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Nos amis les saints de Georges Bernanos

NOS AMIS LES SAINTS, DE GEORGES BERNANOS

toussaint

Georges Bernanos, « Nos amis les Saints »  Tunis, 1947.

 Nos amis les saints… Ces grandes destinées échappent, plus que toutes les autres, à n’importe quel déterminisme : elles rayonnent, elles resplendissent d’une éclatante liberté. Si le père de Foucauld en personne m’avait demandé cette conférence, je me demande si je n’aurais pas réussi à trouver quelque raison de lui refuser et son indulgence l’eût probablement jugée valable. Mais il m’a fait demander la chose par ses filles, et me voilà ici devant vous, nous voilà tous rassemblés ici pour bien prouver que les filles du père de Foucauld finissent toujours par faire ce qu’elles veulent. Ce n’est peut-être pas tout à fait un miracle, mais ça y ressemble déjà pas mal. Admettons que ce soit un miracle préparatoire. Car ayant imprudemment décidé de vous parler ce soir d’un pays où je n’ai jamais mis les pieds, bien que je sois un vieux voyageur, dont je ne suis même nullement sûr d’avoir jamais rencontré un seul habitant authentique, un seul autochtone, bref, puisque j’ai décidé de vous parler des saints et de la sainteté, le miracle, le vrai miracle, le miracle incontestable serait que vous réussissiez à m’écouter sans ennui… Enfin que voulez-vous que je vous dise ? Tâchez d’être le plus indulgent possible : c’est mon premier sermon. Vous me direz que j’aurais pu choisir un autre sujet. Ce n’est pas sûr ; le plus souvent, voyez-vous, ce n’est pas nous qui choisissons le sujet, c’est le sujet qui nous choisit. Les amateurs de littérature croient volontiers qu’un écrivain fait ce qu’il veut de son imagination. Hélas, l’autorité de l’écrivain sur son imagination d’écrivain est à peu près celle que le Code civil nous garantit vis-à-vis de nos charmantes et pacifiques compagnes, vous voyez d’ici ce que je veux dire ?

Lorsque m’est parvenue la lettre que Sœur Simone du Cœur Eucharistique m’avait fait l’honneur de m’écrire, mon premier mouvement – je crois l’avoir déjà dit – a été de me dérober, dans le sens où on dit qu’un cheval se dérobe. Si je ne refuse pas l’obstacle du premier coup, j’aime autant, après, le sauter à fond comme les vieux chevaux consciencieux qui le prennent toujours au centre à l’endroit le plus haut… « Ah ! c’est donc comme ça, ai-je pensé. Tant pis pour eux ! Je vais leur parler de la sainteté. » Mais, soyons francs, le sujet, le fameux sujet m’avait déjà mis le grappin dessus, et je sentais très bien que le sort en était jeté, que je ne pourrais pas vous parler d’autre chose. Et d’abord qu’est-ce que je me propose de faire en parlant des saints ? Oh ! certainement pas de vous édifier ! Si je vous édifie ce sera du moins sans le faire exprès, je vous assure. Nous allons essayer de parler des saints, tranquillement, comme les enfants parlent entre eux des grandes personnes. Nous ne prétendons rien d’autre qu’échanger nos impressions sur ces hommes à la fois si éloignés et si proches de nous. Cela me rappelle un vers célèbre d’Éluard dans son poème Guernica : « La Mort si difficile… et si facile… ». On pourrait très bien en dire autant de la sainteté… Elle nous paraît terriblement difficile, peut-être simplement parce que nous ne savons pas, nous ne nous demandons même jamais sérieusement ce qu’elle est. Il en est de même pour les enfants qui parlent des grandes personnes. Ils ne savent pas ce qu’ils en pensent, ils n’osent pas savoir ce qu’ils en pensent, ils se contentent de jouer au monsieur et à la dame. Puis, peu à peu, à force de jouer ainsi aux grandes personnes, ils deviennent grands à leur tour. Peut-être la recette est-elle bonne ?

Peut-être, à force de jouer aux saints, finirions-nous par le devenir ? En tout cas, il semble bien que la petite Sœur Thérèse ne s’y soit pas prise autrement. On pourrait dire qu’elle est devenue sainte en jouant aux saints avec l’Enfant Jésus, comme un petit garçon qui, à force de faire tourner un train mécanique devient, presque sans y penser, ingénieur des chemins de fer, ou même plus simplement chef de gare… Permettez-moi de m’en tenir un moment à cette comparaison de chemin de fer. Je ne la trouve pas si bête, après tout… On peut parfaitement imaginer l’Église ainsi qu’une vaste entreprise de transport, de transport au paradis, pourquoi pas ? Eh bien, je le demande, que deviendrions-nous sans les saints qui organisent le trafic ? Certes, depuis deux mille ans, la compagnie a dû compter pas mal de catastrophes, l’arianisme, le nestorianisme, le pélagianisme, le grand schisme d’Orient, Luther … pour ne parler que des déraillements et télescopages les plus célèbres.

Mais, sans les saints, moi je vous le dis, la chrétienté ne serait qu’un gigantesque amas de locomotives renversées, de wagons incendiés, de rails tordus et de ferrailles achevant de se rouiller sous la pluie. Aucun train ne circulerait plus depuis longtemps sur les voies envahies par l’herbe. Oh ! je sais bien que certains d’entre vous se disent en ce moment que je fais la part trop belle aux saints, que je donne trop d’importance à des gens tout de même un peu en marge, et que j’ai tort de les comparer à de paisibles fonctionnaires, d’autant plus qu’en dépit de toute tradition administrative, ils bénéficient de l’avancement au mérite et non pas à l’ancienneté, qu’on les voit passer brusquement du modeste emploi d’homme d’équipe à celui d’inspecteur général ou de directeur de la compagnie, alors même qu’ils en ont été fichus brutalement à la porte, comme Jeanne d’Arc, par exemple. Mais je crois qu’il vaut mieux arrêter là mes comparaisons ferroviaires, ne serait-ce que pour épargner l’amour-propre, toujours un peu scrupuleux, de MM. les ecclésiastiques particulièrement ; c’est trop naturel, de ceux qui m’ont fait l’honneur de venir m’entendre et qui doivent se demander avec inquiétude de quoi ils sont, au juste, chargés dans cette imaginaire compagnie de transport : la distribution des billets ou la police des gares ? …

Je voudrais que vous reteniez seulement de mon propos cette idée que l’Église est en effet un mouvement, une force en marche, alors que tant de dévots et de dévotes ont l’air de croire, feignent de croire, qu’elle est seulement un abri, un refuge, une espèce d’auberge spirituelle à travers les carreaux de laquelle on peut se donner le plaisir de regarder les passants, les gens du dehors, ceux qui ne sont pas pensionnaires de la maison, marcher dans la crotte. Oh ! il est certainement parmi vous de ces hommes du dehors que scandalise profondément la sécurité des chrétiens médiocres, sécurité qui ressemble à la légendaire sécurité des imbéciles – probablement parce que c’est la même – …

Mon Dieu, croyez-moi, je ne me fais pas tellement d’illusions sur la sincérité de certains incroyants, je n’entre pas dans tous leurs griefs, je sais que beaucoup d’entre eux s’efforcent de justifier leur propre médiocrité par la nôtre, rien de plus. Mais je ne peux pas m’empêcher de les aimer, je me sens terriblement solidaire de ces gens qui n’ont pas encore trouvé ce que j’ai reçu moi-même sans l’avoir mérité, sans l’avoir seulement demandé, dont je jouis dès le berceau, pour ainsi dire, et par une sorte de privilège dont la gratuité m’épouvante.

Car je ne suis pas un converti, j’ai presque honte de l’avouer, puisque depuis une vingtaine d’années la mode est aux convertis, peut-être parce que les convertis parlent beaucoup, parlent énormément de leur conversion, un peu à la manière de ces malades guéris qui ne nous font grâce d’aucun des détails de leur ancienne maladie, vous assomment d’élixirs et de pilules. Faut-il ajouter que les cléricaux ont beaucoup de goût pour cette sorte de gens, et il est certain que leur témoignage a la même valeur publicitaire que celui de ces messieurs dont on voit la photographie à la quatrième page des journaux.

