenaires : on le retrouve auprès d’Alain Delon en 1998 dans Une chance sur deux de Patrice Leconte même si le succès est moins au rendez-vous qu’au théâtre où l’acteur rencontre un véritable triomphe. Ce qui ne l’empêche pas de répondre à l’appel de Bertrand Blier et de participer aux Acteurs en 2000. Près d’une décennie plus tard, Jean-Paul Belmondo fait son grand retour au cinéma, aux côtés de Francis Huster qui réalise aussi le film, dans Un homme et son chien (2009), drame dans lequel il interprète un homme qui se retrouve à la rue du jour au lendemain seul avec son chien.

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BERTRAND TAVERNIER (1941-2021), CINEASTE FRANÇAIS, CINEMA, CINEMA FRANÇAIS

Bertrand Tavernier

Bertrand Tavernier (1941-2021)

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BIOGRAPHIE

Fils de l’écrivain et résistant René Tavernier, le jeune Bertrand découvre le cinéma lors d’un séjour en sanatorium. Monté à Paris après-guerre, il y a pour camarade de lycée Volker Schlöndorff, qui lui fait connaître la Cinémathèque de la rue d’ULM. En cet âge d’or de la cinéphilie, il cofonde le ciné-club Nickel-Odeon, et collabore bientôt à différentes revues, notamment aux grandes rivales que sont les Cahiers et Positif. En 1961, il travaille comme attaché de presse auprès de Georges de Beauregard, le producteur de la Nouvelle vague, grâce auquel il réalise ses premiers courts métrages, Le Baiser de Judas et Une chance explosive, dans le cadre des films à sketchs Les Baisers et La Chance et l’amour, sortis en 1964. Après avoir poursuivi en indépendant son activité d’attaché de presse, il est co-scénariste pour Ricardo Freda, un cinéaste qu’il remplacera, 25 ans plus tard, sur le tournage de La Fille de d’Artagnan.

C’est seulement en 1973 qu’il tourne, dans le Lyon de son enfance, son premier long-métrage, L’ Horloger de Saint-Paul adapté de l’œuvre de Simenon. Ce polar aux accents sociaux, récompensé par le Prix Louis-Delluc et l’Ours d’argent à Berlin, marque aussi sa rencontre avec Philippe Noiret, qui deviendra son acteur-fétiche. Dès ses débuts, l’éclectique Tavernier alterne films d’époque (Que la fête commence, pour lequel il décroche le César du Meilleur réalisateur et du Meilleur scénario en 1976) et œuvres  contemporaines (Une semaine de vacances), en affichant une prédilection pour les sujets de société : il tourne en 1977 Le Juge et l’Assassin, réflexion sur les institutions et leurs excès répressifs avec un Galabru inattendu, puis en 1980 La Mort en direct, analyse prémonitoire des dérives de la télévision.

Imprégné de culture américaine -il est le co-auteur d’un dictionnaire de référence sur le cinéma d’outre-Atlantique-, Bertrand Tavernier adapte en 1980 un roman grinçant de Jim Thompson en resituant l’action dans l’Afrique coloniale (Coup de torchon), puis signe Autour de minuit, lettre d’amour au jazz. Si La Passion Béatrice a pour cadre la Guerre de Cent ans, ce sont des conflits plus contemporains qui hantent bientôt l’œuvre  du cinéaste : la Première Guerre mondiale dans La Vie et rien d’autre (1989) puis Capitaine Conan (1996), la Guerre d’Algérie dans le documentaire La Guerre sans nom, et l’Occupation dans Laissez-passer (2003), qui le voit également s’interroger sur son métier de cinéaste. Dans une veine plus intimiste, il tourne Un dimanche à la campagne, Prix de la mise en scène à Cannes en 1984, et Daddy Nostalgie, deux films tendres et pudiques sur les rapports filiaux -un thème qui lui est cher depuis son premier opus.

Dans les années 90, Bertrand Tavernier, qui déclara au critique Jean-Luc Douin que « les cinéastes sont des sismographes de leur époque », continue d’ausculter la société : dépeignant avec réalisme le quotidien de la Brigade des stups dans L 627 et celui d’un instituteur (Philippe Torreton) dans Ça commence aujourd’hui, il reçoit en 1995 l’Ours d’or à Berlin pour L’Appât, constat alarmant sur la violence d’une jeunesse désorientée. Très au fait des dossiers qui agitent sa profession (défense de l’exception culturelle, combat contre la censure), il s’engage sur bien d’autres fronts, comme vient encore en témoigner le documentaire sur la double peine qu’il signe avec son fils Nils. Avec sa fille Tiffany, il co-écrit Holy Lola (2004), exploration de l’univers de l’adoption au Cambodge, mais aussi -pour la première fois dans son œuvre – portrait sensible d’un couple d’aujourd’hui. C’est dans une Louisiane dévastée par l’ouragan Katrina qu’il part ensuite tourner Dans la brume électrique (2009), adaptation d’un polar de James Lee Burke avec Tommy Lee Jones. De retour de son escale américaine, il présente à la Compétition officielle de Cannes, sa Princesse de Montpensier, une plongée au cœur d’intrigues faites d’amour et de pouvoir dans la France du XVIe siècle, portée entre autres par Mélanie Thierry, Lambert Wilson et Gaspard Ulliel.

