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L’Ascension de Notre Seigneur : sermons

Solennité de l’Ascension

 

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La nature humaine est glorifiée

Voici un sermon du pape saint Léon Le Grand (408-461) pour le jour de l’Ascension. N’hésitez pas. Il a gardé toute sa fraîcheur.

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Les jours qui s’écoulèrent entre la résurrection du Seigneur et son ascension, mes bien-aimés, n’ont pas été dépourvus d’événements : de grands mystères y ont reçu leur confirmation, de grandes vérités y ont été révélées. C’est alors que la crainte d’une mort amère est écartée, et que l’immortalité, non seulement de l’âme mais aussi de la chair, est manifestée. C’est alors que, par le souffle du Seigneur, le Saint-Esprit est communiqué à tous les Apôtres ; et le bienheureux Apôtre Pierre, après avoir reçu les clefs du Royaume, se voit confier, de préférence aux autres, la garde du bercail du Seigneur.

En ces jours-là, le Seigneur se joint à deux disciples et les accompagne en chemin; et, afin de dissiper en nous toute l’obscurité du doute, il reproche à ces hommes apeurés leur lenteur à comprendre. Les cœurs qu’il éclaire voient s’allumer en eux la flamme de la foi ; ils étaient tièdes, et ils deviennent brûlants lorsque le Seigneur leur fait comprendre les Écritures. A la fraction du pain, les yeux des convives s’ouvrent. Ils ont un bonheur bien plus grand, eux qui voient se manifester la glorification de leur nature humaine, que nos premiers parents qui conçoivent de la honte pour leur désobéissance.

Pendant tout ce temps qui s’est écoulé entre la résurrection du Seigneur et son ascension, voilà, mes bien-aimés, de quoi la providence divine s’est occupée, voilà ce qu’elle a enseigné, voilà ce qu’elle a fait comprendre aux yeux et aux cœurs  de ses amis : on reconnaîtrait que le Seigneur Jésus était vraiment ressuscité, lui qui vraiment était né, avait souffert et était mort vraiment. Aussi les bienheureux Apôtres et tous les disciples que la mort de la croix avait apeurés et qui doutaient de la foi en la résurrection furent-ils raffermis par l’évidence de la vérité ; si bien que, lorsque le Seigneur partit vers les hauteurs des cieux, ils ne furent affectés d’aucune tristesse, mais comblés d’une grande joie.

Certes, c’était pour eux un motif puissant et indicible de se réjouir puisque, devant le groupe des Apôtres, la nature humaine recevait une dignité supérieure à celle de toutes les créatures célestes ; elle allait dépasser les chœurs des anges et monter plus haut que les archanges ; les êtres les plus sublimes ne pourraient mesurer son degré d’élévation, car elle allait être admise à trôner auprès du Père éternel en étant associée à sa gloire, puisque la nature divine lui était unie dans la personne du Fils.

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Homélie de saint Augustin

Sermon de saint Augustin (évêque d’Hippone, Afrique du Nord, mort en 430), sur la montée du Seigneur Jésus Christ au ciel, pour l’Ascension.

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Aujourd’hui notre Seigneur Jésus Christ monte au ciel ; que notre cœur y monte avec lui.

Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.

Lui a déjà été élevé au-dessus des cieux; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger.

Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui.

Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas ; lui-même en témoigne : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel.

Le corps du Christ

Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous : il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui.

C’est bien pourquoi saint Paul affirme : Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corpsDe même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas : le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit : De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps.

Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté; non que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête.

Saint Augustin

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L’Ascension de Notre Seigneur

Que fête-t-on à l’Ascension ?

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La fête de l’Ascension célèbre la montée de Jésus vers Dieu son Père. Elle est fêtée en France le jeudi de l’Ascension, quarante jours après Pâques. Mort et ressuscité, il quitte ses disciples tout en continuant d’être présent auprès d’eux, mais différemment. Il promet de leur envoyer une force, celle de l’Esprit-Saint.

La fête de l’Ascension, célébrant l’entrée du Christ dans la gloire de Dieu, est une des principales fêtes chrétiennes, qui s’inscrit dans le prolongement de Pâques et annonce la Pentecôte, dix jours plus tard. Le jour de l’Ascension, la couleur des vêtements liturgiques (que porte le prêtre) est le blanc, couleur de la fête, de la lumière et de la joie.

Jésus rejoint son Père

L’Ascension est relatée par l’évangile de Marc (chapitre 16, verset 19), l’évangile de Luc (chapitre 24, verset 51) et le livre des Actes des Apôtres (chapitre 1, versets 6-11). Le livre des Actes des Apôtres rapporte que, quarante jours après Pâques, Jésus apparaît une dernière fois à ses disciples et leur annonce : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins (…) jusqu’aux extrémités de la terre ». Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. L’évangile de Luc précise quant à lui que les apôtres « retournèrent à Jérusalem, remplis de joie ».

Ainsi s’achève le temps des rencontres du Ressuscité avec ses disciples. Cependant, selon sa promesse, Il sera toujours avec eux, mais d’une présence intérieure : ils ne le verront plus de leurs yeux. Le Christ n’est plus visible, mais il n’abandonne pas ses disciples. Il leur promet la venue de l’Esprit à la Pentecôte.

Un nouveau mode de présence

Croire que le Christ ressuscité est entré dans la gloire est un acte de foi. L’Ascension est source de liberté : loin de s’imposer aux hommes, Jésus les laisse libres de croire, et donc d’aimer véritablement. Jésus ne cesse d’inviter les hommes à le suivre : dans la foi, ils doivent apprendre à lire les signes de sa présence et de son action, en particulier dans la célébration des sacrements, notamment l’Eucharistie, mais aussi dans sa Parole, son Peuple, ses ministres (évêques, prêtres, diacres)…

« Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?  » (Ac 1, 11) s’entendent dire les apôtres : l’Ascension du Christ est aussi un appel à un plus grand engagement dans le monde pour porter la Bonne Nouvelle.

La signification des Cieux

L’Ascension de Jésus n’est pas un voyage dans l’espace, vers les astres les plus lointains, car les astres sont eux aussi faits d’éléments physiques comme la terre. Pour les croyants, monter aux cieux c’est rejoindre Dieu et vivre en son amour. Ici, nulle question de magie ou d’action spectaculaire. À propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique parle de « l’état de bonheur suprême et définitif ». Jésus ne s’est pas éloigné des hommes mais maintenant, grâce à sa présence auprès du Père, il est proche de chacun, pour toujours.

 

Pourquoi célèbre-t-on l’Ascension dans la joie ?

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Jésus, fils de Dieu fait homme, a pleinement assumé cette condition humaine depuis le jour de sa naissance, dans la nuit de Noël. Environ une trentaine d’années plus tard, sa présence terrestre s’achève avec l’Ascension. Pourtant, comme le mentionne saint Luc, les apôtres s’en retournent à Jérusalem « remplis de joie » et non tristes, comme on aurait pu s’y attendre. De la même manière, les chrétiens célèbrent l’Ascension dans la joie.

L’Ascension fait en effet partie de l’événement inouï de Pâques : par sa mort et sa résurrection, Jésus a sauvé l’homme qui, à sa suite, est désormais appelé à rejoindre Dieu son Père pour vivre dans la gloire céleste.

