EGLISE CATHOLIQUE, EPITRES, FEMMES DANS L'EGLISE, NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre), PLACE DES FEMMES DANS L'EGLISE, SAINT PAUL ET LES FEMMES

Saint Paul et les femmes

Saint Paul et les femmes

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 Depuis quelques années la place des femmes dans l’Eglise ne cesse de faire débat. Si ‘Eglise fait figure d’accusée dans ce domaine ce serait surtout à cause des épitres de saint Paul. Mais qu’en est-il exactement ? C’est le sujet de deux ouvrages parus récemment : Les femmes de saint Paul par Chantal Reynier et Paul et les femmes : ce qu’il a écrit, ce qu’on lui fait dire de Michel Quesnel.  Deux ouvrages qui font le point sur ce sujet en étudiant le contexte socio-culturel de l’époque, en replaçant ces phrases dans leur contexte mais surtout en montrant combien elles se démarquent de la culture de l’époque. Ces ouvrages accessibles à tous invitent à une relecture des épîtres pauliniennes.

Paul et les femmes : Ce qu’il a écrit, ce qu’on lui a fait dire 

Michel Quesnel

Paris, Médiaspaul, 2021. 142 pages.

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On fait souvent un faux-procès à l’apôtre Paul en le taxant de misogynie. Dans cet ouvrage, le professeur Michel Quesnel reprend le dossier et fait un inventaire exhaustif des propos de Paul sur les femmes et de ses relations avec elles, tels qu’ils apparaissent dans le Nouveau Testament. Ses conclusions sont claires : certes, les lettres authentiques de Paul contiennent sur les femmes des propos que nous n’écririons plus. Mais ils sont conditionnés par la culture ambiante ; et il s’avère surtout que, dans ce domaine, Paul est nettement plus ouvert que beaucoup de ses contemporains. Michel Quesnel poursuit son analyse en montrant que, par la suite, des sociétés misogynes ont fait de ses textes des lectures misogynes, déjà dans d’autres livres du Nouveau Testament, puis au cours des siècles suivants. L’auteur examine trois corpus de textes antiques concernant Paul (les épîtres authentiques, les épîtres pseudépigraphes, les Actes sur Paul) et lui rend justice : « A propos de ce qu’il pensait des femmes, l’Apôtre des nations a été victime des préjugés de ses lecteurs pendant une vingtaine de siècles ». Et, en faisant une courte excursion dans Paul après Paul, de le montrer à travers le regard des Pères de l’Église mais aussi dans des traductions récentes du Nouveau Testament. Le sous-titre de l’ouvrage prend alors tout son sens.

Les femmes de Saint Paul 

Chantal Reynier

Paris, Le Cerf, 2020. 271 pages.

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Misogyne Saint Paul ? Pourtant les Actes ne cessent de relater ses relations amicales avec les femmes qu’il a rencontrées lors de son périple apostolique. Ce sont Chloé, Phoebé, Evodie et les autres de ses collaboratrices que Chantal Reynier, enjambant, les siècles, est partie interviewer. Une enquête-vérité captivante et révolutionnaire.

Quelle est la place des femmes dans l’Église ? Face à cette question brûlante, il est temps d’en finir avec les clichés sur saint Paul qui les condamnerait au silence, au voile et à la soumission. Au contraire, au cours de ses voyages missionnaires, l’évangélisateur des Nations ne cesse de s’adresser aux femmes et de s’entourer de femmes, faisant d’elles ses collaboratrices au point d’employer à leur sujet les titres d’apôtre et de diacre !
Il fallait la science de Chantal Reynier pour partir à la découverte, par-delà les lieux et les temps, de Phoibè, Lydie, Chloé, Maria, Persis, Évodie, Syntychè, Prisca, Julia. Pour les rencontrer, aux quatre coins de la Méditerranée, dans leur activité, leur métier, leur foyer, leur foi. Et pour chacune d’elles raconter en son nom propre  » son  » Paul. Que disent-elles de lui ? Avant tout, la relation de dignité et de liberté qu’il revendique avec elles.
Pour la première fois, la parole est aux  » femmes de Paul « . Écoutons le message révolutionnaire, parce que réfractaire aux idéologies à la fois hyper-patriarcales ou ultra-féministes, qu’elles nous transmettent dans ce livre exceptionnel de savoir et de sensibilité.

Les lettres de Paul

Les lettres de Paul ont été écrites pour qu’il puisse rester en contact avec les communautés qu’il a fondées et qu’il voulait visiter (Rome). Elles ont été lues par ces communautés qui les ont gardés et copiés pour que d’autres puissent les lire. On les a rassemblés et elles font presque que la moitié du contenu du Nouveau Testament. Ces lettres sont assemblées de la plus longue (Romains) à la plus courte (Philémon). Les écrits les plus anciens du Nouveau Testament sont les lettres de Paul. La première serait la lettre aux Thessaloniciens écrite autour de 51 apr. J.-C.

L’authenticité des lettres attribuées à Paul pose question. Voici les lettres généralement considérées comme étant de Paul en ordre chronologique:

La première lettre aux Thessaloniciens

La première lettre aux Corinthiens

La seconde lettre aux Corinthiens

La lettre aux Philippiens

La lettre à Philémon

La lettre aux Galates

La lettre aux Romains

Les avis des exégètes sont encore partagés, mais la majorité d’entre eux croient que les lettres aux Colossiens, Éphésiens ainsi que la deuxième lettre aux Tessaloniciens auraient été écrite par un disciple de Paul après la mort de ce dernier. Enfin, il est généralement admis que les lettres à Timothée et la lettre à Tite ne sont pas authentiques.

