CHARLES PEGUY, CHARLES PEGUY, "UNE ÂME MORTE EST UNE ÂME COMPLETEMENT HABITUEE", CITATIONS, ECRIVAIN FRANÇAIS, MEDITATIONS

Charles Péguy, citation : « Une morte est une âme complètement habituée »

Charles Péguy :

« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée… »

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« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. On a vu les jeux incroyables de la grâce et les grâces incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on a pas vu tremper ce qui était habitué

 …Le pire, c’est d’avoir une âme endurcie par l’habitude. Sur une âme habituée, la grâce ne peut rien. Elle glisse sur elle comme l’eau sur un tissu huileux…Les « honnêtes gens » ne mouillent pas à la grâce.

C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défaut eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent pas cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invisible arrière pensée, une amertume secrète, un effondrement  perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent point cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché.

Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies. C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa. C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé. »

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(Charles Péguy, Note conjointe sur la philosophie de M. Descartes, 1914)

ACTEUR FRANÇAIS, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-BAPTISTE POQUELIN (1622-1673), LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE, MOLIERE (1622-1673), THEATRE, THEATRE FRANÇAIS

L’année Molière

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière

Auteur dramatique français (Paris 1622-Paris 1673).

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Acteur, chef de troupe, auteur et metteur en scène, Molière est l’homme de théâtre complet par excellence. Il joue, en tant qu’auteur, sur toute la gamme des effets comiques, de la farce la plus bouffonne jusqu’à la psychologie la plus élaborée. Ses pièces où, s’attaquant à un vice de l’esprit ou de la société, il campe des personnages qui forment des types, sont de véritables chefs-d’œuvre. En élevant la comédie, considérée avant lui comme un genre mineur, il a donné un élan vital au théâtre.

 

Famille

Son grand-père et son père sont maîtres tapissiers du roi. Sa mère meurt en 1632.

À 40 ans, Molière se marie avec Armande Béjart. Ils ont deux fils, morts très jeunes, et une fille.

 Jeunesse

Jean-Baptiste étudie à Paris dans un collège jésuite. Il exerce quelques mois le métier d’avocat puis hérite de la charge de tapissier du roi.

 Débuts

En 1643, il fonde avec la comédienne Madeleine Béjart l’Illustre-Théâtre. Acteur, auteur et bientôt chef de troupe, il devient « Molière ». Mais ses tragédies sont des échecs. En 1645, c’est la

Faillite.

Il fonde avec Madeleine une nouvelle troupe qui tourne en province pendant treize ans. Leurs farces remportent de grands succès. En 1658, la troupe regagne Paris.

 Gloire

Avec le triomphe des Précieuses ridicules (1659), Molière devient un auteur adulé, jalousé, redouté. En 1661, il crée avec le musicien Lully la comédie-ballet. Le roi Louis XIV est enthousiaste. Mais l’École des femmes (1664) est accusée d’être blasphématoire. En 1664, les dévots font interdire Tartuffe, qui dénonce l’hypocrisie religieuse. Molière obtient néanmoins la protection du roi.

Mais la vie privée de Molière est agitée. À 43 ans, il est atteint d’une fluxion au poumon.

Son Dom Juan (1665) provoque un nouveau scandale. Le Misanthrope (1666) reçoit un accueil mitigé. Entre 1668 et 1670, l’AvareTartuffe et le Bourgeois gentilhomme sont des triomphes.

 Disgrâce

En 1672, Madeleine Béjart meurt. Les Femmes savantes sont un

échec.

Lully supplante Molière dans la faveur royale.

 Mort

Au cours d’une représentation du Malade imaginaire, sa dernière comédie-ballet (1673), Molière est pris de malaise. Il meurt à son domicile parisien. Il est enterré de nuit, sans inhumation chrétienne.

 Citations

« c’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ». (la Critique de l’École des femmes, sc. VI)
« Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris. » (les Précieuses ridicules, sc. IX)

 

 LA VIE DE MOLIÈRE

Molière

Les parents de celui qui devait prendre le nom de Molière sont des artisans-marchands prospères de Paris : le père, Jean Poquelin, achète en 1631 une charge avantageuse de « tapissier ordinaire du roi » (c’est-à-dire de fournisseur de la Cour). Aîné de cinq enfants, Jean-Baptiste est envoyé au collège jésuite de Clermont – l’actuel lycée Louis-le-Grand – que fréquentaient des fils d’aristocrates. Il s’intéresse tôt au théâtre, sous l’influence de son grand-père qui l’emmène voir les spectacles de l’Hôtel de Bourgogne. Sa scolarité achevée, il fait des études de droit et suit les leçons du philosophe et savant Gassendi, dont l’enseignement met en cause les explications religieuses de la création du monde.

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1.1. LES DÉBUTS DANS LA CARRIÈRE THÉÂTRALE

En 1643, alors qu’il était destiné à être avocat ou tapissier, il se fait soudain verser sa part d’héritage maternel, passe contrat avec la famille Béjart et six autres comédiens pour fonder une troupe, « l’Illustre-Théâtre », et il devient « Molière ». Sa vocation est donc originale et impérieuse. Il aurait pu, comme beaucoup, venir au théâtre par l’écriture, mais chez lui le goût du jeu scénique précède l’écriture, donnée fondamentale pour comprendre sa carrière et son esthétique.

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Molière, les Précieuses ridicules

Il essaie de fonder une nouvelle salle de théâtre à Paris, ce qui est alors des plus difficiles. En butte à l’hostilité des troupes concurrentes, l’Illustre-Théâtre fait faillite dès 1645, et Molière connaît, très brièvement, la prison pour dettes. Il n’abandonne pas : il rejoint avec les Béjart une troupe itinérante en province. Ce sont des années d’apprentissage, sous la protection du prince de Conti, gouverneur du Languedoc.

Molière commence à écrire pour la compagnie des farces, puis des comédies (l’Étourdi, 1654 ; le Dépit amoureux, 1656). Mais le prince de Conti, devenu dévot, retire son appui aux comédiens. La troupe quitte le Midi de la France pour Rouen puis Paris, où Molière obtient la protection de Monsieur, frère du roi.

En 1658, la troupe débute devant la Cour. Le bon accueil fait à ses premières comédies lui permet d’obtenir de partager la salle du Palais-Royal avec les comédiens-italiens. Molière, qui s’estime un temps doué pour la tragédie, y interprète des tragédies de Corneille, sans succès. La gloire survient cependant dès 1659 avec le succès triomphal des Précieuses ridicules : pour la première fois, Molière fait éditer son texte (pour couper court à des éditions pirates).

1.2. UN AUTEUR-ACTEUR CÉLÈBRE ET CONTESTÉ

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Ingres, Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles

Dès lors, les créations se succèdent à un rythme soutenu, sous la protection de Louis XIV : Molière deviendra en 1664 le fournisseur des fêtes de la Cour, associant le plus souvent comédie, musique et ballets. Mais ses audaces d’auteur qui entend aussi « corriger les mœurs par le rire » donnent lieu à de violentes querelles.

À propos de l’École des femmes (1662) qui fait scandale, on lui reproche à la fois de jouer de plaisanteries faciles et d’équivoques, et de mettre sur le théâtre comique des sujets trop graves (l’éducation morale et religieuse des femmes). Par la Critique de l’École des femmes et l’Impromptu de Versailles (1663), il ridiculise ses détracteurs et ses rivaux, obtenant le soutien et les compliments du roi.

La bataille du Tartuffe (1664-1669), où il met en scène les méfaits d’une dévotion hypocrite et fanatique, est plus violente : interdite par la justice à la demande de représentants de l’Église, la reprise de la pièce n’est autorisée que cinq ans après sa création.

Dom Juan (1665) est un succès sans lendemain. Mettant en scène un « libertin », c’est-à-dire un homme libre de mœurs et de pensée, l’œuvre ne sera jamais rejouée du vivant de l’auteur et le texte sera édité seulement après sa mort, dans une version expurgée.

En moyenne, sur commande royale, ou pour faire vivre sa troupe (qui joue également des textes d’autres auteurs, comme Corneille dont il reste l’ami et Racine avec lequel il se brouille), Molière compose et met en scène deux pièces par an : des comédies à grand spectacle telles que le Bourgeois gentilhomme (1670), des comédies où la peinture de l’être humain donne une profondeur nouvelle au genre comique (Le Misanthrope, 1666 ; l’Avare, 1668), des farces (les Fourberies de Scapin, 1671) ou des comédies satiriques (Les Femmes savantes, 1672).

Sa vie privée a souffert d’une telle activité d’auteur, de chef de troupe et de comédien, parfois en conflit avec d’autres artistes comme le compositeur Lully, l’un de ses rivaux auprès du roi. Il avait été l’amant de Madeleine Béjart, dont il épouse la fille en 1662 ; Armande est de 20 ans plus jeune que lui et ses ennemis affirment que, ce faisant, il épouse sa propre fille, ce qui est une calomnie sans fondement. Le ménage ne semble pas avoir été des plus heureux. Il a donné naissance à trois enfants, dont, seule, une fille, Esprit-Madeleine (1665-1723), n’est pas morte dans sa première année.

1.3. UNE MORT À L’ISSUE D’UNE REPRÉSENTATION

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Molière, le Malade imaginaire

À partir de 1666, la santé de Molière s’altère gravement. Il continue ses spectacles malgré la progression de la maladie. Le bruit de sa mort se répand à Paris à plusieurs reprises. Le 17 février 1673, lors de la quatrième représentation du Malade imaginaire, sa nouvelle et ultime pièce où il se moque des médecins et de l’engouement démesuré de son personnage pour la médecine, un malaise le saisit sur scène. Transporté chez lui, rue de Richelieu, il meurt dans la soirée.

Les comédiens n’ont pas droit à une inhumation religieuse. Mais, sur intervention de Louis XIV, son corps a droit à un enterrement opéré de nuit et sans « service solennel », au cimetière Saint-Joseph.

Molière laisse une troupe, celle de l’hôtel de Guénégaud, qui est devenue la plus réputée de Paris, et où des comédiens de grand talent ont trouvé l’occasion de se former et de s’affirmer. Sept ans après la mort de Molière, en 1680, le roi ordonne la réunion de cette troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne pour fonder la Comédie-Française.

 

 UNE EXISTENCE VOUÉE AU THÉÂTRE

2.1. MOLIÈRE AUTEUR

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Molière, Œuvres

À la différence de Corneille et de Racine, Molière écrit ses pièces en praticien du théâtre. Il conçoit ses histoires et ses répliques pour lui-même et pour des acteurs qu’il connaît et qu’il va diriger. Tout en étant un véritable écrivain, maître des subtilités du langage et créateur de formules, il pense – plus qu’un poète travaillant dans la solitude de son bureau – à la façon dont les répliques seront dites par les comédiens et au jeu qui accompagnera la diction du texte.

De fait, Molière n’a écrit que du théâtre, à l’exception des préfaces qui précèdent l’édition de certaines de ses pièces, de son Remerciement au roi (1663) et de son hommage au peintre Mignard, la Gloire du Val-de-Grâce (1667). C’est un acteur-auteur comme l’était Shakespeare avant lui.

Il est l’auteur, selon la nomenclature en usage, de 2 farces, 22 comédies, 7 comédies-ballet, 1 tragédie-ballet, 1 « comédie pastorale héroïque » et 1 « comédie héroïque ». Dom Garcie de Navarre, en 1661, l’une de ses très rares tentatives dans le genre sérieux fut un échec.

Il a écrit tantôt en vers, tantôt en prose. Les acteurs d’alors préféraient les vers, plus faciles à retenir. Mais écrire en alexandrins demande un travail de plus longue haleine. Quand il était pressé, Molière écrivait en prose, comme pour ses farces, pour Dom Juan ou l’Avare.

