ASSEMBLEE DES EVEQUES DE FRANCE (LOURDES, 2021), CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, EVEQUES DE FRANCE

Assemblée des évêques de France (Lourdes, 2021)

Discours de clôture de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, le dimanche 10 novembre 2019

8-novembre-2021-Discours-Mgr-Eric-Moulins-Beaufort-archeveque-Reims-resident-Conference-eveques-France-terme-lAssemblee-pleniere-dautomne-Lourdes_0

Mesdames et Messieurs, Chers Frères et Sœurs, chers amis,

Chers Frères dans l’épiscopat,

 Le Conseil Permanent de la Conférence des évêques a estimé qu’un discours de clôture permettrait de rendre compte à toutes celles et à tous ceux qui veulent bien s’y intéresser du déroulement et de l’issue des travaux de l’assemblée des évêques. Nous avons bien travaillé ; nous avons traité, selon des méthodes diverses, des sujets assez différents. Le moment est venu de ressaisir la matière de ces jours pour que les décisions prises soient mises en œuvre, les orientations décidées poursuivies et pour que l’élan de cette session retentisse dans la vie de nos diocèses.

 Conversion

Une conviction nous habite : Jésus est venu pour tout bouleverser. Pas pour lancer la révolution mais pour faire toutes choses nouvelles. Les évêques se souviendront de l’interprétation qui leur a été proposée de la proclamation de Jonas. Ninive n’a pas été détruite ; Ninive, cependant, a été bouleversée. Les Ninivites, leur roi en tête, ont choisi un autre bouleversement que la destruction, celui de la conversion qui fait passer d’une vie faite pour la mort à une vie qui ouvre à la vie plus grande. La liturgie nous a fait entendre mercredi l’appel du Seigneur Jésus : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14, 26). Permettez-moi d’en proposer une interprétation personnelle : Jésus n’est pas venu pour conforter les institutions humaines, même les plus essentielles et les plus nobles ; il est venu pour tout tirer à lui et tout faire déboucher en lui. Œuvrer pour lui et avec lui ne voudra par conséquent jamais dire reproduire ce qui existe déjà, le rendre plus fort, plus ferme, au risque que cela devienne écrasant. Toujours, la suite du Christ introduit un bouleversement, toujours elle nous emmène plus loin ou plus profondément que nous n’aurions pensé aller. Notre rôle, à nous évêques, n’est donc pas de préserver des structures, il est d’avancer vers le Royaume en nous laissant conduire par celui qui passe par la mort pour nous ouvrir la résurrection.

Ceci vaut pour l’Église elle-même. Nous ne sommes pas évêques pour maintenir une réalité appelée Église et qui serait au bout du compte autre chose que l’Épouse du Christ née de son côté transpercé.  Nous sommes évêques, successeurs des apôtres, pour appeler à la suite du Christ et garantir qu’il est le Seigneur qui mérite d’être suivi. Par lui, en effet, grâce à lui, dans toute situation, même la plus bloquée par la mort ou le péché, un chemin vers Dieu est ouvert qu’il vaut la peine de chercher et d’essayer de parcourir.

 Renouer la relation avec les victimes d’abus sexuels

Dans le bouleversement de la conversion, nous devons commencer par nous-mêmes. Nous le faisons grâce aux personnes victimes. Ce qu’elles ont révélé des actes que s’étaient permis ou que se permettaient certains prêtres a mis à jour, selon la formule d’un évêque, « une infection qui anémiait secrètement le corps de l’Église ». La parole des personnes victimes nous a fait découvrir une face sombre de la vie ecclésiale dont nous n’avions pas idée, mais cette ignorance ne suffit pas à tout excuser. Je veux en votre nom, chers frères évêques, remercier les personnes victimes qui accompagnent notre travail et ceux et celles avec qui elles sont en relation. Ces personnes nous aident à purifier notre Église, dans sa vie concrète, de ce qui n’aurait jamais dû y entrer. Nous recevons la révélation de ces agressions sexuelles et des abus de pouvoir qui les ont préparées comme un don de la miséricorde de Dieu et une action du Christ qui veut purifier son Église avec une eau pure, voulant se la présenter sainte, sans tache, sans aucune faute.

Nous avons compris que les personnes victimes ne demandaient pas de compassion, ni de compensation de leurs souffrances. Elles veulent la vérité. Ce qu’elles nous racontent nous le fait comprendre : elles ont souffert et, souvent, elles souffrent encore des actes subis mais aussi du silence, de la cécité, de l’aveuglement qui a pu parfois être volontaire, de beaucoup autour d’eux, y compris dans la sphère ecclésiale et de la part des autorités de l’Église. Nous nous engageons à reprendre contact, chacun avec les personnes victimes que nous connaissons, pour leur manifester concrètement que nous reconnaissons la double cause de leurs souffrances, notamment en leur donnant la possibilité de recevoir une somme d’argent forfaitaire et unique, pour les inviter à participer à notre effort pour garder la mémoire de ces faits et pour leur présenter ce que nous mettons en place en matière de prévention et de formation et en matière d’accompagnement des clercs coupables, afin que les faits affreux qu’elles ont subis ne se reproduisent plus. Nous sommes conscients qu’aucun dispositif ne peut rattraper ce qui s’est passé ni apaiser ce qui est vécu. Nous demandons avec humilité à essayer de renouer une relation.

Nous remercions les groupes de travail qui ont été mis en place avec l’aide de la Conférence des Religieux et Religieuses de France après les décisions prises en nos assemblées respectives de novembre 2018. J’exprime ici publiquement au nom des évêques ma gratitude à l’égard des personnes victimes qui, en novembre dernier, puis en juin, en septembre et encore en octobre, et ici, ces derniers jours, ont accepté de venir aider notre Église. Nous sommes émus par leur fraternité maintenue et impressionnés par leur foi dans le Christ. Nous pensons à celles et ceux qui sont partis parce qu’ils ne pouvaient plus espérer trouver dans l’Église ni fraternité ni vérité. Nous voulons remercier aussi M. Sauvé et l’ensemble des membres de la Commission qu’il a constituée à notre demande. 2800 personnes ont appelé cette commission, la CIASE, pour raconter ce qu’elles avaient subi. Nous sommes conscients que ce chiffre, déjà considérable, n’est pas le chiffre ultime des abus de ce type commis depuis les années 50 par des prêtres ou des religieux ou religieuses. Nous comprenons que raconter ce que l’on a subi enfant ou adolescent est douloureux et peut entraîner de grands troubles ; nous demandons cependant humblement à celles et ceux qui pourraient témoigner de faits de ce genre de bien vouloir s’adresser à la CIASE puis, s’ils ne l’avaient pas fait encore ou si elles ne l’avaient pas fait encore, à leur évêque ou au supérieur majeur concerné. Nous voulons ne pas oublier les personnes qui se sont suicidées, ne parvenant pas à surmonter autrement les souffrances provoquées par ce qui avait été abîmé en elles.

 

 Servir le renouvellement de l’Église

Le Seigneur Jésus nous appelle à ce travail de vérité. Nous le devons à l’Église entière. Nous le devons à l’humanité. Nous le devons aux jeunes. L’Église doit regagner de la crédibilité pour faire entendre aux générations présentes et à venir que la sexualité est une chose redoutable sans doute mais belle et bonne aussi, humanisante, si on veut bien apprendre à ne pas s’en laisser posséder mais à l’intégrer patiemment dans la construction de sa personnalité pour devenir capable de relations fortes et durables et fécondes. Nous devons ce travail de vérité aussi aux prêtres de nos diocèses et aux autres prêtres, engagés pour suivre le Christ en servant son Église dans le célibat pour le Royaume. Ils apportent autour d’eux, nous en sommes témoins, de la paix, de la joie, de l’espérance. Les temps que nous vivons nous obligent à vivre une profonde transformation pastorale. Elle se joue différemment dans chaque diocèse mais elle est nécessaire partout. Elle nous offre l’opportunité d’un renouvellement de la relation pastorale des prêtres avec l’ensemble des baptisés : nous nous en réjouissons parce que nous pouvons y gagner d’être davantage fidèles au Christ. Configurés au Christ-Tête de son Corps, nous ne nous soucions pas de défendre quelque image que ce soit du sacerdoce, mais nous cherchons ensemble comment obéir au Christ et vivre en vérité l’autorité qu’il nous donne comme un service. Évêques, prêtres et diacres, ministres de l’Église, nous sommes conscients qu’il ne suffit pas de nous payer de mots en nous présentant comme des serviteurs ; nous devons apprendre chaque jour à l’être davantage en vérité.

Un grand travail est engagé dans l’Église entière, sous les deux mots de synodalité et de collégialité. Le pape François nous invite à mettre la synodalité en œuvre à tous les niveaux de la vie ecclésiale. Nous, évêques, nous réjouissons que les mouvements, associations, services et autres groupes liés à l’Église et en qui s’expriment certains aspects de sa vitalité, apprennent à s’estimer et travaillent ensemble pour que leurs modes d’organisation, de décision, de contrôle, d’échanges évitent toute forme de confiscation du pouvoir et contribuent pleinement à édifier l’Église comme unité dans la diversité. Ils nous aident et nous aiderons ainsi à accomplir ce travail dans toutes les dimensions de la vie concrète de l’Église. Samedi, le Seigneur a proclamé pour nous : « Détruisez ce sanctuaire et, en trois jours, je le rebâtirai » (Jn 2, 19). Cette espérance est notre force, une grande promesse pour l’Église.

