EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, VIETNAM

L’évangélisation du Vietnam

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L’EVANGELISATION DU VIETNAM

 

La Société des Missions Étrangères a joué un rôle très important dans l’évangélisation du Vietnam, depuis l’arrivée des vicaires apostoliques, jusqu’aux événements de 1975 et à la création de la République Socialiste du Vietnam. Elle contribue encore actuellement à participer à la formation des prêtres étudiants à Paris ou en France dans les universités catholiques françaises.

 

Première évangélisation

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, l’ancien Vietnam, appelé Dai Viêt, ou Annam par les Chinois, était divisé en deux seigneuries rivales, sous l’autorité nominale des rois Lê : celle des Trinh au Nord, celle des Nguyên au Sud. Elles étaient séparées par le mur de Dông Hoi. Depuis les voyages des grandes découvertes et la formation des premiers empires coloniaux ou comptoirs de l’Espagne et du Portugal, le pape Alexandre VI avait concédé au Portugal le droit de patronage (padroado) sur les Missions en Afrique et en Asie, et à l’Espagne (patronato) sur celles d’Amérique, par le traité de Tordesillas (1494). Les premiers missionnaires, dépendant du « Padroado » portugais, dominicains, franciscains, augustins, arrivèrent sur les côtes du Vietnam venant de Malacca, Macao, ou Manille pour les dominicains espagnols.

À la suite des édits d’interdiction des missions chrétiennes au Japon par le Tokugawa Ieyasu (en 1600 et 1614), les missionnaires subirent le martyre ou furent expulsés. Dès 1615, des jésuites, destinés au Japon, débarquent au Vietnam, soit chez les seigneurs (chua) Nguyên ou Trinh.

L’un des plus célèbres fut le Père Alexandre de Rhodes qui fit deux séjours au Vietnam, au Centre à Fai Fo (Hôi An) et au nord. Avec d’autres jésuites, il contribua à l’utilisation des caractères latins avec les signes diacritiques pour les six tons de la langue vietnamienne (Quôc Ngu). La transcription du vietnamien en utilisant l’alphabet occidental deviendra officielle au XXème siècle, remplaçant les caractères chinois (Han) et sino-vietnamiens (Nôm).

La mission du P. de Rhodes connut un grand succès, mais suscita de fortes oppositions et des persécutions. Son principal catéchiste, André, fut condamné à mort en 1644. Ce fut le premier des martyrs vietnamiens.
Le P. de Rhodes, fut arrêté, menacé de la peine de mort, puis gracié et banni du Vietnam, le 3 juillet 1645. De retour à Rome, en 1651, il publia son “dictionnaire vietnamien-portugais-latin” et son “catéchisme pour ceux qui veulent recevoir le baptême, divisé en huit journées”(texte rédigé en latin et en vietnamien (Quôc Ngu).

Le P. de Rhodes, qui estime le nombre de chrétiens vietnamiens à 100 000, attire l’attention de la Congrégation de la Propagande sur la nécessité d’envoyer au Vietnam des évêques dépendant directement de la Propagande pour former un clergé autochtone, en l’absence des missionnaires expulsés. Ce projet se heurta à l’opposition du Portugal.

De retour en France, il plaida la cause de l’Église du Vietnam, à Paris, au collège de Clermont. Il donna des conférences à une Association d’amis (A.a.), dirigée par le Père Bagot, jésuite. Certains membres de l’A.a. se portèrent volontaires pour être envoyés au Vietnam et être appelés à l’épiscopat ; parmi eux le P. François Pallu (1626-1684), futur vicaire apostolique au Tonkin et en Chine, principal fondateur des Missions Étrangères, François de Montmorency Laval et Pierre Picques. Mais ce premier projet d’envoi d’évêques échoua.

Après le départ du P. de Rhodes, l’envoi d’évêques dépendant de la Propagande fut soutenu par l’Église de France, des membres influents de la Compagnie du Saint-Sacrement, ainsi que par Saint Vincent de Paul et Saint Jean Eudes.

En 1657, le P. François Pallu se rendit à Rome avec un groupe d’amis, pour entreprendre des démarches auprès de la Propagande. Il y fut rejoint par le P. Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), conseiller à la cour des Aides du Parlement de Rouen, devenu prêtre et directeur de l’Hospice général. Habile négociateur, il joua un rôle de premier plan dans la décision de la Propagande du 13 mai 1658, d’élever à l’épiscopat, les Pères François Pallu, Pierre Lambert de la Motte et Ignace Cotolendi (1630-1662). Ils furent sacrés évêques et nommés vicaires apostoliques pour le Tonkin, l’Annam et de nombreuses missions en Chine.

