CHRISTIANISME, DIMANCHE DE LA TRINITE, EVANGILE SELON SAINT JEAN, PERES DE L'EGLISE, TRINITE

La Trinité expliquée par les Pères de l’Eglise

Dimanche de la Sainte Trinité et les Pères de l’Eglise

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Jean 16, 12 – 15

12J’ai encore beaucoup de choses à vous dire; mais vous ne pouvez les porter à présent. 13Quand le Consolateur, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. 14Celui-ci me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. 15Tout ce que le Père a, est à moi. C’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera. 

 

Théophylactus

Notre-Seigneur développe les paroles qu’il vient de leur dire: «Il vous est utile que je m’en aille», ou ajoutant: «J’ai encore beaucoup de choses à vous dire», mais vous ne pouvez pas les porter maintenant».

 

Saint Augustin

Tous les hérétiques se sont efforcés d’étayer sur ces paroles de l’Évangile leurs audacieuses inventions que la raison repousse avec horreur, comme si ces inventions étaient justement les vérités que les disciples ne pouvaient porter, et que l’Esprit saint leur eut enseigné ce que l’esprit immonde rougit d’enseigner et de prêcher en public. Mais on ne peut établir de comparaison entre les infamies qu’aucune pudeur humaine ne peut supporter, et les vérités salutaires que la faiblesse de l’esprit humain n’est pas capable de comprendre. Les unes ne se trouvent que dans les corps livrés à l’impureté, les autres sont au-dessus de toute nature corporelle et sensible. Mais qui de nous se croira capable de comprendre les vérités que les disciples ne pouvaient porter alors? Il ne faut donc point s’attendre à ce que je les explique. On me dira peut-être, il en est beaucoup maintenant qui pourraient comprendre ce que saint Pierre n’était pas alors même qu’il en est beaucoup qui sont aujourd’hui capables de recevoir la couronne du martyre, surtout depuis qu’ils ont reçu l’Esprit saint qui, alors n’avait pas encore été envoyé. J’accorde qu’il en soit beaucoup qui, depuis la venue du l’Esprit saint, puissent porter les vérités dont les disciples étaient incapables avant de l’avoir reçu. Est-ce une raison pour que nous sachions ce qu’il n’a pas voulu dire? Et puisqu’il a cru devoir les taire, qui de nous entreprendra de les dire? Savons-nous pour cela les vérités qu’il n’a pas cru devoir révéler? Il est également de la dernière absurdité de dire que les disciples étaient alors incapables de porter les hautes vérités que renferment leurs Epîtres écrites beaucoup plus tard, et dont on ne voit pas que le Seigneur leur ait parlé. Ces hommes qui appartiennent à des sectes perverses et corrompues, comme les Manichéens, les Sabelliens, les Ariens, ne peuvent supporter les vérités de la foi catholique qui se trouvent dans les saintes Écritures et condamnent leurs erreurs, de, même que nous ne pouvons supporter leurs mensonges sacrilèges. Qu’est-ce, en effet, que de ne pouvoir supporter quelque chose? C’est ne pouvoir l’envisager avec un esprit égal et tranquille. Mais quel est le fidèle, quel est même le catéchumène qui, avant d’avoir reçu avec le baptême le Saint-Esprit, ne lise pas ou n’entende pas d’un esprit égal, bien qu’il ne les comprenne pas, les vérités qui n’ont été écrites qu’après l’ascension du Sauveur? On me dira encore: Est-ce que les hommes verses dans la spiritualité n’ont pas dans leur doctrine des vérités qu’ils taisent aux hommes charnels, et qu’ils font connaître à ceux qui se conduisent selon l’esprit ?

 

Saint Augustin

Il n’y a aucune nécessité de taire aux fidèles qui ne font que commencer les secrets de la doctrine chrétienne, pour les exposer en particulier aux âmes plus avancées. Les hommes spirituels ne doivent pas garder devant les chrétiens même charnels, un secret absolu sur les vérités spirituelles, parce qu’elles font partie de la foi catholique qui doit être annoncée à tous les hommes. Cependant, dans l’exposé qu’ils en font, ils doivent prendre garde qu’en voulant faire entrer ces vérités dans l’esprit de ceux qui n’en sont pas capables, ils leur inspirent le dégoût pour la parole de vérité plutôt que de leur en donner l’intelligence. (Même imité après le commencement ). Ne soupçonnons donc pas dans ces paroles du Seigneur, je ne sais quelles vérités secrètes qui pourraient être dites par celui qui enseigne, mais que ne pourrait supporter son disciple; mais comprenons que pour les choses mêmes qui, dans la doctrine chrétienne, font partie de l’enseignement commun des fidèles, si Jésus-Christ voulait nous les expliquer comme il les développe à ses anges, quels sont ceux qui pourraient supporter cette révélation, fussent-ils des plus avancés dans la spiritualité, ce que n’étaient pas encore les Apôtres? Certainement tout ce qu’on peut savoir de la créature est au-dessous du Créateur, et cependant qui garde le silence sur le Créateur? Dans quel endroit du monde n’est-il pas connu de tous les hommes? Et cependant alors que tous parlent de lui, quel est celui qui le comprend comme il doit être compris? Et quel est celui qui, pendant cette vie, peut connaître toute la vérité? Est-ce que l’Apôtre ne dit pas: «Nous ne connaissons maintenant qu’imparfaitement ?» (1Co 13 ) Disons donc que comme l’Esprit Saint nous conduit à cette plénitude de vérité dont parle le même Apôtre, en ajoutant: «Mais alors nous le verrons face à face»; ce n’est pas seulement ce qui doit se faire en cette vie; mais la révélation pleine et entière qui doit avoir lieu dans la vie future que Notre-Seigneur nous promet par ces paroles: «Lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité», ou: «Il vous fera parvenir à toute vérité». Ces paroles nous font comprendre que la plénitude de la vérité nous est réservée pour l’autre vie, et que dans celle-ci l’Esprit saint enseigne aux fidèles les choses spirituelles d’une manière proportionnée à leurs dispositions, tout en excitant dans leur cœur  un désir de plus en plus vif pour ces mêmes vérités.

