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Dimanche 8 janvier 2023 : Fête de l’Epiphanie : lectures et commentaires

Dimanche 8 janvier 2023 : Fête de l’Epiphanie

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – Isaïe 60,1-6

1 Debout, Jérusalem, resplendis !
Elle est venue, ta lumière,
et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi.
2 Voici que les ténèbres couvrent la terre,
et la nuée obscure couvre les peuples.
Mais sur toi se lève le SEIGNEUR,
Sur toi sa gloire apparaît.
3 Les nations marcheront vers ta lumière,
et les rois, vers la clarté de ton aurore.
4 Lève les yeux alentour, et regarde :
tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ;
tes fils reviennent de loin,
et tes filles sont portées sur la hanche.
5 Alors tu verras, tu seras radieuse,
ton cœur  frémira et se dilatera.
Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi,
vers toi viendront les richesses des nations.
6 En grand nombre, des chameaux t’envahiront,
de jeunes chameaux de Madiane et d’Epha.
Tous les gens de Saba viendront,
apportant l’or et l’encens ;
ils annonceront les exploits du SEIGNEUR.

DANS DES JOURS SOMBRES UNE ANNONCE DE LUMIERE
Vous avez remarqué toutes les expressions de lumière, tout au long de ce passage : « Resplendis, elle est venue ta lumière… la gloire (le rayonnement) du SEIGNEUR s’est levée sur toi (comme le soleil se lève)… sur toi se lève le SEIGNEUR, sa gloire brille sur toi… ta lumière, la clarté de ton aurore… tu seras radieuse ».
On peut en déduire tout de suite que l’humeur générale était plutôt sombre ! Je ne dis pas que les prophètes cultivent le paradoxe ! Non ! Ils cultivent l’espérance.
Alors, pourquoi l’humeur générale était-elle sombre, pour commencer. Ensuite, quel argument le prophète avance-t-il pour inviter son peuple à l’espérance ?
Pour ce qui est de l’humeur, je vous rappelle le contexte : ce texte fait partie des derniers chapitres du livre d’Isaïe ; nous sommes dans les années 525-520 av.J.C., c’est-à-dire une quinzaine ou une vingtaine d’années après le retour de l’Exil à Babylone. Les déportés sont rentrés au pays, et on a cru que le bonheur allait s’installer. En réalité, ce fameux retour tant espéré n’a pas répondu à toutes les attentes.
D’abord, il y avait ceux qui étaient restés au pays et qui avaient vécu la période de guerre et d’occupation. Ensuite, il y avait ceux qui revenaient d’Exil et qui comptaient retrouver leur place et leurs biens. Or si l’Exil a duré cinquante ans, cela veut dire que ceux qui sont partis sont morts là-bas… et ceux qui revenaient étaient leurs enfants ou leurs petits-enfants … Cela ne devait pas simplifier les retrouvailles. D’autant plus que ceux qui rentraient ne pouvaient certainement pas prétendre récupérer l’héritage de leurs parents : les biens des absents, des exilés ont été occupés, c’est inévitable, puisque, encore une fois, l’Exil a duré cinquante ans !
Enfin, il y avait tous les étrangers qui s’étaient installés dans la ville de Jérusalem et dans tout le pays à la faveur de ce bouleversement et qui y avaient introduit d’autres coutumes, d’autres religions… Tout ce monde n’était pas fait pour vivre ensemble…
La pomme de discorde, ce fut la reconstruction du Temple : car, dès le retour de l’exil, autorisé en 538 par le roi Cyrus, les premiers rentrés au pays (nous les appellerons la communauté du retour) avaient rétabli l’ancien autel du Temple de Jérusalem, et avaient recommencé à célébrer le culte comme par le passé ; et en même temps, ils entreprirent la reconstruction du Temple lui-même.
Mais voilà que des gens qu’ils considéraient comme hérétiques ont voulu s’en mêler ; c’étaient ceux qui avaient habité Jérusalem pendant l’Exil : mélange de juifs restés au pays et de populations étrangères, donc païennes, installées là par l’occupant ; il y avait eu inévitablement des mélanges entre ces deux types de population, et même des mariages, et tout ce monde avait pris des habitudes jugées hérétiques par les Juifs qui rentraient de l’Exil.
Alors la communauté du retour s’est resserrée et a refusé cette aide dangereuse pour la foi : le Temple du Dieu unique ne peut pas être construit par des gens qui, ensuite, voudront y célébrer d’autres cultes ! Comme on peut s’en douter, ce refus a été très mal pris et désormais ceux qui avaient été éconduits firent obstruction par tous les moyens. Finis les travaux, finis aussi les rêves de rebâtir le Temple ! Les années ont passé et on s’est installés dans le découragement.
LE SURSAUT AU NOM DE LA VOCATION DU PEUPLE ELU
Mais la morosité, l’abattement ne sont pas dignes du peuple porteur des promesses de Dieu. Alors, Isaïe et un autre prophète, Aggée, décident de réveiller leurs compatriotes : sur le thème : fini de se lamenter, mettons-nous au travail pour reconstruire le Temple de Jérusalem. Et cela nous vaut le texte d’aujourd’hui.
Connaissant ce contexte difficile, ce langage presque triomphant nous surprend peut-être ; mais c’est un langage assez habituel chez les prophètes ; et nous savons bien que s’ils promettent tant la lumière, c’est parce qu’elle est encore loin d’être aveuglante… et que, moralement, on est dans la nuit. C’est pendant la nuit qu’on guette les signes du lever du jour ; et justement le rôle du prophète est de redonner courage, de rappeler la venue du jour. Un tel langage ne traduit donc pas l’euphorie du peuple, mais au contraire une grande morosité : c’est pour cela qu’il parle tant de lumière !
Pour relever le moral des troupes, nos deux prophètes n’ont qu’un argument, mais il est de taille : Jérusalem est la Ville Sainte, la ville choisie par Dieu, pour y faire demeurer le signe de sa Présence ; c’est parce que Dieu lui-même s’est engagé envers le roi Salomon en décidant « Ici sera Mon Nom », que le prophète Isaïe, des siècles plus tard, peut oser dire à ses compatriotes « Debout, Jérusalem ! Resplendis… »
Le message d’Isaïe aujourd’hui, c’est donc : « vous avez l’impression d’être dans le tunnel, mais au bout, il y a la lumière. Rappelez-vous la Promesse : le JOUR vient où tout le monde reconnaîtra en Jérusalem la Ville Sainte. » Conclusion : ne vous laissez pas abattre, mettez-vous au travail, consacrez toutes vos forces à reconstruire le Temple comme vous l’avez promis.
J’ajouterai trois remarques pour terminer : premièrement, une fois de plus, le prophète nous donne l’exemple : quand on est croyants, la lucidité ne parvient jamais à étouffer l’espérance.
Deuxièmement, la promesse ne vise pas un triomphe politique… Le triomphe qui est entrevu ici est celui de Dieu et de l’humanité qui sera un jour enfin réunie dans une harmonie parfaite dans la Cité Sainte ; reprenons les premiers versets : si Jérusalem resplendit, c’est de la lumière et de la gloire du SEIGNEUR : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du SEIGNEUR s’est levée sur toi… sur toi se lève le SEIGNEUR, et sa gloire brille sur toi… »
Troisièmement, quand Isaïe parlait de Jérusalem, déjà à son époque, ce nom désignait plus le peuple que la ville elle-même ; et l’on savait déjà que le projet de Dieu déborde toute ville, si grande ou belle soit-elle, et tout peuple, il concerne toute l’humanité.

PSAUME – 71 (72)

1 Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
2 Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

7 En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
8 Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

10 Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
11 Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

12 Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
13 Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

REVE DES HOMMES ET PROJET DE DIEU
Imaginons que nous sommes en train d’assister au sacre d’un nouveau roi. Les prêtres expriment à son sujet des prières qui sont tous les souhaits, j’aurais envie de dire tous les rêves que le peuple formule au début de chaque nouveau règne : vœux  de grandeur politique pour le roi, mais surtout vœux  de paix, de justice pour tous. Les « lendemains qui chantent », en quelque sorte ! C’est un thème qui n’est pas d’aujourd’hui… On en rêve depuis toujours ! Richesse et prospérité pour tous… Justice et Paix… Et cela pour tous… d’un bout de la terre à l’autre… Or le peuple élu a cet immense avantage de savoir que ce rêve des hommes coïncide avec le projet de Dieu lui-même.
La dernière strophe de ce psaume, elle, change de ton (malheureusement, elle ne fait pas partie de la liturgie de cette fête) : il n’est plus question du roi terrestre, il n’est question que de Dieu : « Béni soit le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, lui seul fait des merveilles ! Béni soit à jamais son nom glorieux, toute la terre soit remplie de sa gloire ! Amen ! Amen ! » C’est cette dernière strophe qui nous donne la clé de ce psaume : en fait, il a été composé et chanté après l’Exil à Babylone, (donc entre 500 et 100 av. J.C.) c’est-à-dire à une époque où il n’y avait déjà plus de roi en Israël ; ce qui veut dire que ces vœux , ces prières ne concernent pas un roi en chair et en os… ils concernent le roi qu’on attend, que Dieu a promis, le roi-messie. Et puisqu’il s’agit d’une promesse de Dieu, on peut être certain qu’elle se réalisera.
La Bible tout entière est traversée par cette espérance indestructible : l’histoire humaine a un but, un sens ; et le mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Car Dieu a un projet qui inspire toutes les lignes de la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament : il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c’est le « JOUR de Dieu » pour les prophètes, le « Royaume des cieux » pour Saint Matthieu, le « dessein bienveillant » pour Saint Paul, mais c’est toujours du même projet qu’il s’agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d’amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l’humanité. Ce projet sera réalisé par le messie et c’est ce messie que les croyants appellent de tous leurs vœux  lorsqu’ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem.
Ce psaume 71, particulièrement, est vraiment la description du roi idéal, celui qu’Israël attend depuis des siècles : quand Jésus naît, il y a 1000 ans à peu près que le prophète Natan est allé trouver le roi David de la part de Dieu et lui a fait cette promesse dont parle notre psaume. Je vous redis les paroles du prophète Natan à David : « Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur qui naîtra de toi et je rendrai stable sa royauté… Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils… Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. » (2 S 7,12…16).1
De siècle en siècle, cette promesse a été répétée, répercutée, précisée. La certitude de la fidélité de Dieu à ses promesses en a fait découvrir peu à peu toute la richesse et les conséquences ; si ce roi méritait vraiment le titre de fils de Dieu, alors il serait à l’image de Dieu, un roi de justice et de paix. A chaque sacre d’un nouveau roi, la promesse était redite sur lui et on se reprenait à rêver…
L’ESPERANCE, C’EST L’ANCRE DE L’AME
Depuis David, on attendait, et le peuple juif attend toujours… et il faut bien reconnaître que le règne idéal n’a encore pas vu le jour sur notre terre. On finirait presque par croire que ce n’est qu’une utopie…
Mais les croyants savent qu’il ne s’agit pas d’une utopie : il s’agit d’une promesse de Dieu, donc d’une certitude. Et la Bible tout entière est traversée par cette certitude, cette espérance invincible : le projet de Dieu se réalisera, nous avançons lentement mais sûrement vers lui. C’est le miracle de la foi : devant cette promesse à chaque fois déçue, il y a deux attitudes possibles : le non-croyant dit « je vous l’avais bien dit, cela n’arrivera jamais » ; mais le croyant affirme résolument « patience, puisque Dieu l’a promis, il ne saurait se rejeter lui-même », comme dit Saint Paul (2 Tm 2,13).
Ce psaume dit bien quelques aspects de cette attente du roi idéal : par exemple « pouvoir » et « justice » seront enfin synonymes ; c’est déjà tout un programme : de nombreux pouvoirs humains tentent loyalement d’instaurer la justice et d’enrayer la misère mais n’y parviennent pas ; ailleurs, malheureusement, « pouvoir » rime parfois avec avantages de toute sorte et autres passe-droits ; parce que nous ne sommes que des hommes.
En Dieu seul le pouvoir n’est qu’amour : notre psaume le sait bien puisqu’il précise « Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice ».
Et alors puisque notre roi disposera de la puissance même de Dieu, une puissance qui n’est qu’amour et justice, il n’y aura plus de malheureux dans son royaume. « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes !… Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. »
Ce roi-là, on voudrait bien qu’il règne sur toute la planète ! C’est de bon cœur  qu’on lui souhaite un royaume sans limite de temps ou d’espace ! « Qu’il règne jusqu’à la fin des lunes… » et « Qu’il domine de la mer à la mer et du Fleuve jusqu’aux extrémités de la terre ». Pour l’instant, quand on chante ce psaume, les extrémités du monde connu, ce sont l’Arabie et l’Egypte et c’est pourquoi on cite les rois de Saba et de Seba : Saba, c’est au Sud de l’Arabie, Seba, c’est au Sud de l’Egypte… Quant à Tarsis, c’est un pays mythique, qui veut dire « le bout du monde ».
Aujourd’hui, le peuple juif chante ce psaume dans l’attente du roi-Messie2 ; nous, Chrétiens, l’appliquons à Jésus-Christ et il nous semble que les mages venus d’Orient ont commencé à réaliser la promesse « Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents, les rois de Saba et de Seba feront leur offrande… Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront ».
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Notes
1 – Le règne de David (et donc la promesse du prophète Natan) se situe environ vers l’an 1000 avant Jésus-Christ. Par conséquent lorsque le chant « Il est né le divin enfant » nous fait dire « Depuis plus de 4000 ans nous le promettaient les prophètes », le compte n’est pas tout à fait exact ! Peut-être le nombre 4000 n’a-t-il été retenu que pour les nécessités de la mélodie.
2 – De nos jours, encore, dans certaines synagogues, nos frères juifs disent leur impatience de voir arriver le Messie en récitant la profession de foi de Maïmonide, médecin et rabbin à Tolède en Espagne, au douzième siècle : « Je crois d’une foi parfaite en la venue du Messie, et même s’il tarde à venir, en dépit de tout cela, je l’attendrai jusqu’au jour où il viendra. »

DEUXIEME LECTURE – Ephésiens 3, 2…6

Frères,
2 vous avez appris, je pense,
en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
3 par révélation, il m’a fait connaître le mystère.
Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance
des hommes des générations passées,
comme il a été révélé maintenant
à ses saints Apôtres et aux prophètes,
dans l’Esprit.
Ce mystère,
c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,
au même corps,
au partage de la même promesse,
dans le Christ Jésus,
par l’annonce de l’Evangile.

