EGLISE CATHOLIQUE, ENFER, FINS DERNIERES, JEAN-MARC BOT, LIVRES - RECENSION, Non classé

L’enfer : par Jean-Marc Bot

L’enfer : affronter le désespoir

Jean-Marc Bot

Paris, Editions de l’Emmanuel, 2014.161 pages.

9782353893621

 

Extrait de l’introduction

Aborder la question de l’enfer aujourd’hui peut sembler anachronique à bien des chrétiens. Et pourtant la lecture de la Bible, surtout du Nouveau Testament, nous oblige à y revenir, ne serait-ce que pour chercher la juste interprétation du texte. La situation d’un monde ravagé par tant de maux dont les hommes sont responsables est aussi une source continuelle de réflexion sur le risque d’enfer. Mon intention est donc de conduire le lecteur à affronter avec un certain courage l’aspect le plus choquant de la réalité. Sur le thème de l’enfer, il me semble surtout nécessaire de rompre un silence retentissant, de dénoncer des caricatures sans rapport avec l’Évangile du Christ, et d’oser réaffirmer cette terrible vérité, à temps pour quelques-uns, à contretemps pour beaucoup d’autres. Il est très important de prendre conscience de quel danger extrême Jésus est venu nous sauver, comment nous comporter pour accueillir son salut et comment lutter, au bénéfice de tous, chacun à sa modeste place, contre le risque de perdition éternelle.
Dans un lointain passé, en plein Moyen Âge, Dante avait composé son poème intitulé La Divine Comédie, où il visitait par l’imagination l’enfer, le purgatoire et le paradis. Je me permets ici de reprendre sa trilogie, en trois volumes, comme un exercice spirituel très utile pour nourrir notre espérance, ici-bas et après la mort, dans le contexte de l’époque moderne. Je commence donc symboliquement, à la manière de ce grand poète, la nuit du Jeudi au Vendredi saint – 20-21 avril – 2000, l’année du dernier grand jubilé : «Au milieu du chemin de notre vie / je me retrouvai par une forêt obscure / car la voie droite était perdue»1. Arrivé devant la porte noire je vis ces paroles de couleur brune inscrites au-dessus du porche :

Je suis la porte du mensonge :
par moi on va dans la cité du néant,
par moi on va dans l’éternelle douleur,
avec les démons et les damnés.
La haute sagesse et la folie d’amour,
en créant des esprits doués de liberté,
ont ouvert le risque noir de mon abîme.
Avant moi dansait la lumière éternelle,
offerte à tous ceux qui aiment la vérité.
Vous qui entrez laissez toute espérance.

Depuis longtemps je réfléchis et médite sur le mystère de l’enfer. Si j’emprunte au poète italien le thème de la porte – et aussi à Catherine de Sienne -, c’est que j’ai pris conscience de la faiblesse des abstractions. Philippe Sollers m’a fait découvrir que la démarche de Dante demeure exemplaire dans la mesure où elle nous oblige à un vrai parcours initiatique. Même si, plus loin, j’aurai à critiquer le modèle dantesque de l’enfer tel qu’il s’impose encore à notre culture, je dois reconnaître que le poids des images et le choc du concret sont indispensables pour nous réveiller de notre sommeil. Il serait d’ailleurs indécent de parler de l’enfer sans payer le prix d’un engagement personnel «au milieu du chemin de notre vie», c’est-à-dire sans entendre l’appel de chaque instant à vaincre de nouveau l’illusion d’un salut garanti par une assurance-vie.

 

 

Présentation de l’éditeur

L’enfer. De nos jours ce terme évoque principalement les souffrances horribles qui peuvent advenir sur terre. L’enfer après la mort ne fait plus peur : pour bon nombre de chrétiens, nous irons tous au paradis, comme dit la chanson. Mais l’Évangile est là pour nous alerter sur la faute impardonnable, le péché contre l’Esprit, et nous éveiller au courage d’avoir peur afin de demeurer activement dans la vie, dès ici-bas et après la mort.

Balayant bien des idées reçues, ce livre offre un langage renouvelé au sujet de l’enfer. Il affronte ce mystère crucial en tenant compte des critiques les plus actuelles et en s’inspirant de ce que disent les saints. On sort différent de cette lecture, mieux armé pour le combat de l’espérance.