 

Didyme

Ou bien Notre-Seigneur veut dire que ses disciples ne savaient pas encore tout ce qu’ils auraient à souffrir dans la suite pour son nom; il ne leur en faisait connaître qu’une partie, réservant pour plus tard la connaissance des épreuves plus grandes qu’ils ne pouvaient porter alors, avant que leur chef leur en eut donné l’exemple par l’enseig nement de sa croix. Ils étaient encore asservis aux figures, à l’ombre et aux images de la loi, et ils ne pouvaient regarder la vérité dont la loi n’était que l’ombre. Mais lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité; et par sa doctrine et par son enseignement, vous fera passer de la mort de la lettre à l’esprit de vie dans lequel seul se trouve la vérité de tontes les Écritures.

 

Saint Jean Chrysostome

Ces paroles: «Vous ne pouvez porter maintenant ces vérités», (mais vous le pourrez plus tard) et ces autres: «L’Esprit saint vous conduira à toute vérité», pouvaient donner aux Apôtres la pensée que l’Esprit saint était plus grand que lui, il se hâte donc d’ajouter: «Car il ne parlera pas de lui-même», etc.

 

Saint Augustin

Ces paroles sont semblables à celles que le Sauveur dit de lui-même: «Je ne puis faire rien de moi-même, mais je juge suivant ce que j’entends», toutefois il parlait ainsi en tant qu’homme. – Or, comme l’Esprit saint n’est pas devenu créature par son union à un être créé, comment entendre en lui ces paroles de Notre-Seigneur? Nous devons les entendre dans ce sens que l’Esprit saint n’existe point par lui-même, car le Fils est né du Père, et l’Esprit saint procède du Père; or quelle différence entre procéder et naître, c’est ce qui demanderait de longues discussions et ce qu’il serait téméraire de définir. Entendre pour l’Esprit-Saint, c’est savoir, et savoir, c’est être. Puisque donc l’Esprit saint n’existe pas de lui-même, mais par celui de qui il procède, il reçoit la science et la propriété d’entendre de celui duquel il reçoit l’être. L’Esprit saint entend donc, toujours parce qu’il sait toujours; c’est donc de celui qui lui a donné l’être qu’il a entendu, qu’il entend et qu’il entendra.

 

Didyme

Notre-Seigneur dit donc: «Il ne parlera pas de lui-même», c’est-à-dire sans la volonté de mon Père et la mienne; parce qu’il tire son existence de mon Père et de moi, et c’est de mon Père et de moi qu’il a reçu d’être, et de parler. Pour moi, je dis la vérité, c’est-à-dire je lui inspire ce que je dis, car il est l’Esprit de vérité. Lorsqu’il s’agit de la Trinité, il ne faut point entendre ces expressions dire et parler dans leur signification ordinaire, mais dans le s ens qui seul peut convenir aux natures incorporelles, et surtout à la Trinité qui inspire sa volonté dans le cœur des fidèles et de ceux qui sont dignes d’entendre sa voix. Pour le Père parler, et pour le Fils entendre, est le signe d’une entière égalité de nature, et d’une parfaite unité de volonté. Quant à l’Esprit-Saint, qui est l’Esprit de vérité, l’Esprit de sagesse, lorsque le Fils parle, on ne peut dire qu’il entend ce qu’il ne sait pas, puisqu’il est lui-même ce qui sort du Fils, la vérité qui procède de la vérité, le consolateur qui émane du consolateur, le Dieu esprit de vérité qui procède de Dieu. Et afin que personne ne lui attribuât une volonté différente de celle du Père et du Fils, Notre-Seigneur ajoute: «Ce qu’il entendra, il le dira».

 

Saint Augustin

On ne peut conclure delà que l’Esprit saint soit inférieur au Père et au Fils, car ces paroles doivent s’entendre de lui en tant qu’il procède du Père.

 

Saint Augustin

Il ne faut pas s’étonner que le verbe «il entendra» soit au futur, le Saint-Esprit entend de toute éternité parce qu’il sait de toute éternité. Or quand il s’agit d’un être éternel sans commencement comme sans fin, quel que soit le temps qu’on emploie, il n’est pas contraire à la vérité. Quoique cette nature immuable ne soit pas susceptible de passé et de futur, mais seulement du présent, cependant on ne parle point contre la vérité en disant: «Il a été, il est, et il sera», il a été, car il n’a jamais cessé d’être; il sera, parce que son existence n’aura jamais de fin; il est, parce qu’il existe toujours.

