AMAERIQUE DU SUD, AMAZONIE, BRESIL, ECOLOGIE, ECONOMIE

Cuba: Quelle est la relation entre Bolsonaro et les incendies en Amazonie? — histoireetsociete

veuillez m’excuser, je n’use jamais pour l’espagnol du seul traducteur automatique, mais je n’ai pas le temps. J’ai une journée hyperchargée et je traduirai mieux à mon retour cet important article (note de Danielle Bleitrach) Dans cet article: Amazonas , Brésil , déforestation , catastrophes naturelles , incendies , incendies de forêt , Jair Bolsonaro , Environnement , Nature 22 août 2019 | + | Après que l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil […]

via Cuba: Quelle est la relation entre Bolsonaro et les incendies en Amazonie? — histoireetsociete

ACCAPAREMENT DES TERRES OU DES MERS, ECONOMIE, LAND GRABBING, MONDIALISATION

Le land grabbing ou accaparament des terres (ou des mers)

Qu’est-ce que le landgrabbing ?

avvlandgrabb

Le land grabbing est traduite en français par l’expression « accaparement des terres »

Le landgrabbing : premières tensions géopolitiques dues au changement climatique ?

La mondialisation n’est pas un phénomène qui concerne uniquement les productions industrielles ou le développement des services. La réduction des temps de transport a aussi révolutionné le secteur agricole et ses processus de production, en rendant complémentaire, à la manière de la division internationale du travail pour l’industrie, des pays et régions plus qu’éloignés. Une mise en relation qui paraît cependant bien déséquilibrée.

Le landgrabbing désigne ainsi le phénomène selon lequel des pays, le plus souvent via des entreprises privées ou d’État, achètent ou louent à d’autres États souverains des terres arables, dont l’entièreté de la production sera destinée au pays propriétaire des terres. Si le concept fait penser aux « républiques bananières » d’Amérique centrale des années 50-60, il revient aujourd’hui sur le devant de la scène du fait des considérations grandissantes à propos du changement climatique.

Des considérations qui in fine relèvent en fait d’un problématique de sécurité alimentaire, et qui concerne des pays aussi variés que la Chine, l’Inde (pollution des terres, pression démographique…), les pays du Golfe (sécheresse) ou encore le Japon (manque d’espace). Les pays hôtes ont eux en commun de posséder un système foncier très libéralisé ou assez peu réglementé, du fait d’une histoire souvent assez tourmentée. Ainsi de l’Afrique sub-saharienne (Soudan, Ethiopie…) ou de l’Amérique centrale (Argentine, Brésil…) qui ont vu leur système foncier familial ou villageois complètement bouleversé et libéralisé par les réformes structurelles du FMI (années 80), ou encore de l’Europe centrale et orientale (Ukraine notamment) où la décollectivisation a laissé derrière elle une structure agraire vierge de tout droit foncier. Les acteurs du landgrabbing, qui concernerait aujourd’hui près de 1% de la superficie agricole utile (SAU) mondiale, profitent aussi dans ces pays de systèmes politiques lâches et réputés pour la corruption qui y règne – en Afrique notamment – ou bien se révèlent opportunistes et spéculationnistes en rachetant à des prix intéressants des domaines familiaux sur le déclin avant d’y investir massivement (Argentine, Uruguay…)

Le schéma est alors celui d’une agriculture extensive qui n’en utilise pas moins des méthodes d’exploitation très agressives : utilisation massive d’engrais, de pesticides, d’OGM, mécanisation poussée… Autant de pratiques qui ne sont pas sans poser de nombreux problèmes. Environnementaux d’abord : en Amérique du Sud ou en Asie du Sud-Est (Cambodge par exemple), l’optimisation acharnée des rendements des parcelles conduit à la déforestation massive des forêts tropicales ainsi qu’à l’appauvrissement et à la pollution des terrains, nappes phréatiques ou cours d’eau. Souvent, la déforestation entraîne aussi des conflits avec des populations indiennes qui voient leur habitat disparaître progressivement (région argentine du Chaco par exemple). Enfin, contrairement à ce qu’arguent les multinationales concernées, leurs implantations et investissements dans les pays hôtes ne bénéficient que très peu à l’économie et aux populations locales. Au contraire, le landgrabbing aurait tendance à renforcer l’exode rural. En effet, loins de récupérer des emplois stables, les ouvriers agricoles sont utilisés comme variables d’ajustement en fonction des saisons et moments de récolte, mécanisation et utilisation d’intrants permettant en fait d’effectuer la majeure partie du travail avec quelques conducteurs de tracteurs et un ou deux pilotes d’avions légers afin de pulvériser les pesticides…

