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François de Sales

FRANÇOIS DE SALES (1567-1622)

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LETTRE APOSTOLIQUE TOTUM AMORIS EST DU SAINT-PÈRE
FRANÇOIS POUR LE 4ème CENTENAIRE DE LA MORT DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

« Tout est à l’amour ». [1] Dans ses paroles nous pouvons recueillir l’héritage spirituel laissé par saint François de Sales qui est mort à Lyon le 28 décembre 1622. Prince-évêque « en exil » de Genève depuis une vingtaine d’années, il avait un peu plus de cinquante ans. Il était arrivé à Lyon après sa dernière mission diplomatique, le Duc de Savoie lui ayant demandé d’accompagner le Cardinal Maurice de Savoie en Avignon. Ensemble, ils avaient rendu hommage au jeune Roi Louis XIII, sur son chemin de retour vers Paris par la vallée du Rhône après une campagne militaire victorieuse dans le Sud de la France. Fatigué et en mauvaise santé, François s’était mis en route par pur esprit de service. « S’il n’était pas très utile à leur service que je fasse ce voyage, j’aurais certainement beaucoup de bonnes et solides raisons pour m’en dispenser ; mais s’il s’agit de leur service, mort ou vivant, je ne me retirerai pas, mais j’irai ou je me ferai traîner ». [2] C’était son tempérament. À Lyon, il logea au monastère des Visitandines, dans la maison du jardinier afin de ne pas trop déranger et pour être en même temps plus libre de rencontrer ceux qui le désiraient.

Désormais peu impressionné par les « faibles grandeurs de la cour » [3], il avait passé ses derniers jours à exercer son ministère de pasteur dans une succession de rendez-vous : confessions, conversations, conférences, prédications ainsi que les incontournables ultimes lettres d’amitié spirituelle. La raison profonde de ce style de vie remplie de Dieu lui était devenue de plus en plus claire au fil du temps, et il l’avait formulée de manière simple et précise dans son célèbre Traité de l’amour de Dieu : « Sitôt que l’homme pense un peu attentivement à la Divinité, il sent une certaine douce émotion du cœur, qui témoigne que Dieu est Dieu du cœur humain ». [4] Voilà la synthèse de sa pensée. L’expérience de Dieu est une évidence pour le cœur humain. Il ne s’agit pas d’une construction mentale mais d’une reconnaissance, pleine d’émerveillement et de gratitude, qui fait suite à la manifestation de Dieu. C’est dans le cœur et par le cœur que s’accomplit ce processus d’unification subtil et intense en vertu duquel l’homme reconnaît Dieu et, en même temps, se reconnaît lui-même, reconnaît son origine, sa profondeur et son accomplissement dans l’appel à l’amour. Il découvre que la foi n’est pas un mouvement aveugle, mais avant tout une attitude du cœur. Par elle, l’homme s’en remet à une vérité qui apparaît à sa conscience comme une “douce émotion”, capable de susciter en retour un bon vouloir auquel nul ne saurait renoncer pour toute réalité créée, comme il aimait à le dire.

A cette lumière, on comprend que, pour saint François de Sales, il n’y avait pas de meilleur lieu pour trouver Dieu, et pour aider à le chercher, que le cœur de chaque homme et de chaque femme de son temps. Il l’avait appris en s’observant lui-même attentivement dès son plus jeune âge, et en scrutant le cœur humain.

Lors de sa dernière rencontre de ces jours-là, à Lyon avec ses Visitandines, dans le climat intime d’un quotidien habité par Dieu, il leur avait laissé cette expression par laquelle il aurait voulu que sa mémoire soit plus tard fixée en elles : « J’ai tout résumé dans ces deux mots quand je vous ai dit de ne rien refuser ni désirer ; je n’ai plus rien à vous dire ». [5] Il ne s’agissait cependant pas d’un exercice de pur volontarisme, « une volonté sans humilité », [6] de cette tentation subtile sur le chemin de la sainteté qui confond celle-ci avec la justification par ses propres forces, avec l’adoration de la volonté humaine et de sa propre capacité, « qui aboutit à une autosatisfaction égocentrique et élitiste dépourvue de véritable amour ». [7] Il ne s’agissait pas non plus d’un pur quiétisme, d’un abandon passif et sans affects à une doctrine sans chair et sans histoire. [8] Cette formule naissait plutôt de la contemplation de la vie même du Fils incarné. Le 26 décembre le Saint s’adressait ainsi aux Sœurs au cœur du mystère de Noël : « Voyez-vous l’Enfant Jésus dans la crèche ? Il reçoit tous les ravages du temps, le froid et tout ce que le Père permet qu’il lui arrive. Il ne refuse pas les petites consolations que sa mère lui donne, et il n’est pas écrit qu’il tende jamais les mains pour avoir le sein de sa Mère, mais il laisse tout à ses soins et à sa prévoyance ; ainsi nous ne devons rien désirer ni refuser, supportant tout ce que Dieu nous envoie, le froid et les ravages du temps ». [9] Son attention à reconnaître comme indispensable le soin de tout ce qui est humain est émouvante. À l’école de l’Incarnation, il avait appris à lire l’histoire et à l’habiter avec confiance.

 

 Le critère de l’amour

Par expérience, il avait reconnu que le désir est la racine de toute vraie vie spirituelle et, en même temps, le lieu de sa contrefaçon. C’est pourquoi, en recueillant largement la tradition spirituelle qui l’avait précédé, il avait compris l’importance de mettre constamment le désir à l’épreuve par un continuel exercice de discernement. Il avait retrouvé dans l’amour le critère ultime de son évaluation. Toujours lors de son dernier séjour à Lyon, en la fête de saint Étienne, deux jours avant sa mort, il avait déclaré : « C’est l’amour qui donne la perfection à nos œuvres. Je vous dis bien plus : voilà une personne qui souffre le martyre pour Dieu avec une once d’amour, elle mérite beaucoup, on ne saurait donner davantage que sa vie ; mais une autre personne qui ne souffrira qu’une chiquenaude avec deux onces d’amour aura beaucoup plus de mérite, parce que c’est la charité et l’amour qui donne le prix à nos œuvres ». [10]

De manière concrète et surprenante, il avait poursuivi en illustrant la relation difficile entre contemplation et action : « Vous savez ou devriez savoir que la contemplation est en soi meilleure que l’action et la vie active ; mais si dans la vie active on trouve une plus grande union [avec Dieu], alors elle est meilleure. Si une sœur, qui est dans la cuisine et maintient la casserole sur le feu, a plus d’amour et de charité qu’une autre, le feu matériel ne la retiendra pas, mais l’aidera à être plus agréable à Dieu. Il arrive assez souvent que l’on soit uni à Dieu dans l’action comme dans la solitude ; en fin de compte, j’en reviens toujours à la question de savoir où l’on trouve le plus d’amour ». [11] C’est la vraie question qui surpase toute rigidité inutile ou repli sur soi : se demander à chaque instant, pour chaque choix, dans chaque circonstance de la vie, où se trouve le plus grand amour. Ce n’est pas un hasard si saint François de Sales a été appelé par saint Jean-Paul II « le Docteur de l’amour divin », [12] non seulement parce qu’il en a écrit un puissant Traité, mais surtout parce qu’il en a été témoin. Par ailleurs, ses écrits ne peuvent pas être considérés comme une théorie rédigée sur le papier, loin des préoccupations de l’homme ordinaire, car son enseignement est né d’une observation attentive de l’expérience. Il n’a fait que transformer en doctrine ce qu’il vivait et déchiffrait avec acuité, éclairé par l’Esprit, dans son action pastorale singulière et novatrice. Une synthèse de sa manière de procéder se retrouve dans la préface de ce même Traité sur l’amour de Dieu : « Tout est à l’amour, pour l’amour et d’amour en la sainte Église ». [13]

  

Les années de formation initiale : l’aventure de la connaissance de soi en Dieu

Il est né le 21 août 1567, au château de Sales, près de Thorens, de François de Nouvelles, seigneur de Boissy, et de Françoise de Sionnaz. « Ayant vécu à cheval entre deux siècles, le XVI e et le XVII e, il rassemblait en lui le meilleur des enseignements et des conquêtes culturelles du siècle qui s’achevait, réconciliant l’héritage de l’humanisme et la tension vers l’absolu propre aux courants mystiques ». [14]

Après sa formation culturelle initiale, au collège de La Roche-sur-Foron pour commencer puis à Annecy, il vint à Paris, au tout nouveau collège jésuite de Clermont. Dans la capitale du Royaume de France, dévastée par les guerres de religion, il vécut deux crises intérieures consécutives qui marqueront sa vie de manière indélébile. Cette prière ardente faite dans l’église Saint-Etienne-des-Grès, devant la Vierge noire de Paris, allumera dans son cœur, au milieu des ténèbres, une flamme qui restera vivante en lui pour toujours, comme une clé de compréhension de ses propres expériences et de celles des autres. « Quoi qu’il advienne, Seigneur, toi qui détiens tout entre tes mains, et dont les voies sont justice et vérité […] je t’aimerai Seigneur […] j’aimerai ici, ô mon Dieu, et j’espérerai toujours en ta miséricorde, et je répéterai toujours tes louanges […] O Seigneur Jésus, tu seras toujours mon espérance et mon salut dans la terre des vivants ». [15]

C’est ainsi qu’il le nota dans son carnet, en retrouvant la paix. Et cette expérience, avec ses inquiétudes et ses questions, restera toujours éclairante pour lui et lui donnera une façon unique d’accéder au mystère de la relation entre Dieu et l’homme. Elle l’aidera à écouter la vie des autres et à reconnaître, avec un fin discernement, l’attitude intérieure qui unit la pensée au sentiment, la raison à l’affection, et qu’il dénommera le “Dieu du cœur humain”. De cette manière, François n’a pas couru le risque de faire de son expérience personnelle une valeur théorique, en l’absolutisant, mais il a appris une chose extraordinaire, fruit de la grâce : lire en Dieu sa propre expérience et celle des autres.

Bien qu’il n’ait jamais prétendu élaborer un véritable système théologique, sa réflexion sur la vie spirituelle a une éminente valeur théologique. Apparaissent chez lui les caractéristiques essentielles de l’exercice de la théologie dont deux dimensions constitutives ne doivent jamais être oubliées. La première est la vie spirituelle, précisément, car c’est dans la prière humble et persévérante, dans l’ouverture à l’Esprit Saint que l’on peut chercher à comprendre et à exprimer le Verbe de Dieu. On devient théologien dans le creuset de la prière. La deuxième dimension est la vie ecclésiale : sentir dans l’Église et avec l’Église. La théologie a souffert également de la culture individualiste, mais le théologien chrétien élabore sa pensée en étant immergé dans la communauté, en y rompant le pain de la Parole. [16] La réflexion de François de Sales, en marge des disputes d’écoles de son temps, tout en les respectant, découle précisément de ces deux traits constitutifs.

  

La découverte d’un monde nouveau

Une fois terminées ses humanités, il poursuivit des études de droit à l’Université de Padoue. Rentré à Annecy, il décida de l’orientation de sa vie, malgré les résistances paternelles. Ordonné prêtre le 18 décembre 1593, il fut, dans les premiers jours de septembre de l’année suivante, appelé par l’évêque, Mgr Claude de Granier, à la difficile mission du Chablais. C’était un territoire du diocèse d’Annecy, de confession calviniste, qui, dans le dédale complexe des guerres et des traités de paix, était de nouveau passé sous le contrôle du duché de Savoie. Ce furent des années intenses et dramatiques. Il y découvrit ses talents de médiateur et d’homme de dialogue, mais aussi certaines intransigeances rigides qui lui donneront plus tard matière à réflexion. Il se montra aussi l’inventeur de pratiques pastorales originales et audacieuses, comme les fameuses “feuilles volantes”, placardées un peu partout et même glissées sous les portes des maisons.

En 1602, il retourna à Paris pour une délicate mission diplomatique au nom du même Mgr de Granier et selon les indications précises du Siège apostolique, à la suite d’une énième évolution du cadre politique et religieux du diocèse de Genève. Malgré les bonnes dispositions du Roi de France, la mission échoua. Il écrivit lui-même au Pape Clément VIII : « Après neuf mois entiers, j’ai été contraint de m’en retourner sans avoir presque rien fait ». [17] Pourtant, cette mission se révéla être pour lui et pour l’Église d’une richesse inattendue sur le plan humain, culturel et religieux. Pendant le temps libre accordé par les négociations diplomatiques, François prêcha en présence du Roi et de la cour de France, noua d’importantes relations et, surtout, s’immergea totalement dans le prodigieux printemps spirituel et culturel de la moderne capitale du royaume.

Là, tout avait changé ou était en train de changer. Lui-même se laissa toucher et interroger par les grands problèmes du monde et la nouvelle façon de les considérer, par la surprenante demande de spiritualité qui était née et les questions inédites qu’elle posait. En bref, il prit conscience d’un véritable “changement d’époque” auquel il convenait de répondre par des formes anciennes et nouvelles de langage. Ce n’était certes pas la première fois qu’il rencontrait des chrétiens fervents, mais il s’agissait de quelque chose de différent. Ce n’était plus le Paris ravagé par les guerres de religion qu’il avait vu dans ses années de formation, ni la lutte acharnée soutenue dans les territoires du Chablais. C’était une réalité inattendue : une foule « de saints, de vrais saints, nombreux et partout ». [18] C’étaient des hommes et des femmes de culture, des professeurs de Sorbonne, des représentants des institutions, des princes et princesses, des serviteurs et des servantes, des religieux et religieuses. Un monde si diversement assoiffé de Dieu.

Rencontrer ces personnes et connaître leurs questions fut l’une des circonstances providentielles les plus importantes de sa vie. Des jours apparemment inutiles et creux se transformèrent ainsi en une école incomparable, pour lire, sans jamais les édulcorer, les humeurs de son temps. En lui, l’habile et inlassable polémiste se transformait, par grâce, en un fin interprète de son époque et un extraordinaire directeur d’âmes. Son action pastorale, ses grandes œuvres (l’Introduction à la vie dévote et le Traité de l’amour de Dieu), les milliers de lettres d’amitié spirituelle qui seront envoyées, à l’intérieur comme à l’extérieur des murs des couvents et des monastères, aux religieux et aux moniales, aux hommes et aux femmes de la cour comme aux gens ordinaires, la rencontre avec Jeanne Françoise de Chantal et la fondation même de la Visitation en 1610, seraient incompréhensibles sans ce retournement intérieur. L’Évangile et la culture formaient alors une féconde synthèse d’où découlait l’intuition d’une méthode juste et originale, arrivée à maturité et prête à porter un fruit durable et plein de promesses.

Dans l’une des toutes premières lettres de direction et d’amitié spirituelle, envoyée à l’une des communautés visitées à Paris, François de Sales parle, bien qu’en toute humilité, de “sa méthode” qui se différencie des autres, en vue d’une vraie réforme. Une méthode qui renonce à la sévérité et qui compte pleinement sur la dignité et la capacité d’une âme pieuse, malgré ses faiblesses : « Je me doute encore qu’il y ait un autre empêchement à votre réformation : c’est qu’à l’aventure, ceux qui vous l’ont proposée ont manié la plaie un peu âprement […] Je loue leur méthode, bien que ce ne soit pas la mienne, surtout à l’endroit des esprits nobles et bien éduqués comme sont les vôtres ; je crois qu’il est mieux de leur montrer simplement le mal, et leur mettre le fer en main afin qu’ils fassent eux-mêmes l’incision. Néanmoins, ne vous laissez pas pour cela de vous réformer ». [19] Dans ces phrases transparaît ce regard qui a rendu célèbre l’optimisme salésien et qui a laissé son empreinte durable dans l’histoire de la spiritualité permettant des floraisons successives, comme dans le cas de don Bosco deux siècles plus tard.

Rentré à Annecy, il fut ordonné évêque le 8 décembre de la même année 1602. L’influence de son ministère épiscopal sur l’Europe de l’époque et des siècles suivants apparaît immense. « C’est un apôtre, un prédicateur, un homme d’action et de prière ; engagé dans la réalisation des idéaux du Concile de Trente ; participant à la controverse et au dialogue avec les protestants, faisant toujours plus l’expérience, au-delà de la confrontation théologique nécessaire, de l’importance de la relation personnelle et de la charité ; chargé de missions diplomatiques au niveau européen, et de fonctions sociales de médiation et de réconciliation ». [20] Il est surtout un interprète privilégié d’un changement d’époque et le guide des âmes en un temps qui, d’une manière nouvelle, a soif de Dieu.

  

La charité fait tout pour ses enfants

Entre 1620 et 1621, François, désormais proche de la fin de sa vie, adressait à un prêtre de son diocèse des mots qui éclairent sa vision de l’époque. Il l’encourageait à suivre son désir de se consacrer à la rédaction de textes originaux, capables de prendre en compte les nouvelles interrogations, en ayant conscience de leur nécessité. « Je dois vous dire que la connaissance que je prends tous les jours des humeurs du monde me fait souhaiter passionnément que la divine Bonté inspire quelques-uns de ses serviteurs d’écrire au goût de ce pauvre monde ». [21] La raison de cet encouragement, il la trouvait dans sa vision du temps : « Le monde devient si délicat, que désormais on ne l’osera toucher qu’avec des gants musqués, ni panser ses plaies qu’avec des emplâtres de civette ; mais qu’importe, pourvu que les hommes soient guéris et qu’en fin ils soient sauvés ? Notre reine, la charité, fait tout pour ses enfants ». [22] Ce n’était pas gagné d’avance, encore moins une reddition définitive face à la défaite. C’était plutôt l’intuition d’un changement en acte et de l’exigence, toute évangélique, de comprendre comment pouvoir l’habiter.

Il avait d’ailleurs mûri la même conscience et l’avait exprimée dans la Préface du Traité de l’amour de Dieu : « J’ai eu en considération la condition des esprits de ce siècle, et je le devais : il importe beaucoup de regarder en quel âge on écrit ». [23] En demandant ensuite la bienveillance du lecteur, il affirmait : « Si tu trouves le style un […] peu différent de celui dont j’ai usé écrivant à Philothée, et tous deux grandement divers de celui que j’ai employé en la Défense de la Croix, sache qu’en dix-neuf ans, on apprend et désapprend beaucoup de choses ; que le langage de la guerre est autre que celui de la paix, et que l’on parle d’une façon aux jeunes apprentis, et d’une autre sorte aux vieux compagnons ». [24] Mais, face à ce changement, par où commencer ? Par l’histoire même de Dieu avec l’homme. D’où le dernier objectif de son Traité : « Certes, j’ai seulement pensé à représenter simplement et naïvement, sans art et encore plus sans fard, l’histoire de la naissance, du progrès, de la décadence des opérations, propriétés, avantages et excellences de l’amour divin ». [25]

 

 Les questions d’un passage d’époque

À l’occasion du quatrième centenaire de sa mort, je me suis interrogé sur l’héritage de saint François de Sales pour notre époque, et j’ai trouvé éclairantes sa souplesse et sa capacité de vision. Par un don de Dieu d’une part, par sa nature personnelle d’autre part, et aussi par sa solide expérience, il avait eu la nette perception d’un changement d’époque. Lui-même n’aurait jamais imaginé y reconnaître une telle opportunité pour l’annonce de l’Évangile. La Parole qu’il avait aimée depuis sa jeunesse était capable de faire son chemin, ouvrant des horizons nouveaux et imprévisibles, dans un monde en transition rapide.

C’est ce qui nous attend aussi comme tâche essentielle pour le changement d’époque que nous vivons : une Église non autoréférentielle, libre de toute mondanité mais capable d’habiter le monde, de partager la vie des personnes, de marcher ensemble, d’écouter et d’accueillir. [26] C’est ce que François de Sales a accompli en déchiffrant son époque, avec l’aide de la grâce. C’est pourquoi il nous invite à sortir d’une préoccupation excessive de nous-mêmes, des structures, de l’image que nous donnons dans la société et à nous demander plutôt quels sont les besoins concrets et les attentes spirituelles de notre peuple. [27] Il est donc important, aujourd’hui encore, de relire certains de ses choix cruciaux, pour habiter le changement avec une sagesse évangélique.

  

La brise et les ailes

Le premier de ces choix a été de relire et de proposer de nouveau, à chacun dans sa condition particulière, la relation heureuse entre Dieu et l’être humain. Au fond, la raison ultime et le but concret du Traité est précisément de montrer aux contemporains l’attraction de l’amour de Dieu. « Quels sont – se demande-t-il – les cordages ordinaires par lesquels la divine Providence a accoutumé de tirer nos cœurs à son amour ? ». [28] Prenant de manière suggestive comme point de départ le texte d’Osée 11, 4, [29] il définit ces moyens ordinaires comme des « liens d’humanité ou de charité et d’amitié ». « Sans doute – écrit-il – [que] nous ne sommes pas tirés à Dieu par des liens de fer, comme les taureaux et les buffles, mais par manière d’allèchements, d’attraits délicieux et de saintes inspirations, qui sont en somme les liens d’Adam et d’humanité ; c’est-à-dire proportionnés et convenables au cœur humain, auquel la liberté est naturelle ». [30] C’est par ces liens que Dieu a tiré son peuple de l’esclavage, en lui apprenant à marcher, en le tenant par la main, comme le fait un papa ou une maman avec son enfant. Aucune imposition extérieure, donc, aucune force despotique et arbitraire, aucune violence. Plutôt, la forme persuasive d’une invitation qui laisse intacte la liberté de l’homme. « La grâce – poursuit-il en pensant certainement à tant d’histoires de vie rencontrées – a des forces, non pour forcer, mais pour allécher le cœur ; elle a une sainte violence, non pour violer, mais pour rendre amoureuse notre liberté ; elle agit fortement, mais si suavement que notre volonté ne demeure point accablée sous une si puissante action ; elle nous presse, mais elle n’oppresse pas notre franchise : si bien que nous pouvons, emmi ses forces, consentir ou résister à ses mouvements selon qu’il nous plaît ». [31]

Peu avant, il avait illustré cette relation avec l’exemple curieux de l’« apode » : « Il y a certains oiseaux, Théotime, qu’Aristote nomme “apodes”, parce qu’ayant les jambes extrêmement courtes, et les pieds sans force, ils ne s’en servent non plus que s’ils n’en avaient point : que si une fois ils prennent terre, ils y demeurent pris, sans que jamais d’eux-mêmes ils puissent reprendre le vol, d’autant que n’ayant nul usage des jambes ni des pieds, ils n’ont pas non plus le moyen de se pousser et relancer en l’air ; et partant, ils demeurent là croupissants et y meurent, sinon que quelque vent propice à leur impuissance, jetant ses bouffées sur la face de la terre, les vienne saisir et enlever, comme il fait plusieurs autres choses ; car alors, si employant leurs ailes ils correspondent à cet élan et premier essor que le vent leur donne, le même vent continue aussi son secours envers eux, les poussant de plus en plus au vol ». [32] L’homme est ainsi : fait par Dieu pour voler et déployer toutes ses potentialités dans l’appel à l’amour, il risque de devenir incapable de décoller quand il tombe à terre et n’accepte pas de rouvrir les ailes au souffle de l’Esprit.

Voilà donc la « forme » par laquelle la grâce de Dieu se donne aux hommes : celle des liens précieux et si humains d’Adam. La force de Dieu ne cesse jamais d’être absolument capable de faire prendre son envol et, néanmoins, sa douceur fait en sorte que la liberté d’y consentir n’est ni violée ni inutile. Il revient à l’homme de se lever ou de ne pas se lever. Bien que la grâce l’ait touché au réveil, sans lui, elle ne veut pas que l’homme se lève sans y consentir. Ainsi tire-t-il sa réflexion finale : « Théotime, les inspirations nous préviennent, et avant que nous y ayons pensé elles se font sentir, mais après que nous les ayons senties, c’est à nous d’y consentir pour les seconder et suivre leurs attraits, ou de le dissentir et les repousser : elles se font sentir à nous, sans nous, mais elles ne nous font pas consentir sans nous ». [33] Par conséquent, dans la relation avec Dieu, il s’agit toujours d’une expérience de gratuité qui témoigne de la profondeur de l’amour du Père.

Cependant, cette grâce ne rend jamais l’homme passif. Elle nous fait comprendre que nous sommes radicalement précédés par l’amour de Dieu, et que son premier don consiste précisément à se recevoir de son amour. Chacun, cependant, a le devoir de coopérer à sa propre réalisation, en déployant avec confiance ses ailes au souffle de Dieu. Nous voyons ici un aspect important de notre vocation humaine : « Le devoir que Dieu confie à Adam et Eve dans le récit de la Genèse est d’être féconds. L’humanité s’est vue confier la tâche de changer, de construire et de dominer la création, une tâche positive qui consiste à créer à partir d’elle et avec elle. L’avenir ne dépend donc pas d’un mécanisme invisible dont les êtres humains sont des spectateurs passifs. Non, nous sommes des protagonistes, nous sommes – en forçant le mot – co-créateurs ». [34] C’est ce que François de Sales a bien compris et a essayé de transmettre dans son ministère de guide spirituel.

  

La vraie dévotion

Un deuxième grand choix crucial a été celui d’aborder la question de la dévotion. Comme de nos jours, là encore, la nouvelle époque avait soulevé un bon nombre d’interrogations. En particulier, deux aspects demandent à être, aujourd’hui encore, compris et relancés. Le premier concerne l’idée même de dévotion, le second, son caractère universel et populaire. Indiquer ce que l’on entend par dévotion, c’est le premier point qui est abordé au début de Philothée : « Il faut avant toutes choses que vous sachiez ce qu’est la vertu de dévotion ; car, d’autant qu’il n’y en a qu’une vraie, et qu’il y en a une grande quantité de fausses et vaines, si vous ne connaissiez quelle est la vraie, vous pourriez vous tromper et vous amuser à suivre quelque dévotion impertinente et superstitieuse ». [35]

La description de la fausse dévotion par François de Sales est savoureuse et toujours actuelle et il n’est pas difficile pour nous de nous y retrouver, non sans une touche efficace de sain humour : « Celui qui est adonné au jeûne se tiendra pour bien dévot pourvu qu’il jeûne, quoi que son cœur soit plein de rancune ; et n’osant point tremper sa langue dans le vin ni même dans l’eau, par sobriété, ne se feindra point de la plonger dedans le sang du prochain par la médisance et calomnie. Un autre s’estimera dévot parce qu’il dit une grande multitude d’oraisons tous les jours, quoi qu’après cela sa langue se fonde toute en paroles fâcheuses, arrogantes et injurieuses parmi ses domestiques et voisins. L’autre tire fort volontiers l’aumône de sa bourse pour la donner aux pauvres, mais il ne peut tirer la douceur de son cœur pour pardonner à ses ennemis ; l’autre pardonnera à ses ennemis, mais de tenir raison à ses créanciers, jamais qu’à vive force de justice ». [36] Ce sont des vices et des efforts de tous les temps, même d’aujourd’hui, pour lesquels le Saint conclut : « Tous ces gens-là sont vulgairement tenus pour dévots, et ne le sont pourtant nullement ». [37]

La nouveauté et la vérité de la dévotion se trouvent ailleurs, profondément enracinées dans la vie divine en nous. De cette manière « la vraie et vivante dévotion […] présuppose l’amour de Dieu, ainsi elle n’est autre chose qu’un vrai amour de Dieu, mais non pas toutefois un amour tel quel ». [38] Dans son imagination fervente, elle n’est « autre chose qu’une agilité et vivacité spirituelle par le moyen de laquelle la charité fait ses actions en nous, ou nous par elle, promptement et affectionnément ». [39] Ainsi, elle n’est pas placée à côté de la charité, mais en est une manifestation et, en même temps, y conduit. C’est comme une flamme par rapport au feu : elle ravive son intensité, sans en changer la qualité. « Enfin, la charité et la dévotion ne sont non plus différentes l’une de l’autre que la flamme l’est du feu, d’autant que la charité étant un feu spirituel, quand elle est fort enflammée elle s’appelle dévotion : si que la dévotion n’ajoute rien au feu de la charité, sinon la flamme qui rend la charité prompte, active et diligente, non seulement à l’observation des commandements de Dieu, mais à l’exercice des conseils et inspirations célestes ». [40] Une dévotion ainsi comprise n’a rien d’abstrait. Elle est plutôt un style de vie, une façon d’être dans le concret de l’existence quotidienne. Elle rassemble et donne un sens aux petites choses de tous les jours, la nourriture et les vêtements, le travail et les loisirs, l’amour et la fécondité, l’attention aux obligations professionnelles. Bref, elle éclaire la vocation de chacun.

On devine ici la racine populaire de la dévotion, affirmée dès les premières paroles de Philothée : « Ceux qui ont traité de la dévotion ont presque tous regardé l’instruction des personnes fort retirées du commerce du monde, ou au moins ont enseigné une sorte de dévotion qui conduit à cette entière retraite. Mon intention est d’instruire ceux qui vivent en villes, en ménages, dans la cour, et qui par leur condition sont obligés de faire une vie commune ». [41] C’est pourquoi celui qui pense reléguer la dévotion à quelque domaine protégé et réservé se trompe lourdement. Au contraire, elle appartient à tous et est pour tous, où que nous soyons, et chacun peut la pratiquer selon sa vocation. Comme l’écrivait saint Paul VI à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de François de Sales, « la sainteté n’est pas l’apanage de l’une ou de l’autre classe ; mais l’invitation pressante est adressée à tous les chrétiens : “Mon ami, monte plus haut” ( Lc 14, 10) ; tous sont liés par l’obligation de gravir la montagne de Dieu, même si tous ne suivent pas le même chemin. “La dévotion doit être exercée différemment par le gentilhomme, l’artisan, le servant, le prince, la veuve, la jeune femme, la mariée. Plus encore, la pratique de la dévotion doit être adaptée aux forces, aux affaires et aux devoirs de chacun” ». [42] Traverser la cité terrestre en préservant l’intériorité, allier le désir de perfection à chaque état de vie, en retrouvant un centre qui ne se sépare pas du monde mais apprend à l’habiter, à l’apprécier, en apprenant aussi à prendre ses distances. Telle était son intention, et cela continue d’être une leçon précieuse pour chaque homme et chaque femme de notre temps.