 

Didyme

C’est encore par l’Esprit de vérité que la science certaine de l’avenir est accordée à de saints personnages, c’est sous l’inspiration de cet Esprit dont ils étaient remplis que les prophètes prédisaient, et voyaient comme présents des événements qui ne devaient arriver que bien longtemps après: «Et il vous annoncera les choses à venir».

 

Bède le Vénérable

Il est certain qu’un grand nombre de saints personnages remplis de la grâce de l’Esprit saint ont connu et annoncé les événements à venir. Mais comme il en est un grand nombre aussi en qui brille l’éclat des plus pures vertus, et à qui la science des choses à venir n’est point donnée, on peut entendre ces paroles: «Il vous annoncera les choses à venir» dans ce sens qu’il vous remettra en mémoire les joies de la céleste patrie. L’Esprit saint fait connaître encore aux apôtres les épreuves qu’ils devaient endurer pour le nom de Jésus-Christ, et les biens qui devaient être la récompense de ces mêmes épreuves.

 

Saint Jean Chrysostome

C’est ainsi que Notre-Seigneur élève l’esprit et les pensées de ses disciples, car rien n’excite à un plus haut degré la curiosité et les désirs de la nature humaine, comme la connaissance do l’avenir. Il les délivre donc de cette sollicitude en leur révélant les épreuves qui les attendent, afin qu’ils n’y tombent point sans y être préparés. Il leur explique ensuite quelle est cette vérité dont il a dit: «L’Esprit saint vous enseignera toute vérité», en ajoutant: «Il me glorifiera», etc.

 

Saint Augustin

C’est-à-dire qu’en répandant la charité dans les meurs des fidèles, et en les rendant des hommes spirituels, l’Esprit saint leur a fait connaître que le Fils était égal au Père, lui qu’ils ne connaissaient auparavant que selon la chair, et que dans leurs pensées tout humaines, ils ne considéraient que comme un homme. Ou bien encore: «Il me glorifiera», parce que la charité remplissant les apôtres de confiance, et bannissant la crainte de leurs coeurs, ils ont annoncé Jésus-Christ aux hommes, et répandu la connaissance de son nom dans tout l’univers, car le Sauveur attribue ici à l’Esprit Saint ce que les apôtres devaient faire sous son inspiration.

 

Saint Jean Chrysostome

Et comme il leur avait dit précédemment: «Vous n’avez qu’un seul maître, qui est le Christ»; ( Mt 23) pour les disposer à recevoir les leçons de l’Esprit saint, il ajoute: «Il recevra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera». – Didyme. Il faut entendre ce mot recevoir dans un sens qui puisse convenir à la nature divine; car de même que le Fils en donnant, ne perd point ce qu’il donne, et n’éprouve aucun dommage de ce qu’il accorde aux autres; ainsi l’Esprit saint ne reçoit point ce qu’il n’avait pas auparavant, car s’il a reçu ce qu’il n’avait pas, en communiquant lui-même cette même grâce à un autre, il s’est appauvri de ce qu’il donnait. Comprenons donc que l’Esprit saint a reçu du Fils ce qui était propre à sa nature, qu’il n’y a point ici une personne qui donne et une personne qui reçoit, mais une seule et même nature, car le Fils lui-même reçoit du Père les propriétés qui font sa nature; en effet, le Fils n’est rien en dehors de ce qui lui est donné par son Père, de même qu’on ne peut concevoir la nature de l’Esprit saint en dehors de ce qui lui est donné par le Fils.

 

Saint Augustin

Il ne faut point toutefois penser, comme l’ont fait quelques hérétiques, que l’Esprit saint soit moindre que le Fils, parce que le Fils reçoit du Père, et que le Saint-Esprit reçoit du Fils en suivant certains degrés qui établiraient une différence entre leurs natures, aussi le Sauveur se hâte de résoudre cette difficulté et d’expliquer ces paroles en ajoutant: «Tout ce qu’a mon Père est à moi. – Didyme. C’est-à-dire, quoique l’Esprit de vérité procède du Père, cependant, comme tout ce qui est à mon Père est à moi, l’Esprit du Père est le mien, et il recevra de ce qui est à moi. Gardez-vous, en entendant ces paroles de soupçonner ici une chose ou une propriété quelconque qui serait possédée par le Père et par le fils; tout ce que le Père a dans sa nature, c’est-à-dire dans son éternité, dans son immutabilité, dans sa bonté, le Fils l’a également. Rejetons donc bien loin tous ces filets des raisonneurs et des sophistes qui viennent nous dire: «Donc le Père est le Fils»; s’il avait dit: Tout ce qu’a Dieu est à moi, leur impiété pourrait y trouver matière à ces inventions sacrilèges, mais comme il a dit: «Tout ce qu’a mon Père est à moi», en proclamant le nom de son Père, il déclare lui-même qu’il est Fils, et il se garde bien, lui qui est le Fils, d’usurper la paternité, bien que par la grâce de l’adoption, il soit lui-même le Père d’un grand nombre de saints.

