CAREME, CLAUDE LA COLOMBIERE (1641-1682), EGLISE CATHOLIQUE, MERCREDI DES CENDES, MERCREDI DES CENDRES, L'ENTREE EN CARÊME

Mercredi des Cendres (17 février 2021)

Un programme pour le carême, mercredi des cendres 17 février 2021  

Vivre le bon plaisir de Dieu :

« Toutes les passions ballottent mon cœur  et il ne se passe guère de jours que les unes après les autres elles n ‘ y excitent tous leurs mouvements les plus déréglés. Tantôt ce sont des objets réels qui les émeuvent, et tantôt des objets imaginaires Il est vrai que, par la miséricorde de Dieu, je souffre tout cela sans y beaucoup contribuer et sans y consentir ; à tout moment j’attrape ces folles passions qui agitent ce pauvre cœur. Cet amour-propre fuit de coin en coin, et il a toujours quelque retrait. J’ai grand’pitié de moi-même J’ai grand’pitié de moi-même, mais je ne m’en mets point en colère. Je ne m’impatiente point : qu’y ferais-je ? Je demande à Dieu qu’il me fasse connaître ce que je dois faire pour son service et pour me purifier, mais je suis résolu d’attendre avec douceur qu’il lui plaise faire cette merveille, car je suis bien convaincu que cela n’appartient qu’à lui seul. Quis potest facere mundum de immundo conceptum semine nisi tu qui solus es ? » (Job 14,4 :

 (Qui peut rendre pur celui qui est né d’un sang impur ? N’est-ce pas vous qui le pouvez).

 

Retraitte (sic) spirituelle du R.P. Claude La Colombiere de la Compagnie de Jesus, Lyon, Chez Anisson, Posuet et Rigaud, MDCLXXXIV, p. 258 (saint Claude de la Colombière, s.j. 1641-1682)

EGLISE CATHOLIQUE, EPITRES, FEMMES DANS L'EGLISE, NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre), PLACE DES FEMMES DANS L'EGLISE, SAINT PAUL ET LES FEMMES

Saint Paul et les femmes

Saint Paul et les femmes

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 Depuis quelques années la place des femmes dans l’Eglise ne cesse de faire débat. Si ‘Eglise fait figure d’accusée dans ce domaine ce serait surtout à cause des épitres de saint Paul. Mais qu’en est-il exactement ? C’est le sujet de deux ouvrages parus récemment : Les femmes de saint Paul par Chantal Reynier et Paul et les femmes : ce qu’il a écrit, ce qu’on lui fait dire de Michel Quesnel.  Deux ouvrages qui font le point sur ce sujet en étudiant le contexte socio-culturel de l’époque, en replaçant ces phrases dans leur contexte mais surtout en montrant combien elles se démarquent de la culture de l’époque. Ces ouvrages accessibles à tous invitent à une relecture des épîtres pauliniennes.

Paul et les femmes : Ce qu’il a écrit, ce qu’on lui a fait dire 

Michel Quesnel

Paris, Médiaspaul, 2021. 142 pages.

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On fait souvent un faux-procès à l’apôtre Paul en le taxant de misogynie. Dans cet ouvrage, le professeur Michel Quesnel reprend le dossier et fait un inventaire exhaustif des propos de Paul sur les femmes et de ses relations avec elles, tels qu’ils apparaissent dans le Nouveau Testament. Ses conclusions sont claires : certes, les lettres authentiques de Paul contiennent sur les femmes des propos que nous n’écririons plus. Mais ils sont conditionnés par la culture ambiante ; et il s’avère surtout que, dans ce domaine, Paul est nettement plus ouvert que beaucoup de ses contemporains. Michel Quesnel poursuit son analyse en montrant que, par la suite, des sociétés misogynes ont fait de ses textes des lectures misogynes, déjà dans d’autres livres du Nouveau Testament, puis au cours des siècles suivants. L’auteur examine trois corpus de textes antiques concernant Paul (les épîtres authentiques, les épîtres pseudépigraphes, les Actes sur Paul) et lui rend justice : « A propos de ce qu’il pensait des femmes, l’Apôtre des nations a été victime des préjugés de ses lecteurs pendant une vingtaine de siècles ». Et, en faisant une courte excursion dans Paul après Paul, de le montrer à travers le regard des Pères de l’Église mais aussi dans des traductions récentes du Nouveau Testament. Le sous-titre de l’ouvrage prend alors tout son sens.

Les femmes de Saint Paul 

Chantal Reynier

Paris, Le Cerf, 2020. 271 pages.

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Misogyne Saint Paul ? Pourtant les Actes ne cessent de relater ses relations amicales avec les femmes qu’il a rencontrées lors de son périple apostolique. Ce sont Chloé, Phoebé, Evodie et les autres de ses collaboratrices que Chantal Reynier, enjambant, les siècles, est partie interviewer. Une enquête-vérité captivante et révolutionnaire.

Quelle est la place des femmes dans l’Église ? Face à cette question brûlante, il est temps d’en finir avec les clichés sur saint Paul qui les condamnerait au silence, au voile et à la soumission. Au contraire, au cours de ses voyages missionnaires, l’évangélisateur des Nations ne cesse de s’adresser aux femmes et de s’entourer de femmes, faisant d’elles ses collaboratrices au point d’employer à leur sujet les titres d’apôtre et de diacre !
Il fallait la science de Chantal Reynier pour partir à la découverte, par-delà les lieux et les temps, de Phoibè, Lydie, Chloé, Maria, Persis, Évodie, Syntychè, Prisca, Julia. Pour les rencontrer, aux quatre coins de la Méditerranée, dans leur activité, leur métier, leur foyer, leur foi. Et pour chacune d’elles raconter en son nom propre  » son  » Paul. Que disent-elles de lui ? Avant tout, la relation de dignité et de liberté qu’il revendique avec elles.
Pour la première fois, la parole est aux  » femmes de Paul « . Écoutons le message révolutionnaire, parce que réfractaire aux idéologies à la fois hyper-patriarcales ou ultra-féministes, qu’elles nous transmettent dans ce livre exceptionnel de savoir et de sensibilité.

Les lettres de Paul

Les lettres de Paul ont été écrites pour qu’il puisse rester en contact avec les communautés qu’il a fondées et qu’il voulait visiter (Rome). Elles ont été lues par ces communautés qui les ont gardés et copiés pour que d’autres puissent les lire. On les a rassemblés et elles font presque que la moitié du contenu du Nouveau Testament. Ces lettres sont assemblées de la plus longue (Romains) à la plus courte (Philémon). Les écrits les plus anciens du Nouveau Testament sont les lettres de Paul. La première serait la lettre aux Thessaloniciens écrite autour de 51 apr. J.-C.

L’authenticité des lettres attribuées à Paul pose question. Voici les lettres généralement considérées comme étant de Paul en ordre chronologique:

La première lettre aux Thessaloniciens

La première lettre aux Corinthiens

La seconde lettre aux Corinthiens

La lettre aux Philippiens

La lettre à Philémon

La lettre aux Galates

La lettre aux Romains

Les avis des exégètes sont encore partagés, mais la majorité d’entre eux croient que les lettres aux Colossiens, Éphésiens ainsi que la deuxième lettre aux Tessaloniciens auraient été écrite par un disciple de Paul après la mort de ce dernier. Enfin, il est généralement admis que les lettres à Timothée et la lettre à Tite ne sont pas authentiques.

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Les femmes de saint Paul

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Les lettres de saint Paul révèlent le visage des femmes qui ont activement collaboré à la diffusion de l’Évangile. Paul reconnaît leur dignité et leur confie des responsabilités égales à celles des hommes. Elles bénéficient d’une liberté inconnue dans le milieu juif et dans la société gréco-romaine.

 À quelles sources avez-vous eu recours pour écrire Les femmes de saint Paul, collaboratrices de l’Apôtre des Nations (éd. du Cerf) (1)?

Chantal Reynier : Je me suis appuyée sur les lettres de Paul, bien sûr, qui sont des témoignages de première main sur une période restreinte ; sur les Actes des apôtres, qui sont une mine de renseignements sur le milieu paulinien ; sur la littérature antique (Ovide, Plutarque) pour comparer ce que les auteurs disent des femmes (matrones vertueuses ou séduisantes courtisanes…) avec la façon dont Paul en parle. L’archéologie nous renseigne aussi sur les conditions de voyage, les réalités économiques, l’organisation des maisons… Les travaux récents d’historiens, comme ceux de Nicole Loraux (2), m’ont permis de mieux situer le rôle des femmes à l’époque (3).

Quel est le profil des collaboratrices de Paul ?

Il n’y a pas de profil type mais une grande variété. Certaines sont mariées : Prisca est l’épouse d’Aquila, Julia de Philologue, Junia d’Andronikos. Il est intéressant de noter que Paul cite le nom de la femme en premier, ce qui est contraire aux usages. Cela traduit l’importance de leur rôle dans les premières communautés. Il y a aussi des veuves comme la mère de Rufus. Des célibataires : sans doute la sœur de Nérée. Des sœurs : probablement Tryphaine et Tryphose. Le premier cercle des collaboratrices de Paul est constitué de Phoibè, Prisca, Junia et Lydie. On retrouve la même organisation concentrique avec les collaborateurs masculins. Comme Jésus, Paul est accompagné par un groupe de femmes.

Quel est leur milieu social et religieux ?

Là aussi, il y a une grande variété. Lydie est une marchande de pourpre qui fait du commerce entre la Grèce et la Turquie actuelle. Elle accueille Paul et ses compagnons dans sa maison, cela signifie qu’elle est plutôt aisée (seulement 3 % de la population vit dans une maison). Nympha est une femme d’affaires autonome. Chloé et Phoibè, travaillent dans l’import-export. Ces femmes voyagent pour des motifs professionnels mais aussi pour la mission. La plupart sont issues d’Asie mineure. Certaines proviennent d’un milieu juif comme Prisca ou Junia, la mère de Rufus, Eunice, Loïs… En revanche, Lydie est une païenne qui fréquente les milieux juifs de Phillipes.

Quels sont leurs points communs ?

Elles sont actives, généreuses et engagées dans la mission. Ce sont des femmes fortes qui n’hésitent pas à traverser les mers, à parcourir les viae de l’empire. À cause de leur foi, elles traversent des épreuves. Junia, Evodie et Syntichè ont, dit Paul, « combattu pour l’Évangile » – ce combat est à prendre au sens métaphorique mais aussi réel : Prisca a failli être décapitée à Éphèse…

Quel type d’aide apportent-elles à Paul ?

Elles lui offrent l’hospitalité. Lydie, une fois convertie, héberge Paul et ses compagnons dans sa maison de Philippes. À Corinthe, Prisca accueille Paul et lui donne du travail dans sa boutique-atelier. Grâce à ces femmes, l’apôtre est en contact avec beaucoup de monde (famille, esclaves, clients) auprès desquels il témoigne du Christ ressuscité. Elles sont également des sources d’information précieuses sur les jeunes communautés chrétiennes. Quand des scandales éclatent au sein de la communauté de Corinthe, ce sont « les gens de Chloé » qui remontent l’information à Paul et le décideront à écrire. Elles informent aussi Paul sur la vie des différentes cités. Le réseau de Phoibè s’étend à Rome mais aussi en Espagne. C’est à elle que Paul confie la tâche de préparer une mission dans la péninsule Ibérique.

Quel rôle jouent-elles au sein des communautés ?

Elles ouvrent la porte de leur maison aux assemblées chrétiennes, assumant ainsi un rôle d’union et de rassemblement. Elles guident la réflexion et la prière. À Rome, Phoibè visite les différentes maisonnées pour lire, expliquer et commenter la lettre de Paul. Dans l’Antiquité, on lit à voix haute. Expliquer ce type de lettre n’est pas à la portée de tout le monde, il faut être cultivé. Paul demande à Prisca d’enseigner à Apollos la foi au Christ ressuscité. Elle fabrique et vend des tentes et Apollos est un grand intellectuel d’Alexandrie ! Ces pratiques vont totalement à l’encontre des us et coutumes gréco-romains : les femmes n’ont pas le droit d’enseigner ni de s’exprimer en public. Elles n’assument aucune fonction religieuse : elles n’ont pas même le droit de moudre la farine pour les sacrifices, ni de toucher les viandes sacrées, ni d’assister à la cérémonie. Leur rôle se résume à tisser la laine et à élever les enfants. Dans le judaïsme, la femme est cantonnée à la maison, elle ne participe pas aux pèlerinages et elle n’assume aucune fonction synagogale. On mesure la révolution qu’introduit Paul ! Il les libère et les fait sortir de leur maison. Elles bénéficient d’une extraordinaire liberté par rapport à leurs contemporaines. Leur parole a une valeur. Elles s’adressent aussi bien aux hommes qu’aux femmes ou aux esclaves.

Y a-t-il une différence de traitement entre les collaborateurs et les collaboratrices de Paul ?

Non, il les met sur un pied d’égalité. On relève cependant que ses collaboratrices n’accompagnent pas Paul dans ses voyages, sauf Prisca. Elles ne portent pas la collecte et ne vont pas à Jérusalem.