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Molière dans le rôle d’Arnolphe

Qu’il soit rimé ou en prose, son style a naturellement évolué d’année en année, et sa conception de la comédie également. Sans perdre le goût des pitreries venu de la contemplation des bateleurs qu’il voyait dans son enfance, Molière a peu à peu intégré des préoccupations personnelles, des plaidoyers pour la liberté de ceux qui s’aiment et des questions philosophiques, tout en revendiquant le souci de la vérité, « Il faut peindre d’après nature ». En même temps, sa satire se focalisait sur le milieu mondain et intellectuel, les ambitieux, les médecins et les faux prêcheurs de vertu.

Molière est-il alors devenu, au fil des années, un auteur plus tragique que comique ? C’était le point de vue d’Alfred de Musset qui, dans son poème Une soirée perdue (1850), admire chez lui « une mâle gaîté, si triste et si profonde que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ». Mais cet avis porte la marque des années du romantisme, où l’on aime à privilégier une vision noire de l’Histoire et de la vie. Jusque dans sa dernière pièce, le Malade imaginaire, Molière défia l’esprit de sérieux par la bouffonnerie et la satire, fidèle à la mission qu’il définissait ainsi dans la Critique de l’École des femmes : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ».

2.2. MOLIÈRE ACTEUR

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Molière en habit de Sganarelle

Comme acteur, il était un interprète exceptionnel. Il a joué les grands rôles qu’il avait conçus pour lui : Harpagon (l’Avare), Alceste (le Misanthrope), Dom Juan… Il a été un incomparable acteur de comédies mais il a aussi joué des tragédies.

De nombreux témoignages et travaux d’historiens rendent compte de son talent de bête de scène. Lorsqu’il joue Mascarille dans les Précieuses ridicules, il « entre en piste, clown au masque rubicond sous la monstrueuse perruque couronnée du minuscule chapeau décrit par Mademoiselle Des Jardins, engoncé dans ses flots de rubans et sa tuyauterie de canons, glapissant dans sa chaise, secoué par ses porteurs, littéralement versé sur la scène, il roule, se redresse, se trémousse, fait le brouhaha sur la scène et dans la salle » (Molière, une vie, Alfred Simon, 1987).

  

  1. LES FORMES DE THÉÂTRE CHEZ MOLIÈRE

3.1. LA FARCE ET LA COMÉDIE

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Molière, le Médecin malgré lui

La farce est une forme qui exagère et simplifie la nature des personnages et l’action, pour provoquer un rire immédiat. Molière connaissait à la fois les farces des bateleurs qu’il voyait sur le Pont-Neuf, à Paris, dans son enfance, celles des comédiens italiens jouant à Paris et celles qu’avaient laissées les auteurs de l’Antiquité, en particulier les farces de l’auteur latin Plaute.

C’est ainsi qu’il commença par des farces : l’Étourdile Dépit amoureux. Comme le genre de la farce exige une action courte et rapide, il est passé ensuite au genre de la comédie, plus étoffé, où l’action et la psychologie font l’objet de développements longs et subtils.

Mais Molière a utilisé des gags et des situations de farces à l’intérieur de ses pièces plus ambitieuses, comme l’Avare, pièce truffée d’exagérations comiques. Pour le plaisir de revenir au rire populaire, il est souvent retourné à la belle simplification de la farce, comme lorsqu’il écrivit le Médecin malgré lui et les Fourberies de Scapin, alors même qu’il était pour beaucoup l’auteur comique mais grave du Misanthrope.

On peut distinguer plusieurs types de comédie dans le répertoire moliéresque, parfois mis en œuvre dans une même pièce ; le Misanthrope, par exemple, est à la fois une comédie de mœurs et une comédie de caractère, l’Avare également.

3.2. LA COMÉDIE SATIRIQUE

L’une des caractéristiques du comique, c’est de se moquer des contemporains, des gens parmi lesquels on vit. Un peu à la manière d’un journaliste pamphlétaire, Molière a raillé un certain nombre de corps sociaux, religieux et mondains.

Le corps social que Molière a le plus violemment attaqué est celui des médecins : leur mise en cause comique a lieu dans de nombreuses pièces, du le Médecin malgré lui au Malade imaginaire, la dernière pièce de Molière. Même à l’intéreur de Dom Juan, il s’en prend aux disciples d’Esculape.

Il critique aussi toute une frange du milieu religieux, les « faux dévots », qu’il dénonce violemment à travers le personnage du roué Tartuffe ; cette audace lui coûtera cher, la pièce sera interdite par trois fois.

Enfin, Molière est un satiriste du milieu mondain, qu’il ridiculise dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes et lorsqu’il prend pour cible les aristocrates impudents, notamment dans George Dandin.

3.3.. LA COMÉDIE MYTHOLOGIQUE

Lorsqu’il s’inspire d’un sujet traité par un auteur de l’Antiquité, comme c’est le cas pour l’Avare tiré d’une comédie de Plaute, Molière transpose l’action dans son temps.

Mais, exceptionnellement, il garde le contexte antique quand il écrit Amphitryon. C’est donc une comédie mythologique, de la même façon que les tragédies de Racine et de Corneille sont des tragédies antiques. Cette œuvre n’a pas d’équivalent parmi les autres pièces de Molière. Elle fait référence à un épisode des légendes grecques et ne s’adresse pas à un public large, mais à un public cultivé.

3.4. LA COMÉDIE-BALLET

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Molière, le Bourgeois gentilhomme : la cérémonie turque

La comédie-ballet, dont la forme annonce l’opéra par ses parties chantées et dansées, a pour principe d’alterner des scènes chorégraphiées et des scènes dialoguées. Elle s’est développée quand les divertissements royaux se sont multipliés à Versailles et dans d’autres châteaux. Le roi Louis XIV et la Cour étaient très friands de ces spectacles qui reposaient sur une idée de théâtre total – utilisant tous les langages du spectacle – et déployaient un grand faste dans l’utilisation des décors et des machineries.

Molière a souvent répondu aux commandes qui lui étaient faites par le roi. Les Fâcheuxles Plaisirs de l’île enchantéela Princesse d’Élideles Amants magnifiques sont des comédies-ballets dont les textes ne nous importent plus beaucoup aujourd’hui, à l’inverse de Monsieur de Pourceaugnacle Bourgeois gentilhomme et Malade imaginaire.

Ces trois dernières pièces sont parfois représentées sans leurs intermèdes musicaux mais elles ont été conçues sous cette forme qui mêle l’action théâtrale et les tableaux faits de chants et de danses. Pour toutes ces œuvres, Molière collaborait avec un musicien, tel que Lully ou Marc-Antoine Charpentier.

Le genre de la comédie-ballet mettait généralement en scène les épisodes et les héros de la mythologie et des pastorales. Molière a su à la fois utiliser des thèmes antiques et imposer des sujets contemporains…

3.5. LA COMÉDIE DU THÉÂTRE

Délaissant la fiction, Molière s’est amusé par deux fois à répondre à ses détracteurs sous la forme d’une comédie sur le théâtre. La première fois, ce fut avec la Critique de l’École des femmes, où il représente des spectateurs hostiles à sa pièce l’École des femmes qui discutent avec des spectateurs favorables.

La seconde fois, ce fut avec l’Impromptu de Versailles, où il se met lui-même en scène en train de diriger ses propres acteurs. Il donne à voir ainsi le théâtre et son public, mais, derrière la réaction à un événement d’actualité et la volonté de répondre aux polémiques, s’affirme aussi un discours théorique et esthétique, exprimant les points de vue de l’auteur sur l’art dramatique.

3.6. LA COMÉDIE DE MŒURS

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Molière, les Femmes savantes

La comédie de mœurs vise à dépeindre la façon dont les hommes vivent en société. Molière est l’un des grands maîtres de la comédie de mœurs, avec des angles d’attaque différents, puisqu’il passe du registre satirique au tableau proprement social.

Dans les Précieuses ridicules, c’est à la satire d’un phénomène de mode que l’auteur s’attache avant tout. Dans l’École des femmesTartuffeLe MisanthropeGeorge Dandinles Femmes savantes le comique a toujours un caractère de moquerie relatif aux travers de l’époque mais il s’élargit à l’examen du milieu social.

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Molière, le Tartuffe

Ce sont surtout la famille et la question du mariage qu’embrasse le regard de Molière : il montre comment les enfants subissent la loi des parents (essentiellement du père), comment les relations avec l’argent, les rapports entre les époux et le désir de s’inscrire dans un courant à la mode ou dans un mouvement religieux modifient la vie du groupe, quels sont les place et rôle des domestiques dans la vie de la maison et comment l’union conjugale est parfois traitée autant comme une affaire financière que comme une question d’harmonie amoureuse.

Molière représente aussi le décalage entre les classes sociales : la tentative de passer dans la classe supérieure, de la bourgeoisie à l’aristocratie se traduit le plus souvent par un comportement ridicule et voué à l’échec.

Chez Molière, la notion de mœurs est liée à la notion de morale : en raillant les défauts de ses contemporains, il en appelle à la raison et à un comportement qui mettrait fin aux folies et aux lubies. Dans cette perspective, les personnages dont le comportement est condamnable sont souvent ridiculisés ou punis dans l’une des dernières scènes de la pièce.

3.7. LA COMÉDIE DE CARACTÈRES

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Molière, l’Avare

Au-delà de la représentation du contexte social et de l’époque dans laquelle il s’inscrit, il y a l’individu et sa psychologie. La comédie de caractère cherche à mettre en évidence un type humain qui a une valeur universelle, et même éternelle, puisque les mêmes natures d’homme et de femme traversent les siècles.

C’est une des grandes idées du xviie siècle français que de reprendre cette peinture du caractère, telle qu’elle avait été ébauchée dans l’Antiquité (chez les auteurs grecs puis dans la comédie latine) et d’en faire l’un des grands thèmes de la littérature et du théâtre.

Les Caractères de Jean de La Bruyère, ouvrage postérieur au théâtre de Molière, accomplit parfaitement cette composition d’une galerie de portraits où des types humains (l’égoïste, l’amoureux, le cupide…) sont saisis à travers leurs traits essentiels.

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Molière, le Misanthrope

Molière, avant lui, a dépeint un certain nombre de personnages représentatifs des diverses façons d’être et de penser : Tartuffe est l’exemple même de l’ambitieux pratiquant le double langage pour arriver à ses fins. Alceste, le misanthrope, est l’homme qui n’aime pas les autres hommes et exècre la société. M. Jourdain, le « bourgeois gentilhomme », est, ce qu’on appellerait aujourd’hui, un nouveau riche, qui croit, naïvement, qu’on peut changer de statut social avec le pouvoir de son argent. Harpagon, le personnage central de l’Avare, est le parangon de ces êtres qui sacrifient tout au plaisir de posséder et qu’on appelait aussi, au xviie s., des « avaricieux ». Argan, le « malade imaginaire », incarne à la perfection une configuration psychologique, celle de l’homme chez qui la hantise de la maladie et de la mort fait disparaître la perception de la réalité.

Ce sont essentiellement des types masculins que Molière a composé, à côté de quelques types féminins : la femme séductrice et coquette, à travers le personnage de Célimène dans le Misanthrope, les servantes généreuses et batailleuses telles que Dorine dans Tartuffe et Toinette dans le Malade imaginaire

3.8. LA COMÉDIE PHILOSOPHIQUE

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Molière, frontispice de Dom Juan

Molière n’a pas écrit, à proprement parler, du théâtre philosophique. Mais cette dimension existe dans certaines de ses pièces. Adversaire d’une forme de fanatisme religieux, tel qu’il se montre avec prudence dans Tartuffe (où il dénonce les « faux dévots » et non les dévots), il s’interroge parfois sur la mort et sur la condition humaine.

