CHJRISTIANISME, CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE DES PREMIERES COMMUNAUTES CHRETIENNES (Ier-IIIè siècle), HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), L'EGLISE A LA MAISON, MARIE-CHRISTINE BASLEZ

L’Eglise à la maison : histoire des premières communautés chrétiennes (Ier-IIIè siècle)

L’Eglise à la maison : histoire des première communautés chrétiennes Ier-IIIè siècle

Marie-Françoise Baslez

Paris, Salvator, 2021. 202 pages

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Quatrième de couverture

Et si c’est par là que tout avait commencé ? Les églises « domestiques » ou de « maisonnées » (en d’autres termes « l’Église à la maison ») ne sont-elles pas à l’origine de l’essaimage et de la croissance du christianisme durant les trois premiers siècles de notre ère ? Ne constituent-elles pas le vecteur d’une foi qui va se répandre sans rester cantonnée à quelques communautés isolées ? À partir de leurs modes de vie et d’action, mieux perçus désormais par l’évolution générale de l’histoire antique, Marie-Françoise Baslez rejoint au plus concret la condition des chrétiens de cette période. Ni cachés, ni confinés, ceux-ci portent des questions qui sont parfois aussi les nôtres : l’émergence de l’individu, la place des femmes, la condition d’immigré ou d’esclave, la synodalité, le sens de la mission… À leur manière, ils témoignent déjà de l’annonce de la foi dans un milieu hostile ou indifférent. Loin des idées reçues ou des inévitables anachronismes, Marie-Françoise Baslez met en évidence avec force la dynamique de la christianisation à l’oeuvre  à l’époque, celle qui permet à « l’Église à la maison » de s’ouvrir à la dimension de l’universel.

AUTEUR

Marie-Françoise Baslez est professeur émérite d’histoire des religions de l’Antiquité à Paris IV. Elle a notamment publié Comment notre monde est devenu chrétien (Seuil, coll. « Points-Histoire », 2015) et Jésus : dictionnaire historique des Évangiles (Tallandier, coll. « Texto », 2020).

CRITIQUES

« Ce livre innovant permet de voir comment des groupes chrétiens particuliers, très divers, enracinés dans un cadre communautaire local, se sont organisés en réseau dans l’Église universelle.

Marie-Françoise Baslez, historienne reconnue des religions de l’Antiquité et en particulier des premiers temps de la religion chrétienne, développe dans cet ouvrage ses recherches sur la dynamique missionnaire de l’Église sous l’Empire romain, en particulier lors des trois premiers siècles.

S’appuyant sur les écrits du Nouveau Testament, sur des sources non canoniques et sur les œuvres des Pères de l’Église, mais aussi sur les documents officiels du monde gréco-romain, elle s’intéresse au rôle joué par la famille et la maisonnée comme composante essentielle de l’organisation de la société et à ce qui a pu favoriser l’essaimage d’Églises de maisonnées urbaines dans le territoire rural.

Elle réfléchit à partir des données que sont, aux premiers siècles, les Églises domestiques ou de maisonnée pour ensuite aborder des questions qui intéressent l’individu (place des femmes, vie et rôle des esclaves) et la communauté chrétienne (les associations chrétiennes dans la cité, l’Église domiciliée, l’Église en réseaux).

L’Église de la maisonnée ne s’est pas construite sur des rapports de domination, car les communautés chrétiennes réfléchirent à l’idée de service mutuel et s’inscrivirent dans le cadre des associations caritatives tolérées par le droit romain.

Au-delà de l’égalité des hommes et des femmes devant Dieu, ces Églises ont affirmé la liberté comme droit de la personne face à la communauté collective, familiale, civique et ethnique – ce qui a été déterminant dans la pratique des maisonnées et dans la vie ecclésiale. Ce livre innovant permet de voir comment des groupes chrétiens particuliers, très divers, enracinés dans un cadre communautaire local, se sont organisés en réseau dans l’Église universelle.

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Le rassemblement des Églises en maisonnée pendant près de trois siècles a été déterminant pour la diffusion et la croissance du christianisme naissant.

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Art paleochretien : « representation du christ, probablement la premiere » 3eme siecle apres JC. Marbre marquete. Musee ostiense, Ostia ©Luisa Ricciarini/Leemage (Photo by leemage / Leemage via AFP)

L’une de toutes premières représentations du Christ. Marbre du IIIe siècle. 
Musée archéologique d’Ostia (Italie).LEEMAGE VIA AFP

Ce livre aux dimensions modestes est tout simplement passionnant. Marie-Françoise Baslez, spécialiste de l’Antiquité chrétienne, mobilise les connaissances amassées durant toute une vie, pour faire découvrir à son lecteur que depuis ses origines – comme en témoigne déjà la littérature paulinienne – et jusqu’au tournant constantinien, les premières communautés chrétiennes se sont retrouvées dans des maisonnées, qui étaient les « cellules de base de la vie communautaire ».

Ces lieux où l’on se rassemblait pour le culte étaient aussi des petits laboratoires où s’est expérimentée peu à peu l’organisation de la vie des premiers chrétiens, souligne l’historienne.

Brassage social

Une telle configuration a permis autant un réel brassage social, avec la participation des esclaves, qu’une émancipation non négligeable des femmes, qu’elles soient mariées ou bien vierges ou veuves. Marie-Françoise Baslez consacre d’ailleurs un chapitre à chacune de ces deux réalités, battant en brèche bien des idées reçues.

Pareillement, elle use, tranquillement mais fermement, de son autorité pour tailler en pièces un mythe pourtant bien enraciné jusqu’à nos jours, celui des Églises cachées dans les catacombes : « L’Église souterraine est un fantasme romantique, nourri au XIXe siècle par des réminiscences de messes clandestines et de prêtres cachés, issues de la Révolution française. »

Églises-sœurs

Ces premières Églises réunies dans des (grandes) maisons n’étaient pas pour autant repliées sur elles-mêmes. Déjà, elles avaient été fondées autour d’axes de circulation déjà existants empruntés par les commerçants et les voyageurs. Elles fonctionnaient plutôt en réseaux, au maillage souple qui pouvait être étendu, où l’échange épistolaire entre elles fut décisif pour leur développement.

L’étude fouillée de la vie des communautés chrétiennes primitives montre aussi la mise en place d’Églises métropoles et d’une « multipolarisation générale ». L’autrice n’hésite pas à parler d’Églises-sœurs fonctionnant de façon synodale.

Elle montre également que le tournant constantinien, au début du IVe siècle, va accélérer le passage de l’Église des maisonnées vers un bâtiment propre à usage collectif – une évolution amorcée bien auparavant. Le fait que durant presque trois siècles les chrétiens se sont réunis dans des maisons particulières ne saurait être oublié, et peut certainement inspirer les chrétiens d’aujourd’hui dans leurs manières de concevoir et de vivre l’Église…

https://www.la-croix.com/Culture/LEglise-maison-Marie-Francoise-Baslez-Eglises-domestiques-origines-christianisme-2021-12-06-1201188740

EGLISE CATHOLIQUE, EGLISES D'ORIENT, JESUS CHRIST, NUNC DIMITTIS, PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE, VIERGE MARIE, VIERGE MARIE

Présentation de Jésus au Temple

La Présentation de Jésus au Temple

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La fête de la Présentation de Jésus au Temple, ou Sainte Rencontre, associée à la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie est une fête chrétienne, catholique et orthodoxe (où l’on dira plutôt Hypappante). Elle est célébrée le 2 février, quarante jours après Noël.

Cette fête correspond à la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem par ses parents Marie et Joseph (cf. Lc 2,22-38) : « Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur ».

Historique

Célébrée à Jérusalem dès le ive siècle apr. J.-C. — la pèlerine Egérie la décrit dans son livre Peregrinatio Aetheriae — la fête s’étend à l’ensemble de l’Orient chrétien. Après avoir été célébrée 40 jours après l’Épiphanie orthodoxe (6 janvier), elle est ramenée au 2 février par l’empereur Justinien en 542 qui l’introduit à Constantinople. En orthodoxie, elle fait toujours partie du nombre des douze grandes fêtes de l’année liturgique.

Cette fête exprime les thèmes de la purification de la mère, de la présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem et de l’offrande due au garçon premier-né. Elle se célèbre 40 jours après Noël, donc le 2 février, parce que, en vertu de Lévitique 12, les mères juives devaient venir se purifier 40 jours après l’accouchement d’un garçon, soit 33 jours après sa circoncision. Et il leur était demandé également de sacrifier un animal (un agneau, deux pigeons ou deux tourterelles). Voulue sainte, pure et pleine de grâce dès le début des temps, Marie n’avait pas besoin de purification, mais par sa profonde humilité et son dévouement au service, elle obéissait au commandement de la Loi.

La présentation de l’enfant s’accompagne de la présence de deux personnes âgées, Anne et Syméon. Veuve de 84 ans, Anne est une prophétesse, dévouée au service et assidue au Temple. Le vieillard Syméon est un homme juste et pieux à l’image de Joseph. Averti par l’Esprit Saint de la présence du Messie au Temple, il le prend dans ses bras et se met à proclamer que Jésus est la lumière du monde (« Nunc dimittis », cantique de Syméon) et qu’en même temps, il sera un signe de contradiction. Il annonce même à Marie sa mère : « une épée te transpercera l’âme » (Lc 2,35). Quant à Anne, elle va annoncer qu’elle a rencontré le Messie tant attendu de la délivrance d’Israël.

Joseph et Marie « rachètent » leur fils Jésus premier-né. Ce rite rappelle que Dieu a épargné les premiers nés des Hébreux lorsqu’il a infligé les dix plaies aux Égyptiens. L’enfant est soit consacré au service du Temple sans rachat (nazir), soit il est échangé contre une somme d’argent symbolique.

En 542, la peste dite de Justinien sévit à Constantinople et tue quelques milliers de personnes par jour. Selon la tradition, un chrétien reçoit alors l’inspiration qu’il faut rendre la fête de la Rencontre du Seigneur plus importante. Lorsqu’une veillée nocturne et une procession avec la croix sont décidées et célébrées, le chiffre des victimes diminue nettement. En remerciement, l’Église a institué en 544 une célébration plus solennelle.

En Occident, à la fin du ve siècle, le pape Gélase Ier abolit les Lupercales à Rome pour y instaurer la fête chrétienne. Le pape Serge Ier au viie siècle institue une procession de pénitence qui commence à l’aurore et qui se fait à la lueur de cierges, d’où le nom de Chandeleur (festa Candelarum). Cette procession représentait, entre autres, le voyage de Joseph, de Marie et de leur bébé pour aller de Nazareth au Temple de Jérusalem. C’est au VIIIè siècle que la fête devient également « mariale » sous l’appellation Purification de la Vierge Marie. C’est l’une des plus anciennes fêtes concernant la Mère de Dieu.

À partir du Xè siècle, c’est en particulier à l’occasion de cette fête qu’on procède à la bénédiction des cierges.

Depuis 1997, la fête coïncide avec la Journée mondiale de la Vie consacrée décidée par le pape Jean-Paul II.

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Les Saints Innocents de Paul Verlaine

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Cruel Hérode, noir Péché,
De tes sept glaives tu poursuis
Les innocents, lesquels je suis
Dans mes cinq sens, — et, qu’empêché
Me voici pour, las ! me défendre !

L’argile dont Dieu les forma,
Leur faiblesse à ces tristes sens
Par quoi je suis les innocents
Que l’on immole dans Rama,
Trahissent leur âge trop tendre.

Nulle fuite. Mais mon Sauveur,
Assumant mon sort et ma mort,
Vit en Égypte dont il sort
À temps pour l’insigne faveur
Qu’il me fait de donner sa vie

Et sa pensée à mon bonheur
Éternel, et, par l’action
Sûre de l’absolution
De son prêtre à lui, le Seigneur,
Ressuscite ma chair ravie.

Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), EGLISE - CHAPELLE, EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE DU SAINT-ESPRIT (AIX-EN-PROVENCE), EGLISE DU SAINT-ESPRIT (AIX-EN-PROVENCE°, PAROISSE DU SAINT-ESPRIT (Aix-en-Provence : Bouches-du-Rhône), PROVENCE

Ils ont participé à l’édification de l’Eglise du Saint-Esprit

ILS ONT PARTICIPÉ A ÉDIFIÉ  L’ÉGLISE DU SAINT-ESPRIT

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Girolamo Grimaldi-Cavalleroni

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Girolamo Grimaldi-Cavalleroni, dont le nom est généralement francisé en Jérôme Grimaldi-Cavalleroni (20 août 1595 à Gênes – 4 novembre 1685 à Aix-en-Provence), est un cardinal catholique et archevêque d’Aix-en-Provence de 1648 à sa mort.

Il est le fils de Giacomo Grimaldi, historien italien et archiviste du Vatican et de Girolama di Agostino de Mari. Archevêque in partibus de Séleucie d’Isaurie en 1641 et nonce apostolique en France, il est créé cardinal par le pape Urbain VIII le 13 juillet 1643 et devient abbé commendataire des abbayes Notre-Dame-et-Saint-Nicolas de Blanchelande (1646) et Saint-Florent de Saumur (1649) jusqu’à sa mort.

 

 Laurent Vallon

 Laurent II Vallon est un architecte exerçant en Provence et principalement à Aix-en-Provence, né à Aix-en-Provence le 10 mars 1652, et mort dans la même ville le 24 juillet 1724 (à 72 ans). Il est l’auteur de nombreux édifices publics ou privés d’Aix.

 Biographie

Laurent II est le fils de Laurent I Vallon, né à Mane vers 1610. Il arrive à Aix-en-Provence en 1627 et entre en apprentissage chez deux maîtres-maçons : Jacques et Jean Drusian1. Il s’est marié le 26 septembre 1633 avec Catherine Jaubert, fille de Jean Jaubert, maître maçon d’Aix, dont il a deux fils : Jean Vallon (1645-1723), tailleur de pierre et architecte, et Laurent II Vallon, architecte de la ville d’Aix et de la Province. Il a d’abord été associé à son beau-père Jean Jaubert, puis à son beau-frère, Jean Jaubert, avec qui il réalise quantité de monuments dans la ville d’Aix, comme l’église de la Madeleine.

Il meurt à Aix-en-Provence le 8 mai 1697.

 

  Jean Daret

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Jean Daret (Bruxelles1614 – Aix-en-Provence1668) est un artiste français, originaire des Pays-Bas méridionaux. Il a peint des tableaux à sujets religieux ou mythologiques et gravé des eaux-fortes.

Biographie

Jean Daret, fils de Charles Daret et d’Anne Junon, est né à Bruxelles en 1614 où il commence son apprentissage chez le peintre Antoine van Opstal dont le fils Gérard van Opstal sera un sculpteur baroque. Dès 1633 Jean Daret se rend à Paris où son séjour dans cette capitale est confirmé par sa présence au mariage de son cousin Pierre Daret, peintre et graveur.

Vers 1634 il quitte Paris pour se rendre en Italie d’où il rapportera le goût de la Quadratura,  Il revient en France vers 1636 et s’installa à Aix en Provence. Il s’intègre très vite dans la société de sa ville d’adoption : en effet, seulement trois ans après son arrivée, il se marie le 3 décembre 1639 à la paroisse Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence avec Magdelaine Cabassol, issue d’une ancienne famille consulaire de la ville. Ils auront six enfants dont deux fils, Michel né en 1640 et Jean-Baptiste né en 1649, qui seront élèves de leur père et deviendront des peintres comme lui.

En 1648 il devient membre de l’Association de la Sainte Famille de l’Oratoire, ce qui lui permet de fréquenter certains membres influents de sa ville. Il travaille pour le clergé en réalisant les décorations de plusieurs couvents et églises à Aix-en-Provence et aux alentours. Il travaille également pour des particuliers, membres de la noblesse provençale, qui lui commandent des tableaux pour orner leurs chapelles privées ou leurs demeures particulières. Il réalise ainsi non seulement des scènes religieuses mais également des portraits, des scènes mythologiques ou de genre. Comme ses contemporains provençaux Nicolas Mignard et Reynaud Levieux, il ne se spécialise pas dans un seul genre. Jean Daret est alors un peintre de grand renom, surchargé de commandes de tableaux et de décors de plafonds.

Jean Daret est également un graveur qui a été souvent confondu avec son cousin Pierre Daret. Comme beaucoup d’artistes de son époque, il joint à ses talents de peintre et de graveur, une bonne formation d’architecte. Il est ainsi l’architecte de l’hôtel des Covet à Marignane, actuel hôtel de ville. C’est également lui qui réalisa les peintures marouflées commandées par le seigneur de Covet pour cet hôtel. Ces peintures ornent la salle d’apparat et dans la chambre seigneuriale un temps dite « de Mirabeau » à cause des liens de mariage entre le tribun et Émilie de Marignane. Mais son rôle d’architecte se limite à la fourniture des dessins qui sont ensuite confiés à un maître maçon ou à un architetecte professionnel : ainsi pout la fontaine de la porte Saint-Louis à Aix-en-Provence, Jean Daret la dessine, Pierre Pavillon la construit et jacques Fossé la sculpte.

En 1659, Jean Daret ayant des difficultés financières, décide de retourner à Paris où il aurait participé à la décoration du château de Vincennes, travaux aujourd’hui disparus. Le 15 septembre 1663 il est reçu à l’Académie royale de peinture et rentre l’année suivante à Aix-en-Provence. Il reprend des travaux pour les amateurs locaux en particulier pour Pierre Maurel de Pontevès qui lui commande de nombreuses décorations pour son château à Pontevès, toutes actuellement détruites. Enfin son dernier travail sera la décoration du plafond de la chapelle des pénitents blancs de l’Observance que lui confiera Henri de Forbin-Maynier, premier président du Parlement de Provence. Ce plafond de forme ovale représentait la Résurrection du Christ ; cette œuvre est également détruite.

Jean Daret meurt subitement à Aix-en-Provence le 2 octobre 1668. Il est enseveli le lendemain dans l’église Saint-Sauveur d’Aix à l’entrée de la nef du corpus domini et son cœur est placé dans l’église des augustins réformés de Saint-Pierre.

Œuvres de Jean Daret

 Décoration de bâtiments

Jean Daret travaille à la décoration de plusieurs hôtels particuliers ou de château d’Aix-en-Provence et de la région provençale. Il travaille souvent en collaboration avec Pierre Pavillon qui se consacre à l’architecture et lui à la peinture.

 Hôtel Maurel de Pontevès

Cet hôtel particulier, également appelé hôtel d’Espagnet, est situé au no 38 du cours Mirabeau où se trouve actuellement le siège du Tribunal de commerce. Il a été édifié à partir de 1648 par Pierre Maurel de Pontevès, surnommé le « Crésus provençal » qui avait acheté un terrain situé dans les anciens prés de l’archevêché en bordure desquels devait être tracé le Cours6. La façade de ce bâtiment dont l’architecte est Pierre Pavillon, se caractérise par la présence de deux colosses de pierre encadrant la porte d’entrée et soutenant un balcon. Cette disposition est inspirée des leçons émiliennes du palais Davia Bargellini de Bologne. Il se pourrait que Daret qui était retourné dans cette dernière ville vers 1660 et avait donc connu ce tout récent palais, ait suggéré à Pavillon de reprendre pour l’hôtel du cours le parti du portail à atlantes qui était si brillamment traité en Émilie. Pour la décoration des plafonds et des murs, Pierre Maurel fait appel à Jean Daret qui est à cette époque le peintre aixois le plus renommé. Par suite de remaniements ultérieurs, ces décorations ont disparu.