Quelles relations Paul entretient-il avec ces femmes ?

ll les traite d’égal à égal. Il les laisse libre, ne leur impose aucun signe distinctif, ni style de vie ni domaine réservé (la maison). Il sait leur exprimer son affection, par exemple, en appelant Persis « bien aimée ». Il leur fait confiance. Quand elles partent en mission, il ne leur adjoint pas un homme pour les surveiller. Il ne leur demande pas de se retirer de la vie quotidienne. Cette façon de considérer les femmes découle de sa foi dans le Christ ressuscité : hommes et femmes sont tous fils et filles de Dieu, aimés par le Père. Dans la lettre aux Galates (3, 26-28), il affirme : « Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » Quand des tensions apparaissent entre Evodie et Syntichè, il n’hésite pas à les reprendre, non pas en tant que femmes, mais en tant que disciples du Christ.

Après la mort de Paul, est-ce que la place des femmes change ?

La force, l’audace et la foi de Paul ont permis de traiter à égalité ses collaborateurs et collaboratrices. Après lui, le poids de la société patriarcale reprend le dessus. Dans la première lettre à Timothée, rédigée probablement par des disciples de Paul, le silence est imposé aux femmes. Cela va même plus loin. Dans les manuscrits, les copistes réduisent la place des femmes en masculinisant leur prénom, Junia devient Junias. Il faut attendre 1993 pour redonner son vrai genre à Junia ! Le même sort est réservé à Nympha de Laodicée. L’expression «les femmes premières» devient « la femme des premiers» (notables de la ville) pour minimiser leur rôle et leur influence. Ces réajustements sont parfois subtils. Les traducteurs du texte modifient les salutations. Dans l’épître de Philémon, Paul s’adresse « à Philémon et à Apphia » ; cela devient sous la plume des traducteurs « à Philémon, avec Apphia ». Dans les Actes des apôtres, les traducteurs indiquent que Lydie a « contraint » Paul à demeurer chez elle. Or, en grec, c’est le même verbe qui est employé par les disciples d’Emmaüs pour « inviter » leur compagnon de route à rester avec eux…

Que faut-il retenir de l’attitude de Paul vis-à-vis des femmes ?

Il faut tout d’abord veiller à lire les textes de Paul en les resituant dans leur contexte. L’apôtre nous dit l’égalité de l’homme et de la femme. Dans une société totalement asymétrique, Paul reconnaît la dignité de la femme, comme il reconnaît celle de l’esclave ou de l’enfant. À travers les lettres de Paul, nous découvrons le visage concret des femmes qui ont participé à la diffusion du christianisme. Ce sont des femmes plongées dans le monde qui sont à l’écoute des besoins de leurs contemporains. Paul les appelle collaboratrices, au sens étymologique, elles œuvrent avec lui.

Quels enseignements peut-on tirer pour l’Église d’aujourd’hui ?

Pour réfléchir à la place des femmes dans l’Église, il faut revenir à la source biblique et nous laisser interpeller par elle. La conduite des communautés n’est ni une promotion, ni une course aux honneurs, c’est un service inspiré de la figure du Christ serviteur. Ce n’est pas un modèle de domination. Malheureusement, aujourd’hui, gouverner est entendu comme « être au-dessus des autres ». Paul donne aux femmes de prendre une part active aux décisions et à la conduite des communautés. Elles exercent des responsabilités identiques à celles des hommes. Nous voyons les femmes enseigner, conduire la prière, proclamer la parole et la commenter.

Alors, saint Paul, misogyne ou féministe ?

Ni l’un ni l’autre. Misogyne, il ne l’est pas, on vient de le voir. Paul est, à la suite du Christ, le libérateur de la femme en lui reconnaissant sa pleine dignité d’enfant de Dieu. Il reconnaît son autonomie, il lui donne la parole, il la place à égalité avec l’homme. Dans la fameuse lettre aux Éphésiens (« femmes soyez soumises à vos maris… »), il s’adresse à elles directement, sans passer par le mari, en contradiction totale avec les usages de l’époque. Il choisit des collaboratrices parmi elles, il leur donne le nom d’« apôtre » (Junia), de diakonos (« serveur », Phoibè), de collaboratrice (Prisca). Paul considère la femme comme une adulte à part entière. Il ne cherche pas à instaurer une parité ou à répondre à des revendications féministes. Il reconnaît le rôle de la femme dans l’annonce de l’Évangile. On ne se rend pas compte de la liberté qu’instaure le christianisme. Paul a ouvert un réel espace aux femmes qu’elles n’ont jamais eu auparavant, que ce soit dans la société païenne ou dans le monde juif. Il met ses pas dans ceux du Christ qui a été le premier à traiter les femmes d’égale à égal. En s’inspirant de Jésus, il en tire toutes les conséquences.

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(1) Elle a également abordé les passages des lettres de Paul sur les femmes dans Comment l’évangile a changé le monde (éd. du Cerf).

(2) Auteure, entre autres, de La Grèce au féminin (Les belles lettres) ; Les expériences de Tirésias: le féminin et l’homme grec (NRF essai Gallimard) ; Les Enfants d’Athéna. Idées athéniennes sur la citoyenneté et la division des sexes (Points Seuil).

(3) Les recherches de Marie-Françoise Baslez sur saint Paul sont particulièrement utiles. M.-F. Baslez, Saint Paul, artisan d’un monde chrétien, Fayard.

Recueilli par Gilles Donada

https://croire.la-croix.com/Definitions/Bible/Saint-Paul/Paul-l-Apotre-qui-estimait-les-femmes

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Réveil catholique, le catholicisme et les emprunts aux évangéliques

Réveil catholique : emprunts évangéliques au sein du catholicisme

Valérie Aubourg

Genève, Labor et Fides, 2020.353 pages

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Réveil catholique

Parti reconquérir des terres françaises en voie de sécularisation, le catholicisme emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes. En associant les mots « Réveil » et « catholique », Valérie Aubourg entend montrer la manière originale dont l’Église de Rome s’en empare : cette régénération s’inscrit dans un héritage religieux et des traditions culturelles particulières. Elle consiste certes à suivre une ligne évangélique, mais également à la réinsérer dans la matrice catholique.

C’est donc au cœur  de cette dialectique que se situe cette étude : entre « évangélicalisation » et « recatholicisation » du christianisme. L’ouvrage, qui s’articule autour d’une recherche ethnologique menée sur trois terrains – les dispositifs Miracles et Guérisons, la Prière des mères et le Renouveau missionnaire paroissial -, permet de dresser le portrait d’un visage inédit du christianisme.

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 « Réveil catholique », Valérie Aubourg au pays des charismatiques

 Dans son livre, Valérie Aubourg, anthropologue et ethnologue, montre comment le catholicisme français s’est approprié l’apport évangélique nord-américain.

Depuis les années 1970, le catholicisme s’est fortement recomposé. Si dans la plupart des pays occidentaux, il a perdu en nombre et en influence, il a aussi cherché la voie d’une régénération. C’est du côté évangélique qu’il l’a en partie trouvée, ce qui a donné naissance au Renouveau charismatique. Mais le catholicisme ne s’est pas contenté d’adopter des manières de faire venues du monde évangélique : il les a réinsérés dans sa propre matrice, en recatholisant les influences venues essentiellement d’Amérique du Nord. C’est ce que met en évidence cette étude de Valérie Aubourg.

 Dans une longue introduction, cette spécialiste d’anthropologie-ethnologie à l’Université catholique de Lyon souligne la « stupéfiante croissance » du « christianisme charismatique » outre-Atlantique à partir du milieu des années 1960, ce qui accrédite la thèse d’une «’charismatisation’ du christianisme » où l’insistance est mise sur la Bible, la conversion (ou reconversion), l’annonce de l’Évangile, l’expérience du baptême dans l’Esprit Saint et les manifestations qui en découlent.

 Une inspiration pentecôtiste

Le mouvement, inspiré par le pentecôtisme et porté notamment par des groupes de prière, va s’étendre à l’étranger, à commencer par les pays anglo-saxons. « En 1969, 13 pays accueillent des groupes de prière, 25 pays en 1970 et, en 1975, ce sont 93 pays qui sont concernés », indique la chercheuse. (29). « La diffusion du Renouveau charismatique catholique s’effectue de manière relativement spontanée, par le biais de laïcs, de prêtres ou de religieux qui découvrent ce mouvement lors d’une visite aux États-Unis et l’importent ensuite dans leur pays d’origine. Sa propagation se répand également par la médiation de charismatiques américains qui en font la promotion lors de leurs séjours à l’étranger », relève-t-elle.

 « Tout en s’appropriant des traits majeurs du pentecôtisme, les groupes et activités charismatiques s’intègrent dans la vie de l’Église catholique », non sans une certaine méfiance au départ. « Jugé incontrôlable, le mouvement charismatique est discrédité en raison de son inclinaison vers un christianisme émotionnel semblant dévaloriser l’engagement dans la société et par l’attitude perçue comme arrogante de ces nouveaux convertis se présentant comme l’avenir de l’Église ».

 

Un catholicisme « plastique »

Nous sommes au milieu des années 1970. Des personnalités de renom, comme le cardinal Suenens, vont alors jouer un rôle déterminant dans la reprise en main institutionnelle du Renouveau en encadrant ses pratiques et en lui donnant une assise doctrinale. En contrepartie, le mouvement charismatique donnera des gages de catholicité susceptibles de rassurer l’institution romaine : « recours à de figures emblématique (saints, mystiques, papes), réappropriation de l’histoire de la tradition ecclésiale, remise au goût du jour de pratiques tombées en désuétude (adoration du Saint-Sacrement, confessions individuelles, pèlerinage, culte marial, etc.) ». Mais avec le temps, le mouvement charismatique a perdu en vigueur. C’est aussi pourquoi depuis deux décennies des laïcs essaient de le redynamiser.

 Le propos central de l’ouvrage de Valérie Aubourg est de décrire ces efforts à travers l’étude de trois initiatives très différentes : une offre religieuse centrée sur la guérison qui a vu le jour à Lyon en 2006 (Miracles et Guérisons), les groupes de prière hebdomadaire qui réunissent des mères lyonnaises (La Prière des Mères) et le Renouveau missionnaire paroissial. Ces deux derniers terrains n’ont pas de lien établi avec le Renouveau. Mais, comme le montre l’auteur, ils manifestent que l’« évangélicalisation » du catholicisme déborde le seul milieu charismatique. Surtout ils témoignent de la plasticité du catholicisme, de sa capacité d’adaptation « aux formes mobiles d’appartenance » de nos contemporains. Une étude passionnante et très éclairante sur la « recomposition » des propositions catholiques en réponse aux évolutions contemporaines du croire.

 https://www.la-croix.com/Culture/Reveil-catholique-Valerie-Aubourg-pays-charismatique-2020-10-21-1201120633

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 Valérie Aubourg : l’étape post-charismatique du Renouveau

 Dans Réveil catholique, l’anthropologue-ethnologue Valérie Aubourg montre la manière originale dont l’Eglise catholique emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes, pour se régénérer et ralentir la courbe des désaffiliations religieuses, tout en conservant son identité.

Professeure d’anthropologie-ethnologie et directrice de recherche à l’Université catholique de Lyon, Valérie Aubourg a conduit une enquête minutieuse qui montre comment le catholicisme se recompose dans le contexte du Renouveau charismatique, cet emprunt fait à l’univers pentecôtiste et plus largement évangélique. Son travail a abouti à la publication de Réveil catholique, dans lequel le Renouveau charismatique serait parvenu à une étape post-charismatique, où ces emprunts, réinsérés dans la matrice catholique, ne sont plus clairement explicites, ni explicités.

Comment l’ethnologue et anthropologue que vous êtes aborde-t-elle ces nouvelles formes de christianisme ?

Valérie Aubourg: sans jugement de valeur. L’ethnologue y voit un exemple de plusieurs dynamiques à l’œuvre: celles de la transnationalisation du religieux et d’influences croisées, que Levi Strauss appelle des «bricolages» religieux. J’y vois aussi des métamorphoses du catholicisme, qui subit certes depuis plusieurs décennies une crise, mais qui se montre néanmoins créatif et se transforme en faisant des propositions inédites. Certes, la taille et le modèle d’organisation du «paquebot» catholique ne lui permettent pas de changer de cap aussi rapidement que les «hors-bords» évangéliques. Elle fait néanmoins preuve d’inventivité, se modifie et s’adapte en prenant notamment exemple sur les navires protestants.

 «La taille et le modèle d’organisation du ‘paquebot’ catholique ne lui permettent pas de changer de cap aussi rapidement que les ‘hors-bords’ évangéliques.»