« L’Instruction de la Propagande aux vicaires apostoliques », publiée par la Propagande le 10 novembre 1659, précisait les conditions de leur Mission, avant leur départ, durant le voyage et en Extrême-Orient. Ils devaient s’efforcer, en organisant des écoles de catéchistes et en créant des séminaires et un Collège général d’établir un clergé séculier autochtone. Dans leur apostolat, ils s’efforceraient de respecter les coutumes et usages, des peuples de l’Extrême-Orient, tout en se référant aux décisions de la Propagande sur toutes les questions litigieuses. Les missionnaires du Padroado devaient reconnaître le pouvoir de juridiction des vicaires apostoliques.

Les premiers missionnaires des Missions Étrangères choisirent la route du Moyen-Orient, de la Perse et de l’Inde. Mgr Cotolendi mourut en Inde. Mgr Lambert de la Motte, les Pères Jacques de Bourges (1630-1714) et François Deydier (1634-1693) arrivèrent au Siam et obtinrent du roi Narai la permission de construire une église et un collège près d’Ayuthaya, capitale du Siam, le 22 août 1662. Le Siam avait autorisé la création de comptoirs portugais et hollandais. Il y avait des groupes chrétiens dépendant du Padroado. Les religieux portugais du Padroado s’opposèrent aux vicaires apostoliques. Mgr Pallu, accompagné de quatre missionnaires, Louis Chevreuil (1627-1693), Antoine Hainques (1637-1670), Pierre Brindeau (1636-1671) et Louis Laneau (1637-1696) (futur vicaire apostolique du Siam) arriva à Ayuthaya, le 27 janvier 1664.

Au synode d’Ayuthaya (1664) réunissant les évêques et les missionnaires, Mgr Lambert de la Motte présenta un projet de fondation d’une congrégation apostolique, qui regrouperait des prêtres, des laïcs, dénommée, « Congrégation des Amateurs de la Croix de Jésus-Christ » s’engageant par les trois voeux de religion. Le pape Clément IX ne ratifia pas ce projet. Toutefois, le second ordre de la Congrégation, réservé aux femmes ayant une vocation religieuse, aboutit à la fondation des « Amantes de la Croix », par Lambert de la Motte au Vietnam, où elles joueront un rôle important dans l’évangélisation, au milieu des difficultés de toutes sortes et des persécutions ; grâce à leur structure très souple, elles pouvaient visiter les chrétientés dispersées, assurer la catéchèse et les prières, en l’absence de missionnaires ou de prêtres autochtones.

Le synode fixa aussi les programmes et règlements du Collège général, fixé à Ayuthaya (1665) avec l’accueil de séminaristes venus du Tonkin, de Cochinchine, du Cambodge, de Chine et du Siam. Après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans, en1767, ce Collège fut rétabli à Ha Tiên (Cochinchine), puis à Pondichéry et à Penang, au début du XIXe siècle. De nombreux prêtres vietnamiens y furent formés jusqu’au XXe siècle.

 

 Missions en Cochinchine et au Tonkin

Le Père Louis Chevreuil fut le premier missionnaire à pénétrer en Cochinchine. Vicaire de Mgr Lambert de la Motte, il débarqua à Fai Fô (Hôi An), le 26 juillet 1664. Il rencontra deux jésuites et Joan de la Cruz, fondeur de canons, au service du Chua Hiên Vuong qui avait publié des « Instructions pour la réforme des moeurs », s’inspirant du confucianisme et prohibant livres taoïstes et bouddhiques et des édits condamnant le christianisme.

Hiên Vuong fit mettre à mort 47 chrétiens de Fai Fô en 1665. le P. Louis Chevreuil fut expulsé. Il n’y avait alors que 5 000 chrétiens dans la seigneurie des Nguyên. Puis il fut nommé provicaire pour le Cambodge, alors rattaché au vicariat de Cochinchine. Le P. Antoine Hainques exerça son apostolat dans la région du Champa, puis à Fai Fô et à Huê. Il envoya deux de ses séminaristes, Joseph Trang et Luc Bên au Collège général d’Ayuthaya où ils furent ordonnés prêtres, en 1668 et 1669. Ils furent les deux premiers prêtres vietnamiens séculiers du vicariat de Cochinchine. Hainques mourut, empoisonné, dans la province du Quang Ngai en septembre 1670.