Il ne s’agit pas, bien-sûr, de rejoindre le ciel au sens du firmament, de l’espace que nous observons au-dessus de nos têtes. Il s’agit d’un espace spirituel, celui de Dieu. A propos du Ciel, le Catéchisme de l’Eglise catholique précise que « ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis »…

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous L’avez vu s’en aller vers le ciel. (Ac 1, 9-11)

Les deux hommes vêtus de blanc décrits par les Actes des Apôtres annoncent alors aux Apôtres que Jésus « reviendra de la même manière ». Et, pour le moment, ils les incitent à ne pas rester les yeux vers le ciel : ils doivent retourner à leurs responsabilités. Celles-ci leur avaient justement été indiquées par le Christ : être ses témoins par toute la terre en annonçant sa mort et sa Résurrection, en faisant connaître son enseignement, en baptisant.

L’Ascension est ainsi un envoi en mission adressé aux Apôtres comme aux hommes de tous temps. Il est l’articulation entre le désir du ciel et le service des hommes.

La joie qui fait suite à cet événement s’explique aussi par cette annonce du Christ rapportée par Saint Matthieu (Mt 28, 20) (et lue au cours de la messe de l’Ascension) : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Autrement dit, le Christ est sans cesse présent auprès des hommes : même si, à la suite de l’Ascension, il n’est plus là physiquement, il l’est dans les sacrements. Il l’est également auprès de ceux qui prient, seuls ou à plusieurs : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux », avait-Il dit un jour aux apôtres (Matthieu 18, 20). Finalement, l’achèvement de sa vie terrestre permet sa présence auprès des hommes de tous temps et de tous lieux, présent dans sa Parole, présent là où deux ou trois sont réunis en son nom, présent dans ses ministres sur terre, présent dans le pain et le vin de l’eucharistie, présent dans l’affamé nourri ou le malade visité, présent dans la liturgie communautaire comme dans la prière faite dans le secret de nos chambres.

Cette fête de l’Ascension nous rejoint tous au cœur, quelle que soit notre situation. Elle se définit comme le lieu de décision qui oriente toute vie chrétienne, tendue entre le désir du ciel et le service des hommes. L’Ascension fait donc partie des événements fondateurs de la foi en Christ, d’autant plus qu’elle a donné aux hommes leur liberté : loin de s’imposer à eux, Jésus les laisse libres de croire et donc d’aimer véritablement.

Que dit la Bible sur l’Ascension ?

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc (16, 15-20)

Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. »

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

 

Commencement du livre des Actes des Apôtres (1, 1-11)

Mon cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis.
C’est à eux qu’il s’était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis.

Il leur disait : C’est la promesse que vous avez entendue de ma bouche. Jean a baptisé avec de l’eau ; mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours. »
Réunis autour de lui, les Apôtres lui demandaient : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? »
Jésus lui répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se tenaient devant eux et disaient : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

 

SERMON DE SAINT AUGUSTIN POUR L’ASCENSION

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« Dieu nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus »

Aujourd’hui notre Seigneur Jésus Christ monte au ciel ; que notre cœur y monte avec lui.

Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités, avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps.

Il a déjà été élevé au-dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous avez donné à manger.

Pourquoi ne travaillons-nous pas, nous aussi, sur la terre, de telle sorte que par la foi, l’espérance, la charité, grâce auxquelles nous nous relions à lui, nous reposerions déjà maintenant avec lui, dans le ciel ? Lui, alors qu’il est là-bas, est aussi avec nous ; et nous, alors que nous sommes ici, sommes aussi avec lui. Lui fait cela par sa divinité, sa puissance, son amour ; et nous, si nous ne pouvons pas le faire comme lui par la divinité, nous le pouvons cependant par l’amour, mais en lui.

Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. Il était là-haut, tout en étant ici-bas ; lui-même en témoigne : Nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme, qui est au ciel. ~

Il a parlé ainsi en raison de l’unité qui existe entre lui et nous : il est notre tête, et nous sommes son corps. Cela ne s’applique à personne sinon à lui, parce que nous sommes lui, en tant qu’il est Fils de l’homme à cause de nous, et que nous sommes fils de Dieu à cause de lui.

C’est bien pourquoi saint Paul affirme : Notre corps forme un tout, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, bien qu’étant plusieurs, ne forment qu’un seul corps. De même en est-il pour le Christ. Il ne dit pas : le Christ est ainsi en lui-même, mais il dit : De même en est-il pour le Christ à l’égard de son corps. Le Christ, c’est donc beaucoup de membres en un seul corps.

Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce nous aussi sommes montés en sa personne. De ce fait, le Christ seul est descendu, et le Christ seul est monté ; non que la dignité de la tête se répande indifféremment dans le corps, mais l’unité du corps ne lui permet pas de se séparer de la tête.

 

 

APPARITIONS DE LA VIERGE MARIE, APPARITIONS ET MIRACLES, BERNADETTE SOUBIROUS (sainte ; 1844-1879), EGLISE CATHOLIQUE, FETE LITURGIQUE, NOTRE-DAME DE LOURDES, VIERGE MARIE

Notre-Dame de Lourdes

Le 11 février C’est sa fête : Notre-Dame de Lourdes

Lourdes

Le 11 février 1858, près du village pyrénéen de Lourdes, une jeune femme apparait à Bernadette Soubirous dans une grotte appelée Massabielle.

Selon ses dires, la petite bergère assista dans les semaines qui suivirent à plusieurs apparitions du même type.

Au cours de l’une d’elles, la Dame lui confia (en gascon) : Que soy era immaculada councepciou (« Je suis l’Immaculée Conception »), c’est-à-dire épargnée par le péché originel dès sa conception à la différence des autres humains depuis Adam et Ève.

La bergère rapporta ces mots à son curé sans savoir que le pape Pie IX avait proclamé quatre ans plus tôt le dogme de l’Immaculée Conception à propos de Marie, la mère du Christ.

Les apparitions de la grotte miraculeuse stimulèrent la dévotion à Marie… et firent de Lourdes l’un des plus célèbres pèlerinages du monde.

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Les apparitions de Lourdes

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Jeudi 11 février 1858 : la première rencontre

Première apparition. Accompagnée de sa sœur et d’une amie, Bernadette se rend à Massabielle, le long du Gave, pour ramasser des os et du bois mort. Enlevant ses bas pour traverser le ruisseau et aller dans la Grotte, elle entend un bruit qui ressemblait à un coup de vent, elle lève la tête vers la Grotte : « J’aperçus une dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied. » Bernadette fait le signe de la croix et récite le chapelet avec la Dame. La prière terminée, la Dame disparaît brusquement.

 Dimanche 14 février 1858 : l’eau bénite

Deuxième apparition. Bernadette ressent une force intérieure qui la pousse à retourner à la Grotte malgré l’interdiction de ses parents. Sur son insistance, sa mère l’y autorise ; après la première dizaine de chapelet, elle voit apparaître la même Dame. Elle lui jette de l’eau bénite. La Dame sourit et incline la tête. La prière du chapelet terminée, elle disparaît.