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Les femmes de saint Paul

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Les lettres de saint Paul révèlent le visage des femmes qui ont activement collaboré à la diffusion de l’Évangile. Paul reconnaît leur dignité et leur confie des responsabilités égales à celles des hommes. Elles bénéficient d’une liberté inconnue dans le milieu juif et dans la société gréco-romaine.

 À quelles sources avez-vous eu recours pour écrire Les femmes de saint Paul, collaboratrices de l’Apôtre des Nations (éd. du Cerf) (1)?

Chantal Reynier : Je me suis appuyée sur les lettres de Paul, bien sûr, qui sont des témoignages de première main sur une période restreinte ; sur les Actes des apôtres, qui sont une mine de renseignements sur le milieu paulinien ; sur la littérature antique (Ovide, Plutarque) pour comparer ce que les auteurs disent des femmes (matrones vertueuses ou séduisantes courtisanes…) avec la façon dont Paul en parle. L’archéologie nous renseigne aussi sur les conditions de voyage, les réalités économiques, l’organisation des maisons… Les travaux récents d’historiens, comme ceux de Nicole Loraux (2), m’ont permis de mieux situer le rôle des femmes à l’époque (3).

Quel est le profil des collaboratrices de Paul ?

Il n’y a pas de profil type mais une grande variété. Certaines sont mariées : Prisca est l’épouse d’Aquila, Julia de Philologue, Junia d’Andronikos. Il est intéressant de noter que Paul cite le nom de la femme en premier, ce qui est contraire aux usages. Cela traduit l’importance de leur rôle dans les premières communautés. Il y a aussi des veuves comme la mère de Rufus. Des célibataires : sans doute la sœur de Nérée. Des sœurs : probablement Tryphaine et Tryphose. Le premier cercle des collaboratrices de Paul est constitué de Phoibè, Prisca, Junia et Lydie. On retrouve la même organisation concentrique avec les collaborateurs masculins. Comme Jésus, Paul est accompagné par un groupe de femmes.

Quel est leur milieu social et religieux ?

Là aussi, il y a une grande variété. Lydie est une marchande de pourpre qui fait du commerce entre la Grèce et la Turquie actuelle. Elle accueille Paul et ses compagnons dans sa maison, cela signifie qu’elle est plutôt aisée (seulement 3 % de la population vit dans une maison). Nympha est une femme d’affaires autonome. Chloé et Phoibè, travaillent dans l’import-export. Ces femmes voyagent pour des motifs professionnels mais aussi pour la mission. La plupart sont issues d’Asie mineure. Certaines proviennent d’un milieu juif comme Prisca ou Junia, la mère de Rufus, Eunice, Loïs… En revanche, Lydie est une païenne qui fréquente les milieux juifs de Phillipes.

Quels sont leurs points communs ?

Elles sont actives, généreuses et engagées dans la mission. Ce sont des femmes fortes qui n’hésitent pas à traverser les mers, à parcourir les viae de l’empire. À cause de leur foi, elles traversent des épreuves. Junia, Evodie et Syntichè ont, dit Paul, « combattu pour l’Évangile » – ce combat est à prendre au sens métaphorique mais aussi réel : Prisca a failli être décapitée à Éphèse…

Quel type d’aide apportent-elles à Paul ?

Elles lui offrent l’hospitalité. Lydie, une fois convertie, héberge Paul et ses compagnons dans sa maison de Philippes. À Corinthe, Prisca accueille Paul et lui donne du travail dans sa boutique-atelier. Grâce à ces femmes, l’apôtre est en contact avec beaucoup de monde (famille, esclaves, clients) auprès desquels il témoigne du Christ ressuscité. Elles sont également des sources d’information précieuses sur les jeunes communautés chrétiennes. Quand des scandales éclatent au sein de la communauté de Corinthe, ce sont « les gens de Chloé » qui remontent l’information à Paul et le décideront à écrire. Elles informent aussi Paul sur la vie des différentes cités. Le réseau de Phoibè s’étend à Rome mais aussi en Espagne. C’est à elle que Paul confie la tâche de préparer une mission dans la péninsule Ibérique.

Quel rôle jouent-elles au sein des communautés ?

Elles ouvrent la porte de leur maison aux assemblées chrétiennes, assumant ainsi un rôle d’union et de rassemblement. Elles guident la réflexion et la prière. À Rome, Phoibè visite les différentes maisonnées pour lire, expliquer et commenter la lettre de Paul. Dans l’Antiquité, on lit à voix haute. Expliquer ce type de lettre n’est pas à la portée de tout le monde, il faut être cultivé. Paul demande à Prisca d’enseigner à Apollos la foi au Christ ressuscité. Elle fabrique et vend des tentes et Apollos est un grand intellectuel d’Alexandrie ! Ces pratiques vont totalement à l’encontre des us et coutumes gréco-romains : les femmes n’ont pas le droit d’enseigner ni de s’exprimer en public. Elles n’assument aucune fonction religieuse : elles n’ont pas même le droit de moudre la farine pour les sacrifices, ni de toucher les viandes sacrées, ni d’assister à la cérémonie. Leur rôle se résume à tisser la laine et à élever les enfants. Dans le judaïsme, la femme est cantonnée à la maison, elle ne participe pas aux pèlerinages et elle n’assume aucune fonction synagogale. On mesure la révolution qu’introduit Paul ! Il les libère et les fait sortir de leur maison. Elles bénéficient d’une extraordinaire liberté par rapport à leurs contemporaines. Leur parole a une valeur. Elles s’adressent aussi bien aux hommes qu’aux femmes ou aux esclaves.

