ECRIVAIN ANGLAIS, JOHN LE CARRE (1931-2020), L'ESPION QUI VENAIT DU FROID, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

L’espion qui venait du froid de John le Carré

L’Espion qui venait du froid.

John le Carré ; traduit l’anglais par Marcel Duhamel et Henri Robillot. Paris, Gallimard, 1964. 239 pages.

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L’espion qui venait du froid, un titre familier, non pas en raison du film de Martin Ritt en 1965 mais du livre de John le carré dont la notoriété a outrepassé celle du film, ou plutôt je devrais dire le film dont la notoriété n’a pas éclipsé celle du roman.

L’espion est un plat qui se mange très froid

Après le Seconde guerre mondiale, dans les années 1950-1960, le mur qui sépare l’Allemagne de l’Ouest de l’Allemagne de l’Est devient le théâtre où les espions des deux camps se livrent une guerre sans merci. Dans cette période de Guerre froide qui bat son plein c’est l’Est contre l’Ouest. Les deux maîtres-espions que sont Alec Leamas et Hans-Dieter Mundt (un espion retourné qui travaille pour les Britanniques) se livrent un combat impitoyable : réseau d’espion contre réseau d’espion. Mais l’Allemand est fort, très fort Roman de la guerre froide, L’Espion qui venait du froid porte un regard sans merci sur une période où chacun des camps se livre une partie d’échecs impitoyable. John Le Carré, dans un livre qui est désormais LE classique du genre, décrit minutieusement le lent processus de la lutte des espions, des contre-espions et des fameux agents doubles. Tout débute par l’attente de Leamas, du côté occidental du mur de Berlin, du dernier espion de son réseau démonté pièce à pièce par Mundt. Il assiste impuissant à sa mort alors qu’il était à quelques mètres de la liberté. Leamas retourne en Grande-Bretagne. Et c’est là que le lecteur est emmené dans une partie d’écher ; si Leamas semble perdu pour le « Cirque » (nom donné au MI6 par l’auteur) le lecteur assiste à une transformation calculée du héros , qui fera qu’il sera contacté par des agents communistes, et qu’il deviendra le cheval de Troie dans l’organisation d’un Mundt, qui doit être décrédibilisé par ses supérieurs et, donc, exécuté. Mais Leamas ne se doute pas que dans ce terrible jeu d’échecs, il n’est qu’un pion parmi les autres dont la vocation est d’être sacrifié pour protéger la reine. John Le Carré, d’une écriture magistrale retrace l’atmosphère oppressante et angoissante de cette époque de la Guerre froide. Il réussit le tour de force de commettre un roman qui observe – en prenant le lecteur comme témoin – ce qui est vraiment un jeu, une murder party, en ne prenant absolument pas partie mais en mettant tous les pions dans le même sac. Les différents joueurs, ici l’Est et l’Ouest rivalisent d’effets retorses, de machiavélismes et surtout n’hésitent pas à donner à l’ennemi leurs propres agents sans aucun état d’âme. Et c’est ici que John Le Carré montre les limites de ce jeu avec Leamas : sûr d’être le combattant du Bien contre le Mal au début du roman et qui, peu à peu, prend conscience qu’il est le combattant d’un Mal contre un Mal, il va finalement se rendre compte de ce qui est en train de se jouer à son insu et de ce qui se trame à un niveau plus élevé. Il meurt au pied du mur qu’il devait franchir pour retourner en Angleterre en ayant vu  ses idéaux s’écrouler, comme le château de cartes que chacun des deux camps tente de dresser sur une table en plein vent. L’Espion qui venait du froid est le roman d’espionnage par excellence d’après la Seconde Guerre mondiale, de la lutte du cynisme contre les illusions.

Citations

Lénine lui-même préconisait les alliances temporaires ! Pour quoi prends-tu les espions ? Pour des prêtres, des saints, des martyrs ? Non ! C’est un minable défilé d’imbéciles vaniteux, de traîtres aussi, oui ; de pédés, de sadiques, d’ivrognes, de types qui s’amusent à jouer aux cow-boys et aux Indiens pour mettre un peu de sel dans leur triste existence.

Alors il eut la révélation de ce que Liz lui avait donné, de ce qu’il lui faudrait à tout prix retrouver s’il lui arrivait de retourner en Angleterre: ce souci des petits détails de l’existence, cette foi dans la vie quotidienne, cette simplicité qui vous faisait déchiqueter menu un bout de pain dans un sac de papier pour aller sur la plage le jeter aux mouettes.
C’était cela qui lui manquait, à lui, cette faculté de s’attacher à des banalités. Que ce fût du pain pour les mouettes, ou l’amour, il retournerait en Angleterre le chercher.

Nous avons une éthique, dans notre métier. Une éthique basée sur une seule présomption : que jamais nous ne serons les agresseurs. Si bien que nous faisons de temps à autre des choses désagréables, mais toujours strictement défensives, si je puis dire. Nous faisons des choses pas agréables pour que les gens puissent dormir en paix. […] Bien sûr, de temps en temps, nous commettons même des actes franchement répréhensibles. […] Je veux dire que vous ne pouvez pas vous montrer moins brutal que l’adversaire sous prétexte que votre gouvernement a adopté une politique disons… euh… tolérante, n’est-ce-pas ? Alors-là, ça ne ferait pas du tout l’affaire !

En soi, la pratique du mensonge n’a rien de particulièrement éprouvant : c’est une question d’habitude professionnelle, une ressource que la plupart des gens peuvent acquérir. Mais alors que l’aigrefin, l’acteur de théâtre ou le joueur professionnel peuvent rejoindre les rangs de leurs admirateurs après la représentation, l’agent secret, lui, ne peut pas se payer le luxe de la détente. Pour lui, l’imposture est avant tout de l’autodéfense. Il doit se protéger non seulement des dangers extérieurs, mais aussi du dedans, et contre les plus naturelles des impulsions ; bien qu’il gagne parfois des fortunes, son rôle peut lui interdire l’achat d’un rasoir. Erudit, il peut se voir astreint à ne prononcer que des banalités. Mari et père de famille dévoué, il lui faut, en toute circonstance, refréner son envie de se confier aux siens.

Pour quoi prends-tu les espions ? C’est un minable défilé d’imbéciles vaniteux, de traitres aussi oui ; tu les imagines… comme des moines dans leur chapelle en train de soupeser le Bien et le Mal ?… Je l’aurais tué si j’avais pu. Je le vomis. Mais pas maintenant car ils ont besoin de lui pour permettre à la masse imbécile que tu admires tant de dormir sur ses deux oreilles. Ils ont besoin de lui pour assurer la sécurité des gens ordinaires, des minables comme toi et moi. Ils ne se dressent pas…sur un podium pour nous adjurer de nous battre pour la Paix ou pour Dieu ou pour n’importe quoi donc. Ce sont de pauvres cons qui s’évertuent à empêcher les apôtres de toutes les religions de s’entredévorer.

John le Carré (1931-2020)

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John le Carré, de son vrai nom David John Moore Cornwell, est un romancier britannique.

Il a étudié à l’université de Berne en Suisse de 1948 à 1949 et à l’université d’Oxford au Royaume-Uni, puis enseigna quelque temps au collège d’Eton avant de rejoindre le Foreign Office pendant cinq ans. Il a été recruté par le MI6 alors qu’il était en poste à Hambourg, il écrivit son premier roman L’Appel du mort (Call for the Dead) en 1961, étant toujours en service actif. Sa carrière au sein du service de renseignement britannique prit fin après que sa couverture fut compromise par un agent double, Kim Philby, œuvrant pour le KGB.

Durant les années 1960, il a commencé à écrire des romans sous le pseudonyme de John Le Carré. Son troisième roman L’espion qui venait du froid (The Spy who Came in from the Cold, 1963) est devenu un best-seller international et demeure l’une de ses œuvres les plus connues, adaptée au cinéma en 1965 avec Richard Burton dans le rôle principal. Il a obtenu le Prix Edgar Allan Poe – Meilleur roman 1965.

En vingt-trois livres, Le Carré est devenu le maître incontesté du roman d’espionnage british. Il est l’auteur de nombreux romans se déroulant dans le contexte de la Guerre froide. Le Carré a trouvé, après la fin de la Guerre froide, à élargir son inspiration vers des sujets plus contemporains. Dix de ses romans ont été adaptés au cinéma et deux autres en série TV : Le Directeur de nuit (The Night Manager, 2016) et La petite fille au tambour (The Little Drummer Girl » 2018).

En 2017, John le Carré publie un nouveau polar, L’Héritage des espions (A Legacy of Spies). Cet ouvrage est la suite de L’Espion qui venait du froid.

Son fils Nicholas Cornwell (1972) est un écrivain de science-fiction et de fantasy, connu sous le pseudonyme de Nick Harkaway.

Depuis « La Maison Russie » (The Russia House, 1989), ses ouvrages sont traduits en français « à quatre mains » par l’ancienne chanteuse de jazz Mimi Perrin (1926-2010), qui fonda le groupe vocal les Double-Six, et sa fille, Isabelle.

CATHEDRALE DE PARIS, ECRIVAIN ANGLAIS, KEN FOLLETT (1949-...), LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, NOTRE-DAME, NOTRE-DAME DE PARIS

Notre-Dame de Paris par Ken Follett

Notre-Dame

Ken Follett

Paris, Robert Laffont, 2019. 73 pages.

Notre-Dame

Tout ce que Ken Follett a mis dans « Notre-Dame »

D’abord « stupéfait » et « chaviré », Follett, l’émotion passée, s’est mis à raconter sa nuit du drame, et quelques épisodes marquants de l’histoire de Notre-Dame de Paris.

 

« Si les murs ne sont pas tombés, c’est qu’ils sont encore suffisamment forts. Suffisamment forts pour commencer la reconstruction. Aujourd’hui, je note la présence de grues. Ce qui veut dire que le travail énorme a déjà commencé. Ce sera difficile, mais pas impossible, du moins, je l’espère. » Ken Follett, deux mois après le drame, confiait, en ces termes, au micro de RTL « la tragédie » qu’avait été pour lui la nuit de l’embrasement de Notre-Dame. Au lendemain de ce traumatisme survenu le lundi 15 avril 2019, à la demande de son éditrice française, le maître ès cathédrales, auteur de la trilogie Les Piliers de la terre et Une colonne de feu, s’est attelé à lui dédier un petit livre. Les droits d’auteur et les bénéfices de ce récit, dont 100 000 euros versés par l’éditeur britannique Pinguin, seront reversés pour sa reconstruction à la Fondation du patrimoine.