L’histoire religieuse – l’histoire religieuse est sans doute un mot trop prétentieux – disons donc la chronique dévote de la première moitié du siècle est pleine de conversions littéraires. Une des plus célèbres fut celle de M. Paul Claudel qui nous a retracé toutes les circonstances de ce matin mémorable où, dissimulé derrière une colonne de Notre-Dame de Paris, il a senti tout à coup ce mystérieux mouvement intérieur, ce spasme spirituel, cette espèce d’éternuement de l’âme par laquelle a commencé une prestigieuse carrière de poète catholique qui vient de recevoir son couronnement à l’Académie française comme sa nomination au poste envié de Washington avait mis le sceau suprême à la carrière, non moins prestigieuse, du fonctionnaire. Nous avons connu d’autres conversions littéraires presque aussi retentissantes, bien que souvent moins solides, celle de M. Cocteau par exemple, signée par M. Jacques Maritain (les conversions littéraires peuvent être signées comme des toiles de maître) ou celle -portant la même signature- de ce pauvre Sachs qui alla, lui, jusqu’au séminaire et dont la première soutane avait été coupée chez Paquin. N’importe ! Je m’excuse de m’être laissé aller à ces plaisanteries sur les convertis, mais elles ne leur font pas grand mal, et je leur reproche de ne pas comprendre toujours grand-chose à ceux dont ils ont partagé auparavant l’erreur, ce qui est d’ailleurs parfaitement naturel, car il est rare qu’un converti ne se soit pas un peu converti aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose…

Mais un chrétien tel que moi, ou que beaucoup d’entre vous pour lesquels la foi catholique est un élément hors duquel ils ne pourraient pas plus vivre qu’un poisson hors de l’eau, comment voudriez-vous qu’ils ne sentissent pas de l’angoisse, et comme une sorte de honte, en face de ceux de leurs frères incompréhensiblement privés de ce qui ne leur a jamais manqué une seconde ? Si j’étais converti pour ma part, j’aurais beau me répéter sans cesse que ce n’est pas moi qui ai trouvé Dieu, que c’est Lui qui m’a trouvé, c’est là un de ces raisonnements dont on cherche plutôt à se rassurer qu’à se convaincre. Au lieu que je ne saurais pas plus me vanter d’être chrétien que de parler correctement ma langue maternelle.

Comment voudriez-vous que je ne me sente pas gravement et profondément engagé vis-à-vis de ceux qui doivent, pour apprendre ce langage, oublier péniblement le leur, celui dont ils se sont toujours servis ? Que les chrétiens qui m’écoutent veuillent bien me pardonner. N’y eût-il parmi eux qu’un seul étranger à notre foi, c’est pour lui seul que je parlerais en ce moment. Je rougirais trop qu’il s’imaginât que je m’adresse à lui du plus profond, du plus creux de ma sécurité de croyant -comme d’un gîte sûr et tiède-, que je reste étranger à son risque.

Ce n’est pas vrai, non ce n’est pas vrai que la foi est une sécurité, du moins au sens humain du mot. Oh ! sans doute, on rencontre, de par le monde, beaucoup de chrétiens médiocres qui ne demandent pas mieux que de se faire des illusions là-dessus, se croient sûrs de la grâce de Dieu, et mettent au compte de la religion l’espèce de contentement de soi qu’ils partagent avec tous les imbéciles, croyants ou non-croyants. La foi ne saurait être comparée en rien à ces évidences dont celle du « deux et deux font quatre » passe pour le type le plus ordinaire. Je comprends très bien l’agacement ou même l’indignation des incrédules en face de gens auxquels ils attribuent faussement des certitudes analogues à celle-ci en tout ce qui concerne le monde invisible, la mort et l’au-delà de la mort.

Parfois la colère ou l’indignation font place à l’envie : « Vous avez bien de la chance de croire », disent-ils avec une naïveté déconcertante. « Moi, je ne peux pas. » Et c’est vrai qu’ils s’efforcent de croire, du moins ils s’efforcent de croire qu’ils croient, et s’étonnent de n’aboutir à rien, comme ces insomnieux qui se répètent à eux-mêmes qu’ils vont dormir, et se tiennent ainsi éveillés, car le sommeil est toujours imprévu. Qui l’attend peut-être sûr de ne jamais le voir venir, car on ne le voit pas venir. Ils souhaitent de croire, ils s’efforcent de croire, ils s’efforcent de croire qu’ils croient, et d’ailleurs ils ne savent pas très bien ce que nous croyons nous-mêmes, ils attachent volontiers autant d’importance à n’importe laquelle des aventures merveilleuses de la Bible qu’à la Sainte Incarnation du Verbe, ils se travaillent pour croire que Jonas a été quelques jours locataire d’une confortable baleine, que le passage de la mer Rouge fut vraiment tel que le représente une enluminure célèbre où l’on voit les Hébreux passer entre deux hautes murailles liquides à travers lesquelles les poissons contemplent le spectacle, comme on regarde, de sa fenêtre, passer le cortège du Mardi gras…

Hélas ! il y a trop de dévots et de dévotes pour égarer sur ce point la bonne foi des mécréants, non seulement par ignorance ou par sottise, mais aussi par cette sorte de vanité imbécile qui porte certains croyants à renchérir sur leur propre croyance. Les convertis littéraires dont je parlais tout à l’heure ont la spécialité de ces vantardises où l’orgueil a son compte.

Il est clair que l’incrédule peut rester indifférent lorsque vous faites devant lui profession de croire aux grands mystères de la foi qu’il entend mal, et qui ne disent pas grand-chose à son imagination. Si vous lui affirmez au contraire, sans la moindre hésitation, que la loi de la gravitation universelle s’est trouvée suspendue afin de permettre à Josué de retarder d’une heure sa montre, il vous traitera peut-être de fou en se frappant le front de l’index mais il n’en commencera pas moins à vous juger : un type intéressant, formidable, un phénomène. Hé oui, que voulez-vous, c’est pourtant vrai. Un chrétien n’est nullement tenu de prendre comme on dit « à la lettre » l’histoire de Jonas ou de Josué. Remarquez bien qu’en ce qui me concerne, j’y croirais volontiers, je ne demanderais qu’à y croire, les miracles ne m’intéressent pas en ce sens que les miracles n’ont jamais converti grand monde. C’est Notre-Seigneur qui a pris la peine de le dire lui-même dans l’Évangile en se moquant de ceux qui lui demandaient des prodiges. Trop souvent les miracles frappent l’esprit mais endurcissent le cœur parce qu’ils donnent l’impression d’une espèce de mise en demeure brutale, d’une sorte de viol du jugement et de la conscience par un fait qui est, en apparence du moins, une violation de l’ordre.

Je ne saurais m’étendre plus longtemps sur ce sujet, mais il ne me faut pas seulement penser à mes incroyants qui se disent peut-être en ce moment que les bonnes dévotes viennent d’en prendre un sacré petit coup, et qui n’en sont pas tellement mécontents. Après tout, ces bonnes âmes ont bien le droit d’être rassurées si mes plaisanteries leur paraissent sentir le fagot. Je leur conseille fortement de relire l’Histoire Sainte de Daniel-Rops, parue ces dernières années avec le Nihil Obstat et l’Imprimatur de l’archevêché de Paris. Elles y verront, par exemple, qu’on a des raisons de supposer que les sonneries de trompettes étaient le signal convenu pour prévenir les sapeurs d’avoir à sortir des galeries, en mettant le feu à la boiserie, afin de faire écrouler les murailles car telle était la technique des sapeurs à ce moment-là, faute de poudre.

