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Les enfants du camp de Birkenau

 

Les enfants dans le camp d’Auschwitz-Birkenau

Auschwitz II Birkenau (Pologne): camp de concentration - Bloc des Enfants: Bloc des Enfants: Peintures murales decoratives, un enfant jouant avec un manche a tete de cheval  - Juillet2007 -
OPA4357054 Auschwitz II Birkenau (Pologne): camp de concentration – Bloc des Enfants: Bloc des Enfants: Peintures murales decoratives, un enfant jouant avec un manche a tete de cheval – Juillet2007 – ; (add.info.: Auschwitz II Birkenau (Poland): concentration camp – Children’s block: Children’s block: Decorative murals, a child playing with a horse’s head – July 2007 -); Photo © Philippe Matsas/Opale .

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La Bibliothécaire d’Auschwitz 

Antonio G. Iturbe

Paris, Flammarion, 2020. 512 pages.

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Résumé :

A quatorze ans, Dita est une des nombreuses victimes du régime nazi. Avec ses parents, elle est arrachée au ghetto de Terezín, à Prague, pour être enfermée dans le camp d’Auschwitz. Là, elle tente malgré l’horreur de trouver un semblant de normalité. Quand Fredy Hirsch, un éducateur juif, lui propose de conserver les huit précieux volumes que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens du camp, elle accepte.
Au péril de sa vie, Dita cache et protège un trésor. Elle devient la bibliothécaire d’Auschwitz.

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Le camp des enfants : Un roman basé sur l’histoire vraie du terrible bloc 31

Otto Kraus

City Edition, 2021. 287 pages.

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Résumé

Jour après jour, Alex tente de survivre dans le camp d’Auschwitz où il est prisonnier. Survivre au manque de nourriture, au froid, aux humiliations, à l’absence d’espoir. Pourtant, malgré les risques, le jeune homme a décidé de défier ses bourreaux : en secret, il fait la classe aux enfants du Bloc 31. Poésie, mathématiques, dessin… Ces leçons ne sont qu’un petit geste, mais témoignent du courage et de la résistance d’Alex. C’est aussi sa manière de protéger ses petits élèves de la terrible réalité du camp. Mais enseigner aux enfants n’est pas la seule activité interdite à laquelle Alex se livre… Il écrit aussi un journal dans lequel il raconte les minuscules moments de joie qui font oublier le cauchemar du quotidien. Un récit pour être plus fort que l’horreur du monde et pour que personne n’oublie rien, jamais.

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Otto Kraus

Le Mur de Lisa Pomnenka

Otto Kraus

Eiteur ARACHNEEN, 2013. 336 pages

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Résumé

En septembre 1943, en vue de démentir la rumeur de l’anéantissement des Juifs d’Europe, Adolf Eichmann invita la Croix-Rouge internationale à visiter le ghetto de Theresienstadt (Terezín en tchèque) et un « camp pénitentiaire » familial à Birkenau. En cet effet, il organisa le « nettoyage » du ghetto et déporta plusieurs milliers de ses détenus à Birkenau, où avait été créé un « camp des familles tchèques ». Terezín a été visitée le 23 juin 1944 ; la Croix-Rouge n’y a rien trouvé à redire. La visite à Birkenau, elle, n’eut pas lieu, et ce camp fut « liquide » le mois suivant. Le Mur de Lisa Pomnenka, roman et témoignage, transpose une histoire réelle dont l’auteur, l’écrivain tchèque Otto B. Kraus, fut à la fois le témoin, la victime et l’acteur : celle d’un groupe d’enfants et de jeunes gens juifs, tchèques pour la plupart, qui, Envoyé de Terezín au camp des familles de Birkenau en décembre 1943, vécurent six mois dans le « block des enfants » (Kinderblock), créé par un jeune juif d’origine allemande, Fredy Hirsch, avec l’approbation d’Adolf Eichmann et sous le contrôle direct de Josef Mengele. Les enfants y passaient leurs journées auprès de jeunes madrichim (« guides » en hébreu) ​​désignés parmi les détenus qui, tout en se sachant condamnés, leur proposaient des activités éducatives, sportives et artistiques. Otto B. Kraus fut l’un de ces éducateurs ; il fit partie du convoi venu de Terezín en décembre 1943. Le Mur de Lisa Pomnenka témoigne de cette expérience et porte sur les derniers mois du camp des familles avant sa liquidation en juillet 1944. Le roman mêle des personnages semi-fictifs et des événements réels, tels que la mort de Fredy Hirsch, l’envoi à la chambre à gaz en mars 1944 des déportés du premier convoi de septembre 1943, le soulèvement avorté, les expériences de Mengele… Sur ce fond d’horreur, le récit d’Otto B. Kraus raconte la survie des désirs et de l’espoir, et la tentative des éducateurs de faire du block un îlot de « faux-semblants » dans l’espoir de protéger les enfants de la hantise de la mort. Le Mur de Lisa Pomnenka est suivi d’un essai de Catherine Coquio qui remplace les événements du block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu’y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d’enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l’image de « la vraie vie introuvable qu’était devenue le monde humain ».Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la voyance des enfants et à l’idée de leur sort dans le cas d’un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l’espoir : toute projection dans l’avenir de venir impossible, c’est dans un pur présent que s’affirment les gestes de l’art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues. Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l’espoir et à la mort.

Le Mur de Lisa Pomnenka est suivi d’un essai de Catherine Coquio qui replace les événements du block des enfants dans la continuité de ceux du ghetto de Teresienstadt, en insistant sur la vie culturelle et sur le rôle décisif qu’y jouèrent les mouvements de jeunesse sionistes de gauche. À Birkenau comme à Theresienstadt les éducateurs engagèrent les enfants dans des jeux de fortune, des pièces de théâtre, des chants, des concours de poésie, des rudiments d’enseignement et des exercices physiques. Le mur peint de « Lisa Pomnenka », une jeune déportée, est à l’image de «L la vraie vie introuvable qu’était devenu le monde humain ».

Catherine Coquio dégage également du roman les ambiguïtés du « mensonge protecteur », les angoisses des éducateurs devant la clairvoyance des enfants et à l’idée de leur sort dans le cas d’un soulèvement ; elle évoque la mutation des formes messianiques et politiques de l’espoir : toute projection dans l’avenir devenant impossible, c’est dans un pur présent que s’affirment les gestes de l’art et de la création, à la manière de rituels et de valeurs absolues.

Les deux textes composent ainsi une méditation exceptionnelle sur le rapport différent des enfants et des adultes à la vérité, à l’espoir et à la mort, sur les pouvoirs et les limites de l’idée d’« éducation », enfin sur le sens moral et la valeur pratique des gestes artistiques à l’échelle individuelle et collective.

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GRANDIR DANS UN CAMP DE LA MORT : LE CAMP DES FAMILLES DE BIRKENAU

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Paysages de la métropole de la mort. Réflexions sur la mémoire et l’imagination, suivi de Un ghetto dans un camp d’extermination. L’histoire sociale juive au temps de l’Holocauste et ses limites d’Otto Dov Kulka (trad. P.-E. Dauzat, Paris, Albin Michel, 2013) et Le mur de Lisa Pomnenka (trad. S. et N. Gailly), suivi de C. Coquio, Le leurre et l’espoir. De Theresienstadt au block des enfants de Birkenau, Paris, L’Arachnéen, 2013.

Deux livres bouleversants sont parus presque simultanément début 2013, Paysages de la métropole de la mort, d’Otto Dov Kulka, et Le mur de Lisa Pomnenka, d’Otto B. Kraus (suivi de l’essai Le Leurre et l’espoir, de Catherine Coquio). Il s’agit de deux documents exceptionnels sur un pan relativement peu connu de l’histoire de la Shoah, le camp des familles de Birkenau (officiellement appelé camp BIIb), un camp-vitrine installé à quelques centaines de mètres des chambres à gaz, destiné à leurrer d’éventuels visiteurs de la Croix Rouge internationale sur la réalité du traitement des Juifs déportés. Aucun des deux ouvrages ne relève vraiment du genre testimonial – du moins de ses formes attendues. Le premier explore la mythologie personnelle d’un survivant dont l’enfance s’est déroulée dans ce cadre hors-norme. Le second, également écrit des décennies plus tard par un rescapé, imagine le journal fictif d’un éducateur confronté aux dilemmes moraux quotidiens que constitue la présence des enfants en un tel lieu.

Les conditions de vie dans le camp BIIb sont effroyables, et le spectacle de la mort est quotidien. Les détenus souffrent de la promiscuité, du froid et de la faim. Mais relativement aux conditions du reste du camp, la vie des déportés du camp des familles apparaît comme presque privilégiée : les familles, venues du ghetto de Theresienstadt, ne sont pas sélectionnées à leur arrivée, ni séparées ; les détenus sont tatoués, mais ils peuvent conserver leurs cheveux, leurs vêtements, et maintenir les rudiments d’une vie sociale et culturelle : orchestre, jeux, spectacles, auxquels assistent souvent les SS et le responsable du camp des familles, le docteur Mengele. Très rapidement, la vie s’organise, notamment au Kinderblock (block des enfants), où des moniteurs s’attellent clandestinement à l’éducation des plus jeunes, s’efforçant de divertir les enfants de la réalité terrifiante qui les entoure, de leur apprendre à lire ou à dessiner, ou, comme l’écrit Otto Kraus, à « vivre avec la mort ».

Témoins de la sélection et de la disparition des milliers de Juifs descendus des convois de la mort, les familles du camp BIIb n’ont aucun moyen de comprendre ce qui leur vaut d’être épargnées par ce qu’Otto Kulka appelle plus d’un demi-siècle plus tard « la Grande Loi de la mort ». Ce statut d’exception devient plus incompréhensible encore lorsque l’intégralité des membres du premier convoi des familles tchèques, arrivé à Auschwitz en septembre 1943, est exterminée dans les chambres à gaz six mois plus tard, une nuit de mars 1944. Les très rares rescapés du massacre – dont fait partie Kulka, sauvé par un séjour à l’infirmerie – savent désormais, tout comme les membres des convois suivants, qu’ils seront tous voués à la mort au bout de six mois, sans même le mince espoir que représente, pour les autres détenus, le processus de sélection.

Comment continue-t-on à vivre en plein cœur d’un camp d’extermination ? Peut-on tomber amoureux, ou le rester, lorsqu’on sait précisément quel jour on doit mourir, et de quelle façon ? Quelle enfance, et quelle éducation, dans un lieu sans aucun avenir ? À quoi bon apprendre à lire à des enfants promis à la mort ? Pourquoi écrire des poèmes, tenir un journal, débattre d’un avenir politique promis à d’autres ? Ces questions sont au cœur de l’expérience des déportés du camp des familles, qui n’échappent initialement à la mort que pour subir en toute conscience, sans espoir aucun de s’y dérober, la loi de la cheminée. Double exception dans ce lieu d’exception qu’est le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau : la survie dans le camp de la mort, mais aussi la certitude du meurtre.

Lors de la liquidation du camp des familles, en juillet 1944, moins de 10% des déportés avaient survécu. Et pourtant, même après l’extermination intégrale du premier convoi, la vie du camp s’était maintenue : on continuait à entretenir des traditions juives, à célébrer des fêtes, à éduquer les enfants, à s’affronter sur le sionisme ou l’internationalisme. Racontant la préparation d’une révolte avortée, le roman d’Otto Kraus met en scène l’espoir d’une issue autre que l’extermination, mais il explore surtout une forme d’espérance désespérée, vidée de toute attente, suivant laquelle la seule chose sérieuse à faire, à l’approche et dans la proximité de la mort, serait de maintenir une forme de foi protestataire dans la vie, la « possibilité de vivre quelque chose de l’ordre d’un idéal au présent » (C. Coquio), faux semblant mais aussi vraie affirmation d’une résistance. Comme l’explique Otto Kulka, devenu plus tard historien en Israël, en se remémorant son premier contact avec l’enseignement de l’histoire dans le camp, les « valeurs et modes de vie historiques, fonctionnels et normatifs furent ici transformés en quelque chose de l’ordre de valeurs absolues ».

Les deux livres sont suivis d’un essai qui restitue l’histoire du camp et analyse les conditions de ce paradoxe : Otto Kulka publie, en contrepoint de son exploration intime, l’un des seuls articles qu’il a consacrés en tant qu’historien à l’expérience du camp des familles, où il essaye de comprendre ce cas extrême de survivance d’une vie culturelle au cœur d’un camp de la mort. Accompagnant le roman d’Otto Kraus, un essai passionnant de Catherine Coquio, qui avait déjà dirigé l’édition d’une anthologie de témoignages sur l’enfance pendant la Shoah1, revient de façon détaillée sur l’histoire des déportés du camp BIIb, du ghetto de Theresienstadt à la liquidation finale du camp, et analyse les quelques témoignages qui ont gardé la trace de cette histoire extraordinaire. À leur manière, extrêmement différente, Paysages de la métropole de la mort et Le mur de Lisa Pomnenka viennent enrichir l’héritage historique, poétique et éthique de la littérature des camps en pointant de façon extrêmement poignante l’énigme que put constituer l’expérience collective de l’art et la présence des enfants dans un lieu qui semblait vider l’art et l’enfance de tout sens.

↑1 C. Coquio et A/ Kalisky (textes réunis par), L’enfant et le génocide. Témoignages sur l’enfance pendant la Shoah, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007

https://raison-publique.fr/1974/

Le camp des familles

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Dans la sombre histoire de la Shoah, il est une aberration dont on parle peu : celle du camp des familles, à Auschwitz, un camp dans le camp, qui voit les Juifs tchèques vivre des conditions de détention nettement différentes de celles des autres détenus raciaux. Retour sur une illusion à peine trompeuse.

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En décembre 1943 arrive à Auschwitz un convoi de Juifs tchèques, déportés du camp de Terezin en Bohême. Leur voyage, si l’on peut l’appeler ainsi, a duré deux jours et une nuit. Mais, à leur arrivée dans le camp de la mort, leur destin est différent de celui des autres Juifs : pas de rampe de sélection, pas de tonte des cheveux, pas de séparation entre parents et enfants.

Ces Juifs tchèques sont regroupés au sein du camp dit des familles, où ils rencontrent certains de leurs coreligionnaires également déportés de Terezin. Combien sont-ils ? Environ 4 000, peut être 4 500. Etrangement, ils connaissent des conditions de vie sans aucun rapport avec les autres détenus : ils sont mieux nourris, portent des vêtements civils au lieu de la tristement célèbre tenue à rayures bleues et blanches. Il y a même un théâtre et une école pour les enfants, visités régulièrement par les gardiens SS. Une véritable aberration ! A deux pas, c’est un enfer sans nom. Et pourtant, tous les membres du camp des familles seront finalement gazés.

Pourquoi ? L’irrationalité nazie est-elle suffisante pour comprendre ? Car jusqu’à aujourd’hui, personne ne s’explique vraiment l’existence puis la liquidation de ce camp des familles.

Il se pourrait bien que les motifs de ce camp dans le camp soient plus terre à terre. Disons-le franchement, il s’agit sans doute de politique. On sait que les nazis firent leur possible pour cacher leur crime, détruisant par exemple les chambres à gaz lors de leur retraite. Le temps de durée du camp des familles avait été officiellement fixé à 6 mois. Un document retrouvé à Auschwitz le prouve. Tout était donc préparé. Six mois, en fait le camp durera un peu plus… Cette période était sans doute jugée suffisante par les nazis pour prouver à qui voudrait l’entendre qu’Auschwitz était un camp de travail normal, voir pourquoi pas un camp humain.

Après tout, ils n’avaient pas fait autrement avec les malades mentaux euthanasiés en Allemagne. A leurs familles, ils envoyaient une simple lettre expliquant un décès accidentel. Le tout étant de rester dans les formes et de faire passer la pilule.

En mars 1944, le camp des familles est liquidé et ses habitants gazés, on y reviendra. Or, 3 mois après, Eichmann invite la Croix-Rouge à visiter le camp de Terezin, en Bohême, sur la demande du Danemark. Pour l’occasion, quelques retouches et mises en scènes semblent tromper les visiteurs.

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Freddy Hirsch

Bref, notre idée est bien que les Juifs tchèques, de Terezin à Auschwitz, ont servi de vitrine auprès de l’opinion internationale. Sans d’ailleurs pour autant qu’ils fussent épargnés. Mais revenons au camp des familles. Membre de la Résistance, détenu depuis 18 mois, Rudolf Vrba, un Juif slovaque, entre vite en contact avec le camp des familles. Il veut convaincre les hommes de le rejoindre dans le mouvement de résistance du camp. En fait, il a très vite compris que le camp des familles était condamné. Son interlocuteur auprès du camp est Fredy Hirsch, un Juif allemand émigré à Prague. Cet homme d’un peu plus de 30 ans est très proche des enfants du camp. Il en est personnellement responsable et apporte un soin particulier à leur éducation. Hirsch communiquera à Vrba le nombre d’hommes prêts à prêter main forte en cas de révolte.

D’autant plus que le temps presse. Fin février 1944, des bruits sur les préparatifs du gazage des familles filtrent. Kaminski, un des chefs de la Résistance au « commando spécial », veut avertir les Juifs du camp des familles, mais l’opération de gazage est repoussée de quelques jours, en fait juste un court sursis. Vrba tente encore une fois de persuader Hirsch d’organiser une révolte armée : sur le chemin de leur exécution, les hommes s’empareraient des armes de leurs gardiens et en tueraient un maximum. La fin était inéluctable alors pourquoi ne pas mourir les armes à la main ? Pour Hirsh, le principal obstacle, et la principale obsession, ce sont les enfants, qu’il considère comme les siens. Face à un choix insoluble, il tente de se suicider en s’empoisonnant.

Un matin, les SS viennent embarquer les familles dans des camions. Subterfuge classique pour une exécution calme, ils expliquent aux Juifs qu’ils seront transférés à Heydebreck. Mais le camion ne tourne pas à droite, vers la sortie du camp, il prend bien la direction des chambres à gaz. Une scène unique se produira alors : battus, forcés de rentrer dans la chambre, les Juifs entonnent l’hymne national tchèque puis la Hatikva, futur hymne d’Israël.

Rudolf Vrba, qui avait tenté de soulever le camp des familles, fera quant à lui partie des rares à avoir pu s’échapper d’Auschwitz. En avril 1944, il parvient à regagner la Slovaquie, avec un co-détenu, Alfred Wetzler. Ils rédigeront un rapport de 32 pages sur la réalité de l’extermination des Juifs, qu’ils enverront aux gouvernements anglais et américain. A cette date, on savait déjà l’essentiel. Mais ce document poussera les Alliés à faire pression sur les nazis dans le cadre de la déportation des Juifs hongrois, qui commence au même moment. Si 400 000 furent effectivement déportés, on estime à environ 100 000 le nombre de vies sauvées grâce à ce rapport.

https://francais.radio.cz/le-camp-des-familles-8600949

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La reine Elizabeth II d’Angleterre (1926-2022)

Mort d’Elizabeth II, reine éternelle des Britanniques

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Portrait 

Née le 21 avril 1926, la reine du Royaume-Uni et du Commonwealth, au pouvoir depuis 70 ans, s’est éteinte le 8 septembre à l’âge de 96 ans. Monarque la plus prestigieuse du monde, Elizabeth II a incarné la fonction royale avec une dignité qui lui vaut le respect de ses sujets britanniques et du Commonwealth, et, plus largement, l’admiration de bon nombre de républicains.