 Synodalité et collégialité

Vous qui écoutez ces réflexions, peut-être vous semblent-elles graves, voire presque lugubres. Sachez cependant que l’atmosphère de notre assemblée a été plutôt à la joie. Si le bouleversement de la conversion fait toujours un peu peur, il rend aussi joyeux, puisqu’il ne s’agit pas de se laisser aller vers la mort mais vers une vie plus pleine en se laissant approcher davantage par le Seigneur qui vient et en allant vers lui d’un pas plus décidé. Un facteur de joie a d’ailleurs été la présence parmi nous, pendant deux jours, de deux bébés.

Nous avons en effet, commencé notre assemblée par 36 heures où chaque évêque était accompagné de deux invités de son diocèse. Ensemble, nous avons regardé en face ce que l’on peut appeler la contrainte écologique, la menace écologique, mais que nos intervenants nous ont aidé à voir plutôt comme l’opportunité écologique. Nous sommes heureux d’avoir vécu ainsi dans une collégialité plus forte avec le pape François dans la lumière de son encyclique Laudato Sí et dans une certaine forme de synodalité en travaillant avec des représentants de tout le peuple de Dieu. L’humanité prend conscience qu’elle doit changer de mode de vie. Nous, Occidentaux, réalisons que le mode de développement que nous avons construit depuis l’industrialisation mais plus encore depuis la fin de la deuxième guerre mondiale a épuisé la planète. Il ne pourra certes pas être étendu à tous les peuples de la terre et il ne pourra durer très longtemps dans nos pays eux-mêmes. Le synode sur l’Amazonie attire l’attention de tous sur les grandes forêts qui ne pourront survivre que si tous les peuples transforment leurs modes de production et de consommation et sur les peuples qui les habitent.

 

Opportunité écologique

Nous serions-nous convertis à la collapsologie ? Non, assurément non, parce que notre foi nous fait résister à l’idée d’un destin inéluctable. Nous savons la force de la liberté. Mais il y a de l’irréversible, nous ne pouvons pas nous voiler la face et nous avons le devoir d’aider les fidèles et tous ceux qui veulent bien nous écouter à regarder la réalité en face.

Nos six intervenants ont tracé des chemins pour changer de mode de vie, de manière plus ou moins radicale, en nous assurant que le jeu en valait la chandelle, car ce changement ne nous permettrait pas seulement de survivre, il nous permettrait de vivre mieux, nous et des milliards d’autres avec nous. Je leur adresse ce matin un salut plein de gratitude. Chacun d’eux nous a parlé, à nous et à nos invités diocésains, selon ce qu’il était, en livrant beaucoup de lui-même. Ils nous ont fait entendre chacun un ton différent, une manière de voir le monde et de l’évoquer un peu ou davantage décalée de ce à quoi nous sommes habitués.

Les chiffres qu’ils ont donnés, les faits qu’ils ont décrits, nous les connaissions pour la plupart. Mais nous restons impressionnés par les conséquences qu’eux en ont tirées pour vivre d’une manière qui soit bénéfique pour la planète et pour l’ensemble de l’humanité. Ils nous ont fait sentir l’urgence des changements nécessaires aussi bien dans nos habitudes quotidiennes que dans les grandes orientations de nos sociétés. Ils nous ont persuadés que la conversion méritait d’être vécue, même si l’humanité entière ne s’y engageait pas. Nous avons entendu des chrétiens encore jeunes, engagés dans la proclamation et le service de la foi, qui ont découvert l’urgence écologique comme un champ ouvert pour le Christ ; nous avons entendu des jeunes qui ont été chrétiens et qui ont trouvé dans leur conversion écologique une cohérence de vie et une ouverture aux autres à vivre en actes, en se passant du Christ. Comment l’appel du Christ peut-il donner plus de vérité et de plus d’efficacité face à l’urgence de la « maison commune » qui se défait ?

 

Je voudrais, de manière tout à fait arbitraire et partielle, retenir trois pistes :

Le déchirement intérieur que tous vivent entre les rôles d’individu qui doit se nourrir, se loger, se chauffer, s’habiller ; de père ou mère de famille ; de producteur de biens et de services ; de consommateurs ; d’actionnaire… qui veulent nécessairement avoir plus ou mieux en dépensant moins et qui voudraient bien réduire leur empreinte carbone ou tenir compte des conditions sociales de production et de vente de ce qu’ils achètent. Nous-mêmes, évêques, n’échappons pas aux injonctions contradictoires de ces rôles. La sobriété heureuse est un horizon qui peut facilement réjouir les disciples du Christ que nous sommes, mais la vivre réellement est exigeant. La notion de « péché écologique », suggérée au synode romain sur l’Amazonie, pourrait aider à vivre ce déchirement avec patience. Car reconnaître son péché est déjà en être sorti ;

La complexité de nos décisions les plus ordinaires : choisir sa source d’énergie, renoncer à un déplacement en raison de son coût en carbone, vérifier les produits chimiques utilisés pour fabriquer tel produit ou se renseigner sur les conditions sociales des ouvriers, s’inquiéter de la distance parcourue par tout objet que l’on achète ou que l’on commande, tout cela est possible, mais compliqué. Comment trouverons-nous le temps de nécessaire à une telle attention ? Comment entraîner les fidèles dans de telles attitudes ? La responsabilité dans l’acte de consommation à laquelle appelait le pape Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in Veritate est une belle exigence, la mettre en œuvre requiert de se dégager de la fascination pour la consommation facile de nos sociétés de surabondance. N’oublions pas que tel de nos intervenants nous a assuré que les personnes en situation de précarité étaient des experts en matière de recyclage et de sobriété. L’extension de la notion de « prochain » à tous ceux qui sont impactés par nos choix économiques pourrait être stimulante. Nous n’oublierons pas les visages aperçus lors de la veillée de samedi des habitants de pays variés évoquant les conséquences sur eux des transformations climatiques. Pourrons-nous longtemps supporter que le mode de vie d’un Français pèse 4 fois plus sur la planète que celui d’un Indien et 7 fois plus que celui d’un Haïtien ? Choisir ou renoncer par amour pour un prochain, même lointain géographiquement, est plus réjouissant que le faire pour réduire son empreinte carbone. ;

Tout le monde ne peut pas habiter la campagne pour s’installer comme maraîcher. On nous a dit aussi qu’il faudrait sans doute se décider à privilégier le logement collectif, en hauteur, pour dégager des terres naturelles et limiter les besoins de déplacements. Une économie qui ne serait plus une économie de la quantité des produits mais de la qualité des liens peut éclairer le sens de la vie, même en ville. L’urbanité est une vertu citadine, a pu dire l’un d’entre nous. La fraternité chrétienne trouve là un encouragement puissant. Elle ne serait plus un perfectionnement de la vie spirituelle à l’usage de ceux et celles qui en veulent davantage, mais la condition d’une vie qui ne soit pas seulement une survie : moins de biens et plus de liens, avons-nous entendu.

 

Poursuivre le travail

Qu’allons-nous faire maintenant ? Rentrer dans nos diocèses, retrouver nos deux invités, rendre compte de ce que nous avons vécu. A qui raconterons-nous cette expérience et comment le ferons-nous ? Comment mettrons-nous en œuvre les « petits pas » que nous avons repérés mercredi matin et offerts pendant la Messe ? Dans nos diocèses, dans nos régions, des personnes engagées sur le modèle de nos six intervenants existent. Des pans entiers de nos sociétés se remettent en cause et bougent, ils ne nous ont pas attendus. Industriels, agriculteurs, maires des villages comme des métropoles, enseignants,… tous, à de degrés divers selon les rôles sociaux occupés, font des choix précis. A nous d’aller les rencontrer, les interroger, les écouter. Nous avons acquis quelques clefs pour le faire et peut-être une stimulation renouvelée.  Le fruit de ces rencontres devra enrichir nos prochaines assemblées. L’évaluation faite ensemble samedi et celle que nos invités renverront permettront au conseil permanent de préparer la suite la mieux adaptée.

Nous avons compris que les petits pas étaient nécessaires mais qu’il fallait aussi des décisions structurelles. Permettez-moi de désigner deux voies :

Les agriculteurs de notre pays ont, après la deuxième guerre mondiale, construit une agriculture utilisant toutes les ressources de la chimie et du machinisme, ce qui a permis à nos pays d’oublier la disette et de vivre dans la sécurité alimentaire et même dans l’abondance. Beaucoup de ces agriculteurs étaient des catholiques qui ont trouvé dans les structures des mouvements ecclésiaux des lieux de réflexion, de formation, de décision. Beaucoup, catholiques ou non, de ceux qui ont construit cette agriculture moderne l’ont fait avec abnégation, dévouement, attention aux plus faibles d’entre eux, de manière solidaire, avec une forte conscience de leur devoir de nourrir l’humanité entière et donc avec souvent une attention à la coopération internationale. 70 ans après, les fondements de ce système agricole et agro-alimentaire sont remis en cause. Des décisions qui paraissaient il y a peu de bon sens économique suscitent brusquement la réprobation. Nous voulons leur dire notre estime et nos encouragements. Les agriculteurs d’aujourd’hui sont prêts à d’immenses mutations dans leurs pratiques. Certains se lancent, d’autres résistent ; ils ont besoin de se sentir estimés, ils ont besoin de trouver des conseillers sûrs et désintéressés ; leurs intérêts sont parfois divergents ; ils ont besoin de se parler, de se comprendre et de trouver l’énergie de s’entraider. Notre rassemblement « Terre d’espérance » voudrait être une contribution à ce renouvellement de la vie du monde rural qui devrait servir bien au-delà.