À propos de la traversée du Jourdain à pied sec par l’armée de Josué, à la hauteur de la ville d’Adom, elles liraient encore ceci : la ville d’Adom est probablement El Damieh, à 25 kilomètres en amont de Jéricho. Là, le fleuve coule entre deux talus d’argile hauts de 15 mètres qui glissent aisément. En 1927, à la suite d’un léger séisme, ils s’écroulèrent et barrèrent le lit à tel point que le flot fut interrompu vingt et une heures, reproduisant ainsi exactement les circonstances rapportées par la Bible qui parle, elle aussi, de séisme dans son langage oriental : « les montagnes sautèrent comme des béliers, les collines comme des agneaux ». Je répète que le livre de Daniel-Rops est revêtu de l’Imprimatur.

Je répète que ces questions ne me passionnent nullement. J’admettrais volontiers que les Juifs ont traversé sans se mouiller les pieds non seulement la mer Rouge, mais l’océan Atlantique, que m’importe ?

Je dis seulement qu’il m’est affreusement pénible de penser que des hommes de bonne foi puissent être tenus éloignés du Christ par des scrupules sans fondement et sans objet véritables. Si Dieu avait voulu nous gagner par des miracles, Il ne s’en serait certainement pas tenu à celui de Cana, ou même à la résurrection de Lazare. Il ne lui en eût rien coûté de s’imposer par des prodiges beaucoup plus extraordinaires, cosmiques. Au lieu que ce que les Saints Évangiles nous rapportent des phénomènes qui ont marqué la mort du Sauveur, le soleil qui s’obscurcit, le voile du temple qui se déchire, la terre qui tremble, sont bien peu de chose comparés aux effets de la bombe de Hiroshima. Mais allons plus loin, réfléchissons encore un peu. Pourquoi nous regagner en forçant notre volonté par des miracles ? Contrainte pour contrainte, il eût été tellement plus facile de ne jamais nous perdre en accordant une fois pour toute la volonté humaine à la volonté divine, comme une planète qui tourne autour de son soleil. C’est que Dieu n’a pas voulu nous faire irresponsables, je veux dire incapables d’amour, car il n’y a pas de responsabilité sans liberté et l’amour est un choix libre ou il n’est rien.

Je parais peut-être m’écarter de mon sujet. Vous auriez pourtant tort de le croire. Une théorie matérialiste du monde ne saurait expliquer l’homme moral. Mais il ne suffit pas non plus de placer par l’imagination au principe et à la tête du monde un être suprême, une intelligence suprême, un dieu-géomètre pour justifier l’existence des saints. Plus je vois l’univers, disait à peu près Voltaire, et moins je puis songer que cette horloge marche et n’ait pas d’horloger ; vers idiots qui ont néanmoins rempli d’aise d’innombrables générations de chanoines tout fiers de penser que le bon Dieu existait désormais avec l’autorisation de M. de Voltaire, tout joyeux et contents de l’excellent tour que le bon Dieu avait joué à son ennemi personnel – « Écrasons l’infâme ! » en profitant d’un moment d’inattention de M. de Voltaire pour lui faire signer un petit papier de reconnaissance… Hélas ! en écrivant ces vers de mirliton, M. de Voltaire ne se souciait nullement des saints, et les chanoines qui le citaient avec honneur aux distributions de prix ne s’en préoccupaient peut-être pas beaucoup davantage… Que diable – c’est le cas de le dire ! -un horloger pourrait-il faire des saints, je me le demande ? Il n’y a rien de moins libre qu’une horloge, puisque tous les engrenages s’y trouvent dans la plus étroite dépendance les uns des autres. Vous me répondrez probablement que l’univers physique offre assez l’exemple d’une mécanique de précision ? Mais êtes-vous certains de ne pas prendre le signe pour la chose, comme un être d’une intelligence absolument différente de la nôtre, ignorant tout du langage et de l’écriture, qui s’extasierait sur le rythme des voix, la symétrie d’une page d’imprimerie, s’efforcerait de dégager les lois de l’une et de l’autre, sans rien savoir de l’essentiel – de cela qui seul importe -, la pensée, la pensée toujours vivante et libre sous la contrainte apparente des caractères ou des sons qui l’expriment. Si la vie était la pensée libre de ce monde en apparence déterminé ?

La vie, c’est-à-dire cette énergie mystérieuse, immatérielle, à laquelle la physique moderne réduit la matière elle-même. L’univers matérialiste n’a que faire de l’homme moral. L’univers des déistes, à la manière de l’auteur de la Henriade, n’a pas de place pour les saints – le saint serait aussi déplacé dans ce monde qu’un poète lyrique à l’école des Ponts et Chaussées… Comment pourrais-je continuer à vous parler des saints et de la sainteté sans vous rappeler – ou vous apprendre que pour nous chrétiens, Dieu est Amour, la Création est un acte d’amour. Je ne parle pas ainsi dans l’intention de vous convaincre, je vous demande seulement d’entrer avec moi, un moment, dans une telle hypothèse, autrement nous nous parlerions en vain. Oh! je sais, je sais, vous pensez aussitôt à ce gémissement de la douleur universelle qui ne se tait ni jour ni nuit. Vous vous rappelez les vers de Baudelaire :

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage

Que nous puissions donner de notre dignité

Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge

Et vient mourir au bord de votre éternité.

Mais réfléchissons bien que c’est au nom de la Raison et de la Justice que vous dénoncez la cruauté de ce monde, et dans cette voie, une longue expérience prouve que vous ne pouvez aller qu’à la révolte, au désespoir ou à la négation absolue. Il est vrai que nous avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu. Nous lui ressemblons même beaucoup plus que nous n’osons le penser, que les philosophes nous permettent de le penser. « Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu » – comme une telle expression est mystérieuse et redoutable -, mais comme elle a perdu peu à peu sa signification par l’usage, ainsi qu’une pièce de monnaie son effigie, pour avoir passé dans trop de mains ! Je voudrais cependant que vous vous y arrêtiez une minute.

Combien d’entre nous, chrétiens, avons vraiment conscience d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu ? Qui se préoccupe du sens réel de ces paroles si surprenantes ? S’il est vrai que nous sommes créés à l’image de Dieu, comment mépriserions-nous une des plus hautes facultés de l’homme ? Vous me répondrez que sans la mépriser, je viens de la déclarer impuissante. Non pas impuissante à tirer parti de la création, mais incapable d’en pénétrer le sens, de la comprendre, au sens exact du mot. Si la création était l’œuvre de la seule intelligence, l’intelligence humaine pourrait faire mieux que de découvrir quelques-unes de ses lois, afin d’exploiter cette connaissance, ainsi qu’on se sert d’une mécanique. Elle ne serait pas toujours prête à la condamner au nom de la logique ou de la justice. C’est que la création est une œuvre d’amour. L’intelligence, réduite à ses propres forces, ne croit trouver dans la nature qu’indifférence et cruauté, mais c’est sa propre cruauté qu’elle y découvre. À proprement dire ce n’est pas la souffrance qu’elle condamne, c’est ce qui lui paraît une anomalie, un gaspillage, une mauvaise organisation de la souffrance. L’intelligence est plus cruelle que la nature. Nous commençons, par exemple, à comprendre qu’une société organisée par elle – ou du moins par cette forme dégradée de l’intelligence qui s’appelle la technique – sera sans pitié non seulement pour les éléments suspects de produire moins qu’ils ne consomment, mais encore pour tout ce qui ne pensera en accord avec la monstrueuse conscience collective…

Oui, à ne parler que des mal fichus, la nature en laisse subsister des millions qui n’échapperont sûrement pas demain aux techniciens chargés de maintenir et d’augmenter sans cesse le rendement de la colossale usine universelle. En réalité l’intelligence ne s’indigne pas contre la souffrance, elle la refuse, comme elle refuse un syllogisme mal construit, quitte à s’en servir elle-même, selon ses méthodes, après avoir remis le syllogisme d’aplomb. Qui parle de la Douleur comme d’une intolérable violation de l’âme, ou même d’une absurdité toute pure, est certain de l’approbation des imbéciles. Mais pour un petit nombre de révoltés sincères, combien d’autres qui ne cherchent dans la révolte contre la souffrance qu’une justification plus ou moins sournoise de leur indifférence et de leur égoïsme vis-à-vis de ceux qui souffrent ? Sinon, par quel miracle les hommes qui acceptent le plus humblement, sans le comprendre, ce scandale permanent de la souffrance et de la misère, sont-ils presque toujours ceux qui se dévouent le plus tendrement aux souffrants et aux misérables : saint François d’Assise ou saint Vincent de Paul ?