 Château de Pontevès

Pierre Maurel qui avait épousé en troisièmes noces Diane de Pontevès achète à son neveu par alliance François de Pontevès la terre et la viguerie de Barjols ( Var). Les décors de la galerie et ceux de la chapelle avec un concert d’anges ont été commencés par Jean Daret et terminés par ses deux fils. Ils ont totalement disparu, le château n’étant plus qu’une ruine.

 

Hôtel de Châteaurenard

L’hôtel de Châteaurenard est situé à Aix-en-Provence au no 19 de la rue Gaston-de-Saporta, ancienne rue de La Grande-Horloge. Cet hôtel est entièrement reconstruit en 1651 par Jean-François d’Aimar-d’Albi, baron de Châteaurenard, conseiller au parlement. C’est de la collaboration entre Pierre Pavillon et Jean Daret que se réalise ici le plus pur chef d’œuvre de peinture décorative du premier baroque aixois. Cet hôtel est sans doute le premier construit par Pavillon sur ses propres plans. Le décor en trompe l’œil de l’escalier qui fait la célébrité de l’ouvrage est typiquement italien et Daret y montre explicitement sa formation bolonaise. Le peintre dilate l’espace créé par l’architecte.

L’escalier est éclairé au sud par deux fenêtres donnant sur la cour intérieure. Les trois côtés de la pièce et le plafond sont entièrement recouverts par le trompe l’œil. Au départ de l’escalier le peintre a représenté dans une niche une statue en marbre blanc d’empereur romain. Un peu plus haut est représenté un laquais écartant une tenture rouge. Les contemporains virent dans ce portrait celui d’un des serviteurs du propriétaire.

Sur le deuxième mur est représentée une colonnade dorique ouvrant sur un jardin. La peinture du troisième mur présente une fenêtre à rideau rouge avec une statue du roi Salomon. Dans la voussure des grisailles représentent différents bustes et des figures allégoriques.

Louis XIV fut logé dans cet hôtel lorsqu’il vint en Provence pour réprimer les incidents qui se multipliaient à Marseille à l’instigation de Gaspard de Glandevès de Niozelles. La tradition veut que le roi ait été particulièrement frappé de la beauté et de la nouveauté de ce décor ; il aurait posté des gardes pour empêché les courtisans d’en abîmer la peinture à leur passage

Œuvres dans les églises

Aix-en-Provence

Cathédrale Saint-Sauveur : dans la chapelle du Sacré-Cœur se trouve le Christ en croix avec la Vierge, saint Pierre et saint Antoine, 305 × 240 cm, austère méditation peinte par Jean Daret en 1640 pour les Augustins Déchaussés. Dans la chapelle du Corpus Domini est accrochée une autre toile du même artiste représentant La Cène, 415 × 300 cm : cette œuvre est une des rares toiles exécutées pour la cathédrale encore présentes ; déposée en 1700 pour laisser place à un trompe-l’œil sur le même thème, elle a retrouvé sa place initiale au xixe siècle

Église de la Madeleine : Le bienheureux Salvador de Horta guérissant des malades, 240 × 190 cm, L’Institution do Rosaire, 340 × 220 cm, Sainte Thérèse recevant les insignes de son ordre, 380 × 220 cm

Église du Saint-Esprit : La Pentecôte, 270 × 220 cm La Vierge intercédant pour les trépassés, 225 × 160 cm

Aptcathédrale Sainte-Anne :

Besse-sur-Issole, église : L’Assomption, 360 × 266 cm.

Cavailloncathédrale Notre-Dame-et-Saint-Véran, chapelle Notre-Dame de pitié : Pieta (1658), toile ovale.

Lambescéglise Notre-Dame-de-l’Assomption : La Mort de saint Joseph, 300 × 250 cm. Ce tableau a été commandé en 1648 à l’artiste par la confrérie de saint Joseph de l’église de Lambesc. Daret s’est probablement inspiré d’une eau forte de Jean-Pierre Crozier pour la réalisation de son tableau dont certains éléments ont été par la suite repris par différents autres artistes de Provence : lit de saint Joseph représenté de biais au premier plan, bras écartés du saint, Christ désignant au ciel Dieu le père s’apprêtant à accueillir l’âme du défunt

Pertuiséglise Saint-Nicolas : Présentation de la Vierge au temple, 370 × 224 cm. Cette toile provient du couvent des Ursulines de Pertuis et représente la jeune Marie en train de s’agenouiller devant un religieux, entourée de ses parents sainte Anne et saint Joachim. En haut et à droite deux putti observent la scène. Le manteau de Marie est de couleur bleue, pigment qui coûtait cher à l’époque et était utilisé seulement pour les personnages importants

Pignans Collégiale Notre-Dame-de-la-Nativité : L’Assomption, 300 × 259 cm

Pontevès, église : Retable du maître-autel, 450 × 340 cm

Saint-Paul-de-VenceCollégiale de la Conversion-de-Saint-Paul, chapelle Saint-Mathieu : Saint Mathieu écrivant son Évangile sous la dictée d’un ange, 290 × 165 cm.

Salon-de-Provenceéglise Saint-Michel :

Simiane-Collo,gue, église paroissiale : L’Ange gardien, 240 × 148 cm

Œuvres de Jean Daret dans les églises

Le Christ en croix avec la Vierge, saint Pierre et saint Antoine, Cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence

Pieta, Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Véran de Cavaillon

La Vierge intercédant pour les trépassés, Église du Saint-Esprit d’Aix-en-Provence

L’Ange gardien, église de Simiane-Collongue

Œuvres dans les musées

En France

Aix-en-Provencemusée Granet : Joueur de guitare, huile sur toile

Clermont-Ferrandmusée d’art Roger-Quilliot : Conversion de saint Paul, huile sur toile, 110,5 × 145,6 cm

Grassemusée d’art et d’histoire de Provence : Le Miracle de Soriano. huile sur toile. Le tableau représente une Vierge vêtue de rouge et de bleu présentant un linge sur lequel est peint l’image du dominicain de Soriano tenant dans sa main gauche une fleur de lys et dans la droite un livre à reliure rouge. À la droite de la Vierge se tient sainte Marie-Madeleine portant le traditionnel vase à parfum. Le voile est présenté à deux dominicains agenouillés. Ce tableau a été commandé à Jean Daret en 1668 par la veuve de Louis Vento dont les armoiries figurent en bas à gauche de la composition. Il était destiné à l’église des dominicains de Gap d’où il a été transféré à celle de Grasse aujourd’hui détruite.

Marseillemusée des beaux-arts :

Déploration sur le corps du Christ, huile sur toile, 140 × 155 cm : cette toile d’inscrit dans la tradition des scènes à la chandelle qui connaissent un succès certain dans les années 1630. Daret pourrait avoir été séduit par cette manière héritée du Caravage alors qu’il était en Italie.

Esculape ressuscitant Hippolyte, huile sur toile.

Portrait de magistrat, huile sur toile

Nîmesmusée des beaux-arts :

La Vierge, huile sur cuivre ;

Le Christ, huile sur cuivre.

Parismusée du Louvre, département des arts graphiques :

Étude d’un homme agenouillé soulevant un objet, sanguine, 42 × 25 cm;

Projet décoratif de cheminée surmontée d’un médaillon tenu par Adam et Eve, plume et mine de plomb, 34,5 × 22,4 cm

Rennesmusée des beaux-arts : Étude de moine bénédictin, pierre noire sur papier blanc, 23,8 × 19,8 cm

Une rue d’Aix-en-Provence porte son nom.

 

Michel-François Dandré-Bardon  

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Michel-François Dandré-Bardon, ou Michel-François d’André-Bardon, né le 22 mai 1700 à Aix-en-Provence et mort à Paris le 13 avril 1783, est un artiste-peintre, graveur et historien d’art français.

 

Biographie

 Jeunesse

Michel-François Dandré-Bardon, né à Aix-en-Provence, est issu de la noblesse de robe. Son père, Honoré d’André, est un ancien troisième consul d’Aix-en-Provence (1698/1699) et procureur du pays ; il aura de son mariage avec Marguerite de Bardon, fille unique du noble Louis Bardon, cinq enfants, trois filles et deux garçons :

 Michel-François fait des études de droit à Aix-en-Provence, puis va à Paris où il suit les cours de l’Académie royale de peinture. La peste qui sévit à Marseille et dans la région en 1720, l’oblige à rester à Paris plus longtemps que prévu. Il se forme auprès de Jean-Baptiste van Loo qui, ayant séjourné en 1712 à Aix-en-Provence, connaissait la famille d’André ; il avait peint le portrait d’Honoré d’André, père de Michel-François. En 1723 il s’installe comme élève dans l’atelier de Jean-François de Troy. Plus tard, en 1765, il écrira la vie de son maître Jean-Baptiste Van Loo.

 

Séjour à Rome

Il postule pour une place à l’Académie de France à Rome ; après un premier échec en 1724, il obtient en 1725 le deuxième prix, derrière Louis-Michel van Loo. Grâce à l’intervention de Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d’Antin, il est nommé à l’Académie de France à Rome, à condition que ses parents prennent en charge les frais de voyage et de pension. Le 26 juin 1726 Nicolas Vleughels, directeur de l’Académie de France à Rome, reçoit Dandré-Bardon, qui exécute le tableau Auguste poursuivant les concussionnaires. Cette œuvre, peinte recto-verso sur la même toile, sera envoyée à Aix-en-Provence et accrochée de manière à être vue des deux côtés dans la salle du bureau d’audition de la Cour des Comptes, bien avant le retour du peintre. Au début de l’année 1731 Dandré-Bardon doit quitter Rome pour rentrer en France, mais il séjourne encore six mois à Venise.

 La célébrité

Aux mois de mars et octobre 1732 les parents de Michel-François meurent. Le testament le nomme légataire universel à la condition expresse qu’il porte le nom et les armes de sa mère née Bardon : Il écrira par la suite son nom sous la graphie « Dandré-Bardon ». Il réalise un tableau représentant Saint Marc évangéliste afin d’orner l’autel de saint Marc de l’ancienne èglise de la Madeleine à Aix-en-Provence, lieu de sépulture de ses parents. Cette église sera détruite à la Révolution et le tableau placée dans la nouvelle Église de la Madeleine. En 1734 il quitte Aix-en-Provence pour Paris afin de préparer son admission à l’Académie royale de peinture et de sculpture où il est reçu le 30 avril 1735 et où il siège aux côtés des plus grands peintres de son temps. Charles Gaspard Guillaume de Vintimille du Luc, archevêque de Paris mais aussi ancien archevêque d’Aix-en-Provence, lui procure ses premières commandes pour des églises Le 6 juillet 1735 l’Académie royale de peinture procède à l’élection de plusieurs officiers : Dandré-Bardon est nommé adjoint à professeur. Malheureusement il n’obtiendra aucune commande pour la décoration des petits appartements que Louis XV s’est fait aménager à Versailles, ses seules commandes sont dues à l’amitié du cardinal de Vintimille, pour la décoration d’églises.

La maladie de son ami Jean-Louis d’Arnaud, qui gère son patrimoine familial, l’oblige à quitter Paris en 1741 pour s’installer à Aix-en-Provence. En 1742 il travaille à la décoration de l’Église Notre-Dame-de-l’Assomption de Lambesc, puis en 1743 il réalise pour son ami Jean-Baptiste Boyer de Fonscolombe quelques toiles, dont il reste les quatre âges de la vie : La NaissanceL’EnfanceLa jeunesse et La Vieillesse qui étaient dans une collection particulière  et ont été achetés par le Musée Granet. Pour la décoration de la salle principale de réunion de l’Université d’Aix-en-Provence, il réalise en 1744 une série de tableaux d’histoire, qui ont disparu. Il en est de même pour une série de toiles religieuses : La ThéologieJésus prêchant aux docteurs etc.

 Fondation de l’Académie de peinture de Marseille

Sa réputation s’étant répandue dans sa ville natale ainsi qu’à Marseille, il est nommé peintre des galères, et est élu le 25 novembre 1750 à l’Académie des Belles-Lettres de Marseille, qui deviendra l’Académie de Marseille. Il prononce son discours de réception sur le thème L’Union des Arts et des Lettres, dans lequel il propose la création d’une Académie de peinture et de sculpture. Avec d’autres artistes,  il soumet le projet de création d’une telle académie à l’approbation du gouverneur de Provence, le duc de Villars. Ce dernier approuve le 28 décembre 1752 une telle création et autorise la tenue des réunions de cette nouvelle assemblée dans les locaux de l’arsenal des galères. Le 19 mars 1756 la ville de Marseille accorde à l’Académie de Peinture une subvention annuelle de 3 000 livres, aide autorisée par le Conseil d’État le 15 juin 1756.

Par lettres patentes de Louis XV, en date du 18 février 1780, la compétence de l’académie de peinture et de sculpture de Marseille sera étendue à l’architecture ; elle prendra le nom d’Académie de peinture, sculpture et architecture civile et navale, et sera affiliée à l’Académie royale de peinture et sculpture de Paris. Bien que malade, Dandré-Bardon assistera en personne à la lecture de ses lettres patentes, au cours de la séance du 15 juin 1780 de l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris.

 Retour à Paris

En 1752 Dandré-Bardon est appelé à Paris, où il est nommé professeur à l’Académie royale. Il présente au Salon de 1753 sa dernière œuvre peinte connue La Mort de Socrate, qui se trouve dans une collection particulière. Le 15 février 1755 il reçoit le brevet de professeur d’histoire et de géographie à l’École royale des élèves protégés, afin de permettre aux élèves les plus doués de se présenter pour le prix de Rome.

Personnage cultivé, peintre brillant, il est également poète et musicien. Il est l’un des plus grands théoriciens du XVIIIè  siècle et écrit plusieurs ouvrages. Il meurt à Paris en 1783.

Alphonse Angelin

Biographie

Il obtient une médaille d’or au salon de 1840 pour sa toile L’Ecce Homo, mais il apparaît deux autres fois sur le livret : en 1842 pour les Prisonniers arabes de la Sikkak à Marseille et en 1847 pour Le Sacrement du mariage.

Angelin est un peintre exposé dans plusieurs édifices religieux, comme la cathédrale Saint-Sauveur ou l’église du Saint-Esprit, à Aix-en-Provence. Formé en même temps que Jean-François Millet par le maître Paul Delaroche, on remarque dans sa peinture d’histoire une nette influence de Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819), marquée par le souci de restituer une nature idéalisée.

Il fait partie du groupe des peintres aixois vivant à Paris, comme Vincent Latil ou Emmanuel Massé. C’est pourtant à Aix-en-Provence qu’il meurt, le 20 janvier 190, après être revenu dans sa ville natale vers 1860 et abandonné la peinture.

 

François Marot

François Marot est un peintre français, né vers 1666 et mort en 1719, un des héritiers immédiats des tout premiers rubénistes.

 Biographie

Fils d’un peintre peu connu prénommé Jean-Baptiste. Élève et, selon Pierre-Jean Mariette, neveu de Charles de La Fosse, il peint en mai 1697 L’apparition du Christ aux trois Marie. Il est considéré comme le meilleur disciple de La Fosse, imitant sa manière, à tel point que des tableaux attribués aujourd’hui à La Fosse devront un jour lui être rendus.

Il fut agréé à l’Académie royale le 25 avril 1699, et sa réception eut lieu le 24 mars 1702 sur présentation du tableau Les Fruits de la Paix de Ryswick.

Le 3 septembre 1703, il épousa  Marie- Louise Bidault, âgée de vingt et un ans, fille d’un marchand joaillier. Installés dans un premier temps, Quai de l’Horloge à l’enseigne du « Mouton », ils eurent dix enfants.

Il a été représenté par six tableaux au Salon de 1704 et fut nommé adjoint à professeur de l’Académie le 30 juin 1705. Il devint professeur le 28 septembre 1715.

Il mourut à Paris le 3 décembre 1719 en son domicile de la rue Guénégaud et fut inhumé à Saint-André-des-Arts

 

Gabriel-Antoine GOYRAND 

 

Antoine Goyrand est un artiste peintre, bourgeois d’Aix, émigré et mort ruiné ; né le 17 janvier 1754 à Aix, décédé en 1826, « était un habile peintre à qui l’on doit plusieurs tableaux d’église et quelques peintures de chevalet, ainsi que le dessin de l’estampe placée au frontispice de l’Essai sur l’hist. de Prov., par C.-F. Bouche : la Provence présentée à Louis XI par Palamède de Forbin », épouse le 5 juillet 1791 à Aix, Victoire Ravanas née le 1er mars 1762 à Aix, et décédée le 20 édcembre 1825, fille d’Etienne, marchand, et de Magdeleine Perron.

 

Philippe Sauvan (1697-1792)

 Philippe Sauvan est un peintre français, né à Arles le 3 novembre 1697 et mort à Avignon le 8 janvier 1792, actif en Provence et dans le Comtat Venaissin.

 Biographie

Philippe Sauvan est le fils du peintre doreur Honoré Sauvan et de Lucresse Bonnel. Il est d’abord l’élève de son père, puis entre en apprentissage par un contrat du 27 novembre 1714 pour une durée de deux ans dans l’atelier du peintre Pierre Parrocel à Avignon. Le maître et l’élève s’étant bien entendu, le contrat est reconduit d’un an. Il se rend ensuite à Rome où il reste à peine plus d’un an, puis retourne à Avignon où il se marie le 20 août 1718 avec Jeanne-Marie Benoist dans la chapelle du palais des Papes. Le couple aura onze enfants dont deux seront peintre : un fils, Pierre, et une fille, Gabrielle, dont deux œuvres sont conservées dans l’abbatiale de Saint-Gilles-du-Gard : Christ en croix et L’Éducation de la Vierge.

En 1719, il réalise une Annonciation pour la confrérie des fustiers d’Avignon ainsi qu’un Saint Ignace de Loyola pour le grand séminaire Saint-Charles. Après la période tragique de la peste de 1720, il devient le peintre le plus en vue de la cité avignonnaise.

Il réalise plusieurs portraits dont celui de Mgr Jacques II de Forbin-Janson, archevêque d’Arles ;  celui de Marie de Grille d’Estoublon, marquise de Roquemartine ; celui de Guillaume de Piquet, ancien consul d’Arles, nommé en 1723 premier marquis de Méjanes en raison de sa conduite héroïque pendant le peste de 1720. Il est le père de Jean-Baptiste Marie de Piquet, bibliophile très connu qui a laissé sa bibliothèque à la ville d’Aix-en-Provence sous réserve qu’elle soit ouverte au public. Elle prendra le nom de Bibliothèque Méjanes ; et celui d’Esprit Calvet, créateur du musée Calvet d’Avignon.

Le 5 décembre 1748, les consuls d’Avignon lui commandent un décor pour le plafond d’une salle de l’ancien hôtel de ville. Il réalise en 1749 trois panneaux à la détrempe, conservés au musée Calvet, représentant La SouverainetéLe Génie consulaire et Le Génie ailé du gouvernement. L’essentiel de sa production concerne des tableaux à sujets religieux conservés dans les églises d’Avignon et des alentours.