Trois ans plus tard, il adapte une bande-dessinée d’Antonin Baudry et Christophe Blain, Quai d’Orsay, et plonge le spectateur dans les coulisses du pouvoir politique français. En 2017, il consacre une saga documentaire au cinéma français, un récit didactique et pédagogique partant des années 30 jusqu’aux années 60, et ponctué d’anecdotes personnelles. Les deux premiers épisodes sortent en salles et sont acclamés par la critique. Huit autres sont ajoutés pour une version télévisée.

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Une œuvre riche et éclectique

FILMS

  1. L’Horloger de Saint-Paul.
  2. Que la fête commence…
  3. Le Juge et l’Assassin.
  4. Des enfants gâtés.
  5. La Mort en direct.
  6. Une semaine de vacances.
  7. Coup de torchon.
  8. Un dimanche à la campagne.
  9. Autour de minuit.
  10. La Passion Béatrice.
  11. La Vie et rien d’autre.
  12. Daddy nostalgie.
  13. La Guerre sans nom.
  14. L.627.
  15. La Fille de d’Artagnan.
  16. L’Appât.
  17. Capitaine Conan.
  18. Ça commence aujourd’hui.
  19. Histoires de vies brisées : Les « double peine » de Lyon.
  20. Laissez-passer.
  21. Holy Lola.
  22. Dans la brume électrique.
  23. La Princesse de Montpensier.
  24. Quai d’Orsay.
  25. Voyage à travers le cinéma français.

Livres

  1. 1970. Trente ans de cinéma américain, avec Jean-Pierre Coursodon.
  2. Cinquante ans de cinéma américain, avec Jean-Pierre Coursodon.
  3. 1993. Qu’est-ce qu’on attend ? etAmis américains. Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood.
  4. Ça commence aujourd’hui, avec Dominique Sampiero et Tiffany Tavernier.
  5. 2001. La Guerre sans nom. Les appelés d’Algérie 1954-1962, avec Patrick Rotman.
  6. Pas à pas dans la brume électrique.

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A retrouver un hommage à Bertrand Tavernier dans La Croix

https://www.la-croix.com/Culture/Mort-Bertrand-Tavernier-cineaste-passionne-lyrique-2021-03-25-1201147633?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_content=20210

ACTEUR FRANÇAIS, CINEASTE FRANÇAIS, CINEMA, MICHEL PICCOLI (1925-2020), THEATRE, THEATRE FRANÇAIS

Michel Piccoli (1925-2020)

Michel Piccoli

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Michel Piccoli est un acteur français, né le 27 décembre 1925 à Paris et décédé le 12 mai 2020 à Saint-Philibert-sur-Risle (Eure). Il fut acteur, prodctuer, réalisateur et scénariste.

 

Biographie

Enfance et formation

Fils d’Henri Piccoli, violoniste, de lointaine origine tessinoise et de Marcelle Expert-Bezançon (1892-1990), une pianiste française, Michel Piccoli a suivi une formation de comédien d’abord auprès de Andrée Bauer-Théraud, puis au cours Simon.

 

Carrière

Après une apparition en tant que figurant dans Sortilèges de Christian Jaque en 1945,  Michel Piccoli débute au cinéma dans Le Point du jour de Louis Daquin. Cependant, c’est surtout au théâtre qu’il s’illustre dans le début de sa carrière, avec les compagnies Renaud-Barrault et Grenier-Hussot ainsi qu’au Théâtre de Babylone (géré par une coopérative ouvrière et qui met en scène les pièces d’avant-garde de Ionesco ou Beckett). Bien que remarqué dans le film French Cancan en 1954, il poursuit sur les planches et travaille avec les metteurs en scène Jacques AudibertiJean VilarJean-Marie SerreauPeter BrookLuc BondyPatrice Chéreau ou encore André Engel.

Durant la même période, il se fait connaître dans des téléfilms populaires tels que Sylvie et le fantômeTu ne m’échapperas jamais ou encore L’Affaire Lacenaire de Jean Prat.

Devenu athée après un deuil familial, il rencontre en 1956 Luis Buñuel, réalisateur connu pour son anticléricalisme, et prend ironiquement le rôle d’un prêtre dans La Mort en ce jardin..

Les années 60 marquent le début de sa consécration, remarqué dans Le Doulos de Jean-Pierre Melville, il est révélé au grand public avec Le Mépris de Jean-Luc Godard aux côtés de Brigitte Bardot,.

Dès lors, il tourne avec beaucoup des plus grands cinéastes français (Jean RenoirRené ClairRené ClémentAlain Resnais, Agnès Varda, Jacques DemyAlain CavalierMichel Deville, Claude Sautet, Claude ChabrolLouis MalleJacques Doillon, Jacques Rivette, Léos CaraxBertrand Blier), européens (Luis BuñuelCosta-GavrasMarco FerreriAlfred HitchcockJerzy SkolimowskiMarco BellocchioEttore Scola, Manoel de Oliveira, Otar Iosseliani, Theo AngelopoulosNanni Moretti) et internationaux (Youssef ChahineRaoul Ruiz, Hiner Saleem).