Le scandale de l’univers n’est pas la souffrance, c’est la liberté. Dieu a fait libre sa création, voilà le scandale des scandales, car tous les autres scandales procèdent de lui. Oh ! je sais bien, nous paraissons être ici en pleine métaphysique. Que voulez-vous que j’y fasse ? Si je me fais mal comprendre de quelques-uns d’entre vous, c’est que je me serai mal expliqué, voilà tout. Expliquer, d’ailleurs, à quoi bon ? Il y a en ce moment, dans le monde, au fond de quelque église perdue, ou même dans une maison quelconque, ou encore au tournant d’un chemin désert, tel pauvre homme qui joint les mains et du fond de sa misère, sans bien savoir ce qu’il dit, ou sans rien dire, remercie le bon Dieu de l’avoir fait libre, de l’avoir fait capable d’aimer. Il y a quelque part ailleurs, je ne sais où, une maman qui cache pour la dernière fois son visage au creux d’une petite poitrine qui ne battra plus, une mère près de son enfant mort qui offre à Dieu le gémissement d’une résignation exténuée, comme si la Voix qui a jeté les soleils dans l’étendue ainsi qu’une main jette le grain, la Voix qui fait trembler les mondes, venait de lui murmurer doucement à l’oreille «Pardonne-moi, un jour, tu sauras, tu comprendras, tu me rendras grâce. Mais maintenant, ce que j’attends de toi, c’est ton pardon, pardonne. » Ceux-là, cette femme harassée, ce pauvre homme, se trouvent au cœur du mystère, au cœur de la création universelle et dans le secret même de Dieu. Que vous en dire ? Le langage est au service de l ’intelligence. Et ce que ces gens-là ont compris, ils l’ont compris par une lucidité supérieure à l’intelligence, bien qu’elle ne soit nullement en contradiction avec elle, ou plutôt par un mouvement profond et irrésistible de l’âme qui engageait toutes les facultés à la fois qui engageait à fond toute leur nature… Oui, au moment où cet homme, cette femme acceptaient leur destin, s’acceptaient eux-mêmes, humblement le mystère de la Création s’accomplissait en eux, tandis qu’ils couraient ainsi sans le savoir tout le risque de leur conduite humaine, se réalisaient pleinement dans la charité du Christ, devenant eux-mêmes, selon la parole de saint Paul, d’autres Christ. Bref, ils étaient des saints.

S’engager tout entier… Vous le savez, la plupart d’entre nous n’engagent dans la vie qu’une faible part, une petite part, une part ridiculement petite de leur être, comme ces avares opulents qui passaient, jadis, pour ne dépenser que le revenu de leurs revenus. Un saint ne vit pas du revenu de ses revenus, ni même seulement de ses revenus, il vit sur son capital il engage totalement son âme. C’est d’ailleurs en quoi il diffère du sage qui sécrète sa sagesse à la manière d’un escargot, sa coquille, pour y trouver un abri. Engager son âme !

Non ce n’est pas là simple image littéraire. Il ne faudrait même pas la pousser très loin pour lui donner une signification sinistre. Dans son récent livre, Les Problèmes de la vie , l’illustre professeur à l’Université de Genève, M. Guyénot, reprend la distinction entre le corps, l’esprit et l’âme. Si l’on admet cette hypothèse, que saint Thomas ne repousse pas, on se dit avec épouvante que des hommes sans nombre naissent, vivent et meurent sans s’être une seule fois servi de leur âme, réellement servi de leur âme, fût-ce pour offenser le bon Dieu. Qui permet de distinguer ces malheureux ? En quelle mesure n’appartenons-nous pas nous-mêmes à cette espèce ?

La Damnation ne serait-elle pas de se découvrir trop tard, beaucoup trop tard, après la mort, une âme absolument inutilisée, encore soigneusement pliée en quatre, et gâtée comme certaines soies précieuses, faute d’usage ? Quiconque se sert de son âme, si maladroitement qu’on le suppose, participe aussitôt à la Vie universelle, s’accorde à son rythme immense, entre de plain-pied, du même coup, dans cette communion des Saints qui est celle de tous les hommes de bonne volonté auxquels fut promise la Paix, cette sainte Église invisible dont nous savons qu’elle compte des païens, des hérétiques, des schismatiques ou des incroyants, dont Dieu seul sait les noms. La communion des saints… Lequel d’entre nous est sûr de lui appartenir ? Et s’il a ce bonheur, quel rôle y joue-t-il ? Quels sont les riches et les pauvres de cette étonnante communauté ? Ceux qui donnent et ceux qui reçoivent ? Que de surprises ! Tel vénérable chanoine pieusement décédé, dont le Bulletin diocésain aura fait l’éloge pompeux, dans le style particulier à ces publications, ne risque-t-il pas d’apprendre, par exemple, qu’il a dû sa vocation et son salut à quelque incrédule notoire, secrètement harcelé par l’angoisse religieuse, et auquel Dieu avait incompréhensiblement refusé les consolations mais non pas les mérites de la foi ?

 Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. Oh ! rien ne paraît mieux réglé, plus strictement ordonné, hiérarchisé, équilibré que la vie extérieure de l’Église. Mais sa vie intérieure déborde des prodigieuses libertés, on voudrait presque dire des divines extravagances de l’Esprit, l’Esprit qui souffle où il veut. Lorsqu’on songe à la stricte discipline qui maintient presque implacablement à sa place assignée chaque membre de ce grand corps ecclésiastique depuis le modeste vicaire jusqu’au Saint-Père avec ses privilèges, ses titres, on voudrait presque dire son vocabulaire particulier n’est-ce pas en effet comme une extravagance, ces promotions soudaines, parfois très soudaines, de religieuses obscures, de simples laïques, ou même de mendiants faits brusquement patrons, protecteurs et parfois docteurs de l’Église universelle ?

Oh ! Il ne s’agit pas d’opposer l’Église visible à l’Église invisible Église visible, que voulez-vous, ce n’est pas seulement la hiérarchie ecclésiastique, c’est vous, c’est moi, elle n’est donc pas toujours agréable et elle a même été parfois très désagréable, à regarder de près, au XVème siècle par exemple, au temps du Concile de Bâle, et dans ces cas-là on est naturellement tenté de regretter que ce ne soit pas elle, l’invisible ; oui, on regrette qu’un cardinal soit reconnaissable de si loin à sa belle cape écarlate tandis qu’un saint, de son vivant, ne se distingue par aucun détail vestimentaire… Oh ! Je sais bien que ce qui paraît ici une plaisanterie est pour beaucoup d’âmes une idée parfois torturante. On a tort de raisonner comme si l’Église visible et l’Église invisible étaient en réalité deux Églises, alors que l’Église visible est ce que nous pouvons voir de l’Église invisible, et cette part visible de l’Église invisible varie avec chacun de nous

Car nous connaissons d’autant mieux ce qu’il y a en elle d’humain que nous sommes moins dignes de connaître ce qu’elle a de divin. Sinon, comment expliqueriez-vous cette bizarrerie que les plus qualifiés pour se scandaliser des défauts, des déformations ou même des difformités de l’Église visible – je veux dire les saints -soient précisément ceux qui ne s’en plaignent jamais ? Oui, l’Église visible est ce que chacun de nous peut voir de l’Église invisible, selon ses mérites et la grâce de Dieu.

