DICTIONNAIRE, ENCYCLOPEDIE, JESUS CHRIST, JESUS L 'ENCYCLOPEDIE, JESUS-CHRIST, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Jésus, l’encyclopédie

Jésus, l’encyclopédie

Sous la direction de Joseph Doré et Christine Pedotti

Paris, Albin Michel, 2017. 846 pages

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Jésus donne de ses nouvelles

Exploration rigoureuse de la figure centrale du christianisme, « Jésus. L’encyclopédie » soulève d’inépuisables questions : qui était le Christ ? Quelle place occupe-t-il aujourd’hui ? 

Disons-le d’emblée. Que celui qui s’interroge sur l’existence ou la non-existence de Jésus passe son chemin. Cette question est volontairement mise entre parenthèses dans la magistrale encyclopédie réalisée sous la férule de Joseph Doré et Christine Pedotti. Non pas supprimée mais subordonnée à une autre interrogation qui la précède, interrogation à la fois plus actuelle et plus personnelle : « Qui est Jésus ? »

Plus actuelle, car l’existence de Jésus de Nazareth fait l’objet d’un très large consensus scientifique depuis le siècle dernier, point d’aboutissement de deux cents ans de recherches historiques internationales sur la question. Oui, Jésus a existé, c’est un fait attesté par les historiens et aujourd’hui admis par toute personne s’intéressant au sujet de manière objective. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter, par exemple, le livre de l’historien américain Bart D. Ehrman, agnostique à tendance athée, intitulé Did Jesus Exist ? (2012, non traduit). Le « mythe-Jésus » étant ainsi renvoyé aux ténèbres de l’ignorance ou de la mauvaise foi idéologique, il devient possible de se concentrer sur ce que Joseph Doré appelle le « problème-Jésus », dont l’intérêt est de mettre croyants et non-croyants sur un pied d’égalité.

 

Passionnante enquête scientifique sur l’identité de Jésus

C’est dans cette perspective qu’a été conçu Jésus. L’encyclopédie, dont le premier mérite est de rendre accessible au grand public la recherche la plus en pointe. Historiens, théologiens, philosophes et psychanalystes, de toute confession et conviction, sont convoqués pour nous faire entrer dans une passionnante enquête scientifique sur l’identité de Jésus. On se laisse ainsi embarquer dans le cheminement de la « rumeur » de sa résurrection, à laquelle on ne savait quel crédit accorder, à son « récit », c’est-à-dire à la constitution de l’Evangile qui en rend raison, en passant par sa naissance, son baptême, ses gestes, son enseignement, sa condamnation et sa passion.

Cette exploration, qui suit le fil conducteur de l’Evangile de Luc – le plus complet des quatre –, prend la forme de dizaines d’articles à la fois synthétiques et approfondis, encadrés, dans chaque chapitre, par de courtes séquences narratives, régulièrement titrées « On pourrait raconter l’histoire ainsi… », et par des cartes blanches où témoignent notamment des écrivains (François Cheng, Amos Oz, Sylvie Germain…). Le tout est accompagné d’une très belle iconographie, savamment choisie par l’historien d’art François Boespflug, qui rend délectable la lecture de l’ensemble.

 

Décider de lui décidera en même temps de nous-mêmes

Mais il y a plus. « Qui est Jésus ? » est aussi une question éminemment personnelle. Car si la science a permis de trancher le sujet de l’existence d’un certain juif nommé « Jésus de Nazareth », elle ne pourra jamais décider pour nous de son identité, de son essence, de ce qu’il prétend être lui-même – le « Fils de Dieu ». Il revient seulement à la science d’éclairer ce problème, le plus objectivement et le plus rigoureusement possible. Comme l’écrit le philosophe Jean-Luc Marion dans sa carte blanche, « nous sommes tous comme Pilate devant lui ». La question de l’existence n’étant plus d’actualité, nous nous retrouvons dans la situation du préfet romain qui, avant de prononcer son verdict, se voit contraint de se renseigner sur l’identité de Jésus : « Es-tu le roi des juifs ? »

Comme Pilate, nous avons aussi le vague pressentiment que tout jugement que nous porterons sur lui sera en même temps un jugement que nous porterons sur nous-mêmes, autrement dit : que décider de lui décidera en même temps de nous-mêmes.