 

 Charles Royer

 Charles Royer, parfois dénommé Le Royer, est l’héritier d’une longue lignée de facteurs d’orgues d’origine flamande ayant marqué tout le XVIIè  siècle.

 Biographie

Originaire de Namur, il s’installe en Provence vers 1647, d’abord à Brignoles puis en 1662 à Marseille. Il vient ainsi chasser sur les terres de l’illustre famille Eustache, organiers de Marseille. Il apprend la facture à son fils Lazare qui travaillera avec lui mais ne réussira pas dans le métier. Charles Royer décède à Montpellier en 1681 ou au tout début de 1682 alors qu’il reconstruisait l’orgue de l’ancienne église Notre-Dame-des-Tables, chantier terminé à la demande de sa veuve par le révérend-père Castille, franciscain-capucin, organier de Bordeaux et constructeur de l’orgue de l’ancienne cathédrale d’Uzès.

 

Prosper-Antoine Moitessier

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Prosper-Antoine Moitessier (1805-1869) était un facteur d’oorgue installé à Montpeillier durant le XIXè siècle.


Né à Carcassonne en 1805 ou en 1807, d’un père luthier, il apprend, vers 1820, les premiers rudiments de son futur métier auprès d’un organiste vosgien. Il entre ensuite comme apprenti chez Nicolas Roy à Mirecourt. Puis il part se perfectionner chez le facteur d’ogues Lété ; pour la lutherie, auprès de Wuillaume, grand luthier. En 1826, il revient à Carcassonne où il répare quelques instruments modestes puis se rend, en 1830, à Montpellier.

Là, en 1834 il réalise un « huit pieds » pour la chapelle du couvent de la Visitation transféré en 1965 dans l’église Saint-Saturnin à Nissan-lez-Ensérune avec seulement une partie des jeux originels, les autres jeux ayant été répartis au collège d’Ardouane (près de Riols en Saint-Ponais) et à la chapelle du collège St Roch de Montpellier; et surtout, en 1836, on lui propose de relever l’orgue du temple protestant ce qui le fait connaître et lui permet de se voir confier la restauration de l’orgue de l’ancienne cathédrale Saint-Fulcran de Lodève.

 En 1837, face aux incertitudes de cette époque quant à la fixation d’un diapason universel pour les orgues, il adapte à l’orgue le mécanisme transpositeur que Roller inventa pour les pianos, suivant en cela l’exemple de son maître Lété au petit orgue d’accompagnement de Saint-Leu. Egalement en 1837, il présente à l’exposition de Montpellier un orgue de salon dont les soupapes pouvaient s’enlever à volonté et dont la soufflerie fournissait un vent toujours égal grâce à un levier compensateur agissant sur la table supérieure du réservoir; ce qui lui vaut une médaille d’or.

Lancé dès lors comme facteur d’orgues, il ouvre de vastes ateliers employant plus de vingt ouvriers et les chantiers s’enchaînent.

 Vers 1847, il invente, pour la transmission entre les claviers et les  sommiers, le premier système tubulaire ; il fonctionnait avec une dépression et non pas à air comprimé, comme les systèmes tabulaires développés par la suite. Il le met en pratique pour la première fois, à Notr-Dame de la Dalbade à Toulouse

A côté de son activité principale de facteur d’orgues, P.A. Moitessier continue néanmoins à pratiquer la lutherie. Ainsi on peut voir au musée de la lutherie et de l’archèterie françaises de Mirecourt un violon double, violon-alto, daté de 1838, confirmant son esprit inventif 

Le chanoine Antoine Eméry (1810-1863)

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Animateur de la première phalange félibréenne aixoise, prédicateur remarquable, il est cité par Frédéric Mistral dans ses Mémoires : “Au SaintEsprit, les dames se plaisaient à venir entendre les prônes provençaux de l’abbé Emery”. Antoine Emery, chanoine, curé de la paroisse du Saint-Esprit à Aix, fut le secrétaire du concours ouvert en 1872 et du jury présidé par le Capoulié Joseph Roumanille qui dut en 1873 choisir parmi la centaine de pièces envoyées, les vers qui orneraient le socle de la Croix de Provence érigée au sommet de Sainte-Victoire. Il fut également le maître d’œuvre de l’édition du livre de la Croix de Provence “Lou libre de la Crous de Prouvènço” qui réunit l’ensemble des inscriptions. Cet ouvrage de 160 pages publié en 1874 sur les presses de Remondet-Aubin sur le cours Mirabeau à Aix, fut composé par le félibre François Vidal. D’ailleurs le chanoine Emery lui dédicace, en provençal, un exemplaire : A Monsieur François Vidal, qui a travaillé avec tant d’affection et tant de goût pour imprimer notre galant livre

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Visite de l’église du Saint-Esprit : quelques informations utiles

Visite de l’église du Saint-Esprit et histoire de l’Eglise

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Note sur le Retable du Parlement (classé comme anonyme. Vers 1520-1525).

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Le triptyque représentant des scènes de la vie de la Vierge (Assomption : volet gauche, Adoration des Bergers et Adoration des Mages ; volet droit, Ascension et Pentecôte ; aux revers des volets les figures de l’Annonciation) que l’on peut voir dans le transept gauche de cette église, se trouvait sur l’autel de la chapelle du Parlement de Provence (dans l’ancien Palais Comtal, démoli en 1786, à l’emplacement du palais de Justice actuel). D’où son nom de retable du Parlement.

Aux Apôtres qui entourent le tombeau vide de la Vierge Marie et dont les têtes sont visiblement des portraits, le peintre aurait prêté les traits des 12 membres du Parlement : le Président – à cette date Gervais de Beaumont (?), président de 1509 à 1529 – et 11 conseillers, plus, en 1522, un douzième conseiller – alors Jean Maynier, baron d’Oppède – dont le visage serait le cinquième à droite, visiblement rajouté sur la ligne des collines. Sous les traits de saint Pierre, le premier Président, près de lui à gauche du panneau, les quatre conseillers clercs, à droite, les sept laics. Certains parmi les plus âgés pourraient être les premiers officiers de cette creation récente  (1501 par Louis XII)

 Sur l’auteur de ces panneaux on discute encore. il est probable que deux ou même plusieurs peintres ont collaboré à l’ouvrage et qu’une circonstance imprévue (la peste de 1522) est responsable de l’inachèvement du volet droit. Nous renvoyons cette fois encore le curieux, pour le détail, aux textes, cites dans la bibliographie, de Jean Boyer (1971) et de Marie-Christine Léonelli (1988). Pour cette oeuvre marquée d’influences italiennes et nordiques l’attribution au peintre d’origine piémontaise, Manuele Lomellini (dit Manuel Genovese, “le Génois”) proposée par Jean Boyer en 1971 reste une hypothèse de travail intéressante. Comme plusieurs de ses compagnons depuis la fin du XVè siècle, Manuel Lomellin descendra s’intaller à Aix. Il y travaillera de 1509 à sa mort en 1537. L’hypothèse de Jean Boyer est d’autant plus intéressante que l’on connait les liens du Piémontais avec le sculpteur Jean Guimarand (v. 1480-1557), liens de famille (Manuel Lomellin épouse Isabelle Guimarand mais aussi liens de travail. L’encadrement du triptyque redécouvert sous le cadre de XVIIè siècle porte la marque de Jean Guimarand qui sculpta les portes de la cathédrale d’Aix (1508). Les motifs en frises de leurs revers sont particulièrement comparables. Notons aussi que Fauris de Saint-Vincens (fin du XVIIIè) signale que Manuel Genovese aurait peint pour les Cordeliers une Assomption toute semblable.

Quels qu’en soient les auteurs – certains panneaux pourraient être l’œuvre  du Genevois Henri Guigues actif dans la region d’Avignon entre 1525 et 1532 (M.C. Leonelli) – l’œuvre  est de grande qualité. On admirer la vigueur plastique des formes et l’éclat des couleurs. Sur le panneau central, le réalisme des portraits et la vérité du paysage contraste de façon heureuse avec le foisonnement et la fantaisie des angelots musiciens qui encadrent l’image idéalisée, en mandorle, de Marie. Contraste aussi entre la richesse iconographique, la recherché dans la mise en scène, les attitudes, les costumes des panneaux du volet gauche (Adoration des Bergers et des Mages, en particulier et le dépouillement du décor et des personnages de l’Ascension et de la Pentecôte, très probablement d’une main différente. On aimerait en tout cas connaître l’auteur des merveilleuses figues de l’Ange et de la Vierge de l’Annonciation, peintes en grisaille au revers des volets. Leur élégance et leur style d’une impétueuse virtuosité dénotent une main formée à la manière italienne.

  

Lexique et plan d’une église

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LEXIQUE 

 

I–L’église est un édifice catholique en forme de croix latine orientée, c’est-à-dire disposée en direction de l’orient, symbole du jour qui se lève et de la Résurrection.

 La CROIX  dont l’église prend la forme est le symbole chrétien de la rédemption. La liturgie tout entière repose sur le mystère de la Croix et de la Résurrection.

 

Les différentes parties de l’édifice sont ainsi définies :

 1-   Le PARVIS : lieu de rencontre à l’extérieur  devant la façade de l’église ou de la chapelle devient NARTHEX lorsqu’il se situe à l’intérieur dans le prolongement de la nef.

 2-  La PORTE de l’église est l’ouverture aménagée dans la façade ou les murs latéraux  pour permettre l’accès au sanctuaire. Lorsqu’elle est grande, ébrasée et ornée, on parle de PORTAIL

 3-   La NEF : du latin navis, le vaisseau, par analogie de forme est la partie comprise entre le portail et le chœur dans le sens longitudinal où se rassemblent les fidèles. Le terme de vaisseau est aussi le symbole de la barque de l’Eglise gouvernée par Pierre et par ses successeurs.

 4-  Le TRANSEPT est une nef transversale qui coupe la nef principale en lui donnant la forme d’une croix.

 5-  Le CHŒUR  est la partie de l’église  qui précède le maître-autel. Elle était  ainsi appelée parce que dans l’usage liturgique le « chœur » (du grec choros qui signifie cercle de chanteurs) abritait  la « chorale » qui chante les louanges de Dieu. Aujourd’hui cette vocation ne concerne plus que le chœur des abbayes ou des cathédrales où les chanteurs occupent les stalles  édifiées à cet effet. La chorale actuelle se tient dans le transept ou dans une tribune au-dessus de la nef.

 6-  Le CHEVET mot dérivé de l’ancien français, chef, la tête, est la partie de l’église qui se trouve à la tête de la nef, derrière le chœur. Lorsque cette partie est arrondie en hémicycle on parle d’ABSIDE.

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II–Le service du culte ou liturgie est célébré en plusieurs endroits :

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7-  L’AUTEL  est le haut-lieu  (du lat.altus, élevé) où le culte est célébré. Point central de l’église où les chrétiens font mémoire de la Cène, dernier repas du Christ avec ses disciples où il institua l’Eucharistie.

 8- L’AMBON est le lieu de la proclamation de la Parole de Dieu. Situé sur le côté, un peu en avant de l’autel, c’est un emplacement surélevé qui a remplacé la chaire, où désormais se fait aussi l’homélie qui suit l’Evangile.

 9-  La CHAIRE, en bois ou en pierre, est la tribune élevée au milieu de la nef qui était le lieu de la prédication.

 10- Le TABERNACLE, du latin tabernaculum, tente, est une petite armoire verrouillée  où l’on conserve les hosties consacrées lors de l’eucharistie et destinées à être portées aux malades. Sa présence est signifiée aux fidèles par une lampe toujours allumée.

 La LAMPE est le symbole de la présence du Christ lumière du monde. Cette lumière est aussi présente sur l’autel où les bougies sont allumées lors de la célébration de la messe. Elle est particulièrement sensible dans l’art des vitraux qui la font pénétrer dans le sanctuaire.

 11-   Les FONTS BAPTISMAUX, du latin fons, source,  fontaine,  désignent la vasque  qui reçoit l’eau baptismale, signe de la vie nouvelle conférée au nouveau baptisé.

 Pour cette raison, les fonts sont placés auprès de l’entrée de l’église  pour qu’il puisse ainsi  être introduit dans la maison de Dieu. Parfois, depuis le Concile, ils se trouvent proches de l’autel où le baptême a lieu après que le futur baptisé ait été accueilli dans l’assemblée.

 12-   Le  BENITIER est la vasque située à la porte de  l’église, destiné à contenir l’eau bénite à l’usage des fidèles.

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Petite histoire de l’Assomption

Fra Angelico, The Dormition of the Virgin, 1431-35, Tempera and

Le dogme de l’Assomption ne fut proclamé dans l’Eglise catholique qu’en 1950, par le pape Pie XII. Cette proclamation solennelle représente l’aboutissement d’un long processus, puisque la croyance en l’Assomption de la Vierge Marie est attestée depuis l’Antiquité chrétienne, plus spécifiquement en Orient. Très tôt, la conviction selon laquelle la Mère de Dieu n’avait pas connu la corruption de la mort, mais avait, au terme de sa vie terrestre, rejoint son Fils ressuscité dans la gloire de Dieu, fut largement répandue parmi les chrétiens.

 Cette croyance sera reprise par différents Pères de l’Eglise, qui vont en développer la portée et les implications, tant théologiques que spirituelles, à partir du IVe siècle. En 373, saint Ephrem le Syrien évoque le fait que le corps de Marie serait resté intact après son décès, c’est-à-dire non atteint par « l’impureté » de la mort. En Orient, saint Jean Damascène (676-749) se réfère à une tradition de l’Eglise de Jérusalem à propos de l’Assomption : lors du concile de Chalcédoine (451) Juvénal, évêque de Jérusalem, se serait vu demander le corps de Marie par le couple impérial, Marcien et Pulchérie. Juvénal aurait répondu que Marie était morte entourée de tous les apôtres, sauf Thomas, qui était en retard… A son arrivée, quelques jours plus tard, Thomas aurait demandé à voir la tombe de Marie, mais celle-ci se serait avérée vide. Les apôtres en auraient alors conclu que son corps fut emporté au Ciel.

 

Dans la liturgie

Si les théologiens en parlent à partir du IVe siècle, l’Assomption est célébrée dans la liturgie chrétienne au VIe siècle : en Orient, la fête de la Dormition est célébrée vers la mi-janvier. Ce n’est pas la plus ancienne fête consacrée à la Vierge Marie : dès le IIIe siècle, on trouve des traces d’une fête liturgique consacrée à la Mère de Dieu (Theotokos), dans les communautés arménienne et syriaque de Jérusalem. Plus tard, l’empereur romain d’Orient Maurice (582-602) fixera définitivement la fête de la Dormition au 15 août, pour commémorer l’inauguration d’une église dédiée à la Vierge montée au ciel, le « Sépulcre de Marie ».

La fête arrive à Rome grâce au pape Théodore (642-649), originaire de Constantinople. Elle se diffuse alors en Occident : en 813, le Concile de Mayence l’impose à l’ensemble de l’Empire franc. Puis  la fête va prendre le nom d’Assomption, et l’Eglise d’Occident, pendant longtemps, n’éprouvera pas la nécessité d’ériger cette foi mariale en dogme. C’est dans le courant du XIXe  siècle, que la théologie de l’Immaculée conception et de l’Assomption va pour s’accélérer, pour aboutir aux dogmes que l’on connaît. Après 1950, et le concile Vatican II (1962-1965), la théologie mariale ne connaîtra par contre plus de développement majeur.

 

Le dogme

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« Nous prononçons, déclarons et définissons qu’il est un dogme révélé par Dieu que l’Immaculée Mère de Dieu toujours vierge Marie, ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée à la gloire céleste en âme et en corps. » C’est en ces termes que, le 1er novembre 1950, Pie XII proclama solennellement le dogme de l’Assomption.

  

13 décembre 1545 :Concile de Trente et Contre-Réforme

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Le pape Paul III Farnèse convoque en 1542 un grand concile oecuménique à Trente, dans les Alpes (aujourd’hui en Italie).

Ce concile débute officiellement le 13 décembre 1545. Le pape lui donne pour objectif de revigorer l’Église catholique. Celle-ci va s’en trouver en effet profondément modifiée.

 

La revanche catholique

Après le départ d’une partie de ses ouailles à l’appel de Luther, Calvin, Zwingli et quelques autres, le Saint-Siège a compris la nécessité d’engager une grande réforme au sein de l’Église catholique. Il y est encouragé par le nouvel ordre des Jésuites, énergique et passionné.

Le mouvement va prendre le nom de Contre-Réforme, ou Réforme catholique, par réaction à la Réforme protestante.

Éclairé par de grands théologiens (le Savoyard saint François de Sales et les Italiens saints Charles Borromée et Philippe de Néri), le concile impose en premier lieu de strictes règles de conduite au clergé et en particulier aux évêques. Il améliore la formation des prêtres et promeut l’enseignement du catéchisme. Il confirme aussi la préséance du Saint-Siège à la tête de la hiérarchie catholique.

Le concile de Trente clarifie par ailleurs l’interprétation catholique des Saintes Écritures, en particulier le dogme de la justification ou de la grâce : à la différence des luthériens qui estiment que Dieu décide in fine de sauver ou non un homme et de lui accorder la vie éternelle, les prêtres conciliaires précisent que l’homme peut être porté aux bonnes actions salvatrices s’il dispose de la grâce et lui concèdent une certaine marge de liberté.

 

Le nouveau visage de l’Église

Outre ces points de doctrine, le concile de Trente rénove l’organisation du culte. À la place d’une Église médiévale épuisée, une nouvelle Église prend forme, avec ses zones d’ombre et de lumière. Elle va perdurer jusqu’à la fin du XXe siècle et au concile Vatican II.

– la confession :

Avec le concile de Trente, la confession, l’un des sacrements de l’Église catholique, ne se pratique plus de façon publique. Elle devient un exercice intime, sans contact visuel ou physique entre le confesseur et le pénitent. Elle devient aussi plus fréquente. On ne se confesse plus seulement une fois l’an mais tout au long de l’année.

Le théologien et archevêque de Milan saint Charles Borromée promeut l’usage du confessionnal, un meuble avec deux compartiments séparés par un rideau, l’un pour le confesseur, l’autre pour le pénitent.

L’Église médiévale privilégiait la dévotion, les pèlerinages et les processions. Désormais, on peut dire que l’Église issue du concile de Trente va privilégier la confession et la prédication, en réponse à l’offensive des protestants. Elle sera caractérisée par le confessionnal et par la chaire (une estrade d’où le prêtre, lors des offices, s’adresse aux fidèles).

– la formation des prêtres :

Le souci nouveau porté à la formation des prêtres change également le visage de l’Église. C’en est fini des curés et moines incultes, paillards et laxistes qui faisaient le régal des bateleurs de foire et des fabulistes au Moyen Âge.

Le concile instaure des séminaires, pour la formation des prêtres (le mot vient du latin seminare, semer ; il est synonyme de pépinière). En France, les premiers séminaires voient le jour en 1620. Ils font apparaître des ecclésiastiques en soutane, instruits, habiles à la rhétorique et rigides sur le plan des mœurs, plus respectueux que précédemment du vœu de chasteté.