Il devient l’un des acteurs fétiches de Marco Ferreri, avec sept films, de Dillinger est mort à Y’a bon les blancs en passant par Touche pas à la femme blanche ! — avec pour point d’orgue La Grande Bouffe —, de Luis Buñuel avec six films : Le Journal d’une femme de chambre (1964), Belle de jour (1967), La Voie lactée (1969), Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), Le Fantôme de la liberté (1974) et Cet obscur objet du désir (1977) ainsi que de Claude Sautet, avec Les Choses de la vieMax et les FerrailleursMado et Vincent, François, Paul… et les autres. Il joue également dans le singulier Themroc.

Il débute la décennie 1980 par le prix d’interprétation au festival de Cannes en 1980, avec Le Saut dans le vide de Marco Bellocchio, et celui du festival de Berlin en 1982, avec Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre. Il travaille avec le jeune cinéma français, comme Jacques Doillon (La Fille prodigue en 1985), Leos Carax (Mauvais sang en 1986), n’hésitant pas à casser son image bienveillante avec des rôles provocateurs ou antipathiques, avant de s’essayer lui-même à la réalisation.

Il tourne également plusieurs films avec Manoel de Oliveira, de Party (1996) à Belle toujours (2006) en passant par Je rentre à la maison (2001)..

Habitué du festival de Cannes, il fait partie du jury de la compétition officielle du 60e festival en 2007 sous la présidence de Stephen Frears

Amateur de littérature, il a également enregistré la lecture des Fleurs du mal de Charles Baudelaire et de Gargantua de François Rabelais.  

En 2011, il joue dans Habemus Papam de Nanni Moretti, présenté en compétition à Cannes

 

Engagement politique

Engagé politiquement à gauche, membre du Mouvement de la Paix (communiste), il s’est souvent illustré par ses prises de position contre le Front national, et s’est mobilisé pour Amnesty International.

Après avoir soutenu François Mitterrand en 1974 puis en 1981, il reste fidèle au camp socialiste. En mars 2007, il signe avec cent cinquante intellectuels un texte appelant à voter pour Ségolène Royal, contre une droite d’arrogance, pour une gauche d’espérance9.

En mai 2009, il cosigne, avec Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Pierre Arditi, une lettre ouverte à l’intention de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, appelant les parlementaires socialistes à adopter la loi Création et Internet.

 

Mort

Michel Piccoli est mort le 12 mai 2020 à la suite d’un accident vasculaire cérébral dans son manoir à Saint-Philbert-sur-Risle dans l’Eure comme sa famille l’a annoncé six jours plus tard dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse..

 

Vie privée

En 1954, Michel Piccoli se marie avec l’actrice Éléonore Hirt avec qui il a une fille, Anne-Cordélia Piccoli ; en 1966, il épouse la chanteuse Juliette Gréco, puis en 1978 la scénariste Ludivine Clerc, avec qui il adopte deux enfants d’origine polonaise, Inord et Missia.

 

Théâtre

Comédien

1945 : L’Invasion de Léonid Léonov, théâtre des Carrefours

1946 : Les Pères ennemis de Charles Vildrac, mise en scène Georges Vitaly, théâtre Édouard VII

1948 : Le Matériel humain

1949 : La Perle du colorado de Michel de Ré, mise en scène de l’auteur, théâtre du Vieux-Colombier

1949 : Les Gaietés de l’escadron de Georges Courteline, mise en scène Jean-Pierre Grenier, théâtre de la Renaissance

1950 : L’Affaire Fualdès de Denis Marion, mise en scène Georges Douking, théâtre du Vieux-Colombier

1952 : La Jarre de Luigi Pirandello, mise en scène Jacques Mauclair, théâtre de Babylone

1952 : Spartacus de Max Aldebert, mise en scène Jean-Marie Serreau, théâtre de Babylone

1952 : Méfie-toi, Giacomino de Luigi Pirandello, mise en scène Jean-Marie Serreau, théâtre de Babylone

1952 : La Maison brûlée d’August Strindberg, mise en scène Frank Sundström, théâtre de Babylone

1952 : Velca de Tullio Pinelli, mise en scène José Quaglio, théâtre de Babylone

1953 : Les Aveux les plus doux de Georges Arnaud, mise en scène Michel de Ré, théâtre du Quartier latin

1953 : Les Naturels du bordelais de Jacques Audiberti, mise en scène Georges Vitaly, théâtre La Bruyère

1953 : L’Énigme de la chauve-souris de Mary Roberts Rinehart, mise en scène Georges Vitaly, théâtre du Grand-Guignol

1954 : Penthésilée d’Heinrich von Kleist, mise en scène Claude Régy, théâtre Hébertot

1954 : La Soirée des proverbes de Georges Schehadé, mise en scène Jean-Louis Barrault, théâtre Marigny

1955 : Clotilde du Nord de Louis Calaferte, mise en scène Michel de Ré, Comédie de Paris

1955 : Gaspar Diaz de Dominique Vincent, mise en scène Claude Régy, théâtre Hébertot

1955 : Protée de Paul Claudel, mise en scène Raymond Gérôme, Comédie de Paris

1955 : Entre chien et loup de Gabriel Arout d’après Légitime défense de Primo Levi, théâtre en Rond

1956 : La Reine et les Insurgés d’Ugo Betti, mise en scène Michel Vitold, théâtre de la Renaissance

1957 : Regrets éternels de Constance Coline, mise en scène Raymond Gérôme, théâtre de l’Œuvre