Une question s’impose à nous comme à notre société entière : après la deuxième guerre mondiale, nos pays ont voulu mener la reconstruction en servant le plus possible la paix et la justice. Comment se fait-il que nous aboutissions à un monde qui paraît bloqué, qui marche vers l’abîme, où beaucoup souffrent d’un fossé croissant entre leur activité et l’urgence du monde ? Le 9 novembre nous a fait nous souvenir de la chute du mur de Berlin. Là encore : où sont passées les forces spirituelles qui ont conduit à l’écroulement, de l’intérieur, du système soviétique ? Ont-elles été toutes absorbées dans le consumérisme universel, par lequel tout être humain se trouve mû surtout par des frustrations que le système suscite en promettant de les combler ? Il semble qu’une phase de l’histoire du monde touche à sa fin. Comment le monde relèvera-t-il le défi ? D’où viendront les forces pour relancer un monde où tous pourraient vivre de manière juste ? L’avènement du numérique n’y suffit visiblement pas.

Au moins autant que d’autres traditions spirituelles, nous avons des trésors de contemplation, de silence à partager, une manière d’ascèse joyeuse qui reconnaît en tout bien, même minime, un don de haute densité. Nous pouvons offrir des expériences de fraternité qui apportent plus de joie que toutes les richesses, nous le savons bien, nous l’avons encore goûté ici, avec nos invités puis entre nous, et toute famille chrétienne, tout fidèle un peu engagé dans sa paroisse ou dans un mouvement le sait bien. La transformation des rapports pastoraux que nous avons à vivre doit permettre de faire de cette expérience fraternelle le cœur de l’expérience chrétienne.

Les évêques ont insisté, dans leur évaluation, sur la nécessité d’une élaboration théologique solide. Elena Lasida et Fabien Revol en ont courageusement posé les linéaments pour nous. En explorant le monde sous la contrainte ou l’opportunité écologique, nous ne doutons pas d’apprendre à connaître le Christ notre Seigneur davantage. Là encore, sa parole retentit : « Détruisez ce sanctuaire et, en trois jours, je le rebâtirai… Il parlait du sanctuaire de son corps » (Jn 2, 19.21). Précisément, il a pris une humanité complète, il a vécu l’expérience corporelle complète de se tenir dans notre cosmos, d’y reconnaître le don du Père, d’aller vers les autres en son corps pour les rencontrer, partager le repas, travailler, marcher avec eux. Il a goûté la pluie et le vent et le soleil et les parfums de sa terre et la presse de Jérusalem les jours de grande fête. Dans son Eucharistie, dans le très peu de matière prélevée pour ce sacrifice, il se donne tout entier. Mieux encore : Omne delectamentum in se habentem, il contient en lui tous les délices. De lui, mieux que de tout autre, nous pouvons apprendre la loi du monde nouveau : le peu donne la totalité. Au congrès eucharistique de Cebù, plusieurs conférenciers avaient médité le fait que le pain et le vin ne sortent pas de terre tout faits mais sont des produits du génie humain et qu’ils sont aujourd’hui l’aboutissement de processus complexes dont nous pouvons nous demander s’ils sont toujours justes et bienvenus. Le congrès eucharistique de Budapest aidera peut-être à approfondir la lumière écologique que contient l’Eucharistie.

 

Écologie intégrale

Voilà qui offre une manière d’exprimer l’inquiétude que suscite en nous la loi en préparation en matière de bioéthique. Au moment où l’on remet en question la technicisation de l’agriculture et même des transports, comment peut-on croire et pourquoi veut-on faire croire qu’il serait équivalent qu’un enfant soit conçu dans l’union corporelle d’un homme et d’une femme qui ont choisi de se donner l’un à l’autre et de créer un foyer où le monde est un peu apaisé ou dans une éprouvette, au prix d’opérations de haute technicité, toujours risquées et au prix de l’élargissement constant des conditions d’expérimentations sur des embryons qui sont des « petits d’hommes » ? Comment peut-on croire et pourquoi veut-on faire croire qu’accumuler des filiations les unes sur les autres, déconnectées du rapport au corps, serait un progrès, une source de libération ? Car on entend cela pour justifier les décisions qui se préparent. La vérité est que, le voulant ou ne le voulant pas, on prépare un vaste marché de la procréation. Ce marché existe déjà. Lui ouvrir la porte, c’est y céder. Nous savons bien que certains de nos concitoyens, même catholiques, voient avant tout le soulagement apporté à une souffrance. Mais il ne s’agit pas ici d’un jugement sur des cas personnels mais d’un discernement sur un fait nécessairement social. Nous encourageons celles et ceux de nos concitoyens qui voient le danger que nos sociétés courent à faire connaître leur inquiétude en se manifestant selon les modes qui leur sont possibles et aussi en la partageant paisiblement, patiemment, avec leur entourage. Nous voulons redire ici la beauté de l’engendrement humain, la joie de l’enfant reçu comme un don et jamais réclamé comme un droit, un don que les époux se font l’un à l’autre et qu’ils reçoivent de Dieu. Nous voulons aussi redire que la fécondité d’une vie peut s’exprimer de bien d’autres manières que dans l’engendrement d’enfants. Peut-être l’émerveillement devant la nature et le respect des liaisons qui la constituent peuvent-ils être un chemin pour que nos contemporains découvrent la beauté de leur corps et de leur être et en acceptent les limites joyeusement, tout en les transcendant dans le service mutuel et la fraternité. L’écologie intégrale concerne l’être humain, à qui il est donné de voir le cosmos comme un tout afin qu’il en soit le gardien.

 

Dépasser les crispations sociales

Avant que nous n’arrivions à Lourdes, notre pays avait vécu un épisode de plus de crispations autour des foulards portés par des femmes musulmanes. Le point est délicat car nos concitoyens sont sensibles sur ce sujet. Ils craignent les faits de radicalisation, et nous savons qu’ils ne manquent pas. L’Etat se doit de garantir l’ordre et la sécurité de tous. Il faut cependant reconnaître que nombre de nos concitoyens d’origine nord-africaine ou sub-sahélienne ont quelques raisons de ne pas faire entière confiance à notre fraternité française. Nous savons pourtant que beaucoup sont désireux de trouver leur place dans notre société française. Il vaudrait la peine de savoir ce que les femmes qui choisissent de porter un foulard ont en tête, plutôt que leur prêter des intentions. Les polémiques sur ce thème favorisent les replis des citoyens, chacun sur sa communauté d’origine plus ou moins identifiée. Notre société française et européenne est une société du vis-à-vis, où chacun voit le visage de l’autre et laisse voir le sien. La différence est grande entre un voile qui cache le visage en tout ou partie et un foulard qui l’encadre. Des catholiques sont engagés dans l’amitié et l’action avec des hommes et des femmes musulmanes. Nous pourrions souhaiter qu’il y ait davantage de rencontres entre des familles musulmanes et des familles chrétiennes. Car la liberté chrétienne, la liberté en vue du bien, qui n’a pas besoin de se protéger du regard des autres, pourrait être un formidable soutien pour les personnes musulmanes qui voudraient avancer dans la fraternité.

Le gouvernement a, d’autre part, annoncé un certain nombre de mesures à propos de l’immigration. L’immigration inquiète fortement une grande partie de la population française. Beaucoup redoutent les changements que connaît ou pourrait connaître notre pays dans son équilibre démographique et dans sa culture. Mais, à ce sujet aussi, il est vain de se leurrer. Il ne faut pas tromper nos concitoyens : nous n’avons pas fini de voir arriver des migrants. Les bouleversements de nos sociétés seront grands, nous pouvons choisir de les rendre positifs. Nous voulons rendre hommage à celles et ceux qui œuvrent, sans idéologie, seuls ou dans des associations catholiques ou chrétiennes ou non, pour tempérer les duretés de l’exil et compenser au moins un peu les aspérités de notre système d’accueil. Le gouvernement a annoncé qu’il allait réduire le montant des taxes prélevées sur les personnes migrantes au moment de leur donner des papiers. C’était une demande de nos associations. Nous saluons volontiers cette décision. En revanche, on peut s’étonner de la fixation de quotas qui donnent l’impression que notre pays va aller prélever dans les autres les forces vives dont il a besoin. Sans doute, ces quotas permettront-ils de régulariser quelques-unes des personnes migrantes déjà arrivées chez nous. En votre nom, je me permets d’espérer une politique plus claire et plus réaliste. Puisque l’afflux des Géorgiens pour se faire soigner et celui des Albanais fuyant la vengeance privée dans leur pays saturent nos dispositifs, souhaitons que, lorsque l’Union européenne aura fini d’user son énergie à gérer le Brexit, elle pourra chercher comment aider la Géorgie à se doter d’un système hospitalier digne de ce nom et l’Albanie d’une justice crédible. Mais alors, nous citoyens européens, sommes-nous prêts à ce que l’Union européenne consacre des forces et des moyens à de tels objectifs et ces deux pays, la Géorgie et l’Albanie, peuvent-ils avoir des autorités publiques crédibles, capables de profiter de l’aide que l’Union européenne pourrait leur apporter ?