Le P. François Deydier arriva au Tonkin, en 1666, sur un bateau chinois, sous l’habit d’un marchand, à Hung Yên. Il put rencontrer des catéchistes vietnamiens et visiter des chrétientés. Le vicariat du Tonkin comptait environ 80 000 fidèles. Tous les missionnaires étrangers avaient été bannis par le Chua Trinh Tac en 1663. Le P. Deydier organisa secrètement un séminaire dans des barques de pêcheurs. Il put envoyer au Collège général d’Ayuthaya, Benoît Hiên et Jean Huê qui seront ordonnés prêtres, en 1668. Ces ordinations de prêtres vietnamiens manifestent bien la volonté des vicaires apostoliques d’établir, en priorité, un clergé séculier vietnamien, afin d’assurer la survie de l’Église et l’évangélisation durant ces périodes de persécution et d’expulsion des prêtres étrangers. Le P. Deydier, dans une lettre à Mgr Pallu, fait l’éloge des chrétiens mais constate aussi que certaines chrétientés du Nghê An avaient, sous les menaces, apostasié :

« Sur dix mille chrétiens, du Nghê An, il n’en restait pas deux mille qui eussent persévéré ».

Le P. Deydier, caché dans un comptoir des Européens, sur une des branches du fleuve Rouge, put réunir des catéchistes. En 1669, Mgr Lambert de la Motte, en l’absence de Mgr Pallu, alors en Europe, rencontra le P. Deydier et put ordonner à la prêtrise sept catéchistes vietnamiens. Il présida un synode à Dinh Hiên où furent rédigés trente-trois statuts de la Mission, reprenant les dispositions essentielles des Monita. La Mission fut divisée en neuf districts, une réunion synodale serait tenue tous les ans. La Congrégation des Amantes de la Croix fut établie. Les agents de la Mission, missionnaires, prêtres vietnamiens et catéchistes mettraient en commun leurs ressources selon le système de la Maison-Dieu déjà organisé par les jésuites. Le Vicariat du Tonkin compte alors neuf prêtres vietnamiens, trente séminaristes et de nombreux catéchistes.
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EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, LIVRES - RECENSION, MARIE-CHRISTINE BASLEZ, PAUL (saint ; Apôtre)

Saint Paul par Marie-Françoise Baslez

Saint Paul, artisan d’un monde chrétien

Marie-Françoise Baslez

Paris, Fayard, 2008. 480 pages.

 

 

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Présentation du livre

  

Saint Paul, surtout connu grâce aux Actes des Apôtres écrits par l’Evangéliste saint Luc et par ses nombreuses lettres aux communautés qu’il a ondé, est un l’une des colonnes de l’Eglise au même titre que Pierre. Converti sur le chemin de Damas il va parcourir le monde méditerranéen pour annoncer l’Evangile : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » (Première lettre aux Corinthiens 9, 16). Il mourra en martyr à Rome en décapité sous le règne de Néron sans doute en 67. Même s’il n’a pas fondé la communauté chrétienne de Rome l’Eglise va les associer tous les deux dans une même fête le 29 juin.

 Qui était le vrai Paul ? Le personnage historique aujourd’hui souvent cité dans les controverses philosophiques et politiques a été présenté par l’Eglise comme le doctrinaire de la conversion des païens. En réalité, il était d’abord homme d’action. Cet originaire de Tarse, devenu disciple de Jésus, s’est comporté au Ier siècle de notre ère en véritable entrepreneur religieux et a sillonné l’Orient romain pour multiplier les noyaux de croyants. Pourtant, l’apôtre connut des échecs qui témoignent de l’autonomie des premières communautés chrétiennes ainsi que des particularismes locaux même si la tendance hellénistique l’emportait. En vrai stratège, Paul a su composer avec les pouvoirs publics et il fut le premier à comprendre que le christianisme devait pour être compris des païens s’inculture et cela malgré les contestations des autres apôtres , et même l’hostilité des premiers chrétiens d’origine juive

 

 

 Rechercher Paul derrière les portraits stéréotypés que nous en livrent les sources, c’est donc découvrir une personnalité complexe : un être qui resta attaché à ses origines juives ; un savant doué d’un sens évident de la communication, qui acquit une formidable maîtrise de l’espace politique romain grâce à son statut de citoyen romain et à ses nombreuses relations. Un homme, tout simplement, qui partout suscita des attachements au point qu’on en fit le premier héros de roman chrétien.