 

Ce que Follett a choisi de mettre dans son Notre-Dame  ? De l’histoire, de l’héroïsme, des envolées, et une bonne dose d’humour british, fidèle à son habitude, dont voici 5 temps forts :

Tweet nocturne « Le tweet qui a suscité la réaction la plus sincère des abonnés cette nuit-là disait simplement : Français, Françaises, nous partagons votre tristesse. J’aurais dû écrire nous partageons, avec un e, mais personne ne m’en a fait grief. »

La taille, ça compte : « La cathédrale était trop petite en 1163. La population parisienne s’accroissait. Sur la rive droite du fleuve, le commerce prenait un essor sans égal dans le reste de l’Europe médiévale, tandis que, sur la rive gauche, l’université attirait des étudiants de nombreux pays. Entre les deux, sur une île du fleuve, se dressait la cathédrale, et l’évêque Maurice de Sully regrettait qu’elle ne fût pas plus grande. »

La victoire de Hugo : « Les descriptions dithyrambiques de Victor Hugo, bouleversé par la beauté de Notre-Dame, et ses protestations outragées à propos de son état d’abandon émurent les lecteurs de son livre. Ce best-seller mondial attira touristes et pèlerins vers la cathédrale, et le bâtiment délabré qu’ils découvrirent fit honte à la ville. L’indignation d’Hugo fut contagieuse. Le gouvernement décida d’agir. »

Viollet-le-Duc et des reproches : « Ses gargouilles n’étaient pas très médiévales. […] Le déambulatoire et ses chapelles étaient, déclara-t-on, surchargés de décors, un curieux reproche à faire à une cathédrale gothique, un peu comme si on regrettait qu’une robe de soirée soit trop jolie. […] Pis encore, la nouvelle flèche était résolument moderne. »

De Gaulle le magnifique, en 1944 : « Ayant atteint la place de la Concorde, de Gaulle d’approchait d’une Hotchkiss décapotable – une voiture de luxe de fabrication française – qui l’attendait pour le conduire à Notre-Dame, quand on entendit des coups de feu. Des milliers de spectateurs se jetèrent à plat ventre. […] De Gaulle demeura impavide. Il ne se baissa pas, ne se mit pas à couvert et n’interrompit même pas sa progression majestueuse. […] Ce fut un chef-d’œuvre de théâtre politique. »

 

Ken Follett (1949-…)

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Nationalité : Royaume-Uni 
Né(e) à : Cardiff, Pays de Galles , le 05/06/1949

Ken Follett est un écrivain gallois spécialisé dans les romans d’espionnage et historiques.

Il fait des études de philosophie à l’University College de Londres dont il sort titulaire d’une licence en 1970. En septembre 1970, il entreprend les études de journaliste et obtient le diplôme après un cours accéléré de trois mois. Il commence à travailler en tant que reporter au « South Wales Echo » à Cardiff et ensuite travaillera pour l’ « Evening News » à Londres. N’étant pas arrivé à être un reporter d’investigation reconnu, Ken Follett se met à écrire des romans de fiction la nuit et pendant les week-ends ; en 1974, il quitte définitivement ses emplois de journaliste et rejoint les éditions « Everest Books ».

Ses ouvrages littéraires, rédigés après ses heures de travail, l’ont amené à publier plusieurs livres se vendant relativement bien et ce, grâce aux conseils de son agent littéraire. Puis arrive enfin LE roman à succès « Eye of the Needle » (L’Arme à l’œil), par lequel Follett acquiert le statut d’auteur reconnu ; le livre publié en 1978 gagna le Prix Edgar et fut vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Il déménage ensuite à Grasse en France où il vit pendant trois ans avec sa famille. 

De retour en Angleterre en 1982, il s’installe à Surrey et travaille pour le Parti travailliste. Il rencontre la secrétaire du parti, Barbara Broer, qu’il épousera en 1985. Il est déjà père de deux enfants issus d’un premier mariage, de 1968 à 1985.

En 1989, il publie un roman historique, « Les Piliers de la Terre » (The Pillars of the Earth). Deux suites, intitulées « Un monde sans fin » (World Without End) et « Une colonne de feu » (A Column of Fire), sont parues en 2007 et 2017. « Les Piliers de la Terre » a été vendu à 15 millions d’exemplaires à travers le monde, ce qui en fait un best-seller. 

La technique narrative mise au point par Ken Follett est parfaitement contemporaine, elle s’apparente à l’écriture du cinéma et des séries télévisées. Les effets narratifs sont très visuels avec des descriptions détaillées, la psychologie des personnages est aisément mémorisable, et le découpage s’accélère progressivement jusqu’au dénouement final.
Ken Follett ne s’est pas cantonné à un genre ni à une époque, outre des romans d’espionnage comme « Le Réseau Corneille » et des fresques historiques, il a signé des thrillers très actuels.

AUX ELEVES DU LYCEE STANISLAS, ECRIVAIN ANGLAIS, EDMOND ROSTANT (1898-1918), EDMOND ROSTANT A DES ELEVES, POEME, POEMES

Edmond Rostant à des élèves

Aux élèves du collège Stanislas

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Merci. – Je voudrais vous parler. – Mais qu’on me laisse,
Avant de vous parler, vous regarder encor.
Laissez que je regarde un peu cette jeunesse,
Et laissez que je reconnaisse
Ces képis et ces boutons d’or !

Nous vous ressemblions quand nous avions vos âges.
Mais quoi ! ce Stanislas, c’est celui de mon temps !
Tes classes, vieux collège, ont les mêmes visages,
Comme ton parc a des feuillages
Toujours les mêmes au printemps !

Je ne comprends plus bien. Hier, j’étais cet élève !
Je crois me voir, là-bas, moi-même, au dernier rang.
Je ne m’applaudis pas, – mais, pâle, je me lève,
Et tout ceci me semble un rêve,
Et je me regarde en pleurant.

Oui, ce sont là vraiment des minutes uniques.
Il me semble sentir, et c’est attendrissant,
Tant à ce que je fus je vous trouve identiques,
Sous chacune de vos tuniques,
Battre mon cœur d’adolescent !

Ah ! Stanislas ! Je vois tout. Je me rappelle.
J’entends la cloche encor nous tirer de nos draps ;
Et par la longue cour où l’on bat la semelle,
Je crois partir pour la chapelle,
Mon petit tapis sous le bras.

Le ronron glorieux du palmarès m’enivre ;
Je fais le geste encor de me serrer au flanc,
Avant d’aller chercher, sur l’estrade, mon livre,
Le ceinturon bouclé de cuivre
Où luit une S en métal blanc.

Stanislas ! maîtres chers ! rires sous les portiques !
Bruits des feuillets tournés à l’étude du soir !
La Fête-Dieu ! le parc envahi de cantiques,
Et les chassepots pacifiques
Qu’on présentait à l’ostensoir !

Tout est resté pareil, me dit-on : les concierges,
Les portes, le parloir au parquet bien frotté.
Dans la chapelle, aux murs, mêmes croix, mêmes Vierges,
Seulement un peu moins de cierges,
Un peu plus d’électricité.

Pour tous ces souvenirs, merci. Que vous dirai-je ?
Vous m’avez rassuré. Sur mon âme, soudain,
Les mots des envieux fondent comme de neige :
Si j’ai des amis au collège,
Je serai donc aimé demain ? …

Je voudrais vous parler. Oui, vos maîtres s’étonnent,
Je n’ai nul titre. Je le sais. Vous m’excusez ?
Je n’ai que l’amitié dont vos cœurs me couronnent,
Et cette gravité que donnent
Quelques rêves réalisés.

Monsieur de Bergerac est mort ; je le regrette.
Ceux qui l’imiteraient seraient originaux.
C’est la grâce, aujourd’hui, qu’à tous je vous souhaite.
Voilà mon conseil de poète :
Soyez des petits Cyranos.

S’il fait nuit, battez-vous à tâtons contre l’ombre.
Criez éperdument, lorsque c’est mal : C’est mal !
Soyez pour la beauté, soyez contre le nombre !
Rappelez vers la plage sombre
Le flot chantant de l’Idéal !

L’Idéal est fidèle autant que l’Atlantique ;
Il fuit pour revenir, – et voici le reflux !
Qu’une grande jeunesse ardente et poétique
Se lève ! On eut l’esprit critique ;
Ayez quelque chose de plus !

Ayez une âme ; ayez de l’âme ; on en réclame !
De mornes jeunes gens aux grimaces de vieux
Se sont, après un temps de veulerie infâme,
Aperçus que, n’avoir pas d’âme,
C’est horriblement ennuyeux.

Balayer cet ennui, ce sera votre tâche.
Empanachez-vous donc ; ne soyez pas émus
Si la blague moderne avec son rire lâche
Vient vous dire que le panache
À cette heure n’existe plus !

Il est vrai qu’il va mal avec notre costume,
Que, devant la laideur des chapeaux londoniens,
Le panache indigné s’est enfui dans la brume,
En laissant sa dernière plume
Au casoar des saint-cyriens.

Il a fui. Mais malgré les rires pleins de baves
Qui de toute beauté furent les assassins,
Le panache est toujours, pour les yeux clairs et graves,
Aussi distinct au front des braves
Que l’auréole au front des saints.

Sa forme a pu céder, mais son âme s’entête !
Le panache ! et pourquoi n’existerait-il plus ?
Le front bas, quelquefois, on doute, on s’inquiète…
Mais on n’a qu’à lever la tête :
On le sent qui pousse dessus !

Une brise d’orgueil le soulève et l’entoure.
Il prolonge en frissons chaque sursaut de cœur.
On l’a dès que d’un but superbe on s’enamoure,
Car il s’ajoute à la bravoure
Comme à la jeunesse sa fleur.

Et c’est pourquoi je vous demande du panache !
Cambrez-vous. Poitrinez. Marchez. Marquez le pas.
Tout ce que vous pensez, soyez fiers qu’on le sache,
Et retroussez votre moustache,
Même si vous n’en avez pas !

Ne connaissez jamais la peur d’être risibles ;
On peut faire sonner le talon des aïeux
Même sur des trottoirs modernes et paisibles,
Et les éperons invisibles
Sont ceux-là qui tintent le mieux !

3 mars 1898.

(Edmond Rostand, Le Cantique de l’Aile, 1922)

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Nationalité : France 
Né(e) à : Marseille , le 1/4/1868
Mort(e) à : Paris , le 2/12/1918
Biographie : 

Edmond Eugène Alexis Rostand est un auteur dramatique. 

Issu d’une famille bourgeoise commerçante et banquière, il passe plus de vingt-deux étés à Luchon, qui lui inspire ses premières œuvres. Il y écrit notamment une pièce de théâtre en 1888, « Le Gant rouge », et surtout un volume de poésie en 1890, « Les Musardises« . C’est dans cette station thermale et touristique qu’il se lie d’amitié avec un homme de lettres luchonais, Henry de Gorsse avec lequel il partage le goût pour la littérature.

