EPIDEMIES, HENRI DE BELSUNCE (1671-1755), L'EGLISE E LA PESTE DE 1720-1722, MARSEILLE (Bouches-du-Rhône), PESTE, PESTE (1720-1722), PESTE (Marseille ; 1720)

L’Eglise et la peste de 1720-1722

L’Eglise pendant la peste de 1720-1722

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Les années 1720-1722  resteront  gravées pour longtemps dans les esprits en Provence car cette l’épidémie qui va ravager la Provence jusqu’au Languedoc.  L’année 2020 qui devait être celle de la commémoration de cet évènement est surtout marquée par une autre pandémie : la Covid-19 touche le monde entier. De ces deux évènements, à trois cents d’intervalle, on peut y trouver des similitudes : intervention du pouvoir central pour gérer l’épidémie, quarantaine (confinement) pour la population, contrôle de la circulation des personnes, interdiction de certaines activités…. L’histoire de cette épidémie en Provence a fait l’objet de nombreuses publications : livres, articles divers … Sans faire de rapprochements anachroniques on peut cependant en dégager quelques constantes en suivant les évènements centrés sur la ville de Marseille puisque c’est l’arrivée du navire du Grand Saint-Antoine dans le port en mai 1720 a provoqué cette catastrophe. L’accent a beaucoup été mis sur la personne de Mgr Henri de Belsunce, l’évêque de Marseille, et son rôle durant ces années : mais au-delà des images d’épinal il faut voir aussi d’autres réalités qui ne sont pas sans quelque rapport avec la situation actuelle : la fermeture des églises avec ses conséquences et la gestion des sépultures ; ceci  a été abondamment commenté depuis le début de la parution du Covid-19 en Europe parce que vécu comme un traumatisme .

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Rappel des faits

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La peste de Marseille de 1720, dernière grande épidémie en France, fut propagée à partir du bateau le Grand-Saint-Antoine qui accoste dans le port, en provenance du Levant (Syrie), le 25 mai 1720. Sa cargaison constituée d’étoffes et de balles est contaminée par le bacille de la peste ce qu’ignore le capitaine du navire, Jean-Baptiste Chabaud et les membres du bureau de santé Jean-Baptiste Estelle bien que de nombreux décès suspects aient eu lieu pendant le périple du navire. Suite à des négligences des responsables du bureau de santé du port et malgré la mise en quarantaine des passagers et des marchandises, la peste se propage dans Marseille puis dans toute la Provence jusqu’au Languedoc.  Les quartiers les plus anciens et les plus déshérités sont les plus touchés. L’épidémie fera entre 30 000 et 40 000 décès sur une population de 80 000 à 90 000 habitants. Dans toute la Provence on compte environ 90 000 et 120 000 victimes sur les 400 000 habitants

Le  commandant du navire, le capitaine Jean-Baptiste Chataud et le premier échevin, Jean-Baptiste Estelle furent accusés de ne pas avoir respecté la réglementation sanitaire  pour les navires potentiellement infectés bien qu’aucune preuve ne put être établie. Cependant  les échevins et les intendants de santé chargés de cette réglementation faisant preuve de beaucoup d’imprudence ont laissé débarquer à Marseille des marchandises, surtout des étoffes qui auraient dues être mises en quarantaine.

Lors de l’épidémie, l’alimentation de la population, l’enlèvement des cadavres vont mobiliser toute l’énergie des échevins de 1720 à 1722. Deux personnalités émergent durant cette période : le chevalier Nicolas Roze pour l’enlèvement des cadavres et celle de Mgr de Belsunce qui avec les prêtres et les religieux apportent un réconfort moral aux mourants

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Marseille ville catholique

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Marseille est une grande ville portuaire. Au-delà de cette activité qui en fait la richesse cette grande ville est aussi une ville catholique à la piété exubérante.  Les minorities juives ou protestantes  sont de peu d’importance ; les juifs se font discrets ; les protestants, depuis la Révocation de l’Edit de Nantes (16 octobre 1685) par Louis XIV forment ce que l’on appelle les “Nouvaux convertis” ou pour ce qui est des plus obstinés ils sont dans les Galères du Roi . La vitalité de l’Eglise se remarque dans l’importance numérique du clergé, des nombreux couvents . Et Marseille c’est aussi un diocèse depuis le Ier siècle. En 1720 c’est Mgr Henri de Belsunce qui en est l’évêque depuis 1710 et il le restera jusqu’à sa mort en 1755.

Qui était Monseigneur Henri de Belsunce l’évêque de Marseille ?

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Henri-François-Xavier de Belsunce de Castelmoron naquit en décembre 1671, au château de la Force, en Périgord. Il était le second fils d’Armand de Belsunce, marquis de Castelmoron, baron de Gavaudun, seigneur de vieille-ville et de Born, grand sénéchal et gouverneur des provinces d’Agenais et de Condomais, et de Anne Nompar de Caumont de Lauzun, sœur  de Antonin Nompar de Caumont, le célèbre duc de Lauzun.

Elevé dans la religion réformée, il opta à l’âge de 16 ans pour le catholicisme. Il fit ses études au collège Louis le Grand et entra chez les jésuites qu’il quitta en 1701et prêtre en 1703

Après avoir été vicaire général du diocèse d’Agen, le roi le nomma à l’évêché de Marseille le 5 avril 1709 et le Pape le proclama le 19 février 1710. Il resta évêque de Marseille pendant 45 ans jusqu’à sa mort en 1755.

En 1713, le Pape Clément XI condamne dans la bulle Unigenitus un livre du P. Quesnel de l’Oratoire estimant qu’il renfermait des erreurs. Conformément à sa formation au collège des jésuites, Belsunce accepta la bulle et s’opposa vigoureusement à ceux qui en appelèrent au Pape, dénommés « Appelants », surtout aux Oratoriens.  auxquels il interdit l’exercice de la prédication et aussi l’administration des sacrements. Dans ces querelles contre le jansénisme, il se prononça fortement contre ce mouvement et s’attira par là de vifs démêlés avec le Parlement d’Aix dans une région où ces thèses étaient défendues par certains membres de magistrats ou de prêtres.

L’évènement qui devait marquer pour toujours l’épiscopat de Mgr. de Belsunce fut la grande Peste de Marseille de 1720. Si son attitude pendant cette période fut objet de controverses, tous souligneront son dévouement infatigable auprès des malades. Il multiplia les gestes spectaculaires : exorcisme du fléau du haut du clocher des Accoules, des processions, consécration de la ville au Sacré-Coeur pendant une messe célébrée le 1er novembre 1720 sur le cours qui porte son nom. À cette occasion, Belsunce déclara : « A Dieu ne plaise que j’abandonne une population dont je suis obligé d’être le père. Je lui dois mes soins et ma vie, puisque je suis son pasteur. »

Après la fin de la contagion pour le récompenser de son dévouement le Régent le nomma en octobre 1723 à l’évêché de Laon mais il refusa préférant rester à Marseille au milieu de ceux  qui avaient connu les terribles épreuves de la peste.

En 1726 Belsunce assista au synode provincial d’Embrun réuni pour condamner les opinions jansénistes de Soanen, évêque de Senez. Après 1730 il procède à une surveillance étroite de l’enseignement primaire et secondaire. Il favorise les jésuites et leur nouveau collège qui porte son nom.

La présence de la franc-maçonnerie à Marseille est décelée par l’évêque en 1737, qui écrit un mandement daté du 28 septembre à l’intention de l’intendant de police, en ces termes : « Je ne sais, Monsieur, ce que sont les Francmaçons (sic), mais je sais que ces sociétés sont pernicieuses à la religion et à l’Etat ».

Il a été abbé commanditaire non résidant de l’abbaye des Chambons dans le Vivarais. Membre de l’académie de Marseille, il assiste à plusieurs réunions en particulier à celle du 12 janvier 1746 qui accepte Voltaire comme membre associé.

Il mourut à Marseille le 4 juin 1755. La ville lui fit des funérailles grandioses. Il institua l’hôpital de la Grande Miséricorde de Marseille, son légataire universel. Il fit quelques donations particulières aux jésuites qui héritèrent de sa bibliothèque, à ses domestiques, aux indigents et à ses parents.

LE CLERGE FACE A LA PESTE

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Les jansénites coupables de la peste de Marseille ?

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Il fallait trouver des coupables à ce grand malheur qui tombe sur la ville et la région. Ils furent vite désignés : ce fut pour l’évêque de Marseille, tout comme pour son collègue d’Arles, Mgr Jacques de Forbin-Janson, les jansénistes. En effet les thèses jansénistes malgré la bulle Unigenitus promulgué par le pape Clément XI en 1713  qui les excommuniait, étaient très répandues en Provence : les membres du Parlement d’Aix et les Oratoriens implantés à Marseille en sont proches.  Ceux qui rejettent la Bulle Unigenitus sont appelés “les appellants” (car ils appelaient à un Concile) et sont exclus des sacrements et ne peuvent bénéfiier d’une sépulture religieuse.

Pour Mgr de Belsunce : “Dieu irrité veut punir les péchés du peuple et en particulier, le mépris des censures et des excommunications de l’Eglise, le peu de respect, de soumission pour les pontifes de Dieu”. Ou encore : Si le mal continue d’augmenter… je suis bien tenté de denoncer alors excommuniés tous les appellants dont les sacrilèges multiplies sont, je crois, la principale cause de la peste qui nous consterne”. Que faut-il pour sauver la ville ? : “Une entière soumission d’esprit et de coeur aux sacrées décisions de l’Eglise, moyens sûrs et unique d’arrêter le bras d’un Dieu irrité”. C’est pourquoi il refusera que les Oratoriens présents dans la ville puissent assister les mourants en leur donnant  les sacrements.

De son côté Mgr  Forbin de Janson au début de l’épidémie de 1720-1722  appelle  « la vengeance du tout puissant sur tous ceux qui ont le tort de ne pas se conformer aux prescriptions de la bulle « Unigenitus »,

Calmer la colère de Dieu et implorer sa miséricorde

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Monseigneur de Belsunce pendant la peste de Marseille. Tableau de François Gérard (1824-1825)

Si les premiers cas de peste se manifeste dès le 20 juin 1720 il faudra attendre le 9 juillet pour que les médecins donnent leur diagnostic : c’est la peste. Les premières mesures sont prises pour isoler les maladies et le Parlement d’Aix isole la ville de Marseille par un cordon sanitaire le 31 juillet et ordonne fin août 1720 la fermeture des églises avant que, le 14 septembre  de la même année, le Conseil d’Etat ordonne le blocus de la ville et envoie des troupes pour faire appliquer les décisions prises.

En premier lieu Mr de Belsunce organisa des processions et demanda que l’on fasse des prières publiques. Ainsi le 15 juillet 1720 il promulgue une ordonnance pour des priers à Saint Roch ; le 29 juillet il réunit au Palais épiscopal  les cures et les supérieurs des communautés de religieux de la ville pour évaluer la situation. Le 30 du même mois il publie un mandement « ordonnant des prières publiques et un jeûne général pour apaiser la colère du Seigneur ». Il y réaffirme que « c’est le Dieu terrible, le Dieu de justice, mais c’est en même temps le Dieu de paix et de bonté qui nous châtie, qui ne nous afflige que pour nous engager à retourner à lui dans la sincérité de nos cœurs ». Mais le même jour les échevins recommandent de ne plus faire de processions.  Quand le 25 août toutes les églises seront fermées les prêtres continueront cependant à dire des messes et organiser des prières publiques sous les porches des églises. Mais rapidement devant le taux de mortalité (environ 1 000 personnes par jour) ces réunions publiques très fréquentées devenant des foyers d’infection sont également prohibées par les autorités locales. Par conséquent on peut dire que durant la période de août 1720 au mois d’août 1722 il n’y pas de messes, de processions et encore moins de célébrations de baptêmes, de mariages et encore moins d’enterrements

Le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge les échevins de la ville invitent  Mgr de Belsunce à venir à l’hôtel de ville pour qu’il y célèbre la messe et reçoive le vœu qu’ils ont décidé de faire au nom de la ville. « Considér[an]t que la peste étant un fléau de la colère de Dieu, tous les secours des hommes et tous les efforts qu’ils ont résolu de faire seront vains et inutiles s’ils n’ont recours à sa miséricorde pour tâcher de la fléchir », ils s’engagent à donner chaque année à perpétuité 2000 livres à l’hôpital le plus récemment établi, en 1713, celui des orphelines, qui est sous le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours.

Durant une accalmie de la peste de l’hiver 1720-1721 Mgr de Belsunce fait un geste spectaculaire que cite Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe ::  » Quand la contagion commença à se ralentir, Mgr Belsunce a la tête de son clergé, se transporta à l’église des Accoules : monté sur une esplanade d’où l’on découvrait Marseille, les campagnes, les ports et la mer, il donna la bénédiction, comme le pape à Rome, bénit la ville et le monde : quelle main plus courageuse et plus pure pouvait faire descendre sur tant de malheurs les bénédictions du ciel ? »

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Le 1er novembe, jour de la Toussaint, sur les conseil de Anne-Madeleine Remusat, visitandine, tout en bravant les consignes des échevins opposés à tout rassemblement public susceptible de propager la peste, l’évêque au cour d’une cérémonie publique sur le cour qui porte aujiurd’hui son nom consacra la ville de Marseille et son diocèse au Sacré-Coeur de Jésus et institua la fête du Sacré-Coeur comme fête d’obligation . « J’espère que le Cœur de Jésus aura été touché des larmes du pasteur et du troupeau réunis pour apaiser sa colère », écrit-il. A cet effet il traversa Marseille, pieds nus, sans mitre et corde au cou comme l’avait fait saint Charles Borromée pendant la peste de Milan en 1576. Il fit d’autre part imprimer et diffuser de petites images du Sacré-Cœur appelées garde-fous : de petits morceaux de tissu rouge, sur lesquels le Cœur était imprimé avec cette inscription : « Cœur de Jésus, abîme d’amour et de miséricorde, je place toute ma confiance en vous et j’espère pour toute votre bonté. »

Mgr de Belsunce sur les pas de Charles de Borromée

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À la fin de l’été 1720, la situation était désespérée : en trois mois, la ville avait été réduite de moitié, avec quarante mille morts. « Il y aura dans moins de huit jours, écrit un contemporain, quinze mille cadavres sur le pavé, tous pourris, par où on sera tout à fait contraint de sortir de la ville et de l’abandonner peut-être pour toujours à la pourriture, au venin et à l’infection qui y croupira. » (Praviel, p. 149). Tel était l’état la ville où Mgr de Belsunce allait exercer sonn activité pastorale.

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Durant toute cette période Mgr de Belsunce ne se contenta pas d’organiser des processions ou des prières publiques comme il ne resta pas enfermé dans son palais épiscopal qu’il dut quitter le 14 septembre 1720,  la rue étant infestée de cadavres abandonnés, pour aller loger chez l’intendant de la ville Monsieur Lebret. Grâce à son autorité et à son exemple de nombreux prêtres qui avaient quitté la ville renvinrent à Marseille où ils assistèrent les mourants en leur donnant, quand cela était possible, les derniers sacrements afin qu’ils “ne maudissent pas Dieu” in extremis. Il faut noter que certains ne suivirent pas cet exemple : ainsi les moines de Saint-Victor, les religieuses visitandines se mirent à l’abri derrière leurs murs se contentant d’envoyer des aumônes ; quant aux chanoines de Saint-Martin ils quittèrent la ville pour aller se réfugier à la campagne.

On peut suivre son activité presque jour après jour grâce aux notes laissées par l’Abbé Goujon, son secrétaire. Un témoin a pu aussi laisser ce témoignage : « Belsunce ne se borne pas à rester prosterné au pied des autels et à lever les mains au Ciel pour demander à Dieu la grâce de vouloir apaiser sa colère. » Après avoir prescrit des prières publiques, « sa charité est active ». Ayant exhorté son clergé à ne pas craindre la contagion, il donne lui-même l’exemple d’un dévouement héroïque : « Il est tous les jours sur le pavé, dans tous les quartiers de la ville, et va partout visiter les malades […]. Les plus misérables, les plus abandonnés, les plus hideux, sont ce sont ceux auxquels il va avec le plus d’empressement et sans craindre ces souffles mortels qui portent le poison dans les cœurs. Il les approche, les confesse, les exhorte à la patience, les dispose à la mort, verse dans leurs âmes des consolations célestes ». Il distribue tout ce qu’il peut de sa fortune pour soulager les misères de son cher troupeau ; et pour accroître ses aumônes, il se contente, « comme le peuple, de poisson salé et de pain bis ».

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Il encouragea les prêtres par de multiples conseils pour les encourager dans leur mission : administration des sacrements et aussi soulagement de la population. Grâce son autorité et par l’exemple qu’il donne il put pour une grande part  pour obtenir le retour de ceux qui étaient partis se réfugier à la campagne  : il fallait remplacer  ceux qui étaient morts de la peste (en effet l’on estime que un cinquième du clergé marseillais serait mort Durant cette période).

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Même si parfois il s’opposa aux échevins de la ville il les soutiendra dans leur combat en participant aux diverse réunions : un tableau de Michel Serre, un artiste contemporain, le représente  assistant à l’une de leur réunion . D’ailleurs, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Viergel es échevins invitent  Mgr de Belsunce à venir à l’hôtel de ville pour qu’il y célèbre la messe et reçoive le vœu qu’ils ont décidé de faire au nom de la ville. « Considér[an]t que la peste étant un fléau de la colère de Dieu, tous les secours des hommes et tous les efforts qu’ils ont résolu de faire seront vains et inutiles s’ils n’ont recours à sa miséricorde pour tâcher de la fléchir », ils s’engagent à donner chaque année à perpétuité 2000 livres à l’hôpital le plus récemment établi, en 1713, celui des orphelines, qui est sous le vocable de Notre-Dame de Bon-Secours. Et le 4 jun 1722, le Premier échevin Moustier prononça solennellement la promesse dans la cathédrale où s’étaient assemblés tous les notables et fit l’offrande d’un cierge pesant quatre livres, ainsi que l’avait suggéré l’Evêque

Comment Mgr de Belsunce échappa à l’épidémie de peste.

Comme l’explique Régis Bertrand dans sa biographie Henri de Belsunce (1670-1755), l’évêque de la peste de Marseile (2020) ou encore Armand Praviel dans Belsunce et la peste de Marseille (1936) alors qu’un cinquième du clergé de Marseille périt de la peste, l’évêque traverse l’épidémie sans être frappé par la maladie. Pour lui, il doit cette protection à sa croix pectorale, qui contient des reliques de la Vraie Croix, envoyées par le pape, et qu’il porte sur lui dès qu’il sort : il appelle sa croix son “présevatif”. Une autre explication peut être avancée : Monseigneur de Belsunce se protège physiquement de la peste sans le savoir : en effet, entre sa perruque à la Louis XIV talquée tous les jours, sa soutane de taffetas, ses bas, ses chausses, ses souliers, il est couvert de la tête aux pieds ! Peu de risque d’être piqué par les puces, dont on ignore encore à cette époque qu’elles sont vectrices de peste. De plus, il prenait soin de changer de linge de corps tous les jours et il mettait devant sa bouche et son nez un mouchoir imprégné de vinaigre pour, ne pas être incommode par la terrible puanteur des cadavers vu qu’il a parcouru les rues de Marseilles tous les jours. Au contraire, les prêtres qui ne prenaient pas de telles precautions et les religieux, dont les capuchins,  les capucins, qui se déplaçaient en sandales et simple robe de bure, sans masque, sont très touchés par la maladies.

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Pour finir

Ce n’est que le 22 août 1722 que les églises purent enfin ouvrir et le culte être célèbre normalement et le 22 octobre de la même année que la peste fut officiellement declare pour la Provence alors qu’il faudra attendre le 31 décembre pour le Languedoc.

Sans vouloir trop comparer deux époques différentes : les années 170-1722 et l’année 2020 on peut s’apercevoir que malgré les décisions drastiques prises par le pouvoir royal, du moins en ce qui concerne le culte (puisque les églises étaient fermées et les célébrations impossibles) le clergé de cette époque a su allier une certaine contuinité dans la vie spirituelle des habitants à une assistance charitable envers toute une population dont une grande partie parmi le plus pauvres ne faisait que survivre  le ravitaillement étant extrèmeent difficile pour une ville mise à l’écart de toute communication avec les villes voisines.

