COMMUNION, EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, SACREMENTS

DECOUVRIR LA BEAUTE DE LA COMMUNION DANS LA MAIN

Carmel de la Paix à  Mazille, Saône-et-Loire

Pour redécouvrir la beauté de la communion dans la main

(Extrait de Famille chrétienne du 2 juin 2020)

Pour des raisons sanitaires, nous avons été amenés à redécouvrir le si beau rite de la communion dans la main. Voici quelques clés qui nous conduisent au cœur du mystère de l’Incarnation prolongée dans l’eucharistie.

Saint Jean Chrysostome († 407), Père et docteur de l’Église, écrivait : « Combien y en a-t-il qui disent aujourd’hui : “Comme j’aimerais voir le corps du Seigneur, son visage, ses habits, ses chaussures !”… Le voici Lui-même qui se laisse non seulement voir, mais encore toucher, manger et recevoir au-dedans de vous. »

La raison même de la communion dans la main était justement ce contact direct, corporel avec Jésus dans l’esprit de ce que saint Jean nous partage : « Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de Vie, nous vous l’annonçons » (1 Jn 1,1).

Saint Cyrille de Jérusalem († 387), un autre docteur de l’Église, explique comment communier : « Quand donc tu t’approches, ne t’avance pas les paumes des mains étendues, ni les doigts disjoints ; mais fais de ta main gauche un trône pour ta main droite, puisque celle-ci doit recevoir le Roi et, dans le creux de ta main, reçois le Corps du Christ, disant : “Amen !” »

Une tradition résumée par saint Narsaï († 502) présente un autre symbolisme : « Le communiant joint ses mains en forme de croix ; et ainsi il reçoit le corps de notre Seigneur sur une croix. »

La sanctification entière de l’être humain

Le souci de tous les Pères fut la sanctification entière de l’être humain : « Avec soin, sanctifie tes yeux par le contact du Saint Corps, puis prends-Le et veille à n’en rien perdre », dit Jean Chrysostome.

Saint Aphraate († 345) et saint Augustin († 430) confirment cette pratique du regard posé sur le Corps du Christ : « Que personne ne mange cette Chair qu’il ne L’ait auparavant adorée. Non seulement ce n’est pas péché de L’adorer, mais ce serait un péché de ne pas L’adorer. »

Saint Théodore de Mopsueste († 428) enseigne : « Avec un amour grand et sincère, tu y attaches tes yeux et tu Le baises. » Le baiser au Corps du Christ est attesté par saint Éphrem le Syrien († 373), surnommé la « harpe du Saint-Esprit ».

Philoxène de Mabboug († 523) nous invite à parler à Jésus qui repose dans nos mains : « Tu adores le Corps vivant que tu portes dans tes mains. Ensuite parle-Lui à voix basse : “Je Te porte, Ô Dieu vivant, je Te tiens dans le creux de mes mains, Dieu des mondes que les mondes ne sauraient contenir… et vois comme mes mains T’enserrent avec confiance, rends-moi digne Seigneur de Te manger de façon sainte et de goûter à la nourriture de ton Corps comme à la Saveur de ta vie.” »

 Père Nicolas Buttet

ANCIEN TESTAMENT, CORPS ET SANG DU CHRIST, EUCHARISTIE, EVANGILE SELON SAINT JEAN, FÊTE-DIEU, FÊTES LITURGIQUES, LIVRE DU DEUTERONOME, PREMIERE LETTRE DE SAINT PAUL AUX CORINTHIENS, PSAUME 147

Fête du Corps et du Sang du Christ : dimanche 14 juin 2020 : lectures et commentaires

Dimanche 14 juin 2020 : 

Fête du Corps et du Sang du Christ

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

 

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – livre du Deutéronome 8, 2 …16

Moïse disait au peuple d’Israël :
2 « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite
pendant quarante années dans le désert ;
le SEIGNEUR ton Dieu te l’a imposée
pour te faire passer par la pauvreté ;
il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur :
allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?
3 Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim,
et il t’a donné à manger la manne
– cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue –
pour que tu saches que l’homme
ne vit pas seulement de pain,
mais de tout ce qui vient de la bouche du SEIGNEUR.
14 N’oublie pas le SEIGNEUR ton Dieu
qui t’a fait sortir du pays d’Égypte,
de la maison d’esclavage.
15 C’est lui qui t’a fait traverser ce désert,
vaste et terrifiant,
pays des serpents brûlants et des scorpions,
pays de la sécheresse et de la soif.
C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau
de la roche la plus dure.
16 C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne
– cette nourriture inconnue de tes pères. »

« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert » … il s’agit de l’Exode, bien sûr. Moïse rappelle ici toutes les épreuves de cette longue traversée et de la vie au désert : « la pauvreté… la faim… le désert lui-même vaste et terrifiant, inhospitalier pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif ». Ailleurs, dans ce même livre du Deutéronome, Moïse décrit le désert comme « les solitudes remplies de hurlements sauvages ».
Mais il ne rappelle pas les épreuves pour elles-mêmes : ce qu’il rappelle ici, c’est la sollicitude de Dieu pour son peuple au coeur même de ces épreuves. Plus que tout le reste, l’expérience la plus marquante du désert, c’est l’Alliance conclue au Sinaï. Et cette Alliance a été vécue au jour le jour dans des événements extrêmement concrets.
Dieu avait promis d’être auprès de son peuple et c’est ce qu’il a accompli au long des jours, permettant ainsi à son peuple de surmonter toutes ces difficultés : « Il t’a donné à manger la manne, cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue », « c’est lui qui t’a fait traverser ce désert… c’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure »… On reconnaît là au passage, tous les épisodes de la traversée du Sinaï, racontés par le livre de l’Exode et par celui des Nombres. Et tout cela, on sait que c’était le prix à payer pour la liberté.
Mais le plus curieux, ici, c’est que Moïse présente ces épreuves comme un temps d’apprentissage imposé par Dieu : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le SEIGNEUR ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le coeur… »
Ces épreuves sont un lieu de vérité, et doublement : vérité de notre pauvreté et vérité de la sollicitude constante de Dieu. Sans ces interventions répétées de Dieu, le peuple serait mort à petit feu : mort de faim d’abord, et de soif ; et ceux qui ne seraient pas morts de faim ou de soif auraient succombé aux morsures des serpents et des scorpions… mais Dieu était là. Il était chaque fois intervenu ; et notre texte insiste bien sur le caractère miraculeux de chacune de ces interventions : la manne est une nourriture inconnue jusque-là « Le SEIGNEUR t’a donné à manger la manne, cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue » ; quant à l’eau « C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure »… « C’est lui qui t’a fait traverser, (sous-entendu sain et sauf), ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif ».
Et tout cela, donc, était une pédagogie de Dieu : un autre verset de ce même chapitre dit « Tu reconnais, à la réflexion, que le SEIGNEUR ton Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils » (Dt 8, 5). Et le même livre du Deutéronome dit encore : « Le SEIGNEUR ton Dieu t’a porté tout au long de la route, comme un homme porte son fils. » Toute cette pédagogie avait un seul but : il fallait qu’on acquière le réflexe de dire « C’est Lui » : « N’oublie pas le SEIGNEUR ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage ».
Mais pourquoi tout cet apprentissage ? Pour le bénéfice de qui ? Dieu a-t-il besoin de nos remerciements ? Serait-il comme ces bienfaiteurs qui attendent une reconnaissance éternelle ?
Non, bien sûr ; penser une chose pareille, ce serait encore une fois nous fabriquer un dieu à notre image ; en réalité, si Dieu veut que nous reconnaissions notre dépendance à son égard, c’est qu’elle est vitale pour nous. Le livre de la Genèse dit de manière imagée que nous sommes suspendus à son souffle ; le livre du Deutéronome le dit à sa manière : « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du SEIGNEUR » : son Souffle, sa Parole …
Dieu veut son peuple libre ; il ne veut donc pas faire de nous ses esclaves ; mais reconnaître notre dépendance à son égard est le seul moyen de ne pas devenir esclaves de quelqu’un d’autre. Or on sait que ce texte, comme tout le livre du Deutéronome, n’est pas de Moïse ; il a été écrit bien longtemps après lui : à une époque justement où l’on peut craindre que, peu à peu, le peuple élu ne tombe dans l’amnésie. Installés en Canaan, on ne risque plus la faim, la soif, ni tous les dangers du désert, serpents et autres scorpions… mais il faut résister à un nouveau danger, autrement sérieux : l’idolâtrie des Cananéens. Contre cette contamination, un seul vaccin, la fidélité du peuple à l’Alliance, c’est-à-dire très concrètement l’obéissance aux commandements.
Visiblement, c’est là l’enjeu : pour commencer, notre texte le dit clairement : « Le SEIGNEUR voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le coeur : est-ce que tu allais garder ses commandements, oui ou non ? » Et d’autre part, le verset qui précède tout juste ceux que nous avons lus aujourd’hui, dit : « Tout le commandement que je te donne aujourd’hui, vous veillerez à le pratiquer afin que vous viviez, que vous deveniez nombreux, et que vous entriez en possession du pays que le SEIGNEUR a promis par serment à vos pères »…
« Il t’a fait passer par la pauvreté » : rappel salutaire au moment où on risque d’être trop bien installé et de reléguer au musée des antiquités les commandements de l’Alliance…
D’autre part, la reconnaissance de notre pauvreté fondamentale est le préalable à toute rencontre de Dieu en vérité : quand nous nous abandonnons à son action, alors il peut nous combler. Si nous cessons de croire que nous avons des forces par nous-mêmes, alors nous découvrons des forces insoupçonnées, qui sont les siennes. L’Esprit Saint nous a été donné pour cela. Et la fête du Corps et du Sang du Christ nous rappelle que Jésus nous propose beaucoup mieux, c’est d’habiter en nous.
———————-
Complément
La mémoire d’un peuple (ou d’une communauté, d’un couple), c’est un peu comme les racines d’un arbre : aujourd’hui, on voit l’arbre, on ne voit pas ses racines… n’empêche qu’il ne vit que grâce à elles, il leur doit tout en quelque sorte. Imaginez un arbre qui dirait « je me sépare de mes racines », elles m’empêchent de me déplacer, pire, elles m’empêchent de voler… on devine la suite, c’est la mort de l’arbre. Au vrai sens du terme, l’avenir de l’arbre est dans ses racines.
Quand Moïse dit à son peuple « Souviens-toi » ou « n’oublie pas », c’est comme s’il lui disait « ne te coupe pas de tes racines », « ton avenir est dans ta fidélité à tes racines ». Moïse ne se retourne pas vers le passé par sentiment ; mais c’est parce qu’il est tout entier tourné vers l’avenir qu’il se préoccupe de la fidélité aux racines. Il dit quelque chose comme « Si tu veux être encore debout demain, n’oublie pas aujourd’hui, ce que tu es et grâce à qui tu l’es ».
De siècle en siècle, Israël s’est construit en restant fidèle à ses racines ; Jésus, à son tour, pour résister au tentateur, a repris simplement les mots du Deutéronome : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ».

 

PSAUME 147 (147 B)

12 Glorifie le SEIGNEUR, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
13 Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

14 Il fait régner la paix à tes frontières
et d’un pain de froment te rassasie.
15 Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

19 Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
20 Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

« Glorifie le SEIGNEUR, Jérusalem ! Célèbre ton Dieu, ô Sion ! » Il faut entendre ce parallélisme : Sion et Jérusalem, c’est la même chose. Et, d’ailleurs, quand on parle de Sion ou de Jérusalem, ici, plutôt que de la ville, il s’agit des habitants, c’est-à-dire du peuple d’Israël, en définitive.
Je reviens à cette phrase : « Glorifie le SEIGNEUR, Jérusalem ! » On peut la dater facilement : nous sommes au retour de l’exil à Babylone, donc à la fin du sixième siècle ; il a fallu reconstruire la ville et redresser le Temple. Sans l’aide de Dieu rien de tout cela n’aurait été possible : « Il a consolidé les barres des portes de Jérusalem ».
Dans le psaume précédent, Dieu est appelé le « bâtisseur de Jérusalem » et le « rassembleur des dispersés d’Israël » (Ps 146/147 A, 2). Mais ce n’est pas seulement un travail d’architecte que Dieu a fait : ce retour au pays est une véritable restauration du peuple, une vie nouvelle va commencer ; une vie dans la paix et la sécurité : « Il fait régner la paix à tes frontières et d’un pain de froment te rassasie. » En Exil, on a mangé le pain des larmes, le pain d’amertume ; le retour au pays, c’est le temps de l’abondance, le pain de froment qui rassasie.
Le deuxième accent très fort de ce psaume, c’est la conscience aiguë du privilège que représente l’élection d’Israël : « Pas un peuple qu’il ait ainsi traité, nul autre n’a connu ses volontés ».
Voici ce qu’en dit le livre du Deutéronome : « Tu es un peuple consacré au SEIGNEUR ton Dieu : c’est toi qu’il a choisi pour être son peuple, son domaine particulier parmi tous les peuples de la terre… C’est uniquement à tes pères que le SEIGNEUR ton Dieu s’est attaché par amour. Après eux, entre tous les peuples, c’est leur descendance qu’il a choisie, ce qu’il fait encore aujourd’hui avec vous » (Dt 7,6 ; 10,15). Il s’agit d’un choix libre et inexpliqué de Dieu, un choix dont on ne cesse de s’émerveiller et de rendre grâce.
Voici un autre passage du livre du Deutéronome : « Interroge donc les temps anciens qui t’ont précédé, depuis le jour où Dieu créa l’homme sur la terre : d’un bout du monde à l’autre, est-il arrivé quelque chose d’aussi grand, a-t-on jamais connu rien de pareil ? Est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et qui soit resté en vie ? Est-il un dieu qui ait entrepris de se choisir une nation, de venir la prendre au milieu d’une autre, à travers des épreuves, des signes, des prodiges et des combats, à main forte et à bras étendu, et par des exploits terrifiants – comme tu as vu le SEIGNEUR ton Dieu le faire pour toi en Égypte ? Il t’a été donné de voir tout cela pour que tu saches que c’est le SEIGNEUR qui est Dieu, il n’y en a pas d’autre. Du haut du ciel, il t’a fait entendre sa voix pour t’instruire ; sur la terre, il t’a fait voir son feu impressionnant, et tu as entendu ce qu’il te disait du milieu du feu. » (Dt 4,32-36). A vues humaines, ce choix ne s’explique pas ; la seule explication que Moïse ait trouvée est celle-ci : « Parce qu’il a aimé tes pères et qu’il a choisi leur descendance, en personne il t’a fait sortir d’Égypte. » (Dt 4,37). C’est donc tout simplement une histoire d’amour, il n’y a pas d’autre explication. Et tout l’Ancien Testament déroule cette histoire d’amour bien étonnante entre un tout petit peuple souvent infidèle et le Dieu de l’univers qui, pour autant, ne l’abandonne jamais.
Si le peuple élu est heureux et fier de ce choix de Dieu, il sait qu’il n’y a pas là matière à s’enorgueillir : Moïse leur disait : « Si le SEIGNEUR s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. C’est par amour. »
À l’origine, dans la pensée d’Israël, la conscience de vivre une Alliance avec le Dieu du Sinaï n’excluait pas que d’autres peuples aient leurs propres dieux protecteurs. Israël n’était pas encore monothéiste : il était « monolâtre » (on dit également « hénothéiste ») c’est-à-dire qu’il ne rendait de culte qu’à un seul Dieu, le Dieu du Sinaï, celui qui l’avait libéré d’Égypte. Il ne devint réellement « monothéiste » que pendant l’Exil à Babylone (au sixième siècle avant notre ère). Ce fut alors un nouveau saut dans la foi, la découverte de l’universalisme : si Dieu était le Dieu unique, alors, il était également celui de tous les peuples.
L’élection d’Israël n’était pas dénoncée pour autant et l’on trouve sous la plume du prophète Isaïe des phrases magnifiques en ce sens : « Toi, Israël, mon serviteur, Jacob que j’ai choisi, descendance d’Abraham mon ami : aux extrémités de la terre je t’ai saisi, du bout du monde je t’ai appelé ; je t’ai dit : Tu es mon serviteur, je t’ai choisi, je ne t’ai pas rejeté. Ne crains pas : je suis avec toi ; ne sois pas troublé : je suis ton Dieu. Je t’affermis ; oui, je t’aide, je te soutiens de ma main victorieuse. » (Is 41,8-10). C’est le même Isaïe qui sut faire comprendre à ses contemporains que leur élection prenait désormais un autre visage, celui d’une vocation au service des autres peuples : être auprès d’eux le témoin de Dieu. C’est le sens, entre autres des quatre textes que l’on appelle « Les Chants du Serviteur » : « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » (Is 49,6).

 

DEUXIEME LECTURE – première lettre de Paul aux Corinthiens 10, 16-17

Frères,
16 La coupe d’action de grâce que nous bénissons,
n’est-elle pas communion au sang du Christ ?
Le pain que nous rompons,
n’est-il pas communion au corps du Christ ?
17 Puisqu’il y a un seul pain,
la multitude que nous sommes est un seul corps,
car nous avons tous part à un seul pain.