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Couronnement d’Elisabeth II d’Angleterre à l’abbaye de Westminster. Londres (Angleterre), 2 juin 1953.TOPFOTO / ROGER-VIOLLET

La reine Elizabeth, qui vient de mourir à l’âge de 96 ans, a impressionné tous ceux qui l’ont approchée par son maintien. Une façon de se tenir très droite, sans raideur pourtant, mais sans relâchement, jamais. Elle conférait à la personne de cette dame anglaise à chapeau, une autorité indiscutable, renforcée par un regard perçant et vif, de nature à établir immédiatement l’évidence d’une domination et d’une distance, impressionnant tout ceux qui l’ont rencontrée. Elle en aura fait preuve jusqu’au bout, de la tourmente du Brexit jusqu’à la perte en avril 2021 de son époux adoré, le prince Philip.

 De la dignité avant tout chose, aurait pu être sa devise, si la reine n’avait pas endossé celle de l’Angleterre, « Dieu et mon droit ». Jean-Paul II, avec sa perception pénétrante de la nature humaine, l’avait saluée en ces termes en 1982 : « Depuis de très nombreuses années et durant les changements de l’époque, vous avez régné avec une dignité et un sens du devoir qui ont édifié des millions de gens à travers le monde. »Benoît XVI, la visitant à son tour en septembre 2010, rendait, lui, hommage à la fermeté avec laquelle « la Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de la société ».

Une fillette consciente de ses prérogatives

Née le 21 avril 1926, Elizabeth Alexandra Mary n’était pourtant pas destinée, à ce moment-là, à régner. Mais l’abdication d’Edouard VIII, en 1936, fait de son père le duc d’York, le roi George VI, et place Elizabeth, à 10 ans, au premier rang de l’ordre de la succession. Lilibeth, comme on l’appelle alors, est l’aînée, sa sœur Margaret a quatre ans de moins qu’elle.

La future reine, une fillette sérieuse, consciente de ses prérogatives, passionnée par les chevaux – elle a reçu son premier poney à 3 ans – et les chiens, étudie les langues étrangères et l’histoire, se montre très faible en mathématiques, travaille les questions d’étiquette, son maintien, s’entraîne sans relâche à porter la traîne et les diadèmes qui la préparent aux couronnes, à donner audience…

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Elizabeth II à cheval, en surplomb du château de Balmoral (Écosse), l’une des résidences d’été favorites de la famille royale. La reine a toute sa vie été passionnée par les chevaux et les chiens. / Lichfield/Lichfield/Getty Images

À 13 ans, elle rencontre Philip Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glucksbourg, également appelé Philippe de Grèce, un cousin lointain de 19 ans, élève officier de marine, et en reste éblouie. La guerre éclate cette année-là, et la princesse Elizabeth s’installe avec sa famille au château de Windsor, près de Londres, en 1940. Alors que les bombardements du Blitz font rage, on pense à envoyer les princesses Elizabeth et Margaret à la campagne, comme la plupart des enfants de Londres, ou au Canada. La reine Elizabeth, leur mère, aurait alors déclaré : « Les enfants ne partiront pas sans moi ; je ne partirai pas sans le roi. Et le roi ne partira jamais. » On installe les ­princesses à Windsor, à l’ouest de Londres, jugé moins vulnérable que Buckingham.

Une reine et quatorze chefs de gouvernement

Le courage de la famille royale durant les années de guerre reste, sans doute, encore aujourd’hui la première source de légitimité des Windsor auprès de leurs sujets. Comme les autres membres de la famille royale, Elizabeth paie de sa personne. En 1940, en pleine bataille d’Angleterre, elle intervient à la radio dans « Children’s hour », pour remonter le moral des Anglais. Elle est nommée grenadier de la garde royale à 16 ans. Elle apprend à conduire pour être ambulancière à 18 ans, puis conductrice de camion de l’armée de réserve, en 1944.

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Dès la fin de la guerre, que son beau cousin, renommé Philip Mountbatten (un patronyme plus anglais), a faite dans la Navy, on annonce leurs fiançailles. Ils se marient le 20 novembre 1947, et il devient duc d’Édimbourg. Ils auront quatre enfants, Charles, prince de Galles, en 1948, Anne en 1950, Andrew en 1960 et Edward en 1964.

Partie faire le tour de ses sujets du Commonwealth, un voyage de plusieurs mois, Elizabeth apprend la mort de son père à la suite d’une embolie le 6 février 1952, au Kenya. Elle rentre aussitôt à Londres où Winston Churchill, 79 ans, en redingote noire, le premier de ses premiers ministres, l’attend sur le tarmac, entouré des personnalités du royaume.

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23 mars 1950 : le premier ministre Winston Churchill saluant la princesseElizabeth. Celle-ci débutera son règne sous les auspices de cet illustre mentor. / TopFoto/Roger-Viollet

Elle commence son règne sous les auspices de son mentor, elle qui connaîtra durant son règne, quinze chefs de gouvernement : Winston Churchill, Anthony Eden, Harold Macmilan, Alec Douglas-Home, Harold Wilson, Edward Heath, James Callaghan, Margaret Thatcher, John Major, Tony Blair, Gordon Brown David Cameron et Theresa May, Boris Johnson et Liz Truss.

« Pipolisation » de la famille royale

Le sacre d’Elizabeth II, le 2 juin 1953, dans l’abbaye de Westminster, est resté dans les mémoires, comme une cérémonie somptueuse et émouvante : la reine n’a que 27 ans. C’est aussi la première grande retransmission télévisée de portée mondiale, vue par 300 millions de téléspectateurs en Eurovision, sur la décision d’Elizabeth elle-même, contre l’avis de Winston Churchill et de l’archevêque de Cantorbéry, primat de l’Église d’Angleterre.

Rapprochant la monarchie du peuple, elle ouvre également la voie à la médiatisation mondiale de la famille royale, qui prendra, bien contre son gré, au cours de son règne, le tour outrancier de la « pipolisation ». Quand l’archevêque de Cantorbéry la couronne reine, et que retentissent les « God save the Queen », elle devient non seulement le chef de l’État du Royaume-Uni, mais aussi la présidente de la Fédération du Commonwealth (53 états membres aujourd’hui, dont 15 la reconnaissent comme leur souveraine), et également le gouverneur suprême de l’Église ­d’Angleterre.

Un long règne commence, avec ses rituels, comme celui du « discours de la reine », qui la voit tous les ans, dans la Chambre des lords, lire la liste des projets de loi que le gouvernement souhaite soumettre au vote des deux chambres durant la session parlementaire. Un texte qu’elle n’a pas écrit, et dont elle ne doit rien changer, mais auquel elle confère la solennité de son autorité. Une illustration parmi d’autres du rôle politique d’Elizabeth II, limité dans les faits, mais indispensable au bon fonctionnement de la démocratie britannique.

Une reine apolitique et politique

Apolitique, la reine se fait communiquer les documents ministériels, et se tient au courant des grands dossiers. Une fois par semaine, le mardi, elle reçoit le premier ministre du moment, qui la consulte avant de convoquer les élections, et qu’elle désigne toujours elle-même, respectant le verdict des urnes.

Politique, cependant, dans son incarnation du Royaume-Uni aux yeux du monde, elle se distingue sur la scène internationale. Ainsi, sa visite en Irlande, en mai 2011, la première d’un roi d’Angleterre depuis l’indépendance du pays en 1922, a été perçue comme une reconnaissance de l’apaisement entre les deux voisins, autrefois ennemis, aujourd’hui parvenus à un règlement conjoint du conflit nord-irlandais. Après le vote britannique du 23 juin 2016 en faveur d’une sortie de l’Union européenne, Elizabeth II devait encore avaliser ce Brexit auquel elle n’aurait pas été favorable, même si elle ne s’était pas exprimée sur le sujet.

Durant son règne, Elizabeth II a manifesté une résistance à la modernité qui a suscité à la fois les réserves et l’admiration de ses sujets. Des réserves quand, au nom de la raison d’État, elle force les membres de la famille royale à adopter les comportements qui lui paraissent nécessaires.

Ainsi, elle met fin en 1955 à la romance de sa jeune sœur avec Peter Townsend, elle arrange le mariage de son fils aîné avec Lady Diana Spencer. On lui reproche sa froideur, voire sa dureté envers la jeune princesse de Galles impulsive et populaire. Sa très grande maîtrise de soi, assimilée à de l’indifférence, lors de la mort de la princesse Diana à Paris en 1997, fait plonger sa popularité au plus bas. La presse anglaise lui reproche son manque de compassion et l’accuse d’avoir été plus émue par l’incendie du château de Windsor en 1992 que par la perte de son ex-belle-fille.

Un peuple attaché à sa reine

Une réputation qu’Elizabeth II a sérieusement améliorée aux yeux de son peuple, en encourageant le mariage de son petit-fils William, futur roi, avec la roturière Catherine Middleton, le 29 avril 2011, le 29 avril 2011, puis en se réjouissant de la naissance de leur premier enfant, le prince George, en 2013, premier de ses arrière-petits-enfants. De même, elle laisse le prince Harry, marié à Meghan Markle, prendre du champ.

La reine au train de vie fastueux, accepte les règles. Elle s’est soumise à partir de 1993 à l’impôt sur le revenu et a cédé au gouvernement en 2006 le contrôle des finances de ses palais.

Mais les sujets d’Elizabeth II n’ont, au fond, jamais cessé d’avoir de l’admiration pour leur souveraine. Au fil des années, ils se sont attachés sincèrement à cette femme stricte, au style de vie si anglais, avec ses chevaux et ses chiens, dont la droiture ne leur a jamais fait défaut. Sa dignité, en toutes circonstances, leur en a imposé. Comme elle en a imposé au monde entier.

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La vie d’Elizabeth II en dates

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21 avril 1926. Naissance de la princesse Elizabeth.

  1. Mort du roi George V, suivie de l’abdication de son fils aîné Edward VIII. George VI monte sur le trône.

20 novembre 1947. Élisabeth épouse le prince Philippe de Grèce et de Danemark.

  1. Naissance du prince Charles.
  2. Naissance de la princesse Anne.
  3. Mort du roi George VI. Sa fille aînée devient reine sous le nom d’Elizabeth II.

2 juin 1953. Couronnement à l’abbaye de Westminster.

  1. Naissance du prince Andrew.
  2. Naissance du prince Edward.
  3. Mort de Winston Churchill.
  4. Le prince Charles épouse lady Diana Spencer.
  5. Naissance du prince William.
  6. Naissance du prince Harry.
  7. « Annus horribilis » du fait des problèmes conjugaux entre son fils Charles et Diana, qui divorceront en 1996.
  8. Mort de Diana.
  9. Mort de sa sœur Margaret et de la reine mère.

29 avril 2011. Mariage de William avec Catherine Middleton.

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  1. Jubilé de diamant de la reine pour ses 60 ans de règne.
  2. Naissance du prince George, fils de William et Catherine.
  3. Naissance de Charlotte, fille de William et Catherine.
  4. Naissance de Louis, fils de William et Catherine. Mariage de Harry avec Meghan Markle.

6 mai 2019. Naissance d’Archie, fils de Harry et Meghan.

9 avril 2021. Mort du prince Philip.

4 juin 2021. Naissance de Lilibet Diana, fille de Harry et Meghan.

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https://www.la-croix.com/Monde/Mort-dElizabeth-II-reine-eternelle-Britanniques-2022-09-08-1201232389

Les liens entre la reine d’Angleterre et l’anglicanisme 

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Comprendre. Quelques semaines avant son mariage, ce samedi, avec le petit-fils de la reine d’Angleterre le prince Harry, l’actrice américaine Meghan Markle a été discrètement baptisée et confirmée dans l’Église d’Angleterre. Une église où la reine tient toujours un rôle symbolique.

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La reine Elizabeth arrive à l’abbaye de Westminster, accompagnée de l’archevêque de Cantorbéry,
pour inaugurer le Synode général de l’Église d’Angleterre, en 1995.BIG PICTURES/MAXPPP

Quelle est la place de la reine d’Angleterre dans l’anglicanisme ?

Comme tous les souverains britanniques depuis la Réforme, la reine Elizabeth II est « défenseur de la foi et gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre ». Le premier titre a été décerné en 1521 par le pape Léon X à Henry VIII qui avait vigoureusement pris la défense du catholicisme contre les positions de Luther. Cela ne l’empêchera pas de se séparer de Rome qui refusait d’annuler son mariage avec Catherine ­d’Aragon : en 1534, le Parlement anglais lui conférera le titre de « chef suprême de l’Église ­d’Angleterre », que rejettera sa fille Mary Ire, demeurée catholique. C’est ­Elizabeth Ire qui, en 1558, prendra définitivement le titre de « gouverneur suprême de l’Église ­d’Angleterre », passé depuis à tous ses successeurs.

Depuis lors, en effet, les monarques anglais promettent solennellement, lors de leur couronnement, de « maintenir et préserver de manière inviolable l’établissement de l’Église ­d’Angleterre et la doctrine, le culte, la discipline et le gouvernement de celle-ci, comme l’établit la loi en Angleterre ». Ainsi en 1953, ­Elizabeth II, établissant son autorité sur l’Église ­d’Angleterre, l’a fait seulement sur la branche anglaise de la Communion anglicane, dont le primat, l’archevêque de ­Cantorbéry, est toutefois nommé par elle.

En tant que reine d’Écosse, la souveraine britannique a aussi la charge de « maintenir l’Église d’Écosse ». Mais cette Église presbytérienne ne reconnaît que le Christ comme « roi et chef », et la reine ne peut donc être son « gouverneur suprême » : quand elle est à Balmoral, elle assiste donc aux offices comme « membre ordinaire » de l’Église d’Écosse. Elle est toutefois représentée à son assemblée générale par un lord haut-commissaire, nommé sur l’avis du premier ministre, mais qui n’a qu’un rôle honorifique.

Comment s’exprime ce rôle ?

C’est officiellement la reine qui nomme les archevêques, évêques et doyens de cathédrales de l’Église d’Angleterre. Comme les prêtres et diacres, ceux-ci lui doivent un serment d’allégeance, et ils ne peuvent démissionner sans son consentement. Dans les faits, c’est une Commission des nominations de la Couronne qui procède à la sélection des candidats, le premier ministre étant désormais obligé de choisir le premier de la liste pour le présenter à la nomination royale.

L’autorité suprême de l’Église d’Angleterre est désormais le ­Synode de l’Église d’Angleterre, présidé par les archevêques de Cantorbéry et York. Depuis les années 1970, la reine a néanmoins pris l’habitude d’en ouvrir la première session après l’élection des membres, tous les cinq ans. Symboliquement, les décisions du Synode doivent être validées par le Parlement et recevoir l’assentiment royal pour avoir force de loi. En matière liturgique et doctrinale, le Synode agit seul, mais il doit là encore recevoir l’assentiment de la reine après avis du ministre de l’intérieur.

Ces dispositions expliquent que, aujourd’hui encore, le monarque britannique doit obligatoirement être de confession anglicane. C’est ainsi que, en 2001, lord ­Nicholas Windsor, fils du duc de Kent et alors 37e dans l’ordre de succession au trône, a dû renoncer à ses droits lors de sa réception dans l’Église catholique.

Depuis 2013, et l’abolition des dispositions de l’Acte d’établissement de 1701, il n’est toutefois plus obligatoire que les membres de la famille royale épousent un anglican. Contrairement à Autumn Kelly, née catholique, qui avait ainsi dû devenir anglicane avant son mariage en 2008 avec Peter Phillips, petit-fils de la reine.

Quelle est la foi de la reine Elizabeth ?

« Pour la reine, la foi est très importante », relève Christopher Lamb, correspondant à Rome de l’hebdomadaire britannique The Tablet. Elle va ainsi régulièrement à la messe, où on sait qu’elle apprécie les homélies brèves. « Plus que tout, l’onction sainte qu’elle a reçue au jour de son couronnement est centrale pour elle, poursuit Christopher Lamb. Elle se voit comme un monarque sous le regard de Dieu et croit fermement à son rôle de reine dans une optique de service. C’est en grande partie de sa foi que lui vient la haute idée qu’elle se fait de son devoir. » Un devoir presque sacré pour elle.

Si elle ne s’est jamais exprimée sur le fonctionnement de l’Église d’Angleterre – elle ne serait pas très à l’aise avec l’idée des femmes évêques, même si elle a dû l’accepter –, elle a eu plusieurs fois l’occasion de parler de sa foi. Notamment dans ses messages télévisés de Noël, plus particulièrement depuis les années 2000, dans un contexte de sécularisation grandissante en Grande-­Bretagne. « Pour moi, Jésus-Christ, Prince de la paix, dont nous célébrons la naissance, est une inspiration et une ancre dans ma vie », a ainsi témoigné en 2015 celle dont la série télévisée The Crown a récemment rappelé combien l’évangéliste américain Billy Graham, qu’elle a plusieurs fois rencontré, l’avait aidée à approfondir sa foi.

Pour ce qui est du prince Charles, il serait, dans sa pratique, plus proche des anglo-catholiques, la branche de l’anglicanisme à la liturgie plus traditionnelle et plus marquée par le catholicisme. Le petit-fils de la princesse Alice de Grèce, devenue religieuse orthodoxe, a aussi été influencé par l’orthodoxie (il aurait fait des retraites au Mont Athos) et, très impliqué dans le dialogue interreligieux, il s’est intéressé à l’islam et au judaïsme comme aux religions orientales. L’héritier du trône a d’ailleurs expliqué envisager son futur rôle de défenseur de la foi plutôt comme celui de « défenseur de foi », afin d’« assurer que les autres fois puissent aussi être pratiquées, chacun, quelle que soit sa foi, faisant partie de l’ensemble ».