De ce point de vue, Dom Juan est sa seule véritable comédie philosophique. Dom Juan y incarne le dédain d’une pensée religieuse et consolatrice, Sganarelle la défense d’une attitude religieuse représentée comme une forme de superstition. On peut voir là – mais une autre interprétation est possible, la pièce s’achevant sur la mort du séducteur – une préférence affirmée pour les thèses des « libertins » qui ne croyaient pas à l’existence de Dieu.

3.9. LE GENRE SÉRIEUX

Molière est essentiellement un écrivain comique, un auteur de comédies. Mais il a écrit quelques pièces relevant du genre sérieux. Il a composé une « comédie héroïque », Don Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, qui fut un échec. Et également une « comédie pastorale héroïque », Mélicerte, et une « tragédie ballet », Psyché. Il s’est le plus souvent montré peu à l’aise et moins convaincant dans ce registre « héroïque » où s’illustrait brillamment son ami Corneille.

 

 

  1. CHRONOLOGIE DES PIÈCES PRINCIPALES DE MOLIÈRE

1659 : les Précieuses ridicules, comédie.

1662 : l’École des femmes, comédie.

1663 : la Critique de l’École des femmes, comédie.

1663 : l’Impromptu de Versailles, comédie.

1664-1669 : Tartuffe, comédie.

1665 : Dom Juan, comédie.

1666 : le Misanthrope, comédie.

1666 : le Médecin malgré lui, comédie.

1668 : Amphitryon, comédie.

1668 : George Dandin, comédie.

1668 : l’Avare, comédie.

1669 : Monsieur de Pourceaugnac, comédie-ballet.

1670 : le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet.

1671 : les Fourberies de Scapin, comédie.

1671 : les Femmes savantes, comédie.

1673 : le Malade imaginaire, comédie mêlée de musique et de danse.

 

 

  1. LES PERSONNAGES DE MOLIÈRE

5.1. LES BOURGEOIS

La classe des bourgeois est la classe sociale la plus représentée et analysée par Molière. Et c’est dans la cellule familiale bourgeoise que Molière prend les événements qui l’intéressent : les questions de mariage, de l’autorité du père, des relations entre époux, du désir d’indépendance des enfants.

Pris par son activité d’artiste, marié mais n’ayant eu qu’un seul enfant qui ne soit pas mort peu de temps après la naissance, Molière ne semble pas avoir eu une vie bourgeoise, mais c’est de ce milieu-là qu’il vient : un milieu où l’on a des biens, où le souci de l’argent a tendance à prendre le pas sur l’amour.

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Molière, l’École des femmes, acte V, scène III

Molière a peint toute une galerie de bourgeois différents : Tartuffe, devenu naïf sous l’emprise d’une fascination, Alceste, (le Misanthrope) écartelé entre l’amour et la solitude, Harpagon (l’Avare), dévoré par sa passion de l’argent, Chrysale (les Femmes savantes), défenseur du rôle domestique de la femme, Monsieur Jourdain (le Bourgeois gentilhomme), type du nouveau riche qui voudrait accéder à la classe sociale supérieure. Arnolphe (l’École des femmes ) présente l’originalité d’être situé hors contexte : c’est un solitaire qui veut façonner une jeune fille selon ses désirs.

Les personnages d’épouses ont souvent moins d’épaisseur. Si Philaminte (les Femmes savantes) représente singulièrement une précieuse très active et en conflit avec son mari ; si Béline (le Malade imaginaire) est une intrigante, les autres épouses, Elmire (Tartuffe), Madame Jourdain (le Bourgeois gentilhomme), sont des femmes raisonnables qui défendent la solidité et les valeurs de la famille contre les extravagances de leur conjoint.

Quant aux jeunes gens, ils attirent la sympathie mais ils manquent de personnalité. Ils sont presque interchangeables d’une pièce à l’autre.

5.2. LES NOBLES

Dom Juan donne une image flatteuse d’un aristocrate, mais la pièce ne parle pas exactement de la réalité sociale. C’est une variation sur un sujet déjà traité par un auteur espagnol. Le personnage est plus mythique qu’inscrit dans la réalité du xviie siècle.

Vis-à-vis des nobles de son temps, Molière est le plus fréquemment sévère et même cruel. Il a personnellement beaucoup souffert de leur arrogance et de leur suffisance. Il les ridiculise dans la Critique de l’École des femmes et dans l’Impromptu de Versailles. Il se venge une fois encore de tous les courtisans appartenant à l’aristocratie à travers les deux personnages de « petits marquis » dans le Misanthrope et des odieux de Sotenville dans George Dandin. Enfin, Dorante, le noble dans le Bourgeois gentilhomme, est un malhonnête homme, empruntant de l’argent qu’il ne rembourse pas.

5.3. LES SERVITEURS

Les domestiques sont, chez Molière, des personnages aussi importants pour l’action que pour les effets comiques. Ils viennent autant de l’image qu’ont donnée d’eux les farces latine et italienne que de la réalité de tous les jours.

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Molière, les Femmes savantes

Les serviteurs masculins, héritiers d’Arlequin, sont, comme Scapin, malhonnêtes (ou, tout au moins, rusés), fréquemment profiteurs et alcooliques, mais fidèles à leur maître et d’une imagination si efficace qu’elle débrouille les situations les plus compliquées. Molière a progressivement humanisé ce type de personnage, en passant de Mascarille, le rusé, à Sganarelle qui représente par moments les souffrances des gens du peuple.

Pour les servantes, Molière a fait encore davantage éclater les cadres de la tradition. Les servantes sont la voix de la raison et la voix de Molière lui-même. Leur bonhomie, leur culot, leur langue bien pendue, la saveur de leur langage, leur absence de crainte face aux maîtres, leur défense des enfants arrivés à l’âge du mariage, tout fait d’elles des héroïnes dont les défauts – elles ne savent pas rester à leur place – se transforment immédiatement en qualités. Dorine (Tartuffe), Martine (les Femmes savantes) et Toinette (le Malade imaginaire) incarnent un bon sens populaire sans lequel Molière manquerait d’un instrument de mesure pour juger l’évolution de la société et les travers de ses héros.

5.4. LES PAYSANS

Les paysans apparaissent rarement, sauf quand Molière a besoin de personnages dotés d’accents provinciaux, comme Pierrot dans Dom Juan. George Dandin, le paysan enrichi qui a eu le malheur d’épouser une aristocrate, reste une exception. Mais cette pièce, George Dandin, traduit peut-être plus un désir de Molière de s’en prendre aux nobles qu’un intérêt profond pour la paysannerie.

 

 

  1. LES PROCÉDÉS COMIQUES CHEZ MOLIÈRE

En grand auteur, Molière varie les procédés comiques, qui lui permettent d’obtenir le rire le plus simple comme le rire le plus subtil.

6.1. LE COMIQUE DE GESTE

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Molière, les Fourberies de Scapin

Le comique de geste est essentiel dans la farce mais aussi dans les différentes formes de comédie. Par les mimiques, l’accoutrement, les déplacements, les mouvements de la tête et des bras qui caractérisent un personnage ou expriment une intention non exprimée par la parole, l’acteur amplifie la drôlerie de l’action.

Formé dès la jeunesse par les farces qu’il voyait sur la place publique et sensible au talent expressif des acteurs italiens, Molière était lui-même un comédien qui utilisait tous les ressorts de la gestuelle comique. Les gestes sont primordiaux dans des pièces comme la première farce de l’auteur, la Jalousie du barbouillé, où il y a des gags et des chutes comme, bien plus tard, en usera le cinéma burlesque, de même que dans les Fourberies de Scapin, où le valet frappe le vieux Géronte qu’il a fait entrer dans un sac ou dans le Médecin malgré lui, où Sganarelle, pris pour un médecin, multiplie les interventions incorrectes et déplacées.

6.2. LE COMIQUE DE SITUATION

Comme Molière affectionne la rapidité des actions, il a beaucoup employé ce type de comique.

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Molière, Amphitryon : Sosie

Il repose sur des rencontres entre les personnages et sur des événements qui introduisent une nouveauté, une surprise ou un choc suscitant le rire. Il dépend généralement plus de l’imprévu et du mouvement que du texte. Parfois, Molière abuse des retournements de situation comme à la fin de l’Avare, où des personnages se retrouvent et se reconnaissent des années après un naufrage et un enlèvement, mais ce n’est pas là véritablement un procédé comique, plutôt une facilité pour terminer rapidement une pièce qu’il faut monter dans l’urgence.

Le comique de situation est particulièrement efficace, par exemple, dans les Précieuses ridicules lorsque Mascarille et son ami Jodelet se font passer pour de « beaux esprits » et trompent les prétentieuses provinciales, avant de se faire rosser par leurs maîtres. Il prend aussi souvent la forme du quiproquo, quand un personnage est pris pour un autre, comme dans Amphitryon, où Jupiter est confondu avec le général Amphitryon et le dieu Mercure avec le valet Sosie. Il est aussi mis en place dans Tartuffe quand l’épouse d’Orgon, Elmire, déclare à l’imposteur qu’elle est prête à se donner à lui, alors que son mari est caché sous la table.

6.3. LE COMIQUE DE MOTS

Le comique de mots est essentiel chez Molière. Il commence dès la création du nom des personnages : l’usage était alors d’employer des noms à consonance grecque, latine ou italienne, et Molière respecte cette coutume mais introduit parfois aussi des noms qui évoquent le type de personnage qu’il crée : Tartuffe, Harpagon, Trissotin, Pourceaugnac par exemple.

Il se développe dans les répliques où l’auteur recourt à certaines tournures verbales comme les jeux de mots, « Bélise : Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ? Martine : Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère ? », dans les Femmes savantes, ou bien « Ce Monsieur Loyal porte un air bien déloyal » dans le Misanthrope.

Source de comique, le latin de fantaisie qu’il prête aux médecins dans le Médecin malgré lui et dans le Malade imaginaire. De même que l’opposition du langage populaire et du langage savant (dans la scène des paysans dans Dom Juan), ou bien dans les dialogues entre précieux et gens simples dans les Précieuses ridicules et les Femmes savantes), ainsi que la répétition martelée d’une même réplique (« Qu’allait-il faire dans cette galère ? » dans les Fourberies de Scapin)…

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Molière, Monsieur de Pourceaugnac

Dans son utilisation de la langue, Molière a une double pratique. D’un côté, la simplicité des mots met en relief la sagesse populaire : « Et je vous verrais nu du haut jusques en bas / Que toute votre peau ne me tenterait pas » dit Dorine dans Tartuffe, ou, au contraire, souligne le caractère fruste ou imbécile d’un personnage : « Je vis de bonne soupe et non de beau langage  », dit Chrysale dans les Femmes savantes. D’un autre côté, des phrases très construites, mettent en place la rhétorique des idées et des raisonnements.

Molière vise la clarté de l’expression et l’efficacité du comique pour construire un théâtre du vrai et du naturel, mis au service d’une morale. Dans l’un des textes envoyés au roi pour obtenir la levée de l’interdiction de Tartuffe, il écrivait :  « Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru, que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle », le mot « ridicule » devant être compris dans le sens « qui suscite le rire ».

Chez Molière, le sens de la comédie, même quand il passe par les gags ou la violence de la satire, est toujours empreint de cette noblesse d’âme.

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Jean-Baptiste_Poquelin_dit_Moli%C3%A8re/133609

ECRIVAIN FRANÇAIS, HIVER, IL FAIT FROID, LITTERATURE FRANÇAISE, POEME, POEMES, POESIES, POETE FRANÇAIS, VICTOR HUGO

Il fait froid de Victor Hugo

Il fait froid

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L’hiver blanchit le dur chemin
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main ;
La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée…
Ferme ta porte à l’aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !

Et puis laisse ton coeur ouvert !
Le coeur, c’est la sainte fenêtre.
Le soleil de brume est couvert ;
Mais Dieu va rayonner peut-être !

Doute du bonheur, fruit mortel ;
Doute de l’homme plein d’envie ;
Doute du prêtre et de l’autel ;
Mais crois à l’amour, ô ma vie !

Crois à l’amour, toujours entier,
Toujours brillant sous tous les voiles !
A l’amour, tison du foyer !
A l’amour, rayon des étoiles !

Aime, et ne désespère pas.
Dans ton âme, où parfois je passe,
Où mes vers chuchotent tout bas,
Laisse chaque chose à sa place.

La fidélité sans ennui,
La paix des vertus élevées,
Et l’indulgence pour autrui,
Eponge des fautes lavées.

Dans ta pensée où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule.
Fais de ton amour ton flambeau.
On s’éclaire de ce qui brûle.

A ces démons d’inimitié
Oppose ta douceur sereine,
Et reverse leur en pitié
Tout ce qu’ils t’ont vomi de haine.

La haine, c’est l’hiver du cœur .
Plains-les ! mais garde ton courage.
Garde ton sourire vainqueur ;
Bel arc-en-ciel, sors de l’orage !

Garde ton amour éternel.
L’hiver, l’astre éteint-il sa flamme ?
Dieu ne retire rien du ciel ;
Ne retire rien de ton âme !

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Victor Hugo

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Nos amis les saints de Georges Bernanos

NOS AMIS LES SAINTS, DE GEORGES BERNANOS

toussaint

Georges Bernanos, « Nos amis les Saints »  Tunis, 1947.

 Nos amis les saints… Ces grandes destinées échappent, plus que toutes les autres, à n’importe quel déterminisme : elles rayonnent, elles resplendissent d’une éclatante liberté. Si le père de Foucauld en personne m’avait demandé cette conférence, je me demande si je n’aurais pas réussi à trouver quelque raison de lui refuser et son indulgence l’eût probablement jugée valable. Mais il m’a fait demander la chose par ses filles, et me voilà ici devant vous, nous voilà tous rassemblés ici pour bien prouver que les filles du père de Foucauld finissent toujours par faire ce qu’elles veulent. Ce n’est peut-être pas tout à fait un miracle, mais ça y ressemble déjà pas mal. Admettons que ce soit un miracle préparatoire. Car ayant imprudemment décidé de vous parler ce soir d’un pays où je n’ai jamais mis les pieds, bien que je sois un vieux voyageur, dont je ne suis même nullement sûr d’avoir jamais rencontré un seul habitant authentique, un seul autochtone, bref, puisque j’ai décidé de vous parler des saints et de la sainteté, le miracle, le vrai miracle, le miracle incontestable serait que vous réussissiez à m’écouter sans ennui… Enfin que voulez-vous que je vous dise ? Tâchez d’être le plus indulgent possible : c’est mon premier sermon. Vous me direz que j’aurais pu choisir un autre sujet. Ce n’est pas sûr ; le plus souvent, voyez-vous, ce n’est pas nous qui choisissons le sujet, c’est le sujet qui nous choisit. Les amateurs de littérature croient volontiers qu’un écrivain fait ce qu’il veut de son imagination. Hélas, l’autorité de l’écrivain sur son imagination d’écrivain est à peu près celle que le Code civil nous garantit vis-à-vis de nos charmantes et pacifiques compagnes, vous voyez d’ici ce que je veux dire ?

Lorsque m’est parvenue la lettre que Sœur Simone du Cœur Eucharistique m’avait fait l’honneur de m’écrire, mon premier mouvement – je crois l’avoir déjà dit – a été de me dérober, dans le sens où on dit qu’un cheval se dérobe. Si je ne refuse pas l’obstacle du premier coup, j’aime autant, après, le sauter à fond comme les vieux chevaux consciencieux qui le prennent toujours au centre à l’endroit le plus haut… « Ah ! c’est donc comme ça, ai-je pensé. Tant pis pour eux ! Je vais leur parler de la sainteté. » Mais, soyons francs, le sujet, le fameux sujet m’avait déjà mis le grappin dessus, et je sentais très bien que le sort en était jeté, que je ne pourrais pas vous parler d’autre chose. Et d’abord qu’est-ce que je me propose de faire en parlant des saints ? Oh ! certainement pas de vous édifier ! Si je vous édifie ce sera du moins sans le faire exprès, je vous assure. Nous allons essayer de parler des saints, tranquillement, comme les enfants parlent entre eux des grandes personnes. Nous ne prétendons rien d’autre qu’échanger nos impressions sur ces hommes à la fois si éloignés et si proches de nous. Cela me rappelle un vers célèbre d’Éluard dans son poème Guernica : « La Mort si difficile… et si facile… ». On pourrait très bien en dire autant de la sainteté… Elle nous paraît terriblement difficile, peut-être simplement parce que nous ne savons pas, nous ne nous demandons même jamais sérieusement ce qu’elle est. Il en est de même pour les enfants qui parlent des grandes personnes. Ils ne savent pas ce qu’ils en pensent, ils n’osent pas savoir ce qu’ils en pensent, ils se contentent de jouer au monsieur et à la dame. Puis, peu à peu, à force de jouer ainsi aux grandes personnes, ils deviennent grands à leur tour. Peut-être la recette est-elle bonne ?

Peut-être, à force de jouer aux saints, finirions-nous par le devenir ? En tout cas, il semble bien que la petite Sœur Thérèse ne s’y soit pas prise autrement. On pourrait dire qu’elle est devenue sainte en jouant aux saints avec l’Enfant Jésus, comme un petit garçon qui, à force de faire tourner un train mécanique devient, presque sans y penser, ingénieur des chemins de fer, ou même plus simplement chef de gare… Permettez-moi de m’en tenir un moment à cette comparaison de chemin de fer. Je ne la trouve pas si bête, après tout… On peut parfaitement imaginer l’Église ainsi qu’une vaste entreprise de transport, de transport au paradis, pourquoi pas ? Eh bien, je le demande, que deviendrions-nous sans les saints qui organisent le trafic ? Certes, depuis deux mille ans, la compagnie a dû compter pas mal de catastrophes, l’arianisme, le nestorianisme, le pélagianisme, le grand schisme d’Orient, Luther … pour ne parler que des déraillements et télescopages les plus célèbres.

Mais, sans les saints, moi je vous le dis, la chrétienté ne serait qu’un gigantesque amas de locomotives renversées, de wagons incendiés, de rails tordus et de ferrailles achevant de se rouiller sous la pluie. Aucun train ne circulerait plus depuis longtemps sur les voies envahies par l’herbe. Oh ! je sais bien que certains d’entre vous se disent en ce moment que je fais la part trop belle aux saints, que je donne trop d’importance à des gens tout de même un peu en marge, et que j’ai tort de les comparer à de paisibles fonctionnaires, d’autant plus qu’en dépit de toute tradition administrative, ils bénéficient de l’avancement au mérite et non pas à l’ancienneté, qu’on les voit passer brusquement du modeste emploi d’homme d’équipe à celui d’inspecteur général ou de directeur de la compagnie, alors même qu’ils en ont été fichus brutalement à la porte, comme Jeanne d’Arc, par exemple. Mais je crois qu’il vaut mieux arrêter là mes comparaisons ferroviaires, ne serait-ce que pour épargner l’amour-propre, toujours un peu scrupuleux, de MM. les ecclésiastiques particulièrement ; c’est trop naturel, de ceux qui m’ont fait l’honneur de venir m’entendre et qui doivent se demander avec inquiétude de quoi ils sont, au juste, chargés dans cette imaginaire compagnie de transport : la distribution des billets ou la police des gares ? …

Je voudrais que vous reteniez seulement de mon propos cette idée que l’Église est en effet un mouvement, une force en marche, alors que tant de dévots et de dévotes ont l’air de croire, feignent de croire, qu’elle est seulement un abri, un refuge, une espèce d’auberge spirituelle à travers les carreaux de laquelle on peut se donner le plaisir de regarder les passants, les gens du dehors, ceux qui ne sont pas pensionnaires de la maison, marcher dans la crotte. Oh ! il est certainement parmi vous de ces hommes du dehors que scandalise profondément la sécurité des chrétiens médiocres, sécurité qui ressemble à la légendaire sécurité des imbéciles – probablement parce que c’est la même – …

Mon Dieu, croyez-moi, je ne me fais pas tellement d’illusions sur la sincérité de certains incroyants, je n’entre pas dans tous leurs griefs, je sais que beaucoup d’entre eux s’efforcent de justifier leur propre médiocrité par la nôtre, rien de plus. Mais je ne peux pas m’empêcher de les aimer, je me sens terriblement solidaire de ces gens qui n’ont pas encore trouvé ce que j’ai reçu moi-même sans l’avoir mérité, sans l’avoir seulement demandé, dont je jouis dès le berceau, pour ainsi dire, et par une sorte de privilège dont la gratuité m’épouvante.

Car je ne suis pas un converti, j’ai presque honte de l’avouer, puisque depuis une vingtaine d’années la mode est aux convertis, peut-être parce que les convertis parlent beaucoup, parlent énormément de leur conversion, un peu à la manière de ces malades guéris qui ne nous font grâce d’aucun des détails de leur ancienne maladie, vous assomment d’élixirs et de pilules. Faut-il ajouter que les cléricaux ont beaucoup de goût pour cette sorte de gens, et il est certain que leur témoignage a la même valeur publicitaire que celui de ces messieurs dont on voit la photographie à la quatrième page des journaux.

L’histoire religieuse – l’histoire religieuse est sans doute un mot trop prétentieux – disons donc la chronique dévote de la première moitié du siècle est pleine de conversions littéraires. Une des plus célèbres fut celle de M. Paul Claudel qui nous a retracé toutes les circonstances de ce matin mémorable où, dissimulé derrière une colonne de Notre-Dame de Paris, il a senti tout à coup ce mystérieux mouvement intérieur, ce spasme spirituel, cette espèce d’éternuement de l’âme par laquelle a commencé une prestigieuse carrière de poète catholique qui vient de recevoir son couronnement à l’Académie française comme sa nomination au poste envié de Washington avait mis le sceau suprême à la carrière, non moins prestigieuse, du fonctionnaire. Nous avons connu d’autres conversions littéraires presque aussi retentissantes, bien que souvent moins solides, celle de M. Cocteau par exemple, signée par M. Jacques Maritain (les conversions littéraires peuvent être signées comme des toiles de maître) ou celle -portant la même signature- de ce pauvre Sachs qui alla, lui, jusqu’au séminaire et dont la première soutane avait été coupée chez Paquin. N’importe ! Je m’excuse de m’être laissé aller à ces plaisanteries sur les convertis, mais elles ne leur font pas grand mal, et je leur reproche de ne pas comprendre toujours grand-chose à ceux dont ils ont partagé auparavant l’erreur, ce qui est d’ailleurs parfaitement naturel, car il est rare qu’un converti ne se soit pas un peu converti aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose…

Mais un chrétien tel que moi, ou que beaucoup d’entre vous pour lesquels la foi catholique est un élément hors duquel ils ne pourraient pas plus vivre qu’un poisson hors de l’eau, comment voudriez-vous qu’ils ne sentissent pas de l’angoisse, et comme une sorte de honte, en face de ceux de leurs frères incompréhensiblement privés de ce qui ne leur a jamais manqué une seconde ? Si j’étais converti pour ma part, j’aurais beau me répéter sans cesse que ce n’est pas moi qui ai trouvé Dieu, que c’est Lui qui m’a trouvé, c’est là un de ces raisonnements dont on cherche plutôt à se rassurer qu’à se convaincre. Au lieu que je ne saurais pas plus me vanter d’être chrétien que de parler correctement ma langue maternelle.