 Qu’entend-on par renouveau charismatique au sein de l’Eglise catholique ? 
Il s’agit d’un courant d’environ 19 millions de personnes né aux Etats-Unis. En janvier 1967, quatre enseignants laïcs de l’université de Duquesne à Pittsburgh (Pennsylvanie) font l’expérience du baptême dans le Saint-Esprit dans un groupe de pentecôtistes épiscopaliens. Cette expérience se propage rapidement dans les milieux étudiants catholiques et se traduit par le foisonnement d’une grande variété de groupes de prière, dont plusieurs donnent naissance à des communautés dites nouvelles: aux Etats-Unis, The Word of God (1969) ou en France, l’Emmanuel (1972), Le Chemin Neuf (1973), la Théophanie (1972), le Pain de vie (1976), le Puits de Jacob (1977), etc. Groupes de prières et communautés organisent régulièrement des rassemblements communs propices aux relations entre catholiques et pentecôtistes. 

 Quelles sont les grandes étapes que connaît ce courant de renouveau spirituel ?
Après les années d’éclosion (1972-1982), pendant lesquelles l’expérience pentecôtiste pénètre le catholicisme, on assiste à un repli identitaire (1982-1997) aboutissant dans un deuxième temps à une routinisation. La troisième période est celle du rapprochement avec les néo-pentecôtistes, dans le but de réanimer le Renouveau (depuis 1997). La quatrième phase, dite «post-charismatique» correspondant à l’introduction d’éléments caractéristiques du pentecôtisme dans le catholicisme, en dehors du Renouveau charismatique stricto-sensu. 

 «La quatrième phase, dite «post-charismatique» correspond à l’introduction d’éléments caractéristiques du pentecôtisme dans le catholicisme, en dehors du Renouveau charismatique stricto-sensu.»

 Selon vous, et c’est la thèse que vous défendez dans votre livre, nous sommes donc aujourd’hui à cette étape post-charismatique. Comment se caractérise-t-elle ?
Alors que le Renouveau charismatique se limite aux membres d’une organisation bien circonscrite, de nombreux éléments évangéliques et pentecôtistes se diffusent dans l’Eglise catholique au-delà de sa seule composante charismatique. Ils prennent la forme de groupes d’oraison, d’assemblées de guérison, de formations, de dispositifs individualisés, de supports musicaux, d’ouvrages, de techniques du corps, d’objets, etc. Comme le note Henri Couraye, «une certaine sensibilité charismatique au sens large a gagné l’Eglise sans que tous les fidèles en soient toujours conscients, par capillarité». 

 Retrouve-t-on dans cette étape l’expérience du baptême dans l’Esprit-Saint ?
Oui, car elle ne concerne pas uniquement les actuels membres de groupes ou communautés charismatiques mais aussi ceux qui étaient auparavant des charismatiques actifs et qui ont cessé leur participation dans le mouvement, tout en poursuivant leur activité dans un autre secteur de l’Eglise. Ils sont appelés les «anciens du Renouveau», selon Oreste Pesare, l’ancien responsable du service international du Renouveau charismatique catholiquequi souligne l’attitude de plus en plus fréquente de ces catholiques qui empruntent des éléments charismatiques sans pour autant se définir comme adeptes du Renouveau. Oreste Pesare emploie à leur sujet le terme d’expérience «post-charismatique», qu’il définit comme le fruit de la diffusion de la culture de Pentecôte dans l’Eglise catholique, par exemple celle du Brésil, où les catholiques travaillent en ce sens en proposant une sorte d’évangélisation à travers la musique, la radio et la télévision.

 Pourquoi ces emprunts au monde pentecôtiste et plus largement évangélique ? 
Le catholicisme emprunte aux Eglises évangéliques ses pratiques performantes pour redynamiser la pratique catholique et ralentir la courbe ascendante des désaffiliations religieuses. J’évoque dans mon livre Michael White, un curé de la paroisse de la Nativité à Timonium, l’archidiocèse de Baltimore aux Etats-Unis. A son arrivée dans la paroisse, en 1998, il constate que familles et jeunes l’ont désertée. Il sollicite alors l’aide de Tom Corcoran, un laïc père de six enfants. Découvrant que 75 % de ceux qui ont quitté les bancs des paroisses catholiques rejoignent des assemblées évangéliques et convaincus qu’ils ont beaucoup à apprendre de leurs méthodes, ils s’intéressent aux mégachurches protestantes prospères et en croissance et visitent celle de Saddleback puis d’autres comme la South Coast Community Church à Newport Beach, en Californie. En 2004, ils commencent à reproduire des éléments de ces Eglises et voient le nombre d’adeptes augmenter de manière notoire.  

Source d’inspiration du Renouveau charismatique, les mégachurches, comme celle de Saddleback aux Etats-Unis, fondée par le pasteur Rick Warren. | © blog.ephatta.com

 Comment caractériser ce mouvement ?  
Les entités charismatiques empruntent au pentecôtisme son insistance sur la Bible, la conversion ou la reconversion, l’annonce de l’Evangile, l’expérience du baptême dans l’Esprit-Saint et les manifestations charismatiques qui en découlent, telle la guérison, la glossolalie (ndlr le parler en langues) ou la prophétie. Ils apprécient aussi le répertoire musical évangélique de type pop rock et les innovations technologiques dont ces églises font preuve.

 Vous donnez l’exemple de l’église Sainte-Blandine à Lyon, dont les membres se sont réapproprié ces éléments à la manière catholique. C’est-à-dire ?
Les paroisses catholiques s’approprient le modèle des mégachurches sans faire du copié collé. Elles conservent certains éléments et en abandonnent d’autres. Elles empruntent ainsi à ces Eglises la taille spectaculaire (mega-church), l’innovation technique, la proposition d’une large gamme de services, une vie communautaire intense, une forte implication des laïcs, une spiritualité tournée vers la régénération individuelle, des lignes de forces qui définissent les megachurches américaines et que nous pouvons aujourd’hui observer dans la paroisse catholique Sainte-Blandine. Cela dit, des différences notoires distinguent les mégachurches évangéliques de leurs consœurs catholiques. A partir du cas lyonnais, quatre spécificités catholiques peuvent être soulignées: le rôle prépondérant de l’institution catholique, une inscription dans l’espace urbain et la vie religieuse locale,  une valorisation de la pratique sacramentelle et une expression contenue de la foi.

 «Tout en s’appropriant les traits majeurs du pentecôtisme, les charismatiques défendent la doctrine catholique, assistent assidument aux offices paroissiaux et respectent la hiérarchie ecclésiale.»

 Les charismatiques conservent donc leur identité catholique…
Oui, tout en s’appropriant les traits majeurs du pentecôtisme, ils défendent la doctrine catholique, assistent assidument aux offices paroissiaux et respectent la hiérarchie ecclésiale. Se tenant à distance des questions politiques et du progressisme de certains de leurs coreligionnaires catholiques, les charismatiques préfèrent renouer avec des pratiques traditionnelles: récitation du chapelet, pèlerinages mariaux, confession individuelle, prosternation, adoration du Saint-Sacrement, etc. Du point de vue de leur insertion ecclésiale, la majorité des communautés charismatiques bénéficient du statut d’associations de fidèles et sont placées sous l’autorité de l’évêque du diocèse dans lequel elles sont érigées. 

 Vous avez mené l’enquête sur trois terrains catholiques, dont celui de l’association internationale des ministères de guérison, à Oron (VD). Quel était son objectif ? 
Faire des propositions diverses dans le champ de la guérison et de la prière. Dans des chambres de guérisons, des soirées, des rassemblements de grande envergure, il s’agissait de proposer de prier pour les personnes qui le souhaitent, en demandant à Dieu qu’il les guérisse, y compris physiquement. Cette association est issue du pentecôtisme «troisième vague», qui fait porter l’accent sur la force d’un Saint-Esprit sensé se manifester avec davantage de puissance par «des signes, des prodiges, des guérisons, des miracles» et des délivrances d’entités démoniaques. Yves Payen, un catholique lyonnais est à l’origine du projet local. Il évolue dans le Renouveau charismatique depuis le tout début des années 1970. 

Comment ce «réveil catholique» est-il considéré par le Vatican ?
Au début (années 1967-75) avec méfiance, puis à partir de la Pentecôte 1975, Paul VI encourage le renouveau charismatique. Jean Paul II continue à lui accorder son soutien, mais en lui demandant de ne pas perdre de vue son identité catholique. Pour le pape François, c’est la dimension œcuménique qui l’intéresse en premier lieu avec une expérience du dialogue interconfessionnel différente de par son expérience à Buenos Aires.

 «Les prises de positions du pape François accréditent la thèse selon laquelle l’évangélicalisation du catholicisme ne se réduit pas aux 10% de catholiques réunis sous le label du ‘Renouveau charismatique’».

 Assiste-t-on selon vous à une révolution dans le catholicisme ? 
Les prises de positions du pape François accréditent la thèse selon laquelle «l’évangélicalisation» du catholicisme ne se réduit pas aux 10% de catholiques réunis sous le label du «Renouveau charismatique». Une vidéo en ligne montre le cardinal Bergoglio recevant le baptême dans l’Esprit-Saint en Argentine, lors d’un rassemblement réunissant des catholiques et des évangéliques. Devenu pape, il encourage l’ensemble des catholiques à vivre «la grâce du Baptême dans le Saint Esprit» employant à dessein ce vocable pour souligner ce qui unit les différentes confessions chrétiennes (catholiques et pentecôtistes notamment). Car, pour le pape, «il y a là un problème qui est un scandale: c’est le problème de la division des chrétiens». Aussi place-t-il son pontificat sous le signe du rapprochement catholiques-évangéliques. 

 Qu’est-ce que ces changements nous disent du catholicisme ? 
Ces injonctions en provenance du sommet de la hiérarchie catholique nous invitent à nous demander dans quelle mesure la culture ecclésiale n’est pas en train de se transformer. En se diffusant largement au sein du catholicisme, les éléments pentecôtistes ne sont-ils pas en train favoriser un mouvement de rupture profondément rénovateur ? Là est la question à laquelle je tente de répondre dans la conclusion de cet ouvrage…

 Le Renouveau charismatique au Saint-Siège
Depuis juin 2019, le Renouveau charismatique catholique est représenté par un nouveau et unique organe, Charis, pour Catholic Charismatic Renewal International Service. Voulu par le pape François, il marque une nouvelle étape pour le Renouveau charismatique catholique au sein de l’Eglise. Il remplace les deux organismes reconnus jusque-là par le Saint-Siège, le service International du Renouveau Charismatique Catholique (ICCRS) et la Fraternité catholique des communautés et communautés d’alliance charismatiques (CF), qui ont cessé d’exister depuis. Charis est un service établi par le Saint-Siège à travers le dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie avec personnalité juridique publique.
C’est un organe de communion et de formation pour les différentes réalités issues du Renouveau qui, dans le monde, compte actuellement plus de 120 millions de catholiques. Le statut de Charis souligne l’importance de répandre la grâce du baptême dans l’Esprit, l’œuvre pour l’unité des chrétiens, le service aux pauvres et la participation à la mission évangélisatrice de toute l’Eglise. Jean-Luc Moens est le premier modérateur de Charis. Nommé par le Dicastère, ce belge, marié et père de sept enfants est engagé dans le Renouveau charismatique depuis plus de 45 ans. L’assistant ecclésiastique de Charis, choisi personnellement par le pape François, est le Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale. CP

 https://www.cath.ch/newsf/valerie-aubourg-letape-post-charismatique-du-renouveau/

CONRAD DE MEESTER (1936-2019), EGLISE CATHOLIQUE, FOYERS DE CHARITE, GEORGRS FINET (1898-1951), LA FRAUDE MYSTIQUE DE MARTHE ROBIN, LEON FAURE (1873-1955), LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MARTHE ROBIN (1902-1981), MYSTIQUES, SPIRITUALITE

La fraude mystique de Marthe Robin : le livre choc du Père Conrad De Meester

 La fraude mystique de Marthe Robin

Conrad de Meester

Paris, Le Cerf, 2020. 416 pages.

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Présentation de l’éditeur.

Jeûne perpétuel, stigmates hebdomadaires, conversations mystiques et dictées divines : quel miracle n’a pas connu Marthe Robin (+1981) ? Tout était faux, cependant, car tout était simulé. Cette investigation renversante d’un grand expert catholique ne fait pas que dévoiler une fraude. Elle démasque la  » bonne foi  » qui l’a permise. Un document brûlant.

Il est des livres d’investigation dont les révélations provoquent un avant et un après. Parce qu’ils dévoilent un mensonge établi, en démontant chaque raison secrète, chaque rouage caché, en démasquant les auteurs, les complices et les victimes.
Tel est cet ouvrage, appelé à causer un séisme au sein de l’univers catholique.
C’est en odeur de sainteté que meurt Marthe Robin en 1981. La paralysée de la Drôme a passé des décennies à se nourrir seulement de la communion, à connaître des visions surnaturelles, à éprouver les stigmates du Christ et à transmettre ses dialogues avec Dieu. Elle a reçu des milliers de visiteurs et inspiré le mouvement international des Foyers de Charité. Ses disciples voulaient qu’elle soit béatifiée et canonisée. Pensant en faire l’avocat de leur cause, ils confièrent ses archives au carme Conrad De Meester.
Mais le spécialiste de la mystique féminine, va se faire le procureur de Marthe Robin. Le rapport circonstancié qu’il adresse à Rome, dans lequel il démontre et dénonce une fraude systématiquement organisée, est enterré. Au soir de sa vie, il reprend son réquisitoire, entraînant le lecteur dans la reconstitution de son enquête, déroulant une à une les pièces à conviction, enchaînant les découvertes graphologiques, textuelles, chronologiques, factuelles, médicales qui démontrent la construction de l’imposture.
C’est le manuscrit retrouvé dans la cellule de Conrad De Meester à sa mort, le 6 décembre 2019, que publie les Éditions du Cerf, son éditeur historique. Afin que, selon son vœu , triomphe l’exigence évangélique de la vérité.