Quant à la génération la plus jeune, si elle pratique officiellement l’anglicanisme, elle n’a pas encore eu l’occasion de s’exprimer réellement sur sa foi. Néanmoins, et alors que cela n’est plus obligatoire, Meghan Markle d’origine protestante, élevée dans une école catholique mais jamais baptisée, a-t-elle été discrètement baptisée et confirmée le 6 mars dernier dans l’Église ­d’Angleterre, juste avant son mariage ce samedi avec le prince Harry. De même, Kate Middleton, baptisée enfant, avait-elle été confirmée peu avant son mariage avec le prince William.

https://www.la-croix.com/Journal/liens-entre-reine-dAngleterre-langlicanisme-2018-05-19-1100940221

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Une bibliothèque clandestine à Auschwitz

La bibliothèque clandestine d’Auschwitz

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Le livre, victime collatérale des conflits

En période de crise extrême, la culture se retrouve le plus souvent reléguée loin derrière les urgences induites par un conflit armé ou par la politique répressive d’un régime totalitaire. Quand la question de la survie devient primordiale, au point que tout le reste peut sembler dérisoire et futile, un acte culturel “gratuit” dénué d’idéologie sous-jacente peut être assimilé à une résistance intellectuelle, qui contrecarre, à sa modeste mesure, la barbarie ambiante. Ainsi, en pleine guerre, certaines personnes ont jugé indispensable de maintenir, au péril de leur vie, des bibliothèques en activité. Il y quelques années, au cœur même de la ville assiégée de Daraya, proche de Damas, un groupe d’amis, bientôt rejoint par des dizaines de bénévoles, a entrepris de rassembler des livres sauvés des ruines des habitations, des bâtiments officiels, des écoles et des mosquées. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à constituer un fonds dans un local calfeutré du sous-sol de la ville, devenu pour l’occasion une bibliothèque ouverte à tous (ci-dessous, une interview de Delphine MINOUI, qui a relaté cette histoire dans Les Passeurs de livres de Daraya).

C’est sur une autre histoire incroyable et édifiante que nous allons nous attarder dans ce billet. Il s’agit de l’existence, pendant plusieurs mois, d’une bibliothèque dans le dernier endroit où on se serait attendu à en trouver une : le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Fredy HIRSCH

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Ce véritable “miracle” est dû à un personnage très étonnant, Alfred “Fredy” HIRSCH (ci-dessous).

Originaire d’Aix-la-Chapelle, cet athlète accompli émigre en Tchécoslovaquie en 1935 après la promulgation des lois de Nuremberg. Dans sa nouvelle patrie, il se consacre à l’éducation physique et à l’organisation d’événements sportifs, tout en étant par ailleurs un militant sioniste très actif. En mars 1939, quand les nazis s’emparent du pays, ils engagent aussitôt la persécution des Juifs, qui se trouvent peu à peu exclus de tous les espaces publics. Dans des conditions difficiles, HIRSCH et ses amis réussissent à organiser, à Hagibor, un local clandestin où se déroulent des activités sportives et des spectacles.

En décembre 1941, il est déporté dans le ghetto de Terezin, qui va devenir un centre de regroupement et une zone de transit vers les camps de la mort. Malgré des conditions de vie extrêmes et une forte mortalité, une certaine vie culturelle réussit à s’y épanouir. Dynamique et charismatique, HIRSCH, soucieux de maintenir le moral des internés, fait campagne en faveur de l’hygiène pour combattre les épidémies. Il organise des séances d’exercice physique, tout en participant à la mise en place d’écoles pour les plus jeunes. Hélas, malgré cette “parenthèse”, la plupart des enfants du ghetto finiront dans les camps de la mort.

En septembre 1943, c’est au tour de HIRSCH d’être envoyé à Auschwitz. Avec d’autres déportés de Terezin issus de plusieurs convois, il intègre une section du camp spécialement conçue pour eux : le camp “familial” BIIb. Ce camp expérimental est fait pour accueillir les déportés, sans sélection à l’arrivée et sans affectation dans des kommandos de travail comme le voudrait la règle nazie. Les Juifs y bénéficient d’un régime moins sévère qu’ailleurs, sans pour autant que leur vie quotidienne soit exempte de brutalité. Autorisés à garder leurs habits civils et à circuler dans l’enceinte de leur camp, les hommes, les femmes et les enfants sont répartis dans des blocs distincts.

Comme nous pouvons nous en douter, ce n’est pas un quelconque souci d’humanité qui guide les nazis car, en vérité, les arrivants seront gazés six mois plus tard. Ce traitement “privilégié” est simplement destiné à donner le change pour que les arrivants envoient des courriers rassurants aux proches restés à Terezin, où il est prévu qu’une visite de la Croix-Rouge ait lieu quelques mois plus tard. En effet, comble du cynisme, le ghetto a été “maquillé” pour devenir un village idéal “offert aux Juifs par le Führer ” ; véritable leurre destiné à berner le monde extérieur quant à la réalité du sort des Juifs dans l’Europe nazie. Un film de pure propagande y sera d’ailleurs réalisé à cette fin.

HIRSCH parvient à convaincre le responsable du camp de regrouper les enfants de moins de 14 ans dans un seul bâtiment, le bloc 31, qui est placé sous sa surveillance et sa responsabilité. À force de persuasion, il réussit à obtenir des améliorations substantielles pour ses protégés et s’efforce de leur imposer une hygiène stricte pour limiter leur mortalité. Reproduisant le système de Terezin, au prétexte d’apprendre des rudiments d’allemand aux jeunes, il met en place un système d’éducation clandestin en recrutant des professeurs qui dispensent des cours par petits groupes. Bien que démunis de fournitures, HIRSCH et ses amis réussissent l’exploit de constituer une bibliothèque, alors que les livres sont strictement interdits aux prisonniers dans l’ensemble d’Auschwitz-Birkenau. Celle-ci est très modeste puisqu’elle ne compte que huit ouvrages : un atlas de géographie, un traité de géométrie, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, un dictionnaire de russe, Le Brave Soldat Chveïk de Karel CAPEK, un roman russe non identifié à la couverture manquante, Short History of the World de H.G. WELLS et Les nouveaux chemins de la thérapie psychanalytique de Sigmund FREUD. Ce trésor est confié à la garde de l’autre personnage central de cette histoire, une jeune Praguoise de 14 ans nommée Edita POLACHOVA, plus connue sous le nom qu’elle adoptera plus tard : Dita KRAUS (ci-dessous).

Dita KRAUS

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Celle qui deviendra pour la postérité la “bibliothécaire d’Auschwitz” a grandi entourée de livres. Son père avocat perd son emploi à l’arrivée des Allemands et la famille se trouve bientôt expulsée de son appartement. En novembre 1942,  Dita est déportée à Terezin, où elle croise HIRSCH déjà aperçu à Hagibor. En décembre 1943, la jeune fille arrive au camp BIIb. C’est à cette adolescente courageuse et déterminée, assistée à l’occasion par un garçon du bloc, que va être confiée la périlleuse mission de conserver et entretenir la seule bibliothèque des prisonniers d’Auschwitz. C’est à elle qu’il incombe de cacher les livres et de les transporter jusqu’au bloc 31. Cette tâche est d’autant plus dangereuse que les fouilles sont fréquentes et que la délation reste toujours à craindre. Au début, elle dissimule les ouvrages dans des vêtements amples dotés de poches spéciales. Mais bientôt elle se trouve dans le collimateur du sinistre “docteur” MENGELE, officiellement chargé de superviser le baraquement des enfants. Par précaution, elle va donc devoir renoncer à les porter sur elle dans la journée, contrainte qui l’oblige à aller les chercher au fur et à mesure dans la cachette du jour. Malgré la peur constante d’être découverts et grâce à une solidarité sans faille, beaucoup d’enfants pourront suivre des cours pendant plusieurs mois et ainsi s’évader de la triste réalité de leur condition.

Mais le terme des six mois approchant, HIRSCH et ceux qui sont arrivés avec les convois de septembre sont transférés dans un bloc de quarantaine, avant, leur fait-on croire, d’être transférés dans un autre camp. HIRSCH, prévenu par la résistance du sort qui les attend, est sollicité pour déclencher un soulèvement ; mais il est retrouvé plongé dans le coma à la suite d’une absorption de Luminal. S’est-il suicidé ? A-t-il été victime d’un surdosage accidentel ou même assassiné ? On ne le saura jamais… Le même jour et le lendemain matin, 3 800 prisonniers sont exécutés, dont la moitié des enfants du BIIb, la supercherie du faux transfert ayant été préservée jusqu’au dernier moment.

Les survivants savent désormais à quoi s’attendre. Des sélections sont effectuées afin de garder les personnes jugées suffisamment en bonne condition physique pour être encore utiles. Dita, qui a menti sur son âge, et sa mère réussissent l’”examen” et peuvent quitter Auschwitz avec un millier de femmes dès le mois de mai, pour un camp de travail près de Hambourg. L’éphémère bibliothèque d’Auschwitz a vécu…

Le 23 juin 1944, une délégation de la Croix-Rouge internationale est invitée à Terezin, transformée en véritable décor de théâtre pour abuser les inspecteurs étrangers. Après cette ignoble parodie, le camp familial, qui n’a plus de raison d’être, est liquidé entre les 10 et 12 juillet suivants. Transférée à Bergen-Belsen en mars 1945, Dita, survivante du typhus, peut assister à la libération du camp le mois suivant. Rentrée à Prague, elle y retrouve Otto KRAUS, un des anciens instructeurs du bloc des enfants, qui deviendra son époux. En 1949, ils émigreront ensemble en Israël où ils deviendront enseignants.

Dita KRAUS, toujours en vie à l’âge de 92 ans, continue inlassablement d’apporter son témoignage. Ci-dessous, une de ses interviews.

Dans son ouvrage Une bibliothèque, la nuit, publié en 2006, Alberto MANGUEL évoque l’histoire de cette bibliothèque. La lecture de ce passage suscitera la curiosité de son compatriote Antonio G. ITURBIDE qui, après avoir rencontré KRAUS à de multiples reprises, écrira son roman La bibliotecaria de Auschwitz,. Ce livre est traduit en plusieurs langues et une adapation cinématographque est actuellement envisagée. Quant à la survivante elle a publié en 2020 son autobiogaphie, A Delayed Life, traduit en français et publié sous le titre Moi Dita KRAUS, la bibliothécaire d’Auschwitz.

Joan TARRAGO

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Nous ne pouvions conclure notre billet sans évoquer un autre personnage extraordinaire mais moins médiatisé : Joan TARRAGO. Il s’agit d’un combattant républicain espagnol, réfugié en France en février 1939 et interné comme beaucoup de ses camarades. Engagé dans l’armée française en 1940, il est fait prisonnier par les troupes allemandes. Conformément à un accord passé entre FRANCO et HITLER, qui déchoit de leur nationalité les combattants républicains exilés, considérés comme apatrides, il est expédié en janvier 1941 à Mauthausen, un camp “d’extermination par le travail”. À partir de 1943, cet homme rassemblera dans un placard une bibliothèque constituée d’ouvrages que les prisonniers parviendront à conserver tant bien que mal. Celle-ci, qui comptera près de 200 volumes, permettra de maintenir une certaine vie culturelle dans cet endroit terrible. TARRAGO survivra à la guerre, se mariera puis s’installera en France, où il décèdera en 1979. Son histoire est relatée dans le documentaire ci-dessous (en espagnol), diffusé en 2019.

La Bibliothécaire d’Auschwitz

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Les livres clandestins du camp de la mort

Antonio G. Iturbe, journaliste et romancier espagnol, retrace dans La Bibliothécaire d’Auschwitz (Flammarion, 2020, 512 pages) l’histoire vraie de Dita Kraus. À 14 ans, cette jeune tchèque se voit confier une mission des plus périlleuses : veiller sur la bibliothèque clandestine du camp d’extermination d’Auschwitz. Un roman qui mêle la mémoire de la Shoah et le rôle essentiel de la littérature dans un récit haletant et inspirant.

Née à Prague en 1929, Dita Kraus a treize ans lorsqu’elle est déportée avec ses parents dans le Ghetto de Theresienstadt en 1942. Les juifs tchèques de Theresienstadt sont ensuite envoyés au camp BIIB dans le camp d’extermination d’Auschwitz. Sous les planches du bloc 31 de ce « camp familial » où sont entassés 500 enfants, se trouve une bibliothèque. La plus petite et la plus dangereuse du monde. 

À Auschwitz, les prisonniers sont soumis à une étroite surveillance. Les SS font régner l’ordre et la mort est partout. Son odeur, sa vue, le bruit des coups et des balles. « La première leçon que tout vétéran donne à un nouvel arrivant est qu’il faut toujours garder clairement à l’esprit son objectif : survivre. Survivre quelques heures de plus, et accumuler ainsi un jour de plus, qui additionné à d’autres pourra devenir une semaine de plus. Et ainsi de suite : ne jamais faire de grands projets, ne jamais avoir de grands objectifs, seulement survivre à chaque instant. Vivre est un verbe qui ne se conjugue qu’au présent. »

Dans le bloc 31, Alfred « Freddy » Hirsch, un éducateur sportif, fonde un ersatz d’école. Il parvient à convaincre les autorités allemandes qu’occuper les enfants dans un baraquement faciliterait le travail des parents. Si le bloc 31 devient un bloc d’activité ludique, l’enseignement de la moindre matière scolaire y est interdit. Hirsch contourne cette prohibition et enseigne aux enfants grâce aux livres que les prisonniers ont réussi à dissimuler aux gardiens de camp. 

Un charpentier polonais en a apporté trois, un électricien slovaque deux autres. Employés à des tâches de maintenance, ils se déplacent plus facilement dans le camp et apportent leur trésor à Hirsch. La bibliothèque clandestine contient huit ouvrages : Brève Histoire du monde d’Ernst Gomdrich (1936), un atlas, un traité élémentaire de géométrie, une grammaire russe, Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, un essai de Sigmund Freud, un roman en russe qui n’a pas de couverture et un roman tchèque.

Quand arrive « le curé », surnom donné au sous-officier SS car ses mains sont rentrées dans ses manches à la façon d’un prêtre, il faut se tenir à carreau. « Les leçons s’arrêtent et se transforment en banales chansonnettes en allemand ou en jeux de devinettes afin de feindre que tout est en ordre lorsque les loups aryens pointeront le bout de leur regard blond. »  

Au moment de l’inspection ont lieu des interrogatoires au cours desquels on questionne les plus petits pensant profiter de leur naïveté. Mais il n’en est rien. Les SS fouillent de fond en comble le baraquement. Ils traquent tous les effets personnels auxquels les prisonniers n’ont pas droit et en priorité les livres.

Censure, autodafés… la littérature a toujours été la bête noire de ceux qui voulaient avoir le contrôle sur les autres. « Au cours de l’Histoire, tous les dictateurs, tyrans et répresseurs, qu’ils soient aryens, noirs, orientaux, arabes, slaves ou de n’importe quelle autre couleur de peau, qu’ils défendent la révolution du peuple, les privilèges des classes patriciennes, le mandat de Dieu ou la discipline sommaire des militaires, quelle que soit leur idéologie, tous ont eu un point commun : ils ont toujours traqué les livres avec acharnement. Les livres sont très dangereux, ils font réfléchir. »

Hirsch a besoin d’aide pour mener à bien sa mission éducative. Si la solidarité entre les prisonniers est un soutien utile et nécessaire, il lui faut une personne de confiance. Il se tourne vers Dita, quatorze ans, et lui confie la charge de veiller sur la bibliothèque clandestine. Les livres offrent une promesse d’évasion. Sortir du camp par la pensée, car l’imagination n’a pas d’horizon. 

Au péril de sa vie, Dita protège son trésor. Chaque nuit, elle cache les livres dans des endroits différents. Avant de les enfouir sous le parquet, elle les transporte dans les coutures de sa robe trop large. Elle les donne aux professeurs. Certains des professeurs n’ont pas besoin de support. Ils maîtrisent parfaitement certaines œuvres littéraires et deviennent des « personnes-livres ». Ils racontent aux enfants les histoires qu’ils connaissent pratiquement par cœur.

Dita prend soin de ces livres. La plupart des ouvrages sont en lambeaux. Ils sont aussi précieux et fragiles que les vies des prisonniers. « La technique géographique, qui nous permettait de connaître la forme du monde ; l’art de la littérature, qui multipliait la vie d’un lecteur par des douzaines d’autres ; le progrès scientifique que signifiaient les mathématiques ; l’histoire, qui nous rappelait d’où nous venions et nous aiderait peut-être à décider vers où aller ; la grammaire, qui permettait de tisser les liens de la communication entre les gens… Plus qu’une bibliothécaire, Dita était devenue ce jour-là une infirmière de livres. » 

Sa mission la maintient en vie, mais ses proches aussi. Dita parvient à voir ses amies et ses parents, qui ne survivront pas au camp.

À la Libération, Dita épouse Otto, son camarade du bloc 31 qui faisait des tours de magie.  Ils s’installent en Israël en 1949 suite à la montée du communisme en République tchèque. Ils deviennent tous les deux enseignants et ont trois enfants. 

Un jour, en Israël, Dita recroise un enfant du bloc 31 qu’elle aimait beaucoup et à qui elle avait offert une règle. Il est devenu un grand chef d’orchestre. Sa règle de direction ? Celle de Dita. 

Aujourd’hui âgée de 91 ans, elle vit seule à Netanya depuis la mort de son mari. Entourée de ses quatre petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants, elle se bat pour faire vivre la mémoire des victimes de la Shoah. 

Vendu dans 24 pays, à plus de 600.000 exemplaires, La Bibliothécaire d’Auschwitz pourrait être prochainement adapté au cinéma. Histoire vraie aux aspects romanesques, le témoignage de Dita Kraus est, comme tous les témoignages des survivants des camps de la mort, nécessaire et exemplaire.

À la lecture du roman d’Iturbe, Dita est fâchée que l’auteur la présente comme une héroïne, mais si ce n’est pas comme ça qu’elle se perçoit, les lecteurs sont unanimes, Dita est bel et bien une héroïne. 

En sauvant ces livres, elle a aidé les prisonniers à conserver une part d’humanité. Comme l’écrivait avec justesse William Faulkner, « La littérature a le même effet qu’une allumette craquée au cœur de la nuit au milieu d’un bois. Une allumette n’éclaire presque rien, mais elle permet de mieux voir l’épaisseur de l’obscurité qui règne autour. » 

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https://www.dicopathe.com/la-bibliotheque-clandestine-dauschwitz/

BREVE HISTOIRE DE LA RUSSIE, EUROPE, HISTOIRE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARK GAELEOTTI (1965-....), RUSSIE

Brève histoire de la Russie de Mark Galeotti

Brève histoire de la Russie : comment le plus grand pays du monde s’est inventée

Mark Galeotti

Paris, Flammarion, 2020. 312 pages.

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De quelle Russie Poutine est-il le maître? Pour unifier ce peuple pluriel conquis tour à tour par les Vikings et les Mongols, sans véritable frontière naturelle, aussi européen qu’asiatique, la Russie a fait de ses multiples influences son identité propre, quitte à en forger les légendes.
Mais, en jouant de ce passé, elle s’est enfermée et contrainte dans ses rapports au monde extérieur. Telle est la thèse de Mark Galeotti qui, tout en relatant avec brio son histoire en quelques chapitres enlevés, nous donne les clés pour comprendre ce pays-continent.