Après des premières études au lycée de sa ville natale, il les complète à Paris au collège Stanislas. Muni de son baccalauréat, son père le dirige vers l’école de Droit car il souhaite en faire un diplomate. Il passe sa licence, puis s’inscrit au barreau sans y exercer avant de se décider à se consacrer à la poésie.

En 1888, il fonde avec son ami Maurice Froyez le « Club des natifs du premier avril ».

Le 8 avril 1890, Edmond épouse Rosemonde, poétesse elle aussi. Ils auront deux fils, Maurice, né en 1891, et Jean, né en 1894. Or, Edmond quitte Rosemonde en 1915 pour son dernier amour, l’actrice Mary Marquet.

Edmond Rostand obtient son premier succès en 1894 avec « Les Romanesques », pièce en vers présentée à la Comédie-Française, mais le triomphe vient avec « Cyrano de Bergerac », dès la première en 1897. En 1900, il connaît un nouveau succès avec « L’Aiglon ». 

Mal remis d’une pleurésie après la première représentation de cette pièce, il part, quelques mois après, en convalescence à Cambo-les-Bains. Séduit par le lieu, il y acquiert des terrains sur lesquels il fait édifier sa résidence, la villa Arnaga. Dans les années 1910, il collabore à La Bonne Chanson, Revue du foyer, littéraire et musicale, dirigée par Théodore Botrel.

Pendant plusieurs années, il travaille irrégulièrement à la pièce « Chantecler », dont la première a lieu le 7 février 1910. Après son relatif insuccès critique, Rostand ne fait plus jouer de nouvelles pièces. À partir de 1914, il s’implique fortement dans le soutien aux soldats français.

Associé au courant néoromantique, ses pièces offraient au public une alternative au théâtre naturaliste, populaire à la fin du XIXe siècle. 

 

ECRIVAIN ANGLAIS, ECRIVAIN CHRETIEN, LE MAITRE DE LA TERRE, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROBERT HUGH BENSON (1871-1914)

Le Maître de la terre de Robert Hugh Benson

Le Maître de la terre. La crise des derniers temps

Robert Hugh Benson

Paris, Téqui, rééd. 2000. 422 pages.

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Ce roman vieux d’un siècle en dit beaucoup sur notre époque

Parmi les œuvres originales de la littérature chrétienne du XXe siècle, figure « Le Maître de la Terre ». Ce roman apocalyptique imagine les temps modernes sous le règne d’une religion laïque universelle débarrassée du christianisme. Le pape François en a conseillé la lecture aux journalistes qui l’accompagnaient aux États-Unis pour comprendre ce qu’est la « colonisation idéologique ».

Il y a des hommes visionnaires. L’intelligence de leur époque, de ses courants de pensée et de leurs conséquences à long terme présente indéniablement quelque chose d’impressionnant. L’auteur du Maître de la Terre est anglais, prêtre catholique (1871-1914) venu de l’anglicanisme en 1903 par souci de vérité intellectuelle quant à sa foi chrétienne. Prédicateur et écrivain, l’auteur de ce roman sur la crise des derniers temps est à la fin de sa vie, à la veille de la Grande Guerre, lorsqu’il tente de faire percevoir ce qui va arriver durant le siècle à venir si ce qu’il a compris de la pensée de son époque n’est arrêté par rien ni personne, par aucune force pouvant se mesurer à l’humanitarisme devenue religion universelle.

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Dans le style du roman d’aventure

L’intrigue se passe en Angleterre mais concerne toute l’Europe unifiée et la géopolitique mondiale. Sous le joug d’une pensée relativiste maximale, une nouvelle « religion » s’établit et s’impose, transcendant les frontières européennes : la religion de l’homme qui a pour seule doxa que « l’homme est dieu ». Immanentisme, panthéisme, universalisme et relativisme se mêlent pour guider toute action politique et économique sous l’autorité d’un maître adulé et mystérieux, un certain Felsenburgh. La religion « humanitariste » a ses temples et ses rites dans toute l’Europe. Le monde de l’Orient avec ses autres religions fait peur car on craint avec lui un affrontement mortel alors que le catholicisme, seul encore à croire en un surnaturel révélé, est en pleine décomposition dont on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter.

Dans ce trouble univers, Olivier Brand est un député anglais influent complétement épris par cette pensée mondialiste universelle. Sa femme Mabel n’en est pas moins férue que lui. Le décor de leur vie de couple sert de salon au dialogue sur les grands événements qui se préparent. Parallèlement, les échanges entre deux prêtres d’intelligence remarquable servent aussi la cause de cette mise en scène de l’avènement de l’humanitarisme. Le père Percy Franklin a pour mission d’informer l’archevêque de Westminster et le Saint Siège sur l’évolution des événements. Quant au père Francis, nous le voyons très vite passer à la nouvelle religion d’État pour quitter sa foi chrétienne et l’Église, comme tant d’autres prêtres.

Sur le sol des États pontificaux le Vatican est le seul reste d’un temps désormais révolu au sein de tous les pays européens. La foi chrétienne y demeure vivante comme sa pratique, ainsi qu’un style de vie qui dénote avec l’universalisme qui s’impose à tous au-delà des frontières du petit État des bords du Tibre.

 

Quand la machine se grippe

La machine parfaitement huilée de l’idéologie bien-pensante au goût de messianisme purement terrestre, vient tout de même se gripper au cœur du couple de la bonne société du nouveau monde. La mère d’Olivier, avant de mourir de mort naturelle, demande secrètement les derniers sacrements. Puis, devant la résistance opiniâtre et pleine de ferveur des fidèles restés proches du pape, le grand Maître décide l’anéantissement pur et simple des restes de l’Église catholique. Le pape se réfugie secrètement à Nazareth avec quelques cardinaux pour continuer son ministère à travers le monde par des voies secrètes dignes des liaisons militaires en temps de guerre.

Mabel, l’épouse fidèle du député, ne peut se résoudre à croire que la nouvelle religion dont elle était persuadée qu’elle allait établir un règne de paix et de lumière humano-divine puisse en arriver à une telle barbarie. Passe encore que la belle-mère soit restée accrochée aux superstitions du catholicisme, mais que le grand Maître ordonne la destruction impitoyable de ses pires ennemis, c’est tout l’ensemble de sa « foi » humanitariste qui s’écroule. Elle décide de sa fin en se rendant dans « une maison de l’euthanasie ». Pas si facile que cela d’aborder froidement la mort, en cachette de son mari, et en continuant de se persuader qu’au-delà, c’est le vide.

 

L’Homme de l’impiété

Le Pape quant à lui n’a pas d’autres armes à opposer à l’idéologie régnante sur la vieille Europe et ses prétentions mondialistes que la création d’un ordre religieux sans vœux particuliers : l’Ordre du Christ-Crucifié. Tout baptisé peut s’y engager en faisant simplement le vœu d’accepter le martyre. Les persécutions ouvertes ne manquent pas. Beaucoup versent leur sang. Sa Sainteté le Pape Sylvestre réfugié à Nazareth finira par être découvert par le grand Maître, lequel n’hésite pas à envoyer un commando « d’aériens » pour en finir définitivement avec le catholicisme. Mais ce sera sans compter avec le retour définitif du Christ… On croit lire saint Paul : « Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière. Car il faut que vienne d’abord l’apostasie, et que se révèle l’Homme de l’impiété, le fils de perdition, celui qui s’oppose, et qui s’élève contre tout ce que l’on nomme Dieu ou que l’on vénère, et qui va jusqu’à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu. […] La venue de l’Impie, elle, se fera par la force de Satan avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, avec toute la séduction du mal, pour ceux qui se perdent du fait qu’ils n’ont pas accueilli l’amour de la vérité, ce qui les aurait sauvés »  (2 Th 1-12).

 

L’excellence des martyrs

Les grands enseignements des derniers papes analysant l’époque contemporaine nous conduisent sans conteste à faire des rapprochements avec ce récit imaginaire. Benoît XVI dira que la lecture de ce roman fut pour lui « un fait de grande importance ». Qu’il nous suffise ici de reprendre les quatre fondamentaux donnés pas saint Jean-Paul II dans sa lettre d’entrée dans le IIIe millénaire. Pour être témoin aujourd’hui face à la culture de mort et à son relativisme absolu le pape en appelait à un regard toujours porté sur la personne du Christ, à la vocation de tout baptisé au martyre jointe à une prière continuelle et à une spiritualité de la communion, sans laquelle, ajoutait-il, tout ce que nous ferons ne servira pas à grand-chose. Au cardinal Jean-Marie Lustiger constatant l’apostasie généralisée de l’Europe actuelle, un évêque posa la question de savoir comment nous en sortirons. « Par une catastrophe ou par l’excellence des martyrs » répondit le cardinal.

Le roman de Robert Hugh Benson est une affirmation de foi digne du livre de l’Apocalypse de saint Jean, qui affirme la force du témoignage des martyrs et que c’est Dieu qui trône aux destinées de l’histoire du monde. De façon abrupte, le happy end de l’aventure pose la question de notre foi dans le retour du Christ. Ce roman, dont le pape François a fait l’« une de ses lectures préférées », explique puissamment la logique de ce qu’il appelle « le drame de la colonisation idéologique ». Autant dire que le Maître de la Terre, au regard de l’actualité, nous appelle à l’évangélisation des cultures loin des querelles religieuses stériles ou des luttes de pouvoir.

Source Aleteia

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Robert Hugh Benson

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Robert Hugh Benson, né le 18 novembre 1871 et mort le 19 octobre 1914 (à 42 ans), est un ecclésiastique et homme de lettres britannique. Il est le plus jeune fils d’Edward White Bensonarchevêque de Cantorbéry. Il est le frère cadet d’Arthur Christopher Benson et d’Edward Frederic Benson.

 

Biographie

Après ses études au collège d’Eton puis à Trinity College (Cambridge), Robert Hugh Benson fut ordonné prêtre dans l’Église anglicane par son propre père.

Lors d’un séjour au Proche-Orient, il commença à s’interroger sur les liens entre l’Église anglicane et le catholicisme. Attiré par la High Church, il finit par être admis dans la communauté de la Résurrection en 1901, sans avoir l’intention de se convertir au catholicisme. Puis, à mesure qu’il étudiait les différentes communautés anglicanes, Benson trouva sa place dans l’Église catholique, où il fut admis le 11 septembre 1903.

Ordonné prêtre l’année suivante, il fut envoyé à Cambridge, où il exerça son ministère sacerdotal tout en poursuivant une carrière littéraire.