DIEU M’A FAIT CONNAITRE LE MYSTERE
Ce passage est extrait de la lettre aux Ephésiens au chapitre 3 ; or c’est dans le premier chapitre de cette même lettre que Paul a employé sa fameuse expression « le dessein bienveillant de Dieu » ; ici, nous sommes tout à fait dans la même ligne ; je vous rappelle quelques mots du chapitre 1 : « Dieu nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre » (Ep 1,9-10, traduction TOB).
Dans le texte d’aujourd’hui, nous retrouvons ce mot de « mystère ». Le « mystère », chez Saint Paul, ce n’est pas un secret que Dieu garderait jalousement pour lui ; au contraire, c’est son intimité dans laquelle il nous fait pénétrer. Paul nous dit ici : « Par révélation, Dieu m’a fait connaître le mystère » : ce mystère, c’est-à-dire son dessein bienveillant, Dieu le révèle progressivement ; tout au long de l’histoire biblique, on découvre toute la longue, lente, patiente pédagogie que Dieu a déployée pour faire entrer son peuple élu dans son mystère ; nous avons cette expérience qu’on ne peut pas, d’un coup, tout apprendre à un enfant : on l’enseigne patiemment au jour le jour et selon les circonstances ; on ne fait pas d’avance à un enfant des leçons théoriques sur la vie, la mort, le mariage, la famille… pas plus que sur les saisons ou les fleurs… l’enfant découvre la famille en vivant les bons et les mauvais jours d’une famille bien réelle ; il découvre les fleurs une à une, il traverse avec nous les saisons… quand la famille célèbre un mariage ou une naissance, quand elle traverse un deuil, alors l’enfant vit avec nous ces événements et, peu à peu, nous l’accompagnons dans sa découverte de la vie.
Dieu a déployé la même pédagogie d’accompagnement avec son peuple et s’est révélé à lui progressivement ; pour Saint Paul, il est clair que cette révélation a franchi une étape décisive avec le Christ : l’histoire de l’humanité se divise nettement en deux périodes : avant le Christ et depuis le Christ. « Ce mystère, n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. » A ce titre, on peut se réjouir que nos calendriers occidentaux décomptent les années en deux périodes, les années avant J.C. et les années après J.C.
Ce mystère dont parle Paul, c’est que le Christ est le centre du monde et de l’histoire, que l’univers entier sera un jour réuni en lui, comme les membres le sont à la tête ; d’ailleurs, dans la phrase « réunir l’univers entier sous un seul chef le Christ », le mot grec que nous traduisons « chef » veut dire tête.
Il s’agit bien de « l’univers entier » et ici Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus » ; on pourrait dire encore autrement : l’Héritage, c’est Jésus-Christ… la Promesse, c’est Jésus-Christ… le Corps, c’est Jésus-Christ… Le dessein bienveillant de Dieu, c’est que Jésus-Christ soit le centre du monde, que l’univers entier soit réuni en lui. Dans le Notre Père, quand nous disons « Que ta volonté soit faite », c’est de ce projet de Dieu que nous parlons et, peu à peu, à force de répéter cette phrase, nous nous imprégnons du désir de ce Jour où enfin ce projet sera totalement réalisé.
TOUTES LES NATIONS SONT ASSOCIEES AU MEME HERITAGE
Donc le projet de Dieu concerne l’humanité tout entière, et non pas seulement les Juifs : c’est ce qu’on appelle l’universalisme du plan de Dieu. Cette dimension universelle du plan de Dieu fut l’objet d’une découverte progressive par les hommes de la Bible, mais à la fin de l’histoire biblique, c’était une conviction bien établie dans le peuple d’Israël, puisqu’on fait remonter à Abraham la promesse de la bénédiction de toute l’humanité : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12,3). Et le passage d’Isaïe que nous lisons en première lecture de cette fête de l’Epiphanie est exactement dans cette ligne. Bien sûr, si un prophète comme Isaïe a cru bon d’y insister, c’est qu’on avait tendance à l’oublier.
De la même manière, au temps du Christ, si Paul précise : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus », c’est que celà n’allait pas de soi. Et là, nous avons un petit effort d’imagination à faire : nous ne sommes pas du tout dans la même situation que les  contemporains de Paul ; pour nous, au vingt-et-unième siècle, c’est une évidence : beaucoup d’entre nous ne sont pas juifs d’origine et trouvent normal d’avoir part au salut apporté par le Messie ; pour un peu, même, après deux mille ans de Christianisme, nous aurions peut-être tendance à oublier qu’Israël reste le peuple élu parce que, comme dit ailleurs Saint Paul, « Dieu ne peut pas se rejeter lui-même » (2 Tm 2,13). Aujourd’hui, nous aurions peut-être un peu tendance à croire que nous sommes les seuls témoins de Dieu dans le monde.
Mais au temps du Christ, c’était la situation inverse : c’est le peuple juif qui, le premier, a reçu la révélation du Messie et Jésus est né au sein du peuple juif : c’était la logique du plan de Dieu et de l’élection d’Israël ; puisque les Juifs étaient le peuple élu, ils étaient choisis par Dieu pour être les apôtres, les témoins et l’instrument du salut de toute l’humanité ; et on sait que les Juifs devenus chrétiens ont eu parfois du mal à tolérer l’admission d’anciens païens dans leurs communautés. Saint Paul vient leur dire « Attention… les païens, désormais, peuvent aussi être des apôtres et des témoins du salut ». Au fait, je remarque que Matthieu, dans l’évangile de la visite des mages, qui est lu également pour l’Epiphanie, nous dit exactement la même chose.
Les derniers mots de ce texte résonnent comme un appel : « Toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse dans le Christ Jésus par l’annonce de l’évangile » : si je comprends bien, Dieu attend notre collaboration à son dessein bienveillant : les mages ont aperçu une étoile, pour laquelle ils se sont mis en route ; pour beaucoup de nos contemporains, il n’y aura pas d’étoile dans le ciel, mais il faudra des témoins de la Bonne Nouvelle.

EVANGILE – selon Saint Matthieu 2, 1-12

1 Jésus était né à Bethléem en Judée,
au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient
arrivèrent à Jérusalem
2 et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son étoile à l’orient
et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
3 En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
et tout Jérusalem avec lui.
4 Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
pour leur demander où devait naître le Christ.
Ils lui répondirent :
5 « A Bethléem en Judée,
car voici ce qui est écrit par le prophète :
6 Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n’es certes pas le dernier
parmi les chefs-lieux de Juda,
car de toi sortira un chef,
qui sera le berger de mon peuple Israël. »
7 Alors Hérode convoqua les mages en secret
pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
8 Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
9 Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
les précédait,
jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
où se trouvait l’enfant.
10 Quand ils virent l’étoile,
ils se réjouirent d’une très grande joie.
11 Ils entrèrent dans la maison,
ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à ses pieds,
ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leur coffrets,
et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
12 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

L’ATTENTE DU MESSIE AU TEMPS DE JESUS
On sait à quel point l’attente du Messie était vive au temps de Jésus. Tout le monde en parlait, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. La majorité des Juifs pensait que ce serait un roi : ce serait un descendant de David, il régnerait sur le trône de Jérusalem, il chasserait les Romains, et il établirait définitivement la paix, la justice et la fraternité en Israël ; et les plus optimistes allaient même jusqu’à dire que tout ce bonheur s’installerait dans le monde entier.
Dans ce sens, on citait plusieurs prophéties convergentes de l’Ancien Testament : d’abord celle de Balaam dans le Livre des Nombres. Je vous la rappelle : au moment où les tribus d’Israël s’approchaient de la terre promise sous la conduite de Moïse, et traversaient les plaines de Moab (aujourd’hui en Jordanie), le roi de Moab, Balaq, avait convoqué Balaam pour qu’il maudisse ces importuns ; mais, au lieu de maudire, Balaam, inspiré par Dieu avait prononcé des prophéties de bonheur et de gloire pour Israël ; et, en particulier, il avait osé dire : « Je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël… » (Nb 24,17). Le roi de Moab avait été furieux, bien sûr, car, sur l’instant, il y avait entendu l’annonce de sa future défaite face à Israël ; mais en Israël, dans les siècles suivants, on se répétait soigneusement cette belle promesse ; et peu à peu on en était venu à penser que le règne du Messie serait signalé par l’apparition d’une étoile. C’est pour cela que le roi Hérode, consulté par les mages au sujet d’une étoile, prend l’affaire très au sérieux.
Autre prophétie concernant le Messie, celle de Michée : « Et toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. » (Mi 5,1). Prophétie tout à fait dans la ligne de la promesse faite par Dieu à David : que sa dynastie ne s’éteindrait pas et qu’elle apporterait au pays le bonheur attendu.
Les mages n’en savent peut-être pas tant : ce sont des astrologues ; ils se sont mis en marche tout simplement parce qu’une nouvelle étoile s’est levée ; et, spontanément, en arrivant à Jérusalem, ils vont se renseigner auprès des autorités. Et c’est là, peut-être, la première surprise de ce récit de Matthieu : il y a d’un côté, les mages qui n’ont pas d’idées préconçues ; ils sont à la recherche du Messie et ils finiront par le trouver. De l’autre, il y a ceux qui savent, qui peuvent citer les Ecritures sans faute, mais qui ne bougeront pas le petit doigt ; ils ne feront même pas le déplacement de Jérusalem à Bethléem. Evidemment, ils ne rencontreront pas l’enfant de la crèche.
JESUS RENCONTRE DEJA L’HOSTILITE
Quant à Hérode, c’est une autre histoire. Mettons-nous à sa place : il est le roi des Juifs, reconnu comme roi par le pouvoir romain, et lui seul… Il est assez fier de son titre et férocement jaloux de tout ce qui peut lui faire de l’ombre … Il a fait assassiner plusieurs membres de sa famille, y compris ses propres fils, il ne faut pas l’oublier. Car dès que quelqu’un devient un petit peu populaire… Hérode le fait tuer par jalousie. Et voilà qu’on lui rapporte une rumeur qui court dans la ville : des astrologues étrangers ont fait un long voyage jusqu’ici et il paraît qu’ils disent : « Nous avons vu se lever une étoile tout à fait exceptionnelle, nous savons qu’elle annonce la naissance d’un enfant-roi… tout aussi exceptionnel… Le vrai roi des juifs vient sûrement de naître » ! … On imagine un peu la fureur, l’extrême angoisse d’Hérode !
Donc, quand Saint Matthieu nous dit : « Hérode fut bouleversé et tout Jérusalem avec lui », c’est certainement une manière bien douce de dire les choses ! Evidemment, Hérode ne va pas montrer sa rage, il faut savoir manœuvrer : il a tout avantage à extorquer quelques renseignements sur cet enfant, ce rival potentiel… Alors il se renseigne. D’abord sur le lieu : Matthieu nous dit qu’il a convoqué les chefs des prêtres et les scribes et qu’il leur a demandé où devait naître le Messie ; et c’est là qu’intervient la prophétie de Michée : le Messie naîtra à Bethléem.
Ensuite, Hérode se renseigne sur l’âge de l’enfant car il a déjà son idée derrière la tête pour s’en débarrasser ; il convoque les mages pour leur demander à quelle date au juste l’étoile est apparue. On ne connaît pas la réponse mais la suite nous la fait deviner : puisque, en prenant une grande marge, Hérode fera supprimer tous les enfants de moins de deux ans.
Très probablement, dans le récit de la venue des mages, Matthieu nous donne déjà un résumé de toute la vie de Jésus : dès le début, à Bethléem, il a rencontré l’hostilité et la colère des autorités politiques et religieuses. Jamais, ils ne l’ont reconnu comme le Messie, ils l’ont traité d’imposteur… Ils l’ont même supprimé, éliminé. Et pourtant, il était bien le Messie : tous ceux qui le cherchent peuvent, comme les mages, entrer dans le salut de Dieu.
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Compléments
– Au passage, on notera que c’est l’un des rares indices que nous ayons de la date de naissance exacte de Jésus ! On connaît avec certitude la date de la mort d’Hérode le Grand : 4 av JC (il a vécu de 73 à 4 av JC)… or il a fait tuer tous les enfants de moins de 2 ans : c’est-à-dire des enfants nés entre 6 et 4 (av JC) ; donc Jésus est probablement né entre 6 et 4 ! Probablement en 6 ou 5… C’est quand, au sixième siècle, un moine du nom de Denys le Petit a voulu – à juste titre – compter les années à partir de la naissance de Jésus, (et non plus à partir de la fondation de Rome) qu’il y a eu tout simplement une erreur de comptage.
– A propos de « l’Election d’Israël » : les mages païens ont vu l’étoile visible par tout un chacun. Mais ce sont les scribes d’Israël qui peuvent en révéler le sens… Encore faut-il qu’eux-mêmes se laissent guider par les Ecritures.

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Dimanche 25 décembre 2022 : Noël, fête de la Nativité : lectures et commentaires

Dimanche 25 décembre 2022 : Noël, fête de la Nativité

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

PREMIERE LECTURE – livre du prophète Isaïe 52,7-10

7 Comme ils sont beaux sur les montagnes,
les pas du messager,
celui qui annonce la paix,
qui porte la bonne nouvelle,
qui annonce le salut,
et vient dire à Sion :
« Il règne, ton Dieu ! »
8 Écoutez la voix des guetteurs :
ils élèvent la voix,
tous ensemble ils crient de joie
car, de leurs propres yeux,
ils voient le SEIGNEUR qui revient à Sion.
9 Éclatez en cris de joie,
vous, ruines de Jérusalem,
car le SEIGNEUR console son peuple,
il rachète Jérusalem !
10 Le SEIGNEUR a montré la sainteté de son bras
aux yeux de toutes les nations.
Tous les lointains de la terre
ont vu le salut de notre Dieu.

LE SEIGNEUR CONSOLE SON PEUPLE
« Eclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem ! » L’expression  « ruines de Jérusalem » nous permet de situer très précisément ce texte d’Isaïe : Jérusalem a été dévastée par les troupes de Nabuchodonosor en 587 av. J.C. Elles ont commis les horreurs que commettaient toutes les armées victorieuses à l’époque : pillage, destructions, viols, profanations. Des agriculteurs ont été maintenus sur place pour nourrir les occupants ; et ce qui restait d’hommes et de femmes valides ont été emmenés en déportation à Babylone. Cet Exil devait durer cinquante ans, ce qui est considérable ; amplement le temps de se décourager, de croire qu’on ne reverrait jamais le pays.
Et voilà que le prophète annonce le retour ; il a commencé sa prédication par les mots « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » (Is 40,1). Ici, il reprend exactement le même mot « consoler »  (« le SEIGNEUR console son peuple »), pour dire que Dieu a déjà agi, le retour est pour très bientôt. Et il voit déjà le messager qui ira annoncer la grande nouvelle à Jérusalem et le guetteur qui, du haut des collines de Jérusalem, verra revenir les colonnes de déportés.
Un messager à pied et un guetteur, voilà deux personnages qu’on a bien du mal à se représenter aujourd’hui ! En ce temps de télécommunications triomphantes (télévision, téléphone portatif, fax…) nous avons un effort d’imagination à faire !
Mais dans le monde antique, il n’y avait pas d’autre moyen qu’un coureur à pied pour annoncer les nouvelles. On connaît le fameux exemple du coureur de Marathon : en 490 av. J.C., lorsque les Athéniens ont remporté la bataille de Marathon contre les Perses, un coureur s’est précipité à Athènes (qui est à quarante-deux kilomètres de Marathon), pour annoncer la Bonne Nouvelle de la victoire. Il a couru d’un trait les quarante-deux kilomètres et a juste eu le temps de crier victoire avant de s’effondrer. C’est de là que vient notre expression « courir le Marathon ».
A l’époque, lorsque les messagers couraient porter les nouvelles, il y avait dans le même temps des guetteurs postés sur les murailles des villes ou sur les collines alentour pour surveiller l’horizon.
Isaïe imagine le guetteur posté sur le haut des remparts ou sur le mont des oliviers, peut-être, et qui voit déjà voler de colline en colline le messager qui annonce le retour au pays : « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut ». Non seulement le peuple est sauvé, mais la ville elle-même va l’être, elle sera rebâtie par ceux qui reviennent. C’est pour cela que les ruines de Jérusalem sont invitées à éclater en cris de joie.
NOTRE MISSION : MESSAGERS QUI ANNONCENT LE SALUT
A l’époque on considérait que les défaites d’un peuple étaient aussi celles de son Dieu. Mais voici que le peuple est délivré, son Dieu a fait preuve de sa puissance, il « a montré la sainteté de son bras » comme dit Isaïe. C’est pour cela que le messager vient dire à la ville sainte : « Il règne, ton Dieu ».
Une fois de plus, Dieu a délivré son peuple comme il l’avait libéré d’Egypte, « à main forte et à bras étendu », comme dit le livre du Deutéronome (Dt 4,34). Et, juste derrière le messager, le guetteur voit déjà le cortège triomphal ; et du haut des remparts, que voit-il ? Qui est en tête du cortège triomphal du retour ? Le Seigneur lui-même !  Le Seigneur revient à Sion. Il marche au milieu de son peuple et désormais, il sera de nouveau là, à Jérusalem, au milieu de son peuple.
Pour dire cette action de Dieu, Isaïe emploie un mot très fort, le mot « racheter ». Dans le langage biblique,  ce mot  « racheter »  signifie  « libérer » : vous connaissez l’institution du « Go’el » : lorsqu’un Israélite a été obligé de se vendre comme esclave ou de vendre sa maison à son créancier pour payer ses dettes, son plus proche parent se présentera au créancier pour libérer son parent débiteur. On dira qu’il « rachète » son parent, qu’il le « revendique »… Bien sûr le créancier ne laissera pas partir son débiteur s’il n’est pas remboursé, mais cet aspect financier n’est pas premier dans l’opération. Ce qui est premier, c’est la libération du débiteur. Isaïe a eu l’audace d’appliquer ce mot de « Go’el » à Dieu : manière de dire à la fois qu’il est le plus proche parent de son peuple et qu’Il le libère.
Autre phrase significative de ce texte et qui traduit une avancée très importante de la pensée juive pendant l’Exil à Babylone : c’est à ce moment-là qu’Israël a découvert l’amour de Dieu pour toute l’humanité et pas seulement pour son peuple. Il a compris que son « élection » est une mission au service du salut de toute l’humanité. C’est ce qui explique la phrase :
« Le SEIGNEUR a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu. » : c’est-à-dire, bientôt, elles reconnaîtront que Dieu est sauveur.
Pour nous qui relisons ce texte à l’occasion du la fête de Noël, évidemment, cette prédication d’Isaïe prend un sens nouveau ; plus que jamais, nous pouvons dire : « Le SEIGNEUR a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu. » Notre mission, désormais, c’est d’être ces messagers qui annoncent la paix, ces messagers de la bonne nouvelle, qui annoncent le salut, ceux qui viennent dire non seulement à la cité sainte mais au monde entier : « Il est roi, ton Dieu » !