 Biographie de l’auteur

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Né en mars 1936 près de Gand, et rentré à 18 ans dans l’ordre des carmes déchaux dans la Province des Flandre, Conrad De Meester a été ordonné prêtre en 1963, à Rome. Après une thèse remarquée sur la théologie de Thérèse de Lisieux », il se spécialise dans la spiritualité carmélitaine, comme il le prouvera avec ses ouvrages importants sur Thérèse d’Avila, sur le carme français Laurent de la Résurrection (1614-1691), ainsi que sur la carmélite de Dijon; Élisabeth de la Trinité (1880-1906) et sur la carmélite juive allemande Édith Stein (1891-1942).  Il publiait également beaucoup dans des revues. Il est décédé en décembre 2019.

 

 

 «La fraude mystique de Marthe Robin», un livre-brûlot

Le dossier de Marthe Robin était en bonne voie pour une béatification de cette mystique catholique, jusqu’à ce que le Père Conrad De Meester, spécialiste en mystique carmélitaine, dans un livre posthume affirme qu’il s’agit d’une imposture.

L’Eglise catholique n’avait pas besoin de ce scandale de plus. La plupart des mouvements spirituels nés dans la deuxième partie du siècle dernier sont aujourd’hui gravement mis en cause par les révélations d’abus spirituels ou des comportements sexuels déviants de leurs fondateurs. Et l’on apprend qu’une des personnalités les plus populaires de la France qui a été déclaré Vénérable par le pape François le 7 novembre 2014 voit sa cause de béatification (peut-être ?) remise en question..

Durant des décennies, des nombreuses personnalités religieuses et nombre de laïcs catholiques ont défilé à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme) pour prier au chevet de Marthe Robin et prendre des conseils pour leur vie. Née en 1902, malade très jeune, condamnée à garder la lit, la jeune fille a rapidement fait part de visions de la Vierge Marie et de Jésus. À partir de 1930, elle ne se nourrit, d’après les témoignages de ses proches, que de l’hostie quotidienne. Les visites de grandes figures catholiques se multiplient à son chevet. Avec son père spirituel, l’abbé Georges Finet, Marthe Robin créée le premier Foyer de charité, maison animée par un prêtre destinée à l’accueil de retraitants. Ces Foyers se sont fortement développés depuis en France et dans le monde.

 

Marthe Robin, une fausse mystique?

À la mort de la mystique en 1981, une cause en béatification est engagée, longtemps en bonne voie au Vatican. Mais depuis quelques années, les nuages s’accumulent. En 2017, le père Bernard Peyrous, postulateur (en charge) du dossier, est contraint de démissionner. Motif : « accusation de gestes gravement désordonnés», ceci dans un contexte où des abus sexuels sont révélés et sèment le trouble chez tous les catholiques. Deux ans plus tard, les mêmes soupçons atteignent le père Finet (mort en 1990), certaines femmes ayant raconté son comportement durant les confessions alors qu’elles étaient adolescentes. Et les Foyers de Charité doivent diligenter une enquête interne.

C’est donc dans ce contexte que le libre du carme Conrad de Meester est publié. Religieux flamand, docteur en théologie, auteur d’études sur Thérèse de Lisieux et d’autres grandes mystiques, il est décédé en décembre 2019. Les proches de Marthe Robin lui avaient confié ses archives. Mais ses travaux où il passe au crible la vie et les écrits de la « mystique de la Drôme » le font fortement douter de la véracité des phénomènes mystiques de Marthe Robin ; son rapport qui est envoyé à Rome ne sera pas retenu. Le manuscrit retrouvé dans sa cellule après sa mort est publié aujourd’hui par les éditions du Cerf, son éditeur historique. Le titre ne laisse pas de place à l’équivoque : La fraude mystique de Marthe Robin.

Dans le dernier chapitre intitulé « En guise d’épilogue : Un vécu pauvre » l’opinion de l’auteur est sans appel :

« La découverte des secrets de fabrication les plus douteux, dans les mots et les actes, quant à la construction volontaire d’une fiction qui aura caractérisé la destinée de la ‘stigmatisée de la Drôme’ ne laisse aucun doute sur le jugement qu’il faut lui appliquer.

« C’est pourquoi à mon sens, de la fraude mystique de Marthe Robin, il n’y a rien, à proprement parler, non seulement à vénérer, mais aussi à conserver. »

Une affaire qui interroge le goût du miracle et le culte voué à certaines personnes !

L’étude du religieux établirait que les propos des prétendues visions de Marthe Robin seraient en fait des plagiats de textes spirituels trouvés dans des ouvrages du XIXe siècle. Quant aux chaussons de celle qui vivait prisonnière de son lit par la maladie, ils montreraient des marques d’usure inexplicables.

L’affaire Marthe Robin peut offrir l’occasion au monde catholique d’une saine interrogation sur une certaine soif de miracle. Et de l’aveuglement qui peut en découler. Sans parler de la question des visions, peut-on réellement croire à la survie d’une femme affaiblie, nourrie par une hostie par jour durant des décennies ? Et, plus important sans doute, en quoi, une telle dévotion peut-elle affermir sa foi dans le Christ ?

La question de l’authenticité

Le père Bernard Peyrous, membre de la Communauté de l’Emmanuel et postulateur du dossier de béatification de Marthe Robin, a été démis de ses fonctions par l’Eglise catholique le 30 octobre 2017 à la suite d’accusations de « gestes gravement inappropriés ».

Une commission de recherches fait état en mai 2020 d’ « agissements  gravement déviants » de la part du père Georges Finet, le père spirituel de Marthe Robin et fondateur des Foyers de Charité. La Conférence des évêques de France  a publié un communiqué de presse encourageant « les membres des Foyers et les amis des Foyers à mener à bien [le] travail de révision et de renouveau, en s’appuyant sur l’exemple et l’intercession de Marthe Robin.

En octobre 2020 paraît le livre du père Conrad De Meester, La Fraude mystique de Marthe Robin. Ce document est, selon le journal catholique La Vie, « une claire contestation de la décision romaine ». Selon l’auteur, les écrits mystiques et correspondances de Marthe Robin, courant sur des milliers de pages, sont des plagiats d’au moins vingt-neuf mystiques plus ou moins connues des siècles précédents, notamment Madeleine Sémer, Marie-Antoinette de qGeuser – jusqu’à 23 passages dans une seule note –, V éronique Giuliani, Anne-Catherine Emmerich, Catherine de Sienne, et Thérèse d’Avila, dont les livres lui avaient été recommandés ou offerts. De nombreux passages sont par ailleurs réutilisés dans ses « passions » du vendredi, qui procèdent, selon Conrad de Meester, de mises en scène plus que d’expériences mystiques véritables. Par ailleurs, selon ses analyses graphologiques, les écrits de cinq secrétaires non identifié(e)s seraient en réalité de la main même de Marthe Robin, ce qui jette un doute sur la réalité de sa paralysie. Enfin, l’auteur soulève de nombreuses questions médicales, jamais abordées du vivant de Marthe Robin, ni juste après sa mort (absence d’autopsie), avançant des éléments tentant à faire douter de l’inédie de l’intéressée.

Selon un article de Jean-Marie Guénois dans Le Figaro, cette « thèse est vigoureusement contestée, depuis l’annonce de la publication, par la famille de Marthe Robin, par les Foyers de Charité, œuvre qu’elle a fondée. Et, sur un mode officieux pour l’heure, mais formel, par le Vatican ». Sophie Guex, postulatrice de la cause de béatification de Marthe Robin depuis l’éviction de Bernard Peyrous, s’oppose aux conclusions du père De Meester. La Congrégation pour les causes des saints, pour sa part, affirme que ce livre n’apporte rien de neuf : Conrad De Meester a été auditionné, son rapport a été reçu et étudié, l’Eglise a répondu à ses objections sans retenir ses théories.

Marthe Robin : biographie d’une mystique, ses prédictions et stigmates

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Marthe Robin est une mystique française qui a vécu plus de 50 ans en ne mangeant que des hosties. Sa maladie invalidante, ses stigmates et ses visions font d’elle une candidate pour la béatification.

Marthe Robin est née le 13 mars 1902 à Châteauneuf-de-Galaure dans la Drôme. La vie de la mystique est marquée par la maladie, la douleur et la réclusion. En 1903, elle montre les symptômes d’une fièvre typhoïde. À l’âge de 16 ans, elle sombre pendant 27 mois dans le coma, après une encéphalite léthargique. Miraculée, elle échappe de peu à la mort, mais elle gardera toute sa vie des séquelles et une santé fragile. À partir de 1928, après plusieurs rechutes, ses membres inférieurs se paralysent. Incapable de se mouvoir ni de dormir, la pieuse Marthe Robin garde le lit jusqu’à la fin de ses jours. En 1936, avec l’aide du père Georges Finet, Marthe Robin fonde les Foyers de Lumière, de Charité et d’Amour.

Marthe Robin reçoit d’abord une vision mariale : la vierge lui est apparue en 1921. Les stigmates de la passion apparaissent en 1930 : elle présente les mêmes plaies que le Christ sur la croix. Elle est également connue pour avoir vécu 50 ans malgré un jeûne strict. Le corps de la jeune femme rejetant toute autre forme de nourriture ou de boisson, Marthe Robin se nourrissait uniquement d’hosties qu’elle prenait occasionnellement, une à deux fois par semaine. Cette inédie de 51 ans n’a pu être prouvée cliniquement. Dans la ferme familiale, jusqu’à la fin de ses jours, aveugle et épuisée par la maladie, Marthe Robin reçut jusqu’à 100 000 personnes. En effet, dans sa chambre à coucher, plongée dans l’obscurité, puisque Marthe Robin ne supportait pas la lumière, la jeune mystique délivre visions mystiques, messages et conseils spirituels, jusqu’au bout de ses maigres forces. Quant à ses prédictions, elles se rapportent principalement à la Pentecôte d’amour, un renouveau spirituel. Après des années de maladie, la jeune femme décède le 6 février 1981 à Châteauneuf-de-Galaure. Elle est enterrée au cimetière de Saint-Bonnet de Galaure.

Les Foyers de charité

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Les Foyers de charité, co-fondés en 1936 par Marthe Robin et le Père Georges Finet, sont des communautés qui rassemblent des laïcs, hommes et femmes, célibataires ou mariés, et des prêtres.

À l’exemple des premiers chrétiens, ils vivent ensemble et mettent en commun leurs biens et leurs compétences. La prière y tient une place prépondérante. Leur mission principale est de contribuer à la « nouvelle évangélisation » par le moyen de retraites spirituelles.

 Origines

Les Foyers de charité (forme abrégée de Foyers de lumière, de charité et d’amour) ont été fondés en 1936 par Marthe Robin et le père Georges Finet à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme). En 1986, le Conseil pontifical pour les laïcs a reconnu l’œuvre des Foyers de charité comme association privée internationale de fidèles   puis l’a confirmée en 1999.

 Description

Les Foyers sont des lieux de prière où vivent des laïc, hommes et femmes (consacrés dans le célibat qui à l’exemple des premiers chrétiens mettent en commun leurs biens, leurs compétences et leurs charismes pour vivre et annoncer l’Evangile (avec un prêtre, le « père du Foyer »).

Par leur travail, leur prière, leur vie fraternelle et leur accueil, ils manifestent l’amour de Dieu pour tout homme et la beauté de la vie avec le Christ.

Leur mission principale est l’animation de retraites spirituelles, , dans un cadre familial et un climat de silence. On peut trouver là une mise en œuvre originale des intuitions développées au cours du concile Vatican II.

En 2016, l’œuvre fête ses 80 ans, à cette occasion, les 250 délégués représentant toutes les communautés se retrouvent à Châteauneuf-de-Galaure et élisent un nouveau père modérateur, le sénégalais Moïse Ndione.

 Revue

L’œuvre des Foyers de charité publie régulièrement une revue, intitulée L’Alouette , qui aborde différents thèmes, relatifs à la vie de l’Église et à la vie spirituelle.

 Rayonnement

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L’œuvre de Marthe Robin s’est étendue dans le monde entier. Il existe aujourd’hui 78 foyers de charité répartis dans 42 pays et comprenant environ mille membres. En 2015, Domitille et Alexandre Roduit créent le projet Resplandor dont l’objectif est de mettre en place une structure destinée à soutenir l’envoi de jeunes volontaires dans les foyers de charité du monde 

 Abus sexuels

En septembre 2019, après des témoignages sur internet, une enquête interne est engagée concernant des actes pédophiles commis en particulier par le père Georges Finet Un rapport, publié en mai 2020, présente le témoignage de 26 femmes qui auraient été victimes d’agressions sexuelles notamment pendant la confession.