C’est le thème conciliaire de la vocation universelle à la sainteté : « Pourvus de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ». [43] “Chacun dans sa route”. « Il ne faut donc pas se décourager quand on contemple des modèles de sainteté qui semblent inaccessibles ». [44] La Mère Église nous les propose non pas pour que nous cherchions à les imiter, mais pour qu’ils nous poussent à marcher sur le chemin unique et spécifique que le Seigneur a pensé pour nous. « Ce qui compte, c’est que chaque croyant discerne son chemin et fasse ressortir le meilleur de lui-même, ce que Dieu a placé en lui de manière si personnelle (cf. 1 Co 12, 7) ». [45]

 

 L’extase de la vie

Tout cela a conduit le saint évêque à considérer la vie chrétienne dans son ensemble comme « l’extase de l’œuvre et de la vie ». [46] Celle-ci ne doit cependant pas être confondue avec une fuite facile ou un retrait dans l’intimité, et encore moins avec une obéissance triste et grise. Nous savons que ce danger est toujours présent dans la vie de foi. En effet, « il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques. […] Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis ». [47]

Permettre à la joie de s’éveiller est précisément ce que François de Sales exprime en décrivant « l’extase de l’œuvre et de la vie ». Grâce à elle, « nous vivons non seulement une vie civile, honnête et chrétienne, mais une vie surhumaine, spirituelle, dévote et extatique, c’est-à-dire une vie qui est de toute façon en dehors et au-dessus de notre condition naturelle ». [48] Nous nous trouvons ici dans les pages centrales et les plus lumineuses du Traité. L’extase est l’heureuse surabondance de la vie chrétienne, élevée bien au-dessus de la médiocrité de la simple observance : «  Ne point dérober, ne point mentir, ne point commettre de luxure, prier Dieu, ne point jurer en vain, aimer et honorer son père, ne point tuer, c’est vivre selon la raison naturelle de l’homme. Mais quitter tous nos biens, aimer la pauvreté, l’appeler et tenir en qualité de très délicieuse maîtresse ; tenir les opprobres, mépris, abjections, persécutions, martyres, pour des félicités et béatitudes; se contenir dans les termes d’une absolue chasteté, et enfin vivre parmi le monde et en cette vie mortelle contre toutes les opinions et maximes du monde, et contre le courant du fleuve de cette vie par des ordinaires résignations, renoncements et abnégations de nous-mêmes, ce n’est pas vivre humainement, mais surhumainement; ce n’est pas vivre en nous, mais hors de nous et au-dessus de nous. Et parce que nul ne peut sortir en cette façon au-dessus de soi-même, si le Père éternel ne le tire, partant cette sorte de vie doit être un ravissement continuel et une extase perpétuelle d’action et d’opération ». [49]

C’est une vie qui a retrouvé les sources de la joie, contre toute aridité, contre la tentation du repli sur soi. En effet, « le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie ». [50]

À la description de « l’extase de l’œuvre et de la vie », saint François ajoute, enfin, deux précisions importantes, également pour notre temps. La première concerne un critère efficace pour discerner la vérité de ce mode de vie. La seconde concerne la source profonde de celui-ci. En ce qui concerne le critère de discernement, il précise que, si cette extase implique une véritable sortie de soi, elle ne signifie pas pour autant un abandon de la vie. Il est important de ne jamais l’oublier, pour éviter de dangereuses déviations. En d’autres termes, celui qui prétend s’élever vers Dieu, mais ne vit pas la charité envers son prochain, se trompe lui-même et trompe les autres.

Nous retrouvons ici le même critère qu’il appliquait à la qualité de la vraie dévotion. « Quand on voit une personne qui en l’oraison a des ravissements par lesquels elle sort et monte au-dessus de soi-même en Dieu, et néanmoins n’a point d’extase en sa vie, c’est-à-dire ne fait point une vie relevée et attachée à Dieu, […] surtout par une continuelle charité, croyez, Théotime, que tous ses ravissements sont grandement douteux et périlleux ». Sa conclusion est très efficace : « Être au-dessus de soi-même en l’oraison et au-dessous de soi en la vie et opération, être angélique en la méditation et bestial en la conversation […] est une vraie marque que tels ravissements et telles extases ne sont que des amusements et des tromperies du malin esprit ». [51] C’est, en substance, ce que Paul rappelait déjà aux Corinthiens dans l’hymne à la charité : « J’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien » (1 Co 13, 2-3).

Pour saint François de Sales, donc, la vie chrétienne n’est jamais sans extase et, cependant, l’extase n’est pas authentique sans la vie. En effet, la vie sans extase risque d’être réduite à une obéissance opaque, à un Évangile qui a oublié sa joie. Par contre, l’extase sans la vie s’expose facilement à l’illusion et à la tromperie du malin. Les grandes polarités de la vie chrétienne ne peuvent être résolues l’une dans l’autre. Au contraire, l’une maintient l’autre dans son authenticité. Ainsi, la vérité ne va pas sans la justice, la complaisance sans la responsabilité, la spontanéité sans la loi, et vice versa.

Quant à la source profonde de cette extase, il la relie judicieusement à l’amour manifesté par le Fils incarné. S’il est vrai, d’une part, que « l’amour est le premier acte et principe de notre vie dévote ou spirituelle, par lequel nous vivons, sentons et nous émouvons » et, d’autre part, que « notre vie spirituelle est telle que sont nos mouvements affectifs », il est clair qu’ « un cœur qui n’a point de mouvement et d’affection, n’a point d’amour », de même qu’ « un cœur qui a de l’amour n’est point sans mouvement affectif ». [52] Mais la source de cet amour qui attire le cœur est la vie de Jésus-Christ : « Rien ne presse tant le cœur de l’homme que l’amour », et le point culminant de cette pression est le fait que « Jésus-Christ est mort pour nous, il nous a donné la vie par sa mort ; nous ne vivons que parce qu’il est mort, il est mort pour nous, à nous et en nous ». [53]

Cette indication est émouvante, parce qu’elle révèle non seulement une vision éclairée et non évidente du rapport entre Dieu et l’homme, mais aussi le lien affectif étroit qui liait le saint évêque au Seigneur Jésus. La vérité de l’extase de la vie et de l’action n’est pas n’importe laquelle, mais c’est celle qui apparaît sous la forme de la charité du Christ, qui culmine sur la croix. Cet amour n’annule pas l’existence, mais la fait briller d’une qualité extraordinaire.

C’est pour cette raison que saint François de Sales utilise une très belle image pour décrire le Calvaire comme « le mont des amants ». [54] Là, et seulement là, on comprend qu’ « on ne peut avoir la vie sans l’amour, ni l’amour sans la mort du Rédempteur. Mais hors de là, tout est ou mort éternelle ou amour éternel, et toute la sagesse chrétienne consiste à bien choisir ». [55] Ainsi, il peut clore son Traité en renvoyant à la conclusion d’un discours de saint Augustin sur la charité : « Qu’y a-t-il de plus fidèle que la charité ? Fidèle non pas à l’éphémère mais à l’éternel. Elle supporte tout dans la vie présente, pour la raison qu’elle croit tout sur la vie future : elle supporte tout ce qui nous est donné à supporter ici, parce qu’elle espère tout ce qui lui est promis là-bas. A juste titre, elle n’a jamais de fin. Pratiquez donc la charité et portez, en la méditant saintement, les fruits de la justice. Et si vous trouvez d’autres choses à sa louange que je ne vous ai pas dites maintenant, que cela se voie dans votre manière de vivre ». [56]

Voilà ce qui ressort de la vie du saint évêque d’Annecy, et qui est livré, une fois encore, à chacun de nous. Que le quatrième Centenaire de sa naissance au Ciel nous aide à en faire une mémoire pieuse et que, par son intercession, le Seigneur déverse les dons de l’Esprit en abondance sur le chemin du peuple fidèle de Dieu.

Rome, Saint-Jean-du-Latran, 28 décembre 2022

FRANÇOIS

[1] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 336.

[2] Id., Lettre 2103 :À Monsieur Sylvestre de Saluces de la Mente, Abbé d’Hautecombe (3 nov. 1622), in Œuvres de Saint François de Sales, Tome XXVI, Annecy 1918, pp. 490-491.

[3] Id., Lettre DCCCXXVIII : À une Dame (19 déc. 1622), in Œuvres Complètes de Saint François de Sales, Évêque et Prince de Genève, Tome III, Paris 1861, p. 659.

[4] Id., Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 395.

[5] Id., Entretiens spirituels, Dernier entretien [21], in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 1319.

[6] Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 49 : AAS 110 (2018), p. 1124.

[7] Ibid., n. 57 : AAS 110 (2018), p. 1127.

[8] Cf. Ibid., nn. 37-39 : AAS 110 (2018), p. 1121-1122.

[9] S. François de Sales, Entretiens spirituels, Dernier entretien [21], in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 1319.

[10] Ibid., p. 1308.

[11] Ibid.

[12]  Lettre à l’Évêque d’Annecy (France) à l’occasion du 4ème Centenaire de l’Ordination épiscopale de saint François de Sales (23 novembre 2002), n. 3 : Enseignements de Jean-Paul II, XXV/2 (2022), p. 767.

[13] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 336.

[14] Benoît XVI, Catéchèse, 2 mars 2011 : Enseignements, VII/1 (2011), p. 270.

[15] S. François de Sales, Fragments d’écrits intimes, 3 : Acte d’abandon héroïque, in Œuvres de saint François de Sales, tome XXII (Opuscules, I), Annecy 1925, p. 41.

[16] Cf. Discours à la Commission Théologique Internationale, 29 novembre 2019 : L’Osservatore Romano, 30 novembre 2019, p. 8.

[17] S. François de Sales, Lettre 165 : À Sa Sainteté Clément VIII (fin octobre 1602), in Œuvres de saint François de Sales, Tome XII ( Lettres, II : 1599-1604), Annecy 1902, p. 128.

[18] H. Bremond, L’humanisme dévot : 1580-1660, in Histoire littéraire du sentiment religieux en France : depuis la fin des guerres de religion jusqu’à nos jours, Tome I, Jérôme Millon, Grenoble, 2006, p. 131.

[19] S. François de Sales, Lettre 168 Aux religieuses du monastère des « Filles-Dieu » (22 novembre 1602), in Œuvres de Saint François de Sales, Tome XII ( Lettres, II : 1599-1604), Annecy 1902, 105.

[20] Benoît XVI, Catéchèse, 2 mars 2011 : Enseignements, VII/1 (2011), p. 272.

[21] S. François de Sales, Lettre 1869 : À Monsieur Pierre Jay, (1620 ou 1621), in Œuvres de saint François de Sales, Tome XX ( Lettres, X : 1621-1622), Annecy 1918, p. 219.

[22] Ibid.

[23] Id., Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 339.

[24] Ibid., p. 347

[25] Ibid., pp. 338-339.

[26] Cf. Discours aux évêques, prêtres, religieux et religieuses, séminaristes et catéchistes, Bratislava, 13 septembre 2021 : L’Osservatore Romano, 13 septembre 2021, pp. 11-12.

[27] Cf. Ibid.

[28] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 444.

[29] « Je les menais avec des attaches humaines [Vulg : in funiculis Adam], avec des liens d’amour ; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger ».

[30] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 444.

[31] Ibid., pp. 444-445.

[32] Ibid., p. 434.

[33] Ibid., p. 446.

[34] Ritorniamo a sognare. La strada per un futuro migliore, Conversazione con Austen Ivereigh, Piemme, Milano 2020, p. 8.

[35] S. François de Sales, Philothée. Introduction à la vie dévote, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 31.

[36] Ibid., pp. 31-32.

[37] Ibid., p.32.

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Ibid., p. 33.

[41] Ibid., p 23.

[42] Lett. ap. Sabaudiae gemma à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de saint François de Sales Docteur de l’Eglise (29 janvier 1967) : AAS 59 (1967), p. 119.

[43] Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 11.

[44] Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 11 : AAS 110 (2018), p. 1114.

[45] Ibid.

[46] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 682.

[47] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 6 : AAS 105 (2013), pp. 1021-1022.

[48] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, pp. 682-683.

[49] Ibid., p. 683.

[50] Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 2: AAS 105 (2013), pp. 1019-1020.

[51] S. François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, in Œuvres, éd. André Ravier, Gallimard, Paris 1969, p. 685.

[52] Ibid., p. 684.

[53] Ibid., pp. 687-688.

[54] Ibid., p. 971.

[55] Ibid.

[56] Discours, 350, 3 : PL 39, p. 1535.

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BENOÎT XVI (pape ; 1927-2022), BENOÎT XVI : UNE BIBLIOGRAPHIE, BENOIT XVI, BIBLIOGRAPHIE, EGLISE CATHOLIQUE, LIVRE, LIVRES, LIVRES DE SPIRITUALITE

Benoît XVI : une bibliographie

Benoît XVI : petite bibliographie

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Dernières conversations: avec Peter Seewald 

Benoît XVI

Paris, Fayard, 2016. 288 pages

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C’est un événement : Benoît XVI rompt le silence. Pour la première fois en 2000 ans d’histoire de la chrétienté, un pape dresse le bilan de son action au Saint-Siège. 
Peter Seewald, journaliste spécialiste de ces questions, à qui Benoît XVI s’était confié dans Le Sel de la terre et Lumière du monde, a mené de nombreux entretiens avec le pape émérite entre novembre 2012 et mai 2016. Dans ces conversations inédites, Benoît XVI évoque en toute franchise les raisons de sa renonciation, les moments forts de son pontifi cat, la personnalité de son successeur, le pape François, et n’omet aucun sujet polémique, y compris le scandale de Vatileaks et la difficulté à réformer la Curie.
Jamais auparavant il n’avait abordé de manière si personnelle la question de sa foi, les défis actuels du christianisme et le futur de l’Église. Son parcours sert de toile de fond à ces Dernières conversations, dans lesquelles le pape allemand, un des principaux théologiens de notre temps, livre son message aux fidèles et au monde.

Benoît XVI une vie – De sa jeunesse en Allemagne nazie au Concile

Tome 1

Peter Seewald

Editions Chora, 2022. 592 pages

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Dans le nouvel ouvrage définitif et monumental sur Benoît XVI, son biographe Peter Seewald a découvert des éléments nouveaux sur la vie et le caractère du pape émérite, et notamment son rôle dans le Concile Vatican II, « extrêmement important ». Le visage de Benoît XVI nous est révélé dans ces lignes très bien documentées, laissant entrevoir l’humanité d’un homme qui aura marqué notre siècle. La voix de Peter Seewald se fait entendre, sa biographie tend à transmettre au lecteur la vérité de ce que lui-même a découvert à travers toutes ces heures passées à récolter minutieusement les témoignages et anecdotes sur ce grand théologien.

Benoit XVI, une vie tome 2 

Peter Seewald

Editions Chora, 2022. 736 ^pages

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Jésus de Nazareth : la figure et le message

Benoît XVI

Paris, Parole et Silence, 2014. 674 pages

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« En incluant dans ces Oeuvres complètes les trois volumes sur Jésus de Nazareth, publiés au cours du pontificat du pape Benoît XVI, nous voulons rendre hommage à cette recherche inlassable qui a guidé Joseph Ratzinger tout au long de la rédaction de son manuscrit. Voilà soixante ans que les différents thèmes de la christologie se trouvent au centre de son activité et de son enseignement comme professeur d’université, comme évêque et comme pape. Par ses trois livres sur la figure centrale de notre foi, Joseph Ratzinger – Benoît XVI a suscité un débat profond sur Jésus de Nazareth en qui les chrétiens reconnaissent celui qui apporte le salut, ainsi que le véritable et unique médiateur entre Dieu et les hommes. » GERHARD LUDWIG MÜLLER Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

 

 La foi chrétienne hier et aujourd’hui 

Joseph Ratzinger

Paris, Le Cerf, 2005. 266 pages

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Le texte essentiel du futur pape Benoît XVI, magistral et personnel.

Pouvons-nous encore croire aujourd’hui, comment, et en quoi ? Croire à la Trinité, à la Vierge Marie, à la résurrection des morts ? Joseph Ratzinger, le futur pape Benoît XVI, livre ici une brillante introduction à la foi chrétienne, un spectaculaire commentaire du Credo, en réponse aux croyants qui ne croient qu’à moitié. Pour lui, il n’est pas permis à ceux qui se disent disciples du Christ de recourir à toutes sortes de détours et de subterfuges pour donner une interprétation du christianisme qui ne choque plus.
Publiée pour la première fois en 1968, cette introduction au christianisme est considérée comme l’une des œuvres majeures de la théologie du XXe siècle, écrite par la plus haute intelligence théologique contemporaine. En l’an 2000, Ratzinger en a donné une longue préface en considérant deux événements significatifs des dernières décennies, le soulèvement d’une nouvelle génération en 1968 et l’effondrement des régimes socialistes en 1989.
Un livre juste et vrai, missionnaire, pour aujourd’hui.

Deus Caritas Est : Du Souverain Pontife Benoît XVI aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées et à tous les fidèles laïcs sur l’amour chrétien 

Benoît XVI

Paris, Téqui, 2006. 71 pages

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Dans sa toute première Encyclique, publiée le 25 janvier 2006, le Pape Benoît XVI démontre que l’amour de l’homme et de la femme et la vertu de la charité chrétienne, en grec éros et agapè, ont une même et unique source: l’amour de Dieu pour le monde qu’il a créé, tout en soulignant que l’éros ne doit pas être rabaissé au simple sexe, sous peine de devenir une marchandise. Le pape rappelle aussi que l’organisation de la charité fait partie de la nature profonde de l’Eglise et encourage les catholiques à s’engager dans les associations caritatives.Cette encyclique qui comporte deux parties, une théologique et l’autre plus concrète a été présentée par le Pape lui même lors d’une audience du mercredi. Se placant sous le parrainage de Dante Alighieri, le grand poète italien du 13e siècle, l’auteur de La Divine Comédie qui a écrit que le soleil et les étoiles étaient mûs par l’amour, Benoît XVI déclarait alors : Aujourd’hui, le mot amour est tellement galvaudé qu’on n’ose plus le prononcer. Et pourtant c’est un mot fondamental que nous ne devons pas abandonner. Nous devons le reprendre en le purifiant et en lui redonnant sa splendeur d’origine. SOMMAIRE Introduction ; Première partie : L’unité de l’Amour dans la création et dans l’histoire du salut ; Un problème de langage ; « Eros » et « Agapè » – différence et unité ; La nouveauté de la foi biblique ; Jésus Christ – l’amour incarné de Dieu ; Amour de Dieu et amour du prochain ; Deuxième partie : Caritas, l’exercice de l’amour de la part de l’Eglise en tant que communauté d’amour ; La charité de l’Église comme manifestation de l’amour trinitaire ; La charité comme tâche de l’Église ; Justice et charité ; Les nombreuses structures de service caritatif dans le contexte social actuel ; Le profil spécifique de l’activité caritative de l’Église ; Les responsables de l’action caritative de l’Église ; Conclusion.

Spe salvi : Lettre encyclique sur l’espérance chrétienne

Benoît XVI

Paris, Téqui, 2007. 69 pages

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RÉSUMÉ

« En quoi consiste cette espérance qui, comme espérance, est rédemption ? En fait, le coeur même de la réponse est donné dans la Lettre aux Éphésiens : avant leur rencontre avec le Christ, les Éphésiens étaient sans espérance, parce qu’ils étaient sans Dieu dans le monde. »

Thèmes: Foi et Espérance – Église primitive – vie éternelle – raison et liberté – travail – progrès – amour inconditionnel – espérance chrétienne – apprendre l’espérance – prière – action et souffrance – amour de la vérité et de la justice – purgatoire – jugement dernier – conceptions philosophiques du bonheur – Vierge Marie

Sommaire de l’encyclique de Benoît XVI sur l’espérance chrétienne :
La foi est espérance
Le concept d’espérance fondée sur la foi, dans le Nouveau Testament et dans l’Église primitive
La vie éternelle – qu’est-ce que c’est ?
L’espérance chrétienne est-elle individualiste ?
La transformation de la foi-espérance chrétienne dans les temps modernes
La vraie physionomie de l’espérance chrétienne
« Lieux » d’apprentissage et d’exercice de l’espérance :
I. La prière comme école de l’espérance
II. Agir et souffrir
III. Le Jugement
Marie, étoile de l’espérance

Lettre encyclique Caritas in veritate du Souverain Pontife Benoît XVI 

Benoît XVI

Paris, Saint Paul Editions religieuses, 2009. 191 âges.

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L’amour dans la vérité – caritas in veritate – est un grand défi pour l’Église dans un monde sur la voie d’une mondialisation progressive et généralisée. (…) Seule la charité, éclairée par la lumière de la raison et de la foi, permettra d’atteindre des objectifs de développement porteurs d’une valeur plus humaine et plus humanisante. Le partage des biens et des ressources, d’où provient le vrai développement, n’est pas assuré par le seul progrès technique et par de simples relations de convenance, mais par la puissance de l’amour qui vainc le mal par le bien (cf. Rm 12, 21) et qui ouvre à la réciprocité des consciences et des libertés. Préface de Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne Edition commentée par Denis Sureau, directeur du journal l’Homme Nouveau.

BENOÎT XVI (pape ; 1927-2022), BENOIT XVI, DISCOURS, DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI AU COLLEGE DES BERNARDINS (12 septembre 2008), EGLISE CATHOLIQUE, FRANCE, PAPAUTE, VOYAGES PONTIFICAUX

Discours du Pape Benoît XVI au Collège des Bernardins (12 septembre 2008)

 VOYAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE DES APPARITIONS DE LOURDES (12 – 15 SEPTEMBRE 2008) AU MONDE DE LA CULTURE

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DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI Collège des Bernardins, Paris
Vendredi 12 septembre 2008

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Monsieur le Cardinal, Madame le Ministre de la Culture, Monsieur le Maire, Monsieur le Chancelier de l’Institut, Chers amis,

Merci, Monsieur le Cardinal, pour vos aimables paroles. Nous nous trouvons dans un lieu historique, lieu édifié par les fils de saint Bernard de Clairvaux et que votre grand prédécesseur, le regretté Cardinal Jean-Marie Lustiger, a voulu comme un centre de dialogue de la Sagesse chrétienne avec les courants culturels, intellectuels et artistiques de votre société. Je salue particulièrement Madame le Ministre de la Culture qui représente le gouvernement, ainsi que Monsieur Giscard d’Estaing et Monsieur Chirac. J’adresse également mes salutations aux ministres présents, aux représentants de l’UNESCO, à Monsieur le Maire de Paris et à toutes les autres autorités. Je ne veux pas oublier mes collègues de l’Institut de France qui savent ma considération et je désire remercier le Prince de Broglie de ses paroles cordiales. Nous nous reverrons demain matin. Je remercie les délégués de la communauté musulmane française d’avoir accepté de participer à cette rencontre ; je leur adresse mes vœux les meilleurs en ce temps du ramadan. Mes salutations chaleureuses vont maintenant tout naturellement vers l’ensemble du monde multiforme de la culture que vous représentez si dignement, chers invités.

J’aimerais vous parler ce soir des origines de la théologie occidentale et des racines de la culture européenne. J’ai mentionné en ouverture que le lieu où nous nous trouvons était emblématique. Il est lié à la culture monastique. De jeunes moines ont ici vécu pour s’initier profondément à leur vocation et pour bien vivre leur mission. Ce lieu, évoque-t-il pour nous encore quelque chose ou n’y rencontrons-nous qu’un monde désormais révolu ? Pour pouvoir répondre, nous devons réfléchir un instant sur la nature même du monachisme occidental. De quoi s’agissait-il alors ? En considérant les fruits historiques du monachisme, nous pouvons dire qu’au cours de la grande fracture culturelle, provoquée par la migration des peuples et par la formation des nouveaux ordres étatiques, les monastères furent des espaces où survécurent les trésors de l’antique culture et où, en puisant à ces derniers, se forma petit à petit une culture nouvelle. Comment cela s’est-il passé ? Quelle était la motivation des personnes qui se réunissaient en ces lieux ? Quels étaient leurs désirs ? Comment ont-elles vécu ?

Avant toute chose, il faut reconnaître avec beaucoup de réalisme que leur volonté n’était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé. Leur motivation était beaucoup plus simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quaerere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s’appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr. On dit que leur être était tendu vers l’« eschatologie ». Mais cela ne doit pas être compris au sens chronologique du terme – comme s’ils vivaient les yeux tournés vers la fin du monde ou vers leur propre mort – mais au sens existentiel : derrière le provisoire, ils cherchaient le définitif. Quaerere Deum : comme ils étaient chrétiens, il ne s’agissait pas d’une aventure dans un désert sans chemin, d’une recherche dans l’obscurité absolue. Dieu lui-même a placé des bornes milliaires, mieux, il a aplani la voie, et leur tâche consistait à la trouver et à la suivre. Cette voie était sa Parole qui, dans les livres des Saintes Écritures, était offerte aux hommes. La recherche de Dieu requiert donc, intrinsèquement, une culture de la parole, ou, comme le disait Dom Jean Leclercq : eschatologie et grammaire sont dans le monachisme occidental indissociables l’une de l’autre (cf. L’amour des lettres et le désir de Dieu, p.14). Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes. La bibliothèque faisait, à ce titre, partie intégrante du monastère tout comme l’école. Ces deux lieux ouvraient concrètement un chemin vers la parole. Saint Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola, une école du service du Seigneur. L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole.

Pour avoir une vision d’ensemble de cette culture de la parole liée à la recherche de Dieu, nous devons faire un pas supplémentaire. La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est elle-même ce chemin, est une Parole qui donne naissance à une communauté. Elle remue certes jusqu’au fond d’elle-même chaque personne en particulier (cf. Ac 2, 37). Grégoire le Grand décrit cela comme une douleur forte et inattendue qui secoue notre âme somnolente et nous réveille pour nous rendre attentifs à la réalité essentielle, à Dieu (cf. Leclercq, ibid., p. 35). Mais elle nous rend aussi attentifs les uns aux autres. La Parole ne conduit pas uniquement sur la voie d’une mystique individuelle, mais elle nous introduit dans la communauté de tous ceux qui cheminent dans la foi. C’est pourquoi il faut non seulement réfléchir sur la Parole, mais également la lire de façon juste. Tout comme à l’école rabbinique, chez les moines, la lecture accomplie par l’un d’eux est également un acte corporel. « Le plus souvent, quand legere et lectio sont employés sans spécification, ils désignent une activité qui, comme le chant et l’écriture, occupe tout le corps et tout l’esprit », dit à ce propos Dom Leclercq (ibid., p. 21).

Il y a encore un autre pas à faire. La Parole de Dieu elle-même nous introduit dans un dialogue avec Lui. Le Dieu qui parle dans la Bible nous enseigne comment nous pouvons Lui parler. En particulier, dans le Livre des Psaumes, il nous donne les mots avec lesquelles nous pouvons nous adresser à Lui. Dans ce dialogue, nous Lui présentons notre vie, avec ses hauts et ses bas, et nous la transformons en un mouvement vers Lui. Les Psaumes contiennent en plusieurs endroits des instructions sur la façon dont ils doivent être chantés et accompagnés par des instruments musicaux. Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les lèvres des Anges : le Gloria qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus, et le Sanctus qui, selon Isaïe 6, est l’acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et à donner à la parole sa plus haute fonction. À ce sujet, écoutons encore une fois Jean Leclercq : « Les moines devaient trouver des accents qui traduisent le consentement de l’homme racheté aux mystères qu’il célèbre : les quelques chapiteaux de Cluny qui nous aient été conservés montrent les symboles christologiques des divers tons du chant » (cf. ibid.,  p. 229).

Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : Coram angelis psallam Tibi, Domine – en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138, 1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d’être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s’unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l’harmonie du cosmos, de la musique des sphères. À partir de là, on peut comprendre la sévérité d’une méditation de saint Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n’était en rien un incident secondaire. Il qualifie la cacophonie d’un chant mal exécuté comme une chute dans la regio dissimilitudinis, dans la ‘région de la dissimilitude’. Saint Augustin avait tiré cette expression de la philosophie platonicienne pour caractériser l’état de son âme avant sa conversion (cf. Confessions, VII, 10.16) : l’homme qui est créé à l’image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu, dans la ‘région de la dissimilitude’, dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d’homme. Saint Bernard se montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l’homme loin de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l’être et que les moines, par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée, à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec les mots qu’Il a Lui-même donnés, est née la grande musique occidentale. Ce n’était pas là l’œuvre d’une « créativité » personnelle où l’individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son propre moi, s’érige un monument à lui-même. Il s’agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les « oreilles du cœur » les lois constitutives de l’harmonie musicale de la création, les formes essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l’homme, et d’inventer une musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l’homme et qui proclame hautement cette dignité.

Enfin, pour s’efforcer de saisir cette culture monastique occidentale de la parole, qui s’est développée à partir de la quête intérieure de Dieu, il faut au moins faire une brève allusion à la particularité du Livre ou des Livres par lesquels cette Parole est parvenue jusqu’aux moines. Vue sous un aspect purement historique ou littéraire, la Bible n’est pas simplement un livre, mais un recueil de textes littéraires dont la rédaction s’étend sur plus d’un millénaire et dont les différents livres ne sont pas facilement repérables comme constituant un corpus unifié. Au contraire, des tensions visibles existent entre eux. C’est déjà le cas dans la Bible d’Israël, que nous, chrétiens, appelons l’Ancien Testament. Ça l’est plus encore quand nous, chrétiens, lions le Nouveau Testament et ses écrits à la Bible d’Israël en l’interprétant comme chemin vers le Christ. Avec raison, dans le Nouveau Testament, la Bible n’est pas de façon habituelle appelée « l’Écriture » mais « les Écritures » qui, cependant, seront ensuite considérées dans leur ensemble comme l’unique Parole de Dieu qui nous est adressée. Ce pluriel souligne déjà clairement que la Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine, à travers des paroles humaines, c’est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l’humanité des hommes, à travers leurs paroles et leur histoire. Cela signifie, ensuite, que l’aspect divin de la Parole et des paroles n’est pas immédiatement perceptible. Pour le dire de façon moderne : l’unité des livres bibliques et le caractère divin de leurs paroles ne sont pas saisissables d’un point de vue purement historique. L’élément historique se présente dans le multiple et l’humain. Ce qui explique la formulation d’un distique médiéval qui, à première vue, apparaît déconcertant : Littera gesta docet – quid credas allegoria…(cf. Augustin de Dacie, Rotulus pugillaris, I). La lettre enseigne les faits ; l’allégorie ce qu’il faut croire, c’est-à-dire l’interprétation christologique et pneumatique.