 Jeudi 18 février 1858 : la Dame parle

Troisième apparition. Pour la première fois, la Dame parle. Bernadette lui présente une écritoire et lui demande d’écrire son nom. Elle lui dit : « Ce n’est pas nécessaire. » Elle ajoute : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre. Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? »

 Vendredi 19 février 1858 : le premier cierge

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Quatrième apparition. Bernadette vient à la Grotte avec un cierge bénit et allumé. C’est de ce geste qu’est née la coutume de porter des cierges et de les allumer devant la Grotte.

Samedi 20 février 1858 : la grande tristesse

Cinquième apparition. La Dame a appris une prière personnelle à Bernadette. A la fin de la vision, une grande tristesse envahit Bernadette.

 Dimanche 21 février 1858 : « Aquero »

Sixième apparition. La Dame se présente à Bernadette le matin de bonne heure. Une centaine de personnes l’accompagnent. Elle est ensuite interrogée par le commissaire de police Jacomet. Il veut lui faire dire ce qu’elle a vu. Bernadette ne lui parle que d’ « Aquero » (cela).

 Mardi 23 février 1858 : le secret

Septième apparition. Entourée de cent cinquante personnes, Bernadette se rend à la Grotte. L’Apparition lui révèle un secret « rien que pour elle. »

 Mercredi 24 février 1858 : «Pénitence !»

Huitième apparition. Message de la Dame : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs !  »

 Jeudi 25 février 1858 : la source

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Neuvième apparition. Trois cents personnes sont présentes. Bernadette raconte : « Elle me dit d’aller boire à la source (…). Je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire. Elle me fit également manger une herbe qui se trouvait près de la fontaine puis la vision disparut et je m’en allai. » Devant la foule qui lui demande: « Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ? » Elle répond : « C’est pour les pécheurs. »

 Samedi 27 février 1858 : silence

Dixième apparition. Huit cents personnes sont présentes. L’Apparition est silencieuse. Bernadette boit l’eau de la source et accomplit les gestes habituels de pénitence.

 Dimanche 28 février 1858 : l’extase

Onzième apparition. Plus de mille personnes assistent à l’extase. Bernadette prie, baise la terre et rampe sur les genoux en signe de pénitence. Elle est ensuite emmenée chez le juge Ribes qui la menace de prison.

 Lundi 1er mars 1858 : la première guérison miraculeuse
Douzième apparition. Plus de mille cinq cents personnes sont rassemblées et parmi elles, pour la première fois, un prêtre. Dans la nuit, Catherine Latapie, une amie lourdaise, se rend à la Grotte, elle trempe son bras déboîté dans l’eau de la source : son bras et sa main retrouvent leur souplesse.

 Mardi 2 mars 1858 : le message aux prêtres

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Treizième apparition. La foule grossit de plus en plus. La Dame lui demande : « Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle ». Bernadette en parle à l’abbé Peyramale, curé de Lourdes. Celui-ci ne veut savoir qu’une chose : le nom de la Dame. Il exige en plus une preuve : voir fleurir en plein hiver le rosier (l’églantier) de la Grotte.

 Mercredi 3 mars 1858 : le sourire de la Dame

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Quatorzième apparition. Dès 7 h le matin, en présence de trois mille personnes, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n’apparaît pas ! Après l’école, elle entend l’invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire. Le curé Peyramale lui redit : « Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu’elle dise son nom et qu’elle fasse fleurir le rosier de la Grotte ».

 Jeudi 4 mars 1858 : 8 000 personnes à la Grotte

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Quinzième apparition. La foule toujours plus nombreuse (environ huit mille personnes) attend un miracle à la fin de cette quinzaine. La vision est silencieuse. Le curé Peyramale campe sur sa position. Pendant vingt jours, Bernadette ne va plus se rendre à la Grotte : elle n’en ressent plus l’irrésistible attrait.

 Jeudi 25 mars 1858 : la Dame révèle son nom

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Seizième apparition. La vision révèle enfin son nom, mais le rosier (ou églantier) sur lequel elle pose les pieds au cours de ses Apparitions ne fleurit pas. Bernadette raconte : « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit: Que soy era immaculada councepciou ». Bernadette part en courant et répète sans cesse, sur le chemin, des mots qu’elle ne comprend pas. Ces mots troublent le brave curé. Bernadette ignorait cette expression théologique qui désigne la Sainte Vierge. Quatre ans plus tôt, en 1854, le pape Pie IX en avait fait une vérité de la foi catholique (dogme de l’Immaculée Conception).

 Mercredi 7 avril 1858 : le miracle du cierge

Dix-septième apparition. Pendant cette apparition, Bernadette tient son cierge allumé. La flamme entoure longuement sa main sans la brûler. Ce fait est immédiatement constaté par le médecin, le docteur Douzous..

 Vendredi 16 juillet 1858 : la dernière apparition

Dix-huitième apparition. Bernadette ressent le mystérieux appel de la Grotte, mais l’accès à Massabielle est interdit et fermé par une palissade. Elle se rend donc en face, de l’autre côté du Gave… et voit la Vierge Marie, une ultime fois : « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois, je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! ».

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Bernadette Soubirous

 

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Tout ce que nous savons des apparitions et du Message de Lourdes nous vient de Bernadette. Elle seule a vu. Qui est-elle donc ? On peut distinguer trois périodes dans sa vie : les années de son enfance au sein d’une famille pauvre ; une vie « publique » au temps des apparitions et du témoignage ; enfin, une vie « cachée » comme religieuse, à Nevers.

 Avant les apparitions

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Quand on raconte les apparitions, Bernadette est souvent présentée comme une fille pauvre, malade et ignorante, logée misérablement au Cachot. Sans doute, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsqu’elle naît le 7 janvier 1844, au Moulin de Boly, elle est le premier enfant, l’héritière, de François Soubirous et Louise Castérot qui se sont mariés par amour. Bernadette grandit dans une famille unie où l’on s’aime et où l’on prie. Dix ans de bonheur en ces années décisives de son enfance qui vont forger sa forte personnalité et lui donner un bel équilibre. La descente dans la misère qui suivra n’effacera pas cette richesse humaine. Il reste que Bernadette, à 14 ans, mesure 1m 40. Elle a des crises d’asthme. Elle a une nature vive, spontanée, volontaire, prompte aux réparties, incapable de dissimuler. Elle a de l’amour-propre, ce qui n’a pas échappé à la mère Vauzou, à Nevers, qui disait d’elle : « Caractère raide, très susceptible. » Bernadette se désolait de ses défauts et les combattait énergiquement. Une forte personnalité mais inculte. Pas d’école pour Bernadette : il faut servir au cabaret de tante Bernarde. Pas de catéchisme : sa mémoire rebelle ne retient pas les formules abstraites. À 14 ans, elle ne sait ni lire, ni écrire et en souffre, elle se sent exclue. Alors elle réagit. Septembre 1857 : on l’envoie à Bartrès. Le 21 janvier 1858, Bernadette rentre à Lourdes : elle veut faire sa première communion. Elle la fera le 3 juin 1858, durant les apparitions.