Dans la lettre de Paul aux Corinthiens, le passage que nous venons de lire est encadré par une double recommandation dont il faut entendre toute la gravité ; cela commence par « Mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie » et la fin du passage, c’est « voulez-vous exciter la jalousie du Seigneur ? », ce qui veut dire exactement la même chose ; quand la Bible parle de la jalousie du Seigneur, c’est toujours pour mettre mise en garde contre l’idolâtrie.
Ici, Paul vise un problème bien précis, et notre passage d’aujourd’hui ne peut pas se comprendre hors de ce contexte : dans la religion chrétienne, on ne pratique pas de sacrifices d’animaux ; mais la religion juive en pratiquait et elle n’était pas la seule, les autres religions en faisaient autant ; et dans toutes les religions, que ce soit la religion juive ou une autre, le sacrifice était souvent suivi d’un repas qui avait lieu dans le temple même et au cours duquel on mangeait l’animal sacrifié, dans l’intention d’entrer en communion avec la divinité.
Et donc, parmi les Corinthiens fraîchement convertis au Christianisme, il y avait des gens qui jusqu’à leur conversion avaient participé aux sacrifices d’animaux de la religion grecque et aux repas qui suivaient ces cérémonies. Il semble bien, d’après le contexte de notre lettre, que certains d’entre eux avaient encore la tentation de continuer à participer à ces repas dans les temples des idoles ; là Paul est très ferme, il faut choisir : ou entrer en communion avec le Dieu vivant ou rechercher une autre communion. Il n’est pas question, dit-il, de participer à la fois à la table du Seigneur et à celle des idoles.
Une autre question, plus difficile, se posait : les surplus de viande des animaux sacrifiés dans les temples des idoles étaient vendus en boucherie ; un Chrétien pouvait-il en acheter et en consommer sans se faire complice de l’idolâtrie ? Cette question a empoisonné les débuts de l’Eglise, elle prend une grande place dans les Actes des Apôtres (chapitre 15), dans la lettre de Paul aux Romains (chapitres 14 et 15) et dans cette lettre aux Corinthiens (chapitres 8 à 10).
Pour certains, les choses étaient claires : puisque les idoles n’existent pas, on peut bien acheter au marché et manger dans nos maisons la viande des sacrifices, c’est de la viande tout simplement ; Paul n’y voit pas d’inconvénient à condition que l’on ne risque pas de scandaliser des Chrétiens plus scrupuleux ou des non-Chrétiens qui seraient surpris de voir les Chrétiens se rendre complices de l’idolâtrie. Son raisonnement s’appuie toujours sur le même fondement : l’Eucharistie nous fait entrer en communion avec le Dieu de Jésus-Christ.
On comprend mieux du coup pourquoi Paul insiste sur le sens du repas de la liturgie chrétienne : « La coupe d’action de grâce que nous bénissons est communion au sang du Christ ; le pain que nous rompons est communion au corps du Christ. » Le mot que Paul emploie, « koinônia » en grec, évoque un lien d’intimité, d’appartenance, une solidarité profonde.
Le Christ l’a dit en d’autres termes en employant le mot « Alliance » : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous » (Luc 22,20). L’alliance au sens biblique, c’est bien une appartenance réciproque, un engagement mutuel : la grande formule de l’alliance c’était : « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu. »
En Jésus, c’est Dieu qui accomplit son Alliance avec l’humanité ; mais en Jésus aussi, c’est l’humanité qui accueille ce projet de Dieu et y répond ; il est celui qui entretient avec Dieu le dialogue sans ombre proposé à Adam, c’est-à-dire à l’humanité tout entière. C’est tout le mystère de Jésus à la fois homme et Dieu : en Lui, Dieu propose son amour, en lui, l’humanité répond par l’action de grâce. En Lui Dieu parle, se révèle (il est le Verbe, la Parole du Père) ; en Lui l’humanité répond à la Parole. En Lui, Dieu se donne ; en Lui l’humanité accueille le don de Dieu. Vous avez reconnu là le schéma de toute célébration liturgique qui est justement le lieu de l’accomplissement de l’alliance. Et la Prière Eucharistique se conclut par cette phrase magnifique : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. Amen. »
Ce qui fut la grande découverte d’Israël (le Dieu tout-autre se fait le tout proche) est vrai au plus haut point dans l’Eucharistie : elle demeure pour nous le mystère du Dieu tout-autre et en même temps elle nous fait participer à son intimité, à sa vie divine : ce n’est pas l’homme qui atteint Dieu, c’est Dieu qui se fait proche.
L’Eucharistie est donc repas de communion comme toutes les religions en connaissaient, mais c’est le sacrifice lui-même qui a changé : le sacrifice que Dieu attend, ce n’est pas l’égorgement d’un animal, c’est le don de nos vies. Comme le disait déjà le psaume 39/40, « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu ne voulais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit voici je viens. » C’est ce qu’a fait le Christ. Sa vie tout entière a été offerte et mise au service de ses frères. Et quand nous participons au repas de communion de l’Eucharistie, nous unissons nos vies à la sienne pour les offrir au Père.
Cela va très loin : Paul ose dire que nous faisons partie du même corps que le Christ « Le pain que nous rompons est communion au corps du Christ. » Et si nous faisons réellement un seul corps avec lui, il nous rend capables de mener désormais la même vie que lui. Quand Saint Augustin dit à ceux qui communient « Devenez ce que vous recevez, recevez ce que vous êtes », il dit bien que nous devenons corps et sang de Jésus-Christ, c’est-à-dire à notre tour, vies offertes pour la naissance de l’humanité nouvelle.
Car effectivement, quand nous participons à l’Eucharistie, nous ne sommes pas seuls concernés : Jésus a bien dit qu’il donnait sa vie pour la multitude, et quand il se donne en nourriture, c’est bien aussi en vue de la multitude.
Et c’est bien à la multitude que nous sommes envoyés. « Oui, vraiment, il est grand le mystère de la foi ! »

 

EVANGILE – selon Saint Jean 6, 51-58

En ce temps-là,
Jésus disait aux foules des Juifs :
51 « Moi, je suis le pain vivant,
qui est descendu du ciel :
si quelqu’un mange de ce pain,
il vivra éternellement.
Le pain que je donnerai, c’est ma chair,
donnée pour la vie du monde. »
52 Les Juifs se querellaient entre eux :
« Comment celui-là
peut-il nous donner sa chair à manger ? »
53 Jésus leur dit alors :
« Amen, amen, je vous le dis :
si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme,
et si vous ne buvez pas son sang,
vous n’avez pas la vie en vous.
54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang
a la vie éternelle ;
et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
55 En effet, ma chair est la vraie nourriture,
et mon sang est la vraie boisson.
56 Celui qui mange ma chair et boit mon sang
demeure en moi,
et moi, je demeure en lui.
57 De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé,
et que moi je vis par le Père,
de même celui qui me mange,
lui aussi vivra par moi.
58 Tel est le pain qui est descendu du ciel :
il n’est pas comme celui que les pères ont mangé.
Eux, ils sont morts ;
celui qui mange ce pain
vivra éternellement. »

A la suite de ce discours, des quantités de gens ont cessé de suivre Jésus : ce qu’il disait était inacceptable ; alors il s’est retourné vers les Douze et il leur a demandé : « Et vous, ne voulez-vous pas partir ? » C’est là que Pierre a répondu « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle ».
Voilà le paradoxe de la foi : ces paroles sont humainement incompréhensibles et pourtant elles nous font vivre. Il nous faut suivre le chemin de Pierre : vivre de ces paroles, les laisser nous nourrir et nous pénétrer, sans prétendre les expliquer. Il y a là déjà une grande leçon : ce n’est pas dans les livres qu’il faut chercher l’explication de l’Eucharistie ; mieux vaut y participer, laisser le Christ nous entraîner dans son mystère de vie.
Le mot qui revient le plus souvent dans ce texte, c’est la vie : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, (c’est-à-dire ma vie) donnée pour que le monde ait la vie. » La lettre aux Hébreux le dit bien : « En entrant dans le monde, le Christ dit : Voici je suis venu faire ta volonté » et la volonté de Dieu, on le sait, c’est que le monde ait la vie. Une vie qui est cadeau : « le pain que je donnerai » ; tout est cadeau : Isaïe l’avait déjà annoncé « O vous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux, même celui qui n’a pas d’argent, venez ! Demandez du grain et mangez ; venez et buvez – sans argent, sans paiement – du vin et du lait. A quoi bon dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ? Ecoutez donc, écoutez-moi, et mangez ce qui est bon ; que vous trouviez votre jouissance dans des mets savoureux : tendez l’oreille, venez vers moi, écoutez et vous vivrez. » (Is 55,1-3).
Et ce qui nous fait vivre, c’est le don de la vie du Christ, ce que nous appelons son sacrifice ; mais il ne faut pas nous méprendre sur le sens du mot « sacrifice ». Tout au long de l’histoire biblique, on a assisté à une transformation, une véritable conversion de la notion de sacrifice ; on peut déceler plusieurs étapes dans cette pédagogie qui a pris des siècles.
Au début de l’histoire biblique, le peuple hébreu pratiquait, comme beaucoup d’autres peuples, des sacrifices sanglants, d’humains et d’animaux. Spontanément, pour s’approcher de Dieu, pour entrer en communion avec Lui (c’est le sens du mot « sacrifier » – « sacrum facere »- faire du sacré), on croyait devoir tuer. Au fond pour entrer dans le monde du Dieu de la vie, on lui rendait ce qui lui appartient, la vie, donc on tuait.
La première étape de la pédagogie biblique a été l’interdiction formelle des sacrifices humains ; et ce dès la première rencontre entre Dieu et le peuple qu’il s’est choisi ; puisque c’est à Abraham que cette interdiction a été faite « Ne lève pas la main sur l’enfant » (Gn 22). Et depuis Abraham, cette interdiction ne s’est jamais démentie ; chaque fois qu’il l’a fallu, les prophètes l’ont rappelée en disant que les sacrifices humains sont une abomination aux yeux de Dieu. Et déjà, dès le temps d’Abraham, la Bible ouvre des horizons nouveaux (avec le sacrifice de Melchisédek) en présentant comme un modèle de sacrifice au Dieu très-haut une simple offrande de pain et de vin (Gn 14).
On a pourtant continué quand même à pratiquer des sacrifices sanglants pendant encore des siècles. Dieu use de patience envers nous ; comme dit Pierre, « Pour lui, mille ans sont comme un jour » …
La deuxième étape, c’est Moïse qui l’a fait franchir à son peuple : il a gardé les rites ancestraux, les sacrifices d’animaux, mais il leur a donné un sens nouveau. Désormais, ce qui comptait, c’était l’alliance avec le Dieu libérateur.
Puis est venue toute la pédagogie des prophètes : pour eux, l’important, bien plus que l’offrande elle-même, c’est le coeur de celui qui offre, un coeur qui aime. Et ils n’ont pas de mots trop sévères pour ceux qui maltraitent leurs frères et se présentent devant Dieu, les mains chargées d’offrandes. « Vos mains sont pleines de sang » dit Isaïe (sous-entendu « le sang des animaux sacrifiés ne cache pas aux yeux de Dieu le sang de vos frères maltraités ») (Is 1,15). Et Osée a cette phrase superbe que Jésus lui-même a rappelée « C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices » (Os 6,6). Michée résume magnifiquement cette leçon : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR réclame de toi. Rien d’autre que de respecter le droit et la justice et de marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6,8).
L’étape finale de cette pédagogie, ce sont les fameux chants du Serviteur du deuxième Isaïe : à travers ces quatre textes, on découvre ce qu’est le véritable sacrifice que Dieu attend de nous ; sacrifier (faire du sacré), entrer en communion avec le Dieu de la vie, ce n’est pas tuer ; c’est faire vivre les autres, c’est-à-dire mettre nos vies au service de nos frères. Le Nouveau Testament présente souvent Jésus comme ce Serviteur annoncé par Isaïe ; sa vie est tout entière donnée pour les hommes. Elle est le sacrifice parfait tel que la Bible a essayé de l’inculquer à l’humanité. « Le pain que je donnerai ; c’est ma chair1 donnée pour que le monde ait la vie ». Et désormais, dans la vie donnée du Christ, nous accueillons la vie même de Dieu : « De même que le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi ».
——————–
Note
1 – Le mot « chair » ici, dans la bouche de Jésus est équivalent de vie : nous pouvons donc lire « ma vie donnée pour que le monde ait la vie ». Et nous comprenons bien que Jésus fait allusion à sa Passion et à ce mystère.
Complément à propos des sacrifices
La dernière conversion qui nous reste à faire, c’est de ne plus chercher à « faire » du sacré, mais à accueillir la Vie que Dieu nous donne.

EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, MESSE, SACREMENTS

Comprendre l’Eucharistie

Pour mieux comprendre et mieux vivre l’Eucharistie

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« Comprendre l’Eucharistie »: retrouver le goût du sacrement

Bernard Sesboüé

Paris, Salvator, 2020. 186 pages.

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Présentation de l’éditeur

Tout le mystère chrétien est présent dans l’Eucharistie. Mais comment comprendre cette institution en profondeur, sans verser dans un ritualisme formel ? On a souvent dit que le christianisme s’appuyait  d’abord sur un événement fondateur, celui de Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Or, la célébration de l’Eucharistie représente précisément le moment et le lieu où l’événement pascal de Jésus se fait institution, tout en demeurant l’événement personnel de Jésus. Comme lavait souligné naguère le père de Lubac : « Si l’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église. » Chaque célébration eucharistique a pour but de faire de l’assemblée présente le Corps de l’Église, qui est le Corps du Christ. Il s’agit donc ici d’expliquer ce qui est en jeu dans ce sacrement, afin d’aider les chrétiens qui ne sont pas théologiens de métier à mieux la comprendre, et surtout à mieux en vivre.

Théologien, jésuite, le père Bernard Sesboüé a publié de nombreux ouvrages dont, chez Salvator, L’homme, merveille de Dieu (2015), Jésus, voici l’Homme (2016) et L’Eglise et la liberté (2019).

 

Critique de La Croix (mars 2020)

Théologie. Le théologien Bernard Sesboüé propose une fine relecture de l’histoire et du sens de ce sacrement.

Les sociologues le répètent, enquête après enquête, la crise du christianisme se caractérise en France par une désaffection profonde et désormais installée pour la messe. Mais comment avoir goût pour ce que l’on peine à comprendre, voire ce que l’on ne comprend plus du tout ? C’est avec ce paysage en toile de fond que Bernard Sesboüé, jésuite, théologien aguerri, a rassemblé dans cet essai une présentation du mystère de l’eucharistie en ce qu’il a d’essentiel.

Sans méconnaître le détail des rites auxquels il accorde une juste importance, Bernard Sesboüé ne verse pas dans un ritualisme formel, qui risque toujours d’enfermer dans l’accessoire. Au contraire, il replace l’eucharistie à sa juste place, majeure, celle de nouer le destin de l’homme à celui de Dieu et de construire l’Église. « Si l’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie fait l’Église », a écrit le père Henri de Lubac. Il insistait sur le fait que chaque célébration eucharistique a pour but de faire de l’assemblée présente le corps de l’Église qui constitue aussi le corps glorieux du Christ.

Déjouer les fausses interprétations

« Sacrement du sacrifice unique de Jésus », « sommet des sacrements », « mémorial » : ces synonymes de l’Eucharistie sont tour à tour présentés par Bernard Sesboüé, qui s’emploie à déjouer les fausses interprétations. Comme, par exemple, l’affirmation que l’Eucharistie serait une « répétition » de la croix. « L’Eucharistie n’est en rien la “répétition” de la croix, dont le “une fois pour toutes” ne peut être répété (…) L’Eucharistie par contre est bien la “répétition” de la Cène », précise-t-il.

Tout au long de l’ouvrage, l’auteur nous fait bénéficier de sa grande connaissance des Écritures, de la tradition, mais aussi de l’histoire des Églises chrétiennes et du dialogue œcuménique, dont les avancées ont été l’occasion d’approfondir le sens de ce sacrement. C’est certainement dans le chapitre consacré à la délicate question de la « présence réelle » que s’expriment le mieux sa finesse et son discernement théologiques.

Contre les lectures matérialistes

Bernard Sesboüé commence par souligner l’importance des paroles de Jésus « Ceci est mon corps ; ceci est la coupe de mon sang », attestées dans les quatre versions de l’institution de l’Eucharistie présentes dans le Nouveau Testament. « L’Eucharistie n’est donc plus une nourriture simplement humaine, elle est confectionnée par la toute-puissance de la parole de Dieu et elle comporte donc un élément proprement divin », souligne le théologien.

Les Pères de l’Église ne s’étaient guère posé de questions sur le « comment » de cette présence, mais nous avons hérité du Moyen Âge tout un langage philosophique, celui de la substance, qui nous est devenu obscur. Avec pédagogie, Bernard Sesboüé en redonne le sens. Contre les lectures matérialiste ou physiciste, il rappelle que chez saint Thomas d’Aquin « la substance n’est pas le substrat, mais la raison d’être d’une chose et son sens »« La substance, en tant que telle, n’est pas visible pour l’œil corporel, ni n’est sujet pour aucun sens (…) En conséquence, à parler de façon propre, le corps du Christ n’est perceptible que par le seul intellect, dit œil spirituel », écrit Thomas d’Aquin.

Présence réelle mais non physique

Si la présence du Christ est réelle – et non symbolique –, elle n’est ni géographique, ni physique, ni locale. « Autrement dit, le corps du Christ n’est pas présent dans le tabernacle de la même manière que le ciboire y est présent », insiste Bernard Sesboüé. Il signale tout autant la force de cette présence spirituelle, invitant à la considérer comme « une présence infiniment plus intime que la présence courante qui passe par nos corps non glorifiés ».

Par-delà ces précisions importantes, Bernard Sesboüé veut tourner nos regards vers l’essentiel : « La visée de l’Eucharistie n’est pas le changement du pain et du vin (…) mais l’accès de toute l’assemblée au statut de corps du Christ par le don de l’Esprit », résume-t-il. Cet aspect a été quelque peu oublié pendant le second millénaire. Retrouver cette visée de communion serait aujourd’hui salutaire.

 

Un autre regard sur l’eucharistie

Maurice Zundel

Paris, Jubilé, 2006. 230 pages. 2006

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Extrait de l’avant-propos de Bernard de Boissière :

Il est très important de se demander, avant d’abor­der la lecture de ce livre, comme pour celle des précédents, si l’on est vraiment capable d’être fidèle à leur esprit. Ce n’est pas évident. Le danger réel serait d’en rester aux idées, si belles soient-elles. Et il ne s’agit pas là d’un enseignement, mais d’une véritable rencontre avec Dieu, à travers le témoignage vibrant d’un saint dont c’était la vie tout entière, en découverte permanente.
Or, c’est grâce aux nombreux enregistrements d’auditeurs enthousiastes, présents aux multiples conférences et homélies de l’abbé Zundel, que purent être édités après sa mort un certain nombre de très beaux livres. Mais de quel droit les publier ?
Il est en effet manifeste que de son vivant l’abbé Zundel n’aurait jamais envisagé, ni encouragé leur publication. Il était incapable de se comporter en pro­fesseur cherchant à vous apprendre quelque chose préalablement construit. Sa prédication était essentiel­lement celle d’un témoignage actuellement et toujours vécu, sans cesse renouvelé et improvisé, extrêmement centré et cependant toujours neuf et varié. Sa parole, comme sortie d’un puits très profond, s’adressait directement et personnellement à son auditoire, à tous et à chacun.
La salle, ou l’église, était parcourue par une flamme contagieuse dans un silence où chacun se sentait concerné, même ceux qui ne comprenaient pas toujours les idées, mais qui venaient néanmoins pour voir, entendre et être saisis.
On comprend alors qu’une communication aussi personnelle, ardente, improvisée et purement prospective ne puisse souffrir de retour en arrière. L’abbé Zundel en fit effectivement la très douloureuse expérience quand Mgr Macchi, secrétaire de Paul VI, lui demanda de publier la retraite qu’il venait de prêcher au Vatican en février 1972, d’où vingt-deux conférences entièrement improvisées, et par ailleurs magnifiques, après un temps de préparation extrêmement court. Une retranscription de leur enregistrement lui fut alors remise en vue d’un livre. L’abbé Zundel était déjà âgé et fatigué. Cette nouvelle tâche consistant à transformer, sur des recommandations extérieures, un style très direct, spontané, personnel et passionné en une prose inévitablement banalisée, l’épuisa et hâta sa mort en août 1975, comme put le constater son médecin. Le livre ne parut finalement qu’en 1976, intitulé Quel Homme et quel Dieu (aux éditions Saint-Augustin), mais fait pâle figure auprès de la réalité enregistrée, qu’accompagnaient à la fin les merveilleux remerciements de Paul VI. On comprendra alors mieux pourquoi, au début de tous les livres posthumes, le lecteur aura été averti comme maintenant que le texte enregistré n’aura pratiquement pas été modifié, malgré certaines lourdeurs ou répétitions.