Si les survivants témoins de la Grande Peste de 1720-1722 peut-être seraient-ils étonnés ou scandalisés de voir nos réactions, nos contestations et nos réclamations devant les contraintes qui nous sont imposes aujourd’hui pour lutter contre la pandémie du Cocid-19 ? Le monde d’aujourd’hui habitué à son confort serait-il capable de vivre et de surmonter une pareille épreuvre ?

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Il soutient de tout son pouvoir le courage des échevins, tout particulièrement dans l’écrasante charge qui leur incombe d’ensevelir les morts. À la fin de l’été 1720, la situation était désespérée : en trois mois, la ville avait été réduite de moitié, avec quarante mille morts. « Il y aura dans moins de huit jours, écrit un contemporain, quinze mille cadavres sur le pavé, tous pourris, par où on sera tout à fait contraint de sortir de la ville et de l’abandonner peut-être pour toujours à la pourriture, au venin et à l’infection qui y croupira. » (Praviel, p. 149).

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De l’épidémie de peste de 1720 à la pandémie du Covid-19 en 2020

DE L’EPIDEMIE DE  PESTE DE 1720-1722

A LA PANDEMIE DU COCID-19 DANS LE MONDE EN 2020

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Vue du Cours pendant la Peste. Michel Serre. 1721

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Medical workers in protective suits attend to novel coronavirus patients at the intensive care unit (ICU) of a designated hospital in Wuhan, Hubei province, China February 6, 2020. Picture taken February 6, 2020. China Daily via REUTERS ATTENTION EDITORS – THIS IMAGE WAS PROVIDED BY A THIRD PARTY. CHINA OUT. – RC2UWE9N0S1O

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Une brève chronologie des évènements de 1720 à 1722

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Maquette du Grand-Saint-Antoine

25 mai 1720 : arrivée du Grand-Saint-Antoine dans le port de Marseille

27 mai 1720 : décès d’un marin à bord du navire

29 mai : les marchandises sont débarquées aux Infirmeries de la ville tandis que le navire reste à l’Île de Jarre

20 juin 17200 : premiers dans la ville de Marseille

fin juin – début juillet 1720  : d’autres cas mais les médecins et les échevins se refusent à parler de peste

9 juillet 1720 : les médecins diagnostiquent pour la première fois la peste et on commence à prendre les mesures qui s’imposent

31 juillet 1720 : le Parlement d’Aix interdit aux marseillais de sortir de la ville et aux habitants des alentours de communiquer avec eux.

Fin  juillet 1720 – septembre  1720  :  la peste se répand dans les villes d’alentour : Aix, Cassis Apt, Digne, Toulon

Début août 1720 : Tout Marseille est contaminée et on compte plus de 100 morts par jour

25 août 1720 : fermeture de toutes les églises dans les villes touchées par l’épidémie (ce qui entraîne la suppression des messes, la célébration des baptêmes, des mariages, des enterrements et aussi toutes les processions)

Septembre 1720 : toutes les localités proches de Marseille sont touchées

14 septembre 1720 : un arrêt du Conseil du Roi ordonne la mise en quarantaine de toute le Provence.

Octobre 1720 : La Peste est à Arles, Saint-Rémy-de-Provence et a atteint Le Languedoc

1er novembre 1720 : Mgr de Belsunce consacre la ville de Marseille au Sacré-Cœur de Jésus lors d’une cérémonie sur le Cours

Hiver 1720 : Pause dan l’épidémie

Décembre 1720 : Tarascon

31 décembre 1720 : Mg de Belsunce organise une procession pour bénir les fosses communes situées hors des remparts de la ville.

Janvier 1721 : le foyer de Bandol s’étend jusqu’aux abords de Toulon et jusqu’au Gévaudan

Printemps 1721 : après une pause de 2 mois l’épidémie reprend et touche la Camargue entre Arles et Toulon

Eté 1721 : Avignon, Orange et tout le Comtat sont à leur tour touchés

Automne 1721 : dans Le Languedoc ce sont les villes de Mende, Uzès, Marjevols, Viviers

Printemps 1722 : une légère reprise à Marseille, Avignon et Orange

22 août 1722 : les églises sont autorisées à ouvrir et le culte peut reprendre normalement

2 octobre 1722 : la peste est déclarée terminée pour la Provence

25 décembre 1722 : La peste est terminée dans Le Langedoc

2020 : Tricentenaire de la Grande Peste de 1720 et pandémie du Covid-19

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Colère de Dieu, mémoire des hommes – La peste en Provence 1720-2020 

Gilbert Buti

Paris, Le Cerf, 2020.  309 pages

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À l’heure du coronavirus, quelles sont les leçons d’hier sur les pandémies qui peuvent valoir pour aujourd’hui ? En dressant l’histoire de la grande peste en Provence au XVIIIe siècle, ce sont nos peurs, nos confinements, nos détresses qu’éclaire, comme en un miroir, Gilbert Buti.

Rarement un livre d’histoire n’aura revêtu une telle actualité.
Car l’épidémie de peste, qui a touché une partie de la France en 1720-1722, a d’étonnantes résonances avec la pandémie de la Covid-19.qui se sévit dans le monde depuis le début de l’année 2020 avec comme conséquences : confinement, restrictions dans les déplacements, fermetures des lieux recevant du public et dont notamment les lieux de culte
Introduite à Marseille par un navire venant de Syrie, la peste a tué 120 000 des 400 000 habitants de la Provence, du Comtat et du Languedoc, soit près d’un sur trois. Pourquoi la contagion s’est-elle propagée, ravageant ou épargnant des localités parfois proches ? Malgré un ensemble de mesures de lutte, dont le confinement décrété par les pouvoirs locaux et soutenu par l’État royal, elle a menacé le reste de la France et effrayé l’Europe qui ont multiplié les barrières pour s’en prémunir. Face à l’impuissante médecine contre l’ennemi invisible, les hommes ont invoqué la colère de Dieu et la médecine du Ciel.
Privilégiant la parole des témoins malades, médecins, savants et religieux – et les apports des anthropologues, démographes et sociologues –, Gilbert Buti dresse un bilan de l’événement-catastrophe très tôt instrumentalisé. Et, trois siècles après, il en décrypte les traces laissées dans les mémoires et l’imaginaire collectif.
Assurément, cet ouvrage se veut une invitation à réfléchir au temps présent même si l’époque diffère par son mode de vie, son mode de pensée.

Biographie de l’auteur

Historien, professeur émérite à Aix-Marseille Université, Gilbert Buti est spécialiste de la Méditerranée aux Temps modernes, auteur de nombreux travaux sur les sociétés littorales et leurs représentations, les économies maritimes, la course et la piraterie.

Marseille ville morte : la peste de 1720

Charles Carrière, Marcel Courdurié,  Férréol Rebuffat

Marseille, Editions Laffitte,  2016. 352 pages.

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Bien que n’étant pas l’ouvrage le plus récent sur les évènements vécus par la ville de Marseille dans les années 1720-1722 cet ouvrage peut rester comme une reference : il se fonde sur les témoignage de l’apoque, sur les écrits de ceux qui ont vécu cette tragédie. Il s’accompagne de plus d’une abondante bibliographie.

Le samedi 25 mai 1720, après dix mois et trois jours d’absence, arrive au large de Marseille le Grand-Saint-Antoine. A son bord, des hommes, du textile et, la peste. En acceptant de laisser amarrer ce vaisseau, Marseille ne soupçonnait alors pas qu’elle causait sa perte, et qu’elle allait ainsi se délester de près de 50 000 de ses habitants. cette étude menée tambour battant par des historiens spécialisés dans l’histoire de la cité phocéenne, décrit minutieusement une catastrophe humaine, ses causes et ses conséquences dans la mémoire collective, et fait la part belle aux nombreuses idées reçues que les siècles ont traîné avec eux.
Ainsi apprend-on que toutes les couches sociales, sans distinction aucune, ont été touches (bien que les plus pauvres de la population marseillaise aient payés le plus lourd tribu), ou encore que la maladie n’a pas véritablement provoqué de famine, mais plutôt un manque de ressources humaines considérables dû à la fuite devant l’épidémie de nombreux notables ayant rendu difficiles les relations de commerce.

Ce tragique et apocalyptique épisode de l’histoire de la cité marseillaise fut tellement incroyable dans ses différents degrés d’horreur, que l’on a l’impression que Marseille ville morte plonge le lecteur d’aujourd’hui  dans une fiction digne des plus grands scénarios de films catastrophe.
Cet ouvrage nous rappelle également que l’homme doit faire preuve d’humilité face aux lois de la nature ; cela, nous le saisissons au quotidien : le tsunami survenu en Indonésie en 2004 est toujours présent dans les esprits, et plus récemment encore le tremblement de terre en Chine en 2008 ayant causé la mort de dizaines de milliers de personnes. Et aujourd’hui la pandémie du Covid-19 qui depuis le début de l’année 2020 a cause des millions de morts dans le monde entier.

Henri de Belsunce (1670-1755) – l Evêque de la Peste de Marseille 

Régis Bertrand

Marseille, Editions Gaussen, 2020. 480 pages.

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Henri de Belsunce de Castelmoron (1671-1755)  a laissé un grand souvenir dans la ville de Marseille. Une des principales artères du centre-ville porte son nom depuis 1852. Sa statue, immense, s’élève dans l’enclos de la cathédrale. Mgr de Belsunce a dû affronter la dernière grande peste marseillaise, celle de 1720-1722. C’est elle qui l’a fait entrer dès son vivant dans l’histoire, à la fois pour sa conduite très courageuse et même héroïque pendant l’épidémie. Nommé évêque de la ville en 1709, il refusera de quitter son diocèse pour devenir archevêque et il sera enterré en 1755 dans sa cathédrale. Son long épiscopat correspond à près d’un demi-siècle de l’histoire de Marseille et des villes voisines. Il a joué un rôle dans la fondation de l’Académie de Marseille, a encouragé celle de la société sacerdotale du Sacré-Coeur et a été le mécène de plusieurs artistes.

L’auteur

Régis Bertrand, né à Marseille en 1946, historien. Agrégé d’histoire, docteur d’État es-lettres, il a été d’abord professeur au Havre puis à Marseille il a fait l’essentiel de sa carrière à l’Université de Provence  où il y a assuré  le cours d’histoire de la Provence et a participé à la création de l’Unité Mixte de Recherches Telemme, dont il a été le responsable de 1998 à 2004. Il a été aussi président (1991-1997) de la Fédération Historique de Provence.

Belsunce et la peste de Marseille

Armand Praviel

Paris, Editions Spes, 1938. 254 pages.

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Armand Pradiel dans son ouvrage sur l’action de Mgr de Belsunce pendant  l’épidémie de peste de 1720 à 1722 relate les évènements depuis l’arrivée du navire Le Grand-Saint-Antoine  jusqu’à la fin de l’épidémie. Son livre se concentre principalement sur l’action de Mgr de Belsunce.  Quoique qu’il soit écrit dans un style hagiographique il a le mérite, en s’appuyant sur de nombreuses sources,  de nous faire vivre ce qui est connu dans l’histoire sous le nom de « Grande Peste de Marseille ».

Ainsi lorsque le Parlement d’Aix ordonna le 15 juillet 1720, Mgr de Belsunce commença à organiser des prières publiques pour conjurer le fléau. Puis dès le mois d’août les églises se fermèrent et il n’y eut plus aucun culte et les processions interdites par crainte de la contagion. C’est alors que l’évêque se donna sans compter avec l’aide de ses prêtres pour soulager la misère de la population et administrer les derniers sacrements aux malades.

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« La terreur est grande, mais j’ai confiance en la miséricorde de Dieu » écrivait-il à son confrère l’évêque d’Arles  ou encore : «Quant à moi, je suis déterminé à rester avec les malades, à les réconforter, à mourir, si nécessaire, de peste et de famine…»

Face aux dégâts causés par la peste et au manque absolu de ressources humaines pour enrayer le fléau, il consacra la ville au Sacré-Cœur de Jésus lors d’une cérémonie expiatoire organisée sur le cour qui porte actuellement son nom le 1er novembre 1720. Il fit imprimer et diffuser de petites images du Sacré-Cœur appelées garde-fous : de petits morceaux de tissu rouge, sur lesquels le Cœur était imprimé avec cette inscription Il avait l’inscription : « Cœur de Jésus, abîme d’amour et de miséricorde, je place toute ma confiance en vous et j’espère pour toute votre bonté. »

Cet appel à la confiance en la miséricorde divine était un message directement contraire aux doctrines jansénistes répandues dans la région. Sous son impulsion les magistrats, par résolution du 28 mai 1722, se sont empressés de faire la promesse suivante :

«Nous, magistrats de la ville de Marseille, convenons à l’unanimité de faire un vœu ferme, stable, irrévocable, entre les mains du Seigneur Évêque, pour lequel, dans cette qualité, nous nous engageons, nous et nos successeurs, pour toujours, à partir chaque année, le jour qui est prévu pour la fête du Sacré-Cœur de Jésus, écoutez la Sainte Messe dans l’église du premier monastère de la Visitation, dite des Grandes Maries, pour y communier et offrir, en réparation des crimes commis dans cette ville, une bougie ou une bougie de la cire blanche, pesant quatre livres, ornée de l’emblème de la ville, à brûler ce jour-là devant le Saint Sacrement; d’assister le soir même à une procession générale d’action de grâce que nous demandons et demandons que l’Evêque veut établir à perpétuité ».

Le 15 septembre 1722 Mgr de Belsunce put célébrer par un grand Te Deum la fin de la peste.

 Armand Praviel

 Armand Praviel, né à L’Isle-Jourdain (Gers) en 1875 et mort à Perpignan (Pyrénées-Orientales) en 1944. C’est un poète, journaliste, critique littéraire, romancier et comédien français

 Fils de Philippe Joseph Félix Praviel et de Noémie Vast-Tintelin, Armand Praviel est licencié en droit en 1895 et docteur en 1888 après avoir soutenu une thèse sur la criminalité de l’enfance.

À 24 ans, il adopte une cape noire doublée de velours rouge, qu’il ne quittera plus jamais. En 1895 il écrit ses premiers poèmes, qui sont publiés en octobre 1907. Alors qu’il joue une pièce de théâtre à Montauban, il rencontre Marguerite Duval, qu’il épouse à Reims
En 1897, il fonde à Toulouse la revue littéraire l’Âme Latine dont il sera directeur jusqu’en 1910, quand la revue fut reprise par la Revue des Pyrénées.

Pendant la Première Guerre mondiale, le lieutenant Armand Praviel est fait prisonnier par les Allemands. Il profite de cette inactivité et de son statut d’officier pour lire l’intégralité de l’œuvre de Balzac et pour écrire son premier roman, qui eut un succès considérable.

Sa femme, à la santé précaire, le quitte en 1929. Il meurt à Perpignan, chez son gendre, le 15 janvier 1944, et inhumé, comme son testament le stipulait, dans sa vieille cape noire. Ses cendres sont transférées dans le caveau familial du cimetière de l’Isle-Jourdain en octobre 1945.

 

Arles et la peste de 1720-1721 

Odile Caylux ; avec une préface de Régi Bertrand

Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2009. 280 pages.

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Située au bord du Rhône et à la limite du’Languedoc, Arles est, au XVIIIe siècle, la quatrième ville de Provence. Gagnée par l’épidémie de peste (1720-1721) six mois après Marseille, elle est atteinte et perd un tiers de sa population. Les autorités consulaires mettent en oeuvre les mesures habituelles en temps d’épidémie : interdiction de circuler, limitation des déplacements (mais le vaste terroir agricole arlésien est indispensable à la vie de la cité), ouverture d’infirmeries, soins aux pestiférés, aide alimentaire aux nécessiteux, le tout sur fond de crise financière aiguë. Le très important fonds d’archives conservé permet de suivre pas à pas cet épisode tragique, d’en connaître les acteurs, d’analyser les décisions prises, d’en voir les conséquences. Fait exceptionnel, quatre consuls et trente-cinq conseillers municipaux, dévoués à la population, meurent pestiférés après avoir affronté un soulèvement populaire d’une particulière ampleur.

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Tombeau aux Alypscamps des Consuls morts pendant la peste de 1720

  

Une importante bibliographie

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Reproduction du Grand-Saint-Antoine qui apporta la peste à Marseille

Livre de J.B. Bertrand de 1779..Relation historique de la peste de Marseille en 1720. Amsterdam et Marseille, Jean Mossy, 1723.

Dr Jean-Baptiste Bertrand. Relation historique de la peste de Marseille en 1720, Cologne, Pierre Marteau, 1721, Cologne, Pierre Marteau, 1721, 512 p. 

Régis Bertrand, Le Christ des Marseillais : histoire et patrimoine des chrétiens de Marseille, Marseille, La Thune, 2008, 248 p. 

Dr Jean-Noël Biraben, « La peste en 1720 à Marseille, à propos d’un livre récent », Revue historique, Presses universitaires de France, n° 502,  France,  avril-juin 1978, p. 407-426.

Charles Carrière, Marcel Coudurié et Ferréol Rebuffat, Marseille ville morte : la peste de 1720, Marseille, Jean-Michel Garçon, 1998, 356 p. Garçon, 

Chicoyeau, Verny et Soulier, Observations et réflexions touchant la nature, les évènements et le traitement de la peste à Marseille, Lyon, 1721, 338 p.

Olivier Dutour, Michel Signoli, Émmanuelle Georgeon et Jean Da Silva, Préhistoire anthropologie méditerranéennes, t. 3 : Le charnier de la grande peste (rue Leca), Aix-en-Provence, Université de Provence, 1994, p. 191-203.

Augustin Fabre, Histoire des hôpitaux et des institutions de bienfaisance de Marseille, Imprimerie Jules Barile, Marseille, 1854, 2 volumes.

Jean Figarella (préf. Pierre Guiral), Jacques Daviel : Maître chirurgien de Marseille, oculiste du Roi (1693-1762), Marseille, Impr. Robert, 1979, 278 p.

Paul Gaffarel et de Duranty, La peste de 1720 à Marseille & en France, Paris, Librairie académique Perrin, 1911.

Françoise Hildesheimer, Le Bureau de la santé de Marseille sous l’Ancien Régime : Le renfermement de la contagion, Marseille, Fédération historique de Provence, 1980.

Louis François Jauffret, Pièces historiques sur la peste de Marseille et d’une partie de la Provence en 1720, 1721 et 1722, Marseille, Imprimerie Corentin Carnaud, 1820, deux vol. de 420 et 416 p.

Philippe Joutard (dir.), Paul Amargier, Marie-Claire Amouretti, James W. Joyce, « La peste de Marseille de 1720-21 vue par les Anglais », dans Provence historique, 1955, tome 5, fascicule 20, p. 146-154 

Georges Serratrice, Vingt-six siècles de médecine à Marseille, Marseille, Jeanne Laffitte, 1996, 798 p. 

Michel Signoli, Isabelle Seguy, Jean-Noël Biraben, Olivier Dutour, « Paléodémographie et démographie historique en contexte épidémique. La peste en Provence au XVIIIè siècle », Population, Vol. 57, no 6, 2002, p. 821-847.

Félix Tavernier, Aspects de Marseille sous la royauté, Marseille, Centre régional de documentation pédagogique, 1976, 117 p.

Charles Mourre, « La peste de 1720 à Marseille et les intendants du bureau de santé », p. 135-159, dans Provence historique, tome 13, fascicule 52, 1963 

Christelle Omnès, « La peste de Marseille de 1720 dans la littérature du xxe siècle », p. 99-111, dans Provence historique, tome 53, fascicule 211, 2003 

René Bore, Le Velay en lutte contre la propagation de la peste (1721-1722) : in Cahiers de la Haute-Loire 2018, Le Puy-en-Velay, Cahiers de la Haute-Loire, 2018

Fleur Beauvieux, «  Marseille en quarantaine : la peste de 1720 », L’Histoire, no 471, mai 2020, p. 10-19.

Gilbert Butti, Colère de Dieu, mémoire des hommes. La peste en Provence, 1720-2020, Cerf, 2020.