C’est bien joli de dire : « J’aimerais mieux voir autre chose que ce que je vois. » Oh ! Bien sûr, si le monde était le chef-d’œuvre d’un architecte soucieux de symétrie, ou d’un professeur de logique, d’un Dieu déiste, en u mot, l’Église offrirait le spectacle de la perfection, de l’ordre, la sainteté y serait le premier privilège du commandement, chaque grade dans la hiérarchie correspondant à un grade supérieur de sainteté, jusqu’au plus saint de tous, Notre Saint-Père le Pape, bien entendu. Allons ! Vous voudriez d’une Église telle que celle-ci ? Vous vous y sentiriez à l’aise ? Laissez-moi rire, loin de vous y sentir à l’aise, vous resteriez au seuil de cette Congrégation de surhommes, tournant votre casquette entre les mains, comme un pauvre clochard à la porte du Ritz ou du Claridge.

L’Église est une maison de famille, une maison paternelle, et il y a toujours du désordre dans ces maisons-là, les chaises ont parfois un pied de moins, les tables sont tachées d’encre, et les pots de confitures se vident tout seuls dans les armoires, je connais ça, j’ai l’expérience… La maison de Dieu est une maison d’hommes et non de surhommes. Les chrétiens ne sont pas des surhommes. Les saints pas davantage, ou moins encore, puisqu’ils sont les plus humains des humains.

Les saints ne sont pas sublimes, ils n’ont pas besoin du sublime, c’est le sublime qui aurait plutôt besoin d’eux. Les saints ne sont pas des héros, à la manière des héros de Plutarque. Un héros nous donne l’illusion de dépasser l’humanité, le saint ne la dépasse pas, il l’assume, il s’efforce de la réaliser le mieux possible, comprenez-vous la différence ? Il s’efforce d’approcher le plus près possible de son modèle Jésus-Christ, c’est-à-dire de Celui qui a été parfaitement homme, avec une simplicité parfaite, au point, précisément, de déconcerter les héros en rassurant les autres, car le Christ n’est pas mort seulement pour les héros, il est mort aussi pour les lâches. Lorsque ses amis l’oublient, ses ennemis, eux, ne l’oublient pas. Vous savez que les nazis n’ont cessé d’opposer à la Très Sainte Agonie du Christ au jardin des Oliviers la mort joyeuse de tant de jeunes héros hitlériens. C’est que le Christ veut bien ouvrir à ses martyrs la voie glorieuse d’un trépas sans peur, mais il veut aussi précéder chacun de nous dans les ténèbres de l’angoisse mortelle. La main ferme, impavide, peut au dernier pas chercher appui sur son épaule, mais la main qui tremble est sûre de rencontrer la sienne…

Oh ! … Je voudrais que nous finissions sur une pensée qui n’a cessé de m’accompagner tout au long de cette causerie ainsi que le fil du tisserand qui court sous la trame. Ceux qui ont tant de mal à comprendre notre foi sont ceux qui se font une idée trop imparfaite de l’éminente dignité de l’homme dans la création, qui ne le mettent pas à sa place dans la création, à la place où Dieu l’a élevé afin de pouvoir y descendre. Nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, parce que nous sommes capables d’aimer. Les saints ont le génie de l’amour. Oh ! remarquez-le, il n’en est pas de ce génie-là comme de celui de l’artiste, par exemple, qui est le privilège d’un très petit nombre. Il serait plus exact de dire que le saint est l’homme qui sait trouver en lui, faire jaillir des profondeurs de son être, l’eau dont le Christ parlait à la Samaritaine : « Ceux qui en boivent n’ont jamais soif… » Elle est là en chacun de nous, la citerne profonde ouverte sous le ciel. Sans doute, la surface en est encombrée de débris, de branches brisées, de feuilles mortes, d’où monte une odeur de mort. Sur elle brille une sorte de lumière froide et dure, qui est celle de l’intelligence raisonneuse. Mais au-dessous de cette couche malsaine, l’eau est tout de suite si limpide et si pure ! Encore un peu plus profond, et l’âme se retrouve dans son élément natal, infiniment plus pur que l’eau la plus pure, cette lumière incréée qui baigne la création tout entière – en Lui était la Vie, et la Vie était la lumière des hommes – in ipso Vita erat et Vita erat lux hominum.

La foi que quelques-uns d’entre vous se plaignent de ne pas connaître, elle est en eux, elle remplit leur vie intérieure, elle est cette vie intérieure même pas quoi tout homme, riche ou pauvre, ignorant ou savant, peut prendre contact avec le divin, c’est-à-dire avec l’amour universel, dont la création tout entière n’est que le jaillissement inépuisable. Cette vie intérieure contre laquelle conspire notre civilisation inhumaine avec son activité délirante, son furieux besoin de distraction et cette abominable dissipation d’énergies spirituelles dégradées, par quoi s’écoule la substance même de l’humanité.

Au commencement, je vous disais que le scandale de la création n’était pas la souffrance mais la liberté. J’aurais pu aussi bien dire l’Amour. Si les mots avaient gardé leur sens, je dirais que la Création est un drame de l’Amour. Les moralistes considèrent volontiers la sainteté comme un luxe. Elle est une nécessité. Aussi longtemps que la charité ne s’est pas trop refroidie dans le monde, aussi longtemps que le monde a eu son compte de saints, certaines vérités ont pu être oubliées. Elles reparaissent aujourd’hui comme le roc à marée basse.

C’est la sainteté, ce sont les saints qui maintiennent cette vie intérieure sans laquelle l’humanité se dégradera jusqu’à périr. C’est dans sa propre vie intérieure en effet que l’homme trouve les ressources nécessaires pour échapper à la barbarie ou à un danger pire que la barbarie, la servitude bestiale de la fourmilière totalitaire. Oh ! Sans doute, on pourrait croire que ce n’est plus l’heure des saints, que l’heure des saints est passée. Mais comme je l’écrivais jadis, l’heure des saints vient toujours.

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1991 : le dernier Thilliez

1991

Franck Thilliez

Paris, Fleuve Editions, 2021. 504 pages.

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Quatrième de couverture

La première enquête de Franck Sharko !
En décembre 1991, quand Franck Sharko, tout juste sorti de l’école des inspecteurs, débarque au 36 quai des Orfèvres, on le conduit aux archives où il est chargé de reprendre l’affaire des Disparues du Sud parisien. L’état des lieux est simple : entre 1986 et 1989, trois femmes ont été enlevées, puis retrouvées dans des champs, violées et frappées de multiples coups de couteau. Depuis, malgré des centaines de convocations, de nuits blanches, de procès-verbaux, le prédateur court toujours.
Sharko consacre tout son temps à ce dossier, jusqu’à ce soir où un homme paniqué frappe à la porte du 36. Il vient d’entrer en possession d’une photo figurant une femme couchée dans un lit, les mains attachées aux montants, la tête enfoncée dans un sac. Une photo derrière laquelle a été notée une adresse, et qui va entraîner le jeune inspecteur dans une enquête qui dépassera tout ce qu’il a pu imaginer…

Critique

Un polar qui se veut comme une « Madeleine de Proust » puisque Franck Thilliez remonte le temps jusqu’aux années 90. Dans 1991 l’auteur tout en racontant les débuts de son héro Kranck Sharko au 36 Quai des Orfèvres nous décrit une police fonctionnant à l’ancienne : il n’y a ni Internet, ni téléphone portable, ni recherche ADN pour résoudre les enquêtes : les flics battent le pavé à la recherche du moindre indice, tapent leurs rapports sur du papier ; l’ambiance au 36 est parfaitement décrite : une ambiance où chaque policier porte avec lui les fantômes du passé, un corps de policiers parfaitement soudé en cas de coups durs mais où les egos s’affrontent durement.

Au début de décembre 1992 un certain Philippe Vasquez arrive affolé au Quai des Orfèvres avec la photo d’une femme attachée sur un lit et la tête enveloppée dans un sac. C’est Sharko le dernier arrivé dans le groupe qui reçoit l’homme paniqué ; le bleu de l’équipe de Thierry Brossard (une équipe qui n’a pas pu résoudre « l’Affaire des disparues du Sud parisien ». Bien décidé à ne pas rater une affaire il se rend à l’adresse indiquée au dos de la photo et découvre le cadavre au grand dam de certains….