Y a-t-il une différence de traitement entre les collaborateurs et les collaboratrices de Paul ?

Non, il les met sur un pied d’égalité. On relève cependant que ses collaboratrices n’accompagnent pas Paul dans ses voyages, sauf Prisca. Elles ne portent pas la collecte et ne vont pas à Jérusalem.

Quelles relations Paul entretient-il avec ces femmes ?

ll les traite d’égal à égal. Il les laisse libre, ne leur impose aucun signe distinctif, ni style de vie ni domaine réservé (la maison). Il sait leur exprimer son affection, par exemple, en appelant Persis « bien aimée ». Il leur fait confiance. Quand elles partent en mission, il ne leur adjoint pas un homme pour les surveiller. Il ne leur demande pas de se retirer de la vie quotidienne. Cette façon de considérer les femmes découle de sa foi dans le Christ ressuscité : hommes et femmes sont tous fils et filles de Dieu, aimés par le Père. Dans la lettre aux Galates (3, 26-28), il affirme : « Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. » Quand des tensions apparaissent entre Evodie et Syntichè, il n’hésite pas à les reprendre, non pas en tant que femmes, mais en tant que disciples du Christ.

Après la mort de Paul, est-ce que la place des femmes change ?

La force, l’audace et la foi de Paul ont permis de traiter à égalité ses collaborateurs et collaboratrices. Après lui, le poids de la société patriarcale reprend le dessus. Dans la première lettre à Timothée, rédigée probablement par des disciples de Paul, le silence est imposé aux femmes. Cela va même plus loin. Dans les manuscrits, les copistes réduisent la place des femmes en masculinisant leur prénom, Junia devient Junias. Il faut attendre 1993 pour redonner son vrai genre à Junia ! Le même sort est réservé à Nympha de Laodicée. L’expression «les femmes premières» devient « la femme des premiers» (notables de la ville) pour minimiser leur rôle et leur influence. Ces réajustements sont parfois subtils. Les traducteurs du texte modifient les salutations. Dans l’épître de Philémon, Paul s’adresse « à Philémon et à Apphia » ; cela devient sous la plume des traducteurs « à Philémon, avec Apphia ». Dans les Actes des apôtres, les traducteurs indiquent que Lydie a « contraint » Paul à demeurer chez elle. Or, en grec, c’est le même verbe qui est employé par les disciples d’Emmaüs pour « inviter » leur compagnon de route à rester avec eux…

Que faut-il retenir de l’attitude de Paul vis-à-vis des femmes ?

Il faut tout d’abord veiller à lire les textes de Paul en les resituant dans leur contexte. L’apôtre nous dit l’égalité de l’homme et de la femme. Dans une société totalement asymétrique, Paul reconnaît la dignité de la femme, comme il reconnaît celle de l’esclave ou de l’enfant. À travers les lettres de Paul, nous découvrons le visage concret des femmes qui ont participé à la diffusion du christianisme. Ce sont des femmes plongées dans le monde qui sont à l’écoute des besoins de leurs contemporains. Paul les appelle collaboratrices, au sens étymologique, elles œuvrent avec lui.

Quels enseignements peut-on tirer pour l’Église d’aujourd’hui ?

Pour réfléchir à la place des femmes dans l’Église, il faut revenir à la source biblique et nous laisser interpeller par elle. La conduite des communautés n’est ni une promotion, ni une course aux honneurs, c’est un service inspiré de la figure du Christ serviteur. Ce n’est pas un modèle de domination. Malheureusement, aujourd’hui, gouverner est entendu comme « être au-dessus des autres ». Paul donne aux femmes de prendre une part active aux décisions et à la conduite des communautés. Elles exercent des responsabilités identiques à celles des hommes. Nous voyons les femmes enseigner, conduire la prière, proclamer la parole et la commenter.

Alors, saint Paul, misogyne ou féministe ?

Ni l’un ni l’autre. Misogyne, il ne l’est pas, on vient de le voir. Paul est, à la suite du Christ, le libérateur de la femme en lui reconnaissant sa pleine dignité d’enfant de Dieu. Il reconnaît son autonomie, il lui donne la parole, il la place à égalité avec l’homme. Dans la fameuse lettre aux Éphésiens (« femmes soyez soumises à vos maris… »), il s’adresse à elles directement, sans passer par le mari, en contradiction totale avec les usages de l’époque. Il choisit des collaboratrices parmi elles, il leur donne le nom d’« apôtre » (Junia), de diakonos (« serveur », Phoibè), de collaboratrice (Prisca). Paul considère la femme comme une adulte à part entière. Il ne cherche pas à instaurer une parité ou à répondre à des revendications féministes. Il reconnaît le rôle de la femme dans l’annonce de l’Évangile. On ne se rend pas compte de la liberté qu’instaure le christianisme. Paul a ouvert un réel espace aux femmes qu’elles n’ont jamais eu auparavant, que ce soit dans la société païenne ou dans le monde juif. Il met ses pas dans ceux du Christ qui a été le premier à traiter les femmes d’égale à égal. En s’inspirant de Jésus, il en tire toutes les conséquences.

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(1) Elle a également abordé les passages des lettres de Paul sur les femmes dans Comment l’évangile a changé le monde (éd. du Cerf).