 

Publications

Ouvrages traduits en français

La Lumière invisible, scènes et récits de la vie mystique, 1909, trad. de Téodor de Wyzewa

Le Maître de la terre, 1910, trad. de Téodor de Wyzewa

La Vocation de Frank Guiseley, 1912, trad. de Téodor de Wyzewa

Les Confessions d’un converti, 1914, trad. de Téodor de Wyzewa

L’Epreuve de Marion Tenterden, 1929, trad. de René Philippon et Maurice-Pierre Boyé

 

Ouvrages en langue anglaise

Science-fiction

The Light Invisible

The Mirror of Shalott

Lord of the World

Dawn of All 

 

Romans historiques

By What Authority?

Come Rack! Come Rope! 

Initiation.

Oddsfish! by Robert Hugh Benson .

The King’s Achievement . (Sir I. Pitman and sons, ltd., 1908)

The History of Richard Raynal, Solitary .

 

Fiction contemporaine

The Sentimentalists

The Conventionalists

The Necromancers . (B. Herder, 1909)

None Other Gods 

The Winnowing

Loneliness

 

Littérature pour la jeunesse

Alphabet of Saints, with Reginald Balfour and Charles Ritchie (Burns, Oates & Washbourne, 1905)

A Child’s Rule of Life, illustrated by Gabriel Pippet

Old Testament Rhymes, illustrated by Gabriel Pippet

Ouvrages religieux

Friendship of Christ

Life in the World unseen

More About Life in the World Unseen

More Light

Facts

Here and Hereafter

Apologétique

Confessions of a Convert

Religion of the Plain Man

Paradoxes of Catholicism.

Papers of a Pariah

Christ in the Church: A Volume of Religious Essays

Non-Catholic Denominations1

Théâtre

Cost of a Crown, a Story of Douay & Durham; a Sacred Drama in Three Acts

A Mystery Play in Honour of the Nativity of Our Lord (Longmans, Green, and Co., 1908)

The Upper Room, a drama of Christ’s passion

The Maid of Orleans, a drama of the life of Joan of Arc

 

Source : Wikipédia

 

ECRIVAIN ANGLAIS, LITTERATURE BRITANNIQUE, Vidiadhar Surajprasad Naipaul (1932-2018)

Vidiadhar Surajprasad Naipaul (1932-2018)

 

Vidiadhar Surajprasad Naipaul (1932-2018)

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Sir Vidiadhar Surajprasad Naipaul, plus connu sous la signature V. S. Naipaul, né en août 1932 à Chaguanas (Trinité et Tobago) et mort le 11 août à Londres (Royaume-Uni). C’était un écrivain britannique, lauréat du prix Noble de littérature en 2001.

 

Biographie

Né à Trinitad dans une famille d’ascendance hindoue (ses ancêtres provenaient de l’Inde du Nord et ont émigré vers les Antilles afin de remplacer, sur les plantations, les esclaves noirs affranchis à partir de 1834), Vidiadhar Surajprasad Naipaul se rend à 18 ans en Angleterre pour suivre des études littéraires. Il obtient une licence de lettres au University College d’Oxford en 1953 et devient journaliste, collaborant avec plusieurs magazines. Il assure également une chronique littéraire pour la BBC

Il se consacre ensuite à l’écriture de romans et de nouvelles   mais publie aussi des récits documentaires.

Ses premiers romans se déroulent aux Antilles. Le Masseur mystique (The Mystic Masseur, 1957) et The Suffrage of Elvira (1958) qui ont pour cadre la Trinidad, exposent les ravages causés par des politiciens locaux incultes et cyniques. Le recueil de nouvelles Miguel Street (1959) révèle son talent d’humoriste et de peintre du quotidien dans une série de vignettes inspirées de Rue de la sardine de John Steinbeck. Il met en scène plusieurs habitants d’un quartier populaire de Port-of-Spain, illuminés, rusés, attachants ou hauts en couleur mais aliénés par la pensée coloniale.  Naipaul connaît ensuite un énorme succès avec Une maison pour Monsieur Biswas (A House for Mr. Biswas, 1961), roman biographique inspiré par la figure de son père. Dans La Traversée du milieu (The Middle Passage, 1962), il livre plusieurs brefs aperçus des sociétés postcoloniales britannique, française et néerlandaise aux Caraïbes et de leur dérive vers une américanisation galopante.

Écrivain cosmopolite, Naipaul élargit ensuite son champ d’inspiration géographique, évoquant les effets pervers de l’impérialisme américain et du nationalisme dans le tiers monde, notamment dans Guérilleros (Guerillas, 1975) et À la courbe du fleuve (A Bend in a River, 1979), comparé à l’époque par certains critiques au Cœur des Ténèbres Heart of Darkness) de Joseph Conrad.

L’auteur relate ses impressions de voyage en Inde dans L’Inde : un million de révoltes (India: A Million Mutinies Now, 1990) et livre une analyse critique et désabusée de l’intégrisme musulman dans les pays non arabes comme l’Indonésie, l’Iran, la Malaisie, et le Pakistan et le  am (Among the Believers, 1981) puis Jusqu’au bout de la foi(Beyond Belief, 1998).

Son roman L’Énigme de l’arrivée (The Enigma of Arrival, 1984) et son recueil de nouvelles Un chemin dans le monde (A Way in the World, 1994) sont largement autobiographiques. Dans le premier, Naipaul relate avec le souci d’un anthropologue le déclin puis l’anéantissement d’un domaine du sud de l’Angleterre et de son propriétaire : événement qui reflète l’effondrement de la culture colonialiste dominante dans les sociétés européennes. Le second évoque le mélange des traditions antillaise et indienne et de la culture occidentale que l’auteur découvrit lorsqu’il s’installa en Angleterre. Le recueil Letters Between a Father and Son (1999) replace dans un contexte intime la relation trouble avec son père Seepersad Naipaul, journaliste et auteur de Port of Spain Les ouvrages de Naipaul n’hésitent pas à pointer les ravages de la corruption politique et de l’aliénation au fondamentalisme dans les États postcoloniaux. Souvent, ses œuvres ont désespéré les tiers-mondistes et la critique littéraire qui lui reprochaient leur pessimisme et leur point de vue conservateur, voire raciste. Edward Said et Derek Walcott les ont même qualifiées de néo-colonialistes. Maintenant, nombreux sont ceux qui ont reconnu leur triste caractère prémonitoire. L’auteur a affirmé, quant à lui, ne s’en tenir qu’à la rigueur de ses observations et à l’authenticité des témoignages recueillis, niant avoir des opinions politiques car « celles-ci sont préjudiciables. ». Il a pourtant parlé de l’ancien premier ministre Tony Blair comme d’un « pirate à la tête d’une révolution socialiste » qui a « détruit toute idée de civilisation en Grande-Bretagne » ayant laissé libre cours à une « insupportable culture de la plèbe. »

En mai 2011, il tient, dans une interview, des propos jugés misogynes : « Les femmes écrivains sont différentes […] Je lis un extrait de texte et en un paragraphe ou deux, je sais si c’est de la main d’une femme ou non. Je pense que ce n’est pas à mon niveau », ajoutant qu’aucune d’elles, y compris Jane Austen n’a la compétence pour écrire car trop « sentimentales » et empêtrées dans leur condition.

Naipaul est reconnaissable pour un style singulier, alliant le réalisme documentaire à une vision satirique du monde contemporain. Moraliste et tourmondiste éloigné des modes littéraires, l’écrivain se saisit au plus près du réel et donne à sa matière historique et ethnique une forme romanesque qui perpétue la tradition des Lettres persanes dans le besoin d’exprimer, avec l’approche d’un conteur, les disparités culturelles et politiques d’une société mondiale marquée par l’instabilité et le chaos. Il a aussi été rapproché de Conrad pour sa peinture de l’effondrement des empires coloniaux.

Naipaul a reçu plusieurs prix littéraires dont en 2001 le prix Nobel de littérature, « pour avoir mêlé narration perceptive et observation incorruptible dans des œuvres qui nous condamnent à voir la présence de l’histoire refoulée. ».

 

Œuvre

 Romans et nouvelles

The Mystic Masseur (1957)

Publié en français sous le titre Le Masseur mystique, traduit par Marie-Lise Marlière, Paris, Gallimard, 1965 ; réédition, Paris, 10/18 no 2468, 1994 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2009

The Suffrage of Elvira (1958)

Miguel Street (1959)

Publié en français sous le titre Miguel Street, traduit par Pauline Verdun, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1971 ; réédition, Paris, 10/18 no 2530, 1994 ; réédition, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire » no 410, 1999 ; réédition dans une traduction révisée par Claude Demanuelli, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire » no 620, 1999

A House for Mr Biswas (1961)

Publié en français sous le titre Une maison pour monsieur Biswas, traduit par Louise Servicen, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1967 ; réédition, Paris, Gallimard, no 152, 1985

Mr. Stone and the Knights Companion (1963)

Publié en français sous le titre Mr. Stone, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, 1985 ; réédition, Paris, Seuil, Points. Roman no 588, 1993

The Mimic Men (1967)

Publié en français sous le titre Les Hommes de paille, traduit par Suzanne Mayoux, Christian Bourgois, 1981; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2014

A Flag on the Island (1967)

Publié en français sous le titre Un drapeau sur l’île, traduit par Pauline Verdun, Paris, Gallimard, « Du monde entier », 1971 ; réédition, Paris, Gallimard, « L’Imaginaire » no 648, 2013

In a Free State (1971)

Publié en français sous le titre Dis-moi qui tuer, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1983 ; réédition, Paris, Seuil, Points. Roman no 644, 1994 ; réédition, Paris, 10/18 no 2682, 1995 ; réédition sous le titre Dans un État libre, Paris, 10/18 no 2948, 1998 ; réédition sous le nouveau titre, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 2001 ; réédition sous le nouveau titre dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009

Guerrillas (1975)

Publié en français sous le titre Guérilleros, traduit par Annie Saumont, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1981 ; réédition dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2012

A Bend in the River (1979)

Publié en français sous le titre A la courbe du fleuve, traduit par Gérard Clarence, Paris, Albin Michel, « Les Grandes Traductions », 1982 ; réédition, Paris, Le Livre de poche no 5879, 1984 ; réédition, Paris, 10/18 no 2616, 1995 ; réédition dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009

The Enigma of Arrival (1987)

Publié en français sous le titre L’Énigme de l’arrivée, traduit par Suzanne Mayoux, Paris, C. Bourgois, 1991 ; réédition, Paris, 10/18 no 2282, 1992 ; réédition, Paris, Le Livre de poche no 5665, 1982; réédition dans Œuvres romanesques choisies, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2009

A Way in the World (1994)

Publié en français sous le titre Un chemin dans le monde, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 1995 ; réédition, Paris, 10/18 no 3348, 2001

Half a Life (2001)

Publié en français sous le titre La Moitié d’une vie, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 2002 ; réédition, Paris, 10/18 no 3700, 2004; Réédition, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2014