Prenant le contrepied de la Réforme luthérienne, les pères conciliaires tiennent à ce que les clercs conservent en exclusivité le droit d’interpréter les Écritures saintes. Ils découragent la lecture de la Bible par les fidèles au contraire des théologiens protestants. Conséquence dommageable : l’alphabétisation va prendre du retard dans la plupart des pays catholiques. Dès 1559, l’Inquisition romaine publie la liste des ouvrages dont la lecture est déconseillée, voire interdite aux fidèles, car contraire aux bonnes mœurs et à la foi. C’est l’Index librorum prohibitorum, le début de la censure.

le mariage :

Avec le décret Tametsi sur le mariage, voté en 1563, le concile prend le contre-pied de la Réforme protestante. Il fait très officiellement du mariage l’un des sacrements de l’Église et réaffirme son indissolubilité. Au risque de déplaire aux bourgeois et à l’aristocratie, il réaffirme aussi le libre consentement des époux et condamne les mariages forcés : « Il est criminel de violer la liberté du mariage ». Toutefois, il impose l’accord parental pour les femmes de moins de vingt-cinq ans et les hommes de moins de trente.

Pour prévenir la bigamie et les « mariages clandestins », il réglemente la publication des bans, dix jours avant la cérémonie, et impose la présence au mariage de quatre témoins ainsi que du curé de la paroisse des promis (lequel curé est mieux à même de connaître leur situation familiale qu’un quelconque prêtre). Il exige aussi que tous les mariages soient enregistrés sur les registres paroissiaux, ancêtres de l’état-civil.

Ainsi le concile de Trente a-t-il mis en place le modèle familial qui s’est imposé dans l’Occident moderne, avec un couple solidaire à l’égard de ses enfants comme de ses ascendants. L’abandon de la femme et des enfants par des hommes volages est devenu un comportement asocial et répréhensible. 

– le rituel et la messe :

Quelques années après le concile, le pape Pie V (1566-1572) entreprend de codifier aussi le rituel de la messe. Jusque-là, curés et évêques officiaient comme bon leur semblait. Désormais, l’office religieux suit un rituel rigoureux, le même partout, qui plus est dans une seule et même langue, le latin, afin que soit manifeste l’universalié de l’Église. Les chants et la musique sont empruntés au registre grégorien, lequel est le mieux à même d’élever les âmes.

La rançon de ce formalisme, c’est une messe devenue spectacle, belle mais à laquelle les fidèles participent sans rien comprendre. Il faudra attendre le concile Vatican II pour que le rituel soit assoupli et les langues vernaculaires introduites en remplacement du latin.

Concile, art et architecture

À la suite du concile, très vite, l’Église catholique reprend confiance et s’affirme dans la promotion de l’art baroque. Dès le milieu du XVIe siècle, des artistes de premier rang, tels Michel-Ange et Rubens, mettent en scène la gloire de Dieu et l’amour de la vie dans la peinture comme dans l’architecture.

L’art baroque reste le plus beau témoignage de la Contre-Réforme catholique. Issu de la réforme tridentine, il ne craint pas les excès et s’oppose par sa munificence à l’austérité des réformés luthériens et calvinistes.

L’architecture religieuse subit l’influence de la réforme tridentine :
– les cathédrales gothiques étaient conçues pour les processions et l’on pouvait en faire le tour par les nefs latérales et en contournant le chœur par le déambulantoire,
– les églises baroques, quant à elles, accordent la primeur à la prédication avec une nef centrale très large, dominée par la chaire, et l’impossibilité de cheminer derrière le chœur.

 Contre-Réforme et reconquête catholique

Revigorée par le concile de Trente, la Contre-Réforme ne tarde pas à ramener à l’ancienne foi nombre de régions allemandes, surtout en Rhénanie et dans les Alpes. Elle est conduite par les Jésuites qui bénéficient de l’argent espagnol et de l’appui des successeurs de l’empereur Ferdinand 1er. La vigueur de cette reconquête attise les querelles entre catholiques et luthériens, notamment à propos des principautés ecclésiastiques.

Quand il se sépare le 4 décembre 1563, le concile de Trente a ravivé la foi catholique partout à l’exception notable de l’Europe du nord.

   

Saint Jérôme de Stridon

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Saint Jérôme de Stridon (vers 340 – 30 septembre 420) est surtout connu pour ses traductions en latin de la Bible à partir du grec et de l’hébreu (la Vulgate). Dans l’Eglise il est reconnu comme un des Pères de l’Eglise. Depuis Boniface VIII, en 1298, il Docteur de l’Eglise. 

 Père de l’Église latine, né vers 340 ou 331, à Stridon, à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (actuelle Croatie), il meurt à Bethléem le 30 septembre 420.

Une tradition a fait de lui le patron des traducteurs.

 Jérôme de Stridon fait des études à Rome, se convertit à l’âge de 25 ans suite à un rêve mystérieux lors d’une maladie, et après un séjour en Gaule, part pour la Terre sainte en 373 où il vit en ermite à Chalcis de Syrie dans la « Thébaïde de yrie, au sud-est d’Antioche. Il est ordonné prêtre à Antioche (Asie Mineure).

  En 383, le pape Damase Ier le choisit comme secrétaire et lui demande de  traduire la Bible en latin. À la mort du pape, il doit quitter Rome et retourne en  Terre  sainte en compagnie de Paula, noble romaine. Ils fondent un monastère à Bethléem où il meurt le 30 septembre 420. Pendant les dernières années de sa vie, Jérôme se consacre à l’écriture de l’Ancien Testament en latin à partir de sa propre traduction de l’hébreu et à rédiger ses commentaires sur la Bible

Il meurt en septembre 420 et ses restes sont d’abord entérrés à Jérusalem puis transférés à la Basilique Sainte-Marie-Majeure, l’une des quatre grandes basiliques de Rome

Sa traduction constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction de la Bible officiellement reconnue par l’Église catholique par le Concile de Trente.

 

Iconographie

Prêtre romain, Jérôme de Stridon est traditionnellement représenté en cardinal. Même lorsqu’il est représenté comme un anachorète avec une croix, un crâne et une Bible pour toute ornementation de sa cellule, on utilise généralement le chapeau rouge ou un autre signe pour indiquer son rang.

L’iconographie de Jérôme de Stridon a fait souvent appel à sa légende : par exemple, sa pénitence au désert ou encore en l’épine de la patte d’un lion.

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 La mort de Saint Jérôme de Alphonse Angelin (1815-1907), peintre aixois.

 

 

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Une statue représentant Saint Jérôme, qui a été sculptée par Lambert Sigisbert Adam (sculpteur français, 17100-1759), dit Adam l’Ancien (Eglise Saint-Roch dans le 1er arrondissement de Paris.

 

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L’art baroque

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  1. L’art baroque

 

  1. Ses origines

L’art baroque est inventé et inspiré par la Contre–Réforme, née du Concile de Trente (1546/1563) en réaction à la Réforme protestante. Il répond à l’un des objectifs de ce concile : rétablir les « images » (tableaux, statues de saints…) et leur rôle dans l’exercice de la religion catholique car, ces « images » sont remises en cause par les Protestants qui estiment qu’il n’y a pas besoin de « décoration » pour être proche de Dieu. L’art baroque est donc lié au catholicisme reconquérant de la fin du 16e siècle et ce phénomène culturel perdure jusque dans les années 1760 en Europe.

 

  1. Ses caractéristiques et objectifs

Le baroque est un art de la mise en scène : il y a toujours une impression de mouvement, de vie, avec une pointe de dramatique grâce au jeu des lumières, des lignes courbes, des mises en scènes théâtrales, héritages de l’Antiquité et de La Renaissance.
Le Baroque est l’expression de la démesure, du grandiose car cet art s’exprime dans un tout : un édifice baroque avec des tableaux, des fresques murales géantes, des statues… le tout de style, là aussi, baroque. Cette expression de démesure est renforcée par l’utilisation de matériaux très coûteux et par la taille impressionnante de chaque chef d’œuvre baroque.
L’objectif est de provoquer l’émotion chez les croyants, de les éblouir et donc de les séduire en leur prouvant au travers de cet art que le catholicisme est une grande religion.

  1. L’art baroque en peinture

Introduction

 Ce courant est né en Italie en 1600 et va jusqu’en 1720. Il s’étend rapidement au reste de l’Europe. 

Il est lié au contexte religieux de l’époque. Le concile de Trente, qui a pour but de lutter contre la Réforme protestante, donne une mission à l’art. Son but est de fidéliser les croyants et de ramener les protestants de leur côté. C’est pour cela que la peinture montre la grandeur de Dieu et représente des scènes bibliques avec un caractère impressionnant.

 Le Baroque apparait plus en tant que peinture décorative qu’en tant que peinture de chevet. Les peintres de ce mouvement créent des fresques sur les plafonds et les voûtes des palais ou des églises. Celles-ci reprennent surtout les thèmes de la Contre-Réforme : les passages du Nouveau Testament et l’histoire des hommes importants de l’Eglise.

 Pour rendre leurs peintures plus persuasives, les artistes y intègrent des allégories, des emblèmes, des métaphores et des symboles. Pour cela ils puisent dans l’Iconographie de Cesare Ripa.

Les caractéristiques de l’art baroque

 – Les personnages sont en mouvement

– Expression des sentiments

– L’action est en train de se produire

 L’essentiel
L’art baroque est un mouvement apparu à la fin du 16e siècle, en Italie, et qui connaîtra son heure de gloire au 17e siècle, parfois même jusque dans les années 1760. Il est né de la Contre–Réforme et avait pour mission de convaincre les croyants que le catholicisme est la plus grande religion et, de leur enseigner les grands principes.
L’art baroque se retrouve en peinture, architecture et sculpture. Ce sont principalement des œuvres religieuses qui glorifient la puissance du catholicisme en utilisant toujours les mêmes principes : grandeur, abondance, mise en scène qui donne vie à l’œuvre. Ainsi le spectateur ne peut–il être qu’impressionné.

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Style Louis XVI

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Le style Louis XVI est un style d’ameublement et de décoration employé d’abord en France, de 1774, date du début du règne de Louis XVI à 1785 environ. Il s’inscrit dans un mouvement européen de retour au classicisme dans la seconde moitié du XVIIIè siècle.

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 Période

Le style Louis XVI commence aux environs de 1774, date du début du règne du roi. Ce style suit le Style Transition, qui se situe entre 1758 et 1775. Le Style Transition amorce le style Louis XVI en tranchant avec le style Louis XV. Le style Louis XVI se termine aux alentours de 1785, peu avant la Révolution française. Le style Directoire lui succèdera.

 Contexte

Le milieu du XVIIIè siècle est une époque charnière. On découvre à nouveau l’Antiquité avec la mise au jour des vestiges d’Herculanum (1738) et de Pompéi en 1748. Le style antique influença grandement le mobilier de style Louis XVI et en fut l’un des thèmes. L’influence de Madame du Barry, la favorite du roi Louis XV, est grande. Son goût pour le classicisme se fait sentir notamment par le style de son château de Louveciennes.

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Les architectes en vogue, comme Ange-Jacques Gabriel, Claude Nicolas Ledoux ou encore Étienne-Louis Boullée, adoptent le style néoclassique, voir néo-palladien. Ce style incorpore dans le mobilier des éléments gréco-romains (colonnes, fronton, proportions harmonieuses, portique).

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Visite de l’Eglise du Saint-Esprit Bible ouverte

Visiter  l’Eglise du Saint-Esprit à Bible ouverte

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L’Eglise du Saint-Esprit fait partie du patrimoine culturel et religieux de la ville d’Aix-en-Provence. Construite au XVIIIè siècle sur l’emplacement de l’Hôpital du Saint-Esprit (datant du XIIIè siècle) pour accueillir les pauvres du quartier elle devint une paroisse à part entière sous l’impulsion du cardinal  Jérôme Grimaldi, archevêque d’Aix (1648-1685) d’où son appellation officielle de Paroisse Saint-Jérôme mais toujours appelé « Eglise du Saint-Esprit ».

 Cette église qui a bénéficié de nombreux apports dus à la destruction du Palais comtal en 1787 et de certains couvents à la Révolution donne au visiteur qui veut prendre son temps un aperçu de l’art baroque encouragé par le Concile de Trente (1545-1563) pour lutter contre la réforme protestante et pour l’édification des fidèles.

 Pour le visiteur comme pour le fidèle l’ornementation de cette église peut être l’occasion de se remémorer les textes de la Bible et de les relire : l’art devenant à ce moment un lieu d’enseignement comme le vivaient ceux qui nous ont précédés dans ce lieu.

 « Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier. Chaque jour, le Seigneur leur adjoignait ceux qui allaient être sauvés.

(Ac 2, 41-47)

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Quelques dates

 

1670 : le Parlement de Provence à la demande des habitants du quartier ordonne la construction d’une succursale de la paroisse de l’église de la Madeleine.

 1706 : pose de la première pierre après la destruction de l’hôpital du Saint-Esprit et maisons avoisinantes.

 1716 : bénédiction de l’église qui reçoit le nom de Paroisse Saint-Jérôme en hommage à son fondateur. Mais les habitants continueront à l’appeler « Paroisse du Saint-Esprit »

 1726 : la construction de l’église est terminée.

 Période révolutionnaire : fermée en 1795 et mise en vente par lots elle ne trouva aucun acquéreur et fut définitivement ouverte au culte en 1802.

 1806 : consécration de l’église par Mgr Jérôme Champion de Cicé, archevêque d’Aix de 1802 à 1810.

 2009 : la paroisse est affectée à la Communauté étudiante d’Aix-en-Provence et rattachée à la cathédrale Saint-Sauveur

Décoration intérieure

Le maître-autel

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 L’église du Saint-Esprit est la seule église ancienne de la ville qui a conservé son autel d’origine. Datant de 1787 il est de style Louis XVI.

Six colonnes entourent l’autel avec un entablement de quatre volutes.  Sous le baldaquin dans une gloire : la colombe signe du Saint-Esprit est entouré d’anges et de rayons. Cet autel fut épargné à la Révolution grâce à un don généreux d’une paroissienne.

 L’autel est le lieu où le prêtre célèbre le sacrifice de la messe ou Eucharistie en rappel de la Cène et du sacrifice du Christ sur la Croix. Le maître-autel est l’autel principal d’une église qui se trouve au centre du sanctuaire.

 Exode 20,24  Tu m’élèveras un autel de terre, sur lequel tu offriras tes holocaustes et tes sacrifices d’actions de grâces, tes brebis et tes bœufs. Partout où je rappellerai mon nom, je viendrai à toi, et je te bénirai.
Exode 20,25  Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres taillées ; car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais.

La chaire (1740)

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La chaire du prédicateur mêle deux périodes différentes. A l’origine elle était totalement en bois puis la cuve et la rampe de bois furent enlevées pour être remplacées par une cuve en marbre et un escalier en ferronnerie. Au centre de la chaire, sur la partie horizontale de l’abat-voix, est représentée une colombe, symbole du Saint Esprit, entourée de rayons et de nuages (symboles du baptême et de la prédication du Christ). On distingue encore aujourd’hui sa trace, entourée de deux palmiers, les arbres bibliques par excellence symbolisant l’arbre de Vie.

 Histoire

Dans les vieilles églises, la chaire est plutôt un pupitre disposé sur le côté droit du chœur pour la lecture de l’épître et sur le côté gauche pour celle de l’Évangile. À partir du XIIè siècle, un pupitre surélevé ou une estrade mobile sert à la prédication. L’estrade est en bois, fermée sur trois côtés et recouverte sur le devant d’un tapis.

Les besoins en prédication augmentant, dont celui de combattre l’hérésie, on construit bientôt des chaires à prêcher à même les églises. Il s’agit d’un balcon surélevé auquel on accède par un petit escalier. Pour éviter que le son du prédicateur se perde dans l’enceinte de l’église, un abat-voix est suspendu ou construit au-dessus de la chaire, favorisant ainsi une meilleure distribution de la voix. Pour la même raison, la chaire est placée dans la nef pour que le prédicateur soit plus près de l’assistance et se fasse ainsi mieux entendre.

La chaire est constituée de la cuve qui constitue la place du prédicateur, et parfois d’un dossier qui à l’arrière relie la cuve à la partie supérieure appelée abat-voix.

 «Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait »

(Mt 5, 1-2)

 

 Tableaux

 

Le retable du Parlement (1520-1525)

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Le triptyque de l’Assomption attribué à Manuele Genovese représente des scènes de la vie de la Vierge avec au centre son Assomption. Au revers des volets se trouve l’Annonciation. Les apôtres autour du tombeau vide sont  les portraits des 12 parlementaires du Parlement d’Aix et de leur président vers 1520. 

 « Mon âme exalte le Seigneur/ exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! / Il s’est penché sur son humble servant / désormais, tous les âges me diront bienheureuse » (Lc 1, 42-15).

 

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La Pentecôte (1653) de Jean Daret

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Partie centrale du retable de l’ancienne chapelle du Saint-Esprit. L’Annonciation et le Baptême du Christ qui l’encadraient ont disparu. L’ensemble représente Marie entourée des Apôtres qui ont les yeux levés vers l’apparition.

 «Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

(Ac 2, 1-4)

 

La Présentation au Temple. Fin XVIIè – début XVIIIè siècle. François Marot (1666-1719)

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Ce tableau qui est un don du roi Louis XVIII en 1821 (comte de Provence jusqu’en 1795 quand il prit le nom de Louis XVIII) illustre  la représentation de Marie enfant présentée au Temple par ses parents.

Les Evangiles ne font pas mention de cet épisode de la vie de la Vierge Marie. On le trouve dans le Protévangile de Jacques (chapitre 6) au IIè siècle. Selon ce texte Marie fut conduite au Temple quand elle était enfant jusqu’à l’âge de 12 ans quand elle fut accordée en fiançailles mariée à Joseph. L’institution de cette fête (21 novembre) date du règne de Justinien en 543

 “Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ; oublie ton peuple et la maison de ton père : /  le roi sera séduit par ta beauté. Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui. / (…) / A la place de tes pères se lèveront tes fils ; sur toute la terre tu feras d’eux des princes. / Je ferai vivre ton nom pour les âges des âges : que les peuples te rendent grâce, toujours, à jamais !” (Ps 44)

 

La Vierge intercédant pour les âmes du Purgatoire (Jean Daret)

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 Représentation de la Vierge Marie qui intercède auprès du Christ tenant la Croix. Elle pourrait provenir de l’ancienne église de la Madeleine où se trouvait une peinture de Jean Daret portant le titre de Notre-Dame-du-Suffrage.

 Souvenez-vous / ô très misécordieuse Vierge Marie,/ qu’on n’a jamais entendu dire / qu’aucun de ceux qui ont eu recours / à votre protection,/ imploré votre assistance / ou réclamé vos suffrages, /ait été abandonné./ Animé de cette confiance, /ô Vierge des vierges, ô ma mère, / je viens vers vous, / et gémissant sous le poids / de mes péchés, / je me prosterne à vos pieds./
O Mère du Verbe incarné, / ne méprisez pas mes prières, / mais écoutez-les favorablement /et daignez les exaucer. /Amen. (Saint Bernard)

 

 

Jésus et les Docteurs (1712) et Le Repas chez Simon le Pharisien (début XVIIè) de Jean-Baptiste Daniel (v. 1656-1720)

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Ces deux toiles représentant deux épisodes du Nouveau Testament étaient à l’origine incluses dans deux ensembles de peintures pour deux chapelles aixoises. Leur mauvais état de conservation est dû en partie au fait que le peintre a privilégié les perspectives au détriment de la couleur.