C’est le début d’une enquête qui s’annonce longue et difficile. Au fil du livre on plonge dans le côté noir de l’homme : le tueur, comme toujours dans les romans de Thilliez s’amuse avec la police et par procuration avec le lecteur. Avec le reste de l’équipe et la seule membre femme du groupe ils vont plongés dans le monde de la magie, du vaudou  mais aussi dans un milieu médical où certains flirtent avec la pédophilie.

Si on apprend beaucoup su cette police des années 90 on apprend pourquoi Sharko est entré dans la police : comme il le confie à sa fiancée Suzanne il reste hanté par le meurtre de Brigitte Dewervre à Bruay-en-Artois.

Ecrit pendant le confinement de 2020 ce dernier opus de la série Sharko nous fait découvrir la genèse de la carrière du « Requin » qu’est devenu le héros au fil des ouvrages et des années. On comprend également pourquoi les liens se forgent au sein d’une équipe de policiers au point de ressembler à une famille. Mais comme toujours dans les romans de Thilliez l’horreur est au rendez-vous contre lesquels il faut lutter au risque d’y perdre son âme.

Ainsi donc dans un ouvrage parfaitement maîtrisé et haletant jusqu’à la fin, 1991 donne à Franck Thilliez la possibilité de présenter les débuts de Sharko au 36 avec une enquête aux multiples rebondissements qui embarque le lecteur dans l’univers de la magie, des pratiques occultes et des névroses diverses.

Quelques extraits

Aujourd’hui, ils en plaisantaient, les gaillards de la PJ. mais derrière les sourires, une moisissure invisible grandissait, se ramifiait, insidieuse, et finissait toujours par fendre les carapaces les plus solides. La plupart des hommes qui arpentaient ce bâtiment étaient des écorchés vifs.

 Dès qu’il y a un soupçon d’intelligence dans la tête d’un criminel, ça complique les choses.

 Derrière chaque meurtre, il y a un homme ou une femme qui a franchi une frontière.

 Désormais, pourtant, même la lumière la plus vive, les ors les plus purs ne pourraient dissiper les ténèbres qui, à jamais, emprisonneraient les deux habitants du pavillon. Il n’existait pas de recette, pas de formule magique pour les soustraire à leur souffrance.

Un parcours aussi classique que sinistre, comme si leur malheur n’était pas assez grand. Le pris à payer pour espérer, un jour, accéder à la vérité.

Ils vibraient à l’unisson pour de tels moments de chasse. De l’adrénaline pure, en intraveineuse, qui les maintenaient en vie.

Il fallait fouiller ce chaos, explorer, s’attendre à voir apparaître la mort entre les débris.

 Une fois dehors, il se tourna vers le bâtiment et eut un pincement au coeur. Il comprit que cet endroit où il avait fourré les pieds, le36, quai des Orfèvres, n’était pas qu’un lieu de prestige.
C’était une arène sanglante
La fosse aux lions.

AUTOMNE, ECRIVAIN FRANÇAIS, L'AUBE EST MOINS CLAIRE...., LITTERATURE FRANÇAISE, POÊME D4AUTOMNE DE VICTOR HUGO, POEME, POEMES, POESIES, POETE FRANÇAIS, VICTOR HUGO

Poême d’automne de Victor Hugo

 

L’aube est moins claire…

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L’aube est moins claire, l’air moins chaud, le ciel moins pur ;
Le soir brumeux ternit les astres de l’azur.
Les longs jours sont passés ; les mois charmants finissent.
Hélas ! voici déjà les arbres qui jaunissent !
Comme le temps s’en va d’un pas précipité !
Il semble que nos yeux, qu’éblouissait l’été,
Ont à peine eu le temps de voir les feuilles vertes.

Pour qui vit comme moi les fenêtres ouvertes,
L’automne est triste avec sa bise et son brouillard,
Et l’été qui s’enfuit est un ami qui part.
Adieu, dit cette voix qui dans notre âme pleure,
Adieu, ciel bleu ! beau ciel qu’un souffle tiède effleure !
Voluptés du grand air, bruit d’ailes dans les bois,
Promenades, ravins pleins de lointaines voix,
Fleurs, bonheur innocent des âmes apaisées,
Adieu, rayonnements ! aubes ! chansons ! rosées !

Puis tout bas on ajoute : ô jours bénis et doux !
Hélas ! vous reviendrez ! me retrouverez-vous ?

Victor HUGO
1802 – 1885

CE PAYS DES HOMMES SANS DIEU, ECRIVAIN FRANÇAIS, JEAN-MARIE ROUART (1943-....), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SOCIETE FRANÇAISE

Ce pays des hommes sans Dieu de Jean-Marie Rouart

Ce pays des hommes sans Dieu 

Jean-Marie Rouart

Paris, Bouquins, 2021. 180 pages.

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A contre-courant des idées dominantes, Jean-Marie Rouart fustige les illusions de la laïcité érigée en dogme protecteur face à l’islamisme.

L’islam n’est-il pas d’une certaine façon le révélateur de nos failles et de la fragilité de notre assise morale et philosophique ? À contre-courant de ceux qui se contentent de s’abriter derrière le laïcisme ou le séparatisme pour faire face à la montée de l’islam, Jean-Marie Rouart s’interroge sur nos propres responsabilités dans cette dérive. Ne sommes-nous pas aveuglés par ce que nous sommes devenus ? Consommateurs compulsifs, drogués par un matérialisme sans frein ni horizon, s’acheminant vers une forme de barbarie moderne, ne mésestimons-nous pas nos carences culturelles et nos faiblesses spirituelles ?
C’est moins l’essor de l’islam que l’auteur stigmatise que l’abandon de notre propre modèle de civilisation. Pour lui le véritable défi à relever n’est pas seulement d’ordre religieux, c’est notre civilisation qui est en cause. Rappelant que notre nation s’est constituée autour d’un État, du Livre, de la littérature et d’une religion porteuse de valeurs universelles, il rappelle l’importance de ces piliers de la civilisation chrétienne pour faire contrepoids à d’autres modèles et préserver notre identité. À ses yeux, ce qu’il appelle la  » mystique laïcarde  » n’est qu’une illusoire ligne Maginot contre l’islam. L’athéisme, si respectable soit-il, reste impuissant à remplacer la croyance.
C’est le livre d’un  » chrétien déchiré  » qui a du mal à se reconnaître, comme beaucoup, dans l’Église de l’après-Vatican II. Jean-Marie Rouart refuse de s’avouer vaincu : il s’interroge sur les moyens de conjurer le déclin d’une civilisation d’inspiration chrétienne menacée autant par l’islam que par elle-même.

Biographie

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Romancier, essayiste, biographe, chroniqueur, Jean-Marie Rouart est né en 1943 dans une famille d’artistes peintres. Il a mené une carrière de journaliste successivement au Magazine littéraire , au Figaro , au Quotidien de Paris, au Figaro littéraire et à Paris-Match . Récompensé par de nombreux prix littéraires, dont l’Interallié, le Renaudot et le prix Prince Pierre de Monaco, il a été élu à l’Académie française en 1997. Il a notamment publié aux Éditions Gallimard Une jeunesse à l’ombre de la lumière, Nous ne savons pas aimer, Le scandale, La guerre amoureuse, Napoléon ou La destinée.

ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES BERNANOS, GEORGES BERNANOS (1888-1948), JOURNAL D'UN CURE DE CAMPAGNE, MEDITATION DE GEORGES BERNANOS SUR LA VIERGE MARIE, NATIVITE DE LA VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Méditation de Georges Bernanos sur la Vierge Marie

Regard de Georges Bernanos sur la Vierge Marie

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Georges Bernanos (1888-1948) livre une meditation sur la Vierge Marie, dans son roman « Journal d’un curé de campagne », par le biais du curé de Torcy rendant visite au jeune curé pour l’encourager :

« Elle est notre mère, c’est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Eve. Mais elle est aussi sa fille.

L’ancien monde, le douloureux monde, le monde d’avant la grâce l’a bercée longtemps sur son cœur désolé -des siècles et des siècles- dans l’attente obscure, incompréhensible d’une « virgo genitrix« …

Des siècles et des siècles, il a protégé de ses vieilles mains chargées de crimes, ses lourdes mains, la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom.