(2) Auteure, entre autres, de La Grèce au féminin (Les belles lettres) ; Les expériences de Tirésias: le féminin et l’homme grec (NRF essai Gallimard) ; Les Enfants d’Athéna. Idées athéniennes sur la citoyenneté et la division des sexes (Points Seuil).

(3) Les recherches de Marie-Françoise Baslez sur saint Paul sont particulièrement utiles. M.-F. Baslez, Saint Paul, artisan d’un monde chrétien, Fayard.

Recueilli par Gilles Donada

https://croire.la-croix.com/Definitions/Bible/Saint-Paul/Paul-l-Apotre-qui-estimait-les-femmes

CHJRISTIANISME, EPITRE AUX HEBREUX, EPITRES, NOUVEAU TESTAMENT

Lettre aux Hébreux

L’épître aux Hébreux, « Les Chrétiens dans la tourmente spirituelle »

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L’épître aux hébreux n’est pas une lettre (épître), et ne s’adresse pas spécifiquement aux Hébreux. Mais cela n’est pas très important car elle reste un texte très beau, majeur et unique dans tout le Nouveau Testament.

Effectivement, il n’y a pas d’adresse ou salutation au début du texte, et il s’agit plutôt d’un sermon mis par écrit qu’un texte de style épistolaire. Quant aux destinataires de l’exhortation, ils ne sont pas précisés dans le texte, et l’intitulé « aux Hébreux » est tardif, ajouté vers le 2ème siècle.

L’auteur n’indique ni leur région d’appartenance, ni leur ethnie. Ce que l’on peut affirmer sans risque de se tromper, c’est qu’ils sont chrétiens, probablement d’origine juive puisqu’ils ont assurément une bonne connaissance de l’Ancien Testament auquel l’auteur de « l’épître aux Hébreux » fait fréquemment référence.

Sens de l’épître aux Hébreux

Le titre de « Epître aux Hébreux » est mal choisi. Le Père Vanhoye, dans le « Cahier Evangile » (n° 19) propose le titre de « Sermon sacerdotal », tant il est vrai que ce texte est un sermon et non une lettre, et surtout qu’il est le seul écrit de tout le Nouveau Testament à appliquer à Jésus-Christ le titre de prêtre et de grand prêtre.

C’est même le thème central, ce que l’auteur affirme lui-même : « Or, point capital de notre exposé, c’est bien un tel grand prêtre que nous avons… » (He 8, 1).

  1. Le Grand Prêtre

Mais qu’est ce qu’un prêtre et un grand prêtre ? Dans toute religion, en tant qu’institution organisant le lien au sacré, il faut une fonction sacerdotale qui, précisément permet de «relier» le visible à l’invisible, le profane au sacré, l’humain au divin. La religion juive de l’Ancien Testament. n’échappe pas à cette nécessité, et l’organise dès le début :

  • Moïse est le grand prophète, mais c’est Aaron, son frère, qui est fondé par Dieu dans la fonction sacerdotale, et ses fils après lui (Exode 28, 1 s. ; 29, 4 s. ; Lévitique 6 )
  • Tout au long de l’histoire du Peuple, la fonction sacerdotale s’est renforcée, étant l’apanage des descendants d’Aaron, les lévites, jusqu’à devenir après l’Exil le seul réel pouvoir incarné en la personne du grand prêtre.
  • Mais le sommet de la fonction sacerdotale est sans nul doute Melkisédeq : personnage mystérieux évoqué en Gn 14, 17-20, dont on ne connaît ni l’origine ni la destinée, et qui bénit Abram (= Abraham avant que Dieu ne change son nom en Gn 17, 5), et reçoit de lui « la dîme de tout ». Il lui est donc supérieur.

Dans l’Ancien Testament, le prêtre a la responsabilité sociale des rapports avec Dieu : il est le médiateur. Mais pour entrer en rapport avec Dieu, il faut être « saint », c’est-à-dire séparé, ne pas être comme tout le monde. Il faut donc instituer un rituel de purification qui vise à différencier et séparer le prêtre, et a fortiori le grand prêtre, du reste du peuple. D’où l’institution d’une tribu-caste spécifique (Lévites) qui fournira les prêtres, lesquels devront être consacrés (purifiés) par le bain de purification, l’habillement et l’onction. Des sacrifices d’animaux parachèveront cette consécration (Ex 29).

Qu’est ce qu’a à voir la mission de Jésus Christ avec un rituel devenu tellement strict qu’il s’est élevé en fin au lieu de n’être qu’un moyen (au point que, pour être « en règle », il suffisait de se conformer, fut ce extérieurement, au rituel) ? Pour le peuple, cela signifiait obéir aux prêtres et à leur préceptes, et offrir des sacrifices d’animaux pour expier les manquements à la Loi.

  1. Rénovation de la fonction

C’est précisément ce que Jésus Christ est venu dénoncer (cf par exemple Mt 9, 10-13 ; 15, 1-20). Certes, cette réaction contre le ritualisme n’est pas franchement nouvelle : d’ailleurs dans les passages indiqués de Matthieu, Jésus Christ cite Osée (6, 6) et Isaïe (29, 13), mais c’est tout le sens du Nouveau Testament de montrer comment la Loi ne doit être qu’un guide, une aide à l’accomplissement de la relation entre Dieu et les hommes (cf Ga 3, 24-25), qui est d’abord et fondamentalement une relation d’amour. Et c’est là qu’intervient cette interprétation novatrice pour l’époque du sacrifice de Jésus Christ.