 

S’il était d’usage, autrefois, d’entretenir une certaine mythologie autour de la naissance : « Les enfants naissent dans les choux ou sont apportés par des cigognes… », on côtoyait en revanche, dès le plus jeune âge, la dure réalité de la mort. Il semble bien que ce soit devenu aujourd’hui rigoureusement l’inverse : le domaine de la transmission de la vie et la naissance n’a plus aucun secret pour personne tandis que la mort est cachée et décrite avec un langage très imagé : « Papy est parti pour un grand voyage… » Les annonces de décès révèlent souvent cette tendance moderne : « Des yeux se sont fermés pour s’ouvrir à la lumière », traduisant sans doute une certaine idée de l’immortalité de l’âme, mais probablement pas une foi en la vie éternelle, ou alors selon une conception plus stoïcienne que chrétienne.

Ce qu’il y a après la mort ? Aujourd’hui, toute réponse est acceptée, pourvu qu’elle ouvre à un monde « soft » karma, nirvana, réincarnation, conscience euphorique ou sommeil profond, la culture moderne est généreuse de ces paradis en tout genre. Pessimistes s’abstenir ! Et surtout au diable les peurs d’antan et son attirail de flammes, fourches, et pieds crochus.

Paradoxalement, l’idée de l’enfer est restée très répandue dans notre culture. Le Cardinal Ratzinger le soulignait lors de sa conférence à Notre-Dame de Paris. Il rapportait cette idée apparemment surprenante, d’un philosophe allemand qui se réclamait d’un agnosticisme prudent, mais qui, pourtant, se disait fermement convaincu de l’existence de l’enfer, et d’apporter pour preuves toutes les atrocités passées ou présentes dont les hommes sont capables1. Il n’est sans doute pas étonnant, dans une société qui perd ses repères et s’éloigne de Dieu, de voir progresser l’idée proprement infernale de l’absence de Dieu. Ajoutez à cela la religiosité débridée d’un bon nombre de jeunes qui n’hésitent alors pas à se tourner vers le spiritisme, la magie et même vers les sectes satanistes.

Le vrai paradoxe est probablement que l’idée d’enfer se heurte à une opposition surtout de la part des chrétiens ! Pourquoi ? Il est difficile de le dire. La réponse communément avancée est alors l’usage qu’en firent nos devanciers dans la prédication. On les accuse d’en avoir trop usé ou mal usé, au moins abusé pour inciter leurs ouailles à progresser dans la vertu, alors plus par crainte du châtiment que par amour. Est-ce vrai ? Peut-être. Le Pape Jean Paul II leur reconnaît cependant, quant à lui, des mérites réels : « Combien d’hommes se sont convertis et confessés grâce à ces sermons et à ses descriptions de l’au-delà ! »2 Qui, en effet, n’a pas besoin de quelques vives exhortations, de temps en temps, pour vaincre sa tiédeur ?

Mais une chose est sûre, après un rejet massif de cette forme de prédication, il faut aujourd’hui une sérieuse audace pour parler de l’enfer dans le milieu des catholiques engagés.

De l’audace, l’abbé Jean-Marc Bot en a, lui qui ose reparler de l’enfer. Le curé de la cathédrale de Versailles, vient en effet nous annoncer avec courage une terrible nouvelle : l’enfer existe et il est habité !

A l’aide de la raison et de la révélation, le Père Bot aborde loyalement, du point de vue anthropologique et théologique, la question de l’enfer et de la damnation, en tenant compte des objections actuelles. Partant du sacrifice du Christ comme source de salut, centre de l’histoire, chemin de réconciliation avec le Père offert aux hommes, l’auteur en vient à la question du refus et donc de l’enfer. Pour cela il commence par inventorier et tordre le cou à quelques conceptions et représentations erronées de l’enfer : l’enfer victimal décrit par la seule souffrance, l’enfer existentiel qui se défini comme l’absurde de l’existence humaine enfermée sur elle-même, l’enfer catégoriel selon une conception comptable et moralisante de la culpabilité (c’est un peu l’enfer de Dante), l’enfer essentiel comme métaphysiquement, socialement et moralement nécessaire à l’harmonie de la création (conception de Leibniz reprise par Teilhard de Chardin), l’enfer ontologique comme une forme d’anéantissement, l’enfer chirurgical où seul le péché serait condamné mais non le pécheur, l’enfer hypothétique qui serait une simple possibilité pour chacun mais invérifiable.

Après avoir franchi cette partie, il reste au lecteur à affronter la dure réalité de l’enfer.

A l’origine de la damnation, il y a l’enfermement dans le péché qui est désigné comme le « péché contre l’Esprit », le seul qui ne soit pas pardonnable (cf. Mt 12, 31–32). Cet entêtement dans le péché se veut, dans l’intention du sujet, définitif et durable et engendre la séparation définitive et éternelle de Dieu.