Dans bien des cas, ce commerce de terres ne profite donc qu’à une petite élite politique locale ou nationale , dans une logique qui continue à favoriser la rentrée de devises au détriment de l’intérêt des populations locales (milieu de vie, emploi, famines…). Dans ce contexte, l’on comprend le rapprochement qui est fait entre landgrabbing et néocolonialisme, qu’il convient néanmoins de nuancer en constatant qu’une part non-négligeable du phénomène concerne des rapports Sud-Sud (Chine-Afrique, Vietnam, Cambode)…

land-grab-2012.jpg

 

https://les-yeux-du-monde.fr/ressources/18244-quest-ce-le-landgrabbing

************************************************************************************

Accaparement (des terres, des mers)

acquisition-des-terres-monde-2005-2009

L’accaparement des terres (land grabbing ou landgrab en anglais : action de se saisir, d’empoigner) est le processus d’acquisition ou de jouissance de terres à des fins principalement agricoles (mais pas seulement) dans un contexte d’économie mondialisée. Les investissements, privés ou publics, vers les terres agricoles « disponibles », en particulier celles des pays du Sud, ne sont pas nouveaux : au début du XXe siècle, la société américaine United Fruit Company possédait près du quart des terres cultivables du Honduras. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur et la rapide croissance des investissements, depuis la crise alimentaire de 2008 surtout, et le fait que des États y participent. Les transactions sont difficilement quantifiables du fait de l’opacité, du caractère confidentiel ou sibyllin, des contrats signés par les investisseurs.

Les terres accaparées se trouveraient pour moitié en Afrique, pour plus de 20 % dans la région Pacifique-Asie de l’Est, et pour moins du quart dans la zone Europe-Asie centrale, et l’Amérique latine en concentrerait environ 10%. Les pays d’origine des opérateurs, qu’il s’agisse d’États ou d’acteurs privés, sont ceux qui disposent de ressources agricoles insuffisantes (Japon, Corée du Sud, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Émirats arabes unis, Chine, etc.). Les logiques des « accapareurs » sont différentes : si certains États sont mus par le souci de répondre aux futurs besoins alimentaires de leur population, en particulier dans un contexte où leurs terres disponibles viendraient à manquer, les grandes entreprises ont davantage à cœur de s’internationaliser et d’investir dans une agriculture destinée aux exportations.

Le « landgrab » est dénoncé comme une forme nouvelle d’agro-colonialisme par les ONG et nombre d’organisations paysannes.

bastamag-220x300

De la même façon, on parle d’accaparement des mers ou ocean grab ou global ocean grabbing. Il s’agit des processus et dynamiques qui portent atteinte aux droits d’accès ainsi qu’aux modèles de production des personnes et des communautés dont le mode de vie, l’identité culturelle et les moyens de subsistance dépendent de leur participation à la pêche artisanale et aux activités étroitement associées, dans les pays du Sud comme du Nord. L’accaparement est le fait de la pêche industrielle et fait l’objet de dénonciation à l’ONU et parmi les ONG. L’extension récente de la taille des aires marines protégées participe également au processus d’accaparement des ressources naturelles à travers la science et la protection de l’environnement.

 

monde pêche en haute mer interdiction perdants et gagnants selon ubc sea around us pauly

africa

 

Pour compléter :

Sylviane Tabarly. – Agricultures sous tension, terres agricoles en extension : des transactions sans frontières ». 2011.

WFFP (World Forum of Fisher Peoples). – L’accaparement des mers : rapport en français. Août 2014. 56 p.

Le rapport sur «Les pêches et de le droit à l’alimentation » d’Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies (ONU) sur le droit à l’alimentation, octobre 2012.

land+grabbing

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/accaparement

 

CRISE ECONOMIQUE, ECONOMIE, ELENA LASIDA, Le goût de l'autre, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Le goût de l’autre par Elena Lasida