Nous pouvons exprimer tout cela d’une manière plus simple : l’Écriture a besoin de l’interprétation, et elle a besoin de la communauté où elle s’est formée et où elle est vécue. En elle seulement, elle a son unité et, en elle, se révèle le sens qui unifie le tout. Dit sous une autre forme : il existe des dimensions du sens de la Parole et des paroles qui se découvrent uniquement dans la communion vécue de cette Parole qui crée l’histoire. À travers la perception croissante de la pluralité de ses sens, la Parole n’est pas dévalorisée, mais elle apparaît, au contraire, dans toute sa grandeur et sa dignité. C’est pourquoi le « Catéchisme de l’Église catholique » peut affirmer avec raison que le christianisme n’est pas au sens classique seulement une religion du livre (cf. n. 108). Le christianisme perçoit dans les paroles la Parole, le Logos lui-même, qui déploie son mystère à travers cette multiplicité et la réalité d’une histoire humaine. Cette structure particulière de la Bible est un défi toujours nouveau posé à chaque génération. Selon sa nature, elle exclut tout ce qu’on appelle aujourd’hui « fondamentalisme ». La Parole de Dieu, en effet, n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit devenir également un processus vital. Ce n’est que dans l’unité dynamique de leur ensemble que les nombreux livres ne forment qu’un Livre. La Parole de Dieu et Son action dans le monde se révèlent seulement dans la parole et dans l’histoire humaines.

Le caractère crucial de ce thème est éclairé par les écrits de saint Paul. Il a exprimé de manière radicale ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension holistique, dans la phrase : « La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l’Esprit…, là est la liberté » (2 Co 3, 17). Toutefois, la grandeur et l’ampleur de cette perception de la Parole biblique ne peut se comprendre que si l’on écoute saint Paul jusqu’au bout, en apprenant que cet Esprit libérateur a un nom et que, de ce fait, la liberté a une mesure intérieure : « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17). L’Esprit qui rend libre ne se laisse pas réduire à l’idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L’Esprit est Christ, et le Christ est le Seigneur qui nous montre le chemin. Avec cette parole sur l’Esprit et sur la liberté, un vaste horizon s’ouvre, mais en même temps, une limite claire est mise à l’arbitraire et à la subjectivité, limite qui oblige fortement l’individu tout comme la communauté et noue un lien supérieur à celui de la lettre du texte : le lien de l’intelligence et de l’amour. Cette tension entre le lien et la liberté, qui va bien au-delà du problème littéraire de l’interprétation de l’Écriture, a déterminé aussi la pensée et l’œuvre du monachisme et a profondément modelé la culture occidentale. Cette tension se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d’un côté, l’arbitraire subjectif, et de l’autre, le fanatisme fondamentaliste. Si la culture européenne d’aujourd’hui comprenait désormais la liberté comme l’absence totale de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et l’arbitraire. L’absence de liens et l’arbitraire ne sont pas la liberté, mais sa destruction.

En considérant « l’école du service du Seigneur » – comme Benoît appelait le monachisme -, nous avons jusque là porté notre attention prioritairement sur son orientation vers la parole, vers l’« ora ». Et, de fait, c’est à partir de là que se détermine l’ensemble de la vie monastique. Mais notre réflexion resterait incomplète, si nous ne fixions pas aussi notre regard, au moins brièvement, sur la deuxième composante du monachisme, désignée par le terme « labora ». Dans le monde grec, le travail physique était considéré comme l’œuvre des esclaves. Le sage, l’homme vraiment libre, se consacrait uniquement aux choses de l’esprit ; il abandonnait le travail physique, considéré comme une réalité inférieure, à ces hommes qui n’étaient pas supposés atteindre cette existence supérieure, celle de l’esprit. La tradition juive était très différente : tous les grands rabbins exerçaient parallèlement un métier artisanal. Paul, comme rabbi puis comme héraut de l’Évangile aux Gentils, était un fabricant de tentes et il gagnait sa vie par le travail de ses mains. Il n’était pas une exception, mais il se situait dans la tradition commune du rabbinisme. Le monachisme chrétien a accueilli cette tradition : le travail manuel en est un élément constitutif. Dans sa Regula, saint Benoît ne parle pas au sens strict de l’école, même si l’enseignement et l’apprentissage – comme nous l’avons vu – étaient acquis dans les faits ; en revanche, il parle explicitement, dans un chapitre de sa Règle, du travail (cf. chap. 48). Augustin avait fait de même en consacrant au travail des moines un livre particulier. Les chrétiens, s’inscrivant dans la tradition pratiquée depuis longtemps par le judaïsme, devaient, en outre, se sentir interpelés par la parole de Jésus dans l’Évangile de Jean, où il défendait son action le jour du shabbat : « Mon Père (…) est toujours à l’œuvre, et moi aussi je suis à l’œuvre » (5, 17). Le monde gréco-romain ne connaissait aucun Dieu Créateur. La divinité suprême selon leur vision ne pouvait pas, pour ainsi dire, se salir les mains par la création de la matière. « L’ordonnancement » du monde était le fait du démiurge, une divinité subordonnée. Le Dieu de la Bible est bien différent : Lui, l’Un, le Dieu vivant et vrai, est également le Créateur. Dieu travaille, il continue d’œuvrer dans et sur l’histoire des hommes. Et dans le Christ, il entre comme Personne dans l’enfantement laborieux de l’histoire. « Mon Père est toujours à l’œuvre et moi aussi je suis à l’œuvre ». Dieu Lui-même est le Créateur du monde, et la création n’est pas encore achevée. Dieu travaille, ergázetai ! C’est ainsi que le travail des hommes devait apparaître comme une expression particulière de leur ressemblance avec Dieu qui rend l’homme participant à l’œuvre créatrice de Dieu dans le monde. Sans cette culture du travail qui, avec la culture de la parole, constitue le monachisme, le développement de l’Europe, son ethos et sa conception du monde sont impensables. L’originalité de cet ethos devrait cependant faire comprendre que le travail et la détermination de l’histoire par l’homme sont une collaboration avec le Créateur, qui ont en Lui leur mesure. Là où cette mesure vient à manquer et là où l’homme s’élève lui-même au rang de créateur déiforme, la transformation du monde peut facilement aboutir à sa destruction.

Nous sommes partis de l’observation que, dans l’effondrement de l’ordre ancien et des antiques certitudes, l’attitude de fond des moines était le quaerere Deum – se mettre à la recherche de Dieu. C’est là, pourrions-nous dire, l’attitude vraiment philosophique : regarder au-delà des réalités pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes qui sont vraies. Celui qui devenait moine, s’engageait sur un chemin élevé et long, il était néanmoins déjà en possession de la direction : la Parole de la Bible dans laquelle il écoutait Dieu parler. Dès lors, il devait s’efforcer de Le comprendre pour pouvoir aller à Lui. Ainsi, le cheminement des moines, tout en restant impossible à évaluer dans sa progression, s’effectuait au cœur de la Parole reçue. La quête des moines comprend déjà en soi, dans une certaine mesure, sa résolution. Pour que cette recherche soit possible, il est nécessaire qu’il existe dans un premier temps un mouvement intérieur qui suscite non seulement la volonté de chercher, mais qui rende aussi crédible le fait que dans cette Parole se trouve un chemin de vie, un chemin de vie sur lequel Dieu va à la rencontre de l’homme pour lui permettre de venir à Sa rencontre. En d’autres termes, l’annonce de la Parole est nécessaire. Elle s’adresse à l’homme et forge en lui une conviction qui peut devenir vie. Afin que s’ouvre un chemin au cœur de la parole biblique en tant que Parole de Dieu, cette même Parole doit d’abord être annoncée ouvertement. L’expression classique de la nécessité pour la foi chrétienne de se rendre communicable aux autres se résume dans une phrase de la Première Lettre de Pierre, que la théologie médiévale regardait comme le fondement biblique du travail des théologiens : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte (logos) de l’espérance qui est en vous » (3, 15). (Le Logos, la raison de l’espérance doit devenir apologie, doit devenir réponse). De fait, les chrétiens de l’Église naissante ne considéraient pas leur annonce missionnaire comme une propagande qui devait servir à augmenter l’importance de leur groupe, mais comme une nécessité intrinsèque qui dérivait de la nature de leur foi. Le Dieu en qui ils croyaient était le Dieu de tous, le Dieu Un et Vrai qui s’était fait connaître au cours de l’histoire d’Israël et, finalement, à travers son Fils, apportant ainsi la réponse qui concernait tous les hommes et, qu’au plus profond d’eux-mêmes, tous attendent. L’universalité de Dieu et l’universalité de la raison ouverte à Lui constituaient pour eux la motivation et, à la fois, le devoir de l’annonce. Pour eux, la foi ne dépendait pas des habitudes culturelles, qui sont diverses selon les peuples, mais relevait du domaine de la vérité qui concerne, de manière égale, tous les hommes.

Le schéma fondamental de l’annonce chrétienne ad extra – aux hommes qui, par leurs questionnements, sont en recherche – se dessine dans le discours de saint Paul à l’Aréopage. N’oublions pas qu’à cette époque, l’Aréopage n’était pas une sorte d’académie où les esprits les plus savants se rencontraient pour discuter sur les sujets les plus élevés, mais un tribunal qui était compétent en matière de religion et qui devait s’opposer à l’intrusion de religions étrangères. C’est précisément ce dont on accuse Paul : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères » (Ac 17, 18). Ce à quoi Paul réplique : « J’ai trouvé chez vous un autel portant cette inscription : « Au dieu inconnu ». Or, ce que vous vénérez sans le connaître, je viens vous l’annoncer » (cf. 17, 23). Paul n’annonce pas des dieux inconnus. Il annonce Celui que les hommes ignorent et pourtant connaissent : l’Inconnu-Connu. C’est Celui qu’ils cherchent, et dont, au fond, ils ont connaissance et qui est cependant l’Inconnu et l’Inconnaissable. Au plus profond, la pensée et le sentiment humains savent de quelque manière que Dieu doit exister et qu’à l’origine de toutes choses, il doit y avoir non pas l’irrationalité, mais la Raison créatrice, non pas le hasard aveugle, mais la liberté. Toutefois, bien que tous les hommes le sachent d’une certaine façon – comme Paul le souligne dans la Lettre aux Romains (1, 21) – cette connaissance demeure ambigüe : un Dieu seulement pensé et élaboré par l’esprit humain n’est pas le vrai Dieu. Si Lui ne se montre pas, quoi que nous fassions, nous ne parvenons pas pleinement jusqu’à Lui. La nouveauté de l’annonce chrétienne c’est la possibilité de dire maintenant à tous les peuples : Il s’est montré, Lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert. La nouveauté de l’annonce chrétienne ne réside pas dans une pensée, mais dans un fait : Dieu s’est révélé. Ce n’est pas un fait nu mais un fait qui, lui-même, est Logos – présence de la Raison éternelle dans notre chair. Verbum caro factum est (Jn 1, 14) : il en est vraiment ainsi en réalité, à présent, le Logos est là, le Logos est présent au milieu de nous. C’est un fait rationnel. Cependant, l’humilité de la raison sera toujours nécessaire pour pouvoir l’accueillir. Il faut l’humilité de l’homme pour répondre à l’humilité de Dieu.

Sous de nombreux aspects, la situation actuelle est différente de celle que Paul a rencontrée à Athènes, mais, tout en étant différente, elle est aussi, en de nombreux points, très analogue. Nos villes ne sont plus remplies d’autels et d’images représentant de multiples divinités. Pour beaucoup, Dieu est vraiment devenu le grand Inconnu. Malgré tout, comme jadis où derrière les nombreuses représentations des dieux était cachée et présente la question du Dieu inconnu, de même, aujourd’hui, l’actuelle absence de Dieu est aussi tacitement hantée par la question qui Le concerne. Quaerere Deum – chercher Dieu et se laisser trouver par Lui : cela n’est pas moins nécessaire aujourd’hui que par le passé. Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable.

Merci beaucoup.

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BENOÎT XVI (pape ; 1927-2022), BIOGRAPHIES, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, PAPAUTE

Benoît XVI (1927-2022)

Le Pape Benoit XVI en quelques dates

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Les grandes dates de Joseph Ratzinger, pape sous le nom de Benoît XVI (2005-2013), décédé samedi à l’âge de 95 ans au Vatican. 

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16 avril 1927: naissance à Marktl am Inn, petit bourg du sud de la Bavière (sud de l’Allemagne)

1941: enrôlé de force dans les Jeunesses Hitlériennes.

1951: ordonné prêtre, avant d’entamer une longue carrière de professeur de théologie et d’auteur de nombreuses publications.

De mars à juin 1977: nommé archevêque de Munich et Freising, ordonné évêque, et créé cardinal.

1981: nommé préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, en charge de veiller au dogme de l’Eglise catholique.

19 avril 2005: élu pape, il succède à Jean Paul II. Il prend le nom de Benoît XVI.

janvier 2006: publie sa première encyclique, « Dieu est amour », suivie par « Sauvés par l’espérance », en novembre 2007 et « La Charité dans la vérité », en juillet 2009.

septembre 2006: déclenche une polémique après un discours semblant lier islam et violence à l’université de Ratisbonne (Allemagne). Il présente ensuite ses regrets au monde musulman.

11 février 2013: annonce sa démission, qui prend effet le 28 février. Devient pape émérite. 

20 janvier 2022: accusé d’inaction lorsqu’il était archevêque de Munich, de 1977 à 1982, dans un rapport indépendant publié en Allemagne. Il demande « pardon » pour les violences sexuelles sur mineurs commises par des clercs, tout en assurant ne jamais avoir couvert de prêtres pédocriminels.

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ŒUVRES

Ouvrages avant son pontificat

Frères dans le Christ, Cerf, 1962 réédité en 2005  ;

Un seul Seigneur, une seule foi, Mame, 1971 ;

Je crois en l’Église, Mame, 1972 ;

Le Nouveau Peuple de Dieu, Aubier, 1971 ;

Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Mame, 1976 ;

Catéchèse et transmission de la foi, Tempora, 1983 ;

Entretien sur la foi, entretien avec Vittorio Messori, Fayard, 1985 ;

Les Principes de la théologie catholique, Téqui, 1985 ;

Église, œcuménisme et politique, Fayard, 1987 ;

La Théologie de l’histoire de saint Bonaventure, Presses universitaires de France ;

Serviteurs de votre joie, Fayard, 1990 ;

Regarder le Christ, Fayard, 1992 ;

Appelés à la communion, Fayard, 1993 ;

La Mort et l’au-delà, Fayard, coll. « Communio », 1994 ;

Petite introduction au Catéchisme de l’Église catholique, avec Christophe Schönborn, Le Cerf, 1995 ;

Un tournant pour l’Europe ? Diagnostics et pronostics sur la situation de l’Église et du monde, Flammarion, 1997 ;

Le Sel de la terre. Le christianisme et l’Église catholique au seuil du troisième millénaire entretiens avec Peter Seewald, Flammarion, 1997 ;

Ma vie : Souvenirs 1927-1977, Fayard, 1998;

Marie, première Église, avec Hans Urs von Balthasar, Mediaspaul, 1998 ;

L’Unique alliance de Dieu et le pluralisme des religions, Parole & Silence, 1999 ;

L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001 ;

Un chant nouveau pour le Seigneur, Desclée, 2002 ;

La Fille de Sion, Parole & Silence, 2002  ;

Faire route avec Dieu : l’Église comme communion, Parole & Silence, 2003 ;

Dieu nous est proche : l’Eucharistie au cœur de l’Église, Parole & Silence, 2003 ;

Église et théologie, Parole & Silence, 2003 ;

Chemins vers Jésus, Parole & Silence, 2004 ;

Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, Fayard, 2005 ;

Foi, vérité, tolérance, Parole & Silence, 2005 

Valeurs pour un temps de crise : Relever les défis de l’avenir, avec Christian Muguet, Parole & Silence, 2005 ;

Voici quel est notre Dieu, entretiens avec Peter Seewald, Mame, 2001, Nelle. éd. Plon, 2005, 324 p..

Emeritierte Papst Benedikt XVI
La renonciation du théologien allemand en 2013 à la fonction de souverain pontife avait pris le monde entier par surprise.

Ouvrages pendant son pontificat

Encycliques et exhortations

Deus Caritas Est, Dieu est amour, encyclique  [2006 ;

Sacramentum Caritatis, le Sacrement de la Charité, exhortation apostolique [2007 ;

Spe Salvi, Sauvés dans l’espérance, encyclique, 2007 ;

Caritas in Veritate, l’Amour dans la Vérité, encyclique, 2009 ;

Verbum Domini, la parole du Seigneur, exhortation apostolique , 2010 ;

Africae munus, le rôle de l’Afrique, exhortation apostolique ], 2011 ;

Ecclesia in Medio Oriente, l’Église au Moyen-Orient, exhortation apostolique , 2012.

Livres

Jésus de Nazareth : du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, Paris, Flammarion, 2007  ;

Les Apôtres et les premiers disciples du Christ, Bayard Culture, 2007;

Crédo pour aujourd’hui, Presses Chatelet, 2007 ;

Touché par l’invisible : méditations pour chaque jour de l’année, Parole & Silence, 2008 ;

Les Pères de l’Église, Tempora, 2008  ;

Chercher Dieu : discours au monde de la culture, avec André Vingt-Trois, Lethielleux, 2008 ;

L’essence de la foi, introduction du Card. Georges Cottier o.p., Plon/Mame, Paris, 2008 ;

Lumière du monde : le pape, l’Église et les signes des temps, entretien avec Peter Seewald, Paris, Bayard, 2010  ;

Jésus de Nazareth : de l’entrée à Jérusalem à la Résurrection, Monaco-Paris, Le Rocher, 2011  ;

L’Esprit de la musique, Éditions Artège, Perpignan, 2011 ;

Jésus Christ expliqué par le pape, Parole et silence, 2011 ;

Une nouvelle culture pour un nouvel humanisme, Parole et silence, 2012 ;

5 minutes avec Dieu, Parole Et Silence, 2012 ;

Les Femmes, la sainteté et l’Église, Bayard Culture, 2012  ;

Pensées sur les femmes, Parole Et Silence, 2012  ;

Pensées sur l’environnement, Parole Et Silence, 2012  ;

Le Pouvoir des signes, Parole et Silence, 2012  ;

Jésus de Nazareth : l’Enfance de Jésus, Paris, Flammarion, 2012 ;

Mon testament spirituel, Bayard Culture, 2013  ;

Charité politique, Parole Et Silence, 2013 .

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CHRIT-ROI, EGLISE CATHOLIQUE, FÊTES LITURGIQUES, FETE DU CHRIST ROI, FETE DU CHRIST-ROI., INSTITUTION DE LA FÊTE DU CHRIST-TOI PAR PIE XI EN 1925, PIE XI (Pape ; 1857-1939)

Institution de la fête du Christ-Roi par Pie XI en 1925

QUAS PRIMAS

LETTRE ENCYCLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE PIE XI 

DE L’INSTITUTION D’UNE FÊTE DU CHRIST-ROI.

christ-roi

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Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres ordinaires de lieu, en paix et communion avec le Siège apostolique.

  1. Dans (1) la première Encyclique qu’au début de Notre Pontificat Nous adressions aux évêques du monde entier (2), Nous recherchions la cause intime des calamités contre lesquelles, sous Nos yeux, se débat, accablé, le genre humain.

Or, il Nous en souvient, Nous proclamions ouvertement deux choses: l’une, que ce débordement de maux sur l’univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique; l’autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus et les nations refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. C’est pourquoi, après avoir affirmé qu’il fallait chercher la paix du Christ par le règne du Christ, Nous avons déclaré Notre intention d’y travailler dans toute la mesure de Nos forces ; par le règne du Christ, disions-Nous, car, pour ramener et consolider la paix, Nous ne voyions pas de moyen plus efficace que de restaurer la souveraineté de Notre Seigneur.

  1. Depuis, Nous avons clairement pressenti l’approche de temps meilleurs en voyant l’empressement des peuples à se tourner – les uns pour la première fois, les autres avec une ardeur singulièrement accrue – vers le Christ et vers son Eglise, unique dispensatrice du salut: preuve évidente que beaucoup d’hommes, jusque-là exilés, peut-on dire, du royaume du Rédempteur pour avoir méprisé son autorité, préparent heureusement et mènent à son terme leur retour au devoir de l’obéissance.

Tout ce qui est survenu, tout ce qui s’est fait au cours de l’Année sainte, digne vraiment d’une éternelle mémoire, n’a-t-il pas contribué puissamment à l’honneur et à la gloire du Fondateur de l’Eglise, de sa souveraineté et de sa royauté suprême?

Voici d’abord l’Exposition des Missions, qui a produit sur l’esprit et sur le cœur des hommes une si profonde impression. On y a vu les travaux entrepris sans relâche par l’Eglise pour étendre le royaume de son Epoux chaque jour davantage sur tous les continents, dans toutes les îles, même celles qui sont perdues au milieu de l’océan; on y a vu les nombreux pays que de vaillants et invincibles missionnaires ont conquis au catholicisme au prix de leurs sueurs et de leur sang; on y a vu enfin les immenses territoires qui sont encore à soumettre à la douce et salutaire domination de notre Roi.

Voici les pèlerins accourus, de partout, à Rome, durant l’Année sainte, conduits par leurs évêques ou par leurs prêtres. Quel motif les inspirait donc, sinon de purifier leurs âmes et de proclamer, au tombeau des Apôtres et devant Nous, qu’ils sont et qu’ils resteront sous l’autorité du Christ?

Voici les canonisations, où Nous avons décerné, après la preuve éclatante de leurs admirables vertus, les honneurs réservés aux saints, à six confesseurs ou vierges. Le règne de notre Sauveur n’a-t-il pas, en ce jour, brillé d’un nouvel éclat? Ah! quelle joie, quelle consolation ce fut pour Notre âme, après avoir prononcé les décrets de canonisation, d’entendre, dans la majestueuse basilique de Saint Pierre, la foule immense des fidèles, au milieu du chant de l’action de grâces, acclamer d’une seule voix la royauté glorieuse du Christ: Tu Rex gloriae Christe!

A l’heure où les hommes et les Etats sans Dieu, devenus la proie des guerres qu’allument la haine et des discordes intestines, se précipitent à la ruine et à la mort, l’Eglise de Dieu, continuant à donner au genre humain l’aliment de la vie spirituelle, engendre et élève pour le Christ des générations successives de saints et de saintes; le Christ, à son tour, ne cesse d’appeler à l’éternelle béatitude de son royaume céleste ceux en qui il a reconnu de très fidèles et obéissants sujets de son royaume terrestre.

Voici encore le XVIe centenaire du Concile de Nicée qui coïncida avec le grand Jubilé. Nous avons ordonné de célébrer cet anniversaire séculaire; Nous l’avons Nous-mêmes commémoré dans la basilique vaticane, d’autant plus volontiers que c’est ce Concile qui définit et proclama comme dogme de foi catholique la consubstantialité du Fils unique de Dieu avec son Père; c’est lui qui, en insérant dans sa formule de foi ou Credo les mots cuius regni non erit finis, affirma du même coup la dignité royale du Christ.

Ainsi donc, puisque cette Année sainte a contribué en plus d’une occasion à mettre en lumière la royauté du Christ, Nous croyons accomplir un acte des plus conformes à Notre charge apostolique en accédant aux suppliques individuelles ou collectives de nombreux cardinaux, évêques ou fidèles; Nous clôturerons donc cette année par l’introduction dans la liturgie de l’Eglise d’une fête spéciale en l’honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi.

Ce sujet, Vénérables Frères, Nous tient à ce point à cœur que Nous désirons vous en entretenir quelques instants; il vous appartiendra ensuite de rendre accessible à l’intelligence et aux sentiments de votre peuple tout ce que Nous dirons sur le culte du Christ-Roi, afin d’assurer, dès le début et pour plus tard, des fruits nombreux à la célébration annuelle de cette solennité.

  1. Depuis longtemps, dans le langage courant, on donne au Christ le titre de Roi au sens métaphorique; il l’est, en effet, par l’éminente et suprême perfection dont il surpasse toutes les créatures. Ainsi, on dit qu’il règne sur les intelligences humaines, à cause de la pénétration de son esprit et de l’étendue de sa science, mais surtout parce qu’il est la Vérité et que c’est de lui que les hommes doivent recevoir la vérité et l’accepter docilement. On dit qu’il règne sur les volontés humaines, parce qu’en lui, à la sainteté de la volonté divine correspond une parfaite rectitude et soumission de la volonté humaine, mais aussi parce que sous ses inspirations et ses impulsions notre volonté libre s’enthousiasme pour les plus nobles causes. On dit enfin qu’il est le Roi des cœurs, à cause de son inconcevable charité qui surpasse toute compréhension humaine(3) et à cause de sa douceur et de sa bonté qui attirent à lui tous les cœurs: car dans tout le genre humain il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais personne pour être aimé comme le Christ Jésus.
  1. Mais, pour entrer plus à fond dans Notre sujet, il est de toute évidence que le nom et la puissance de roi doivent être attribués, au sens propre du mot, au Christ dans son humanité; car c’est seulement du Christ en tant qu’homme qu’on peut dire: Il a reçu du Père la puissance, l’honneur et la royauté(4); comme Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, il ne peut pas ne pas avoir tout en commun avec le Père et, par suite, la souveraineté suprême et absolue sur toutes les créatures.
  1. Que le Christ soit Roi, ne le lisons-nous pas dans maints passages des Ecritures ! C’est lui le Dominateur issu de Jacob (5), le Roi établi par le Père sur Sion, sa montagne sainte, pour recevoir en héritage les nations et étendre son domaine jusqu’aux confins de la terre (6), le véritable Roi futur d’Israël, figuré, dans le cantique nuptial, sous les traits d’un roi très riche et très puissant, auquel s’adressent ces paroles: Votre trône, ô Dieu, est dressé pour l’éternité; le sceptre de votre royauté est un sceptre de droiture(7).

Passons sur beaucoup de passages analogues; mais, dans un autre endroit, comme pour dessiner avec plus de précision les traits du Christ, on nous prédit que son royaume ignorera les frontières et sera enrichi des trésors de la justice et de la paix: En ses jours se lèvera la justice avec l’abondance de la paix… Il dominera, d’une mer à l’autre, du fleuve jusqu’aux extrémités de la terre (8).

A ces témoignages s’ajoutent encore plus nombreux les oracles des prophètes et notamment celui, bien connu, d’Isaïe: Un petit enfant… nous est né, un fils nous a été donné. La charge du commandement a été posée sur ses épaules. On l’appellera l’Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père du siècle futur, le Prince de la paix. Son empire s’étendra et jouira d’une paix sans fin; il s’assoira sur le trône de David et dominera sur son royaume, pour l’établir et l’affermir dans la justice et l’équité, maintenant et à jamais (9).

Les autres prophètes ne s’expriment pas différemment.

Tel Jérémie, annonçant dans la race de David un germe de justice, ce fils de David qui régnera en roi, sera sage et établira la justice sur la terre (10). Tel Daniel, prédisant la constitution par le Dieu du ciel d’un royaume qui ne sera jamais renversé… et qui durera éternellement (11) ; et, peu après, il ajoute: Je regardais durant une vision nocturne, et voilà que, sur les nuées du ciel, quelqu’un s’avançait semblable au Fils de l’homme; il parvint jusqu’auprès de l’Ancien des jours et on le présenta devant lui. Et celui-ci lui donna la puissance, l’honneur et la royauté; tous les peuples, de toutes races et de toutes langues, le serviront; sa puissance est une puissance éternelle, qui ne lui sera pas retirée, et son royaume sera incorruptible (12). Tel Zacharie, prophétisant l’entrée à Jérusalem, aux acclamations de la foule, du juste et du sauveur, le Roi plein de mansuétude monté sur une ânesse et sur son poulain (13): les saints évangélistes n’ont-ils pas constaté et prouvé la réalisation de cette prophétie?

Cette doctrine du Christ-Roi, Nous venons de l’esquisser d’après les livres de l’Ancien Testament; mais tant s’en faut qu’elle disparaisse dans les pages du Nouveau; elle y est, au contraire, confirmée d’une manière magnifique et en termes splendides.

Rappelons seulement le message de l’archange apprenant à la Vierge qu’elle engendrera un fils; qu’à ce fils le Seigneur Dieu donnera le trône de David, son père; qu’il régnera éternellement sur la maison de Jacob et que son règne n’aura point de fin (14). Ecoutons maintenant les témoignages du Christ lui-même sur sa souveraineté. Dès que l’occasion se présente – dans son dernier discours au peuple sur les récompenses ou les châtiments réservés dans la vie éternelle aux justes ou aux coupables ; dans sa réponse au gouverneur romain, lui demandant publiquement s’il était roi; après sa résurrection, quand il confie aux Apôtres la charge d’enseigner et de baptiser toutes les nations – il revendique le titre de roi (15), il proclame publiquement qu’il est roi (16), il déclare solennellement que toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre (17). Qu’entend-il par là, sinon affirmer l’étendue de sa puissance et l’immensité de son royaume?

Dès lors, faut-il s’étonner qu’il soit appelé par saint Jean le Prince des rois de la terre (18) ou que, apparaissant à l’Apôtre dans des visions prophétiques, il porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse: Roi des rois et Seigneur des seigneurs (19). Le Père a, en effet, constitué le Christ héritier de toutes choses (20); il faut qu’il règne jusqu’à la fin des temps, quand il mettra tous ses ennemis sous les pieds de Dieu et du Père (21).

  1. De cette doctrine, commune à tous les Livres Saints, dérive naturellement cette conséquence : étant le royaume du Christ sur la terre, qui doit s’étendre à tous les hommes et tous les pays de l’univers, l’Eglise catholique se devait, au cours du cycle annuel de la liturgie, de saluer par des manifestations multiples de vénération, en son Auteur et Fondateur, le Roi, le Seigneur, le Roi des rois. Sous une admirable variété de formules, ces hommages expriment une seule et même pensée; l’Eglise les employait jadis dans sa psalmodie et dans les anciens sacramentaires; elle en fait le même usage à présent dans les prières publiques de l’Office qu’elle adresse chaque jour à la majesté divine et, à la sainte messe, dans l’immolation de l’hostie sans tache. En cette louange perpétuelle du Christ-Roi, il est facile de saisir le merveilleux accord de nos rites avec ceux des Orientaux, en sorte que se vérifie, ici encore, l’exactitude de la maxime:  » Les lois de la prière établissent les lois de la croyance. « 
  1. Quant au fondement de cette dignité et de cette puissance de Notre-Seigneur, saint Cyrille d’Alexandrie l’indique très bien:  » Pour le dire en un mot, dit-il, la souveraineté que Jésus possède sur toutes les créatures, il ne l’a point ravie par la force, il ne l’a point reçue d’une main étrangère, mais c’est le privilège de son essence et de sa nature  » (22). En d’autres termes, son pouvoir royal repose sur cette admirable union qu’on nomme l’union hypostatique.

Il en résulte que les anges et les hommes ne doivent pas seulement adorer le Christ comme Dieu, mais aussi obéir et être soumis à l’autorité qu’il possède comme homme; car, au seul titre de l’union hypostatique, le Christ a pouvoir sur toutes les créatures.