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La vie “publique”

Les apparitions débutent le 11 février 1858. Pour aider ses parents, Bernadette se chargeait notamment d’aller chercher du bois mort sur les berges du Gave. La voici confrontée au mystère. Un bruit « comme un coup de vent », une lumière, une présence. Sa réaction ? Elle fait preuve d’un bon sens et d’un discernement remarquables ; croyant se tromper, elle mobilise toutes ses ressources humaines : elle regarde, elle se frotte les yeux, elle essaie de comprendre. Ensuite, elle se tourne vers ses compagnes pour vérifier ses impressions : « Avez-vous rien vu ? ». Elle se tourne ensuite vers Dieu : elle prie son chapelet. Elle se tourne vers l’Église et prend conseil en confession auprès de l’abbé Pomian : « J’ai vu quelque chose de blanc ayant la forme d’une dame. » Interrogée par le commissaire Jacomet, elle répond avec une assurance, une prudence et une fermeté qui surprennent chez une jeune fille sans instruction : « Aquero, je n’ai pas dit la Sainte Vierge… Monsieur, vous m’avez tout changé ». Elle dit ce qu’elle a vu avec un détachement, une liberté étonnants : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire. »

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Elle raconte les apparitions avec exactitude, sans rien ajouter ni retrancher. Une seule fois, effrayée par la rudesse de l’abbé Peyramale, elle ajoute un mot : « Monsieur le curé, la Dame demande toujours la chapelle… même « toute petite ». » Dans son Mandement sur les Apparitions, Mgr Laurence souligne « la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant… elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante… et, aux nombreuses questions qu’on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, empreintes d’une forte conviction ». Insensible aux menaces comme aux offres avantageuses, « la sincérité de Bernadette est incontestable : elle n’a pas voulu tromper ». Mais ne s’est-elle pas trompée elle-même… victime d’une hallucination ? – se demande l’évêque. Il évoque alors le calme de Bernadette, son bon sens, l’absence chez elle de toute exaltation et aussi le fait que les apparitions ne dépendent pas de Bernadette : elles ont lieu alors que Bernadette ne s’y attendait pas, et dans la quinzaine, par deux fois, alors que Bernadette se rendait à la Grotte, la Dame n’y était pas. Pour en arriver à ces conclusions, Bernadette a dû répondre aux curieux, admirateurs, journalistes et autres, comparaître devant des commissions d’enquête civiles et religieuses. La voilà tirée de l’ombre et projetée au premier plan de l’actualité : « une tempête médiatique » s’abat sur elle. Il lui aura fallu de la patience et de l’humour pour lui résister et préserver la pureté de son témoignage. Elle n’accepte rien : « Je veux rester pauvre. » Elle ne bénit pas les chapelets qu’on lui présente : « Je ne porte pas l’étole. » Elle ne vendra pas de médailles : « Je ne suis pas marchande. » Et, devant les images à dix sous qui la représentent, elle lance : « Dix sous, c’est tout ce que je vaux ! ».

Dans ces conditions, au Cachot la vie n’est plus possible, il faut protéger Bernadette. Le curé Peyramale, et le maire Lacadé se mettent d’accord : Bernadette sera admise comme « malade indigente » à l’hospice tenu par les Sœurs de Nevers ; elle y arrive le 15 juillet 1860. À 16 ans, elle apprend à lire et à écrire. On peut voir encore aujourd’hui, à l’église de Bartrès, les « bâtons » tracés de sa main ! Par la suite, elle écrira souvent à sa famille et même au pape ! Elle rend visite à ses parents qui ont été relogés à la « maison paternelle ». Elle soigne quelques malades, mais surtout elle cherche sa voie : bonne à rien et sans dot, comment être religieuse ? Finalement, elle entre chez les Sœurs de Nevers « parce qu’on ne m’y a pas attirée ». Dès lors, une vérité s’impose à son esprit : « À Lourdes, ma mission est finie. » Maintenant, elle doit s’effacer pour laisser toute la place à Marie.

 La vie “cachée” à Nevers

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C’est elle-même qui emploie cette expression : « Je suis venue ici pour me cacher. » À Lourdes, elle était Bernadette, la voyante. A Nevers, elle devient Sœur Marie-Bernard, la sainte. On a souvent parlé de la sévérité des supérieures à son égard, mais il faut bien comprendre que Bernadette était un cas : il fallait la soustraire à la curiosité, la protéger, et protéger aussi la congrégation. Bernadette fera le récit des apparitions devant la communauté des sœurs réunies, dès le lendemain de son arrivée ; ensuite, elle ne devra plus en parler. On la gardera à la Maison-mère, alors qu’elle aurait tant aimé soigner les malades. Au jour de sa profession, aucun emploi n’est prévu pour elle : alors l’évêque lui donne « l’emploi de prier ». « Priez pour les pécheurs », avait dit la Dame. Elle y sera fidèle. « Mes armes, écrit-elle au pape, sont la prière et le sacrifice. » La maladie fait d’elle un pilier d’infirmerie, et puis il y a ses interminables séances au parloir : « Ces pauvres évêques, ils feraient mieux de rester chez eux. » Lourdes est bien loin… revenir à la Grotte, jamais ! Mais, tous les jours, elle y fait son pèlerinage en esprit. Elle ne parlera pas de Lourdes, elle en vivra. « Vous devez être la première à vivre le message », lui dit le Père Douce, son confesseur. Et, de fait, après avoir été aide-infirmière, elle entre peu à peu dans l’état de malade. Elle en fera « son emploi », acceptant dans un acte d’amour parfait toutes les croix, pour les pécheurs : « Après tout, ce sont nos frères. » Au cours des longues nuits sans sommeil, s’unissant aux messes qui sont célébrées dans le monde entier, elle s’offre comme une « crucifiée vivante » dans le gigantesque combat des ténèbres et de la lumière, associée, avec Marie, au mystère de la Rédemption, les yeux fixés sur le crucifix : « C’est là que je puise ma force. »

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Bernadette meurt à Nevers, le 16 avril 1879, à l’âge de 35 ans. L’Église l’a proclamée sainte le 8 décembre 1933, non pour avoir été favorisée des apparitions, mais pour la manière dont elle y a répondu.

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LE MESSAGE DE LOURDES

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Le 18 février 1858 : des paroles extraordinaires

Lors de la troisième apparition, le 18 février, la Vierge parle pour la première fois : « Ce que j’ai à vous dire, ce n’est pas nécessaire de le mettre par écrit ». Cela veut dire que Marie veut entrer avec Bernadette dans une relation qui est de l’ordre de l’amour, qui se situe au niveau du cœur. Bernadette est d’emblée invitée à ouvrir les profondeurs de son cœur à ce message d’Amour.

A la deuxième parole de la Vierge : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours? », Bernadette est bouleversée. C’est la première fois qu’on lui dit « vous ». Bernadette, se sentant ainsi respectée et aimée, fait l’expérience d’être elle- même une personne. Nous sommes tous dignes aux yeux de Dieu. Parce que chacun est aimé par Dieu.

Troisième parole de la Vierge : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre ». Quand Jésus, dans l’Évangile, nous invite à découvrir le Royaume des cieux, il nous invite à découvrir, dans le monde tel qu’il est, un « autre monde ». Là où il y a l’Amour, Dieu est présent. La Vierge Marie transmet à Bernadette la certitude d’une terre promise qui ne pourra être atteinte que par delà la mort.