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Cet extrait une partie du dernier chapitre de son livre qui couvre les années 1991 à nos jours :

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Il y a certes encore beaucoup à dire sur Poutine. À propos de son personnage public parfois d’un machisme pervers, de la répression brutale de certaines forces d’opposition allant de pair avec l’empressement à en autoriser d’autres, voire à les flatter; à propos aussi de la question de savoir si, au terme de son quatrième mandat présidentiel en 2024, il prendra sa retraite, trouvera une nouvelle astuce pour tourner la Constitution ou choisira un successeur. Toutefois, sur la longue durée de l’extraordinaire histoire de la Russie, doit-il être traité comme un tsar ou un secrétaire général de plus, méritant une section ou deux, mais pas davantage ?

La stabilisation intérieure du pays et le rétablissement de son rôle, de manière conflictuelle et parfois irascible, sur la scène mondiale sont certes à mettre à son crédit. Pourtant, il n’a pas été aussi meurtrier qu’Ivan (le Terrible) ou Staline (le bien plus terrible), ni plus grand que nature (au sens tout à fait littéral) que Pierre le bien nommé. Il lui manque la froideur intellectuelle implacable d’un Lénine ou d’un Andropov, ainsi que l’instinct politique subtil d’une Catherine la Grande ou d’un Dimitri Donskoï.

Cela ne revient pas à déprécier Poutine, mais simplement à le remettre à sa juste place. Il a sans aucun doute tenté de façonner le regard que la Russie porte sur son histoire. De plus en plus, les manuels scolaires et les cours universitaires doivent s’en tenir à la version officielle, qui exalte les triomphes et minimise les tragédies. Dans cette optique, Staline fait figure de modernisateur nécessaire et de chef de guerre, tandis que le goulag est relégué dans les marges. Poutine a exigé que cette nouvelle histoire officielle du pays soit «dépourvue de contradictions internes et ne puisse se prêter à une double interprétation» –comme si l’histoire vraie avait jamais été aussi simple.

Il n’est pas le premier à avoir essayé de dicter l’image et le passé de la Russie. Dimitri Donskoï avait des chroniqueurs à sa botte, Catherine la Grande soigna le profil de son pays en Europe, et le culte de la «nationalité officielle» sous Alexandre III s’est accompagné d’une campagne visant à museler et ramener dans le droit chemin les intellectuels trouble-fête qui tenaient à contester ses préceptes. La plus frappante de toutes ces entreprises, l’Histoire du Parti communiste bolchevik de l’URSS, précis abrégé, revue et corrigée par Staline, et publiée en 1938, constitua une tentative de reformuler les événements mêmes dans la mémoire vivante. Dans les vingt années qui suivirent, plus de 42 millions d’exemplaires furent imprimés et distribués, en soixante-sept langues, ce qui en fait peut-être le livre le plus lu après la Bible.

Le fait est qu’aucune de ces manœuvres n’a réussi à atteindre son but, qui était de modeler la manière dont les Russes se voyaient eux-mêmes. Un peuple palimpseste et un pays sans frontières géographiques, culturelles ou ethniques bien nettes sont sans doute d’autant plus désireux de se donner des mythes nationaux qui contribuent à les unir et à les définir, mais ils sont aussi particulièrement difficiles à circonscrire dans une histoire unique, «dépourvue de contradictions internes et ne pouvant se prêter à une double interprétation».

Poutine est un nouvel avatar de Nicolas Ier, du patriarche Nikon, peut-être au mieux de Pierre le Grand.

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Poutine s’inscrit parfaitement dans les structures générales de l’histoire russe, quoique sans doute comme un personnage de transition, ni soviétique ni vraiment post-soviétique. L’URSS prenait manifestement du retard sur l’Occident, incapable de rivaliser avec lui dans la nouvelle course aux armements, et sa position internationale était donc de plus en plus vulnérable. Gorbatchev tenta de moderniser l’Union soviétique, ce qui impliquait nécessairement une libéralisation, et cela entraîna de l’agitation et finalement l’effondrement du système. Aux yeux de Poutine, ce fut une «catastrophe géopolitique majeure du siècle» –ce qui, pour être juste, ne signifie pas qu’il aurait voulu rétablir l’URSS–, mais elle reflétait de la mollesse de la part du gouvernement.

Après le nouveau «temps des troubles» de la période Eltsine, Poutine en était arrivé à considérer que la principale menace pesant sur le pays tenait à sa faiblesse intérieure –peut-être entretenue par des puissances étrangères hostiles– et donc, en dépit de tous les investissements en drones pour l’armée et en satellites sur orbite, de son aventurisme à l’étranger, son régime est foncièrement conservateur. Il est un nouvel avatar de Nicolas Ier en lutte contre le désordre, du patriarche Nikon rétablissant l’ancienne orthographe, peut-être au mieux de Pierre le Grand, content d’adopter les technologies occidentales pour armer l’État et tenir en main l’élite, mais peu désireux de lancer des réformes par le bas.

Le palimpseste en hypertexte et ses ironies

Pendant ce temps-là, de nouvelles couches d’écriture se superposent sur le palimpseste. Si la génération de Poutine –celle de l’Homo sovieticus, non seulement née et élevée à l’époque soviétique, mais dont les années de formation et les débuts de carrière sont antérieurs à 1991– reste dominante, elle est cependant talonnée par les générations nouvelles, certaines façonnées dans les chaotiques années 1990, d’autres qui, adultes, n’ont même pas connu une Russie où Poutine n’était pas aux commandes.

Il y a ceux qui se rebellent et regardent vers l’Ouest en quête d’inspiration et d’ambitions. D’autres qui mêlent l’orthodoxie à la Poutine à un cynisme branché, font leur la nouvelle position mondiale de la Russie en tant que méchant de la scène internationale et l’affichent sur leur t-shirt. «Poutine: le plus poli des hommes», lit-on sur l’un, reprenant l’expression russe désignant ce que les Occidentaux ont appelé les «petits hommes verts», les commandos qui se sont emparés de la Crimée. «Nous isoler? Oui, faites donc!» proclame un autre au côté du logo de McDonald, du symbole et de l’affiche de LGBT, le tout barré par des «X» rouges.

«Ils apprennent l’anglais pour des raisons de cœur, le chinois pour des raisons de tête.»

Un professeur russe à propos de ses élèves

En même temps, loin de se simplifier, les choses deviennent plus complexes. Une nouvelle et énorme mosquée se dresse près du stade olympique de Moscou, érigée par les musulmans venus du Nord-Caucase et d’Asie centrale, à la fois comme citoyens et –surtout ces derniers– comme travailleurs «invités» temporaires. Avec eux arrivent de nouvelles influences, sous forme, par exemple, de restaurants caucasiens ou du bazar afghan vertical qui occupe en grande partie l’hôtel Sébastopol hérité de l’époque soviétique.

Poutine a fait ériger une immense statue de saint Vladimir –le grand prince Vladimir le Grand– à côté du Kremlin, mais il s’agit de Vladimir de Kiev, et de même que Kiev est devenu Kyiv, l’Ukraine n’est pas seulement un pays indépendant, mais elle tourne de plus en plus ses regards vers l’Ouest et non vers l’Est. Vladimir appartient-il encore culturellement à la Russie? Ou est-il désormais le Volodymyr ukrainien? Dans les aéroports de Moscou, il y a maintenant des files réservées aux touristes chinois en voyage organisé pour la vérification des passeports et de plus en plus d’inscriptions sont en chinois aussi bien qu’en anglais. Dans l’Extrême-Orient russe, un flot d’argent chinois est en train de remodeler des villes entières et les économies régionales. Un professeur russe m’a dit à propos de ses élèves: «Ils apprennent l’anglais pour des raisons de cœur, le chinois pour des raisons de tête.»

Toutes ces influences ne se manifestent pas dans la géographie physique de la Russie. Au palimpseste s’ajoute un hypertexte, des liens dans le cyberespace où l’information et les influences culturelles circulent librement. Les trois quarts des Russes utilisent régulièrement internet, autant que l’Américain moyen. Beaucoup se tiennent au courant de l’actualité en ligne à partir de sources étrangères, regardent des vidéos étrangères et, tout aussi important, forment des communautés transfrontalières en ligne. Qu’il s’agisse de forums de discussion ou de communautés de jeux vidéo, les Russes ne sont pas seulement des trolls et des fauteurs de trouble, ils participent activement à de nouveaux mouvements et communautés virtuels.

L’ironie est qu’en définissant «sa» Russie de multiples façons en opposition avec l’Europe et l’Occident en général –contestant aussi bien son ordre international que ses valeurs sociales–, Poutine, comme beaucoup d’autres dirigeants russes avant lui, laisse le monde extérieur le définir, lui et son pays. C’est en effet une caractéristique très courante, vraie de presque tous les gouvernants russes depuis qu’Ivan Grozny a introduit la Russie dans la politique nordique et offert sa main tachée de sang à Élisabeth Ire, la «reine vierge» d’Angleterre.

Ironie plus grande encore, Poutine s’efforce de mobiliser toutes sortes de mythes à l’appui de l’exceptionnalisme russe, l’idée voulant que son histoire confère au pays un rôle spécial et héroïque dans le monde. À cette fin, il puise à toutes les sources, qu’il s’agisse de la vocation de Moscou de «Troisième Rome» ou de la bataille de Koulikovo. Cependant, tous les efforts déployés par les «techniciens de la politique» du Kremlin et les historiens complaisants pour tenter de persuader les Russes qu’ils forment un peuple à part, séparé de l’Europe et dressé contre ses forces culturelles et géopolitiques pernicieuses, montrent qu’ils vont à contre-courant.

Après tout, même les Russes qui vénèrent encore Poutine et arborent son portrait sur leur T-shirt s’empressent d’apprendre l’anglais, dévorent les émissions télévisées et les films occidentaux, et cherchent même dans leurs propres créations culturelles à s’intégrer aux grands courants occidentaux. La Russie est un pays dans lequel on peut voir, d’un côté de la rue, une énorme peinture murale, couvrant toute la façade d’une tour, à la gloire d’un grand général russe, et, de l’autre côté de la rue, effet très surréaliste, une peinture murale tout aussi gigantesque annonçant la sortie d’un film hollywoodien à grand succès, et pas n’importe lequel: Captain America.

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ANNE DE KIEV (v.1024/1032 - v. 1075/1089)8, EUROPE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EUROPE, UKRAINE

Anne de Kiev reine de France

Anne, princesse de Kiev devenue reine de France

Il y a mille ans, cette princesse a traversé l’Europe pour épouser l’un des premiers rois capétiens. Elle a tissé le premier lien historique entre la France et le monde des Slaves orientaux.

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La statue de Anne de Kiev, reine de France de 1051 à 1060, place des Arènes à Senlis.

Philip d’Edimbourg, Felipe VI, roi d’Espagne et Philippe, roi des Belges, doivent leur prénom à leur ancêtre commune: Anne de Kiev. Cette reine des Francs a baptisé son fils Philippe, alors inconnu en Europe de l’Ouest. Ce prénom de culture grecque provient de ses terres d’origine, la Rus’ de Kiev. Anne est issue de ce berceau des Slaves orientaux réunissant aujourd’hui Russes, Biélorusses et Ukrainiens.

Pour partir à sa rencontre, il faut remonter quasiment mille ans en arrière. On arrive sous le règne des premiers Capétiens, une époque obscure pour les historiens, confrontés à des archives lacunaires.

Venue des confins du monde connu

Au mitan du XIe siècle, aucun grand évènement, aucun personnage d’envergure ne ressort. C’est un trou noir de l’histoire de France. À la tête du royaume, le roi Henri Ier est faible, veuf et sans enfant. À court d’héritier, il lorgne sur une princesse qui vit aux confins de l’Europe, sur des terres lointaines et prospères.

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Anne, Reyne de France | via Wikimedia-Commons

Cette princesse, Anne de Kiev, appartient à l’une des plus prestigieuses familles de son temps. Son père est le grand-prince Iaroslav, à la tête de la puissante principauté des Rus’, alors le plus vaste état d’Europe. Ces Slaves d’Orient sont sous l’influence culturelle des Byzantins depuis leur récente christianisation, une conversion diffusée depuis Constantinople. Au carrefour des routes commerciales, la ville de Kiev est environ dix fois plus peuplée que Londres ou Paris. Le pays des Rus’ atteint alors son âge d’or.

Pas de date de naissance avérée, ni même de sa mort. Pas de tombe.

On ignore jusqu’à son visage.

Anne de Kiev quitte ses somptueuses coupoles et bulbes dorés pour traverser l’Europe jusque dans l’actuelle Île-de-France, nettement moins raffinée. Faute de terre à transmettre, elle amène avec elle de «riches présents», selon un chroniqueur. En 1051 à Reims, elle devient la seconde épouse d’Henri Ier, âgé d’une vingtaine d’années de plus qu’elle.

On ignore pourquoi Henri Ier a jeté son dévolu sur une princesse aussi éloignée mais on peut deviner que ce choix fut dicté par la sévérité de l’Église sur les liens de parenté. Par la suite, Rome se montrera beaucoup moins sourcilleuse sur les questions de consanguinité et Louis XIV pourra épouser sa cousine germaine sans surmonter le moindre veto.

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Le mariage à Reims de Henri Ier roi de France et d’Anne de Kiev. Miniature extraite d’un manuscrit français référencé ci-après.| Chroniques de Saint-Denis via Wikimedia Commons

Pour revenir à Anne, la jeune femme découvre un royaume des Francs où le roi est nargué par ses propres vassaux. L’État est morcelé par la féodalité, les terres recouvertes par les forêts et les villes s’apparentent surtout à des bourgs. Paris s’est tout juste remis du siège viking du siècle précédent. Partout se construisent des églises romanes.

La toile de fond est plus nette que la vie de la nouvelle reine qui s’apparente, elle, presque à une page blanche. Pas de date de naissance avérée, ni même de sa mort. Pas de tombe. On ignore jusqu’à son visage. Il faut dire que les chroniqueurs sont restés peu loquaces: «Avec elle, le roi vivait heureusement» écrit l’un d’eux avec parcimonie. On reste sur sa faim.

D’Anne, il ne reste que des fragments. Sa signature en cyrillique au bas d’une charte et des croix qu’elle a tracées sur des documents en guise de seing. Sur ces actes, elle est désignée «reine», «mère», «A», «Agna», «Agneta» ou, le plus souvent, «Anna». À défaut de traces abondantes, on aimerait convoquer un romancier pour broder sa vie.

Veuve et remariée

Dans ce brouillard, quelques indices prêtent néanmoins à penser qu’Anne pesait. Et qu’elle ne manquait pas de personnalité. Déjà, elle a imposé un prénom issu de sa culture pour son aîné, l’héritier au trône: ce sera le futur Philippe Ier. Ensuite, le roi vient à mourir alors que son fils n’a que 7 ans: son beau-frère Baudouin V de Flandre prend les rênes du royaume. Mais ce pouvoir, il le partage avec Anne.

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Statue d’Anne de Kiev, Abbaye Saint-Vincent, Senlis (Oise). | via Wikimedia-Commons

Elle ouvre, en quelque sorte, la longue tradition des reines régentes. L’éducation de son fils est confiée à un pedagogus regis, là encore un terme grec alors inusité en Occident, désignant le précepteur. Et cette femme nous réserve encore des surprises.

«Pendant la période soviétique, Anne servira à la propagande du régime, mais elle devient également l’un des fers de lance du renouveau nationaliste ukrainien.»

Philippe Delorme, historien

Après la mort de son royal époux, la veuve ne reste pas seule. Elle abandonne le pouvoir et part avec un homme. Et pas avec n’importe lequel. Elle épouse Raoul IV, comte de Valois et de Crépy, un baron qui est le vassal de son propre fils. Un personnage violent, prompt à guerroyer et à rançonner. N’hésitant pas à brûler Verdun parce que l’évêque refuse de lui verser un tribut. Déjà marié, Raoul répudie son épouse pour se marier avec Anne. Cette union entre la reine douairière et ce personnage haut en couleurs fait un énorme scandale. Raoul est excommunié, même le Pape est mêlé à l’affaire.

Finalement, Anne finit par vendre ses possessions pour construire l’Abbaye Saint-Vincent autour de Senlis, l’une des villes royales sous ces premiers Capétiens itinérants. Cette ville de l’Oise entretient toujours le souvenir d’Anne. En 2004, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko y a même inauguré une statue d’elle. On ignore où la reine est morte. Une source anonyme et postérieure affirme qu’«après la mort de Raoul, [Anne] regagna le sol natal. vingt-cinq ans après l’avoir quitté».

Anne de Kiev a-t-elle revu les coupoles dorées du Kiev de son enfance? Cela paraît assez improbable. Ce qui est certain, c’est que cette reine tombe rapidement dans un oubli à peu près total. «Il semble que, dès la fin du XIIe siècle, Philippe Auguste ne gardait plus aucun souvenir de sa trisaïeule», écrit l’historien Philippe Delorme dans sa biographie d’Anne de Kiev.

Une amitié millénaire

Par la suite, le royaume de France et la Rus’ de Kiev suivront des trajectoires opposées. La puissance du premier s’affermira tandis que le second déclinera jusqu’à l’effondrement. Se morcelant en entités rivales, la principauté slave tombera sous les assauts des Mongols, menés par Batu, le petit-fils de Gengis Khan. La ville de Kiev sera détruite. La Russie, la Biélorussie et l’Ukraine, qui naîtront bien plus tard, se partagent aujourd’hui l’héritage de cette Kiev de l’an mille et de cette reine des Francs.

 «Pendant la période soviétique, Anne servira à la propagande du régime, mais elle devient également l’un des fers de lance du renouveau nationaliste ukrainien», rappelle Philippe Delorme dans son ouvrage. Figure disputée, Anne de Kiev est aussi l’un des ciments de ce monde «Rus’», aujourd’hui déchiré par la guerre. Cette reine représente également le lien le plus ancien unissant la France aux Slaves orientaux. À l’heure où l’on se tient aux côtés de l’Ukraine dans son malheur, il est bon de rappeler que l’amitié avec Kiev est millénaire. Grâce à Anne de Kiev.

http://www.slate.fr/story/226002/anne-de-kiev-reine-france-henri-i-philippe-histoire-senlis-ukraine-princesse

EUROPE, HISTOIRE DE L'EUROPE, KIEV (UKRAINE), KIEV, BERCEAU DE L'EUROPE ORIENTALE, UKRAINE

Kiev, berceau de l’Europe orientale

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Le berceau de l’Europe orientalekiev-standre

Des rues larges et colorées, des monuments prestigieux, une certaine douceur de vivre. Avec près de 2,8 millions d’habitants, la capitale de l’Ukraine d’avant 2022 avait bien du charme.

Rendons hommage à celle que les Ukrainiens appellent Kiyv, en partant à la découverte de son histoire et de ses richesses…

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Il était une fois…

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Kiev n’a pas d’âge puisque c’est une légende qui raconte les circonstances de sa création : trois frères auraient choisi une hauteur pour établir un village baptisé Kiev, d’après le prénom de l’aîné (Kii).