1957 : Phèdre de Racine, mise en scène Jean Vilar, TNP Festival de Strasbourg

1958 : La tour d’ivoire de Robert Ardrey, mise en scène Jean Mercure, théâtre des Bouffes-Parisiens

1958 : Romancero de Jacques Deval, mise en scène Jacques Deval, Comédie des Champs-Élysées

1959 : Connaissez-vous la Voie lactée ? d’après Karl Wittlinger, mise en scène Michel de Ré, théâtre des Mathurins

1961 : Le 10e Homme de Paddy Chayefsky, mise en scène Raymond Gérôme, théâtre du Gymnase

1962 : Les cailloux de Félicien Marceau, mise en scène André Barsacq, théâtre de l’Atelier

1962 : La nuit a sa clarté de Christopher Fry, mise en scène Jean-Louis Barrault, Odéon-Théâtre de France

1963 : Le vicaire de Rolf Hochhuth, mise en scène François Darbon, théâtre de l’Athénée

1965 : Dom Juan ou le Festin de Pierre, mise en scène Marcel Bluwal, téléfilm, 1965

1969 : Le Misanthrope de Molière, mise en scène Marcel Bluwal, théâtre de la Ville

1971 : Allo ! C’est toi Pierrot ? de Pierre Louki, mise en scène Roland Monod, théâtre Hébertot

1973 : Themroc de Claude Faraldo

1978 : Le Sucre réalisé par Jacques Rouffio, adaptation du livre éponyme de Georges Conchon. Michel Piccoli : Grezillo

1981 : La cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène Peter Brook, théâtre des Bouffes du Nord ; reprise en 1983

1983 : Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Patrice Chéreau, théâtre Nanterre-Amandiers, TNP Villeurbanne

1984 : Terre étrangère d’Arthur Schnitzler, mise en scène Luc Bondy, théâtre Nanterre-Amandiers (prix du Meilleur acteur du Syndicat de la critique dramatique)

1985 : Phèdre de Racine

1985 : La Fausse Suivante de Marivaux, mise en scène Patrice Chéreau, théâtre Nanterre-Amandiers, TNP Villeurbanne

1988 : Le Conte d’hiver de William Shakespeare, mise en scène Luc Bondy, théâtre Nanterre-Amandiers, Cour d’honneur du Palais des papes Festival d’Avignon, TNP Villeurbanne

1988 : Le retour au désert de Bernard-Marie Koltès, mise en scène Patrice Chéreau, Festival d’automne à Paris théâtre Renaud-Barrault

1993 : John Gabriel Borkman de Henrik Ibsen, mise en scène Luc Bondy, théâtre Vidy-Lausanne, Odéon-Théâtre de l’Europe

1995 : pour Pierre Boulez de Pierre Boulez, compositeur Arnold Schoenberg, Festival d’Avignon, lecteur

1996 : Poèmes et Proses de René Char, lecture au Festival d’Avignon avec Dominique Blanc

1997 : La maladie de la mort de Marguerite Duras, mise en scène Bob Wilson, MC93 Bobigny

1998 : À propos des géants de la montagne de Luigi Pirandello, mise en scène Klaus Michael Gruber, CNSM Paris

2001 : La Jalousie de Sacha Guitry, mise en scène Bernard Murat, théâtre Édouard VII

2003-2004 : Ta main dans la mienne de Carol Rocamora, mise en scène Peter Brook, théâtre des Bouffes du Nord puis Comédie des Champs-Élysées

2006-2007 : Le Roi Lear de William Shakespeare, mise en scène André Engel, Odéon-Théâtre de l’Europe Ateliers Berthier

2008-2009 : Minetti de Thomas Bernhard, mise en scène André Engel, théâtre Vidy-Lausanne puis Théâtre national de la Colline, Comédie de Reims, TNP Villeurbanne, MC2, Théâtre du Nord, Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

 

Metteur en scène

1988 : Une vie de théâtre de David Mamet, adaptation Pierre Laville, théâtre des Mathurins

 

Discographie

1970 : Les choses de la vie – La chanson d’Hélène en duo avec Romy Schneider

1976 : L’art d’aimer

1983 : Narrateur dans l’enregistrement d’Œdipus rex d’Igor Stravinsky, avec Jessye Norman, Thomas Moser, Siegmund Nimsgern et l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise sous la direction de Colin Davis (Orfeo)

2002 : Reprise du Déserteur sur Autour de Serge Reggiani, album hommage à Serge Reggiani

 

Publications

Dialogues égoïstes, écrit avec la collaboration d’Alain Lacombe, Olivier Orban éditeur, 1976

J’ai vécu dans mes rêves, écrit avec la collaboration de Gilles Jacob, Éditions Grasset, 2015

Distinctions

Récompenses

Festival international du film fantastique d’Avoriaz 1973 : Prix d’interprétation masculine pour Themroc

Festival de Cannes 1980 : Prix d’interprétation masculine pour Le Saut dans le vide

Berlinale 1982 : Ours d’argent du meilleur acteur pour Une étrange affaire

Prix du Syndicat de la critique 1984 : Meilleur comédien pour Terre étrangère

Prix Europe pour le théâtre 2001

Festival international du film de Locarno 2007 : Léopard de la meilleure interprétation masculine pour Les Toits de Paris