Le goût de l’autre : la crise, une chance pour réinventer le lien

Elena Lasida

Paris, Albin Michel, 2011. 336 pages

51mko0xnhfl._sx322_bo1,204,203,200_

Présentation de l’éditeur

En temps de crise, l’économie est souvent accusée de tous les maux. Mais si au lieu de la diaboliser, nous revisitions son rôle dans la société ? On pense en général qu’elle ne crée que des biens. C’est oublier sa vocation première : créer du lien, comme le montrent les réseaux d’économie solidaire. On pense aussi qu’elle épuise autant les ressources naturelles que les individus et les sociétés. C’est négliger les nouvelles pistes qui sont à notre portée, sources d’une croissance centrée sur le vivre-ensemble.Elena Lasida, qui enseigne l’économie solidaire et le développement durable à l’Institut catholique de Paris, nous présente ici l’économie sous un jour radicalement nouveau. Non pas comme une énième théorie d’inspiration libérale ou sociale, mais comme un véritable projet de vie en commun, à construire à partir des mille initiatives qui naissent aujourd’hui au sein de la société civile. Elle puise dans les récits bibliques des outils et des notions comme la création, l’alliance, la promesse… qui se révèlent étonnamment pertinents pour réinventer nos modèles et en tirer le meilleur. Un meilleur que, chacun, nous pouvons accueillir et faire vivre au jour le jour.

 

Analyse de l’ouvrage

C’est un livre qui traite de l’économie mais sur un registre inattendu : il ne s’agit d’un livre d’économie au sens classique du terme ; en effet ce n’est pas un traité d’économie car on n’y trouvera n’y statistiques, ni leçons  pour améliorer la croissance ou pour mesurer la productivité des pays. C’est un essai où l’économie est vue à hauteur d’homme dans ce qu’elle a de plus valorisant : l’économie pour l’auteur est source de création, de relation. Comme point d’appui pour sa démonstration elle puise dans sa vie personnelle, ou dans les diverses expériences vécues ; elle puise aussi longuement dans les récits bibliques. Ce faisant elle rend ses lettres de noblesse à une activité humaine où il importe de rechercher « moins de biens et plus de liens ». Il s’agit donc de « reconsidérer la richesse » dans sa quête de croissance capitaliste.

L’ouvrage se découpe ainsi en dix chapitres, que l’auteure a choisi de structurer toujours selon le même schéma : un récit d’expérience personnelle qui met en évidence un paradoxe, qu’elle relie alors à une pratique (et/ou théorie économique) ainsi qu’à un récit biblique.

Ainsi le but de l’auteur est une réponse à tous ceux qui envisagent l’économie sous un angle autonomisée  par rapport à la vie socilae et quotidienne des uns et des autres. Au contraire il s’agit d’une « expérience de vie » (chapitre premier). Elena Lacida veut signifier par cette expression que la vie n’est pas contraire à la mort mais sa traversée : tout est marqué par la rencontre de la limite, du manque et de l’étrangeté. Elle rappelle l’étymologie du mot économie : « gestion de la maison » car « chacun habite sa maison d’une manière différente ».

Elle emprunte une distinction que l’on trouve chez Annah Arent :  entre création et fabrication – la première faisant intervenir une nouveauté radicale où elle considère ainsi que l’économie relève de celle-là et s’adresse donc davantage chez l’homme à sa « qualité de créateur » qu’à son « besoin de consommation » : « elle ne vise pas à réduire la finitude humaine, mais à la transformer en expérience de transcendance »

Plus loin dans l’ouvrage, l’auteure fait du reste l’éloge des « objectifs du Millénaire » adoptés en 2000 par les membres de l’Organisation des Nations Unies en dépit de leur approche quantitative du développement. Quoiqu’il en soit, on pourra malgré tout s’accorder avec sa définition peu conventionnelle de l’économie comme « engendrement de la limite », qui renvoie à la nécessaire prise en compte de la finitude des ressources comme des capacités d’absorption de la pollution par l’écosystème. Elle illustre son propos en critiquant les grandes firmes agro-alimentaires commercialisant des produits OGM pour réduire la faim dans le monde   Plus loin dans l’ouvrage, l’auteure fait du reste l’éloge des « objectifs du Millénaire » adoptés en 2000 par les membres de l’Organisation des Nations Unies en dépit de leur approche quantitative du développement. Quoiqu’il en soit, on pourra malgré tout s’accorder avec sa définition peu conventionnelle de l’économie comme « engendrement de la limite », qui renvoie à la nécessaire prise en compte de la finitude des ressources comme des capacités d’absorption de la pollution par l’écosystème.