  1. Mais quoi de plus délectable, de plus suave que de penser que le Christ, en outre, règne sur nous non seulement par droit de nature, mais encore par droit acquis, puisqu’il nous a rachetés? Ah! puissent tous les hommes qui l’oublient se souvenir du prix que nous avons coûté à notre Sauveur : Vous n’avez pas été rachetés avec de l’or ou de l’argent corruptibles, mais par le sang précieux du Christ, le sang d’un agneau sans tache et sans défaut(23). Le Christ nous a achetés à grand prix(24) ; nous ne nous appartenons plus. Nos corps eux-mêmes sont des membres du Christ (25).

Nous voulons maintenant expliquer brièvement la nature et l’importance de cette royauté.

  1. II est presque inutile de rappeler qu’elle comporte les trois pouvoirs, sans lesquels on saurait à peine concevoir l’autorité royale. Les textes des Saintes Lettres que Nous avons apportés en témoignage de la souveraineté universelle de notre Rédempteur le prouvent surabondamment. C’est, d’ailleurs, un dogme de foi catholique que le Christ Jésus a été donné aux hommes à la fois comme Rédempteur, de qui ils doivent attendre leur salut, et comme Législateur, à qui ils sont tenus d’obéir (26). Les évangélistes ne se bornent pas à affirmer que le Christ a légiféré, mais ils nous le montrent dans l’exercice même de son pouvoir législatif.

A tous ceux qui observent ses préceptes, le divin Maître déclare, en diverses occasions et de diverses manières, qu’ils prouveront ainsi leur amour envers lui et qu’ils demeureront en son amour (27).

Quant au pouvoir judiciaire, Jésus en personne affirme l’avoir reçu du Père, dans une réponse aux Juifs qui l’accusaient d’avoir violé le Sabbat en guérissant miraculeusement un malade durant ce jour de repos:  » Le Père, leur dit-il, ne juge personne, mais il a donné au Fils tout jugement (28). Dans ce pouvoir judiciaire est également compris – car il en est inséparable – le droit de récompenser ou de châtier les hommes, même durant leur vie.

Il faut encore attribuer au Christ le pouvoir exécutif : car tous inéluctablement doivent être soumis à son empire; personne ne pourra éviter, s’il est rebelle, la condamnation et les supplices que Jésus a annoncés.

  1. Toutefois, ce royaume est avant tout spirituel et concerne avant tout l’ordre spirituel: les paroles de la Bible que Nous avons rapportées plus haut en sont une preuve évidente, que vient confirmer, à maintes reprises, l’attitude du Christ-Seigneur.

Quand les Juifs, et même les Apôtres, s’imaginent à tort que le Messie affranchira son peuple et restaurera le royaume d’Israël, il détruit cette illusion et leur enlève ce vain espoir; lorsque la foule qui l’entoure veut, dans son enthousiasme, le proclamer roi, il se dérobe à ce titre et à ces honneurs par la fuite et en se tenant caché; devant le gouverneur romain, encore, il déclare que son royaume n’est pas de ce monde. Dans ce royaume, tel que nous le dépeignent les Evangiles, les hommes se préparent à entrer en faisant pénitence. Personne ne peut y entrer sans la foi et sans le baptême; mais le baptême, tout en étant un rite extérieur, figure et réalise une régénération intime. Ce royaume s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres; à ses adeptes il demande non seulement de détacher leur cœur des richesses et des biens terrestres, de pratiquer la douceur et d’avoir faim et soif de la justice, mais encore de se renoncer eux-mêmes et de porter leur croix. C’est pour l’Eglise que le Christ, comme Rédempteur, a versé le prix de son sang; c’est pour expier nos péchés que, comme Prêtre, il s’est offert lui-même et s’offre perpétuellement comme victime: qui ne voit que sa charge royale doit revêtir le caractère spirituel et participer à la nature supraterrestre de cette double fonction?

  1. D’autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu’elles soient: il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures.

Néanmoins, tant qu’il vécut sur terre, il s’est totalement abstenu d’exercer cette domination terrestre, il a dédaigné la possession et l’administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs. Ce qu’il a fait alors, il le continue aujourd’hui. Pensée exprimée d’une manière fort heureuse dans la liturgie:  » Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel (29). « 

  1. Ainsi donc, le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d’immortelle mémoire:  » Son empire ne s’étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l’Eglise même s’ils sont égarés loin d’elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l’empire du Christ Jésus, c’est, en stricte vérité, l’universalité du genre humain (30). « 

Et, à cet égard, il n’y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats; car les hommes ne sont pas moins soumis à l’autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l’unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus: Il n’existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n’a été donné aux hommes qu’il leur faille invoquer pour être sauvés (31).

Il est l’unique auteur, pour l’Etat comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur:  » La cité ne tient pas son bonheur d’une autre source que les particuliers, vu qu’une cité n’est pas autre chose qu’un ensemble de particuliers unis en société (32).  » Les chefs d’Etat ne sauraient donc refuser de rendre – en leur nom personnel, et avec tout leur peuple – des hommages publics, de respect et de soumission à la souveraineté du Christ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travailleront ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale.

  1. Au début de Notre Pontificat, Nous déplorions combien sérieusement avaient diminué le prestige du droit et le respect dû à l’autorité; ce que Nous écrivions alors n’a perdu dans le temps présent ni de son actualité ni de son à-propos:  » Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l’autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que… les bases mêmes de l’autorité furent renversées dès lors qu’on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d’obéir pour les autres. Inéluctablement, il s’en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d’appui solides (33). « 

Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix — se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

En imprimant à l’autorité des princes et des chefs d’Etat un caractère sacré, la dignité royale de Notre Seigneur ennoblit du même coup les devoirs et la soumission des citoyens. Au point que l’Apôtre saint Paul, après avoir ordonné aux femmes mariées et aux esclaves de révérer le Christ dans la personne de leur mari et dans celle de leur maître, leur recommandait néanmoins de leur obéir non servilement comme à des hommes, mais uniquement en esprit de foi comme à des représentants du Christ; car il est honteux, quand on a été racheté par le Christ, d’être soumis servilement à un homme: Vous avez été rachetés un grand prix, ne soyez plus soumis servilement à des hommes. (34).

Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu’ils commandent bien moins en leur propre nom qu’au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu’ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l’élaboration et l’application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés!

  1. Alors on verrait l’ordre et la tranquillité s’épanouir et se consolider; toute cause de révolte se trouverait écartée; tout en reconnaissant dans le prince et les autres dignitaires de l’Etat des hommes comme les autres, ses égaux par la nature humaine, en les voyant même, pour une raison ou pour une autre, incapables ou indignes, le citoyen ne refuserait point pour autant de leur obéir quand il observerait qu’en leurs personnes s’offrent à lui l’image et l’autorité du Christ Dieu et Homme.

Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s’étend un royaume, plus il embrasse l’universalité du genre humain, plus aussi – c’est incontestable – les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s’étendait de fait comme il s’étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre? Il est venu tout réconcilier (35); il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir (36); maître de toutes créatures, il a donné lui-même l’exemple de l’humilité et a fait de l’humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger (37).

  1. Oh! qui dira le bonheur de l’humanité si tous, individus, familles, Etats, se laissaient gouverner par le Christ!  » Alors enfin – pour reprendre les paroles que Notre Prédécesseur Léon XIII adressait, il y a vingt-cinq ans, aux évêques de l’univers – il serait possible de guérir tant de blessures; tout droit retrouverait, avec sa vigueur native, son ancienne autorité; la paix réapparaîtrait avec tous ses bienfaits; les glaives tomberaient et les armes glisseraient des mains, le jour où tous les hommes accepteraient de bon cœur la souveraineté du Christ, obéiraient à ses commandements, et où toute langue confesserait que  » le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père  » (38) « .
  1. Pour que la société chrétienne bénéficie de tous ces précieux avantages et qu’elle les conserve, il faut faire connaître le plus possible la doctrine de la dignité royale de notre Sauveur. Or, aucun moyen ne semble mieux assurer ce résultat que l’institution d’une fête propre et spéciale en l’honneur du Christ-Roi.

Car, pour pénétrer le peuple des vérités de la foi et l’élever ainsi aux joies de la vie intérieure, les solennités annuelles des fêtes liturgiques sont bien plus efficaces que tous les documents, même les plus graves, du magistère ecclésiastique. Ceux-ci n’atteignent, habituellement, que le petit nombre et les plus cultivés, celles-là touchent et instruisent tous les fidèles; les uns, si l’on peut dire, ne parlent qu’une fois; les autres le font chaque année et à perpétuité; et, si les derniers s’adressent surtout à l’intelligence, les premières étendent leur influence salutaire au cœur et à l’intelligence, donc à l’homme tout entier.

Composé d’un corps et d’une âme, l’homme a besoin des manifestations solennelles des jours de fête pour être saisi et impressionné; la variété et la splendeur des cérémonies liturgiques l’imprègnent abondamment des enseignements divins; il les transforme en sève et en sang, et les fait servir au progrès de sa vie spirituelle.

Du reste, l’histoire nous apprend que ces solennités liturgiques furent introduites, au cours des siècles, les unes après les autres, pour répondre à des nécessités ou des avantages spirituels du peuple chrétien. Il fallait, par exemple, raffermir les courages en face d’un péril commun, prémunir les esprits contre les pièges de l’hérésie, exciter et enflammer les cœurs à célébrer avec une piété plus ardente quelque mystère de notre foi ou quelque bienfait de la bonté divine.

C’est ainsi que, dès les premiers temps de l’ère chrétienne, alors qu’ils étaient en butte aux plus cruelles persécutions, les chrétiens introduisirent l’usage de commémorer les martyrs par des rites sacrés, afin, selon le témoignage de saint Augustin, que  » les solennités des martyrs  » fussent  » des exhortations au martyre  » (39).

Les honneurs liturgiques qu’on décerna plus tard aux saints confesseurs, aux vierges et aux veuves contribuèrent merveilleusement à stimuler chez les chrétiens le zèle pour la vertu, indispensable même en temps de paix.

Les fêtes instituées en l’honneur de la bienheureuse Vierge eurent encore plus de fruit: non seulement le peuple chrétien entoura d’un culte plus assidu la Mère de Dieu, sa Protectrice la plus secourable, mais il conçut un amour plus filial pour la Mère que le Rédempteur lui avait laissée par une sorte de testament.

Parmi les bienfaits dont l’Eglise est redevable au culte public et légitime rendu à la Mère de Dieu et aux saints du ciel, le moindre n’est pas la victoire constante qu’elle a remportée en repoussant loin d’elle la peste de l’hérésie et de l’erreur. Admirons, ici encore, les desseins de la Providence divine qui, selon son habitude, tire le bien du mal.

Elle a permis, de temps à autre, que la foi et la piété du peuple fléchissent, que de fausses doctrines dressent des embûches à la vérité catholique; mais toujours avec le dessein que, pour finir, la vérité resplendisse d’un nouvel éclat, que, tirés de leur torpeur, les fidèles s’efforcent d’atteindre à plus de perfection et de sainteté.

Les solennités récemment introduites dans le calendrier liturgique ont eu la même origine et ont porté les mêmes fruits. Telle la Fête-Dieu, établie quand se relâchèrent le respect et la dévotion envers le Très Saint Sacrement; célébrée avec une pompe magnifique, se prolongeant pendant huit jours de prières collectives, la nouvelle fête devait ramener les peuples à l’adoration publique du Seigneur.

Telle encore la fête du Sacré Cœur de Jésus, instituée à l’époque où, abattus et découragés par les tristes doctrines et le sombre rigorisme du jansénisme, les fidèles sentaient leurs cœurs glacés et en bannissaient tout sentiment d’amour désintéressé de Dieu ou de confiance dans le Rédempteur.

  1. C’est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d’apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l’univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles.

Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n’est pas apparu brusquement; depuis longtemps, il couvait au sein des Etats. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations; on refusa à l’Eglise le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des Etats qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l’irréligion et l’oubli conscient et volontaire de Dieu.

Les fruits très amers qu’a portés, si souvent et d’une manière si persistante, cette apostasie des individus et des Etats désertant le Christ, Nous les avons déplorés dans l’Encyclique Ubi arcano (40). Nous les déplorons de nouveau aujourd’hui. Fruits de cette apostasie, les germes de haine, semés de tous côtés; les jalousies et les rivalités entre peuples, qui entretiennent les querelles internationales et retardent, actuellement encore, l’avènement d’une paix de réconciliation; les ambitions effrénées, qui se couvrent bien souvent du masque de l’intérêt public et de l’amour de la patrie, avec leurs tristes conséquences: les discordes civiles, un égoïsme aveugle et démesuré qui, ne poursuivant que les satisfactions et les avantages personnels, apprécie toute chose à la mesure de son propre intérêt. Fruits encore de cette apostasie, la paix domestique bouleversée par l’oubli des devoirs et l’insouciance de la conscience; l’union et la stabilité des familles chancelantes; toute la société, enfin, ébranlée et menacée de ruine.

  1. La fête, désormais annuelle, du Christ-Roi Nous donne le plus vif espoir de hâter le retour si désirable de l’humanité à son très affectueux Sauveur. Ce serait assurément le devoir des catholiques de préparer et de hâter ce retour par une action diligente; mais il se fait que beaucoup d’entre eux ne possèdent pas dans la société le rang ou l’autorité qui siérait aux apologistes de la vérité. Peut-être faut-il attribuer ce désavantage à l’indolence ou à la timidité des bons; ils s’abstiennent de résister ou ne le font que mollement; les adversaires de l’Eglise en retirent fatalement un surcroît de prétentions et d’audace. Mais du jour où l’ensemble des fidèles comprendront qu’il leur faut combattre, vaillamment et sans relâche, sous les étendards du Christ-Roi, le feu de l’apostolat enflammera les cœurs, tous travailleront à réconcilier avec leur Seigneur les âmes qui l’ignorent ou qui l’ont abandonné, tous s’efforceront de maintenir inviolés ses droits.

Mais il y a plus. Une fête célébrée chaque année chez tous les peuples en l’honneur du Christ-Roi sera souverainement efficace pour incriminer et réparer en quelque manière cette apostasie publique, si désastreuse pour la société, qu’a engendrée le laïcisme. Dans les conférences internationales et dans les Parlements, on couvre d’un lourd silence le nom très doux de notre Rédempteur; plus cette conduite est indigne et plus haut doivent monter nos acclamations, plus doit être propagée la déclaration des droits que confèrent au Christ sa dignité et son autorité royales.

Ajoutons que, depuis les dernières années du siècle écoulé, les voies furent merveilleusement préparées à l’institution de cette fête.

Chacun connaît les arguments savants, les considérations lumineuses, apportés en faveur de cette dévotion par une foule d’ouvrages édités dans les langues les plus diverses et sur tous les points de l’univers. Chacun sait que l’autorité et la souveraineté du Christ ont déjà été reconnues par la pieuse coutume de familles, presque innombrables, se vouant et se consacrant au Sacré Cœur de Jésus. Et non seulement des familles, mais des Etats et des royaumes ont observé cette pratique. Bien plus, sur l’initiative et sous la direction de Léon XIII, le genre humain tout entier fut consacré à ce divin Cœur, au cours de l’Année sainte 1900.

Nous ne saurions passer sous silence les Congrès eucharistiques, que notre époque a vus se multiplier en si grand nombre. Ils ont servi merveilleusement la cause de la proclamation solennelle de la royauté du Christ sur la société humaine. Par des conférences tenues dans leurs assemblées, par des sermons prononcés dans les églises, par des expositions publiques et des adorations en commun du Saint Sacrement, par des processions grandioses, ces Congrès, réunis dans le but d’offrir à la vénération et aux hommages des populations d’un diocèse, d’une province, d’une nation, ou même du monde entier, le Christ-Roi se cachant sous les voiles eucharistiques, célèbrent le Christ comme le Roi que les hommes ont reçu de Dieu. Ce Jésus, que les impies ont refusé de recevoir quand il vint en son royaume, on peut dire, en toute vérité, que le peuple chrétien, mû par une inspiration divine, va l’arracher au silence et, pour ainsi dire, à l’obscurité des temples, pour le conduire, tel un triomphateur, par les rues des grandes villes et le rétablir dans tous les droits de sa royauté.

Pour l’exécution de Notre dessein, dont Nous venons de vous entretenir, l’Année sainte qui s’achève offre une occasion favorable entre toutes. Elle vient de rappeler à l’esprit et au cœur des fidèles ces biens célestes qui dépassent tout sentiment naturel; dans son infinie bonté, Dieu a enrichi les uns, à nouveau, du don de sa grâce ; il a affermi les autres dans la bonne voie, en leur accordant une ardeur nouvelle pour rechercher des dons plus parfaits. Que Nous prêtions donc attention aux nombreuses suppliques qui Nous ont été adressées, ou que Nous considérions les événements qui marquèrent l’année du grand Jubilé, Nous avons certes bien des raisons de penser que le jour est venu pour Nous de prononcer la sentence si attendue de tous: le Christ sera honoré par une fête propre et spéciale comme Roi de tout le genre humain.

Durant cette année, en effet, comme Nous l’avons remarqué au début de cette Lettre, ce Roi divin, vraiment  » admirable en ses Saints « , a été  » magnifiquement glorifié  » par l’élévation aux honneurs de la sainteté d’un nouveau groupe de ses soldats; durant cette année, une exposition extraordinaire a, en quelque sorte, montré à tout le monde les travaux des hérauts de l’Evangile, et tous ont pu admirer les victoires remportées par ces champions du Christ pour l’extension de son royaume; durant cette année, enfin, Nous avons commémoré, avec le centenaire du Concile de Nicée, la glorification, contre ses négateurs, de la consubstantialité du Verbe Incarné avec le Père, dogme sur lequel s’appuie, comme sur son fondement, la royauté universelle du Christ.

En conséquence, en vertu de Notre autorité apostolique, Nous instituons la fête de Notre-Seigneur Jésus-Christ-Roi.

Nous ordonnons qu’elle soit célébrée dans le monde entier, chaque année, le dernier dimanche d’octobre, c’est-à-dire celui qui précède immédiatement la solennité de la Toussaint. Nous prescrivons également que chaque année, en ce même jour, on renouvelle la consécration du genre humain au Sacré Cœur de Jésus, consécration dont Notre Prédécesseur Pie X, de sainte mémoire, avait déjà ordonné le renouvellement annuel. Toutefois, pour cette année, Nous voulons que cette rénovation soit faite le 31 de ce mois.

En ce jour, Nous célébrerons la messe pontificale en l’honneur du Christ-Roi et Nous ferons prononcer en Notre présence cette consécration. Nous ne croyons pas pouvoir mieux et plus heureusement terminer l’Année sainte ni témoigner plus éloquemment au Christ,  » Roi immortel des siècles « , Notre reconnaissance – comme celle de tout l’univers catholique, dont Nous Nous faisons aussi l’interprète – pour les bienfaits accordés en cette période de grâce à Nous-mêmes, à l’Église et à toute la catholicité.

Il est inutile, Vénérables Frères, de vous expliquer longuement pourquoi Nous avons institué une fête du Christ-Roi distincte des autres solennités qui font ressortir et glorifient, dans une certaine mesure, sa dignité royale. Il suffit pourtant d’observer que, si toutes les fêtes de Notre-Seigneur ont le Christ comme objet matériel, suivant l’expression consacrée par les théologiens, cependant leur objet formel n’est d’aucune façon, soit en fait, soit dans les termes, la royauté du Christ.

En fixant la fête un dimanche, Nous avons voulu que le clergé ne fût pas seul à rendre ses hommages au divin Roi par la célébration du Saint Sacrifice et la récitation de l’Office, mais que le peuple, dégagé de ses occupations habituelles et animé d’une joie sainte, pût donner un témoignage éclatant de son obéissance au Christ comme à son Maître et à son Souverain. Enfin, plus que tout autre, le dernier dimanche d’octobre Nous a paru désigné pour cette solennité: il clôt à peu près le cycle de l’année liturgique; de la sorte, les mystères de la vie de Jésus-Christ commémorés au cours de l’année trouveront dans la solennité du Christ-Roi comme leur achèvement et leur couronnement et, avant de célébrer la gloire de tous les Saints, la Liturgie proclamera et exaltera la gloire de Celui qui triomphe, en tous les Saints et tous les élus.

Il est de votre devoir, Vénérables Frères, comme de votre ressort, de faire précéder la fête annuelle par une série d’instructions données, en des jours déterminés, dans chaque paroisse. Le peuple sera instruit et renseigné exactement sur la nature, la signification et l’importance de cette fête; les fidèles régleront dès lors et organiseront leur vie de manière à la rendre digne de sujets loyalement et amoureusement soumis à la souveraineté du divin Roi.

  1. Au terme de cette Lettre, Nous voudrions encore, Vénérables Frères, vous exposer brièvement les fruits que Nous Nous promettons et que Nous espérons fermement, tant pour l’Eglise et la société civile que pour chacun des fidèles, de ce culte public rendu au Christ-Roi.

L’obligation d’offrir les hommages que Nous venons de dire à l’autorité souveraine de Notre Maître ne peut manquer de rappeler aux hommes les droits de l’Eglise. Instituée par le Christ sous la forme organique d’une société parfaite, en vertu de ce droit originel, elle ne peut abdiquer la pleine liberté et l’indépendance complète à l’égard du pouvoir civil. Elle ne peut dépendre d’une volonté étrangère dans l’accomplissement de sa mission divine d’enseigner, de gouverner et de conduire au bonheur éternel tous les membres du royaume du Christ.

Bien plus, l’Etat doit procurer une liberté semblable aux Ordres et aux Congrégations de religieux des deux sexes. Ce sont les auxiliaires les plus fermes des pasteurs de l’Eglise; ceux qui travaillent le plus efficacement à étendre et à affermir le royaume du Christ, d’abord, en engageant la lutte par la profession des trois vœux de religion contre le monde et ses trois concupiscences; ensuite, du fait d’avoir embrassé un état de vie plus parfait, en faisant resplendir aux yeux de tous, avec un éclat continu et chaque jour grandissant, cette sainteté dont le divin Fondateur a voulu faire une note distinctive de la véritable Eglise.

  1. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs.
  1. Quelle énergie encore, quelle vertu pourront puiser les fidèles dans la méditation de ces vérités pour modeler leurs esprits suivant les véritables principes de la vie chrétienne! Si tout pouvoir a été donné au Christ Seigneur dans le ciel et sur la terre; si les hommes, rachetés par son sang très précieux, deviennent à un nouveau titre les sujets de son empire; si enfin cette puissance embrasse la nature humaine tout entière, on doit évidemment conclure qu’aucune de nos facultés ne peut se soustraire à cette souveraineté.

Il faut donc qu’il règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d’une adhésion ferme et constante, les vérités révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu’il règne sur nos volontés: nous devons observer les lois et les commandements de Dieu.

Il faut qu’il règne sur nos cœurs: nous devons sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-dessus toutes choses et nous attacher à lui seul. Il faut qu’il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d’instruments ou, pour emprunter le langage de l’Apôtre saint Paul, d’armes de justice offertes à Dieu (41) pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes. Voilà des pensées qui, proposées à la réflexion des fidèles et considérées attentivement, les entraîneront aisément vers la perfection la plus élevée.

Plaise à Dieu, Vénérables Frères, que les hommes qui vivent hors de l’Eglise recherchent et acceptent pour leur salut le joug suave du Christ! Quant à nous tous, qui, par un dessein de la divine miséricorde, habitons sa maison, fasse le ciel que nous portions ce joug non pas à contrecœur, mais ardemment, amoureusement, saintement! Ainsi nous récolterons les heureux fruits d’une vie conforme aux lois du royaume divin. Reconnus par le Christ pour de bons et fidèles serviteurs de son royaume terrestre, nous participerons ensuite, avec lui, à la félicité et à la gloire sans fin de son royaume céleste.

Agréez, Vénérables Frères, à l’approche de la fête de Noël, ce présage et ce vœu comme un témoignage de Notre paternelle affection ; et recevez la Bénédiction apostolique, gage des faveurs divines, que Nous vous accordons de grand cœur, à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à votre peuple.

  

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 11 décembre de l’Année sainte 1925, la quatrième de Notre Pontificat.

NOTES

  1. AASXVII (1925) 593-610.
  2. Pie XI, Lettre encycliqueUbi arcano, 23 décembre 1922, AAS, XIV (1922) 673-700, CH pp. 602-629.
  3. S. PAUL, Ephés.III 19.
  4. DANIEL, VII 13-14.
  5. NombresXXXIV 19.
  6. Ps.II.
  7. Ps.XLIV (XLV) 7.
  8. Ps.LXXI (LXXII) 7-8.
  9. ISAÏE, IX 6-7.
  10. JÉRÉMIE, XXIII 5.
  11. DANIEL XX 44.
  12. DANIEL, VII 13-14.
  13. ZACHARIE, IX 9.
  14. S. LUC, I 32-33.
  15. S. MATTHIEU, XXV 31-40.
  16. S. JEAN, XVIII 37.
  17. S. MATTHIEU, XXVIII 18.
  18. ApocalypseI 5.
  19. ApocalypseXIX 16.
  20. S. PAUL, Hébr. I 1.
  21. S. PAUL, I Cor. XV 25.
  22. S. CYRILLE D’ALEXANDRIE, In LucamX, PG LXXII 666.
  23. S. PIERRE, I EpîtreI 18-19.
  24. S. PAUL, I Cor.VI 20.
  25. S. PAUL, I Cor.VI 15.
  26. Concile de Trentesess. VI c. 21, Denzinger n. 831.
  27. Cf. S. JEAN, XIV 15 ; XV 10.
  28. S. JEAN, V 22.
  29. Non eripit mortalia, qui regna dat coelestia, Office de la fête de l’Epiphanie, hymne Crudelis Herodes.
  30. LÉON XIII, Lettre encyclique Annum sacrum, 25 mai 1899 AASXXXI (1898-1899) 647.
  31. ActesIV 12.
  32. S. AUGUSTIN, Epist. CLIII ad Macedoniumch. III, PL XXXIII, 656.
  33. PIE XI, Lettre encycliqueUbi arcano, 23 décembre 1922, AASXIV (1922), 683, CH n. 936.34. S. PAUL, I Cor. VII 25.
  34. S. PAUL, Coloss. I 20.
  35. S. MATTHIEU, XX 28.
  36. S. MATTHIEU, XI 30.
  37. LÉON XIII, Lettre encyclique Annum sacrum, 25 mai 1899, AASXXXI (1898-1899) 647.39. S. AUGUSTIN, SermoXLVII de sanctis, PL XXXVIII, 295.

    40. PIE XI, Lettre encyclique Ubi arcano, 23 décembre 1922, AAS XIV (1922) 673-700, CH pp. 602-629.

  38. S. PAUL, Rom.VI 13.
CONFERENCE DES EVÊQUES DE FRANCE (Lourdes, novembre 2022), CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, EVÊQUE, EVEQUES DE FRANCE, FRANCE

Conférence des Evêques de France (Lourdes, novembre 2022)

Discours de clôture de la 90ème Assemblée plénière des évêques de France, le 8 novembre 2022

Publié le 08 novembre 2022

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Frères et sœurs, vous tous catholiques de France, laïcs, diacres, prêtres, personnes consacrées, et vous qui, pour une raison ou pour une autre, vous intéressez aux travaux de notre assemblée, chers

Frères évêques,

« La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus » : cette phrase qui ouvre l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, « La joie de l’Évangile », du pape François, nous a habités, nous évêques, alors que nous nous réunissions. Nous avions, jeudi dernier, le cœur lourd, remplis de sentiments mêlés ; nous étions douloureux de vous savoir, frères et sœurs, meurtris, en colère, bouleversés, doutant de nous et de notre volonté réelle de sortir de la culture qui a permis les abus et les a couverts. Nous savions la déception des personnes victimes qui avaient décidé l’an passé de nous faire confiance. Or, la joie de l’Évangile, c’est elle que nous voulons servir, c’est elle que nous voulons partager à tous, c’est pour la rendre accessible à tous que nous avons engagé notre vie. Nous sommes humiliés de constater que des actes de certains de nos frères, prêtres et évêques, et la manière dont ces actes ont été traités entre notre structure ecclésiale en France et jusqu’au Saint-Siège provoquent de la tristesse, de l’incompréhension, du dégoût, et empêchent beaucoup de vous de goûter la joie pure et rajeunissante de l’Évangile du Christ. Nous sommes conscients que ces fautes personnelles de tel ou tel nous renvoient tous à nos insuffisances, à nos médiocrités, à nos manquements à la charité, à la justice, à la bonté, à la vérité, manquements qui entachent notre ministère et vous privent parfois, – et une fois, c’est trop-, de connaître le Christ Jésus d’un cœur sans partage. Nous voudrions tant que vous puissiez vivre paisiblement l’expérience des premiers disciples de Jésus, telle que nous la rapporte l’évangile selon saint Jean : « Venez et vous verrez ». « Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » (Jn 1,39). Nous voudrions tant que beaucoup d’autres puissent la goûter.

Là est la source de la vie pour tous, dans la proximité du Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé qui demeure dans le Père et nous ouvre accès à sa filiation. Ce jour-là, auprès du fleuve Jourdain, il n’y avait pas de palais ni de belle maison, tout juste une cabane en roseaux, et là demeurait Jésus et là il a accueilli ceux qui allaient devenir ses disciples et là était la pleine présence de Dieu, son hospitalité la plus forte. 

Nous avons pu, jeudi dernier le 3 novembre, après avoir passé un long moment à reprendre le déroulement des faits qui avaient conduit à la tourmente que nous vivons, prendre une heure, sous la conduite de Mgr Vincent Jordy, que je remercie au nom de tous, pour partir au bord du Jourdain, rencontrer Jésus comme pour la première fois, le suivre comme « l’Agneau de Dieu » et pour demeurer avec lui.

De la même façon, au long de ces jours ici à Lourdes, auprès de la grotte de Massabielle, nous éprouvons l’intercession de Marie, la Mère de Dieu, et de sainte Bernadette, et la prière de toutes celles et tous ceux qui viennent ici prier ou qui confient leurs intentions. Permettez-moi de vous le dire : alors que nous nous étions retrouvés agités, inquiets, peut-être même méfiants les uns à l’égard des autres, nous avons vécu en ces cinq jours un processus d’apaisement, de resserrement de nos liens, de détermination renouvelée.