David di Donatello 2012 : David di Donatello du meilleur acteur pour Habemus papam

Nominations

César du cinéma 1982 : César du meilleur acteur pour Une étrange affaire

César du cinéma 1985 : César du meilleur acteur pour La Diagonale du fou

César du cinéma 1991 : César du meilleur acteur pour Milou en mai

César du cinéma 1992 : César du meilleur acteur pour La Belle Noiseuse

Molières 2006 : Molière du comédien pour Le Roi Lear

Molières 2007 : Molière du comédien pour Le Roi Lear

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Les plus belles années d’une vie de Claude Lelouch

Les plus belles années d’une vie

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Date de sortie 22 mai 2019 (1h 30min)

De Claude Lelouch

Avec Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Marianne Denicourt plus

Genres Comédie dramatique, Romance

Nationalité Français

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Le film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2019

Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour.
Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne va revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée

 

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Cannes 2019: Les Plus Belles Années d’une vie, un hymne à l’amour

Critique 

Cinquante ans après Un homme et une femme, Palme d’or 1966 et deux Oscars, le cinéaste reprend les mêmes acteurs pour tourner un film sur leurs retrouvailles.

Loin d’être une œuvre funèbre, cet hymne à la vie et à l’amour, émouvant et gai, est irradié par la malice de Jean-Louis Trintignant et la beauté lumineuse d’Anouk Aimée.

 

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C’était un pari fou, une gageure unique dans l’histoire du cinéma. Reprendre et prolonger Un homme et une femme, cinquante ans après, avec les mêmes acteurs. Pour ce film mythique, qui remporta la Palme d’or en 1966 et deux Oscars, le jeune cinéaste de 28 ans avait tout misé. Un demi-siècle plus tard, encore abasourdi par l’ovation à Cannes, puis emporté par le triomphe mondial de cette belle histoire d’amour qui le lança dans la carrière, il ose rejouer aux dés ce qui assura sa gloire.

En 1986, il avait déjà essayé avec Un homme et une femme, vingt ans déjà, mais le résultat était décevant. En 2019, il dispose de ses quatre acteurs de l’époque : Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, et les deux enfants de 1966, Souad Amidou et Antoine Sire. Les voilà de nouveau réunis.

Ainsi roule Claude Lelouch, à l’image de son court-métrage C’était un rendez-vous, sa folle traversée de Paris, à six heures du matin, en 1976, au volant d’un bolide, grillant dix-huit feux rouges – « Le film dont je suis le plus fier et celui dont j’ai le plus honte », avoue-t-il –, qu’il insère dans Les Plus Belles Années d’une vie. Il fonce, pied au plancher. Advienne que pourra. Et il s’en sort toujours.

Jean-Louis et Anne

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Ancien coureur automobile, Jean-Louis Duroc végète, affaibli, perdant la boule, dans une maison de retraite cossue, le Domaine de l’orgueil. Son seul souvenir durable et constant demeure celui d’une femme qu’il a aimée, quittée, sans l’avoir revue. Il pense qu’elle était la femme de sa vie et le répète souvent à son fils, Antoine, qui se met en quête de cette Anne rêvée.

Ancienne scripte, elle tient une boutique d’antiquités en Normandie. Touchée, poussée par sa fille et sa petite-fille, elle accepte d’aller voir ce vieil homme, toujours présent dans son cœur. Depuis leur rencontre dans le pensionnat où ils rendaient visite à leurs enfants, un dimanche d’escapade sur la plage, et une nuit inoubliable à Deauville.

Jean-Louis la prend pour une nouvelle pensionnaire. Il est troublé de retrouver chez cette inconnue le même geste que celui de cette femme, Anne, sa façon de relever ses cheveux, son sourire, son regard qu’il n’a pas oublié. Il se souvient, par instants, de son numéro de téléphone, Montmartre 1540, par lequel lui était parvenu, au soir de l’arrivée du rallye de Monte-Carlo, le fameux télégramme : « Je vous aime. »

Le miracle de Cannes

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Autant le dire sans barguigner. Claude Lelouch a réussi son pari. Loin d’un remake crépusculaire, sombre, lugubre, sur la vieillesse et la maladie, il offre une œuvre lumineuse, un hymne à la vie, émouvant et gai, plein de fantaisie et d’émotion, irradié par la malice, l’humour distancié de Jean-Louis Trintignant et la beauté lumineuse d’Anouk Aimée. Leur interprétation, par touches, fait oublier la faiblesse des dialogues, la légèreté artificielle de certaines situations.

Le premier gros plan sur Jean-Louis Trintignant a valeur d’épreuve et de manifeste. Claude Lelouch le fixe très, très longuement. Et sur ce visage d’homme vieux et diminué passe une gamme de sensations et de sentiments qu’interprète l’acteur, a minima, sans effet, qui ouvre le bal d’une composition stupéfiante.

L’acteur utilise les trous de mémoire de son personnage comme un chat s’amuse avec une balle. Face à lui, Anouk Aimée resplendit d’attentions, de délicatesse, de tendres prévenances qui conduisent au pardon. Elle reforme le couple qui les hante l’un et l’autre. Une douce complicité les réunit. Ensemble, à jamais.