The Nightwatchman’s Occurrence Book: And Other Comic Inventions (2002)

Magic Seeds (2004)

Publié en français sous le titre Semences magiques, traduit par Suzanne V. Mayoux, Paris, Plon, « Feux croisés » 2005

 

Autres publications

The Middle Passage: Impressions of Five Societies – British, French and Dutch in the West Indies and South America (1962)

Publié en français sous le titre La Traversée du milieu : aperçus de cinq sociétés, britanniques, françaises et hollandaises, aux Indes occidentales et en Amérique, traduit par Marc Cholodenko, Paris, Plon, « Feux croisés », 1994 ; réédition, Paris, 10/18. no 3068, 1999

An Area of Darkness (1964)

Publié en français sous le titre L’Inde sans espoir, traduit par Jeanine Michel et révisée par Gabrielle Rolin, Paris, Gallimard, « Témoins » no 8, 1968 ; réédition sous le titre L’Illusion des ténèbres, Paris, 10/18 no 2006, 1989

The Loss of El Dorado (1969)

The Overcrowded Barracoon and Other Articles (1972)

India: A Wounded Civilization (1977)

Publié en français sous le titre L’Inde brisée, traduit par Bernard Géniès, Paris, Christian Bourgois, 1989

North of South: an African Journey, (1980)

Publié en français sous le titre Au nord du Sud, traduit par Valérie Barranger et Catherine Belvaude, Monaco, Éditions du Rocher, 1992 ; réédition sous le titre Sortilège africain, Montpelier, « Anatolia », 1995 ; réédition, Paris, 10/18. Odysées no 2864, 1992

A Congo Diary (1980)

The Return of Eva Perón and the Killings in Trinidad (1980)

Publié en français sous le titre Le Retour d’Eva Peron, traduit par Isabelle di Natale, Paris, 10/18 no 2005, 1989

Among the Believers: An Islamic Journey (1981)

Publié en français sous le titre Crépuscule sur l’islam : voyage au pays des croyants, traduit par Natalie Zimmermann et Lorris Murail, Paris, Albin Michel, 1981 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2011

Finding the Centre: Two Narratives (1984)

A Turn in the South (1989)

Publié en français sous le titre Une virée dans le Sud, traduit par Béatrice Vienne, Paris, 10/18 no 2301, 1992

India: A Million Mutinies Now (1990)

Publié en français sous le titre L’Inde : un million de révoltes, traduit par Béatrice Vienne, Paris, Plon, 1992 ; réédition, Paris, 10/18. Odyssées no 2521, 1994

Beyond Belief: Islamic Excursions among the Converted Peoples (1998)

Publié en français sous le titre Jusqu’au bout de la foi, traduit par Philippe Delamare, Paris, Plon, « Feux croisés » 1998 ; réédition, Paris, 10/18 no 3569, 2003 ; réédition, Paris, Grasset, « Les Cahiers rouges », 2013

Between Father and Son: Family Letters (1999)

Reading and Writing, a personal account, (2001)

Publié en français sous le titre Comment je suis devenu écrivain, traduit par Philippe Delamare, Paris, 10/18 no 3467, 2002

Looking ans Not Seeing : the Indian Way (2007)

Publié en français sous le titre Le Regard de l’Inde, traduit par François Rosso, Paris, Grasset, 2009

A Writer’s People (2007)

Publié en français sous le titre Le Regard et l’Écrit, traduit par Bernard Turle et François Rosso, Paris, Grasset, 2013

The Masque of Africa (2010)

Publié en français sous le titre Le Masque de l’Afrique, traduit par Philippe Delamare, Paris, Grasset, 2011.

Source : Wikipedia

ECRIVAIN ANGLAIS, JEAN-PAUL SARTRE (1905-1980), NOËL, NOEL

Quand Sartre méditait sur Noël (1940)

LE NOËL DE JEAN-PAUL SARTRE EN 1940

 

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Quelques mois après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale Jean-Paul Sartre est fait prisonnier (mai 1940) et transféré dans un camp de prisonniers en Allemagne avec 25 000 autres combattants.  Ainsi pour ce Noël 1940 des prêtres lui demandent d’écrire une méditation sur Noël. Il accepte et écrit une pièce de théâtre : , Baronia ou le Fils du Tonnerre.

 

« Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche, la voici.
Voici la Vierge, voici Joseph et voici l’Enfant Jésus. L’artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez.
Vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.
La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement anxieux, qui n’apparut qu’une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu.

Elle le serre dans ses bras et elle dit : « Mon petit ! » Mais à d’autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : « Dieu est là », et elle se sent prise d’un crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toute les mères sont ainsi arrêtées par moment, par ce fragment de leur chair qu’est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu’on a faite avec leur vie et qu’habitent les pensées étrangères.
Mais aucun n’a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu’elle peut imaginer. Et c’est une rude épreuve pour une mère d’avoir crainte de soi et de sa condition humaine  devant son fils. Mais je pense qu’il y a aussi d’autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est  son fils, son petit à elle et qu’il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : « Ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c’est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».

 

Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui vit, et c’est dans ces moments là que je peindrais Marie si j’étais peintre, et j’essayerais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit.

Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie. Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu’une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d’adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d’adorer. »

 

 Jean-Paul Sartre (1905-1980)

CLIVE STAPLE LEWIS (1898-1963), CONVERSION, ECRIVAIN ANGLAIS, Surpris par la Joie

Surpris par la Joie : Clive Staple Lewis

Surpris par la Joie : le profil de mes jeunes années

Clive Staple Lewis

Le Mont-Pèlerin (Suisse), EditionsRaphaël, 2006. 305 pages.

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Présentation du livre

 

 « Chacun des pas que j’avais fais, de l’absolu à l’esprit, et de l’esprit à l’absolu, et de l’esprit à Dieu, avait été un pas vers le plus concret, le plus imminent, le plus inéluctable. Avec chaque nouveau pas disparaissait une chance de prétendre que mon âme m’appartenait. Accepter l’incarnation était un autre dans la même direction… » (page 302).

 « Je m’étais trompé en supposant que c’était la Joie elle-même que je désirais. La Joie, considérée simplement comme un évènement survenant dans mes pensées, ne s’avéra finalement aucune espèce de valeur. Toute valeur résidait dans ce dont la Joie était le désir. » (page 282).

 

C.S. Lewis a été découvert en France grâce à au film et à son livre Le monde de Narnia.  Ici on est face au récit de sa conversion écrit

pour répondre à de nombreuses demandes pour savoir comment il était passé de l’athéisme au christianisme. Il entreprend dès lors d’écrire son autobiographie où la joie est le fil conducteur : une joie trouvée dans son enfance irlandaise puis perdue au fil des années. Mais tout au long de ses années il ne cessera sa quête pour la retrouver.

La jeunesse de l’auteur est peuplée de tout un monde imaginaire, des contes et des mythes celtiques et nordiques. Au cours de ses années de collèges il se laisse attirée par un surnaturel romantique ténébreux et tourné vers l’occultisme qui lui font délaisser la foi de son enfance (sans trop de regret comme il l’avoue lui-même). Au cours de ses années de collège, d’étudiant il ne cessera pas de chercher cette Joie perdue, que ce soit dans ses études et surtout dans ses nombreuses lectures. Au cours de ses années comme étudiant en Angleterre (après une interruption due à la guerre de 1914-1918) il se tourne vers la philosophie qui lui apporte quelque réconfort et qui conforte son athéisme.

Mais sa rencontre avec un futur grand de la littérature anglaise J.R.R. Tolkien jouera un grand rôle : progressivement il abandonne ses réticences face au christianisme et ébranleront ses certitudes .  Cette rencontre le conduira à la source même de la Joie : « Ce que j’avais tellement redouté m’arrivait enfin. « Pendant le trimestre de la Trinité, en cette année 1929, je cédai, j’admis que Dieu était Dieu, je me mis à genoux et je priai… « Comme il l’admet il ne s’agit encore qu’une forme de théisme même s’il met à fréquenter de manière assidue les offices anglicans. Il faudra encore quelque temps pour qu’il puisse croire véritablement en Lui et surtout en l’Incarnation de Jésus. Par la suite il deviendra un fervent défenseur du christianisme bien que son ami Tolkien ait eu beaucoup de mal à admettre qu’il n’intègre pas le catholicisme romain.

Une autobiographie pleine de sincérité où l’on découvre un itinéraire vers la foi à travers un parcours de vie.

 

Biographie de l’auteur

Né à Belfast en 1898, Clive Staple Lewis fut professeur de littérature du Moyen Age et de la Renaissance au Magdalen College d’Oxford et à Cambridge. Il est mort à Oxford en novembre 1963. Elevé dans une ambiance anglo-catholique, il s’est émancipé en se cultivant. A Oxford, il est teinté de romantisme et tenté par l’occultisme. Mais il réagit et se veut réaliste. En France, pendant la guerre de 1914, il se croit encore athée. Mais il ne perd jamais le sens des valeurs les plus pures et il sait rester critique à l’égard de lui-même. Peu à peu, par des chemins imprévus, il redécouvre la foi en Dieu et finalement la foi au Christ. Sa vie privée a été traversée de dures épreuves et de joies profondes, dont il a peu parlé, mais dont il suffira de dire qu’il a accueilli les unes et les autres en conformité avec ses convictions. C.S Lewis nous a laissé de brillants ouvrages de critique littéraire ainsi qu’une très riche œuvre narrative. Toutefois le public francophone l’a véritablement découvert au travers du Monde de Narnia, qui forme l’arrière-plan de sept chroniques pour enfants.

 

 

ECRIVAIN ANGLAIS, WILLIAM SHAKESPEARE (1564-1616)

WILLIAM SHAKESPEARE (1564-1616)

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Biographie

Poète et dramaturge, William Shakespeare est une figure éminente et incontournable de la littérature anglo-saxonne et en particulier du théâtre élisabéthain (du nom de la reine Elisabeth 1re, 1588-1603)

 William Shakespeare est né en 1564 à Stratford-upon-Avon.

Si des doutes ont existés sur son existence historique, ils sont aujourd’hui sans fondements sérieux .Il n’en reste pas moins que de nombreuses périodes de sa vie nous restent méconnues.

Il a écrit 37 pièces que l’on classe généralement en quatre catégories : les pièces historiques comme Richard III (1591-1592), les comédies dont Le Songe d’une nuit d’été (1600), les grandes tragédies telles Hamlet (1603) et enfin les dernières pièces parmi lesquelles on compte La Tempête (1611). Dans les années 1600, la troupe de cet acteur et écrivain (tout comme Molière il fut acteur et écrivain), considérée comme une des meilleures de Londres, devient résidente du Théâtre du Globe. William

 Shakespeare meurt en 1616.