Présentation de l’éditeur

Offrir à notre regard une présentation de l’Eucharistie sous un autre éclairage, tel est le but de cette anthologie zundélienne. Beaucoup peut-être, mais sans oser l’avouer, voient dans l’Eucharistie, dans le dogme de la Présence réelle tel qu’il est souvent présenté, une pure absurdité : le Bon Dieu dans une miette de pain, cela n’a pas sens !
M. Zundel nous a parlé de cet enseignant qui lui disait : «Je n’examine jamais ma foi parce que je serais prêt d’en douter, alors je crois en bloc et je ne discute plus !» J’ajoute : «Croire en bloc et ne pas discuter, cela ne veut rien dire ! En quoi peut-il être fécond pour l’esprit et glorieux pour le Seigneur que de dire : je n’y comprends rien, mais je crois. Cela ne sert absolument à rien.»
Le comble est atteint quand on en arrive à penser que l’acte de foi est d’autant méritoire que son objet défie de façon plus flagrante le simple bon sens. Plus on pénètre dans la foi chrétienne, plus on s’aperçoit qu’elle est éminemment raisonnable. À condition qu’on veuille bien dépasser les apparences et s’efforcer sans cesse de lire la foi à l’intérieur d’elle-même, c’est à cette lecture éminemment «intelligente» (intus légère) du mystère de l’Eucharistie qu’invite ce livre.

Paul Debains, après trente années de missions en Afrique, exerce son ministère en France. Il est membre de l’association des Amis de Maurice Zundel. Il a déjà réuni et présenté des -ex-es inédits de M Zundel dans Un autre regard sur l’homme. Le problème que nous sommes et Pour toi qui suis-je ? (Sarment – Éditions du Jubilé)

Maurice Zundel (1897-1975), prêtre suisse, mena une vie de prédicateur itinérant – en France et à l’étranger-, pratiquement inconnu de son vivant. Sa vision de l’homme, «libre de soi et de tout, (pouvant) se jeter dans les bras de Dieu qui est liberté», rencontre aujourd’hui l’attente d’un très large public.

 

L’Eucharistie à l’école des Saints (Français) Relié – 1 avril 2000

Nicolas Buttet

Paris, Editions de l’Emmanuel, 2000. 382 pages.

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Description du produit

Avec cet ouvrage, Nicolas Buttet nous offre une véritable somme sur l’Eucharistie. Il nous invite à nous mettre à l’école des saints et de quelques grands témoins. Avec simplicité et profondeur, il les interroge sur leur compréhension du mystère central de la Messe. Réflexions et témoignages se succèdent venant éclairer les principaux aspects théologiques, liturgiques et spirituels de l’Eucharistie,  » source et sommet  » de toute vie chrétienne. Auprès d’un grand nombre, une telle approche fortifiera la foi et stimulera l’amour pour le Christ réellement présent sous les espèces du pain et du vin consacrés. Par toutes les informations qu’il rassemble, l’ouvrage devrait rendre de précieux services aux catéchistes et prédicateurs chargés de préparer jeunes et adultes à la communion eucharistique. Comme l’annonce le préfacier, le Père Nottebaert, o.m.i., on ne trouvera pas d’abord ici une savante étude sur le Saint Sacrement, mais un livre de vie que tout chrétien pourra fréquenter comme un ami

 

L’Eucharistie au cœur des Ecritures

Edouard Cothenet

Paris, Salvator, 2016. 224 pages

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 Il faut sûrement être un peu familier des questions théologiques et de la lecture de la Bible pour tirer tout le sel de ce remarquable ouvrage du P. Cothenet.  Mais il propose une nourriture très solide à tous ceux qui cherchent à faire de leur vie quotidienne une vie « eucharistique », une authentique vie spirituelle à la suite du Christ et en lui. Il abonde en références bibliques et patristiques propres à la réflexion et à la méditation, et des commentaires lumineux enrichissent, élargissent, voire convertissent notre compréhension parfois trop étroite de l’eucharistie. Notamment sur deux points.

L’eucharistie pas seulement mémorial du passage du Fils vers le Père pour nous entraîner à sa suite, elle est aussi le sacrement de la  récapitulation, de la Nouvelle Alliance : Dieu, par le sang de la Croix, a voulu réunir en Christ l’univers entier, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre (Ep 1, 10). L’eucharistie ne nourrit pas seulement une voie de salut personnel et communautaire, c’est l’univers entier qui est sauvé, réconcilié dans la mort et la résurrection du Christ. (p. 28).

Cela conduit à interroger les textes de l’Ancien Testament qui annoncent et construisent cette perspective, et plus particulièrement une notion difficile à évoquer aujourd’hui, celle de sacrifice, où Dieu se rend présent aux hommes. Mais avec Jésus-Christ, et déjà avec les prophètes et les psaumes,  le sacrifice, loin d’être l’expression d’une perte violente et de la colère divine contre celui qui porte le péché du monde, est « la non-résistance à l’oppresseur  (comme le serviteur souffrant) et la confiance totale au Père, qui font passer du péché à la justice, lors de la résurrection » à laquelle nous participons par le baptême.

Dès lors, faire mémoire de la mort et de la résurrection du Christ pour entrer dans son exode vers le Père revient à s’unir à l’intercession du Christ pour tous ses frères les hommes (p .173). Et participer pleinement à l’eucharistie, c’est offrir le seul sacrifice qui plaise à Dieu : vivre pour la justice à l’image et à la suite de Jésus, dans l’espérance du retour de Celui qu’on aime sans le voir encore. (p. 184).

Bien d’autres choses seraient à souligner dans ce livre qui nous éloigne de deux compréhensions trop étroites de l’eucharistie : celle d’un sacrifice où la  justice de Dieu ne s’obtiendrait qu’en se faisant violence, celle  d’un don de la présence d’un Dieu intime et personnel,  fait  à notre mesure, où la transformation du monde serait oubliée

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COMMUNION, EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, MESSE

La communion spirituelle

Qu’est-ce qu’une « communion spirituelle » ?

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Lorsque l’on ne peut communier, pour différentes raisons, et qu’on ne peut recevoir ni le Corps, ni le Sang du Christ, on peut néanmoins faire une « communion spirituelle » ou « communion de désir ». De quoi s’agit-il ?

 

La grâce, c’est-à-dire la vie de Dieu, nous est ­communiquée habituellement par les sacrements. Il s’agit d’un « contact direct » avec Jésus, comme lorsque le Christ touchait les yeux de l’aveugle. En effet, ce sont les mains de Jésus qui continuent à nous toucher par les sacrements, tout spécialement lorsque nous recevons le corps du Christ. Cette communion sacramentelle trouve sa per­fection dans la communion spirituelle, qui est une union spirituelle toujours plus intense au Christ par la foi et la charité.

La communion sacramentelle accompagnée de la communion spirituelle constituent ensemble la perfection de la communion eucharistique.

Il se peut qu’une personne en état de péché grave communie sacramentellement ; elle ne recevra cependant pas le fruit spirituel de cette communion puisque, selon saint Paul, elle communie « indignement » (1 Co 11, 29). À l’inverse, une personne pourrait ne pas communier sacramentellement et recevoir le fruit de la communion eucharistique par son désir ardent d’accueillir le corps du Christ. La grâce qui nous vient du Christ en passant par son Corps mystique qu’est l’Église nous est alors communiquée « à distance », comme pour les dix lépreux guéris sur le chemin du retour (cf. Lc 17, 12).

Dans ce cas, on distingue deux situations. Première situation, la communion spirituelle au sens classique, c’est-à-dire celle qui accroît l’amour, et que l’on peut appeler la « communion de désir ». Cette communion exige les mêmes conditions personnelles que celles requises pour la réception de la communion sacramentelle. Tel est le cas d’une personne désireuse de recevoir le corps du Christ mais qui est empêchée de participer à la messe. C’est aussi ce que l’on peut vivre au cours de l’adoration eucharistique. Jean-Paul II affirme en effet que l’adoration eucharistique est aussi une communion de désir.

La communion spirituelle nécessite trois actes : 1/ la foi en la présence réelle de Jésus au Saint-Sacrement ; 2/ l’acte de désir par lequel on s’approche de l’autel en esprit comme si on recevait l’hostie des mains du prêtre ; 3/ enfin, l’action de grâce vécue de la même manière que si l’on avait communié sacramentellement.

La seconde situation sera celle d’une personne qui, en raison d’un péché grave ou d’une situation de vie particulière, ne peut pas accéder à la communion sacramentelle. Dans ce cas, elle peut vivre une communion spirituelle comme une tension vers le pardon du péché et vers la conversion de vie. On appelle alors cette communion spirituelle au sens large le « désir de la communion »

 

(1) Cf. Frère Benoît-Dominique de La Soujeole, o.p., « Communion sacramentelle et communion spirituelle », in Nova et Vetera (février 2011), p. 147 ss.

 

Y a-t-il des actes spéciaux qu’il est nécessaire de produire ? La plupart des auteurs recommandent de faire les mêmes actes que ceux qui sont indiqués avant et après la Communion, que l’on peut résumer ainsi :
1/- Acte de contrition (ou le « Confiteor », le « Domine non sum dignus », … )
2/- Acte de foi vive, qui nous représente Jésus-Christ victime immolée pour nous.
3/- Acte de désir, désir ardent de nous unir à Jésus dans le Sacrement si c’était possible.
4/- Acte de demande, qui nous fait implorer les Grâces qui sont promises à ceux qui se nourrissent de l’Eucharistie (par exemple le pardon pour nos fautes vénielles).
5/- Acte d’action de grâces. Saint Léonard n’hésite pas à nous engager a adorer notre Sauveur au dedans de nous, comme si nous avions communié réellement, à Le remercier etc …

Cependant, comme pour l’oraison, il ne faut pas qu’une méthode devienne un carcan qui charge l’âme, plutôt qu’elle la dilate. S’il est permis, à la suite de Saint Alphonse de Liguori, de citer des révélations privées, voici un conseil de Notre-Seigneur à Sœur Marie Lataste (en 1843) :

« Ma fille, la préparation pour la Communion Spirituelle n’est pas bien difficile ; il n’est pas nécessaire que vous fassiez tous les actes de la Communion Sacramentelle ; recueillez-vous un instant, présentez-vous en esprit devant mon Tabernacle, et dites-moi : « Seigneur Jésus, descendez dans mon cœur ! » Cela suffit. Mais vous devez, dans chaque Communion Spirituelle, vous proposer un but, par exemple d’obtenir une grâce ou une vertu en particulier ; vous pouvez aussi communier spirituellement dans l’intention que je vous ai suggérée pour vos Communions Sacramentelles, qui est d’obtenir de Dieu, mon Père, par mes mérites et la Communion que vous faites, les Grâces nécessaires pour connaître et accomplir parfaitement Sa sainte Volonté. Quand vous n’auriez jamais que cette intention, Elle me serait toujours agréable ».

Pour terminer, retenons cette instante recommandation de Sainte Thérèse d’Avila : « Si, dans le principe, vous ne vous trouvez pas bien de cette pratique, sachez que le démon en peut être la cause ; voyant quel grand dommage il en reçoit, pour vous en détourner, il vous fera éprouver je ne sais quel trouble et quelle angoisse de cœur et il cherchera à vous persuader que vous trouvez plus de dévotion en d’autres exercices de piété. Malgré ses insinuations, tenez ferme, n’abandonnez pas une si salutaire pratique, et prouvez ainsi à Notre-Seigneur que vous L’aimez véritablement ».

Ainsi soit-il.

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CORPS ET SANG DU CHRIST, EUCHARISTIE, FETE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST, JESUS-CHRIST, Non classé, SACREMENTS, THOMAS D'AQUIN

L’Eucharistie expliquée par saint Thomas d’Aquin

 

Ceci est mon Corps, par saint Thomas d’Aquin

Père Cantalamessa, Ceci est mon Corps
Dans son commentaire sur la première épître aux Corinthiens, saint Thomas d’Aquin nous donne l’interprétation juste des paroles de Jésus à la dernière Cène lorsqu’il a dit à ses disciples en tenant le pain qu’il venait de rompre : « Ceci est mon Corps ». Écoutons-le :

Sur ces paroles, nous avons trois choses à considérer :

A) ce qui est exprimé par ces paroles, à savoir que le corps de Jésus-Christ s’y trouve ;
B) la vérité de cette manière de parler ;
C) si cette forme est convenable pour ce sacrement.

A) Sur le premier de ces points, il faut observer qu’il a été dit par quelques auteurs que le corps de Jésus-Christ ne se trouve point en vérité dans ce sacrement, mais seulement que ce sacrement en est le signe. Ils font dire à ces paroles : « Ceci est mon corps » ceci : c’est le signe et la figure de mon corps ; ainsi qu’il a été dit ci-dessus (X, 4) : Or cette pierre était le Christ, c’est-à-dire la figure du Christ. Mais cette interprétation est hérétique, puisque le Sauveur dit expressément (Jean VI, 56) : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. » D’autres auteurs ont dit qu’il y a dans le Sacrement véritablement le corps de Jésus-Christ, mais qu’il y est conjointement avec la substance du pain ; ce qui est impossible, comme il a été dit plus haut. D’autres encore ont prétendu qu’il y a seulement dans le Sacrement le corps de Jésus-Christ, la substance du pain ne demeurant pas, soit parce qu’elle serait anéantie, soit parce qu’elle serait absorbée par la matière qui reste ; mais cela ne peut être, parce que, comme dit saint Augustin (livre des 83 Questions) : Dieu n’est pas l’auteur de ce qui tend à n’être pas. D’ailleurs, cette supposition détruirait encore ceci que la substance du pain est changée au corps de Jésus-Christ. Ainsi, le corps de Jésus-Christ ne commençant pas à être dans le Sacrement par le changement d’une autre substance en la sienne, il faut admettre qu’il commence à s’y trouver par un changement de lieu, ce qui est impossible, comme il a été dit. Il faut donc dire que le corps de Jésus-Christ est dans le Sacrement par le changement du pain en Lui-même. Toutefois il faut remarquer que ce changement diffère de tous ceux qu’on voit dans la nature, car l’action de la nature présuppose la matière, et par conséquent son action ne peut aller au-delà d’un changement partiel quant à la forme substantielle ou accidentelle : aussi tout changement naturel s’appelle-t-il un changement de formeMais Dieu, qui opère le changement dont nous parlons, est l’auteur de la matière et de la forme ; par conséquent, la substance entière du pain, la matière ne subsistant plus, peut être changée en la substance entière du corps de Jésus-Christ. Et parce que la matière est le principe de l’individualisation des êtres, ce tout individuel et déterminé, qui est une substance particulière, est en entier changé en une autre substance particulière : c’est de là que ce changement est appelé substantiel ou transsubstantiation. Il arrive donc dans ce changement le contraire de ce qui a lieu dans les changements naturels : dans ceux-ci le sujet demeure, et la transmutation se fait parfois quant aux accidents ; mais dans l’Eucharistie la substance subit la transmutation, et les accidents demeurent sans sujet, par un effet de la puissance divine, qui, en tant que cause première, les soutient sans cause matérielle. Elle devient substance à cette fin que le corps et le sang de Jésus-Christ puissent être reçus sous deux espèces pour les raisons exposées ci-dessus. Mais parce que, dans un certain ordre, les accidents se rapportent à la substance, les dimensions, pour ce motif, demeurent sans sujet, et les autres accidents demeurent dans les dimensions elles-mêmes qui leur servent de sujet. Si cependant, sous ces dimensions, il ne se trouve aucune autre substance que le corps du Christ, on peut élever une difficulté à l’occasion de la fraction de l’hostie consacrée, attendu que le corps de Jésus-Christ est glorifié, et par conséquent ne saurait être rompu. Il ne pourrait donc se trouver sous cette fraction ; d’ailleurs, on ne peut supposer que quel qu’autre sujet s’y trouve, parce que nulle fiction ne saurait être compatible avec le Sacrement de vérité. Rien donc n’est perçu par les sens dans ce sacrement qui n’y soit en vérité ; car ce qui est en soi sensible, ce sont les qualités, qui demeurent dans ce sacrement telles qu’elles étaient auparavant, ainsi qu’il a été dit. C’est ce qui a fait dire à d’autres auteurs qu’il y a véritablement fraction, mais sans sujet, et qu’ainsi rien n’est rompu dans le Sacrement. Mais cela n’est pas admissible, car, la fraction supposant l’état passif, état inférieur à la qualité, elle ne peut pas plus se trouver dans ce sacrement sans sujet, que la qualitéIl reste donc à dire que la fraction porte sur les dimensions du pain et du vin, qui demeurent là comme sujet, mais qu’elle n’atteint pas le corps de Jésus-Christ, parce qu’il réside sous chaque partie des dimensions après la division. On peut expliquer ainsi ce point : le corps de Jésus-Christ réside dans le sacrement de l’Eucharistie par le changement de la substance du pain en sa propre substance ; or ce changement ne se fait pas à raison des dimensions, puis- qu’elles demeurent, mais seulement à raison de la substance ; donc le corps de Jésus-Christ y est présent, à raison de sa propre substance, et non à raison de ses dimensions, bien que ces dimensions s’y trouvent par voie de conséquence, en tant qu’elles ne sont pas séparées de la substance de Jésus-Christ. Mais, pour ce qui est de la nature de la substance, elle est tout entière sous chaque partie des dimensionsAinsi, de même qu’avant la consécration toute la vérité de la substance et la nature du pain subsistent sous chaque partie des dimensions, ainsi, après la consécration, tout le corps de Jésus-Christ est sous chaque partie du pain divisé. La division de l’hostie consacrée marque : premièrement, la passion de Jésus-Christ, dans laquelle son corps fut brisé par ses blessures, suivant cette parole (Psaume XXI, 17) : « Ils ont percé mes mains et mes pieds » ; deuxièmement, la distribution des dons de Jésus-Christ, qui sortent de lui comme de leur source, suivant ce qui est dit (ci-après, XII, 4) : Il y a diversité de grâces ; troisièmement, les diverses parties de l’Eglise : car parmi ceux qui sont les membres de Jésus-Christ, les uns sont encore en pèlerinage dans ce monde ; les autres vivent déjà dans la gloire avec Jésus-Christ, et quant à l’âme et quant au corps ; d’autres, enfin, attendent à la fin du monde la résurrection dernière : c’est ce que signifie la division de l’hostie en trois parties.