Le Père Léon Faure (1873-1955)

Né à Manthes (Drôme) en 1873 et décédé en 1955. Prêtre du diocèse de Valence. Curé de Châteauneuf-de-Galaure à partir de 1923. Il fut le premier père spirituel de Marthe Robin avant d’être remplacé par le Père Finet

 

Georges Finet

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Georges Finet, né le 6 septembre 1898 à Villeurbanne et mort le 14 avril 1990 à Châteauneuf-de-Galaure. est un prêtre catholique et prédicateur français, principalement connu en tant que père spirituel de Marthe Robin et cofondateur des Foyers de Charité..

Biographie

Formation

Georges Finet naît le 6 septembre 1898 à Villeurbanne au sein d’une famille bourgeoise, travailleuse, pieuse et unie dont il restera proche toute sa vie. Il est baptisé le lendemain en la basilique Notre-Dame-de-Fourvière. Fils de Ludovic et Marie-Antoinette Finet, il a deux frères dont un, Pierre, deviendra jésuite et trois sœurs dont une deviendra petite sœur de l’Assomption.

À l’âge de 12 ans, il entre comme pensionnaire à l’institut des Chartreux, où il est un bon élève. Fin mai 1915, à l’âge de 17 ans, il part pour une brève retraite de fin d’études à Ars-sur-Formans, où il ressent un appel à la prêtrise alors qu’il est en adoration eucharistique en la petite chapelle de la Providence. Il est alors envoyé au séminaire français de Rome,   où il découvre Le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge de Louis-Marie Grignon de Montfort qui représente une étape décisive. Après cette lecture, il décide en effet de remettre à la Vierge Marie la conduite de sa vie intérieure et ses actions extérieures.

Il doit cependant interrompre ses études car il est mobilisé en 1917. Durant la guerre, il apprend notamment à « commander en se faisant aimer par ses hommes ».  Il entre ensuite à l’Université pontificale grégorienne.

Missions

Georges Finet est ordonné le 8 juillet 1923 en la chapelle des Chartreux à Lyon, par le cardinal Louis-Joseph Maurin. Il est alors nommé vicaire de la paroisse ouvrière d’Oullins, puis devient curé de la primatiale Saint-Jean-de-Lyon en 1925. Il est parallèlement responsable d’un groupe de jeunes et passe beaucoup de temps à confesser.

En 1933, il devient sous-directeur de l’enseignement libre et doit ainsi gérer 850 écoles. Considérant que la foi est présentée aux enfants de manière peu satisfaisante, il publie notamment, en 1948, un manuel de doctrine catholique. De 1930 à 1939, il organise également des conférences dominicales chez les Sœurs de Notre-Dame-du-Cénacle pour faire connaître et aimer la Vierge Marie. Le succès de sa prédication est tel que les auditrices passent de 12 à 300.

Foyers de Charité

Le 10 février 1936, Georges Finet rencontre à Châteauneuf-de-Galaure la vénérable Marthe Robin, dont il devient le père spirituel. Ensemble, ils créent les Foyers de Charité dont il devient également le responsable. Il les définit comme un « séminaire pour les laïcs » marqué par des retraites « riches de l’essentiel », dans le silence, la prière liturgique et personnelle et une forte dévotion à la Sainte Vierge. Réputé pour son zèle religieux, il prêche au total 486 retraites et fait de nombreux voyages pour développer d’autres foyers.

En 1986, soit 5 ans après la mort de Marthe Robin, l’Œuvre des Foyers de Charité est enfin reconnue par le Conseil pontifical pour les laïcs. Entretemps, d’autres foyers ont été érigés en France, en Amérique latine (1958), en Afrique  (1961) et à Saïgon 1968), puis dans d’autres pays en Asie . Le père Finet meurt finalement le 14 avril 1990 l, pendant le Samedi-Saint.

 Controverses

Le 22 février 2019, suite aux scandales d’abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise catholique, France-Culture diffuse plusieurs témoignages de victimes présumées avoir été abusées par des prêtres pendant leur minorité. L’une d’elles durant son témoignage (d’abus en pensionnat dans un tout autre cadre) rapporte des propos que lui aurait confiés une amie décédée depuis plusieurs années, « les confessions avec le Père Finet c’était pas drôle, c’était la tête entre ses cuisses »

Le 19 septembre 2019, La Croix révèle que le Père Georges Finet fait l’objet d’une commission de recherche composée d’experts indépendants ayant gardé l’anonymat et présidée par Françoise Gaussen, ancienne directrice de l’enseignement catholique du diocèse de Marseille. En effet les foyers de la charité ont été « interpellés à plusieurs reprises au sujet du père Georges Finet sans pouvoir vérifier la véracité des témoignages » selon le père Moïse Ndione, modérateur de la communauté.

Le 7 mai 2020, l’œuvre des Foyers de Charité rend publique la synthèse du rapport de la commission de recherche qui a récolté 143 témoignages sur une large période allant de 1945 à 1983. La synthèse note que « la majorité des personnes qui ont contacté la commission ont souhaité apporter un témoignage de reconnaissance envers le père Finet » et « n’ont jamais rencontré de problèmes avec le père Finet, notamment en confession, sinon d’éventuelles maladresses dans les questions posées ». Néanmoins, « 26 femmes, principalement des anciennes élèves de Châteauneuf-de-Galaure, alors âgées pour la plupart de 10 à 14 ans, ont dénoncé le comportement du père Finet au cours de confessions. Des témoignages concordants relatent des touchers du corps, parfois à même la peau, sous les vêtements, et des questions intrusives sur leur sexualité. Ces agissements ont constitué de graves intrusions dans la vie intime de ces jeunes filles et jeunes femmes, et leur ont causé des blessures psychologiques et spirituelles. 15 personnes victimes témoignent de souffrances encore vives aujourd’hui. ».

Cette enquête et sa méthodologie sont critiquées par la philosophe et théologienne Aline Lizotte et par l’abbé Bernard du Puy-Montbrun, docteur en droit canonique, selon qui ce rapport serait contraire au droit pénal notamment en transformant la présomption d’innocence en présomption de culpabilité et en accusant un mort alors qu’il n’existe pas de procès post-mortem.

De son côté, l’hebdomadaire Golias avance que selon ses informations « c’est la direction des Foyers de Charité qui a rédigé la synthèse du rapport de la Commission » et suggère qu’il s’agit « d’une tentative de se débarrasser d’un fondateur » : « sa figure d’envergure gênait pour la transformation souhaitée de l’œuvre des Foyers. »

Le 7 juin 2020, le père Moïse Ndione fait état dans une lettre aux membres de l’Œuvre de vingt nouveaux témoignages s’ajoutant aux 26 autres qui « confirment de manière concordante des agissements graves du père Finet ».

Le 10 juin, un collectif d’anciennes élèves de l’école du Foyer de Châteauneuf-de-Galaure conteste l’enquête de la Commission Gaussen qu’elle estime « illicite et non fondée malgré les apparences ».

Répondant aux critiques, Thierry Coustenoble, secrétaire général des Foyers, déclare au magazine Famille chrétienne que « la composition de la commission a respecté les directives données par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, et s’est faite en collaboration avec les services de la Conférence des évêques de France (CEF). ». L’information est confirmée à l’hebdomadaire par Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la CEF qui explique : « L’objectif n’est pas de condamner le Père Finet, mais de faire la vérité sur ses actes ».

En septembre 2020, 42 anciennes élèves de Châteauneuf-de-Galaure portent plainte contre X avec constitution de partie civile pour « diffamation envers la mémoire d’un mort » devant le Tribunal judiciaire de Paris..

ALGERIE (histoire religieuse), EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE D'ALGERIE, HENRI TESSIER (1929-2020)

Monseigneur Henri Teissier, évêque émérite d’Alger

Monseigneur Henri Teissier, évêque émérite d’Alger

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Mort de Mgr Henri Teissier, une vie au service de l’Algérie

L’archevêque émérite d’Alger est décédé au petit matin du mardi 1er décembre, le jour de la fête du bienheureux Charles de Foucauld. Avec lui s’éteint un véritable monument de l’histoire de l’Algérie et de son Église. Ce pasteur au grand cœur était en quelque sorte le « 20ème bienheureux », celui qui avait accompagné et enterré les 19 martyrs d’Algérie pendant la décennie noire.

Mgr Henri Teissier a vécu sa Pâques mardi 1er décembre au petit matin. Un AVC l’ayant surpris la veille dans le petit appartement qu’il occupait depuis deux ans à Lyon, il a été accueilli au service de réanimation de l’hôpital Édouard Herriot.

Monument de l’histoire de l’Algérie et de son Église

Véritable monument de l’histoire de l’Algérie et de son Église, Mgr Henri Teissier avait dû se résoudre à quitter Alger, où il a habité jusqu’à l’automne 2018 et qu’il sillonnait sur les chapeaux de roue au volant de sa petite voiture, malgré l’escorte policière. Parce qu’il y était comme chez lui plus qu’en France, il ne parvenait plus, à 89 ans, à tenir le rythme. « Je ne peux pas rester alors que je n’arrive plus à me déplacer », soupirait-il pour expliquer ce départ. Sans arrêt, il était invité par des amis « pour un mariage, un enterrement ou une décoration », sollicité pour un évènement officiel…

Mais c’est bien à Alger qu’il a passé l’essentiel de sa vie depuis cet été 1951 où, grâce à l’entremise du père René Laurentin, il effectue un stage d’un an dans une usine de planchers préfabriqués et dans la paroisse de Hussein Dey. L’objectif est de vérifier la solidité de sa vocation. L’expérience est décisive : le curé est le père Jean Scotto, pied-noir et engagé aux côtés des Algériens. Une « Église d’ouverture », se souvenait-il. Il y fait la connaissance de Pierre Chaulet, un médecin qui s’engagera aux côtés du FLN, de Marie-Thérèse Brau, qui a fondé d’une trentaine de centres de formation pour jeunes handicapés et qui se repose aujourd’hui à Marseille… Des proches parmi les proches, unis par un même amour de l’Algérie et des Algériens.

 Travailler pour l’humanité

Lors de son ordination en 1955, le jeune prêtre n’a qu’un souhait : retourner en Algérie. Il a commencé à apprendre l’arabe à l’Inalco en plus de ses études au séminaire, et part se perfectionner deux ans au Caire. En 1958, il arrive comme prêtre à Alger. Il est nommé à Belcourt où vivent environ 20 000 chrétiens. « Patronage, chorale, ACO, ACI, scouts, catéchisme… », il a jusqu’à 40 groupes à suivre. C’est la grande époque des petits frères et petites sœurs de Jésus, qui choisissent une vie pauvre, au milieu des Algériens, « et forment une communauté qui porte le peuple dans sa prière ». Un modèle de vie évangélique à ses yeux.

Il n’a jamais compris les critiques ou les moqueries venues de l’autre côté de la Méditerranée de ceux qui le jugeaient « trop mou ». « J’ai accompagné des catéchumènes vers le baptême et avec une grande joie. Mais n’avons-nous rien à faire avec les 99 % musulmans qui le resteront ? Le Royaume ne se construit pas seulement là où l’on “fait des baptisés” mais là où l’on travaille pour l’humanité », affirmait-il. Selon lui, et c’est ce qu’il a pleinement vécu dans son pays d’adoption – il a obtenu la nationalité algérienne en 1965 en même temps que le cardinal Léon-Etienne Duval -, « le message évangélique doit transformer les personnes et les sociétés ». Il se vit donc « aux champs, à l’hôpital comme à l’usine ». Et pendant ses quatre premières années en paroisse, résolument du côté du cardinal Duval.

 Le choix de rester après l’indépendance

Après l’indépendance et le départ de la quasi-totalité de ses fidèles, Henri Teissier fait le choix de rester. Tout est à repenser et à reconstruire, avec les coopérants étrangers. Le cardinal lui confie la mission de fonder un Centre diocésain d’études de langues et de pastorale pour accompagner la découverte par les chrétiens de la culture algérienne. Avant son déménagement quelques années plus tard aux Glycines, le centre est installé à Kouba, au grand séminaire qui accueille une poignée d’étudiants dont… Guy Gilbert. « J’étais censé lui enseigner l’arabe mais en réalité, il courrait partout », s’amusait-il, au souvenir de ses 400 coups, qui lui vaudront finalement une expulsion en 1968.

C’est à cette période que naîtra, grâce à un manuscrit retrouvé chez un ami, l’une des grandes passions de sa vie : l’émir Abdelkader, à qui il a brièvement rêvé de consacrer une thèse en histoire (1). « L’Émir était concerné par la recherche d’un dialogue islamo-chrétien, et cela avait été écrit en 1849, c’est-à-dire un siècle avant que ce dialogue devienne un sujet général. C’est pour cela que je me suis intéressé à ce manuscrit », expliquait-il à longueur de colloques et d’interviews dans la presse algérienne. Fin 2018, il a été couronné du prix Abdelkader de la paix. En remettant le prix au père Raymond, curé de Mascara, le ministre de la culture a salué « son action en Algérie, contribuant à la compréhension entre les peuples et à l’amitié ».