Claude Lelouch, roi du recyclage et de l’auto-citation, intègre, par moments, des scènes d’Un homme et une femme. Effet garanti. La magie de ce film opère toujours. Son noir et blanc, la voix et la jeunesse des deux acteurs, leur sensualité, l’élan irrésistible de leur étreinte sur le quai de Saint-Lazare quand tout paraissait perdu entre eux.

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. Le « miracle » de Cannes, de nouveau, cinquante ans après…

« Son cinéma est de plus en plus serein »

Jean-Ollé Laprune

Historien du cinéma, coauteur du livre Claude Lelouch, mode d’emploi

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« Dans le grand œuvre de Claude Lelouch, ses 49 films, bientôt 50 à la fin de l’année, ce retour à Un homme et une femme vient compléter un dispositif très cohérent. Ses films se prolongent et se répondent, avec des personnages et des situations que l’on retrouve. Comme l’apologie de la brève rencontre, le constat du bonheur qui ne dure pas, les ruptures. Mais aussi l’éloge de la durée dans le temps qui irrigue Les Plus Belles Années d’une vie. Son cinéma est de plus en plus serein. »

 

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https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Cannes-2019-Belles-Annees-dune-vie-sont-tant-aimes-2019-05-21-1201023413

AGNES VERDA (1928-2019), CINEASTE FRANÇAIS, CINEMA, CINEMA FRANÇAIS

Agnès Verda (1928-2019)

Paris le 3 novembre 2017, Agnès Varda dans son Jardin de la rue Daguerre, Paris 14.

Agnès Verda (1928-2019)

Agnès Varda dans son jardin de la rue Daguerre, à Paris, en 2017. EDOUARD CAUPEIL POUR « LE MONDE »

Agnès Verda, réalisatrice pionnière de la Nouvelle Vague, est morte

Photographe à ses débuts, plasticienne sur le tard, la cinéaste auteure, entre autres, de « Cléo de 5 à 7 » et du « Bonheur », est morte à l’âge de 90 ans.

Une image revient, qui caractérisait si bien Agnès Varda, morte dans la nuit de jeudi à vendredi 29 mars à l’âge de 90 ans. C’était en mai 2012, à Cannes, quelques jours avant ses 84 ans. Dans la voiture qui la conduisait à son hôtel, la cinéaste se repassait le film. L’un de ses chefs-d’œuvre, Cléo de 5 à 7 (1962), venait d’être présenté en version restaurée au Palais des festivals. Le public avait adoré, mais elle n’en démordait pas. La scène du café, avec ses plans sur le visage blanc comme neige de Cléo (interprétée par Corinne Marchand), n’était-elle pas trop longue ? Ferait-elle le même montage aujourd’hui ?

Intarissable, en proie aux doutes, telle était la cinéaste qui démarra sa carrière comme photographe et se découvrit plasticienne à 70 ans. Infatigable, elle sillonnait encore les routes en 2016-2017 en compagnie de l’artiste JR, pour cofabriquer un film sans programme établi, au gré des rencontres et au plus près des gens. Visages Villages (2017) fut son avant-dernier dernier long-métrage. Le dernier, Varda par Agnès, présenté à la Berlinale 2019, n’est pas encore sorti.

 Née Arlette Varda le 30 mai 1928 à Ixelles, en Belgique, Agnès Varda fut l’une des pionnières de la Nouvelle Vague, et l’une des rares femmes à figurer sur la carte du jeune cinéma des années 1960 – avec Nelly Kaplan, qui signera plus tard La Fiancée du pirate,en 1969. Agnès Varda fut remarquée dès son premier long-métrage, La Pointe courte (1955). Sept ans plus tard, elle montait les marches du Palais des festivals, à Cannes, pour présenter son deuxième long-métrage, Cléo de 5 à 7.

 La photographe

Jusqu’au bout, sa vie fut le cinéma, et vice versa, avec sa société de production et de distribution installée à domicile (Ciné-Tamaris), rue Daguerre, dans le 14e arrondissement de Paris. Avec le cinéaste Jacques Demy, mort en 1990, dont elle a partagé la vie, l’amour et le cinéma s’entremêlèrent aussi, au point de former la trame de quelques œuvres marquantes – en 1991, Agnès Varda signa Jacquot de Nantes, d’après les souvenirs d’enfance de Jacques Demy. Elle eut avec lui un fils, Mathieu Demy, comédien et réalisateur. Auparavant, la cinéaste avait eu une fille, Rosalie Demy, décoratrice de cinéma – qui porte encore la bague de « Cléo », ornée d’une perle et d’un crapaud –, avec Antoine Bourseiller, comédien et metteur en scène, décédé en mai 2013, qu’elle mit en scène dans Cléo de 5 à 7 et dans L’Opéra-Mouffe (1958).

 Son premier long-métrage, « La Pointe courte » (1955), annonce la Nouvelle Vague cinq ans avant « A bout de souffle » (1960) de Jean-Luc Godard

Sa famille avait fui la Belgique en 1940 et s’était installée à Sète, sur les bords de la Méditerranée, où l’adolescente a grandi puis s’est liée d’amitié avec Jean Vilar et son épouse. A Paris, elle étudia la photographie à l’Ecole des beaux-arts, et l’histoire de l’art à l’école du Louvre. En 1947, Jean Vilar fonda le Festival d’Avignon, et l’année suivante Agnès Varda débarquait avec son appareil photo. En 1951, Jean Vilar lui demanda de devenir la photographe du festival : elle immortalisa Gérard Philipe.