PSAUME – 97 (98),1-6

1 Chantez au SEIGNEUR un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

2 Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
3 il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
4 Acclamez le SEIGNEUR, terre entière.
sonnez, chantez, jouez !

5 Jouez pour le SEIGNEUR sur la cithare,
sur la cithare et tous les instruments ;
6 au son de la trompette et du cor 1,
acclamez votre roi, le SEIGNEUR !

LE PEUPLE DE L’ALLIANCE…
« La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu » : c’est le peuple d’Israël qui parle ici et qui dit « notre » Dieu, affichant ainsi la relation tout-à-fait privilégiée qui existe entre ce petit peuple et le Dieu de l’univers ; mais Israël a peu à peu compris que sa mission dans le monde est précisément de ne pas garder jalousement pour lui cette relation privilégiée mais d’annoncer l’amour de Dieu pour tous les hommes, afin d’intégrer peu à peu l’humanité tout entière dans l’Alliance.
Ce psaume dit très bien ce que l’on pourrait appeler « les deux amours de Dieu » : son amour pour son peuple choisi, élu, Israël… ET son amour pour l’humanité tout entière, ce que le psalmiste appelle les « nations » … Relisons le verset 2 : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations » : les « nations », ce sont tous les autres, les païens, ceux qui ne font pas partie du peuple élu.  Mais vient aussitôt le verset 3 : « Il s’est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d’Israël », ce qui est l’expression consacrée pour rappeler ce qu’on appelle « l’élection d’Israël ». Derrière cette toute petite phrase, il faut deviner tout le poids d’histoire, tout le poids du passé : les simples mots « sa fidélité », « son amour » sont le rappel vibrant de l’Alliance : c’est par ces mots-là que, dans le désert, Dieu s’est fait connaître au peuple qu’il a choisi. « Dieu d’amour et de fidélité ». Cette phrase veut  dire : oui, Israël est bien le peuple choisi, le peuple élu ; mais la phrase d’avant, et ce n’est peut-être pas un hasard si elle est placée avant, cette phrase qui parle des nations, rappelle bien que si Israël est choisi, ce n’est pas pour en jouir égoïstement, pour se considérer comme fils unique, mais pour se comporter en frère aîné. Comme disait André Chouraqui, « le peuple de l’Alliance est destiné devenir l’instrument de l’Alliance des peuples ».
L’un des grands acquis de la Bible, c’est que Dieu aime toute l’humanité, et pas seulement Israël. Dans ce psaume, cette certitude marque la composition même du texte ; si on regarde d’un peu plus près la construction de ces quelques versets, on remarque la disposition en « inclusion » de ces deux  versets  2 et 3 : l’inclusion est un procédé de style qu’on trouve souvent dans la Bible. Une inclusion, c’est un peu comme un encadré, dans un journal ou dans une revue ; bien évidemment le but est de mettre en valeur le texte écrit dans le cadre.
Dans une inclusion, c’est la même chose : le texte central est mis en valeur, « encadré » par deux phrases identiques, une avant, l’autre après… Ici, la phrase centrale, qui parle d’Israël, est encadrée par deux phrases synonymes qui parlent des nations : « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations », voilà la première phrase donc, sur les nations … la deuxième phrase, elle, concerne Israël : « il s’est rappelé sa fidélité, son amour en faveur de la maison d’Israël »… et voici la troisième phrase : « la terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ». Le mot « nations » ne figure pas ici, mais il est remplacé par l’expression « la terre tout entière ». La phrase centrale sur ce qu’on appelle «  l’élection d’Israël » est donc encadrée par deux phrases sur l’humanité tout entière. L’élection d’Israël est centrale mais on n’oublie pas qu’elle doit rayonner sur l’humanité tout entière et cette construction le manifeste bien.
…AU SERVICE DE L’ALLIANCE DES PEUPLES
Et quand le peuple d’Israël, au cours de la fête des Tentes à Jérusalem, acclame Dieu comme roi, ce peuple sait bien qu’il le fait déjà au nom de l’humanité tout entière ; en chantant cela, on imagine déjà (parce qu’on sait qu’il viendra) le jour où Dieu sera vraiment le roi de toute la terre, c’est-à-dire reconnu par toute la terre.
La première dimension de ce psaume, très importante, c’est donc l’insistance sur ce « les deux amours de Dieu », pour son peuple choisi, d’une part, et pour toute l’humanité, d’autre part. Une deuxième dimension de ce psaume est la proclamation très appuyée de la royauté de Dieu.
Par exemple, on chante au Temple de Jérusalem « Acclamez le SEIGNEUR, terre entière, acclamez votre roi, le SEIGNEUR » Mais dire « on chante », c’est trop faible ; en fait, par le vocabulaire employé en hébreu, ce psaume est un cri de victoire, le cri que l’on pousse sur le champ de bataille après la victoire, la « terouah » en l’honneur du vainqueur. Le mot de victoire revient trois fois dans les premiers versets. « Par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire » … « Le SEIGNEUR a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations »… « La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu ».
La victoire de Dieu dont on parle ici est double : c’est d’abord la victoire de la libération d’Egypte ; la mention « par son bras très saint, par sa main puissante » est une allusion au premier exploit de Dieu en faveur des fils d’Israël, la traversée miraculeuse de la mer qui les séparait définitivement de l’Egypte, leur terre de servitude. L’expression « Le SEIGNEUR t’a fait sortir d’Egypte à main forte et à bras étendu » (Dt 5,15) était devenue la formule-type de la libération d’Egypte. La formule « il a fait des merveilles » (au verset 1 de ce psaume) est aussi un rappel de la libération d’Egypte.
Mais quand on chante la victoire de Dieu, on chante également la victoire attendue pour la fin des temps, la victoire définitive de Dieu contre toutes les forces du mal. Et déjà on acclame Dieu comme jadis on acclamait le nouveau roi le jour de son sacre en poussant des cris de victoire au son des trompettes, des cornes et dans les applaudissements de la foule. Mais alors qu’avec les rois de la terre, on allait toujours vers une déception, cette fois, on sait qu’on ne sera pas déçus ; raison de plus pour que cette fois la « terouah » soit particulièrement vibrante !
Désormais les Chrétiens acclament Dieu avec encore plus de vigueur parce qu’ils ont vu de leurs yeux le roi du monde : depuis l’Incarnation du Fils, ils savent et ils affirment (envers et contre tous les événements apparemment contraires), que le Règne de Dieu, c’est-à-dire de l’amour est déjà commencé.
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Note
1 – Les instruments de musique : c’est par les psaumes, et en particulier le Ps 150 que l’on connaît les instruments de musique de l’époque. Ici déjà, en voici 3 énumérés : cithare, trompette et cor.
Complément : Devant la Crèche, on ne peut pas s’empêcher de penser que, pour l’instant la force divine du bras de Dieu qui libère son peuple repose dans deux petites mains d’enfant.

DEUXIEME LECTURE – lettre aux Hébreux 1,1-6

1 À bien des reprises
et de bien des manières,
Dieu, dans le passé,
a parlé à nos pères par les prophètes ;
2 mais à la fin, en ces jours où nous sommes,
il nous a parlé par son Fils
qu’il a établi héritier de toutes choses
et par qui il a créé les mondes.
3 Rayonnement de la gloire de Dieu,
expression parfaite de son être,
le Fils, qui porte l’univers
par sa parole puissante,
après avoir accompli la purification des péchés,
s’est assis à la droite de la Majesté divine
dans les hauteurs des cieux ;
4  et il est devenu bien supérieur aux anges,
dans la mesure même où il a reçu en héritage
un nom si différent du leur.
5 En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange :
« Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? »
Ou bien encore :
« Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ? »
6 À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né
dans le monde à venir,
il dit :
« Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu. »

DIEU A PARLE A NOS PERES PAR LES PROPHETES
« Dieu a parlé à nos pères par les prophètes » ; à travers cette phrase on devine que les destinataires de la lettre aux Hébreux sont des Juifs devenus chrétiens. L’une des caractéristiques d’Israël, c’est bien cette conviction que Dieu s’est révélé progressivement à ce peuple qu’il a choisi. Parce que Dieu n’est pas à la portée de l’homme, il faut bien qu’il se révèle lui-même. Vous connaissez la fameuse phrase de Paul dans la lettre aux Ephésiens : « Dieu nous dévoile le mystère de sa volonté… » (Ep 1,9). Sous-entendu, nous ne l’aurions pas trouvé tout seuls. Et cette révélation ne pouvait être que progressive, tout comme l’éducation d’un enfant ne se fait pas en un jour. Au contraire, les parents disent à leur enfant progressivement, au fur et à mesure du développement de son intelligence, ce dont il a besoin pour comprendre le monde et la société dans laquelle il vit. C’est exactement comme cela que Moïse explique la pédagogie de Dieu dans le livre du Deutéronome : « Comme un homme éduque son fils, ainsi le SEIGNEUR ton Dieu fait ton éducation. » (Dt 8,5).
Pour cette éducation progressive de son peuple, Dieu a suscité, à chaque époque, des prophètes qui parlaient de sa part, dans des termes qui correspondaient à la mentalité de l’époque. On disait qu’ils  étaient la « bouche de Dieu ». Comme dit l’une des phrases de notre liturgie : « Tu les as formés par les prophètes dans l’espérance du salut. » (Prière Eucharistique N° IV). Parce que Dieu utilise avec son peuple cette pédagogie très progressive, il lui parle « à bien des reprises et de bien des manières » (v.1).
Quand l’auteur de la lettre aux Hébreux prend la plume, ce salut est arrivé : c’est pour cela qu’il coupe l’histoire de l’humanité en deux périodes : avant Jésus-Christ et depuis Jésus-Christ. Avant Jésus-Christ, c’est ce qu’il appelle le passé ; depuis Jésus-Christ, c’est ce qu’il appelle « ces jours où nous sommes », c’est le temps de l’accomplissement. En Jésus-Christ, le monde nouveau est déjà inauguré. Le Christ est en lui-même l’accomplissement du projet de Dieu, ce que nous appelons son « dessein bienveillant ».
Après l’éblouissement et la stupeur de la résurrection du Christ, la conviction des premiers Chrétiens s’est forgée peu à peu : oui, Jésus de Nazareth est bien le Messie que le peuple juif attendait, mais il est bien différent de l’idée qu’on s’en était faite à l’avance. L’ensemble du Nouveau Testament médite cette découverte étonnante. Certains attendaient un Messie-roi, d’autres, un Messie-prophète, d’autres, un Messie-prêtre. L’auteur de la lettre aux Hébreux, dans le passage d’aujourd’hui, nous dit : Eh bien, mes frères, Jésus est bien tout cela.
Je vous propose donc une remarque sur chacun de ces trois points : Jésus est le Messieprophète qu’on attendait, il est le Messie-prêtre, il est le Messie-Roi.
LE CHRIST, PRETRE, PROPHETE ET ROI
Pour commencer, Il est le Messie – prophète : l’auteur nous dit : « Dieu nous a parlé par son Fils » : Jésus est bien le prophète par excellence ; si les prophètes de l’Ancien Testament étaient la « bouche de Dieu », lui, il est la Parole même de Dieu, la Parole créatrice « par qui Dieu a créé les mondes » (v. 2). Mieux encore, il est le « rayonnement de la gloire de Dieu » (v. 3)1 ; il dira lui-même « qui m’a vu a vu le Père » (il est l’expression parfaite de l’être de Dieu, v. 3).
Ensuite, Il est le Messie – prêtre : c’était le rôle du grand-prêtre d’être l’intermédiaire entre Dieu et le peuple pécheur ; or, en vivant une relation d’amour parfaite avec son Père, une véritable relation filiale, Jésus-Christ restaure l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Il est donc le grand-prêtre par excellence, qui accomplit la « purification  des péchés » : cette « purification des péchés », (l’auteur reviendra longuement sur ce thème dans la suite de sa lettre), Jésus l’a opérée en vivant toute sa vie dans une relation parfaitement filiale, comme un parfait dialogue d’amour et « d’obéissance » avec son Père.
Enfin, Il est le Messie – roi : l’auteur lui applique des titres et des prophéties qui concernaient le Messie : on a là l’image du trône royal, « il est assis à la droite de la Majesté divine », et surtout il est appelé « Fils de Dieu » : or c’était le titre qui était conféré au nouveau roi le jour de son sacre. « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré », était l’une des phrases de la cérémonie du sacre (reprise par le psaume 2). Et le prophète Natan avait annoncé : « Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. » (2 S 7,14). Et, à la différence des rois de la terre, lui, Il est roi sur toute la création, même les Anges : l’auteur nous dit  « il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si diffdérent du leur. »  (v. 4). Et lorsqu’il dit « Au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il (Dieu) dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu », l’auteur annonce que le Christ est Dieu lui-même ! Puisque Dieu seul a droit à l’adoration des Anges.
Prêtre, prophète et roi, Jésus l’est donc, c’est pourquoi on peut l’appeler Christ qui veut dire « Messie » ; mais ce texte nous révèle en même temps notre propre grandeur puisque notre vocation est d’être intimement unis à Jésus-Christ, de devenir à notre tour les reflets de la gloire du Père… d’être à notre tour appelés Fils… d’être rois en lui… prêtres en lui… prophètes en lui. Au jour de notre baptême, le prêtre nous a annoncé que, désormais, nous étions membres du Christ, Prêtre, Prophète et Roi.
Et si ce passage nous est proposé dès le jour de Noël, c’est pour que nous sachions déjà déchiffrer le mystère de la crèche à cette profondeur-là. L’enfant qui nous est donné à contempler est porteur de tout ce mystère-là et nous en lui, par lui et avec lui.
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Note sur Hébreux 1,3
Dans l’expression « Rayonnement de la gloire de Dieu », on peut entendre un écho de l’épisode de la Transfiguration de Jésus.
Compléments
On a longtemps cru que la lettre aux Hébreux était de saint Paul. Aujourd’hui, on dit souvent par manière de boutade : « Ce n’est pas une lettre, elle n’est pas de saint Paul, elle ne s’adresse pas aux Hébreux. » Le mot « Hébreux », dans cet écrit, désigne probablement d’anciens Juifs devenus chrétiens. Cela expliquerait ses allusions très fréquentes aux textes bibliques et aux pratiques juives.