Comment voudriez-vous que je ne me sente pas gravement et profondément engagé vis-à-vis de ceux qui doivent, pour apprendre ce langage, oublier péniblement le leur, celui dont ils se sont toujours servis ? Que les chrétiens qui m’écoutent veuillent bien me pardonner. N’y eût-il parmi eux qu’un seul étranger à notre foi, c’est pour lui seul que je parlerais en ce moment. Je rougirais trop qu’il s’imaginât que je m’adresse à lui du plus profond, du plus creux de ma sécurité de croyant -comme d’un gîte sûr et tiède-, que je reste étranger à son risque.

Ce n’est pas vrai, non ce n’est pas vrai que la foi est une sécurité, du moins au sens humain du mot. Oh ! sans doute, on rencontre, de par le monde, beaucoup de chrétiens médiocres qui ne demandent pas mieux que de se faire des illusions là-dessus, se croient sûrs de la grâce de Dieu, et mettent au compte de la religion l’espèce de contentement de soi qu’ils partagent avec tous les imbéciles, croyants ou non-croyants. La foi ne saurait être comparée en rien à ces évidences dont celle du « deux et deux font quatre » passe pour le type le plus ordinaire. Je comprends très bien l’agacement ou même l’indignation des incrédules en face de gens auxquels ils attribuent faussement des certitudes analogues à celle-ci en tout ce qui concerne le monde invisible, la mort et l’au-delà de la mort.

Parfois la colère ou l’indignation font place à l’envie : « Vous avez bien de la chance de croire », disent-ils avec une naïveté déconcertante. « Moi, je ne peux pas. » Et c’est vrai qu’ils s’efforcent de croire, du moins ils s’efforcent de croire qu’ils croient, et s’étonnent de n’aboutir à rien, comme ces insomnieux qui se répètent à eux-mêmes qu’ils vont dormir, et se tiennent ainsi éveillés, car le sommeil est toujours imprévu. Qui l’attend peut-être sûr de ne jamais le voir venir, car on ne le voit pas venir. Ils souhaitent de croire, ils s’efforcent de croire, ils s’efforcent de croire qu’ils croient, et d’ailleurs ils ne savent pas très bien ce que nous croyons nous-mêmes, ils attachent volontiers autant d’importance à n’importe laquelle des aventures merveilleuses de la Bible qu’à la Sainte Incarnation du Verbe, ils se travaillent pour croire que Jonas a été quelques jours locataire d’une confortable baleine, que le passage de la mer Rouge fut vraiment tel que le représente une enluminure célèbre où l’on voit les Hébreux passer entre deux hautes murailles liquides à travers lesquelles les poissons contemplent le spectacle, comme on regarde, de sa fenêtre, passer le cortège du Mardi gras…

Hélas ! il y a trop de dévots et de dévotes pour égarer sur ce point la bonne foi des mécréants, non seulement par ignorance ou par sottise, mais aussi par cette sorte de vanité imbécile qui porte certains croyants à renchérir sur leur propre croyance. Les convertis littéraires dont je parlais tout à l’heure ont la spécialité de ces vantardises où l’orgueil a son compte.

Il est clair que l’incrédule peut rester indifférent lorsque vous faites devant lui profession de croire aux grands mystères de la foi qu’il entend mal, et qui ne disent pas grand-chose à son imagination. Si vous lui affirmez au contraire, sans la moindre hésitation, que la loi de la gravitation universelle s’est trouvée suspendue afin de permettre à Josué de retarder d’une heure sa montre, il vous traitera peut-être de fou en se frappant le front de l’index mais il n’en commencera pas moins à vous juger : un type intéressant, formidable, un phénomène. Hé oui, que voulez-vous, c’est pourtant vrai. Un chrétien n’est nullement tenu de prendre comme on dit « à la lettre » l’histoire de Jonas ou de Josué. Remarquez bien qu’en ce qui me concerne, j’y croirais volontiers, je ne demanderais qu’à y croire, les miracles ne m’intéressent pas en ce sens que les miracles n’ont jamais converti grand monde. C’est Notre-Seigneur qui a pris la peine de le dire lui-même dans l’Évangile en se moquant de ceux qui lui demandaient des prodiges. Trop souvent les miracles frappent l’esprit mais endurcissent le cœur parce qu’ils donnent l’impression d’une espèce de mise en demeure brutale, d’une sorte de viol du jugement et de la conscience par un fait qui est, en apparence du moins, une violation de l’ordre.

Je ne saurais m’étendre plus longtemps sur ce sujet, mais il ne me faut pas seulement penser à mes incroyants qui se disent peut-être en ce moment que les bonnes dévotes viennent d’en prendre un sacré petit coup, et qui n’en sont pas tellement mécontents. Après tout, ces bonnes âmes ont bien le droit d’être rassurées si mes plaisanteries leur paraissent sentir le fagot. Je leur conseille fortement de relire l’Histoire Sainte de Daniel-Rops, parue ces dernières années avec le Nihil Obstat et l’Imprimatur de l’archevêché de Paris. Elles y verront, par exemple, qu’on a des raisons de supposer que les sonneries de trompettes étaient le signal convenu pour prévenir les sapeurs d’avoir à sortir des galeries, en mettant le feu à la boiserie, afin de faire écrouler les murailles car telle était la technique des sapeurs à ce moment-là, faute de poudre.

À propos de la traversée du Jourdain à pied sec par l’armée de Josué, à la hauteur de la ville d’Adom, elles liraient encore ceci : la ville d’Adom est probablement El Damieh, à 25 kilomètres en amont de Jéricho. Là, le fleuve coule entre deux talus d’argile hauts de 15 mètres qui glissent aisément. En 1927, à la suite d’un léger séisme, ils s’écroulèrent et barrèrent le lit à tel point que le flot fut interrompu vingt et une heures, reproduisant ainsi exactement les circonstances rapportées par la Bible qui parle, elle aussi, de séisme dans son langage oriental : « les montagnes sautèrent comme des béliers, les collines comme des agneaux ». Je répète que le livre de Daniel-Rops est revêtu de l’Imprimatur.

Je répète que ces questions ne me passionnent nullement. J’admettrais volontiers que les Juifs ont traversé sans se mouiller les pieds non seulement la mer Rouge, mais l’océan Atlantique, que m’importe ?

Je dis seulement qu’il m’est affreusement pénible de penser que des hommes de bonne foi puissent être tenus éloignés du Christ par des scrupules sans fondement et sans objet véritables. Si Dieu avait voulu nous gagner par des miracles, Il ne s’en serait certainement pas tenu à celui de Cana, ou même à la résurrection de Lazare. Il ne lui en eût rien coûté de s’imposer par des prodiges beaucoup plus extraordinaires, cosmiques. Au lieu que ce que les Saints Évangiles nous rapportent des phénomènes qui ont marqué la mort du Sauveur, le soleil qui s’obscurcit, le voile du temple qui se déchire, la terre qui tremble, sont bien peu de chose comparés aux effets de la bombe de Hiroshima. Mais allons plus loin, réfléchissons encore un peu. Pourquoi nous regagner en forçant notre volonté par des miracles ? Contrainte pour contrainte, il eût été tellement plus facile de ne jamais nous perdre en accordant une fois pour toute la volonté humaine à la volonté divine, comme une planète qui tourne autour de son soleil. C’est que Dieu n’a pas voulu nous faire irresponsables, je veux dire incapables d’amour, car il n’y a pas de responsabilité sans liberté et l’amour est un choix libre ou il n’est rien.

Je parais peut-être m’écarter de mon sujet. Vous auriez pourtant tort de le croire. Une théorie matérialiste du monde ne saurait expliquer l’homme moral. Mais il ne suffit pas non plus de placer par l’imagination au principe et à la tête du monde un être suprême, une intelligence suprême, un dieu-géomètre pour justifier l’existence des saints. Plus je vois l’univers, disait à peu près Voltaire, et moins je puis songer que cette horloge marche et n’ait pas d’horloger ; vers idiots qui ont néanmoins rempli d’aise d’innombrables générations de chanoines tout fiers de penser que le bon Dieu existait désormais avec l’autorisation de M. de Voltaire, tout joyeux et contents de l’excellent tour que le bon Dieu avait joué à son ennemi personnel – « Écrasons l’infâme ! » en profitant d’un moment d’inattention de M. de Voltaire pour lui faire signer un petit papier de reconnaissance… Hélas ! en écrivant ces vers de mirliton, M. de Voltaire ne se souciait nullement des saints, et les chanoines qui le citaient avec honneur aux distributions de prix ne s’en préoccupaient peut-être pas beaucoup davantage… Que diable – c’est le cas de le dire ! -un horloger pourrait-il faire des saints, je me le demande ? Il n’y a rien de moins libre qu’une horloge, puisque tous les engrenages s’y trouvent dans la plus étroite dépendance les uns des autres. Vous me répondrez probablement que l’univers physique offre assez l’exemple d’une mécanique de précision ? Mais êtes-vous certains de ne pas prendre le signe pour la chose, comme un être d’une intelligence absolument différente de la nôtre, ignorant tout du langage et de l’écriture, qui s’extasierait sur le rythme des voix, la symétrie d’une page d’imprimerie, s’efforcerait de dégager les lois de l’une et de l’autre, sans rien savoir de l’essentiel – de cela qui seul importe -, la pensée, la pensée toujours vivante et libre sous la contrainte apparente des caractères ou des sons qui l’expriment. Si la vie était la pensée libre de ce monde en apparence déterminé ?

La vie, c’est-à-dire cette énergie mystérieuse, immatérielle, à laquelle la physique moderne réduit la matière elle-même. L’univers matérialiste n’a que faire de l’homme moral. L’univers des déistes, à la manière de l’auteur de la Henriade, n’a pas de place pour les saints – le saint serait aussi déplacé dans ce monde qu’un poète lyrique à l’école des Ponts et Chaussées… Comment pourrais-je continuer à vous parler des saints et de la sainteté sans vous rappeler – ou vous apprendre que pour nous chrétiens, Dieu est Amour, la Création est un acte d’amour. Je ne parle pas ainsi dans l’intention de vous convaincre, je vous demande seulement d’entrer avec moi, un moment, dans une telle hypothèse, autrement nous nous parlerions en vain. Oh! je sais, je sais, vous pensez aussitôt à ce gémissement de la douleur universelle qui ne se tait ni jour ni nuit. Vous vous rappelez les vers de Baudelaire :

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité.

Mais réfléchissons bien que c’est au nom de la Raison et de la Justice que vous dénoncez la cruauté de ce monde, et dans cette voie, une longue expérience prouve que vous ne pouvez aller qu’à la révolte, au désespoir ou à la négation absolue. Il est vrai que nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous lui ressemblons même beaucoup plus que nous n’osons le penser, que les philosophes nous permettent de le penser. « Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu » – comme une telle expression est mystérieuse et redoutable -, mais comme elle a perdu peu à peu sa signification par l’usage, ainsi qu’une pièce de monnaie son effigie, pour avoir passé dans trop de mains ! Je voudrais cependant que vous vous y arrêtiez une minute.