 Le repas chez Symon le Pharisien : Luc 7, 36-50

Jésus parmi les docteurs à Jérusalem : Luc 2, 41-52

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Le repas chez Symon le pharisen par Philippe de Champaigne

 

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Jésus chez les docteurs de la Loi par Jean Auguste Dominique Ingres

 

 

Le Christ en Croix. 1731 de Michel-François Dandré-Bardon (1700-1783).

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 Provenant de la salle d’audience de la Cour des Comptes, détruite en 1787, c’est le dernier tableau d’une série de sept toiles faites pour le comte d’Albertas, premier président de la Cour des Comptes pour la décoration du bureau d’audition.

Il montre un Crucifié qui s’offre, meurt et ressuscite tout à la fois ; il rayonne d’une chaude lumière nacrée révélant chez le peintre sa connaissance de la peinture vénitienne.

 Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé” (Jn 19,37)

« Et moi, quand j‘aurai été élevé de la terrej‘attirerai tous les hommes à moi. » (Jn 12,32)

 

  La mort de saint Joseph.1783. Attribution à Antoine-Gabriel Goyand (1754-1826)

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 Cette toile se situe dans la chapelle de Saint-Joseph.

Restaurée dans les années 1990 après un acte de vandalisme (1977) elle est replacée dans cette la chapelle de Saint-Joseph .

  Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; /  quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25, 26)

 

La vision de saint Jérôme. Commande l’État en 1842. Alphonse Angelin (1814-ap. 1860)

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 Cette toile présente une vision fantastique de l’auteur de la Vulgate.

Le saint est étendu, les bras en croix. A sa droite : un lion couché, un livre fermé avec des feuillets par-dessus, un livre ouvert, une croix et un crâne. Au-dessus du saint, sur des nuages, un ange debout montre le ciel de l’index droit, tandis que deux autres soufflent dans des trompettes.

« Seigneur, mon Dieu, donne à mon cœur de Te désirer, en Te désirant, de Te chercher, en Te cherchant, de Te trouver, en Te trouvant, de T’aimer, et en T’aimant, de racheter mes fautes, et une fois rachetées, de ne plus les commettre.” (Saint Anselme de Canterbury)

 

 L’Adoration des Cœurs de Jésus et de Marie par les Anges. XVIIIè siècle. Philippe Sauvan (1697-1792).

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 Il s’agit d’une réplique d’un tableau du même peintre conservé dans la cathédrale Sainte-Trophime d’Arles. L’image symbolique des deux Cœurs réunis hors de leur contexte est familière du milieu du XVIIIè siècle. La dévotion au Sacré-Cœur fut instituée par le pape Clément XIII.1765. 

 

« Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction, – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

(Luc 2, 34-35)

 « Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

(Jean 19, 31-34)

 

Un tableau ex-voto (1860)

 De provenance anonyme et daté de 1860 cet ex-voto est une représentation de la Passion du Christ sur carton.

 Seigneur, tu m’as fait remonter de l’abîme et revivre quand je descendais à la fosse”. (Ps 30)

“Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque qui croit en Lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle” (Jn 3,15).

 

 

Les statues

 

Dans le chœur du Saint-Esprit subsistent quatre grandes figures (hautes de deux mètres) en bois enduit de stuc « façon pierre ». Elles illustrent les quatre paroisses de la ville : le Christ Sauveur, sainte Marie-Madeleine (en avant du chœur), saint Jérôme et saint Jean-Baptiste (en arrière). Conçues pour ce sanctuaire on peut les identifier grâce aux inscriptions latines des cartouches tenues par des anges et par les attributs de chaque personnage.

 Au pied des piliers de la croisée nef on remarque les prophètes Samuel et Isaïe. Ils sont de même facture mais sans inscription. Ils proviendraient de la chapelle des Pénitents Blancs selon Jean Boyer.

 

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Le prophète Samuel : il tient en sa main une épée flamboyante, signe du jugement de Dieu. Samuel avait ordonné à Saül, roi d’Israël, de vouer à l’interdit les Amalécites qu’il allait combattre. Or Saül  épargna Agag, roi d’Amalec. Samuel lui reprocha cette désobéissance  et exécuta lui-même le roi Agag (I Samuel, 15, 1-35).

 

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 Le prophète Isaïe : au bas de la statue se trouvent des livres ; ils évoquent la mission de prophète-écrivain. Il s’appuie dur un longue scie, allusion à sa mort : la tradition affirme que le prophète mourut martyr, son corps scié en deux.

Figure biblique, Isaïe aurait vécu à Jérusalem (VIIIè siècle av. J.-C.). Son époque est marquée par la montée en puissance de l’Assyrie face au royaume de Juda. Isaïe dénonce le relâchement des mœurs de ses concitoyens, ce qui attire la colère de Dieu.

Le roi Manassé, fils d’Ézéchias, fit persécuter des contemporains d’Ésaïe. Selon l’Ascension d’Isaïe (écrit apocryphe chrétien du IIè siècle), torturé sur ordre de Manassé, Ésaïe fut scié en deux, mais son âme fut ravie au ciel juste avant cette torture, de manière à ce qu’il ne souffre pas.

Isaïe exerça son ministère dans la seconde moitié du VIIIè siècle av. J.-C.  dans le royaume de Juda. Il vécut dans l’entourage royal et ses oracles ont une portée politique caractérisée. Parmi ceux-ci, les prophéties sur l’Emmanuel ont une très grande importance, en raison de leur sens messianique et leur influence sur la révélation chrétienne.

 

 L’Orgue de l’église du Saint-Esprit (Aix-en-Provence)

L’orgue du Couvent des Carmes

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 Il date du XVIIe siècle alors que la construction de l’église a débuté en 1706 : il a été commandé par les grands Carmes d’Aix pour leur chapelle (dont on peut voir les restes dans le passage Agard). Réalisé par le facteur d’orgue marseillais Charles Royer, le buffet a lui été effectué par le menuisier aixois Adolphe Dumas suivant les plans du sculpteur Jean-Claude Rambot (atlantes du Pavillon de Vendôme, fontaine des quatre dauphins, etc.).

 Sur le panneau inférieur du buffet on trouve un médaillon représentant Catherine de Sienne, tandis que le fronton est orné d’un écu portant un lion héraldique lequel est entouré d’une corde à trois nœuds comme ceux que portent les franciscains.

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La chapelle des Carmes fut détruite par la période révolutionnaire, et le Directoire du Département des Bouches du Rhône attribua l’orgue à l’église du Saint Esprit

 Orgue exceptionnel, autant du point de vue esthétique qu’auditif. Il est surtout extrêmement grand : on peut voir sur la façade 53 tuyaux, mais à l’intérieur du buffet d’orgue il y en a 1728, soit un total de 1 781 tuyaux mesurant entre quelques centimètres jusqu’à 5 mètres.

 « Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez ; /  jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; / au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !  /  Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ; / que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie, /  à la face du Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture ! »

(Ps 97)

 

Les fonts baptismaux

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 Les fonts baptismaux en marbre blanc, classés par les Monuments historiques, datent du XVIIIè et du XIXè siècle. La cuve est datée du XVIIIè siècle et le pavement du XIXè siècle. Ils sont placés au fond de l’édifice.

 « Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. (…). Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

(Mt 28, 16-20).

  

La Croix de mission

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 La grande croix commémorative de la Mission prêchée en 1750 dans cette église par le Père Jacques Bridaine, célèbre prédicateur de missions, Cette croix, d’une hauteur de 4 mètres se trouvait à l’origine en dehors de la ville.

 « Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » (Mc 1, 14-15

 Mission paroissiale

 Une mission paroissiale est une retraite spirituelle « dans la vie courante » adaptée aux communautés paroissiales, surtout dans les paroisses de campagnes. Durant plusieurs jours, ou même  une semaine, elle consiste en une série d’exercices spirituels (processions, adoration du Saint-Sacrement, récitations du chapelet, confessions, messes, etc…) avec des prêches et conférences religieuses données par des prédicateurs venus de l’extérieur (Jésuites ou Rédemptoristes) et se terminant par une grande célébration eucharistique. Souvent une croix, ou large crucifix, était érigée en un lieu public comme mémorial de la mission. Ces missions sont tombées en désuétude en Europe occidentale dans les années 1960.

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Semaine de la sécurité des patients au CHU d'Aix.
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Histoire du Missel romain

L’histoire du Missel romain

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La Messe romaine antique

 

Dès le second siècle, le christianisme s’est répandu dans tout l’Empire romain, au Proche et au Moyen-Orient, en Grèce et en Asie Mineure, en Égypte et en Afrique du Nord, en Italie, en Gaule… la liturgie eucharistique s’est développée et enrichie de mille manières au contact de ces diverses cultures, donnant lieu à plusieurs grandes familles liturgiques distinguées par leur langue, leurs chants, par l’ordonnancement de leurs lectures et de leurs rites, et par maints usages locaux, mais unies toujours par leur noyau central : les paroles et les gestes de Jésus à la Cène.

Nous allons nous contenter d’étudier l’histoire de notre liturgie romaine, une liturgie tout à fait locale au point de départ, mais appelée à s’étendre dans à peu près tout l’Occident chrétien.

1.1. Les grandes caractéristiques de la liturgie romaine antique

Rome, où siègent Pierre et ses successeurs, devient naturellement le centre chrétien de l’Empire romain d’Occident. Comment y célèbre-t-on la Messe, dès avant la fin des persécutions au début du IVème siècle ? Retenons quelques traits originaux.

 

Le passage du grec au latin

À Rome, le nombre des convertis augmente considérablement après 250, en dépit des persécutions épisodiques. À cette date, le latin et le grec, qui était la langue de la communauté primitive originaire d’Orient, arrivent à égalité dans l’usage des chrétiens. La latinisation de la liturgie s’opère tranquillement, sans violence, de 250 à 380, date à laquelle la liturgie romaine est devenue une liturgie latine. La langue latine est la première caractéristique de la liturgie romaine, même s’il existe d’autres liturgies de langue latine qui ne sont pas romaines, à Milan ou dans les Gaules.

 

Les basiliques chrétiennes

Contrairement à ce que l’on croit souvent, il existait partout dans l’Empire romain encore païen de nombreuses églises, qui rivalisaient même avec les plus beaux temples élevés par les romains. À côté des demeures particulières, des « domus ecclesiæ » – riches villas romaines adaptées au culte – s’élèvent bientôt des basiliques chrétiennes construites sur le modèle des païennes. Elles sont constituées d’une nef rectangulaire de taille variable dont la partie haute, l’abside, est surélevée et de forme semi-circulaire. Au fond de cette abside se trouve le siège de l’évêque. À  la jonction de la nef et de l’abside est érigé l’autel fixe, de bois d’abord, puis de pierre. La décoration de la basilique est somptueuse : mosaïques, fresques, tentures, luminaires, ciborium tendu comme un ciel au dessus de l’autel, ambon monumental pour la lecture de l’Évangile…

Avec la paix constantinienne et la tranquillité de l’Église, ces basiliques vont être le lieu du déploiement de la liturgie romaine, au cours du IVème siècle.

 

Les premiers livres liturgiques

Dans cette période d’enrichissement, les textes et les prières liturgiques vont se formaliser et donner naissance à des recueils manuscrits. Si, dans les premiers siècles, les prêtres composaient eux-mêmes les prières du culte en suivant les lignes générales héritées des Apôtres, ils vont vite préférer se conformer aux textes légués par les plus savants d’entre eux, les grands évêques, les papes et les docteurs : saint Basile ou saint Jean Chrysostome en Orient, saint Ambroise, saint Léon le Grand (440-461) ou le pape Gélase (492-496) en Occident.

Au VIème et au VIIème siècles, les prières composées par ces derniers au cours du siècle précédent, dans un latin remarquable, vont être compilées dans des livres qu’on appellera plus tard des « sacramentaires », et qui forment aujourd’hui encore la source principale des prières de la Messe romaine, en particulier les Préfaces et les oraisons du président : la collecte, la prière sur les offrandes et la postcommunion.

 

Le Canon romain

S’il est un monument emblématique de la liturgie romaine, c’est bien sa grande et unique prière eucharistique que l’on appelle, aujourd’hui encore, le Canon Romain. On le trouve cité et commenté en partie déjà par saint Ambroise, vers 390, et il acquiert sa forme définitive dès la fin du Vème siècle. C’est donc cette prière, en partie fixe et en partie variable, au style et à la théologie particulièrement remarquables, que la liturgie romaine a emprunté exclusivement, depuis le IVème siècle, pour accomplir le mystère eucharistique. C’est celle encore qui occupe la place d’honneur dans le Missel romain de notre époque, même si on l’a assorti depuis 1969, et suivant un usage de l’Orient, d’autres prières eucharistiques utilisables en des circonstances moins solennelles.

 

Le chant romain

La liturgie romaine semble, primitivement, assez réfractaire au chant : elle est, nous le verrons, sobre et dépouillée par nature. C’est de l’Afrique chrétienne que lui vient peu à peu l’usage de chanter des psaumes après les lectures (graduel, trait, alléluia), pendant les processions de l’offertoire et de la communion. Le chant initial de l’introït s’ajoute encore un peu plus tard, de sorte que la Messe romaine antique commence en silence. Nous en avons une trace dans la procession silencieuse du Vendredi Saint, qui est le dernier vestige de ce que fut la liturgie de Rome aux IVème et Vème siècles, jusqu’au grand pontificat liturgique de saint Léon le Grand, mort en 461. Essayons, pour achever cette présentation de la liturgie romaine antique, de nous l’imaginer…

 

Idée de la Messe à Rome au IVème siècle

Lire Dom Guy Oury, La Messe romaine et le peuple de Dieu dans l’histoire, Solesmes, 1981, pp. 69-61.

 

1.2. Les problèmes «  de toujours »

Nous sommes là au commencement d’un âge d’or liturgique, alors que, paradoxalement, l’Empire romain d’Occident en butte aux invasions barbares, approche de sa ruine.

On peut parler d’âge d’or liturgique dans la mesure où la liturgie est vraiment le centre et le sommet de toute la vie chrétienne. Lorsque l’Empire devient résolument chrétien, toute l’existence s’achève dans la liturgie : la réflexion des théologiens comme l’expérience religieuse du chrétien le plus modeste, les arts et la musique, la vie publique et les institutions ecclésiastiques…

Cependant, cette période n’est pas exempte des questionnements et des tensions qui parcourront toute l’histoire de la liturgie jusqu’à nos jours. Tension entre la sobriété originelle et l’exubérance croissante du culte (exemple des vêtements mondains passés dans l’usage cultuel, ou de l’usage de la musique), tension entre la tradition reçue et la culture ambiante (exemple de l’encens, suspecté de paganisme), difficultés liées à la compréhension du latin (en pays de langue celtique ou berbère) ou à la participation populaire (spécialisation du ministères, manque de place dans les églises), problèmes liés à la communion eucharistique, dont l’accès est sévèrement réglementé, comme au manque de ferveur des communiants que déplorent maints Pères de l’Église…[1]

La liturgie vécue par les hommes, même en ses périodes les plus fastes, n’atteint jamais la perfection ! Cela est vrai aussi en cette période charnière de l’histoire de la civilisation occidentale, à cheval entre l’Antiquité tardive et le Moyen-Âge, période dont le personnage le plus emblématique, au rôle capital pour l’histoire de la liturgie romaine en cette fin du VIème siècle, fut le pape Grégoire le Grand. Avec lui, nous entrons dans une époque nouvelle, celle de la chrétienté.

 

 La Messe de la Chrétienté

 

2.1. La Messe de saint Grégoire le Grand

 

  1. a) Un pontificat éponyme

On pourrait définir le pontificat très symbolique de saint Grégoire le Grand (590-604) comme celui qui vit briller le faste de la liturgie romaine sur les décombres de l’Empire. La tradition liturgique inaugure avec ce pape sa grande période classique.

Tout, dans la liturgie, devient « grégorien », et on imputera à saint Grégoire, à tort ou à raison, toutes les richesses de ce temps : le sacramentaire est grégorien, le style de ses prières aussi, le chant romain devient également grégorien, comme aussi les cérémonies de la Messe.

 

  1. b) le « génie du rit romain »

« Grégorien » en vient à désigner ce qui fait le génie propre et permanent du rite romain : une liturgie sobre et décantée, rationnelle et logique, pure dans sa langue et dans ses rites, concise  dans ses énoncés théologiques, sans ajout inutile, somptueuse seulement pour son cadre, son chant et son cérémonial, une cérémonie digne d’un pape qui en est le célébrant de référence… toutes choses qui peuvent nous faire penser au style liturgique du saint Père Benoît XVI.

 

  1. c) Évolution des rites dans la période grégorienne

Au cours des VIIème et VIIIème siècles, la liturgie de la Messe romaine acquiert la plupart des éléments structurants qui ont demeuré jusqu’à nous : le chant d’introït, la procession avec encens en chandeliers, la vénération de l’autel par un baiser, le Kyrie rapporté d’Orient comme le Gloria in excelsis, la prière de collecte, la disparition de la première lecture au profit de la seule Épître, les chants « grégoriens » de la liturgie de la Parole, la disparition de la prière universelle, le Canon romain chanté alors à haute voix, le Notre Père suivi du baiser de paix, la fraction du pain, la prière après la Communion, l’Ite missa est, le baiser à l’autel et la procession solennelle de sortie.

  

2.2. Diffusion de la Messe romaine à l’époque carolingienne

La perfection de cette forme liturgique va entrainer son expansion progressive dans tout l’Occident, à la faveur des missions dans les terres encore païennes du Nord de l’Europe et surtout de la consécration, par les papes romains, de la nouvelle dynastie carolingienne. Pépin le Bref, puis son fils Charlemagne, vont découvrir la beauté de la liturgie et du chant grégoriens, et ils vont s’employer à en faire le ciment de leur nouvel Empire romain. Partout en Europe circulent des clercs et des moines imbus de la liturgie de Rome, qui vont en répandre les usages et les chants.

Mais cela ne se fait pas sans quelques influences réciproques, qui vont atténuer la sobriété du culte de Rome : le chant romain va s’enrichir des traditions plus ornées de Gaule ou d’Espagne ; Rome va recevoir l’usage du pain azyme, par conformité à l’Évangile ; le Canon ne va plus être chanté mais récité à voix basse ; les encensements vont se multiplier ; le Credo de Nicée va être chanté après l’Évangile ; la prière face à l’Orient va se généraliser…

En l’An Mil, la liturgie romaine sera devenue une liturgie « romano-franque », marquée par beaucoup d’usages mystiques d’Orient qui avaient pénétré en Gaule mais pas à Rome, toujours soucieuse de la plus grande simplicité.

 

2.3. La Messe et la piété médiévale

Telle se présente la Messe romaine au passage dans le second millénaire, à l’orée du Moyen-Âge central qui voit l’accomplissement de la chrétienté visible. L’époque de la chrétienté occidentale – on pourrait dire par commodité l’époque romane et surtout gothique – va influer de plusieurs manières sur la liturgie eucharistique. On peut en retenir trois principales.