Cette décision admet de multiples déclinaisons : Jésus messie, prophète, homme parmi les hommes… Selon ce que nous déciderons, nous nous apparaîtrons à nous-mêmes comme chrétien, juif, musulman, d’une autre religion ou tout simplement athée, ou encore agnostique – bref, au regard de l’histoire des réponses au « problème-Jésus », nous aurons décidé de l’orientation spirituelle de notre existence.

 

La possibilité d’une réponse personnelle au « problème-Jésus »

 

Personne ne peut donc répondre à notre place, surtout dans une société où personne ne nous demande non plus de répondre de notre orientation spirituelle. La possibilité d’une réponse personnelle au « problème-Jésus » est sans doute l’un des fruits de la sécularisation, entendue comme processus de séparation de l’ordre temporel et de l’ordre spirituel, dont Jésus lui-même avait défendu le principe : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Dans l’économie de cette encyclopédie, l’actualité scientifique ménage ainsi la place pour une question à propos de laquelle, quelles que soient les singularités de notre temps, aucune époque n’est plus avancée qu’une autre, car la question de l’identité de Jésus, que nous avons chacun à trancher en conscience, fût-ce pour la rejeter, est sans cesse relancée, de siècle en siècle.

Une occasion privilégiée de se demander ou de se redemander : « Qui est Jésus ? », et donc en même temps : « Qui suis-je face à lui ? »

 

Emilie Tardivel est maître de conférences à l’Institut catholique de Paris.

  

https://www.lemonde.fr/livres/article/2017/12/24/jesus-donne-de-ses-nouvelles_5234057_3260.html

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 Pour avoir participé depuis trois ans avec bonheur et passion au travail de conception, d’écriture et d’édition de ce beau livre, je ne peux que le recommander aux membres du Cetad, et à quiconque ouvre ce site.

 Un titre ambitieux, un livre de poids (848 pages), les éditions Albin Michel publient un ouvrage d’une grande originalité. Il est clair que la figure de Jésus continue d’interroger aujourd’hui, dans une culture qui hésite à assumer ses racines chrétiennes, mais où la quête de spiritualité est partout présente. L’éditeur non confessionnel relève avec force le défi.

 Refusant les « révélations » sensationnelles et une médiatisation parfois douteuse, cet ouvrage collectif veut apporter à un large public, mais aussi aux biblistes plus spécialisés, une synthèse de ce que peut dire aujourd’hui sur Jésus de Nazareth la recherche historique, sociologique et exégétique, à la fois dans une critique rigoureuse et dans une lecture attentive à la façon dont le texte évangélique veut agir sur ses lecteurs. Le terme « encyclopédie » vise la diversité des approches convoquées : historique, exégétique et littéraire, mais aussi sociologique, psychanalytique, voire poétique. Mais comment aborder « de façon encyclopédique » la personne et la question de Jésus ?

 Il n’était pas question de faire un dictionnaire alphabétique, et encore moins d’être exhaustif dans les études historiques. Aussi les auteurs de L’Encyclopédie ont-ils décidé d’honorer et d’épouser le projet même des auteurs des Evangiles, en entrant dans leur perspective narrative. Là se trouve, probablement, la plus grande originalité de ce travail. En effet, ce choix tient compte des dernières recherches en théorie de la littérature et notamment du récit et de l’énorme travail de la critique narrative ces dernières décennies ; il permet à chacun de se situer comme le lecteur que Luc construit par son récit, mais un lecteur critique et à chaque instant attentif aux choix narratifs et à leur sens. C’était la meilleure façon de respecter l’épaisseur et la richesse de signification du texte évangélique, en échappant à la fois à un historicisme naïf, et à un dogmatisme pesant.