  1. Le Christ Grand Prêtre

L’auteur de l’épître aux Hébreux commence par situer le Christ : Fils de Dieu, «resplendissement de sa gloire [de Dieu], et expression de son être» (1, 3), il est supérieur aux anges (1, 5-14), mais il est aussi profondément frère des hommes (2, 5-18). Ce sont précisément les deux qualités nécessaires pour le sacerdoce : le grand prêtre doit être « accrédité auprès de Dieu » (3, 2) et solidaire des hommes (5, 1-2).
A cause de sa situation particulière, le Christ n’est pas un grand prêtre ordinaire.

Tout d’abord, il n’appartient pas à la tribu de Lévi, mais à celle de Juda, tribu des rois, non des prêtres (7, 14).
Au lieu de sanctifier en séparant, Jésus Christ le fait en accueillant : il ne cesse de choquer son auditoire en accueillant les femmes, les pécheurs, les publicains, les enfants… autant de gens rejetés ou au moins dénigrés par le sacerdoce ancien.

Parler de « sacrifice » à propos de la crucifixion, était d’emblée choquant : aucun élément du rituel n’était « mis en scène » : pas de lieu saint, mort conséquente d’une condamnation et non acte solennel et glorifiant, pas de distinction entre la victime et l’objet du sacrifice. C’est que, nous dit l’auteur, le Christ est prêtre « à la manière de Melkisédeq », ce personnage mystérieux que l’auteur érige en préfigure du Christ.
De ce fait, comme le précisait déjà le psaume (110, 4), il est prêtre « pour l’éternité » (7, 11 et suivants), et ceci rend caduc tous les sacrifices antérieurs, « car c’est par une tente (lieu de la Présence puis du sacrifice) plus grande et plus parfaite qui n’est pas œuvre des mains – c’est à dire qui n’appartient pas à cette création-ci – et par le sang non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang…qu’il a obtenu une libération définitive » (9, 11-12).

  1. Le salut par le Christ Grand Prêtre

Ainsi, alors que le grand prêtre de l’ancienne Alliance était seul purifié par sa consécration rituelle, le Christ, par son sacrifice de la Croix (consécration sacerdotale du Christ), sauve en même temps tous ses frères en humanité : « par une offrande unique, en effet, il a mené pour toujours à l’accomplissement ceux qu’il sanctifie » (10, 14).

De ce fait, les chrétiens ont « …pleine assurance d’accéder au sanctuaire …par une voie nouvelle et vivante… » (10, 19-20). Et l’auteur de les inviter « à résister jusqu’au sang dans leur combat contre le péché » (12, 4) et d’accepter docilement la « correction », en fils qu’ils sont du Père: « Quel est en effet le fils que son père ne corrige pas ? » (12, 7).
Et alors s’établira une vraie communauté fondée sur l’amour fraternel (13, 1).

Nb : le commentaire est largement inspiré du « Cahier Évangile » n° 19 du père VANOYE (1977)

Histoire de la rédaction de l’Epître aux Hébreux

Qui est l’auteur de l’épître aux Hébreux ?

Il a longtemps été attribué à Saint Paul, surtout dans les Églises d’Orient. Aujourd’hui les spécialistes estiment que Paul ne peut pas être l’auteur direct de ce texte. En revanche il est indubitable que l’auteur doit être un disciple de l’apôtre. L’épître aux hébreux a du être composée vers les années 63 – 70 après Jésus-Christ.

Son écrit est saisissant de perfection littéraire, construit selon les plus purs canons de la composition hébraïque.

Introduction : mise en perspective dans l’histoire de la Révélation

  1. Situation du Christ :supérieur aux anges, frère des hommes
  2. Christ Grand Prêtre :accrédité auprès de Dieu et solidaire des hommes
  3. Spécificité du sacerdoce du Christ :à la manière de Melkisédeq
  4. Foi des anciens et endurance nécessaire
  5. Invitation à l’existence chrétienne

Conclusion et doxologie

 

Plan de l’épître aux Hébreux:

1 – Le prologue (1,1-4)

2 – La partie dogmatique (1,5-10,18)

  • Le Fils de Dieu abaissé et élevé, désormais supérieur aux anges (1,5-2,18)
  • Jésus supérieur à Moïse (3,1-4,13)
  • Jésus supérieur en tant que grand prêtre (4,14-7,28)
  • La supériorité du sanctuaire céleste (8,1-5)
  • La supériorité de la nouvelle alliance spirituelle (8,6-13)
  • La supériorité du nouveau sacrifice 9,1-14)
  • La supériorité de l’alliance scellée dans le sang du Christ (9,15-28)
  • La supériorité du nouveau sacrifice, unique et efficace (10,1-18)

3 – La partie morale (10,19-13,19)

  • L’exhortation à l’espérance (10,19-38)
  • L’enseignement sur la foi (11,1-40)
  • L’homélie sur l’endurance (12,1-13)
  • La mise en garde contre l’apostasie (12,14-29)
  • Les conseils pour la vie communautaire (13,1-19)

4 – La bénédiction finale dédoublée (13,20-25)

  • La bénédiction originelle (13,20-21)
  • La bénédiction secondaire (13,22-25)

 

 

BIBLE, EPITRE DE SAINT PAUL AUX EPHESIENS, EPITRES, NOUVEAU TESTAMENT, PAUL (saint ; Apôtre)

Epitre de Saint Paul aux Ephésiens

Lettre de Saint Paul aux Ephésiens, « Une méditation sur un parcours spirituel »

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La lettre aux Ephésiens constitue un cas unique dans l’ensemble des textes du nouveau testament. Une lettre circulaire adressée à différentes communautés était probablement à l’origine de cette lettre.