EVANGILE – selon Saint Jean 1,1-18

1 Au commencement était le Verbe,
et le Verbe était auprès de Dieu,
et le Verbe était Dieu.
2 Il était au commencement auprès de Dieu.
3 C’est par lui que tout est venu à l’existence,
et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
4 En lui était la vie,
et la vie était la lumière des hommes ;
5 la lumière brille dans les ténèbres,
et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
6 Il y eut un homme envoyé par Dieu ;
son nom était Jean.
7 Il est venu comme témoin,
pour rendre témoignage à la Lumière,
afin que tous croient par lui.
8 Cet homme n’était pas la Lumière,
mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
9 Le Verbe était la vraie Lumière,
qui éclaire tout homme
en venant dans le monde.
10 Il était dans le monde,
et le monde était venu par lui à l’existence,
mais le monde ne l’a pas reconnu.
11 Il est venu chez lui,
et les siens ne l’ont pas reçu.
12 Mais à tous ceux qui l’ont reçu,
il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu,
eux qui croient en son nom.
13 Ils ne sont pas nés du sang,
ni d’une volonté charnelle,
ni d’une volonté d’homme :
ils sont nés de Dieu.
14 Et le Verbe s’est fait chair,
il a habité parmi nous,
et nous avons vu sa gloire,
la gloire qu’il tient de son Père
comme Fils unique,
plein de grâce et de vérité.
15 Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant :
« C’est de lui que j’ai dit :
Celui qui vient derrière moi
est passé devant moi,
car avant moi il était. »
16 Tous, nous avons eu part à sa plénitude,
nous avons reçu grâce après grâce ;
17 car la Loi fut donnée par Moïse,
la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
18 Dieu, personne ne l’a jamais vu ;
le Fils unique, lui qui est Dieu,
lui qui est dans le sein du Père,
c’est lui qui l’a fait connaître.

LA CREATION EST LE FRUIT DE L’AMOUR
« Au commencement » : Jean reprend volontairement le premier mot de la Genèse (« Bereshit ») ; il faut entendre la profondeur de ce mot : ce n’est pas une précision d’ordre chronologique !  Ce qui commence, c’est ce qui commande toute l’histoire humaine, c’est l’origine, le fondement de toutes choses …
« Au commencement était le VERBE » : tout est mis sous le signe de la Parole, Parole d’Amour, Dialogue… Voilà l’Origine, le commencement de toutes choses… « Et le Verbe était au commencement auprès de Dieu » (v. 2-3) : en grec c’est « pros ton Théon »qui veut dire  littéralement « tourné vers Dieu » ; le Verbe était tourné vers Dieu…  C’est l’attitude du dialogue. Quand on dit « Je t’aime », ou quand on dialogue vraiment avec quelqu’un, on lui fait face ; on est « tourné vers lui » ; quand on lui tourne le dos, qu’on se détourne, le dialogue est rompu ; et il faudra faire demi-tour pour renouer le dialogue.
Ce que saint Jean nous dit ici est capital : la Création tout entière, puisque rien n’a été fait sans le Verbe, (la Création tout entière) est le fruit du dialogue d’amour du Père et du Fils ; et nous, à notre tour, nous sommes créés dans ce dialogue et pour ce dialogue. Nous sommes le fruit d’un dialogue d’amour. Bien sûr, c’est vrai concrètement au niveau de l’acte qui nous a engendrés chacun à la vie. Mais, spirituellement, nous pouvons nous dire que nous sommes le fruit de l’amour de Dieu. La vocation de l’humanité, d’Adam, pour reprendre le mot de la Genèse, c’est de vivre un parfait dialogue d’amour avec le Père.
Mais toute notre histoire humaine, malheureusement, étale le contraire. Le récit de la chute d’Adam et Eve, au deuxième chapitre de la Genèse, nous le dit à sa manière : il montre bien que le dialogue est rompu ; l’homme et la femme se sont méfiés de Dieu, ont soupçonné Dieu d’être mal intentionné à leur égard ; c’est le contraire même du dialogue d’amour ! Nous le savons bien : quand le soupçon traverse nos relations, le dialogue est empoisonné. Et, dans notre vie personnelle, toute l’histoire de notre relation à Dieu pourrait être représentée comme cela : nous sommes tantôt tournés vers lui, tantôt détournés et il nous faut alors faire demi-tour pour qu’il puisse renouer le dialogue… « Demi-tour », c’est exactement le sens du mot « conversion » dans la Bible.
NOTRE AVENIR : ENTRER DANS CE DIALOGUE
Le Christ, lui, vit en perfection ce dialogue sans ombre avec le Père : il vient prendre la tête de l’humanité ; j’ai envie de dire : il est le « OUI » de l’humanité au Père. Il vient vivre ce « OUI » au quotidien ; et alors, par lui, nous sommes réintroduits dans le dialogue primordial : « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. ». « Pouvoir devenir enfants de Dieu », c’est retrouver cette relation filiale, confiante, sans ombre. Et le seul but du Christ, c’est que l’humanité tout entière puisse rentrer dans ce dialogue d’amour ; « ceux qui croient en son nom », ce sont ceux qui lui font confiance, qui marchent à sa suite. « Pour que le monde croie » : c’est le souhait ardent de Jésus : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17,21). Je reprends une phrase de Kierkegaard :  « Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, le contraire du péché, c’est la foi ».
« Croire », c’est faire confiance au Père, savoir en toutes circonstances, quoi qu’il nous arrive, que Dieu est bienveillant, ne jamais soupçonner Dieu, ne jamais douter de l’amour de Dieu pour nous et pour le monde… et du coup, bien sûr, regarder le monde avec ses yeux.
Regarder le monde avec les yeux de Dieu : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous », cela veut dire qu’il n’y a pas besoin de s’évader du monde pour rencontrer Dieu. C’est dans la  « chair » même, dans la réalité du monde que nous lisons sa Présence. Comme Jean-Baptiste, à notre tour, nous sommes envoyés comme témoins de cette Présence.

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Les Saints Innocents de Paul Verlaine

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Cruel Hérode, noir Péché,
De tes sept glaives tu poursuis
Les innocents, lesquels je suis
Dans mes cinq sens, — et, qu’empêché
Me voici pour, las ! me défendre !

L’argile dont Dieu les forma,
Leur faiblesse à ces tristes sens
Par quoi je suis les innocents
Que l’on immole dans Rama,
Trahissent leur âge trop tendre.

Nulle fuite. Mais mon Sauveur,
Assumant mon sort et ma mort,
Vit en Égypte dont il sort
À temps pour l’insigne faveur
Qu’il me fait de donner sa vie

Et sa pensée à mon bonheur
Éternel, et, par l’action
Sûre de l’absolution
De son prêtre à lui, le Seigneur,
Ressuscite ma chair ravie.

Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).

ADORATION DES BERGERS, CLAUDE TRICOIRE (1951-...), ENFANCE DE JESUS, EVANGILE SELON SAINT LUC, JESUS CHRIST, LES BERGERS... PRMIERS CROYANTS... PREMIERS MISSIONNAIRES !, MEDITATIONS, MESSIE, NOËL

Les bergers… Premiers croyants… Premiers missionnaires !

 

Les bergers…. Premiers croyants… premiers missionnaires !

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L’Adoration des bergers. Georges de La Tour (1645)

Méditation 

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » (Lc 10, 21 ; Mtt 11, 25)

 Dans la crèche la figure du berger est incontournable depuis des siècles puisqu’elle figure déjà dans l’épisode situé juste après la naissance de Jésus de Luc (2, 7-20). Il est familier de les voir debout ou à genoux près de la mangeoire où repose l’enfant Jésus. Cette image immortalisée par la tradition et dans l’art nous semble normale et presque banale. La force de l’habitude ! Mais n’ont-ils fait que venir voir ce que les anges leur avaient annoncé ? N’ont-ils pas faire autre chose ?

 Les bergers n’ont pas été choisi pour leurs richesses ou leur savoir.ils faisaient partie du petit peuple d’Israël ; leur métier ne les destinaient ni à devenir riche ou savant ; d’ailleurs peut-être qu’ils ont peu fréquenté les synagogues et encore moins les scribes. Ils étaient simplement bergers d’un troupeau, d’en prendre soin. Et pour se faire ils passaient souvent leur nuit à la belle étoile avec le firmament pour toit, la nature comme école de vie.

 Et c’est pour eux que Dieu va déchirer les cieux, c’est à eux que Dieu va envoyer ses anges pour leur annoncer la nouvelle : « Voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur ! »

Que savaient les bergers de l’attente d’un Messie pour Israël ? Est-ce qu’eux-mêmes étaient dans cette attente ? On peut seulement supposer qu’ils avaient entendu parler de cette promesse d’un Messie que Dieu enverrait pour sauver son peuple ;  on peut également penser qu’ils partageaient comme tous les juifs cet espoir.

Et sans se poser de questions ils partent voir ce que les anges leur ont annoncé …. Mais comme ils sont de bons bergers ils emmènent avec eux le troupeau.  Ils trouveront Marie, Joseph et l’Enfant Jésus couché dans la mangeoire. Ils s’agenouillent devant l’enfant sans autre cérémonie. Peut-être que, comme le veut la tradition, ils aient offert quelques moutons ou brebis au Fils de Dieu. Ils n’ont pas eu besoin de discours pour croire : ils ont ce que Dieu leur avait annoncé et ils ont cru.

On aurait pu penser que les bergers s’en seraient retournés tranquillement à leur occupation de berger et veiller sur leur troupeau. Après avoir vu ils s’empressent d’aller raconter ce qu’ils ont vu à ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin sans doute.

 Et puis les bergers s’en retournent à leurs occupations en chantant les louanges de Dieu qui a tenu la Promesse d’envoyer un Sauveur. Comme les anges ils peuvent entonner : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, qu’il aime »

 Ces premiers croyants, ces premiers missionnaires que sont-ils devenus ? Nul ne le sait ! Mais qu’importe au fond ! L’important est ailleurs  : ils ont vu, ils ont cru en la Parole de Dieu, ils en ont témoigné !

 

 Evangile selon saint Luc

[En ce temps-là Marie] mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »

Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.

Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.

Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

(Luc 2, 7-20)

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©Claude Tricoire

BIBLE, ENFANCE DE JESUS, NOUVEAU TESTAMENT

L’enfance de Jésus

L’ENFANCE DE JESUS

 

vitrail-enfance-de-jesus-9561cÀ quoi ressemblait l’enfance de Jésus ?

Que sait-on de la vie cachée de Jésus ? Quels faits historiques et spirituels relever au long de ces trente années ?

 

L’Enfance dans l’art

Historienne d’art, spécialiste de la peinture flamande du XVe siècle et de l’art baroque européen, ainsi que de l’art copte, Marie-Gabrielle Leblanc a publié en novembre 2018 L’enfance du Christ dans l’art .Cet ouvrage donne à voir le mystère de l’Incarnation à travers cent œuvres, du Ve au XXIe. Au fil des siècles, les arts d’Orient et d’Occident sont mêlés.

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Les manches retroussées, saint Joseph s’applique à son ouvrage de menuiserie. À ses côtés, l’Enfant Jésus, dans une sobre tunique, tient élevée une chandelle. Sa lumière luit, que les ténèbres n’arrêtent. Cette toile de Georges de La Tour imagine une scène de l’enfance du Messie, comme le font joliment certains chants populaires et livres d’enfants. On y entend la Vierge fredonner des berceuses, on y voit la Sainte Famille partager ses repas avec Anne et Joachim.

Pourtant, les Évangiles semblent peu bavards sur ces trente années qui précèdent sa vie publique. Seuls Matthieu et Luc, dans les deux premiers chapitres de leur Évangile, présentent des récits de l’enfance. Celui de Matthieu retrace l’annonce à Joseph, la visite des mages à Bethléem, la fuite en Égypte, puis l’établissement à Nazareth. Quant à Luc, il est le seul à conter l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la présentation au Temple et le séjour parmi les docteurs du Temple. Il évoque aussi, par quelques mots, sa vie cachée à Nazareth. Quelles sont les sources des évangélistes ? Elles proviennent de «traditions familiales», écrit Benoît XVI dans L’enfance de Jésus (Flammarion). «Luc fait parfois allusion au fait que Marie elle-même, la Mère de Jésus, était une de ses sources. Il dit que “sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur”.» Dans ces textes, explique-t-il encore, « il n’y avait pas une intention de raconter de façon complète mais de noter ce qui, à la lumière de la Parole et pour la communauté naissante de la foi, apparaissait important».

 Une vie intérieure singulière

Ainsi, peut-on lire des récits brefs, aussi dépouillés que sont riches en détail certains textes apocryphes, tels le Protoévangile de Jacques ou l’Évangile de l’enfance selon Thomas. On y voit l’Enfant Jésus qui provoque la mort ou qui donne vie à ses oiseaux en boue. «Les scènes décrites sont souvent l’ordre du merveilleux», avertit l’abbé Philippe Beitia, docteur en théologie, auteur de L’EnfantJésus de Prague. (Téqui). « Dans ces textes, des affirmations non conformes à l’Évangile côtoient sans doute aussi des souvenirs. Il est bon de discerner dans cette littérature ce qui est conforme à la foi, ce qui va aider la foi à s’épanouir.» L’Église invite les fidèles à la même distance prudente envers les révélations privées.

Rien n’empêche d’imaginer ce à quoi a pu ressembler la vie quotidienne de cet enfant d’Israël. Au premier siècle, Nazareth est un vieux village de petites maisons, perché à 400 mètres d’altitude. Jésus a sans doute passé du temps à jouer dans la cour ou à aider sa maman à de menus travaux. Vers l’âge de 13 ou 14 ans, il a dû commencer à apprendre le métier de charpentier de son père. Il connaît le travail des champs – en témoignent ses paraboles. Il grandit «en sagesse, en taille et en grâce» dans une vieille famille hébraïque, profondément pieuse. Il parle araméen et comprend l’hébreu de la synagogue. Si ordinaires qu’ont été ces années d’enfance, elles ont sans nul doute été marquées d’une vie intérieure singulière, d’une relation ineffable avec le Père.

 L’accomplissement des promesses de l’Alliance

Car Jésus est, dès sa conception, le Messie qui a pris chair pour le salut des hommes. Jésus accomplit les promesses faites par Dieu à Israël«Chez Matthieu comme chez Luc, les événements de l’enfance sont très étroitement liés à des paroles de l’Ancien Testament», écrit Benoît XVI. Ainsi n’y a-t-il pas vraiment de rupture entre son enfance et sa vie publique : l’œuvre de Dieu se révèle tout au long des événements. Les mystères joyeux les méditent. À l’Annonciation, la révélation du nom de Dieu est portée à son accomplissement en Jésus. « Dans le nom “Jésus”, que l’ange attribue à l’enfant, le tétra-gramme, le nom mystérieux depuis l’Horeb, est de façon cachée contenu et élargi jusqu’à l’affirmation: Dieu sauve. Le Dieu qui est, est le Dieu présent et sauveur. »

Au moment de la Visitation, le Sauveur donne l’Esprit Saint. «La scène est telle une petite Pentecôte, commente l’abbé Beitia. Il donne à Élisabeth et à l’enfant qu’elle porte la joie du salut. Puis, lors de sa naissance, annoncée par les anges aux bergers, on voit que ce petit enfant est venu pour les pécheurs, les pauvres, comme Il le dira dans sa vie publique. Les mages qui viennent L’adorer sont des étrangers, manifestant que le salut est destiné à tous les hommes.» Couché dans une mangeoire, où les animaux se nourrissent, le Christ se fait déjà nourriture, «vrai pain descendu du Ciel».

De la même manière, lors de la Présentation de Jésus au Temple, jour de sa circoncision, les regards se tournent vers l’accomplissement des promesses de l’Alliance. Les prophètes Siméon et Anne le reconnaissent comme le Messie d’Israël. Alors que la Loi prescrit un acte de rachat du premier-né, l’évangéliste Luc n’en dit rien : «Au contraire, commente Benoît XVI, c’est la remise de l’Enfant à Dieu qui est mis en évidence.»

Chez Matthieu comme chez Luc, les événements de l’enfance sont très étroitement liés à des paroles de l’Ancien Testament.