Dieu est Amour

Malgré sa misère, sa maladie, son inculture, Bernadette a toujours été profondément heureuse. C’est cela le Royaume de Dieu, le monde du vrai Amour. Pendant les sept premières apparitions de Marie, Bernadette a montré un visage rayonnant de joie, de bonheur, de lumière. Mais, entre la huitième et la douzième apparition, tout change : le visage de Bernadette devient dur, triste, douloureux et surtout elle accomplit des gestes incompréhensibles… Marcher à genoux jusqu’au fond de la Grotte; embrasser le sol sale et dégoûtant de cette Grotte; manger quelques herbes amères ; gratter le sol et essayer de boire de l’eau boueuse ; se barbouiller le visage avec de la boue. Puis, Bernadette regarde la foule, tous disent : « Elle est folle ». Pendant quatre apparitions, Bernadette reproduira les mêmes gestes. Qu’est-ce que cela signifie ? Personne n’a rien compris ! Nous sommes pourtant au cœur du « Message de Lourdes ».

Le sens biblique des apparitions

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Les gestes de Bernadette sont des gestes bibliques. Bernadette exprimera l’Incarnation, la Passion et la Mort du Christ. Marcher à genoux jusqu’au fond de la Grotte: c’est le geste de l’Incarnation, de l’abaissement de Dieu fait homme. Manger les herbes amères rappelle la tradition juive que l’on trouve dans les textes anciens. Se barbouiller le visage: le prophète Isaïe, lorsqu’il parle du Christ, le montre sous les traits du Serviteur souffrant.

La Grotte cache un trésor incommensurable

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A la neuvième apparition, « la Dame » demandera à Bernadette d’aller gratter le sol, en lui disant : « Allez à la source, boire et vous y laver ». Par ces gestes, nous est dévoilé le mystère même du cœur du Christ : « Un soldat, de sa lance, lui transperça le cœur et, aussitôt, jaillit du sang et de l’eau ». Le cœur de l’homme, blessé par le péché, est signifié par les herbes et la boue. Mais au fond de ce cœur, il y a la vie même de Dieu, signifiée par la source. On demande à Bernadette: « Est-ce que « la Dame » te disait quelque chose ? ». Elle répondra : « Oui, de temps à autre elle disait : « Pénitence, pénitence, pénitence. Priez pour les pécheurs ». Par « pénitence », il faut comprendre conversion. Pour l’Église, la conversion consiste, comme le Christ l’a enseigné, à tourner son cœur vers Dieu, vers ses frères.

Lors de la treizième apparition , Marie s’adresse ainsi à Bernadette : « Allez dire aux prêtres qu’on bâtisse ici une chapelle et qu’on y vienne en procession ». « Qu’on vienne en procession », signifie marcher, dans cette vie, toujours auprès de nos frères. « Qu’on bâtisse une chapelle ». A Lourdes, des chapelles ont été construites, pour accueillir la foule des pèlerins. La chapelle, c’est  » l’Église » que nous devons construire, là où nous sommes.

La dame dit son nom : « Que soy era Immaculada Counceptiou »

Le 25 mars 1858, jour de la seizième apparition, Bernadette demande à « la Dame » de dire son nom. « La Dame » lui répond en patois : « Que soy era Immaculada Counceptiou », ce qui veut dire en français « Je suis l’Immaculée Conception ». L’Immaculée Conception, c’est « Marie conçue sans péché, grâce aux mérites de la Croix du Christ » (définition du dogme promulgué en 1854). Bernadette se rend aussitôt chez Monsieur le Curé pour lui transmettre le nom de « la Dame ». Il comprend que c’est la Mère de Dieu qui apparaît à la Grotte. Plus tard, l’évêque de Tarbes, Mgr Laurence, authentifiera cette révélation.

Tous appelés à devenir immaculés

La signature du message – quand la Dame dit son nom – intervient après trois semaines d’apparitions et trois semaines de silence (du 4 au 25 mars). Le 25 mars est le jour de l’Annonciation, de la « conception » de Jésus dans le sein de Marie. La Dame de la Grotte dit sa vocation : elle est la mère de Jésus, tout son être est de concevoir le Fils de Dieu, elle est toute pour lui. Pour cela, elle est immaculée, habitée par Dieu. Ainsi, l’Église et tout chrétien ont à se laisser habiter par Dieu pour devenir immaculés, radicalement pardonnés et graciés de façon à être, eux aussi, témoins de Dieu.

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Source : Sanctuaire de Lourdes

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Jésus naît à Bethléem

DANS LA NUIT… NAISSANCE A BETHLEEM

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Il fait nuit quand Joseph et Marie pénètrent enfin dans Bethléem. Ils sont fatigués de ce long voyage et ce n’est fini ! Il faut trouver un endroit où loger maintenant car Marie va bientôt accoucher. Alors Joseph fait le tour de ses connaissances, mais il n’y a rien pour eux ; il fait ensuite le tour de toutes les auberges ; mais tout est plein à craquer et il n’y a pas de place pour eux non plus même s’il invoque l’état dans lequel se trouve sa femme. Alors il repart un peu plus loin dans les environs de Bethléem en quête de n’importe quel abri pour eux. Et Marie doucement lui met la main sur le bras comme pour lui dire : « Ne t’inquiète pas Joseph ! Tout se passera bien ! »

Il trouve une étable et décide de s’y installer. Bien sûr, le confort et plus que sommaire ! L’endroit est petit et on sent encore l’odeur des animaux ; mais il y a un peu de foin et cela fera bien l’affaire pour ce soir. Il installe Marie tout d’abord car elle ressent les premières douleurs ; il n’y a pas de temps à perdre ! Et le moment est vite venu ; alors Joseph sort discrètement pour s’occuper de débâcher l’âne. Inquiet tout de même, il lève les yeux vers le ciel comme pour implorer de l’aide ; il sait bien que l’enfant naîtra puisque l’ange du Seigneur le lui a dit en songe. Mais tout de même !

Et soudain il entend un cri dans la nuit ! L’enfant est né ! Jésus est là ! Alors doucement il entre. Il voit Marie qui tient tendrement serré contre l’enfant. Il s’approche doucement. Il sourit et Marie lui sourit aussi ! Joseph et Marie regardent ou plutôt contemplent l’enfant qui vient de naître : le Fils de Dieu qui est né dans une étable.

Mais Joseph remarque que Marie tremble de froid, que l’enfant aussi a froid. Il se demande comment faire pour les réchauffer tous les deux ! Son vêtement ne suffira pas ! Alors il remarque dans un coin de l’étable un bœuf. Et soudain une idée jaillit ! Il va chercher l’âne qui les a conduit de Nazareth à Bethléem, il va chercher le bœuf aussi et il les installe tout prêt de Marie et de Jésus. Comme si ils avaient compris les pensées de Joseph les deux animaux se mettent à souffler Et il voit que les deux animaux font si bien leur office que Marie et l’enfant Jésus se réchauffent. Alors tous les trois s’assoupissent un peu. Et ils n’entendent pas ce qui se passent dehors, ils n’entendent pas les chants des anges qui annoncent la venue du Sauveur !