 L’Encyclopédie est formée de 3 livres : Commencements, Vie publique, Passion et Résurrection, chacun comprenant 3 ou 4 parties. Ces parties se subdivisent en 27 chapitres, qui suivent les étapes de l’évangile de Luc. Chaque chapitre s’ouvre sur un « récit » des faits composé avec brio par C. Pedotti selon l’évangile de Luc ; il est suivi d’un ou plusieurs Articles principaux qui ont été demandés à des spécialistes reconnus ; des élairages plus brefs viennent compléter tel ou tel point plus technique ou répondre aux questions les plus fréquentes des lecteurs. La recherche est en cours, les spécialistes apportent parfois des analyses en tension, qui montrent bien à quel point la figure de Jésus reste l’objet de confrontations. Viennent ensuite un Contrepoint et une Carte blanche. Le Contrepoint honore le point de vue différent que peut avoir sur la question un spécialiste autre que ceux de l’exégèse biblique, spécialiste juif notamment ou chercheur relevant d’un autre point de vue religieux ou philosophique. Les Cartes blanches sont l’œuvre d’écrivains contemporains, parmi les plus connus ; chacun propose sa contribution sur la question, montrant comment la figure de Jésus résonne aujourd’hui dans des sphères différentes parfois très éloignées du christianisme.

 On est frappé par la qualité de la réflexion, la clarté de la présentation et l’honnêteté des auteurs qui entrent dans le débat, pour ne pas dire dans l’orchestre. Près de 50 exégètes venus de huit pays différents, des contrepoints venus encore d’ailleurs, 27 cartes blanches ; la richesse de ce travail est remarquable. Elle ne s’arrête pas là, car François Boepsflug, éminent spécialiste de l’iconographie chrétienne chargé de l’illustration de l’Encyclopédie, a proposé quelques 200 planches illustrant à travers les siècles, la réception multiforme de la personne de Jésus. Ces planches qu’il commente avec un regard aussi subtil que compétent sont souvent peu connues et très originales : citons seulement, pour sourire, l’enfant Jésus en youpala du 15ème siècle… Il est ainsi manifesté que la réception du récit évangélique à travers les siècles, participe aussi de l’effort pour éclairer la figure de Jésus de Nazareth.

Jésus. L’Encyclopédie offre donc un lieu de compétence et de liberté autour d’un sujet qui se révèle inépuisable et dont chacun a conscience que de toutes les façons il nous dépasse et continuera à nous dépasser. Ainsi pourra-t-il être utilisé largement d’une part comme un ouvrage de travail précieux, puisque, sur chacune des étapes de la vie de Jésus et sur les divers aspects de son message, il permet de faire le point sur la recherche actuelle et d’ouvrir plus largement l’horizon du lecteur qui travaille les textes bibliques. Mais il peut aussi être lu comme un passionnant commentaire de l’évangile de Luc, accompagnant pas à pas le lecteur dans le questionnement que le texte biblique ne cesse de soulever, et lui proposant un parcours qui le conduira, d’une façon ou d’une autre, à s’interroger sur ce qui reste le mystère de Jésus de Nazareth

 Un livre pour la rentrée… et pour la suite.

 

Roselyne DUPONT-ROC

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CHRISTIANE RANCE, DICTIONNAIRE, DICTIONNAIRE AMOUREUX DES SAINTS, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SAINTETE, SAINTS

Dictionnaire amoureux des saints de Christiane Rancé

Dictionnaire amoureux des saints

Christiane Rancé

Paris, Plon, 2019. 800 pages.

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Un dictionnaire amoureux pour remettre au centre de nos vies ces homes et ces femmes à qui l’amour a tout rendu possible, même Dieu, et don’t l’exemple est toujours vivant. Un livre pour donner un avant-goût du paradis.

Qu’est-ce qu’être saint ? Qui sont les saints ? A quoi servent les saints ? Depuis le plus précoce – Jean-Baptiste qui tressaillit de sainteté dans le ventre de sa mère, et le premier des saints –un larron qui montera au ciel pour avoir ouvert son Coeur à Jésus – depuis les plus connus – de Paul de Tarse à Thérèse d’Avila, de François d’Assise à Thérèse de Lisieux en passant par saint Augustin, saint Louis ou encore Jeanne d’Arc, jusqu’aux plus inattendus – saint Lucifer, saint Glingin et saint Frusquin, Christiane Rancé évoque ceux que Renan appelait “les héros de la vie désintéressée”. Il y a ceux qu’elle interroge souvent, et ceux dont elle a fait la rencontre, – Mère Teresa ou Jean-Paul II. Qu’elles soient docteur angélique, docteur séraphique ou docteur de l’amour divin, ces grandes figues ont fondé et ne cessent d’engendrer le cours de l’histoire.