Combien d’entre nous, chrétiens, avons vraiment conscience d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu ? Qui se préoccupe du sens réel de ces paroles si surprenantes ? S’il est vrai que nous sommes créés à l’image de Dieu, comment mépriserions-nous une des plus hautes facultés de l’homme ? Vous me répondrez que sans la mépriser, je viens de la déclarer impuissante. Non pas impuissante à tirer parti de la création, mais incapable d’en pénétrer le sens, de la comprendre, au sens exact du mot. Si la création était l’œuvre de la seule intelligence, l’intelligence humaine pourrait faire mieux que de découvrir quelques-unes de ses lois, afin d’exploiter cette connaissance, ainsi qu’on se sert d’une mécanique. Elle ne serait pas toujours prête à la condamner au nom de la logique ou de la justice. C’est que la création est une œuvre d’amour. L’intelligence, réduite à ses propres forces, ne croit trouver dans la nature qu’indifférence et cruauté, mais c’est sa propre cruauté qu’elle y découvre. À proprement dire ce n’est pas la souffrance qu’elle condamne, c’est ce qui lui paraît une anomalie, un gaspillage, une mauvaise organisation de la souffrance. L’intelligence est plus cruelle que la nature. Nous commençons, par exemple, à comprendre qu’une société organisée par elle – ou du moins par cette forme dégradée de l’intelligence qui s’appelle la technique – sera sans pitié non seulement pour les éléments suspects de produire moins qu’ils ne consomment, mais encore pour tout ce qui ne pensera en accord avec la monstrueuse conscience collective…

Oui, à ne parler que des mal fichus, la nature en laisse subsister des millions qui n’échapperont sûrement pas demain aux techniciens chargés de maintenir et d’augmenter sans cesse le rendement de la colossale usine universelle. En réalité l’intelligence ne s’indigne pas contre la souffrance, elle la refuse, comme elle refuse un syllogisme mal construit, quitte à s’en servir elle-même, selon ses méthodes, après avoir remis le syllogisme d’aplomb. Qui parle de la Douleur comme d’une intolérable violation de l’âme, ou même d’une absurdité toute pure, est certain de l’approbation des imbéciles. Mais pour un petit nombre de révoltés sincères, combien d’autres qui ne cherchent dans la révolte contre la souffrance qu’une justification plus ou moins sournoise de leur indifférence et de leur égoïsme vis-à-vis de ceux qui souffrent ? Sinon, par quel miracle les hommes qui acceptent le plus humblement, sans le comprendre, ce scandale permanent de la souffrance et de la misère, sont-ils presque toujours ceux qui se dévouent le plus tendrement aux souffrants et aux misérables : saint François d’Assise ou saint Vincent de Paul ?

Le scandale de l’univers n’est pas la souffrance, c’est la liberté. Dieu a fait libre sa création, voilà le scandale des scandales, car tous les autres scandales procèdent de lui. Oh ! je sais bien, nous paraissons être ici en pleine métaphysique. Que voulez-vous que j’y fasse ? Si je me fais mal comprendre de quelques-uns d’entre vous, c’est que je me serai mal expliqué, voilà tout. Expliquer, d’ailleurs, à quoi bon ? Il y a en ce moment, dans le monde, au fond de quelque église perdue, ou même dans une maison quelconque, ou encore au tournant d’un chemin désert, tel pauvre homme qui joint les mains et du fond de sa misère, sans bien savoir ce qu’il dit, ou sans rien dire, remercie le bon Dieu de l’avoir fait libre, de l’avoir fait capable d’aimer. Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d’une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d’une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l’étendue ainsi qu’une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l’oreille «Pardonne-moi, un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce. Mais maintenant, ce que j’attends de toi, c’est ton pardon, pardonne. » Ceux-là, cette femme harassée, ce pauvre homme, se trouvent au cœur du mystère, au cœur de la création universelle et dans le secret même de Dieu. Que vous en dire ? Le langage est au service de l ’intelligence. Et ce que ces gens-là ont compris, ils l’ont compris par une lucidité supérieure à l’intelligence, bien qu’elle ne soit nullement en contradiction avec elle, ou plutôt par un mouvement profond et irrésistible de l’âme qui engageait toutes les facultés à la fois qui engageait à fond toute leur nature… Oui, au moment où cet homme, cette femme acceptaient leur destin, s’acceptaient eux-mêmes, humblement le mystère de la Création s’accomplissait en eux, tandis qu’ils couraient ainsi sans le savoir tout le risque de leur conduite humaine, se réalisaient pleinement dans la charité du Christ, devenant eux-mêmes, selon la parole de saint Paul, d’autres Christ. Bref, ils étaient des saints.

S’engager tout entier… Vous le savez, la plupart d’entre nous n’engagent dans la vie qu’une faible part, une petite part, une part ridiculement petite de leur être, comme ces avares opulents qui passaient, jadis, pour ne dépenser que le revenu de leurs revenus. Un saint ne vit pas du revenu de ses revenus, ni même seulement de ses revenus, il vit sur son capital il engage totalement son âme. C’est d’ailleurs en quoi il diffère du sage qui sécrète sa sagesse à la manière d’un escargot, sa coquille, pour y trouver un abri. Engager son âme !

Non ce n’est pas là simple image littéraire. Il ne faudrait même pas la pousser très loin pour lui donner une signification sinistre. Dans son récent livre, Les Problèmes de la vie , l’illustre professeur à l’Université de Genève, M. Guyénot, reprend la distinction entre le corps, l’esprit et l’âme. Si l’on admet cette hypothèse, que saint Thomas ne repousse pas, on se dit avec épouvante que des hommes sans nombre naissent, vivent et meurent sans s’être une seule fois servi de leur âme, réellement servi de leur âme, fût-ce pour offenser le bon Dieu. Qui permet de distinguer ces malheureux ? En quelle mesure n’appartenons-nous pas nous-mêmes à cette espèce ?

La Damnation ne serait-elle pas de se découvrir trop tard, beaucoup trop tard, après la mort, une âme absolument inutilisée, encore soigneusement pliée en quatre, et gâtée comme certaines soies précieuses, faute d’usage ? Quiconque se sert de son âme, si maladroitement qu’on le suppose, participe aussitôt à la Vie universelle, s’accorde à son rythme immense, entre de plain-pied, du même coup, dans cette communion des Saints qui est celle de tous les hommes de bonne volonté auxquels fut promise la Paix, cette sainte Église invisible dont nous savons qu’elle compte des païens, des hérétiques, des schismatiques ou des incroyants, dont Dieu seul sait les noms. La communion des saints… Lequel d’entre nous est sûr de lui appartenir ? Et s’il a ce bonheur, quel rôle y joue-t-il ? Quels sont les riches et les pauvres de cette étonnante communauté ? Ceux qui donnent et ceux qui reçoivent ? Que de surprises ! Tel vénérable chanoine pieusement décédé, dont le Bulletin diocésain aura fait l’éloge pompeux, dans le style particulier à ces publications, ne risque-t-il pas d’apprendre, par exemple, qu’il a dû sa vocation et son salut à quelque incrédule notoire, secrètement harcelé par l’angoisse religieuse, et auquel Dieu avait incompréhensiblement refusé les consolations mais non pas les mérites de la foi ?

 Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. Oh ! rien ne paraît mieux réglé, plus strictement ordonné, hiérarchisé, équilibré que la vie extérieure de l’Église. Mais sa vie intérieure déborde des prodigieuses libertés, on voudrait presque dire des divines extravagances de l’Esprit, l’Esprit qui souffle où il veut. Lorsqu’on songe à la stricte discipline qui maintient presque implacablement à sa place assignée chaque membre de ce grand corps ecclésiastique depuis le modeste vicaire jusqu’au Saint-Père avec ses privilèges, ses titres, on voudrait presque dire son vocabulaire particulier n’est-ce pas en effet comme une extravagance, ces promotions soudaines, parfois très soudaines, de religieuses obscures, de simples laïques, ou même de mendiants faits brusquement patrons, protecteurs et parfois docteurs de l’Église universelle ?

Oh ! Il ne s’agit pas d’opposer l’Église visible à l’Église invisible Église visible, que voulez-vous, ce n’est pas seulement la hiérarchie ecclésiastique, c’est vous, c’est moi, elle n’est donc pas toujours agréable et elle a même été parfois très désagréable, à regarder de près, au XVème siècle par exemple, au temps du Concile de Bâle, et dans ces cas-là on est naturellement tenté de regretter que ce ne soit pas elle, l’invisible ; oui, on regrette qu’un cardinal soit reconnaissable de si loin à sa belle cape écarlate tandis qu’un saint, de son vivant, ne se distingue par aucun détail vestimentaire… Oh ! Je sais bien que ce qui paraît ici une plaisanterie est pour beaucoup d’âmes une idée parfois torturante. On a tort de raisonner comme si l’Église visible et l’Église invisible étaient en réalité deux Églises, alors que l’Église visible est ce que nous pouvons voir de l’Église invisible, et cette part visible de l’Église invisible varie avec chacun de nous

Car nous connaissons d’autant mieux ce qu’il y a en elle d’humain que nous sommes moins dignes de connaître ce qu’elle a de divin. Sinon, comment expliqueriez-vous cette bizarrerie que les plus qualifiés pour se scandaliser des défauts, des déformations ou même des difformités de l’Église visible – je veux dire les saints -soient précisément ceux qui ne s’en plaignent jamais ? Oui, l’Église visible est ce que chacun de nous peut voir de l’Église invisible, selon ses mérites et la grâce de Dieu.

C’est bien joli de dire : « J’aimerais mieux voir autre chose que ce que je vois. » Oh ! Bien sûr, si le monde était le chef-d’œuvre d’un architecte soucieux de symétrie, ou d’un professeur de logique, d’un Dieu déiste, en u mot, l’Église offrirait le spectacle de la perfection, de l’ordre, la sainteté y serait le premier privilège du commandement, chaque grade dans la hiérarchie correspondant à un grade supérieur de sainteté, jusqu’au plus saint de tous, Notre Saint-Père le Pape, bien entendu. Allons ! Vous voudriez d’une Église telle que celle-ci ? Vous vous y sentiriez à l’aise ? Laissez-moi rire, loin de vous y sentir à l’aise, vous resteriez au seuil de cette Congrégation de surhommes, tournant votre casquette entre les mains, comme un pauvre clochard à la porte du Ritz ou du Claridge.

L’Église est une maison de famille, une maison paternelle, et il y a toujours du désordre dans ces maisons-là, les chaises ont parfois un pied de moins, les tables sont tachées d’encre, et les pots de confitures se vident tout seuls dans les armoires, je connais ça, j’ai l’expérience… La maison de Dieu est une maison d’hommes et non de surhommes. Les chrétiens ne sont pas des surhommes. Les saints pas davantage, ou moins encore, puisqu’ils sont les plus humains des humains.

Les saints ne sont pas sublimes, ils n’ont pas besoin du sublime, c’est le sublime qui aurait plutôt besoin d’eux. Les saints ne sont pas des héros, à la manière des héros de Plutarque. Un héros nous donne l’illusion de dépasser l’humanité, le saint ne la dépasse pas, il l’assume, il s’efforce de la réaliser le mieux possible, comprenez-vous la différence ? Il s’efforce d’approcher le plus près possible de son modèle Jésus-Christ, c’est-à-dire de Celui qui a été parfaitement homme, avec une simplicité parfaite, au point, précisément, de déconcerter les héros en rassurant les autres, car le Christ n’est pas mort seulement pour les héros, il est mort aussi pour les lâches. Lorsque ses amis l’oublient, ses ennemis, eux, ne l’oublient pas. Vous savez que les nazis n’ont cessé d’opposer à la Très Sainte Agonie du Christ au jardin des Oliviers la mort joyeuse de tant de jeunes héros hitlériens. C’est que le Christ veut bien ouvrir à ses martyrs la voie glorieuse d’un trépas sans peur, mais il veut aussi précéder chacun de nous dans les ténèbres de l’angoisse mortelle. La main ferme, impavide, peut au dernier pas chercher appui sur son épaule, mais la main qui tremble est sûre de rencontrer la sienne…

Oh ! … Je voudrais que nous finissions sur une pensée qui n’a cessé de m’accompagner tout au long de cette causerie ainsi que le fil du tisserand qui court sous la trame. Ceux qui ont tant de mal à comprendre notre foi sont ceux qui se font une idée trop imparfaite de l’éminente dignité de l’homme dans la création, qui ne le mettent pas à sa place dans la création, à la place où Dieu l’a élevé afin de pouvoir y descendre. Nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que nous sommes capables d’aimer. Les saints ont le génie de l’amour. Oh ! remarquez-le, il n’en est pas de ce génie-là comme de celui de l’artiste, par exemple, qui est le privilège d’un très petit nombre. Il serait plus exact de dire que le saint est l’homme qui sait trouver en lui, faire jaillir des profondeurs de son être, l’eau dont le Christ parlait à la Samaritaine : « Ceux qui en boivent n’ont jamais soif… » Elle est là en chacun de nous, la citerne profonde ouverte sous le ciel. Sans doute, la surface en est encombrée de débris, de branches brisées, de feuilles mortes, d’où monte une odeur de mort. Sur elle brille une sorte de lumière froide et dure, qui est celle de l’intelligence raisonneuse. Mais au-dessous de cette couche malsaine, l’eau est tout de suite si limpide et si pure ! Encore un peu plus profond, et l’âme se retrouve dans son élément natal, infiniment plus pur que l’eau la plus pure, cette lumière incréée qui baigne la création tout entière – en Lui était la Vie, et la Vie était la lumière des hommes – in ipso Vita erat et Vita erat lux hominum.