Au loin dans la campagne des bergers veillent sur leurs troupeaux quand soudain le ciel s’éclaire. Ils se demandent ce qui peut bien se passer et ils pensent à rentrer leurs troupeaux de peur qu’ils soient effrayés par cette clarté soudaine. Et que voient-ils dans cette nuit ? Des anges les entourent ! Ces anges leur disent de ne pas avoir peur car ils viennent leur apporter une bonne nouvelle : « Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie : c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche ! » (Luc 2, 10-12). Alors ils se disent : « Allons à Bethléem ! Allons voir ce que les anges nous annoncé ! ». Et ils partent !

Alors soudain la porte de l’étable s’ouvre ! Joseph a tressailli d’inquiétude : qui peut bien venir en pleine nuit ? Que nous veut-on ? Marie lui sourit comme pour dire : « Laisse faire Joseph ! » Les bergers sont là, ils se recueillent devant la mère et l’enfant. Ils ont apportés des cadeaux aussi, mais ce sont d’humbles cadeaux : un peu de nourriture, quelques couvertures de laines. Ce sont des cadeaux de pauvres mais Marie les reçoit bien volontiers et l’enfant les regarde avec bonté. Les bergers ne disent rien ! Ils sont émus pour cela ! Mais leur joie est telle qu’ils vont dans la nuit annoncer cette nouvelle que tout le peuple d’Israël attendait depuis si longtemps : « Un fils nous est né ! Un fils nous est donné ! »

©Claude-Marie T.

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  Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.

L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.

Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : 11 Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »

Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.

Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.

Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.

Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.

(Evangile selon saint Luc 2, 6-20)

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Quand Jésus est-il né ?

Notons que l’édit du recensement n’est attesté par aucune archive romaine. La présence de bergers dans le voisinage donne à penser que Jésus serait né à l’époque de l’agnelage, au mois d’avril. Par ailleurs, l’évocation du cruel roi Hérode,  protégé des Romains, situerait sa naissance en l’an 6 avant J.-C. ! Le moine Denys le Petit, à l’origine du calendrier adopté aujourd’hui dans le monde entier, se serait donc trompé dans ses calculs.

À Rome, en 354, le pape Libère reporte cette célébration au 25 décembre, en remplacement des Saturnales romaines et de la fête du soleil vainqueur (sol invictus) que les païens avaient coutume de consacrer au retour du soleil après le solstice d’hiver. C’est une manière de rappeler que Jésus est la « Lumière du monde ».

 

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 L’année de naissance de Jésus

 

Sous le règne d’Hérode

Les deux récits de l’enfance de Matthieu et Luc indiquent que la naissance de Jésus eut lieu sous le règne du roi Hérode le Grand : « Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode » (Mt 2, 1); « Du temps d’Hérode, roi de Judée, […] l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie ; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. […] Quelque temps après, Élisabeth, sa femme, devint enceinte. […] Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, auprès d’une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. […] L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. » (Lc 1,5-31). Dans Matthieu, cet élément se place dans le récit de la venue des rois mages, du massacre des Innocents et de la fuite en Egypte, qui situe l’action à la fin du règne d’Hérode, le retour d’Égypte se faisant après l’accession au pouvoir d’Archélao , son successeur. Chez Luc, il se place dans le cadre d’un parallélisme entre les annonces miraculeuses des naissances, à six mois d’intervalle, de Jean le Baptiste et de Jésus.  

La date de la mort d’Hérode peut être déterminée en utilisant les informations données à la fin du Ier siècle par l’historien juif Flavius Josèphe, les annales romaines, et des données astronomiques. Selon Flavius Josèphe, Hérode est nommé roi par les Romains sous le consulat de Calvinus et Oollio en 40, et élimine son rival Antigone II Mattathiah sous celui de Agrippa et Gallus en -37. Il règne pendant 37 années après sa nomination par les Romains, et 24 après la mort d’Antigone II Mattathiah. Suivant la façon dont Josèphe compte les années, entières ou pas, cela mène à -4 ou -3. Mais Josèphe mentionne une éclipse de Lune peu avant la mort d’Hérode. Il y en a eu qui étaient visibles depuis la Palestine le 15 septembre -5, et le 13 mars -4, mais aucune en -3 ni en -2. Schürer conclut qu’Hérode est mort un peu après l’éclipse du 13 mars -4. En 1966, W. E. Filmer contesta cette date, sur la base du décompte des années et d’erreurs de Josèphe sur les dates de consulat, et détermina que la mort d’Hérode aurait eu lieu en -1, peu après l’éclipse du 9 janvier. Le calcul de Filmer a été depuis réfuté par Barnes en 1968, et Bernegger en 198517, et la date de -4 est celle qui est aujourd’hui retenue.

L’Evangile de Matthieu, chap. 2, versets 16-18 relate que le roi Hérode Ier, roi  ayant appris la naissance à Bethléem du roi des Juifs « envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages ». Selon ce texte, Joseph se serait enfui avant ce massacre avec l’enfant Jésus et sa mère où ils restèrent jusqu’à la mort d’Hérode.

 Recensement de Quirinius

Au début du chapitre 2, Luc donne une indication précise : « En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. » C’est ce qui explique selon cet évangile le déplacement de Joseph et Marie de Nazareth à Bethléem, où naît Jésus. Le règne d’Auguste commence en janvier ou en août -43, (sauf en Égypte où il commence en août -30 avec la prise d’Alexandrie et la mort d’Antoine et Cléopâtre), et se termine à sa mort en août 14 .

Selon Tacite et Flavius Josèphe, Publius Sulpicius Quirinius devient gouverneur (legatus Augusti propraetore) de Syrie en l’an 6 de notre ère, après l’expulsion d’Archélaos. Josèphe nous apprend en outre qu’il fit un recensement en Judée en 6-7, qui déclencha la révolte de Juda de Gamala.

 

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Le jour où Jésus est né

La détermination du jour de la naissance a également une importance symbolique, et le 25 mars, jour de l’équinoxe de printemps, souvent considéré comme le jour de la création du monde, est envisagé comme celui de la conception, de la mort ou de la résurrection de Jésus.

Cependant dès la première attestation qui témoigne d’une recherche de la fixation de la date de naissance de Jésus, il apparait une disparité selon les communautés chrétiennes. Ce premier témoignage vient de Clément d’Alexandrie   qui rapporte la situation à Alexndrie où, à la fin du IIè  ou au début du IIIè  siècle, certains évoquent le vingt-cinquième jour de Pachon  20 mai) ou le vingt-quatrième ou vingt-cinquième jour de Pharmouti (19 ou 20 avril) tandis que les Basiliens célèbrent, eux, le baptême de Jésus correspondant à une naissance symbolique, le quinzième jours du mois de Tybi   ou encore le onzième (10 ou 6 janvier). Clément lui-même avance une date qui correspond au 18 novembre -3

Une tradition également ancienne, rapportée un peu plus tard par Hippolyte de Rome  situe la naissance de Jésus mercredi au début du mois d’avril, précisément un mercredi 2 avril. Cette date plaçant la naissance de Jésus au printemps fait peut-être écho à une tradition judéo-chrétienne d’origine sacerdotale basée sur le calendrier du livre des Jubilé dont Hippolyte aurait connaissance.

Par ailleurs, suivant un passage du De Pasha Computus, rédigé en Afrique en 243, Jésus est né le mercredi V des calendes   d’avril, soit le 28 mars: cela correspond au quatrième jour après Pasha – date que l’auteur retient pour dater la Passion et premier jour de la création correspondant à l’équinoxe de printemps – et cela coïncide avec la création du soleil, permettant une assimilation du Christ au « Soleil de justice » une prophétie de Malachie. Ce texte montre l’existence d’une natalis solis iustitiae plus de trente ans avant la natalis solis invicti romaine.