Avec jubilation, érudition et curiosité, l’auteur peint le portrait des saints qui nous sont le plus nécessaires, au cours de vingt siècles et dans tous les pays. Elle aborde par ailleurs les questions qui entourent la sainteté – ses modes, ses méthodes, et ceux qui l’ont célèbrée, Emil Cioran, Jean Cocteau, ou Georges Bernanos pour ne citer qu’eux… Elle rappelle aussi les pèlerinages et les révolutions du coeur  qu’ils ont suscitées.

Queslques critiques

[Le] Dictionnaire amoureux des saints est un livre merveilleusement réussi.  » Jean Sévillia, Le Figaro Magazine
 » Plein de passions, de colères, de fulminations, ce superbe livre nous fait revivre des personnages parfois peu connus qui valent le détour.  » Franz-Olivier Giesbert, Le Point
 » Du roi saint Louis à saint Benoît-Joseph le mendiant, de Claudel à Cendrars ou Cioran, un merveilleux dictionnaire buissonnier évoque la fascination des écrivains pour les fols en Dieu.  » Astrid de Larminat, Le Figaro Littéraire

Quelques mots sur l’auteur

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Christiane Rancé est romancière et essayiste. Ses livres s’attachent à dresser les portraits de figures littéraires  : Léon Tolstoï ou Simone Weil, et spirituelles : Jésus, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila ou le Pape François. Romancière, est également l’auteur d’un livre d’entretiens avec le philosophe Lucien Jerphagnon, De l’amour à la mort, de Dieu et autres bagatelles, et d’un essai, Prenez tout, mais laissez-moi  l’extase, une méditation sur la prière qui a reçu, en 2013, le “prix de spiritualité – Panorama – La Procure” ainsi que le Prix des Ecrivains croyants. En 2015, l’Académie française lui décerne le Prix de l’essai pour son Thérèse d’Avila. En 2016, elle publie En pleine lumière qui reçoit le Prix de l’Humanisme chrétien. Son essai, Lettre à un jeune chrétien et à ceux qui ignorant qu’ils le sont, publié en 2017, a reçu le prix Spiritualité d’aujourd’hui.

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DICTIONNAIRE, ETRANGERS, IMMIGRATION, LIVRES - RECENSION

Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France

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Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France 

sous la direction de Pascal Ory ; avec la contribution de Marie-Claude Blanc-Chléard

Paris, Bouquins, 2013. 992 pages.

 

 

L’identité et la renommée de la France – aux yeux des Français comme à ceux des étrangers – doivent beaucoup à Émile Zola ou à Marie Curie, à Picasso ou à Le Corbusier, à Samuel Beckett ou à Charles Aznavour : tous nés étrangers. Qui de plus français que le couturier et mécène Pierre Cardin ou que le premier vainqueur du Tour de France cycliste, Maurice Garin ? Sauf que l’un et l’autre sont nés citoyens italiens. Quoi de plus  » identitaire  » qu’Astérix ? Sauf que Goscinny et Uderzo sont des enfants d’immigrés… Et, à côté de ces illustres, combien d’anonymes sans lesquels la politique, l’économie et la culture françaises n’auraient pas l’ampleur et la tonalité qu’on leur connaît ?
Pour la première fois, un ouvrage témoigne de tout ce que ces destins particuliers ont apporté à la destinée collective de notre pays. Près de mille deux cents notices sont ici consacrées à des personnalités – d’Abbas à Andrzej Zulawski –, à des groupes – des Films de l’Albatros aux architectes du siège de l’Unesco – et à des communautés – des Africains aux Yougoslaves –, qui font de ce Dictionnaire un monument sans équivalent élevé en hommage à tous ceux qui, du mineur de fond au Prix Nobel de physique, ont contribué, depuis la proclamation solennelle de la Nation, en juin 1789, à  » faire la France  » et écrit des pages essentielles de son histoire.

 

Biographie de l’auteur

Pascal Ory est professeur d’histoire à la Sorbonne (Paris 1). Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages portant sur l’histoire culturelle et l’histoire politique des sociétés modernes. Marie-Claude Blanc-Chaléard est professeur d’histoire à l’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense, spécialiste de l’histoire de l’immigration.