La foi que quelques-uns d’entre vous se plaignent de ne pas connaître, elle est en eux, elle remplit leur vie intérieure, elle est cette vie intérieure même pas quoi tout homme, riche ou pauvre, ignorant ou savant, peut prendre contact avec le divin, c’est-à-dire avec l’amour universel, dont la création tout entière n’est que le jaillissement inépuisable. Cette vie intérieure contre laquelle conspire notre civilisation inhumaine avec son activité délirante, son furieux besoin de distraction et cette abominable dissipation d’énergies spirituelles dégradées, par quoi s’écoule la substance même de l’humanité.

Au commencement, je vous disais que le scandale de la création n’était pas la souffrance mais la liberté. J’aurais pu aussi bien dire l’Amour. Si les mots avaient gardé leur sens, je dirais que la Création est un drame de l’Amour. Les moralistes considèrent volontiers la sainteté comme un luxe. Elle est une nécessité. Aussi longtemps que la charité ne s’est pas trop refroidie dans le monde, aussi longtemps que le monde a eu son compte de saints, certaines vérités ont pu être oubliées. Elles reparaissent aujourd’hui comme le roc à marée basse.

C’est la sainteté, ce sont les saints qui maintiennent cette vie intérieure sans laquelle l’humanité se dégradera jusqu’à périr. C’est dans sa propre vie intérieure en effet que l’homme trouve les ressources nécessaires pour échapper à la barbarie ou à un danger pire que la barbarie, la servitude bestiale de la fourmilière totalitaire. Oh ! Sans doute, on pourrait croire que ce n’est plus l’heure des saints, que l’heure des saints est passée. Mais comme je l’écrivais jadis, l’heure des saints vient toujours.

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1991 : le dernier Thilliez

1991

Franck Thilliez

Paris, Fleuve Editions, 2021. 504 pages.

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Quatrième de couverture

La première enquête de Franck Sharko !
En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l’école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l’affaire des Disparues du Sud parisien. L’état des lieux est simple : entre 1986 et 1989, trois femmes ont été enlevées, puis retrouvées dans des champs, violées et frappées de multiples coups de couteau. Depuis, malgré des centaines de convocations, de nuits blanches, de procès-verbaux, le prédateur court toujours.
Sharko consacre tout son temps à ce dossier, jusqu’à ce soir où un homme paniqué frappe à la porte du 36. Il vient d’entrer en possession d’une photo figurant une femme couchée dans un lit, les mains attachées aux montants, la tête enfoncée dans un sac. Une photo derrière laquelle a été notée une adresse, et qui va entraîner le jeune inspecteur dans une enquête qui dépassera tout ce qu’il a pu imaginer…

Critique

Un polar qui se veut comme une « Madeleine de Proust » puisque Franck Thilliez remonte le temps jusqu’aux années 90. Dans 1991 l’auteur tout en racontant les débuts de son héro Kranck Sharko au 36 Quai des Orfèvres nous décrit une police fonctionnant à l’ancienne : il n’y a ni Internet, ni téléphone portable, ni recherche ADN pour résoudre les enquêtes : les flics battent le pavé à la recherche du moindre indice, tapent leurs rapports sur du papier ; l’ambiance au 36 est parfaitement décrite : une ambiance où chaque policier porte avec lui les fantômes du passé, un corps de policiers parfaitement soudé en cas de coups durs mais où les egos s’affrontent durement.

Au début de décembre 1992 un certain Philippe Vasquez arrive affolé au Quai des Orfèvres avec la photo d’une femme attachée sur un lit et la tête enveloppée dans un sac. C’est Sharko le dernier arrivé dans le groupe qui reçoit l’homme paniqué ; le bleu de l’équipe de Thierry Brossard (une équipe qui n’a pas pu résoudre « l’Affaire des disparues du Sud parisien ». Bien décidé à ne pas rater une affaire il se rend à l’adresse indiquée au dos de la photo et découvre le cadavre au grand dam de certains….

C’est le début d’une enquête qui s’annonce longue et difficile. Au fil du livre on plonge dans le côté noir de l’homme : le tueur, comme toujours dans les romans de Thilliez s’amuse avec la police et par procuration avec le lecteur. Avec le reste de l’équipe et la seule membre femme du groupe ils vont plongés dans le monde de la magie, du vaudou  mais aussi dans un milieu médical où certains flirtent avec la pédophilie.

Si on apprend beaucoup su cette police des années 90 on apprend pourquoi Sharko est entré dans la police : comme il le confie à sa fiancée Suzanne il reste hanté par le meurtre de Brigitte Dewervre à Bruay-en-Artois.

Ecrit pendant le confinement de 2020 ce dernier opus de la série Sharko nous fait découvrir la genèse de la carrière du « Requin » qu’est devenu le héros au fil des ouvrages et des années. On comprend également pourquoi les liens se forgent au sein d’une équipe de policiers au point de ressembler à une famille. Mais comme toujours dans les romans de Thilliez l’horreur est au rendez-vous contre lesquels il faut lutter au risque d’y perdre son âme.

Ainsi donc dans un ouvrage parfaitement maîtrisé et haletant jusqu’à la fin, 1991 donne à Franck Thilliez la possibilité de présenter les débuts de Sharko au 36 avec une enquête aux multiples rebondissements qui embarque le lecteur dans l’univers de la magie, des pratiques occultes et des névroses diverses.

Quelques extraits

Aujourd’hui, ils en plaisantaient, les gaillards de la PJ. mais derrière les sourires, une moisissure invisible grandissait, se ramifiait, insidieuse, et finissait toujours par fendre les carapaces les plus solides. La plupart des hommes qui arpentaient ce bâtiment étaient des écorchés vifs.

 Dès qu’il y a un soupçon d’intelligence dans la tête d’un criminel, ça complique les choses.

 Derrière chaque meurtre, il y a un homme ou une femme qui a franchi une frontière.

 Désormais, pourtant, même la lumière la plus vive, les ors les plus purs ne pourraient dissiper les ténèbres qui, à jamais, emprisonneraient les deux habitants du pavillon. Il n’existait pas de recette, pas de formule magique pour les soustraire à leur souffrance.

Un parcours aussi classique que sinistre, comme si leur malheur n’était pas assez grand. Le pris à payer pour espérer, un jour, accéder à la vérité.

Ils vibraient à l’unisson pour de tels moments de chasse. De l’adrénaline pure, en intraveineuse, qui les maintenaient en vie.

Il fallait fouiller ce chaos, explorer, s’attendre à voir apparaître la mort entre les débris.

 Une fois dehors, il se tourna vers le bâtiment et eut un pincement au coeur. Il comprit que cet endroit où il avait fourré les pieds, le36, quai des Orfèvres, n’était pas qu’un lieu de prestige.
C’était une arène sanglante
La fosse aux lions.

AUTOMNE, ECRIVAIN FRANÇAIS, L'AUBE EST MOINS CLAIRE...., LITTERATURE FRANÇAISE, POÊME D4AUTOMNE DE VICTOR HUGO, POEME, POEMES, POESIES, POETE FRANÇAIS, VICTOR HUGO

Poême d’automne de Victor Hugo

 

L’aube est moins claire…

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L’aube est moins claire, l’air moins chaud, le ciel moins pur ;
Le soir brumeux ternit les astres de l’azur.
Les longs jours sont passés ; les mois charmants finissent.
Hélas ! voici déjà les arbres qui jaunissent !
Comme le temps s’en va d’un pas précipité !
Il semble que nos yeux, qu’éblouissait l’été,
Ont à peine eu le temps de voir les feuilles vertes.

Pour qui vit comme moi les fenêtres ouvertes,
L’automne est triste avec sa bise et son brouillard,
Et l’été qui s’enfuit est un ami qui part.
Adieu, dit cette voix qui dans notre âme pleure,
Adieu, ciel bleu ! beau ciel qu’un souffle tiède effleure !
Voluptés du grand air, bruit d’ailes dans les bois,
Promenades, ravins pleins de lointaines voix,
Fleurs, bonheur innocent des âmes apaisées,
Adieu, rayonnements ! aubes ! chansons ! rosées !

Puis tout bas on ajoute : ô jours bénis et doux !
Hélas ! vous reviendrez ! me retrouverez-vous ?

Victor HUGO
1802 – 1885

CE PAYS DES HOMMES SANS DIEU, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-MARIE ROUART (1943-....), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SOCIETE FRANÇAISE

Ce pays des hommes sans Dieu de Jean-Marie Rouart

Ce pays des hommes sans Dieu 

Jean-Marie Rouart

Paris, Bouquins, 2021. 180 pages.

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A contre-courant des idées dominantes, Jean-Marie Rouart fustige les illusions de la laïcité érigée en dogme protecteur face à l’islamisme.

L’islam n’est-il pas d’une certaine façon le révélateur de nos failles et de la fragilité de notre assise morale et philosophique ? À contre-courant de ceux qui se contentent de s’abriter derrière le laïcisme ou le séparatisme pour faire face à la montée de l’islam, Jean-Marie Rouart s’interroge sur nos propres responsabilités dans cette dérive. Ne sommes-nous pas aveuglés par ce que nous sommes devenus ? Consommateurs compulsifs, drogués par un matérialisme sans frein ni horizon, s’acheminant vers une forme de barbarie moderne, ne mésestimons-nous pas nos carences culturelles et nos faiblesses spirituelles ?
C’est moins l’essor de l’islam que l’auteur stigmatise que l’abandon de notre propre modèle de civilisation. Pour lui le véritable défi à relever n’est pas seulement d’ordre religieux, c’est notre civilisation qui est en cause. Rappelant que notre nation s’est constituée autour d’un État, du Livre, de la littérature et d’une religion porteuse de valeurs universelles, il rappelle l’importance de ces piliers de la civilisation chrétienne pour faire contrepoids à d’autres modèles et préserver notre identité. À ses yeux, ce qu’il appelle la  » mystique laïcarde  » n’est qu’une illusoire ligne Maginot contre l’islam. L’athéisme, si respectable soit-il, reste impuissant à remplacer la croyance.
C’est le livre d’un  » chrétien déchiré  » qui a du mal à se reconnaître, comme beaucoup, dans l’Église de l’après-Vatican II. Jean-Marie Rouart refuse de s’avouer vaincu : il s’interroge sur les moyens de conjurer le déclin d’une civilisation d’inspiration chrétienne menacée autant par l’islam que par elle-même.