Une question, très débattue aujourd’hui, se pose autour du nombre des damnés : du romantisme balthasarien au pessimisme augustinien, la palette des opinions est étendue. L’étude des Écritures, de la Tradition et du Magistère apportent déjà quelques réponses claires : l’enfer existe. De plus, « les écritures affirment très nettement l’existence d’un enfer composé de démons et de damnés » (p. 132) ; « L’existence de l’enfer peuplé de démons et de damnés est une vérité de foi définie, un dogme parfaitement énoncé dans la Sainte Écriture et unanimement enseigné par la sainte Tradition » (p. 137–138).

L’enfer contient certainement les anges rebelles, mais contient-il beaucoup d’humains ? Notre auteur penche pour le grand nombre des élus et le petit nombre des damnés, mais il faut bien avouer qu’un pronostic en ce domaine reste très difficile.

Que dire de Judas ? L’interprétation la plus évidente des affirmations du Christ – « Il aurait mieux valu pour lui qu’il ne soit pas né » (Mt 26, 24) et « aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de la perdition » (Jn 17, 12) – fait normalement conclure à la damnation. « Seul un a priori étranger à l’Évangile permet à certains de conclure que personne ne sait si Judas est perdu ou sauvé » (p. 174). L’auteur pousse plus loin encore l’investigation et démasque une fausse citation, plusieurs fois reprise, qui ferait dire au Seigneur à sainte Gertrude : « Ni de Salomon, ni de Judas, je ne te dirai ce que j’ai fait, pour qu’on n’abuse pas de ma miséricorde » et qui est probablement de sainte Mechtilde… mais ne parle pas de Judas.

Le livre s’achève sur les annexes : des textes d’Adrienne von Speyr, Anne-Catherine Emmerich, le récit des apparitions de Fatima, sœur Faustine et le manuscrit de l’enfer. Notre perspicace auteur a déjà devancé les objections : « Je demande donc au lecteur de ne pas donner à ces textes une importance exagérée » (p. 196). On peut craindre en effet qu’il n’ait pas choisi ici le meilleur quinté de textes sur l’enfer !

Ceux qui ne comprennent toujours pas pourquoi le Père Bot ose reparler de l’enfer, pourront méditer cette allocution de Pie XII (p. 147–148) : « Il n’y a plus de temps à perdre pour arrêter ce glissement de nos propres rangs vers l’irréligion, et pour réveiller l’esprit de prière et de pénitence. La prédication des premières vérités de la foi et les fins dernières non seulement n’a rien perdu, en nos jours, de son opportunité, mais elle est devenue plus que jamais nécessaire et urgente, même la prédication sur l’enfer ».

La vie est un combat contre l’homme révolté qui gît au fond de soi-même, se nourrit de l’orgueil et reste malheureusement capable de s’entêter jusqu’au point de non retour. Seule la docilité à la grâce du Seigneur peut terrasser le vieil homme. La considération de l’enfer, loin de décourager, contribue à ouvrir son cœur aux merveilles de la miséricorde du Dieu de Majesté.

 

http://www.revue-kephas.org/02/3/Lectures157-168.html

 

 

APRES LA MORT, EGLISE CATHOLIQUE, ENFER, FINS DERNIERES, LIVRES, PARADIS, PURGATOIRE

Les fins dernières

 La destinée de l’homme après la mort

 enferpurgatoireparadis

Un ensemble de trois volumes se penche sur les « fins dernières », un thème essentiel, quoique trop négligé aujourd’hui, pour la foi chrétienne

 

L’ENFER. Affronter le désespoir

LE PURGATOIRE. Traverser le feu d’amour

LE PARADIS. Goûter la joie éternelle

de Jean-Marc BOT

Éditions de l’Emmanuel, 2014.

respectivement 168 p., 144 p. et 176 p. 

 

Voilà bien un véritable défi que de vouloir écrire aujourd’hui un livre entier consacré à chacun de ces sujets que sont l’enfer, le purgatoire et le paradis, et dans cet ordre-là correspondant à la célèbre Divine Comédie ! Disons sans attendre que le Père Jean-Marc BOT, prêtre du diocèse de Versailles, ancien curé de la cathédrale, actuel curé de St-Germain-en-Laye, l’a brillamment relevé avec ce triptyque, d’ailleurs déjà paru chez le même éditeur en 2002-2003, sous des sous-titres néanmoins un peu différents.