L’entreprise de l’auteure peut aussi être lue comme une réponse à celles et ceux qui, à l’instar de la politique, envisagent l’économie comme une sphère autonomisée par rapport à l’expérience sociale quotidienne des uns et des autres. Au contraire, explique-t-elle, l’économie est une « expérience de vie » (ainsi qu’elle intitule son premier chapitre). Encore faut-il également bien définir ce que signifie cette dernière. La vie n’est en effet pas le contraire de la mort, mais sa traversée. Elle veut dire par là qu’elle est en effet intrinsèquement marquée par la rencontre de la limite, du manque et de l’étrangeté. L’économie signifie du reste, rappelle-t-elle, étymologiquement « gestion de la “ maison”». Rien de plus ancré dans l’expérience ordinaire a priori, mais « chacun « habite » sa maison d’une manière différente ». Reprenant la distinction d’Hannah Arendt entre création et fabrication – la première faisant intervenir une nouveauté radicale —, elle considère ainsi que l’économie relève de celle-là et s’adresse donc davantage chez l’homme à sa « qualité de créateur » qu’à son « besoin de consommation » : « elle ne vise pas à réduire la finitude humaine, mais à la transformer en expérience de transcendance » (p.35). On pourra cependant objecter que l’argument de la satisfaction des besoins, s’il est souvent instrumentalisé comme faux-nez de la recherche effrénée de profits – ainsi que l’illustre l’argumentaire des grandes firmes commercialisant les semences d’OGM en prétendant résoudre ainsi le problème de la « faim dans le monde »- ne peut-être pour autant évacué d’un revers de main : elle prend alors comme exemple les « objectifs du Millénaire » qui valorise les efforts fait par les producteurs locaux pour résoudre les problèmes liés à une faible production agricole et qui tient compte de l’écosystème.

Dans un second chapitre elle revient sur la dimension créatrice de l’économie en face des pressions des acteurs patronaux invitant les salariés à accepter u accroissement de leurs salariés : pour l’auteure il s’agit alors de se confronter à une finitude de toiute activité humaine : la vie, l’amour sont précaires, [alors] pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? ». D’une façon étonnante elle s’en prend alors aux partisans de la décroissance « ces mouvements expriment surtout une contestation à l’égard d’un modèle économique et d’un mode de vie centrés sur l’augmentation de la production et de la consommation ». Et elle ajoute : « Plutôt que d’inverser ou de freiner la croissance, ce qui revient à avoir moins du même, je crois que le vrai défi c’est de la définir autrement » car « vouloir se développer et croître » serait inhérent à la nature humaine ; elle rejoint cependant les ^partisans de la décroissance sur un point : « Et pour ce faire, il ne s’agit pas de remplacer les énergies non renouvelables et polluantes par des énergies renouvelables et propres. La question est bien plus fondamentale : elle n’interroge pas seulement le type de ressources utilisées, mais aussi et surtout la finalité et la manière dont on les utilise »

Qu’est-ce qui devait être la finalité e l’activité économique ? Si elle ne doit pas être l’accumulation de biens matériels, elle doit permettre à chacun de mettre en œuvre sa capacité créatrice  et sa volonté de créer et d’entretenir les liens sociaux. Ceci permet aux différents  membres de la société de se rendre compte de leur interdépendance croissante plutôt que de se penser paradoxalement comme toujours plus indépendants les uns des autres (les exemples abondent pour montrer combien celui qui vent et celui qui achète sont liés par une chaîne qui va du producteur au vendeur, puis du vendeur à l’acheteur). En partant de là elle ouvre une longue parenthèse sur la notion de la « sympathie » développée par Adam Smith dans sa Théorie des sentiments moraux (1759), et montre les contradictions auxquelles peuvent se confronter la quête de vertu pour satisfaire sa conscience intérieure (ce que A. Smith appelait the man within) et la recherche d’une approbation publique (the man without), dans une société qui valorise l’accumulation de richesses. Une tension fondamentale, d’autant qu’il s’y rajoute le fait que l’ostentation de la richesse n’attire pas seulement la sympathie, mais aussi l’envie. « Le riche devient à la fois le modèle à imiter et le rival à écarter » (p.89).

 L’auteure développe ensuite le fait que la finalité de l’économie c’est surtout de devoir susciter davantage l’alliance – qui implique l’accueil de l’imprévisible- plutôt que le contrat, qui vise au contraire la maîtrise et la prévoyance par le calcul. Elle observe d’ailleurs, après Olivier Favereau, que cette notion d’alliance a introduit une révolution au sein de la théorie économique en plaçant au cœur de cette dernière non plus l’objet mais la relation. Le propre de l’échange économique n’est plus fondée  sur la méfiance réciproque et la recherche de son intérêt personnel exclusif mais doit au contraire contribuer à bâtir des communautés, des sentiments d’appartenance commune, ce que seule la réciprocité peut permettre, et non le marché ou la redistribution impersonnelle.