 

Saint Hilaire

Notre-Soigneur n’a donc point laissé dans l’incertitude si le Saint-Esprit venait du Père ou du Fils; il a reçu du Fils d’être envoyé, et il procède du Père. Mais je demande si c’est une même chose pour l’Esprit saint de recevoir du Fils et de procéder du Père? On devra certainement reconnaître que c’est une seule et même chose de recevoir du Fils et de recevoir du Père; car lorsque Notre-Seigneur dit: «Tout ce qu’a mon Père est à moi», et qu’il dit eu même temps que l’Esprit saint recevra de ce qui est à lui, il enseigne par-la même qu’il doit recevoir également du Père. Il dit cependant qu’il recevra de ce qui est à lui, parce que tout ce qui est à son Père est à lui. Cette unité ne peut donc admettre de différence, peu importe de qui on reçoit, puisque ce qui est donné par le Père est considéré comme donné par le Fils.

 

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Dimanche de la fête de la Trinité : lectures et commentaires

LE DIMANCHE DE LA TRINITE

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,
dimanche 16 juin 2019

Fête de la Trinité

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

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PREMIERE LECTURE – Livre des Proverbes 8, 22-31

 

Écoutez ce que déclare la Sagesse de Dieu :
22 « Le SEIGNEUR m’a faite pour lui,
principe de son action,
première de ses œuvres, depuis toujours.
23 Avant les siècles j’ai été formée,
dès le commencement, avant l’apparition de la terre.
24 Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée,
quand n’étaient pas les sources jaillissantes.
25 Avant que les montagnes ne soient fixées,
avant les collines, je fus enfantée,
26 avant que le SEIGNEUR n’ait fait la terre et l’espace,
les éléments primitifs du monde.
27 Quand il établissait les cieux, j’étais là,
quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme,
28 qu’il amassait les nuages dans les hauteurs
et maîtrisait les sources de l’abîme,
29 quand il imposait à la mer ses limites,
si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre,
quand il établissait les fondements de la terre.
30 Et moi, je grandissais à ses côtés.
Je faisais ses délices jour après jour,
jouant devant lui à tout moment
31 jouant dans l’univers, sur sa terre,
et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Pour les hommes de la Bible, il ne fait pas de doute que Dieu conduit le monde avec sagesse ! « Tu as fait toutes choses avec sagesse » dit le psaume 103 (104) que nous avons chanté pour la Pentecôte. C’est même tellement une évidence qu’on en arrive à écrire des discours entiers sur ce sujet. C’est le cas du texte que nous venons de lire : il s’agit d’une véritable prédication sur le thème : « Mes frères, n’engagez pas vos vies sur des fausses pistes. Dieu seul connaît ce qui est bon pour l’homme ; conformez-vous à l’ordre des choses qu’il a établi depuis les origines du monde, c’est le seul moyen d’être heureux. »
Pour donner plus de poids à sa prédication, l’auteur fait parler la sagesse elle-même comme si elle était une personne. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est qu’un artifice littéraire ; la preuve, c’est qu’au chapitre suivant, Dame Folie parle aussi.
Pour l’instant donc, c’est Dame Sagesse qui se présente à nous : première remarque, elle ne parle pas d’elle toute seule… elle ne parle d’elle qu’en fonction de Dieu, comme s’ils étaient inséparables. « Le SEIGNEUR m’a faite POUR LUI principe de son action… Avant les siècles, j’ai été fondée (sous-entendu par Dieu)… Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée (sous-entendu par Dieu)… Lorsque Dieu établissait les fondements de la terre, j’étais là à ses côtés… » Donc entre Dieu et la Sagesse existe une relation de très forte intimité… La foi juive au Dieu unique n’a jamais envisagé un Dieu-Trinité : mais il semble bien ici, que, sans abandonner l’unicité de Dieu, elle pressent qu’au sein même du Dieu UN, il y a un mystère de dialogue et de communion.