D’après le Chronographe de 354, , la célébration d’une fête de l’incarnation du Sauveur se déroulant le 25 décembre est attestée à Rome sous le pontificat de l’évêque Libère à l’occasion de laquelle l’évêque rassemble les chrétiens dans la basilique nouvellement construite au Vatican, achevée en 354. Le choix de la date semble le fruit d’un calcul autonome fait au cours du iiie siècle mais il s’insère dans un cadre plus général de la constitution d’un calendrier liturgique, probablement destiné à concurrencer, à Rome, les réjouissances païennes. Cette tradition sera reprise par le martyrologue hiéronymien une compilation datant probablement du vie siècle, reprenant des documents plus anciens

C’est sur ces bases qu’au début du VIè siècle , le moine Denys le Petit place l’annonciation le 25 mars et la naissance de Jésus neuf mois plus tard, le 25 décembre de l’année 753 de Rome (c’est-à-dire l’année -1 du calendrier actuel), principalement pour qu’elle coïncide avec le début d’un cycle pascal. C’est sur ce calcul que se fondent aujourd’hui les calendriers de l’ère chrétienne.

 

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La représentation de l’âne et du bœuf dans la crèche de Bethléem est inspirée du prophète Isaïe

Bestiaire de Noël
Les animaux ont été les premiers témoins de la naissance du Christ. Mais ils n’ont pas été choisis par hasard.

Dans la symbolique de Noël, la crèche ne comprend pas seulement Marie, Joseph et Jésus, mais aussi des personnages qui peuvent sembler à première vue anodins, mais qui ont leur importance : les animaux, dont certains peuvent paraître assez étonnants. Pierre Gaugué, frère dominicain à Lille, nous éclaire sur ce que représente ce «bestiaire de Noël». C’est le prophète Isaïe qui a été le plus «fertile» en références animales.

> L’âne et le bœuf : Leur présence n’est pas mentionnée dans l’évangile de saint Luc. On a souvent raconté que l’haleine de l’âne et du bœuf servait de système de chauffage pour l’enfant Jésus. C’est une belle tradition, mais il y a une autre raison, biblique celle-là, qui justifie la présence de ces deux animaux dans la crèche. 
La représentation de l’âne et du bœuf dans la crèche de Bethléem est inspirée du prophète Isaïe qui reproche au peuple d’Israël de ne pas connaître son Dieu au contraire de l’âne et du bœuf : « Le bœuf a connu son propriétaire et l’âne la crèche de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas… ». Le bœuf 
et l’âne représentent donc la fidélité, la docilité au Christ, ils sont une icône de ceux qui vont reconnaître en Jésus le messie.
Aussi, la Septante (traduction grecque de la Bible) mentionne une parole du prophète Habacuc : « Tu te manifesteras au milieu de deux animaux ». Notre traduction tirée de l’hébreu n’a pas repris ce terme. Peu avant le siège de Jérusalem par les Babyloniens en 587, le prophète supplie le Seigneur de réitérer son œuvre de salut et s’écrie : « Au milieu des années, fais-la revivre! Au milieu des années, fais-la connaître ». En grec, on lit plutôt : « Au milieu de deux animaux ».
L’âne a une présence particulière dans les Evangiles : il a mené Marie de Nazareth à Bethléem pour le recensement. Il est une monture humble. Un autre passage important de la Bible évoque sa présence : lors des Rameaux, à l’entrée de Jésus à Jérusalem, avant sa Passion.

> Le mouton : Dans l’Evangile de Luc (chapitre 2, verset 7), la présence de bergers «gardant leurs troupeaux» est mentionnée, sans précision sur la nature des bêtes gardées. L’Occident chrétien en a déduit qu’il s’agissait de moutons. En première lecture, la présence des ovidés est donc liée à celle des bergers. Une autre explication plus théologique est présente dans certaines représentations, notamment dans « L’adoration des bergers » de Delatour (œuvre située au Louvre) ou encore chez Zurbaran (œuvre située au musée de Grenoble) : un berger se situe près de la Vierge et de Jésus, il porte un agneau pattes liées juste au-dessus de la tête du bébé. Cela rejoint une parole du prophète Isaïe lors de la Passion du Christ : « Il était comme l’agneau mené à l’abattoir ». La présence d’un agneau pattes liées à la crèche est basée sur cette référence, qui rend déjà présente dès la naissance du Christ sa mort.

Ainsi, toute la création se trouve unie à la crèche pour célébrer la naissance du Christ !

 

EGLISE CATHOLIQUE, FETE LITURGIQUE, RELIGION, RELIGIONS, RELIGON

Fête de la Croix glorieuse

LE SENS DE LA FÊTE DE LA CROIX GLORIEUSE

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Le 14 septembre l’Eglise fête la « Croix Glorieuse » pour  nous inviter à remercier Dieu pour le don de son Fils : il a donné sa vie pour nous en acceptant de mourir, et de mourir sur une croix. Le supplice de la croix est un des supplices les plus cruels inventés par les hommes. Jésus l’a affronté et l’a vaincu. Pour nous. Cette fête exprime notre gratitude et nous pousse à méditer sur l’amour de Dieu : Jésus délivre l’homme du mal et de la mort.  La Croix devient le trône de gloire du Fils de Dieu.

 

La croix : le grand pardon des péchés

 Sur la Croix, Jésus évacue le péché et délivre l’humanité du mal et de la mort. Ce lieu de supplice devient ainsi un trône de roi.

 

Introduction

La liturgie de l’Église organise plusieurs quarantaines : entre Noël et la Présentation au temple, pendant le Carême et enfin, en été, entre la fête de la Transfiguration et celle de la Croix Glorieuse. Cette quarantaine estivale aide à prendre conscience que le Seigneur lumineux sur le Thabor et l’homme défiguré sur la Croix ne font qu’un. Le Très-Haut dans la gloire assume le Très-bas dans la souffrance. Dieu se fait homme dans toutes les dimensions de ses deux natures.

 

L’évangile

Nul n’est monté au ciel, hormis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Jean 3, 13-17

Un sacrifice inhabituel dans le saint des saints

La magnifique fête de la Croix glorieuse est riche d’un ancrage très large dans toute l’histoire biblique. Si nous la fêtons en septembre, c’est pour honorer la grande fête de l’Expiation, que le livre du Lévitique fixe « le dixième jour du septième mois » (Lévitique 23, 27), fête du Yom Kippour, le grand pardon, que nos frères juifs célèbrent chaque année.

Pour bien comprendre toutes les harmoniques de ce jour, il faudrait relire le chapitre 16 du Lévitique. C’est ce jour-là que le grand prêtre pénètre dans le saint des saints pour un sacrifice inhabituel : après avoir sacrifié un taureau pour son propre péché, il prend deux boucs. Il immole l’un des boucs pour le péché du peuple et asperge la Tente du rendez-vous de son sang.