De fait, Henri Teissier est à la fois un Algérien aux innombrables amitiés algériennes et un véritable pilier de sa petite Église. Nommé évêque d’Oran en 1972, il devient évêque coadjuteur d’Alger en 1980, puis succède au cardinal Duval comme archevêque d’Alger en 1988, cherchant toujours le moyen de se mettre au service d’un pays, qui, depuis son indépendance, ne cesse de se chercher une identité, un avenir politique, un projet commun… Avec une petite équipe, il venait juste d’achever de réunir des témoignages sur cette époque de bouillonnement et de questionnements. Le résultat – « L’Église et les chrétiens dans l’Algérie indépendante », préfacé par lui – vient de paraître aux éditions Kartala, écho lucide d’une quête passionnée et toujours inachevée (2).

 Partager ce témoignage avec l’Église universelle

C’est à ce poste d’archevêque d’Alger qu’Henri Teissier est plongé dans la tourmente de la violence islamiste qui déchire le pays. C’est lui qui accompagne chacun des membres du diocèse dans son discernement : fallait-il partir comme le leur ordonnaient les autorités françaises, ou rester malgré les risques ? C’est lui aussi qui, à 18 reprises, est appelé après l’assassinat tragique d’un des siens durant cette décennie noire. A chaque fois, dans le chagrin et la peur, il prévient les familles, organiser les obsèques ou le rapatriement des corps. La 19ème fois, c’est l’assassinat de son ami et confrère Pierre Claverie, évêque d’Oran, qu’il apprend. Incroyablement meurtri, il tient bon.

En 2000, alors que la furie a pris fin et qu’un couvercle est en train d’être posé par les autorités algériennes sur cette immense tragédie, Mgr Henri Teissier est invité par Jean-Paul II à la célébration au Colisée pour « les martyrs du XXIe siècle » : avec les familles des 19 martyrs d’Algérie, il lance l’idée folle et prophétique de leur béatification, soucieux de partager avec l’Église universelle leur témoignage de fidélité.

Fin connaisseur de la sensibilité algérienne, il sait mieux que quiconque le risque de cette mise en lumière : « Il n’est pas question pour nous d’opposer une violence qui nous a été faite à celle qui a frappé toute la société », répétait-il. « Si nous nous occupons de reconnaître le témoignage de vie des nôtres, c’est parce que nous en avons la responsabilité. Cela ne nie en rien la fidélité, le travail et le courage de tous ceux qui ont payé le même prix ». En parallèle, il se bat aussi pour que le monastère de Tibhirine reste un lieu de prière chrétienne – il accueille désormais une petite communauté du Chemin-Neuf.

Le résultat, le 8 décembre 2018, dépasse tous ses espoirs. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est l’Algérie, pays à la mémoire blessée, toujours tiraillé entre la tentation du repli et celle de l’ouverture, qui accueille la première béatification dans un pays très majoritairement musulman. La célébration a lieu là même où « ces hommes et ces femmes sont restés par fidélité avec un peuple et un pays », avec le soutien des autorités algériennes, les représentants des autorités civiles, des familles des martyrs et des quatre diocèses de l’Église catholique en Algérie, ainsi que de nombreux Algériens. Elle réunit dans un même hommage ces « milliers et milliers d’intellectuels, de journalistes, d’imams, de pères et de mères de famille », à qui une minute de silence a été dédiée en ouverture de la célébration. Pour cet homme au cœur de pasteur, et à la larme facile, la très belle célébration au sanctuaire de Santa-Cruz est un accomplissement, mais aussi une forme de guérison. Elle vient couronner une vie toute entière donnée à l’Église et à l’Algérie.

(1) L’Emir Abd el-Kader, témoin et visionnaire (collectif) Textes de Pierre Lory, Daniel Rivet, Mgr Henri Teissier, Michel Lagarde, Bruno Etienne et Cheikh Khaled Bentounès (Paris, Ibis Press, 2005)

(2) « L’Église et les chrétiens dans l’Algérie indépendante », J.R. Henry et A. Moussaoui, préface de Mgr Henri Teissier, Kartala, 2020,

La Croix du 1er décembre 2020.

 

HENRI TESSIER

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Henri Teissier est un évêque catholique franc-algérien, né le 21 juillet 1929 à Lyon, et mort le 1er décembre 2020 à Lyon.

Il est évêque d’Oran de 1972 à 1980, puis évêque-coadjuteur  d’Alger, et archevêque d’Alger de 1988 à 2008. Il est depuis archevêque émérite d’Alger.

Biographie

Henri Teissier est issu d’une famille installée à Philadelphie en Algérie depuis 1849. Il grandit dans diverses villes de France, où son père, officier, est affecté. Il fait ses études chez les jésuites. La famille rejoint Alger en 1947. Il est ordonné prêtre pour le diocèse d’Alger, le 24 mars 1955, après des études au séminaire des Carmes à Paris. Il apprend l’arabe à l’Institut dominicain du Caire, où il assiste à la montée des nationalismes arabes. Il est de retour à Alger en 1958. Il fait partie de la vingtaine de prêtres (dont le cardinal Duvalqui obtiennent la nationalité algérienne en 1965. Mais l’Église catholique est exsangue et ne représente plus que 20 000 fidèles demeurés sur place, avec quelques coopérants ou étudiants africains.

Le 30 décembre 1972 à 43 ans, il est nommé par le pape Paul VI évêque d’Oran. Il reçoit la consécration épiscopale le 2 février 1973. En 1976, les écoles catholiques sont nationalisées, la charia devient la référence du droit, et l’arabe devient l’unique langue d’enseignement.  Le 20 décembre 1980, il est nommé archevêque coadjuteur du cardinal Duval à Alger. En 1988, le cardinal Duval se retire et Henri Teissier devient archevêque d’Alger.

Profondément attaché à l’Algérie dont il obtient la nationalité   Mgr Teissier traverse avec l’Église la terrible crise terroriste qu’a connue le pays dans les années 1990. Dix-neuf religieux sont assassinés entre 1994 et 1996 dont Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, et les moines de Tibhirine. Malgré les épreuves et les menaces, Henri Teissier est toujours resté en Algérie avec comme unique ambition de découvrir et de susciter des frères. Il défend constamment les autorités algériennes, même pendant la guerre de 1993-2000 qui fit plus de 200 000 morts. Il le fait pour ne pas exposer davantage les chrétiens durement éprouvés.

En 2005, lors d’une Conférence-débat sur les religions monothéistes avec Tahar Absi professeur à l’Université d’Alger intitulée « Paix et tolérance », Mgr Teissier disait que le terme « salam » (paix en arabe) constitue l’un des fondements du christianisme. « Jésus se plaisait à enseigner à ses disciples qu’à chaque fois que le seuil d’une maison était franchi, il fallait impérativement prononcer le mot paix » et que « l’islam, le christianisme et le judaïsme sont certes trois religions différentes qui ont toutefois une source et une finalité commune : le bonheur de l’humanité.» Mgr Teissier a noté la nouvelle position développée par l’Eglise « qui consiste à considérer les autres religions sous l’angle de la recherche des éléments qui favorisent l’amour entre les humains et qui renforcent chez eux le sentiment d’appartenir à une même famille ». Il a aussi rappelé que « L’existence en Algérie d’une communauté chrétienne est la preuve que nous vivons dans une atmosphère de tolérance et que nous partageons les mêmes joies et les mêmes épreuves que les autres peuples de la planète. » 

Le 24 mai 2008,   le Pape Benoît XVI accepte la démission de Mgr Henri Teissier. Il est remplacé par le père Ghaleb, du Patriarcat latin de Jérusalem.

Mgr Henri Tessier meurt des suites d’un AVC à l’hôpital Edouard-Herriot t à Lyon le 1er décembre 2020  à l’âge de 91 ans.

Publications

Église en Islam, Centurion, 1984

La Mission de L’Église, Desclée de Brouwer, 1985

Histoire des chrétiens d’Afrique du Nord, Desclée de Brouwer, 1991, en collaboration

Lettres d’Algérie, Bayard-Centurion, 1998

Chrétiens d’Algérie, un partage d’espérance, Desclée de Brouwer, 2002

Bibliographie

Martine de Sauto, Henri Teissier, un évêque en Algérie, Bayard, 2006 

CHARLES BORROMEE (saint ; 1538-1584), EGLISE CATHOLIQUE, PESTE, PESTE DE MILAN (1576), SAINTETE, SAINTS

Saint Charles Borromée et la peste de Milan de 1576

Charles Borromée et la peste de Milan (1576)

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 En 1576, alors que la ville de Milan est ravagée par la peste, saint Charles Borromée, évêque de la ville, fait preuve d’un dévouement extraordinaire auprès des malades et mène des actions rapides pour limiter la propagation du mal. Un modèle, célébré par l’Église le 4 novembre, qui peut inspirer notre génération en ces temps troublés.

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Saint Charles Borromée est un des grands prélats italiens du XVIe siècle. Il est connu pour sa participation active au concile de Trente, notamment dans la rédaction du célèbre catéchisme appelé aujourd’hui catéchisme du concile de Trente. Dans son diocèse de Milan, saint Charles eut à cœur de faire appliquer la réforme catholique issue du concile dans un esprit de charitable pédagogie. Toutefois, les Milanais se souviennent davantage de son action énergique et spectaculaire lors de la terrible peste qui ravagea la ville durant les derniers mois de l’année 1576.

Dès le début de la propagation de cette redoutable maladie, que la médecine de l’époque ne sait pas soigner, l’évêque propose son assistance aux autorités civiles, et il conseille le gouverneur pour mettre en place les premières mesures prophylactiques destinées à limiter la propagation du mal. Immédiatement, on décide la fermeture des portes de la ville afin d’empêcher l’arrivée de nouveaux pestiférés, car la maladie vient des villes environnantes. Autre mesure élémentaire pour restreindre la contagion : séparer les malades des biens portants. Ainsi, à la moindre suspicion de peste, les habitants sont envoyés au lazaret. Mais rapidement, celui-ci ne suffit pas, et les autorités organisent la construction, en dehors de la ville, de plusieurs centaines de cabanes pour recevoir les malades.

 De la santé du corps à la santé de l’âme

Saint Charles ne conçoit pas de laisser les pesteux et les mourants sans réconfort. Il sait combien le soutien affectif, et surtout spirituel, est fondamental en période d’épidémie. La santé de l’âme est plus importante que celle du corps, estime le pieux évêque. A quoi bon soulager le corps si l’âme est malade ? Il décide alors d’aller tous les jours visiter les pestiférés pour les réconforter, les confesser et leur donner la sainte communion. Son courage et son élan de générosité entraînent d’autres prêtres et religieux. Progressivement, ces ecclésiastiques viennent à leur tour apporter les secours de la religion aux malades, qui, sans eux, seraient dans une profonde solitude et une profonde détresse.

L’acceptation du risque de la maladie par amour de Dieu et des âmes n’empêche pas l’évêque de Milan de suivre les recommandations médicales pour se protéger et empêcher la contagion. Ainsi, Charles désinfecte toujours ses vêtements au vinaigre, et il refuse désormais de se faire servir, ne souhaitant pas exposer les serviteurs du palais épiscopal. Comme il risque chaque jour d’être infecté, il se promène avec une longue baguette qui lui permet de maintenir une distance de sécurité quand il rencontre des biens portants. Il préconise les mêmes mesures préventives à tous ceux qui approchent les pestiférés. Mais plus que tous les moyens terrestres, Mgr Charles Borromée s’abandonne totalement à la volonté de son Père céleste. Il encourage les prêtres à conserver une âme à la fois ardente, entièrement dévouée à leur ministère, et tranquille, pleinement confiante en Dieu. Force est de constater que sa confiance ne fut pas vaine, puisque, malgré une exposition quasi journalière à la maladie, Charles ne fut pas atteint par la peste.

 Un confinement strict

Au mois d’octobre, quelques semaines après le début de l’épidémie, les autorités civiles publient un édit de quarantaine : interdiction est faite à tous les habitants de sortir de leur demeure, sous peine de mort. L’isolement profond entraîné par ce confinement, la crainte du mal toujours menaçant, la préoccupation du sort des parents et des amis, les premières atteintes de la maladie, tout contribue à aggraver encore plus la détresse des Milanais. Leur pasteur sent combien cette situation est douloureuse pour le cœur, mais aussi dangereuse pour l’âme. Il décide de réagir en conséquence et commence par prévenir la municipalité que ses prêtres ne vont pas respecter la quarantaine. Le gouverneur, qui a déserté la ville quelques jours après le début de l’épidémie pour se réfugier à la campagne, se retrouve impuissant face à la détermination de Charles. De plus, il comprend les bienfaits d’une présence spirituelle pour maintenir la santé morale des habitants. L’évêque répartit ensuite les équipes sacerdotales entre le ministère des pestiférés et le ministère des confinés, et il cherche les moyens de transmettre aux fidèles les grâces sacramentelles malgré le confinement.