Benoît XVI

Dernier événement de l’enfance, son recouvrement au Temple est éloquent. Jésus, âgé de 12 ans, accompagne ses parents en pèlerinage à Jérusalem, pour la Pâque. Trois jours après l’avoir perdu, ces derniers le retrouvent au Temple – allusion aux trois jours qui s’écoulent entre la Croix et la Résurrection. Jésus est dans la maison de son Père, au milieu des docteurs, source de la sagesse d’Israël. Un moment où «Il fait resplendir la plus grande obéissance dans laquelle Il vit, médite le cardinal allemand. Il va de soi qu’Il connaît le Père en son for intérieur. Lui seul connaît Dieu.»

«Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth, et il leur était soumis […]. Il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.» La sagesse de l’Enfant Jésus, vrai homme et vrai Dieu, croît. L’entrelacement des deux dimensions reste insaisissable. «Sa relation avec le Père, vécue dans son humanité, s’est approfondie à travers la prière, les Écritures, sa participation au culte, commente l’abbé Beitia. Mais, en même temps, Jésus a toujours eu conscience qu’il était le Messie d’Israël et de condition divine.» Mystère que cet entrelacement, grand mystère que l’Incarnation.

 La dévotion au Saint Enfant Jésus

En Espagne, l’Enfant Jésus trouve une place de choix dans les carmels de Sainte Thérèse (1515-1582). En 1628, une princesse offre aux Carmes de Prague une statue de cire de l’Enfant Jésus, qu’elle tiendrait de sa famille espagnole. Vingt ans plus tard, le culte rendu à l’Enfant Jésus de Prague est reconnu officiellement. On y médite les vertus de pureté, simplicité, obéissance, humilité et innocence. En France, vers 1640, une carmélite se voit offrir la statue du «Petit Roi de Grâce». Sœur Marguerite du Saint-Sacrement, «épouse du Saint Enfant Jésus en sa crèche», a reçu une apparition de Jésus enfant en 1635. «Je ne refuserai rien à tes prières, lui dit-il, alors que la France est en guerre. C’est par les mérites du Mystère de mon enfance que tu surmonteras toutes les difficultés.»

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Source : Famille chrétienne du 10 décembre 2018.

 

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L’enfance de Jésus, un récit populaire

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Des apocryphes, qui circulèrent dès les premiers siècles de notre ère, retracent l’histoire de Jésus enfant et de sa mère. Très appréciés, ils contribuèrent à l’essor du christianisme.

Dès que le mot « apocryphe » est prononcé, tout un monde apparaît dans l’imaginaire. Ils évoquent des textes mystérieux, des secrets soigneusement enterrés par d’occultes puissances soucieuses de conserver leur emprise, ou encore des révélations stupéfiantes restées inaccessibles durant des siècles. Pourtant pour ceux que l’on nomme les « apocryphes de l’enfance de Jésus », rien de tout cela n’est exact, car ces derniers n’ont, à vrai dire, absolument rien de caché…
Ces textes jouèrent un rôle important dans l’Église officielle. Ces derniers datent pour la plupart d’une période allant du IIe siècle au VIIIe siècle. Ils traitent de différentes époques : avant la venue au monde de Jésus et depuis sa naissance jusqu’au début de son ministère public (ce que les commentateurs nomment habituellement « la vie cachée »).
Tout d’abord, ces textes n’entendent pas remplacer les textes canoniques. En présentant des épisodes de la vie du Christ volontairement ignorées par les évangiles, ils tentent de compléter ces récits, de répondre à des questions légitimes sur la vie des parents de Jésus et d’imaginer celle de ce dernier lors de la Fuite en Égypte ou à Nazareth. Bien loin d’être des substituts aux évangiles, ils renouent avec l’ancienne pratique juive du midrash, ces commentaires parfois assez longs dont le but est précisément de remplir les « blancs » du texte. 

Marie avant la nativité

Le Protévangile de Jacques, par exemple, constitue l’une des premières traces du culte à la Vierge qui deviendra par la suite si important dans le christianisme. Le texte retrace des événements qui précèdent la Nativité relatée par les Évangiles de Luc et de Matthieu : le récit débute avant la naissance de Marie et se concentre sur la mère de Jésus. Celle-ci est présentée comme une jeune fille à la naissance exceptionnelle : comme Abraham et Sara, ses parents Joachim et Anne sont des vieillards stériles dont la piété exemplaire est récompensée par la venue d’un enfant dans leur grand âge. Sa vertu est également édifiante : présentée au Temple dès son plus jeune âge, elle y vit dans la discrétion, file le voile destiné à ce dernier, et passe sa vie dans la prière. Elle reçoit son mari à la faveur d’un miracle qui rappelle la résurrection : Joseph est désigné car une colombe sorte d’un bâton qu’il avait en main. Cela permet de contrer ceux qui niaient sa virginité confirmée plusieurs fois par le récit, qui précise notamment qu’une sage-femme l’a même vérifié. Le Protévangile de Jacques s’apparente donc à des vies de saints, à ces récits hagiographiques qui commencent à naître dans l’Église.

L’Évangile du Pseudo-Thomas (appelé aussi Histoire de l’enfance de Jésus) date quant à lui du IVe siècle. Ce sont des récits populaires, où se succèdent des miracles tous plus extraordinaires les uns que les autres destinés à émerveiller le bon peuple : Jésus enfant ressuscite des morts, répond avec sagesse à ses maîtres et manifeste sa science infuse ; il maudit ceux qui lui veulent du mal, soulage le travail de sa mère en réalisant des actes stupéfiants. Sa théologie sous-jacente est des plus simples : si Jésus est Dieu, alors il peut faire tous les prodiges qu’il veut, et ceux-ci prouvent sa divinité. La Vie de Jésus en arabe datant du ve siècle n’est pas en reste : elle aussi multiplie les résurrections, les miracles de la nature et les destructions d’idoles. Le but est ici un peu différent : grâce au récit du trajet de la Sainte Famille en Égypte, toute une géographie de sanctuaires et de lieux saints trouve sa justification : un palmier se penche pour fournir ombre et fruits à Marie et à l’Enfant, des temples s’effondrent sur leurs idoles.

On est bien loin ici des cénacles bien informés, des secrets réservés au petit nombre, des vérités soigneusement cachées aux foules. Ces textes servaient au contraire à convaincre les fidèles par des histoires édifiantes, à accompagner des pèlerinages et des dévotions populaires, à asseoir la propagation du christianisme dans les campagnes. L’Histoire de Joseph le Charpentier explique pourquoi le père de Jésus n’apparaît plus dans les évangiles : on y fait le récit de sa mort édifiante, preuve qu’un culte commençait bien à apparaître dans les campagnes égyptiennes au IVe siècle. On règle également la question de la famille de Jésus en expliquant que les « frères » de Jésus étaient les fruits d’un premier mariage du charpentier et non les enfants de Marie, restée vierge après la Nativité.

Il faut enfin en finir avec l’idée que le terme « apocryphe » s’applique aux textes et se souvenir qu’à l’origine l’adjectif qualifiait simplement les auteurs, dont on ne connaissait pas les noms. En effet, rien n’est moins caché que le Protévangile de Jacques. Le texte a été rédigé au IIIe siècle et le nombre de manuscrits conservés suggère qu’il connut un très grand succès. Il était même tellement irremplaçable qu’au VIe siècle lorsque certaines de ses expressions se mirent à ne plus convenir à la théologie en vigueur et qu’il fut jugé comme manquant un peu de style, celui-ci fut réécrit, sans doute par un auteur plus cultivé, placé sous l’autorité de saint Jérôme sous le nom d’Évangile du Pseudo-Matthieu. Et quand, à son tour, cette version parut vieillie, elle fut à nouveau retravaillée à l’époque carolingienne sous le nom de Nativité de Marie. La postérité de ce texte fut énorme. C’est de lui que naquit la dévotion aux parents de la Vierge, Joachim et Anne.

Encore aujourd’hui, à Sainte-Anne d’Auray, on rend un culte à une sainte dont tout ce qu’on sait provient de ce texte. Le récit servit également de source à des fêtes liturgiques comme la Présentation de la Vierge. Il connut enfin une nombreuse postérité dans l’art : des scènes typiques comme le bâton qui fleurit de Joseph, la Vierge au Temple ou le mariage de la Vierge en sont directement issues. De même, la présence régulière dans l’art flamand de la sage-femme Salomé provient de ce texte. Toutes les fresques peintes par Giotto dans la chapelle Scrovegni de Padoue reprennent ces scènes de la vie de Joachim et d’Anne. Il en va de même pour les icônes orthodoxes de la vie de la Vierge.

 Pour les plus humbles

Les apocryphes de l’enfance de Jésus sont des textes passionnants car ils nous permettent de confirmer que le christianisme primitif est avant tout multiforme : il a évolué au gré des particularités géographiques et des options idéologiques ; il a manifesté le constant souci de s’adresser aux couches les plus humbles. Ainsi la trace des débats qui firent rage autour de la virginité de Marie et de l’origine soi-disant obscure de Jésus transparaissent dans le Protévangile de Jacques. Tout comme la tendance à l’ascétisme qui obséda certains milieux chrétiens des premiers siècles. Dans la Vie de Jésus en arabe, l’Égypte qui constitue un centre fondamental pour le christianisme primitif est présentée sous une autre facette : si l’on connaissait bien la foi très complexe des intellectuels à travers des Pères de l’Église comme Clément d’Alexandrie ou Origène, le texte nous renseigne sur la foi plus simple de leurs ouailles. L’étude des textes sur ­l’Enfance de Jésus permet de ressusciter la théologie des milieux populaires, de percevoir les débats sur la divinité du Christ et la question de la place du miracle dans la foi, ainsi que l’importance des usages locaux que chaque communauté entendait préserver. On peut ainsi mieux connaître et mieux comprendre les textes canoniques et l’histoire de l’Église, ce qui explique la faveur dont ils jouissent à l’époque actuelle auprès des spécialistes.

 

La Croix du 24 décembre 2012.

 

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L’enfance de Jésus

Benoît XVI

Paris, Flammarion, 2012. 144 pages

 

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« Je peux enfin mettre entre les mains du lecteur le petit livre promis depuis longtemps sur les récits de l’enfance de Jésus. Il ne s’agit pas d’un troisième volume, mais d’une porte d’entrée à mes deux précédents ouvrages consacrés à la figure et au message de Jésus de Nazareth. J’ai cherché à interpréter, en dialoguant avec des exégètes d’hier et d’aujourd’hui, ce que Matthieu et Luc racontent, au début de keyrs Evangiles, sur l’enfance de Jésus.

 

Une interprétation juste, selon moi, requiert deux étapes

– D’abord, il faut se demander ce qu’ont voulu dire, à leur époque, les auteurs de ces textes et à la composante historique de l’exégèse Mais il ne faut pas laisser le texte dans le passé, en l’archivant parmi les évènements arrivés il y a longtemps.

– La seconde question doit être: « Ce qui est dit est-il vrai ? Cela me regarde-t-il ? Et si cela me regarde, de quelle façon ?» Devant un texte tel qu’un texte biblique, dont l’ultime et le plus profond auteur, selon notre foi, est Dieu lui-même, la question du rapport du passé avec le. En cela, le sérieux de la recherche historique n’est en rien diminué, mais augmenté.

C’est en ce sens que je me suis attaché à entrer en dialogue avec les textes. Je suis bien conscient que cet entretien au croisement entre passé, présent  et futur ne pourra jamais être achevé, et que toute interprétation reste en deçà  de la grandeur du texte biblique. J’espère que ce petit livre, malgré ses limites, pourra aider de nombreuses personnes dans leur chemin vers et avec Jésus. »

Castel Gandolfo, en la solennité de l’Assomption de Marie au Ciel, 15 août  2012.

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La fuite en Egypte de la Sainte Famille

 

La Fuite en Égypte

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Après la visite des bergers, celle des images Marie, Joseph et l’enfant Jésus sont restés à Bethléem. Ils veulent restés un peu seuls avec l’enfant, ils voudraient retrouver le calme après toute cette agitation autour du nouveau-né. S’ils savaient au fond de leur cœur que cet enfant n’était pas comme les autres, ils n’imaginaient pas que leur vie serait à ce point bouleversée. Ils savent bien que cet enfant est venu dans ce monde : ils se remémorent les paroles qu’ils ont entendues de la bouche de l’ange.

Marie se souvient  de ces paroles : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu (Luc 1, 35)

Joseph aussi médite en silence ce qu’il a entendu dans son sommeil : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »(Matthieu 1, 21-22).

Dans le silence de leur maison, tous les deux ils contemplent cet enfant qui leur donné pour apporter la consolation d’Israël mais ils ignorent tout de la manière dont cela se fera. Alors pour l’instant ils reprennent leur vie quotidienne  et faire ce que tous les parents du monde font pour un nouveau né !

Mais voilà qu’une nuit alors que Joseph dormait sans doute profondément l’ange du Seigneur vient et lui dit : « Prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte car Hérode recherche l’enfant pour le faire périr ! » Alors Joseph se lève dans la nuit, il réveille Marie et lui dit ce qu’il faut faire suite à cette annonce. En hâte ils rassemblent quelques affaires : comme ils n’ont pas grand-chose à emporter le balluchon est vite fait ! Comme tous ceux qui fuient la guerre, les persécutions Joseph et Marie n’emportent que le nécessaire ! Les pauvres dans ces cas-là n’emportent guère de richesses, rien que le nécessaire pour la route.

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Alors Joseph prends l’âne, y installe Marie et l’enfant ainsi que de maigres affaires. Et les voilà partis une nouvelle fois sur les routes, sur de mauvaises routes. Et cela représente environ 600 kilomètres ; à cette époque cela représente un long voyage car il n’y a ni route goudronnées, ni voiture ni avion ! Alors tout au long de ce périlleux et fatigant voyage ils se rappelleront les étapes parcourus par leur peuple : le séjour de Joseph, l’arrivée de Jacob en terre d’Egypte, le long temps d’esclavage, l’esclavage et la délivrance du peuple par Moïse. d’Egypte à la terre.

Malgré leur inquiétude, malgré toutes les fatigues et les incertitudes du lendemain il y a une promesse que Marie et Joseph doivent sans doute murmurer dans leur cœur : « D’Egypte j’ai appelé mon fils ! »(Osée 11,1).

Le périple égyptien

Selon la tradition, la première halte de la Sainte Famille a eu lieu dans la ville de Farma, à l’est du Nil. Puis ils auraient continué jusqu’à Mostorod, un village au nord du Caire. La tradition raconte qu’après leur passage, une source aurait jailli près de la ville. Ils se sont ensuite arrêtés à Sakha, où l’église de la Sainte Famille garde encore aujourd’hui une pierre ayant conservé l’empreinte de pas de l’Enfant-Jésus.  

Puis ils se sont dirigés vers Wadi El Natroun, avant de s’arrêter aux portes du Caire. Ici, un arbre les aurait protégé du soleil. Lors du voyage, ils auraient vraisemblablement vu les anciennes pyramides d’Égypte. Peut-être se sont-ils même arrêtés pour les contempler.

La Sainte Famille s’est ensuite rendue au Vieux Caire, puis s’est dirigée vers le sud pour arriver dans la région de Maadi, où ils ont embarqué sur un petit bateau en direction de Deir El Garnous et de Gabal Al-Teir.

Leur séjour le plus long en Égypte était à Gabal Quoskam. Ils seraient restés ici environ six mois. Avant de rentrer chez eux, ils auraient fait une dernière halte à Assiout. Le peuple copte est très fier de ce chapitre spécial de la vie de Jésus et conserve une dévotion très forte à la Sainte Famille, qui a voyagé et vécu parmi eux durant les premières années de la vie de Jésus.

©Claude-Marie T.