Demain, nous participerons aux cérémonies du souvenir de la fin de la première guerre mondiale. Beaucoup parmi nous célébreront des messes à l’intention des victimes des guerres et pour demander la paix. Notre pays rendra hommage aussi à ses soldats morts ces dernières années, dans des combats hors du sol national. Nous les prenons dans notre prière et nous confions aussi leurs familles à Marie, Notre-Dame de Lourdes. Nous pensons à tous les pays déstabilisés en ce moment. Nous avons été impressionnés par le récit des manifestations pacifiques et dignes qui rythment la vie de l’Algérie depuis le 22 février dernier ; nous avons suivi avec attention la mobilisation des citoyens au Liban ; nous n’oublions pas l’Ukraine et la guerre qui se poursuit, peut-être en changeant d’intensité, dans l’Est du pays. La culture de la paix est toujours à construire.

 

La lumière de l’Avent

Déjà, dans nos villes et peut-être nos villages brilleront les décorations de Noël : tant est grand le besoin de vendre et d’acheter. En l’enfant de Bethléem, Dieu renouvelle son alliance avec l’humanité entière. Celui-là, cet Enfant-là, ce Jésus, il vaut la peine de tout quitter pour le suivre. Nous rendons grâce à Dieu pour celles et ceux qui demanderont à devenir chrétiens. Nous rendons grâce à Dieu pour les vocations qu’il suscite et nous prions pour que des jeunes hommes répondent à son appel pour le service des mystères du salut, que des jeunes hommes et des jeunes femmes s’engagent par la consécration de leur vie au Seigneur qui vient jusqu’à nous. Le temps de l’Avent nous promet que la longue histoire de l’humanité débouche dans la communion avec Dieu. Il vient faire toutes choses nouvelles. « Le Royaume de Dieu est tout proche ». C’est la bonne nouvelle que nous avons à porter, avec foi et avec espérance. Elle mérite l’engagement de notre vie entière. C’est notre joie.

                                                                                                                              Je vous remercie.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
Archevêque de Reims
Président de la Conférence des évêques de France

ABUS SEXUELS, CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, PEDOCRIMINALITE, PEDOPHILIE, TEMPS MEMORIEL A LOURDES

Conférence des Evêques de France : Temps mémoriel à Lourdes

Temps mémoriel à Lourdes

080_HL_LFERRIERE_1577933

Discours de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France, lors du dévoilement d’une photo dans le Sanctuaire de Lourdes le 6 novembre 2021.

000_9R63V7

Petit enfant qui pleure,

Petit garçon qui t’en étais allé servir la Messe, plein de fierté, petite fille qui allais te confesser le cœur plein d’espérance du pardon, jeune garçon, jeune fille, allant tout enthousiaste à ll’aumonerie ou au camp scout. Qui donc a osé souiller votre corps de ses grosses mains ? Qui a susurré à votre oreille des mots que vous ignoriez ? Qui vous a imposé cette odeur qui vous imprègne ? Qui a fait de vous sa chose, tout en prétendant être votre meilleur ami ? Qui vous a entraîné dans son secret honteux ?

Petit enfant qui, à jamais pétrifié, pleure sous les voûtes d’une cathédrale, petit enfant des centaines de milliers de fois multiplié !

Quelqu’un t’a photographié. Il permet à beaucoup de te voir, de te regarder. Quelqu’un s’est reconnu en toi, a vu en toi l’image de sa destinée brisée, ravagée. Quelqu’un, en te découvrant un jour, a trouvé en toi un frère ou une sœur grâce à qui il allait pouvoir exprimer ce qu’il portait en secret, ce que tant et tant ont porté et portent sans trouver de mots pour le dire, sans trouver, et moins encore, de cœur pour les écouter.

Petit enfant qui pleure sur un pilier d’église, là où tu devrais chanter, louer, te sentir en paix dans la maison de Dieu,

Nous te regardons. Désormais, nous passerons devant toi en te voyant, en t’écoutant. Ô enfant bafoué, enfant humilié, enfant profané qui survit au fond de tant d’adultes ou adolescent suicidé, nous voulons apprendre à te regarder et à entendre le cri muet de ta souffrance.

Petits garçons, petites filles qui pleurez cachés dans les adultes que tous voient, adolescents murés en un silence qui vous a été imposé, nous vous devons cela. Nous vous le devons sous le regard de l’humanité, sous le regard de notre conscience, sous le regard du Christ notre Seigneur, que vous vouliez chanter de toute votre âme, de tout votre être, et devant qui à jamais vous pleurez.

Il est trop tard pour que nous puissions essuyer vos larmes. Il ne l’est pas de nous souvenir de vous. Votre image placée sous nos yeux, nous voudrions qu’elle imprègne nos âmes. Désormais, je ne peux entrer dans une église, pour y célébrer le mystère de la vie et de l’amour plus forts que la mort, sans porter le stigmate de votre visage qui pleure, si pauvre, si touchant, si seul, si désemparé, et si digne surtout. Tout le bien du monde ne rachète pas les pleurs d’un enfant.

Petit enfant qui pleure, petite fille, petit garçon, adolescente, adolescent, moi, Éric, évêque de l’Église catholique, avec mes frères évêques et les prêtres et les fidèles qui le veulent bien, j’implore de Dieu en ce jour qu’il m’apprenne à vous être fraternel. « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

©DR-724x1024

Temps pénitentiel 

Parvis de la basilique du rosaire du sanctuaire de Lourdes

capture-decran-29

Mon Dieu, des hommes, des femmes, ont commis non seulement l’injustifiable mais surtout l’intolérable. Ton Église a été, est, le lieu de crimes contre l’humanité du sujet. Te supplier, toi mon Dieu, paraît alors presque trop petit, trop peu. Supplier alors aussi chacune des personnes dont la vie a été, est plongée dans les abîmes des enfers, car vous êtes, elles sont, ton visage, mon Dieu, toi le Dieu humilié, méprisé, crucifié.

Être pris en pitié, implorer tes entrailles mon Dieu, promettant de faire œuvre de justice. Supplier que nous soyons pris en pitié en demeurant au pied de la Croix. Nous ne pouvons descendre dans les enfers où chaque vie d’enfant, d’adulte rendu vulnérable, a été précipitée. Mais demander la force autant que la grâce de nous tenir à la porte, au bord du tombeau et là te supplier toi Dieu très bas, qui seul peut descendre dans ces ténèbres et en fracasser la porte.

 

Toi qui seul peux nous délivrer, nous aussi, du mal que nous avons commis contre la vie, l’intégrité, la dignité, la confiance, la foi de chaque existence, meurtrie, une par une, l’une après l’autre, visage défiguré après visage défiguré.

 

Nous en arracher, de ce mal commis, et fortifier notre pauvre courage pour un jour peut-être entendre cette parole de grâce, que Joseph, après avoir enterré son père Jacob offrit à ses frères qui l’avaient pourtant vendu comme esclave, réduit comme un objet : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu a voulu le changer en bien, afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : préserver la vie d’un peuple nombreux. » (Gn 50, 20)

 

Sr Véronique Margron

Présidente de la CORREF

Site-thumbnail-montages-a-garder-5

ANTHROPOLOGIE, ANTHROPOLOGIE CATHOLIQUE, CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, ETHIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?

Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?,

Conseil permanent de la Conférence des Evêques de France

Paris, Bayard, Cerf, Mame, 2019, 77 pages.

téléchargement

 

Présentation de l’éditeur

Ce nouveau texte du Conseil permanent des évêques de France ambitionne, pour le grand public, de présenter les fondements de l’anthropologie catholique. Aujourd’hui, l’homme fait face à de grands défis et à de grandes tentations. Le progrès lui offre des potentialités exaltantes mais crée aussi des menaces inquiétantes. Afin de nous aider à répondre aux interrogations sur notre dignité, notre faiblesse, notre destin dans l’univers, il a été jugé utile de proposer dans ce texte quelques pistes de réflexions sur la personne humaine, sa beauté, sa vocation, son droit de s’accomplir pleinement. Ce texte clair et puissant, dont le titre est tiré du Psaume 8, est préfacé par Mgr Michel AUPETIT, Archevêque de Paris, et postfacé par Mgr Jean-Pierre BATUT, évêque de Blois.

 

QU’EST-CE QUE L’HOMME POUR QUE TU PENSES À LUI ?

«Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?» (Ps 8, 5-7). C’est par cette question biblique que le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France offre aux catholiques et aux curieux une première approche de l’anthropologie.

L’anthropologie est la connaissance de ce qu’est l’homme. L’Église catholique, avec notamment l’œuvre de Saint Thomas d’Aquin, dans la lignée de la pensée d’Aristote et de la philosophie réaliste, définitl’homme. Elle l’envisage comme un être entier, corps, âme et esprit, soulignant par ce dernier mot sa vocation spirituelle.

Les auteurs rappellent que la vocation de l’homme est celle du bonheur. Ce bonheur s’exprime à travers la liberté, la vérité, la responsabilité et la transcendance. Ils abordent le scandale du Mal, la mort et l’acceptation de notre finitude, tout en insistant sur la spécificité de l’homme, qui se distingue de l’animal par ses puissances spirituelles, la raison et la volonté. L’homme est un animal «raisonnable», c’est-à-dire qu’il raisonne et associe les concepts. La Création lui est confiée, et il doit en user raisonnablement, sans en abuser.

Dans une seconde partie, le texte inscrit l’homme dans les relations qu’il entretient avec ses semblables, parlant d’une «seule famille» marquée par «l’interdépendance», et qui a une vocation à la fraternité. En conclusion vient un développement sur la famille, cellule principale du don réciproque des époux et premier lieu des actes de bonté et de charité.

Ce petit opuscule vient rappeler les principaux fondements de l’anthropologie, afin de permettre à tous ceux qui le souhaitent de découvrir la personne humaine dans toutes ses dimensions et sa grandeur. Il en constitue une première approche tout à fait appréciable et accessible, qui invite à un approfondissement tant il est nécessaire aujourd’hui de se former à la connaissance de l’homme. À l’Institut Karol Wojtyla, par exemple ?