  1. a) La beauté du culte et l’allégorie au service de la prière

S’il est un lieu qui incarne le déploiement de la liturgie au Moyen-Âge, c’est bien l’abbaye de Cluny. Elle est le plus majestueux de ces lieux innombrables en Occident – monastères, cathédrales, collégiales – où la liturgie est célébrée, quotidiennement, avec faste. On a l’idée en effet, avec Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, que « au dessus de tous biens sur cette terre d’exil, c’est le bien suprême de glorifier Dieu par un culte solennel dans son sanctuaire. »[2]

Au service de la beauté, la musique sacrée se développe, avec les premières polyphonies et la composition d’un immense trésor poétique, souvent écrit dans un latin rimé et facile à comprendre. Le Missel se charge ainsi d’un nombre considérable de séquences et de tropes et, de plus en plus, les églises particulières se dotent de missels particuliers, avec les conséquences que l’on verra.

Dans le même temps, le clergé s’efforce d’expliquer aux fidèles une liturgie devenue en partie insaisissable, du fait de sa complexité et du cloisonnement du sanctuaire. La méthode préférée est celle de l’allégorie, qui consiste à donner à chaque détail de la cérémonie une signification imagée, en lien le plus souvent avec la Passion du Christ : ainsi, quand le prêtre s’incline profondément au « Supplices te rogamus » du Canon, il représente le Christ inclinant la tête sur la Croix et rendant son esprit ; quand le diacre repose la pale sur le calice après le « Per ipsum », il referme le sépulcre de Jésus et, lorsque la pale est de nouveau enlevée, le prêtre met dans le calice une parcelle d’hostie, figurant la Résurrection par l’union du Corps et du Sang du Sauveur.

Il se reproduit en quelques sorte le phénomène du vitrail : toute l’attention du peuple se porte sur ce qu’il voit, non pas sur ce qu’il entend (ou n’entend plus !), avec le risque de faire des rapprochements artificiels, ou peu théologique, et de rendre les fidèles étrangers à la Parole vivante qui accomplit les sacrements.

  1. b) La mise en valeur de la piété du célébrant

Un second trait caractéristique de la Messe médiévale est l’ajout, dans la liturgie, de nombreuses prières de dévotion récitées à voix basse par le prêtre : habillage à la sacristie, Prières au bas de l’autel et Confiteor, formules d’offertoire, prières avant et après la Communion, comme à la fin de la Messe. Ces prières étaient très nombreuses, variables suivant les lieux et les missels, quelquefois de manière un peu anarchique.[3]

De même, des gestes sont ajoutés pour éviter la routine, pour rester bien attentif au mystère célébré.

  1. c) La Messe ou l’adoration de la Présence réelle

Enfin, le phénomène le plus frappant, et le plus lourd de conséquences, qui marque la liturgie médiévale, est assurément la focalisation sur le Mystère de la Présence Réelle.

Un geste est emblématique : l’élévation de l’hostie après la Consécration, que tous, théologiens, historiens et liturgistes, considèrent comme le fait le plus important de l’Histoire de la Messe au Moyen-Âge.

L’origine de ce geste est liée aux nombreuses controverses eucharistiques qui agitent la théologie médiévale dès le XIIème siècle et dont certaines vont jusqu’à contester, avec Bérenger de Tours, la réalité de la présence réelle du Christ.

En outre, l’usage s’était établi de mimer les gestes du Christ à la Cène au point d’élever l’hostie au moment où le prêtre disait : « il prit le pain », et de prononcer les paroles de la Consécration dans cette attitude d’élévation. L’évêque de Paris, Eudes de Sully (1196-1208), intervient en demandant aux prêtres de ne pas montrer l’Hostie au peuple avant qu’elle ne soit consacrée, afin que celui-ci adore seulement la Présence réelle.

En fait, la portée de cette décision est beaucoup plus profonde. Jusque là, depuis l’Antiquité, l’action eucharistique était rectiligne, puisque la Consécration elle-même n’était soulignée que par des gestes très discrets. Elle était moins un aboutissement en soi que la continuation d’une action qui se développait jusqu’à la consommation du sacrifice par la Communion eucharistique.

Désormais, la Messe trouve un nouveau centre de gravité : c’est le miracle de la Transsubstantiation qui devient, pour les fidèles, le sommet du rite eucharistique. Et la contemplation de la Présence Réelle va en quelque sorte se substituer à la manducation du Corps du Christ à la communion, laquelle devient tellement rare que le Concile du Latran de 1215 doit faire obligation aux fidèles de communier au moins une fois l’an !

La Messe, du moins  dans l’esprit des fidèles, n’est plus d’abord la grande représentation sacramentelle de tout le mystère pascal du Christ, auquel on communie physiquement, mais le lieu où s’accomplit le miracle sublime de la Transusbtantiation.

La réaction protestante aura beau jeu de réclamer un retour à la Cène évangélique, avec son leitmotiv : « Il faut changer la Messe en Communion ». C’est tomber dans l’excès inverse, quand il eût mieux valu réaffirmer, comme le fera le Concile de Trente, que la Messe est indissociablement le sacrement du Sacrifice du Christ et le sacrement de son Corps et de son Sang donnés en nourriture.

La Messe médiévale n’avait en rien dénaturé cette vérité de foi, mais l’évolution de ses rites et de sa piété, comme la défense de la foi contre les hérésies du temps, concouraient avant tout à mettre en valeur le mystère de la Présence Réelle.

Le temps des réformes

 

3.1. La Réforme protestante et le Missel de saint Pie V

C’est sur ce terrain doctrinal que la Réforme s’est positionnée. En conséquence de ses affirmations sur les sacrements et sur la nature de la Messe, elle a été amenée à contester la liturgie catholique, le rôle de ses prêtres et la participation passive de ses fidèles. Cette contestation s’est d’abord étendue insidieusement, par l’insertion dans les missels existants de textes incompatibles avec la foi catholique.

C’est pour remédier à ces erreurs diffuses dans les missels très nombreux qui avaient vu le jour dans les siècles précédents que saint Pie V imposa à l’Église universelle l’usage du Missel médiéval de la ville de Rome, imprimé pour la première fois en 1474. L’invention de l’imprimerie quelques décennies auparavant devait permettre la diffusion universelle de ce Missel romain, garant de l’orthodoxie eucharistique.

Ne pouvant pas contrôler l’orthodoxie des missels parus depuis le milieu du XIVème siècle, époque des premières grandes contestations eucharistiques, le pape interdit l’usage des missels n’ayant pas au moins 200 ans d’ancienneté.

La liturgie tridentine traversera exactement quatre siècles, jusqu’au nouveau Missel romain réformé par le Pape Paul VI à la suite du concile Vatican II et publié en 1969.

3.2. La mise en cause utopiste de l’héritage médiéval

Après la Réforme, d’autres courants utopistes se sont attaqués, dans les Temps Modernes, à la liturgie de la Messe. Précédant de peu l’époque des Lumières, certains courants jansénistes ont déprécié le caractère irrationnel et mondain des rites ajoutés par le Moyen-Âge. Ainsi certains prêtres jansénistes, tel Jacques Jubé, curé d’Asnières au début du XVIIIème siècle, entendent dépouiller les églises de toutes leurs images, dire la Messe sur un autel nu en se tournant vers les paroissiens, traduire les prières en français, faire participer les fidèles par la procession des offrandes…

Ce qui est contesté par les Lumières, c’est toute la période médiévale, « gothique » comme on dira de manière péjorative, suspectée d’avoir faussé l’institution évangélique de l’Eucharistie, d’avoir encouragé la superstition en n’éclairant pas la dévotion des fidèles, et de s’être positionnée dans une attitude de défense de la foi et des privilèges ecclésiastiques.

3.3. Le Mouvement liturgique et le nouveau Missel romain de Paul VI

Il est vrai que la surenchère esthétique, allégorique et mystique du Moyen-Âge, et surtout l’individualisme grandissant dans la pratique religieuse, ont pu conduire à une mésestime du mystère liturgique. On s’est éloigné des sources premières, on a perdu le sens sacramentel des rites, les dévotions particulières se sont imposées, en lien avec une conception de plus en plus individuelle et moralisante de la vie chrétienne.

  1. a) Le Mouvement liturgique

Pour retrouver l’esprit des premiers siècles et redonner à la liturgie le caractère englobant de toute la vie chrétienne qui avait été le sien durant le premier millénaire, il fallait un grand mouvement de renouveau catholique.

Ce fut le Mouvement liturgique, dont la figure marquante fut, dans les débuts, l’abbé réformateur de Solesmes, Dom Guéranger (1805-1875). Pour lui, les Institutions liturgiques et l’Année liturgique sont la source de la vie de l’Église, la source de sa spiritualité comme de sa doctrine, la source de sa communion universelle sous l’égide du Pontife romain.

Saint Pie X, au début du XXème siècle, encouragera ce mouvement en rappelant que la liturgie est  « la source authentique du véritable esprit chrétien », et en entreprenant d’importantes réformes dans les livres liturgiques romains.

Ainsi, son idée de rétablir l’usage universel du chant grégorien tend à faire revivre à l’Église l’âge d’or liturgique auquel avait présidé saint Grégoire le Grand à la fin de l’Antiquité.

De nombreuses recherches archéologiques, la redécouverte de la théologie ancienne, celle des Pères de l’Église enracinée dans l’Écriture Sainte et l’expérience communautaire de la prière, vont accompagner ce Mouvement liturgique qui, après les réformes et les enseignements majeurs du pape Pie XII, arrivera à maturité au moment du Concile.

  1. b) Les intentions liturgiques du Concile et leur traduction dans le Missel de Paul VI

Quelles furent les intentions du Concile lorsqu’il s’attaqua à la restauration du Missel romain ? Il les énonce lui-même :

Cette restauration doit consister à organiser les textes et les rites de telle façon qu’ils expriment avec plus de clarté les réalités saintes qu’ils signifient, et que le peuple chrétien, autant qu’il est possible, puisse facilement les saisir et y participer par une célébration pleine, active et communautaire.[4]

Voilà l’esprit qui préside à la refonte du Missel Romain. On vise avant tout à favoriser la participation des fidèles à la liturgie , afin « qu’ils n’assistent pas à ce mystère de la foi comme des spectateurs étrangers et muets, mais que, le comprenant bien dans ses rites et ses prières, ils participent consciemment, pieusement et activement à l’action sacrée, soient formés par la Parole de Dieu, se restaurent à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu… »[5] 

Pour cela, le rituel de la Messe sera révisé afin de le rendre plus lisible, dans cet esprit de « noble simplicité » et de « brièveté remarquable »[6] si caractéristiques du rite romain ancien :

Aussi, en gardant fidèlement la substance des rites, on les simplifiera on omettra ce qui, au cours des âges, a été redoublé ou a été ajouté sans grande utilité ; on rétablira selon l’ancienne norme des saints Pères, certaines choses qui ont disparu sous les atteintes du temps, dans la mesure où cela apparaîtra opportun ou nécessaire.[7]

Enfin, l’Église réaffirme l’unité des deux tables de la Parole de Dieu et de la Sainte Communion, en demandant que soient ouverts « plus largement les trésors bibliques ».[8]

Il en est résulté le missel romain de Paul VI, publié en 1969, dont nous connaissons la ligne sobre et vraiment romaine, et la richesse du contenu.

Nous y trouvons des nouveautés, qui n’appartiennent certes pas à la tradition romaine, et dont les plus significatives sont à coup sûr les nouvelles prières eucharistiques qui s’ajoutent au Canon Romain, les nouvelles prières d’offertoire inspirées des bénédictions juives du repas pascal, et le nouveau lectionnaire qui permet, en trois ans, de parcourir l’essentiel de la Sainte Écriture.

De nombreux gestes et prières ajoutés au cours du Moyen-Âge ont été supprimés, d’autres, souvent plus anciens, ont été restaurés, en particulier la prière universelle.

Tout ce qui, pour le reste, diffère du Missel Romain de saint Pie V, est puisé aux sources les plus anciennes de la tradition occidentale, en particulier dans les sacramentaires romains du premier millénaire.

D’où vient, alors, l’idée diffuse chez beaucoup depuis quarante ans, ou même revendiquée d’un bord comme de l’autre, que ce Missel ne serait pas dans la continuité de la liturgie antérieure ? Cette question va nous permettre de conclure et de synthétiser ce que notre parcours historique nous aura appris.

En complément

[1] Un exemple, chez saint Jean Chrysostome : « Je vois beaucoup de gens qui participent étourdiment et sans réflexion au Corps du Christ, plutôt par habitude et pour obéir à la loi que par raison et par réflexion. Voient-ils arriver le temps du saint Carême ou celui de l’Épiphanie, en quelque état qu’ils se trouvent, ils prennent part aux sacrements… »

[2] Anonyme, Vita PetriPL CLXXXIX, c. 19.

[3] On cite volontiers saint Vincent de Paul, quelques siècles plus loin, notant : « J’étais une fois à Saint-Germain-en-Laye où je remarquais sept ou huit prêtres qui dirent tous la Messe différemment ; l’un faisait d’une façon, l’autre d’une autre ; c’était une variété digne de larmes. Dieu soit béni de ce qu’il plaît à sa divine Bonté remédier peu à peu à ce grand désordre ! » (Œuvres, éd. P. Coste, t. XII, Entretiens, Paris, 1924, pp. 258-259.)

[4] SC 21.

[5] SC 48.

[6] SC 34.

[7] SC 50.

[8] SC 51.

https://www.communautesaintmartin.org/article/un-regard-historique-sur-la-messe-2-lhistoire-du-missel-romain/

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EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MESSE, POURQUOI ALLER A L'EGLISE ? : L'EUCHARISTIE, UN DRAME EN TROIS ACTES, TIMOTHY RADCLIFFE

Pourquoi aller à l’église ? : l’Eucharistie, un drame en trois actes

Pourquoi aller à l’église ? :

L’Eucharistie, un drame en trois actes

Timothy Radcliffe

Paris, Le Cerf, 2009, 294 pages,

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Après Pourquoi être chrétien ? (Cerf, 2005), dans cet  ouvrage de Timothy Radcliffe présente le déroulement de la liturgie de la messe, parole et eucharistie, pour en faire émerger le sens, un sens vivant et incarné. T. Radcliffe a l’art d’illustrer son propos d’exemples tirés de la tradition spirituelle ou théologique mais aussi de films ou de romans contemporains. A son invitation, nous voici disposés à mieux accueillir Celui qui vient à notre rencontre dans ce drame en trois actes (La foi, la charité et l’espérance). Notre relation au Christ, sans cesse interrogée, est vivifiée, désencombrée de tout ce qui limite notre accueil de l’amour de Dieu. Ces pages accompagneront tout ceux qui souhaitent nourrir leur foi, lui donner un nouvel élan, l’élan du chemin, un nouvel éclat, l’éclat du témoin. Accordons-nous le temps d’une lecture qui ne manquera pas de saveur. Elle donnera le goût de l’échange et du partage. Nous ne sommes pas chrétiens seuls mais ensemble ; notre foi, partagée, ne sera que plus vivante.

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Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ?

Le Catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? 

Guillaume Cuchet

Paris, Le Seuil, 2021. 241 pages.

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Quatrième de couverture

Le catholicisme, hier encore religion de la très grande majorité des Français, n’est plus ce qu’il était. Un tiers des enfants seulement sont désormais baptisés en son sein (contre 94 % vers 1965) et le taux de pratique dominicale avoisine les 2 % (contre 25 % à la même date). Un tel changement, qui n’est pas achevé, a des conséquences majeures, aussi bien pour cette religion que pour le pays tout entier, façonné, dans la longue durée, par cette longue imprégnation catholique.
Dans le prolongement de Comment notre monde a cessé d’être chrétienLe catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? se penche sur certaines de ses manifestations contemporaines : la mutation anthropologique qu’entraîne le fait de mourir sans croire pour la génération des baby-boomers et ses descendants ; les transformations de la scène funéraire contemporaine et la diffusion de la crémation ; les recompositions de l’ascèse sous la forme du running ; les inquiétudes suscitées par l’islamisme ; la montée des  » sans-religion « , notamment chez les jeunes ; l’intérêt largement répandu pour la  » spiritualité « , qu’on oppose volontiers désormais à la  » religion  » ; le devenir minoritaire du catholicisme et les problèmes identitaires que lui pose le phénomène ; la manière dont, dans la longue durée, l’Église s’adapte plus ou moins à la modernité.
In fine, l’auteur pose la question de savoir si l’on n’a pas plus à perdre qu’à gagner à cette mutation.

Guillaume Cuchet est professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil. Il a notamment publié Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018) et Une histoire du sentiment religieux au XIXe siècle (Le Cerf, 2020).

Guillaume Cuchet : « Le catholicisme aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner »

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Rien n’est joué concernant l’avenir du catholicisme en France, telle est l’opinion de l’historien Guillaume Cuchet qui répond aux questions d’Aleteia sur la situation des catholiques dans la société d’aujourd’hui, alors qu’ils sont devenus une minorité. Si les chrétiens ont des combats à livrer, en particulier dans le domaine de la culture, leurs motivations doivent être évangéliques, et pas idéologiques.

Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Est et spécialiste de l’histoire des religions, Guillaume Cuchet défend la thèse selon laquelle la crise du catholicisme a des racines profondes, bien antérieures au concile Vatican II, même si celui-ci fut un déclencheur. Dans son nouveau livre, Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, il explore les effets de la déchristianisation sur la société. Pour lui, l’avenir du catholicisme passe par une prise de conscience, « la responsabilité de chacun », et par la culture. 

 

Aleteia : Votre livre précédent, Comment notre monde a cessé d’être chrétien ?, exposait les causes lointaines de la déchristianisation de notre société. Dans Le catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ?, voulez-vous montrer qu’il n’y a rien d’irréversible à cette évolution ?
Guillaume Cuchet : J’ai cherché à prolonger mes courbes pour rejoindre la situation que nous avons sous les yeux, avec toutes les incertitudes que comporte l’exercice, parce qu’à mesure que l’historien se rapproche du présent, il perd évidemment son principal outil de travail qui est le recul. Il y a une tendance lourde à la déchristianisation qui remonte au XVIIIe siècle, même si elle n’est pas linéaire et qu’elle est passée par des phases, tantôt ascendantes, tantôt descendantes. L’Église était plus en forme en 1860 qu’en 1810, par exemple. Il y a aussi des scénarios plus probables que d’autres. Mais, en dernière analyse, l’avenir du catholicisme est une question posée à notre liberté, individuellement et collectivement. Il aura l’avenir qu’on voudra bien lui donner. Donc je propose d’y réfléchir un peu froidement tant qu’il en est encore temps : on peut vouloir laisser filer les choses mais autant savoir ce qu’on fait.

Un grand nombre de nos contemporains opposent désormais la « religion » à la « spiritualité ».

À quel profil correspondent les Français qui n’ont pas de religion aujourd’hui, que vous appelez « nones » ? Sont-ils plus présents dans certains pays occidentaux que dans d’autres ?
Les « nones » sont ceux qui ne déclarent aucune religion (« no religion ») dans les enquêtes d’opinion américaines. Le terme est devenu une catégorie de la sociologie religieuse anglophone pour désigner les non-affiliés (à une Église) ou les désaffiliés. Une enquête de 2018 a montré qu’ils étaient 64% parmi les jeunes Français, contre 23% de catholiques. En Europe, le taux varie entre 17% en Pologne et plus de 90% en République tchèque. Ils ont des profils variés : athées, agnostiques, indifférents, croyants « libres », « alter-croyants », etc. Du point de vue de l’histoire religieuse, ce sont des créatures nouvelles, parfaitement problématiques, pleines de libertés nouvelles et de failles anciennes.