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« Après [le départ des mages], voici qu’un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit :   « Lève-toi, prends l’Enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’Enfant pour le faire périr.  »
Joseph se leva, et la nuit même, prenant l’Enfant avec sa mère, il se retira en Egypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le Prophète : « J’ai rappelé mon fils d’Egypte.  »
Alors Hérode, voyant que les Mages s’étaient joués de lui, entra dans une grande colère, et envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléem et dans les environs, depuis l’âge de deux ans et au-dessous, d’après la date qu’il connaissait exactement par les Mages.
Alors fut accompli l’oracle du prophète Jérémie disant :
Une voix a été entendue dans Rama, des plaintes et des cris lamentables : Rachel pleure ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus.

Hérode étant mort, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph dans la terre d’Egypte, et lui dit :   « Lève-toi, prends l’Enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant sont morts.  »
Joseph s’étant levé, prit l’Enfant et sa mère, et vint dans la terre d’Israël. Mais, apprenant qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode, son père, il n’osa y aller, et, ayant été averti en songe, il se retira dans la Galilée et vint habiter une ville nommée Nazareth, afin que s’accomplît ce qu’avaient dit les prophètes :  «Il sera appelé Nazaréen ». 

 

(Matthieu 2, 13-23)

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La Fuite en Égypte et le massacre des Innocents sont racontés dans un passage de l’Evangile selon Matthieu (Mt 2, 13-23) qui forme une unité rédactionnelle.

Les deux textes font partie du Sondergut de cet évangile.

Selon Matthieu, le roi Hérode Ier envoya tuer tous les enfants de moins de deux ans qui se trouvaient dans la ville. Joseph, prévenu par un songe, s’enfuit avec l’enfant Jésus et sa mère en Egypte, où ils restèrent jusqu’à la mort d’Hérode. Cependant, comme le fils d’Hérode, Archélaüs,  régnait sur la Judée à la suite de son père, Joseph s’installa avec sa famille à Nazareth en Galilée.

Le texte

 « Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Math 2, 12-15)

Traditions

Le chemin parcouru selon la tradition chrétienne s’appelle le Chemin de la Sainte Famille, et est en passe d’être reconnu au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

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Période romaine de l’Égypte

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L’Égypte dans l’Empire romain, vers 120

L’Egypte est sous la domination romaine en – 30. Elle conserve un statut particulier durant tout l’Empire romain. Le pays reste un des principaux greniers à pour Rome, ainsi que la source de matériau utilisés à Rome tels que le granite, extrait du Mont Claudianus et le porphyre, extrait du Mons Porphyrites, qui transitaient via Coptos. La religion égyptienne continue de rayonner dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Le pays bénéficie de la Pax Romana pendant plusieurs dizaines d’années.

Histoire

Après la mort de Cléopatre VII, l’Égypte devient une province de l’Empire romain, gouvernée par un préfet choisi par l’empereur, et non par un gouverneur de l’ordre sénatorial. L’héritage des Ptolémées d n’est cependant pas totalement effacé : le grec reste une langue courante dans l’administration. Il n’y a pas de colonisation massive de l’Égypte par les Romains. Ces derniers respectent et même adoptent le panthéon et le culte égyptiens, même si le culte de l’empereur et de Rome est progressivement introduit.

Les premiers préfets romains en Égypte :

Gaius Conellius Gallus ;

Gaius Aelius Gallus

Gaius Petronius.

Après la destruction du temple de Jérusalem par les Romains en 70, Alexandrie en  devient l’un des grands centres d’immigration et d’études juives. Sous Trajan, , une révolte des Juifs d’Alexandrie entraîne la suppression de leurs privilèges.

Hadrien visite plusieurs fois l’Égypte et fonde la ville d’Antinoupolis, en mémoire de son jeune amant Antinoüs qui s’était noyé dans le Nil, qu’il relie au port de Bérénice sur la Mer Rouge. Sous Marc-Aurèle, une importante révolte éclate, attribuée aux boukoloi, les bouviers du delta du Nil. Cette révolte trouve sans doute ses causes en partie dans les difficultés que connaît la province. Les crues du Nil ont été faibles, l’épidémie dite de la « peste antonine » touche la province et l’on assiste à la fuite de nombreux paysans face aux exigences fiscales. La révolte éclate vers 169 et semble culminer en 172,  elle fut suivie de plusieurs répressions de la part des Romains, mais aussi d’une remise d’impôt. On a pu voir dans cette période la fin de la prospérité égyptienne. En 175, Avidius Cassius, qui a dirigé les forces romaines durant la révolte, se déclare lui-même empereur et est reconnu par les armées de Syrie et d’Egypte. L’usurpateur est finalement abattu, et l’empereur rétablit la paix après une visite à Alexandrie. Une autre révolte éclate en 193 lorsque Pescennius Niger est proclamé empereur à la mort de Pertinax. Plus tard, l’empereur Septime Sévère donne une constitution à la ville d’Alexandrie.

L’empereur Caracalla (2011 à 217) accorde la citoyenneté romaine aux Égyptiens libres, comme à tous les habitants de l’Empire.

Le IIIè siècle  est marqué par une série d’usurpations et de guerres, en Égypte comme dans l’ensemble de l’Empire romain. Entre 270 et 272, la reine de Palmyre, Zénobie domine l’Égypte à la suite d’une invasion rapide. Deux généraux basés en Égypte, Probus et Domitius Domitianus, mènent des révoltes et deviennent empereurs. L’empereur Dioclétien reprend l’Égypte en main, et réorganise la province à la fin du IIIè siècle.

Les empereurs romains

À la chute des Ptolémées, les traditions égyptiennes sont restées en usage et la religion pharaonique est toujours respectée du pharaon Djéser à l’empereur Hadrien.

Si l’Égypte est importante aux yeux des Romains, c’est avant tout parce que le pays, avec la Tunisie, est le grenier à blé de l’empire. L’Égypte appartient personnellement à l’empereur et non au Sénat. L’époque romaine est une période assez honteuse pour les Égyptiens, considérés comme des personnes de basse catégorieIls endurent des conditions de vie difficiles.

Des temples sont construits, ou bien les Romains embellissent ou achèvent les temples commencés par les Ptolémées. L’art de cette époque est grossier et sans comparaison avec l’époque deSéthi. Ainsi sont construits la ville d’Antinoupolis, par le romain Hadrien, , le kiosque de Trajan à Philae, le temple de Dendérah, embelli par Auguste, plusieurs mammisi. etc.

Le pharaon est le fils des dieux, sans lequel il n’y a que désordre en Égypte. L’empereur romain va se représenter, comme les Ptolémées, à la mode égyptienne, il doit se soumettre spirituellement au peuple, dont il se moque bien de respecter la tradition, hormis quelques exceptions.

En 215, les massacres d’Alexandrie de Caracalla déciment une part importante de l’élite grecque d’Alexandrie.

Après 391, date de fermeture des temples païens, de grands bouleversement religieux apparaissent : le christianisme prend son essor, mais ne séduit vraiment le pays qu’à partir du Vè siècle siècle voire du VIè siècle.

L’Empire romain d’Occident s’effondre en 476, date de l’abdication de Rolulus Auguste. Il ne reste alors que celui d’Orient dont le centre est Byzance ou Constantinople, civilisation mêlant tradition grecque et romaine, bien qu’une tendance orientale se forme définitivement à partir du VIIè siècle.

L’Égypte est alors dirigée par un préfet envoyé par Byzance, qui gouverne depuis Alexandrie.

Après la fin du culte d’Isis sur Philæ, la civilisation égyptienne meurt, son histoire tombe dans l’oubli. La redécouverte de cette période faste de l’Égypte pharaonique ne se fit qu’après l’expédition d’Egypte de Bonaparte, accompagné de nombreux scientifiques et archéologues en 1798.

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Hier comme aujourd’hui

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ENFANCE DE JESUS, ENFANCE DE JESUS ANS L'EVANGILE DE THOMAS, EVANGILES APOCRYPHES, JESUS CHRIST

L’enfance de Jésus chez Thomas l’israëlite

L’ENFANCE DE JESUS SELON THOMAS L’ISRAËLITE

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LES ÉVANGILES APOCRYPHES

ÉVANGILE DE THOMAS L’ISRAÉLITE.

 

Traduction française : GUSTAVE BRUMET

 

C’est le seul écrit que nous possédions en grec de ceux, en assez grand nombre, qu’avaient composés au sujet des parents de Jésus et de sa nativité, des chrétiens mal dégagés des doctrines du judaïsme ou imbus des erreurs répandues dès les premiers siècles de l’église. Une portion de texte grec fut publiée pour la première fois et avec une exactitude scrupuleuse par Cotelier dans ses notes sur les Constitutions apostoliques, il l’avait trouvée dans un manuscrit du quinzième siècle, à la bibliothèque du roi. Déjà Richard Simon en avait dit quelque chose.[1] Fabricius reproduisit le texte et la version de Cotelier, en y joignant quelques notes. Mingarelli a donné plus tard le travail entier de Fabricius, et il s’est attaché à le compléter. Voir le douzième volume d’une Raccolta d’opuscoli scientifici e filologici,imprimée à Venise en 1764.

La bibliothèque impériale de Vienne possède un autre manuscrit de l’Évangile de Thomas ; d’après le début tel que le rapporte Lambécius dans ses Comment. de Bibl. Cœsar. Vindob. livre VII, il présente, avec le manuscrit parisien, des différences sensibles.

Se servant d’un manuscrit conservé à Bologne, et qu’avait fait connaître Mingarelli, profitant d’un autre manuscrit du seizième siècle que renferme la bibliothèque de Dresde, Thilo a donné un texte bien supérieur à celui de ses devanciers ; il avoue cependant qu’il n’a pu bien établir certains passages qu’en recourant à la voie toujours un peu arbitraire des conjectures, et il regrette de n’avoir point découvert l’existence de quelque autre manuscrit qu’il aurait pu consulter avec profit.

L’Évangile de Thomas porte les traces d’une rédaction manichéenne. Origène dans sa première homélie sur saint Luc, cite comme ayant une certaine autorité un Évangile secundum Thomam et juxta Mathiam ; ce passage a fort occupé les critiques, mais l’on s’accorde en général à y reconnaître un autre écrit que celui dont le texte nous est parvenu, et dont l’auteur est entièrement inconnu, texte où se rencontrent des formes de style qui ne permettent pas de le faire remonter au-delà du cinquième siècle.


Livre de Thomas l’Israélite, philosophe, sur les choses qu’a faites le Seigneur, encore enfant.

 

CHAPITRE Ier

Moi, Thomas, Israélite, je m’adresse à vous tous qui avez été convertis des erreurs des païens à la foi chrétienne, afin que vous sachiez les merveilles de l’enfance de Notre Seigneur Jésus-Christ, et ce qu’il fit après qu’il fut né dans notre pays. Et ceci est le commencement :

 

CHAPITRE II.

L’enfant Jésus étant âgé de cinq ans (01), jouait sur le bord d’une rivière, et il recueillit dans de petites fosses les eaux qui coulaient, et aussitôt elles devinrent pures et elles obéissaient à sa voix. Ayant fait de la boue, il s’en servit pour façonner douze oiseaux, et c’était un jour de sabbat. Et beaucoup d’autres enfants étaient là et jouaient avec lui. Un certain juif ayant vu ce que faisait Jésus, et qu’il jouait le jour du sabbat, alla aussitôt, et dit à son père Joseph : « Voici que ton fils est au bord de la rivière, et il a façonné douze oiseaux avec de la boue, et il a profané le sabbat. » Et Joseph vint à cet endroit, et ayant vu ce que Jésus avait fait, il s’écria : « Pourquoi as-tu fait, le jour du sabbat, ce qu’il est défendu de faire? » Jésus frappa des mains et dit aux oiseaux : « Allez. » Et ils s’envolèrent en poussant des cris. Les Juifs furent saisis d’admiration à la vue de ce miracle, et ils allèrent raconter ce qu’ils avaient vu faire à Jésus.

 

CHAPITRE III.

Le fils d’Anne le scribe était venu arec Joseph, et prenant une branche de saule, il fit écouler les eaux que Jésus avait ramassées. Jésus voyant cela fut irrité et lui dit : « Homme injuste, impie et insensé, quel tort te faisait cette eau? Tu vas être comme un arbre frappé de sécheresse et privé de racines, qui ne produit ni feuilles, ni fruit. » Et aussitôt il se dessécha tout entier. Jésus s’en alla ensuite au logis de Joseph. Les parents de l’enfant qui s’était desséché le prirent dans leurs bras en déplorant le malheur qui le frappait dans un âge aussi tendre et ils le portèrent à Joseph contre lequel ils s’élevaient vivement de ce qu’il avait un fils qui faisait de semblables choses.

 

CHAPITRE IV.

Jésus traversait une autre fois le village, et un enfant, en courant, lui choqua l’épaule. Et Jésus irrité lui dit : « Tu n’achèveras pas ton chemin. » Et aussitôt l’enfant tomba et mourut. Des gens voyant ce qui s’était passé dirent : « D’où est né cet enfant? chacune de ses paroles se réalise aussitôt. » Et les parents de l’enfant qui était mort s’approchèrent de Joseph, lui dirent : « Tu as un enfant tel que tu ne peux habiter le même village que nous, ou bien apprends-lui à bénir et non à maudire, car il fait périr nos enfants. »

 

CHAPITRE V.

Et Joseph appelant à lui l’enfant, l’admonestait, disant : « pourquoi fais-tu ces choses-là? on prend de la haine contre nous et nous serons persécutés. » Jésus répondit : « Je sais que les paroles que tu viens de prononcer ne sont pas de toi, mais de moi ; je me tairai cependant à cause de toi, mais eux, ils subiront leur châtiment. » Et aussitôt ses accusateurs devinrent aveugles, et ceux qui virent cela furent fort épouvantés, et ils hésitaient, et ils disaient : « Chacune de ses paroles est suivie d’effet, soit pour le bien, soit pour le mal et amène des miracles. » Et lorsqu’ils eurent vu que Jésus faisait semblables choses, Joseph se levant, le prit par l’oreille et le tira avec force (02). L’enfant fut courroucé et lui dit : « Qu’il te suffise de chercher et de ne pas trouver; tu as agi en insensé; ne sais-tu pas que je suis à toi? car je suis à toi pour que tu ne me molestes nullement.

 

CHAPITRE VI.

Un maître d’école, nommé Zacchée qui était près d’eux entendit Jésus parler ainsi à son père, et il s’étonna fort de ce qu’un enfant s’exprimât ainsi. Et peu de jours après il alla vers Joseph et il lui dit : « Ton enfant est doué de beaucoup d’intelligence ; confie-le moi afin qu’il apprenne les lettres, et je lui donnerai en même temps tout genre d’instructions, lui enseignant surtout à respecter la vieillesse et à aimer les gens de son âge. » Et il lui enseigna toutes les lettres depuis l’alpha jusqu’à l’oméga, expliquant nettement et soigneusement la valeur et la signification de chacune. Et Jésus regardant le maître Zacchée, lui dit : « Toi qui ignores la nature de la lettre Alpha, comment enseignes-tu aux autres ce que c’est que le Bêta. Hypocrite, enseigne-nous d’abord, si tu le sais, ce que c’est que la lettre Alpha et alors nous te croirons quand tu parleras de la lettre Bêta. » Et il se mit alors à presser le maître de questions sur la première lettre de l’alphabet et Zacchée ne put donner de réponses satisfaisantes. Et, en présence de beaucoup d’assistants, l’enfant dit à Zacchée : « Écoute, maître, quelle est la position du premier caractère, et observe de combien de traits il se compose, et combien il en renferme d’intérieurs, d’aigus, d’écartés, de rejoints, d’élevés, de constants, d’homogènes, d’inégale mesure. » Et il lui expliqua les règles de la lettre A (03).

 

CHAPITRE VII.