B) Il faut examiner la vérité de ce qui précède, car cette façon de parler (verset 24) : Ceci est mon corps, ne parait pas être vraie. En effet, le changement du pain au corps de Jésus-Christ se fait au moment même où ces paroles sont proférées, car alors se complète la signification de ces termes, la forme des sacrements opérant suivant sa signification ; il s’ensuit donc qu’au commencement de cette phrase, quand on dit que là n’est pas le corps Jésus-Christ, mais la seule substance du pain désignée par ce pronom « ceci » qui est alors démonstratif de la substance, ce pronom « ceci » signifie, dans ces paroles Ceci est mon corps, que la substance du pain est mon corps : ce qui est faux manifestement. Quelques auteurs disent que le prêtre prononce ces paroles matériellement, et en forme de récit, au nom de Jésus-Christ, et par conséquent, ce pronom, en tant qu’il est démonstratif, ne se rapporte pas à. la matière présente : ce serait une manière de parler fausse, qui favoriserait l’objection formulée plus haut. Mais cette explication ne peut se soutenir. D’abord, si cette locution ne s’applique pas à la matière présente, elle ne s’y rapportera en aucune façon : ce qui est faux. En effet, saint Augustin dit (Traité sur Jean, LXXX) : « La parole vient se joindre à l’élément, et le sacrement a lieu. » Il faut donc reconnaître que ces paroles sont prises dans leur sens formel, et qu’il les faut rapporter à la matière présente. Or le prêtre les profère au nom du Christ, de qui elles tiennent leur efficacité, afin de montrer qu’elles ont encore maintenant la vertu qu’elles avaient alors que Jésus-Christ les a prononcées. Car la puissance qui leur a été donnée ne s’évanouit ni par la diversité des temps ni par la différence des ministres. D’ailleurs, la même difficulté reste sur la première fois où Jésus a prononcé ces paroles. Voilà pourquoi d’autres auteurs ont dit que ces mots : Ceci est mon corps, signifient : ce pain désigne mon corps, en sorte que cette expression « Ceci » désigne ce qui est indiqué au commencement de la phrase. Mais cette explication n’est pas non plus admissible, car, les sacrements effectuant réellement ce qu’ils figurent, ces paroles ne peuvent produire que ce qu’elles signifient. De plus, il s’ensuivrait que ces paroles n’opéreraient rien autre chose que de rendre le corps de Jésus-Christ présent comme sous un signe, ce à quoi il a été répondu plus haut. On a dit encore que cette expression : « Ceci » est une démonstration pour l’intelligence, et exprime ce qui sera à la fin de la phrase, à savoir le corps de Jésus-Christ. Mais cette explication ne parait pas non plus convenable, car alors tel serait le sens : Mon corps est mon corps : ce qui ne se réalise pas par ces paroles, attendu que cela était vrai avant les paroles de la consécrationIl faut donc répondre autrement et dire que la forme du sacrement est non seulement significative, mais encore effective, car en signifiant elle opère. Or, dans toute opération active, il est nécessaire de reconnaître quelque chose de commun et comme un principe. Ce qui est commun dans le changement qui nous occupe, ce n’est pas une substance, ce sont les accidents qui subsistaient auparavant et subsistent après : voilà pourquoi, du côté du sujet, dans cette phrase, le nom n’est pas exprimé, parce qu’il marque une espèce de substance déterminée, mais le pronom seulement, qui marque la substance indéterminée et sans désignation spécifique. Le sens est donc : Ceci, à savoir ce qui est contenu sous ces accidents, est mon corps. C’est ce qui s’opère par les paroles de la consécration ; car, avant la consécration, ce qui était contenu sous les accidents n’était pas le corps de Jésus-Christ, mais il devient le corps de Jésus-Christ par la consécration.

C) Il faut examiner la convenance de cette forme du sacrement. Ce sacrement consiste, comme il a été dit, non dans l’usage de la matière, mais dans sa consécration. Or cette consécration ne s’opère pas en ce sens que la matière consacrée reçoit seulement une vertu spirituelle, mais en ce que la transsubstantiation de la matière se réalise, quant à son être, au corps de Jésus-Christ, en sorte qu’il n’a pas été possible de se servir d’aucun autre mot que de l’expression substantive pour dire : Ceci est mon corps. En effet, on marque par là ce qui est la fin, ce qui s’opère au même instant qu’en est donnée la signification.

Saint Thomas d’Aquin, Commentaire de la première épître de saint Paul aux Corinthiens, 1 Corinthiens XI, 23-24 — L’eucharistie

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EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, LITURGIE, MESSE, OBJETS LITURGIQUES, VÊTEMENTS LITURGIQUES

La messe : objets et vêtements liturgiques

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LA MESSE : CONNAÎTRE LES OBJETS LITURGIQUES

Encensoir, corporal, ciboire, manuterge… Connaissez-vous le nom et le sens des différents objets utilisés dans la liturgie ? Savez-vous ce qui distingue le missel d’un lectionnaire ou d’un évangéliaire ? Pourriez-vous reconnaître, à la couleur de l’étole du prêtre, le « climat » liturgique de la fête célébrée ?
Vous trouverez ici quelques explications qui vous en rendront plus familiers.

 

 

CHASUBLE – AUBE – ÉTOLE

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L’aube est une grande tunique blanche. C’est l’habit principal de tous ceux qui exercent une fonction dans la liturgie. Seul le ministre ordonné met une étole (le diacre la met en diagonale sur l’épaule). Le célébrant principal de la messe porte la chasuble par dessus l’aube et l’étole. La couleur de la chasuble et de l’étole varie en fonction de la fête liturgique célébrée : vert pour un dimanche ordinaire, violet pour le carême, rouge pour une fête de martyr, etc.

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HOSTIES

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C’est du pain fabriqué sans levain, c’est-à-dire avec pour seuls ingrédients de la farine et de l’eau. Ce sont en général des monastères qui les fabriquent. Jésus a célébré la Cène avec le pain que les Juifs utilisaient pour la grande fête de la Pâque : du pain sans levain pour signifier la nouveauté de la délivrance du peuple de Dieu et la pureté du cœur.

Et pourquoi pas de levain ?

D’où vient cette tradition juive du pain sans levain que l’Eglise, à la suite de Jésus, a adoptée ?
Ce pain est utilisé dans l’Ancien Testament, au moment de l’Exode : « Yahvé dit à Moïse et à Aaron au pays d’Egypte : « Pendant sept jours, vous mangerez des azymes. Dès le premier jour vous ferez disparaître le levain de vos maisons car quiconque, du premier au septième jour, mangera du pain levé, celui-là sera retranché d’Israël. » (Ex 12,15)

En fait, le levain est un signe d’impureté. Aussi, on comprend mieux ces paroles du Nouveau Testament : « Jésus dit à ses disciples : « Méfiez-vous du levain – c’est à dire de l’hypocrisie – des pharisiens. Rien en effet n’est voilé qui ne sera révélé, rien de caché qui ne sera connu. C’est pourquoi, tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu au grand jour, et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les pièces les plus retirées sera proclamé sur les toits. » (Lc 12,1-3)
« Purifiez-vous du vieux levain pour être une pâte nouvelle, puisque vous êtes des azymes. Car notre pâque, le Christ, a été immolée. Ainsi donc, célébrons la fête, non pas avec du vieux levain, ni un levain de malice et de méchanceté, mais avec des azymes de pureté et de vérité. » (I Cor 5,6-7)

 

GOUPILLON – BENITIER

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Le bénitier contient l’eau qui a été ou va être bénie par le prêtre. Le goupillon sert à asperger, mais on utilise aussi parfois un rameau de buis béni aux Rameaux. Ce rite signifie la demande de pardon, le désir d’être purifié, la foi dans la vie éternelle. On asperge l’assemblée au début de la messe, ou lors de la grande vigile de la nuit pascale, et le défunt lors d’un enterrement.

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ENCENS – NAVETTE – ENCENSOIR

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L’encensoir permet de brûler l’encens : il s’en dégage un parfum agréable, la fumée symbolise la prière qui monte vers le ciel. Plusieurs fois au cours de la messe, le servant de messe présente la navette (qui contient l’encens) au prêtre pour ranimer l’encensoir, puis le prêtre encense :

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Au début de la messe : l’autel et le cierge pascal (durant le temps de Pâques),

Au début de l’Évangile : la Parole de Dieu,

A l’offertoire : les offrandes (oblats) apportées sur l’autel qui vont être consacrées, puis l’assemblée des fidèles. Le thuriféraire encense alors aussi le prêtre.

Au moment de la consécration : le corps et le sang du Christ. Dans les églises d’Orient, on encense aussi les icônes peintes car elles portent le mystère du Christ.

BURETTES – PLATEAU – MANUTERGE

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Les deux burettes contiennent l’eau et le vin nécessaires à la célébration de la messe. Les servants de messe l’apportent au prêtre à l’autel au moment de l’offertoire : le vin est versé dans le calice, une goutte d’eau y est ajoutée symbolisant l’humanité qui est unie au Christ. En semaine, on utilise aussi la burette d’eau pour le  » lavabo  » : le servant verse de l’eau sur les mains du prêtre, au dessus du plateau ; le prêtre s’essuie les mains avec le manuterge. Pour des cérémonies plus solennelles, on utilise l’aiguière et le bassin.
Attention à ne pas se tromper : en général, la plus petite burette contient l’eau, la plus grande contient le vin !

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A propos du lavabo… 
Avant le Concile Vatican II, le prêtre faisait ce geste en récitant le début du psaume 25 :  » Lavabo inter innocentes manus meas, et circumdabo altare tuum, Domine. » « Je laverai mes mains pour être compté parmi les innocents et je me tiendrai auprès de l’autel du Seigneur. »
Aujourd’hui, le prêtre dit le début du psaume 50 : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, et purifie moi de mes péchés », mais ce geste a gardé son nom de… lavabo ! (passé dans le langage courant…)

 

PALE – PURIFICATOIRE

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La pale est un carré de toile cartonnée qui peut couvrir le calice pendant le messe et éviter ainsi que des impuretés tombent dans le vin qui deviendra le sang du Christ. Le purificatoire est un tissu blanc qui sert à purifier, à nettoyer les vases sacrés après usage.

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OSTENSOIR

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L’ostensoir est un vase sacré en forme de grand soleil pour présenter à l’adoration, l’hostie consacrée. Il ne sert pas pendant la messe, mais à la fin de la messe quand celle-ci se poursuit dans un temps d’adoration du Saint Sacrement.

Le « Tabernacle » , dans l’Ancien Testament, était une tente portative qui abritait l’Arche de l’Alliance. Il était considéré comme la demeure de Dieu parmi son peuple.

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Ce mot a été repris par l’Eglise pour désigner la petite armoire dans laquelle on place la « réserve eucharistique », c’est-à-dire, les hosties consacrées, destinées à être portées aux malades, ou à être distribuées lors d’une assemblée dominicale en l’absence de prêtre, ou proposées à l’adoration des fidèles dans une liturgie du Saint Sacrement.
Une lampe signale aux fidèles la présence de la réserve eucharistiqueau tabernacle, et les invite au respect et à la prière : Jésus Christ est présent.

 

CIERGE – CHANDELIER

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La liturgie a toujours beaucoup utilisé les cierges. Aux premiers siècles, c’était même le seul moyen d’éclairer. Aujourd’hui, cela signifie la solennité de l’action liturgique : il y a toujours un cierge allumé près de l’autel pendant la messe. La nuit pascale, on allume pour la première fois un grand cierge, symbole du Christ illuminant tous les hommes et on le garde allumé pour toutes les célébrations jusqu’à la Pentecôte (50 jours). Deux servants de messe, les céroféraires, portent des cierges lors des processions, et entourent l’autel au moment de la consécration.

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CALICE – PATENE – COUPE – CIBOIRE

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Ce sont les vases sacrés. Le calice reçoit le sang du Christ. Sur la patène, on dépose l’hostie consacrée durant la messe. Quand l’assemblée est nombreuse, on utilise aussi une coupe pour les petites hosties. Le ciboire est une grande coupe couverte pour contenir la réserve eucharistique au tabernacle.

 

AUTEL – CORPORAL

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Aux premiers siècles, l’autel où se célébrait l’eucharistie était de forme carrée pour signifier l’offrande de toute l’humanité avec ses quatre éléments définis par les anciens (eau, terre, feu, air) appelée à être divinisée (ce que symbolisait le cercle de la coupole en certains lieux). Aujourd’hui, le corporal est carré et l’hostie est ronde… C’est sur le corporal que sont déposés le calice et la patène.

 

MISSEL – LECTIONNAIRE

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Ce sont les deux livres nécessaires pour célébrer la messe. Le missel contient les prières : le servant de messe qui a la charge du missel le présente au prêtre pour les prières d’ouverture (le kyrie, le gloria, l’oraison), pour les prières de la liturgie de la Parole (credo, introduction et conclusion de la prière universelle), et vers la fin de la messe pour la prière après la communion. Pendant la prière eucharistique (la grande prière centrale de la messe) le missel est posé sur l’autel de manière à ce que le prêtre puisse lire.
Le lectionnaire est le livre qui contient les lectures de la parole de Dieu qui conviennent au jour de la célébration : première lecture dans l’Ancien Testament, deuxième lecture dans le Nouveau Testament et Évangile. A la sacristie, il y a plusieurs livres : lectionnaire du dimanche, lectionnaire de semaine, pour les saints… Parfois on utilise un Évangéliaire pour la lecture de l’Évangile : l’Évangéliaire est apporté solennellement en procession. Quand nous venons à la messe avec notre missel de l’assemblée, c’est un livre qui contient à la fois les lectures et quelques-unes des prières. Il nous aide à mieux suivre la messe ou à nous y préparer chez nous.

 

https://www.aiderpretres.fr/catecheses/messe

 

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Les objets liturgiques de la messe

De nombreux objets servent ou ont servi à la liturgie.

Le calice est un vase en forme de coupe, habituellement porté par un pied, avec une tige comportant un nœud, et dans lequel le prêtre consacre le vin lors de l’eucharistie.

La patène est un récipient en forme d’assiette servant à l’offrande et à la consécration des hosties durant l’eucharistie. Ces objets sont en métal noble, et généralement dorés à l’intérieur, pour honorer le corps et le sang du Christ présent après la consécration.

Les burettes et le plateau sont deux petites cruches recevant le vin et l’eau offerts dans le calice.

Le ciboire est une coupe munie d’un couvercle où l’on conserve les hosties consacrées que l’on distribue aux fidèles au moment de la communion.

Les plus anciens calices exposés sont de la forme « tulipe ». Le premier date du XVIIIe siècle, de forme très simple, il est accompagné de sa patène, le second est un calice historique : il a servi pour la dernière messe à laquelle a assisté Louis XVI. Il est conservé à Notre-Dame des Victoires, le troisième est aussi un calice du XVIIIe siècle venant de Saint-Louis en l’Île.

Comme l’ensemble de l’orfèvrerie de la Chambre des Pairs, un coffret contient un ensemble intéressant du XIXe siècle (CDAS) orné d’inscriptions en latin, sur fond bleu :
Le calice : Hic est enim calix singuinis mei qui pro nobis offenditur in remissionem peccatorum. Ceci est le calice de mon sang qui est offert pour nous en rémission des péchés.
La patène, très simple, porte uniquement une croix
Le ciboire porte plusieurs inscriptions en latin :

ego sum panis vivus qui de coelo descendi. Voici, je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui manducavit hanc panem vivat in aeternum.

Celui qui mange ce pain vivra éternellement.

Qui manducat meum carnem in me manet et ego in illo. Celui qui mange ma chair demeure en moi et moi en lui.

Les burettes et le plateau portent également des inscriptions en latin.

Puis on observe un changement de formes, avec des calices plus évasés en forme de coupes : un calice et une patène en argent martelé, un calice et une patène signé Puiforcat.

Un magnifique ciboire du XIXe siècle recouvert d’émaux, provient de Saint-Sulpice, un autre de Saint-Etienne du Mont.

Enfin, pour l’église Saint François de Molitor, un calice et une patène ont été réalisés dans le style de l’édifice par l’architecte.

Sur l’autel, face au prêtre se trouve un crucifix, de petite taille, et depuis le Concile Vatican II, il est souvent couché pour ne pas gêner la vue des fidèles. (Saint-Jean-Bosco).

 

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Glossaire de la liturgie

Définitions de termes techniques.

Burettes :
Flacons posés sur un plateau en verre ou en métal, contenant l’eau et le vin destinés à être versés dans le calice lors de l’eucharistie. Ils portent la lettre A (aqua) ou des joncs pour l’eau, V (vinum) ou de la vigne pour le vin.

Calice :
Vase sacré dans lequel le prêtre consacre le vin lors de l’eucharistie. Il est formé d’un pied, d’une tige comportant un nœud, d’une coupe quelquefois tenue dans une fausse coupe ornée.

Chandelier :
Généralement métallique, il peut être de forme simple avec pied, tige et bobèche, ou bien compose d’un décor à motif végétal parfois à multiples bobèches. Au XIXe s, ils étaient garnis de faux cierges de tôle peinte appelés souches.

Ciboire :
Vase sacré sur pied en forme de coupe, muni d’un couvercle surmonté d’une petite croix, servant à conserver les hosties consacrées.

Clochette ou sonnette liturgique :
Clochette (à manche) ou sonnette (3 ou 4 clochettes formant carillon) en bronze. Elle marque les temps forts de la consécration.

Croix de procession : croix en métal ou en bois doré portant un crucifix, montée sur une tige appelée hampe.

Custode :
Ciboire de petites dimensions servant à porter l’eucharistie aux malades ayant la forme d’une boîte plate.

Encensoir :
Récipient servant à brûler l’encens sur des braises incandescentes. Il se compose d’une cassolette suspendue à trois chaînes et d’une cheminée, qu on lève à l’aide d’une quatrième chaîne. II sert principalement au moment de l’offertoire et pour les obsèques.

Garniture d’autel :
Elle se compose d’une croix sur pied portant un crucifix et de six chandeliers décorés de manière identique.

Lampe de sanctuaire :
Lampe de différentes formes, souvent en métal portant une coupe en verre ronge suspendue. Elle signifie la présence eucharistique.

Lunule :
Réceptacle ouvrant placé au centre de l’ostensoir, en verre cerclé d’or, qui contient et préserve l’hostie consacrée.

Navette :
Petit récipient en forme de navire sur pied, dans lequel est conservé l’encens destiné à être brûlé. Elle est accompagnée d’une cuillère.

Ostensoir :
Il sert à exposer l’hostie consacrée à l’adoration des fidèles. Il se compose d’un pied, d’une tige comportant un nœud et d’une lunette circulaire en verre entourée de rayons (ostensoir-soleil) à l’intérieur de laquelle est placée la lunule.

Patène : Petit plat circulaire posé sur le calice servant à l’offrande et à la consécration des hosties. L’intérieur est plan et lisse, l’extérieur porte un monogramme ou un symbole eucharistique.

Pyxide :
Ciboire de petites dimensions servant à porter l’eucharistie aux malades ayant la forme d’une simple coupe sur une petite base.

Thabor :
Petite estrade en métal ou bois doré servant à surélever l’ostensoir lorsqu’il n’est pas présenté sous un trône d’exposition (sorte de dais à colonnettes placé au-dessus du tabernacle).