Nous sommes conscients cependant que la confiance native que le peuple de Dieu mettait dans les pasteurs qui lui sont donnés est ébranlée

Nous sommes conscients cependant que la confiance native que le peuple de Dieu mettait dans les pasteurs qui lui sont donnés est ébranlée et qu’elle est, chez certains, chez beaucoup peut-être, brisée. Comment, après avoir découvert ce qu’avait pu faire Mgr Santier ; comment, après avoir entendu ce que le cardinal Ricard lui-même a avoué publiquement hier, pourriez-vous recevoir le cœur en paix la grâce du Christ des mains de quelque prêtre ou évêque que ce soit ? Une telle question secoue toute l’Église, car ce n’est pas le moindre aspect du mystère du Christ que le fait qu’il ne se soit pas contenté de réunir des disciples pour partager avec eux des heures de contemplation et d’échanges mais qu’il en ait mis à part quelques-uns pour aller vers tous en son nom. Le Père de Lubac, grand théologien du siècle dernier, a pu écrire en 1938, dans son premier grand ouvrage Catholicisme : « «Mystère de l’Église, plus profond encore s’il est possible, plus “difficile à croire” que le Mystère du Christ, comme celui-ci déjà était plus difficile à croire que le Mystère de Dieu »[1]. Plus difficile à croire, je le comprends ainsi, parce que le divin, la divine charité, est dans la réalité de l’Eglise, tellement enveloppé d’humain, et d’un humain qui n’est pas que la nature humaine mais ce que nous, les humains, l’avons fait devenir, avec ses abîmes parfois si vertigineux et inquiétants et ses nœuds parfois si meurtriers.

Nous ne nous sommes pas rassurés à bon compte, pendant ces quelques jours, avec des considérations théologiques. Nous avons travaillé, en nous entraidant, et cela sur plusieurs axes.

D’abord nous avons travaillé pour tirer au clair ce qui s’était passé. Le huis-clos, qui n’a pas été bien compris, nous a permis d’aller aussi loin que possible dans la vérité de nos échanges. J’ai exposé hier pendant la conférence de presse, que nous avons ajoutée pour faire connaître la déclaration de Mgr Ricard, l’essentiel de ce travail.

Je voudrais uniquement et simplement dire ici à vous tous quatre choses :

Premièrement, que Mgr Blanchet, à peine nommé évêque de Créteil, ayant accepté dans la foi cette mission, a découvert alors et progressivement la situation exacte de son prédécesseur. Il s’est trouvé pris dans une situation créée par le silence maintenu des mois avant son arrivée et même sa nomination. Il a dû seul, avec force et délicatesse, trouver la manière de tenir Mgr Santier le plus à l’écart possible, sans pour autant paraître le rejeter ou le mépriser aux yeux d’un diocèse qui voulait le remercier encore, alors même qu’il ne pouvait expliquer à quiconque ce dont il retournait. De même, Mgr Le Boulc’h n’a pas su tout de suite dans quelles conditions Mgr Santier revenait à son diocèse d’origine, et lui aussi a dû, à mesure qu’il le découvrait, chercher les meilleures ou les moins mauvaises manières de l’accueillir, puisqu’aussi bien il fallait que Mgr Santier puisse vivre quelque part.

Deuxièmement, le travail fait avec un canoniste, un juriste et un official du Dicastère pour la doctrine de la foi venus nous rejoindre nous a permis de reconnaître qu’il y a eu des insuffisances, des erreurs et des dysfonctionnements dans la manière de réagir aux faits commis par Mgr Santier au fil des procédures. Je les ai énumérés hier. L’essentiel se résume en trois points : le traitement en circuit fermé, entre évêques ; une naïveté entretenue ; un manque de considération pour le peuple de Dieu. Nous avons donc élaboré progressivement pendant ces quelques jours des décisions à prendre. Nous avons abouti ce matin. Nous avons décidé de constituer un comité de suivi auquel tout archevêque ou évêque ayant à traiter du cas d’un autre évêque pour des abus ou agressions sexuelles se référera afin d’être accompagné dans toutes les étapes de la procédure. Nous allons agir aussi auprès des dicastères romains concernés pour préciser les procédures, établir des critères plus précis quant à la publication des faits et des sanctions, mieux définir ce qui est attendu de celui qui est chargé de l’enquête quant au « votum », c’est-à-dire aux recommandations, qu’il doit formuler. Le Saint-Siège a besoin que chacun joue pleinement son rôle et sache lui faire valoir les données propres à une situation ou à un pays. Nous voulons intégrer nous-mêmes davantage que la foi des fidèles est heurtée lorsqu’un prêtre ayant abusé sexuellement d’une personne continue de célébrer l’Eucharistie. Cela a des conséquences précises quant à la manière de nommer un prêtre ayant été condamné et qui a accompli sa peine. Ces décisions nouvelles enrichissent le dispositif mis en place depuis l’an dernier. Nous avons, aussi dans cette ligne-là, voté les statuts du Tribunal pénal interdiocésain qui devrait par conséquent, dès réception du visa du Tribunal de la Signature apostolique, être mis en place début décembre. Nous avons pu réfléchir à la mise en place concrète d’un celebret national, c’est-à-dire d’une carte remise à chaque prêtre permettant d’attester de sa qualité et de sa capacité à célébrer les sacrements. Nous nous sommes préparés aux visites que nous aurons à faire à Rome pour rencontrer le Dicastère pour la doctrine de la foi et la Commission de protection des mineurs.

Troisièmement, nous avons été bouleversés par la déclaration du cardinal Ricard. Il a été notre Président pendant deux mandats et une autorité dans notre Assemblée. Nous pensons à la personne qu’il a atteinte dans sa jeunesse, à celles et ceux qui furent ses paroissiens à Marseille, ses diocésains à Grenoble, à Montpellier, à Bordeaux ; nous pensons aux diocésains de Digne. Son aveu rendu public est un acte de grande importance. Par-delà le traitement que la justice, tant celle de l’État que celle de l’Église, peuvent donner à un tel comportement, Mgr Ricard se comporte comme un pécheur repentant qui assume ses actes, quelle que soit leur ancienneté, parce qu’il réalise au fil de son histoire, de mieux en mieux, que le mal fait du mal et qu’il faut rompre cet enchaînement. En parlant publiquement, il s’adresse à tout le peuple de Dieu, il se remet au jugement de chacun. Il inscrit sa déclaration dans le travail de vérité que l’Église a entrepris depuis quelques années et dans lequel l’Église en France tient sa part. Il compte sur nous, baptisés. Il n’en appelle pas à notre indulgence mais à notre fraternité. De plusieurs côtés, on en a appelé ces dernières semaines à la maturité du peuple de Dieu. Beaucoup ont fait valoir combien il était humiliant pour celui-ci d’entendre que les autorités ecclésiales lui avaient caché les fautes d’un pasteur pour le ménager. On fait valoir à raison que le peuple de Dieu est capable de supporter, si douloureux que ce soit, la découverte des fautes de ses pasteurs, et qu’il lui est beaucoup plus violent d’être maintenu un temps dans l’ignorance par un mensonge.

Quatrièmement : c’est pourquoi j’ai dit hier, lundi, le nombre des évêques ayant été mis en cause d’une manière ou d’une autre devant la justice de notre pays ou la justice canonique. Le nombre mentionné dans la presse recouvre des cas très différents et des faits qui ne sont pas du même ordre. Je pensais l’avoir indiqué suffisamment et je regrette de ne pas avoir été assez précis. Trois évêques, ces dernières années, ont été mis en cause pour non dénonciation d’un prêtre accusé. L’un de ces évêques est mort, un autre a été condamné et le troisième a été relaxé. Je les ai mentionnés pour que l’information soit complète, mais tout cela est connu de tous. Huit autres évêques ont été mis en cause pour des faits qu’ils auraient commis eux-mêmes. Parmi eux, cinq ont été mentionnés dans la presse et ont fait l’objet d’actions judiciaires, parfois arrêtées, parfois encore en cours. Pour l’un d’entre eux, je le signale, l’affaire a été conclue par un non-lieu. Enfin, trois autres sont en cours d’instruction. Ces huit évêques sont actuellement retirés de la responsabilité épiscopale et sont soumis à des restrictions de ministère de natures variées. Car la justice canonique juge de faits que la justice de notre pays ne connaît pas, et comme cette dernière, elle connaît la gradation des peines et la prescription, des éléments indispensables à un État de droit, même si la justice canonique pourrait progresser encore dans la prise en compte des personnes victimes et de leurs droits. La maturité du peuple de Dieu est soumise à rude épreuve, nous en sommes conscients. Il nous faut tous admettre que ni l’ordination ni les honneurs ne préservent de commettre ou d’avoir commis des fautes dont certaines peuvent être graves même aux yeux de la justice de l’État et que tout être humain peut être habité par des forces troubles qu’il ne parvient pas toujours à maîtriser. Nous, évêques, recevons ce nombre avec douleur. Ce que nous découvrons de quelques-uns de nos frères nous appelle à nous examiner, cela nous a été rappelé, sur notre rapport au pouvoir, aux biens, à notre ministère, à chacune des personnes avec qui nous agissons. Voilà qui nous conduit à une autre réflexion et un autre pan de notre travail.

Nous professons dans le « Je crois en Dieu » : « Je crois à l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Cette formule liturgique peut choquer aujourd’hui. Certains ont écrit ne plus pouvoir la prononcer. Nous les comprenons. Mais l’Église n’est pas sainte parce qu’elle serait faite de saints uniquement ; en tout cas pas parce qu’elle le serait en sa hiérarchie. Elle est sainte parce que, par elle, le Seigneur Jésus enfante à la sainteté les pécheurs que nous sommes. La sainteté n’est pas la perfection morale, nous l’oublions trop souvent. Elle n’est pas non plus un heureux équilibre des vertus naturelles et surnaturelles, traversé par un élan spirituel. Le saint est celui qui apprend à reconnaître ses abîmes intérieurs et qui choisit de s’en écarter par amour pour le Christ, le Fils bien-aimé venu jusqu’à nous. L’Église sainte n’est pas la réunion des « gens bien » ; elle est la communion que tâchent de vivre des pécheurs pardonnés, non pas amnistiés, non pas dispensés d’assumer leurs actes, mais pardonnés et rendus forts par le pardon. Elle est le lieu de cristallisation de notre élan spirituel, non pas d’abord une organisation religieuse qui nous permettrait de vivre à la surface de notre âme, plutôt la communauté qui nous contraint à aller puiser en nous ce que nous voulons vivre en vérité, faisant alors la douloureuse et salvifique expérience que nous n’y parvenons pas tout seuls, ni jamais adéquatement, que nous avons besoin d’être rachetés par le sang de l’Agneau sans tache, par le cri de son agonie et le silence du tombeau, avant que puisse éclore la joie discrète d’abord et pure toujours de la résurrection. La communion de l’Église ne résulte pas d’une harmonieuse organisation, elle résulte de l’engagement de chacun de ses membres, tous ayant reçu « l’onction du Saint », du Saint-Esprit, dans le combat spirituel, pour grandir dans la liberté avec les armes du Christ, et le repentir, la reconnaissance libre de ses fautes et la demande de pardon, l’assomption des conséquences des actes commis, est une de ces armes. La sainteté de l’Église n’est pas l’absence de péché de ses membres mais la capacité de tout le Corps d’accompagner chaque membre dans ce combat de lumière et de paix.

Dans cette lumière-là, sans doute, il nous faut comprendre la synodalité et son articulation à la collégialité. Dans le langage chrétien antique, le mot « hiérarchie » ne désigne pas d’abord le commandement, l’autorité qui ordonne et qui se fait obéir, mais la source, archè, où l’on peut puiser de quoi vivre et porter du fruit. Le ministère apostolique n’est pas d’abord une manière d’organiser un peuple qui serait confus, il a pour mission, ce ministère, de rapprocher de chacun la source pour qu’il puisse y trouver ce dont il a besoin. La source est la présence du Christ ressuscité, au cœur de la liberté de chacune et de chacun, dans la double Parole de l’Ancien et du Nouveau Testaments et dans les sacrements de Jésus. Le ministère est tout entier au service du peuple des baptisés et confirmés, des pécheurs pardonnés, rachetés, appelés à avancer vers la sainteté en devenant les uns pour les autres et pour tous les humains des porteurs de la bonté de Dieu. Le ministère apostolique s’exerce dans la collégialité, car aucun pasteur ne peut seul garantir qu’il relie en vérité à la source. Il ne le peut qu’en étant inséré dans le collège qui a le successeur de Pierre à sa tête. Quant à la synodalité, elle n’est pas d’abord un jeu de répartition des pouvoirs, même s’il faut organiser ceux-ci et veiller à en renouveler la distribution régulièrement. La synodalité est avant tout une recherche commune de la volonté de Dieu, une entraide fraternelle pour avancer sur les chemins de Dieu en s’aidant à sortir de l’esclavage du péché pour grandir dans la liberté des enfants de Dieu. Elle se nourrit donc de la maturité du peuple de Dieu que nous avons évoquée, et elle la fait grandir. C’est en nous portant les uns les autres, selon la différence des états de vie et des dons, dans le chemin de la sainteté, c’est-à-dire de la liberté à l’égard du péché, que nous servons la vie de l’Église que nous formons et dans laquelle nous avons la grâce d’être. Ces quelques jours étaient trop peu nombreux pour que nous puissions lire et analyser le document qui vient d’être publié pour préparer la phase continentale du processus synodal de l’Église. Chacun fera ce qu’il peut dans son diocèse. Mais nous constatons que, de par le monde, dans l’Église entière, les mêmes attentes, les mêmes aspirations, les mêmes douleurs s’expriment, mais aussi la même espérance de vivre la pleine vérité du mystère de l’Église où le Seigneur partage sa sainteté aux pécheurs qu’il appelle à lui.

Nous avons goûté cela, frères et sœurs, vous toutes et tous qui m’écoutez ce matin, nous l’avons goûté, nous évêques, lors du temps passé, hier lundi 7 novembre 2022, avec les pilotes et un membre des neuf groupes de travail dont nous avions décidé la création en novembre 2021. Ils nous ont fait travailler par groupes de dix évêques sur le thème qui leur a été confié. Les voies qu’ils nous ont ouvertes, les transformations de fonctionnement ou de gouvernance, qu’ils dessinent nous seront proposées en mars prochain et nous aurons à exercer notre discernement dans la lumière de l’Esprit-Saint. L’enjeu, pour nous, n’est pas seulement de trouver des procédures plus sûres (on parle souvent de « process ») mais de rendre nos organisations ecclésiales, nos manières de réagir et d’agir face à des cas douloureux, nos modes de vie et de soutien mutuel, plus riches de la vérité de la synodalité et de la collégialité, vécues dans la sainteté de l’Église. Je crois pouvoir dire que nous avons admiré la maturité chrétienne de celles et de ceux qui sont venus à nous, comme des frères et des sœurs qui ne cherchaient ni à nous faire la leçon, ni à grapiller une part de notre autorité mais à nous aider à mieux exercer le ministère apostolique qui nous a été confié par le Seigneur ressuscité. De tout cœur, je remercie au nom de tous les évêques les membres de ces groupes de travail, une bonne centaine de personnes : leur engagement, leur générosité en temps et en réflexion, nous remplissent d’action de grâce.

Nous avons goûté aussi ce mystère lorsque nous avons travaillé à la transformation de notre Conférence. Deux groupes de travail spécifiques avaient élaboré quatre scénarios, chacun caractérisé par une perspective différente : la communion des provinces, la flexibilité maximale, le service minimum, l’hôpital de campagne. Le but poursuivi est moins la recherche d’une diminution des effectifs qu’une meilleure définition du rôle des instances (Assemblée plénière, Conseil permanent, Présidence, conseils et commission) et une meilleure articulation entre elles pour que notre système central soit plus souple, un peu moins coûteux, mieux adapté aux besoins de l’évangélisation aujourd’hui. Les échanges que nous avons pu avoir autour de ces scénarios nous relancent dans la conscience de notre collégialité et de notre responsabilité à chacun de la rendre vivante, la vie de chacun de nos diocèses fortifiant celle de tous les autres. Je salue ici de la part des évêques l’équipe de Nexus qui nous accompagne dans ce labeur avec délicatesse, fermeté et persévérance, cette dernière étant bien utile car les transformations concrètes suscitent toujours des résistances, raisonnables ou non. Il en va de même chez les évêques.

Je voudrais ici remercier au nom des évêques de France, toutes celles et tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, travaillent dans la Maison de l’avenue de Breteuil. Ils représentés ici à Lourdes par les directeurs nationaux qui sont associés à notre travail sur l’avenir de notre Conférence comme d’ailleurs, à celui mené à la suite de novembre dernier, et ils sont représentés encore par toute l’équipe qui soutient le Secrétariat général et l’équipe communication. Les réflexions que les évêques mènent sur la transformation de la Conférence des évêques peuvent inquiéter toutes ces personnes.

Tout en portant cette inquiétude, nos collaboratrices et collaborateurs apprennent avec nous de tristes nouvelles. Il en va ainsi tous les ans depuis au moins 2016. Je voudrais redire ce que je leur ai dit plus fois : votre fidélité nous impressionne, elle nous oblige. Que, au milieu de mille inquiétudes, en subissant avec nous les flux de révélation des abus commis par quelques-uns, vous consentiez à venir et revenir travailler avec nous, nous encourage vivement. Nous savons ce qui s’y joue dans tout cela de votre foi dans le Christ et de votre engagement spirituel à chacun.

Les séquences de notre Assemblée consacrées au plan triennal ressources et aux finances nous ont à la fois fait sentir la pression de la réalité : il nous faut anticiper raisonnablement une baisse de nos ressources et tenir compte de l’augmentation actuelle des charges du fait, notamment, de l’inflation, et simultanément ces séquences nous ont fait réaliser que la générosité des fidèles nous permettait d’avancer sur le chemin de transformation sans angoisse, avec une grave sérénité.

Une séquence de ces quelques jours a été consacrée à la transformation pastorale de nos diocèses et une autre à la mise en application du Motu Proprio Traditionis Custodes. Les deux sujets sont différents, bien sûr, mais ils convergent cependant. Il s’agit toujours de notre responsabilité de rapprocher de chacun et de chacune la source qu’est le Christ Jésus. Nous devons trouver les moyens de le faire avec moins de prêtres, des communautés moins nombreuses et surtout insérées dans un tissu social sécularisé et déchristianisé, souvent marqué par l’indifférence religieuse, parfois par la forte présence d’autres religions, notamment l’islam. En parcourant nos diocèses, nous avons souvent l’occasion d’admirer la foi et la persévérance de nombreux fidèles. Nous sentons leur souffrance devant l’évolution de leurs enfants ou petits-enfants et l’inquiétude des jeunes parents devant l’avenir de leurs enfants. Nous éprouvons douloureusement combien les fidélités les mieux ancrées peuvent être ébranlées. Le témoignage de notre Eglise dans notre pays ne peut plus être celui d’une Église co-extensive à la société, organisant celle-ci, en déterminant sa culture profonde. Le témoignage est désormais celui d’une communion de pécheurs pardonnés, émerveillés de pouvoir être en chemin vers la sainteté, où chacune et chacun est accueilli et accompagné par tous, où les vérités de la foi ne sont pas une idéologie sociale et politique mais nous tournent vers le Dieu vivant, le Dieu de nos âmes, le Dieu brûlant qui nous appelle à une conversion constante, qui nous arrache à toute autosatisfaction pharisaïque et nous ouvre le chemin des fils prodigues, qui attend que les frères s’accueillent mutuellement et apprennent toujours davantage à s’aimer. Les immenses trésors de la Tradition ne sont pas des pièces de musée ; la Tradition dont nous sommes les gardiens est celle où le Seigneur Jésus, le Messie d’Israël, se donne et est reçu, si bien reçu qu’il peut être partagé.

Alors que notre pays s’apprête à un nouveau grand débat sur la fin de vie, il nous a paru nécessaire de puiser dans notre tradition et dans la réflexion théologique de quoi vous aider, frères et sœurs, chères auditrices et chers auditeurs, à regarder la mort avec des yeux de chrétiens. Nous avons écrit une lettre pastorale dont nous espérons qu’elle sera, peu à peu, lue et travaillée par beaucoup. Car nous avons tous à mourir et nous vivons dans un monde qui vit la mort comme un échec et qui s’effraie de ses approches, les remettant entre les mains des soignants. Il appartient à notre grandeur d’hommes et de femmes, créés à l’image de Dieu, a fortiori de baptisés morts au péché dans le Christ et ressuscités pour vivre en lui, de nous préparer sérieusement au jour de notre mort. Nous le disons à chaque fois que nous prions le « Je vous salue Marie ». A notre société nous voulons dire qu’il est possible de nous entraider, non pas à mourir mais à vivre jusqu’au bout. Nous vous appelons à prier avec instance aussi pour que notre pays continue à indiquer aux sociétés occidentales qu’il y a d’autres voies que la prétendue « douce mort » et le suicide assisté. Dans une société qui vieillit, il faut consacrer des moyens aux soins palliatifs et à l’accompagnement à domicile, il faut que des hommes et des femmes s’y engagent, il convient que chacun de nous se prépare aussi à accompagner tel ou tel de ses proches jusqu’au bout. Sans juger personne, sans mépriser ni condamner, nous avons, nous catholiques, avec nos frères et sœurs chrétiens mais aussi avec beaucoup d’autres, à éclairer nos concitoyens sur les choix qui se dessinent et à orienter nos vies, parfois à contre-courant, pour témoigner d’autres chemins de vie, plus dignes de l’être humain, plus humbles et plus forts, des chemins que nous aurons peut-être, à Dieu ne plaise, à porter ou à parcourir un peu seuls.

Les sanctuaires de Lourdes nous réservent toujours le meilleur accueil. Je remercie ici Mgr Jean-Marc Micas, le recteur, le P. Michel Daubanes à qui nous souhaitons une belle mission dans ce sanctuaire national, les chapelains, les cérémoniaires, les sacristains, celles et ceux qui veillent sur nous à l’accueil Notre-Dame, les hommes et les femmes qui ont veillé à notre sécurité et à notre tranquillité, toutes celles et tous ceux qui contribuent à rendre ces Assemblées paisibles et efficaces. Nous éprouvons toujours ici, auprès de la grotte de Massabielle, combien le Seigneur nous accueille en lui et nous donne de venir et de voir. Nous étions heureux, dimanche soir, de nous joindre à la procession eucharistique. Auprès de Jésus et auprès de Marie, nous avons retrouvé « l’enfant qui pleure ». Nous ouvrons toujours mieux les yeux sur le fait que l’Église, qui devrait être purement et simplement un lieu de paix et de joie, c’est-à-dire de dilatation intérieure et d’espérance en la beauté de l’humanité que Dieu attire à lui, peut être aussi un lieu de douleurs, un lieu d’empêchement, un lieu de tristesse, d’humiliation et d’atteinte à la dignité de l’humanité. Notre génération a reçu la croix de vivre ce temps. A nous, évêques, avec les prêtres et les diacres, de vous aider, frères et sœurs à traverser ces temps en accédant à la joie du Seigneur. A nous tous d’agir, synodalement et collégialement, chacune et chacun pour sa part, pour servir l’œuvre du Christ qui veut se présenter son Église, « sainte, sans tache, sans aucune faute ». Nous espérons tous, frères et sœurs, vous avec nous, nous avec vous, qu’un jour, « l’enfant qui pleure », caché dans une église ou au fond du cœur de trop de personnes, pourra goûter la consolation du Seigneur. Nous voulons agir pour qu’il puisse entendre la parole qui lui est adressée : « Venez et vous verrez ». Des moments de joie intense nous sont donnés, dans nos rassemblements diocésains, dans la messe dominicale, dans tel service vécu dans la lumière du Seigneur.  Sans doute découvrons-nous mieux que l’Église doit être aussi pénitente, mais nous savons que la vraie pénitence conduit à la joie la plus intense.

Notre monde s’inquiète pour son avenir. La COP 27 qui est réunie en Égypte le fait entendre avec force. Les co-présidents du Conseil des Églises chrétiennes de France ont adressé, au début de ce mois, une lettre au Président de la République remise aussi à la Première Ministre. Cette lettre invite à agir avec énergie au cours de la COP, elle salue l’ambition écologique annoncée par le gouvernement, elle constate aussi que le compte n’y est pas, que les décisions envisagées ne suffiront pas pour éviter les drames qui s’annoncent, notamment pour les pays les plus pauvres. La sobriété ne doit pas être une attitude conjoncturelle liée à la guerre en Ukraine et à ses conséquences pour l’approvisionnement en énergie. Elle est une attitude à acquérir et à enraciner spirituellement. Notre humanité se transforme, elle se comprend autrement au sein de l’univers, elle met en cause les repères anthropologiques les plus ancrés. Des jeunes, on dit souvent que nombreux sont parmi eux ceux qui ne savent comment s’orienter, qui hésitent à entrer de plain-pied dans le monde tel qu’il est. Nous les assurons de notre prière. Nous leur adressons un vibrant appel à se rendre à Lisbonne pour les JMJ. Leur rassemblement contribuera à la sanctification de l’Église, leur réponse joyeuse à l’appel du Seigneur, leur communion autour du successeur de Pierre, seront des dons de Dieu pour l’Église et aussi pour toute leur génération. Nous constatons souvent la beauté de la jeunesse catholique.

En concluant cette Assemblée plénière, nous tournons notre attention vers nos concitoyens dont le retour de l’inflation affaiblit gravement les ressources et qui s’inquiètent. Les mois à venir risquent d’être rudes pour beaucoup. Nous implorons Dieu pour l’Ukraine et aussi pour le peuple russe. Nous prions pour les familles endeuillées, pour les morts, les blessés, les familles séparées, pour les vies empêchées par cette guerre. Nous en appelons à la paix dans la vérité et la justice. Nous pensons aussi à l’Arménie, qui vit un drame comparable ; au Liban, à la Syrie, au Burkina-Faso, au Nigéria, au Mali et aux pays d’Afrique menacés par des mouvements islamistes et par l’insuffisance des récoltes. Nous avons une pensée fraternelle pour le peuple iranien et pour le peuple afghan. Pendant que nous étions ici à Lourdes, le pape François effectuait au Bahreïn un voyage sans doute historique. Nous demandons à Dieu que ce voyage puisse porter des fruits nombreux.

Nous osons le dire, nous osons le demander : que la joie de l’Évangile rejoigne chacune et chacun de vous, qu’elle emplisse votre cœur et votre vie à chacun, que tous nous puissions vivre des moments de grâce en demeurant près de Jésus, l’Agneau de Dieu, le Fils bien-aimé du Père. Nous, évêques, avons travaillé et travaillons pour que cela soit possible. Nous vous remercions pour votre prière et vos encouragements, pour votre exigence aussi.

Frères et sœurs, vous tous qui m’écoutez et vous intéressez pour une raison ou pour une autre à la vie de l’Église en France, les évêques tous rassemblés ont voulu vous adresser une lettre, « bouleversés et résolus ». Acceptez de la lire et d’y entendre parler notre cœur et notre responsabilité. Nous nous doutons que le chemin pour guérir les bouleversements, les colères, les inquiétudes sera long. Nous osons croire qu’il vaut la peine et nous vous assurons que nous y sommes engagés.

Merci de votre attention.

[1] Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme dans l’édition des Œuvres complètes du cardinal Henri de Lubac, t. VII (désormais OC VII), éd. par Michel Sales avec la coll. de M.-B. Mesnet, 2003 (la citation se trouve pp. 48-49) ; cette édition reproduit la 7e éd. (1983).

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 « Bouleversés et résolus », message des évêques de France du 8 novembre 2022

Publié le 08 novembre 2022

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Chers frères et sœurs,

Réunis en Assemblée plénière à Lourdes, nous avons entendu la stupéfaction, la colère, la tristesse, le découragement suscités par ce que nous apprenons au sujet de Mgr Michel Santier, ancien évêque de Luçon puis de Créteil, et maintenant au sujet de Mgr Jean-Pierre Ricard, ancien archevêque de Montpellier puis de Bordeaux.

Nous sommes conscients que ces révélations affectent douloureusement les personnes victimes, en particulier celles qui avaient choisi de nous faire confiance. Nous constatons l’ébranlement de nombreux fidèles, de prêtres, de diacres, de personnes consacrées. Ces sentiments sont également les nôtres. Membres d’un même corps ecclésial, nous sommes nous aussi blessés, atteints en profondeur.

Dans le cas de Michel Santier, nous avons vivement conscience des responsabilités qui nous reviennent et nous avons travaillé pendant notre Assemblée à identifier les dysfonctionnements et les erreurs qui ont mené à une situation choquante pour tous.

Certains ont pu se demander si le droit de l’Eglise n’organisait pas une forme d’impunité ou de traitement particulier des évêques. Ils pensent, à juste titre, que la responsabilité épiscopale renforce chez ceux qui l’exercent le devoir de droiture et la légitime exigence des fidèles comme de l’institution ecclésiale. Nous le redisons avec force : il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir, d’impunité des évêques.

En raison même de la nature de leur charge apostolique, les évêques dépendent directement du Saint-Siège. Les procédures qui les concernent sont plus complexes et prennent davantage de temps. Nous nous engageons à travailler avec le Saint-Siège aux clarifications et aux simplifications qui s’imposent. Nous avons décidé de mettre en place un Conseil de suivi qui nous permettra de ne pas affronter seuls et entre nous ces situations.

Certains s’interrogent : dans les circonstances présentes, quel crédit donner aux engagements pris il y a un an pour tirer les conséquences du rapport de la CIASE ? Nous pouvons en donner l’assurance : une transformation des pratiques est bel et bien en cours, avec l’aide de nombreux fidèles laïcs particulièrement qualifiés, dont des personnes victimes. Des décisions sont déjà prises et mises en œuvre. Diocèses et mouvements d’Eglise s’impliquent de manière plus construite dans la protection des mineurs. Les groupes de travail décidés il y a un an rendront leurs conclusions en mars 2023. Nous venons de faire un point d’étape avec eux au cours de cette Assemblée. Ce travail de fond commence à porter du fruit. Nous continuerons sur cette lancée.

Une autre question habitait nos cœurs au début de l’Assemblée plénière : y a-t-il, y aura-t-il d’autres affaires de ce genre ? La condition humaine étant ce qu’elle est, nul n’est à l’abri de fautes graves et dramatiques. Mais nous pouvons et nous voulons renforcer dans l’Eglise les processus qui les limitent au maximum et les traitent adéquatement quand elles surviennent.

Dans ce contexte, le communiqué du Cardinal Jean-Pierre Ricard nous a tous bouleversés. Son initiative de révéler lui-même un fait grave de son passé est importante. Nous avons mentionné l’ensemble des situations que nous connaissons. Elles concernent des évêques qui ne sont plus en fonction. Elles ont toutes fait l’objet d’un traitement judiciaire.