Deuxième remarque : « AVANT » est un mot qui revient très souvent dans ce passage ! « Le SEIGNEUR m’a faite AVANT ses œuvres  les plus anciennes… AVANT les siècles, j’ai été fondée … DES LE COMMENCEMENT, AVANT l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient PAS ENCORE, qu’il n’y avait PAS ENCORE les sources jaillissantes, je fus enfantée. AVANT que les montagnes ne soient fixées, AVANT les collines, je fus enfantée. Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde, lorsqu’il affermissait les cieux, J’ETAIS LA … » C’est clair : le leitmotiv est bien : « J’étais là de toute éternité, AVANT toute création »… Il y a donc là une insistance très forte sur l’antériorité de celle qui se prénomme la Sagesse par rapport à toute création.
Troisième remarque, la Sagesse joue un rôle dans la Création : « Lorsque Dieu imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n’en franchissent pas les rivages, lorsqu’il établissait les fondements de la terre, j’étais à ses côtés, comme un maître d’œuvre  ». Pour une œuvre si belle qu’elle engendre une véritable jubilation : « J’y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » La Sagesse est auprès de Dieu et « elle trouve ses délices » auprès de Dieu… elle est auprès de nous… et « elle trouve ses délices » auprès de nous. On entend là comme un écho du refrain de la Genèse : « Dieu vit que cela était bon » ; plus encore, au sixième jour, tout de suite après la création de l’homme qui était comme le couronnement de toute son œuvre , « Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voilà, c’était très bon ! » (Gn 1,31).
Du coup, ce texte nous révèle un aspect particulier et éminemment positif de la foi d’Israël : la Sagesse éternelle a présidé à toute l’oeuvre de Création : l’insistance du texte est très forte là-dessus ; on peut en déduire deux choses : premièrement, depuis l’aube du monde, l’humanité et le cosmos baignent dans la Sagesse de Dieu. Deuxièmement, le monde créé n’est donc pas désordonné puisque la Sagesse en est le maître d’œuvre. Cela devrait nous engager à ne jamais perdre confiance. Enfin, c’est bien la folie de la foi d’oser croire que Dieu est sans cesse présent à la vie des hommes, et plus encore qu’il trouve ses délices en notre compagnie… C’est une folie, mais le fait est là : si Dieu continue inlassablement de proposer son Alliance d’amour, c’est bien parce qu’il « trouve jour après jour ses délices avec les fils des hommes ».
Reste une question : pourquoi ce texte nous est-il proposé pour la fête de la Trinité ? Pas une fois on n’entend parler de Trinité dans ces lignes, ni même des mots Père, Fils et Esprit.
En ce qui concerne le Livre des Proverbes, cela n’a rien d’étonnant puisque quand il a été écrit, il n’était pas question de Trinité : non seulement, le mot n’existait pas, mais l’idée même de Trinité n’effleurait personne. Au début, pour le peuple élu, la première urgence était de s’attacher au Dieu Unique ; d’où la lutte farouche de tous les prophètes contre l’idolâtrie et le polythéisme parce que la vocation de ce peuple est précisément d’être témoin du Dieu unique ; n’oublions pas cette phrase du livre du Deutéronome : « A toi, il t’a été donné de voir, pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu ; il n’y en a pas d’autre que lui. »
Première étape, donc, découvrir que Dieu est UN ; pas question de parler de plusieurs personnes divines ! Plus tard seulement, les croyants apprendront que ce Dieu unique n’est pas pour autant solitaire, il est Trinité. Ce mystère de la vie trinitaire n’a commencé à être deviné que dans la méditation du Nouveau Testament, après la résurrection   du Christ. A ce moment-là, quand les Apôtres et les écrivains du Nouveau Testament ont commencé à entrevoir ce mystère, ils se sont mis à scruter les Ecritures et ils ont donc fait ce qu’on appelle une relecture ; et en particulier, ils ont relu les lignes que nous venons d’entendre et qui parlent de la Sagesse de Dieu et ils y ont lu en filigrane la personne du Christ.
Saint Jean, par exemple, écrira : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu… » et vous savez combien cette expression en grec dit une communion très profonde, un dialogue d’amour ininterrompu. Le livre des Proverbes, lui, n’en était pas encore là.
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Complément
Irénée et Théophile d’Antioche ont identifié la Sagesse avec l’Esprit, tandis qu’Origène l’identifiait avec le Fils. C’est cette deuxième interprétation qui a finalement été retenue par la théologie.