Lorsque Zacchée entendit l’enfant exposer tant de choses, il resta confondu de sa science et il dit aux assistants : « Hélas! malheureux que je suis, je me suis donné un sujet de regret et j’ai attiré sur moi du déshonneur en attirant cet enfant chez moi; reprends-le, je t’en prie, mon frère Joseph ; je ne peux soutenir la rigueur de ses raisonnements, et je ne saurais m’élever jusqu’à ses discours. Cet enfant n’est pas né sur la terre; il peut avoir de l’empire sur le feu ; il a peut-être été engendré avant que le monde n’existât; j’ignore quel est le ventre qui l’a porté et quel est le sein qui l’a nourri ; je suis tombé dans une grande erreur; j’ai voulu avoir un disciple et j’ai trouvé que j’avais un maître ; je vois, mes amis, quelle est mon humiliation, car moi, qui suis un vieillard, j’ai été vaincu par un enfant, et mon âme sera abattue, et je mourrai à cause de lui, et dès ce moment, je ne puis plus le regarder en face. Et quand la voix publique dira que j’ai été vaincu par un enfant, qu’aurai-je à répondre et comment parlerai-je des règles et des éléments du premier caractère après tout ce qu’il en a dit? Je ne connais ni le commencement, ni la fin de cet enfant Je t’en conjure donc, mon frère Joseph, ramène-le chez toi : il est quelque chose de grand, ou un Dieu, ou un ange, je ne sais. »

 

CHAPITRE VIII.

Et comme les Juifs donnaient des conseils à Zacchée,  l’enfant se mit à rire et il dit : « Maintenant que les choses portent leurs fruits et que les aveugles de cœur voient : je suis venu d’en haut pour les maudire et pour les appeler à des objets plus élevés, ainsi que m’en a donné l’ordre celui qui m’a envoyé à cause de vous. » Et lorsqu’il eut finit de parler, aussitôt tous ceux qui avaient été frappés de sa malédiction furent guéris. Et, depuis ce temps, personne n’osait provoquer sa colère de peur d’être maudit de lui et frappé de quelque mal.

 

CHAPITRE IX.

Peu de jours après, Jésus jouait sur une terrasse, au sommet d’une maison, et l’un des enfants qui jouaient avec lui, tomba du haut du toit et mourut; les autres enfants voyant cela, s’enfuirent, et Jésus descendit seul. Et lorsque les parents de l’enfant qui était mort furent venus, ils accusaient Jésus de l’avoir poussé du haut du toit, et ils le chargeaient d’outrages. Et Jésus descendit du toit et il s’approcha du cadavre de l’enfant, et il éleva la voix, il dit : « Zénin, (c’était le nom de l’enfant) lève-toi et dis-moi si c’est moi qui t’ai fait tomber. » Et l’enfant se levant aussitôt, répondit : « Non, Seigneur, tu n’as point causé ma chute, et bien au contraire, tu m’as ressuscité. » Et tous les spectateurs furent stupéfaits. Les parents de l’enfant glorifièrent Dieu à cause du miracle qui s’était opéré et ils adorèrent Jésus

 

CHAPITRE X.

Quelques jours après un jeune homme était occupé à fendre du bois, et sa hache lui échappa des mains, et elle lui fit au pied une profonde blessure, et il mourut ayant perdu tout son sang. Et comme l’on accourait vers lui et qu’il y avait une grande rumeur, Jésus alla avec les autres, et se faisant faire place, il traversa la foule, et il mit les mains sur le pied du jeune homme et aussitôt il fut guéri. Et il dit au jeune homme : « Lève-toi, fends du bois et souviens-toi de moi. » Et quand la foule eut vu ce qui s’était passé, tous adorèrent Jésus, en disant : « Vraiment, l’esprit de Dieu réside en cet enfant. »

 

CHAPITRE XI.

Lorsqu’il eut l’âge de dix ans, sa mère, lui donnant une cruche, l’envoya pour puiser de l’eau et pour la rapporter à la maison, et dans la foule, la cruche s’étant choquée, elle se brisa. Et Jésus étendit le manteau dont il était revêtu, il le remplit d’eau et le porta à sa mère. Et sa mère, voyant le miracle qu’il venait de faire, l’embrassa, et elle conservait dans son cœur le souvenir des merveilles qu’elle le voyait accomplir.

 

CHAPITRE XII.

Le temps des semences étant venu, l’enfant Jésus alla avec son père pour semer du blé dans leur pays, et tandis que Joseph semait, l’enfant prit un grain de froment et le mit en terre, et ce grain seul produisit cent choros de blé. Et, ayant réuni tous les indigents du village, il leur distribua du blé, et Joseph emporta ce qui resta. Et Jésus avait huit ans lorsqu’il fit ce miracle.

 

CHAPITRE XIII.

Son père était charpentier et il fabriquait alors, des jougs et des charrues. Et un homme riche lui commanda de lui faire un lit. Et comme la règle dont se servait Joseph pour mesurer le bois ne pouvait lui servir en cette circonstance, l’enfant lui dit: « Place par terre deux pièces de bois et rends-les égales à partir du milieu. » Joseph fit ce que lui avait recommandé l’enfant, et Jésus se tenant de l’autre côté, joignit le bois, et il tira vers lui la pièce qui était la plus courte, et s’allongeant sous sa main, elle devint égale à l’autre. Et son père Joseph voyant cela, fut dans l’admiration et il dit, en embrassant l’enfant : « Je suis heureux que le Seigneur m’ait donné un tel enfant. »

 

CHAPITRE XIV.

Joseph voyant que l’enfant croissait en âge, voulut qu’il apprit les lettres, et il le conduisit à un autre maître. Et ce maître dit à Joseph : «Je lui enseignerai d’abord les lettres grecques et ensuite les lettres hébraïques. » Le maître connaissait toute l’habileté de l’enfant et il le redoutait; il écrivit cependant l’alphabet, et quand il voulut interroger Jésus, Jésus lui dit : « Si tu es vraiment un maître, et si tu as la connaissance exacte des lettres, dis-moi quelle est la force de la lettre alpha, et je te dirai quelle est la force de la lettre bêta. » Le maître irrité le poussa et le frappa à la tête. L’enfant courroucé de ce traitement, le maudit et aussitôt le maître tomba sans vie sur son visage. Et l’enfant revint au logis de Joseph, Joseph fut très affligé et il dit à la mère de Jésus : « Ne le laisse pas franchir la porte de la maison, car tous ceux qui provoquent son courroux sont frappés de mort. »

 

CHAPITRE XV.

Et, quelque temps après, un autre maître, qui était parent et ami de Joseph, lui dit : « Conduis cet enfant à mon école ; peut-être je réussirai à lui enseigner les lettres, en usant à son égard de bons traitements. » Et Joseph lui dit : « Prends-le avec toi, frère, si tu l’oses. » Et il le prit avec lui avec crainte et regret ; l’enfant allait avec allégresse. Et entrant avec assurance dans l’école, il trouva un livre qui était par terre, et le prenant, il ne lisait pas ce qui était écrit ; mais ouvrant la bouche, il parlait d’après l’inspiration de l’Esprit-Saint, et il enseignait la loi aux assistants. Et une grande foule l’entourait, et tous étaient dans l’admiration de sa science et de ce qu’un enfant s’exprimait de cette façon. Joseph, apprenant cela, fut effrayé, et il courut à l’école, craignant que le maître ne fût sans instruction. Et le maître dit à Joseph : « Tu vois, mon frère, que j’avais pris cet enfant pour disciple, mais il est plein de grâce et d’une extrême sagesse; je t’en prie, mon frère, ramène-le dans ta maison. » Quand l’enfant l’entendit, il sourit, et dit : « Parce que tu as bien parlé, et comme tu as rendu bon témoignage, celui qui a été frappé, sera guéri à cause de toi. » Et aussitôt l’autre maître fut guéri. Et Joseph prit l’enfant et il alla dans sa maison.

 

CHAPITRE XVI.

Joseph envoya son fils Jacques pour lier du bois et pour le porter à la maison, et l’enfant Jésus le suivit. Et lorsque Jacques ramassait des branches d’arbre, une vipère le mordit à la main. Et lorsqu’il était au moment de périr, Jésus s’approcha, et il souffla sur la morsure, et aussitôt la douleur cessa, et le reptile creva, et Jacques demeura complètement guéri.

 

CHAPITRE XVII.

Par la suite, il advint que l’enfant d’un des ouvriers de Joseph tomba malade, et il mourut, et sa mère pleurait beaucoup. Jésus entendit le bruit des sanglots et du deuil, et il se hâta d’accourir, et lorsqu’il eut trouvé l’enfant mort, il lui toucha la poitrine, et il dit : « Je te commande, enfant, de ne point mourir ; vis et reste avec ta mère. » Et aussitôt l’enfant se releva et rit. Et Jésus dit à la mère : « Prends-le et donne-lui du lait, et souviens-toi de moi. » Et quand le peuple qui était là eut vu ce miracle, il disait : « Cet enfant est vraiment un Dieu ou l’ange de Dieu, car tout ce qu’il prescrit s’exécute aussitôt. » Et Jésus s’en alla jouer avec les autres enfants.

 

CHAPITRE XVIII.

Quelque temps après, comme l’on construisait un édifice, il s’éleva un grand tumulte, et Jésus alla à cet endroit, et voyant un homme qui gisait sans vie, il lui prit la main et lui dit : « Je te le dis, homme! lève-toi, et reprends ton ouvrage. » Et aussitôt le mort se leva et l’adora. Et la foule fut frappée de stupeur, et elle disait : « Vraiment cet enfant vient du ciel, et il a préservé bien des âmes de la mort et il les préservera tout le temps de sa vie. »

 

CHAPITRE XIX.

Lorsque Jésus eût l’âge de douze ans, ses parents allèrent, suivant l’usage, à Jérusalem pour la fête de Pâques, en compagnie d’autres personnes, et après la fête ils s’en retournèrent chez eux. Et tandis qu’ils cheminaient, l’enfant Jésus retourna à Jérusalem, et ses parents croyaient qu’il était avec ceux qui les accompagnaient Et après avoir fait une journée de route, ils le cherchèrent parmi leurs parents et ne le trouvèrent pas ; alors ils revinrent à la ville pour le chercher, et le troisième jour ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, et les écoutant, et les interrogeant, et expliquant la loi. Et tous étaient attentifs et s’étonnaient de ce qu’un enfant embarrassât et pressât de questions les anciens et les maîtres du peuple, dissertant sur les points de la loi et sur les paraboles des prophètes. Et sa mère Marie, s’approchant de lui, lui dit : « Pourquoi as-tu agi ainsi, mon fils? Nous étions dans l’affliction et nous te cherchions. » Et Jésus lui dit : « Pourquoi me cherchiez-vous? Ne savez-vous pas qu’il faut que je sois avec ceux qui sont à mon père? » Alors les Scribes et les Pharisiens dirent à Marie : « Es-tu la mère de cet enfant? » Elle répondit : « Je le suis. » Et ils lui dirent : « Tu es heureuse parmi toutes les femmes, car Dieu a béni le fruit de ton ventre ; nous n’avons jamais vu ni entendu tant de gloire, tant de sagesse et tant de vertu. « Et Jésus se levant, suivit sa mère, et il était soumis à ses parents. Et sa mère conservait dans son cœur le souvenir de tout ce qui se passait. Et Jésus croissait en sagesse, en grâce et en âge. A lui gloire dans tous les siècles Amen.

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NOTES.

(01) Augustin Giorgi, dans son Alphabetum thibetanum (Rome, 1762, 4°, p. 385) croit qu’il faut lire sept ans; il se fonde sur ce que l’âge indiqué au vingt-sixième chapitre de l’Evangile arabe de l’Enfance et sur la similitude de cette légende avec celle de Manès, dont la septième et la douzième année sont signalées par des événements remarquables. Ce savant regarde l’Évangile de Thomas comme une production manichéenne. Tous les manuscrits portent cinq ans, et nous avons dû conserver cette leçon.

(02) Chez les anciens, tirer quelqu’un par l’oreille était une façon de réprimande et d’admonition fort en usage. Virgile a dit dans sa sixième églogue : Cynthius aurem vellit et admonuit. Calpulnius et Ovide emploient des expressions analogues. Voir d’ailleurs Erasme sur le proverbe : Aurem vellere.

(03) Il s’agit ici du sens mystique de la lettre A, prise peut-être comme un symbole divin. Les expressions de notre légende se rapportent bien plus à la forme que présente en hébreu et surtout en arménien, la première lettre de l’alphabet qu’à celle qu’elle présente en grec. Il n’est pas hors de propos de transcrire ici un passage du voyage de Chardin, (t. IX, p. 124, de l’édition de 1811). « Leurs légendes (celles des chrétiens répandus dans la Perse), contiennent tous les contes qu’il y a dans les légendes des chrétiens orientaux et notamment dans une légende arménienne, intitulée l’Évangile-Enfant (de l’enfance?) qui n’est qu’un tissu de miracles fabuleux; comme entre autres que Jésus-Christ voyant Joseph fort affligé d’avoir scié un ais de cèdre trop court, il lui dit : Pourquoi êtes-vous si affligé? donnez-moi l’ais par un bout et tirez l’autre ; et l’ais s’allongea. Qu’étant envoyé à l’école pour apprendre l’a b c, le maître lui voulant faire dire a, il s’arrêta et dit au maître : Apprenez-moi, auparavant, pourquoi la première lettre de l’alphabet est ainsi faite; sur quoi le maître le traitant de petit babillard, il répondit : Je ne dirai point a, que vousme disiez pourquoi la première lettre est ainsi faite. Le maître se mettant en colère, Jésus lui dit : Je vous rapprendrai donc moi. La première lettre de l’alphabet est formée de trois lignes perpendiculaires sur une ligne diamétrale (l’A arménien est ainsi fait à peu près comme une M renversée) pour nous apprendre que le commencement de toutes choses est une essence en trois personnes.

Quant au sens mystérieux que les cabalistes se sont efforcés de trouver à une foule de lettres, de mots de la Bible, ce que nous connaissons de plus lucide à cet égard c’est l’Exercitatio de cabbala que Theod. Hackspannius a placé à la suite de ses Miscellaneorum sacrorum libri duo, (Altdorphii, 1660, 8°, p. 282 et 519). Pour donner une idée de ces combinaisons puériles, nous ferons remarquer que le serpent d’airain est regardé comme l’emblème du Messie, parce que les lettres des mots narrash (serpent), et machiach (messie), prises dans leur valeur numérique, donnent le même chiffre, 358. On a remarqué que le mot berith (alliance, pacte) employé dans Jérémie (ch. 33, v. 25), donne la somme de 612, tout comme en hébreu le nom de Jésus et de Marie. On forme des mots avec les lettres majuscules d’une phrase entière, on en forme avec les premières lettres de chaque mot, l’anagramme multiplie ces combinaisons à l’infini, mais cette cabale qui cherche un sens mystique tout autre que le sens littéral, qui se perd dans ces permutations, ces combinaisons et ces calculs sur la valeur numérique des lettres de l’alphabet, est rejetée par les plus éclairés des docteurs hébreux; ceux-ci entendent par cabale une théosophie mystique, une philosophie spéculative : deux systèmes règnentver à une foule de lettres, de mots de la Bible, ce que nous connaissons de plus lucide à cet égard, c’est  dans cette cabale ; l’un a pris son origine lors de la captivité de Babylone ; les dogmes de Moïse s’y sont mêlés avec les croyances des Chaldéens et des Perses ; on y trouve la métempsycose, les génies des deux sexes, tenant le milieu entre l’ange et l’homme, etc. ; le second système, plus métaphysique, transaction entre le monothéisme de Moïse et le panthéisme des philosophes grecs, a pris naissance dans l’école d’Alexandrie ; c’est une branche des doctrines gnostiques. On peut consulter d’ailleurs un article curieux de M. Munck, dans le Dictionnaire de la Conversation, et le travail important que M. Frank a publié en 1843. Il avait déjà été inséré en partie dans les Mémoires de l’Institut (Académie des Sciences mor. et polit. — Savants étrangers, t I, p. 195-348). Nous indiquerons aussi à des lecteur» intrépides : Reachlin, de arte cabalistica,  Haguenae, 1517, f°; Gaffarel, Abdita divinœ cabalœ mysteria, Paris, 1623, 4° ; le recueil de Pistorius, Artis cabalisticae scriptores, Bale, 1587 f°; les quatre in-quarto qu’a compilés Knorr de Rosenroth Cabala denudata, 1677-1684; de la Nauze, Mémoires sur l’antiquité et sur l’origine de la cabale, (Mém. de l’Acad. des inscript., t. IX, p. 37, ). L’érudition allemande nous offre les écrits de Kleuker (sur l’origine et la nature de la doctrine de l’émanation chez tes cabalistes, Riga, 1786, 8°) de L. Béer (Histoire et doctrines de toutes les sectes du judaïsme et de la cabale, Brunn, 1822, 2 vol. 8°), de A. Tholuck (de ortu cabalœ, Hamburghi,1836-37, 2 part. 4°) ; de Freystadt, (Philosophia cabalatisca et Pantheismus, Regiomont. 1832, 8°). Voyez aussi Schramm : Introductio in dialect. Cabaloeorum. Helmst. 1732, 8°. On trouve des exemples de cette importance attachée aux lettres à des époques plus récentes que notre ère. — Le musée britannique possède un manuscrit copte, encore inédit ; c’est l’œuvre d’un prêtre nommé Atasius. Cet écrivain donnant un sens mystique à la forme et à l’arrangement des lettres de l’alphabet grec, s’en sert comme d’une base où il appuie ses théories sur Dieu, l’âme humaine, l’origine du bien et du mal. Ajoutons enfin que le Sepher lecirah (ou livre de la Création), l’une des productions les plus anciennes et les plus remarquables de la Kabale, (voir le Dictionnaire des Sciences.Philosophiques, tome III, p. 383), veut montrer dans les éléments de la parole, dans les matériaux indispensables du discours représentés par les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, les mêmes rapports, les mêmes harmonies, les mêmes contrastes qui marquent le plan de la création. Ces vingt-deux lettres, combinées avec les dix premiers nombres, forment les trente-deux voix merveilleuses de la sagesse par lesquelles Dieu a formé le monde. Regardant la création comme un acte d’amour, une bénédiction, les Kabbalistes nous disent, comme un fait très significatif, que la lettre par laquelle Moïse a commencé le récit de la Genèse entre la première aussi dans le mot qui en hébreu signifie bénir.