Frères et sœurs, humblement mais de tout cœur, nous continuons le travail entrepris pour que l’Eglise soit une maison plus sûre. Les personnes victimes demeurent plus que jamais au cœur de notre attention. Vos attentes et vos exigences sont légitimes et vraiment entendues. Nous les accueillons comme venant du Seigneur lui-même. C’est tous ensemble, nous en avons conscience, que nous pouvons contribuer à une fidélité renouvelée à l’Evangile. Telle est notre détermination résolue. Telle est notre humble prière.

A Lourdes, le 8 novembre 2022

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Dialogue interreligieux : conférence de Monseigneur Jean-Marc Aveline

MONSEIGNEUR AVELINE : SESSION INTERRELIGIEUSE

PRESENTATION

Pour cette session sur la question des relations interreligieuses nous avons invité Monseigneur Aveline qui est Archevêque de Marseille, président du conseil pour les relations interreligieuses à la Conférence des Evêques de France,  fondateur de l’Institut des Sciences et Théologie des Religions,  artisan fidèle du dialogue interreligieux, enseignant et théologien reconnu En effet si le dialogue interreligieux indique un véritable engagement pour le bien commun il ne peut se vivre sans avoir au préalable une formation légitime et éclairé. Pour cela notre centre, notre diocèse, notre évêque,  Monseigneur Turini a souhaité vous offrir le meilleur nous allons accueillir Monseigneur Aveline

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Merci beaucoup de votre accueil, du temps que vous consacré ce soir et demain à des questions qui ne sont pas faciles mais qui sont je le pense un levier important et  qui sont une grande chance pour notre Eglise afin de mieux comprendre quelle est sa mission dans le monde d’aujourd’hui parce que les questions qui surgissent lorsqu’on prend au sérieux la pluralité des religions constituent un levier formidable pour penser la foi et qui du coup s’avèrent être une chose qui dépasse simplement la simple question des relations interreligieuses. C’est certain,  c’est un vecteur de travail, c’est une logique très importante

Si vous  avez loupé  les épisodes précédents je disais que je veux vous remercier de consacrer du temps à ce travail ce soir et demain et puis  je considére que c’était un travail très important bien au delà d’ailleurs des questions interreligieuses et relations interreligieuses parce que c’est un levier théologique important pour penser la foi aujourd’hui et penser la mission de l’Eglise aujourd’hui.

Voilà ces choses étant dites on a travaillé avec le Père Grégory Woimbé . Moi je voudrais aussi remercier Monseigneur Turini ; c’est un ami depuis longtemps ; merci beaucoup. Ce n’est pas la première fois que je viens à Perpignan ni  dans ce département donc merci beaucoup  de l’invitation et pour l’accueil. Je  voudrais remercier aussi le Père Grégory, on  s’était déjà vu à Toulouse et voilà c’est avec lui qu’on a essayé de bâtir l’itinéraire qu’on va vous proposer pendant ces deux jours. Je voudrais remercier Hélène et son mari, merci et toute l’équipe du centre  Ramon Lulle. Merci  beaucoup d’avoir organisé tout cela Je voudrais saluer tout particulièrement le Père Joseph Marty ; je me souviens de l’inauguration d’ici : je me souviens du  Centre Ramon Bull et voilà merci beaucoup pour l’initiative, la ténacité et la persévérance  pour tout cela et puis je vous salue tous. Je ne sais pas si le Père Christian Burillo est là mais il  arrivera demain mais à travers lui je salue la Cerdagne avec laquelle j’ai quelques attaches estivales

Ce soir donc je vais vous proposer une petite introduction générale et puis demain une journée de réflexion plus approfondie. En gros on va  faire ça ce soir à grandes enjambées et demain en petites foulées puis la question bien sûr qui va nous occuper c’est celle  des relations entre les différentes traditions religieuses

DIALOGUE INTERRELIGIEUX : ITINERAIRE DE MONSEIGNEUR AVELINE

Et pour commencer je voudrais juste vous dire comment moi-même je me suis mis à ces questions ; c’est important de vous le dire car  je n’y suis pas venu par un projet personnel : ça ne m’intéressait pas et je n’avais aucune compétence en la matière mais j’étais professeur de dogmatique au séminaire interdiocésain de Marseille ; ce séminaire à un moment les évêques de la région ont décidé de le fermer pour regrouper tous les séminaristes en Avignon ce qui fut fait et j’étais donc resté à Marseille

Et à ce moment là l’archevêque de Marseille était  le cardinal Coffy. Il  m’avait dit :

« Bon on va fermer le séminaire mais quand même il y a beaucoup de gens ici qui  ne sont pas séminaristes, beaucoup de laïcs qui viennent suivre des formations, beaucoup de laïcs que ça intéresse et donc il faudrait qu’à Marseille qu’il y ait quand même un centre de formation théologique est ce que tu peux faire un petit rapport pour voir ce qui serait possible ? »

 Alors moi je fais un petit rapport Il y avait déjà de la formation théologique dans la région à la Baume-les-Aix  chez les jésuites en lien avec la faculté théologique de Lyon et puis après il y a en a eu un à Sophia Antipolis du côté de Nice alors j’avais dit à Monseigneur qu’au final ça avait du bon sens : « Si vous voulez faire ça et vous me demandez un rapport c’est oui, mais si vous voulez faire quelque chose  dans la région à Marseille vous pourriez le faire sur les questions que posent la foi chrétienne, la pluralité religieuse parce que personne ne jugera déplacer de faire ça à Marseille qui compte dans ces huit cent mille habitants 1 million avec la périphérie et là dessus il y a environ 95 0000 personnes de confession musulmane, un sur quatre,  il y a 80 mille personnes de confession juive , il y a à peu près vingt mille personnes de confession bouddhiste (il y a plusieurs grandes pagodes) et puis il y a à l’intérieur de la communauté chrétienne 80 000 l’arméniens, des maronites et des chaldéens. C’est donc est un laboratoire donc vous pourrez faire ça, personne ne  trouvera à redire ».

Parce que vous savez (Joseph Marty le sait) quand on créé des centres de formation théologiques ailleurs que dans les villes où il ya des cathos et il faut montrer patte blanche parfois ; ici ça va mais chez nous il nous a fallu  joué un peu des coudes , alors il fallait trouver l’astuce alors voilà « vous devriez faire ça puis c’est tout » Alors il me dit, (vous savez Coffy, avant on avait Etchegaray, lui il parlait beaucoup en général comme nous, mais lui   ne parlait pas beaucoup –(il était de Haute Savoie ce n’est pas de sa faute) alors la première fois ça faisait drôle d’aller chez lui et puis il ne parlait pas, alors quand on disait un truc il ne parlait toujours pas ; au début c’était un peu difficile et il a fallu s’y faire et en plus il avait la pipe lui ; alors  quand on allait  lui poser des questions il bourrait la pipe et ça lui permettait de réfléchir et après répondait ; et moi  il m’avait déjà fait cela plusieurs fois. Mais j’ai appris à avoir une confiance inouïe dans ce type là ; c’est lui qui m’avait dit au moment où le séminaire a fermé mais quand même il y a beaucoup de gens un peu comme ici qui sont passés sans être séminaristes, qui viennent suivre des formations et beaucoup de laïcs que ça intéresse et donc il faudrait que Marseille ait quand même un centre de formation théologique est ce que tu peux faire un petit rapport pour voir ce qui serait possible alors moi je fais un petit rapport mais quand même je n’avais qu’une envie c’est d’aller en paroisse et surtout ne plus habiter  dans cette grande maison du séminaire alors je me dis bon puisque les séminaristes s’en vont et que moi  je reste mais je voudrais aller en paroisse

« Ah oui oui je sais je sais on va voir on va voir » mais  les mois passent et on ne voyait toujours rien venir  et on arrive  vers juin il m’invite à manger ; là peut-être je vais y arriver ; on mange et moi à l’époque ça m’impressionnait ;  on mange, on arrive  au fromage, on avait  parler de plein d’autres choses mais pas ce qui m’intéressait moi ; alors je me risque à dire « non mais quand même alors vous avez réfléchi moi je peux aller en paroisse l’année prochaine ? » « Non moi je crois qu’il faut que tu restes dans cette maison » ; alors à bout d’arguments je lui dis :

« Vous savez moi je connais, cette maison je l’ai connu pleine et  là je vais ouvrir les volets le matin il y aura personne,  je suis au bout d’un couloir personne où il n’a a personne ,  il est froid et  je vais être là dans cet appartement tout seul comme ça »  et lui n’avait toujours pas changé d’idée.  Alors à la fin en sortant la dernière carte je lui dis que « Vous savez  pour moi je suis célibataire c’est pas un truc facile alors vous prenez des risques en me laissant tout seul là dedans »  après je me suis dit : « Aveline qu’est-ce que tu as  dis là » ; et là il a compris et alors sortant la pipe  il me di : « Oui je sais c’est difficile d’ailleurs moi j’aurais du mal mais toi il faut que tu le fasses » et ça m’a fait un choc mais après ça c’était bon je n’avais plus besoin d’aller chercher des arguments

Et maintenant aujourd’hui comme évêque je me dis ça c’est un type qui m’a dit la vérité : il ne m’a pas dit « non mais tu verras  ça va bien se faire », non il ne m’a  dit ça il m’a dit « moi j’aurais du mal mais toi il faut que tu le fasses » et je l’ai  fais et c’est comme ça qu’on a gardé ces locaux et c’est comme ça que un an plus tard quand j’ai remis le rapport et qu’il m’a dit « c’est une bonne idée ce rapport tu vas le faire toi » et moi je lui dit « enfin ça m’intéresse pas et je n’ai pas de compétences » , « non tu vas le faire toi ». Mais comme j’avais appris à lui faire confiance et parce que j’étais resté au séminaire, qu’on n’avait pas  vendu cette maison on avait des locaux pour faire autre chose et plein d’autres et on a créé l’Institut. Il   est venu à l’ouverture et puis dans le couloir il m’a dit : « Je vais te donner un conseil, ne faits jamais de publicité pour ton Institut, la seule publicité c’est la qualité de ton travail » ; je me suis dit quand j’ai vu après la publicité qu’on a fait pour le centre  de l’Institut de Toulouse c’est que finalement  eh bien il avait raison et pour vous dire encore un peu plus et puis je m’arrêterai là dessus pour Mgr Coffy. Il est mort le 15 juillet 1995. C’est lui qui m’avait demandé de faire un doctorat je ne voulais pas mais comme il me l’a demandé de la même façon que je reste je dis oui et puis il est mort ; quelques mois après sa cousine qui l’avait accompagné toutes ces dernières années vient de voir avec un truc dans un papier journal et me dit : « Voilà Père Aveline c’est la crosse de Robert je sais que c’est à vous qu’il faut qu’on  la donne » ; c’était en 1995 et j’ai mis cette crosse dans un placard et je n’ai pas ouvert par l’armoire

Et dix huit ans plus tard quand j’ai été nommé évêque du coup je suis retourner dans d’armoire et j’ai pris la crosse et j’ai aujourd’hui la crosse de Robert Coffy mais c’est une histoire : je vous la raconte parce que c’est des choses de la vie mais qui pour moi ont beaucoup compté et c’est comme ça que je me suis retrouvé à travailler les questions qui nous rassemblent ce soir et comme je ne savais rien je me suis entouré de gens compétents Roger, Michel pour l’islam, Gérard Branche pour le judaïsme, Dennis Gira pour le bouddhisme Claire Ly, ensuite Christian Salenson, Paul Bony pour la Bible et on s’est entouré d’une équipe de gens compétents et c’est ainsi qu’on a travaillé ; très vite on a créé une revue Chemin de Dialogue car je me suis dit que pour un d’Institut comme ça il fallait lui donner un outil de publication donc c’est ce qu’on a fait et voilà ! Mais je tiens à vous dire ça parce que c’est pas l’expérience personnelle ni le goût qu’on aurait pour telle ou telle chose qui sont en ces matières les plus importants le plus important c’est de prendre au sérieux le défi de la société dans laquelle on est et du coup dans notre ville au milieu de cette société, c’ est d’essayer de penser, de travailler et alors il ne faut  pas que penser : il nous  il a fallu aussi créer tout en réseau de relations qui existaient avec les communautés religieuses présentes à Marseille.

Donc   voilà c’est comme ça que ça c’est passé alors évidemment après très vite je me suis aperçu de l’importance de cette réflexion, de ce travail ; je m’en suis aperçu  d’autant plus que l’actualité donnait à la question de la réflexion sur le phénomène religieux une importance de plus en plus grande et très vite d’ailleurs on a été sollicité par des catégories socio-professionnelles différentes qui étaient aux prises avec la question de la gestion du religieux dans l’espace public :  des soignants, des enseignants, des élus, c’est à dire que ma petite question du début sur la foi chrétienne et les religions s’avérait avoir une portée plus importante et il fallait travailler sur ce que c’est qu’une religion, il fallait en  plus une réflexion théologique, convoquer sur le chantier des corps de métiers différents : la sociologie, l’ethnologie, l’anthropologie et commencer à établir des conversations avec des compétences différentes et aider à travailler ensemble mais ça on l’a découvert ; ensuite je suis aperçu qu’on n’était pas les premiers sur ce travail là mais on l’a découvert en le faisant avec une équipe et puis après mon doctorat auquel Mgr Coffy m’avait incité et cela m’a quand même  plusieurs années d’études sans lâcher l’Institut parce que c’était difficile (on en reparlera demain)

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Mais après ce doctorat donc que j’ai soutenu en 2000 très vite j’ai été sollicité d’une part par l’archevêque de Rabat qui venait juste d’être nommé et qui m’a demandé de venir travailler à la formation des prêtres du diocèse de Rabat et pour moi ça a été découverte et du coup je me suis aperçu que ces questions avaient aussi des ramifications dans les questions méditerranéennes en général, la formation des prêtres du diocèse de Rabat, puis le  cardinal Poupard m’avait demandé de travailler à la formation des directeurs des centres culturels catholiques du pourtour de la Méditerranée. Cela a été pour moi aussi une expérience extraordinaire d’aller un peu partout : à Rabat il y avait une bibliothèque,  à Alger il y avait le Centre des Glycines, à Alexandrie il y avait un  petit truc que  les jésuites appellent le garage qui était un truc pour les jeunes de la rue, en Libye, je suis allé aussi en Jordanie et en Syrie, au Liban bien sûr.

Mais chaque fois ça m’a aidé à prendre conscience que la Méditerranée est déjà un laboratoire extrêmement important et  aujourd’hui bien des années plus tard j’essaie de travailler de toutes mes forces à établir suffisamment de petites structures de coopération entre les différentes rives du pourtour méditerranéen pour que nous avancions et j’ai suggéré au Pape il y a un an et demi que de même que l’Amazonie avait eu son synode il serait pas complètement incongru que la Méditerranée bénéficie du sien parce qu’après tout cette région cumule un certain nombre de défis qui sont ceux de l’humanité aujourd’hui : défi migratoire, défi écologique, défi de la disparité économique, défi de la pluralité religieuse et culturelle enfin bref de nombreux défis (vous êtes bien placés ici aussi pour le savoir) et j’ai donc été très impliqué dans la naissance de ce qu’on appelle le processus de Bari qui a commencé il y a deux ans et demi à Paris, vous savez une réunion des évêques du pourtour méditerranéen,  et qui s’est poursuivi il y a trois semaines à Florence avec une réunion aussi d’une soixantaine d’évêques du pourtour méditerranéen auxquels s’étaient joints une soixantaine de maires des villes du  pourtour méditerranéen ; ces dix dernières années donc on a eu deux grosses réunions ; j’ai dit mais enfin bon (c’est un peu simple boutade) mais on avait commencé en février 2020 à Bari et là on était en février 2022 à Florence  il vaut mieux ne pas en faire une  3e parce que si on va a Bari on va déclenché une pandémie et si on va à Florence on va déclenché une guerre, on va pas faire une troisième non !

Mais c’est cette rencontre nous a montré aussi que à la fois sur les rives de la Méditerranée comme on dit  c’est trop étroit pour séparer et trop large pour confondre et de nos rives on peut distinguer maintenant cinq ensembles l’Afrique du Nord, le Proche-Orient,  les Balkans l’Europe du sud à laquelle  maintenant on prend davantage conscience de la rive slave  car après tout la Mer Noire  et même la mer d’Azov c’est la Méditerranée ; une goutte du Niepr finit un jour à Gibraltar et donc on s’aperçoit aussi quand on travaille ensemble comme on l’a fait à Bari ou a Florence on s’aperçoit à quel point  à quel point on est proche par la Méditerranée bien sûr mais quelle distance quelle distance dans les contextes sociologique et ecclésiologique ;  il y a des défis qui nous sont communs et puis à des situations qui sont extrêmement différentes .

Cela j’ai eu à m’en rendre compte au fur et mesure des mes responsabilités et puis pour terminer sur ce qui ce qui comme on disait autrefois d’où je parle j’ai eu à travailler au Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (j’y suis encore aujourd’hui) et c’est exactement un lieu d’observation de ce qui se passe dans le monde du point de vue des relations interreligieuses et maintenant vous êtes aussi bien placé puisque Norbert Turini est membre du conseil d’honneur de la Conférence des évêques de France sur ces questions et on voit toutes les difficultés de ce travail (on y ne reviendra ce soir ou dès demain) mais on va voir toutes les difficultés de ce travail aujourd’hui en particulier chez nous en France avec  la grande difficulté de la représentation de l’Islam et toutes les questions que cela  entraîne (et on n’en n’est pas sorti) (mais on va laisser ça pour l’instant).

La  question que je voudrais aborder ce soir c’est en reprenant cet itinéraire dont je viens de donner quelques éléments : qu’est-ce que j’ai mieux compris moi–même de la mission de l’Eglise à la faveur de mon travail pastoral et théologique au service des questions des relations interreligieuses ? voilà c’est sous cet angle là que je prends cet enseignement  pour ceux parmi vous qui sont étudiants et à qui on a demandé de  travailler sur ces questions et je le fais parce que en vous expliquant par quelles étapes moi même je suis passé dans la compréhension de la mission de l’Eglise à la faveur des questions que posait la foi chrétienne, la prise au sérieux de la question religieuse je voudrais essayer d’ouvrir un certain nombre de pistes. Alors en tout pour qu’on ne s’y perdre pas trop en tout je voudrais dégager 4 étapes,  4 pistes de travail donc quatre étapes pour vous dire par où je suis moi même passé.

1 -LA MISSION DE L’EGLISE :

AU SERVICE DE LA RELATION DE DIEU AVEC LE MONDE

D’abord la première c’est une compréhension de la mission de l’Eglise comme étant au service de la relation de Dieu avec le monde : voilà vous voyez bien ce que j’essaye de dire. Et au bout quand on réfléchit sur les relations interreligieuses et des tas de problèmes qui se posent bien sûr mais la question théologique fondamentale elle abouti au fond sur la question « qu’est ce que la mission de l’Eglise ? ».

Je fais l’hypothèse que la prise au sérieux de ces questions peut nous aider à mieux comprendre ce qu’est la mission de l’Eglise et ça ça la déplace beaucoup aujourd’hui d’où l’importance de ce travail. Et  pour me faire excuser encore une petite remarque d’introduction mais qui permet de mieux comprendre  l’expression dialogue interreligieux car aujourd’hui c’est une expression qui a au moins deux grand sens : premièrement ça signifie ce que les pouvoirs publics voudraient que les religions fassent pour concourir à la paix sociale : le dialogue est un vecteur de paix sociale et c’est très important (et vous en avez certainement beaucoup l’expérience) mais l’expression dialogue interreligieux signifie aussi quelque chose qui est profondément théologique, qui décrit une attitude, l’attitude que l’Eglise entend adopter à l’égard des fidèles d’autres traditions religieuses que la sienne : voyez se sont  deux choses très différentes ; c’est la même expression mais un c’est un vecteur de paix sociale et on peut s’y engager et c’est normal que les traditions religieuses s’y engagent et deuxièmement  c’est une attitude de foi basée sur la foi et qui décrit l’attitude  qu’on voudrait adopter et qu’on on veut adopter à l’égard des fidèles d’autres traditions religieuses : la première acception relève d’une théorie socio-politique du religieux, la deuxième s’appuie sur une réflexion théologique et pastorale alors c’est cette deuxième acception que je voudrais creuser ce soir

La première est importante aussi mais c’est sur la deuxième que je voudrais m’arrêter ce soir (c’est clair ? et si c’est pas clair dites-le moi car j’ai 400 heures de train dans les pattes j’ai pas forcément les idées claires). Alors je vous disais que si on est bien situé  du point de vue théologique on voit que les questions arrivent et ça nous aide à mieux comprendre la mission d’Eglise et là je me dis moi il y a eu quatre étapes.

La première étape c’est que la mission d’Eglise au fond c’est de servir la relation d’amour de Dieu envers le monde, ça paraît banal de dire ça mais prenez juste un Jean chapitre 3 verset 16 : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre fils » :  pour moi dans mon itinéraire la prise de conscience de ça c’est quelque chose de capital c’est à dire ce n’est pas Dieu a tant aimé l’Eglise c’est Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils non pas pour que le monde soit jugé par lui mais parce que le monde soit sauvé. Ça veut dire au centre il n’y a pas l’Eglise, ça veut dire si tu veux comprendre la mission commence par accepter un décentrement ;  voyez travailler à la mission c’est pas travailler à la survie de l’Eglise c’est travailler à ce qu’elle s’ajuste au service de la relation de Dieu avec le monde : il a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils ce qui veut dire que il y à un décentrement ; si je le dis encore autrement ça veut dire que le centre de gravité de l’Eglise n’est pas en elle-même d’ailleurs dans son histoire et à chaque fois qu’elle a trop cru que le centre de gravité, son centre de gravité était en elle-même c’est-à-dire qu’elle se regarde et qu’elle essaye de se survivre ça finit pas très bien . Et si l’on veut aller plus loin c’est dire que le centre de gravité de l’Eglise n’est même pas dans une relation privilégiée qu’elle aurait elle avec Dieu comme si cette relation privilégiée lui permettrait de s’installer en douanière de l’au delà en permettant selon le certificat qu’on présente d’être assuré d’y aller ou pas ;  ces attitudes qui ont eut lieu ou qui  ont pu avoir lieu cours de l’histoire ne font pas justement ce décentrement et le centre de gravité n’est même ni dans une relation privilégiée qu’elle aurait elle-même avec Dieu, son centre de gravité c’est d’être au service d’une relation entre Dieu et le monde : c’est un peu ce que Jésus dit lui-même quand dans des paraboles il l’explique : c’est là que la parabole du levain c’est à dire que à la fin une fois que vous avez mis  le levain dans la pâte et que la pâte a cuit  à la fin vous pouvez pas retrouvé le levain ou alors ça n’a pas bien cuit  et c’est pareil pour le sel si vous salez l’aliment et une fois que c’est fait vous n’allez pas chercher là le sel c’est la saveur mais c’est plus le grain de sel et si je puis dire c’est pareil pour  la lampe après c’est  lumière.

Voilà et bien c’est ça c’est à dire le centre de gravité de l’Eglise est  le service d’une relation et cette  relation c’est une relation d’amour de Dieu envers le monde : ça dit son regard, ça dit sa place. En latin un service se dit un ministère et on comprend mieux d’ailleurs pourquoi l’Eglise s’organise en  ministères au pluriel et pourquoi d’ailleurs dans la phase où nous sommes elle a tout intérêt à augmenter cette dimension ministérielle pas uniquement des ministères ordonnés : elle est un service et c’est ce que le mot ministère traduit elle est un service, un ministère et puisque ce centre de gravité n’est pas en elle-même ni même dans la relation avec Dieu, l’Eglise donc n’est pas préoccupée de sa survie ni même de sa réussite en tant que l’Eglise, ce qu’elle sert c’est le Royaume et si  on comprend ça on comprend aussi pourquoi l’Eglise n’est souvent pas tout à fait à l’aise dans ce que l’on appelle socialement le dialogue interreligieux où on fait venir toutes les religions ; ça m’est arrivé je ne sais combien de fois où on fait venir le grand mufti, le grand le grand imam, le grand vénérable, et le grand évêque, mais voyez dans son fond l’Eglise elle n’est pas une religion qui chercherait à se développer comme religion elle est un ministère de quelque chose qui la décentre d’elle-même.

Il m’est arriver de n’être  tout à fait à l’aise quand autour de la table il n’y avait que des représentants de la religion puisque elle l’Eglise elle confesse que Dieu n’est pas plus proche de l’homme religieux que de l’homme séculier, que la relation d’amour elle est de Dieu pour le monde et pas pour ceux qui dans le monde ont une religion, elle est pour le monde C’est pour ça que quand on lui faire du dialogue interreligieux comme si  il n’y avait que le religieux pour être acteurs de la paix sociale oui et non, oui parce que bien sûr elle est heureuse d’y coopérer mais non parce que parce que c’est pas tout à fait sa place non plus ; de plus quand elle y est invité c’est bien mais elle se rend très vite compte que c’est bien mais bon ce n’est pas son rôle et elle n’est pas dupe des rencontres où elle a  un fauteuil mais que mais que au fond elle est prisonnière de ceux qui lui on donné  le fauteuil c’est à dire que si tu veux garder une distance critique et prophétique au nom du message sur lequel tu prétends être fondé, il n’est pas sûr que le fauteuil que l’on te donne pour participer à la discussion dans un aréopage, donc  finalement il n’est pas tout à fait sûr qu’ils aient toutes les composantes y soient et même ni même que ta place soit bien là :  alors petit à petit trop contente d’avoir réussi à obtenir un fauteuil elle en deviendra moins éveillé pour exercer des paroles critiques et prophétiques à l’égard de ceux qui lui on donné le fauteuil ;  il peut arriver que monsieur le Président de la région et des politiques qui nous ont invités ne soient pas d’accord et que nous ne soyons pas d’accord mais seulement s’il  nous a donné le fauteuil : c’est comme si je parle trop longtemps ce soir une religion dans un fauteuil ça fini par s’assoupir donc il faut il faut rester éveillé, il faut garder ce potentiel critique et prophétique c’est une des choses très importante ça et d’ailleurs c’est souvent c’est souvent sur ce terrain-là que dans les  relations interreligieuses il faut exercer certaine proximité parce que souvent les messages des religion  contiennent cette dimension critique et prophétique et souvent c’est par là aussi qu’on peut se trouver à portée de voix en particulier pour la lutte contre l’injustice, pour l’accueil des plus des plus fragiles, pour toutes sortes de choses qui concernent la dignité de la personne humaine et l’unité de la famille même. Et donc voilà c’est pour cela que vous voyez en partant de cette de cette définition de la mission qui est un service et une relation d’amour de Dieu avec le monde on touche des questions importantes et profondes du point de vue du dialogue interreligieux .

En travaillant ces questions je m’étais dit aussi bon ben c’est sûr que quand on commence (et puis on en parlera demain)  on comprend comment l’Eglise est une religion certes vu de l’extérieur sociologiquement mais vu de l’intérieur elle ne se définit pas elle même comme une religion : il a fallu attendre le quatrième siècle, il a fallu attendre Lactance pour qu’on ose  employé ce mot qui était plus autre chose ou le mot qui désignait les coutumes païennes ; mais nous on n’était pas une religion, on était les adeptes de la Voie et donc la religion c’était pas bon et après on a perdu ce sens et aujourd’hui aussi  on voit bien ce que je disais tout à l’heure :  Dieu n’est pas plus proche de l’homme religieux que de l’homme séculier, on voit bien aussi qu’un certain nombre de nos contemporains et on l’a on en voit beaucoup qui sont pas forcément contre la relation avec Dieu mais qui ne trouvent plus dans le discours et la pratique des religions ce qui exprime cette relation et du coup beaucoup vont chercher ailleurs dans l’art, dans la culture dont la production littéraire des voix qui  expriment le désir de Dieu qui est en eux et que les religions semblent avoir un peu trahi. Combien d’ailleurs (on va passer  tout autant sur les questions interreligieuses) mais enfin pour une bonne partie des gens que nous rencontrons la religion il y a longtemps qu’ils ont pris leurs distances et même une bonne partie de nos contemporains ça veut pas qu’ils ont  éteint le désir de Dieu, ça veut pas dire qu’ une dimension de profondeur n’existe plus mais cette dimension par prudence prend un peu de distance ça aussi il faut qu’on la voit briller dans l’ Eglise : Dieu a tant aimé le monde y compris tout ceux qui dans ce monde cherchent à assouvir en eux le désir de Dieu s’en sont aller puiser aux sources des traditions religieuses parce que parce que le message semble avoir été frelaté et donc il faut aussi prendre acte de ces difficultés là et bien comprendre aussi que les religions et peut-être surtout les monothéismes (on y reviendra demain) pourquoi les monothéismes parce que ils ont la prétention de reposer sur une révélation de l’absolu de Dieu et les religions monothéistes plus que d’autres parce qu’elles ont la prétention de reposer sur l’ absolu de Dieu et sont souvent amenés à confondre l’absolu de Dieu avec absolu de l’institution religieuse. Aucune religion est indemne de cette tentation d’ absoluité  mais nous éprouvons plus encore aujourd’hui qu’il y a quelques années combien cette tentation d’absoluité est la matrice d’un grand nombre d’abus en tous genres lorsqu’on confond l’absolu de Dieu avec l’absolu de l’institution religieuse et c’est aussi pour ça que le dialogue interreligieux c’est bien mais voilà avec quelques critiques quand même, quelques réflexions critiques sur ce qu’est la religion (on y reviendra demain matin) puisque c’est une vision juste panoramique ce soir ce soir

C’est un apéro c’est pour mettre l’eau à la bouche de plusieurs choses et après on ira prendre qui les petits gâteaux qui les olives ou ce que vous voulez !

Il me semble aussi que par rapport à cette tentation d’absoluité  et nous faisons une confusion de l’absolu de Dieu avec l’absolu de la tradition de la de l’institution religieuse il me semble et ça peut être intéressant qu’on peut repérer trois antidotes et ce qui est intéressant enfin pour moi c’est que ces antidotes sont communs à nos traditions religieuses différentes en tout cas au monothéisme  on pourrait le faire aussi pour d’autres.