Une petite fille, cette reine des anges! Et elle l’est restée, ne l’oublie pas!…

Notre pauvre espèce ne vaut pas cher, mais l’enfance émeut toujours ses entrailles, l’ignorance des petits lui fait baisser les yeux – ses yeux qui savent le bien et le mal, ses yeux qui ont vu tant de choses ! Mais ce n’est que l’ignorance, après tout.

La Vierge était l’innocence…

Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence – car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère – mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse, d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue et, bien que Mère par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. »

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Georges BERNANOS, Journal d’un curé de campagne (Plon 1936), éditions « Le livre de poche », Paris, 1966, p. 180, 182

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ECRIVAIN FRANÇAIS, FRACTURES, FRACTURES, UN ROMAN DE FRANCK TILLIEZ, FRANCK TILLIEZ (1973-....), LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS, ROMANS FRANÇAIS, ROMANS POLICIERS

Fractures, un roman de Franck Thilliez

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Franck Thilliez

Paris, Le Passage, 2009. 441 pages.

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Résumé

C’est l’histoire d’Alice Dehaene qui suit une psychothérapie d’un genre particulier avec le Dr Luc Graham afin de traquer les zones d’ombre qui peuplent sa vie.

          Son père, Claude, était journaliste et couvrait les évènements du Liban (massacres de Sabra et Chatila) dont il revenu en bien triste état, rongé par la culpabilité de n’avoir pas pu sauver une famille qui le cachait et d’avoir assisté, impuissant à l’exécution de tous ses membres. Au retour, victime d’un syndrome de stress post-traumatique, il sera suivi en thérapie mais il abandonnera rapidement le traitement et son métier de journaliste pour aller s’installer dans un coin retiré à la campagne.

          Un soir, il se retrouve aux urgences après avoir reçu des coups de couteau qu’il dit s’être infligés lui-même. Au même moment, l’assistante sociale du service psychiatrique trouve un corps recroquevillé sur lui-même, toujours en vie mais mutique, catatonique.

Ce que j’en pense :

          On plonge dans l’histoire de la folie avec ce roman, qui aborde les personnalités multiples, le stress post-traumatique. C’est tempête sous un crâne avec l’héroïne Alice qu’on suit avec plaisir dans sa quête pour trouver l’origine de ses « trous noirs » au cours desquels, elle agit sans garder aucun souvenir. Quelques heures de sa vie qui lui échappent, régulièrement, quand le stress devient trop important.

          Franck Thilliez nous tient en haleine jusqu’au bout du roman, on a comprend bien que le père d’Alice n’est pas rentré indemne du Liban, mais qu’est ce qui peut bien relier cet homme, avec Luc Graham, le psychiatre fragile, au passé trouble, tellement investi dans son métier, ses patients avec lesquels il ne garde pas toujours une neutralité bienveillante, Dorothée, la jumelle d’Alice censée être décédée depuis dix ans, son ami Frédéric, l’homme retrouvé dans l’abribus, cet autre que l’on découvre assassiné…

          A côté des personnalités multiples qui font partie de la vie d’Alice, on a également la multiplicité des dates, avec des va et vient entre les évènements du présent et du passé, tel Alexandre qui retenu, captif, dans un endroit très bizarre après s’être fait enlever à son domicile. Avec eux on pénètre dans le monde de la folie, ans le monde de la perversité où des crimes sont commis au nom de la justice. Dans ce roman chaque personnage porte en lui les blessures du passé et les erreurs commises dans leur vie, mais nul n’est innocent non plus. Les sœurs Alice et la mystérieuse Dorothée en paient le prix.

         Parmi tous ces personnages, il y a aussi Julie Roqueval, assistante sociale en milieu psychiatrique qui se transforme en enquêtrice. Elle est pleine de bonnes intentions, pleine d’empathie, troublée par ce psychiatre énigmatique et qui se transforme en enquêtrice …

          On comprend assez très vite que tous les personnages sont reliés entre eux par des évènements que l’on découvre au fil de la lecture de ce roman. Les dernières pages lèvent le voile sur ce qui a amené les protagonistes a plongé dans une folie destructrice pour assouvir leur vengeance.  On plonge dans l’histoire, on se laisse envahir par les évènements, les personnages et plus la lecture se poursuit plus on est tenu en haleine ! Difficile d’échapper au monde des personnages de ce polar sans vouloir en connaître le dénouement….

          L’auteur aborde très bien le monde de la psychiatrie tout comme le traumatisme dans l’âge adulte de l’enfance maltraitée, le deuil souvent impossible des êtres aimés disparus de façon tragiques et ce désir de vengeance …

          J’ai découvert Franck Thilliez avec ce roman cet été ce qui donne  envie de découvrir l’œuvre de cet auteur.

         

Franck Thilliez (1973-…)

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Franck Thilliez est un auteur de romans policiers et scénariste.

Ingénieur de formation, il s’illustre d’abord dans les nouvelles technologies et devient très tôt spécialiste en informatique. Il allie cette passion à son goût pour les thrillers pour donner naissance à son premier roman, Train d’enfer pour Ange rouge (2003), qui a été nominé au Prix SNCF du polar français 2004.
Il publie en 2005 La Chambre des morts (Le Passage), qui deviendra par la suite en 2007, le film éponyme d’Alfred Lot, avec Mélanie Laurent dans le rôle de Lucie Henebelle. Il reçoit pour son deuxième roman le Prix des lecteurs Quai du polar en 2006, et le Prix SNCF du Polar français en 2007.
Le succès rencontré lui a permis de cesser son travail d’informaticien pour se consacrer exclusivement à son travail d’écriture.

À partir de là vont se succéder les thrillers mettant en scène Franck Sharko (Deuils de miel, 2006), ou Lucie Henebelle (La Mémoire fantôme, 2007). Il publie également des one-shots tels que La Forêt des ombres en 2006, L’Anneau de Moebius en 2008 et Fractures en 2009, mêlant psychiatrie, neuroscience et cinéma.
Mettant la barre toujours plus haut, Franck Thilliez décide de réunir ses deux inspecteurs fétiches, Franck Sharko et Lucie Henebelle dans une trilogie ayant pour thème la violence. Son premier opus, Le Syndrome E, est publié au Fleuve Noir en 2010. C’est la consécration immédiate. Classé dès sa sortie dans les listes des best-sellers, le roman se vend dans une quinzaine de pays dont les États-Unis. La suite du Syndrome E,  Gataca paraît au Fleuve Noir en 2011 et le dernier opus de la série, Atomka, en 2012.
Ces deux policiers travailleront ensuite ensemble dans Angor (2014), Pandemia (2015), Sharko (2017). C’est la société de productions Escazal Films, que Franck Thilliez a choisie pour adapter les aventures de ses célèbres flics à la télévision.
Franck Thilliez publie au Fleuve Noir Vertige en 2011, Puzzle en 2013 et Le Manuscrit inachevé en 2018.

Franck Thilliez est également scénariste. Son premier scénario, Obsessions, de Frédéric Tellier, diffusé sur France 2 en février 2010, a obtenu le Prix Mireille Lantéri en 2011. Il a aussi écrit avec Mikaël Ollivier Insoupçonnable, diffusé sur France 2 en 2012.

ECRIVAIN FRANÇAIS, GEORGES DE BREBEUF (1617-1661), LE COMBAT SPIRITUEL, MEDITATIONS, PRIERE, PRIERES

Le combat spirituel

De quelle manière le péché anéantit l’homme

et de la résistance que la Grâce trouve en lui
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Georges de Brébeuf  compte de nos combats spirituels
(Fragment)

 » Vien vien, me dites-vous, appaiser ma colere,
Change en respect tous tes mépris,
J’ai toûjours de l’amour, et je suis toûjours Pere
Ne veux-tu plus estre mon fils ?