 

Cependant il faut souligner que l’apôtre des nations demeure encore incompris aujourd’hui. Il reste pour beaucoup de chrétiens un apôtre certes zélé mais aussi l’auteur des Epîtres qui mettent l’accent sur la soumission de chacun au pouvoir en place, qui passe pour myosine alors qu’il prône l’égalité de tous devant Dieu et dans le Christ : «   Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre; mais Christ est tout et en tous. (Epître aux Colossiens, 3, 10-11)

 Marie-Françoise Baslez grâce à cet ouvrage nous fait pénétrer dans l’univers de saint Paul, un univers multiple. Nous suivons par une large documentation le parcours de « l’Apôtres des Gentils » de Tarse où il est né à Jérusalem où il étudie pour le suivre ensuite, après sa « rencontre »  avec le Christ sur le chemin de Damas dans ses différents périples autour du bassin méditerranéen pour prêcher le Christ. Nous accompagnerons enfin l’apôtre à Rome jusqu’au moment de sa mort. L’auteur a le mérite de nous faire découvrir un Paul loin des stéréotypes que l’on véhicule parfois car plus complexe que ne le laisse apparaître ses lettres parfois et qui a su ouvrir au christianisme l’ensemble du monde connu à cette époque.

 

  

 

 

Biographie de l’auteur

Marie-Françoise Basiez, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, professeur d’histoire ancienne à l’université de Paris-XII, est spécialiste d’histoire des religions dans le monde gréco-romain. Son livre Les Persécutions dans l’Antiquité (Fayard) a reçu le prix Chateaubriand 2007.

 

 ©Claude-Marie T.

 

22 mai 2018.

APOSTOLAT, EGLISE CATHOLIQUE, EVANGELISATION, EVANGELISER ? OUI !.... MAIS !....., MISSION

Evangéliser ? Oui …. Mais !…..

Evangéliser ? oui …. mais !

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A lire une certaine presse catholique, à lire certains commentaires sur les réseaux sociaux on peut constater plusieurs choses dont on peut soit se réjouir soit être vraiment désespéré ou en colère même parfois.

 

On pourrait se réjouir pourtant de voir le zèle de certains pour l’annonce de l’Evangile ! Mais il y a la manière comme dirait la chanson ! On voit fleurir ça et là la rêve d’une «France chrétienne », le rêve d’un âge d’or d’une Europe où tout le monde était chrétien ; sinon catholique ; mais c’est oublier qu’il n’y avait pas d’autre choix : les vaudois, les cathares, les protestants, les juifs ont été bannis, pourchassés quand ils n’étaient pas brûlés sur les bûchers !  Quand on rappelle cela on se fait traiter d’ennemi de l’Eglise : pourtant cela fait partie de son histoire. Tout comme fait parti de son histoire la Contre-Réforme avec le Concile de Trente qui a donné à l’Eglise de grands saints : François de Sales, Charles Borromée…. et combien d’autres qui ont incarnés par leur vie l’Evangile.

Pour expliquer la déchristianisation d’aujourd’hui on invoque la période des Lumières, la Révolution française, l’instauration de la République, les lois de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, la Révolution de Mai 68…. et même le Concile Vatican II et aujourd’hui l’immigration et tant d’autres facteurs ! La barque est chargée ! Tant et si bien qu’aujourd’hui on assiste à une volonté de reconquête : slogans, pétitions, manifestations, constructions dans l’espace public de crèches plus grandioses les unes que les autres, inscription dans les Constitutions des « racines chrétiennes » de l’Europe. Les politiques doivent aussi donner des gages de leur attachement à l’Eglise catholique. Mais tous ces signes que l’on réclame feront-ils des hommes des chrétiens selon l’Evangile ? On aura peut-être beau brandir les croix et les bannières dans les espaces publics cela suffira-t-il à changer le cœur de l’homme ? Toutes ces manifestations donneront-elles au monde le désir de se tourner vers Dieu ?

 

Poser la question c’est déjà d’une certaine manière y répondre au risque de se faire traiter de chrétien « tiède » ou pire d’avoir pactisé avec le diable ! Pourtant si Jésus avait voulu au soir des Rameaux comme le voulait la foule se faire roi et faire en sorte que le monde entier croit en Lui c’était tellement facile ! Au lieu de cela les insultes, les crachats, la dérision et la mort sur la croix ! Pourquoi ? A Pilate Jésus répond « Mon royaume n’est pas de ce monde ! » Aux pharisiens qui lui demandaient si il fallait payer l’impôt à César : « Rendez à César ce qui est César, à Dieu ce qui est à Dieu ! ». Jésus ne se laisse pas saisir Il se donne ! Jésus n’impose pas sa domination sur le monde : Il se laisse contempler, Il veut que nos regards s’élèvent vers Lui : « ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ! »

Si le zèle missionnaire nous est demandé par le Christ, par l’Eglise il y a une manière de témoigner qui est demandé : par la charité. « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.  J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (Saint Paul dans la Première Epître aux Corinthiens, 1-2).