 

[1] Ce laborieux et hardi critique s’exprime ainsi dans ses Nouvelles observations sur te texte du Nouv. Test. « Je mets au nombre de ce « faux Évangile » un de ceux attribués à saint Thomas dont j’ai trouvé un assez long fragment à la Bibliothèque du roi ; quoique ce manuscrit ne soit pas vieux, on ne peut douter cependant que cette pièce ne soit ancienne et qu’elle n’ait été fabriquée par quelques gnostiques. Il paraît qu’il avait existé également un Evangile attribué à saint Thomas l’apôtre, mais il n’en est rien parvenu jusqu’à nous. » Ce n’est pas ici le lieu d’examiner sur quels fondements repose la tradition qui fait de cet apôtre le premier missionnaire qui ait prêché la foi dans les Indes. On trouvera de nombreux témoignages recueillis à cet égard dans l’ouvrage de MM. Martin et Cahier sur les vitraux de la cathédrale de Bourges (1841-44, grand in folio p. 134).

 

http://remacle.org/bloodwolf/apocryphes/thomas.htm

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Évangile de l’enfance selon Thomas

 

L’Évangile de Thomas l’Israélite ou Évangile du pseudo-Thomas aussi appelé Histoire de l’enfance de Jésus, appelée aussi Évangile de l’enfance selon Thomas depuis l’édition de J. A. Fabricius en 1703, est un texte apocryphe paléochrétien. La version syriaque l’intitule « Enfance du Seigneur Jésus ». Ce sont les versions en grec qui introduisent le nom de Thomas, mais avec une variante. Une tradition rapportée en grec l’intitule « Compte-rendu de Thomas, le philosophe israélite, sur l’enfance du Seigneur », alors que sur un autre manuscrit est écrit: « Écrit du saint Apôtre Thomas sur le comportement du Seigneur en son enfance ».

La composition paraît complexe et remonterait au IIIè siècle, mais a utilisé des sources plus anciennes. On reconnaît des éléments gnostiques, , d’autres provenant de milieux ébionites. Irénée de Lyon parle d’un évangile de Thomas comme d’un écrit gnostique qu’il qualifie de « marcosien », qui est probablement l’Evangile de Thomas dont le texte intégral a été retrouvé à Nag Hammadi (Egypte)   en 1945. Il s’agit d’un recueil de paroles de Jésus   qui est de la même époque que l’écriture des évangiles canoniques et qui n’a rien à voir avec ce récit de l’enfance de Jésus, beaucoup plus tardif.

L’Évangile de Thomas, philosophe israélite rapporte des miracles de Jésus enfant. Il est « conservé en deux textes grecs, ainsi qu’en une version syriaque, et une version latine » qui en dépendent, mais sont « fort divergentes». Il existe aussi des versions éthiopiennes v comportant des variantes intéressantes, géorgiennes assez fragmentaire et arménienne.

Le texte raconte que Jésus faisait s’envoler des oiseaux d’argile ou comment il pouvait rendre aveugles ceux qui lui avaient déplu. De même, l’évangile raconte l’éducation de Jésus, comment celui-ci apprit à lire et comment il apprit à utiliser ses pouvoirs divins pour guérir plutôt que tuer (en effet, dans le texte, le jeune Jésus tue deux enfants sous le coup de la colère). Des récits que l’on retrouve dans la tradition musulmane et dans les récits arabes de l’enfance de Jésus/Isa. La péricope des « oiseaux d’argile » est reprise dans les Sourate III, 49 et V, 110 du Coran.

Il ne faut pas confondre cet apocryphe avec l’Evangile selon Thomas, ni avec le Livre de Thomas ou Les Actes de Thomas.  

BETHLEEM, BETHLEEM ET NAZARETH : L'ENFANCE DE JESUS, BIBLE, ENFANCE DE JESUS, JESUS CHRIST, NAZARETH, NOUVEAU TESTAMENT

Bethléem et Nazareth : l’enfance de Jésus

Les villes où Jésus a vécu ses premières années

 

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Bethléem : la ville natale de Jésus

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La ville est située à 12 kilomètres au sud-est de Jérusalem, dans les montagnes de Judée. Sept cents ans avant la naissance de Jésus, le prophète Michée y a prédit la naissance du Messie. C’est la ville du roi David.
« Le Seigneur dit : Et toi, Bethléhem Éphrata, tu es un petit village parmi ceux des clans de Juda. Pourtant, celui qui doit gouverner Israël, je le ferai sortir de chez toi » (Michée 5.1).
Marie et Joseph, les parents de Jésus, ont dû s’y rendre lors du recensement ordonné par Rome car c’était la ville de David, leur ancêtre. Des bergers et des mages sont venus s’agenouiller devant l’enfant Jésus qui venait de naître dans une étable de la ville.

« À cette époque, l’empereur Auguste donne l’ordre de compter les habitants de tous les pays. C’est la première fois qu’on fait cela. À ce moment-là, Quirinius est gouverneur de Syrie. Tout le monde va se faire inscrire, chacun dans la ville de ses ancêtres. Joseph quitte donc la ville de Nazareth en Galilée pour aller en Judée, à Bethléem. C’est la ville du roi David. En effet, David est l’ancêtre de Joseph. Joseph va se faire inscrire avec Marie, sa femme, qui attend un enfant. Pendant qu’ils sont à Bethléem, le moment arrive où Marie doit accoucher. Elle met au monde un fils, son premier enfant. Elle l’enveloppe dans une couverture et elle le couche dans une mangeoire. En effet, il n’y a pas de place pour eux dans la salle où logent les gens de passage.

Dans la même région, il y a des bergers. Ils vivent dans les champs, et pendant la nuit, ils gardent leur troupeau. Un ange du Seigneur se présente devant eux. La gloire du Seigneur les enveloppe de lumière, alors ils ont très peur. L’ange leur dit : “N’ayez pas peur. Oui, je viens vous annoncer une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout votre peuple. Aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur est né pour vous. C’est le Christ, le Seigneur. Voici comment vous allez le reconnaître : vous trouverez un petit enfant enveloppé dans une couverture et couché dans une mangeoire…” » (Luc 2.1-12).

Toutefois, Bethléem n’était plus qu’une bourgade à l’époque. Ses maisons étaient blanches, faites d’une pierre locale qui devenait éblouissante sous le soleil de Judée. Perchée à 800 mètres d’altitude, elle jouissait d’une fertilité étonnante. Oliviers et figuiers colonisaient la moindre parcelle entre deux murets pierreux, tandis que les vignes poussaient entre les plis et replis des vallons.
On peut s’interroger sur ce choix car une ville plus grande et mieux équipée aurait certainement apporté un « plus » à l’image du Messie. Pour transposer à notre époque, il manquait à Bethléem les hôtels, les centres pour conventions et les hôpitaux bien équipés qui en auraient fait un lieu de naissance digne d’un roi.
D’emblée, l’Évangile nous présente ainsi un Dieu qui, humblement, n’hésite pas à approcher les hommes. Nous comprenons donc que c’est à une foi absolument réelle, personnelle, et signe d’un amour véritable qu’il invite les hommes. Il attend notre réponse qui ne pourra qu’être authentique face à un tel dénuement. Sans artifice. Comme lui.

Les villes d’Égypte : Jésus en transit

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L’évangile de Matthieu prend soin de situer les premières villes de Jésus dans leur contexte géographique. Il raconte son séjour en tant que réfugié politique en Égypte. Une sorte de migrant.
Pour fuir les sbires d’Hérode qui cherchaient à tuer Jésus, sa famille a dû s’enfuir en Égypte. Elle est vrai- semblablement passée par la ville d’Hébron d’où l’on apercevait au loin la Méditerranée, près de Gaza.
L’Égypte a souvent été un lieu de refuge pour les Israélites. Abraham, ainsi que Jacob et sa famille, s’y sont rendus pour échapper à la famine. Plus tard, d’autres y ont fui les invasions assyriennes et babyloniennes. De ce fait, l’Égypte a abrité, à certaines périodes de son histoire, une population juive très importante. C’est, par exemple, le cas d’Alexandrie. On estime que, sur une population d’environ un million d’habitants, un tiers d’entre eux étaient juifs à une époque. On trouvait aussi d’autres colonies juives importantes implantées depuis des siècles plus au sud, notamment à Éléphantine.
Les parents de Jésus ont ainsi connu le même genre de difficultés que ces milliers de réfugiés que nous voyons de nos jours, plus ou moins bien accueillis, et nourrissant constamment l’espoir de retourner dans leur pays d’origine.
Le retour de la famille de Jésus a sans doute été moins pénible que l’aller. D’une part, Jésus n’était plus un bébé ; d’autre part, c’est à Nazareth cette fois que sa famille s’est rendue. En sortant d’Égypte, les voyageurs ont dû vraisemblablement passer par Péluse et poursuivre ensuite la route littorale par Gaza et Jaffa. Le voyage sur cette grande route romaine aura duré environ une semaine.

Nazareth : l’enfance de Jésus au village

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Cette petite bourgade de Galilée est devenue célèbre grâce au récit des évangiles. C’est, en effet, à Nazareth, où elle habitait, que l’ange Gabriel a annoncé la naissance de Jésus à Marie.

« Élisabeth est enceinte depuis six mois. Voici que Dieu envoie l’ange Gabriel dans une ville de Galilée appelée Nazareth. Il l’envoie chez une jeune fille, promise en mariage à un homme appelé Joseph. Joseph a pour ancêtre le roi David, et le nom de la jeune fille est Marie. L’ange entre chez elle et lui dit : “Réjouis-toi ! Le Seigneur Dieu t’a montré son amour d’une manière particulière. Il est avec toi.”

En entendant cela, Marie est très émue, elle se demande : “Que veut dire cette façon de saluer?” L’ange lui dit : “N’aie pas peur, Marie ! Oui, Dieu t’a montré son amour d’une manière particulière. Tu vas attendre un enfant, tu mettras au monde un fils, et tu l’appelleras Jésus. Personne ne sera aussi important que lui. On l’appellera Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le royaume de David, son ancêtre. Il sera le roi du peuple d’Israël pour toujours, et son pouvoir ne finira jamais.” Marie dit à l’ange : “Comment cela va-t-il arriver ? En effet, je ne vis pas avec un homme.” L’ange lui répond : “L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira comme l’ombre. C’est pourquoi l’enfant qui va naître sera saint, et on l’appellera Fils de Dieu. Écoute ! Élisabeth, qui est de ta famille, elle aussi est enceinte et elle aura un fils. Pourtant elle est vieille. On disait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant, et maintenant, elle est enceinte depuis six mois! Non, rien n’est impossible pour Dieu !” Marie répond : “Je suis la servante du Seigneur. Que Dieu fasse pour moi ce que tu as dit !” Alors l’ange la quitte » (Luc 1.26-38).

Nazareth était alors un village agricole de quelques 200 habitants. La taille de la bourgade était tellement insignifiante qu’il arrivait qu’on dise : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jean 1.46).
C’est donc la simplicité qui a été la réalité dominante de la vie de Jésus dans ses premières années.
Comme la plupart des habitants de la Galilée à cette époque, les artisans fabriquaient et vendaient leurs pro- ductions dans leurs échoppes disposées le long de la rue. Le forgeron et le charpentier étaient placés côte à côte ou face à face. Les habitants de Nazareth évoluaient ainsi entre la ville et sa place principale, les champs et les vignobles qui les entouraient.
Joseph exerçait l’humble métier de charpentier, et toute sa famille vivait la vie d’un foyer modeste, ni pauvre ni riche. Comme tant d’autres, elle gagnait le pain quotidien à la sueur de son front et était assujettie aux lois administratives et sociales de son peuple.
Jésus a donc nécessairement participé aux travaux des champs durant son enfance et sa jeunesse. Il s’est, du reste, largement inspiré des réalités de la vie quotidienne dans son enseignement. Citons, parmi ses paraboles, celles du bon berger, du vignoble et du vigneron, du figuier qui ne porte pas de fruit, des ouvriers de la onzième heure, du marchand qui cherche de belles perles, du fils prodigue qui veut revenir travailler comme ouvrier chez son père, du bon grain et de l’ivraie… Il compare aussi le royaume des cieux à une semence en terre ou à du levain enfoui dans la farine. Jésus savait choisir ses comparaisons et leur donner un sens compréhensible par tous.
Rythmée par la prière commune à la synagogue, les rites et les nombreuses fêtes religieuses du judaïsme, la vie de prière de la famille de Jésus était extérieurement celle de tout bon Israélite pratiquant de l’époque.
Nul doute que Jésus a partagé dans l’humble demeure de ses parents à Nazareth une vie familiale pieuse, dans la simplicité et l’amour partagés.
C’est dans cet environnement que Jésus a grandi jusqu’à ce qu’il atteigne sa pleine maturité d’homme et entame sa vie publique.
Jésus a commencé son ministère à Nazareth, mais ses habitants, sans doute ceux qui l’avaient connu petit, ont éprouvé des difficultés à reconnaître en lui l’envoyé de Dieu qu’il revendiquait être. L’Évangile raconte les débuts : « Dans la maison de prière, tout le monde est très en colère… Ils se lèvent tous et font sortir Jésus du village. Ils l’emmènent en haut de la colline sur laquelle leur village est construit, et ils veulent le jeter en bas. Mais Jésus passe au milieu d’eux et continue sa route » (Luc 4.28-30).
Jésus est revenu plus tard dans la ville de son enfance (Matthieu 13.53-58), mais l’expérience n’a pas été plus concluante. Les habitants se sont étonnés de l’entendre prêcher, lui le « fils du charpentier ». C’est ainsi qu’ils l’ont chassé de la ville.
C’est à ce propos que Jésus a dit : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie et dans sa maison» (Matthieu 13.57).

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