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Calendrier liturgique

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Les couleurs du temps liturgique

Afin de permettre aux fidèles de mieux comprendre et de mieux participer aux célébrations, l’Église depuis plusieurs siècles a choisi de symboliser la signification de la célébration au travers des couleurs des ornements du prêtre. Dans l’ancienne liturgie on les retrouvait sur l’étole, le manipule, la chasuble, le voile du calice, la bourse et parfois le cordon de l’aube (aujourd’hui essentiellement sur l’étole et la chasuble).
Chaque jour une couleur particulière est liée à la fête célébrée. Plus largement au cours de l’année liturgique qui débute par l’Avent, période précédant Noël, une couleur est associée à chaque grande période.

 Violet  : Couleur des périodes d’attente et de pénitence que sont les temps de l’Avent et du Carême mais aussi de deuil comme le Vendredi Saint, le 2 novembre (fidèles défunts) et généralement pour la célébration des obsèques. Le noir n’est plus utilisé dans la nouvelle liturgie.

 Blanc  : Couleur associée à la joie des grandes fêtes : temps de Noël, Jeudi Saint, temps de Pâques, Christ Roi, Présentation, Saint Jean-Baptiste, Transfiguration, Assomption de la Sainte Vierge, Toussaint, Dédicace de Saint Jean de Latran. Le blanc est également utilisée pour les fêtes des saints non martyrs.

 Rouge  : Couleur du sang, du feu et de la royauté, le rouge est utilisé le jour des Rameaux, pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul, l’exaltation de Sainte Croix, la Pentecôte et tous les saints martyrs.

 Vert  : Couleur de la vie et de l’espérance, le vert correspond au temps ordinaire (c’est-à-dire en dehors des autres temps énumérés ci-dessus).

 

La chasuble

La chasuble, casula (appelée encore suivant les pays et les époques casubla, planeta, mantel), vêtement de dessus dont le prêtre se revêt pour offrir le Saint-Sacrifice, est cette paenula gréco-romaine que nous venons de voir figurer dans la loi de 382, vaste manteau de laine de forme ronde ou conique, percé en son milieu d’un trou pour y passer la tête et souvent muni d’un capuchon. Elle fut dès l’origine le vêtement de tous les Chrétiens, elle resta par excellence celui des clercs qui la portèrent indistinctement dans les fonctions liturgiques jusqu’au IXe siècle, époque où prévalut l’usage de la dalmatique pour le diacre, de la tunique pour le sous-diacre.

Les mosaïques de Rome et de Ravenne (VIe et VIIe siècles) nous ont conservé de remarquables types de ces paenulae ou casulae primitives si graves dans leur simplicité, si symboliques dans leur ampleur.

Aux lainages souples, dont la plupart de ces chasubles étaient faites, succédèrent au IXe siècle les somptueuses soieries byzantines ; à l’ornementation sobre, composée d’étroits galons, destinés d’abord moins à décorer la chasuble qu’à en cacher les coutures, furent substitués les riches orfrois, chefs d’œuvre de peinture à l’aiguille, que remplacèrent à leur tour, à la Renaissance, et jusque dans nos temps actuels, les lourdes broderies en bosse ; aussi tant pour la commodité des mouvements que pour diminuer le poids du vêtement, la vaste planète primitive perdit sa forme circulaire pour devenir successivement elliptique, rectangulaire.

D’autre part la décoration, constituée d’abord par deux galons ou étroites colonnes posées sur chaque face de la chasuble, aux coutures principales prenait suivant la fantaisie de l’artiste, la forme d’une fourche à deux ou trois branches, d’un arbre de vie ou d’une croix véritable.

Depuis trois quarts de siècle la grande chasuble toujours en vigueur aux jours d’Avent et de Carême dans plusieurs métropoles et dans certains ordres religieux réapparaît sur de très multiples points. À Rome on s’en sert particulièrement pour la célébration du culte des martyrs aux Catacombes ; elle est d’un usage courant en Belgique, et tend de plus en plus à prévaloir en France, en Allemagne, en Angleterre.

« Seigneur, dit le prêtre en revêtant la chasuble, vous qui avez dit : mon joug est suave et mon fardeau léger, accordez-moi de le porter de manière à obtenir votre grâce ». Symbole du Joug du Seigneur, elle l’est encore et surtout de la charité. « Recevez, dit l’évêque au nouvel ordonné, ce vêtement sacerdotal qui signifie la charité, Dieu est assez puissant pour développer en vous l’amour et la perfection de votre activité ».

La chasuble sacerdotale sert essentiellement au Saint-Sacrifice. En dehors de cette fonction le prêtre la revêt aux processions solennelles du Saint-Sacrement et à la Messe pontificale. Le diacre et le sous-diacre en font usage aux Messes de l’Avent et du Carême, à la bénédiction des cierges le 2 février, à la cérémonie du matin, le Vendredi-Saint. La chasuble doit être bénite.

 

Le manipule

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Le manipule, appelé encore au moyen âge sudarium, mappula, fanon, ne se distinguait pas à l’origine de cette mappa ou mouchoir de cérémonie dont les Romains avaient accoutumé de se servir pour essuyer la sueur du visage ou se garantir la tête du soleil. Porté d’abord par les diacres de l’Église romaine, l’usage s’en étendit aux évêques, aux prêtres, aux sous-diacres et même aux clercs inférieurs. Au XIe siècle il fut attribué aux seuls ordres majeurs et devint comme tel, l’insigne particulier du sous-diaconat.

L’habitude prise de plisser la mappula lui fit donner le nom de manipulus, manipule, petite gerbe. Vers le IXe siècle la mappula de lin se transforme en bande étroite décorée de broderies, aux deux extrémités de laquelle on ajouta quelquefois de petites pièces plus riches en forme de carré ou de trapèze. Des franges ou des glands achevaient d’orner ce parement.

L’Église aime voir dans le manipule le symbole du travail et de la pénitence d’ici-bas que couronnera une joie éternelle. L’évêque, l’imposant au nouveau sous-diacre, l’invite à le recevoir comme une exhortation aux bonnes œuvres, et le prêtre, s’en revêtant, demande à Dieu la grâce « de porter le manipule des larmes et des douleurs afin de recevoir dans l’allégresse la récompense de son labeur ».
Le manipule doit être béni.

L’évêque, le prêtre, le diacre et le sous-diacre font usage du manipule à la Messe seulement. Par exception les ministres sacrés prennent leur manipule pour la bénédiction des Rameaux ; mais ils le déposent pour la procession qui suit.

 

L’étole

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À l’orarium romain correspond l’orarium ou stola liturgique, primitivement simple voile de lin en usage d’abord chez les diacres orientaux, à qui semble en revenir l’innovation dans les fonctions liturgiques, puis importé en Occident et enfin adopté à Rome.

Comme la mappula ou manipule, l’orarium de toile ne tarda pas à devenir parement, riche bande ornée que les diacres portaient sur l’épaule gauche. La similitude qu’il offrait alors avec la précieuse bordure du vêtement romain nommé stola fut sans doute la raison pour laquelle on lui imposa ce dernier nom.

L’Orarium fut dès l’origine l’insigne caractéristique des diacres. Cependant, à Rome, il resta jusqu’au Xe siècle une partie accessoire du vêtement liturgique de tous les clercs, tant des ordres mineurs que des ordres majeurs. Ce n’est qu’à cette époque qu’il y devint, comme ailleurs, l’insigne réservé au diacre.

La forme de l’étole évolua parallèlement à celle du manipule. Comme ce dernier, l’étole fut dès sa transformation et resta jusqu’à nos jours, essentiellement une longue bande qui, tantôt rétrécie dans sa partie médiane et évasée à ses extrémités, tantôt uniformément étroite, était munie de une ou plusieurs croix et décorée sur toute sa longueur de riches broderies, parfois même de personnages.

L’étole sacerdotale est portée sur les deux épaules et s’impose sur le cou du prêtre, comme un signe de ce joug très doux et de ce fardeau des âmes que Notre-Seigneur veut rendre léger. L’Église aime encore à la présenter à ses ministres comme le symbole de la justice et de l’immortalité : « Rendez-moi, Seigneur, l’étole que la prévarication des premiers parents me fit perdre, puissé-je obtenir la joie éternelle, bien que je sois indigne de m’approcher de vos saints mystères ».

D’une façon générale, l’étole sert au prêtre et au diacre dans toutes les fonctions qui ressortissent de l’ordre sacré qu’ils ont reçu : Saint Sacrifice, administration des sacrements, bénédiction, exposition du Très Saint-Sacrement, etc.

L’étole sacerdotale se porte sur l’aube, croisée sur la poitrine ; l’évêque la laisse pendre sur les deux côtés sans la croiser, ce que fait aussi le prêtre lorsque portant l’étole sur le surplis, il ne peut la lier par le cordon d’aube. Le diacre la porte sur l’épaule gauche, les deux extrémités réunies sur le côté droit.

Suivant les ministres et les fonctions auxquelles sert l’étole, on distingue :
L’étole sacerdotale qui accompagne la chasuble et qui sert au prêtre pour la célébration du Saint-Sacrifice.
L’étole pastorale réservée pour l’administration des sacrements, la prédication, la communion du prêtre et lorsque en surplis il touche le Saint-Sacrement.
L’étole diaconale dont le diacre se revêt à la Grand’Messe, lorsqu il reçoit la Sainte-Communion, quand il doit toucher les vases sacrés qui contiennent l’Eucharistie et aux processions du Saint-Sacrement.
L’étole d’administration qui sert pour l’administration des sacrements aux malades.

Les étoles doivent être bénites.

 

Dalmatique et tunique

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Les plus anciens textes connus relatifs à la dalmatique datent de l’époque impériale et semblent lui donner pour origine la Dalmatie. Il est difficile de la distinguer à ses débuts de la tunica interiorqu’elle devait plus tard recouvrir ; elle se portait sous la toge ou la paenula, Commode et Héliogabale la mirent à la mode comme vêtement de dessus.

Il est certain qu’avant le VIe siècle, elle était déjà adoptée par le Pape et formait le vêtement distinctif des diacres romains. Dans la suite nous voyons le Souverain Pontife l’accorder en signe d’honneur à certains évêques et archidiacres ; au IXe siècle elle est portée par les évêques et les diacres, partout où s’est introduit le rit romain. C’est un vêtement blanc, ample, à larges manches, orné de bandes couleur pourpre, disposées verticalement et appelées clavi.

Le costume des sous-diacres se fixa plus lentement, c’est au VIIe siècle selon les uns, au IXe seulement selon les autres qu’ils paraissent définitivement revêtus de la tunica linea ou stricta, appelée aussi dalmatica minor, tunicella. C’est un vêtement talaire fait de lin blanc, à manches longues et étroites, sans clavi, ni ornements.

L’apparition du canon des couleurs vers l’an 1000, et sa fixation au XIIe siècle, inaugure pour les deux vêtements la série des transformations. Du XIIIe au XVe siècle, on hésite sur le mode de leur décoration, les clavi jugés inséparables de la dalmatique blanche disparaissent, puis reparaissent sous forme d’orfrois, auxquels on ajoute une ou deux bandes transversales. Les siècles qui suivirent ont déformé comme à plaisir les deux vêtements et les ont complètement identifiés, au mépris de la tradition et des prescriptions du cérémonial des évêques.

Le symbolisme de la dalmatique et de la tunique – l’innocence et la joie – leur vient de celui que l’Église attribue à la couleur blanche qui, longtemps, fut obligatoirement la leur. « Que le Seigneur, dit l’évêque au diacre en lui imposant la dalmatique, vous revête de l’habit de la félicité et de la robe de la joie et qu’il vous environne toujours de la dalmatique de la justice ».

Vêtements de joie, la dalmatique diaconale et la tunique sous-diaconale n’apparaissent qu’aux fonctions et aux bénédictions solennelles. Aux temps de pénitence, Avent et Carême, elles sont remplacées par l’antique casula. Cependant à certains jours où prévaut l’allégresse, les ministres peuvent s’en revêtir, tels les dimanches de Gaudete et Laetare, la Vigile de Noël, le Samedi Saint, la Vigile et les Quatre Temps de la Pentecôte.

Il n’est pas obligatoire mais il est convenable que la dalmatique et la tunique soient bénites avec la formule pour les ornements in genere.

 

La chape

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Il est admis généralement que la chape liturgique, grand manteau semi-circulaire que le prêtre revêt dans les fonctions solennelles en dehors du Saint-Sacrifice, n’est qu’un doublet de la chasuble et dérive comme elle de l’antique paenula. Ce vêtement appelé suivant les pays casulaplaneta, cappa, devait sous ce dernier nom évoluer parallèlement à la chasuble et garder pendant longtemps avec cette dernière, dans la coupe et l’ornementation, des traces d’une si étroite parenté.

En effet les deux vêtements, après s’être confondus longtemps dans une même forme, se distinguèrent d’abord par une ouverture antérieure qui, pratiquée à certaines cappae, fut toujours absente à la casula en usage pour le St-Sacrifice, puis par le capuchon qui, supprimé à la casula, fut maintenu sur la cappa. Cependant de même que plusieurs chasubles gardèrent un vestige de ce capuchon dans la disposition de l’orfroi dorsal, telle celle de Saint Thomas Becket (trésor de la cathédrale de Sens), de même plusieurs chapes prirent de la chasuble ses formes d’ornementation, telle la chape conservée au musée de Lyon. Quelques chapes gardèrent leur capuchon, un plus grand nombre le perdirent. Il ne devait réapparaître, transformé en chaperon qu’au XVe siècle et, sous cette forme, prévaloir jusqu’à nos jours.

Les chapes du Moyen-Âge qui nous sont restées sont pour la plupart couvertes de peintures à l’aiguille où sont retracées la vie de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge et des saints.

On voit, dès le VIe siècle (Ravenne, mosaïque de Saint Apollinaire), la chape munie d’un fermail que le moyen âge devait enrichir d’émaux et de pierreries. Aujourd’hui, ces sortes de boucles précieuses sont réservées aux évêques officiants dans leur diocèse.

Vêtement de cérémonie pour l’évêque et le prêtre, la chape est, sous une forme plus simple, accordée aux chantres et aux ministres inférieurs. Le célébrant, évêque ou prêtre, s’en revêt dans les offices solennels autres que la célébration de la Messe, et dans les fonctions où l’étole est prescrite, pour en rehausser la solennité.

Les liturgistes du moyen âge s’accordent à voir figurées dans ce vêtement festival la résurrection à venir et la joie du ciel. Par son ampleur, on peut ajouter que, comme la chasuble, elle symbolise la charité. La chape ne reçoit pas de bénédiction.

 

EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, L'EUCHARISTIE, LITURGIE, MESSE

Le déroulement de la messe

Le déroulement de la messe 

pourquoi la messe est-elle appelée « Eucharistie » ? Que signifie le mot « Eucharistie ». C’est un mot grec. Un mot tout simple d’ailleurs puisqu’il veut dire : « merci » ! De nos jours encore, en Grèce, on entend ce mot prononcé dans la rue, dans les conversations courantes. Pour un service rendu, on dit « eucharisto poli » (merci beaucoup). Il n’est certainement pas inutile de rappeler que célébrer la messe, c’est d’abord et avant tout dire merci. C’est une action de grâce ! « Vraiment il est juste et bon de te rendre grâce…  ».
En partant à l’église le dimanche, il est bon de se demander : de quoi puis-je rendre grâce à Dieu ? L’apôtre Paul écrit aux Ephésiens : « chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur, remerciant (eucharistiant) Dieu le Père en tout temps et à tout propos au nom de notre Seigneur Jésus Christ » (Eph 5,19-20).
C’est certainement le motif le plus profond que nous avons de venir à la messe. Nous venons comme le lépreux de l’évangile (cf. Luc 17) remercier le Seigneur. Déjà Origène au 3ème siècle s’exprimait ainsi : «  nous célébrons l’eucharistie car nous ne sommes pas des ingrats ».

  

Procession et chant d’entrée. 

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La première action de la sainte messe est le chant d’entrée qui accompagne la procession du prêtre et des servants de messe.
Cette procession d’entrée symbolise le chemin de Croix qu’a suivi le Christ avant de mourir. L’autel est le Calvaire où le prêtre “in persona Christi” va offrir le sacrifice de la Croix pour notre salut. Cette procession prépare le cœur du prêtre et des fidèles à monter par la pensée au Calvaire et à s’offrir en sacrifice avec Jésus au Père.

Le chant d’entrée a une double fonction : rendre visible l’unité de l’assemblée chrétienne en unissant nos voix et aussi nous aider à comprendre le sens de la célébration, selon le temps liturgique ou la fête du jour. Le chant a en même temps le rôle de préparer à l’Eucharistie, en priant doublement selon ce que disait saint Augustin : «  Chanter, c’est prier deux fois  ».

Baiser de l’autel – encensement.

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L’autel, point central de l’église symbolise le Christ, pierre d’angle rejetée par les bâtisseurs (Ac, 4,11). Ainsi, l’autel est le lieu où s’accomplit le sacrifice parfait dont on retrouve les préfigurations dans l’Ancien Testament. Il est aussi le centre de l’action de grâce, la table où se célèbre le repas du Christ et, en même temps, le signe du Christ Jésus au milieu de la communauté. Il symbolise aussi le tombeau des martyrs sur lequel les premiers chrétiens célébraient l’Eucharistie.
Avec le temps, l’Eglise a pris l’habitude de sceller les reliques d’un saint dans une pierre encastrée dans l’autel : c’est la pierre d’autel : “Ara” Sur cette pierre sont gravées cinq croix en souvenir des cinq plaies de Jésus crucifié.
Le baiser que le prêtre fait sur l’autel au début de la célébration et l’encensement sont de gestes de vénération et de respect envers le Christ.
Ayons donc du respect pour l’autel, saluons-le avec dignité lorsque nous passons devant lui, car il est l’endroit où se renouvelle quotidiennement le sacrifice de Jésus au Calvaire.

 Le signe de croix. 
C’est le signe des chrétiens qui se rappellent que Jésus est mort sur la croix par amour pour tous les humains. Au début de la messe, avec tous ceux qui sont rassemblés, nous traçons ce signe sur nous.
Il doit être ample pour nous envelopper comme s’il était un vêtement ; le vêtement du chrétien, sa véritable dimension. Toutes les prières du chrétien devraient débuter et s’achever par ce signe de foi en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.
Il nous rappelle aussi que la messe est une prière à toute la Trinité : le Fils qui s’offre au Père par la puissance de l’Esprit Saint.
L’assemblée adhère à cette profession de foi qui manifeste son identité chrétienne en répondant « amen », c’est-à-dire « oui, nous y croyons ».

Salutation au peuple. 
Après le signe de croix, le célébrant fait une salutation au peuple. Il y a trois formules possibles :
« Le Seigneur soit avec vous  » (2 Th 3,16).
« La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous » (2 Co 13,13).
« Que Dieu, notre Père et Jésus-Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix  » (1 Co 1,3 ; Ep 6,23).
Ces formules de salutation au peuple de Dieu sont les formules utilisées par les apôtres dans leurs lettres destinées aux premières communautés chrétiennes. Elles expriment la même certitude de foi qui anime l’assemblée chrétienne : Dieu est au milieu de nous et c’est Lui qui nous rassemble. « Lorsque deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai là au milieu d’eux » (Mt 18,20).