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La Provence en 1720



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La peste à Marseille à partir de l’Hôtel de Ville. Michel Serre

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Tableau représentant le chevalier Nicolas Roze procédant à l’enlèvement des cadavres au quartier des Tourettes à Marseille. Michel Serre

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Mgr de Belsunce pendant la peste de Marseille. François Gérard (1770-1837). 1834.

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Le Mur de la Peste est un rempart édifié dans les Monts du Vaucluse pour protéger le Comtat Venaissin de la peste de Marseille. Il fut conçu par l’architecte de Carpentras Antoine d’Allemand.

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Reproduction d’un billet de santé permettant aux habitants de se déplacer 

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Les médecins de peste

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Vitrail de la Basilique du Sacré-Coeur à Marseille représentant les échevins de la ville en fonction à l’époque de la peste © Getty / Jean-Marc ZAORSKI

EPIDEMIES, HISTOIRE DE LA PROVENCE, MARSEILLE (Bouches-du-Rhône), PANDEMIES, PESTE, PESTE (1720-1722), PESTE (Marseille ; 1720), PESTE NOIRE

LA PESTE EN PROVENCE EN 1720-1722

Marseille en quarantaine : la peste de 1720

La peste en Provence et en Languedoc de 1720 à 1722

Vingt-sept mois de confinement, quatre ans pour rouvrir complètement la cité, la moitié de la population disparue : voilà ce qu’a subi Marseille, frappée par la peste en 1720. Comment la ville et ses habitants ont-ils fait face ?

La dernière grande épidémie qui frappe massivement la France à l’Époque moderne est la peste de Marseille, qui débute en juin 1720. Très étudiée comme l’un des trois fléaux d’Ancien Régime avec la famine et la guerre, la peste est un sujet qui a longtemps été rattaché au champ de l’histoire économique puis des mentalités, puisque les crises démographiques permettent de comprendre le rapport entretenu par les populations à la peur et à la mort [1]. Mais peu d’études se sont penchées sur le quotidien en temps de quarantaine, en prenant en compte également la capacité d’agir des couches sociales les plus défavorisées.

Dans une perspective microhistorique et d’histoire par en bas, les archives policières et judiciaires peuvent pourtant apporter des éclairages inédits sur cette question, offrant un regard d’une part sur les réponses des gouvernants à l’épidémie (ordonnances de police et règlements), d’autre part sur les ajustements quotidiens que les habitants adoptent pour survivre à la situation (procédures judiciaires, correspondances et relations de peste – des récits des événements rédigés par des témoins de l’épidémie). Pendant cette période, en effet, le pouvoir politique local est modifié, et des mesures d’exception sont mises en place pour tenter de contenir l’épidémie.

Des étoffes infectées

La peste n’avait pas atteint Marseille depuis quelque soixante-dix ans. Il s’agissait alors, pour le port franc prestigieux du début du XVIIIe siècle, d’une maladie d’un autre temps, d’autant que la ville était dotée d’un système sanitaire opérationnel censé la prévenir des épidémies. Toute cité atteinte en Méditerranée s’exposait à une fermeture et une quarantaine.

Depuis la franchise du port accordée par Colbert en 1669, assurant des privilèges douaniers, Marseille était une ville florissante, avec un quasi-monopole du commerce destiné au Levant. Cette grande cité comptait près de 100 000 âmes en incluant le « terroir » (l’arrière-pays, ce qui représente aujourd’hui le territoire de la ville) et la « ville dans la ville » que constitue l’arsenal des galères.

Pourtant, la peste est apportée à Marseille le 25 mai 1720 par le Grand Saint-Antoine, un bateau de retour de Smyrne, ayant mouillé dans plusieurs échelles [2] où l’épidémie sévissait non loin, comme Seyde (Sidon), Tripoli (actuel Liban) ou Chypre – au Levant, la maladie était alors à l’état endémique. Le navire contenait des étoffes probablement infectées par le bacille de Yersin. Le navire est mis en quarantaine préventive, comme tous ceux de retour de ports possiblement infectés, sur les îles de Pomègues et Jarre, au large de la cité.

Le capitaine du bateau présente une patente nette (soit sans risque sanitaire) aux intendants de la Santé, mais certains membres de l’équipage sont tombés malades et sont morts pendant la traversée de retour. Un autre décès survient sur le bateau alors en quarantaine et ses membres sont transférés au lazaret, situé sur la côte d’Arenc, hors des remparts de la cité. La quarantaine des marchandises est quant à elle écourtée, afin de s’assurer de la vente de sa cargaison à la foire de Beaucaire le mois suivant.

La peste se répand hors du lazaret et frappe la vieille ville en juin. La première victime, si l’on en croit le médecin Jean-Baptiste Bertrand (qui a publié dès 1721 une Relation historique de la peste de Marseille en 1720), est Marguerite Dauptane, attaquée le 20 juin, suivie huit jours plus tard par un tailleur, Michel Cresp, et toute sa famille. Aucune mesure particulière n’est adoptée par les pouvoirs publics, les chirurgiens du lazaret examinant les corps ne concluant pas à la peste.

L’échevinage, qui dirige la ville, met de nombreuses semaines à reconnaître l’épidémie, le mot « peste » n’étant jamais prononcé publiquement jusqu’en septembre 1720 par les autorités, qui lui préfèrent les termes de « contagion » ou « fièvres pestilentielles ». La municipalité continue de cacher le mal aux habitants pendant plus de trois mois, par peur d’une possible émeute, et malgré un nombre de malades grandissant. Dans le déni de l’épidémie a peut-être joué aussi la culpabilité du premier échevin de la ville, Jean-Baptiste Estelle, qui possédait une partie de la cargaison du Grand Saint-Antoine. Le procès ouvert à son encontre après la peste n’aboutit pas, faute de preuves. Néanmoins, la population marseillaise a gardé une forte animosité à son égard, lisible dans les poèmes et chansons populaires composés à l’occasion de la peste et suite à celle-ci. Mais la principale cause qui peut expliquer la lente reconnaissance du mal serait la difficulté qu’ont les médecins et chirurgiens qui examinent les premiers malades de conclure unanimement à la peste.

Certains symptômes sont pourtant sans équivoque, tels les bubons et les charbons retrouvés sur les premiers malades, la forte fièvre et la contagiosité, puisque les membres d’une même maisonnée tombent simultanément malades. Mais l’on croit alors à de simples fièvres malignes dues à de mauvais aliments, touchant les pauvres gens. Les questions sont également nombreuses sur les modes de contagion de la peste au XVIIIe siècle : se transmet-elle par le souffle, les contacts humains, les contacts avec les cadavres, les rapports sexuels ? Les débats savants sur la contagion sont vifs.

La gravité de l’épidémie n’est réellement appréhendée qu’avec l’augmentation exponentielle du nombre de morts, qui atteint 1 000 décès par jour en août 1720, au pic de l’épidémie. La peste ravage alors la ville qui se vide peu à peu de ses habitants à cause des nombreux décès, mais aussi de tous ceux qui ont fui dans l’arrière-pays. Le négociant Roux parle de 30 000 à 40 000 personnes qui seraient parties dès fin juillet aux premières manifestations de la peste : ce nombre est peut-être exagéré, mais il montre tout de même l’ampleur de la fuite parmi la population. Certains abandonnent ainsi leurs fonctions pourtant nécessaires à la bonne marche de la ville (comme les intendants du Bureau de la santé) et propagent la maladie aux alentours.

La situation devient alors ingérable, les malades et les morts envahissant les rues : « De quelque côté que l’on jette les yeux, on voit les rues toutes jonchées des deux côtés de cadavres qui s’entre-touchent et qui, étant presque tous pourris, sont hideux et effroyables à voir », raconte Nicolas Pichatty de Croissainte, orateur du conseil de ville et procureur du roi en la police, dans son Journal abrégé de ce qui s’est passé en la ville de Marseille depuis qu’elle est affligée de la contagion.

Pour la première fois dans l’histoire de l’épidémie en Provence, le pouvoir royal intervient directement : des commandants militaires sont peu à peu nommés dans toutes les villes infectées. Dans la cité phocéenne, c’est le chevalier Charles-Claude Andrault de Langeron, par ailleurs déjà chef d’escadre des galères à Marseille et maréchal de camp, qui est désigné le 3 septembre 1720 pour « commander en ladite ville de Marseille tant aux habitants qu’aux gens de guerre qui y sont et seront ci-après en garnison » (Commission du roi). A l’échevinage traditionnel est donc substitué un gouvernement avec une composante militaire, sans pour autant destituer la municipalité en place avant la peste, qui continue de travailler de concert avec Langeron. Les commandants militaires sont dotés de pleins pouvoirs, faisant basculer les cités dans des états d’exception qui ne sont pleinement légitimés qu’après l’épidémie.

Isoler la ville

Localement, le pouvoir urbain tente de protéger le commerce et instaure de premières mesures prophylactiques (défense de laisser croupir l’eau dans les poissonneries, ou de faire des tas de fumier à l’intérieur des maisons). Le parlement de Provence, devant les cas qui se multiplient et le risque de contamination, va plus loin : il décide dès le 31 juillet 1720 d’isoler Marseille en défendant aux autres villes à la fois tout échange économique avec la cité phocéenne et la venue de Marseillais et d’habitants des alentours sous peine de mort. Il est demandé aux échevins de fermer les portes des remparts et de monter des barricades pour isoler le faubourg marseillais.

Une ligne de blocus militaire est déployée autour du terroir, avec la mise en place de 89 postes de garde. Ce cordon sanitaire est long de plus de 60 km à vol d’oiseau. L’épidémie se répandant hors de Marseille, jusqu’à Orange, un « mur de la peste » de 36 km est construit, isolant le Comtat Venaissin.

Pour ravitailler la ville, tant par terre que par mer, il est décidé le 6 août l’établissement de trois « bureaux d’abondance » sur le territoire marseillais (à Septèmes, la Bastidonne, l’Estaque), complétés par trois puis quatre autres pour centraliser les denrées arrivant à Marseille.

Sur place, des gardes sont postés en surveillance et une distance est demandée entre les individus pendant les transactions. Les denrées sont issues de la production locale, d’achats dans les différentes provinces du royaume et dans les autres pays, ainsi que d’un don de la papauté pour les plus nécessiteux.

Dispositif policier inédit

Pour faire respecter le blocus de la Provence, un quart des troupes royales sont envoyées dans la région et restent mobilisées pendant plus de deux ans et demi. A l’intérieur de Marseille, deux compagnies de régiment sont déployées pour contribuer au maintien de l’ordre, et un quadrillage de la cité est adopté afin d’assurer, quartier par quartier, puis rue par rue, le contrôle et la surveillance de l’épidémie et des habitants. Dans la ville, avant la peste, 146 hommes environ étaient pourvus des missions de police : bourgeois appartenant à une milice chargés d’un tour de garde, capitaines et lieutenants de quartier, enfin personnels composant la police urbaine (en charge de tout ce qui avait trait à l’administration de Marseille). A l’arrivée de la maladie, les autorités marseillaises instaurent un dispositif policier inédit, tant par son ampleur que par la multiplicité des tâches sanitaires qui lui sont octroyées. Près de 300 commissaires sont recrutés de façon temporaire. Ces hommes travaillent de concert avec les médecins, avec les commis, transporteurs, ou servants, autant de métiers indispensables et maintenus. De plus, des centaines de forçats sont sortis de l’arsenal des galères pour s’occuper des tâches les plus périlleuses, comme la désinfection, l’enlèvement et l’enterrement des cadavres (on nomme les galériens « corbeaux »), sous la supervision des commissaires. Une organisation similaire est établie dans le terroir

On suit cette recomposition de la police dans l’ensemble des ordonnances adoptées pendant la période, dont le nombre explose : plus de 200 textes sont ratifiés par la municipalité, alors que, hors temps d’épidémie, l’on compte une vingtaine d’ordonnances par an au maximum. Cette nouvelle législation d’exception constitue la base du droit pendant les années de peste et touche l’ensemble de la vie sociale. Elle s’attache à quatre grands domaines, déclinés par la suite en des règlements plus détaillés : la prévention de la contagion ; la circulation des biens et des personnes ; la gestion des malades et des morts ; la désinfection. C’est par exemple sous la supervision de cette police de peste que les malades sont d’abord ravitaillés à domicile, puis transférés dans les hôpitaux.

Les mesures sanitaires visent à immobiliser au maximum les habitants, en contrôlant tout mouvement. Pour circuler, les Marseillais doivent se munir d’un billet de santé attestant qu’ils ne sont pas atteints de peste, signé par un représentant de leur quartier (prêtre ou commissaire). Les espaces publics sont interdits : fermeture des écoles et du collège, des églises et de tous les lieux de rassemblement. Les maisons atteintes de peste sont marquées d’une croix rouge, et ceux qui y vivent sont mis en quarantaine dans leurs habitations. Le nombre de malades augmentant, ceux-ci sont peu à peu transférés dans des hôpitaux de peste. Les espaces publics sont désormais déserts et non praticables, réservés aux seules personnes en charge d’enrayer l’épidémie.

Les « groupes à risque », du fait de leur métier (fripiers), de leurs mouvements (étrangers), de leur rôle dans la gestion de la peste (galériens) ou de leur statut déconsidéré (prostituées), sont particulièrement surveillés afin « d’éviter toutes communications pernicieuses », comme on peut le lire dans une procédure judiciaire. La municipalité recense les malades et les morts et, pour finir, l’ensemble de la population pour tenter de savoir qui a survécu.

Les peines prévues à l’encontre des contrevenants aux mesures sanitaires sont progressivement durcies et couvrent l’ensemble des châtiments corporels de l’Ancien Régime (fouet, carcan, galères, enfermement), jusqu’à la peine de mort, qui concerne essentiellement le franchissement des barrières mises en place (bien qu’aucun acte officiel de condamnation à mort n’ait été par la suite retrouvé).

Hôpitaux de peste

La municipalité met progressivement en place, à partir du 9 août et jusqu’au 4 octobre, un réseau de six hôpitaux de peste et de maisons de convalescence ou de quarantaine affiliées, couvrant l’ensemble de l’espace urbain. Au pied des remparts en dehors de la villel’hôpital du Mail est ainsi construit en urgence à l’automne pour faire face à la saturation des autres hôpitaux réquisitionnés. Il reçoit essentiellement les malades du terroir, touché après la ville. Les taux de mortalité dans ces institutions peuvent atteindre des chiffres effarants : jusqu’à 92 % de décès en décembre 1720 à l’hôpital du Mail. Intra-muros, la mortalité moyenne, d’octobre 1720 à février 1721, se situe autour de 54 % pour l’hôpital de la Charité [3]

A l’intérieur des hôpitaux, les soins apportés par les soignants sont bien peu efficaces face à la violence de la maladie, même si de nouveaux traitements chirurgicaux sont testés [4] et que l’on note un développement des autopsies permettant de mieux connaître les causes de la maladie. Les médecins de la ville, prudents, conseillent, eux, de s’en tenir à une alimentation suffisante (tenter de manger de la viande plusieurs fois par semaine), à des remèdes à base de plantes (des concoctions telles que la thériaque de l’émétique, de l’antimoine, du potassium ou du sirop royal). Ils se méfient des remèdes « violents et actifs », causant la plupart du temps la mort du malade, et ne conseillent d’opérer les bubons qu’en cas d’extrême nécessité. Il y a tout de même un pourcentage de guérisons observées, et plusieurs témoignages font penser qu’une certaine immunité était acquise après avoir guéri de la peste.

Dans quelques établissements, des religieux s’efforcent de maintenir une préparation digne à la mort, mais la contagiosité de la peste suspend les rites funéraires ordinaires et les morts sont jetés pêle-mêle, sans aucune cérémonie, dans de gigantesques charniers ouverts aux limites de la cité et des hôpitaux. Cette modification de l’administration de la fin de vie est terrible pour les vivants, qui ne peuvent accompagner leurs proches décédés. On trouve ainsi des mentions d’habitants faisant fi de l’obligation d’enterrer les cadavres dans les fosses communes, qui « sans craindre le péril embrassaient leurs parents morts ou les traînaient jusques dans les plus proches cimetières » (Journal historique de Paul Giraud).

La vie continue

Malgré la mortalité et le risque quotidien de périr, la vie doit continuer pour les habitants. Il y a bien sûr des comportements extrêmes, voire irrationnels, liés à la peur, comme le désespoir ou la folie qui guettent tout individu en période de forte mortalité, ce qu’ont souvent souligné les historiens [5]. Mais, même au cœur de l’épidémie, les procédures judiciaires mentionnent des actes d’entraide, de solidarité et de compassion envers les mourants. Ainsi, Anne, servante de maître Gueyrard, atteint par la contagion, le « secourut jusques à la mort », sa fille précisant qu’elle fut « tout attristée de cette mort pour avoir donné ses soins au défunt ».

Installés dans une quarantaine qui semble sans fin, les habitants s’organisent. Face à la fermeture des églises, certains prêtres continuent de prêcher à l’air libre au début de l’épidémie. L’évêque Belsunce organise des processions et des prières collectives, mais la municipalité finit par les interdire pour éviter de faire durer la contagion. Les liens sociaux se maintiennent au sein des familles et avec le voisinage. La vie continue donc malgré tout : en novembre 1720, alors que les morts sont encore nombreux, les noces d’un boulanger sont célébrées dans la maison du négociant Joseph Comte, avec la présence d’un joueur de violon. Peu de registres paroissiaux ont été tenus à jour sur l’ensemble de la période mais l’on note une natalité plus forte suite à l’épidémie, concomitante avec une « frénésie des mariages » remarquée par tous les contemporains (740 par an avant la peste, 1 472 après) [6].

Face aux limites imposées aux déplacements, et à l’enfermement à domicile, on constate une panoplie de tactiques pour entretenir un lien social, tout en se protégeant de la contagion : se parler à distance, au seuil des portes et des fenêtres, utiliser massivement le vinaigre comme désinfectant, maintenir une correspondance avec ses proches pour les lettrés quand les familles sont séparées dans des villes distinctes. Les capacités à faire face à la situation de peste et de quarantaine sont multiples et démontrent ainsi l’aptitude de l’homme à survivre aux épidémies et à s’adapter de façon active aux situations les plus terribles.

Dans Marseille toujours confinée, après le paroxysme de l’épidémie en août-décembre 1720, est venu le temps de l’apaisement et de la désinfection. La maladie semble disparaître, jusqu’à une rechute en mai 1722 qui cause environ 200 morts supplémentaires. A ces phases successives correspondent le durcissement ou au contraire l’allégement des mesures pour tenter de contrôler l’épidémie.

Les populations peuvent de nouveau circuler hors du terroir à partir de décembre 1722. A cette date, lorsque les barrières sont levées, la peste de Marseille a fait périr, selon les plus hautes estimations, près de la moitié des habitants, soit environ 50 000 personnes en incluant le terroir.

La ligne de blocus de la Provence est levée en mai 1723. La région compte 120 000 morts au total (Marseille comprise), soit un tiers de sa population. Le rétablissement complet du commerce n’interviendra, lui, que début 1724, trois ans et demi après la fermeture de Marseille en juillet 1720.

Une fois la peste passée, l’accentuation de certains dispositifs disciplinaires laisse des traces au cours du XVIIIe siècle, notamment en ce qui concerne la police des étrangers. Le répertoire d’actions adoptées pendant l’épidémie sert alors de base au renforcement des contrôles sanitaires. La mémoire de l’événement, quant à elle, est toujours présente aujourd’hui à Marseille.

Fleur Beauvieux

L’auteure: Fleur Beauvieux a soutenu une thèse sur les « Expériences ordinaires de la peste. La société marseillaise en temps d’épidémie, 1720-1724 ». Elle a participé à Police ! Les Marseillais et les forces de l’ordre (dir. B. Marin, C. Regnard, Gaussen, 2019).

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Image : Détail du tableau Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720, Michel Serre, 1721.
Marseille, musée des Beaux-Arts, Jean Bernard/Bridgeman Images.

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Notes

1. Cf. J. Delumeau, Y. Lequin (dir.), Les Malheurs des temps. Histoire des fléaux et calamités en France, Larousse, 1987.

2. Les ports et principales escales sous la domination du sultan ottoman où les nations étrangères peuvent jouir de privilèges.

3. Cf. C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat (Pour en savoir plus, p. 19).

4. Voir la thèse de J. El Hadj, « Les chirurgiens et l’organisation sanitaire contre la peste à Marseille, XVIIe-XVIIIe siècle », EHESS, 2014.