Elle fut aussi la photographe attitrée du Théâtre national populaire (TNP) de Villeurbanne, dirigé par le même Jean Vilar. De cette expérience auprès du metteur en scène, elle disait avoir gardé ce goût pour un art exigeant et accessible : « Atteindre le plus grand nombre en mettant la barre très haut », résumait-elle.

Mission accomplie avec son premier long-métrage, La Pointe courte(1955), où elle filme, à Sète justement, les déboires conjugaux d’un couple de Parisiens (Philippe Noiret et Silvia Monfort). Le film est tourné avec un budget réduit, au sein d’une coopérative. Quatre ans avant Les 400 Coups (1959), de François Truffaut, ou Hiroshima mon amour (1959), d’Alain Resnais, cinq ans avant A bout de souffle(1960), de Jean-Luc Godard, le film d’Agnès Varda annonce la Nouvelle Vague. Un film « libre et pur », saluait ainsi André Bazin, l’un des fondateurs des Cahiers du cinéma, père spirituel de François Truffaut qui mourut un an avant la sortie des 400 Coups.

 « Objectif et subjectif »

« Le jeune cinéma lui doit tout », titrait, en 1960, un article de l’hebdomadaire Arts signé Jean Douchet, cinéaste et critique – il collabora aux Cahiers à partir de 1957. A propos de cette Nouvelle Vague, justement, Agnès Varda expliquait simplement dans un entretien au Monde, en 1962 : « La Pointe Courte représente, dans le temps, la première manifestation d’un phénomène collectif, d’un mouvement, qui aurait existé, de toute façon. » Elle exposait ensuite sa démarche, ou plutôt ses tâtonnements :

 « En 1954, j’étais photographe au TNP et je connaissais peu le cinéma. Il me semblait alors que beaucoup de “révolutions littéraires” n’avaient pas leur équivalent à l’écran. Aussi me suis-je inspirée, pour mes recherches, de Faulkner, de Brecht, essayant de briser la construction du récit, de trouver un ton à la fois objectif et subjectif, de laisser au spectateur sa liberté de jugement et de participation. »

Objectif et subjectif : voilà deux mots qui se confondent dans sa filmographie. Cléo de 5 à 7 est un « documentaire subjectif », insistait-elle. Ce film inusable raconte, en temps réel, quatre-vingt-six minutes de la vie d’une jeune femme, une chanteuse un peu frivole qui attend les résultats d’une analyse médicale. Elle a peur, est-ce le cancer ? Le film ne quitte pas Cléo dans ce compte à rebours qui la voit se révéler en profondeur. Il y a des chapitres qui indiquent l’heure, il y a aussi une date, le 21 juin 1961, qui a « la forme d’un bulletin d’information que diffuse la radio », commentait Agnès Varda.

Avec son côté artisanal, fait main, la patte Varda était née. La cinéaste connut des échecs – le plus retentissant étant son film célébrant les 100 ans du cinéma, Les Cent et une nuits de Simon Cinéma (1995), avec Michel Piccoli – mais elle repartait sur le terrain, guidée par une intuition, ou plutôt une vocation, telle une Jeanne d’Arc à la caméra. Elle avait la coiffure adéquate, une coupe au bol de moine ou de chevalière qui ne l’a jamais quittée.

 Engagée

Féministe, engagée, elle signa en 1971 le « Manifeste des 343 », un appel à la légalisation de l’avortement. En 1976, sa comédie musicale, L’une chante, l’autre pas, racontait l’émancipation des femmes au tournant des années 1960-1970. Comme d’autres, Agnès Varda a fait tomber les cloisons (documentaire, fiction), passant du long au court-métrage sans avoir le sentiment de rétrograder, tel un peintre qui expérimente selon les périodes la grande toile ou le dessin sur carnet – il y eut ainsi des courts contestataires, tel Black Panthers (1968).

En 1964, Le Bonheur lui valut le prix Louis-Delluc. C’est le bonheur vu par un homme, marié, qui vit un amour parallèle avec sa maîtresse. Ce film à l’image impressionniste interroge les différentes facettes d’interprétation. Dans ses documentaires, Agnès Varda refuse le rôle de sociologue. Quand bien même le sujet est sérieux, elle y incruste des réflexions sur l’art, y injecte de l’humour. Et détourne les mots, comme dans Daguerréotypes (1975), scènes de la vie quotidienne des petits commerçants de la rue Daguerre, son quartier général. Dans Documenteur, tourné en 1981, une fiction inspirée de sa propre vie, une femme séparée de son amoureux traîne sa tristesse dans un Los Angeles sans soleil. Ce film est un contrepoint sombre au coloré Mur murs (1981), documentaire sur les peintures murales de L.A. Ces deux films dessinent en creux un portrait de la ville tentaculaire de la Côte ouest.

Plus tard, il y eut un autre diptyque, fruit de la rencontre avec Jane Birkin : le portrait-collage Jane B. par Agnès V. et la fiction Kung-fu Master, sortis tous deux en 1988. Les deux films sont traversés par une certaine folie douce, tout à l’opposé de Sans toit ni loi (1985), qui valut à Agnès Vadra la consécration : le Lion d’or à Venise.