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Tout d’abord, saint Charles incite les habitants à une prière plus fréquente et plus intense, en leur proposant des lectures spirituelles et la récitation des litanies. Puis il fait sonner les cloches de la ville sept fois par jour, afin d’inviter les habitants à se recueillir tous ensemble au même moment. Des prêtres déambulent dans les rues en priant à voix haute, et les fidèles, de leurs fenêtres, leur donnent la réplique. Quand ils souhaitent se confesser, ils appellent le prêtre qui les confesse alors sur le pas de la porte. Enfin, Charles fait construire à travers la ville dix-neuf colonnes surmontée d’une croix. Un autel est installé au pied de chacune d’elle, et la messe y est célébrée tous les jours. Postés à leurs fenêtres, les habitants peuvent se tourner vers les croix dressées dans le ciel, et prendre ainsi part aux messes. Les prêtres portent ensuite la communion aux fidèles, à travers les fenêtres ou sur le pas des portes. La quarantaine est partiellement levée à la fin du mois de décembre et la peste quitte progressivement la ville durant les mois suivants.

Charles Borromée mourut en 1584 ; il fut canonisé dès 1610. Son action à Milan contribua à la reconnaissance de l’héroïcité de ses vertus. Pendant ces semaines éprouvantes d’épidémie, saint Charles n’hésita pas à bousculer les règlements et les conventions sociales, et il eut le courage de risquer sa vie, par amour du Christ et des âmes. Son dévouement auprès des prêtres et des fidèles de son diocèse lors cette épidémie lui a valu d’être déclaré saint patron des évêques.

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Charles Borromée

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Saint Charles Borromée né à Arona en octobre 1538 et mort à Milan en novembre 1584 à Milan, est un pélat italien du XVIè siècle, archevêque de Milan et cardinal. Grand artisan dans son diocèse de la Réforme catholique voulue par le concile de Trente,  il est considéré comme un modèle d’évêque post-tridentin. Canonisé dès 1610 par le pape Paul V, il est commémoré le 4 novembre.

Biographie

Charles Borromée naît dans une famille de la haute aristocratie lombarde.  Sa mère est la sœur de Giovanni Angelo de Médicis, qui fut pape sous le nom de Pie IV  de 1559 à 1565. Charles Borromée est donc son neveu.

À l’âge de 12 ans, il reçoit la tonsure et le bénéfice de l’abbaye bénédictine  d’Arona, laissée vacante par son oncle. Il fait ses études à Milan puis à Pavie.

Quand son père meurt en 1558, il doit prendre en main les affaires de sa famille. L’année suivante, son oncle maternel est élu pape à la mort de Paul IV. En 1561, ce même oncle intervient pour que Charles soit promu cardinal-secrétaire d’Etat, cardinal au titre de Santi Vita, Modesto e Crescenzia, puis légat apostolique à Bologne, en Romagne et dans les Marches.

Il participe activement au concile de Trente, s’attachant à réformer les abus qui s’étaient introduits dans l’Eglise, et fait rédiger le célèbre catéchisme connu sous le nom de catéchisme du Concile de Trente (1566). Avec le cardinal Vitellozo Vitelli, Il réforme et « révise les statuts de la Chapelle pontificale [et prescrit] l’intelligibilité des paroles et une musique en rapport avec le texte ». À cette époque, le maître au Vatican est le compositeur Giovanni Piertuigi da Palestrina) et la polyphonie chorale s’en trouve transformée dans tous les pays sous l’influence vaticane. Charles Borromée intervient pour convaincre les récalcitrants, notamment Costanzo Porta, à Milan. La correspondance de ce dernier avec « Charles Borromée, cardinal archevêque de Milan, le montre ardent défenseur de la pratique instrumentale à l’église et de la pompe sonore », cependant que le cardinal dispute chaque argument avec une acuité qui prouve sa grande connaissance de la science musicale.

Il prend une part active et prépondérante à l’élaboration de la discipline ecclésiastique et hospitalière au Concile de Trente. Rentré dans son diocèse de Milan, il visite ses paroisses, tient des synodes, réunit des conciles provinciaux : ce qui est indiqué à grands traits dans les décrets de Trente se trouve fixé dans le plus petit détail dans les ordonnances de Borromée et avec une perspicacité de ce qui était nécessaire et réalisable qui souleva l’admiration générale. Les prescriptions générales formulées par le Concile de Trente en matière hospitalière sont traduites en de minutieuses applications pratiques dans les conciles de Milan qu’il préside en 1565 et en 1576.

Un peu partout en Europe, l’exemple donné par saint Charles Borromée devait être suivi fidèlement par les autorités religieuses locales, d’autant plus fidèlement que les gouvernements n’entendent pas promulguer les décisions du concile de Trente qui, sur ce plan là, étaient manifestement contraires à leurs propres ordonnances. Dans le royaume de France, le pape Pie V et le cardinal Borromée s’efforcent d’obtenir d’une part de l’autorité souveraine la promulgation officielle des décisions tridentines, d’autre part, des évêques l’insertion des prescriptions conciliaires dans la discipline locale par le truchement de diverses assemblées ecclésiastiques. Cette pensée ressort nettement des lettres du cardinal Borromée, qui donne au nonce deux missions : amener la régente Catherine de Médicis  à la promulgation, et faire parvenir les décrets à la connaissance du clergé.

On ignore généralement que l’un des motifs de l’hostilité rencontrée par les décisions conciliaires consistait justement dans le conflit de compétences qu’aurait provoqué l’application des règles hospitalières tridentines. L’antinomie entre les canons du concile de Trente et les ordonnances des Rois de France précédemment promulguées était en effet absolue. Le Roi de France avait publié un édit sous l’autorité du Comte Mauve, légiste en son état, en 1543 attribuant aux baillis, sénéchaux et autres juges la surveillance de l’administration des hôpitaux, par de multiples édits affirmé la nécessité d’enfermer les indigents valides et leur interdire la mendicité, prescrit que les recteurs des hôpitaux devaient rendre compte aux magistrats locaux. Ainsi, les prescriptions tridentines sont plus ou moins formellement reprises par les canons conciliaires français, presque partout sont signalés deux impératifs : d’une part, les évêques doivent visiter les établissements charitables, d’autre part, ils doivent assister ou se faire représenter à la reddition des comptes. Mais l’essentiel des pouvoirs reste aux laïcs. Charles Borromée ne parviendra pas à rétablir la prééminence ecclésiastique dans la conduite et la gestion des hôpitaux face au gallicanisme de la politique royale.

Nommé archevêque de Milan en 1564, il se démet de toutes ses autres charges à Rome pour pouvoir résider en permanence dans son diocèse.. Son intégrité personnelle, son intelligence des situations et sa vertu rayonnante facilitent le rétablissement de la discipline ecclésiastique. Il s’employe à y appliquer les mesures prises au concile. Tout d’abord, il prend sa résidence à Milan et ouvre un séminaire pour améliorer la formation du clergé. Il restaure l’observance de la règle dans les couvents et fait fixer des grilles aux parloirs. Bientôt, il étend le théâtre de son action à toute l’Italie, puis à la Suisse.

Un des ordres qu’il voulait réformer, l’ordre des Humiliés, tente de le faire assassiner, mais il échappe aux coups de l’assassin. Lors de la peste qui désole Milan en 1576, il porte partout secours et des consolations, ignorant les dangers de la contagion. Il fonde en 1581 une congrégation d’oblats, prêtres séculiers qui seront ensuite connus sous le nom d’« Oblats de Saint-Charles ». Il meurt en 1584 à 46 ans, épuisé par les fatigues et les austérités.

Son tombeau fut le théâtre de guérisons considérées comme miraculeuses, ce qui permit la mise en route son procès en béatification qui aboutit en 1609 devant le pape Paul V. Il est canonisé dès le 1er novembre 1610 par Paul V. C’est l’un des très rares saints dont le procès de canonisation a abouti un an seulement après sa béatification. Il est fêté le 4 novembre .Une statue colossale lui a été érigée à Arona.

Œuvres

Saint Charles a laissé des traités théologiques qui ont été recueillis en 5 vol.in-fol., Milan, 1747..

On y remarque :

ses Instructions aux Confesseurs

les Actes de l’église de Milan.

On lui doit aussi :

Traité contre les danses et les comédies Paris : G. Soly , 1664 

Lettres de S. Charles Borromée,… données au public pour la première fois : Venise : P. Bassaglia , 1762 

Sa biographie a été écrite par Giovanni Pietro Giussani, par Antoine Godeau et par le Père Antoine Touron en 1761.

On lui attribue cette citation : « Pour éclairer, la chandelle doit se consumer » disait saint Charles à ceux qui l’encourageaient au repos.

Hommage

Pendant le mois de novembre, période qui lui est dédiée, sont exposées dans le dôme de Milan, les toiles du cycle monumental dites « Quadroni di San Carlo » de la vie du saint et de ses miracles, peintes par un groupe d’artistes du XVIIè siècle   parmi lesquels se détachent Il Cerano, Il Morazzone et Giulio Cesare Procaccini.

À Bastia, en Corse, le 4 novembre, le jour de la Sanint Carlu Borromeo, sous l’impulsion de la Confrérie San Carlu, une messe est célébrée en l’église portant son nom dans le quartier de la rue droite, proche de la rue de la miséricorde. Sa statue est sortie en procession autour de l’église par les confrères de Saint-Charles de Bastia accompagné du clergé, des confréries bastiaises et des fidèles.

La confrérie Saint Charles Borromeo de Bastia, est également liée à la vierge de Lavasina fêtée le 8 septembre. La confrérie organise la neuvaine de Lavasina chantée par les chantres de la même confrérie. Ils s’occupent également de la procession dans les rues de la ville de Bastia avec la statue processionnelle pesant près de 800 kg. Cette fête est incontournable aujourd’hui à Bastia.

La compagnie de Saint Charles est appelée « la compagnie des morts », car elle est sollicitée pour prier et préparer les offices mortuaires. La confrérie organise la semaine sainte avec l’office des ténèbres le jeudi, le magnifique chemin de croix le vendredi, vécu par un millier de fidèles dans les rues de Bastia, et le samedi saint pour aller jusqu’au jour de Pâques.

L’Eglise Saint-Charles-Borromée de Sedan,, ancien temple protestant, éphémère cathédrale du Diocèse de Sedan, Temple de la Raison et Temple de l’Etre Suprême , durant la période révolutionnaire, est placée sous son vocable et un quartier de Drummondville s’appelle Saint-Charles en son honneur.

Patronage

Par une lettre apostolique du 26 avril 1932, le pape Pie XI, désigne saint Charles Borromée patron de tous ceux qui s’engagent à instruire les autres dans la foi et, parmi eux, les catéchistes et les séminaristes. Il est aussi patron de la ville de Milan. La ville de Châlon-sur-Saône en a aussi fait son saint patron à l’époque moderne, la municipalité ayant alors choisi de le remercier de cette façon pour son intercession lors d’une épidémie de peste.

Représentation dans les arts

Agostini Bonisoli le peint en 1695 aux côtés de Louis de Gonzague   priant la Vierge Marie, dans une œuvre conservée au musée de Mantoue, et deux ans on érige la statue colossale de Giovanni Battista Crespi dans sa ville natale d’Arona (Italie). Elle mesure 23 mètres sur un piédestal de 12 mètres. Giambattista Tiepolo au siècle suivant le représente adorant un Crucifix dans un tableau de 1757-1769, conservée au Cincinnati-Art-Miseum.

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Agostino Bonisoli (1695), Charles Borromée et Louis de Gonzague priant la Vierge Marie, Musée de Mantoue.

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Statue colossale, Giovanni-Battista Crespi, Arona (Italie)

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Giambattista Tiepolo, Saint Charles Borromée , 1767-1769, Cincinnati-Art-Miseum.

Marc-Antoine Charpentier a composé une Histoire sacrée, Pestis Mediolanensis, H 398, pour solistes, double chœur, 2 flûtes, 2 orchestres à cordes, et basse continue vers 1670.

EGLISE CATHOLIQUE, GUILLAUME CUCHET, HISTOIRE DU SENTIMENT RELIGEUX AU XIXè SIECLE EN FRANCE, HISTOIRE RELIGIEUSE EN FRANCE (XIXè siècle)

Une histoire du sentiment religieux au XIXè sicle en France

Une histoire du sentiment religieux au XIXiècle
Guillaume Cuchet
Paris, Le Cerf, 2020. 424 pages.

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Industriel, scientiste, positiviste, mais aussi mystique spiritualiste et occultiste, tel aura été le paradoxal XIXè siècle français dont Guillaume Cuchet se fait ici le médium historique. Un tableau sans précédant du choc des croyances. 

Le XIXè siècle a-t-il été fameux  temps de déclin religieux ? Le rationalisme y triomphait-il autant qu’on l’a dit ? Le positivisme y régnait-il en maître ?