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PSAUME – 8

4 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
5 qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ?
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

6 Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
7 tu l’établis sur les œuvres  de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds :

8 les troupeaux de bœufs  et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
9 les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas… » Peut-être sommes-nous dans le cadre d’une célébration de nuit ; hypothèse tout à fait vraisemblable, puisque le prophète Isaïe fait parfois allusion à des célébrations nocturnes, par exemple quand il dit : « Vous chanterez comme la nuit où l’on célèbre la fête, vous aurez le cœur joyeux… » (Is 30,29). Imaginons donc que nous sommes un soir d’été, à Jérusalem, au cours d’un pèlerinage, une célébration à la belle étoile.
Nous n’avons pas lu ce psaume en entier, mais si nous nous reportons à notre Bible, ce qui saute aux yeux dès la lecture de ce psaume, c’est que la première et la dernière phrases sont exactement identiques ! « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » Donc pas besoin de chercher plus loin le thème de ce psaume : c’est une hymne à la grandeur de Dieu !
Au passage, d’ailleurs, remarquons que le nom employé pour Dieu ici, c’est une fois de plus le nom de l’Alliance, les fameuses quatre lettres, YHVH, le Nom très Saint qu’on ne prononce jamais : donc, même si le mot Alliance n’est pas employé une seule fois, il est sous-entendu ; c’est le peuple de l’Alliance qui s’exprime ici.
Revenons à cette phrase qui est répétée au début et à la fin : « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! » On a donc là une parfaite symétrie… Elle encadre quoi ? Une méditation sur l’homme. Cette construction est très intéressante. A la fois, l’homme est bien au centre de la création, ET en même temps tout, y compris l’homme, est rapporté à Dieu : Lui seul agit et l’homme contemple…Tout est « ouvrage des doigts de Dieu », tout est « œuvre  de tes mains… Tu fixas les étoiles…Tu penses à l’homme, Tu en prends souci, Tu le couronnes de gloire et d’honneur, Tu l’établis sur l’œuvre  de tes mains, Tu mets toute chose à ses pieds ».
La « couronne » de l’homme, c’est le cosmos justement : et ce n’est certainement pas un hasard si le psaume est construit de telle manière que l’énumération des œuvres  créées par Dieu encadrent l’homme, lui faisant comme une couronne. Si on reprend la structure globale de ce psaume, il se présente comme des cercles concentriques : au centre l’homme « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme que tu en prennes souci ? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ; tu l’établis sur l’œuvre  de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds »… Puis un premier cercle, la Création : de part et d’autre des versets concernant l’homme : d’un côté le ciel étoilé, et la lune… de l’autre tous les êtres vivants : troupeaux, bêtes sauvages, oiseaux, poissons… Puis deuxième cercle, la fameuse phrase répétée : l’homme contemple le vrai roi de la Création : « O SEIGNEUR notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! »
La royauté de Dieu est dite déjà par le mot « grand », un mot du langage de cour qui dit la puissance du roi vainqueur. Elle est dite aussi bien entendu par le mot « splendeur ». Ce roi est vainqueur de l’adversaire, de l’ennemi, sans difficulté apparemment, puisqu’il se contente pour rempart d’un gazouillis de nourrisson ; (la traduction de ce verset est très discutée… nous choisissons ici la traduction liturgique, puisque c’est celle-ci que nous entendons à la Messe et elle est très suggestive) : « Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte ». (Sous-entendu le chant des tout-petits : voilà le rempart que tu opposes à tes ennemis ; cela suffit).
Cette royauté, Dieu ne la garde pas jalousement pour lui : puisqu’il couronne l’homme à son tour. L’homme aussi a droit à un vocabulaire royal : l’homme est « à peine moindre qu’un dieu »… il est « couronné »… toutes choses sont « à ses pieds » : il y a là l’image d’un trône royal : les sujets se prosternent en bas des marches. Pour dire la même chose, le livre de la Genèse   avait raconté la création de l’homme comme intervenant en dernier après toutes les autres choses, après tous les autres êtres vivants, pour bien montrer que l’homme était au sommet ; et puis le livre de la Genèse encore avait montré l’homme donnant un nom à toutes les créatures, ce qui est un signe de supériorité, de maîtrise… Dans la Création, la vocation de l’homme est bien d’être le roi de la Création : Au premier couple humain, Dieu avait dit : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » (Gn 1,28).
Je reviens sur la phrase : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » Belle manière de dire la présence de Dieu auprès de l’homme, sa sollicitude.
Evidemment, un tel psaume respire la joie de vivre ! Mais il peut bien arriver dans nos vies des jours où cette présence de Dieu auprès de l’homme sera ressentie comme pesante. C’est ce qui arrive à Job un jour de grande souffrance : il était un grand croyant, un priant et il connaissait ce psaume par cœur , très certainement ; eh bien, un jour, dans son désespoir, il en arrive à regretter d’avoir chanté ce psaume avec tant d’enthousiasme, quand tout allait bien : et il va jusqu’à dire : « Laisse-moi… Quand cesseras-tu de m’épier ?… Espion de l’homme… Qu’est-ce qu’un mortel pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention ? » Ce jour-là, sa foi a bien failli basculer ; et certains d’entre nous, trop éprouvés, connaissent ce vertige ; mais pour eux, comme pour nous tous, comme pour Job, Dieu veille et continue quoi qu’il arrive à « prendre souci de l’homme ».
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Complément
La Bible est un livre « heureux » ! Tout ce psaume respire la joie. La joie devant la splendeur de Dieu, et aussi devant la splendeur de l’homme. Ce roi humain de la Création se soumet à son tour à Celui qui en est le vrai Maître : il reconnaît sa petitesse, il reconnaît qu’il doit tout à son Créateur.

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DEUXIEME LECTURE – Lettre de Saint Paul apôtre aux Romains 5, 1-5

Frères,
1 nous qui sommes devenus justes par la foi,
nous voici en paix avec Dieu
par notre Seigneur Jésus Christ,
2 lui qui nous a donné, par la foi,
l’accès à cette grâce
dans laquelle nous sommes établis ;
et nous mettons notre fierté
dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu.
3 Bien plus, nous mettons notre fierté
dans la détresse elle-même,
puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ;
4 la persévérance produit la vertu éprouvée ;
la vertu éprouvée produit l’espérance;
5 et l’espérance ne déçoit pas,
puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs
par l’Esprit-Saint qui nous a été donné.