 Parmi ses qualités de dramaturge que tous ont unanimement saluées, sa capacité à mettre en scène les différentes facettes de la nature humaine ainsi que sa maitrise du langage lui valent tous les honneurs. Tout comme l’expression française « la langue de Molière » sacre le père du Malade imaginaire, la langue anglaise est appelée : « la langue de Shakespeare », tant le talent et la renommée de ce dernier marquèrent les esprits.

 Traduit dans de nombreuses langues, l’une de ses pièces Le Roi Lear inspirera notamment l’œuvre de Balzac (Le Père Goriot).

 Citations de William Shakespeare

« Dès que nous naissons, nous pleurons d’être venus sur ce grand théâtre de fous… » (Le Roi Lear)

« Eteins-toi, brève lampe ! La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur Qui s’agite et parade une heure, sur la scène, Puis on ne l’entend plus. C’est un récit Plein de bruit, de fureur, qu’un idiot raconte Et qui n’a pas de sens. » (Macbeth)

« Doute que les étoiles soient de feu, Doute que le Soleil se meut, Doute que la vérité mente elle-même Mais ne doute pas que je t’aime. » (Hamlet)

« L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’âme ; et voilà pourquoi l’ailé Cupidon est peint aveugle ; l’âme de l’amour n’a aucune idée de jugement : des ailes, et point d’yeux, voilà l’emblème d’une précipitation inconsidérée ; et c’est parce qu’il est si souvent trompé dans son choix, qu’on dit que l’Amour est un enfant. Comme les folâtres enfants se parjurent dans leurs jeux, l’enfant amour se parjure en tous lieux. » (Le Songe d’une nuit d’été)

« Ô Roméo, Roméo ! Pourquoi es-tu Roméo ! Renie ton père et abdique ton nom ; Ou si tu ne le veux pas, jure de m’aimer, Et je ne serai plus une Capulet. » (Roméo et Juliette)

ECRIVAIN ANGLAIS, LITTERATURE BRITANNIQUE, LIVRES

GEORGE ORWELL (1903-1950)

George Orwell

Œuvres principales
Hommage à la Catalogne (1938)
La Ferme des animaux (1945)
1984 (1948)

George Orwell, nom de plume d’Eric Arthur Blair, né le 25 juin 1903 à Motihari (Inde) pendant la période du Raj britannique et mort le 21 janvier 1950 à Londres, est un écrivain et journaliste anglais.
Son œuvre porte la marque de ses engagements, qui trouvent eux-mêmes pour une large part leur source dans l’expérience personnelle de l’auteur : contre l’impérialisme britannique, après son engagement de jeunesse comme représentant des forces de l’ordre colonial en Birmanie ; pour la justice sociale et le socialisme, après avoir observé et partagé les conditions d’existence des classes laborieuses à Londres et à Paris ; contre les totalitarismes nazi et soviétique, après sa participation à la guerre d’Espagne. Parfois qualifié d’« anarchiste conservateur », il est parfois comparé à la philosophe Simone Weil, en raison de ses prises de positions originales pour un socialiste.
Témoin de son époque, Orwell est dans les années 1930 et 1940 chroniqueur, critique littéraire et romancier. De cette production variée, les deux œuvres au succès le plus durable sont deux textes publiés après la Seconde Guerre mondiale :La Ferme des animaux et surtout 1984, roman dans lequel il crée le concept de Big Brother, depuis passé dans le langage courant de la critique des techniques modernes de surveillance. L’adjectif « orwellien » est également fréquemment utilisé en référence à l’univers totalitaire imaginé par l’écrivain anglais.

Biographie
Une éducation anglaise
Eric Arthur Blair naît le 25 juin 1903 à Motihari, dans l’État de l’actuel Bihar, en Inde sous l’ancienne présidence du Bengale, dans une famille appartenant à la moyenne bourgeoisie anglaise. Il est le fils de Richard Walmesley Blair, un fonctionnaire de l’administration des Indes chargé de la Régie de l’opium (le commerce de l’opium, essentiellement en direction de la Chine, est à l’époque un monopole d’État) et d’Ida Mabel Blair. Il a deux sœurs, Marjorie (l’aînée) et Avril (la cadette). Il retourne en Angleterre en 1904 en compagnie de sa mère et de sa sœur. Éric ne revoit son père qu’en 1907, lors d’une permission de trois mois accordée à ce dernier, qui ne rejoint définitivement sa famille qu’en 1911, après sa mise à la retraite.
À cette époque, le jeune Eric Blair est déjà pensionnaire de la preparatory school de St Cyprien, qui lui inspire bien plus tard, dans les années 1946-1947, un récit, qu’il présente comme autobiographique, publié seulement après sa mort : Such, Such were the Joys. Il y décrit quel « épouvantable cauchemar » furent pour lui ces années d’internat Éric Blair est néanmoins un élève brillant et travailleur (il passe auprès de ses camarades pour un « intellectuel»), que ses maîtres motivent en lui rappelant que c’est à une bourse qu’il doit son admission à St Cyprien.
Signe de son excellence scolaire, Blair obtient une bourse au collège d’Eton, la plus réputée des public schools, où il étudie de 1917 à 1921. Orwell garde un assez bon souvenir de ces années, durant lesquelles il travaille peu, passant graduellement du statut d’élève brillant à celui d’élève médiocre, et faisant montre d’un tempérament volontiers rebelle (rébellion qui semble-t-il n’est aucunement liée à des revendications d’ordre politique ou idéologique). À cette époque, il a deux ambitions : devenir un écrivain célèbre (il écrit des nouvelles et des poèmes – banals – dans une revue du college), et retourner en Orient, qu’il connaît surtout par l’intermédiaire des souvenirs de sa mère.

Au service de l’Empire
La (relative) prospérité de la famille Blair est étroitement liée à l’Impérialisme britannique : outre son père, on peut citer l’arrière-grand-père paternel du futur George Orwell (propriétaire d’esclaves en Jamaïque) ou encore son grand-père maternel (marchand de teck en Birmanie). Aussi, même s’il s’agit d’une peu glorieuse conclusion à une scolarité effectuée dans d’aussi prestigieux établissements, est-ce donc tout naturellement que le jeune Eric Blair endosse l’uniforme et retourne aux Indes en 1922 pour devenir sergent dans la police impériale en Birmanie.
La situation sur place est à ce moment, sinon toujours explosive, du moins souvent tendueentre les Birmans et leurs colonisateurs : le nationalisme birman prend alors son essor, marqué par plusieurs mouvements de grève, en général violemment réprimés. La mission des Britanniques est, selon le mot d’un ancien gouverneur adjoint de Birmanie, de « faire régner la loi et l’ordre dans des régions barbares »
Orwell qualifie plus tard son temps de service comme ayant consisté en « cinq années d’ennui au son des clairons ». Après avoir effectué ses neuf mois réglementaires à l’école d’entraînement de la police, il connaît six lieux d’affectation différents, en général peu reluisants (notamment Moulmein). Il laisse l’image d’un grand jeune homme taciturne et solitaire, occupant la majeure partie de son temps libre à la lecture. Parmi les anecdotes concernant cette période, il aurait un jour assisté à une exécution capitale, ce qui lui inspire l’essai Une pendaison, « son premier écrit qui témoigne d’un style distinctif et du talent d’Orwell.
On ne connaît pas non plus avec certitude le détail de l’évolution intérieure qui le fait passer de l’ennui au dégoût de sa fonction comme rouage de l’administration coloniale. Mais il est permis de penser que ces propos de Flory, l’antihéros de Une histoire birmane, ne doivent pas être très éloignés de ce que pense le fonctionnaire de police Eric Blair vers 1927 : « le fonctionnaire maintient le Birman à terre pendant que l’homme d’affaires lui fait les poches. »
Quoi qu’il en soit, à la fin de l’année 1927, il jette l’éponge : arguant de raisons de santé (sur lesquelles nous ne savons rien), il rentre en Angleterre et donne sa démission. Il annonce alors à sa famille qu’il a décidé de se consacrer à l’écriture. Tout au long des vingt-deux ans qu’il lui reste à vivre, il reste un ennemi déclaré de l’impérialisme britannique.

Des débuts d’écrivain difficiles
Eric Blair semble n’avoir guère eu de dons particuliers pour l’écriture, si l’on en croit le témoignage de ceux qu’il fréquente à l’époque : il travaille donc d’arrache-pied, écrit poèmes sur nouvelles et multiplie les ébauches de romans.
En parallèle, à l’automne 1927, il explore les bas-fonds londoniens, enquêtant sur les conditions de vie des plus démunis, les suit sur les routes et dans les sinistres asiles de nuit : il espère en tirer la matière d’un ouvrage sur les conditions de vie des pauvres. Il tente par- là d’exorciser la culpabilité qui le ronge d’avoir « été l’exécutant d’un système d’exploitation et d’oppression» en Birmanie.
Au printemps 1928, il décide d’aller s’installer à Paris (où vit l’une de ses tantes) pour écrire. Il y reste dix-huit mois, au cours desquels nous ne savons pas grand-chose de sa vie, si ce n’est qu’à l’automne 1929, à court d’argent et après avoir donné quelques leçons d’anglais, il fait la plonge durant quelques semaines dans un hôtel de luxe de la rue de Rivoli. Durant cette période, il publie épisodiquement des articles dans des journaux communistes (tel que Monde, revue fondée et dirigée par Henri Barbusse). De la quasi-totalité de ses écrits de cette période, il ne reste rien. Il retourne en Angleterre en décembre 1929, juste à temps pour passer les fêtes de Noël avec sa famille. Fauché, n’ayant rien publié de prometteur, sa santé mise à mal par une pneumonie contractée l’hiver précédent, l’équipée parisienne apparaît comme un fiasco intégral.
Il reprend son exploration des bas-fonds de la société anglaise au printemps suivant, partageant la vie des vagabonds et des clochards, tantôt quelques jours, tantôt une semaine ou deux Mais il est contraint de mettre un terme à ses expéditions quelques mois plus tard : il n’a plus les moyens financiers de poursuivre ses vagabondages.
Il se décide à accepter un poste d’enseignant dans une école privée, dans une petite ville où il s’ennuie (Hayes, dans le Middlesex). Il en profite pour achever Dans la Dèche à Paris et à Londres, qui paraît au début de l’année 1933. C’est à cette occasion qu’il prend le pseudonyme de George Orwell. Même si les critiques sont bonnes, les ventes sont médiocres. Qui plus est, l’éditeur d’Orwell (Victor Gollancz) craint le procès en diffamation pour Une histoire birmane dont la rédaction est achevée à l’automne 1934 et qui, pour cette raison, est tout d’abord publié aux États-Unis puis, avec quelques changements de noms, en Angleterre en 1935. À cette période, Orwell s’enthousiasme pour l’Ulysse de James Joyce et contracte une nouvelle pneumonie, qui l’oblige à abandonner sa charge d’enseignant (ou plutôt, qui l’en libère).