Rite pénitentiel.

Le prêtre invite l’assemblée à « se reconnaître pécheur », c’est-à-dire à demander la grâce de ses péchés d’un cœur contrit. Le rite pénitentiel est une excellente préparation pour accueillir la parole de Dieu et pour communier en vérité au Corps et au Sang du Christ. Cela nous remet à notre juste place. En effet, nous appartenons à un peuple de pécheurs pardonné et sanctifié par le Christ. Il s’agit de demander et d’accueillir la grâce de Dieu pour nous reconnaître pécheur : de nommer dans le secret de notre cœur tous ces manquements qui sont éloignements de Dieu et dont nous serons purifiés par la grâce de l’Eucharistie ou, s’il s’agit de fautes graves, par la confession.

Le Kyrie Eleison. 
C’est une prière (en grec) héritée des origines de l’Eglise. Ce rite litanique reprend la demande de miséricorde adressée à Jésus par les aveugles et d’autres malades : « Seigneur, prends pitié, O Christ, …  » (Mt 15,22 ; Mt 20,30 ; Mc 10,47)

Gloire à Dieu.
Dieu est bon ! Il est grand ! Il fait des merveilles et nous sommes heureux de savoir qu’Il nous aime.
C’est pourquoi nous le chantons : « Gloire à Dieu ………  ». C’est un des plus vieux hymnes de l’Église. Il commence par l’annonce des anges aux bergers : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime  » (Luc 2,14).
C’est une prière de louange, d’action de grâce, une acclamation à Dieu qui par la naissance du Messie, vient sauver son peuple et lui fait don de son amour.
De nos jours, le Gloria est proclamé à chaque messe dominicale, à l’exception des dimanches appartenant aux temps de pénitence, Avent et Carême.

Prière d’ouverture ou collecte. 
Le célébrant prend la parole et invite à la prière en disant : « Prions le Seigneur ». Puis le prêtre dit la prière d’ouverture en collectant les prières personnelles et reprend généralement le thème du dimanche ou de la fête célébrée. C’est important donc que, dans ces instants de silence, nous pensions à nos intentions et demandes particulières pour qu’elles soient présentées à Dieu à travers le prêtre, notre médiateur.
Elle s’achève par « pour les siècles des siècles  », traduction d’une expression hébraïque qui signifie que la souveraineté divine à laquelle nous accédons par la prière dépasse toute durée humaine et nous plonge dans le déploiement de l’histoire jusqu’à son achèvement à la fin des temps quand « l‘univers entier sera réuni sous un seul chef, le Christ » (Ep. 1,10).
L’assemblée adhère à cette prière en répondant « amen  » qui signifie « ainsi soit-il ».

Les lectures.

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La liturgie de la Parole.
A la messe, les chrétiens écoutent la Parole de Dieu. Cette parole transmise dans la Bible, a été écrite par de nombreux auteurs pendant des centaines d’années à travers des récits, des histoires, des poésies, des proverbes, des chants, des cris de douleur et de joie.
L’entendre ne suffit pas, l’écouter ne suffit pas. La Parole doit entrer dans notre cœur comme une nourriture. Elle doit rejoindre notre vie comme une lumière qui lui donne du sens et la fait entrer dans la grande histoire du Peuple de Dieu, dans la grande histoire de l’humanité. C’est un moment de prière où nous écoutons la Voix de Dieu.

Le dimanche, on lit trois textes :
Le premier est tiré d’habitude de l’Ancien Testament qui contient la Loi de Yahvé, les écrits des prophètes, l’histoire du peuple d’Israël et des écrits de sagesse.
Cette lecture est toujours en relation directe avec l’Evangile de manière à ce que le texte de l’Ancien Testament annonce une promesse de Dieu qui sera accomplie par Jésus dans l’Evangile.
Le deuxième est tiré des lettres des apôtres : Pierre, Paul, Jean ou Jacques. Elle se fait en mode de lecture continue afin de nous faire connaître l’enseignement des apôtres qui est à la source de notre vie chrétienne.
Le troisième est un extrait de l’Evangile qui répond à la première lecture dans un dialogue d’Alliance entre Dieu et son Peuple (Matthieu, année A ; Marc, année B ; Luc, année C ou Jean qui est plus particulièrement lu à l’occasion de certaines fêtes ou moments de l’année).
Le psaume. Le psaume, lu après le premier passage d’Ecriture est le lien profond entre les trois lectures. Et il nous offre un moment de louange et prière de préparation pour accueillir l’Evangile.

Alléluia et Evangile.
Alléluia est un mot hébreu qui signifie « louez Dieu ». C’est une invitation à la louange qui a pour fonction de mettre en relief la parole de l’Evangile.
Les trois petites croix que nous traçons sur notre front, sur nos lèvres et notre cœur avant d’écouter l’Evangile est un geste simple pour demander de bien entendre la Parole, de la garder dans notre cœur et de la proclamer par nos lèvres.
Pour l’Evangile nous nous mettons debout. Dans la gestuelle symbolique chrétienne, c’est le respect pour accueillir le Christ qui vient à nous par les paroles de l’Evangile.

L’homélie.

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Comme les apôtres à la suite du Christ, le prêtre explique le message que Dieu veut nous dire par sa Parole. Elle doit montrer comment la Parole peut éclairer notre vie aujourd’hui afin que nous puissions mieux en vivre dans notre quotidien.

Profession de foi. 
En réponse à la Parole de Dieu, nous exprimons notre foi en Dieu comme au jour de notre baptême par le symbole des apôtres ou le symbole de Nicée-Constantinople. Ce sont des textes très anciens dans l’histoire de l’Eglise, des « symboles », ce qui nous fait « tenir ensemble » dans la foi.

Prière universelle ou des fidèles
La prière des fidèles renoue avec une tradition ancestrale. La prière de cette assemblée-ci, limitée à ce lieu, à ce temps, s’élargit à la mesure de l’Eglise universelle, d’où son nom de « prière universelle ». C’est pourquoi une communauté particulière peut se dire catholique : elle ne célèbre pas sa liturgie mais celle de l’Eglise, en communion avec toute l’Eglise catholique.

Liturgie de l’Eucharistie.

Maintenant nous commençons la liturgie de l’Eucharistie, la deuxième grande partie de la sainte messe, dont le cœur est la consécration.

La quête.
La quête se fait à ce moment de la messe parce que c’est le gage concret de l’amour fraternel et de la participation des chrétiens à la vie matérielle et aux besoins de l’Eglise. Autrefois, assez souvent, l’offrande était faite de dons en nature pour un partage des biens comme la collecte faite par saint Paul pour l’Eglise de Jérusalem. L’argent recueilli est le signe matériel de l’offrande que nous faisons de nous-mêmes, de nos forces et de nos énergies.

Offertoire.
Le prêtre, au nom de toute la communauté, présente le pain et le vin. C’est parce que le Christ lui-même a utilisé ces aliments pour nous laisser l’Eucharistie qui est en même temps sacrement pour nourrir notre âme et sacrifice pour pardonner nos péchés.
Le pain demande beaucoup de travail, la plantation du blé, la récolte, la mouture du grain et la cuisson de la pâte. Le pain est donc un excellent symbole du travail patient et méticuleux de l’homme. En plus, des milliers de grains devenant un même pain forme l’image d’une Eglise constituée d’une multitude de membres. De même pour le vin.
En présentant le pain et le vin, le prêtre dit une prière de bénédiction qui a pour but de reconnaître que tout nous vient du Dieu de l’univers. Elle s’inspire directement de la bénédiction juive que le père de famille prononçait au début du repas sur le pain. Elle a été récitée par Jésus au dernier repas avec ses apôtres. Avant de présenter le vin, le prêtre y ajoute une goutte d’eau. Cette eau symbolise notre assemblée ici-présente qui doit s’unir au Christ pour le sacrifice afin de profiter de ses fruits. De même, elle symbolise l’eau et le sang qui ont coulés du côté ouvert du Christ sur la Croix.
Après la présentation du pain et du vin, le prêtre s’incline profondément devant l’autel et dit à voix basse : « Humbles et pauvres, nous te supplions, Seigneur : accueille-nous. Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant Toi  ». Cette courte prière nous montre avec quel esprit et avec quelle disposition de cœur il nous faut porter notre offrande à Dieu : simplicité et pauvreté.

Parfois, le prêtre encense le pain et le vin ainsi que les membres de l’assemblée eucharistique. Ce rite témoigne de l’honneur rendu à une personne ou à un objet. Il est aussi signe de la présence de Dieu et de notre prière qui monte vers Lui comme la fumée monte vers le ciel dans la prière du soir (Ps. I41, 2).
Ensuite le prêtre se lave les mains en disant : « Lave moi de mes fautes, Seigneur, et purifie moi de mon péché ». Ce rite a pris place dans la liturgie en fidélité au geste d’humilité et de purification que Jésus a pratiqué lors de la Cène (lavement des pieds). Et aussi, on purifie les doigts qui vont toucher et offrir le Corps du Christ tout de suite.

 Prière Eucharistique.

La Préface et Sanctus.
Au début de la prière eucharistique, un dialogue inspiré des usages juifs s’instaure entre le président et l’assemblée : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». En effet, la messe nous fait entrer dans l’action de grâce du Christ et de son Église « pour la gloire de Dieu et le salut du monde  » (Vatican II : Lumen gentium, 11). Pour cela, « sursum corda ! », « élevons notre cœur ! », formule déjà attestée dans les catéchèses de Jérusalem. Le prêtre demande que les cœurs se détachent des pensées de la terre pour se diriger vers Dieu seul. Ici commence le sacrifice.
La préface est une prière, ou mieux, un chant d’action de grâces à Dieu pour tous ses bienfaits, surtout pour la Rédemption. Cette prière culmine avec l’hymne du Sanctus, union de la terre et du ciel dans une même louange. L’univers est rempli de la gloire de Dieu qui, en sa plénitude, est présent en toute chose. En Dieu, il n’y a que beauté, amour et perfection, Il est Dieu trois fois saint.
Le sanctus est formé de deux parties : l’acclamation d’Isaïe « Saint ! Saint ! Saint le Seigneur… » le jour où le mystère de Dieu se dévoilait devant lui et où lui était annoncée sa mission de prophète (Is 6, 3). L’acclamation de la foule : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna, au plus haut des cieux  » le jour où Jésus est entré dans Jérusalem.

Canon ou prière Eucharistique.
La suite de la prière eucharistique est appelée « canon » (d’un mot grec qui signifie « règle ») car c’est une partie fixe.
Toute la prière eucharistique est entièrement adressée au Père. Elle est dite et accomplie au nom du Christ pour son Eglise assemblée qui est ainsi unie à son sacrifice rédempteur dans l’Esprit Saint. Elle fait mémoire des gestes et des paroles de Jésus pendant son dernier repas, la Cène.
Avant le concile Vatican II, il n’y avait qu’une seule prière eucharistique, le canon romain. Depuis, l’Eglise donne le choix entre quatre prières eucharistiques.
Chacune des prières suit le schéma général :
L’invocation de l’Esprit Saint sur les dons (épiclèse), afin que par sa puissance soient-ils sanctifiés et transformés dans le corps et le sang du Christ [1] .

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Le récit de l’institution eucharistique (consécration [2] ou anamnèse [3] ). Le cœur de toute la Messe, le renouvellement du sacrifice du Christ sur l’autel : corps livré, sang versé pour nous. A ce moment très solennel on est tous à genoux, pour adorer le Saint Mystère.
La prière de l’anamnèse et l’invocation de l’Esprit Saint sur la communauté (seconde épiclèse).
Les prières d’intercession [4] . Pour appliquer les fruits du Sacrifice du Christ : on prie pour les défunts, pour les vivants, pour l’Église, etc…

Doxologie.
« Doxologie » vient du grec « doxa » =louange ou gloire et « logos » = parole. C’est une prière de louange envers Dieu Un et Trine : «  Il n’y a qu’un seul Dieu et Père de qui tout vient, et un seul Seigneur Jésus-Christ par qui tout existe » (1Co 8, 6). Il est donc juste que toute louange remonte vers le Père par le Christ.
Cette doxologie finale « Par Lui, avec Lui et en Lui  » veut d’abord dire que notre chemin vers le Père est Jésus, seul médiateur entre Dieu et les hommes. C’est effectivement grâce à Jésus que nous sommes sauvés et emportés dans la vie de Dieu son Père.
En ajoutant « dans l’unité de l’Esprit Saint », nous affirmons la puissance unifiante de l’Esprit.
Pendant cette conclusion de la prière eucharistique, le prêtre élève la patène contenant le Corps du Christ et le calice contenant son Sang pour montrer que le Seigneur est bien la victime offerte au Père par le sacrifice de la messe.
L’assemblée répond « Amen » qui est de fait, l’amen le plus solennel de toute la messe car il ratifie toute l’action sacerdotale du Christ renouvelée devant nous par les mains du prêtre.

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Notre Père.

C’est la seule prière que Jésus nous ait demandé de faire ! La proclamation commune du Notre Père est le moment où nous affirmons notre nouvelle identité : Notre Dieu nous offre sa paternité. Il nous adopte et nous fait entrer dans son propre mystère. Quand nous, chrétiens, disons ensemble le Notre Père, nous sommes revêtus d’un respect et d’une dignité qui ne nous appartiennent pas mais qui viennent de Dieu même : «  Reconnais, ô chrétien, ta dignité  » (saint Léon).

Embolisme et Rite de la paix. 
L’embolisme, prière qui suit immédiatement le Notre Père, développe et amplifie la dernière demande de cette prière en suppliant le Seigneur de nous délivrer de toute sorte de mal et de nous donner dès maintenant le bonheur qui sera pleinement le nôtre lorsque Jésus reviendra dans la gloire. C’est là notre « bienheureuse espérance  », l’avènement de Jésus-Christ, notre Seigneur comme le rappelle saint Paul à Tite (Ti 2, 13).
Par le rite de la paix, les fidèles demandent la paix et l’unité pour l’Eglise et toute l’humanité et ils expriment leur amour mutuel avant de participer au même pain. Cette paix, nous la recevons du Christ comme un don infiniment précieux qui nous transforme et nous rend capables de nous accueillir les uns les autres.

Agnus Dei. 
Cette expression est un nom très ancien donné au Seigneur Jésus. Le nom laisse entendre que Jésus s’est laissé faire comme un agneau qui se laisse conduire à l’abattoir « sans ouvrir la bouche » (Is 53, 7) et qui prend sur lui les péchés du monde. Comme saint Jean Baptiste nous adorons le Christ notre Agneau Sauveur.
Pendant le chant de l’« Agnus Dei », après avoir diviser l’hostie en deux, le prêtre laisse tomber dans le calice un troisième petit morceau d’hostie qui symbolise la Résurrection, l’union du corps, sang, âme et divinité du Christ dans l’Eucharistie. Le Christ est tout entier, tel qu’Il est au Ciel, présent dans chaque hostie, dans chaque miette du pain consacré.
Puis, le prêtre récite à voix basse une prière qui le prépare à recevoir la communion : « Seigneur Jésus-Christ, que cette communion à ton corps et à ton sang n’entraîne pour moi ni jugement ni condamnation, mais, qu’elle soutienne mon esprit et mon corps et me donne la guérison  ».

Communion.

Elle a un sens bien connu et très explicite, c’est l’union à Jésus : « si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6).
En recevant le Christ, nous sommes incorporés à Lui. Cette nourriture nous convertit : nous croyons l’assimiler, mais, en réalité, c’est elle qui nous assimile. Nous sommes changés en ce que nous mangeons ou plutôt en celui que nous mangeons.
De plus, en communiant au Christ, nous recevons aussi l’Église qui est son corps mystique. Par ce sacrement, le Christ construit son Église [5] .

 Prière après la communion.
Cette prière nous permet d’exprimer notre action de grâce pour le don reçu et nos demandes pour l’avenir.

Bénédiction et Envoi. 
De « bene dicere » = dire (du) bien : le prêtre demande que Dieu nous fasse du bien.

Liturgiquement, ce geste est le symétrique exact de l’accueil du célébrant au début de la messe. Après avoir accueilli son peuple, le Dieu de Jésus-Christ l’envoie en le bénissant. Cette bénédiction est aussi un des fruits de la participation de la sainte messe.
« Allez dans la paix du Christ » : “Allez”. Cet impératif vient de la finale de l’Evangile de Matthieu « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ! »(Mt 28, 19). Ainsi, il y a un lien indissociable entre l’Eucharistie et la mission d’évangélisation qui est rituellement signifiée ici et cet envoi par le Christ est aussi un envoi en Lui et avec Lui. Il nous envoie répandre le bonheur et la paix vécus au cours de la messe. Sa parole nous accompagne, sa vie est en nous, nous pouvons vivre en chrétiens.

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Annexe :

Couleurs des temps liturgiques.

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Violet : couleur austère qui incite à la réflexion et à la pénitence. Cette couleur est utilisée durant le temps de l’Avent pour nous préparer spirituellement à la venue de Jésus à Noël, et durant le Carême, afin de signifier notre désir de pénitence et de conversion.
Vert : couleur de vie. Le vert des vêtements liturgiques symbolise la vie quotidienne qui doit être empreinte d’espérance dans la vie éternelle.

Blanc : couleur de la lumière et de la résurrection, couleur des vêtements du Christ transfiguré qui révèle sa divinité. On l’utilise pour les grandes fêtes : Noël, Pâques, la Toussaint, le Christ-Roi et les fêtes des saints.

Rouge : couleur du sang qui symbolise le martyre et le témoignage de foi et d’amour des apôtres et des saints martyrs, c’est aussi la couleur du feu de l’Esprit Saint qui se répand dans le cœur des apôtres à la Pentecôte.

Rose : couleur employée pour deux dimanches dans l’année, en vertu d’une vieille coutume papale.
Ces deux dimanches ont conservé le nom de Gaudete pendant l’Avent et de Laetare pendant le Carême, car leur chant d’entrée commençait par ces paroles latines : ils sont centrés sur la joie de la proximité du Seigneur et sont une pause au milieu des temps de pénitence.

[1] Dans le haut Moyen-Âge, une célèbre formule disait : « Christus pascit corpus suum ex corpore suo per corpore suum ». Ce qui signifie : « le Christ nourrit son Corps de son Corps et par son Corps » qui peut encore être traduit par « le Christ nourrit l’Église (son corps), à partir de son corps historique (né de Marie et désormais ressuscité) par l’eucharistie (son corps de mystère ou corps mystique) ». Jésus fait grandir son corps ecclésial par son corps sacramentel, ce qui est le message central de la dernière encyclique de Jean-Paul II : « L’Église vit de l’eucharistie ».