Nous sommes à Rome, au temps de l’empereur Néron, en l’an 57 ou 58 après Jésus-Christ ; comme dans presque toutes les villes du Bassin Méditerranéen, il y a une colonie juive ; on l’évalue à quelques dizaines de milliers de personnes ; et comme partout, certains de ces Juifs ont reconnu en Jésus de Nazareth le Messie promis aux Juifs : désormais il y aura les Juifs et ceux qu’on appelle les Judéo-Chrétiens, chaque clan traitant l’autre d’hérétique ou de déviant. Et puis il y a aussi tous les anciens païens devenus Chrétiens : on les appelle les pagano-Chrétiens ; les relations sont difficiles entre ces Chrétiens d’origine païenne avec toutes les séquelles possibles d’idolâtrie et les Chrétiens d’origine juive, restés parfois très attachés à leurs pratiques religieuses ; nous avons déjà rencontré des traces de ces difficultés dans les lettres de Paul aux Philippiens et aux Galates. Dans toutes les communautés, et particulièrement à Rome, ces conflits se durcissent au fil des années et dans sa lettre aux Romains, Paul se donne pour tâche de ramener la paix.
La communauté chrétienne est donc composée d’anciens Juifs et d’anciens païens. Or la grande question qui se pose, comme dans beaucoup des premières communautés est la suivante : puisque Dieu a choisi le peuple juif pour annoncer le salut au monde, puisque Jésus, le Messie était Juif, ne devrait-on pas demander aux anciens païens de devenir juifs avant de devenir chrétiens ? Concrètement, ne devrait-on pas leur imposer la circoncision et toutes les pratiques juives ?
Le grand argument de Paul : vous, Chrétiens, quel que soit votre passé, vous êtes tous égaux devant le salut ; car c’est le Christ qui vous sauve, et lui seul. Bien sûr, les Juifs n’avaient pas attendu les Chrétiens pour savoir que c’est la foi qui sauve et non les mérites de l’homme. Mais certains Chrétiens d’origine juive revendiquent le privilège d’être l’unique peuple de l’Alliance. Ils sont, eux, les descendants d’Abraham, les païens ne peuvent pas en dire autant. A ceux-ci Paul a répondu au chapitre 4 en faisant remarquer qu’Abraham a été déclaré juste par Dieu bien avant d’être circoncis ! Car Abraham était un païen quand il a entendu l’appel de Dieu et c’est la confiance et elle seule qui l’a inspiré quand il a obéi : Dieu lui a dit « Va pour toi, quitte ton pays, va vers le pays que je te montrerai » … et la suite du texte dit simplement : « Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit » (Gn 12). Et, un peu plus loin, le même livre de la Genèse dit encore : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et, pour cela, le SEIGNEUR le considéra comme juste » (Gn 15, 6). Et Saint Paul, ici, se réfère évidemment à cette histoire exemplaire d’Abraham. Dans ce chapitre 4 de la lettre aux Romains, il cite quatre fois cette phrase de la Genèse ; ce qui veut dire qu’il y a là pour lui un argument de poids. Ailleurs, dans la lettre aux Galates, il le dit expressément : « Puisque Abraham eut foi en Dieu et que cela lui fut compté comme justice, comprenez-le donc, ce sont les croyants qui sont fils d’Abraham » (Gal 3, 6). Ce qui revient à dire : Abraham, le croyant, est le père de tous les croyants, qu’ils soient ou non circoncis. Donc pas question de se battre entre Chrétiens sur ce terrain.
Voilà qui explique la première phrase de notre texte d’aujourd’hui : « Dieu a fait de nous des justes par la foi » ; et pour bien faire entendre que le salut est pur don gratuit de Dieu, et que seul l’abandon confiant de la foi nous est demandé, il répète l’expression « par la foi » : « Dieu a fait de nous des justes par la foi ; nous sommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a donné, par la foi, l’accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis. » Et les verbes sont au passé : justifiés, nous le sommes tous depuis la mort et la résurrection du Christ, c’est chose faite. Désormais, nous vivons dans l’intimité de Dieu, ce que Paul appelle « le monde de la grâce ».
L’émerveillement de Saint Paul, et de tout croyant, c’est que par pure grâce de Dieu, nous participons à la justice du Christ : par notre foi en lui, et par elle seule, nous sommes réintégrés dans l’Alliance de Dieu, dans la communion trinitaire. Ici, pas plus que dans le livre des Proverbes, nous ne lisons le mot « Trinité»… mais quand Paul parle du « monde de la grâce », c’est bien de cela qu’il est question ; d’ailleurs, on ne peut pas s’empêcher de remarquer que Paul, contemplant le mystère de Dieu, le fait spontanément en termes trinitaires ; en particulier dans ces deux phrases : « Nous sommes en paix avec Dieu par Jésus-Christ »… et « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».
Cela ne veut pas dire que tout sera toujours facile ! Paul parle de « détresse » que traversent ses lecteurs ; mais la détresse elle-même peut être chemin vers Dieu. « La détresse produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l’espérance … » L’espérance est une vertu de pauvre : elle est au bout d’un long chemin de dépouillement ; elle est au-delà de nos découragements, de nos acharnements, de nos « quand même », elle naît quand nous sommes complètement remis à la confiance en Dieu, quand nous avons acquis la sérénité parce que notre oeuvre n’est pas la nôtre en réalité, mais la sienne… Car « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » : au fait, « l’amour DE Dieu » : on pourrait évidemment se demander le sens de la préposition « de » ici : est-ce l’amour que Dieu nous porte ou l’amour que nous portons à Dieu ? Mais c’est une mauvaise question : L’Esprit-Saint répand en nos cœurs  l’amour même que Dieu porte à l’humanité et, à notre tour, nous devenons capables d’aimer. Et ainsi, peu à peu, nous entrons davantage dans la communion trinitaire dès maintenant. C’est cela que Paul appelle « avoir part à la gloire de Dieu ». « Notre orgueil, c’est d’espérer avoir part à la gloire de Dieu… et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs  par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».
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Complément
Il est particulièrement suggestif de lire cette lettre de Paul aux Romains et surtout le verset 5 juste après la fête de la Pentecôte !