À la rencontre du prolétariat
À la fin de l’automne 1934, Orwell termine dans la douleur la rédaction de son deuxième roman, Une fille de pasteur, dont il se montre peu satisfait : « C’était une bonne idée, explique-t-il à un de ses correspondants, mais je crains de l’avoir complètement gâchée ». Là encore, la précision des références à des lieux et des personnages réels fait craindre à Victor Gollancz que l’ouvrage ne soit poursuivi en diffamation. Il se décide toutefois à le publier, assorti de corrections mineures, au début de l’année 1935.
Entre temps, Orwell s’est installé à Londres, où il trouve un emploi à la librairie « Booklover’s Corner », dans le quartier d’Hampstead, « qui était, et demeure, un quartier d’intellectuels (réels ou prétendus) ». Il rencontre Eileen O’Shaughnessy, qu’il épouse en juin 1936. Orwell a auparavant publié un autre roman, « le dernier de ses livres consciemment « littéraires » », selon Bernard Crick Et vive l’Aspidistra ! Il se rend aussi dans le nord de l’Angleterre où, pour honorer une commande que lui a passée Victor Gollancz, il étudie les conditions de vie des mineurs des régions industrielles. Il tire de ce reportage un livre, Le Quai de Wigan, qui sera publié alors qu’Orwell est en Espagne. Très polémique dans sa seconde partie, dans laquelle l’auteur analyse les raisons de l’échec de la gauche à gagner les classes laborieuses à la cause socialiste il paraît avec une mise au point hostile de Victor Gollancz qui, initiateur du projet, se désolidarise de son aboutissement.
Cette rencontre avec le prolétariat des régions minières marque surtout la « conversion27 » d’Orwell à la cause socialiste. Celle-ci survient brutalement, comme une évidence, face au spectacle de l’injustice sociale et de la misère du prolétariat anglais.

Orwell en Espagne
Fin 1936, alors que fait rage la guerre d’Espagne qui met aux prises les républicains avec la tentative de coup d’État militaire menée par Francisco Franco, Orwell et son épouse rejoignent, par l’intermédiaire de l’Independent Labour Party (ILP), qui leur a remis des lettres de recommandation, les milices du POUM, après un bref détour par Paris, où Orwell rend visite à Henry Miller qui tente en vain de le dissuader de se rendre en Espagne.
Orwell, à son arrivée à Barcelone, est fasciné par l’atmosphère qu’il y trouve : lui qui l’année précédente se désolait de ne pouvoir rompre la barrière de classe qui sépare le bourgeois qu’il est de ces prolétaires qu’il était allé rencontrer, empêchant toute rencontre véritable entre les uns et les autres, découvre une société dans laquelle cette barrière, à ce qu’il lui semble, est en train de s’effondrer. Les milices du POUM, notamment, dans lesquelles il est nommé instructeur (grâce à l’expérience acquise dans ce domaine lors de ses années birmanes), lui apparaissent comme étant « une sorte de microcosme de société sans classes ».
Après avoir passé quelque temps sur le front d’Aragon, Orwell retourne à Barcelone, où il participe aux « troubles de mai » qui opposent les forces révolutionnaires au gouvernement catalan et au PSUC et qui verront la victoire de ces derniers. Il retourne au front où il est blessé à la gorge. Démobilisé, contraint de quitter clandestinement l’Espagne pour ne pas être arrêté (le POUM, dénoncé comme un « parti fasciste » par la propagande du PSUC, est déclaré illégal le 16 juin 1937), Orwell et son épouse gagnent la France, d’où ils rejoignent l’Angleterre.
Orwell, à son retour à Londres, est atterré par la manière dont les intellectuels de gauche (en particulier ceux qui appartiennent au Parti communiste ou en sont proches) rendent compte de ce qui se passe en Espagne, et notamment par les calomnies répandues sur le compte du POUM, systématiquement accusé d’être soit une organisation fasciste, soit une organisation manipulée par les fascistes : c’est dans l’optique de rétablir la vérité quant aux événements dont il a été témoin qu’il entreprend alors de rédiger son Hommage à la Catalogne qu’il fait paraître, avec quelques difficultés, en avril 1938. À partir de ce moment, écrira-t-il en 1946, « tout ce [qu’il] a écrit de sérieux […] a été écrit, directement ou indirectement, et jusque dans la moindre ligne, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique »35. Dans cette perspective, il se décide à adhérer à l’ILP au mois de juin 1938, estimant que « le seul régime qui, à long terme, peut accorder la liberté de parole est un régime socialiste »

Le patriotisme révolutionnaire
Alors que la menace d’un nouveau conflit européen se fait de plus en plus précise, Orwell défend une position antiguerre et critique l’antifascisme des fronts populaires : cette guerre ne servirait, selon lui, qu’à renforcer les impérialismes européens, qui ont beau jeu de se présenter, face à la menace fasciste, comme des démocraties, alors qu’ils exploitent sans vergogne « six cents millions d’êtres humains privés de tous droits ».
Quelques mois plus tard, pourtant, il change radicalement de position sur le sujet : alors que le Parti communiste (qui appelait auparavant à la lutte contre les dictatures fascistes) se découvre pacifiste à la suite du Pacte germano-soviétique, Orwell découvre que, dans le fond, il a toujours été un patriote Il distingue cependant le patriotisme du nationalisme et l’oppose au conservatisme. De ce fait, il s’éloigne « sur la pointe des pieds » de l’ILP, qui persiste dans le pacifisme, et s’oppose à l’engagement dans le conflit.
Contrariant le désir qu’il avait de s’engager dans l’armée, sa faible santé le fait réformer. Malgré celle-ci, il s’engage en 1940 dans la Home Guard (milice de volontaires organisée par l’État et créée dans le but de résister à l’invasion nazie dans le cas où les Allemands parviendraient à débarquer en Grande-Bretagne). Par ailleurs, en 1941, il est engagé comme producteur à la BBC, diffusant émissions culturelles et commentaires de guerre à destination des Indes
Parallèlement à ces activités, Orwell envoie entre 1941 et 1946 seize articles (« Les Lettres de Londres ») à la revue américaine d’inspiration trotskiste Partisan Review. En effet, le patriotisme dont il fait preuve depuis le début de la guerre ne lui a pas pour autant fait abandonner ses aspirations révolutionnaires. Bien au contraire, il estime que la victoire de la Grande-Bretagne sur les dictatures fascistes passera nécessairement par la révolution sociale en Angleterre, révolution dont il voit les signes avant-coureurs dans le mécontentement croissant des classes populaires face aux privations dues à l’état de guerre (qui ne frappent pas les couches supérieures de la société) et aux revers militaires de l’armée anglaise, revers causés selon lui par l’incurie des dirigeants militaires et politiques. De ce point de vue, la Home Guard lui apparaît comme étant ce peuple en armes qui renversera, au besoin par la force, le pouvoir en place avant de défaire les armées hitlériennes (il développe ces points de vue dans son essai intitulé Le Lion et la Licorne, qui parait en 1941 dans la collection « Searchlight », dont il est le cofondateur).
En novembre 1943, Orwell démissionne de son poste à la BBC43. Il devient alors directeur des pages littéraires de l’hebdomadaire de la gauche travailliste The Tribune et entame la rédaction de La Ferme des animaux.

Les dernières années
Orwell achève l’écriture de La Ferme des animaux en février 1944. L’ouvrage ne paraît pourtant qu’un an plus tard, en août 1945. Entre-temps, le livre est refusé par quatre éditeurs : la mise en cause radicale de l’URSS semble prématurée, à un moment où la guerre contre l’Allemagne hitlérienne n’est pas terminée.
En 1945 toujours, Orwell, qui a démissionné de son poste au Tribune, devient envoyé spécial de The Observer en France et en Allemagne, où il est chargé de commenter la vie politique. Il est à Cologne, en mars, lorsqu’il apprend que sa femme, atteinte d’un cancer, vient de mourir. Il rentre à Londres et entame la rédaction de ce qui va devenir son œuvre la plus célèbre : 1984.
En parallèle, à partir d’août 1945, il devient vice-président du « Freedom Defense Committee » (présidé par le poète anarchiste Herbert Read), qui s’est fixé pour tâche de « défendre les libertés fondamentales des individus et des organisations, et [de] venir en aide à ceux qui sont persécutés pour avoir exercé leurs droits à la liberté de s’exprimer, d’écrire et d’agir » Orwell soutient le comité jusqu’à sa dissolution en 1949.
En cette même année 1949, il publie 1984, qu’il a achevé à la fin de l’année précédente. Il épouse en secondes noces Sonia Brownell le 13 octobre, alors que, gravement malade de la tuberculose, il a été admis le mois précédent à l’University College Hospital de Londres, où il prend des notes en vue d’un futur roman. Il y meurt le 21 janvier 1950.
Orwell est enterré dans le petit cimetière de l’église de Sutton Courtenay, près d’Abingdon dans l’Oxfordshire, bien que n’ayant aucun lien avec ce village. Il a pourtant laissé comme instructions : « Après ma mort, je ne veux pas être brûlé. Je veux simplement être enterré dans le cimetière le plus proche du lieu de mon décès. » Mais son décès ayant eu lieu au centre de Londres et aucun des cimetières londoniens n’ayant assez de place pour l’enterrer, sa veuve, Sonia Brownell, craignant que son corps ne soit incinéré, a demandé à tous ses amis de contacter le curé de leur village d’origine pour voir si leur église disposerait dans son cimetière d’une place pour l’y enterrer. C’est ainsi qu’il a été, par pur hasard, inhumé à Sutton Courtenay.