Le premier antidote – c’est ce que j’appellerai la  posture du prophète. Le prophète c’est celui qui dit attention attention avec votre absolu et votre prétention absolue et attention Dieu n’en a rien à faire de vos liturgies, de vos libations,  de vos sacrifices  ce qui compte c’est la justice, c’est donc le souci de la veuve et de l’orphelin. Lisez Amos, Osée et tous les prophètes et donc le prophète est celui qui est un antidote contre la tentation d’absolu  et au nom de l’impératif de la justice faites attention qu’à force de faire des liturgies extraordinaires vous soyez tenté de vous absolutiser et d’oublier l’impératif de justice ;  et là  les prophètes juifs sont une matrice pour ça mais vous pouvez en trouver d’autres par exemple les textes très beau chez  saint Jean Chrysostome et d’autres aussi

La deuxième posture  c’est la posture du mystique. Le mystique dit oui au truc d’absoluité c’est très bien tout ça très bien nous vous avez raison vous avez raison mais attention attention ne construisez pas des murs parce que l’élan vers Dieu peut monter plus haut que vos murs et l’union à Dieu n’a rien à faire de vos barrières  dogmatiques : c’est la posture du mystique. Et le prophète et le mystique c’est pas une critique de l’extérieur de la religion c’est une critique qui s’élève de l’intérieur de la religion : le prophète à cause de ces deux impératif de justice, le mystique à cause de horizon de l’union de Dieu à toute personne humaine et quand d’ailleurs dans l’histoire de l’Eglise on a commencé à reconnaître que ces mystiques avaient  une valeur que nous mettrions entre guillemets de sainteté et si vous voulez puisqu’ il faut pas non plus mettre  tous les mots à la place des autres mais tout de même on commence à comprendre que le désir de Dieu peut trouver un élan au delà du mur que les dogmatiques par lesquelles ce qui est dogmatique nous sépare du prophète : posture du prophète, posture du mystique.

La troisième posture c’est la posture du théologien : le théologien dit c’est très  c’est bien vos affaires  c’est très bien mais attention il faut toujours convoquer la raison sur le terrain de la foi et si vous présentez la foi de telle façon qu’elle congédie la raison au prétexte que la prière là je ne sais quoi n’a pas besoin de la raison car après tout l’union à Dieu se  fait sans la critique rationnelle alors là vous allez obtenir une religion qui en congédiant la raison a fait le lit de la violence ainsi que le  reprendra beaucoup Benoît XVI.

Et donc ces trois postures sont des antidotes à la tentation d’absoluité et davantage c’est que l’ on peut les retrouver dans toutes les religions et le prophète et mystique pensez à Al-Hallaj que Matignon travailla avec autant de minutie et le théologien pensez  au Kalâm . Ainsi  donc voila c’était ma première étape à partir simplement de Jean 3, 16 et qui ouvre déjà un certain nombre de pistes de travail et qui nous aide à mieux comprendre ce qu’est la mission de l’Eglise.

2 –LA MISSION DE L’EGLISE : COOPERER AVEC L’ESPRIT-SAINT

Il y a une deuxième chose qui est venu elle aussi progressivement c’et  si tu veux comprendre ce qu’est la mission décrite à partir de cette expérience là et bien on peut dire la mission d’Eglise est de coopérer avec l’Esprit Saint. Ça paraît banal de dire ça mais c’est un point qu’on n’a pas inventé bien sûr mais qui à la faveur des questions qui nous occupent ce soir s’éclairent  un peu plus et permet de mieux comprendre la mission qui est  la coopération avec l’Esprit Saint. Ça veut dire comme le disait  saint-Irénée il faut regarder les deux mains du Père (c’est cette belle expression de saint Irénée) le Père travaille avec les deux mains celle du Fils et celle de l’Esprit et Irénée qui était un des grands docteurs de l’unité comme on le célèbre ces temps ci à la fois l’unité entre les deux Testaments, l’unité dans l’Eglise, des  communauté dans le Christ ; avec Irénée  encore on peut un peu mieux comprendre quelle est la place de l’Eglise, on a besoin de l’Eglise  parce qu’elle est le peuple des témoins du Christ mais dans sa mission elle coopère avec l’autre main du Père qu’est l’Esprit Saint et l’Esprit Saint n’a pas attendu l’Eglise pour commencer le travail et donc ce qu’il nous faut c’est une théologie trinitaire de la mission qui va  nous conduire à l’expérience de la relation inter religieuse et c’est le pourquoi de la nécessité d’une théologie trinitaire de la mission.

Je voudrais donner deux étapes donc qui pour moi étaient importants mais qui relève aussi du magistère récent :  

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La première est avec Paul VI  dans l’Encyclique de Paul VI Ecclesiam suam  publié le 6 août 1964 qui est un texte fondamental pour nos questions Dans cette Encyclique Paul VI et il est  le premier vous savez dans le magistère de l’Eglise à employer le mot « koloko youm » qu’on traduit par dialogue pour désigner le geste par lequel Dieu se révèle (j’attire votre attention). Là le mot dialogue a une teneur théologique forte, il ne signifie pas un espèce de bavardages entre nous :  la première fois qu’il est utilisé dans un texte magistériel par Paul VI le 6 août 1964 c’est pour désigner le geste révélationnel de Dieu dans toute sa  teneur  théologique et le dialogue ça dit pas ce que je fais là ou ce qu’on peut faire en discutant. Dialogue ça dit ce que je confesse car c’est une confession de foi, c’est pas une évidence mais je confesse moi chrétien d’ailleurs avec mon frère juif, je confesse que Dieu pour se révéler qui avait trente six mille façons de pouvoir le faire a choisi un mode dialogale c’est ça que la Bible raconte cela, elle raconte comment pour se révéler Dieu a choisi d’engager avec l’humanité un dialogue, un dialogue d’ailleurs dit Paul VI-«  koloko youm  säntis » c’est à dire un dialogue de salut . Et donc c’est ça que dit le mot dialogue  c’est d’abord un geste de Dieu, un geste que je confesse être celui de Dieu donc chaque fois qu’on dit dialogue théologiquement parlant  nous engageons une confession de foi qui concerne notre théologie de la révélation :  le dialogue c’est le geste relationnel de Dieu et la Bible raconte cela sous la forme d’une histoire d’alliance au fond le mot alliance est le mot biblique d’où procède la notion théologique de dialogue c’est un geste de Dieu vous trouverez ça pour paragraphe 65 et 72 de l’Encyclique Ecclesiam suam et Paul VI va encore plus loin et encore plus loin c’est  ce colloque ou  « koloko youm »  qui est avec toute l’humanité (ça on a déjà vu tout à l’heure)  et il va encore un peu plus loin c’est que il dit en gros c’est parce que nous confessons que Dieu pour se révéler a choisi un mode dialogale avec Abraham, Moïse  etc etc et les quatre alliances d’Irénée dialogue qui peut être comme l’Alliance accepté puis après refusé et puis après reproposer, ect., etc. …. C’est une histoire et Paul VI dit ça parce que nous confessions que Dieu pour se révéler a choisi un mode dialogale que nous comprenons que pour nous c’est l’Eglise dans sa  mission qui doit s’ajuster au geste de Dieu et nous devons nous aussi adopter un mode dialogale. Voyez le raisonnement de Paul VI c’est parce que je confesse que c’est un geste révélationnel  de Dieu que j’en déduis que ça doit être le geste missionnaire de l’Eglise de même que Dieu  choisi le « koloko youm »  pour se révéler que l’Eglise doit choisir le dialogue comme vecteur de sa mission

Voilà c’est ça que Paul VI a fait et  c’est fondamental et pour le dire en une phrase voici ce qui fonde une théologie dialogale de la mission sur une théologie dialogale de la révélation ; c’est ça qu’il a fait dans Ecclesiam suam .Voyez à quel point ça ouvre aussi beaucoup beaucoup beaucoup de perspectives : c’est déjà faire en sorte de dire que la révélation ne serait pas qu’un paquet de vérités qui descendrait un beau jour du ciel et heureusement j’étais pas trop loin donc j’ai eu accès et ceux  qui étaient trop loin tant pis pour eux. La révélation est un une histoire, l’histoire d’un dialogue et nous savons tous d’expérience que Dieu ne se résigne pas à nos ruptures d’alliance ou à nos  refus de dialogue et l’Apocalypse le dit à sa façon « Je me tiens la porte et je frappe,  si tu m’ouvres ton cœur   je ferais chez toi ma demeure ».

Cette histoire dont nous savons d’expérience que ce n’est même pas une théorie c’est une expérience spirituelle que nous vivons chacun et nous savons bien que la patience, la délicatesse et la persévérance de Dieu peuvent avoir raison de toutes  nos fermetures, c’est toujours quelque chose à  reproposer toujours toujours. Donc c’est une expérience spirituelle d’ailleurs il faudrait le dire et le redire tu ne comprends ces questions, à mes yeux, que si elles rejoignent ta propre expérience spirituelle. C’est pas des théories, c’est une conjugaison  entre ce qui nous est donné de vivre spirituellement avec les défis de ton Eglise et de ta société que tu n’as pas choisi mais dans lesquels tu vis et  l’histoire d’une tradition dont tu  es l’héritier. La parole de Dieu et la tradition de l’Eglise  c’est ce triangle là d’une  une vie spirituelle, d’un défi social, ecclésial et tout ça et d’un héritage la parole de Dieu et la tradition qui sont les racines de la réflexion que l’on essaie d’avoir.

Donc la première étape c’était Paul VI. J’ai dis qu’il y en avait deux pour penser cette théologie de la mission pour penser justement cette dimension trinitaire cette théologie trinitaire de la mission tout vous comprenez aussi que c’est quand notre mission n’est plus un moment de théologie trinitaire que nous risquons de manquer de théologie dialogale  de la mission , c’est quand notre théologie risque de ne pas être assez dialoguée. Dans l’histoire récente de la théologie occidentale cette nécessité d’approfondir la théologie trinitaire est de plus en plus importante. J’ai dit que Paul VI l’avait posé là les bases par le biais d’une réflexion sur la révélation. Il  faudrait ajouter deuxièmement l’apport ici capital de Jean Paul II pour une théologie trinitaires et en particulier pour le développement d’une théologie de l’Esprit Saint

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On doit à Jean-Paul II cette intuition qu’il exprime en plusieurs endroits que « toute prière aux dieux est une  prière authentique et inspirée par l’Esprit Saint » (Jean Paul II au Rassemblement d’Assise, 22 décembre 1986) : c’est vite dit mais réfléchissez : « tout prière aux dieux est une prière  authentique et inspirée par l’Esprit Saint »

Vous voyez prier des musulmans. Je pense à Charles de Foucault au Maroc qui est loin encore de tout ça mais la vue de cette prière ravive en lui quelque chose : ça va pas être immédiat, mais ça va avoir son effet. Souvenez vous quand Jean Paul II  arrive quelque part le premier geste c’était d’embrasser la terre comme pour signifier que cette terre  avait déjà été travaillé par l’Esprit Saint avant même que les pas des premiers missionnaires en  aient foulé le sol. Souvenez-vous de cette séquence extraordinaire (quand on relit ça avec un peu de distance !) qui entre 1985 et 1986 a représenté sur la conduite de Jean Paul II un engagement fondamental de l’Eglise dans ce qui avait été posé aussi à Vatican II et qu’il a  estimé qu’il fallait selon son expression « faire maintenant une leçon de choses », c’est son expression (je reprends la séquence parce qu’elle est très significative ).  Le 19 août 1985 au retour d’un voyage apostolique en Afrique il s’arrête au Maroc et le jour la rencontre à Casablanca  au stade de Casablanca les jeunes musulmans ( vous connaissez le discours et il ne faut pas se lasser de le relire) : je suis catholique vous êtes musulman voilà ce que moi je crois, voilà ce que je comprends que vous croyez, voilà me semble-t-il ce qui nous est commun, voilà me  semble-t-il ce qui nous distingue mais probablement on doit pouvoir faire des choses ensemble et la première serait de prier

Regardez la séquence du 25 janvier 1986 : il annonce son intention dans le cadre de l’année de l’ONU  pour la paix de convoquer à Assise à l’automne une journée de pèlerinage des jeunes, de prières pour la paix à laquelle participeront et seront invités à participer les responsables des églises  les responsables des religions

25 janvier 1986 : c’est pas un hasard, c’est la conversion de saint Paul et la semaine de prière pour l’unité ; c’est aussi cette  date (souvenez vous) qu’avait choisi Jean XXIII  pour annoncer la convocation du Concile Vatican II le 25 janvier 1959.

Le 13 avril 1986 il se rend et c’est la première fois qu’un pape le fait à la grande synagogue de Rome. Je reviendrai là dessus parce que cette question judéo chrétienne est déterminante

18 mai 1986 mai il publie la lettre Encyclique Dominum et Vificantem : Sur l’Esprit Saint dans la vie de l’Eglise et du monde  et au numéro 53 vous avez  cette phrase que j’ai cité tout à l’heure « toute prière  authentique est inspirée par l’Esprit Saint »

Le 19 août, 25 janvier, 13 avril, 18 mai, Et puis le 27 octobre c’est la journée de prière des jeunes au pèlerinage pour la paix à Assise avec tout ce que ce dont  vous souvenez et puis le 22 décembre 1986 c’est vous savez c’est la rencontre toujours du pape avec les cardinaux et la curie plus ça va plus on voit que c’est des rencontres que quand ils y vont ils sont un peu ennuyés

Parfait bon voilà ce que dit Jean-Paul II : « On a  passé une bonne année et joyeux Noël mais enfin je voudrais vous dire ça quand même »  parce que Jean Paul II  savait très bien que dans la Curie les rencontres d’Assise n’avaient pas forcément été du goût de tout le monde. Et  donc Jean-Paul II  dit « Joyeux Noël et  passez de bonnes années et moi ce que je retiens c’est la journée d’Assise et je vais vous dire pourquoi j’ai convoqué  Assise ».

Et là je dis surtout aux étudiants si vous voulez avancer travaillez ce discours du 22 décembre 1986 ; il y reprend d’ailleurs la fameuse formule que je viens de vous dire sur l’Esprit Saint et là vous avez la théologie d’Assise par Jean Paul II lui-même et  c’est extrêmement intéressant. Donc voyez on lui doit à lui aussi cet appel de fond à revigorer une  pneumatologie de l’Esprit-Saint  et entendez bien  c’est pas une pneumatologie qui serait un dérivatif facile aux obstacles de la concrétude de la christologie. Voyez c’est évidemment nous avec le Christ qui est incarné et du coup c’est pas très universel puisque c’est un peuple, une culture, une date et tout ça heureusement on a l’Esprit-Saint alors celui-là il passe partout et ça c’est pas comment dire un équilibrage universaliste par une pneumatologie qui nous évite  les ornières de la concrétude de la christologie  car c’est bien l’Esprit de Jésus Christ ou comme dit saint Paul de Jésus Christ crucifié. Mais il y a justement besoin d’une théologie trinitaire et de relancer la pneumatologie, on est pas encore là,  on n’a pas encore fait tout ce travail me semble-t-il : la piste est lancée mais on devrait peut-être d’ailleurs recueillir là les richesses de la réflexion trinitaire des chrétiens d’Orient qui a toujours été plus grande et plus forte que celle des chrétiens d’Occident. Ça serait ça serait une piste de travail aussi et puis on aurait chez saint Augustin, chez saint Thomas aussi dans bien des auteurs on aurait des possibilités magnifiques mais il faut aller les chercher. Mais une théologie trinitaire est nécessaire pour bien comprendre que la mission de l’Eglise c’est de coopérer avec l’Esprit Saint.

Pour dire de manière plus simple je voudrais qu’on comprenne c’est qu’en gros vous comprendrez  dans le contexte mais ne sortez pas cette phrase de son contexte : l’Esprit-Saint peut tout sauf remplacer le disciple du Christ : il faut un Ananie pour Saul en Actes 9,  il faut un Pierre pour Corneille en Actes 10 : il faut un témoin du Christ c’est à dire c’est comme si nous ( je là décris des choses  qui ne se décrivent pas pour qu’on comprenne) comme si vous voulez dans ma foi je suis sûr que l’Esprit-Saint travaille déjà de l’intérieur mon interlocuteur qui ne croit pas mais qu’il  lui faut à lui en dépit du travail que l’Esprit-Saint fait en lui, il lui faut la rencontre de quelqu’un qui croit non pas pour qu’il soit sauvé car c’est pas  moi qui juge des conditions pour lesquels il le sera et il se peut très bien que jamais il ne rencontre un témoin du Christ, je ne peux rien en déduire quant à son salut  mais parce que c’est la mission du chrétien que de dire à celui qu’il rencontre ce qui te travaille je vais te dire ce que c’est l’Esprit de Jésus et de Jésus Christ crucifié et comme disait Bernadette :  « Je ne suis pas chargée de le faire croire je suis chargée de le dire ».

Voilà pourquoi il faut une Eglise de témoins mais l’essentiel du travail c’est l’Esprit Saint qui le fait d’une part à l’intérieur de la conscience de mon interlocuteur, d’autre part en moi car si je suis témoin du Christ c’est bien qu’il m’a travaillé aussi. Repenser l’Esprit Saint comme premier agent de la mission comme celui qui de l’intérieur de mon interlocuteur ajuste la serrure de son cœur  à la clé du message. C’’est (vous en avez l’expérience) c’est l’Esprit Saint qui ajuste de l’intérieur la serrure à la clé et moi j’arrive je n’ai plus qu’à mettre la clé et c’est cela qui  peut-être m’a fait comprendre pourquoi on représente toujours saint Pierre avec des clés. Mais pour cet homme vous  comprenez bien qu’il faut bien quelqu’un qui ait  la clé mais l’essentiel a été fait autrement de l’intérieur et ça peut permettre aussi de comprendre que la conversion de l’autre pour peu qu’elle arrive ne peut pas arriver si elle va pas de pair avec ma propre conversion : c’est le travail de l’Esprit Saint dans le monde. Le mot conversion est d’ailleurs suffisamment riche dans le christianisme pour qu’on ne réduise pas  à l’opération qui consiste à changer de religion. Il y a là quelque chose  d’extrêmement réducteur , d’ailleurs au moment des Cendres on nous a dit « convertissez-vous ! » et ça veut pas dire change de religion mais la conversion de l’autre et la mienne vont de pair : que comprendra  de l’Evangile  celui à qui je l’annonce s’il ne percevait pas que j’étais moi même toujours dans un travail de conversion par rapport à ce même Evangile ? Que comprendra-t’il s’il ne percevait que moi aussi je découvre des choses dans la relation avec lui qui est un rendez vous que le Seigneur nous a donné à la faveur du travail de l’Esprit

Voyez les deux mains du Père le témoin du Fils et le travail de l’Esprit. Il  faut apprendre à coopérer avec l’Esprit Saint : voilà aussi qui libère de certaines angoisses qui peuvent se faire jour dans notre Eglise aujourd’hui où on est là à se demander, à regarder avec inquiétude les courbes de croissance ou de décroissance ou alors pire encore à lorgner de façon angoissée et envieuse certaines courbes de croissance des frères évangéliques. Mais le premier responsable c’est l’Esprit Saint et moi j’apprends à coopérer avec lui. Coopérer qu’est ce que ça veut dire ? ça veut dire chercher les traces du mystère pascal dans les expériences humaines avec lesquels je fais mon chemin de vie, c’est ce qu’on fait dans le travail pastoral à longueur de temps, cherchez les traces mystère pascal, lisez le paragraphe 25 de Gaudium et Spes : nous devons tenir que l’Esprit-Saint fera tout d’une façon que je connais la possibilité d’être associés au mystère pascal, ça veut dire aussi chercher les traces du désir de Dieu dans l’histoire religieuse et culturelle de l’humanité ; c’est ça apprendre à coopérer avec l’Esprit Saint et cette coopération n’est jamais à sens unique vous voyez bien c’est à dire qu’en même temps elle rejaillit sur ma propre sur ma vie, mon propre chemin de foi.

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Un jésuite avait réfléchi à sa connaissance du monde Michel de Certeau dans un article paru dans la revue Christus en 1963. L’article s’appelait la conversion du missionnaire et Jean Michel de Certeau racontait et c’est toujours long les articles de Michel de Certeau.

Le missionnaire s’en va avec sa Bible dans son sac à dos tout heureux parce qu’enfin il  va pouvoir annoncer l’Evangile aux peuplades qui ne la connaissent pas. Il arrive il arrive il arrive il arrive, il pose le sac et il va s’apercevoir que la Bible ils n’y comprennent rien parce qu’ils parlent pas sa langue. Alors il faut d’abord qu’il apprenne la langue et alors là ça va le retenir pour un certain temps et puis pas seulement la  langue ; et puis il  s’aperçoit aussi qui s’est pas uniquement apprendre dix mots, c’est comprendre des comportements de ces gens-là et qu’ils en vivent déjà. Pensez à Charles de  Foucauld et le temps qu’il a passé dans ce dictionnaire touareg-français et français-touareg ; pensez à Albert Peyriguère qui est un disciple de Foucauld qui lui avait fait en arrivant au Maroc à El-Kbab un dictionnaire psychologique de la langue berbère parce que des dictionnaires ce n’étaient  pas que des mots : Il  faut comprendre l’état d’esprit dictionnaire psychologique de la langue berbère

Alors Michel de Certeau il regarde , il fait tout ça il fait tout ça et que tout ça il l’apprend et puis du temps qu’il apprend, et les regarde vivre  et puis en regardant vivre sa vie mais il va comprendre des choses et là  il comprend qu’ ils ont pas eu besoins qu’il leur explique tout ça car ils  vivent déjà des choses que lui voulait leur dire au nom de l’Evangile. Et  puis Michel de Certeau en continuant il s’aperçoit même qu’en les voyant vivre il comprend lui même des choses de l’Evangile que jusque là il n’avait pas compris. Et Michel de Certeau écrivait  « comme si certaines fleurs encore closes de son jardin chrétien avait eu besoin pour pouvoir éclore du soleil qui lui viendrait d’une  autre culture que ne ponctuait pourtant aucun signe chrétien » : c’est ça la coopération avec l’Esprit Saint elle n’est pas à sens unique, elle est à double sens alors j’avance j’ai dit un la mission comme service de la relation d’amour de dieu envers le monde

*« Fleurs closes depuis longtemps présentes dans son jardin chrétien, certains mots de l’Évangile – ceux qui disent la « fécondité » de la vie divine ou la mystérieuse connivence du Très-Haut avec les pauvres – s’ouvrent en ce matin d’une fraternité nouvelle et lui montrent un secret jusqu’ici inaperçu » (Texte original)

En deuxième partie  j’ai évoqué  la mission comme coopération avec l’Esprit Saint je voudrais maintenant dire et pour changer les choses ce que moi petit à petit j’ai découvert à force de travail et d’être aux prises avec ces questions d’avoir à expliquer les choses.

3 – LA MISSION DE L’EGLISE EST A COMPRENDRE SUR L’HORIZON DE LA PROMESSE

Maintenant en troisième partie je voudrais aborder la question : la mission est à comprendre sur l’horizon de la promesse

La mission est à comprendre sur l’horizon de la promesse. Pour moi ça a été une découverte progressive et pas du premier coup c’est parce j’ai été amené à y travailler et pourtant maintenant je pense mais ça c’est capital je vous dis comment j’y suis arrivé d’abord j’ai remarqué que c’était le chemin qu’avaient suivi nos Pères au Concile Vatican II c’est à dire qu’ils ne s’étaient pas mis dans la tête qu’ils allaient travailler sur les religions, ni même sur les relations de l’Eglise avec les religions. Nostra Aetate  c’est le fruit de d’un certain nombre de choses mais c’était pas un objectif du Concile. On peut même remonter plus loin quand Jean XXIII a convoqué  toutes les commissions préparatoires il  s’était aperçu qu’aucune des commissions et des assemblées d’évêques pour  contribuer à la préparation du Concile n’avait inscrite aucune contribution  à l’agenda du travail de l’assemblée conciliaire la nécessité d’écrire un texte sur la relation entre l’Eglise et le peuple juif et ça Jean XXIII ne l’accepté pas pour deux raisons

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La première c’est toujours pareil c’est l’expérience personnelle. Jean XIII avait été à Sofia pendant la guerre puis à Istanbul et il avait lui même joué un rôle dans le sauvetage d’un certain nombre de familles juives. Retenez ce je vous ai dit tout à l’heure : l’expérience est une expérience spirituelle. Et la deuxième raison c’est que il avait rencontré le lundi 19 juin 1960 Jules Isaac ; (pour les plus anciens cet historien c’était les manuels Malet et Isaac et Isaac qui était  un historien important à cette période.

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C’était un historien  justement critique et prophétique pour reprendre l’expression tout à l’heure c’est à dire qu’il avait osé travailler après la fin du premier conflit mondial sur une analyse des discours des gouvernements français et allemand et du coup remettant en cause la théorie française comme quoi nous n’avions fait que nous défendre et que nous étions les victimes d’une agression à croire que l’Allemagne était l’agresseur mais que nous n’avions vraiment rien à nous reprocher et Isaac avait voulu travailler avec des historiens allemands, une petit groupe l’historien français et allemands, à retravailler sur une lecture critique des discours de chacun des deux pays ; évidemment cette initiative ça lui a valu qu’il a perdu tout place à l’Université mais il a continué. Et il s’était mis depuis quelques temps avant le deuxième conflit mondial sur un autre sujet qui étaient  des racines chrétiennes de l’antisémitisme : quel l’antijudaïsme chrétien ?  Quel est son lien avec l’anti sémitisme païen ?. Voilà  comment il avait commencé ça .

Puis pendant la guerre alors qu’il était absent du domicile familial sa femme et  ses enfants avaient été raflés comme on dit à Paris au Val d’Hiv puis de là transférés dans un camp de concentration dont ils ne revinrent pas ; mais à Drancy c’était bon signe et sa femme avait eu le temps de lui écrire des  billets pour lui dire « voilà tout va bien, ne t’inquiète pas »et elle  a terminé en disant « Tu sais le livre que tu as commencé sur Jésus Israël surtout fini le ! » . Et quand il a reçu ça ce projet  qui était pour lui un livre parmi d’autres c’est devenu une cause à laquelle il a voué toute la suite de sa vie :  il a fondé les amitiés judéo chrétienne, il a rencontré Pie XII en 1947 et ensuite Jean XXIII le 19 juin 1960 et il avait remis à Jean XXIII  le fruit de son travail, le fruit de son travail avait déjà eu un certain nombre de conséquences et  Jean XXIII connaissait en particulier le livre qui avait été publié en 1946 et qui se terminait par une vingtaine de propositions concrètes pour travailler contre les racines de d’antisémitisme, les racines  chrétiennes de l’antisémitismes

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Et l’année suivante en 1947 un pasteur protestant qui s’appelait Pierre Wisser avait pris l’initiative de convoquer en Suisse dans un petit village qui s’appelle Seelisberg , il avait pris l’initiative de convoquer là une réunion entre le 30 juillet et le 5 août 1947 de théologiens protestants juifs et catholiques pour travailler ensemble, pour essayer d’extirper de la pastorale et de la catéchèse chrétienne tout ce qui pourrait conduire à l’antisémitisme  et ce groupe auquel évidemment participait Jules Isaac et quelques théologiens (un protestant et quelques théologiens catholiques), parmi les catholiques avaient été invités Jacques Maritain mais qui n’avait pas pu venir et qui avait confié ce qu’il avait préparé à un de ses amis qui lui était tout proche qui était à Fribourg c’était Charles Journet  et donc Journet il y a aussi participé. Puis ils sont arrivés à un certain nombre de choses dans plusieurs commissions et l’une des commissions portait sur la rédaction de 10 points très simples qu’on appelle les dix points de Seelisberg pour qu’ils soient très faciles à retenir pour tenter d’extirper de la catéchèse, de la prédication chrétienne tout ce qui peut conduire à l’antijudaïsme ; mais c’est surtout  le point 5 par exemple pour rappeler que Jésus était juif,  rappeler que tous les apôtres étaient juifs etc etc et après vous  évitiez de parler du peuple juif comme du peuple maudit ou comme un peuple déicide. C’était des trucs très simples au point que si vous le lisez une première fois et vous vous dites c’est magnifique que en 1947 deux ans après la fin du deuxième conflit mondial on soit parvenu chrétiens juifs et catholiques a posé ces choses,  puis vous lisez une deuxième fois vous réfléchissez bien vite quand même c’est incroyable qu’il ait fallu le drame de la Shoah pour réaliser le fait aussi simple que Jésus était  juif et ses apôtres aussi et caetera. Et je vous ne vous cache pas que si vous le lisez  une troisième fois aujourd’hui vous vous dites combien aujourd’hui aussi il serait urgent de redonner à lire à  un certain nombre de chrétiens les dix points de Seeliberg. Ç’ as fait beaucoup réfléchir !

Et une fois j’avais  donné une conférence comme ça en Corse et qui explique  Jules Isaac, Seelisberg, que  Jésus est juif et ses apôtres aussi et  à la fin au cours d’une séance de question  une dame un peu âgée qui lève la main et dit  « merci j’ai compris hein c’est vrai c’est vrai que Jésus ‘était juif et je pense que les apôtres aussi ils étaient juifs mais mais enfin mon Père pas la Madone quand même ! » . Alors c’est d’abord un travail mais aujourd’hui ce n’est pas de trop d’y revenir surtout quand on entend certains discours en vue des élections.

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Alors voilà Seelesber, Isaac  et donc Jean XXIII  décide d’autorité d’inscrire à l’agenda de l’assemblée conciliaire la préparation d’un texte sur les relations entre foi chrétienne et foi juive ; et il confie ce travail au   cardinal Augustin Béa qui est un jésuite allemand exégète (vous savez déjà son rôle dans le Concile) (bon on y viendra demain pour regarder un peu tout ça comment Nostra Aetate  a été construit etc etc ). 

Mais ce que je voudrais observer avec vous c’est la première raison de ces premiers points de friction sur l’horizon de la promesse : c’est que nos Pères du Concile n’en sont venus à parler d autres traditions religieuses que parce qu’ils ont commencé à travailler sur les relations judéo-chrétiennes c’est ce qui va devenir le paragraphe 4 de Nostra Aetate la seule chose prévu et c’est parce que lorsque le cardinal Béa a sorti un premier projet parce que quand il a sorti ce projet les évêques  du Proche Orient ont dit niet : il n’est pas question que le Concile dise quelque chose sur le judaïsme surtout si c’est positif parce qu’alors vous aurez beau dire que c’est un machin pastoral et spirituel ça sera  comme une reconnaissance de l’Etat d’Israël et qui sait qui va payer les pots cassés c’est nous les chrétiens d’Orient donc niet ! Il a fallu remettre le truc dans le tiroir et que Paul VI après Jean XXIII décide de le ressortir ; et c’est à cause de ça que les évêques d’Extrême-Orient et du Japon en particulier ont dit :  non mais nous vous savez nous au  Japon le judaïsme c’est loin mais s’il y avait une petite phrase sur le bouddhisme et sur  l’hindouisme aussi ce serait bien et c’est comme ça que tout a commencé à  ajoutez à ce texte sur le judaïsme quelques considérations sur qu’est-ce que c’est une religion et puis  sur le bouddhisme et les autres ont dit et l’islam alors ! Du coup on a constitué une petite commission avec les Pères Blancs  de Tunisie avec les dominicains d’Egypte pour arriver ainsi à un paragraphe sur l’islam et c’est comme ça que qu’on est arrivé à Nostra Aetate . Et voyez bien que sur la constitution de Nostra Aetate  ont plané trois gros problèmes, trois gros orages qui n’ont pas terminés aujourd’hui de constituer un ciel menaçant d’abord les nuages politiques :  qui dira aujourd’hui que  dans les relations interreligieuses voire dans l’actualité récente œcuménique  des questions politiques n’interfèrent pas ?