Biographie

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Romancier, essayiste, biographe, chroniqueur, Jean-Marie Rouart est né en 1943 dans une famille d’artistes peintres. Il a mené une carrière de journaliste successivement au Magazine littéraire , au Figaro , au Quotidien de Paris, au Figaro littéraire et à Paris-Match . Récompensé par de nombreux prix littéraires, dont l’Interallié, le Renaudot et le prix Prince Pierre de Monaco, il a été élu à l’Académie française en 1997. Il a notamment publié aux Éditions Gallimard Une jeunesse à l’ombre de la lumière, Nous ne savons pas aimer, Le scandale, La guerre amoureuse, Napoléon ou La destinée.

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES BERNANOS, GEORGES BERNANOS (1888-1948), JOURNAL D'UN CURE DE CAMPAGNE, MEDITATION DE GEORGES BERNANOS SUR LA VIERGE MARIE, NATIVITE DE LA VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Méditation de Georges Bernanos sur la Vierge Marie

Regard de Georges Bernanos sur la Vierge Marie

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Georges Bernanos (1888-1948) livre une meditation sur la Vierge Marie, dans son roman « Journal d’un curé de campagne », par le biais du curé de Torcy rendant visite au jeune curé pour l’encourager :

« Elle est notre mère, c’est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Eve. Mais elle est aussi sa fille.

L’ancien monde, le douloureux monde, le monde d’avant la grâce l’a bercée longtemps sur son cœur désolé -des siècles et des siècles- dans l’attente obscure, incompréhensible d’une « virgo genitrix« …

Des siècles et des siècles, il a protégé de ses vieilles mains chargées de crimes, ses lourdes mains, la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom.

Une petite fille, cette reine des anges! Et elle l’est restée, ne l’oublie pas!…

Notre pauvre espèce ne vaut pas cher, mais l’enfance émeut toujours ses entrailles, l’ignorance des petits lui fait baisser les yeux – ses yeux qui savent le bien et le mal, ses yeux qui ont vu tant de choses ! Mais ce n’est que l’ignorance, après tout.

La Vierge était l’innocence…

Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence – car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère – mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue et, bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. »

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Georges BERNANOS, Journal d’un curé de campagne (Plon 1936), éditions « Le livre de poche », Paris, 1966, p. 180, 182

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ECRIVAIN FRANÇAIS, FRACTURES, FRACTURES, UN ROMAN DE FRANCK TILLIEZ, FRANCK TILLIEZ (1973-....), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS, ROMANS POLICIERS

Fractures, un roman de Franck Thilliez

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Franck Thilliez

Paris, Le Passage, 2009. 441 pages.

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Résumé

C’est l’histoire d’Alice Dehaene qui suit une psychothérapie d’un genre particulier avec le Dr Luc Graham afin de traquer les zones d’ombre qui peuplent sa vie.

          Son père, Claude, était journaliste et couvrait les évènements du Liban (massacres de Sabra et Chatila) dont il revenu en bien triste état, rongé par la culpabilité de n’avoir pas pu sauver une famille qui le cachait et d’avoir assisté, impuissant à l’exécution de tous ses membres. Au retour, victime d’un syndrome de stress post-traumatique, il sera suivi en thérapie mais il abandonnera rapidement le traitement et son métier de journaliste pour aller s’installer dans un coin retiré à la campagne.

          Un soir, il se retrouve aux urgences après avoir reçu des coups de couteau qu’il dit s’être infligés lui-même. Au même moment, l’assistante sociale du service psychiatrique trouve un corps recroquevillé sur lui-même, toujours en vie mais mutique, catatonique.

Ce que j’en pense :

          On plonge dans l’histoire de la folie avec ce roman, qui aborde les personnalités multiples, le stress post-traumatique. C’est tempête sous un crâne avec l’héroïne Alice qu’on suit avec plaisir dans sa quête pour trouver l’origine de ses « trous noirs » au cours desquels, elle agit sans garder aucun souvenir. Quelques heures de sa vie qui lui échappent, régulièrement, quand le stress devient trop important.

          Franck Thilliez nous tient en haleine jusqu’au bout du roman, on a comprend bien que le père d’Alice n’est pas rentré indemne du Liban, mais qu’est ce qui peut bien relier cet homme, avec Luc Graham, le psychiatre fragile, au passé trouble, tellement investi dans son métier, ses patients avec lesquels il ne garde pas toujours une neutralité bienveillante, Dorothée, la jumelle d’Alice censée être décédée depuis dix ans, son ami Frédéric, l’homme retrouvé dans l’abribus, cet autre que l’on découvre assassiné…

          A côté des personnalités multiples qui font partie de la vie d’Alice, on a également la multiplicité des dates, avec des va et vient entre les évènements du présent et du passé, tel Alexandre qui retenu, captif, dans un endroit très bizarre après s’être fait enlever à son domicile. Avec eux on pénètre dans le monde de la folie, ans le monde de la perversité où des crimes sont commis au nom de la justice. Dans ce roman chaque personnage porte en lui les blessures du passé et les erreurs commises dans leur vie, mais nul n’est innocent non plus. Les sœurs Alice et la mystérieuse Dorothée en paient le prix.

         Parmi tous ces personnages, il y a aussi Julie Roqueval, assistante sociale en milieu psychiatrique qui se transforme en enquêtrice. Elle est pleine de bonnes intentions, pleine d’empathie, troublée par ce psychiatre énigmatique et qui se transforme en enquêtrice …

          On comprend assez très vite que tous les personnages sont reliés entre eux par des évènements que l’on découvre au fil de la lecture de ce roman. Les dernières pages lèvent le voile sur ce qui a amené les protagonistes a plongé dans une folie destructrice pour assouvir leur vengeance.  On plonge dans l’histoire, on se laisse envahir par les évènements, les personnages et plus la lecture se poursuit plus on est tenu en haleine ! Difficile d’échapper au monde des personnages de ce polar sans vouloir en connaître le dénouement….

          L’auteur aborde très bien le monde de la psychiatrie tout comme le traumatisme dans l’âge adulte de l’enfance maltraitée, le deuil souvent impossible des êtres aimés disparus de façon tragiques et ce désir de vengeance …

          J’ai découvert Franck Thilliez avec ce roman cet été ce qui donne  envie de découvrir l’œuvre de cet auteur.

         

Franck Thilliez (1973-…)

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Franck Thilliez est un auteur de romans policiers et scénariste.

Ingénieur de formation, il s’illustre d’abord dans les nouvelles technologies et devient très tôt spécialiste en informatique. Il allie cette passion à son goût pour les thrillers pour donner naissance à son premier roman, Train d’enfer pour Ange rouge (2003), qui a été nominé au Prix SNCF du polar français 2004.
Il publie en 2005 La Chambre des morts (Le Passage), qui deviendra par la suite en 2007, le film éponyme d’Alfred Lot, avec Mélanie Laurent dans le rôle de Lucie Henebelle. Il reçoit pour son deuxième roman le Prix des lecteurs Quai du polar en 2006, et le Prix SNCF du Polar français en 2007.
Le succès rencontré lui a permis de cesser son travail d’informaticien pour se consacrer exclusivement à son travail d’écriture.

À partir de là vont se succéder les thrillers mettant en scène Franck Sharko (Deuils de miel, 2006), ou Lucie Henebelle (La Mémoire fantôme, 2007). Il publie également des one-shots tels que La Forêt des ombres en 2006, L’Anneau de Moebius en 2008 et Fractures en 2009, mêlant psychiatrie, neuroscience et cinéma.
Mettant la barre toujours plus haut, Franck Thilliez décide de réunir ses deux inspecteurs fétiches, Franck Sharko et Lucie Henebelle dans une trilogie ayant pour thème la violence. Son premier opus, Le Syndrome E, est publié au Fleuve Noir en 2010. C’est la consécration immédiate. Classé dès sa sortie dans les listes des best-sellers, le roman se vend dans une quinzaine de pays dont les États-Unis. La suite du Syndrome E,  Gataca paraît au Fleuve Noir en 2011 et le dernier opus de la série, Atomka, en 2012.
Ces deux policiers travailleront ensuite ensemble dans Angor (2014), Pandemia (2015), Sharko (2017). C’est la société de productions Escazal Films, que Franck Thilliez a choisie pour adapter les aventures de ses célèbres flics à la télévision.
Franck Thilliez publie au Fleuve Noir Vertige en 2011, Puzzle en 2013 et Le Manuscrit inachevé en 2018.

Franck Thilliez est également scénariste. Son premier scénario, Obsessions, de Frédéric Tellier, diffusé sur France 2 en février 2010, a obtenu le Prix Mireille Lantéri en 2011. Il a aussi écrit avec Mikaël Ollivier Insoupçonnable, diffusé sur France 2 en 2012.

ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DE BREBEUF (1617-1661), LE COMBAT SPIRITUEL, MEDITATIONS, PRIERE, PRIERES

Le combat spirituel

De quelle manière le péché anéantit l’homme

et de la résistance que la Grâce trouve en lui
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Georges de Brébeuf  compte de nos combats spirituels
(Fragment)

 » Vien vien, me dites-vous, appaiser ma colere,
Change en respect tous tes mépris,
J’ai toûjours de l’amour, et je suis toûjours Pere
Ne veux-tu plus estre mon fils ?

Si tu n’aimes un Pere, au moins redoute un Juge,
Prens toy-mesme pitié de toy ;
Contre moy quel moyen de trouver un refuge,
Si tu n’en cherches pas en moy ? « 

Mon coeur stupide et froid à des soins si propices
Ne vous montre que ses dédains,
Le mépris de vos loix fait toutes mes délices,
Et ma perte tous mes desseins.

Du remords inspiré l’officience atteinte
Fait sur moy peu d’impression,
Je n’écoûte pour vous, ny l’amour ny la crainte,
Ny pour moy la compassion.

Ainsi honteusement je voy couler mon âge
Dans les soins de la vanité,
Et je perds des moments dont le prudent usage
Me devoit une Eternité.

Au lieu de m’assurer une gloire immortelle,
Qui ne peut jamais se ternir,
Je m’assure des maux dont la rigueur cruelle
Ne peut ny changer ny finir.

Parlez-moy donc si haut qu’enfin je vous entende,
Réveillez un coeur hébété,
Ou tonnez, s’il le faut, afin que j’apprehende
Le couroux d’un Dieu rebuté.

Que je vous puisse aimer comme un Dieu tout aimable,
Qui m’a comblé de ses bien-faits,
Et vous craindre en tout temps comme un Dieu redoutable
Qui peut me perdre pour jamais.

Que mon esprit soûmis ne goûte point d’amorce
Qu’à se ranger sous vostre Loy,
Que je me donne à vous, et qu’ainsi je vous force
A vous donner enfin à moy.

C’est de mes voeux enfin le seul que j’entretienne,
Luy seul va faire tous mes soins,
Et quelque autre succez qui me flatte ou m’avienne,
Je ne puis me passer à moins.

Pardonnez-moy, Seigneur, cette ardeur vehemente ;
C’est un feu que vous m’inspirez,
C’est vous qui dans mon cœur  avez mis cette attente,
Et c’est vous qui la remplirez. »

 

Georges de Brébeuf (1617-1661)

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Georges de Brébeuf, né dans la Manche en 1617 et mort à Venoix (aujourd’hui quartier de Caen) en 1661, est un poète français, neveu de Jean de Brébeuf.

Vers 1641, il devint le précepteur du jeune marquis et futur maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds (1630-1694).

Événement littéraire, sa traduction de la Pharsale de Lucain fut saluée par Corneille. Boileau, en revanche, la ridiculisa dans son Art poétique avant de lui reconnaître certaines qualités dans ses épigrammes : « Malgré son fatras obscur, souvent Brébeuf étincelle » (extrait d’un dictionnaire de 1876, qui en outre le dit né à Torigni-sur-Vire).