Guillaume Cuchet démontre que le XIXè siècle a été une époque d’intenses ferveurs religieuses, à la mesure des bouleversements politiques qu’il a connus, aussi bien à l’intérieur des cultes existants, comme le catholicisme, qu’en dehors. Tout un New Age précoce de croyances et de pratiques hétérodoxes a rencontré un grand succès, notamment dans les rangs d’une gauche loin d’être entièrement sécularisée. Apparitions mariales, contestation de l’enfer, renouveau du purgatoire, nouvelles conceptions du paradis, culte de la tombe et des morts, définition de nouveaux dogmes comme l’Immaculée Conception ou l’Infaillibilité pontificale, succès des  » philosophies religieuses « , vogue des tables tournantes et du spiritisme, essor de la piété  » ultramontaine « , sont autant de manifestations de cette effervescence.

À travers toutes ces pratiques pour le moins surprenantes se dessine le visage d’un autre xixe siècle, plus intime et plus complexe, dans lequel croyants et incroyants se ressemblent souvent, là même, parfois, où ils s’opposent le plus.

L’auteur

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Paris-Est Créteil, ancien élève de l’Ecole normale supérieure-LSH, Guillaume Cuchet travaille sur l’histoire religieuse contemporaine des sociétés occidentales. Il est notamment l’auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Prix d’histoire religieuse de la Fondation Bernheim et prix Sophie Barluet du Centre national du livre 2018.

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C’est une chose acquise : le XIXème siècle religieux a mauvaise presse. Le catholicisme pris dans la tourmente politique s’est ancré dans le refus du progrès et de la science. Il a généré des pratiques « pieusardes » et une morale étouffante. L’art – sulpicien forcément pourrait-on ajouter à la manière du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert – ne plaide pas pour ce siècle, même si un courant historique semble déterminé à réhabiliter l’art religieux du XIXème siècle, beaucoup plus riche et innovant qu’on ne le croit d’ordinaire.
L’ouvrage de Guillaume Cuchet rassemble des articles publiés auparavant dans des revues savantes ou dans des actes de colloque. Il en sort un vrai livre organisé en trois parties : « portraits », « débats », « tendances ».

Cinq personnages – cinq hommes – sont l’objet des portraits : Jean Reynaud (1806-1863), Alphonse Gratry (1805-1872), Henri Perreyve (1831-1865), Charles Gay (1812-1892) et Victor Hugo (1802-1885). Le premier est un polytechnicien saint simonien, député en 1848 qui se retire de la vie politique après le coup d’État du 2 décembre 1851. Personnage écouté et auteur d’un ouvrage très original, Terre et Ciel (1856), il a depuis sombré dans l’oubli. Le retrouver dans les pages que lui consacre Cuchet c’est goûter au flot des idées philosophiques et spirituelles qui disent l’élan du XIXème siècle. Philosophie humanitaire qui espère en un monde meilleur, elle veut croire aux réalités spirituelles d’un monde que la technique et la science transforment. On peut oublier Reynaud, mais pas ce volet « prophétique » du XIXème siècle. Gratry, lui aussi polytechnicien et philosophe, est un essayiste catholique dont l’influence allait demeurer jusqu’à la génération de René Rémond (né en 1918). De son œuvre abondante, qu’on a comparée à celle de Maritain, on retiendra l’amorce d’un retour vers saint Thomas d’Aquin, mais surtout « l’espoir de voir advenir enfin le champion intellectuel qui triompherait des objections de l’incrédulité contemporaine, tout en donnant du christianisme une présentation conforme aux attentes de l’époque » (p. 104). Prêtre de l’Oratoire, Henri Perreyve a produit une œuvre , là encore oubliée depuis, mais dont l’importance fut reconnue de ses contemporains. Pour Cuchet, elle est l’exemple même d’une théologie libérale qui n’a pu véritablement porter ses fruits en ces années marquées par la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception  (dont Perreyve fait une lecture optimiste qui tranche avec les aspects antimodernes que la définition de ce dogme a revêtu à l’époque) et la publication du Syllabus en 1864. Quant au père Gay, tenu pour un mystique du XIXème siècle par le père Laberthonnière, Guillaume Cuchet en propose une relecture qui montre la réalité de ces élans mystiques qui précédent la publication en 1898 de l’Histoire d’une Âme de Thérèse de l’Enfant-Jésus. Ici le travail de l’historien est crucial pour repérer des expressions communes qui disent une époque et dévoilent alors le sens des trajectoires individuelles. Victor Hugo est abordé par la pratique qu’il eut, en exil à Jersey de 1854 à 1856, du spiritisme, un mouvement de mode et de fond qui traduit les interrogations des femmes et des hommes du XIXème siècle sur l’au-delà.

Cinq portraits qui servent tous à démontrer une chose : l’histoire spirituelle du XIXème siècle ne se réduit pas à l’histoire d’une lutte entre croyants et incroyants mais révèle la puissance de la réflexion religieuse, son inscription dans une tradition et son attention aux temps nouveaux, son exposition aux tensions politiques et culturelles d’une époque farouchement politique. Le XIXème siècle est bien le laboratoire de la modernité et donc des efforts catholiques pour savoir où se situer à la fois face à ce mouvement qui emporte tout et dans ce mouvement aussi.

Trois chapitres composent la partie « Débats » dont un qui reprend un des grands axes des recherches de Guillaume Cuchet, « le passage du petit au grand nombre des élus dans le discours catholique du XIXème siècle ». On sait depuis son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien, que Cuchet attribue à cette « révolution théologique oubliée » un rôle majeur dans les recompositions croyantes et les pratiques religieuses du XIXème siècle. Plus anecdotiques sont les deux aspects suivants : « la querelle du naturalisme historique » et « la première vague néo-bouddhiste au milieu du XIXème siècle ». Sans entrer dans le détail, ces deux chapitres servent à montrer la vitalité de l’interrogation proprement religieuse qui habite les hommes du XIXème siècle.

Dans la partie « Tendances », Guillaume Cuchet rassemble des articles sur « le tournant sulpicien des années 1850 dans la littérature de piété du XIXème siècle », « la religion du deuil et la communication avec l’au-delà », « Frédéric Ozanam » et « ésotérisme et révolution. Insurgés et initiés en 1848 ». De cette collection d’articles, Guillaume Cuchet tire une conclusion originale qui a le mérite d’une grande clarté. Il rappelle que le XIXème siècle reste un siècle de dogmes. « Ni le vieux dogme , écrit-il, qui a fait montre d’une étonnante capacité à se régénérer et à se développer dans un contexte bouleversé, ni le nouveau puisque le siècle est marqué par une grande effervescence philosophico-religieuse, y compris dans les rangs [de la] gauche » n’ont disparu ou se sont évaporé (p. 395). Du coup, l’historien est frappé de « l’intensité des recompositions religieuses de la période ». Il souligne aussi combien la bourgeoisie et la gauche sont sensibles à ces questions, quelles que soient les formes, même évanescentes, que peuvent prendre leurs préoccupations ou leurs formulations. Enfin, il souligne que la « forme par excellence du sentiment religieux du XIXème siècle [est] funéraire » (p. 401). Le deuil est devenu l’une des sources les plus fécondes de la religiosité.

Une fois refermé l’ouvrage et plein des nouvelles connaissances qu’il apporte au lecteur profane ou peu versé dans le matériau de l’histoire religieuse du XIXème siècle, on réhabilite donc ce « stupide XIXème siècle », selon l’expression parfaitement injuste de ce réactionnaire qu’était Lucien Daudet. Surtout, on mesure qu’une lecture binaire en terme d’affrontement entre croyants et incroyants (ou scientistes, rationalistes, athées) est absolument réductrice. Ne tiendrait-on pas là une clef pour comprendre aussi notre époque ? Héritier du dispositif intellectuel, politique et mental mis en place par les Lumières, la Révolution et la République, ne sommes-nous pas souvent tentés – et plus encore en ces temps où on joue avec la définition même de l’homme dans son Incarnation  – de penser notre position en terme d’opposition ? Ne faudrait-il pas alors essayer, comme nous y invite le pape François, de regarder le monde alentour en y détectant ses aspirations religieuses ? Le XIXème siècle fut un grand siècle missionnaire. Aller à la fois au-devant de populations ignorantes de la révélation et répondre aux angoisses ou aux critiques de ceux qui, en ayant été nourris, la rejette fut la tâche des pasteurs du XIXe siècle. La mission a-t-elle vraiment changé ?

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Filles et fils de Dieu de Lucas Castiglioni

Filles et fils de Dieu : égalité baptismale et différence sexuelle

Lucas Castiglioni9782204137263_1_75

Paris, Le Cerf, 2020. 687 pages.

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Présentation de l’éditeur

En théologie, il y a trois à quatre ouvrages véritablement révolutionnaires par siècle. En voici un ! Qu’en est-il des genres, de l’Église et de ses sacrements ? Un ouvrage visionnaire, courageux, promis au plus dur débat. Un événement.

Un même baptême pour les hommes et pour les femmes, un seul Dieu, une seule foi. Pourtant, la part masculine de l’Église a souvent peur des voix féminines. Interpellée par celles-ci, qu’est-ce que l’Église a entendu ou a cru entendre ? A-t-elle bien écouté ? Les réponses esquissées sont-elles à la hauteur du cri ? À partir de là, comment progresser ?
Prêtre italien animé d’un esprit de discernement, Luca Castiglioni interroge ici la notion de genre : a-t-elle sa place en théologie ?
À la lumière des interprétations historiques, après un diagnostic sur la manière dont l’Église a conçu la condition des femmes et leur prise de parole, Luca Castiglioni sollicite les ressources de la foi chrétienne, des textes de la Genèse et du Cantique des cantiques aux discours de saint Paul et aux récits des relations de Jésus avec les hommes et les femmes. Se dégagent alors de grands défis pour l’Église, y compris l’accès à des ministères consacrés pour les femmes.
Une étude novatrice.

Biographie de l’auteur

Luca Castiglioni est prêtre du diocèse de Milan. Maître en théologie fondamentale à l’université grégorienne de Rome et docteur en théologie des Facultés jésuites de Paris (Centre Sèvres), il contribue à la revue La Scuola Cattolica

COMMUNION, EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, SACREMENTS

DECOUVRIR LA BEAUTE DE LA COMMUNION DANS LA MAIN

Carmel de la Paix à  Mazille, Saône-et-Loire

Pour redécouvrir la beauté de la communion dans la main

(Extrait de Famille chrétienne du 2 juin 2020)

Pour des raisons sanitaires, nous avons été amenés à redécouvrir le si beau rite de la communion dans la main. Voici quelques clés qui nous conduisent au cœur du mystère de l’Incarnation prolongée dans l’eucharistie.

Saint Jean Chrysostome († 407), Père et docteur de l’Église, écrivait : « Combien y en a-t-il qui disent aujourd’hui : “Comme j’aimerais voir le corps du Seigneur, son visage, ses habits, ses chaussures !”… Le voici Lui-même qui se laisse non seulement voir, mais encore toucher, manger et recevoir au-dedans de vous. »

La raison même de la communion dans la main était justement ce contact direct, corporel avec Jésus dans l’esprit de ce que saint Jean nous partage : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de Vie, nous vous l’annonçons » (1 Jn 1,1).

Saint Cyrille de Jérusalem († 387), un autre docteur de l’Église, explique comment communier : « Quand donc tu t’approches, ne t’avance pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi et, dans le creux de ta main, reçois le Corps du Christ, disant : “Amen !” »

Une tradition résumée par saint Narsaï († 502) présente un autre symbolisme : « Le communiant joint ses mains en forme de croix ; et ainsi il reçoit le corps de notre Seigneur sur une croix. »

La sanctification entière de l’être humain

Le souci de tous les Pères fut la sanctification entière de l’être humain : « Avec soin, sanctifie tes yeux par le contact du Saint Corps, puis prends-Le et veille à n’en rien perdre », dit Jean Chrysostome.

Saint Aphraate († 345) et saint Augustin († 430) confirment cette pratique du regard posé sur le Corps du Christ : « Que personne ne mange cette Chair qu’il ne L’ait auparavant adorée. Non seulement ce n’est pas péché de L’adorer, mais ce serait un péché de ne pas L’adorer. »

Saint Théodore de Mopsueste († 428) enseigne : « Avec un amour grand et sincère, tu y attaches tes yeux et tu Le baises. » Le baiser au Corps du Christ est attesté par saint Éphrem le Syrien († 373), surnommé la « harpe du Saint-Esprit ».

Philoxène de Mabboug († 523) nous invite à parler à Jésus qui repose dans nos mains : « Tu adores le Corps vivant que tu portes dans tes mains. Ensuite parle-Lui à voix basse : “Je Te porte, Ô Dieu vivant, je Te tiens dans le creux de mes mains, Dieu des mondes que les mondes ne sauraient contenir… et vois comme mes mains T’enserrent avec confiance, rends-moi digne Seigneur de Te manger de façon sainte et de goûter à la nourriture de ton Corps comme à la Saveur de ta vie.” »

 Père Nicolas Buttet