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Mais selon les archéologues, il faut remonter à 3 000 av. J.-C. pour voir les premiers habitants, des tribus essentiellement indo-européennes comprenant les Scythes, s’installer dans la région.

La ville elle-même aurait été fondée au VIe siècle de notre ère avant de s’étendre sur sept collines. Comme Rome !

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Le site avait été choisi avec discernement puisqu’il borde le large fleuve Dniepr qui allait devenir une voie indispensable de communication sur la fabuleuse « route de l’ambre ». Elle reliait les régions de la Baltique, où l’on collectait cette résine fossile sécrétée il y a des millions d’années par des plantes, et Venise qui la transformait en bijoux et en assurait la vente.

C’est donc à Kiev que se croisaient marchands et guerriers en quête des richesses de la Scandinavie, de l’artisanat de Byzance ou des esclaves de tout le continent, et d’au-delà.

Au IXe siècle, les Varègues venus de Suède s’intéressent à leur tour à cette région agricole. Oleg le Sage, l’un de leurs chefs, déjà maître de Novgorod, s’empare en 882 de la ville par traîtrise pour en faire la capitale du premier État slave oriental : la Rus’. Mais Oleg ne compte pas s’arrêter là : en 907 il lance une attaque contre Constantinople, en vain.

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Il y gagne une belle compensation en or et un traité de commerce dont il saura tirer parti pour enrichir sa ville.

La nouvelle Sainte-Sophie

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Kiev devient le centre politique, économique et culturel d’une région immense qui va de la Russie du nord actuelle aux portes de la Pologne.

La ville, convertie en 988 au christianisme de rite byzantin sous l’impulsion de Vladimir le Saint (dit « Le Beau Soleil »), devient un centre spirituel majeur.

Le fils de Vladimir, Iaroslav le Sage, lance en 1037 la construction de la cathédrale Sainte-Sophie, baptisée ainsi en l’honneur de la célèbre basilique de Constantinople.

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Plus large que longue, surmontée de 13 coupoles symbolisant le Christ et ses disciples, elle renferme de précieuses mosaïques qui lui permettent de rivaliser avec sa grande sœur. Âgées pour les plus vieilles de 900 ans, ces mosaïques se déploient sur 260 m2 dans 180 nuances différentes.

Pillée par les Mongols en 1240, la cathédrale sera restaurée au XVIIe siècle dans un style baroque.

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De l’or au-dessus des catacombes

La renommée religieuse de la ville prend de l’ampleur au XIe siècle grâce à un moine du mont Athos, en Grèce. De retour dans son pays natal, il se retire dans une grotte située dans la colline dominant le Dniepr et sera dès lors connu sous le nom de saint Antoine de Kiev. Il attire à lui de nombreux disciples qui s’établissent également dans des grottes.

Il s’ensuit la création de tout un réseau de galeries de plusieurs kilomètres, transformé par la suite en nécropole des saints orthodoxes. Sur le site baptisé Kievo-Pecherskaya Lauvra (« Laure des Catacombes de Kiev »), deux laures (monastères orthodoxes) sont bâties, comprenant une cathédrale et quatre églises qui seront ensuite remaniées en style baroque, aux dômes dorés.

Le lieu devient un centre culturel majeur où savants et écrivains s’installent pour travailler, donnant naissance entre autres au Récit des temps passés ou Chronique de Nestor, la plus ancienne chronique slave qui nous soit parvenue.

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Au XVe siècle s’y multiplient les ateliers de peinture et de copies de manuscrits.

Lieu de résidence du primat de l’Église orthodoxe ukrainienne, le complexe comporte également aujourd’hui le musée des Trésors historiques, célèbre pour ses bijoux et objets scythes en or (IVe siècle), dont le fameux pectoral de Tovsta Mohyla. 

Un petit air de Paris

Ce trop grand royaume de Rus’, cependant, ne tarde pas à être déchiré par les guerres de succession. Le coup de grâce lui est donné en 1240, par l’invasion mongole. Massacres, incendies…  Kiev est ruinée. 

Les siècles suivants ne laissent que peu de repos à la ville qui, intégrée dans l’empire russe au XVIIe siècle, doit attendre le XVIIIe siècle pour s’embellir de nouveau sous l’impulsion de la tsarine Catherine II. C’est un architecte italien, Francesco Rastrelli, également à l’origine du Palais d’hiver de Saint-Pétersbourg, qui imagine en 1755 l’église Saint-André, chef-d’oeuvre de l’art rococo. 

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À proximité se trouve une volée d’escaliers, la « descente Saint-André », petite rue pleine de brocanteurs et de galeries qui donne au quartier un air de Montmartre.

Si l’ambiance rappelle celle de Paris ou de Vienne, c’est également à cause de la présence de grands et beaux immeubles bourgeois qui se sont construits après l’incendie de la ville, en 1811, et à la faveur de l’enrichissement qui accompagna l’essor du chemin de fer au XIXe siècle.

Ajoutez de larges avenues plantées d’arbres, un opéra imposant inauguré en 1867, des bâtiments Art nouveau, et vous aurez l’impression d’être au cœur de l’Europe.

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L’identité ukrainienne s’affirme par la plume et le pinceau d’un poète devenu le symbole de la nation, Taras Chevtchenko (1814-1861). Il donne à la langue ukrainienne ses lettres de noblesse avec le grand poème national Kobzar. À Kiev, son image et son souvenir sont partout…

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Destructions, reconstructions

Avec le XXe siècle et la Première Guerre mondiale, Kiev rompt ses liens avec l’Europe. L’Ukraine échoue à gagner son indépendance pendant la guerre civile qui voit s’affronter les bolchéviques et leurs opposants de tous bords.

Le début de la période soviétique, après 1920, est marqué par la destruction de nombreux édifices religieux dont le monastère Saint-Michel-au-Dôme-d’Or, dynamité en 1936. Il sera toutefois reconstruit dans les années 1990, en guise de revanche sur les malheurs de l’époque soviétique.

En septembre 1941, la ville est occupée par les troupes allemandes qui vont y commettre de nouveaux ravages, à commencer par l’incendie des immeubles de la grande avenue Khreshchatyk, au cœur de la ville. Puis ce sera le pillage et l’explosion de la cathédrale de la Dormition, dans le monastère des Catacombes.

La population n’est pas épargnée. Les 29 et 30 septembre de la même année, près de 34 000 Juifs sont assassinés dans le ravin de Babi Yar, à la lisière de la ville, où s’élève aujourd’hui un mémorial.

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Après la guerre, le pouvoir soviétique s’applique à reconstruire et moderniser la ville, redevenue capitale de république socialiste d’Ukraine, partie intégrante l’union soviétique.

Le métro, avec ses 100 mètres de profondeur et ses stations au décor prestigieux, voit le jour en 1960.

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Au coeur de la ville, « La Place » (Maïdan) est de nouveau réorganisée avant de devenir, en 1991, place de l’Indépendance.

Au milieu s’élève, en haut d’une colonne, la statue de la déesse-mère païenne Berehynia, érigée en 2001. Symbole de l’indépendance, elle fait écho à celle de la Mère-Patrie, construite en 1981 dans le pur style soviétique et qui, de ses 100 mètres de haut, continue à surveiller la ville et ses habitants… pour le meilleur et le pire.

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COMMUNAUTE DES ETATS INDEPENDANTS, EUROPE, EX-UNION SOVIETIQUE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, LA RUSSIE : DE L'URSS A LA COMMUNAUTE DES ETTAS INDEPENDANTS, RUSSIE, UNION SOVIETIQUE

La Russie : de l’URSS à la Communauté des Etats indépendants

Russie et CEI

15 Républiques de l’URSS à la CEI

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L’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) est décédée le 21 décembre 1991, après une très brève existence, laissant la place à une évanescente CEI (Communauté des États indépendants).

Cette structure regroupant les anciennes républiques membres de l’URSS, à l’exception des pays baltes et de la Géorgie, a été fondée à Alma-Ata (Kazakhstan) par les représentants de onze anciennes républiques. En 1993, la Géorgie céda aux pressions de Moscou et rejoignit la CEI. Celle-ci n’a réussi ni à se doter d’institutions solides, ni à mettre en place une politique de sécurité commune, ni à organiser les échanges commerciaux au sein de la zone. Elle constitue une coquille vide visant à préserver l’influence de la Russie sur les anciennes républiques de l’URSS.

Voici les quinze Républiques issues de la décomposition de l’URSS en 1990-1991 :

  

La Fédération de Russie

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La Fédération de Russie issue en 1991 de l’éclatement de l’Union soviétique demeure le plus vaste pays de la planète (17 millions de km2) mais aussi l’un des moins denses (7 habitants au km2) ! Sa population s’élevait en 2007 à 140 millions d’habitants. Son sous-sol est riche en hydrocarbures comme en minerais (charbon, fer, nickel…).

La Russie est aussi une Fédération très hétérogène, souvenir des conquêtes tsaristes, entamées dès le XVIe siècle à partir de Moscou vers les quatre points cardinaux, jusqu’à l’océan Pacifique. Elle comporte aujourd’hui 89 « entités territoriales » aux statuts variables, Républiques, régions, territoires autonomes, villes (Moscou et Saint-Pétersbourg).

Bien que 80% de la population se définisse au début du XXIe siècle comme orthodoxe, la Russie regroupe des populations ethniquement et religieusement très diverses ; on peut estimer le nombre de « nationalités » fédérées à plus de 120. La région du Nord Caucase, comprenant l’Ingouchie, le Daguestan et la Tchétchénie, est musulmane et partage une tradition d’islam confrérique. Il existe également des minorités juives, bouddhistes, catholiques et protestantes. Parmi les ethnies minoritaires, on compte des Tatars (origine turco-mongole), des Iakoutes ou encore des Ukrainiens.

 Les autres États slaves

– L’Ukraine

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Vaste pays d’Europe de l’Est (600.000 km2), l’Ukraine partage ses frontières avec la Russie, la Biélorussie, la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Moldavie. En 2014, elle compte 45 millions d’habitants. Le pays s’étend sur les fertiles « terres noires » (tchernoziom). Le sous-sol ukrainien renferme d’importants gisements de fer.

C’est en Ukraine, autour de Kiev, qu’est né au IXe siècle un premier État russe. Sa fondation est due aux Varègues, envahisseurs originaires de Scandinavie et cousins des Normands ! Il est devenu chrétien suite à la conversion du prince Vladimir en 988 selon le rite byzantin. L’une de ses descendantes, Anne de Kiev (ou de Russie), est devenue reine de France en épousant le roi capétien Henri Ier. Cette Russie embryonnaire, avec une paysannerie prospère et des activités marchandes en plein essor, n’avait rien à envier à l’Occident. Mais vers 1240, elle fut ruinée par les invasions mongoles et les paysans retombèrent dans le servage le plus vil. La région ne s’est jamais complètement remise de cette catastrophe.

Au cours des siècles suivants, elle tomba sous l’influence de la Pologne et de la Lituanie. En 1667, elle fut partagée entre la Pologne et la Russie, par le traité d’Androussovo. La partie orientale de l’Ukraine devint l’État autonome des Cosaques, placé sous protectorat des tsars. À la fin du XVIIIe siècle, le partage de la Pologne fit tomber sous domination autrichienne une vaste portion de l’Ukraine actuelle.

Au début des années 1920, l’Ukraine fut brutalement intégrée à l’Union soviétique. Des millions d’Ukrainiens périrent dans les grandes famines des années 1920 et 1930, planifiées par le régime soviétique. Comme si cela ne suffisait pas, les nazis imposèrent au pays un régime d’occupation très dur de 1941 à 1945.

En 1991, l’Ukraine proclama son indépendance puis adhéra à la CEI. Elle abrite cependant toujours une forte minorité russophone, dans sa partie orientale et en Crimée. La grande péninsule de la mer Noire, rattachée à l’Ukraine en 1954 à l’initiative de Krouchtchev, a été réannexée unilatéralement par la Russie soixante ans plus tard. Pour des raisons stratégiques et plus encore historiques et sentimentales, le grand voisin de l’Ukraine tient à garder dans sa zone d’influence ce pays qu’il considère comme son berceau.

– Le Bélarus, ou Biélorussie

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Le Bélarus, anciennement appelé Biélorussie (en russe : « Russie blanche ») est enclavé entre les pays baltes, la Pologne, l’Ukraine et la Russie. Entre les IXe et XIIIe siècles, ce territoire faisait partie de la « Rus », prototype de la Russie constitué autour de Kiev. Il subit ensuite une forte influence polonaise. À la fin du XVIIIe siècle, le partage de la Pologne le fit tomber dans l’escarcelle russe. Dans les années 1920, la Biélorussie devint une des républiques de l’URSS.

Indépendant depuis 1991 sans avoir l’avoir été auparavant, le Bélarus est dirigé sans partage depuis 1994 par le président Loukachenko. Dernière dictature d’Europe, il entretient des liens très étroits avec la Russie et est le seul pays d’Europe à ne pas solliciter une adhésion à l’Union Européenne.

 

L’Asie centrale

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Cette région d’Asie centrale serait le berceau du peuple turc. Carrefour entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe, elle a toujours vu cohabiter une grande diversité de populations. En 1918 fut créée une éphémère République du Turkestan, rattachée à la Russie, qui englobait l’Asie centrale à l’exception des steppes du Kazakhstan.
Entre 1924 et 1936, les frontières de l’Asie centrale furent redessinées et cinq républiques soviétiques créées sur des bases ethniques et géographiques : le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Elles acquirent toutes leur indépendance en 1991, à la dislocation de l’URSS, sans que leurs peuples en aient clairement manifesté le désir.

Dans ces cinq États, la religion sunnite est majoritaire, mais le poids des minorités ethniques et religieuses varie d’un État à l’autre, bien que la tendance semble être partout à l’ethnicisation de la vie politique, au bénéfice des groupes majoritaires.

– Le Kazakhstan

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Le Kazakhstan, vaste et peu peuplé (environ 16 millions d’habitants pour 2,7 millions de km2), compte une forte minorité russe et chrétienne dans les « terres vierges » du nord (il s’agit de steppes défrichées et mises en culture dans les années 1950). Les Slaves constituent environ un tiers de la population face à une moitié de Kazakhs turcophones et traditionnellement nomades. La région fut islamisée au IXe siècle et ravagée par les Mongols de Gengis Khan au XIIIe siècle. Intégrée à l’empire russe au cours du XIXe siècle, elle fut utilisée comme terre de déportation par Staline.

– L’Ouzbékistan

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Plus peuplé que son grand voisin et riche en pétrole et gaz naturel, l’Ouzbékistan conserve à Samarcande et Boukhara le souvenir de Tamerlan et de la civilisation irano-mongole. Le pays constituait une étape importante sur la route de la soie, entre Chine et Europe. Depuis l’indépendance du pays, en 1991, le président Islam Karimov y accapare le pouvoir.

– Le Tadjikistan

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Constitué de plateaux peu fertiles, le Tadjikistan a été séparé de l’Ouzbékistan en 1929 pour former une république fédérée de l’URSS à part entière. Cette création a coupé le pays de Samarcande et Boukhara, les anciens grands centres de la culture persane en Asie centrale, alors que le Tadjikistan est peuplé d’une majorité de Tadjiks, musulmans de langue iranienne, par opposition aux Turkmènes, Ouzbeks, Kazakhs et Kirghizes de langues turques. Entre 1992 et 1996, une guerre civile pour l’accès au pouvoir a déchiré le pays, entre pouvoir néo-communiste, démocrates et islamistes.

– Le Turkménistan

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Le Turkménistan compte environ 5 millions d’habitants, dont 75% de Turkmènes. Le désert de Karakoum couvre les trois quarts de sa superficie. Sur la scène internationale, il a choisi d’adopter une posture de « neutralité perpétuelle » après son accession à l’indépendance, tandis qu’à l’intérieur le pays est passé du régime soviétique à un système présidentiel autoritaire à parti unique, dirigé par le président Niazov.

– Le Kirghizistan

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Le Kirghizistan, peuplé d’une faible majorité de Kirghizes et d’un tiers de Russes, est un pays montagneux qui a même parfois été surnommé «  la Suisse d’Asie centrale  ». C’est également le pays qui a le mieux résisté à la pente autoritaire après l’effondrement de l’URSS.

 

La Moldavie

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Petit État d’Europe de l’Est coincé entre la Roumanie et l’Ukraine (33.000 km2, 4 millions d’habitants), la Moldavie est peuplé de deux tiers de Moldaves « de souche » (cousins très proches des Roumains) et de minorités ukrainienne, russe et gagaouze (turcophone).

Territoire des Daces comme l’actuelle Roumanie, la Moldavie est conquise par l’empereur Trajan au début du IIe siècle après JC. Au milieu du XIVe siècle, le roi de Hongrie Louis Ier d’Anjou crée la marche de Moldavie, une région tampon destinée à protéger la Transylvanie des incursions des Tatars. La Moldavie s’émancipe de la tutelle hongroise sous le règne du roi Bogdan mais tombe au milieu du XVIe siècle sous la domination de l’empire ottoman, dont elle devient un État vassal. À partir de la fin du XVIIe siècle elle se trouve sous un double protectorat ottoman et russe. La Russie tsariste s’approprie notamment le territoire de Bessarabie.

En 1924, les Soviétiques donnent naissance à une république de Moldavie, rattachée à l’Ukraine. De 1941 à 1944, elle est occupée par la Roumanie, alliée de l’Allemagne nazie. Récupéré par l’URSS, le territoire subit une intense « russification », avec l’installation de nombreux Russes et Ukrainiens.

En 1989, le réveil du sentiment national entraîne de grandes manifestations dont les revendications se focalisent sur la défense de la langue et de l’identité culturelle moldaves. En 1991, la Moldavie proclame son indépendance. Les russophones proclament leur propre État, la « République du Dniestr », en Transnistrie, à l’Est du pays. L’armée moldave échoue à en reprendre le contrôle. Depuis 1991, cette république sécessionniste protégée par l’armée russe incarne la volonté de Moscou de préserver sa zone d’influence dans la région.

 

 

Les pays du Caucase

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Le Caucase, chaîne de montagnes qui s’étend entre la mer Noire et la mer Caspienne, est partagé entre diverses entités de la Fédération russe et trois pays de l’ancienne URSS : la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ces derniers, bien que très différents les uns des autres par leur histoire et leur culture, ont été intégrés de 1920 à 1936 dans une éphémère République soviétique de Transcaucasie.

Cette région, qui forme presque un isthme entre deux mers, a toujours été convoitée par les empires, qu’ils soient perse, romain, ottoman, iranien ou russe. Depuis le XIXe siècle, les rivalités dans la région ont été attisées par une poussé de fièvre entourant les gisements de pétrole de la mer Caspienne (environ 5% des réserves mondiales).