Les sujets évoqués dans cette lettre (antagonisme entre communautés juives et païennes, souci de l’unité de l’Eglise, contraste entre le mode de vie des chrétiens et celui des païens) correspondent aux principaux soucis des communautés chrétiennes vivant à la fin du 1er siècle.

  

Sens la lettre de saint Paul aux Ephésiens :

Jésus-Christ est représenté comme le maître de la Création qui règne sur tous les habitans. Ressuscité il siège à la droite de Dieu.

Le thème majeur de la lettre est l’unité de l’Eglise universelle. Selon les passages, cette dernière est décrite comme un temple saint (2,20-22), l’homme parfait (2,14-16), l’épouse du Christ (5,22-33), la plénitude du Christ (1,23) ou encore le corps du Christ (1,22-23; 4,15-16) dont le Christ est la tête.

La lettre aborde également la question de la fin des temps : les chrétiens sont déjà ressuscités et siègent dès à présent avec le Christ dans les cieux (2,5-6) ! L’avenir n’apportera rien de nouveau mais révèlera pleinement ce qui est déjà acquis.

Pour finir, la lettre consacre une grande partie aux questions éthiques. Elle insiste notamment sur le statut très élevé du mariage et les exigences de comportement que doivent avoir les époux.

 

Histoire de la rédaction de la lettre de saint Paul aux Ephésiens.

Il est difficile d’identifier le contexte historique ayant conduit à la rédaction de cette lettre. Les spécialistes estiment toutefois qu’elle a dû être rédigée entre 80 et 100 après Jésus-Christ.

 

Plan de la lettre de Saint Paul aux Éphésiens:

 1 – Introduction (1,1-23)

  • Adresse et salutation (1,1-2)
  • Bénédiction (1,3-14)
  • Action de grâce (1,15-23)

 

2 – L’unité de l’Eglise

  • Exposé dogmatique

o Le rappel du passé païen des destinataires (2,1-10)
o L’unité de l’Eglise se fait dans le Christ pour pouvoir accéder à Dieu (2,11-22)
o Paul se présente lui-même comme serviteur de ce mystère (3,1-13)
o Paul intercède pour les destinataires (3,14-21)

  • Conséquences morales

o L’unité de l’Eglise et les différents ministères (4,1-16)
o Comment vivre en chrétien au sein du monde païen (4,17-5,20)
o Des consignes pour la vie quotidienne (rapports hommes / femmes, parents / enfants, maîtres / esclaves) (5,21-6,9)

 

3 – Conclusion (6,10-24)

  • Exhortation (6,10-20)
  • L’envoi par Paul de son collaborateur Tychique (6,21-22)
  • Salutation et bénédiction (6,23-24)
BIBLE, EPITRE AUX HEBREUX, EPITRES, NOUVEAU TESTAMENT

L’Epître aux Hébreux

 

Épître aux Hébreux

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L’Épître aux Hébreux est un livre du Nouveau Testament. Elle s’adresse aux « Hébreux », c’est-à-dire, ici, aux judéo-chrétiens, , pendant la période où la communauté rassemblée par les disciples de Jésus de Nazareth se sépare du judaïsme Ces « Hébreux », ou chrétiens judaïsants, respectent la Loi juive (Torah) comme la circoncision et les interdits alimentaires.

La tradition chrétienne a longtemps attribué cette épître à l’apôtre Paul mais les historiens considèrent aujourd’hui qu’elle est l’œuvre d’un auteur dont l’identité reste débattue. La date de sa rédaction est généralement située entre les années 60 et les années 80-90.

Ses thèmes principaux portent sur la personne de Jésus-Christ en tant que médiateur, Fils de Dieu et grand prêtre à l’image de Melchisédech.  Autrement dit, elle constitue l’un des plus anciens textes de christologie.

 

Auteur et datation

L’épître ne comporte pas de nom d’auteur. Tertullien en attribue la rédaction à Barnabé, alors qu’Origène indique que, pour certains, Clément de Rome est au moins son traducteur, si ce n’est son auteur. Le plus ancien exemplaire, le Papyrus 46,  daté des environs de l’an 200, l’insère dans le corpus paulinien,  entre l’épitre aux Romains et la Première épitre aux Corinthiens..

La mention « aux Hébreux » ne figure pas dans le texte d’origine : il s’agit d’un titre ajouté au IIè siècle, Raymond E. Brown relève également qu’aucune allusion n’y est faite à Paul de Tarse comme auteur de ce texte. L’attribution à l’apôtre, très tardive, n’a été reconnue que par une partie de la tradition chrétienne, non sans réticence : tandis que l’Eglise orthodoxe l’admet, l’Eglise catholique continue d’émettre des doutes à ce sujet.