 

https://srp-presse.fr/index.php/2019/05/10/quest-ce-que-lhomme-pour-que-tu-penses-a-lui/

BIOETHQIE (lois), COMITE CONSULTATIF NATIONAL D'ETHIQUE, CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, GEORGES PONTIER (Evêque de Marseille)

Mgr. Pontier devant le Comité consultatif national d’éthique

En six points, Mgr Pontier réaffirme devant le CCNE la valeur absolue de toute personne

26 avril 2018, intervention de Mgr Pontier devant le Comité consultatif national d’éthique

La Croix , le 30/04/2018 à 14h49

 

Le 26 avril 2018, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, s’est exprimé devant le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), accompagné de Bruno Saintôt  (sj). Une rencontre inscrite dans le cadre des états généraux de la bioéthique. La longue intervention du président de la Conférence des évêques de France a été formulée en six chapitres. L’éthique, « le CCNE n’aurait-il pas à réfléchir sur la notion de “droits de l’homme” et de “droit fondamental”, en les distinguant du droit positif et des demandes sociétales exprimées en termes de « droits » ? » ; le principe de précaution, « la vertu de “prudence” a ses lettres de noblesse dans le discours éthique. Elle est une vertu du politique. Elle devrait être mise en exergue par la CCNE grâce à une réflexion approfondie sur la “prudence” dans le vaste patrimoine philosophique des différentes cultures » ; le droit de l’enfant, « faire passer le droit des adultes avant celui de l’enfant est donc en soi une injustice. Il est contraire à l’éthique de promouvoir une institution injuste… » ; le critère de la violence, « devant les contradictions de droits individuels, la protection du plus vulnérable doit être “primordiale” »… ; la médecine et la solidarité sociale, chapitre divisé en quatre parties : les priorités de santé, le rapport à l’utilisation des techniques de prédiction médicale, le rapport à la définition collective des vies acceptables, le rapport à l’intelligence artificielle, une médecine définie par Mgr Pontier comme « gardienne du seuil d’humanité » ; la fuite en avant, avec la question de la mise en place d’un moratoire devant des révisions des lois de bioéthique qui se laisseraient dicter « par des impératifs financiers dus à la concurrence internationale dans le domaine de la recherche, par des transgressions d’interdits majeurs mises en place dans d’autres pays, par des demandes sociétales où s’expriment des désirs exacerbés en raison d’un individualisme grandissant et de possibilités techniques ? » « Dans le fond, a conclu Mgr Pontier devant le Comité consultatif national d’éthique l’interdit “tu ne tueras pas”, la considération primordiale de l’intérêt supérieur de l’enfant, la vocation intangible de la médecine, le respect de l’inviolable dignité humaine, la non-patrimonialité du corps humain, la considération pour la vulnérabilité de l’être humain, la primauté de l’éthique sur le financier, la supériorité du principe de précaution sur les applications de la science, devraient constituer un axe politique fort dans une société démocratique qui trouverait son unité dans les symboles exprimant ces évidences. »

Prendre soin les uns des autres en considérant l’autre dans sa dimension transcendante est la perspective dans laquelle je me placerai. Cette perspective articule la valeur unique et absolue de toute personne avec le projet d’une société hospitalière. En effet, « l’Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine » (1). Cela passe par une réflexion éthique sur laquelle je m’arrêterai un instant.

 

 

  1. L’éthique

L’éthique promeut un discours de raison qui, selon Paul Ricœur, vise à trouver ensemble le bien de la personne, le bien du groupe auquel celle-ci appartient et le bien des institutions, c’est-à-dire leur justice. Elle le fait à partir d’une vision anthropologique qui ne se réduit pas à la sociologie ni aux sciences humaines. La recherche d’une signification qui fasse sens pour tout homme et pour tout l’homme guide les actions de l’homme afin que celles-ci soient bienfaisantes. Cette signification induit des limites en deçà desquelles l’action est malfaisante.
L’éthique s’élabore donc en fonction du triple bien visé ET des limites énoncées comme des interdits fondateurs des civilisations. Elle se traduit dans notre droit par le principe de l’indisponibilité du corps humain, c’est-à-dire en terme juridique de la « personne ». Ici, la summa divisio dans notre droit est essentielle. Elle induit le principe de non-marchandisation (ou de gratuité) qui s’applique à tout élément du corps humain, quel qu’il soit. Ce principe devrait être davantage mis en lumière pour se garder des tentations du marché, ce qui risquerait d’arriver dans le cas où l’ouverture de la PMA à toutes les femmes serait légalisée étant donné la pénurie des gamètes disponibles.

D’autres situations montrent que ce principe est un guide éthique sûr pour préserver la « personne ». Faut-il par exemple parler d’indemnisation pour don d’ovocytes ou d’indemnisation pour les démarches nécessaires au don d’ovocytes ? Faut-il accepter les contrats qui visent à considérer l’enfant comme un bien monnayable, ou la femme avec son corps comme un bien utilisable ?

Dans sa réflexion sur la nouvelle responsabilité suscitée par l’utilisation des technologies, Hans Jonas formule un impératif : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » (2). La « révolution culturelle » (3), que laisse deviner l’avènement de « l’intelligence artificielle », appelle un surcroît de réflexion pour penser cette « permanence » comme cela s’est fait à chaque changement civilisationnel dans l’histoire. Sans doute est-il nécessaire et urgent de réfléchir à une conception partagée d’une « vie authentiquement humaine ».

Par exemple, est-elle « authentiquement humaine » en étant augmentée grâce à la technique génétique ? En étant organisée sans pouvoir avoir de père ? Le Code civil (16-4) garantit la « préservation de l’espèce humaine » et la Convention d’Oviedo affirme « que les progrès de la biologie et de la médecine doivent être utilisés pour le bénéfice des générations présentes et futures » (Préambule, alinéa 12). Notre droit nous rend ainsi attentifs à la « permanence d’une vie authentiquement humaine ». Il nous invite à la prudence.

L’éthique se préoccupe de discerner la juste limite aux désirs individuels en les resituant dans la relation et l’interdépendance qui caractérisent l’être humain puisque sa dimension sociale lui est essentielle. Le désir ne concerne pas seulement l’individu qui désire, mais la société tout entière, et ceci d’autant plus que cet individu demande à la société de satisfaire son désir. Le CCNE ne devrait-il pas réfléchir à une éthique de la liberté à partir d’une éthique du consentement à la limite et d’une éthique de la responsabilité qui engage vis-à-vis d’autrui ? La liberté n’est jamais purement individuelle car elle est celle d’un être humain en relation.

L’éthique se doit donc d’intégrer le désir en lui donnant un sens de telle sorte qu’elle ne soit pas une liste de réponses diverses à des demandes individuelles grâce aux pouvoirs des techniques. Elle a une visée éducative en faisant œuvre de raison, ce qui permet d’orienter ces désirs et d’utiliser les techniques selon la sagesse, c’est-à-dire en étant au service de la personne en sa totalité et de toutes les personnes. Ici, intervient la justice : l’institution est juste quand elle vise le « bien commun » et non les cas particuliers.

L’homme subit une tentation technologique qui le pousse à vouloir tout maîtriser en utilisant tous les pouvoirs que lui procure la technique. Ses désirs de maîtrise ou de domination se traduisent en « droits » dont la liste s’agrandit indéfiniment (par exemple, la résolution de l’Assemblée nationale qui appelle l’IVG un « droit fondamental », ce qui est un non-sens juridique puisque l’IVG continue à être définie en dérogation à l’article 16 du code civil). La volonté, le plus souvent non consciente, de tout dominer le conduit dans l’illusion vis-à-vis de lui-même. Il est dans une fuite en avant selon la logique de l’auto-justification qui l’oblige à appeler « droits » ses désirs, fuite en avant dont on ne voit pas l’issue puisque les possibilités techniques exacerbent les désirs et rendent possible leur satisfaction immédiate.

Le CCNE n’aurait-il pas à réfléchir sur la notion de « droits de l’homme » et de « droit fondamental », en les distinguant du droit positif et des demandes sociétales exprimées en termes de « droits » ?

Enfin, l’éthique est située dans une histoire et une actualité, ici celles de la France, en Europe et dans le contexte de la mondialisation. L’histoire nous instruit sur la provenance de certains concepts qui ont force symbolique dans notre pays. Les mettre en évidence de façon claire et pédagogique contribue à élaborer une éthique qui soit éducative de nos contemporains en visant le « bien commun », c’est-à-dire les conditions qui permettent à chacun et à chaque groupe de trouver plus facilement leur épanouissement vers le bonheur. Pour cela, selon la pensée de Jürgen Habermas (4), la laïcité n’interdit pas d’avoir recours à des mythes issus de la religion qui peuvent avoir force de sens dans le langage séculier adapté à une société plurielle en quête de sens pour tous. Par exemple, l’interdit « tu ne tueras pas » ou le récit du « bon Samaritain » expriment une compréhension du vivre ensemble humain dans une société.

L’éthique s’appuie sur une « loi non écrite » qui demeure inscrite au fond de l’être humain, quelle que soit sa culture ou sa tradition religieuse. Cette « loi » devrait être mise au jour comme des points de convergence entre diverses traditions de pensée. Cette mise au jour est nécessaire pour considérer l’être humain dans sa vérité et sa totalité. Pour cela, plus que la discussion, le « dialogue » est recherche menée ensemble pour exprimer rationnellement cette « loi non écrite » sans qu’aucun partenaire prétende la posséder ou la confisquer (5). Il est éclairé par la recherche désintéressée de la vérité, c’est-à-dire du juste bien de la personne, de toutes les personnes et des institutions.