 

En quoi une attirance pour la spiritualité, teintée d’orientalisme, se substitue-t-elle chez les « nones » à la religion ?
Un grand nombre de nos contemporains opposent désormais la « religion », synonyme dans leur esprit de dogmes, d’institution, d’obligation, voire de fanatisme et de crime (à l’heure des attentats islamistes et des révélations sur les abus sexuels dans l’Église), à la « spiritualité », qui incarne le positif de la religion, la transcendance, l’ouverture, la réconciliation de l’âme et du corps, etc. Les besoins de sens, de consolation, de ritualisation, qui faisait le fond de l’ancienne demande religieuse, n’ont pas disparu : ils se sont transformés et transférés ailleurs, dans des pratiques où l’on peine parfois à la reconnaître. La culture « psy » en a récupéré une bonne part. L’omniprésence de la figure néo-bouddhiste de la méditation est aussi exemplaire. Ce nouveau quiétisme occidental remplace la religion dans l’esprit de beaucoup, même si je ne puis pas sûr (et j’essaie de m’en expliquer) qu’il puisse lui être entièrement substitué.

Les « nones » pourraient-ils revenir à la religion ?
Les « nones » vont-ils se réaffilier à quelque univers religieux « en dur » et, si oui, lequel ? Il y a dans la jeunesse contemporaine un croisement des courbes de ferveur entre l’islam et le catholicisme, par exemple, qui est assez spectaculaire. Vont-ils, au contraire, persister dans l’être et s’installer durablement dans ce rapport distancié et critique à l’égard des institutions religieuses ? Bien malin qui peut le dire et tout dépendra en partie des événements, car l’histoire spirituelle collective (on l’oublie parfois) est une véritable histoire, avec des dates, des événements, des tournants, des acteurs libres. 

 

Vous expliquez que les rapports à la mort, au tragique, au bien-être ont profondément changé. Cette quête spirituelle coupée de la religion dont vous parlez n’est-elle pas surtout le signe d’un malaise existentiel due à une rupture de transmission ? 
L’histoire religieuse est, pour une part, une dérivée de l’histoire des attitudes devant la mort, et donc aussi devant la vie. Les bouleversements survenus dans les conditions de la mortalité depuis la Seconde Guerre mondiale ont joué un rôle considérable. Je suis venu à l’histoire par Philippe Ariès et j’en ai gardé des marques de naissance ! La demande de spiritualité, de méditation, etc., ne renvoie pas seulement au stress de la vie moderne mais au vide religieux ambiant. Ce vide, même insensible, est un état violent pour l’esprit humain, d’où ce malaise diffus. Je ne suis pas sûr qu’on en ait fini avec la « phase dramatique de l’arrachement religieux » comme dit Marcel Gauchet et que nous serions voués désormais aux eaux calmes et définitives de l’indifférence métaphysique, tout au plus tempérées par un supplément d’âme psychothérapeutique. Je ne nous le souhaite pas en tout cas. La particularité des « nones » en France est qu’on en est souvent à la deuxième, voire troisième génération du décrochage. Ce ne sont plus des décrocheurs, mais des décrochés, qui vont devoir passer à autre chose. Cela peut favoriser l’indifférence mais aussi la redécouverte à nouveaux frais du christianisme.

Devenir minoritaire dans un pays où l’on a longtemps été majoritaire, voire ultra-majoritaire, est forcément une opération difficile.

Comment les catholiques vivent-ils, de leur côté, la situation actuelle ? 
Il faudrait le leur demander ! Devenir minoritaire dans un pays où l’on a longtemps été majoritaire, voire ultra-majoritaire, est forcément une opération difficile, a fortiori au lendemain d’une œuvre de modernisation comme le concile Vatican II (1962-1965), qui n’a pas produit tous les fruits escomptés. La génération Jean Paul II, qui est désormais à l’âge des responsabilités et qui est prise dans la tourmente de la crise des abus sexuels, est elle-même un peu perplexe, me semble-t-il, sur l’efficacité de l’entreprise de redressement à laquelle elle a identifié son destin. Elle n’a pas enrayé l’hémorragie et elle est souvent dépassée désormais sur sa droite par une jeune génération qui lui reproche son échec, comme elle a reproché le sien à la précédente. L’éloge du petit nombre, à l’instar des premiers disciples du Christ ou d’Israël, petite musique qu’on commence à entendre de plus en plus, me paraît relever, dans ses formes superficielles, d’une théologie de la misère. Le repli sur le petit reste est une tentation, même si je crois que le renforcement identitaire est inévitable : toutes les minorités qui durent ont une identité forte, comme jadis les protestants ou les juifs dans la société française. Sinon elles disparaissent. Le problème n’est donc pas d’avoir ou pas une « identité » — on en a forcément une et elle joue un rôle important dans la transmission de la foi —, mais de l’avoir ouverte et accueillante. Ce qui est certes plus facile à dire qu’à faire.

Benoît XVI soutenait que l’avenir appartient aux minorités créatrices, autrement dit que « l’Église n’a pas dit son dernier mot », pour reprendre une formule du père Matthieu Rougé, avant de devenir évêque de Nanterre. L’histoire atteste-t-elle ce propos ? Le reprenez-vous à votre compte ?
« L’histoire de l’Église n’est pas un reposoir de Fête-Dieu », disait Émile Poulat. Déjà, dans les hautes eaux religieuses du XVIIe siècle, les évêques passaient leur temps à se plaindre de leurs ouailles ! On sent cependant, à divers signaux faibles, qu’un nouveau paradigme évangélique se cherche dans la jeunesse chrétienne, qui ne soit pas simplement la refonte des anciennes formules (comme l’opposition sommaire du « catholicisme d’ouverture » au « catholicisme d’identité »). Les chrétiens peuvent avoir des combats à livrer, disait Benoît XVI. Tout le problème est qu’ils soient bien sûrs que leurs motivations sont évangéliques, et pas idéologiques ou purement passéistes. Cee qui n’est pas toujours évident à discerner parce que l’idéologie est parfois de l’évangile durci, par le temps ou les épreuves. Tout cela, en tout cas, est assez fascinant à observer pour l’historien du christianisme.

Selon vous, la voie de l’avenir catholique passe par la culture. S’agit-il de passer à un christianisme au rabais, purement « identitaire » ou d’autre chose de plus substantiel, comme de penser la culture comme une dimension sociale de l’évangélisation ? 
La culture, c’est un minimum. J’ai le sentiment que l’opposition, fréquente de nos jours, entre la « foi » et l’ « identité », est trop réductrice, que dans la pratique, les choses sont plus complexes et que la culture chrétienne, qui enveloppe, à des degrés divers, des actes de foi, d’espérance et de charité, est le moyen de cette complexité. Concrètement, il y a dans ce pays 2% de pratiquants mais encore 50% de Français qui se considèrent comme catholiques dans les enquêtes et les trois quarts qui pensent que la France est un « pays de culture chrétienne ». Simple constat historique, en un sens, mais dont on sent bien qu’il recèle une forme d’attachement persistant, comme on l’a bien vu, en 2019, lors de l’incendie de Notre-Dame. Il ne faudrait pas trop vite considérer que ce catholicisme est purement résiduel, « sociologique », sans portée spirituelle. Le moyen d’en juger ? On ne pourra pas faire que la France n’ait pas déjà eu une grande histoire chrétienne. Et ces chrétiens distanciés ou intermittents jouent un rôle plus important qu’il n’y paraît dans l’Église : ils l’empêchent de devenir une « secte » au sens sociologique du terme, c’est-à-dire un petit groupe de croyants hyper-motivés mais un peu hors sol. 

En même temps, et c’est la leçon, je crois, de nos cinquante dernières années, la culture chrétienne ne peut pas survivre sans les croyances, les pratiques, les comportements qui l’ont fondée et qui la maintiennent vivante. Elle peut sans doute le faire provisoirement, sur une génération, mais pas indéfiniment. À chacun donc de prendre ses responsabilités s’il y tient, parce que l’Église n’a plus les moyens de l’ancien service public de la transcendance qu’elle assurait jadis et qu’il s’agit bien, en définitive, de notre histoire, et pas de celle du clergé. Si on ne réagit pas, le christianisme peut disparaître de nos alentours, à l’instar de ces enterrements dont je parle dans le livre, où les petits-enfants dans la nef, en enterrant leurs grands-parents, enterrent aussi le christianisme dans leur famille, en demandant aux chrétiens qui restent de le faire à leur place. Je me fais difficilement à cette idée, mais il n’y a pas de fatalité et l’avenir dure longtemps.

.https://fr.aleteia.org/2021/09/18/guillaume-cuchet-le-catholicisme-aura-lavenir-quon-voudra-bien-lui-donner/

ASSEMBLEE DES EVEQUES DE FRANCE (LOURDES, 2021), CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, EVEQUES DE FRANCE

Assemblée des évêques de France (Lourdes, 2021)

Discours de clôture de l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France, le dimanche 10 novembre 2019

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Mesdames et Messieurs, Chers Frères et Sœurs, chers amis,

Chers Frères dans l’épiscopat,

 Le Conseil Permanent de la Conférence des évêques a estimé qu’un discours de clôture permettrait de rendre compte à toutes celles et à tous ceux qui veulent bien s’y intéresser du déroulement et de l’issue des travaux de l’assemblée des évêques. Nous avons bien travaillé ; nous avons traité, selon des méthodes diverses, des sujets assez différents. Le moment est venu de ressaisir la matière de ces jours pour que les décisions prises soient mises en œuvre, les orientations décidées poursuivies et pour que l’élan de cette session retentisse dans la vie de nos diocèses.

 Conversion

Une conviction nous habite : Jésus est venu pour tout bouleverser. Pas pour lancer la révolution mais pour faire toutes choses nouvelles. Les évêques se souviendront de l’interprétation qui leur a été proposée de la proclamation de Jonas. Ninive n’a pas été détruite ; Ninive, cependant, a été bouleversée. Les Ninivites, leur roi en tête, ont choisi un autre bouleversement que la destruction, celui de la conversion qui fait passer d’une vie faite pour la mort à une vie qui ouvre à la vie plus grande. La liturgie nous a fait entendre mercredi l’appel du Seigneur Jésus : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14, 26). Permettez-moi d’en proposer une interprétation personnelle : Jésus n’est pas venu pour conforter les institutions humaines, même les plus essentielles et les plus nobles ; il est venu pour tout tirer à lui et tout faire déboucher en lui. Œuvrer pour lui et avec lui ne voudra par conséquent jamais dire reproduire ce qui existe déjà, le rendre plus fort, plus ferme, au risque que cela devienne écrasant. Toujours, la suite du Christ introduit un bouleversement, toujours elle nous emmène plus loin ou plus profondément que nous n’aurions pensé aller. Notre rôle, à nous évêques, n’est donc pas de préserver des structures, il est d’avancer vers le Royaume en nous laissant conduire par celui qui passe par la mort pour nous ouvrir la résurrection.

Ceci vaut pour l’Église elle-même. Nous ne sommes pas évêques pour maintenir une réalité appelée Église et qui serait au bout du compte autre chose que l’Épouse du Christ née de son côté transpercé.  Nous sommes évêques, successeurs des apôtres, pour appeler à la suite du Christ et garantir qu’il est le Seigneur qui mérite d’être suivi. Par lui, en effet, grâce à lui, dans toute situation, même la plus bloquée par la mort ou le péché, un chemin vers Dieu est ouvert qu’il vaut la peine de chercher et d’essayer de parcourir.

 Renouer la relation avec les victimes d’abus sexuels

Dans le bouleversement de la conversion, nous devons commencer par nous-mêmes. Nous le faisons grâce aux personnes victimes. Ce qu’elles ont révélé des actes que s’étaient permis ou que se permettaient certains prêtres a mis à jour, selon la formule d’un évêque, « une infection qui anémiait secrètement le corps de l’Église ». La parole des personnes victimes nous a fait découvrir une face sombre de la vie ecclésiale dont nous n’avions pas idée, mais cette ignorance ne suffit pas à tout excuser. Je veux en votre nom, chers frères évêques, remercier les personnes victimes qui accompagnent notre travail et ceux et celles avec qui elles sont en relation. Ces personnes nous aident à purifier notre Église, dans sa vie concrète, de ce qui n’aurait jamais dû y entrer. Nous recevons la révélation de ces agressions sexuelles et des abus de pouvoir qui les ont préparées comme un don de la miséricorde de Dieu et une action du Christ qui veut purifier son Église avec une eau pure, voulant se la présenter sainte, sans tache, sans aucune faute.

Nous avons compris que les personnes victimes ne demandaient pas de compassion, ni de compensation de leurs souffrances. Elles veulent la vérité. Ce qu’elles nous racontent nous le fait comprendre : elles ont souffert et, souvent, elles souffrent encore des actes subis mais aussi du silence, de la cécité, de l’aveuglement qui a pu parfois être volontaire, de beaucoup autour d’eux, y compris dans la sphère ecclésiale et de la part des autorités de l’Église. Nous nous engageons à reprendre contact, chacun avec les personnes victimes que nous connaissons, pour leur manifester concrètement que nous reconnaissons la double cause de leurs souffrances, notamment en leur donnant la possibilité de recevoir une somme d’argent forfaitaire et unique, pour les inviter à participer à notre effort pour garder la mémoire de ces faits et pour leur présenter ce que nous mettons en place en matière de prévention et de formation et en matière d’accompagnement des clercs coupables, afin que les faits affreux qu’elles ont subis ne se reproduisent plus. Nous sommes conscients qu’aucun dispositif ne peut rattraper ce qui s’est passé ni apaiser ce qui est vécu. Nous demandons avec humilité à essayer de renouer une relation.

Nous remercions les groupes de travail qui ont été mis en place avec l’aide de la Conférence des Religieux et Religieuses de France après les décisions prises en nos assemblées respectives de novembre 2018. J’exprime ici publiquement au nom des évêques ma gratitude à l’égard des personnes victimes qui, en novembre dernier, puis en juin, en septembre et encore en octobre, et ici, ces derniers jours, ont accepté de venir aider notre Église. Nous sommes émus par leur fraternité maintenue et impressionnés par leur foi dans le Christ. Nous pensons à celles et ceux qui sont partis parce qu’ils ne pouvaient plus espérer trouver dans l’Église ni fraternité ni vérité. Nous voulons remercier aussi M. Sauvé et l’ensemble des membres de la Commission qu’il a constituée à notre demande. 2800 personnes ont appelé cette commission, la CIASE, pour raconter ce qu’elles avaient subi. Nous sommes conscients que ce chiffre, déjà considérable, n’est pas le chiffre ultime des abus de ce type commis depuis les années 50 par des prêtres ou des religieux ou religieuses. Nous comprenons que raconter ce que l’on a subi enfant ou adolescent est douloureux et peut entraîner de grands troubles ; nous demandons cependant humblement à celles et ceux qui pourraient témoigner de faits de ce genre de bien vouloir s’adresser à la CIASE puis, s’ils ne l’avaient pas fait encore ou si elles ne l’avaient pas fait encore, à leur évêque ou au supérieur majeur concerné. Nous voulons ne pas oublier les personnes qui se sont suicidées, ne parvenant pas à surmonter autrement les souffrances provoquées par ce qui avait été abîmé en elles.

 

 Servir le renouvellement de l’Église

Le Seigneur Jésus nous appelle à ce travail de vérité. Nous le devons à l’Église entière. Nous le devons à l’humanité. Nous le devons aux jeunes. L’Église doit regagner de la crédibilité pour faire entendre aux générations présentes et à venir que la sexualité est une chose redoutable sans doute mais belle et bonne aussi, humanisante, si on veut bien apprendre à ne pas s’en laisser posséder mais à l’intégrer patiemment dans la construction de sa personnalité pour devenir capable de relations fortes et durables et fécondes. Nous devons ce travail de vérité aussi aux prêtres de nos diocèses et aux autres prêtres, engagés pour suivre le Christ en servant son Église dans le célibat pour le Royaume. Ils apportent autour d’eux, nous en sommes témoins, de la paix, de la joie, de l’espérance. Les temps que nous vivons nous obligent à vivre une profonde transformation pastorale. Elle se joue différemment dans chaque diocèse mais elle est nécessaire partout. Elle nous offre l’opportunité d’un renouvellement de la relation pastorale des prêtres avec l’ensemble des baptisés : nous nous en réjouissons parce que nous pouvons y gagner d’être davantage fidèles au Christ. Configurés au Christ-Tête de son Corps, nous ne nous soucions pas de défendre quelque image que ce soit du sacerdoce, mais nous cherchons ensemble comment obéir au Christ et vivre en vérité l’autorité qu’il nous donne comme un service. Évêques, prêtres et diacres, ministres de l’Église, nous sommes conscients qu’il ne suffit pas de nous payer de mots en nous présentant comme des serviteurs ; nous devons apprendre chaque jour à l’être davantage en vérité.

Un grand travail est engagé dans l’Église entière, sous les deux mots de synodalité et de collégialité. Le pape François nous invite à mettre la synodalité en œuvre à tous les niveaux de la vie ecclésiale. Nous, évêques, nous réjouissons que les mouvements, associations, services et autres groupes liés à l’Église et en qui s’expriment certains aspects de sa vitalité, apprennent à s’estimer et travaillent ensemble pour que leurs modes d’organisation, de décision, de contrôle, d’échanges évitent toute forme de confiscation du pouvoir et contribuent pleinement à édifier l’Église comme unité dans la diversité. Ils nous aident et nous aiderons ainsi à accomplir ce travail dans toutes les dimensions de la vie concrète de l’Église. Samedi, le Seigneur a proclamé pour nous : « Détruisez ce sanctuaire et, en trois jours, je le rebâtirai » (Jn 2, 19). Cette espérance est notre force, une grande promesse pour l’Église.

 Synodalité et collégialité

Vous qui écoutez ces réflexions, peut-être vous semblent-elles graves, voire presque lugubres. Sachez cependant que l’atmosphère de notre assemblée a été plutôt à la joie. Si le bouleversement de la conversion fait toujours un peu peur, il rend aussi joyeux, puisqu’il ne s’agit pas de se laisser aller vers la mort mais vers une vie plus pleine en se laissant approcher davantage par le Seigneur qui vient et en allant vers lui d’un pas plus décidé. Un facteur de joie a d’ailleurs été la présence parmi nous, pendant deux jours, de deux bébés.

Nous avons en effet, commencé notre assemblée par 36 heures où chaque évêque était accompagné de deux invités de son diocèse. Ensemble, nous avons regardé en face ce que l’on peut appeler la contrainte écologique, la menace écologique, mais que nos intervenants nous ont aidé à voir plutôt comme l’opportunité écologique. Nous sommes heureux d’avoir vécu ainsi dans une collégialité plus forte avec le pape François dans la lumière de son encyclique Laudato Sí et dans une certaine forme de synodalité en travaillant avec des représentants de tout le peuple de Dieu. L’humanité prend conscience qu’elle doit changer de mode de vie. Nous, Occidentaux, réalisons que le mode de développement que nous avons construit depuis l’industrialisation mais plus encore depuis la fin de la deuxième guerre mondiale a épuisé la planète. Il ne pourra certes pas être étendu à tous les peuples de la terre et il ne pourra durer très longtemps dans nos pays eux-mêmes. Le synode sur l’Amazonie attire l’attention de tous sur les grandes forêts qui ne pourront survivre que si tous les peuples transforment leurs modes de production et de consommation et sur les peuples qui les habitent.