Pour André Paul la datation de l’épître oscille « entre une période qui serait antérieure aux grandes épîtres et la fin du Ier siècle (Clémlent étant le terminus ad quem). On peut retenir comme plus plausible une date proche de la mort de Paul, c’est-à-dire de 67. L’évocation qui y est faite du culte au Temple de Jérusalem  permet de penser que la lettre a été rédigée probablement avant la destruction de celui-ci en 70 »

François Vouga estime que l’épître n’appartient pas à la première génération chrétienne, d’abord parce que l’auteur se présente comme issu de la deuxième génération et ensuite parce que ses destinataires sont eux-mêmes convertis au christianisme depuis plusieurs années (He 2:3, 5:12, 10:32). Il propose une datation comprise entre les années 60 (époque où disparaît la première génération) et les années 80-90. Il souligne que la première référence à l’épître se trouve probablement dans la Lettre aux Corinthiens de Clément de Rome, qui ne cite pas exactement He mais en fournit plutôt une « paraphrase commentée » et permet en tout état de cause de situer le terminus ad quem de sa composition.

 

Milieu d’origine

La mention contenue dans la seconde bénédiction finale (« Ceux d’Italie vous saluent », He 13:24) incite en principe à localiser l’auteur de l’épître en Italie, voire plus précisément dans les milieux chrétiens de Rome, et cependant François Vouga objecte qu’il pourrait s’agir de n’importe quelle communauté établie en Italie ou même d’un « cercle italien » présent à l’intérieur d’un groupe de chrétiens vivant en un lieu indéterminé. Plus important encore, le dédoublement de cette bénédiction finale (He 13:20-21 et 13:22-25) laisse supposer l’intervention d’un « éditeur » indépendant de l’auteur qui ajouterait une sorte de post-scriptum. Cette hypothèse se trouve confortée par le style même de He 13:22-25, dont la teneur et la tonalité évoquent fortement le corpus paulinien, comme si l’auteur ou l’éditeur avait voulu rattacher l’épître aux écrits de l’apôtre Paul, créant ainsi une « fiction littéraire » destinée à faciliter l’évangélisation de ses interlocuteurs mais qui n’offre pas d’indication quant au lieu de composition

 

Contenu

L’épître (He 5:6) évoque le Christ,  « prêtre selon l’ordre de Melchisédech ». L’auteur cite ici le psaume 110, verset 4. Plus loin (He 7:2-3), il ajoute : « D’abord, Melkisédek porte un nom qui veut dire roi de justice ; ensuite, il est roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, et à son sujet on ne parle ni de père ni de mère, ni d’ancêtres, ni d’un commencement d’existence ni d’une fin de vie ; cela le fait ressembler au Fils de Dieu. »

Auteur

 Barnabé

La candidature de saint Barnabé se présente d’abord sous les meilleurs auspices. Originaire de Chypre, il a pu bénéficier d’une vaste culture alexandrine.

On sait en effet que l’île de Chypre vivait depuis des siècles dans la sphère culturelle, sinon politique, d’Alexandrie et plus généralement, depuis toujours, de l’Égypte.

En tant que lévite, Barnabé avait dû s’intéresser aux aspects liturgiques, cultuels, du judaïsme.

Il jouissait d’une haute réputation dans l’Église primitive. Il a lui-même introduit Paul dans le cercle des apôtres. Il l’accompagnait dans ses premières missions.

Si un différend l’opposa un moment à l’apôtre Paul, cet incident ne doit pas être exagéré. Marc, l’objet du litige, et qui avait d’abord suivi son cousin Barnabé, redeviendra disciple de Paul, qui en parle avec les plus grands éloges.

Paul lui-même évoque Barnabé dans 1 Co 9,6, où l’on ne discerne pas la moindre trace de rivalité.

La présence de Barnabé à Rome est signalée par les Regognitiones pseudo-clémentines et les Actus Petri cum Simone. Ces romans ont pu conserver un souvenir historique.

On sait que l’Église d’Occident a longtemps hésité avant d’admettre cette épître comme paulinienne. Tertullien au début du iiie siècle l’attribuait formellement à Barnabé

Le portrait psychologique que l’auteur trace de lui-même dans He 13,18-19 correspond exactement aux éloges de Barnabé qu’on trouve dans les Actes, spécialement en Ac 11,22-24. Déjà il « encourageait » les disciples.

La mise en commun des ressources, que l’épître préconise (cf. He 13,16), fait penser à la générosité de Barnabé mise en exergue dans les Actes. (Cf. Ac 4,37).

Il avait été surnommé Barnabé, c’est-à-dire « fils d’encouragement »  (Ac 4,36), par les apôtres eux-mêmes. Toute l’épître aux Hébreux se présente comme « un discours d’encouragement » (He 13,22) et renferme d’innombrables exhortations.

Il semble bien que l’Épître aux Hébreux s’adresse, d’Italie, aux chrétiens d’Antioche, spécialement à ceux d’origine juive, parmi lesquels Barnabé s’apprêtait à retourner. S’il y jouissait d’un immense prestige, il n’exerçait pas cependant d’autorité proprement dite. Il se recommandait aux chefs de la communauté.

 

Apollos sur les instructions de Paul

Luther fut le premier à proposer Apollos comme l’écrivain anonyme, auteur de l’épître aux Hébreux.

Aujourd’hui une telle opinion est partagée par la majorité des critiques protestants et par quelques exégètes catholiques. Le père Spicq O.P. a défendu avec fougue cette hypothèse.

Le portrait-robot qu’on peut dresser de l’auteur correspond trait pour trait à la notice des Actes consacrée à Apollos. (Cf. Ac 18,24-28).

Un juif, originaire d’Alexandrie, versé dans les Écritures. Le père Spicq a exposé dans une étude très fouillée, que l’auteur de notre épître était non seulement de culture alexandrine mais encore un familier de l’œuvre de Philon, un philonien converti au christianisme.