Si tu n’aimes un Pere, au moins redoute un Juge,
Prens toy-mesme pitié de toy ;
Contre moy quel moyen de trouver un refuge,
Si tu n’en cherches pas en moy ? « 

Mon coeur stupide et froid à des soins si propices
Ne vous montre que ses dédains,
Le mépris de vos loix fait toutes mes délices,
Et ma perte tous mes desseins.

Du remords inspiré l’officience atteinte
Fait sur moy peu d’impression,
Je n’écoûte pour vous, ny l’amour ny la crainte,
Ny pour moy la compassion.

Ainsi honteusement je voy couler mon âge
Dans les soins de la vanité,
Et je perds des moments dont le prudent usage
Me devoit une Eternité.

Au lieu de m’assurer une gloire immortelle,
Qui ne peut jamais se ternir,
Je m’assure des maux dont la rigueur cruelle
Ne peut ny changer ny finir.

Parlez-moy donc si haut qu’enfin je vous entende,
Réveillez un coeur hébété,
Ou tonnez, s’il le faut, afin que j’apprehende
Le couroux d’un Dieu rebuté.

Que je vous puisse aimer comme un Dieu tout aimable,
Qui m’a comblé de ses bien-faits,
Et vous craindre en tout temps comme un Dieu redoutable
Qui peut me perdre pour jamais.

Que mon esprit soûmis ne goûte point d’amorce
Qu’à se ranger sous vostre Loy,
Que je me donne à vous, et qu’ainsi je vous force
A vous donner enfin à moy.

C’est de mes voeux enfin le seul que j’entretienne,
Luy seul va faire tous mes soins,
Et quelque autre succez qui me flatte ou m’avienne,
Je ne puis me passer à moins.

Pardonnez-moy, Seigneur, cette ardeur vehemente ;
C’est un feu que vous m’inspirez,
C’est vous qui dans mon cœur  avez mis cette attente,
Et c’est vous qui la remplirez. »

 

Georges de Brébeuf (1617-1661)

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Georges de Brébeuf, né dans la Manche en 1617 et mort à Venoix (aujourd’hui quartier de Caen) en 1661, est un poète français, neveu de Jean de Brébeuf.

Vers 1641, il devint le précepteur du jeune marquis et futur maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds (1630-1694).

Événement littéraire, sa traduction de la Pharsale de Lucain fut saluée par Corneille. Boileau, en revanche, la ridiculisa dans son Art poétique avant de lui reconnaître certaines qualités dans ses épigrammes : « Malgré son fatras obscur, souvent Brébeuf étincelle » (extrait d’un dictionnaire de 1876, qui en outre le dit né à Torigni-sur-Vire).

ECRIVAIN FRANÇAIS, JUIN, LITURGIES INTIMES, MEDITATIONS, PAUL VERLAINE, PAUL VERLAINE (1844-1896), POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, PRIERE, PRIERES

Juin, poème de Paul Verlaine

 
 

 Juin

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Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l’Amour,
Juin, pendant quel le cœur en fleur et Tàme en flamme
Se sont épanouis dans la splendeur du jour
Parmi des chants et des parfums d’épithalame,

Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Cœur,
Mois splendide du Sang réel, et de la Chair vraie,
Pendant que l’herbe mûre offre à l’été vainqueur
Un champ clos où le blé triomphe de l’ivraie,

Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,
Remémorés de la Présence non pareille.
Nous sentons ravigorés en retours vengeurs
Contre Satan, pour des triomphes que surveille

Du ciel là-haut, et sur terre, de l’ostensoir,
L’adoré, l’adorable Amour sanglant et chaste,
Et du sein douloureux où gîte notre espoir
Le Cœur, le Cœur brûlant que le désir dévaste,

Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté
Essentielle, de leur gagner la victoire
Éternelle. Et l’encens de l’immuable été
Monte mystiquement en des douceurs de gloire.

Paul Verlaine (1844-1896)
Recueil liturgies intimes (1892).
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ANCIEN TESTAMENT, ECRIVAIN FRANÇAIS, JULES VERNE (1828-1905), PARAPHRASE DU PSAUME 129, PRIERE, PRIERES, PSAUME 129

Paraphrase du Psaume 129 par Jules Verne

Paraphrase du psaume 129

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Oh ! mon Dieu, c’est vers vous du profond de l’abyme
Que je m’écrie, et que je pleurs !

 Ecoutez ; c’est la voix de la triste victime,
Vous, le Seigneur des Seigneurs !

 Rendez-moi. s’il vous plaît, votre oreille attentive,
Entendez-moi dans tous les lieux,

 La prière jamais ne fut intempestive

En montant au Seigneur des Cieux.

 Ah ! si vous mesurez votre sainte justice

A la grandeur de nos péchés,
Qui peut briser ses liens ?
Si vous n’êtes propice

Par qui seront-ils détachés ?

 Qui pourrait subsister devant votre présence ?

Seigneur !
Seigneur ! écoutez-moi !
Si j’ai dans vos bontés placé mon espérance,

C’est à cause de votre loi.

Avec bien grands désirs je l’attends ; je confie

En vos paroles tout mon cœur ;
Vos promesses, mon Dieu, nous rendront à la vie !

O mon âme, attends le Seigneur !

Et que, depuis le soir jusqu’au jour qui commence,

Israël inclinant ses pleurs
Lève ses tristes mains, porte son espérance

Vers Dieu qui calme les douleurs ;

Car le Seigneur est grand, et sa miséricorde

Descendra pour nous racheter,
Et la grâce abondante qu’à nos cœurs il accorde,

Vers le ciel viendra nous hâter ;

Il soulage Israël de la profonde peine

Qui lui faisait verser ses pleurs.

Israël chantera, délivré de sa chaîne,

Un hymne au Seigneur des Seigneurs.

Jules Verne

Jules Verne (1828-1905)

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Jules Verne est un écrivain français, dont une grande partie de l’œuvre est consacrée à des romans d’aventures et de science-fiction (appelés à l’époque de Jules Verne, romans d’anticipation).

Après un baccalauréat littéraire, Jules Verne suit des études de droit à Paris. Il se consacre ensuite au théâtre, grâce au soutien des Dumas, père et fils, et devient secrétaire du théâtre lyrique jusqu’en 1854 où il fait représenter des pièces écrites en collaboration avec Michel Carré.

Devant de nouvelles responsabilités familiales, il occupe le poste d’agent de change. Jules Verne rencontre alors Pierre-Jules Hetzel, un éditeur, et lui propose un manuscrit Voyage en l’air qui deviendra Cinq semaines en ballon, marquant le début d’une longue collaboration.

Ses romans sont regroupés, à partir de 1866, dans une collection illustrée qui porte le titre général de Voyages extraordinaires dans les mondes connus et inconnus. Le Tour du monde en 80 jours est publié en feuilleton en 1872 et devient son plus grand succès.

Si la série des Voyages extraordinaires mêle science-fiction et roman d’aventures, Jules Verne s’essayera à d’autres genres : le roman social avec P’tit Bonhomme, le roman policier avec Les frères Kip ou Un drame en Livonie, ou encore le roman parodique avec Claudius Bombarnac.

Outre ses romans, on lui doit de nombreuses pièces de théâtre, des nouvelles, des récits autobiographiques, des poésies, des chansons et des études scientifiques, artistiques et littéraires. Son œuvre a connu de multiples adaptations cinématographiques et télévisuelles depuis l’origine du cinéma ainsi qu’en bande dessinée, au théâtre, en musique ou en jeu vidéo.

Les œuvres de Jules Verne sont traduites dans de nombreuses langues : il est au deuxième rang des auteurs les plus traduits en langue étrangère, et en 2011, il est l’auteur de langue française le plus traduit dans le monde). L’année 2005 fut déclarée « Année Jules Verne », à l’occasion du centenaire de la mort de l’auteur.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Verne

ECRIVAIN FRANÇAIS, LA CONSCIENCE, LITTERATURE FRANÇAISE, POEME, POEMES, POETE FRANÇAIS, VICTOR HUGO

La conscience – Victor Hugo

La conscience

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Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’oeil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l’on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit :  » Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

Victor Hugo (1802-1885)


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