5. Cf. J. Delumeau (Pour en savoir plus, p. 19).

6. Cf. C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat, p. 233 (Pour en savoir plus)

Mots Clés

Échevinage
Municipalité. A Marseille, l’échevinage est composé de quatre échevins, membres de la bourgeoisie marseillaise.

Lazaret
Établissement de quarantaine où sont isolées les personnes ou les marchandises de retour depuis des lieux infectés.

Patentes de santé
Certificats sanitaires donnés aux navires lors de leur appareillage. Ces patentes peuvent être de trois types : « nette » si le bateau provient d’un port sain ; « touchée » ou « soupçonnée » si le port est sain mais la région infectée ;« brute » si le port est contaminé.

Toute la Provence touchée

La peste se répand rapidement en Provence : Cassis est touchée dès le 21 juillet 1720. Le 14 septembre, l’autorité royale promulgue un arrêt plaçant toute la Provence en quarantaine : c’est la première épidémie qui provoque une réaction à l’échelle du royaume. Des cordons sanitaires sont mis en place avec des postes de surveillance. Un mur est construit pour isoler le Comtat Venaissin. On dénombre près de 20 000 morts à Toulon, 13 000 à Arles.

Des mesures policières et sanitaires exceptionnelles

Pour lutter contre la peste et sa contagion, un cordon de postes de garde est établi qui coupe la ville et son arrière-pays du reste de la région. Des quartiers sont délimités pour un meilleur quadrillage. Des hôpitaux sont mis en place et des marchés sont créés pour assurer le ravitaillement de la ville.

Dates Clés

1720

25 mai : Arrivée à Marseille du Grand Saint-Antoine.

20 juin : Première victime de la peste dans la ville.

21 juillet : Cassis est touchée.

31 juillet : Le parlement de Provence ordonne la mise en quarantaine de la ville.

Août-septembre : Paroxysme de l’épidémie.

3 septembre : Nomination de Langeron à la tête de la ville par la royauté.

1721

Janvier-septembre : Désinfection de la ville, dénombrement des morts et des vivants.

Septembre 1721-mai 1722 : Latence de la maladie à Marseille ; la peste s’est étendue au reste de la Provence ; reprise de la vie ordinaire dans la cité.

1722

Mai : Rechute épidémique dans Marseille.

1er décembre : Levée de la ligne de blocus avec la Provence.

1723

4 septembre : Départ du commandant militaire.

27 mai : Échanges rétablis entre Marseille et le reste de la France.

1724 : Rétablissement total des échanges avec le reste du monde.

Chiffres
Pic épidémique en août 1720

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On compte 1 000 décès par jour en août 1720 à son paroxysme. Une reprise de l’épidémie en mai 1722 entraîne environ 200 morts supplémentaires.

Quarantaines, îlots et lazarets en Méditerranée

La menace endémique de la peste en Méditerranée entraîne, dès le XIVe et le XVe siècle, le développement de structures et magistratures sanitaires destinées à juguler les risques d’épidémie. Particulièrement exposées, Raguse (Dubrovnik) et Venise sont les premières villes à imposer un isolement de quarante jours pour les navires, les hommes et les marchandises suspects d’avoir fréquenté des régions infectées. Venise construit ainsi des « lazarets », des bâtiments érigés sur des îlots de la lagune éloignés du centre urbain, afin d’organiser et de contrôler la bonne tenue des quarantaines, ainsi que les opérations de désinfection par des fumigations à base de parfums. Le traumatisme des violentes épidémies des années 1630 et 1650 en Italie amène à renforcer les mesures prophylactiques, peu à peu imitées en Europe.

A Marseille, les dispositifs contre la peste sont durcis au début du XVIIe siècle, à mesure que le port devient la principale tête de pont du commerce français avec l’Empire ottoman, où la peste sévit de manière chronique. Le Bureau de la santé de Marseille, véritable « place forte » (Françoise Hildesheimer) de la défense sanitaire de la France, s’occupe de collecter des renseignements sur l’état des épidémies en Méditerranée, grâce à un vaste réseau d’informateurs ( bureaux-relais établis sur les littoraux du royaume, consuls à l’étranger, marchands et marins, etc.). Les magistratures de santé ou les consuls délivrent aux capitaines des « patentes » qui indiquent l’état sanitaire de leur port de départ. En fonction de ces patentes et des déclarations des capitaines sur leurs voyages, les intendants de la Santé dirigent les navires vers le lazaret, au nord de Marseille, ou bien vers les îles de Pomègues ou Jarre pour les cas les plus dangereux. Cette surveillance n’est pas toujours bien vécue par les marchands ou les marins, souvent pressés de débarquer ou de repartir. Cependant, la réputation sanitaire des places méditerranéennes joue un rôle économique important. Comme le résument les Vénitiens lors de la violente irruption de peste à Marseille en 1720, « si l’âme de l’État est le commerce […], l’âme du commerce est la santé ».

Guillaume Calafat

A savoir

Le bacille de Yersin
Maladie infectieuse, la peste/ se présente sous deux formes cliniques principales. La plus répandue est la peste bubonique, propagée par les rats et transmise par des piqûres de puces. Elle se manifeste par des plaques noires autour de la piqûre (« charbon pesteux »), et par des bubons (gros ganglions durs et douloureux). En quelques jours, la maladie se dissémine dans le corps, entraînant la mort dans deux cas sur trois. Plus grave encore, la peste pulmonaire, transmise directement par voie aérienne d’homme à homme, atteint les poumons et conduit la plupart du temps à une issue fatale. Les symptômes de la peste sont reconnus par les médecins depuis le Moyen Age, mais ce n’est qu’en 1894 que le médecin pastorien Alexandre Yersin identifie la bactérie responsable de la peste : le bacille qui portera son nom. Aujourd’hui, la peste est traitée par les antibiotiques.

Masque et bâton de saint Roch

Le masque du médecin de peste, resté célèbre aujourd’hui lors des carnavals de Venise, a-t-il été utilisé en 1720 à Marseille ? Rien n’est moins sûr. Ce masque de protection en forme de bec d’oiseau (image de droite), dont l’usage est attesté dans les épidémies italiennes depuis le XVIIe siècle, n’apparaît en effet nulle part dans les témoignages des contemporains. Les transporteurs de cadavres, dont les forçats, ne disposaient pour se protéger de l’infection que d’un simple tissu sur le visage (on le voit sur les tableaux de Michel Serre). Le religieux Paul Giraud parle de « cassolettes ou pommes de senteur sous le nez » que certains habitants employaient (ce à quoi fait peut-être référence la caricature de gauche). La fumigation d’herbes aromatiques et d’épices entrait dans les processus de désinfection, puisque, selon les thèses aéristes, la peste pouvait être présente dans l’air.

Autre élément du costume visible sur ces illustrations : le bâton de bois qui servait à rester à distance des malades. Ces « bâtons de saint Roch » (du nom du saint protecteur de la peste) sont mentionnés dans les sources.

Les habits et chaussures de cuir, également représentés ici, étaient recommandés pour les médecins et chirurgiens, de même que le port de gants pour éviter la contagion lors des soins donnés aux malades.

Il n’est pas certain que le personnel soignant ait disposé de suffisamment de matériel de protection en 1720 étant donné l’impréparation de la municipalité et la mise en place en urgence des hôpitaux pour tenter de contenir la maladie. Mais ces deux illustrations montrent qu’au sein des lazarets, lorsque la peste n’atteignait pas les populations, des costumes spéciaux et sans doute efficaces étaient prévus pour se protéger de la maladie.

Fleur Beauvieux

Dans le texte

Désespoir d’un médecin

« [Deux marchands] […] expliquent ce système populaire, qui consiste à encore croire que la peste étant un fléau du Ciel, elle n’est pas moins au-dessus de la connaissance des médecins que de leurs remèdes, ils prouvent le premier article par l’Écriture, & le second par le propre aveu des médecins, & par le petit nombre des guérisons qu’ils ont opérées […]. Ils se retranchent pour tout remède à la simple tisane & à quelque léger cordial, selon l’usage du Levant, où la maladie est familière. Ils appuient leur pratique par cette réflexion, que la peste attaquant plus les pauvres que les riches, elle ne demande que les aliments & les remèdes les plus simples. »

Relation historique de la peste de Marseille en 1720 par le médecin

Jean-Baptiste Bertrand, Amsterdam, J. Mossy, 1779, pp. 344-345.

Dans le texte
« Chacun commença de respirer »

Le 18 [novembre 1722], on vit ce que l’on n’avait pas vu dans Marseille depuis le commencement de la contagion. Toutes les portes de la ville furent ouvertes sans soldats, sans aucune garde bourgeoise, il fut permis d’entrer et de sortir sans billet, de porter et de rapporter le linge blanc et sale et toute sorte de meuble sans la permission par écrit des commissaires. Chacun commença de respirer et se flatta de voir bientôt les barrières du terroir abattues. […] L’on apprit que le roi avait donné un édit à Versailles le 19 novembre, dans lequel il ordonnait qu’à commencer du 1er décembre prochain toutes les lignes qu’il avait fait établir sur les frontières […] seraient levées et que les gens de guerre et habitants des lieux préposés à leur garde se retireraient.”

Paul Giraud, « Journal historique de ce qui s’est passé dans la ville de Marseille et son terroir, à l’occasion de la peste, depuis le mois de mai 1720 jusqu’en 1723 », Bibliothèque municipale à vocation régionale de l’Alcazar, Marseille (Ms1411, fol. 344)

Une forte empreinte dans la ville

La peste de Marseille offre au moins deux paradoxes. Ce n’est sans doute pas l’épidémie la plus catastrophique pour la ville, mais c’est la seule à avoir laissé une forte empreinte dans la mémoire marseillaise. La trace dans la cité d’aujourd’hui est bien visible. L’évêque Belsunce a ainsi donné son nom à un quartier, sa statue a été érigée au milieu du XIXe siècle devant la cathédrale Sainte-Marie-Majeure (photo). Plus significatif encore, la tribune sud du stade vélodrome s’appelle « Chevalier Roze », seul personnage historique au milieu des célébrités sportives marseillaises ! La peste est aussi l’événement historique qui a inspiré le plus d’artistes et d’écrivains provençaux. Marcel Pagnol a ainsi laissé une nouvelle inédite, Les Pestiférés (devenue une bande dessinée). Second paradoxe : la ville s’est rapidement relevée de la catastrophe. Dès 1721, les mariages se sont multipliés et les « gavots » descendus de la montagne alpine ont comblé les décès. Le XVIIIe fut un beau et grand siècle pour Marseille malgré la peste.

Philippe Joutard

Pour en savoir plus

G. Calvi, Histories of a Plague Year. The Social and the Imaginary in Baroque Florence, Berkeley, University of California Press, 1989 [première étude sur la peste à utiliser l’approche microhistorique].

C. Carrière, M. Courdurié, F. Rebuffat, Marseille ville morte. La peste de 1720, [1968], Autres Temps Éditions, 2008 [ouvrage de référence sur la peste à Marseille].

S. K. Cohn Jr., Epidemics. Hate and Compassion from the Plague of Athens to AIDS, Oxford, Oxford University Press, 2018 [pour une étude récente des réactions face aux épidémies dans le temps long].

J. Delumeau, La Peur en Occident, XVIe-XVIIIe siècle, [1978], Fayard, 2006 [sur les comportements collectifs en temps de peste].

F. Hildesheimer, La Terreur et la pitié. L’Ancien Régime à l’épreuve de la peste, Publisud, 1990 [ouvrage de référence sur la peste en France]

https://www.lhistoire.fr/marseille-en-quarantaine%C2%A0-la-peste-de-1720

CONFINEMENT (temps de), EPIDEMIES, MALADIE, MALADIES, QUARANTAINE

Quarantaine et confinement en cas de pandémie

QUARANTAINE ET CONFINEMENT

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Le drapeau « Lima » est le signal maritime international de la quarantaine.

La quarantaine consiste à isoler des personnes, des animaux, ou des végétaux durant un certain temps, en cas de suspicion de maladies contagieuses, pour empêcher leur propagation. En empêchant les personnes d’avoir des contacts avec des individus sains se trouvant à l’extérieur de la zone de confinement, on rend la contagion   impossible et les maladies infectieuses disparaissent d’elles-mêmes. C’est une medure barrière; l’une des méthodes de prévention et de gestion des risques liés aux maladies infectieuses (épidémies, pandémies   notamment).

S’il s’agit de personnes malades « confirmées », on parle plutôt d’isolement ou d’Isolement (soin de santé).

Au figuré le mot désigne aussi la condition d’une personne mise volontairement à l’écart (ostracisme).

Par extension, ce terme est également utilisé dans le domaine de la sécurité informatique.

En 2020, de nombreux pays décident d’appliquer des mesures de mise en quarantaine de leurs populations afin de ralentir la propagation d’une pandémie de coronavirus, appelée quatorzaine pour une isolation de 2 semaines.

Étymologie et évolution sémantique

Le mot « quarantaine », attesté en français depuis les années 1180, signifiait « espace de quarante jours » (période du carême). En français, au sens de mesure sanitaire, apparu au XIVè siècle, il dérive de l’italien quaranta (nombre quarante) et remonte à 1635

La quarantaine sanitaire se définit historiquement comme la séparation, la détention et la ségrégation de sujets suspectés de maladies contagieuses. Le mot désigne ensuite aussi la période de cet isolement de personnes, d’animaux, d’objets ou de marchandises.

En épidémiologie, le mot désigne aujourd’hui une restriction complète de déplacement, provisoirement proposée ou imposée, à des personnes apparemment saines potentiellement exposées à une maladie contagieuse (voire des animaux ou objets suspects d’être contaminants tels que bagages, conteneurs, moyens de transport, marchandises…). Alors que le terme isolement concerne plutôt des malades ou porteurs sains avérés (un malade déclaré est isolé, un sujet en période d’incubation possible est mis en quarantaine).

L’autoisolation prescrite, ou autoprescrite est une forme de quarantaine utilisée en 2020 pour COVID-19, envisagée au domicile de ou des intéressés, devant soit une possible phase d’incubation, soit une pathologie possible non testable, en pénurie de méthode diagnostique.

Histoire

 Origines

La séparation et l’interdiction sociales se sont inscrites d’abord dans le cadre du sacré avec la notion de tabou, par exemple le tabou alimentaire. La séparation du pur et de l’impur concernant les maladies est manifeste dans la Bible :

« Parlez aux Israélites, vous leur direz : lorsqu’un homme a un écoulement sortant de son corps, cet écoulement est impur
Voici en quoi consistera son impureté tant qu’il a cet écoulement : que sa chair laisse échapper l’écoulement ou qu’elle le retienne, il est impur
Tout lit où couchera cet homme sera impur et tout meuble où il s’assiéra sera impur
Celui qui touchera son lit devra nettoyer ses vêtements, se laver à l’eau, et il sera impur jusqu’au soir. »

— La Bible, Lévitique 15:2-5.

Ce passage a été interprété comme la description d’une gonorrhée  avec « déclaration obligatoire de maladie contagieuse » et « isolement et désinfection ». En médecine hébraïque, des textes mentionnent les maladies de peau avec isolement social temporaire, ou avec exclusion définitive (discrimination des lépreux).

L’idée du nombre 40 comme période décisive de temps serait celle d’Hippocrate (vers le ve siècle av. J.-C.), qui indique qu’une maladie aigüe se manifeste dans l’espace de 40 jours. D’autres mentionnent Pythagore qui attribue au chiffre 4 des vertus mystiques. Cette période de 40 jours est adoptée par les premiers textes chrétiens (le jeûne de 40 jours de Jésus-Christ dans le désert)

 

Moyen-Âge

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« Pestiférés bénis » ou « lépreux sermonés » par un évêque.  Miniature du xive siècle, British Library de Londres.

En France, la séparation sociale et l’exclusion des lépreux relève de l’ordonnance royale du 21 juin 1321. Le rejet des lépreux est partout la norme, mais d’application locale très variée. De nombreuses villes ont une léproserie située à l’écart, avec limitation ou contrôle du déplacement des lépreux. Les motifs d’origine sont d’abord religieux et moraux : la lèpre est une maladie de l’âme qui se manifeste par une mort lente du corps.

Avec la survenue de la peste noire, les motifs sanitaires apparaissent au premier plan. Les mesures prises sont le fait des autorités municipales qui s’appuient sur le sens commun d’une contagiosité, notion de peu d’importance pour la médecine médiévale.  Les mesures les plus anciennes d’isolement des pestiférés consistent à enfermer les pestiférés (et leur famille) dans leur maison (séquestration), une autre est l’expulsion hors de la ville. Ces mesures, d’ordre juridique plus que médical, sont adoucies à partir du XVIè siècle. Plus rarement, les malades sont autorisés à circuler, mais en étant porteurs de signes distinctifs.

Des structures sont mises en place pour concilier l’isolement et le soin : cabanes en bois hors agglomération (en 1348 à Avignon par le Pape Clément VI), hôpital de pestiférés (à Venise en 1403). Des léproseries sont converties en hôpital pour pestiférés (à Marseille en 1476).

La quarantaine maritime proprement dite (isolement préventif) est instaurée le 27 juillet 1377 , par le Grand Conseil de Raguse qui interdit l’accès de ville ou de son district à ceux « qui arrivent d’une zone infestée par la peste, à moins qu’ils ne soient restés d’abord à Mrkhan ou à Cavtat pour s’y purger pendant un mois », instituant ainsi la première quarantaine officielle reconnue comme telle12,13.

La même année, Venise adopte le procédé de Raguse (isolement sur un îlot proche). Sur l’avis des médecins, la durée est portée à 40 jours, d’après la doctrine hippocratique des jours critiques, où une maladie qui dépasse 40 jours ne peut-être qu’une maladie chronique. La quaranta se répand dans les ports italiens, elle est adoptée par Marseille en 1383, Barcelone en 1458, Edimbourg en 1475. L’application de la quarantaine est renforcée par la fondation de lazarets, dont le premier, celui de Venise (1403), sert de modèles pour d’autres ports (Gènes) en 1469, Marseille en 1526).

La quarantaine sur terre est d’abord adoptée en Provence (Brignoles, 1464). Le système de quarantaines est renforcée par les patentes pour les marchandises, et les billets de santé pour les personnes. Il s’agit de certificats attestant la provenance d’une ville saine

 

Période classique

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Lazaret de la grande peste de Vienne de 1679, ex-voto de 1680, Eglise Saint-Michel de Vienne de 1680,

 Le système des quarantaines et lazarets devient une administration permanente à partir du XVIè siècle en Italie. Malgré leurs rivalités, les cités-Etats italiennes sont reliées par un réseau d’informations sanitaires provenant de France, de Suisse et des Balkans. Cet exemple est suivi par les cités germaniques ; alors qu’ailleurs, en France, en Espagne ou en Angleterre, les quarantaines ne sont que des mesures temporaires.

À partir de la fin du XVIIè siècle, le système de quarantaine et de contrôle des épidémies est transféré progressivement de la cité au plan national. La santé devient une question gouvernementale. La coordination la plus avancée est alors celle de la Prusse   et d’autres Etats germaniques, où l’expression police médicale est utilisée pour la première fois en 1764 par Wolfgang-Thomas Rau  (1721-1772).

En Angleterre, les premiers règlements de quarantaines (niveau gouvernemental) sont établis en 1663. En France, le conseil du Roi met toute la Provence en quarantaine lors de la peste de Marseille   en 1720-1722. Au cours du XVIIè siècle   un réseau de surveillance s’établit entre les grands ports méditerranéens d’Europe et du Levant.

Aux Amériques, la première quarantaine maritime est celle de Saint-Domingue   en 1519 contre la variole. En Amérique du Nord,   la quarantaine est aussi appliquée contre la variole, la première fois en 1647, par la colonie de la Baie du Massachussetts   pour les navires arrivant des îls Barbade. Puis contre la fièvre jaune,   par les villes de New-York (1688) et Boston (1691). En 1799, le Congrès américain  transfère l’autorité des quarantaines (du niveau de chaque Etat) au niveau fédéral (secrétariat du Trésor jusqu’en 1876).

 

Période moderne

xixe siècle

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Le monument aux médecins dans le cimetière des Irlandais, sur Grosse-ïle-du-Québec, lieu de quarantaine créé en 1832 pour les immigrants.