De multiples regards convergent sur l’être humain pour en attester la transcendance : l’être humain se reçoit, infiniment plus qu’il ne se domine. On l’a dit : l’homme passe infiniment l’homme. Le langage commun pour formuler cette transcendance ne peut faire l’économie d’une recherche dans le « dialogue » de la vérité des termes employés. L’écoute attentive des personnes en précarité contribue à ouvrir les yeux sur cette transcendance.

Grâce au « dialogue », cette « loi » apparaît avec la force d’une transcendance ou d’un « visage », pour reprendre l’expression d’Emmanuel Lévinas.  Ne pas la recevoir (ou refuser de la recevoir) en raison des désirs exacerbés, c’est s’obliger à masquer ce « visage » en modifiant les énoncés de la loi afin que ceux-ci lui paraissent adéquats à ce « visage » bien que de façon fausse ou artificielle.

Par exemple, on passe des « mères porteuses » (ce qui contredit le non-utilitarisme de Kant) à l’altruisme signifié par la « gestation pour autrui » ; on va jusqu’à écrire, dans le rapport du Cese (6), que sur l’acte de décès provoqué par une « sédation explicitement létale » (ce qui déjà contredit le sens de l’expression « sédation » dans le langage des soins), il sera écrit « décès naturel » (7). Comment pourrait-il être éthique de masquer la véritable nature d’un acte ? Comment le droit pourrait-il dire ce qui est juste s’il qualifie explicitement de façon mensongère la nature d’un acte ?

 

  1. Le principe de précaution

La loi du 7 juillet 2011 a fait preuve de « prudence » (8). Le temps de l’éthique est plus long que celui de la science. La précipitation n’est jamais bonne conseillère, surtout quand elle provient de pressions sociétales ou politiques qui somment l’éthique de se prononcer. La vertu de « prudence » a ses lettres de noblesse dans le discours éthique. Elle est une vertu du politique. Elle devrait être mise en exergue par la CCNE grâce à une réflexion approfondie sur la « prudence » dans le vaste patrimoine philosophique des différentes cultures.

Cette « prudence » vis-à-vis d’une avancée scientifique est en elle-même appelée par une autre science. Par exemple, l’homme augmenté promu par la science informatique est en vérité un « homme simplifié » (9) et faible. La science biologique montre que la force de l’homme réside dans sa vulnérabilité biologique puisque l’épigénétique le rend capable de s’adapter aux situations changeantes qu’il rencontre dans son environnement (10).

Aujourd’hui, devant les avancées des techniques et face aux désirs des scientifiques, il semble urgent d’être « prudent ». Le principe de précaution – qui est constitutionnel pour l’environnement – devrait rentrer dans le champ de la bioéthique. Il exigerait une concertation permanente entre les différentes branches scientifiques afin que les savoirs ne demeurent pas éparpillés et juxtaposés comme des spécialités, mais se rencontrent et s’équilibrent mutuellement dans une sorte d’écosystème des savoirs, qui approcherait plus adéquatement de ce qu’est l’être humain avec son désir de bonheur, car c’est lui le sujet et l’objet véritable de l’éthique.

Ce principe de précaution oblige à des études d’impact sérieuses avant d’entreprendre tout changement de la loi de bioéthique du 7 juillet 2011 et de la loi sur la fin de vie du 2 février 2016. Or, par exemple, aucune étude sérieuse sur les enfants nés par dons de gamètes depuis les années 80 n’a été faite. Pourtant il semble bien que la vraie question ne soit pas celle de l’anonymat qui a été mise en place de façon très pragmatique dès les années 1970 pour devenir un principe législatif en 1994, mais plutôt celle du don de gamètes. On a réfléchi sur le principe de l’anonymat pour le préserver à chaque révision de la loi. Mais on n’a jamais vraiment réfléchi sur l’éthique du don de gamètes à la lumière de la considération « primordiale » de l’intérêt de l’enfant. Cette réflexion pourrait être favorisée par la comparaison avec d’autres pays. Par exemple, le législateur italien a procédé à l’inverse : le don de gamètes lui a semblé problématique jusqu’en 2015 et il n’a pas réfléchi à l’anonymat.

Au titre du principe de précaution et de la considération « primordiale » de l’intérêt de l’enfant, le CCNE devrait se pencher sur l’éthique du don de gamètes en raison de trois circonstances majeures : les banques de données d’analyses génétiques permettent aujourd’hui de retrouver plus facilement le père biologique ; la biologie montre que le lien gestationnel ne peut être passé par pertes et profits dans la construction de l’identité de l’enfant à naître et né ; les logiciels d’« intelligence artificielle » utilisés pour le tri des gamètes ou des embryons vont imposer leur « sélection » selon l’algorithme choisi, au moment du choix des gamètes ou de l’embryon à implanter.

  

  1. Le droit de l’enfant

La Convention internationale des droits de l’enfant stipule que la considération de l’intérêt de l’enfant est « primordiale » (Article 3, § 1). Il s’agit donc de faire passer cet intérêt de l’enfant avant toute autre considération. Face à un conflit de droits, c’est le droit de l’enfant qui prime. Le CCNE a justement précisé que le « droit à l’enfant » n’existait pas, mais il serait urgent de fonder par l’éthique cette primauté de l’intérêt et du droit de l’enfant.

Le CCNE ne pourrait-il pas s’emparer de cet article de la Convention pour en approfondir le sens et en préciser les conséquences, puisque cette Convention s’impose aux législateurs français ?

Faire passer le droit des adultes avant celui de l’enfant est donc en soi une injustice. Il est contraire à l’éthique de promouvoir une institution injuste. Cette injustice se manifeste de plusieurs manières : décider entre adultes qu’un enfant non encore conçu ne pourra pas connaître l’origine biologique de son père, ou bien sera sans père ou sans mère, tandis que d’autres enfants auront père et mère. Comme le souligne Platon, l’injustice est une aporie de l’esprit humain. Créer une telle injustice ne peut qu’engendrer de la violence à plus ou moins longue échéance.

L’usage non raisonné du principe de non-discrimination est tellement prégnant que la création délibérée d’enfants sans père sera automatiquement suivie de la création délibérée d’enfants sans mère, puisque l’autorisation donnée à un couple de femmes d’avoir un enfant aura pour conséquence la « légitime » demande des couples d’hommes d’avoir la même autorisation.

Le CCNE ne devrait-il pas réfléchir à ce principe de non-discrimination (qui en soi a une faible portée éthique car il ne dit pas d’emblée le bien juste) en élaborant une réflexion éthique sur l’égalité : ce qui est différent ne constitue pas une inégalité, comme l’a statué la Cour européenne des droits de l’homme vis-à-vis d’une requête d’un couple de femmes quand cette Cour a précisé que la position de ce couple n’était pas identique à un couple hétérosexuel et qu’à ce titre il ne pouvait prétendre être traité comme le couple hétérosexuel (11).

Certains États, aux États-Unis, ont imaginé que la convention de mères porteuses établisse sous forme de contrat que les parents d’intention sont effectivement et de plein droit les parents effectifs de l’enfant qui naîtra de la mère porteuse, avant même que l’enfant naisse : cela signifie que, selon ces contrats, l’état civil américain efface totalement l’existence de la mère porteuse, c’est-à-dire de la femme qui accouche, qui, selon notre droit, est la mère. Au moment de l’inscription à l’état civil français, que fera l’État français s’il s’agit d’adultes français revenant en France avec « leur » enfant ? Ne sera-t-il pas obligé de consacrer l’absence totale de la mère ? Quelle serait la valeur éthique d’un tel effacement par l’État ?

Il faudrait réfléchir à ce paradoxe étonnant : l’autonomie du désir est tellement revendiquée comme un « droit » par l’homme ou par la femme qu’elle finit par exclure une figure fondamentale de l’existence : le père ou la mère. Or, l’être humain sexué est précisément vulnérable en tant qu’il vit l’incomplétude comme le lui montre le fait même d’être sexué. L’autonomie n’est juste que quand elle est relationnelle, comme nous l’avons écrit (12).

Un des piliers de la loi de bioéthique est la gratuité au sens du prix à payer. Comment imaginer que cette gratuité pour le don de gamètes puisse se maintenir en ouvrant la PMA à toutes les femmes ? On ouvrirait ainsi la procréation au marché. Comment arriver à penser rationnellement que le don de la vie humaine ait un prix monnayable ? Comment penser que l’être humain dès sa conception n’est pas un « bien marchand » alors que le prix à payer pour le concevoir est livré aux lois du marché, même de façon encadrée ? Ceux qui penseront seront-ils des adultes qui admettront le principe kantien selon lequel l’homme ne peut jamais être utilisé comme un moyen mais toujours être considéré comme une fin en soi ? Comment appliqueront-ils ce raisonnement à l’ensemble des êtres humains, c’est-à-dire aux enfants désirés qui seront conçus grâce aux lois du marché, sans parler de l’exploitation en raison d’injustices diverses des contrats ?

Ces questions sont trop graves pour que le principe de précaution ne soit pas mis en œuvre juridiquement dans les prochaines lois de bioéthique.