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EVANGILE– selon Saint Jean 16, 12 – 15

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
12 « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
13 Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.
En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
14 Lui me glorifiera,
car il recevra ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître.
15 Tout ce que possède le Père est à moi ;
voilà pourquoi je vous ai dit :
L’Esprit reçoit ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître. »

 

Avant de nous aventurer dans ce texte de Saint Jean, il faut plus que jamais nous « habiller le cœur  » (comme disait Saint Exupéry) : en cette dernière soirée de sa vie terrestre, Jésus n’emploie pas le mot « Trinité» ; il fait beaucoup plus et beaucoup mieux : il nous introduit dans ce grand mystère, dans l’intimité même de la Trinité. Mais pour percevoir ce mystère d’amour et de communion, il faudrait que nous lui soyons accordés, que nous soyons nous-mêmes feu brûlant d’amour et de communion ; or, nous ressemblons plutôt à du bois trop vert mis au contact du feu : bien difficile de le faire « prendre ».
Ce que Jésus nous dit ici, entre autres choses, c’est que l’Esprit de Dieu, le feu, va venir en nous : il va s’installer au cœur  du bois vert. Nous sommes encore dans le contexte du dernier repas de Jésus avec ses disciples, au soir du Jeudi Saint: Jésus fait ses adieux et prépare ses disciples aux événements qui vont suivre. Il révèle le maximum de son mystère, mais il y a des choses qu’ils ne peuvent pas encore comprendre : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter ».
L’histoire de l’humanité, comme toute histoire humaine est celle d’un long cheminement. Comme nous, parents ou éducateurs, accompagnons ceux qui nous sont confiés dans leur éveil progressif, Dieu accompagne l’humanité dans sa longue marche. Tout au long de l’histoire biblique, Dieu s’est révélé progressivement à son peuple : ce n’est que peu à peu que le peuple élu a abandonné ses croyances spontanées pour découvrir toujours un peu mieux le vrai visage de Dieu. Mais ce n’est pas fini : la preuve, c’est la difficulté des propres disciples de Jésus à le reconnaître comme le Messie, tellement il était différent du portrait qu’on s’en était fait d’avance.
Et ce long chemin de découverte de Dieu n’est pas encore terminé, il n’est jamais terminé : il continuera jusqu’à l’accomplissement du projet de Dieu. Tout au long de ce cheminement, l’Esprit de vérité nous accompagne pour nous guider vers la vérité tout entière… La vérité semble bien être l’un des maîtres-mots de ce texte : à en croire ce que nous lisons, la vérité est un but et non pas un acquis : « L’Esprit de vérité vous guidera vers la vérité tout entière »… Cela devrait nous interdire de nous disputer sur des questions de théologie… puisqu’aucun de nous ne peut prétendre posséder la vérité tout entière !
D’autre part, elle n’est pas d’ordre intellectuel, elle n’est pas un savoir ; puisque, dans le même évangile de Jean, Jésus dit « je suis la Vérité ». Alors nous comprenons pourquoi dans le texte d’aujourd’hui, il emploie plusieurs fois le verbe « connaître » : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître… il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ». En langage biblique on sait bien que « connaître » désigne une expérience de vie et non pas un savoir. A tel point que ce mot « Connaître », est celui qui est employé pour l’union conjugale. L’expérience de l’amour ne s’explique pas, on peut seulement la vivre et s’en émerveiller.
L’Esprit va habiter en nous, nous pénétrer, nous guider vers le Christ qui est la Vérité… alors, peu à peu, la révélation du mystère de Dieu ne nous sera plus extérieure : nous en aurons la perception intime : là encore, j’entends un écho des promesses des prophètes : « ils me connaîtront tous du plus grand au plus petit ».
Je reviens sur la phrase : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter. » Pourquoi les apôtres n’ont-ils pas « la force de les porter » ? Parce qu’ils n’ont pas encore reçu l’Esprit-Saint, semble-t-il. Cela veut dire que si nous désirons vraiment pénétrer un peu plus dans la connaissance des mystères de Dieu, il nous faut résolument invoquer l’Esprit-Saint.
Dernière remarque : « Ce qui va venir, il vous le fera connaître ». « Ce qui va venir » : n’attendons pas des révélations à la manière des voyants… il s’agit de beaucoup plus grand : c’est le grand projet de Dieu qui se réalise dans l’histoire humaine : ce que Saint Paul appelle « le dessein bienveillant » et qui est, justement, l’entrée de l’humanité tout entière dans la vie intime de la Trinité. « Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » : il n’est pas question, là non plus, de nous placer sur un plan intellectuel : ce ne sont pas les idées de Jésus qu’il va nous faire comprendre. C’est l’expérience même de sa vie qu’il va nous faire revivre à notre tour. Le cheminement même de l’homme-Jésus vécu avec l’Esprit-Saint devient le nôtre.
Les Tentations au désert, c’est l’Esprit d’amour qui lui permet de les surmonter ; c’est encore l’Esprit qui le conduit dans toute sa mission, qui inspire ses paroles et ses actes… qui lui donne l’audace des miracles… jusqu’à la dernière audace de l’abandon total à Gethsémani. C’est cela la vérité tout entière du Christ, celle vers laquelle nous cheminons à travers l’expérience de nos vies. C’est cet Esprit qui nous habite désormais et qui nous donne à notre tour toutes les audaces de la mission. On est loin d’un savoir intellectuel ! C’est à l’expérience même de l’intimité de Dieu que nous sommes invités…
Au fond, quand nous célébrons la Fête de la Trinité nous ne contemplons pas de loin un mystère impénétrable, nous célébrons déjà la grande fête de la fin des temps : celle de l’entrée de l’humanité dans la Maison de Dieu.