L’échange peut ce faisant être créateur de liens et source de reconnaissance réciproque, plutôt que révélateur du seul intérêt de chacun. Cette acception de la solidarité posé comme un fait préalable,  celui de l’interdépendance de tous, invite également à rompre avec l’usage d’assimiler solidarité (ce qui est courant dans bien des cas) à la générosité ou à la seule justice distributive, et ainsi à reconsidérer ce que peuvent signifier en vérité les termes de « pauvreté » et de « pauvres » que nos sociétés ne voient que  comme ceux qui étaient acculés à demander une assistance. « Il s’agit alors de ne plus les envisager comme objets mais comme sujets, non plus comme des personnes en manque qui ont besoin d’assistance, mais comme un acteur social qui doit pouvoir participer à un projet d’ensemble. On cherchera chez lui la capacité propre qu’il pourrait développer en vue d’un projet commun plutôt que le manque à combler ». Il s’agit alors d’une conversion du regard : l’auteure met ainsi sans doute le doigt sur une des tensions majeures qui traversent les organisations de l’action sociale. Mais telle est aussi la voie pour sortir de la valorisation de la richesse matérielle affichée.

L’auteure met ensuite en évidence la dimension de création identitaire que revêt l’économie : au contraire elle doit être envisagée comme un processus continu et ouvert et non comme une essence close sur elle-même (même si cela  n’est cependant pas partagé par tous ceux qui se disent chrétiens…),  ainsi que la dimension de véhicule d’utopie, comme elle l’illustre en décrivant brièvement celles de Saint-Simon, Fourier, Proudhon ou Marx. Elle conclut enfin rapidement, mais d’une manière qui doit interroger nos attitudes et notre manière d’envisager notre monde, sur ce qui constitue pourtant le sous-titre de l’ouvrage, à savoir le fait que la crise financière, économique, sociale et écologique que nous traversons actuellement pourrait constituer un moment favorable (un kairos pour reprendre un terme employé par les philosophes grecs de l’antiquité) pour opérer une conversion, radicale, du regard et des pratiques, rappelant là encore qu’étymologiquement crise signifie « juger », et renvoie notamment au moment où, dans la maladie, le corps « choisit » entre la mort et la guérison, qui signifie aussi altération. Cette remise en cause qui à bien des égards semblerait salutaire ne semble malheureusement être le projet qie l’on entend actuellement. Alors la valorisation du déséquilibre, de l’incertitude et de l’incomplétude  pas par lesquelles l’auteure conclut son propos ne serait-elle pas une autre utopie comme celles qui ont émergées au XIXè siècle ?

Au demeurant cet essai, malgré ses limites, a le mérite de nous ouvrir les yeux sur autre façon d’envisager l’économie, sur une pratique ouverte des relations humaines. Et surtout il offre au lecteur des perspectives neuves – que l’on devrait savoir évidentes – sur le regard que l’on porte sur l’autre : le pauvre ne fait pas que recevoir une aumône, il donne aussi une richesse insoupçonnée. Les diverses expériences vécues par Elena Lacida nous montre qu’un autre monde est possible.

En défitinitive la force de ce livre est peut-être à trouver dans la vie personnelle de l’auteur : parce qu’elle vient d’Amérique latine (Uruguay plus exactement) elle peut nous apporter des expériences que l’on ne trouve pas dans notre monde occidental. Son expérience personnelle où elle a été confrontée à la pauvreté de certaines populations mais qui ont trouvé en eux-mêmes des moyens de subsister, où elle a vécu en émigrée dans divers pays lui permet de tenir un langage qui se tient près de la réalité. Sa foi également donne l’espérance que si l’on se décide à changer le monde pour prendre soin de « notre maison commune » (comme le rappelle le Pape François), alors tout devient encoire possible. 

 

Biographie de l’auteur

Elena Lasida est docteur en économie et théologie. Maître de conférence à la Faculté des sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris, elle y est directrice du master « Économie solidaire et logique du marché ». Elle est chargée de mission à Justice et Paix (service de l’Église catholique) où elle suit ce qui touche à l’économie et au développement durable. Elle est membre du Conseil des Semaines sociales de France.

L’économiste et théologienne Elena Lasida s’est vu attribuer le prix des libraires Siloë-Pèlerin 2011 pour son livre Le Goût de l’autre (Éd. Albin Michel). Dans cet ouvrage, elle revisite les relations économiques sous l’angle de la rencontre et de l’échange. Le prix, qui récompense un ouvrage de culture religieuse pour son contenu, lui sera remis le 18 octobre à l’hôtel de Massa, à Paris, siège de la Société des gens de lettres. Née en Uruguay, Elena Lasida enseigne l’économie solidaire et le développement durable à l’Institut catholique de Paris.

©Claude-Marie T.

elena-lasida_article_large