La deuxième pandémie de choléra touche l’Europe en 1830 et l’Amérique du Nord en 1832. La stratégie officielle est alors de renforcer les méthodes utilisées contre la peste : quarantaines, lazarets et cordons sanitaires, mais celles-ci s’avèrent peu efficaces contre le choléra, ce qui suscite tensions sociales et troubles politiques. Les politiques de quarantaines varient selon les pays, elles peuvent servir de prétexte politique (pour restreindre les libertés de l’adversaire — déplacement, échange, correspondance…) ou économique (protection commerciale).

En 1834, la France appelle à une standardisation internationale des politiques de quarantaine. En 1838, un Conseil Sanitaire International est fondé à Constantinople pour coordonner les mesures frontalières contre les épidémies. En 1851, la première conférence sanitaire internationale se tient à Paris, où le premier règlement sanitaire international est adopté. Il impose aux états signataires les mêmes mesures quarantenaires contre la peste et le choléra, mais sur les 12 pays participants à cette première conférence, trois seulement sont signataires : France, Portugal et Sardaigne.  

Les conférences suivantes sont parfois le lieu de violentes discussions, comme celle de la conférence de Rome en 1885, à propos des quarantaines effectuées sur le canal de Suez pour les navires venant d’Inde. Le réel conflit n’était pas d’ordre sanitaire, mais politique (domination britannique ou française sur la région).

Aux Etats-Unis, la politique de quarantaine, dépendante du département du Trésor, est jugée mal appliquée, et une nouvelle législation fédérale de quarantaine est adoptée en 1878. L’autorité des quarantaines est transférée au Marine Hospital Service, un ancêtre du Service de santé publique des Etats-Unis. L’administration d’une quarantaine doit être médicalisée, et sa durée doit se baser sur la période d’incubation spécifique à la maladie.

En 1893, les États-Unis rejoignent le concert sanitaire européen. Les trois maladies quarantenaires internationales sont alors le choléra., la peste et la fièvre jaune

 

xxe siècle

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Soldats du Corps expéditionnaire canadien en quarantaine pour cause de rougeole, France, 1917-1918.

Les premières mesures concrètes, appliquées par un grand nombre de pays signataires sont celles de la 11e conférence internationale de Paris en 1903 (adoption d’une convention de 184 articles). En 1907, l’Office International de l’Hygiène Publique est fondé à Paris, réunissant 12 pays. Il devient après la Première Guerre mondiale le Comité d’Hygiène de la Société des Nations (SDN). En 1926, la liste des maladies quarantenaires est portée à cinq, avec l’ajout de la variole et du typhus.

Dans le premiers tiers du XXè siècle les mesures de quarantaines sont médicalisées. Le nouveau savoir microbiologique permet de distinguer les cas confirmés, les cas suspects et les sujets indemnes, ainsi que les modes de transmission et la durée d’incubation spécifiques à chaque maladie infectieuse. Il s’avère que la quarantaine peut être efficace pour limiter certaines maladies, mais aussi inutile ou néfaste pour d’autres.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’OMS, fondée en 1948, remplace le Comité d’Hygiène de la SDN. L’expression « maladies quarantenaires » disparaît, pour devenir « maladies sous contrôle international » inscrites dans un règlement sanitaire international, adopté par 181 pays, et donnant lieu à déclaration obligatoire. En 1951, elles sont au nombre de 6 : choléra, peste, fièvre jaune, variole, typhus et fièvre récurrente.

Dans la deuxième moitié du xxe siècle, l’importance relative de la quarantaine décroît ; elle apparaît comme une des méthodes, parmi beaucoup d’autres, utilisées dans un système plus général de surveillance et de contrôle des maladies. Aux États-Unis, en 1967, 55 « stations de quarantaine » sont régies par le CDC et situées dans les ports et aéroports internationaux. En 1992, elles ne sont plus que 8. Il en est de même pour les maladies quarantenaires : dans les années 1980 le CDC listait encore 26 maladies pour l’entrée aux États-Unis, en 1992 cette liste est réduite à 7 maladies : fièvre jaune, choléra, diphtérie, tuberculose, peste, suspicion de variole (bioterrorisle) et fièvre hémorragique virale.

Il apparaît alors que la quarantaine n’est pas une panacée, qu’elle a ses limites, notamment lors de l’apparition du sida, pour des raisons biomédicales, mais aussi juridiques et éthiques. Dans d’autres cas, elle peut être validée pour des maladies ou des contextes particuliers. La quarantaine « moderne » est alors un moyen, non pas indistinct ou généralisé, mais « taillé sur mesures » et toujours discutable. Ce fut le cas lors de l’épidémie de SARS de 2003 ou de la pandémie A (H1-N1) de 2009

xxie siècle

Depuis 2000, les retours d’expérience des épidémies de H5N1, SRAS, du MERS, et des modèles épidémiologiques, ont conduit à affiner les protocoles de quarantaine, ou d’Isolement (soin de santé) pour certaines maladies, et un cadre international a été produit en 2005 par l’OMS. Ainsi :

des quarantaines à l’échelle de la ville ont été imposées en Chine et au Canada contre le SRAS en 2003, et en Afrique de l’Ouest de nombreux villages ont été mis en quarantaine pour freiner et stopper l’épidémie d’Ebola de 2014 ;

en 2019-2020, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité et de l’épidémiologie, l’isolement volontaire (« autoisolation ») et la quarantaine ont été utilisés à très grande échelle pour freiner la maladie à coronavirus (COVID 19). Des villes entières de Chine, puis des régions, puis en Europe l’Italie ont imposé des restrictions sans précédents à partir de mars 2020 pour lutter contre la propagation de ce virus, alors que des milliers de ressortissants étrangers rentrant d’un voyage en Chine étaient de par le monde invités à s’isoler eux-mêmes chez eux ou dans des installations gérées par l’État;

le cas particulier du Diamond Princess qui s’est vu interdire de débarquer (et mis de fait en quarantaine obligatoire) et où plus de 700 personnes ont contracté la COVID-19, montre que dans un contexte d’improvisation, un lieu confiné et inapproprié peut aussi devenir un lieu d’incubation et de contagion.

Pour la maladie à coronavirus de 2019, des quarantaines réduites à quatorze jours ont été effectuées. Toutefois, la durée de quatorze jours n’étant pas suffisantes, la quatorzaine a été rallongée à 21 jours.

Mise en œuvre

Elle se fait généralement dans le cadre de la gestion de tiques (ex : plan de crise pour une pandémie) La mise en quarantaine se limite souvent aujourd’hui à n’isoler qu’un seul individu ou un cluster (familial par exemple) dont la pathologie est déjà déclarée ou suspectée en raison de l’apparition de symptômes, alors qu’un autre but de la quarantaine est de mettre à l’écart tous les porteurs potentiels de germes (en raison : soit de leur provenance d’un milieu à risque ; soit des contacts physiques que ces personnes ont eus avec l’individu ou la matière éventuellement contaminé), et cela même s’ils ne manifestent aucun signe clinique, pendant une durée suffisante pour couvrir la période d’incubation de la maladie suspectée. Le but de cet isolement étant que la maladie ne puisse éventuellement se déclarer dans un milieu déjà protégé, évitant ainsi sa propagation potentiellement exponentielle.

Exemples de mesures de quarantaine :

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Le Lazzaretto-Vecchio de Venise

À Venise, au milieu du xve siècle, on fit construire le Lazzaretto Nuovo destiné à recevoir les navires et leurs équipages en provenance des ports méditerranéens qui étaient suspectés d’être vecteurs de maladie comme la peste (le Lazzaretto-Vecchio à l’inverse, ne traitait que les cas avérés de maladie). À la fin du xvie siècle, le lazaret possédait une centaine de chambres et plusieurs grands hangars destinées à entreposer les marchandises qui y étaient alors décontaminées en utilisant surtout la fumée générée par des herbes aromatiques, comme le genièvre ou le romarin.

Le Royaume-Uni obligeait depuis les années 1800 les animaux en provenance de pays étrangers à subir une quarantaine d’une durée de six mois, de manière à prévenir la rage. Au début des années 2000, cette politique de quarantaine systématique a été allégée et au 1er janvier 2012 les animaux munis d’un passeport européen pour animal de compagnie ou Pet Passport peuvent désormais échapper à la mise en quarantaine (puisque ce document atteste que l’animal a été vacciné à une date précise).

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Les astronautes de la mission Apollo 11 en quarantaine à la suite de leur retour sur Terre.

Aux Etats-Unis, lors du retour des premières missions lunaires, les astronautes   des missions Apollo 11, 12 et 14 ont été mis en quarantaine, par précaution (les astronautes de la mission de Apollo 13   n’ayant pu alunir en raison d’un problème technique).

Dans son règlement sanitaire international (RSI, 2005), article 1, l’OMS définit une quarantaine comme « la restriction des activités et/ou de la mise à l’écart des personnes suspectes qui ne sont pas malades ou des bagages, conteneurs, moyens de transport ou marchandises suspects, de façon à prévenir la propagation éventuelle de l’infection ou de la contamination ».

Le placement en quarantaine peut faire partie des recommandations de l’OMS faites aux Ėtats-membres, qui peuvent être temporaires (d’une durée de trois mois renouvelable) ou permanentes (d’application systématique ou périodique). Une quarantaine s’effectue selon les principes énoncés dans le RSI (articles 1 et 18), notamment en ce qui concerne le respect de la dignité des personnes et de leurs droits fondamentaux (article 32).

Une quarantaine peut consister à « isoler ou traiter si nécessaire les personnes affectées ; rechercher les contacts des personnes suspectes ou affectées ; refuser l’entrée des personnes suspectes et affectées ; refuser l’entrée de personnes non affectées dans des zones affectées ; et soumettre à un dépistage les personnes en provenance de zones affectées et/ou leur appliquer des restrictions de sortie » (article 18).

Ces recommandations ne sont pas contraignantes, chaque pays garde la décision d’appliquer ou pas une quarantaine en fonction de sa situation épidémiologique particulière, tout en ayant l’obligation de fournir à l’OMS les motifs de sa décision (articles 3 et 43).

Conditions d’efficacité

L’instauration d’une quarantaine doit d’abord être épidémiologiquement construite et justifiée par des besoins de santé publique de, notamment pour le choix des personnes à mettre en quarantaine ; par exemples le virus Ebola n’est pas propagé par des personnes asymptomatiques, mais le SARS-CoV-2ou la grippe peut l’être.

La quarantaine doit être bien expliquée, cohérente, et coordonnée souvent bien au delà des frontières juridictionnelles locales.
Dans le contexte d’une globalisation croissante et de l’accélération des transports, elle doit faire partie d’un ensemble plus large de stratégies visant à prévenir l’introduction, la transmission et la propagation de la maladie transmissible en cause.
Selon une étude récente (2020) quand une quarantaine est jugée nécessaire, les autorités devraient veiller à ce que sa durée n’excède pas le temps requis, à bien informer la population sur les raisons et les protocoles de cet isolement, tout en veillant à ce que les fournitures suffisantes et appropriées (nourriture, médicaments, soins médicaux…) soient fournies. Appeler à l’altruisme et à tout en rappelant le bénéfice de la quarantaine pour l’intérêt général et de la santé de tous peuvent aider à son bon déroulement.

Les personnes saines travaillant au contact des individus confinés dans un lieu de quarantaine — comme le personnel médical — doivent adopter les meilleures pratiques en termes de protection individuelle et collective (masque, combinaison, lavage systématique des mains, bonne gestion des excréta…) en veillant dans la mesure du possible au bien-être des personnes confinées.

  

Cadre juridique

Juridiquement parlant, une mise en quarantaine imposée est une limitation provisoire de la liberté personnelle de voyager et de proximité d’autrui, justifiée par l’intérêt général .

L’une des conditions d’acceptabilité de la quarantaine est qu’elle respecte le Droit, international notamment. Missionnée par l’ONU, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi un règlement sanitaire international (RSI 2005, qui est le nouveau cadre juridique, contraignant, pour la gestion internationale des maladies émergentes et réémergentes et d’autres risques pour la santé. Son article 1 définit une quarantaine comme « la restriction des activités et/ou de la mise à l’écart des personnes suspectées qui ne sont pas malades ou des bagages, conteneurs, moyens de transport ou marchandises suspects, de façon à prévenir la propagation éventuelle de l’infection ou de la contamination ».

Les pays ou d’autres juridictions (Europe, régions, villes…) peuvent décliner ce règlement avec certaines marges de liberté ; un constat est que les directives (provisoires) sur la quarantaine sont parfois ambiguës ou varient d’une juridiction à l’autre (selon les politiques de santé et de sécurité publiques, les cultures ou les budgets notamment).

Elle ne doit en aucun cas être utilisée comme mesure punitive, par exemple dans un contexte de violation des droits de l’Homme ou des libertés civiles.

 

 Leçons de l’histoire

La disparition des épidémies de lèpre et de peste en Europe reste mal expliquée ; il en est de même pour l’efficacité relative des quarantaines et autres mesures de ségrégation. Dans le cas de la lèpre, pour les historiens modernes, la rigueur des textes historiques sur la ségrégation des lépreux ne concorde pas avec la réalité (mesures peu ou diversement appliquées). La disparition de la lèpre en Europe se fait progressivement et sans bruit, une disparition qui n’a pas dépendu de la médecine ou de l’administration. A contrario, la persistance de foyers lépreux en Scandinavie jusqu’au xixe siècle pose les mêmes problèmes d’interprétation.

En revanche, pour les épidémies de peste, les historiens accordent généralement une importance aux quarantaines comme moyen de contrôle des épidémies. Elle est efficace si elle s’articule avec un système coordonné au niveau des États. Selon Biraben, l’exemple probant est l’Empire ottoman en 1841qui élimine les grandes épidémies de peste en quelques années en appliquant strictement les mesures prises par les pays européens. De même l’éradication de la variole a été rendue possible par la vaccination et aussi par une politique de containment (isolement, confinement).

Pour d’autres maladies, l’application de la quarantaine « par mimétisme » s’est révélée peu efficace. Ce fut notamment le cas pour le choléra, la fièvre jaune, la typhoïde, ou la poliomyélite, par ignorance, à l’époque, des caractères réels de la maladie (mode de transmission, porteurs sains…).

L’OMS et le RSI reconnaissent que la mondialisation rend les actions de quarantaine moins efficaces et plus difficile à mettre en oeuvre. Plusieurs fois, en phase de début d’épidémie à tendance pandémique, l’OMS a réitéré une recommandation de ne pas limiter les voyages ou le commerce international.

 

Accompagnement sociopsychologique

L’isolement au domicile ou dans un lieu dédié à la quarantaine a des effets psychologiques.

Parmi 3166 articles scientifiques sur ce sujet, 24 ont récemment (2020) fait l’objet d’une étude approfondie. Il en ressort que l’isolement de quarantaine peut générer, plus ou moins selon les contextes, l’ennui de la confusion, de la frustration et de la colère : et des craintes de confinement plus long que prévu et/ou d’infection. Des fournitures et informations insuffisantes ou inadéquates, et une éventuelle stigmatisation peuvent aggraver ces effets. Les pertes financières sont aussi une source de stress. Un patient très dépressif isolé en hôpital durant l’épidémie de SRAS s’est pendu (malgré une aide psychiatriques) et une tentative de suicide a eu lieu peu après.
Plusieurs études suggèrent de possibles séquelles de type strss post-traumatique.

La première quarantaine stricte et à très grande échelle a été mise en oeuvre en Chine, pour freiner le début de Pandémie de maladie à coronavirus de 2019-2020.. L’isolement a touché de très nombreux chinois, bouleversant souvent leur vie quotidienne, sociale, professionnelle et familiale, générant parfois des troubles anxieux profonds, allant jusqu’à la panique ou la dépression. Une première enquête chinoise (entamée dès le 31 janvier 2020), sur la base d’un questionnaire d’auto-évaluation librement accessibles dans tout le pays, via la plateforme d’évaluation psychologique intelligente de Siuvo, a porté sur la prévalence et la gravité de l’anxiété, la dépression, de phobies spécifiques, de changement cognitif, de comportements d’évitement, compulsif, sur les symptômes physiques et le sentiment de désocialisation durant la semaine écoulée (allant de 0 à 100 ; un score entre 28 et 51 indiquant une détresse légère à modérée. Un score ≥52 indiquant une détresse sévère. Les réponses aboutissaient à un « index » de détresse psychique péritraumatique, dit COVID-19 Peritraumatic Distress Index (CPDI). 52 730 réponses ont été validées (provenant pour 64,73% de femmes). Le mode de construction de l’index CPDI a été validé par les psychiatres du Centre de santé mentale de Shanghai . Le score moyen était de 23,65 (15 à 45). Près de 35% des répondants ont subi une détresse psychologique (29,29% des scores étaient compris entre 28 et 51, et 5,14% supérieurs ou égal à 52). Le score CPDI dépendait du genre, de l’âge, du niveau scolaire, de la profession et de la région. Il était plus élevé pour femmes que pour les hommes (fréquent dans les cas de stress post-traumatique)

 Défis logistiques

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Centre sportif réquisitionné pour l’isolement et le soin de personnes infectées par la maladie à coronavirus 2019 à Wuhan (Chine).

Ces défis sont matériels, financiers et organisationnels ; ils concernent le choix rapide de lieux adaptés, la séparation rapide et efficiente (et donc à mettre constamment à jour) des individus isolés de ceux qui sont en quarantaine ; et des sujets symptomatiques de ceux qui sont symptomatiques (en incubation ou sains), faute de quoi, une transmission accrue peut résulter d’une promiscuité mal gérée. En effet, par exemple, si des patients asymptomatiques mais contagieux sont indistinctement mélangés avec des personnes saines, la transmission du virus peut être facilitée dans la zone confinée39. Dans le cas des virus aéroportés, le système de climatisation ne doit pas faire circuler le virus.

Le transport, le tri, l’alimentation, les soins, la gestion des excreta, des déchets et des cadavres posent des problèmes logistiques spécifiques.

Parfois, un risque de nosocomialité est à anticiper : quand des patients symptomatiques ont en réalité une maladie qui imite la maladie d’intérêt (ex : le paludisme alors qu’on pense qu’ils ont Ebola) ; Ils risquent de contracter une autre maladie s’ils sont cohortés avec des personnes infectées.

 Aspects socio-politiques

Certains, tel Patrick Zylberman, historien de la santé et professeur émérite à l’Ecole des Hautes études en santé publique, attirent l’attention sur le fait que dans certains contextes sociopolitiques, l’isolement est parfois contre-productif par exemple :

quand une mesure mal préparée engendre une panique comme en 2014 quand certains quartiers de Monrovia, la capitale du Libéria, furent placés en quarantaine pour endiguer l’épidémie d’Ebola. Des habitants effrayés (notamment dans West Point, le township le plus pauvre de la ville) se sont heurtés aux forces de l’ordre, la répression conduisant à la mort de plusieurs civils. Un lycée transformé en centre de confinement accueillant 29 malades avait été attaqué par une bande armée venue piller les lieux. Dix-sept patients avaient fui lors de l’assaut, neuf sont décédés quatre jours plus tard, tandis que trois autres furent emmenés de force par leurs parents vers une destination inconnue. Dans ce contexte, les mesures de quarantaine ont accentué la défiance de la population envers le personnel médical, poussant des malades à cacher leurs symptômes pour éviter le confinement.
De même, en Chine lors de l’épidémie en 2003 de SRAS, des émeutes et manifestations violentes ont eu lieu dans les régions de Nankin et Shanghaï suite à des confinements brutaux ne prévoyant aucune aide aux populations concernées, notamment l’approvisionnement alimentaire ou les soins médicaux.

Travail en quarantaine

Dans un sens plus large, on désigne par zone de quarantaine les locaux servant au stockage, à l’étude ou à la transition d’éléments biologiques non-implantés dans l’environnement desdits locaux. L’objectif n’est plus uniquement sanitaire, mais surtout écologique : la dispersion de ces organismes exotiques étant susceptible de conduire à une invasion. De telles zones peuvent se trouver dans les aéroports, mais aussi dans les centres de recherches ou les parcs zoologiques.

En informatique

Métaphoriquement on parle de « fonction quarantaine » d’un logiciel antivirus..