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L’’autre nuage c’est le nuage méthodologique. On avait un texte qui était devenu un ovni : on était parti sur le judaïsme en disant c’est en scrutant son propre mystère que l’Eglise s’interroge sur les liens avec le peuple juif et puis après on a le bouddhisme et l’hindouisme ce n’est pas la même chose donc  méthodologiquement fallait-il faire deux textes ou non et n’en garder qu’un et comme le temps passait, on était à 1962 puis on arrivait à 1965 ans fallait-il en garder un ou en faire deux. On a dit il fallait mieux garder un seul texte. Et il vaut mieux faire  un seul texte et ce  texte est devenu une déclaration. C’était le quatrième statut de ce texte et pour faire droit à ce problème technologique et bien on a fait un seul texte mais dans l’organigramme de la Curie on a fait deux trucs et dans le Conseil  qui va devenir Conseil pour les relations interreligieuses mais qui ne travaille pas sur le judaïsme on a mis le judaïsme dans le Conseil qui est devenu pour l’Unité des chrétiens et c’est pareil à la Conférence des Evêques de France avec Norbert nous travaillons sur les relations interreligieuses est donc pas sur le judaïsme mais j’ai demandé depuis deux ans que nos responsables du Service national des relations avec le judaïsme participent à notre conseil

C’est quand bien même on voit bien où est le problème méthodologique concrètement on est confronté à des choses que nous faisons souvent à 3 et Norbert avait  préparé ça pour la visite ad limina parce que c’est la vérité de notre chose mais vous voyez le nuage politique, le nuage méthodologique et le nuage théologique sur lequel on viendra plus tôt demain

Mais il n’a pas manqué de voix pour dire et s’élever pour dire que à force de parler de la liberté religieuse (et pour Humanae Vitae c’est une autre différence dont qu’il faudrait faire l’histoire) et puis il a des religions et de façon positive ne va-t-on pas être en contradiction avec l’héritage de la mission qui dit quand même que Jean 4  « le salut vient des juifs » qui dit quand même « hors de l’Eglise pas de salut » ?  nous y reviendront  demain) et l’on sait que les questions sur la liturgie, sur le latin qui des fois reviennent de Motu proprio en Motu proprio : on part derrière ce nuage théologique qui est celui de la fidélité ou non à l’interprétation d’une tradition (on y viendra aussi) mais voyez bien comment ces choses sont aujourd’hui nous sommes encore sous la menace de ses trois nuages menaçant

Mais ce qui est clair ce que le chemin de nos Pères conciliaires nous dit c’est que si l’on veut travailler sur les relations interreligieuses il faut commencer par la question de la relation entre juifs et chrétiens, c’est capital et dit autrement ça concerne la question de la relation entre identité et altérité : il faudrait ici évoqué une chose c’est que le virus du marcionisme qui n’est pas mort. Marcion, un évêque de Sinope, était celui (il y en avait d’autres)  mais c’est le plus connu avait pensé que maintenant c’est bon on était chrétien on avait plus besoin de la Bible juive, que dans  nos Bibles pas la peine qu’on garde l’Ancien Testament et que même dans le Nouveau Testament certaines choses sont tellement juives que c’est pas la peine de se trimbaler avec ces vieux trucs. Et donc Marcion c’est ça et il  a été condamné en 144, en 144 c’est pas d’hier mais le virus a marché, a survécu à la condamnation de Marcion un peu comme le bacille de la peste dans le livre de Camus où une brave dame a le virus dans les plis d’un drap d’une armoire ! Et à plusieurs époques de l’histoire de l’Eglise il s’est réveillé et toujours dans son histoire elle a eu une relation pas simple avec le judaïsme parfois tentée comme dans certains textes de Chrysostome ou même un peu d’Augustin parfois,  tentée de les considérer avec un certain mépris : s’il existe encore c’est bien parce que ça montre à quel point le triomphe de l’Eglise est total, que  ce peuple n’étant plus qu’un peuple errant vous avez des choses comme ça et en même temps  ils sont là et le salut vient des juifs et l’Epître aux Romains chapitre 9-11 . Il y a une espèce d’ambivalence dans l’histoire de l’Eglise entre la tentation triomphante et la nécessité du respect ça donne des fois des choses très belles la protection au moment où la société elle-même protège moins mais ça donne des fois des choses très douloureuses

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Le  virus du marcionisme n’est pas mort et parmi les époques de l’histoire où il s’est réveillé il y en a une qui est importante (on y viendra demain matin) c’est le début du 20e siècle lorsque en Allemagne ce virus est réapparu  sous la plume de trois auteurs  Adolf von Harnack, grand théologien protestant, un autre qui s’appelle Paul de la Garde, un orientaliste bien connu et un troisième Arthur Bonus (c’est comme ça c’est son nom), un pasteur protestant. Et le protestantisme allemand a repris cette idée qu’après tout le christianisme devait être arien et donc être débarrassé de  toutes ces choses juives qui l’encombrent et que finalement on devait arriver (c’était le nom du mouvement) à un christianisme allemand débarrassé du judaïsme  et là vous voyez avec quelle facilité le national-socialisme a pu prendre appui sur le christianisme allemand au point qu’un pasteur protestant Bernard Remond allemand décrit l’église protestante comme je cite « une Eglise a croix gammée » ; mais il a fallu la révolte d’un certain nombre et de la résistance d’un certain nombre de penseurs comme Muller, Dietrich Bonhoeffer et un suisse Karl Barth ;  il a fallu le synode de Barmen en 1934 pour que l’on oppose au christianisme allemand les chrétiens confessant qui eux ne se résolvaient pas à cette façon de concevoir les choses.

Le courant marcionisme continue et aujourd’hui non plus il n’est pas tout à fait mort dans  la relation du dialogue judéo-chrétien et parce que c’est le chemin de nos Pères dans la relations judéo chrétienne parce que le virus du marcionisme  n’est pas mort et qu’au fond il faut accepter que nos Bibles soient des reliures.. Au fond pour le dire en une phrase,  d’une phrase, il nous est demandé d’accepter que nous ne puissions pas comme chrétien décliner notre identité sans faire référence à une altérité qui lui est constitutive : nos Bibles sont des reliures, on ne peut pas décliné notre identité de chrétiens sans faire référence à une altérité juive qui lui est constitutive et chaque fois qu’on oublie trop ça finit mal, Et ça veut dire aussi que l’identité ne se boucle pas sur elle-même, chaque fois que l’identité oublie cette part d’altérité elle devient comme le dit Amin Maalaouf « une identité meurtrière » et aujourd’hui ce danger n’est pas mort et vous comprenez que du coup c’est parce que notre foi c’est quand même incroyable est d’abord une religion seconde, nous ne sommes que la greffe sur l’olivier du judaïsme et l’accepter c’est encore un autre décentrement et c’est à partir de ce décentrement qu’on peut s’interroger sur la place des autres traditions religieuses avec lesquels on n’entretient pas le même rapport qu’avec le judaïsme mais qui sont aussi une autre activité sur la place de ces altérité dans le dessein divin de salut.

C’’est pourquoi la mission doit être regardée sur l’horizon de la promesse parce que la promesse celle faite à Abraham au tout début de l’histoire du salut :  «En toi seront bénies toutes les familles de la terre et un jour viendra où toutes les nations convergeront vers Jérusalem ». Mais regardez bien ça c’est une promesse mais le peuple juif n’a pas de commandement missionnaire : sa mission à lui c’est de croire en la promesse et de vivre concrètement de telle façon que sa vie exprime cette foi en la promesse : voyez la minutie des 613 préceptes (quand on dit nous on n’est débarrassé de ça !)  mais c’est une façon d’exprimer une foi en la promesse et  donc le peuple juif par lequel vient la promesse le salut vient les juifs n’a pas de commandement missionnaire il n’a  jamais marqué « allez de toutes les nations faites des juifs » et la foi chrétienne greffée sur l’olivier de la foi juive comporte en plus de  la promesse le commandement de la mission « allez de toutes les nations faîtes des disciples »  et donc il ne faut pas oublier que le commandement de la mission est à comprendre sur l’horizon de la promesse.

Pour moi dans ma recherche à ce moment là c’était très important d’abord ça m’a invité à dire aux étudiants si vous voulez travailler sur l’islam, sur le bouddhisme etc… faites le mais passer par la case de la réflexion théologique sur la relation judéo chrétienne sans quoi vous accumulerez des  connaissances certes mais vous ne serez pas parti de l’intérieur de la foi chrétienne, de son originalité, de ce lien avec l’altérité

Ca m’a aussi donné à lire (je le dis on y reviendra sans doute demain) un livre qui m’a beaucoup beaucoup inspiré qui est le livre de Joseph Ratzinger paris paru en 1967 en allemand et traduit en français en 1971 sous le titre Le nouveau peuple de Dieu  et les deux derniers chapitres en particulier où Ratzinger a redéfini la notion comme accompagner la marche de Dieu vers les peuples du monde à cause de la promesse à cause la promesse : le salut vient de la promesse et non de la mission. Ça nous donne à voir et on aurait tort de se focaliser sur la mission qui tend à attraper les angoisses en oubliant que plus large que la mission il y à la promesse. Voyez tout ce que je vous dis depuis le début procède d’un mouvement de décentrement : la relation de Dieu avec le monde et puis après la coopération avec l’Esprit Saint et puis maintenant le lien entre la mission est la promesse (on y revient demain).

4 – LA MISSION DE L’EGLISE COMME REALISATION DE LA VOCATION DE L’EGLISE A LA CATHOLICITE

Je voudrais finir avec un quatrième point je serai plus bref la dessus. J’ai  dis donc 1 voilà ce qui m’a ce que j’ai compris petit à petit la mission commune au service de la relation d’amour de Dieu avec le monde, 2 la mission en coopération avec l’Esprit Saint. Et tout ce que ça veut dire que déjà en3  la mission sur l’horizon de la promesse et 4 mais ça c’est beaucoup plus récent pour moi c’est de la mission comme réalisation de la vocation de l’Eglise à la catholicité, la mission comme réalisation progressive de la vocation de l’Eglise à la catholicité.

Pour expliquer un peu ça il faut bien sûr sortir très vite de l’idée que catholique égale une étiquette qui nous permet de dire moi je suis catholique  ça veut dire moi je ne suis pas  protestant ou je ne suis pas orthodoxe, ce n’est pas ça. Catholique c’est une vocation c’est comme quand on dit l’Eglise dans le Credo , elle est une, elle est sainte il y a encore du chemin, elle est apostolique  il y a de la marge de progression  enfin ça va elle est catholique mais c’est elle sera la fin si vous voulez

Mais c’est ça c’est ça l’idée c’est que la catholicité est une dynamique elle est plutôt même une vocation elle est ce à quoi toute l’Eglise est appelée c’est-à-dire les catholiques qui n’ont pas le monopole de la catholicité puisque c’est une vocation et il faut bien en prendre conscience et là aussi ça part de notre expérience personnelle, spirituelle. Il faut pour comprendre ça comprendre aussi que la vocation elle-même est quelque chose de dynamique et non pas de statique et  qui peut dire  moi je sais ma vocation moi je suis mère de famille,  moi je suis évêque, moi je suis dominicain mais c’est pas ça ta vocation ? non c’est pas ta vocation c’est un choix de vie, un état de vie, un choix que tu as posé à un  certain moment et encore c’est un choix c’est un choix c’est une foi mais comme dit le Seigneur « c’est pas moi c’est pas vous qui m’avez choisi c’est moi qui vous ai choisis » alors toi qui te met à choisir mais toi tu as choisi d’accepter d’avoir été choisi c’est ça, « c’est pas vous qui m’avez choisi c’est moi qui vous ai choisis ». Donc oui à un moment fort  tu choisi d’accepter d’avoir été choisi pour appeler et est donc ça ta vocation c’est lié à ses choix alors il faut là aussi prendre conscience du devoir pour moi d’une chose c’est que dans la vie la majeure partie des choses je les ai pas choisis : j’ai pas choisi de naître, j’ai pas choisi de naître à cette période de l’histoire du monde dans tel pays, et puis et puis des trucs qui me constituent que la majeure partie des choses je les ai pas choisis mais dans tout ces  choses qu’ont n’a pas choisi que parfois on appelle un destin j’ai choisi d’accepter d’entendre un appel et à cause de cet appel j’ai fait quelques petits choix : dans la vie on ne fait pas beaucoup finalement de choix et quelquefois ont fait de grands choix et après on essaye à partir  d’une série de petits choix d’être le plus en plus  en cohérence  possible avec quelques grands choix qu’on a posés au milieu de la majeure partie des choses qu’on n’a pas choisi. C’est ça l’histoire d’une vie et donc une vocation c’est un travail de tissage entre les fils du destin et les fils d’un appel. On peut dire que la vocation est sans cesse  en nous un  travail d’enfantement et celui qui dirait moi c’est bon j’ai ma vocation alors celui qui dit ça c’est qu’il n’a pas fini le travail ou qui l’a pas compris cette dynamique qui peut pas savoir que ta vocation tu l’as comprendra à la fin quand tu reliras ta vie dans le regard de Dieu, c’est là que tu comprendras que la Bible donne ça donne à voir, à comprendre ça en Apocalypse au chapitre 12 verset 17 « au vainqueur je donnerai la manne cachée et sur le caillou blanc de l’autre rive est écrit le nom que ne connaît que celui qui le reçoit » : au fond une vocation et nos vies personnelles sont de cette expérience sont toujours entre eux Isaïe 49,16 et Apocalypse 2,17, Isaïe  49,16 « ne craint pas j’écris ton nom sur la peau de mes mains »

Et Apocalypse de 2, 17*« Au vainqueur je donnerai la manne cachée et le nom que ne connaît que celui qui le reçoit ». Entre les deux il y a un savant tissage de la liberté de la grâce mettant sur le métier les fils d’un destin et les fils d’un appel que peu à peu tu comprends et vis ta vocation mais que tu ne comprendras qu’à la fin ; la théologie de la vocation a cette dimension eschatologique qui est capital et rien n’est jamais fini :

Charles_de_Foucauld

Je travaille beaucoup Foucault en ce moment  à cause de KTO : c’est un exemple en or pour ça en or mais ça rejoint toutes nos vies eh bien si tu comprends ainsi la dynamique de la vocation on peut transposer ça à la dynamique de la vocation de catholicité pour l’Eglise.

Elle aussi  va correspondre peu à peu à cette vocation de catholicité mais cette vocation est au départ voyez c’est « ne crains pas ton nom est écrit» et c’est la promesse cette vocation comme le dit Henri de Lubac : Henri de Lubac m’a beaucoup éclairer là dessus au chapitre 7 de son livre programme Catholicisme paru en 1938 ;  il écrit et c’est ce qu’on lui doit c’est une impulsion fondamentale : il écrit catholicisme mais l’Eglise est déjà catholique à la sortie du cénacle ils n’étaient pas nombreux mais ils étaient déjà catholiques quand elle était réduite à une poignée de personnes, de familles dispersées dans les ports et les bourgades de Méditerranée orientale, elle était déjà catholique ce qui veut dire que la catholicité de l’Eglise n’est pas proportionnelle à l’étendue de sa surface sociale.

C’est ça c’est que la catholicité c’est pas l’étendue de la surface sociale : la catholicité c’est la conscience d’avoir reçu en charge non pas à cause  de nos mérites mais à cause de la grâce d’avoir reçu en charge de coopérer au salut du genre humain tout entier. Voilà ce qu’est la conscience de catholicité et de Lubac le développe : la catholicité non pas une surface sociale comme si on disait une surface sociale c’est ce qui entraînerait une théologie coloniale de la mission. Non la catholicité se mesure à la conscience d’avoir reçu en chargement non pas  à cause de ses mérites mais à cause de la grâce de coopérer au salut du genre humain tout entier et ça c’est vrai dès le cénacle quand ils sont même pas une quinzaine et  la catholicité est déjà là mais la vocation de catholicité est loin d’être finie et la mission de l’Eglise correspond à la réalisation progressive de cette vocation de catholicité.

Je vous donne une dernière chose car après il est trop tard :  c’est que si vous voulez mieux comprendre : comparez le concept ecclésiologique de catholicité au concept christologique de récapitulation avec le mystère pascal la mort et la résurrection du Christ tout est accompli mais tout n’est pas récapituler  et comme dit saint Paul c’est que « à la fin que tout sera récapitulé sous un seul chef le Christ les choses du ciel et celles de la terre » et bien là la récapitulation christologique correspond  la vocation ecclésiologique de catholicité  et ça pour moi c’est une découverte relativement récente.

C’est la dernière chose que j’ai voulu vous partager avec vous un peu cet itinéraire et ouvrir quelques perspectives de recherche dont  nous essaierons demain de tirer quelques unes mais on aura le cas l’occasion de partagé. J’aimerais vous dire merci d’avoir partagé cet apéritif mais pas de résistance elle va demain

CONCLUSION

Merci merci à vous Monseigneur ! Pour quelqu’un qui est arrivé épuisé à la gare de Perpignan je vous ai trouvé bien en forme ce soir et en tout cas ce que vous nous avez donné c’est plus d’un apéritif. Alors moi j’ai l’impression qu’il contenait déjà une partie du plat de résistance et du dessert mais je n’ai jamais pris autant de notes mais c’est que vous nous avez offert une récapitulation et un panorama.

Et en vous écoutant je voyais ce tableau se construire à la lumière de votre expérience personnelle mais c’est aussi l’expérience que l’Eglise a faite finalement que vous avez embrassé. Et  je me réjouissais quand même pour l’auditoire parce que je me disais ils ont tout de même de la chance d’aborder une question si difficile et aussi souvent peu accessible à travers tous les débats médiatiques et à travers tous les évènements que l’on peut vivre à travers ce flou et de confusion aussi qui s’empare des esprits par ces parasitages permanents et je me réjouissais pour l’auditoire de pouvoir aborder des questions si difficiles avec autant de profondeur.

Et moi le mot qui me vient en  vous ayant écouté c’est vraiment le mot de sagesse et vous avez donné ça beaucoup d’éléments de connaissances mais vraiment sous un angle sapientiel avec le recul et l’expérience qui a été la vôtre mais qui est aussi celle de l’Eglise parce que vous nous avez fait entrer aussi dans l’histoire de l’Eglise à travers toutes les références théologiques et magistérielles et  tous les événements que vous avez vous avez mentionné donc vraiment merci parce que je crois que ça donne le ton de la journée de demain.

Et j’ai un peu honte  parce que je commence le matin et ils vont être déçus parce que là on va retomber un peu mais bon c’est ça la vie ! Je pense que je me fais un peu le porte parole de tout le monde et je me réjouis vraiment que vous soyez entrer dans cette question aussi fondamentale avec un avec un tel  élan finalement, avec beaucoup de spiritualité parce que  surtout à la fin je pensais justement à Charles de Foucault, à cette formule que je cite très souvent aux étudiants quand Foucault dit dans une correspondance « le chrétien c’est celui qui fait du salut de tous la grande affaire de sa vie » et là  je trouve que au fond il y a quelque chose de très foucaldien dans l’intuition de la fin et assez audacieux aussi. Et je trouve aussi que vous vous avez eu uni la dimension de l’enseignement et de la réflexion de l’événement mais aussi de la spiritualité. Vous nous amenez finalement à un seuil de contemplation de ces questions et n’est pas simplement de conclusion mais aussi une leçon d’humilité face à des questions qui nous dépassent d’une certaine façon et  donc merci

https://www.youtube.com/watch?v=dH2MUg6ktuY

CHANTAL DELSOL (1947-....), CHRISTIANISME, CRISES DANS L'EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE CATHOLIQUE, LA FIN DE LA CHRETIENTE, LIVRE, LIVRES - RECENSION, RELIGION, SOCIOLOGIE

La fin de la chrétienté par Chantal Delsol

Chantal Delsol : La Fin de la Chrétienté ; Les Éditions du Cerf, Paris, 2021 ; 171 pages

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1Le sujet de la fin de la Chrétienté en tant que civilisation n’est pas nouveau, et nous en avons déjà parlé dans ces colonnes. Cette disparition est une évidence sociologique dont les manifestations sont omniprésentes, en dépit des marques historiques de la Chrétienté qui jalonnent encore nos paysages. Mais, si le constat est partagé, il est intéressant de se pencher, avec Chantal Delsol, sur les causes et sur les conséquences concrètes de cet effacement survenu après seize siècles de régulation de l’Occident par la religion chrétienne. Et si Chantal Delsol s’adresse au premier chef, au fil de cet ouvrage, aux catholiques français, son analyse claire et concise revêt un grand intérêt pour qui veut comprendre et mettre des mots sur le phénomène d’inversion morale qui s’est brusquement accéléré au tournant du XXIe siècle. Non pour en tirer une forme de nostalgie – encore que la rupture décrite par Chantal Delsol ne laisse pas insensible, mais bien pour cerner quels sont les équilibres moraux et spirituels qui régentent désormais notre société : à l’heure où la cultivation des « forces morales » est érigée en priorité pour affronter le retour du tragique de l’Histoire, une telle réflexion n’est en effet pas inutile.

2Que voyons-nous donc se dessiner sous la plume de Chantal Delsol ?

3D’abord, l’histoire d’une grande inversion normative, désormais consommée, dans l’ordre moral : celle d’un retour au modèle du paganisme, après une longue période de prééminence du monothéisme chrétien. Faisant irruption il y a vingt siècles, le christianisme a provoqué une première inversion normative au cours du IVe siècle, en apportant une modernité basée sur de nouvelles croyances. Ce jaillissement du monothéisme a enfanté en Occident de nouvelles mœurs, l’Église remplaçant au passage l’État dans son rôle de source de normes morales. Une civilisation en est née, la Chrétienté. Seize siècles plus tard, c’est le mouvement inverse qui s’est désormais opéré selon Chantal Delsol, sous l’effet de deux facteurs : d’une part, la fin des croyances dans les vérités portées par le monothéisme chrétien (l’homme moderne « n’y croit plus », tout simplement) et, d’autre part, la crise de conscience profonde qui frappe un Occident à un point tel que les principes chrétiens sont remis en cause par les chrétiens eux-mêmes. Ce mouvement d’inversion étant arrivé à son terme, nous sommes de retour à une situation où l’État a repris sa place comme source de norme morale.

4Ensuite, le remplacement de la religion chrétienne par la morale et par les mythes. Chantal Delsol s’attache ici à réfuter les discours alarmistes selon lesquels l’éviction de la chrétienté et la réduction des chrétiens au statut de minorité ouvriraient la voie au nihilisme et au chaos. Au contraire, la nature ayant horreur du vide, c’est la morale en elle-même qui a remplacé la religion. Chantal Delsol va même plus loin : nous sommes, selon elle, passés à un âge de « religion morale ». Dans ce nouveau paradigme, la nouvelle source de la morale n’est plus l’Évangile, mais un corpus de mythes dont les manifestations principales sont l’humanitarisme et l’écologisme. Le gardien de la morale n’est plus l’Église, mais l’État. Les clercs ne sont plus les évêques, mais les législateurs et les animateurs de plateaux de télévision. Et, ultime manifestation de l’effacement de la croyance en une vérité unique, les spiritualités venues d’Asie font un retour en force en Occident.

5Enfin, la difficulté historique de toute forme de référence morale – a fortiori si elle est pluriséculaire – d’accepter sa relégation au statut d’opinion minoritaire. Sur ce sujet, Chantal Delsol décrit bien les mécanismes d’autodéfense qui traversent une partie des fragments de la Chrétienté, reconnaissant que « réduits à la situation de témoins muets, les chrétiens sont aujourd’hui voués à devenir les soldats d’une guerre perdue ». Le message du professeur de philosophie pour les catholiques est ici clair : plutôt que de s’enferrer dans les mécanismes défensifs d’une majorité déchue, il faut apprendre à cultiver les vertus des minorités (équanimité, patience et persévérance).

6Chrétien ou non, le lecteur de La Fin de la Chrétienté en tirera un excellent éclairage sur les ressorts moraux de la société française post-moderne. Non pas une société nihiliste comme la parenthèse des années 1960-1970 a pu le laisser croire, mais une société dont les croyances ont fondamentalement changé, érigeant en crime ce qui hier était permis ou toléré, et en bienfait ce qui hier était ostracisé. Une société qui n’est pas plus tolérante qu’avant (la morale moderne est à bien des égards très intolérante), mais une société désormais traversée par de nombreux paradoxes, où l’individualisme côtoie l’humanitarisme et où le transhumanisme côtoie l’écologisme. Une société où il n’y a pas moins de règles qu’avant, mais où les règles sont différentes. Pour un chef, en particulier s’il est militaire, le comprendre, c’est documenter l’exercice de son autorité.

Notes

[1]

Recension de l’ouvrage suivant dans la Revue Défense Nationale : Guillaume Cuchet : Comment notre monde a cessé d’être chrétien – Anatomie d’un effondrement ; Seuil, 2018 ; 276 pages.

Thibault Lavernhe

Dans Revue Défense Nationale 2022/6 (N° 851), pages 153 à 154

AUGUSTIN (saint ; 354-430), AUGUSTIN D'Ippone, DIOCESE D'AIX ET ARLES (France ; Bouches-du-Rhône), EGLISE CATHOLIQUE, ORDINATION EPISCOPALE, SERMON DE SAINT AUGUSTIN POUR LE JOUR ANNIVERSAIRE DE SON ORDINATION EPISCOPALE (SERMON 340), SERMONS

Sermon de saint Augustin pour le jour anniversaire de son ordination épiscopale (Sermon 340)

Sermon de saint Augustin

pour le jour anniversaire de son ordination épiscopale (Sermon 340)

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À la vérité, depuis que ce fardeau, dont j’ai à rendre un compte si difficile, est placé sur mes épaules, la pensée de ma dignité me tient constamment en éveil : toutefois je m’en sens beaucoup plus pénétré et plus ému, quand, en me renouvelant la mémoire du passé, ce jour anniversaire de mon sacre me met si vivement en présence du fardeau dont je suis chargé, qu’il me semble arriver pour m’en charger aujourd’hui seulement.

Or, qu’y a-t-il à craindre dans cette dignité, sinon qu’on n’aime plus les dangers qu’elle renferme, que l’avancement de votre salut ? Ah ! aidez-moi donc de vos prières, afin que le Seigneur daigne porter avec moi ce fardeau qui est le sien. Quand vous priez pour moi, d’ailleurs, vous priez aussi pour vous ; car le fardeau dont je vous parle est-il autre chose que vous ? Priez pour moi sincèrement, comme je demande pour vous que vous ne me pesiez pas. Jésus Notre-Seigneur n’appellerait pas ce fardeau léger, s’il ne le portait avec quiconque en est chargé. Vous aussi, soutenez-moi, et conformément au précepte de l’Apôtre, nous porterons les fardeaux les uns des autres et nous accomplirons ainsi la loi du Christ. Ah ! si le Christ ne porte avec nous ces fardeaux, nous fléchissons ; et nous succombons, s’il ne nous porte.

Si je m’effraie d’être à vous, je me console d’être avec vous ; car je suis à vous comme évêque, et comme chrétien je suis avec vous ; le premier titre rappelle des obligations contractées, le second, la grâce reçue ; le premier, des dangers, le second, le salut ; en accomplissant les devoirs attachés au premier, nous sommes en proie aux secousses de la tempête sur une mer immense ; mais en nous rappelant quel sang nous a rachetés, nous trouvons dans la tranquillité que nous inspire cette pensée, comme un port paisible, et tout en travaillant au devoir qui nous est propre, nous goûtons le repos de la grâce faite à tous. Si donc je suis plus heureux d’être racheté avec vous que de vous être placé à votre tête, je ne vous en servirai que mieux, comme l’ordonne le Seigneur, car je ne veux pas payer d’ingratitude celui qui m’a obtenu d’être avec vous son serviteur. Ne dois-je pas moi aussi aimer mon Rédempteur et comment pourrais-je ignorer qu’il a dit à Pierre : « Pierre, m’aimes-tu ? Pais mes brebis ! » ; et cela, il l’a dit une fois, deux fois, trois fois … ! En demandant à Pierre s’il l’aimait, il le chargeait de travailler ; c’est que plus est grand l’amour, moins le travail est pénible.

« Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu’il m’a rendus ? » Si je prétends lui rendre en paissant son troupeau, je ne dois pas oublier que « ce n’est pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi » qui accomplit ce devoir. Comment rendre à Dieu, quand pour tout ce que j’accomplis, c’est lui prend les devants ? Et pourtant, si gratuit que soit notre amour, nous cherchons une récompense en faisant paître le troupeau sacré. Comment cela ? — Comment pouvons-nous dire : « J’aime parfaitement afin de pouvoir paître », ou encore : « Je demande à être récompensé de ce que je fais ? » La chose serait impossible ; jamais le pur amour n’ambitionnerait de récompense, si sa récompense n’était Celui-là même à qui il s’attache. Si nous lui témoignons, en paissant son troupeau, notre reconnaissance pour le bienfait d’avoir été sauvé, que lui rendrons-nous pour la grâce d’être pasteur ? Il est vrai que c’est notre malice personnelle qui fait malice personnelle qui fait de nous de mauvais pasteurs ; mais sans la grâce qu’il nous donne, nous ne saurions être bons pasteurs. C’est pourquoi nous vous prions et nous vous commandons, mes frères, « de ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu ». Faites porter du fruit à notre ministère, car « vous êtes le champ que Dieu cultive ». Accueillez à l’extérieur, celui qui vous plante et vous arrose à l’intérieur de vous-mêmes car c’est lui qui vous donne l’accroissement.

Il nous faut arrêter les inquiets, consoler les pusillanimes, soutenir les faibles, réfuter les contradicteurs, nous garder des gens rusés, instruire les ignorants, réveiller les paresseux, réprimer les orgueilleux, apaiser les disputeurs, aider les indigents, délivrer les opprimés, encourager les bons, tolérer les méchants, aimer tout le monde. Sous le poids de devoirs si importants, si nombreux et si variés, aidez-nous de vos prières et de votre soumission, ,obtenez que nous soyons moins flattés de vous commander que de vous rendre service

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