 

Opportunité écologique

Nous serions-nous convertis à la collapsologie ? Non, assurément non, parce que notre foi nous fait résister à l’idée d’un destin inéluctable. Nous savons la force de la liberté. Mais il y a de l’irréversible, nous ne pouvons pas nous voiler la face et nous avons le devoir d’aider les fidèles et tous ceux qui veulent bien nous écouter à regarder la réalité en face.

Nos six intervenants ont tracé des chemins pour changer de mode de vie, de manière plus ou moins radicale, en nous assurant que le jeu en valait la chandelle, car ce changement ne nous permettrait pas seulement de survivre, il nous permettrait de vivre mieux, nous et des milliards d’autres avec nous. Je leur adresse ce matin un salut plein de gratitude. Chacun d’eux nous a parlé, à nous et à nos invités diocésains, selon ce qu’il était, en livrant beaucoup de lui-même. Ils nous ont fait entendre chacun un ton différent, une manière de voir le monde et de l’évoquer un peu ou davantage décalée de ce à quoi nous sommes habitués.

Les chiffres qu’ils ont donnés, les faits qu’ils ont décrits, nous les connaissions pour la plupart. Mais nous restons impressionnés par les conséquences qu’eux en ont tirées pour vivre d’une manière qui soit bénéfique pour la planète et pour l’ensemble de l’humanité. Ils nous ont fait sentir l’urgence des changements nécessaires aussi bien dans nos habitudes quotidiennes que dans les grandes orientations de nos sociétés. Ils nous ont persuadés que la conversion méritait d’être vécue, même si l’humanité entière ne s’y engageait pas. Nous avons entendu des chrétiens encore jeunes, engagés dans la proclamation et le service de la foi, qui ont découvert l’urgence écologique comme un champ ouvert pour le Christ ; nous avons entendu des jeunes qui ont été chrétiens et qui ont trouvé dans leur conversion écologique une cohérence de vie et une ouverture aux autres à vivre en actes, en se passant du Christ. Comment l’appel du Christ peut-il donner plus de vérité et de plus d’efficacité face à l’urgence de la « maison commune » qui se défait ?

 

Je voudrais, de manière tout à fait arbitraire et partielle, retenir trois pistes :

Le déchirement intérieur que tous vivent entre les rôles d’individu qui doit se nourrir, se loger, se chauffer, s’habiller ; de père ou mère de famille ; de producteur de biens et de services ; de consommateurs ; d’actionnaire… qui veulent nécessairement avoir plus ou mieux en dépensant moins et qui voudraient bien réduire leur empreinte carbone ou tenir compte des conditions sociales de production et de vente de ce qu’ils achètent. Nous-mêmes, évêques, n’échappons pas aux injonctions contradictoires de ces rôles. La sobriété heureuse est un horizon qui peut facilement réjouir les disciples du Christ que nous sommes, mais la vivre réellement est exigeant. La notion de « péché écologique », suggérée au synode romain sur l’Amazonie, pourrait aider à vivre ce déchirement avec patience. Car reconnaître son péché est déjà en être sorti ;

La complexité de nos décisions les plus ordinaires : choisir sa source d’énergie, renoncer à un déplacement en raison de son coût en carbone, vérifier les produits chimiques utilisés pour fabriquer tel produit ou se renseigner sur les conditions sociales des ouvriers, s’inquiéter de la distance parcourue par tout objet que l’on achète ou que l’on commande, tout cela est possible, mais compliqué. Comment trouverons-nous le temps de nécessaire à une telle attention ? Comment entraîner les fidèles dans de telles attitudes ? La responsabilité dans l’acte de consommation à laquelle appelait le pape Benoît XVI dans l’encyclique Caritas in Veritate est une belle exigence, la mettre en œuvre requiert de se dégager de la fascination pour la consommation facile de nos sociétés de surabondance. N’oublions pas que tel de nos intervenants nous a assuré que les personnes en situation de précarité étaient des experts en matière de recyclage et de sobriété. L’extension de la notion de « prochain » à tous ceux qui sont impactés par nos choix économiques pourrait être stimulante. Nous n’oublierons pas les visages aperçus lors de la veillée de samedi des habitants de pays variés évoquant les conséquences sur eux des transformations climatiques. Pourrons-nous longtemps supporter que le mode de vie d’un Français pèse 4 fois plus sur la planète que celui d’un Indien et 7 fois plus que celui d’un Haïtien ? Choisir ou renoncer par amour pour un prochain, même lointain géographiquement, est plus réjouissant que le faire pour réduire son empreinte carbone. ;

Tout le monde ne peut pas habiter la campagne pour s’installer comme maraîcher. On nous a dit aussi qu’il faudrait sans doute se décider à privilégier le logement collectif, en hauteur, pour dégager des terres naturelles et limiter les besoins de déplacements. Une économie qui ne serait plus une économie de la quantité des produits mais de la qualité des liens peut éclairer le sens de la vie, même en ville. L’urbanité est une vertu citadine, a pu dire l’un d’entre nous. La fraternité chrétienne trouve là un encouragement puissant. Elle ne serait plus un perfectionnement de la vie spirituelle à l’usage de ceux et celles qui en veulent davantage, mais la condition d’une vie qui ne soit pas seulement une survie : moins de biens et plus de liens, avons-nous entendu.

 

Poursuivre le travail

Qu’allons-nous faire maintenant ? Rentrer dans nos diocèses, retrouver nos deux invités, rendre compte de ce que nous avons vécu. A qui raconterons-nous cette expérience et comment le ferons-nous ? Comment mettrons-nous en œuvre les « petits pas » que nous avons repérés mercredi matin et offerts pendant la Messe ? Dans nos diocèses, dans nos régions, des personnes engagées sur le modèle de nos six intervenants existent. Des pans entiers de nos sociétés se remettent en cause et bougent, ils ne nous ont pas attendus. Industriels, agriculteurs, maires des villages comme des métropoles, enseignants,… tous, à de degrés divers selon les rôles sociaux occupés, font des choix précis. A nous d’aller les rencontrer, les interroger, les écouter. Nous avons acquis quelques clefs pour le faire et peut-être une stimulation renouvelée.  Le fruit de ces rencontres devra enrichir nos prochaines assemblées. L’évaluation faite ensemble samedi et celle que nos invités renverront permettront au conseil permanent de préparer la suite la mieux adaptée.

Nous avons compris que les petits pas étaient nécessaires mais qu’il fallait aussi des décisions structurelles. Permettez-moi de désigner deux voies :

Les agriculteurs de notre pays ont, après la deuxième guerre mondiale, construit une agriculture utilisant toutes les ressources de la chimie et du machinisme, ce qui a permis à nos pays d’oublier la disette et de vivre dans la sécurité alimentaire et même dans l’abondance. Beaucoup de ces agriculteurs étaient des catholiques qui ont trouvé dans les structures des mouvements ecclésiaux des lieux de réflexion, de formation, de décision. Beaucoup, catholiques ou non, de ceux qui ont construit cette agriculture moderne l’ont fait avec abnégation, dévouement, attention aux plus faibles d’entre eux, de manière solidaire, avec une forte conscience de leur devoir de nourrir l’humanité entière et donc avec souvent une attention à la coopération internationale. 70 ans après, les fondements de ce système agricole et agro-alimentaire sont remis en cause. Des décisions qui paraissaient il y a peu de bon sens économique suscitent brusquement la réprobation. Nous voulons leur dire notre estime et nos encouragements. Les agriculteurs d’aujourd’hui sont prêts à d’immenses mutations dans leurs pratiques. Certains se lancent, d’autres résistent ; ils ont besoin de se sentir estimés, ils ont besoin de trouver des conseillers sûrs et désintéressés ; leurs intérêts sont parfois divergents ; ils ont besoin de se parler, de se comprendre et de trouver l’énergie de s’entraider. Notre rassemblement « Terre d’espérance » voudrait être une contribution à ce renouvellement de la vie du monde rural qui devrait servir bien au-delà.

Une question s’impose à nous comme à notre société entière : après la deuxième guerre mondiale, nos pays ont voulu mener la reconstruction en servant le plus possible la paix et la justice. Comment se fait-il que nous aboutissions à un monde qui paraît bloqué, qui marche vers l’abîme, où beaucoup souffrent d’un fossé croissant entre leur activité et l’urgence du monde ? Le 9 novembre nous a fait nous souvenir de la chute du mur de Berlin. Là encore : où sont passées les forces spirituelles qui ont conduit à l’écroulement, de l’intérieur, du système soviétique ? Ont-elles été toutes absorbées dans le consumérisme universel, par lequel tout être humain se trouve mû surtout par des frustrations que le système suscite en promettant de les combler ? Il semble qu’une phase de l’histoire du monde touche à sa fin. Comment le monde relèvera-t-il le défi ? D’où viendront les forces pour relancer un monde où tous pourraient vivre de manière juste ? L’avènement du numérique n’y suffit visiblement pas.

Au moins autant que d’autres traditions spirituelles, nous avons des trésors de contemplation, de silence à partager, une manière d’ascèse joyeuse qui reconnaît en tout bien, même minime, un don de haute densité. Nous pouvons offrir des expériences de fraternité qui apportent plus de joie que toutes les richesses, nous le savons bien, nous l’avons encore goûté ici, avec nos invités puis entre nous, et toute famille chrétienne, tout fidèle un peu engagé dans sa paroisse ou dans un mouvement le sait bien. La transformation des rapports pastoraux que nous avons à vivre doit permettre de faire de cette expérience fraternelle le cœur de l’expérience chrétienne.

Les évêques ont insisté, dans leur évaluation, sur la nécessité d’une élaboration théologique solide. Elena Lasida et Fabien Revol en ont courageusement posé les linéaments pour nous. En explorant le monde sous la contrainte ou l’opportunité écologique, nous ne doutons pas d’apprendre à connaître le Christ notre Seigneur davantage. Là encore, sa parole retentit : « Détruisez ce sanctuaire et, en trois jours, je le rebâtirai… Il parlait du sanctuaire de son corps » (Jn 2, 19.21). Précisément, il a pris une humanité complète, il a vécu l’expérience corporelle complète de se tenir dans notre cosmos, d’y reconnaître le don du Père, d’aller vers les autres en son corps pour les rencontrer, partager le repas, travailler, marcher avec eux. Il a goûté la pluie et le vent et le soleil et les parfums de sa terre et la presse de Jérusalem les jours de grande fête. Dans son Eucharistie, dans le très peu de matière prélevée pour ce sacrifice, il se donne tout entier. Mieux encore : Omne delectamentum in se habentem, il contient en lui tous les délices. De lui, mieux que de tout autre, nous pouvons apprendre la loi du monde nouveau : le peu donne la totalité. Au congrès eucharistique de Cebù, plusieurs conférenciers avaient médité le fait que le pain et le vin ne sortent pas de terre tout faits mais sont des produits du génie humain et qu’ils sont aujourd’hui l’aboutissement de processus complexes dont nous pouvons nous demander s’ils sont toujours justes et bienvenus. Le congrès eucharistique de Budapest aidera peut-être à approfondir la lumière écologique que contient l’Eucharistie.

 

Écologie intégrale

Voilà qui offre une manière d’exprimer l’inquiétude que suscite en nous la loi en préparation en matière de bioéthique. Au moment où l’on remet en question la technicisation de l’agriculture et même des transports, comment peut-on croire et pourquoi veut-on faire croire qu’il serait équivalent qu’un enfant soit conçu dans l’union corporelle d’un homme et d’une femme qui ont choisi de se donner l’un à l’autre et de créer un foyer où le monde est un peu apaisé ou dans une éprouvette, au prix d’opérations de haute technicité, toujours risquées et au prix de l’élargissement constant des conditions d’expérimentations sur des embryons qui sont des « petits d’hommes » ? Comment peut-on croire et pourquoi veut-on faire croire qu’accumuler des filiations les unes sur les autres, déconnectées du rapport au corps, serait un progrès, une source de libération ? Car on entend cela pour justifier les décisions qui se préparent. La vérité est que, le voulant ou ne le voulant pas, on prépare un vaste marché de la procréation. Ce marché existe déjà. Lui ouvrir la porte, c’est y céder. Nous savons bien que certains de nos concitoyens, même catholiques, voient avant tout le soulagement apporté à une souffrance. Mais il ne s’agit pas ici d’un jugement sur des cas personnels mais d’un discernement sur un fait nécessairement social. Nous encourageons celles et ceux de nos concitoyens qui voient le danger que nos sociétés courent à faire connaître leur inquiétude en se manifestant selon les modes qui leur sont possibles et aussi en la partageant paisiblement, patiemment, avec leur entourage. Nous voulons redire ici la beauté de l’engendrement humain, la joie de l’enfant reçu comme un don et jamais réclamé comme un droit, un don que les époux se font l’un à l’autre et qu’ils reçoivent de Dieu. Nous voulons aussi redire que la fécondité d’une vie peut s’exprimer de bien d’autres manières que dans l’engendrement d’enfants. Peut-être l’émerveillement devant la nature et le respect des liaisons qui la constituent peuvent-ils être un chemin pour que nos contemporains découvrent la beauté de leur corps et de leur être et en acceptent les limites joyeusement, tout en les transcendant dans le service mutuel et la fraternité. L’écologie intégrale concerne l’être humain, à qui il est donné de voir le cosmos comme un tout afin qu’il en soit le gardien.

 

Dépasser les crispations sociales

Avant que nous n’arrivions à Lourdes, notre pays avait vécu un épisode de plus de crispations autour des foulards portés par des femmes musulmanes. Le point est délicat car nos concitoyens sont sensibles sur ce sujet. Ils craignent les faits de radicalisation, et nous savons qu’ils ne manquent pas. L’Etat se doit de garantir l’ordre et la sécurité de tous. Il faut cependant reconnaître que nombre de nos concitoyens d’origine nord-africaine ou sub-sahélienne ont quelques raisons de ne pas faire entière confiance à notre fraternité française. Nous savons pourtant que beaucoup sont désireux de trouver leur place dans notre société française. Il vaudrait la peine de savoir ce que les femmes qui choisissent de porter un foulard ont en tête, plutôt que leur prêter des intentions. Les polémiques sur ce thème favorisent les replis des citoyens, chacun sur sa communauté d’origine plus ou moins identifiée. Notre société française et européenne est une société du vis-à-vis, où chacun voit le visage de l’autre et laisse voir le sien. La différence est grande entre un voile qui cache le visage en tout ou partie et un foulard qui l’encadre. Des catholiques sont engagés dans l’amitié et l’action avec des hommes et des femmes musulmanes. Nous pourrions souhaiter qu’il y ait davantage de rencontres entre des familles musulmanes et des familles chrétiennes. Car la liberté chrétienne, la liberté en vue du bien, qui n’a pas besoin de se protéger du regard des autres, pourrait être un formidable soutien pour les personnes musulmanes qui voudraient avancer dans la fraternité.

Le gouvernement a, d’autre part, annoncé un certain nombre de mesures à propos de l’immigration. L’immigration inquiète fortement une grande partie de la population française. Beaucoup redoutent les changements que connaît ou pourrait connaître notre pays dans son équilibre démographique et dans sa culture. Mais, à ce sujet aussi, il est vain de se leurrer. Il ne faut pas tromper nos concitoyens : nous n’avons pas fini de voir arriver des migrants. Les bouleversements de nos sociétés seront grands, nous pouvons choisir de les rendre positifs. Nous voulons rendre hommage à celles et ceux qui œuvrent, sans idéologie, seuls ou dans des associations catholiques ou chrétiennes ou non, pour tempérer les duretés de l’exil et compenser au moins un peu les aspérités de notre système d’accueil. Le gouvernement a annoncé qu’il allait réduire le montant des taxes prélevées sur les personnes migrantes au moment de leur donner des papiers. C’était une demande de nos associations. Nous saluons volontiers cette décision. En revanche, on peut s’étonner de la fixation de quotas qui donnent l’impression que notre pays va aller prélever dans les autres les forces vives dont il a besoin. Sans doute, ces quotas permettront-ils de régulariser quelques-unes des personnes migrantes déjà arrivées chez nous. En votre nom, je me permets d’espérer une politique plus claire et plus réaliste. Puisque l’afflux des Géorgiens pour se faire soigner et celui des Albanais fuyant la vengeance privée dans leur pays saturent nos dispositifs, souhaitons que, lorsque l’Union européenne aura fini d’user son énergie à gérer le Brexit, elle pourra chercher comment aider la Géorgie à se doter d’un système hospitalier digne de ce nom et l’Albanie d’une justice crédible. Mais alors, nous citoyens européens, sommes-nous prêts à ce que l’Union européenne consacre des forces et des moyens à de tels objectifs et ces deux pays, la Géorgie et l’Albanie, peuvent-ils avoir des autorités publiques crédibles, capables de profiter de l’aide que l’Union européenne pourrait leur apporter ?

Demain, nous participerons aux cérémonies du souvenir de la fin de la première guerre mondiale. Beaucoup parmi nous célébreront des messes à l’intention des victimes des guerres et pour demander la paix. Notre pays rendra hommage aussi à ses soldats morts ces dernières années, dans des combats hors du sol national. Nous les prenons dans notre prière et nous confions aussi leurs familles à Marie, Notre-Dame de Lourdes. Nous pensons à tous les pays déstabilisés en ce moment. Nous avons été impressionnés par le récit des manifestations pacifiques et dignes qui rythment la vie de l’Algérie depuis le 22 février dernier ; nous avons suivi avec attention la mobilisation des citoyens au Liban ; nous n’oublions pas l’Ukraine et la guerre qui se poursuit, peut-être en changeant d’intensité, dans l’Est du pays. La culture de la paix est toujours à construire.

 

La lumière de l’Avent

Déjà, dans nos villes et peut-être nos villages brilleront les décorations de Noël : tant est grand le besoin de vendre et d’acheter. En l’enfant de Bethléem, Dieu renouvelle son alliance avec l’humanité entière. Celui-là, cet Enfant-là, ce Jésus, il vaut la peine de tout quitter pour le suivre. Nous rendons grâce à Dieu pour celles et ceux qui demanderont à devenir chrétiens. Nous rendons grâce à Dieu pour les vocations qu’il suscite et nous prions pour que des jeunes hommes répondent à son appel pour le service des mystères du salut, que des jeunes hommes et des jeunes femmes s’engagent par la consécration de leur vie au Seigneur qui vient jusqu’à nous. Le temps de l’Avent nous promet que la longue histoire de l’humanité débouche dans la communion avec Dieu. Il vient faire toutes choses nouvelles. « Le Royaume de Dieu est tout proche ». C’est la bonne nouvelle que nous avons à porter, avec foi et avec espérance. Elle mérite l’engagement de notre vie entière. C’est notre joie.

                                                                                                                              Je vous remercie.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
Archevêque de Reims
Président de la Conférence des évêques de France