[2] Ce deuxième élément de la prière eucharistique est capital. On passe de l’invocation au récit : « la nuit qu’il fut livré… ». Toute prière eucharistique fait référence à l’événement de la dernière Cène que nous vivons dans la grâce de la croix et de la résurrection. Ainsi, au nom du Christ et de son Corps, l’Église, le prêtre reprend les paroles de l’évangile et fait ce que Jésus a commandé de faire : « Faites ceci en mémoire de moi ». Le prêtre agit et parle dans la personne du Christ « in persona Christi ». Mystérieusement et sacramentellement, le pain devient le Corps du Christ et le vin son Sang, non pas seulement symboliquement mais, réellement sous les apparences du pain et du vin. Après la consécration, le prêtre interpelle l’assemblée en disant : « Il est grand le mystère de la foi » (1Tim 3, 9). Nous professons alors le cœur de notre foi : « Nous proclamons ta mort, Jésus ressuscité, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ! ». C’est l’anamnèse.

[3] Anamnèse signifie « mémoire », mais c’est plus que se souvenir. C’est plus que répéter les paroles et les gestes de quelqu’un. Faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, c’est affirmer qu’ici et maintenant, Jésus-Christ continue de s’offrir pour la vie et le bonheur des hommes. Le prêtre demande à Dieu d’envoyer à nouveau son Esprit sur l’assemblée pour qu’elle devienne Église, c’est-à-dire Corps du Christ. Cela fait penser à la parole de Paul Claudel adressée à André Gide « l’Église, voyez-vous, c’est une espèce d’immense incorporation eucharistique ».

[4] Dans les prières d’intercession qui suivent l’anamnèse, l’Église supplie le Père pour que l’œuvre du Christ se réalise en elle et dans le monde. C’est pourquoi, nous prions l’Église en mentionnant le pape, l’évêque du lieu et tous les autres, les prêtres, les diacres et tous les fidèles. Nous prions aussi pour les fidèles défunts qui nous ont précédés dans la foi et enfin, pour cette communauté célébrante afin qu’elle soit rassemblée avec l’Église du ciel. Ce faisant, l’Église exprime la prière du Christ le Jeudi Saint qui loue son Père et intercède pour toute l’humanité.

[5] Dans le haut Moyen-Âge, une célèbre formule disait : « Christus pascit corpus suum ex corpore suo per corpore suum ». Ce qui signifie : « le Christ nourrit son Corps de son Corps et par son Corps » qui peut encore être traduit par « le Christ nourrit l’Église (son corps), à partir de son corps historique (né de Marie et désormais ressuscité) par l’eucharistie (son corps de mystère ou corps mystique) ». Jésus fait grandir son corps ecclésial par son corps sacramentel, ce qui est le message central de la dernière encyclique de Jean-Paul II : « L’Église vit de l’eucharistie ».

 

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EGLISE CATHOLIQUE, EUCHARISTIE, LITURGIE, MESSE

La liturgie de l’Eucharistie

La liturgie de l’eucharistie et l’envoi.

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Après la liturgie de la Parole et la Prière univierselle vient le moment le plus important de la messe : la liturgie eucharistique

 

16 – QUÊTE

La quête se fait à ce moment-ci de la messe parce que c’est le gage concret de l’amour fraternel et la participation des chrétiens à la vie matérielle et aux besoins de l’Église. Autrefois, assez souvent, l’offrande était faite de dons en nature pour un partage des biens comme la collecte faite par St Paul pour l’Église de Jérusalem. L’argent recueilli est signe matériel de l’offrande que nous faisons de nous-mêmes, de nos forces et de nos énergies.

17 – PRESENTATION DES DONS, OFFERTOIRE

A la messe, le prêtre présente le pain et le vin. C’est parce que le Christ lui-même a utilisé ces aliments dont l’usage était rituel pour le repas de la Pâque juive. La messe préfigure le banquet des noces éternelles auquel le Christ nous invite tous.

Le pain demande beaucoup de travail, la plantation du blé, la récolte, la mouture du grain et la cuisson de la pâte. Le pain est donc un excellent symbole du travail patient et méticuleux de l’homme. De plus, des milliers de grains devenant un même pain forme l’image d’une Église constituée d’une multitude de différences.

Le vin symbolise la vie et l’immortalité.

En présentant le pain et le vin, le prêtre dit une prière de bénédiction qui a pour but de reconnaître que tout nous vient du Dieu de l’univers. Elle s’inspire directement de la bénédiction juive que le père de famille prononçait au début du repas sur le pain. Elle a été récitée par Jésus au dernier repas avec ses apôtres.

Avant de présenter le vin, le prêtre y ajoute une goutte d’eau. Cette eau symbolise notre humanité qui s’unit à la divinité du Christ dans sa Passion.

Après la présentation du pain et du vin, le prêtre s’incline profondément devant l’autel et dit à voix basse : « Humbles et pauvres, nous te supplions, Seigneur : accueille-nous. Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant Toi ». Cette courte prière nous montre avec quel esprit et avec quelle disposition de cœur il nous faut porter notre offrande à Dieu : simplicité et pauvreté.

Parfois, le prêtre encense le pain et le vin ainsi que les membres de l’assemblée eucharistique. Ce rite témoigne de l’honneur rendu à une personne ou à un objet. Il est aussi signe de la présence de Dieu et de notre prière qui monte vers Lui comme la fumée monte vers le ciel dans la prière du soir (Ps. I41, 2).

Ensuite le prêtre se lave les mains en disant : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, et purifie-moi de mon péché ». Ce rite a pris place dans la liturgie en fidélité au geste d’humilité et de purification que Jésus a pratiqué lors de la Cène (lavement des pieds).

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18 – PRIERE EUCHARISTIQUE (PE) : LA PREFACE

Au début de la prière eucharistique, un dialogue inspiré des usages juifs s’instaure entre le président et l’assemblée : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». En effet, la messe nous fait entrer dans l’action de grâce du Christ et de son Église « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » (Vatican II : Lumen gentium, 11). Pour cela, « sursum corda ! », « élevons nos cœurs ! », « haut les cœurs ! », formule déjà attestée dans les catéchèses de Jérusalem.

Ensuite, la préface vient exprimer les motifs de notre eucharistie (mot grec qui signifie « rendre grâce » ou plus simplement « dire un merci émerveillé »). Le mot « préface » (du latin praefari) a été emprunté à la langue sacerdotale des anciens romains et signifie « prière à haute voix » pour accompagner un sacrifice et pour le consacrer en exposant son sens et son intention (cf. Louis Bouyer). La caractéristique propre de la liturgie romaine est d’avoir des préfaces adaptées aux temps liturgiques ou à la prière eucharistique choisie. Elles expriment un aspect particulier de l’histoire du salut et se terminent par le « sanctus ».

19 – PE : LE SANCTUS

C’est un chant d’acclamation : l’univers est rempli de la gloire de Dieu qui, en sa plénitude, est présent à toute chose. En Dieu, il n’y a que beauté, amour et perfection, Il est Dieu trois fois saint.

Le sanctus est formé de deux parties :

l’acclamation d’Isaïe « Saint ! Saint ! Saint le Seigneur… » le jour où le mystère de Dieu se dévoilait devant lui et où lui était annoncée sa mission de prophète (Is 6, 3).

l’acclamation de la foule : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna, au plus haut des cieux » (Benedictus,… » le jour où Jésus est entré dans Jérusalem (Rameaux).

La suite de la prière est appelée « canon » (d’un mot grec qui signifie « règle ») car c’est une partie fixe.

20 – LA PRIERE EUCHARISTIQUE

Toute la prière eucharistique est entièrement adressée au Père. Elle est dite et accomplie au nom du Christ pour son Église assemblée qui est ainsi unie à son sacrifice rédempteur dans l’Esprit Saint. Elle fait mémoire des gestes et des paroles de Jésus pendant son dernier repas, la Cène.

Avant le concile Vatican II, il n’y avait qu’une seule prière eucharistique, le canon romain. Depuis, l’Église donne le choix entre quatre prières eucharistiques principales auxquelles ont été ajoutées ultérieurement six autres prières : deux pour la réconciliation, trois pour les enfants et une pour les grandes assemblées (cette dernière pouvant être développée en quatre formes différentes).

Chacune des prières suit le schéma général :

a- louange du Père et invocation sur les dons (épiclèse),

b- le récit de l’institution eucharistique (consécration),

c- la prière de l’anamnèse et l’invocation de l’Esprit Saint sur la communauté (seconde épiclèse),

d- les prières d’intercession.

21 – a : EPICLESE DE CONSECRATION

Par l’épiclèse (du grec : « invocation sur} ») qui est l’invocation de l’Esprit Saint sur les offrandes, nous demandons à Dieu le Père d’envoyer l’esprit pour sanctifier ce pain et ce vin afin qu’ils deviennent le Corps et le Sang de Jésus-Christ. Après l’anamnèse, nous invoquerons également l’Esprit-saint sur les fidèles. En effet, de même que le Père a envoyé son Esprit sur la Vierge Marie pour qu’elle donne naissance au Christ, de même, le Père envoie de nouveau son Esprit sur la communauté pour qu’elle devienne le corps du Christ ressuscité.

22 – b : RECIT DE L’INSTITUTION EUCHARISTIQUE

Ce deuxième élément de la prière eucharistique est capital. On passe de l’invocation au récit : « la nuit qu’il fut livré… ». Toute prière eucharistique fait référence à l’événement de la dernière Cène que nous vivons dans la grâce de la croix et de la résurrection.

Ainsi, au nom du Christ et de son Corps, l’Église, le prêtre reprend les paroles de l’évangile et fait ce que Jésus a commandé de faire : « Faites ceci en mémoire de moi ». Le prêtre agit et parle dans la personne du Christ « in persona Christi ». Mystérieusement et sacramentellement, le pain devient le Corps du Christ et le vin son Sang, non pas seulement symboliquement mais, réellement sous les apparences du pain et du vin.

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Après la consécration, le prêtre interpelle l’assemblée en disant : « Il est grand le mystère de la foi » (1Tim 3, 9). Nous professons alors le cœur de notre foi : « Nous proclamons ta mort, Jésus ressuscité, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ! ». C’est l’anamnèse.

23 – c : ANAMNÈSE

Anamnèse signifie « mémoire », mais c’est plus que se souvenir. C’est plus que répéter les paroles et les gestes de quelqu’un. Faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, c’est affirmer qu’ici et maintenant, Jésus-Christ continue de s’offrir pour la vie et le bonheur des hommes.

Le prêtre demande à Dieu d’envoyer à nouveau son Esprit sur l’assemblée pour qu’elle devienne Église, c’est-à-dire Corps du Christ.

Cela fait penser à la parole de Paul Claudel adressée à André Gide « l’Église, voyez-vous, c’est une espèce d’immense incorporation eucharistique ».

24 – d : INTERCESSION

Dans les prières d’intercession qui suivent l’anamnèse, l’Église supplie le Père pour que l’œuvre  du Christ se réalise en elle et dans le monde. C’est pourquoi, nous prions l’Église en mentionnant le pape, l’évêque du lieu et tous les autres, les prêtres, les diacres et tous les fidèles.

Nous prions aussi pour les fidèles défunts qui nous ont précédés dans la foi et enfin, pour cette communauté célébrante afin qu’elle soit rassemblée avec l’Église du ciel. Ce faisant, l’Église exprime la prière du Christ le Jeudi Saint qui loue son Père et intercède pour toute l’humanité.

25 – PE : DOXOLOGIE

«  Doxologie » vient du grec « doxa » =louange et « logos » = parole. C’est une prière de louange envers Dieu UN et TRINE : « Il n’y a qu’un seul Dieu et Père de qui tout vient, et un seul Seigneur Jésus-Christ par qui tout existe » (1Co 8, 6). Il est donc juste que toute louange remonte vers le Père par le Christ.

Cette doxologie finale « Par Lui, avec Lui et en Lui » veut d’abord dire que notre chemin vers le Père est Jésus, seul médiateur entre Dieu et les hommes. C’est effectivement grâce à Jésus que nous sommes sauvés et emportés dans la vie de Dieu son Père.

En ajoutant « dans l’unité de l’Esprit Saint », nous affirmons la puissance unifiante de l’Esprit.

Pendant cette conclusion de la prière eucharistique, le prêtre élève la patène contenant le Corps du Christ et le calice contenant son Sang pour montrer que le Seigneur est bien la victime offerte au Père par le sacrifice de la messe.

L’assemblée répond « Amen » qui est de fait, l’amen le plus solennel de toute la messe car il ratifie toute l’action sacerdotale du Christ renouvelée devant nous par les mains du prêtre.

26 – NOTRE PÈRE

C’est la seule prière que Jésus nous ait laissée ! La proclamation commune du Notre Père est le moment où se noue, dans la force de l’Esprit et dans le souvenir apostolique, une double identité :

a – Dieu nous partage son nom. Le nom familier de « père », en réalité « papa » a été donné par Jésus à celui qui est au-dessus de tout nom, le Transcendant, le Très-Haut. Et nous osons dire ce nom de Père grâce à l’Esprit qui nous permet d’entrer dans cette étonnante intimité par la médiation de Jésus.

b – Notre Dieu nous offre sa paternité. Il nous adopte et nous fait entrer dans son propre mystère. Quand nous, chrétiens, disons ensemble le Notre Père, nous sommes revêtus d’un respect et d’une dignité qui ne nous appartiennent pas mais qui viennent de Dieu même : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité » (St Léon).

On se souvient de cette page de Péguy où l’humanité est présentée comme une immense flotte sur la mer. Au-devant de cette flotte, se trouve le bateau de Jésus qui présente ses deux mains comme une étrave fendant les flots et disant « Notre Père ». Et le Père ne voit que ces deux mains qui contiennent toute l’humanité.

27 – EMBOLISME ET RITE DE LA PAIX

L’embolisme, prière qui suit immédiatement le Notre Père, développe et amplifie la dernière demande de cette prière en suppliant le Seigneur de nous délivrer de toute sorte de mal et de nous donner dès maintenant le bonheur qui sera pleinement le nôtre lorsque Jésus reviendra dans la gloire. C’est là notre « bienheureuse espérance », l’avènement de Jésus-Christ, notre Seigneur comme le rappelle St Paul à Tite (Ti 2, 13).

« A Toi, le règne, la puissance et la gloire… » reprend un thème qui revient souvent dans les Écritures, celui de la gloire et de la louange au Christ ressuscité (Ap 5,13).

Par le rite de la paix, les fidèles demandent la paix et l’unité pour l’Église et toute l’humanité, et ils expriment leur amour mutuel avant de participer au même pain. Ici, on se rapporte tout naturellement aux paroles de Jésus : « Si tu présentes ton offrande à l’autel et que là, tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 23-24). Et ceci, juste avant de communier.

Nous ne partageons pas la paix que nous pensons pouvoir faire nous-mêmes, mais celle qui vient du Christ et qu’Il nous partage. Cette paix, nous la recevons du Christ comme un don infiniment précieux qui nous transforme et nous rend capables de nous accueillir les uns les autres malgré ou avec nos antagonismes et nos différents.

28 – AGNEAU DE DIEU

Cette expression est un nom très ancien donné au Seigneur Jésus. Le nom laisse entendre que Jésus s’est laissé faire comme un agneau qui se laisse conduire à l’abattoir « sans ouvrir la bouche » (Is 53, 7) et qui prend sur lui les péchés du monde.

Pendant le chant de l’«  Agneau de Dieu », après avoir partagé l’hostie en deux, le prêtre laisse tomber dans le calice un petit morceau d’hostie en souvenir de l’époque où on joignait au sacrifice du jour un reste de la messe précédente pour montrer la continuité du sacrifice du Christ.

Puis, le prêtre récite à voix basse une prière qui le prépare à recevoir la communion : « Seigneur Jésus-Christ, que cette communion à ton corps et à ton sang n’entraîne pour moi ni jugement ni condamnation, mais, qu’elle soutienne mon esprit et mon corps et me donne la guérison ».

29 – COMMUNION

Elle a un sens bien connu et très explicite, c’est l’union à Jésus : « si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang… » (Jn 6).

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En recevant le Christ, nous sommes incorporés à Lui. Cette nourriture nous convertit : nous croyons l’assimiler, mais, en réalité, c’est elle qui nous assimile. Nous sommes changés en ce que nous mangeons ou plutôt en celui que nous mangeons. Ainsi, nous sommes entraînés à être une offrande-avec-lui au Père, sommet de notre offrande à Dieu. De plus, en communiant au Christ, nous recevons aussi l’Église qui est son corps mystique. Par ce sacrement, le Christ construit son Église.

Dans le haut Moyen-Âge, une célèbre formule disait : « Christus pascit corpus suum ex corpore suo per corpore suum ». Ce qui signifie : « le Christ nourrit son Corps de son Corps et par son Corps » qui peut encore être traduit par « le Christ nourrit l’Église (son corps), à partir de son corps historique (né de Marie et désormais ressuscité) par l’eucharistie (son corps de mystère ou corps mystique) ». Jésus fait grandir son corps ecclésial par son corps sacramentel, ce qui est le message central de la dernière encyclique de Jean-Paul II : « L’Église vit de l’eucharistie ».

Comment communier ?

Le concile Vatican II a réintroduit le geste en usage à l’époque de Cyrille de Jérusalem (315-386) : « La main droite étendue doit être soutenue par la main gauche qui sert en quelque sorte de trône pour le Roi que recevra la main droite ».

L’autre façon, en usage avant le concile, est de recevoir l’hostie directement sur la langue.

30 – PRIERE APRES LA COMMUNION

Cette prière nous permet d’exprimer notre action de grâce pour le don reçu et nos demandes pour l’avenir.

31 – BENEDICTION

De «  bene dicere » = dire (du) bien : le prêtre demande que Dieu nous fasse du bien.

Liturgiquement, ce geste est le symétrique exact de l’accueil du célébrant au début de la messe. Après avoir accueilli son peuple, le Dieu de Jésus-Christ l’envoie en le bénissant. Après le geste d’accueil, c’est un geste d’ouverture.

Cette bénédiction toute simple, fondamentalement trinitaire (« au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ») est développée pour certaines grandes fêtes où le peuple est invité à répondre par un triple « Amen ».

32 – ENVOI : « ALLEZ DANS LA PAIX DU CHRIST »

« Allez  » : Cet impératif vient de la finale de l’évangile de Matthieu « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ! »(Mt 28, 19). Ainsi, il y a un lien indissociable entre l’eucharistie et la mission d’évangélisation qui est rituellement signifiée ici et cet envoi par le Christ est aussi un envoi en Lui, et avec Lui. Il nous envoie répandre le bonheur et la paix vécus au cours de la messe. Sa parole nous accompagne, sa vie est en nous, nous pouvons vivre en chrétiens.

« commencer  » : la messe est terminée, mais tout commence à l’extérieur des murs de l’Église. Notre vie d’enfant de Dieu, nous allons la vivre à l’école, à la maison, au travail, dans notre quartier, etc…. Nous sommes maintenant des messagers de la Bonne Nouvelle de Jésus.

«  envoyés » : en mission par le Christ pour faire bouger le monde, aller vers les autres, donner de la joie, travailler à la paix et au pardon, réaliser le partage, comprendre pleinement les autres, se battre contre le mal, l’injustice, le mensonge, c’est en un mot être chrétien.