Sur sa tombe ces simples mots :
Eric Arthur Blair
né le 25 juin 1903,
mort le 21 janvier 1950
Sans aucune mention ni de ses œuvres, ni de son nom de plume « George Orwell ». Après sa mort, sa veuve a fait publier une collection de ses articles, essais, correspondances ainsi que quelques nouvelles sous le titre de Collected Essays, Journalism, and Letters (1968).
The Complete Works of George Orwell (vingt volumes), première édition des œuvres complètes d’Orwell sous la direction de Peter Davison, a été achevée de publication en Angleterre en 1998.
En janvier 2008, le Times l’a classé second dans sa liste des « 50 plus grands écrivains britanniques depuis 1945 »

À la marge
Polémique relative à la liste de noms de « communistes » fournie à l’Information Research Department
Le 11 juillet 1996, un article publié dans le quotidien anglais The Guardian révèle que George Orwell a livré en 1949 une liste de noms de journalistes et d’intellectuels « cryptocommunistes », « compagnons de route » ou « sympathisants » de l’Union soviétique à un fonctionnaire de l’Information Research Department (une section du ministère des Affaires étrangères britannique liée aux services de renseignements), Celia Kirwan. La réalité de cette collaboration est prouvée par un document déclassifié la veille par lePublic Record Office.
L’information est relayée en France principalement par les quotidiens Le Monde (12 et 13 juillet 1996) et Libération (15 juillet 1996). Le public français apprend ainsi que l’auteur de 1984 « dénonçait au Foreign Office les « cryptocommunistes » » (Le Monde, 13 juillet 1996). Dans son numéro d’octobre 1996, le magazine L’Histoire va plus loin encore, expliquant qu’Orwell aurait « spontanément participé à la chasse aux sorcières » organisée contre les intellectuels communistes par le Foreign Office.
Ces articles français oublient de mentionner plusieurs informations essentielles. D’abord, Kirwan, belle-sœur de l’écrivain Arthur Koestler, était une amie intime d’Orwell, dont elle avait repoussé la demande en mariage en 1945, alors que l’écrivain était veuf depuis quelques mois. Ensuite, la remise des informations a eu lieu à l’occasion d’une visite de Kirwan à Orwell, peu avant la mort de ce dernier, qui était déjà dans un sanatorium. Kirwan lui confie alors qu’elle travaille pour un service gouvernemental chargé de recruter des écrivains et des intellectuels susceptibles de produire de la propagande antisoviétique. Orwell, après lui avoir donné les noms de quelques personnes de sa connaissance lui paraissant aptes à être recrutées, propose de lui indiquer, à titre privé, les noms d’autres personnes qu’il est inutile d’approcher, en raison de leurs convictions politiques (lesquelles sont souvent de notoriété publique).
La fameuse liste, déclassifiée en 2003 – mais déjà mentionnée dans la biographie de Bernard Crick parue en 1980 ; celui-ci en ayant tout simplement consulté la copie disponible dans les Archives Orwell– confirme ce qui précède. Bernard Crick signale que « quelques-uns (des individus), recensés comme ayant simplement des opinions « proches », semblent sélectionnés pour des raisons tirées par les cheveux et peu pertinentes ». Simon Leys répond à cela que la liste établie pour Kirwan n’est pas établie uniquement en fonction de critères politiques, mais signale également des individus dont il est inapproprié de solliciter la collaboration en raison de leur « malhonnêteté » ou de leur « stupidité »
Dans sa biographie politique d’Orwell, John Newsinger mentionne que l’auteur a manifesté à plusieurs reprises à la fin des années 1940, son hostilité à toute tentative d’instaurer un « maccarthysme anglais». Il indique aussi que, « lorsque l’IRD a été créé par le gouvernement travailliste, son but affiché est de mener des activités de propagande en faveur d’une troisième voie entre le communisme soviétique et le capitalisme américain. Il n’est absolument pas évident à l’époque qu’il s’agissait d’une arme des services secrets britanniques »
Pour terminer, il faut indiquer que 1949 est l’une des années les plus terribles de la guerre froide. Staline est vieillissant et sa paranoïa ne cesse de s’aggraver ; l’URSS a mis au point l’arme atomique et termine son processus de satellisation des pays d’Europe de l’Est ; la guerre de Corée est sur le point de débuter ; et l’Angleterre grouille littéralement d’espions du NKVD (notamment les fameux Cinq de Cambridge).
Orwell, lui, très loin des sympathies soviétiques d’une partie de l’intelligentsia occidentale, a pu voir pendant la guerre civile espagnole le stalinisme au pouvoir à Barcelone, lors de l’élimination des anarchistes qui contrôlaient la ville.
Le détail de cette affaire se retrouve dans le pamphlet Orwell devant ses calomniateurs, publié en 1997 par L’Encyclopédie des nuisances aux éditions Ivrea. De manière plus succincte, Simon Leys aborde la question dans la réédition de son essai Orwell ou l’horreur de la politique (2006).
Orwell à Eton
Aldous Huxley, le futur auteur du Meilleur des mondes, enseigna brièvement le français à Eton (en remplacement d’un professeur titulaire parti à la guerre), où parmi ses élèves figurait le futur auteur de 1984. Apparemment, Orwell appréciait Huxley, qui leur apprenait « des mots rares et étranges, de manière assez concertée », se souvient Steven Runciman (ami et condisciple d’Orwell à cette époque), qui ajoute qu’il était « un professeur d’une totale incompétence. Il n’arrivait pas à faire respecter la discipline et était tellement myope qu’il ne voyait pas ce qui se passait, si bien qu’il était constamment chahuté », ce qui énervait passablement Orwell « qui trouvait que c’était cruel ». Si Huxley et Orwell s’estimaient mutuellement, il faut reconnaître que Huxley n’a jamais compris la nécessité interne et la force de 1984, sans doute à cause de sa technophilie
Runciman conclut pourtant que les cours dispensés par Aldous Huxley ne furent pas inutiles aux jeunes gens : « Le goût des mots, de leur usage précis et signifiant nous resta. En cela, nous avons une grande dette envers lui».

Orwell et l’espéranto
Selon une information publiée par le centre d’espéranto de Londres en 1984, qui serait en partie vraie et en partie mythique, Orwell n’aurait pas apprécié l’espéranto et l’aurait utilisé comme modèle pour le novlangue de son roman 1984. Trois affaires ayant eu lieu pendant la jeunesse d’Orwell pourraient avoir eu une certaine importance. La première, en 1927, quand Orwell visita sa tante Nellie Limouzin, celle-ci logeait avec le fameux espérantiste Eugène Adam (connu sous le pseudonyme de Lanti, l’un des fondateurs de l’Association mondiale anationale – abréviation SAT en espéranto). Limouzin et Lanti utilisaient l’espéranto à la maison. La deuxième, un ami d’Orwell, voyageant à Paris et voulant apprendre le français dut quitter son logement pour cause de mésentente avec les autres résidents qui ne s’exprimaient qu’en espéranto et vivaient selon l’idéologie espérantiste de l’époque. La troisième, les époux Westrope, amis de Lanti possédaient une librairie à Hampstead, où Orwell travailla pendant sa jeunesse. L’espéranto comme source du novlangue demeure douteux. Le but du novlangue, fut clairement défini par Orwell, comme appauvrissement de la langue pour empêcher toute critique contre le système (selon l’idée, que l’on ne peut concevoir quelque chose, que si on peut l’exprimer). Cela diffère de l’espéranto, dont la possibilité d’associer racines et affixes, multiplie au contraire le nombre de mots, et en conséquence nuance, presque sans limite les manières de s’exprimer. Par ailleurs, si Orwell avait vraiment voulu s’attaquer à l’espéranto, il n’aurait sans doute pas eu besoin d’un tel détour.

Œuvres
La Vache enragée (Down and Out in London and Paris, Londres, Victor Gollancz, 1933), trad. R.N. Raimbault et Gwen Gilbert, préface de Panaït Istrati, Paris, NRF Gallimard, 1935 ; réédité sous le titre Dans la dèche à Paris et à Londres, trad. Michel Pétris, Paris, Champ libre, 1982
Une histoire birmane (Burmese Days, New York, Harper Collins, 1935), Paris, Champ libre, 1984.
Une fille de pasteur (A Clergyman’s Daughter, Londres, Victor Gollancz, 1935), Paris, Le Serpent à plumes, 2007.
Et vive l’Aspidistra ! (en) (Keep the Aspidistra Flying, Londres, Victor Gollancz, 1936), Paris, Champ libre, 1982 (ISBN 2-85184-134-3).
Le Quai de Wigan (The Road to Wigan Pier, Londres, Victor Gollancz, 1937), Paris, Champ libre, 1982
Hommage à la Catalogne (Homage to Catalonia, Londres, Secker and Warburg, 1938), Paris, Champ libre, 1982 (ISBN 2-85184-130-0) ; traduit aussi sous le titre Catalogne libre
Un peu d’air frais (Coming Up for Air, Londres, Victor Gollancz, 1939), Paris, Champ libre, 1983 .
La Ferme des animaux (Animal Farm, Londres, Secker and Warburg, 1945), Paris, Champ Libre, 1981 (ISBN 2-85184-120-3) ; traduit aussi sous les titres Les Animaux partout !et La République des animaux.
1984 (Nineteen Eighty-Four, Londres, Secker and Warburg, 1949).

Autres écrits
Chroniques du temps de la guerre (1941-1943) (The War Broadcasts / The War Commentaries, Londres, 1985 – posthume), Paris, éd. G. Lebovici, 1988 .
Essais, articles et lettres (Collected Essays, Journalism, and Letters, New York, Harcourt, Brace & World, 1968 – posthume), 4 vol., Paris, éd. Ivrea et éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 1995-2001.
Édition originale établie par Sonia Orwell et Ian Angus.
Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943), Paris, éd. Ivrea et Encyclopédie des nuisances, 2005 (
Édition abrégée des Essais, articles et lettres.
Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais (1944-1949), Paris, éd. Ivrea et Encyclopédie des nuisances, 2005.
Édition abrégée des Essais, articles et lettres.
Correspondance avec son traducteur René-Noël Raimbault : correspondance inédite, 1934-1935, Paris, éd. Jean-Michel Place, 2006.
À ma guise : Chroniques (1943-1947), Marseille, Agone, 2008.
Écrits politiques (1928-1949) : Sur le socialisme, les intellectuels et la démocratie, Marseille, Agone, 2009.
Une vie en lettres. Correspondance (1903-1950), Agone, 2014.

Articles
Georges Orwell, « A Nice Cup of Tea », Evening Standard,‎ 12 janvier 1946

Bibliographie
Ne figurent ci-dessous que des ouvrages en français.
« George Orwell critique du machinisme », Les Amis de Ludd, Bulletin d’information anti-industriel, Éditions la Lenteur, 2009.
« Autour d’Orwell », sous la dir. de Gilbert Bonifas, Revue Cycnos, tome 11, fascicule 2, Nice, université de Nice, 1994, 163 p.
« George Orwell », sous la dir. de Jean-Jacques Courtine et Catherine Rihoit, Revue L’Arc, no 94, Saint-Étienne-les-Orgues, Éd. Le Jas, 1984, 105 p.
« George Orwell », Revue Les années 1930, no 10, Nantes, université de Nantes, 1989, 79 p.
George Orwell devant ses calomniateurs : quelques observations, Paris, Éd. Ivrea & Éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 1997, 27 p.
Collectif, « Orwell, entre littérature et politique », Agone no 45, Marseille, 2011.
Bruce Bégout, De la décence ordinaire : court essai sur une idée fondamentale de la pensée politique de George Orwell, Paris, Allia, 2008, 124 p.
Alain Besançon, La falsification du bien : Soloviev et Orwell, Paris, Julliard, 1985, 222 p.
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