  

4 Le critère de la violence

Emmanuel Kant nous rappelle que la personne ne peut jamais être utilisée comme un moyen mais toujours comme une fin, en raison de sa « dignité » qui lui est intrinsèque, inaliénable et inviolable. Ainsi, ni l’utilitarisme ni le conséquentialisme ne peuvent suffire à élaborer une éthique du respect de l’être humain en vue de préserver une « vie authentiquement humaine ». À la lumière de ce principe éthique intrinsèque, il est possible de discerner l’argument éthique contingent mis en œuvre dans l’avis 126 du CCNE.

Cet avis met en œuvre une distinction pour discerner sur la GPA et sur l’ouverture de la PMA aux femmes : la violence et le risque de violence. Quand il y a violence, alors il faut interdire par la loi. C’est le cas pour la GPA. Quand il y a risque de violence, alors il faut encadrer par la loi. C’est le cas pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Ce principe paraît arbitraire.
En effet, il n’est pas assuré que faire naître un enfant sans père soit seulement un risque de violence, ni que la naissance par le procédé des « mères porteuses » soit toujours une violence.
Si on se place du côté du droit de l’enfant, alors il y a violence dans les deux cas : pour la GPA, c’est une violence pour l’enfant de subir l’abandon de la femme avec laquelle il est lié par le lien gestationnel ; pour la PMA, c’est une violence de naître sans lignée paternelle, sans parler de l’impossibilité de connaître l’origine biologique.

Il n’est pas éthique de réfléchir à partir de cette distinction entre violence et risque de violence, car ces deux réalités sont contingentes et ne s’appuient pas sur des repères anthropologiques stables.

L’Avis 126 met en lumière des « points de butée ». Mais il ne s’efforce pas de les résoudre par la réflexion éthique, comme si ces « points de butée » étaient des impasses sur le chemin rationnel. Plusieurs ont relevé l’incohérence de cet Avis dans son deuxième chapitre : listant des contradictions mises en lumière par l’Avis, celui-ci estime quand même que l’ouverture de la PMA à toutes les femmes est un bien, moyennant un encadrement.

L’éthique peut-elle se satisfaire de ces contradictions majeures ? Si elle assume certaines tensions, l’éthique refuse les contradictions internes majeures car la raison est guidée par le principe de non-contradiction. Pour cela, devant les contradictions de droits individuels, la protection du plus vulnérable doit être « primordiale », selon l’adjectif de la convention de l’Onu sur les droits de l’enfant.

 

  1. La médecine et la solidarité sociale

Le serment d’Hippocrate demeure une norme déontologique. Est-elle pertinente, oui ou non ? Si oui, ne faut-il pas en tirer toutes les conséquences ? À l’occasion de son dernier avis, le Cese a écrit que ce serment pourrait être modifié. Est-il alors juste de demander à la médecine d’accomplir des actes qui ne soient pas thérapeutiques et qui veulent répondre à des désirs transformés en « droits » ? Si le serment d’Hippocrate cesse d’être la norme déontologique de la médecine, il y aurait un basculement sévère dans notre société. Quelle serait alors la norme déontologique de la médecine, dans la variété de ses professionnels et de ses disciplines ?
Actuellement, la loi du 7 juillet 2011 a été prudente en gardant la visée thérapeutique à toute utilisation des techniques de procréation. Si cette visée ne guide plus le législateur, quelle autre visée pourra-t-il se donner ? Ce serait sans doute la « demande sociétale », comme cela est écrit. Mais alors, l’éthique serait-elle sommée de se taire et le CCNE aurait-il encore une raison d’être sinon de proposer un encadrement à toute demande sociétale. Mais qui ou quelle réflexion guiderait cet encadrement ? Et qu’est-ce qu’une « demande sociétale » ? Comment la définir objectivement ? Suffit-il d’une pétition signée par 227 000 citoyens (ce fut le cas pour la demande de légalisation de l’aide médicale à mourir faite au Cese) pour qu’elle exprime une « demande sociétale » ? Quand le CCNE se saisit de « demandes sociétales », a-t-il des critères objectifs ?

La médecine a une responsabilité éthique spécifique. Il est essentiel que la société reconnaisse le rôle des professionnels de santé, parce qu’elle leur confie ses membres malades. La médecine est « gardienne du seuil d’humanité », selon la pensée de Claude Bruaire (13), car c’est bien aux professionnels de santé qu’est confié l’être humain dans ses plus extrêmes vulnérabilités, l’être humain qui manifeste ainsi l’essence même de ce qu’il est : vulnérable et relationnel.

Il est nécessaire d’honorer le rôle de la médecine : « gardienne », ce qui est aussi beau que nécessaire. Si la médecine n’a plus cette mission, qui, dans notre société, sera le gardien de l’humanité ? Le récit biblique évoque avec une force dramatique ce rôle de l’homme comme « gardien de son frère ». Le récit du « bon Samaritain » en est une illustration éloquente. Il est essentiel que la médecine se voie confier ce rôle par la société, c’est-à-dire par le législateur. L’Église soutiendra toujours la vocation d’être « gardien de son frère ».

N’est-ce pas ce qu’a voulu faire la Suisse en confiant à des associations la charge d’assister les personnes dans leur suicide, et non à la médecine ? Cela pose un problème grave : la société se voit confier par le législateur la charge de s’aider ensemble à provoquer la mort, ce qui manifeste que désir individuel devient un acte social (14). Quelle est donc alors la signification de la société, sinon celle de la « désolation » ?

Il est alors nécessaire de s’interroger sur la solidarité sociale mise en œuvre dans notre pays pour la santé en considérant les priorités de santé et la médecine prédictive avec ses conséquences dans la procréation.

  1. a) Les priorités de santé

Les « biens communs » de santé, c’est-à-dire les ressources nécessairement partagées de santé, ont besoin d’une régulation démocratique selon des critères connus et approuvés puisque les ressources médicales et économiques ne sont pas indéfiniment extensibles. Établir des priorités, c’est évaluer des souffrances plus grandes ou des nécessités vitales et sociales plus urgentes. Si nous refusons de faire de ces choix des enjeux démocratiques, nous ne saurons pas réguler les dépenses de santé. Nous ne pourrons pas, par exemple, limiter l’usage de médicaments innovants et très chers au profit d’urgences de santé relevant des « biens communs » de santé comme les soins de base et l’accompagnement des personnes âgées. Nous serons fascinés par la médecine de performance et nous délaisserons l’humble et nécessaire médecine des soins de base et de l’accompagnement humanisant. Nous réclamerons pour nous-mêmes les soins les plus coûteux et nous serons incapables de consentir à limiter cette demande en considérant le « bien du “nous-tous” ». Qu’est-ce qui empêcherait de faire de ces nécessaires arbitrages une « chose publique » de telle sorte que l’institution de santé soit juste pour tous ?

  1. b) Le rapport à l’utilisation des techniques de prédiction médicale

La médecine prédictive appuyée sur des analyses génétiques est pleine de promesses. Mais que ferons-nous des prédictions données par les tests génétiques s’ils sont en vente libre et si leur interprétation n’est pas régulée par de véritables compétences médicales dans le dialogue avec les patients ? Le désir de savoir et de prévoir nous conduira-t-il à généraliser également les tests préconceptionnels pour anticiper de possibles maladies chez les enfants ? Et que faire si l’intelligence artificielle vient opérer elle-même la sélection en déchargeant en apparence la société et les médecins de leur responsabilité ?

Les sociétés américaines qui commercialisent des tests génétiques sur internet (par exemple 23andMe) prennent appui sur nos désirs de savoir mais que ferons-nous de ce savoir s’il n’est pas accompagné par des possibilités thérapeutiques et des projets de soin ? Que ferons-nous de probabilités de déclenchement de telle ou telle maladie ? Ces probabilités nous conduiront-elles à changer de style de vie ou à sombrer dans des formes de désespoir ? Qui pourra accompagner ces prédictions qui apparaîtront à la plupart comme de nouveaux oracles déterminant l’avenir (15) ? Qui aura intérêt à utiliser ces désirs de savoir et ces angoisses collectives et pour quels buts ?
Il sera important de pouvoir garder les critères de la validation médicale des tests (utilité, fiabilité, thérapeutique disponible), de l’annonce médicale des résultats et de l’accompagnement médical qui la suivra. Sinon, qui prendra en charge les angoisses et les désespoirs des personnes ? Qui sera capable de les replacer dans la justesse du savoir médical et dans l’ajustement du dialogue ? Comment maintenir le « pacte de confiance » (Paul Ricœur) inhérent à l’éthique du soin ?

 

  1. c) Le rapport à la définition collective des vies acceptables

La procréation est devenue un enjeu éthique et politique important parce qu’elle devient, par les moyens des tests de dépistage et de diagnostic, une manière de sélectionner préalablement des personnes. La sélection des personnes à naître ne résulte pas uniquement de conjonctions de décisions personnelles ; elle est un acte politique puisque les actes sont accomplis avec l’appui des institutions médicales dont les pratiques sont régulées par la loi démocratique. La sélection anténatale appuyée sur des dispositifs contrôlés par l’institution démocratique est le premier acte de la formation démocratique du citoyen. Comment donc ne pas y voir un enjeu démocratique ?

Certes, il y a du tragique dans certains cas de diagnostic de maladies très graves, et il faut l’assumer comme tel, mais l’extension prévisible des critères de sélection pose un problème politique majeur.