– L’Arménie

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Cet État du Caucase au territoire accidenté abrite environ 3 millions d’habitants. A l’étranger, une diaspora au moins aussi importante numériquement reste attachée à ce pays à l’histoire et la culture plurimillénaires. L’Arménie actuelle couvre un territoire beaucoup plus limité que l’Arménie historique qui s’étendait sur des terres aujourd’hui turques et iraniennes.

Dès la période des IXe à VIe siècles avant notre ère, l’Arménie, sous la forme du royaume de Van ou Ourartou, constituait une civilisation avancée, pourvue d’une écriture, de forteresses, d’un système d’irrigation et d’artisans travaillant avec talent l’or, l’argent et le bronze.
La région fut convertie au christianisme dès la fin du IIIe siècle et fut le premier Etat à l’adopter comme religion officielle. Elle fut successivement envahie par les Romains, les Arabes, les Parthes, les Turcs et les Mongols.

À partir du XIVe siècle elle tomba sous domination ottomane. En 1915, le génocide perpétré par le pouvoir turc coûta la vie à environ 1,5 million d’Arméniens. La république indépendante d’Arménie proclamée en 1918 ne fut que de courte durée : en 1922, l’Arménie était intégrée à l’URSS. Elle n’accéda à nouveau à l’indépendance qu’en 1991, au moment de la dissolution de l’URSS.

La question du statut de la région du Haut-Karabakh, peuplée majoritairement d’Arméniens mais rattachée à l’Azerbaïdjan dans les années 1920 et contrôlée par l’Arménie depuis 1994, continue à empoisonner ses relations avec son voisin oriental.

– L’Azerbaïdjan

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Ce petit pays du Caucase, sur la mer Caspienne, abrite environ 8,5 millions d’habitants (2008), dont 80% d’Azéris. Ces musulmans parlent une langue proche du turc et sont majoritairement chiites. Son sous-sol est riche en pétrole et en gaz.

Intégré en 1828 à l’empire russe, l’Azerbaïdjan devient brièvement une république indépendante en 1918. En 1922, il est intégré à la Fédération transcaucasienne et à l’URSS. La région autonome du Haut-Karabakh, peuplée majoritairement d’Arméniens, lui est rattachée.

Dans les années 1980, la politique de glasnost menée par Gorbatchev encourage les Arméniens à demander le rattachement du Haut-Karabakh à l’Arménie. Le gouvernement soviétique refuse cette perspective mais des pogroms anti-arméniens, alimentés par le réveil du nationalisme azéri, secouent l’Azerbaïdjan et sa capitale Bakou. En 1990, l’Arménie proclame le rattachement du Haut-Karabakh à son territoire. L’Azerbaïdjan est à nouveau embrasé par une flambée de violence anti-arménienne. L’Armée Rouge intervient brutalement à Bakou pour rétablir l’ordre (« janvier noir »).

En 1991, prenant acte de la dislocation de l’URSS, le Soviet suprême d’Azerbaïdjan déclare l’indépendance du pays qui adhère à la CEI. En 1994, les Arméniens prennent le contrôle du Haut-Karabakh. Depuis, un statu quo précaire prévaut, emblématique des « conflits gelés » qui fragilisent les pays post-soviétiques.

– La Géorgie

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Enclavée à l’ouest du Caucase, au bord de la mer Noire, aux confins de l’Europe et de l’Asie, la Géorgie est un petit pays de 70.000 km2 et 4 millions d’habitants dont l’histoire remonte à plus de 3000 ans. Les Grecs, qui la connaissaient sous le nom de Colchide, y situent l’aventure de Jason et des Argonautes en quête de la Toison d’Or…

En tentant maladroitement de restaurer sa souveraineté sur le territoire sécessionniste d’Ossétie du Sud, en août 2008, la Géorgie est retombée sous la tutelle russe.

 

 

Les États baltes

– La Lituanie

La Lituanie est le plus peuplé des États baltes (environ 3,5 millions d’habitants) partage ses frontières avec la Lettonie, la Pologne, la Biélorussie et la Russie (enclave de Kaliningrad). Elle dispose également d’une façade maritime, sur la mer baltique. Sa population est composée de plus de 80% de Lituaniens de souche et de minorités de Polonais et de Russes.

– La Lettonie

Petit État donnant sur la mer baltique, la Lettonie dispose pour principale ressource naturelle de ses forêts qui ont permis le développement d’une industrie du bois et de la papeterie. Aujourd’hui, le pays est néanmoins très urbanisé et industrialisé.

La Lettonie abrite une forte minorité russe, représentant environ un tiers de la population. La religion luthérienne y est majoritaire, bien que les catholiques et les orthodoxes soient également nombreux. La région était occupée par un peuple d’origine finno-ougrienne depuis le IIIe millénaire avant J.-C. En 1158, les marchands allemands de la ligue hanséatique créèrent le comptoir de Riga, à l’embouchure de la rivière Daugava. Au cours des XIIe et XIIIe siècles, les chevaliers Porte-Glaive envahirent le pays et y introduisirent le christianisme… sans douceur excessive.

Au début du XVIIe siècle, la Suède protestante et la Pologne-Lituanie catholique se disputèrent le territoire de la Lettonie. La victoire revint à la Suède, mais elle n’empêcha pas la région d’être intégrée à l’empire russe un siècle plus tard, à la suite des conquêtes de Pierre Ier. La Lettonie proclama son indépendance en 1918 mais fut annexée par l’URSS en 1940, puis occupée par l’Allemagne nazie après la rupture du pacte germano-soviétique. Redevenue république soviétique en 1944, elle proclama à nouveau son indépendance en 1991.

– L’Estonie

Peuplée à 60% d’Estoniens de souche et à 30% de Russes, l’Estonie est proche de la Finlande dont elle n’est séparée que par un étroit bras de mer et avec laquelle elle partage la souche linguistique finno-ougrienne.

La région se trouva d’abord sur les routes commerciales des Vikings, en direction de l’empire byzantin et de la Russie, puis sur celles de la ligue hanséatique allemande. Elle fut conquise par les chevaliers Porte-Glaive allemands, puis passa sous domination suédoise (début du XVIIe siècle), avant d’être intégrée à l’empire russe.

Comme ses voisins lettons et lituaniens, elle fut annexée par l’URSS en 1940, en vertu du pacte germano-soviétique, puis occupée par l’Allemagne jusqu’en 1944. République soviétique de 1944 à 1991, elle accéda à nouveau à l’indépendance lors de l’effondrement de l’URSS. À l’instar de la Lettonie et de la Lituanie, elle est membre de l’Union Européenne depuis mai 2004.

EUROPE, HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, HISTOIRE DU XXè SIECLE, RUSSIE, RUSSIE SOVIETIQUE, UKRAINE, UKRIANE : UNE HISTOIRE TOURMENTEE

L’Ukraine : une histoire tourmentée

L’Ukraine : une histoire tourmentée 

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Avant l’arrivée des Slaves, le territoire de l’Ukraine était habité par des peuples indo-iraniens venus du Sud, d’abord les Scythes, puis les Sarmates. Ces peuples vécurent dans la région entre le VIIe et le IIIe siècle avant notre ère. Si les Sarmates sont restés au nord de la mer Noire, là où est située l’Ukraine aujourd’hui, les Scythes se sont installés jusqu’à l’est de la mer Caspienne dans les steppes eurasiennes. Plus au sud se trouvaient les Parthes, une importante puissance politique et culturelle iranienne dans la Perse antique (aujourd’hui l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan).  Les Scythes et les Sarmates finirent par être absorbés par des peuples germaniques, notamment les Alains et les Goths.

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À la suite des invasions germaniques dans l’Empire romain, la région de l’actuelle Ukraine subit plusieurs vagues d’immigrations germaniques jusqu’au moment où les Varèques, un peuple scandinave associé aux Vikings, s’y installèrent pour fonder en 862 la principauté de Kiev, qui devint la capitale du premier État organisé de cette région, laquelle comprend aujourd’hui l’Ukraine, la Biélorussie et une partie de la Russie.

À partir de 912, la principauté de Kiev se mit à accroître son influence sur de nouvelles tribus slaves. Le grand-duc de Kiev, Sviatoslav Ier (945-972), instaura un État puissant au nord des steppes de la mer Noire; après 972, son aire d’influence s’étendit vers le sud et vers l’est, jusqu’à la mer Caspienne. La principauté fut ainsi le premier État slave à s’imposer dans la région, ce qui éveilla l’intérêt de l’Empire byzantin situé plus au sud.

L’État kiévien devint à ce moment-là pour Byzance un important partenaire commercial, et aussi un précieux allié militaire.

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Le traité d’Androussovo (1667), appelé aussi «trêve d’Androussovo», signé entre la République des Deux-Nations et la Russie, entérinait le partage de l’Ukraine entre la Pologne et la Russie. Le traité mettait fin à l’occupation russe, mais Moscou prenait possession de la rive orientale du Dniepr, y compris Kiev, tandis que la Pologne conservait la rive occidentale. Autrement dit, l’ouest de l’Ukraine, appelée aussi «Ukraine de la rive gauche», et la Biélorussie revenaient à la Pologne. Tout le sud de l’Ukraine actuelle, y compris la Crimée, demeurait sous occupation ottomane. La trêve de 1667 fut renouvelée en 1678 et aboutit au traité de Paix éternelle de 1686, dix-neuf ans plus tard.

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C’est dès 1667, sous le règne du tsar de Russie, Alexis Ier (1645-1676), que l’Ukraine commença à subir l’influence de la langue russe. Le tsar instaura dans l’Empire russe, y compris en Ukraine orientale, un État de plus en plus policier. Il poursuivit la colonisation de la Sibérie jusqu’au Pacifique. C’est à partir de cette époque que les Ukrainiens de l’Est commencèrent à se russifier, alors que les Ukrainiens de l’Ouest, devenus polonais, conservaient leur langue tout en l’imprégnant fortement de mots polonais. La Pologne avait accordé à l’Ukraine un statut de territoire autonome, tout en demeurant dans le giron polonais. Au milieu du XVIIe siècle, il y avait déjà d’énormes différences entre le russe et l’ukrainien: alors que le russe était parlé autour de Moscou, les territoires ukrainiens étaient déchirés entre plusieurs pays (comme l’Empire austro-hongrois et le régime de la Rzeczpospolita, l’ancêtre de la Pologne moderne).

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En 1720, le tsar Pierre II, qui régna de 1727 à 1730, ordonna de réécrire en russe tous les décrets et documents juridiques rédigés en ukrainien.  En 1763, un décret de Catherine II (1762-1796) interdit l’enseignement de la langue ukrainienne à l’Académie de Kiev-Mohyla.

En 1772 eut lieu un premier partage après plusieurs victoires successives de la Russie contre l’Empire ottoman. À la suite d’un accord entre la Prusse et la Russie, un second partage se fit en 1793. Les territoires situés à l’ouest du Dniepr restèrent dans l’orbite de Varsovie (Pologne) jusqu’en 1793-1795. Les guerres entre la Russie, la Prusse et l’Autriche se terminèrent par le démembrement du reste de la Pologne en janvier 1795. La Russie s’appropria l’est de la Pologne, la Prusse prit l’ouest et l’Autriche acquit le Sud-Ouest (Galicie)

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Le tsar Alexandre III (de 1881à 1894) poursuivit la même politique de russification que ses prédécesseurs, mais en y ajoutant une nouvelle «trouvaille» : l’interdiction de choisir un nom de baptême en ukrainien pour tout nouveau-né. C’est ainsi que les Piotr russes (Pierre en français) remplacèrent les Petro ukrainiens. Sous Alexandre III, les interdictions se succédèrent sans relâche. En 1881, l’ukrainien fut interdit dans les sermons à l’église; en 1884, ce fut à nouveau la prolongation de son interdiction dans les théâtres et dans les oblasts (régions); puis, en 1895, l’interdiction fut étendue à la publication de livres pour enfants en ukrainien. Alexandre III étendit même la russification en Pologne, dans les pays baltes et en Finlande. L’Empire russe multiethnique devait être de langue russe et de religion orthodoxe.

Sous Nicolas II (1894-1917), le gouvernement russe proscrivit en 1901 l’usage du mot «Ukraine» et imposa la dénomination de la «Malorossiia» («Petite Russie»), par opposition à la Grande Russie (Russie centrale européenne) et à la Russie blanche (Russie de l’Est ou Biélorussie). C’est pourquoi on disait que le tsar était «le souverain de toutes les Russies: la Grande, la Petite et la Blanche». Les Ukrainiens furent officiellement appelés les «Petits Russes». On attribue au tsar Nicolas II cette phrase: «Il n’y a pas de langue ukrainienne, juste des paysans analphabètes parlant peu le russe.»

 

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Au cours de la Première Guerre mondiale, à la suite de la Révolution bolchevique de 1917, appelée «Grande Révolution socialiste d’octobre», l’Ukraine proclama son indépendance. Au même moment, en Galicie, en Bucovine et en Ruthénie subcarpatique, les Ukrainiens sous domination autrichienne s’affranchirent, puis fondèrent en 1918 leur propre république en Galicie orientale. Celle-ci ne tarda pas à rejoindre l’Ukraine «russe»(par opposition à la Galicie polonaise) pour former une fédération sous le nom de République populaire d’Ukraine occidentale comprenant la Galicie ukrainienne, la Ruthénie subcarpathique et la Bucovine. Cette période d’indépendance permit de prendre des mesures favorisant la langue ukrainienne.

 

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Proclamée en novembre 1917, la République populaire d’Ukraine occidentale dut affronter la République soviétique d’Ukraine soutenue par les bolcheviques. La Russie soviétique créa en 1922 la République socialiste soviétique d’Ukraine. L’Ukraine de l’Ouest et l’Ukraine du Sud-Est furent réunies à nouveau et annexées à l’URSS. Par sa population, la République socialiste soviétique d’Ukraine était la deuxième république fédérée de l’URSS et, par sa superficie, elle était la troisième (3 % de sa superficie et 18 % de sa population).

Au moment où naissait l’Union soviétique, en octobre 1917, les différences entre le russe et l’ukrainien étaient au niveau qu’elles sont aujourd’hui: des langues différentes au même titre que le sont, par exemple, l’espagnol et le français ou l’allemand et l’anglais.

 

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Les réformes commencées en 1985 par Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président en exercice de l’URSS, donnèrent un nouvel élan aux mouvements des nationalités au sein de l’URSS. Le 16 juillet 1990, alors que l’URSS existait encore, le Rada (Conseil) suprême de l’Ukraine adopta une Déclaration sur la souveraineté nationale de l’Ukraine:

 

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Ukraine : histoire

 

  1. DE L’ÉTAT DE KIEV À LA DOMINATION POLONO-LITUANIENNE

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L’État de Kiev

Les régions où se développa la nationalité ukrainienne à partir des XIIIè-XIVè  siècles ont fait partie de l’État de Kiev (IXè-XIIè siècles) dont l’ensemble des territoires formait la « Rous », la « terre russe ». Ces régions constituent après le démembrement de l’État de Kiev au XIIIè siècle les principautés de Kiev, de Galicie et de Volhynie sur la rive droite du Dniepr, celles de Pereïaslav, Tchernigov et Novgorod-Severski sur la rive gauche.

Les attaques incessantes des Polovtses (ou Coumans) à partir du milieu du xie siècle poussent les habitants des régions de Kiev et de Pereïaslav à abandonner leurs terres et à gagner le Nord-Est (régions de Rostov-Souzdal), ou à chercher refuge dans les forêts de Polésie et de Volhynie, dans le bassin du Boug, en Galicie et sur les pentes des Carpates. Dans ces régions marginales, trois courants colonisateurs se rencontrent, celui des Slaves de l’Est que l’afflux des réfugiés vient renforcer, celui des Polonais et celui des Hongrois, maîtres du versant méridional des Carpates et qui s’emparent au xie siècle de la Transcarpatie (qui portera le nom d’Ukraine subcarpatique). La Galicie, réunie à la Volhynie en 1199, recueille une bonne partie de l’élite de la société kievienne et connaît un grand essor. La région de Kiev est définitivement ruinée par les dévastations de la conquête mongole (1238-1240). En marge des territoires contrôlés par les Mongols, la Galicie, qui reconnaît leur suzeraineté, devient un foyer de civilisation slave et orthodoxe, ukrainien déjà par la langue parlée, ouvert aux influences occidentales qui pénètrent par la Pologne et la Hongrie.

Les territoires ukrainiens du Sud, ravagés et dépeuplés, sont annexés par le grand-duché de Lituanie dans les années 1350-1360, tandis que la Galicie-Volhynie est conquise par la Pologne (1348-1366). L’Ukraine occidentale est dès lors soumise à un processus de polonisation qui conduira à la disparition des catégories supérieures du peuple ukrainien. L’Ukraine orientale subit aussi l’influence polonaise après l’union des couronnes de Lituanie et de Pologne (Krewo, 1385). Les populations du grand-duché de Lituanie recherchent la protection de la Moscovie et de la Pologne contre les raids des Tatars de Crimée à partir du milieu du xve siècle. L’État moscovite annexe en 1500-1503 la majeure partie de la région de Tchernigov, tandis que les possessions ukrainiennes du grand-duché de Lituanie sont rattachées à la Couronne de Pologne par l’Union de Lublin (1569). Ainsi la majeure partie de l’Ukraine dépend-elle d’un État catholique. Le métropolite orthodoxe de Kiev et une partie du clergé ukrainien reconnaissent l’autorité du pape par l’Union de Brest (1596). La noblesse polonaise colonise les terres ukrainiennes, sur lesquelles s’établissent également des communautés juives.

 

 

  1. DES LIBERTÉS COSAQUES À L’INTÉGRATION AUX EMPIRES RUSSE ET AUTRICHIEN (XVIe-XVIIIeSIÈCLES)

Les cosaques jouent à partir du XVIè  siècle un rôle déterminant dans l’histoire de l’Ukraine, et notamment dans la région du Dniepr. Ils appuient les résistances des paysans qui, pour fuir les contraintes imposées par les nobles polonais, gagnent les steppes méridionales et orientales. Certains s’établissent à l’intérieur des frontières moscovites et mettent en valeur la région où est fondée la forteresse cosaque de Kharkov vers 1655-1656 et qui portera le nom d’Ukraine Slobidska. Les cosaques se font aussi les champions de l’orthodoxie, à laquelle est restée fidèle la masse paysanne, et favorisent la résistance aux influences uniates.

À l’issue de plusieurs guerres entre cosaques et Polonais (1625-1637 ; 1648-1654), l’hetman Bogdan Khmelnitski se place sous la protection du tsar de Moscou (traité de Pereïaslav, 1654), suivant ainsi les tendances de la population à s’écarter de la Pologne. Désormais la population non cosaque de l’Ukraine orientale dépend de l’administration russe et le clergé ukrainien du patriarcat de Moscou. En 1667, le traité d’Androussovo entérine le partage de l’Ukraine entre la Pologne et la Russie, qui conserve la rive gauche du Dniepr et la région de Kiev. L’Ukraine de la rive droite du Dniepr subit les attaques des Ottomans, qui occupent la Podolie de 1672 à 1699 et conservent la Bucovine du Nord jusqu’en 1774. Elle se dépeuple au profit de l’Ukraine orientale où l’administration russe maintient la paix et où la settch des cosaques Zaporogues attire les fugitifs.