Elle permet de maintenir un fichier infecté par un virus informatique dans une zone blanche sans lien avec le cœur du système, pour l’empêcher d’agir sur l’ordinateur de la victime. Cependant, il n’y a aucun moyen de supprimer le ou les fichiers infectés, car toute manipulation effectuée sur un ces fichiers leur offre à nouveau la possibilité d’agir, le meilleur moyen étant de faire une restauration complète afin de remettre le système sous un jour meilleur, ou de manière plus radicale, de réinstaller entièrement le système en ayant préalablement détruit les partitions du disque et en installant le système sur une nouvelle base, saine.

Bibliographie

Antoine Flahaut (dir.), Des épidémies et des hommes, Éditions de la Martinière, 2008 ).

Patrick Zylberman, Tempêtes microbiennes : Essai sur la politique de sécurité sanitaire dans le monde transatlantique, Gallimard, 2013 , III Quarantaines et vaccinations, chap. VIII Civisme au superlatif, p. 398-432.

Aspects historiques :

Anne-Marie Moulin, « Quarantaine, le retour du refoulé », L’Histoire n°470, avril 2020, p. 20-22..

CORONAVIRUS, EPIDEMIES, LITTERATURE, MALADIE, MALADIES

Quinze ouvrages inspirés par des épidémies

Coronavirus : de Sophocle à Stephen King, quinze livres inspirés par des épidémies à lire ou à relire

 

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Couvertures de 15 livres inspirés par des épidémies (FRANCEINFO)

 

Les ventes du roman d’Albert Camus, La Peste, se sont envolées ces dernières semaines, sous l’effet, dit-on, de la propagation du virus COVID-19. Thème hautement romanesque, l’épidémie n’a pas inspiré qu’Albert Camus, pour qui la peste était plus une métaphore de la « peste brune », à savoir le nazisme, qu’une épidémie au sens propre.

De Sophocle à Philip Roth, en passant par Giono ou Stephen King, de très nombreux auteurs ont été inspirés par les phénomènes épidémiologiques, terreau dramaturgique de premier ordre où se révèlent les caractères et s’exacerbent les sentiments. De l’or pour les écrivains, chantres de l’âme humaine, de ses noirceurs, de sa grandeur. Voici une sélection de 15 livres inspirés par des épidémies ou des virus.

 

1« Œdipe roi », Sophocle (Ve siècle avant J.-C.)

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Œdipe Roi

Sophocle

Paris, Le Livre de Poche, 1994. 168 pages.

Qui a provoqué la colère des Dieux en envoyant la peste sur la ville de Thèbes ? Cette question est le point de départ d’une série d’évènements qui vont conduire Œdipe à réaliser son funeste destin, annoncé par l’oracle de Delphes : tuer son père, épouser sa mère. Déjà chez Sophocle, la peste provoque la tragédie autant qu’elle figure de manière métaphorique la violence des humains.

Quatrième de couverture –

Cruauté du sort qui amène Œdipe à commettre à son insu l’acte criminel prédit par l’oracle ! Averti par un oracle qu’il tuerait son père et épouserait sa mère, Œdipe fuit les lieux de son enfance, espérant ainsi préserver Polype et Mérope, ses parents présumés. Que ne lui a-t-on dit, hélas, qu’il était en réalité le fils de Laïos ! Cette cruauté du sort l’amène à commettre à son insu un acte criminel.
Ignorant du drame qui se joue, aveuglé par le hasard, Œdipe court à sa perte. Il tue un voyageur qui lui barre la route, libère Thèbes de l’emprise de la Sphinx et épouse, la reine de la cité, occupe royal et… accomplit son terrible destin.

 

2″Le Décaméron », Boccace (1353)

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Le Décaméron

Paris, Le Livre de Poche, 2006. 1056 pages.

BoccaceFuyant la peste qui sévit à Florence en 1348, sept jeunes filles et trois jeunes hommes se réfugient dans la campagne. Pendant dix jours, ils vont se raconter une histoire chacun, soit sur un sujet libre, soit sur un sujet imposé à tous. Le Décaméron, qui s’ouvre sur une description apocalyptique de la peste, (Boccace l’a vécue de près) est composé de 100 récits est considéré comme l’ancêtre de la nouvelle. Une somme (1056 pages), de quoi occuper une période de confinement !

Présentation de l’éditeur

Boccace a trente-cinq ans en 1348 quand,  » juste effet de la colère de Dieu », éclate la grande peste qui flagelle l’Italie. Composé dans les années qui suivent, le « Livre des dix journées  » s’ouvrira sur ce tableau apocalyptique, à la force grandiose et terrible, qui n’a rien à envier à la description de la peste d’Athènes chez Thucydide. C’est en effet dans ce contexte que sept jeunes filles courtoises et trois jeunes hommes qui ont conservé leur noblesse d’âme se retirent sur les pentes enchanteresses de Fiesole pour fuir la contagion de Florence, devenue un immense sépulcre, et pendant deux semaines se réunissent à l’ombre des bosquets et se distraient chaque jour par le récit de dix nouvelles, une pour chacun, tantôt sur un sujet libre, tantôt sur un sujet fixé à l’avance pour tous, par la reine ou le roi de la journée. Tel est le premier chef d’œuvre   de la prose littéraire en langue  » vulgaire « .

 

3« La peste écarlate », Jack London (1912)

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La peste écarlate

Jack London

Paris, Hatier, 2001. 192 pages

  1. Un ancien professeur d’université erre en compagnie de ses petits-enfants, revêtus de peaux de bêtes, dans le pays dévasté de la baie de San Francisco, ravagée soixante ans auparavant par un terrible fléau…

Quatrième de couverture –

Un ancien professeur d’université erre en compagnie de ses petits-enfants, revêtus de peaux de bêtes, dans un pays désolé. Celui de la baie de San Francisco, ravagée soixante ans auparavant par un terrible fléau.
Nous sommes en 2013. Quelques hordes subsistent, et de rares survivants tentent de raconter le monde d’avant. Peine perdue : les avancées technologiques restent lettre morte pour des enfants qui ne savent même pas compter. La seule issue est de reprendre depuis les commencements la marche vers la civilisation perdue.
Jack London met toute sa puissance d’évocation au service de ce récit d’apocalypse, offrant de ces grandes peurs qui ravagent le monde une vision terrible – et quasi prophétique – et inscrivant de fait sa peste écarlate, comme le note ici même Michel Tournier, dans la lignée des fléaux bibliques, des terreurs millénaristes. Un texte qui prend dès lors une étonnante et inquiétante modernité.

 

4« La Peste », Albert Camus (1947)

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La Peste

Albert Camus

Paris, Gallimard, 1972. 288 pages.

La Peste de Camus est une chronique de la vie quotidienne à Oran, alors que sévit dans les années 40 une épidémie de peste. Ce roman d’Albert Camus, écrivain engagé, est une allégorie de la seconde guerre mondiale, du nazisme, et plus largement du « mal » en général. A travers ce roman, Camus dénonce l’incurie de l’administration, une presse facilement versée dans la propagande, et montre comment une situation exceptionnelle révèle la nature des hommes.

Résumé :

– Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux ?
– J’attends le résultat des analyses.
– Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère :  » C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident. » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
– Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

 

5« Le hussard sur le toit », Jean Giono  (1951)

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Le Hussard sur le toit

Jean Giono

Paris, Gallimard, 1995. 488 pages

  1. Le choléra fait des ravages en Provence. Angelo Pardi, hussard italien exilé en France est poursuivi par les Autrichiens qui le soupçonnent de complot révolutionnaire. Le jeune soldat s’arrête pourtant sur son chemin pour soigner les victimes, sans craindre la contagion. Les routes sont barrées, les villes barricadées, les voyageurs sont mis en quarantaine, on soupçonne Angelo d’avoir empoisonné les fontaines…  Il se réfugie alors sur les toits de Manosque. De son poste d’observation, il peut voir à la fois l’agitation provoquée par l’épidémie et la splendeur des paysages qui entourent la ville.  Angelo fait figure, comme son nom l’indique, d’ange immortel dans le marasme des hommes. Il traverse sans être contaminé le champ de ruines laissé par l’épidémie, protégé par son courage et la pureté de son âme. Le chef-d’œuvre de Giono.

Résumé :

Le hussard sur le toit : avec son allure de comptine, ce titre intrigue. Pourquoi sur le toit ? Qu’a-t-il fallu pour l’amener là ? Rien moins qu’une épidémie de choléra, qui ravage la Provence vers 1830, et les menées révolutionnaires des carbonari piémontais. Le Hussard est d’abord un roman d’aventures ; Angelo Pardi, jeune colonel de hussards exilé en France, est chargé d’une mission mystérieuse. Il veut retrouver Giuseppe, carbonaro comme lui, qui vit à Manosque. Mais le choléra sévit : les routes sont barrées, les villes barricadées, on met les voyageurs en quarantaine, on soupçonne Angelo d’avoir empoisonné les fontaines ! Seul refuge découvert par hasard, les toits de Manosque ! Entre ciel et terre, il observe les agitations funèbres des humains, contemple la splendeur des paysages et devient ami avec un chat. Une nuit, au cours d’une expédition, il rencontre une étonnante et merveilleuse jeune femme. Tous deux feront route ensemble, connaîtront l’amour et le renoncement.

 

6« Le sixième jour », Andrée Chedid (1960)

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Le sixième jour

Andrée Chedid

Paris, J’ai Lu, 2003. 186 pages.

L’histoire d’Hassan, petit garçon contaminé par le choléra, que sa grand-mère protège envers et contre tous « ceux qui l’épient, qui se méfient », qui veulent enlever l’enfant « par peur de la contagion »« Alors il faut tenir. Jusqu’au sixième jour ! Le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite… »

Résumé :

On fait sa vie. II faut vouloir sa vie. La volonté d’aimer, de vivre est un arbre naturel…  » Pour Hassan, enfant beau et vigoureux il y a peu, aujourd’hui ratatiné comme un pruneau sec et bleu, la vie est un combat depuis que le choléra a posé sur lui son masque cruel. Dans cette course contre la mort, Saddika est là, grand-mère attentive, qui fait un barrage. Contre ceux qui l’épient, qui se méfient, qui veulent lui prendre l’enfant par peur de la contagion. Mais la vieille le sait. S’ils l’emportent, elle ne le reverra jamais. Alors il faut tenir. Jusqu’au sixième jour ! Le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite..

 

 

7« L’Amour aux temps du choléra », Gabriel Garcia Marquez (1985)

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L’Amour aux temps du choléra

Gabriel Garcia Marquez

Paris, Le Livre de Poche, 2001. 499 pages.

« J’ai toujours aimé les épidémies », affirme l’écrivain dans un entretien au Monde en 1995, et en effet on trouve la peste dans La Mala Hora (1961), « l’épidémie de l’oubli » dans Cent ans de solitude (1967) et le choléra dans L’Amour aux temps du choléra (1985), un roman dans lequel la maladie sert de toile de fond à une romance contrariée. Le virus est ici une allégorie du sentiment amoureux, qui contamine à jamais l’âme d’un jeune poète.

Résumé :

À la fin du XIXᵉ siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils vivent l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvénal Urbino, un brillant médecin.
Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant.
L’auteur de Cent ans de solitude et de Chronique d’une mort annoncée, prix Nobel 1982, donne libre cours à son génie de conteur, à la richesse de son imagination et à l’enchantement baroque de son écriture.

 

8« Le fléau », Stephen King (1978, revu en 1990)

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Le Fléau

Stephen King

Paris, Jean-Claude Lattès, 2015. 1183 pages.

L’épidémie en mode thriller, par le roi du genre. Stephen King imagine la propagation d’un virus sorti tout droit d’un laboratoire de l’armée américaine. Avec un taux de contamination proche de 100 %, peu d’individus survivent, qui cherchent à rejoindre Mère Abigaël, vieille femme noire de cent huit ans, et dont dépend leur salut, tandis que règne sur ce nouveau monde la figure maléfique de L’homme Noir… 

Quatrième de couverture
13 juin 1990. 2 heures 37 du matin. Et 16 secondes. Dans le labo l’horloge passe au rouge. 48 heures plus tard, l’information tombe : Contamination confirmée. Code probable souche 848 – AB. Mutation antigène chez Campion. Risque élevé. Mortalité importante. Contagion estimée à 94,4%. Top secret. Dossier bleu. Ça chavire, ça bascule. La Super-Grippe, l’Etrangleuse ou le Grand Voyage commence ses ravages… Une mécanique bien huilée. Des corps sur le bord de la route. Puis dés fosses dans les cimetières. Ensuite des fosses communes. Et enfin des cadavres qu’on balance dans le Pacifique. De Los Angeles à New York le fléau se répand, pire que la peste. Mais est-il pire fléau que la peur qui tenaille les rares survivants, tous touchés par le même cauchemar au même instant ? L’image de l’Homme Noir…

 

9« Le neuvième jour », Hervé Bazin (1994)

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Le neuvième jour

Hervé Bazin

Paris, Grasset, 1994. 234 pages

L’ultime roman d’Hervé Bazin raconte l’apparition d’une terrible épidémie à Bombay, en Inde, d’un nouveau virus baptisé « surgrippe », qui fait des ravages dans le monde entier. Pendant que la pandémie fait rage, un biologiste reprend ses recherches virologiques abandonnées autrefois car jugées trop dangereuses… Manipulations génétiques, laboratoires ultra-secrets, arcanes des politiques sanitaires, course à l’argent et aux honneurs, ce neuvième jour de la Création imaginé par l’auteur de Vipère au poing est celui où l’Homo sapiens maîtrise tous les moyens de son autodestruction.

Résumé :
Une grave épidémie arrive de Bombay, qui va ravager la planète : on l’appelle la surgrippe ». Directeur du Centre européen de virologie, Eric Aleaume va contribuer à la lutte contre le fléau. La surgrippe atteint sa femme qui en meurt, puis sa belle-mère et nombre de ses amis. Le massacre de 1918 se répète (la grippe espagnole), jusqu’à ce qu’enfin un vaccin classique soit mis au point. Le fléau s’apaise au nord, mais glisse vers le Sud austral. Eric a au moins sauvé son oncle et sa fille, mais il apprend que Martin, son adjoint, est mort à Bombay où il était parti en vacances avec son amie, quelques jours avant le déclenchement de l’épidémie. Il y a 95% de chances qu’il l’y ait apportée. Eric se souvenait d’un manquement de Martin aux règles de sécurité régissant le laboratoire. Considéré comme un sauveur, Eric pourrait aussi être tenu responsable d’un mondial homicide par imprudence. Se découvrant atteint d’un cancer du foie qui lui promet la mort avant six mois, il rédige un compte rendu (le roman) que son notaire devra remettre au C.E.V. après son enterrement. Dieu créa le monde en six jours et le septième se reposa. Le huitième, il chassa Adam et Eve du Paradis. Nous vivons le neuvième jour, où l’homme a pris la place de Dieu, pouvant agir sur la Création, la détruisant ou la transformant à son gré par la science, particulièrement la biologie moléculaire. »

 

10« La quarantaine », J.M.G Le Clézio (1997)

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La quarantaine

J.M.G. Le Clézio,

Paris, Gallimard, 1997. 540 pages.

La Quarantaine est inspiré par une mésaventure vécue par son grand-père maternel. Le roman raconte l’histoire de deux frères, Léon et Jacques, qui, en rentrant en 1891 sur l’île Maurice, leur terre natale, à bord du navire l’Ava, sont contraints de vivre pendant plusieurs mois sur l’île Plate, avec la totalité des passagers, mis en quarantaine pour cause de cas de variole à bord.

Résumé :

« Que reste-t-il des émotions, des rêves, des désirs quand on disparaît ? L’homme d’Aden, l’empoisonneur de Harrar sont-ils les mêmes que l’adolescent furieux qui poussa une nuit la porte du café de la rue Madame, son regard sombre passant sur un enfant de neuf ans qui était mon grand-père ? Je marche dans toutes ces rues, j’entends le bruit de mes talons qui résonne dans la nuit, rue Victor-Cousin, rue Serpente, place Maubert, dans les rues de la Contrescarpe. Celui que je cherche n’a plus de nom. Il est moins qu’une trace moins qu’un fantôme.Il est en moi, comme une vibration, comme un désir, un élan de l’imagination, un rebond du cœur, pour mieux m’envoler. D’ailleurs je prends demain l’avion pour l’autre bout du monde. L’autre extrémité du temps. »

 

11″L’aveuglement », José Saramago (2000)

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L’aveuglement

José Saramango

Paris, Le Seuil, 2000. 384 pages.

Un homme perd soudainement la vue, bientôt suivi par d’autres cas inexpliqués. C’est le début d’une pandémie qui n’épargne personne. Mise en quarantaine, cette population privée de repères tente de survivre. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse », la seule en mesure, peut-être, de sauver une humanité plongée dans les ténèbres.

Résumé :

Un homme devient soudain aveugle. C’est le début d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Mis en quarantaine, privés de tout repère, les hordes d’aveugles tentent de survivre à n’importe quel prix. Seule une femme n’a pas été frappée par la « blancheur lumineuse. » Saura-t-elle les guider hors de ces ténèbres désertées par l’humanité ?

 

12″Peste », de Chuck Palahniuk (Denoël, 2008)

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Peste

Chuck Palahniuk

Paris,  Denoël, 2008. 448 pages.

Dans un monde du futur proche, la population est divisée en deux groupes : l’un vit le jour, l’autre la nuit, selon un couvre-feu très strict.  Peste est un portrait brossé à plusieurs voix d’un personnage mystérieux, protéiforme insaisissable, Buster Casey, alias Rant, qui cherche par tous les moyens à se faire mordre, piquer, griffer… Tant et si bien qu’il finit par attraper la rage, qu’il s’empresse de refiler à tout le monde. …

Résumé :

Mais qui est donc Buster Casey, alias Rant ? Dans un futur où une partie de la population est  » diurne et l’autre – nocturne  » selon un couvre-feu très strict, Peste prend la forme d’une biographie orale faite de rapports contradictoires émanant de témoins qui ont connu le mystérieux Buster de près ou de loin. Garçon aux mœurs étranges, friand de morsures animales en tous genres pour certains, génial tueur en série ou répugnant individu pour d’autres, le véritable Buster Casey semble, au fil des récits, de plus en plus insaisissable et protéiforme. De quoi alimenter le mythe… Dans ce roman, sorte d’éloge funèbre chanté par un chœur constitué d’amis, de voisins, de policiers, de médecins, de détracteurs et d’admirateurs, Chuck Palahniuk explore les tréfonds de la vie moderne et dresse le portrait en creux d’une Amérique en mal de repères. Evangile subversif et grotesque ou le rire donne la réplique à l’horreur, Peste décrit un monde qui marche sur la tête, où la vie est à mourir d’ennui et la mort positive et créatrice.

 

13« Némésis », de  Philip Roth (2010)

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Némésis

Philip Roth

Paris, Gallimard, 2010. 272 pages

Newark, États-Unis, 1944. Une épidémie de polio sévit dans cette ville de près de 450 000 habitants. D’abord épargné, le quartier juif de Weequahic connait ses premiers malades, puis la propagation de l’épidémie. Bucky Cantor, 23 ans, vigoureux directeur du terrain de sports, continue à accueillir les enfants et fait face avec courage et sang-froid à l’apparition des premiers cas, des premiers morts, au deuil et à la douleur des familles. Cantor veut « bien faire », être un bon garçon, accomplir son devoir, d’autant plus qu’il se sent coupable de ne pas être au front avec ses camarades engagés dans les combats en Europe, à cause de sa mauvaise vue. Comme d’autres avant lui, Roth s’attaque avec Némésis à ce sujet propice à la dramaturgie : une communauté d’hommes face à un cataclysme qui les dépasse, et les sentiments qui en découlent : la peur, la culpabilité, la colère, la douleur, le désarroi, l’égoïsme.

Résumé :

C’est le long et chaud été de 1944 dans le quartier Weequahic de Newark. La plupart des jeunes hommes du pays sont engagés à l’étranger, mais Bucky Cantor, un muscle-bound, instructeur de 23 ans PE, est coincé à la maison à cause de ses yeux louches. Au lieu d’aider son pays dans la lutte contre Hitler, son travail pour l’été est de superviser le bien-être d’un groupe d’enfants, en tant que directeur de l’un des terrains de jeux de la ville. C’est à peine le rôle glorieux qu’il voulait pour lui-même, mais Bucky, qui a un sens profond de l’honneur, se rapproche de ses fonctions – du moins au début – avec un dévouement inlassable.