  

Les « fins dernières » négligées

En effet, ces thèmes qui relèvent en plein de ce que l’on appelle les « fins dernières » ont sans doute été trop abordés au cours des siècles précédents, avec parfois des excès divers et variés (dans le moralisme, par exemple, ou les descriptions soient effrayantes, soit lénifiantes), de telle sorte que l’on en parle plus guère depuis quelques décennies et c’est bien dommage car il s’agit bien là d’aspects de la foi chrétienne qui ne sont pas de simples détails… Par exemple, il est devenu rare en ce début du vingt-et-unième siècle qu’un prêtre ou diacre développe longuement ces sujets-là dans son homélie dominicale et, ce, même quand les textes bibliques proposés s’y prêteraient plutôt bien !

  

Sensibilité spirituelle et sens littéraire

Tant qu’à faire, le P. Bot prend ses sujets de front, sans précaution particulière, avec toujours un ancrage fort tant dans l’Écriture Sainte que dans la Tradition de l’Église, y compris jusqu’au Catéchisme de l’Église catholique, assez souvent cité. Mais, oserais-je dire, cela ne saurait point suffire pour une pareille thématique somme toute assez délicate à traiter. Une grande sensibilité spirituelle est là bien nécessaire de même qu’un sens littéraire et poétique fortement affirmé, sans pour autant tomber ni dans la mièvrerie, ni dans la boursouflure. Et c’est sans doute là que notre auteur est décidément très bon !

  

Enfer

En même temps, il assume une parole forte, comme dans le premier volume sur l’enfer où il n’hésite pas à titiller des théologiens, pourtant des maîtres dans leur discipline, comme le cardinal Hans Urs von Balthasar ou François Varillon, qui ne parlent pas assez, selon lui, de la réalité de l’enfer ; même Péguy est égratigné au passage, et il préfère s’appuyer sur quelques belles figures mystiques, surtout des femmes d’ailleurs, comme Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Angèle de Foligno ou Maître Eckhart ; tout de même, le cardinal Journet et Maritain trouvent grâce à ses yeux !

  

Purgatoire

Dans le second volume sur le purgatoire, plus court, et, pour cause, moins enraciné dans la Bible,  référence est faite aux papes du Moyen-Age ou au concile de Trente ; sur le plan historique, Bot s’appuie plutôt sur Jacques Le Goff et sa célèbre Naissance du purgatoire, sur le plan théologique plutôt sur François Varillon, mais, dès les premières pages, on sent bien que sa référence de prédilection en la matière est Dante ! Un des chapitres offre ici une belle réflexion sur la mort ; le dernier, peut-être parfois un peu hasardeux, souhaite répondre à cette question qui intéresse, voire parfois trouble, encore plus d’un catholique : « Comment aider les âmes du purgatoire ? »

 

 Paradis

Enfin, dans l’ultime tome sur le paradis, il ouvre à nouveau un débat historique un peu oublié aujourd’hui, la controverse entre deux papes qui se sont succédé au 14ème siècle : Jean XXII qui se trompa en soutenant, « contrairement à la Tradition, que les âmes des défunts arrivés à la perfection n’entraient pas immédiatement après la mort dans la vision béatifique » ; heureusement, juste après lui, Benoît XII rectifia le tir en définissant une position théologique plus conforme à la tradition !

Mais, heureusement, ce petit livre ne fait pas que citer de telles controverses, ce qui pourrait paraître bien aride ! Non, puisqu’il évoque avec beaucoup de sensibilité spirituelle deux grands saints de notre Eglise dans leur désir d’absolu, que sont Augustin et Thérèse de Lisieux, si différents pourtant l’un de l’autre ! Qui plus est, il fait aussi judicieusement référence à de beaux textes d’écrivains, d’hier ou d’aujourd’hui, comme, bien sûr et d’abord, Dante mais aussi  Lamartine, Victor Hugo, Baudelaire, Mallarmé, Claudel, Jean Guitton, Marie Noël, mais aussi François Cheng ou Christian Bobin, et même Philippe Sollers ! Dans un autre art, Messiaen est aussi joliment évoqué. Souvent, et c’est aussi original et appréciable, les chapitres se finissent par un poème écrit par Jean-Marc Bot lui-même. Enfin, le dernier chapitre est tout entier consacré à un sujet qui fut longtemps sensible, à savoir le sort des enfants morts avant d’avoir été baptisés.

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/theologie-la-destinee-de-lhomme-apres-la-mort/2015/02/19/