L’Ukraine orientale, gouvernée par un hetman, est peu à peu assimilée par l’État russe. La tentative de Mazeppa de constituer une Ukraine réunifiée et indépendante avec l’appui de la Pologne et de la Suède se solde par la défaite de Poltava (1709). Pierre le Grand crée en 1722 le collège de Petite-Russie pour contrôler les activités de l’hetman et de la starchina (c’est-à-dire des autorités cosaques). L’hetmanat est définitivement supprimé en 1764 ; la setch des Zaporogues est liquidée en 1775. Catherine II parachève l’assimilation administrative (création dans les années 1780 des gouvernements de Kiev, Tchernigov, Novgorod-Severski, Kharkov et Iekaterinoslav). Elle étend le servage à la majeure partie de l’Ukraine en 1783 et concède à la starchina les privilèges de la noblesse russe (1785).

À l’issue des partages de la Pologne de 1793 et de 1795, l’Ukraine est partagée entre l’Empire russe, qui annexe la rive droite du Dniepr, la Podolie et la Volhynie, et l’Empire autrichien, dont dépendent la Galicie, la Bucovine et l’Ukraine subcarpartique.

 

 L’ESSOR ÉCONOMIQUE ET LE PROBLÈME NATIONAL (XIXe-DÉBUT DU XXeSIÈCLE)

 

L’établissement des Russes sur la mer Noire après la signature du traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774) et l’annexion de la Crimée (1783) va permettre la mise en valeur de l’Ukraine méridionale, appelée « Nouvelle-Russie ».

L’Ukraine connaît au XIXè siècle un développement remarquable de la culture du blé (que l’Empire russe exporte par les ports qu’il a fondés sur la mer Noire) et de la betterave à sucre, ainsi que, à partir de 1835-1840, des industries alimentaires, celle du sucre en particulier. L’essor rapide de l’extraction minière (houille du Donets, fer de Krivoï-Rog) et de l’industrie métallurgique à partir de 1870, grâce aux investissements des capitalistes étrangers, français, belges ou allemands, transforme l’Ukraine en la région industrielle la plus importante de l’Empire. Le développement économique de la fin du XIXè siècle entraîne un brassage de populations dans les villes, où la langue dominante est le russe alors que la campagne demeure ukrainienne. D’importantes communautés juives se sont développées malgré les massacres de 1648-1649, et elles constituent, au recensement de 1897, 30 % de la population des villes et des bourgs. Elles sont les victimes de pogroms particulièrement nombreux de 1881 à 1884, de 1903 à 1906 et de 1917 à 1921.

La première moitié du XIXè siècle est décisive pour le développement d’une conscience nationale dans l’Ukraine orientale. L’intelligentsia ukrainienne entreprend l’étude du folklore, du langage populaire et de l’histoire du pays. Elle participe aux mouvements d’opposition à l’absolutisme tsariste (complot décabriste, panslavisme libéral, populisme, organisation de gromada dans les villes). La première organisation ouvrière ukrainienne, l’union des ouvriers du sud de la Russie, est fondée à Odessa en 1875. Le gouvernement russe, proscrivant le terme d’Ukraine au profit de celui de Petite-Russie, adopte une attitude particulièrement répressive après l’insurrection polonaise de 1863. L’oukase d’Ems (1876), qui interdit d’imprimer des ouvrages en ukrainien, restera en vigueur jusqu’à la révolution de 1905.

Les Ukrainiens de Galicie conservent un certain nombre de libertés inconnues en Ukraine russe, tel l’emploi de la langue ukrainienne dans les écoles primaires. Mais, en dépit de la Constitution de 1860 et du statut de 1867, qui garantissent aux Ukrainiens des droits égaux à ceux des autres nationalités de l’Empire austro-hongrois, la Galicie orientale demeure dominée par une riche aristocratie polonaise et par une bourgeoisie urbaine polonaise ou juive.

L’Ukraine participe au mouvement révolutionnaire qui se développe dans l’Empire russe : troubles agraires de 1902, grèves ouvrières de 1900-1903 et révolution de 1905. Les libertés accordées en 1905 permettent au mouvement national ukrainien de se renforcer. Mais les tensions entre les Empires centraux et la Russie entraînent un durcissement du gouvernement russe. Lorsque les troupes russes occupent la Galicie orientale à l’automne 1914, elles lui infligent une brutale russification.

  

  1. LA GUERRE CIVILE (1917-1920)

Après le déclenchement de la révolution russe à Petrograd et la chute du tsarisme, une Rada centrale est créée à Kiev en mars 1917 sous la présidence de Grouchevski. En désaccord avec le gouvernement provisoire, elle déclare en juin que l’Ukraine tout entière jouira d’un statut autonome sans se séparer de la Russie. Réprouvant la prise en pouvoir par les bolcheviks, la Rada centrale proclame à Kiev la « République populaire d’Ukraine » le 7 (20) novembre 1917. Les bolcheviks, qui ne sont solidement implantés que dans les villes industrielles de l’Est et du Sud, proclament à Kharkov la « République soviétique d’Ukraine » (11 [24] décembre 1917). La Rada riposte en déclarant l’indépendance de l’Ukraine (9 [22] janvier 1918), mais les troupes bolcheviks occupent toutes les grandes villes du pays en janvier-février 1918 et l’obligent à se réfugier à Jitomir.

La Rada envoie une délégation à Brest-Litovsk, qui signe le 26 janvier (8 février) 1918 une paix séparée avec l’Allemagne. Les Allemands occupent l’Ukraine en avril et, après y avoir dissous la Rada, restaurent l’hetmanat au profit de P.P. Skoropadski. La défaite de l’Allemagne entraîne la chute de l’hetmanat (décembre 1918) et permet le rétablissement à Kiev d’un gouvernement indépendant ukrainien présidé par Petlioura. À la même époque est proclamée à Lvov la République d’Ukraine occidentale, qui affirme son union au reste de l’Ukraine. Son territoire sera occupé en juillet 1919 par les troupes polonaises. La Bucovine du Nord a été annexée en novembre 1918 par la Roumanie. Durant les années 1919-1920, l’Ukraine orientale est le théâtre d’âpres combats entre les forces de Denikine, soutenues par l’Entente, l’Armée rouge, les forces nationales ukrainiennes, les bandes anarchistes de Makhno, les troupes polonaises, qui l’envahissent en mai 1920, et l’armée Wrangel, refoulée des régions méridionales et de la Crimée par les bolcheviks en octobre-novembre 1920.

 

 L’UKRAINE SOVIÉTIQUE

 

La République soviétique d’Ukraine, proclamée en décembre 1917 à Kharkov, est liée à la Russie soviétique par un accord militaire et politique conclu en juin 1919. Reconnue par la Pologne au traité de Riga (mars 1921), elle adhère à l’Union soviétique en tant que république fédérée en décembre 1922.

Jusqu’au début des années 1930, les dirigeants bolcheviks y mettent en œuvre une politique d’« ukrainisation » destinée à faciliter la construction du socialisme. Cette politique repose sur l’usage officiel de la langue ukrainienne dans l’enseignement et dans l’administration et sur la promotion sociale du peuple. Le parti communiste de l’URSS impose une centralisation et un contrôle rigoureux de la vie politique et économique, tout en réfrénant le « chauvinisme de nation dominante » grand-russien et le nationalisme ukrainien. Au prix d’une collectivisation forcée de l’agriculture mise en œuvre en 1929 et d’une famine orchestrée par Staline en 1933 – qui fait 6 millions de morts –, le gouvernement soviétique impose les transformations sociales et économiques prévues par les premiers plans quinquennaux et fait ainsi avancer l’unification. Il s’oppose au développement du nationalisme en éliminant les cadres soviétiques ukrainiens lors des purges staliniennes de 1937-1938.

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L’Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale

Conformément aux clauses du pacte germano-soviétique (août 1939), l’URSS annexe les territoires polonais peuplés d’Ukrainiens, ainsi que la Bucovine et la Bessarabie (1940), réalisant ainsi le rassemblement de la quasi-totalité de la nation ukrainienne. L’Ukraine est soumise à partir de 1941 à un régime d’occupation nazie très dur, dont les armées soviétiques la libèrent en 1943-1944. Durant la guerre, elle perd 4 millions d’hommes. L’Ukraine subcarpatique lui est cédée en 1945 par la Tchécoslovaquie et l’oblast de Crimée lui sera rattaché en 1954. L’Ukraine fait partie, en 1945, des membres fondateurs de l’Organisation des nations unies (ONU). L’après-guerre est marqué par une vague d’épurations touchant les anciens « collaborateurs », les « traîtres à la patrie », le clergé uniate, les nationalistes des régions récemment acquises par l’Ukraine (membres de l’UPA, l’armée insurrectionnelle ukrainienne), et partisans de Stepan Bandera. Les troubles persistent jusqu’en 1950.

Le rôle important joué par les Ukrainiens au niveau de la fédération soviétique s’accompagne d’une russification qui touche particulièrement les Ukrainiens vivant en dehors de leur territoire national. Dès 1986, la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl – accélère le réveil national, qui se cristallise autour de la question de l’enseignement de l’ukrainien. Le Mouvement populaire pour la perestroïka (Roukh), fondé en 1989, obtient très vite une forte audience dans l’ouest du pays, qui reste le moins russifié et dont l’Église est majoritairement uniate. Les communistes remportent toutefois les élections du Soviet suprême de mars 1990, qui élit un apparatchik, Leonid Kravtchouk, à la présidence, en remplacement de Vladimir Chtcherbitski. L’échec du putsch de Moscou, les 19 et 21 août 1991, accélère l’histoire : trois jours plus tard, l’Ukraine, souveraine depuis juillet 1990, proclame son indépendance.

https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Ukraine_histoire/187635#:~:text=La%20R%C3%A9publique%20sovi%C3%A9tique%20d’Ukraine,r%C3%A9publique%20f%C3%A9d%C3%A9r%C3%A9e%20en%20d%C3%A9cembre%201922.

 

La guerre rebat les cartes de l’orthodoxie ukrainienne 

 

La question de l’orthodoxie tient une place centrale dans la justification par Vladimir Poutine de l’invasion de l’Ukraine. Paradoxalement, la guerre pourrait contribuer à renforcer l’Église autocéphale d’Ukraine.

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Une religieuse prie sur la place de l’Indépendance, à Kiev, le 24 février.DANIEL LEAL/AFP

 

Pour justifier l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine a invoqué, le 21 février, la défense des orthodoxes ukrainiens rattachés au Patriarcat de Moscou, contre lesquels Kiev préparait selon lui des « représailles ». Un argument que les observateurs qualifient de « prétexte ». Le président russe, pour qui la religion sert avant tout l’ordre social, joue sur une corde qu’il sait sensible chez ses concitoyens.

Car même si le Patriarcat de Moscou est de loin le premier numériquement (150 millions de fidèles, sur 250 millions d’orthodoxes dans le monde), et que la grande majorité de ses fidèles vivent en Russie, l’Ukraine contribue largement à son prestige. Kiev s’apparente à la « Jérusalem » de l’orthodoxie slave. C’est là, dans les eaux du Dniepr, que la population de la ville fut collectivement baptisée en 988 à la suite du prince Vladimir, et que l’État médiéval de la Rus’adopta le christianisme byzantin.

Pour le Patriarcat de Moscou, l’Ukraine représente encore des ressources humaines et matérielles non négligeables. Avant 2018, elle regroupait environ le tiers de ses fidèles, et deux des plus grands monastères du Patriarcat de Moscou y sont situés : la laure des Grottes de Kiev et Saint-Job de Potchaïv.

 Très proche idéologiquement de Vladimir Poutine, le patriarche Kirill de Moscou est « l’un des principaux théoriciens du “monde russe”, invoqué par le président russe pour envahir l’Ukraine », souligne l’historien Antoine Arjakovsky. La conformité entre l’idéologie du Kremlin et celle du Patriarcat de Moscou s’est encore illustrée par une homélie très politique de Kirill, le 27 février. Il semblait alors approuver la vision de Poutine sur l’unité entre Russie et Ukraine, et justifier l’invasion militaire.

► Quel est le panorama des Églises en Ukraine ?

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Avec environ 30 millions de fidèles (sur 42 millions d’habitants), l’Ukraine abrite la troisième communauté orthodoxe du monde, derrière la Russie et l’Éthiopie. Mais contrairement à la Russie, elle ne dispose pas d’une « grande Église » unique.

Jusqu’à fin 2018, il comptait trois Églises orthodoxes principales, dont une seule, celle rattachée au Patriarcat de Moscou (l’Église orthodoxe ukrainienne), bénéficiait de la reconnaissance canonique du monde orthodoxe. Jusqu’à ce que le Patriarcat de Constantinople décide d’octroyer l’autocéphalie à une nouvelle Église constituée (l’Église orthodoxe d’Ukraine). Affront insupportable pour le Patriarcat de Moscou, qui a suspendu tout lien avec Constantinople le 15 octobre 2018, provoquant une fracture majeure au sein du monde orthodoxe.

L’Église liée au Patriarcat de Moscou contrôle encore la majorité des paroisses en Ukraine. « En janvier 2021, elle disposait de 12 406 églises, contre 7 188 pour sa concurrente », dénombre Jivko Panev, fondateur du site orthodoxie.com, citant les statistiques officielles du gouvernement ukrainien.

Mais la nouvelle Église autocéphale, reconnue à ce jour par quatre des quatorze Églises orthodoxes jouissant d’une autonomie complète, attire un nombre croissant de fidèles. En novembre 2021, selon un sondage du Centre Razoumkov, 40 % des Ukrainiens orthodoxes se revendiquaient de cette nouvelle Église, et 22 % de celle liée au Patriarcat de Moscou.

Des catholiques sont aussi présents dans ce pays des confins des mondes orthodoxe et latin. L’Église gréco-catholique, interdite sous l’Union soviétique et bien implantée dans l’ouest du pays, représente près de 9 % de la population. Les images de prêtres gréco-catholiques célébrant la messe dans des sous-sols et des abris anti-bombes ont fait le tour du monde.

 

► L’Église ukrainienne rattachée au Patriarcat de Moscou suit-elle son patriarche, Kirill ?

Ces derniers jours, le gouffre n’a cessé de se creuser entre l’épiscopat de l’Église ukrainienne rattachée au Patriarcat de Moscou et son chef spirituel, Kirill. Une prise de distance marquée par plusieurs signaux majeurs, dont la virulente opposition du métropolite de Kiev, Onufrij, à l’invasion russe.

Le 24 février, ce dernier l’a qualifiée de « répétition du péché de Caïn tuant son propre frère », arguant qu’une telle guerre « ne (pouvait)avoir de justification devant Dieu et devant les hommes ». Le 28 février, le saint-synode de son Église a encore exhorté Kirill à intervenir auprès des dirigeants russes pour l’arrêt immédiat d’un conflit « menaçant de se transformer en guerre mondiale ».

Depuis ce jour-là, quatre diocèses ont indiqué leur décision de ne plus faire référence au « patriarche de Moscou pendant les offices ». Pour Kathy Rousselet, chercheuse à Sciences Po, « rien ne permet d’affirmer qu’ils veulent pour autant quitter le giron de Moscou, mais tout peut changer d’un jour à l’autre ».

« Dans la capitale ukrainienne, certaines paroisses – dont l’emblématique laure des Grottes de Kiev – auraient aussi cessé d’en faire mention », précise Antoine Nivière, professeur à l’université de Lorraine et spécialiste de l’histoire religieuse russe. Selon des sources non officielles qu’il rapporte, 12 évêques – sur les 53 que compte l’Église orthodoxe ukrainienne – suivraient ce mouvement.

Mercredi 2 mars, la dissidence a gravi un échelon supérieur, avec l’appel lancé par 236 prêtres et diacres au métropolite Onufrij pour la convocation d’un nouveau synode pour entériner officiellement une séparation avec le Patriarcat de Moscou. « On s’achemine ainsi vers un renforcement de l’Église autocéphale, abonde un fin spécialiste du dossier. Finalement, Vladimir Poutine aura peut-être, malgré lui, réussi par cette guerre à contribuer à réunifier le monde orthodoxe ukrainien… »

 

► Comment réagissent les orthodoxes de Russie ?

Bien que très minoritaires, plusieurs voix se sont élevées ces derniers jours au sein de l’Église orthodoxe russe pour contester la prise de position de Kirill. Mardi 1er mars, 26 responsables du clergé local ont ainsi publié une lettre ouverte réclamant l’arrêt des hostilités.

 « Nous appelons toutes les parties belligérantes au dialogue (…). Seule la capacité d’entendre l’autre peut donner l’espoir d’une sortie de l’abîme dans lequel nos pays ont été précipités (…)», exhortaient les signataires, dont l’higoumène Arseni Sokolov, représentant du Patriarcat de Moscou auprès du Patriarcat d’Antioche. « Leur voix ne touche pas la masse des fidèles. Kirill continue de bénéficier d’une réelle autorité spirituelle », tempère Antoine Nivière.

À quoi s’exposent donc ces religieux en s’érigeant contre leur chef ? « Le moindre individu sortant avec un panneau “non à la guerre” peut être emmené au poste. On peut s’attendre à ce qu’ils soient sanctionnés, à un moment ou à un autre », souligne Antoine Nivière. Et certains autres d’évoquer une suspension temporaire, voire même un risque de « réduction à l’état laïc »…

https://www.la-croix.com/Religion/guerre-rebat-cartes-lorthodoxie-ukrainienne-2022-03-03-1201203117

CHARLEMAGNE (742/747 ou 748 - 814 ), EUROPE, HENRI PIRENNE (1862-1935), HISTOIRE, HISTOIRE DE L'EUROPE, ISLAM, MAHOET ET CHARLEMAGNE, MAHOMET, MOYEN AGE

Mahomet et Charlemagne de Henri Pirenne

 

Mahomet et Charlemagne

Henri Pirenne

Paris, Editions Tallandier, 2021. 362 pages.

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Quatrième de couverture

 Deux constats s’imposent à la suite de cette étude mettant en évidence le rapport étroit existant entre les conquêtes de l’Islam et la formation du Moyen Âge occidental. En premier lieu, selon l’auteur, les invasions germaniques n’ont mis fin ni à l’unité méditerranéenne du monde antique, ni à ce que l’on peut constater d’essentiel dans la culture romaine, telle qu’elle se conservait encore au Ve siècle à l’époque où il n’y a plus d’empereur en Occident. Mais en deuxième point, la rupture de la tradition antique a eu pour instrument l’avance rapide et imprévue de l’islam, avec comme conséquence, la séparation définitive de l’Orient et de l’Occident, mettant fin à l’unité méditerranéenne. La Méditerranée occidentale cesse d’être la voie des échanges et des idées qu’elle était jusqu’alors. La constitution du nouvel Empire en 800 consacre la rupture Occident – Orient. Un ouvrage d’histoire auquel l’actualité redonne un grand intérêt et dont l’intérêt scientifique ne s’est jamais démenti, il reste une référence incontournable.