 Visionnaire

Sans toit ni loi dissèque le destin d’une jeune fille en rupture, Mona, interprétée par Sandrine Bonnaire. Ce film social, visionnaire sur la France des sans-abri, a la froideur des statistiques. En le revoyant, on se surprend à lui découvrir une autre veine, écologiste celle-là. Macha Méril y joue en effet le rôle d’une platanologue, attentive à la santé précaire de ces arbres du Midi. Son personnage prédit la catastrophe si rien n’est fait dans les trente ans qui viennent. Ce n’était pas une réplique en l’air : aujourd’hui, des platanes malades ont été abattus le long du canal du Midi… Le gâchis révoltait la cinéaste, qui fera de la frugalité et de l’art de la récup’ un autre film culte, Les Glaneurs et la glaneuse, diffusé sur Canal+ le 6 juillet 2000, la veille de sa sortie en salle.

Ce documentaire est le portrait d’une époque lasse (ou incapable) de participer au grand banquet de la consommation. Pour approcher ces personnes qui trouvent à manger dans les poubelles ou dans les cagettes à la fin des marchés, Agnès Varda entamait souvent la conversation sur le thème : « Vous avez raison, il y a trop de gaspillage. » Puis elle filmait les visages au plus près, avec sa petite caméra, mais aussi la « récolte », ces fameuses pommes de terre qui germaient, ou celles en forme de cœur. Les Glaneurs… rencontra un immense succès, critique et public, et fut récompensé dans de nombreux festivals. Au point qu’Agnès Varda réalisa le second volet, Deux ans après, pour suivre le destin des personnages. Dans les Glaneurs, la réalisatrice montrait aussi son propre vieillissement, filmant sa main ridée comme une pomme quand l’autre tenait la caméra. L’art et le cours de la vie, l’objectif et le subjectif étaient encore mêlés.

Ces dernières années, sa coiffure bicolore mettait en scène le temps qui passe : la coupe au bol était blanche aux racines, brune en dessous. Telle une religieuse au chocolat auréolée de chantilly, sortie d’une pâtisserie de la rue Daguerre… Pour fêter ses 80 ans, ses amis et proches débarquèrent avec une armée de 80 balais. La glaneuse avait l’obsession du tri, de l’inventaire de soi. Et du renouvellement.

 La mer et les plages

Les années 2000 la conduisirent en effet vers de nouvelles destinations : les installations artistiques, avec cabanes et grands écrans, déployèrent tout l’univers d’« Agnès ». Désormais le prénom suffit, comme si le personnage était devenu familier. En 2003, la « jeune » plasticienne présente à la Biennale de Venise Patatutopia, inspirée des Glaneurs. En 2004, la galerie parisienne Martine Aboucaya accueille Les Veuves de Noirmoutier – quatorze écrans et autant de témoignages de femmes, « Agnès » compris. En 2006, la Fondation Cartier, à Paris, se jette à l’eau avec L’Ile et elle, etc. Les Plages d’Agnès, autoportrait animé d’une jolie folie douce, obtient le César du meilleur documentaire en 2007. La mer et les plages auront été un cadre fondateur, et enchanteur, dans la vie et l’œuvre d’Agnès Varda, de Sète à Noirmoutier en passant par Venice, à L.A…

A son tour, un autre temple de l’art contemporain invita cette artiste multiforme : à Paris, le Centre Pompidou organisa un « événement Varda » – de novembre 2015 à février 2016 –, soit une exposition de photos inédites que la photographe avait prises longtemps auparavant à Cuba, lors d’un séjour à la Havane en 1962 – en même temps que les photographes Henri Cartier-Bresson et René Burri. C’était trois ans après l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro, à une période de tension extrême avec les Etats-Unis. Les photos d’Agnès Varda saisissent ce moment politique, soutenu par un mouvement populaire. Les philosophes Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, le comédien Gérard Philipe ou le cinéaste Chris Marker avaient déjà fait le voyage.

A l’époque, de retour à Paris, Agnès Varda avait filmé ses photos au banc-titre et en avait fait un film de trente minutes – Michel Piccoli en voix off – intitulé Salut les Cubains, un clin d’œil au magazine yé-yé Salut les copains. Les clichés sont désormais entrés dans la collection du Musée national d’art moderne. Un hommage au premier métier de l’artiste, tel un sablier que l’on retourne.

  

Agnès Varda en quelques dates

30 mai 1928 Naissance à Ixelles (Belgique)

1951 Photographe du Festival d’Avignon

1955 « La Pointe courte »

1962 « Cléo de 5 à 7 »

1965 « Le Bonheur », prix Louis-Delluc en 1964

1968 « Black Panthers »

1985 « Sans toit ni loi », Lion d’or à Venise

1991 « Jacquot de Nantes »

2003 Expose à la Biennale de Venise

2007 « Les Plages d’Agnès », César du meilleur documentaire

2016 Expose au Centre Pompidou ses photos de Cuba prises en 1962

2017 Oscar d’honneur et sortie de « Visages Villages » avec JR

29 mars 2019 Mort à l’âge de 90 ans à Paris

 

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/29/la-realisatrice-agnes-varda-pionniere-de-la-nouvelle-vague-est-morte_5443036_3246.html