 

14″En un monde parfait », Laura Kasischke (2010)

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En un monde parfait

Laura Kasischke

Paris, Le Livre de Poche, 2011. 352 pages

La talentueuse auteure d’Esprit d’hiver (Bourgois, 2013) raconte ici l’histoire de Jiselle, trentenaire célibataire qui croit avoir trouvé le prince charmant avec Mark Dorn, un beau pilote, veuf et père de trois enfants. Elle accepte tête baissée, d’abandonner son travail d’hôtesse de l’air et d’épouser Mark. Mais le conte de fée tourne au cauchemar quand Mark la laisse de plus en plus souvent seule avec ses enfants peu bienveillants et qu’une mystérieuse épidémie frappe les États-Unis.

Résumé :

Lorsque Jiselle, hôtesse de l’air, rencontre le beau pilote Mark Dorn, veuf et père de trois enfants, cela ressemble au début d’un conte de fées. Le passé compliqué de Jiselle, ses sentiments confus envers son père et son désir de plaire la poussent dans les bras de Mark. Il l’épouse, lui permettant de démissionner et d’oublier les mille tracasseries quotidiennes de son travail (accrues depuis l’apparition de la grippe de Phoenix qui rendait les passagers plus nerveux et les allers-retours continuels plus complexes). Au bout de quelques semaines, Jiselle se retrouve dans une ville inconnue : elle emménage dans le chalet de Mark et commence une nouvelle vie avec trois beaux-enfants à sa charge.
Alors qu’elle s’évertue à gagner leur amour et à trouver sa place en tant que mère au foyer, Jiselle s’interroge sur la sincérité des sentiments de Mark à son égard. Elle s’inquiète des raisons pour lesquelles il l’a épousée et se demande s’il ne la considère pas plus comme une simple nounou que comme sa femme. En quelques mois, sa vie prend un tour dramatique. Jiselle a de plus en plus l’impression que les filles de Mark, avec lesquelles elle se trouve seule la plupart du temps, leur père étant souvent retenu en Allemagne, la détestent. La grippe de Phoenix, d’abord circonscrite à un périmètre maîtrisable, se transforme en épidémie et son quotidien devient une question de survie. Alors que les événements s’accélèrent autour d’elle, la vie que Jiselle pensait avoir choisie se trouve bouleversée. En effet, tandis que la mystérieuse maladie se répand rapidement à travers le pays, elle commence à se rendre compte que son mariage, ses beaux-enfants et leur monde parfait courent un terrible danger…
Mais Jiselle s’endurcit et reprend confiance en elle grâce à la tendre relation qu’elle parvient finalement à construire avec les enfants de Mark. Rassurée, elle se découvre une force intérieure qui lui donne la stature d’une véritable héroïne alors même que le monde semble s’écrouler autour d’elle.

 

15″Pandemia », Franck Thilliez (2015)  

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Franck Thilliez

Paris, Le Live de Poche, 2016. 648 pages

La France touchée par une épidémie de grippe qui tourne à la pandémie, sur fond d’attaque terroriste, par un maître du frisson.

Comme chaque matin, Amandine a quitté sa maison de verre pour les locaux de l’Institut Pasteur. Mais ce matin-là est particulier. Appelée pour des prélèvements à la réserve ornithologique du Marquenterre, la microbiologiste est déconcertée : trois cadavres de cygnes gisent sur une étendue d’eau.
En forêt de Meudon, un homme et son chien ont été abattus. Dans l’étang tout proche, un sac de toile contenant des ossements : quatre corps en kit.
Et pendant ce temps, une grippe à la souche non identifiable vire à l’épidémie et fauche jusqu’aux plus robustes du quai des Orfèvres, mettant à l’épreuve Franck Sharko et Lucie Henebelle…

Résumé :

Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur. En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes. Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

 

CONFINEMENT (temps de), CORONAVIRUS, EPIDEMIES, LITTERATURE, MALADIE, MALADIES

Epidémies et littérature

Epidémies et littérature, une inspiration contagieuse

Littérature-pandémies

A l’heure où la grippe A se propage à grande vitesse, avec une virulence certes relative, les œuvres de fiction sont riches d’enseignements quant aux réactions humaines et sociales en temps de pandémie.

Le choléra, la tuberculose, la syphilis et, plus récemment, le sida ont nourri la littérature. A l’heure où la grippe A(H1N1) se propage à grande vitesse, avec une virulence certes relative, les œuvres de fiction sont riches d’enseignements quant aux réactions humaines et sociales en temps de pandémie. La grippe elle, qu’elle soit saisonnière, aviaire ou porcine, n’a pas encore à proprement parler sa littérature. Mais pour ceux qui seraient touchés par le virus, contraints à un repos forcé, elle peut être une occasion réjouissante de plonger ou replonger dans de passionnantes lectures…

 

 

Œdipe roi (Ve siècle avant J.-C.), de Sophocle

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Sophocle

Paris, Gallimard, 2005. 208 pages,

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C’est d’abord dans les tragédies grecques que la notion d’épidémie a pris sa dimension mythologique et littéraire. Dans Œdipe roi, Sophocle fait de la peste qui accable Thèbes le point de départ de la découverte par Œdipe de l’accomplissement de son destin. Face à l’épidémie qui ravage la ville, Œdipe mandate son beau-frère Créon auprès de l’oracle de Delphes, qui répond qu’il faut expulser l’assassin du roi Laïos, le père biologique d’Œdipe, afin de sauver la ville. « On doit, cette souillure nourrie sur le sol, la chasser/Du pays, ne pas nourrir l’inguérissable. » Suivant les conseils de l’oracle, Œdipe découvre qu’il est lui-même l’assassin de son père. Dans l’œuvre de Sophocle, la peste est non seulement le prétexte qui permet au destin d’Œdipe de se réaliser, mais aussi une métaphore de la violence, qui se répand dans la ville de façon contagieuse.

 

 

Les Animaux malades de la peste (XVIIe siècle), de Jean de La Fontaine

Les fables de La Fontaine : version intégrale

Jean de La Fontaine

Paris, Auzou, 2011. 420 pages.

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Des siècles plus tard, la peste de Thèbes est évoquée chez Jean de La Fontaine, dans « Les Animaux malades de la peste ». La Fontaine y fait référence à l’Achéron, le fleuve des Enfers, frontière du royaume des morts, qu’il faut payer pour traverser. La « peste » n’y est prononcée qu’au quatrième vers, à demi-mot – « La peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom) » – après avoir été décrite comme « Un mal qui répand la terreur/Mal que le ciel en sa fureur/Inventa pour punir les crimes de la terre ». Afin de sauver son peuple de la peste, le roi propose le sacrifice du « plus coupable ». C’est l’âne, le plus naïf, qui est finalement condamné par excès d’honnêteté. L’épidémie fait ici écho à un univers politique corrompu : « Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les jugements de la Cour vous rendront blanc ou noir ». Dans cette fable sans illusion, la peste est l’allégorie d’un climat de mensonge, de calculs et d’hypocrisie.

 

Le Théâtre et la Peste (1938), d’Antonin Artaud

Le Théâtre et son double / Le Théâtre de Séraphin (Français) Poche – Antonin Artaud

Paris, Folio, 14 mai 1985. 251 pages.

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Dans ce texte publié dans Le Théâtre et son double, Antonin Artaud fait de la peste une force positive. L’épidémie devient ici rédemption, en provoquant chez le malade l’effondrement de ses repères. En ce sens, l’expérience théâtrale est assimilable à la peste. « De même que la peste, le théâtre est fait pour vider collectivement des abcès », pour dénouer les crises, « par la mort ou la guérison ». Saint-Augustin avait lui aussi comparé le théâtre à la peste, jugeant que la différence entre les deux était que l’un s’attaque au corps et l’autre aux mœurs. Artaud précise quant à lui que « le théâtre, comme la peste, […] dénoue des conflits, dégage des forces, déclenche des possibilités et si ces possibilités et ces forces sont noires, c’est la faute non pas de la peste ou du théâtre, mais de la vie ». Ainsi, le théâtre et la peste sont la révélation « d’un fond de cruauté latente » chez l’homme, mais n’en sont pas la cause.

 

 La Peste (1947), d’Albert Camus

La Peste

Albert Camus

Paris, Gallimard, 1972.  288 pages.

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Dans cette œuvre magistrale, Camus fait de la maladie qui met sens dessus dessous la cité algérienne d’Oran une allégorie de la guerre. Publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le texte fait clairement référence à l’horreur des camps nazis. Dans les descriptions des enterrements à la chaîne, des fosses communes, des cadavres transportés au crématoire à l’aide de tramways détournés, l’univers concentrationnaire est très présent. Le texte interroge les réactions humaines face à l’assaut du mal, rappelant que les épidémies, comme les guerres, réveillent les instincts les plus primitifs de l’être humain. Dans ce roman, certains s’acharnent à combattre l’épidémie et sauver les malades, d’autres s’enfuient, voire tentent de tirer profit de la pagaille provoquée par la maladie.

  

L’Amour au temps du choléra (1985), de Gabriel Garcia Marquez

L’Amour au temps du Choléra

Gabriel Garcia Marquez

Paris, Le Libre de Poche, 1972. 479 pages.

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Les maladies contagieuses sont au cœur de l’œuvre littéraire du Colombien Gabriel Garcia Marquez. « J’ai toujours aimé les épidémies », affirmait-il dans un entretien au Monde en 1995, citant la peste de La Mala Hora (1961), « l’épidémie de l’oubli » dans Cent ans de solitude (1967) et le choléra de L’Amour au temps du choléra (1985). Bien que la maladie ne soit pas le sujet central de ce dernier roman, qui narre une histoire d’amour sous les tropiques, elle constitue une trame de fond et sert d’allégorie. Florentino Ariza s’enamoure de la belle Fermina Daza, à une époque tourmentée par les plaies. Mais la main de Fermina revient à Juvenal Urbino, jeune docteur qui s’emploie à lutter contre l’épidémie. L’amour non consumé de Florentino Ariza croît au fil des années au point de secouer le « malade » comme le ferait le choléra. Tel un virus, la passion amoureuse attaque son corps sans que Florentino ne parvienne à l’en extirper. Chez Garcia Marquez, comme chez Artaud, la notion d’épidémie est vue de façon positive, comme une force permettant à des sentiments extraordinaires de se développer. Et si la peur et la méfiance vis-à-vis de l’autre, porteuses probables de la maladie, sont aussi évoquées, ce n’est que pour mieux souligner la façon dont l’amour peut surgir d’un sombre décor.

 

 Angels in America (1991), de Tony Kushner

Angels in America

Tony Kushner

Paris, Avant-Scène Théâtre, 2007. 283 pages

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Les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ont été marquées par la montée en puissance du virus du sida. L’occultation de la maladie, individuelle, mais aussi collective, est au cœur de la pièce Angels in America de Tony Kushner. Cette fresque en deux parties met en scène une dizaine de personnages dans le New York des années Reagan. Homosexualité, maladie et corruption politique se croisent dans une œuvre qui mêle surréalisme et ancrage dans la réalité sociale de l’Amérique des années quatre-vingt. Un des personnages principaux, Roy Cohn (inspiré d’un conseiller du sénateur Joseph McCarthy qui a réellement existé), est un ambitieux avocat gay qui nie son homosexualité. « Je ne suis pas un homosexuel mais un hétérosexuel qui couche avec des hommes, dit-il. Comment un homme [de ma trempe] pourrait-il appartenir à une communauté qui n’a aucun poids politique ? » Découvrant qu’il est atteint du sida (il parle d’un « cancer du foie »), il use de ses influences politiques pour obtenir le traitement par AZT alors en vogue, disponible seulement auprès de quelques privilégiés.

Cohn a une vision très utilitariste de sa relation aux autres. Ses amis vont et viennent, les relations sont jetables, vite établies, vite remplacées. Voyant tant de vies écrasées par la maladie, Roy Cohn refuse de s’attacher aux autres. L’épidémie de sida devient alors synonyme d’individualisme. Lorsqu’un autre personnage, Prior, annonce à son partenaire Louis sa maladie, ce dernier le quitte. La brutalité des relations exposées dans Angels in America est toutefois atténuée par la tendresse de quelques personnages : un infirmier transsexuel qui soutient son ami dans l’épreuve de la maladie, une mère mormone qui se fait violence pour accepter l’homosexualité de son fils, et surtout, les anges, fidèles accompagnateurs des personnages dans leur fuite en avant.

 

https://www.lemonde.fr/epidemie-grippe-a/article/2009/09/11/epidemies-et-litterature-une-inspiration-contagieuse_1237724_1225408.html

 

 

 

 

EPIDEMIES, FUNERAILLES, MORT, RITES FUNERAIRES EN TEMPS D'EPIDEMIES

Funérailles en temps d’épidémies

Rites funéraires en temps d’épidémies

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Croyances et réalités archéologiques  : Funeral in times of epidemic. Beliefs and archaeological reality

Dominique Castex et Sacha Kacki

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Longtemps abordés sous le seul angle de la recherche historique, les épisodes épidémiques du passé ont fait l’objet, depuis une vingtaine d’années, d’une attention croissante dans les disciplines archéologiques lato sensu. Toutefois, malgré la multiplication des fouilles de témoins sépulcraux de ces crises de mortalité, peu d’études se sont réellement attachées à caractériser les spécificités du devenir des morts par épidémie. En outre, ces dernières souffrent généralement de l’hétérogénéité des contextes chronologiques et épidémiques pris en compte. Afin de pallier ce manque, nous proposons une étude comparative entre plusieurs sites français ayant livré des sépultures liées à la Peste noire (1347-1352). Les données obtenues permettent de discuter la variabilité des expressions sépulcrales en temps de peste et mettent en exergue certaines dissemblances entre les contextes ruraux et urbains. Leur mise en perspective avec les résultats issus de l’étude de sites funéraires plus récents, relevant de mortalité similaire, autorise in fine certaines réflexions quant à l’évolution des usages funéraires en temps d’épidémie durant le bas Moyen Âge et l’époque moderne.

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Replacées dans un ensemble de calamités, les épidémies du passé, et tout particulièrement la peste, ont longtemps hantés les mémoires et l’imagination populaire. La peur de la contagion semble avoir conduit à d’étranges fantasmes ayant trait notamment à l’attitude des populations lors des funérailles des morts par épidémie. Ensevelissement des corps en masse, exclusion et ségrégation sont bien souvent les caractéristiques liés aux crises de mortalité épidémique dont se font échos quelques rares sources textuelles et iconographiques. La réalité des pratiques funéraires dans de tels contextes est restée longtemps ignorée mais depuis quelques années elle est devenue un véritable sujet de réflexion grâce à une dynamique d’étude interdisciplinaire prenant en compte les données de l’archéologie, de l’anthropologie et de la biologie moléculaire. Une première synthèse peut être actuellement proposée grâce à une étude comparative entre plusieurs sites français ruraux et urbains ayant livré des sépultures liées à la Peste noire (1347-1352). En outre, la mise en perspective des résultats obtenus avec ceux d’autres ensembles funéraires relatifs à des épidémies relevant de contextes chronologiques antérieurs et postérieurs et/ou d’autres agents pathogènes permettent de discuter de la variabilité des expressions sépulcrales en temps d’épidémie de l’antiquité à l’époque moderne. Certains aspects du traitement funéraire deviennent plus complexes au cours du temps et se dessine alors progressivement une évolution des pratiques qui pourrait être liée en grande partie à l’émergence des progrès médicaux.

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https://journals.openedition.org/archeomed/10364

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ALBERT CAMUS (1913-1960), CORONAVIRUS, ECRIVAIN FRANÇAIS, EPIDEMIES, LA PESTE, LIRE LA PASTE DE CAMUS, LITTERATURE, LITTERATURE FRANÇAISE

Lire La Peste de Camus

La Peste

Albert Camus

Paris, Gallimard, 1947.

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La Peste d’Albert Camus : pourquoi il faut relire le roman ?

À chaque drame, son roman symbolique. Aux lendemains des attentats de Paris, en novembre 2015, les maisons d’éditions françaises ont vu les ventes de Paris est une fête, d’Ernest Hemingway, s’envoler en quelques jours. Au mois d’avril dernier, après l’incendie de Notre-Dame, c’était au tour de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Ces temps-ci, la propagation du Coronavirus, couplé au soixantième anniversaire de la mort d’Albert Camus, prix Nobel 1957, font donc monter en flèche les ventes de La Peste, chronique de la vie confinée des habitants d’Oran durant une épidémie de peste, parue en 1947. Lecture anxiogène en ces temps difficiles ? Pas tant que ça. La Peste offre surtout une réflexion profonde et humaniste sur les comportements adoptés par une société lorsqu’on restreint ses droits. Voici ce qu’il faut en savoir.

 

L’histoire

Tout commence un jour de printemps, lorsque Bernard Rieux, médecin oranais, tombe sur un rat mort sur le pas de sa porte. Alors qu’il entame ses visites quotidiennes, les bêtes se multiplient, mortes ou vivantes, dans toutes les rues de la ville, présage de l’épidémie qui démarre. Quand les premiers patients succombent à la maladie, les autorités décident de confiner la population oranaise. À travers les paroles de Rieux, médecin pragmatique qui lutte contre l’épidémie, et celles d’autres habitants – Grand, déterminé à écrire un livre dont il n’est jamais satisfait; Rambert, journaliste qui cherche à fuir Oran pour rejoindre la femme qu’il aime; Tarrou, qui tient une chronique quotidienne de l’évolution de la maladie, Cottard qui profite de la peste pour faire du marché noir et s’enrichir ou encore  Paneloux, prêtre jésuite qui voit dans la peste une malédiction divine – Camus brosse le portrait de ce que peut devenir une société lorsqu’un drame vient lui enlever ses libertés fondamentales.

 

Une allégorie du nazisme

« La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme » a expliqué Albert Camus. Peu nommée, elle est présentée comme un mal mortel, dangereusement contagieux, qui transforme les mentalités. Comme suite à la montée du nazisme, et pendant l’occupation, on trouve dans La Peste les résistants, ceux qui luttent et mettent leurs vies en danger pour sauver celles des autres; les négationnistes, qui refusent de voir le mal se propager; les opportunistes, qui profitent du drame pour s’enrichir… Et quand, enfin, la maladie régresse, Albert Camus rappelle : « les habitants, enfin libérés, n’oublieront jamais cette difficile épreuve qui les a confrontés à l’absurdité de leur existence et à la précarité de la condition humaine. »

 

La morale

« Les hommes sont plutôt bons que mauvais » nous dit Albert Camus. Il ajoute « et en vérité ce n’est pas la question. » Tout le long du roman, il demande : est-on plus homme lorsqu’on est prêt à se dévouer pour sauver son espèce, ou lorsqu’on pense en premier à soi et à ses proches ? Un tel événement peut-il nous grandir, ou simplement exposer les pires travers de l’humain ? Camus rappelle qu’on est finalement homme par le simple fait de réagir, d’attendre, d’aimer ou de souffrir. « Chacun la porte en soi, la peste, parce que personne, non, personne au monde n’en est indemne… »

 

Extraits

« Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens aussi dépourvus ».

« Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ça ne durera pas, c’est trop bête ». Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. Nos concitoyens à cet égard étaient comme tout le monde, ils pensaient à eux-mêmes, autrement dit ils étaient humanistes : ils ne croyaient pas aux fléaux. Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions. Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres »

« Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer ».

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), EPIDEMIES, ROCH (saint ; 1350-1380), ROCH DE MONTPELLIER (saint ; 1295-1327), STATUES, TABLEAUX

Saint Roch : statues ou tableaux : Aix-en-Provence

Saint Roch :

en tableaux ou en statues à Aix-en-Provence

Il est fort probable que les représentations en Provence de saint Roch ont été installées dans les églises ou au coin des rues lors des grandes épidémies ; du moins elles témoignent de la dévotion populaire de ce saint prié pour la protection contre les épidémies de peste en particulier.