Henri Pirenne (1862-1935)

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Henri Pirenne (Verviers, le 23 décembre 1862 – Uccle, le 25 octobre 1935) est un historien belge. Il est également l’une des grandes figures de la résistance non-violente à l’occupation allemande de la Belgique durant la Première Guerre mondiale.

La réputation de l’historien repose sur trois grandes contributions à l’histoire européenne. La première concerne les origines du Moyen Âge par la formation de nouveaux états et le déplacement du commerce vers le Nord. La seconde est une vue distincte de l’histoire médiévale de la Belgique et finalement un modèle pour le développement de la cité médiévale.

 

 

 « Mahomet et Charlemagne » d’Henri Pirenne :

in Revue Histoire, avril 205, n° 297

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 Pour Henri Pirenne c’est  l’avancée de l’islam qui provoqua, selon Pirenne, la rupture avec l’Antiquité.

 La thèse

C’est au cours de sa captivité en Allemagne, de 1916 à 1918, que Pirenne définit le rapport étroit qui existe, selon lui, entre les ­conquêtes de l’islam et la formation du Moyen Age occidental. En 1922, il publie dans la Revue belge de philologie et d’histoire un court et vif article intitulé « Mahomet et Charlemagne ». Dès lors, colloques, cours, articles et conférences sont autant de supports pour diffuser sa thèse. Et en mai 1935, peu avant sa mort, il achève la première rédaction de son Mahomet et Charlemagne , qui se veut l’aboutissement de ses recherches. Cette synthèse posthume, en forme d’ébauche, est publiée en 1937 par son fils et par l’historien Fernand Vercauteren.

 La « thèse de Pirenne », assez simple, tient en trois temps. Le médiéviste souligne tout d’abord que l’Empire romain, fondé sur une infrastructure de cités et sur le commerce en Méditerranée, a été peu touché par les invasions germaniques du ve siècle. Il remarque également que c’est au bord de la mer que s’est conservée la culture romaine : « L’Orient est le facteur fécondant ; Constantinople, le centre du monde. » Quant au royaume franc, confiné au nord, il semblait privé de toute chance d’avenir.

Selon Pirenne, l’événement qui provoqua la rupture de la tradition antique fut l’avance rapide et imprévue de l’islam. L’invasion musulmane renversa l’Empire perse 637-644, enleva à l’Empire byzantin, à la fin du VIIe siècle, la Syrie, l’Égypte, le Maghreb oriental, puis, au début du VIIIe siècle, l’Espagne, la Corse, la Sardaigne, une partie de l’Italie. Ce « cataclysme cosmique » eut pour conséquence de séparer définitivement l’Orient de l’Occident en mettant fin à l’unité méditerranéenne. « La Méditerranée occidentale, devenue un lac musulman, cesse d’être la voie des échanges et des idées qu’elle n’avait cessé d’être jusqu’alors. »

Les échanges ayant pratiquement cessé, l’Occident fut alors forcé de vivre sur lui-même, « en vase clos » . L’axe de la civilisation fut repoussé du sud vers le nord. L’État franc devint alors « l’arbitre de ses destinées » . Un monde nouveau naissait, fondé sur une économie purement terrienne. Une dynastie s’imposait : les Carolingiens, appuyés par l’Église. Le Moyen Age commençait. Et Pirenne de conclure son article de 1922 par cet aphorisme célèbre repris avec moins d’élan dans l’ouvrage : « Sans l’islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. »

 

Qu’en reste-t-il ?

Abondamment débattue par les historiens, la thèse de Pirenne est incontestable sur deux points. Entre le VIIe et le IXe siècle, l’économie occidentale a basculé du sud au nord. De plus, l’irruption de l’islam dans le monde méditerranéen réduisit vraiment le monde romain oriental à l’ombre de lui-même, et créa, comme l’écrit Richard Fletcher, « les conditions dans lesquelles une diffusion de la culture chrétienne du nord-ouest pouvait amener l’épanouissement d’une civilisation regroupée sur les rivages des mers du nord » .

Mais, bien plus que Mahomet, c’est sans doute la peste qui, ravageant dès la fin du VIe siècle les ports et les villes du midi de l’Europe, détermina le basculement du centre de gravité économique de l’Occident. C’est l’hypothèse avancée dans les Annales ESC en 1969 par Jacques Le Goff et Jean-Noël Biraben. En outre, les contacts commerciaux entre chrétiens et musulmans ne cessèrent jamais tout à fait. Enfin, le démarrage économique européen est dû à des causes plus complexes cohésion religieuse ; paix relative ; amélioration climatique ; développement de la petite exploitation paysanne, etc. que « la thèse de Pirenne » ne le laisse penser.

https://www.lhistoire.fr/classique/%C2%AB-mahomet-et-charlemagne-%C2%BB-dhenri-pirenne

A LA BARONNE BEATRICE EPHRUSSI DE ROTHSCHILD, BEATRICE EPHRUSSI DE ROTSCHILD (1864-1934), CLAUDE TRICOIRE (1951-...), EUROPE, FRANCE, LA BELLE EPOQUE (1900-1920), POEME, POEMES

A la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild

A la baronne Béatrice Ephrussi de Rothschild

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Il y a bien longtemps

Que la baronne a déserté

Les jardins de sa luxuriante villa

Et a fui pour toujours les fêtes

Où le gratin parisien jetait les derniers feux

D’une époque qui se mourait

Sur la côte de la Riviera

Il faut venir les soirs d’été

A l’heure où le soleil se couche

Pour entreapercevoir

L’ombre furtive de la baronne

Qui se promène dans ses neufs  jardins

Au milieu d’invisibles invités

Festoyant et dansant

Comme au temps de la Belle Epoque

Il faut venir les nuits d’été

Dans la nuit étoilée

Pour entendre rire et chansons

Pour voir musiciens et danseurs

Pour voir les couples se former se déformer

Et pénétrer dans les salons les boudoirs

Voir flotter la silhouette de la baronne

Dans sa longue robe rose

La baronne est partie depuis

Laissant au visiteur le temps

Le temps de goûter s’il le veut bien

Aux charmes d’un ancien monde

Le temps de s’enivrer des parfums

Que la baronne et la Belle Epoque

Laissent encore derrière eux

Dernier souvenir avant la grande hécatombe

La baronne est partie

Et repose là bas au Père Lachaise

Mais son âme est restée sur la Riviera 

Si lointaine si proche

Qu’il suffit de fermer les yeux

Pour la voir encore les soirs d’été

Danser au clair de lune

Dans un petit coin de paradis

©Claude Tricoire

24 février 2021

Qui est Béatrice Ephrussi de Rottschild ?

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Née en 1864, Béatrice Ephrussi de Rothschild, fille du baron Alphonse de Rothschild, a laissé un héritage exceptionnel aux français. Richissime à souhait par sa naissance puis par son mariage avec Maurice Ephrussi, elle passe sa vie à explorer le monde.

Elle fait également l’acquisition d’un terrain de 7 hectares sur la partie la plus étroite de l’isthme du Cap-Ferrat, haut lieu de l’élite internationale à la Belle Epoque par sa beauté et son emplacement idéal entre Nice et Monaco . Elle y fait construire entre 1907 et 1912 une sublime villa rose, sa couleur fétiche, surplombant 9 jardins dont le principal – un jardin français – est imaginé tel le pont d’un paquebot lui permettant en permanence d’en admirer la mer de part et d’autre … à ce jour l’un des plus beaux points de vue de la Côte d’Azur. A sa mort, la Baronne (qui repose désormais au cimetière du Père Lachaise à Paris) sans héritier a légué sa propriété à l’Académie des Beaux-Arts.

Villa Ephrussi de Rothschild, un musée au cœur de la Côte d’Azur

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La Villa Ephrussi de Rothschild est un véritable musée à l’intérieur duquel sont réunies toutes ses collections acquises lors des différents voyages de la Baronne. Pour se meubler, elle fait également venir des œuvres d’arts par train provenant du monde entier qu’elle sélectionne directement sur le quai de la gare de Beaulieu.

Le grand patio couvert au milieu de la villa est le point de départ donnant accès aux différentes pièces que propose la demeure. Un grand salon orné de boiseries provenant de l’Hôtel Crillon à Paris et dont l’un des tapis se trouvait dans la chapelle du Château de Versailles  ; une garde-robe abritant une série de costumes Louis XV et Louis XVI ; un salon des porcelaines acquises par la baronne lors de ses différents voyages ; un boudoir dont le secrétaire aurait appartenu à feu notre reine Marie-Antoinette ; un salon des singes et autres œuvres d’art et tapisseries diverses qui font de ce lieu une maison/musée unique sur la Côte d’Azur, chaque pièce offrant une vue à couper le souffre sur la grande bleue …

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Les 9 jardins de la Baronne Ephrussi de Rothschild

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La villa, entourée de neuf magnifiques jardins, est reconnue par le label « Jardin remarquable ». Situé directement dans le prolongement de la demeure, le jardin à la française rappelant cela de Versailles, domine les 8 autres (dont certains rajoutés après le décès de la baronne de ses propres voyages). D’inspiration espagnole, florentine, japonaise, exotique ou anglo-provençale la propriété offre un véritable voyage à travers les continents.

Un jardin lapidaire réuni même les œuvres qui, par leur volume trop important, ne pouvaient pas entrer à l’intérieur de la villa. Le plus impressionnant ? Une roseraie ayant donné lieu à la Fête des Roses qui s’y déroule chaque année durant le mois de mai. 

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Qu’st ce que La « Belle Époque » ?

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La France en effervescence

Cette expression s’est imposée en 1940 pour qualifier avec un soupçon de nostalgie les dernières années du XIXe siècle et les quinze premières du XXe siècle, avant la Première Guerre mondiale 

L’époque mérite-t-elle son nom ? Sans doute si l’on considère l’effervescence artistique, intellectuelle et scientifique qui agite le pays et, dans des proportions diverses, le reste de l’Europe.

Cette effervescence est le fait d’une bourgeoisie opulente, qui vit de ses rentes, jouit intensément des progrès et des créations culturelles de son temps et voyage beaucoup – sans passeport -. Cette « classe de loisir » est forte d’un million de personnes environ sur 40 millions d’habitants.

Mais en dépit d’une économie qui a repris sa croissance après une longue dépression une  (1873-1892), les autres Français supportent encore des conditions de vie précaires, aggravées par l’incertitude du lendemain.

Relative pauvreté, misère morale

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Le monde ouvrier est sorti de la misère et bénéficie de quelques lois sociales comme le repos dominical (1907) ou les retraites ouvrières (1910) mais il supporte encore des journées de travail éprouvantes dans la crainte du chômage. Dans beaucoup de campagnes, rien n’a vraiment changé depuis l’Ancien Régime. Dans les régions périphériques, la population use encore du patois ou de la langue traditionnelle (breton, languedocien, gascon, basque…).

L’alcoolisme progresse comme jamais, favorisé par la loi du 17 juillet 1880 qui instaure la liberté de commerce des débits de boisson. On en vient à compter un million de « bouilleurs de cru » (paysans habilités à distiller l’alcool à partir de fruits). Cela va de pair avec une recrudescence de la violence.

Il n’empêche que les Français jouissent aussi d’une démocratie solide. Ils se flattent même d’avoir la seule République du continent européen (à part la Suisse). Les institutions républicaines, l’enseignement laïque et également les chemins de fer ont considérablement renforcé la cohésion nationale et le sentiment d’appartenance à une patrie commune. 

Bien qu’affectés par une natalité très faible, les Français ne craignent pas, pour la gloire de la Nation, d’aller coloniser les dernières contrées « sans maître », , en Afrique et en Asie. C’est une forme de revanche sur la cruelle défaite de 1870-1871, face aux Prussiens, qui leur a valu de perdre l’Alsace-Lorraine…

Par-dessus tout, ils cultivent avec quelque raison le sentiment d’être à la pointe de la civilisation…

Le souvenir de Victor Hugo est encore vivant dans tous les esprits, de même que celui de Louis Pasteur, le savant le plus populaire de tous les temps. Enfin, le pays est loin d’avoir épuisé sa sève créatrice comme le montrent les réalisations de la « Belle Époque ».

 

La création artistique, un palliatif à la défaite ?

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Les deux capitales qui illustrent le mieux la « Belle Époque », sa foi dans le progrès et son amour de la vie, sont Paris et Vienne, qui toutes deux ont été humiliées une génération plus tôt par les armées prussiennes…

Ne dirait-on pas que la défaite militaire, en détournant pour un temps les grands peuples de la guerre, les conduit à se dépenser dans les œuvres  de l’esprit ? On a déjà observé ce phénomène avec les traités de Westphalie , en 1648, qui, en privant les Allemands de toute ambition politique pendant un siècle et demi, leur ont laissé le loisir de produire Bach, Mozart, Beethoven…

 

Le tournant du siècle

La République française entre dans son Âge d’Or avec l’Exposition universelle de 1889, qui célèbre le centenaire de la Révolution et se signale par l’érection de la Tour Eiffel, plus haute tour jamais encore construite et chef d’œuvre  de l’atelier de Gustave Eiffel. L’année précédente, Louis Pasteur, fort de sa popularité, a pu collecter assez d’argent pour fonder l’Institut qui porte son nom, le premier centre de recherche scientifique.

L’année suivante, avec beaucoup plus de discrétion, un industriel du nom de Clément Ader a fait un saut de puce à bord d’une machine à moteur. C’est l’acte de naissance de l’aviation. Moins de vingt ans plus tard, un autre ingénieur français, Louis Blériot, traverse la Manche en avion, démontrant l’utilité de ce drôle d’engin.

C’est également dans une relative discrétion que le baron Pierre de Coubertin fonde à la Sorbonne le comité international olympique. Sa mission est de restaurer les célèbres Jeux antiques. Cette manifestation, à ses débuts, n’a rien de son caractère populaire actuel. Ne s’y intéressent que les jeunes gens de bonne famille, épris de sport et d’hygiène. À la même époque d’ailleurs, dans les beaux quartiers de Paris et des autres capitales, on voit de plus en plus de personnes distinguées s’essayer aux joies du vélocipède, une invention du Second Empire, et de son rejeton, la bicyclette. Le premier Tour de France cycliste se déroule dans la bonne humeur et l’improvisation en juillet 1903…

 

Remous politiques

La IIIe République doit surmonter plusieurs crises avant de pouvoir enfin triompher. C’est d’abord le boulangiste, un mouvement antiparlementaire né du scandale financier de Panama. C’est aussi, comme dans le reste de l’Occident, une flambée d’attentats anarchistes.. C’est enfin et surtout l’Affaire Dreyfus, qui manifeste de façon quelque peu paradoxale la vigueur de la démocratie française. N’est-il pas en effet remarquable que la Nation ait pu se remettre en cause et se déchirer au nom du droit et pour l’honneur d’un petit officier juif ?…

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L’architecture et l’art sont sensibles au bouleversement des techniques, des idées et des mœurs .

Henri de Toulouse-Lautrec, peintre des cabarets et des bordels de Montmartre, donne ses lettres de noblesse à un média nouveau : l’affiche publicitaire.

La construction en 1892 à Bruxelles de l’hôtel Tassel, une œuvre  de l’architecte belge Victor Horta, inaugure l’« Art nouveau » : emploi de verre, d’acier et de matériaux colorés, volutes et lignes incurvées, décor végétal. Un peu plus tard, en 1894, l’« Art nouveau » atteint la peinture à travers l’artiste graveur tchèque Alfons Mucha tchèque , établi à Paris.

Appelé Jugendstil dans les pays germaniques ou encore Liberty en Angleterre, l’Art nouveau va dès lors se diffuser très vite dans toute l’Europe. À Paris, outre Alfons Mucha, il séduit de nombreux artistes comme l’architecte Hector Guimard, célèbre pour ses entrées de métro. À Nancy, c’est l’ébéniste Louis Majorelle et ses élèves. À Barcelone, c’est Antonio Gaudi, le constructeur de la « Sagrada Familia ». À Vienne, le peintre Gustav Klimt, initiateur du mouvement Sécession

Le tournant du siècle prend des airs d’apothéose. À Paris se tient une nouvelle Exposition universelle. Et quelle exposition !

On construit pour l’occasion le pont Alexandre III, le Grand Palais et le Petit Palais ainsi que les gares d’Orsay, des Invalides et de Lyon et la première ligne du métro parisien (Porte Maillot-Porte de Vincennes). Les frères Lumière, qui ont inventé le cinéma cinq ans plus tôt, présentent leurs films sur écran géant. La même année se déroulent dans le bois de Vincennes les IIe Jeux Olympiques de l’ère moderne après ceux d’Athènes !…

Dans le domaine scientifique, l’heure n’est pas à la relâche. Pierre et Marie Curie partagent avec Henri Becquerel le Prix Nobel de physique 1903, pour la découverte de la radioactivité. Marie Curie, Polonaise immigrée en France, obtiendra un deuxième Prix Nobel en 1911 ! À la même époque, en 1905, un jeune savant allemand, Albert Einstein, publie une mystérieuse théorie de la relativité. L’humanité change d’ère.

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Premiers nuages

Les premiers nuages surviennent au milieu de la décennie, en 1905 : accès de fièvre liés à la séparation des Eglises et de l’Etat, catastrophe de la mine de Courrière et répression policière, rivalité franco-allemande au Maroc…

Cette année 1905, année critique, année charnière, le régime tsariste est ébranlé par une manifestation révolutionnaire et une défaite humiliante face au Japon. Un jeune savant anonyme, Albert Einstein, publie par ailleurs sa théorie de la relativité.

En 1908 s’éteint l’« Art nouveau ». Ce courant artistique est le dernier qui ait eu une diffusion européenne ! Les artistes reviennent brutalement à la ligne droite. C’est le « cubisme » et les débuts de l’abstraction, illustrés par Georges Braque et Pablo Picasso. Ce dernier, originaire d’Andalousie, a été attiré à Montparnasse par la réputation sans pareille de la « Ville-Lumière » comme beaucoup d’autres artistes européens de sa génération, que l’on réunit sous l’appellation : « École de Paris ». Parmi eux Marc Chagall, Amadeo Modigliani… Ils vont prolonger le rayonnement de la France jusqu’à la Grande Guerre et au-delà.

À l’avant-veille de la catastrophe, le 14 novembre 1913, Marcel Proust publie le premier tome d’une œuvre  qu’il intitulera : À la recherche du temps perdu. Faut-il voir dans ce titre un clin d’œil  du Destin ?

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