Les tests génétiques et les techniques de dépistage et de diagnostic doivent rester au service du bien des personnes elles-mêmes et non pas de l’élimination des personnes dont les caractéristiques sont jugées par beaucoup indésirables. L’eugénisme libéral (16) reposant sur la conjonction de décisions individuelles est une vraie tentation déjà à l’œuvre dans nos sociétés. C’est un enjeu démocratique et pas seulement médical parce que l’eugénisme, même s’il n’est pas étatique mais libéral, est une manière de dire que certains citoyens ne sont pas bienvenus. Or la démocratie repose sur la reconnaissance mutuelle des personnes sur la base de la commune humanité. Elle ne peut être l’organisation collective de discriminations en fonction de caractéristiques sociales, morales, physiologiques, psychologiques, intellectuelles prédéfinies. Il n’y a pas de démocratie sans une éthique et une politique de l’hospitalité. C’est pourquoi il est opportun, instructif et révélateur d’entendre des personnes porteuses de handicap et leur famille pour percevoir la fécondité humanisante possible de la fragilité pourvu qu’elle soit vécue dans un environnement relationnel riche de respect, de solidarité et d’amour.

 

  1. d) Le rapport à « l’intelligence artificielle »

L’« intelligence artificielle » (17), ou plutôt l’automatisation informatique et l’aide informatique à la décision grâce à une prodigieuse puissance de calcul, est l’objet d’attentes bénéfiques et aussi de craintes multiples, voire de fantasmes.

Dans un cadre démocratique, l’enjeu est de « garder la main » (18) sur les techniques, c’est-à-dire de faire des choix issus de délibérations collectives et d’endosser la responsabilité de ces choix. La démocratie pourrait-elle devenir un gouvernement des algorithmes dont la conception et la régulation ne seraient pas une « chose publique » mais une « chose réservée » à la décision d’une minorité soucieuse d’agir sans « principe de publicité », pour reprendre une exigence kantienne, c’est-à-dire sans favoriser l’usage public de la raison ? L’enjeu démocratique est donc d’interroger collectivement les critères éthiques mis en œuvre dans les « boîtes noires » des programmes informatiques.

Il serait important de prolonger cette interrogation pour que l’« intelligence artificielle » soit asservie à la nôtre et non l’inverse, pour que nous n’abdiquions pas notre responsabilité, pour que l’« intelligence artificielle » ne soit pas une nouvelle machine à exclure bien plus subtile que celles mises en œuvre dans la première période d’industrialisation. Le récent rapport du député Cédric Villani prend bien acte de ce défi en en affirmant : « L’intelligence artificielle ne peut pas être une nouvelle machine à exclure. C’est une exigence démocratique dans un contexte où ces technologies sont en passe de devenir une des clés du monde à venir » ou encore : « Face à l’ampleur des transformations à venir par l’IA, il est de notre responsabilité collective de s’assurer que personne ne soit mis de côté » (19). Ainsi, il apparaît clairement que la bioéthique est indissociable d’une éthique sociale et politique.

 

  1. La fuite en avant

 

Dans divers débats organisés par les Espaces éthiques régionaux, des questions diverses se sont fait entendre en interrogeant le principe même de la révision périodique des lois de bioéthique et de fin de vie. Chaque révision n’est-elle pas l’occasion d’aller plus loin dans la fragilisation, voire la suppression, des interdits fondamentaux ? Cette interrogation fait naître un scepticisme désabusé chez bon nombre de concitoyens.

Ne faudrait-il pas mettre en place un moratoire ?

Faut-il se laisser dicter ces révisions par des impératifs financiers dus à la concurrence internationale dans le domaine de la recherche, par des transgressions d’interdits majeurs mises en place dans d’autres pays, par des demandes sociétales où s’expriment des désirs exacerbés en raison d’un individualisme grandissant et de possibilités techniques ?

En vérité, le pouvoir politique est durablement fragilisé en se laissant guider par les demandes sociétales et les concurrences internationales. Plus qu’on ne le croit, la désaffection des citoyens pour la politique semble due, dans un non-dit permanent car on ne s’autorise plus à la parole, pour une bonne part à un scepticisme grandissant en raison du traitement qu’elle fait des questions sociétales. N’ayant pas de boussole anthropologique stable et claire, le politique apparaît comme une girouette tournant aux moindres souffles des lobbies successifs et contradictoires colportés ou amplifiés par les médias. Ces lobbies sont souvent minoritaires, alors même que les sondages semblent dire le contraire. Une analyse des sondages portant sur des questions éthiques mériterait d’être faite de façon approfondie. Le Rapport de 2011 de l’Observatoire national sur la fin de vie est très critique sur ces sondages car ils pratiquent « l’amalgame » et la « peur ».

Dans le fond, l’interdit « tu ne tueras pas », la considération primordiale de l’intérêt supérieur de l’enfant, la vocation intangible de la médecine, le respect de l’inviolable dignité humaine, la non-patrimonialité du corps humain, la considération pour la vulnérabilité de l’être humain, la primauté de l’éthique sur le financier, la supériorité du principe de précaution sur les applications de la science, devraient constituer un axe politique fort dans une société démocratique qui trouverait son unité dans les symboles exprimant ces évidences. La réflexion éthique s’inspirerait de ces principes pour s’élaborer de façon stable dans les circonstances changeantes des découvertes scientifiques et de ses applications techniques. C’est d’ailleurs pour cette raison du nécessaire maintien des principes éthiques et juridiques fondamentaux que le Conseil d’État concluait ainsi sa liste de propositions dans son rapport de 2009 : « 27. Ne pas prévoir un réexamen des lois de bioéthique au bout de cinq ans » (20).

En revisitant la pertinence de ces principes éthiques et juridiques fondamentaux, les États généraux de la bioéthique pourraient être ainsi l’occasion de réaffirmer la valeur absolue de toute personne, en reformulant une éthique de la dignité, et de renouveler le projet d’une société solidaire soucieuse de la « fraternité », d’une « République sociale » (21), en développant une éthique et une politique de l’hospitalité.

 

(*) Titre de La DC.

(1) Vatican II, Constitution Gaudium et spes, n. 76, 2 ; 7 décembre 1965.

(2) Hans Jonas, Le principe responsabilité: une éthique pour la civilisation technologique, trad. Jean Greisch, Paris, Cerf, 1992, p. 30.

(3) Selon le Cese lors de la communication de son avis en date du 10 avril 2018.

(4) Jürgen Habermas, « Retour sur la religion dans l’espace public. Une réponse à Paolo Flores d’Arcais », Le Débat, 2008/5, n. 152, p. 27-31.

(5) Voir Mgr Pierre d’Ornellas (dir.), Bioéthique, questions pour un discernement, Lethielleux/DDB, 2009, p. 10-11.

(6) Cese, Fin de vie: la France à l’heure des choix, 10 avril 2018.

(7) « L’acte de décès devrait porter la mention, comme cela se pratique dans la plupart des pays ayant légalisé l’aide à mourir, de décès naturel. » (Cese, ibidem, p. 47).

(8) Voir Jean-René Binet, Le droit de la bioéthique, LGDJ, 2017, p. 46-47.

(9) En référence à l’ouvrage de Jean-Michel Besnier, L’Homme simplifié. Le syndrome de la touche étoile, Fayard, 2012.

(10) Voir Thierry Magnin, Penser l’humain au temps de l’homme augmenté, Albin Michel, 2017.

(11) Cour de cassation, Avis n. 15003 du 7 mars 2018 – première chambre civile.

(12) Mgr Pierre d’Ornellas (dir.), Fin de vie, un enjeu de fraternité, Salvator 2015.

(13) Claude Bruaire, Une éthique pour la médecine, Fayard, 1978, p. 35.

(14) Sur la fin de vie, les 118 évêques de France ont signé une Déclaration Fin de vie : oui à l’urgence de la fraternité, 22 mars 2018.

(15) Sur ces questions, voir les réflexions fondées et équilibrées de : Arnold Munnich, Programmé mais libre. Les malentendus de la génétique, Paris, Plon, 2016, 144 p.

(17) Il serait légitime de s’interroger sur la pertinence d’une telle expression. L’intelligence n’est jamais artificielle quand elle s’investit dans la recherche de ce qui est vrai, bon et juste. Ce qui est artificiel n’est jamais intelligent ! Voir Jean-Gabriel Ganascia, Le mythe de la singularité, faut-il craindre l’intelligence artificielle? Seuil, 2017.

(16) « L’eugénisme peut être désigné comme l’ensemble des méthodes et pratiques visant à améliorer le patrimoine génétique de l’espèce humaine. Il peut être le fruit d’une politique délibérément menée par un État et contraire à la dignité humaine. Il peut aussi être le résultat collectif d’une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents, dans une société où primerait la recherche de l’ »enfant parfait », ou du moins indemne de nombreuses affections graves. » (Conseil d’État, La révision des lois de bioéthique. Étude adoptée par l’assemblée générale plénière le 9 avril 2009, La Documentation française, 2009, p. 40).

(19) Cédric Villani (dir.), « Donner un sens à l’intelligence artificielle. Pour une stratégie nationale et européenne », Rapport de la mission parlementaire sur l’intelligence artificielle, mars 2018, p. 22 et 23.

(18) L’expression est empruntée au rapport : Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), Comment permettre à l’homme de garder la main? Les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle, décembre 2017.

(21) « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » (Constitution de la République française, 4 octobre 1958, article 1). Cette formulation présente dans la Constitution de 1946 est issue de l’ambition du Conseil national de la Résistance de fonder une véritable politique de la solidarité y compris dans le soin.

(20) Conseil d’État, La révision des lois de bioéthique. Étude adoptée par l’assemblée générale plénière le 9 avril 2009, La Documentation française, 2009, p. 144.mgr-pontier-president-de-la-conference-des-eveques-de-france_article_large