 

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Saint Roch en la Cathédrale Saint-Sauveur d’Aix-en-Provence

 

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Saint Roch implorant le ciel pour les pestiférés. P. Roland. 1721. Cathédrale Saint-Sauveur (Aix-en-Provence)

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Détail du tableau

 

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Saint Roch – Rue Espariat

 

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Saint Roch -Angle rues d’Ialie et Cardinale

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Quand sévissaient les épidémies autrefois

 

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Face à l’épidémie du coronavirus qui frappe le monde entier depuis quelques mois déjà il est judicieux de se rappeler que par le passé le monde a traversé ce genre d’épreuve. Les mesures de quarantaine prises par les gouvernements ou les responsables religieux sont semblables à celles d’aujourd’hui ; et malgré les progrès de la médecine on remarque le même sentiment d’impuissance et aussi les mêmes comportements des populations : accusations contre les autorités qui ne font rien pour protéger les populations, volonté de certains d’amasser de la nourriture par crainte de manquer ou d’user de passe-droits pour obtenir des privilèges pour soi et les siens.

 

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 Si l’on s’en réfère aux siècles passés on constate que la maladie est synonyme d’épidémie et l’on pense aussitôt aux deux fléaux que sont la peste et le choléra. Pourtant, une vulgaire grippe ou tout autre indisposition, une carence en nourriture, des accidents corporels, des mauvais traitements, entraînent également la maladie, parfois la mort, par manque de connaissance médicale, de moyens et de soins. Les femmes meurent très souvent en couches, les enfants qui meurent en bas-âge sont fréquents. Les maladies infantiles sévissent avec force et la sélection naturelle s’opère ; les couples ont une famille très nombreuse, 10 à 12 enfants, afin d’assurer leur succession, car combien arriveront à l’âge adulte ?

Cependant, ce qui effraie le plus la population, ce sont ces cycles épidémiques qui font disparaître, en quelques jours, plusieurs membres d’une même famille ; ce mal se répand très vite dans tous les villages devant le désespoir général. La lèpre, épidémie redoutable, est apparue avec les légions romaines au début de l’ère chrétienne. On la retrouve à nouveau au moment des Croisades aux XIIe et XIIIe siècles. Les lépreux sont isolés dans des maladreries : on retrouve tout au long des siècles l’éloignement systématique des lépreux de toute population de ces malades. De 1346 à 1720, la Provence subit la pandémie de peste noire. Pendant cette période, la peste se manifeste une année sur six en moyenne. Venu le l’Inde, le choléra apparaît en Europe vers 1830. La variole, aussi appelée petite vérole, est présente jusqu’à la fin du XIXe siècle. Elle sévit en permanence touchant un village puis un autre.

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Parmi les grandes épidémies, la grippe saisonnière qui prend une forme meurtrière pendant l’automne et l’hiver 1918-1919 que l’on appelée « grippe espagnole » du fait que la presse espagnole fut la première à en révéler l’importance quand les pays ayant subi les ravages de la Grande Guerre ont fait silence autour de cette épidémie. La diphtérie, atteint, elle, les nourrissons en particulier. Le typhus épidémique, transmis par le pou, appelé populairement fièvre des camps, est responsable de nombreuses pertes humaines.

Le manque d’hygiène, l’accumulation d’immondices, favorisent la prolifération des rats. Ces rongeurs sont atteints de la peste, mais il faut un intermédiaire pour qu’elle se transmette : la puce en est l’unique vecteur. L’épidémie se propage par les piqûres de puces, mais également par l’homme dans le cas de peste pulmonaire qui contamine les personnes en contact avec lui. La peste s’annonce par une légère douleur à l’aîne et débute par des frissons, des maux de tête, un enrouement. Puis surviennent, les vertiges, la prostration, le délire, la soif ardente. Le souffle devient court, lent, irrégulier. Au bout de deux jours apparaissent, là où la puce a piqué, les bubons ou ganglions lymphatiques qui se gangrènent. Le corps refroidit, hoquets, vomissements, marbrures de la peau… annoncent l’issue fatale. La propagation de la peste est lié à la prolifération des puces, le fléau se ralentit pendant l’hiver et atteint son maximum en été. Les grandes invasions et les fréquents passages de troupes sont des causes de propagation de la maladie. Mais le plus souvent, les habitants, dans l’ignorance de l’origine du mal, vont attaquer toute personne suspecte.

Ainsi les pauvres deviennent responsables de la peste, on les regroupe, on fait des listes, on cherche des parents à ces malheureux, afin de les prendre en charge pour les enfermer à l’extérieur des villes dans des sortes de camps où les germes de la peste vont proliférer. Les vagabonds doivent passer leur chemin sous peine de mort.. La surveillance s’exerce surtout dans certains lieux, comme les tavernes et les cabarets qui peuvent devenir des foyers d’infection. Les personnes inconnues et sans bulletin de santé ne peuvent être hébergées. Les foires et réunions publiques sont purement et simplement supprimées au vu de l’impossibilité de contrôler toutes les personnes venant de différents endroits.

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Comment soigne-t-on ces maladies, quand on sait que le bacille de la peste ne sera découvert qu’en 1894 par Alexandre Yersin à Hong-Kong et le mode de transmission par la puce, en 1898. Le bacille du choléra sera découvert en 1854 par Filippo Pacini et redécouvert par Robert Koch en 1882.

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Jusque là, on emploie des remèdes de bonne femme, c’est-à-dire ceux qui se transmettent depuis des générations. Contre la peste, un remède : l’orviètan, à base de vipères séchées est sensé soigner la gale, la teigne, la peste, la goutte, la vérole. De nombreuses plantes sont utilisées : les raves de Paris, les giroflées ou œillets  de jardins, la verveine femelle, les soucis, les lentilles d’eau et l’oranger. Pour lutter contre le choléra, au XIXe siècle, on retrouve des remèdes similaires, pourtant à cette époque, on voit apparaître les premiers médicaments encore fabriqués aujourd’hui : l’élixir Bonjean en 1854 pour faciliter la digestion et surtout combattre le choléra.

Que devient le corps médical lors de ces épidémies ? Du XVIe au XIXe siècle, il est peu efficace, car le nombre de médecins est très faible et la pratique presque nulle. Cependant, la population ne s’en plaint pas. On n’appelle pas le médecin dès le moindre mal. Il existe dans les villages importants des chirurgiens qui contrairement à notre époque sont également barbiers, aux ordres souvent du médecin. Ils sont chargés d’ouvrir les abcès superficiels, de panser les plaies et surtout de faire les saignées. Il existe également le Magistrat de Santé : diverses personnalités politiques et médicales se réunissent afin de recenser les besoins. Des Capitaines de Santé coordonnent la liaison entre cet organisme et les villages ou hameaux touchés par une épidémie. Il s’agit de mettre en place un cordon sanitaire, surtout efficace au XVIIIe siècle, lors de la grande peste de Marseille. Toute personne voulant entrer en Provence doit présenter un billet de santé mais également être mise « au parfum » dans un lazaret. C’est un établissement spécial où l’on enferme les personnes en quarantaine dans un local clos et où l’on jette sur des braises un mélange de genièvre, encens, myrrhe, soufre, poix, résine et salpêtre : un quart d’heure par séance. Tout est parfumé pour entrer en Provence, même le courrier ! Toute personne ne satisfaisant pas à ces deux règles est passée par les armes ! Le contrôle de la nourriture est nécessaire, quand on sait que les bouchers n’hésitent pas à vendre de la viande avariée pour augmenter leur profit ! . L’hygiène est inexistante, et lors des épidémies, on doit interdire les sépultures dans les églises qui deviennent de véritables nids à microbes. Les morts sont ensevelis à 60 cm à peine dans le sol de l’église constamment ouvert pour une nouvelle sépulture ; ces lieux sont dans un état de puanteur extrême. En période d’épidémies les morts sont ensevelis en dehors des habitations et les cadavres que l’on amènent par charretés sont dissous dans la chaux vive pour éviter toute propagation de la maladie. On a chassé les vivants, on éloigne également les tombes. Mais est-ce suffisant comme prévention ? Seule solution connue : éloigner les malades et les loger à l’extérieur des villages et hameaux, d’où l’expression « mettre en cabane »… qui est en fait un terme médical. Tout ce qui appartient au malade est brûlé avec de nombreux parfums. Après la mort, les corps sont enterrés dans de grandes fosses ou tout simplement jetés à la rivière.

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Quand il faut absolument se rendre auprès du malade, alors le médecin n’a pas d’autre solution que de revêtir l’habit de contagion, sorte de grande robe de cuir avec chapeau et gants, masque à bec pour respirer l’air sain filtré à travers des plantes aromatiques. A la main une baguette qui sert à l’estimation du pouls du malade… ! Dernière ressource fasse à la maladie : la religion. Selon la croyance, les épidémies sont le reflet de la colère de Dieu. On va donc prier les saints protecteurs : Sébastien et Roch ainsi que Fabien. Au XVIe siècle, de nombreuses processions ont lieu : les boutiques doivent être fermées, les rues nettoyées sur le passage du cortège. Tous les habitants doivent y participer sous peine d’amende. Il faut attendre le XXe siècle (dernière alerte de la peste à Marseille et Paris en 1920) pour qu’une importante dératisation permette d’enrayer rapidement cette terrible maladie. Le développement de l’hygiène en dehors des périodes à risque et la découverte des vaccins vont arrêter l’évolution de ces maladies épidémiques. 

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Wuhan, la ville du corinavirus

Wuhan est bien plus que la ville du coronavirus

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Le lac de l’Est, dans l’arrondissement de Wuchang à Wuhan. | White.RainForest ∙ 易雨白林. via Unsplash

Au-delà de l’épidémie et la quarantaine, Wuhan dit beaucoup de choses de la Chine d’hier et d’aujourd’hui.

 

武汉, lisez Wuhan, est au cœur de l’actualité depuis que la ville est devenue malgré elle la plus grande zone de confinement de l’histoire de l’humanité. Beaucoup ont attendu cette épidémie pour apprendre à placer Wuhan sur une carte, alors même que la capitale de la province du Hubei compte plus d’habitant·es que Paris (11 millions) et qu’elle est le berceau de nombreux mouvements révolutionnaires en Chine.

Wuhan naît en 1927 de la fusion de trois villes: Wuchang, Hankou et Hanyang, devenus ses quartiers historiques. À l’origine, il s’agissait d’une cité de petits marchands et de dockers, essentiellement basée autour du fleuve Yang-Tsé (长江) et de son affluent, la rivière Han (汉江). Elle est aujourd’hui devenue un carrefour central du transport de marchandises en Chine.

 

Le soulèvement de Wuchang

Au XXe siècle, Wuhan s’est souvent retrouvée au cœur de l’histoire chinoise. Elle est notamment le terrain de la révolte contre la dynastie Qing. À l’automne 1911, la population est agitée par une crise politique touchant les services ferroviaires; les mouvements révolutionnaires souterrains se multiplient.

Le 10 octobre, le soulèvement de Wuchang est le premier rouage de la chute d’un empire vieux de cinq millénaires. Deux groupuscules mènent une attaque contre le vice-roi résidant à Wuchang: 500 soldats de l’empire sont tués, presqu’autant sont capturés et les révolutionnaires s’emparent de la ville.

Très vite, les militaires se joignent au mouvement et la province de Hubei ne reconnaît plus l’autorité des Qing. Les autres provinces sont invitées à suivre le mouvement. Un an plus tard, l’empereur abdique.

Depuis, le «double dix», soit le dixième jour du dixième mois, est célébré en souvenir du premier soulèvement comme la fête nationale chinoise, l’équivalent de notre 14-Juillet français.

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Le mémorial du soulèvement de Wuchang à Wuhan. | Vmenkov via Wikimedia Commons

 La guerre de résistance

Si vous avez joué au jeu vidéo Hearts of Iron IV, sorti en 2016, vous connaissez sans doute un peu mieux l’un des autres épisodes les plus importants de l’histoire de Wuhan.

En 1937, l’Allemagne succombe au nazisme, l’Europe sera bientôt un champ de bataille. À l’autre bout du monde, la Chine tente de contrer la progression de l’armée impériale japonaise sur son territoire. C’est la seconde guerre sino-japonaise, que les Chinois·es appellent guerre de résistance (中国抗日战争).

Pékin, Tianjin, Nanjing et Shanghai tombent et le gouvernement est forcé de se retirer à Wuhan, la transformant pour la seconde fois en capitale temporaire de la Chine.

Le 11 juin 1938, l’armée impériale japonaise lance une attaque contre la capitale du Hubei et essuie un premier revers. Les combats durent quatre mois. Finalement, les forces nippones pénètrent dans la ville, après la probable utilisation d’armes chimiques.

Cette bataille marque l’histoire, puisqu’elle permet de stopper un temps les troupes impériales, jusqu’alors perçues comme inarrêtables.

Dans le jeu vidéo Hearts of Iron IV, la bande-son utilisée pour l’événement, une marche militaire chinoise, héroïque et entraînante, a d’ailleurs récemment reçu beaucoup de nouveaux commentaires sur YouTube: «Quand tu construis un hôpital en dix jours»«Quand tu es le seul à Wuhan à ne pas avoir été infecté et que tu vois les autres se diriger vers toi».

 

La seconde libération

Petit bond dans le temps, nous voilà en 1967, la Chine est en pleine Révolution culturelle; une partie de la jeunesse chinoise alimente les rangs des gardes rouges et obéit aux ordres de Mao Zedong.

Ce dernier entend relancer l’esprit révolutionnaire, purger le pays des éléments impurs et le débarrasser des «quatre vieilleries»: vieilles idées, vieilles cultures, vieilles coutumes et vieilles habitudes.

Wuhan, à elle seule, compte cinquante-quatre groupes de gardes rouges s’opposant pour déterminer lequel d’entre eux représente la vraie gauche révolutionnaire. Les deux principales factions, le Million de héros, composé de membres du Parti communiste et appuyé par l’Armée populaire de libération, et le Quartier général des travailleurs de Wuhan, s’affrontent dans la capitale.

Progressivement, la lutte gagne en violence. «Pendant une réunion au parc de Jianghan, Li [un chef du Million de héros] a dit: “Notre but aujourd’hui, c’est de tuer tout le monde dans les trois quartiers de Wuhan.” […] Après être arrivés, j’ai tué cinq gamins avec mon shuriken. Tuer un jeune gamin rapporte 20 yuan. Tuer un membre de “l’équipe de combat”, 50 yuan», peut-on lire dans l’ouvrage La Dernière Révolution de Mao de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals.

Pour mettre un terme aux tueries, Pékin exige le retrait du soutien de l’armée au Million de héros, mais le général concerné refuse. Mao Zedong tente un déplacement secret pour régler la situation, ce qui pousse le général à rédiger son autocritique. Déçus, les soldats se rebellent, agressent et enlèvent deux émissaires de Pékin, secourus in extremis quelques jours plus tard.

À la fin du mois de juillet 1967, le Million de héros est démantelé, le général est emprisonné et les rebelles célèbrent la «seconde libération de Wuhan».

L’incident de Wuhan, comme il sera appelé par les historien·nes, est considéré comme un tournant de la Révolution culturelle, puisqu’il marque le premier refus des militaires de se soumettre au gouvernement.

 

La scène punk

Peut-être la plus belle scène de Wuhan, et la moins connue de toutes, n’est-elle pas à chercher sur les rives millénaires du Yang-Tsé mais dans le monde souterrain de la musique underground: pour les fans de musique et les spécialistes du centre de la Chine, Wuhan est avant tout la capitale du punk chinois.

Autour de la figure emblématique de Wu Wei et de son groupe SMZB (生命之饼, «le pain de la vie») s’est structurée ce qui est aujourd’hui considérée comme la plus importante scène punk du pays, qui a donné naissance à de nombreuses formations telles que Si Dou Le (死逗了), MUM (妈妈), Angry Dog Eyes, Big Buns, etc.

Pour l’ethnomusicologue Nathanel Amar, la chanson «Scream for Life» de SMZB exprime «en sept strophes le projet que s’est donné le punk chinois depuis ses débuts: parler –ou hurler– pour ceux qui ne peuvent pas, et toujours dire la vérité. La parole portée par ces punks est indissociable d’une lutte, contre la censure, contre les conditions de vie en Chine contemporaine et contre le Parti communiste chinois, insulté à chaque concert et à chaque chanson».

Nathanel Amar a consacré sa thèse à la scène punk de Wuhan, dans laquelle il raconte cette culture underground, indépendante du pouvoir et qui ne peut exister que dans l’illégalité.

En Chine, la musique punk est peut-être l’une des dernières musiques ouvertement contestataires du régime communiste en place. Au travers de leurs textes très souvent composés en anglais, les groupes n’hésitent pas à dénoncer les vices de la société chinoise moderne, à l’image de la chanson «E.I.S.V» de P-Town (皮通, groupe de Hefei):

«When I was sixteen I feel / Quand j’avais 16 ans je sentais
There must be something wrong / Que quelque chose n’allait pas
The rich man pissing on my face / Le mec riche qui me crachait au visage
The government stand for him / Le gouvernement le soutenait»

Dans la capitale du Hubei, en ces temps de confinement, c’est une chanson de SMZB, «Wuhan, Wuhan» (大武漢貼採樣), qui résonne haut et fort chez les fans du genre, comme un hymne de résistance face à la tragédie et d’amour pour la capitale du punk:

«She will be beautiful, she will get freedom / Elle sera magnifique, elle sera libre
It won’t be like a prison here forever / Ce ne sera pas une prison pour toujours ici
Break the darkness, there will be no more tears / Sortons de l’obscurité, il n’y aura plus de larmes
A seed has been buried in my heart / Une graine a été planté dans mon cœur
Here is a punk city –Wuhan! / Ceci est une ville punk –Wuhan!»

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Le groupe SMBZ. | Avec l’autorisation de Nathanel Amar

 

Les rè gān miàn

Lorsque certain·es scientifiques ont avancé que le virus était passé de l’animal à l’homme dans l’enceinte du marché aux fruits de mer de Wuhan, où des animaux sauvages sont vendus à la découpe, la révélation est venue entacher l’une des autres scènes de la ville de Wuhan, cette fois-ci culinaire, au premier rang de laquelle on retrouve un plat de nouilles emblématique, les 热干面 (rè gān miàn) –dont voici une recette.

Tout et n’importe quoi a été dit sur la cuisine et les habitudes alimentaires de la population chinoise dans la couverture médiatique de l’expansion du coronavirus. En jouant à la fois sur une méconnaissance totale de la cuisine asiatique et le fantasme d’un exotisme conjugué à un racisme ordinaire, les médias et réseaux sociaux se sont quelque fois reposés sur des illustrations (parfois honteusement détournées) de marchés chinois où l’on pouvait voir divers animaux morts juxtaposés, amenant les personnes plus zélées à colporter l’idée que les Chinois·es mangeraient des chauves-souris.

D’après Suki, une jeune Wuhanaise poursuivant ses études au Canada, les habitant·es de la capitale du Hubei sont «très attentifs à leur petit déjeuner». Dès l’aube, les restaurants préparent les rè gān miàn, que la population locale s’empresse d’avaler avant de partir travailler.

Ce plat de nouilles, à première vue très simple, représente à lui seul les saveurs de Wuhan et est devenu l’improbable ambassadeur de la ville. La légende dit que dans les années 1930, un petit restaurateur, Bao Li, aurait involontairement fait tomber de la pâte de sésame et des légumes marinés dans ses nouilles, qu’il aurait ensuite vendues. Devant un succès inattendu, il leur donna le nom de 热 (, «chaud») 干 (gān, «sec») 面 (miàn, «nouilles»).

Depuis, ce plat rapide à réaliser et économique a fait la renommée de Wuhan. Le célèbre Quotidien du peuple les classa même dans le Top 5 des meilleures nouilles de Chine.

La cuisine de Wuhan et plus largement du Hubei fait l’unanimité auprès de celles et ceux qui l’ont déjà testée, et elle s’exporte désormais aux quatre coins du monde grâce à la diaspora, qui ouvre de nombreux restaurants.

Les cous de canard (yabo, 鸭脖) font également partie des snacks très appréciés par la population wuhanaise. Très relevé en goût, ils redonnent de la noblesse à une partie du canard qu’on laisse souvent de côté et se dégustent à n’importe quelle heure de la journée. Mais attention: ils n’ont rien à voir avec la fameuse recette de cous de canards que l’on connaît bien dans le sud de la France.

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