« Démontrant par les Écritures que Jésus est le Christ » (Ac 18,28), la formule de Luc dans les Actes définit au mieux le propos de l’épître aux Hébreux.

On ne voit pas cependant comment Apollos aurait acquis un tel ascendant auprès des judéo-chrétiens de Palestine ou d’Antioche, comment il les aurait connus, pour leur adresser ces exhortations et leur annoncer qu’il allait les revoir… Ce qui évoque à nouveau la crédibilité de la paternité paulinienne, ou barnabéenne, et l’autorité qu’elle suppose auprès des diverses Églises primitives.

 

Clément de Rome

La très grande proximité stylistique et théologique entre cette épître et l’Épître aux Corinthiens rédigée par Clément de Rome, l’évêque de cette ville dans les années 80-90,  a conduit certains critiques à émettre l’hypothèse que cela puisse être lui qui en soit l’auteur. Les Pères de l’Eglise n’étant absolument pas d’accord sur l’identité de son auteur, y voyant soit Paul de Tarse, soit Barnabé, soit Appolos. L’analyse stylistique et théologique exclut selon les spécialistes que l’auteur en soit Paul. Elle exclut aussi que l’auteur en soit Luc l’évangéliste. Il est établi que l’Épître aux Corinthiens de Clément de Rome a fait partie du Nouveau Testament au moins jusqu’au Vè siècle avant d’en être retirée, puis de disparaître. Elle a été retrouvée au XVIIè siècle dans le Codex Alexndrinus

 

Caractéristiques

Son originalité réside dans le thème envisageant résolument une transition entre les deux alliances, l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance. L’auteur tente d’expliquer la différence fondamentale entre les deux Testaments (synonymes d’alliances) : le rapport à Dieu et la définition du salut s’en trouvent bouleversés.

Sous l’Ancienne Alliance, contractée par Abraham (par l’acte de foi de la circoncision), l’homme vivait sous le régime de la Loi. Ce qui signifiait que pour mériter et gagner son salut, l’homme devait observer rigoureusement tous les commandements inscrits dans la Loi, avec sa multitude d’interdits et d’obligations contraignants.

Sous la Nouvelle Alliance, contractée au moment de la Pentecôte de l’an 33 (par l’acte de foi du baptême d’eau et d’Esprit), l’homme vit désormais sous le régime de la grâce. Le sang de Jésus lave le pécheur repentant, qui n’est plus tenu d’observer les commandements cultuels de la Loi, chose d’ailleurs impossible, tant elle était contraignante.

Une constante cependant demeure d’un Testament à l’autre : la foi. L’attente de Dieu, en ce qui concerne la foi, est la même que celle démontrée par les hommes de l’Ancienne Alliance. La foi qui anima les patriarches et les grandes figures de l’Ancien Testament (Noé, Abraham, Sara, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, etc.) constitue donc une référence à suivre pour le chrétien.

Dans cette épître, l’auteur définit ce qu’il qualifie d’ enseignement élémentaire, au chapitre 6 : « les articles fondamentaux du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, de l’instruction sur les baptêmes et de l’imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. » (6,1-2).

 

Résumé

Les chapitres 1 et 2 révèlent que Jésus est le fils de Dieu; il est donc bien supérieur aux anges.

Les chapitres 3 à 7 comparent Jésus à Moïse et à la loi de Moïse   et témoignent qu’il est plus grand que l’un et l’autre. Ils enseignent aussi que la Prêtrise de Melchisédech est plus grande que celle d’Aaron.

Les chapitres 8 et 9 expliquent comment les ordonnances mosaïques ont préparé le peuple au ministère du Christ et comment le Christ est le Médiateur de la nouvelle Alliance. 

Le chapitre 10 est une exhortation à la diligence et à la fidélité.

Le chapitre 11 est un discours sur la foi.

Le chapitre 12 contient des exhortations et des avertissements.

Le chapitre 13 explique la respectabilité du mariage et l’importance de la bienfaisance. Salutations finales.

 

Plan de l’épître

 Selon François Vouga

François Vouga propose le plan suivant :

Prologue : La révélation en Jésus-Christ (1,1:4)

Le Fils de Dieu abaissé et élevé (1:5-2:18)

Le grand prêtre fidèle et miséricordieux (3:1-5:10)

L’enseignement parfait (5:11-10:18)

Les conséquences parénétiques : exhortation à l’existence croyante (10:19-12:13)

Exhortations finales (12:14-13:19)

Double bénédiction finale (13:20-25).

 

 

Bibliographie

Hans Conzelmann et Andreas Lindemann. Guide pour l’étude du Nouveau Testament, Labor et Fides, 1999.

Louis Dussaut, ofm.cap. Synopse structurelle de l’Épître aux Hébreux, Editions du Cerf, 1981.

Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, 4e éd)

Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008.

Jean Massonnet. L’Épître aux Hébreux, Éditions du Cerf, 2016 .

André Paul. Dictionnaire de la théologie chrétienne, Encyclopaedia Universalis, Epitre aux Hébreux.

Ceslas Spicq, L’Épître aux Hébreux, Gabalda, 1952

Albert Vanhoye, sj. La Structure littéraire de l’Épître aux Hébreux, Desclée de Brouwer, Tournai, 1963.

Albert Vanhoye, La Lettre aux Hébreux. Desclée, 2002.

Albert Vanhoye, L’Épître aux Hébreux : un prêtre différent, Pendé, Gabalda Ed., 2010.