On pourrait penser que saint Paul ne nous commande que la charité envers les membres de notre communauté ! Il est vrai qu’aimer ceux qui nous sont proches, aimer les membres de notre communauté chrétienne est difficile … mais aimer les autres ! Mais aimer ceux qui ne pensent pas comme nous, aimer qui nous insultent, aimer ceux qui persécutent ? Et pourtant !

 

EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (chapître 5)

01 Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.

02 Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :

03 « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

04 Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

05 Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

06 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

07 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

08 Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

09 Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.

11 Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.

12 Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

21 « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.

22 Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.

23 Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,

24 laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

25 Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.

38 Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent.

39 Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.

40 Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

41 Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.

42 À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !

43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

44 Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,

45 afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.

46 En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?

47 Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?

48 Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait

 

Cet extrait des Béatitudes de l’Evangile de saint Matthieu pourrait peut-être aider également dans notre manière de concevoir la mission que le Christ nous donne. Certes cette mission demande d’être d’un amour jaloux pour Dieu et Sa Parole. Mais il demande aussi d’aimer l’autre : cet autre qui ne croit pas ou qui ne veut pas croire est un frère créé par Dieu, créé lui aussi à l’image de Dieu.

Quand Jésus a rencontré ceux qui étaient en marge des règles du judaïsme, Il ne leur a pas demandé un certificat  de bonne pratique : « Il le regarda et Il l’aima ! ».  A la Samaritaine, à Marie-Madeleine Il ne demande pas de certificat de bonne conduite : c’est une parole qui libère et qui guérit pour amener à la conversion, pour amener à Le reconnaître, tout comme pour Zachée ou Lévi (deux collaborateurs de l’occupant romain). Aux apôtres qui l’abandonnent au moment de la Passion Il ne fait aucun reproche ; à Pierre qui l’a renié trois fois Jésus Le regarde au sortir du Prétoire (mais quel regard qui bouleverse tant Pierre !) et après la Résurrection Il lui demande simplement : « Pierre m’aimes-tu ? »  Même Judas n’a pas été condamné par Jésus puisque celui-ci l’appelle « Mon ami ! » !

 

Ces quelques exemples tirés de l’histoire, tirés surtout de l’Evangile devraient nous inciter à plus de charité entre nous et faire en sorte que les commentaires sur les réseaux sociaux, que nos comportements ne charrient ces flots de haine, ces torrents d’injures, d’anathèmes que l’on se lance entre chrétiens ! Et cela devrait nous inciter aussi à une charité encore plus vraie envers tous ceux qui ne croient pas !

L’annonce de l’Evangile se fait en vivant pleinement de ces trois vertus théologales enseignées par l’Eglise : la foi, la charité et l’espérance. Il faut que nos vies brûlent de ces trois vertus et l’Esprit Saint pourra se répandre comme au matin de Pentecôte sur les Apôtres afin d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut de Dieu.

 

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

[…]

Mais l’espérance ne va pas de soi.

L’espérance ne
va pas toute seule.

Pour espérer, mon enfant,
il faut être bien heureux, 
il faut avoir obtenu,
reçu une grande grâce.

[…]

La petite espérance s’avance entre ses deux grandes sœurs et on ne prend pas seulement garde à elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur
le chemin raboteux du salut, sur la route interminable, sur la route entre ses deux sœurs la
petite espérance
S’avance.
Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l’on n’a d’attention, le peuple chrétien n’a d’attention que pour les deux grandes sœurs.
La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
À l’instant momentané qui passe.
Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n’a de regard que pour les deux grandes sœurs.
Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l’école.
Et qui marche.
Perdue entre les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d’un certain âge.
Fripées par la vie.

C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est.
Et elle elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est.
Et elle elle aime ce qui sera.

La Foi voit ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
L’Espérance voit ce qui sera.
Dans le temps et dans l’éternité.
Pour ainsi dire le futur de l’éternité même.

La Charité aime ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
Dieu et le prochain.
Comme la Foi voit.
Dieu et la création.
Mais l’Espérance aime ce qui sera.
Dans le temps et dans l’éternité.

Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité.

L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l’éternité.

Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
Qui la tiennent pas la main,
La petite espérance.
S’avance.
Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner.
Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher.
Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle.
Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres.
Et qui les traîne.
Et qui fait marcher tout le monde.
Et qui le traîne.
Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912

Il faut que le monde retrouve le chemin de l’Espérance, le chemin de la confiance en un Dieu qui nous dit « Je serais avec vous jusqu’à la fin des temps ! » Il faut que le monde sache qu’il aura au  bout de nos Carêmes des matins de Pâques, des matins de Pentecôte ! 

©Claude-Marie T.

6 mars 2018