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L’EUCHARISTIE EST TOUTE LA MESSE

Saint Augustin – Sermon de Pâques sur les sacrements

Je n’ai pas oublié ma promesse. J’ai promis à ceux d’entre vous qui venaient d’être baptisés un sermon pour leur expliquer le sacrement de la table du Seigneur, que vous pouvez voir maintenant, et auquel vous avez participé la nuit dernière. Vous devez savoir ce que vous avez reçu, ce que vous êtes sur le point de recevoir, ce que vous devriez recevoir chaque jour.

Ce pain que vous pouvez voir sur l’autel, sanctifié par la parole de Dieu, est le Corps du Christ. Cette coupe, ou plutôt ce que la coupe contient, sanctifié par la parole de Dieu, est le Sang du Christ. C’est au moyen de ces choses que le Christ Seigneur souhaitait nous remettre son Corps et son Sang, qu’Il a perdus pour notre salut et le pardon de nos péchés.

Si vous les recevez convenablement, vous êtes vous-mêmes ce que vous recevez. Voyez, l’Apôtre dit : « nous qui sommes plusieurs, formons un seul pain, un seul corps. »(1 Corinthiens 10:17) C’est ainsi qu’il explique le sacrement de la table du Seigneur ; un pain, un corps, c’est ce que nous sommes ensemble, quoique nombreux.

Dans cette miche de pain, il vous est donné clairement à comprendre combien vous devriez aimer l’unité. Je veux dire, ce pain est-il formé d’un seul grain ? Est-ce qu’il n’y a pas de nombreux grains de froment ? Mais avant qu’ils ne forment le pain, ils étaient tous séparés ; ils ont été réunis au moyen de l’eau, après avoir été moulus. Tant que le blé n’a pas été moulu et humecté d’eau, il ne peut absolument pas prendre cette forme qu’on appelle pain.

De même, vous aussi vous avez été moulus par l’humiliation du jeune et le sacrement de l’exorcisme. Alors est venu le baptême, et vous avez été, si l’on peut parler ainsi, humectés d’eau en vue d’être façonnés en pain. Mais ce n’est pas encore du pain sans un feu pour le cuire. Alors que représente le feu ? C’est le saint chrême, l’onction. L’huile, qui nourrit le feu, est le sacrement de l’Esprit-Saint.

Remarquez donc quand on lit les Actes des Apôtres : la lecture de ce livre commence maintenant. Aujourd’hui commence le livre intitulé Actes des Apôtres. Quiconque souhaite progresser a les moyens de le faire.

Quand vous vous assemblez à l’église, laissez de côté les histoires idiotes et concentrez-vous sur les Ecritures. Nous sommes vos livres, alors soyez attentifs et voyez comment l’Esprit-Saint va venir à la Pentecôte. Et voici comment il viendra : il se montrera sous forme de langues de feu.

Vous voyez, il insuffle en nous la charité, qui devrait nous enflammer pour Dieu, faire que nous pensions peu au monde, brûler notre paille et purger et raffiner nos cœurs comme de l’or. Donc l’Esprit-Saint vient, le feu après l’eau, et vous êtes cuits en un pain qui est le Corps du Christ, et c’est ainsi que l’unité est signifiée.

Maintenant vous avez les sacrements dans l’ordre où ils arrivent. D’abord, après la prière, vous êtes incités à élever vos cœurs ; ce n’est que juste pour les membres du Christ. Après tout, si vous êtes devenus les membres du Christ, où est votre tête ? Les membres ont une tête. Si la tête ne se met pas en chemin, les membres ne vont pas suivre.

Où est allée notre tête ? Qu’avez-vous restitué dans le Credo ? « Le troisième jour il est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite du Père. » Donc notre tête est dans les cieux. C’est pourquoi, après les mots « élevez votre cœur » vous répondez « nous le tournons vers le Seigneur ».

Et vous ne devriez pas l’attribuer à vos propres capacités, à vos propres mérites, à vos propres efforts, cette élévation de votre cœur vers le Seigneur, parce que c’est un don de Dieu si vous êtes en mesure de le faire.

C’est pourquoi l’évêque ou le prêtre qui célèbre, continue de parler ainsi, quand l’assemblée a répondu « nous le tournons vers le Seigneur ». Il dit « rendons grâce au Seigneur notre Dieu » parce que nous avons élevé nos cœurs. Rendons-Lui grâce, parce que tant qu’Il ne nous a pas rendu capables d’élever nos cœurs, nous garderions nos cœurs en bas, vers les choses de la terre. Et vous signifiez votre accord en répondant « cela est juste et bon » de rendre grâce à Celui qui nous fait lever notre cœur vers notre tête.

Puis, après la consécration du sacrifice de Dieu, parce qu’Il nous veut devenir nous-mêmes Son sacrifice, ce qui est indiqué par l’endroit où ce sacrifice a pris place la première fois, il y a le signe de ce que nous sommes, c’est pourquoi, après la consécration, nous disons la prière du Seigneur, que nous avons reçue et que nous perpétuons.

Après cela vient le vœu [de paix], « la Paix soit avec vous », et les chrétiens échangent un saint baiser. C’est un signe de paix ; ce qui est exprimé par les lèvres devrait atteindre notre conscience ; c’est-à-dire que quand nos lèvres approchent nos frères et nos sœurs, notre cœur ne devrait pas être séparé du leur.

Ce sont de grands sacrements et signes, vraiment de sérieux et importants sacrements. Voulez-vous savoir comment leur sérieux est imprimé en nous ? L’apôtre dit « quiconque mange le Corps du Christ ou boit le Sang du Christ indignement est coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur. » 1 Corinthiens 11:27)

Qu’est-ce que recevoir indignement ? Recevoir avec mépris, recevoir avec dérision. Ne vous laissez pas aller à penser que ce que vous voyez n’est d’aucune valeur. Ce que vous pouvez voir passera, mais la réalité invisible signifiée par là ne passera pas, mais elle demeurera pour toujours.

Regardez, cela est reçu, mangé, consumé. Le Corps du Christ est-il consumé ? L’Eglise du Christ est-elle consumée ? Les membres du Christ sont-ils consumés ? Que périsse cette pensée ! Ici ils sont purifiés, ils seront couronnés des lauriers de la victoire.

Ainsi ce qui est signifié demeurera éternellement, tandis que la chose qui signifie semble passer.

Donc, recevez les sacrement de telle sorte que vous pensiez à vous-mêmes, que vous gardiez l’unité dans vos cœurs, que vous éleviez vos cœurs. Ne placez pas votre espérance sur la terre mais dans le ciel. Gardez en Dieu une foi ferme, qu’elle soit agréable à Ses yeux.

Parce que ce que vous ne voyez pas maintenant, mais que vous croyez, vous le verrez, là où vous vous réjouirez sans fin.

Saint Augustin (354-430) est né à Thagaste (dans l’Algérie actuelle). Après avoir mené une jeunesse désordonnée, il est devenu un fervent chrétien, sous l’influence de sa mère, Sainte Monique, et de son professeur, Saint Ambroise de Milan. Deux de ses livres, « Confessions » et « La cité de Dieu » sont considérés comme faisant partie des plus grands travaux d’apologétique.

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PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS

chapitre 12,

12 Prenons une comparaison : le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est ainsi pour le Christ.

13 C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit.

14 Le corps humain se compose non pas d’un seul, mais de plusieurs membres.

15 Le pied aurait beau dire : « Je ne suis pas la main, donc je ne fais pas partie du corps », il fait cependant partie du corps.

16 L’oreille aurait beau dire : « Je ne suis pas l’œil, donc je ne fais pas partie du corps », elle fait cependant partie du corps.

17 Si, dans le corps, il n’y avait que les yeux, comment pourrait-on entendre ? S’il n’y avait que les oreilles, comment pourrait-on sentir les odeurs ?

18 Mais, dans le corps, Dieu a disposé les différents membres comme il l’a voulu.

19 S’il n’y avait en tout qu’un seul membre, comment cela ferait-il un corps ?

20 En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps.

21 L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ».

22 Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables.

23 Et celles qui passent pour moins honorables, ce sont elles que nous traitons avec plus d’honneur ; celles qui sont moins décentes, nous les traitons plus décemment ; 24 pour celles qui sont décentes, ce n’est pas nécessaire. Mais en organisant le corps, Dieu a accordé plus d’honneur à ce qui en est dépourvu.

25 Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres.

26 Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie.

27 Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps.

28 Parmi ceux que Dieu a placés ainsi dans l’Église, il y a premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement ceux qui ont charge d’enseigner ; ensuite, il y a les miracles, puis les dons de guérison, d’assistance, de gouvernement, le don de parler diverses langues mystérieuses.

29 Tout le monde évidemment n’est pas apôtre, tout le monde n’est pas prophète, ni chargé d’enseigner ; tout le monde n’a pas à faire des miracles, 30 à guérir, à dire des paroles mystérieuses, ou à les interpréter.

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Enseignements sur l’Eucharistie

Saint Augustin d’Hippone (354-430)

En parlant de Dieu, à propos de l’Eucharistie:

« Tout puissant qu’il soit, il n’a rien pu faire de plus grand,
tout sage qu’il soit, il n’a rien pu trouver de plus admirable,
tout riche qu’il soit, il n’a pas pu faire un plus précieux présent. »

Personne ne mange cette chair à moins qu’il ne l’ait d’abord adoré… non seulement nous ne péchons pas si nous adorons, mais nous pécherions si nous n’adorions pas. (cf. Enarr ; in Ps 98, 9 CCL XXXOX 1385). Benoît XVI cite ce passage et le commente: »De fait, dans l’Eucharistie nous ne recevons pas simplement quelque chose. Celle-ci est la rencontre et l’unification de personnes ; cependant, la personne qui vient à notre rencontre et qui désire s’unir à nous est le Fils de Dieu. Une telle unification ne peut se réaliser que selon la modalité de l’adoration. Recevoir l’Eucharistie signifie adorer Celui que nous recevons » (Benoît XVI, Voeux 2005)

« Ce pain que vous voyez sur l’autel, une fois sanctifié par la parole de Dieu, est le corps du Christ. Cette coupe, ou plutôt le breuvage qu’elle contient, une fois sanctifiée par la parole de Dieu, est le sang du Christ. Notre Seigneur Jésus Christ a voulu nous confier là son corps et son sang, qu’il a répandu pour nous en rémission des péchés. Si vous les avez bien reçus, vous êtes vous-mêmes celui que vous avez reçu » (Sermo 227, 1; PL 38, 1099). Par conséquent, « nous sommes devenus, non seulement des chrétiens, mais le Christ lui-même » (PL 35, 1568). « Le Christ n’est pas dans la tête sans être dans le corps, le Christ est tout entier dans la tête et dans le corps » (PL 35, 1622).

 

« O sacrement de la piété, signe de l’unité, lien de la charité. »

« Recevez ce que vous êtes et devenez ce que vous recevez »

Il met sur les lèvres du Christ ces paroles: « Je suis l’aliment des grands ; grandis et tu me mangeras. Tu ne me transformeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais c’est en moi que tu te transformeras » (Confessions VII, x, 16).

Ce pain sacré nous apprend donc combien nous devrions chérir l’unité. En effet, est-il formé d’un seul grain? N’est-il pas au contraire composé de plusieurs grains de froment? Ces grains, avant d’être transformés pour devenir du pain, étaient séparés les uns des autres; l’eau a servi à les unir après qu’ils ont été broyés. Car si le froment n’est moulu, et si la farine ne s’imbibe d’eau, jamais on ne peut en faire du pain. C’est ainsi que durant ces jours passés, vous étiez en quelque sorte écrasés sous le poids des humiliations du jeûne et des pratiques mystérieuses de l’exorcisme. L’eau du baptême est venue comme vous pénétrer ensuite, afin de faire de vous une espèce de pâte spirituelle. Mais il n’y a pas de pain sans la chaleur du feu. De quoi le feu est-il ici le symbole? Du saint chrême: car l’huile qui entretient le feu parmi nous est la figure de l’Esprit Saint. Ainsi donc le Saint-Esprit viendra comme le feu après l’eau, et vous deviendrez un pain sacré, le Corps de Jésus-Christ.

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Jeudi Saint : Messe chrismale, lavement des pieds et institution de la Cène

18 AVRIL 2019

Jeudi Saint — 

 

MESSE CHRISMALE

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PREMIÈRE LECTURE

Le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, et leur donner l’huile de joie

Lecture du livre du prophète Isaïe (61, 1-3a.8b-9)

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles,
guérir ceux qui ont le cœur brisé,
proclamer aux captifs leur délivrance,
aux prisonniers leur libération,
proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur,
et un jour de vengeance pour notre Dieu,
consoler tous ceux qui sont en deuil,
ceux qui sont en deuil dans Sion,
mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre,
l’huile de joie au lieu du deuil,
un habit de fête au lieu d’un esprit abattu.
Vous serez appelés « Prêtres du Seigneur » ;
on vous dira « Servants de notre Dieu ».
Loyalement, je vous donnerai la récompense,
je conclurai avec vous une alliance éternelle.
Vos descendants seront connus parmi les nations,
et votre postérité, au milieu des peuples.
Qui les verra pourra reconnaître
la descendance bénie du Seigneur.

  

PSAUME

(88 (89), 20ab.21, 22.25, 27.29)

Autrefois, tu as parlé à tes amis,
dans une vision tu leur as dit :
« J’ai trouvé David, mon serviteur,
je l’ai sacré avec mon huile sainte.

« Ma main sera pour toujours avec lui,
mon bras fortifiera son courage.
Mon amour et ma fidélité sont avec lui,
mon nom accroît sa vigueur.

« Il me dira : “Tu es mon Père,
mon Dieu, mon roc et mon salut !”
Sans fin je lui garderai mon amour,
mon alliance avec lui sera fidèle. »

  

DEUXIÈME LECTURE

« Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père »

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean (1, 5-8)

Que la grâce et la paix vous soient données
de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle,
le premier-né des morts,
le prince des rois de la terre.

À lui qui nous aime,
qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,
qui a fait de nous un royaume
et des prêtres pour son Dieu et Père,
à lui, la gloire et la souveraineté
pour les siècles des siècles. Amen.
Voici qu’il vient avec les nuées,
tout œil le verra,
ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ;
et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre.
Oui ! Amen !

Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga,
dit le Seigneur Dieu,
Celui qui est, qui était et qui vient,
le Souverain de l’univers.

  

ÉVANGILE

« L’Esprit du Seigneur est sur moi ; il m’a consacré par l’onction »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (4, 16-21)

En ce temps-là,
Jésus vint à Nazareth, où il avait été élevé.
Selon son habitude,
il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre. »

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MESSE DU SOIR

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PREMIÈRE LECTURE

Prescriptions concernant le repas pascal (Ex 12, 1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode (12, 1-8.11-14)

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci
sera pour vous le premier des mois,
il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël :
le dix de ce mois,
que l’on prenne un agneau par famille,
un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
elle le prendra avec son voisin le plus proche,
selon le nombre des personnes.
Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang,
que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau
des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là,
on la mangera rôtie au feu,
avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,
les sandales aux pieds,
le bâton à la main.
Vous mangerez en toute hâte :
c’est la Pâque du Seigneur.
Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ;
je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
depuis les hommes jusqu’au bétail.
Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements :
Je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe,
sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang, et je passerai :
vous ne serez pas atteints par le fléau
dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là
sera pour vous un mémorial.
Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage.
C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

  

PSAUME

(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

  

DEUXIÈME LECTURE

« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur »

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (11, 23-26)

Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.

  

ÉVANGILE

« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (13, 1-15)

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

EUCHARISTIE, POEME, POEMES, PRIERES, THOMAS D'AQUIN

Poême de saint Thomas d’Aquin sur l’Eucharistie

« Il est autant en une parcelle que dans le tout » (saint Thomas d’Aquin).

Aujourd’hui, nous fêtons Saint Thomas d’Aquin. :  poème qu’il a écrit en 1264 à la demande du Pape Urbain IV.

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Loue, Ô Sion, ton Sauveur,

Loue ton chef et ton pasteur,
en tes hymnes et tes cantiques.

Autant que tu le peux, ose le chanter,
car il est supérieur à toute louange,

et tu ne suffis pas à le louer.

Comme thème de louange spéciale, c’est le Pain vivant
et vivifiant, qu’on te propose aujourd’hui.

Le Pain que sur la table de la Sainte Cène,

Aux douze ces frères, Jésus donna réellement.

 

Que la louange soit pleine et sonore ;

qu’elle soit joyeuse, et magnifique la jubilation de l’âme.

 

Car nous fêtons le jour solennel qui rappelle

la première institution de ce banquet.

 

À cette table du nouveau Roi,

la nouvelle Pâque de la nouvelle loi

met fin à la Pâque antique.

 

Au rite ancien succède le nouveau,

la vérité chasse l’ombre des figures,

la lumière dissipe la nuit.

 

Ce que le Christ accomplit à la Cène,

il a ordonné de le faire en mémoire de lui.

 

Instruits par ces ordres saints,

nous consacrons le pain, le vin,

en l’hostie du salut.

 

C’est un dogme proposé aux chrétiens,

que le pain devient la chair

et le vin le sang du Christ.

 

Sans comprendre et sans voir

la foi vive l’atteste,

malgré le cours ordinaire des choses.

 

Sous des espèces diverses,

distinctes seulement par les signes extérieurs,

se cachent les sublimes réalités.

 

La chair est une nourriture,

et le sang un breuvage,

le Christ demeure cependant entier,

sous chacune des deux espèces.

 

On le reçoit sans le diviser, ni le briser, ni le rompre :

c’est tout entier qu’il se donne.

 Un seul le reçoit, mille le reçoivent :

celui-là autant que ceci :
on s’en nourrit sans le consumer.
Les bons le reçoivent, les méchants aussi,

mais que leur sort est différent,
c’est la vie, ou c’est la mort.

La mort pour les méchants,
la vie pour les bons,
voyez comme la même nourriture a des effets disparates.

Si l’on divise le sacrement,
n’hésitez pas, mais souvenez-vous
qu’il est autant en une parcelle que dans le tout.

Aucun division réelle :
le signe seul est rompu,
sans aucune dimension d’état ni de grandeurs,
en la réalité cachée sous le signe.

Voici le pain des Anges,
devenu l’aliment de l’homme pèlerin :
c’est vraiment le pain des enfants,
qu’il ne faut pas jeter aux chiens.

D’avance il est désigné en figure,
lorsque Isaac est immolé,
l’agneau pascal, sacrifié,
la manne, donné à nos pères.

Bon pasteur, pain véritable,
Jésus, ayez pitié de nous :
nourrissez-nous, soutenez-nous,
faites-nous jouir des biens de la terre des vivants.

Vous qui savez tout, et qui pouvez tout,
qui nous nourrissez en cette vie mortelle,
faites de nous, là haut, les commensaux, les cohéritiers
et les compagnons des citoyens du ciel.

Ainsi soit-il. Alléluia.

Tiré du missel quotidien et vespéral, par Dom Gaspar Lefebvre, 1924.