Après avoir fait ces rites d’expiation, le grand prêtre prend l’autre bouc, vivant, lui pose les deux mains sur la tête, confesse sur lui les péchés de tout le peuple, et l’envoie au désert pour qu’il y emmène les fautes, loin des hommes (Lévitique 16, 21-22), d’où l’expression de « bouc émissaire », qui porte pour les autres la faute de tous.

L’épître aux Hébreux voit dans cette fête « une figure » (Hébreux 9,9), accomplie par le sacrifice de Jésus-Christ, qui est à la fois le grand prêtre et la victime offerte, sacrifiée, et celle qui porte tout, et ouvre le Temple à tous, une fois pour toutes.

« Ce n’est pas dans un sanctuaire fait de main d’homme que le Christ est entré, mais dans le ciel lui-même, afin de paraître maintenant devant la face de Dieu en notre faveur » (Hébreux 9, 24).

Le chapitre 7 de l’évangile de Jean s’ouvre d’ailleurs sur la montée de Jésus à Jérusalem pour la fête des Tentes (qui suit de cinq jours la grande fête de l’Expiation et l’achève). Or, en même temps, à partir de ce même chapitre 7, c’est bien un procès qui est mis en scène dans les discussions souvent tendues de Jésus avec les Pharisiens, un procès qui va se terminer par l’intention ferme de mettre   mort Jésus.

Et c’est à ce moment-là, « le dernier jour de la fête », nous dit l’évangile, que Jésus debout, s’écrie : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi. » Et Jean précise «selon le mot de l’Écriture, de son sein, couleront des fleuves d’eau vive » (Jean 7, 37-38). Il évoque probablement Ézéchiel qui annonçait l’eau de bénédiction qui allait sourdre du Temple (Ezéchiel 47,1) ou Zacharie qui promettait pour la fin des temps un jaillissement d’eaux vives depuis Jérusalem (Zacharie 14 ,8).

Là encore, ces images se chevauchent,  et nous avons en tête le sang et l’eau qui sourdent du côté du Crucifié (Jean 19, 34) et en conclusion de l’Apocalypse ce fleuve de vie qui coule du côté droit du trône de Dieu, irriguant l’arbre de vie « qui fructifie douze fois », dont les feuilles peuvent « guérir les païens » (Apocalypse 22, 1-2).

Le grand pardon définitif des péchés

La fête de la Croix glorieuse célèbre le grand pardon des péchés, définitif, accompli, pour tous. Elle raconte comment la vie de Dieu a gagné, comment cette vie poursuit sa route en nous, comme un fleuve qui irrigue chacune de nos existences.

Cette vie, donnée, car Dieu  est don, cette vie de Dieu qui vit en nous, c’est l’Esprit du Christ ressuscité, qu’il a déposé en remettant sa vie entre nos mains. « C’est lui qui est venu par eau et par sang : Jésus-Christ, non avec l’eau seulement mais avec l’eau et le sang.

Et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité », reprendra la première épître de Jean (1 Jean 5,6). Dans toutes ses harmoniques, cette fête dit aussi quelque chose du Temple, discrètement évoqué par les textes de la liturgie. C’est d’ailleurs ce jour de l’expiation que choisira Salomon pour célébrer la dédicace du Temple (1 Rois 8,2). 

Le passage de l’évangile de Jean est très court, et un peu énigmatique. Quelle est donc cette comparaison entre le Christ crucifié, la croix glorieuse et le serpent du désert ? Il nous faut faire un nouveau vagabondage, du côté du livre des Nombres (Nombres 21,4-9) qui raconte cette histoire de serpents. 

À l’heure de l’Exode, le peuple peine à être libre. Il faut marcher, un jour à la fois, et manger ce que Dieu donne, un jour à la fois. Les Hébreux récriminent contre Dieu et contre Moïse. À quoi bon la liberté si l’eau manque et si le pain n’est plus beurré ?

L’épreuve prend cette fois l’aspect de serpents qui mordent les Hébreux, et beaucoup en meurent. Le serpent n’est pas une figure anodine. Il rappelle ce premier serpent menteur de la Genèse, que l’Apocalypse nomme le Diable (le Diviseur) ou le Satan (l’Accusateur), qui tord le langage pour diviser et accuser ceux que Dieu a créés pour l’unité, comme notre langue le fait lorsqu’elle accuse ou sème la suspicion sur les places publiques, le secret des alcôves ou les couloirs de nos lieux les plus quotidiens.

Saisis d’effroi, les Hébreux supplient Moïse d’intercéder en leur faveur, ce qu’il fait, lui l’intercesseur, qui trace dans le sable du désert le chemin pour la grande intercession du Fils. Et Dieu commande à Moïse de façonner un serpent en airain, mis en hauteur sur un étendard, afin que quiconque regarde vers le serpent soit sauvé de sa blessure et reste en vie. 

Le Fils est du côté des coupables, des perdus, des condamnés

Cette fois, nous avons tous les fils en main pour tisser le tableau de la croix glorieuse. Sur la croix en effet, le fils unique, unique grand prêtre, unique agneau, est élevé et fixé, comme le serpent. Il est l’intercesseur. 

Il est mis à la place du serpent, à la place de l’accusateur, à la place des coupables, à la place du péché. Paul, dans la seconde Lettre aux Corinthiens, le dit on ne peut plus clairement : « Celui qui n’avait pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2 Corinthiens 5, 19-21). La croix, lieu de malédiction, supplice pour les bandits et les délinquants de droit commun, devient le trône du roi.

Oui, c’est là que meurt le Fils de l’Homme, entre deux pauvres types, du côté des coupables. Il porte toutes les fautes, et toute l’accusation. À jamais, le Fils est de ce côté-ci, du côté des coupables, des perdus, des accusés, des condamnés.

Il prend toute la place afin qu’il n’y ait plus de place pour le péché. Il est victorieux du péché en occupant son lieu. Notre misère, désormais, est tout enveloppée de la miséricorde de Dieu manifestée sur la croix. « Dieu avec nous ». Jusque-là.

Il n’est plus besoin de temple. Car le temple, c’est lui, ou plutôt c’est le corps de l’homme qu’il a choisi pour être avec nous. C’est le corps de l’homme devant lequel il s’est incliné à l’heure du lavement  es pieds. C’est le corps de l’homme qui est devenu temple de l’Esprit. 

Notre corps, vivant de son Esprit. Oui, cette croix de malédiction est aussi le lieu de la gloire de Dieu et de la gloire de l’homme. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui (Jean 3, 17). 

 

Par Anne Lécu, dominicaine, théologienne, commentant la fête de la croix glorieuse. Paru le 3 février 2016.

 

 

FETE LITURGIQUE, LITURGIE, VIERGE MARIE

Marie, mère de Dieu, mère de l’Eglise

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MARIE, MERE DE DIEU, MERE DE l’EGLISE

 

Le pape François instaure une fête de Sainte Marie Mère de l’Église pour le lundi de Pentecôte

Par un décret publié par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le Souverain pontife a décidé l’inscription au calendrier romain de la mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, a annoncé le Bureau de presse du Saint-Siège le 3 mars 2018. Cette décision a pour objectif de développer la « vraie piété mariale ».

À partir de cette année, tous les diocèses et les paroisses célébreront tous les ans la fête de « la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise », le lundi de la Pentecôte. Cette célébration officielle souligne une caractéristique de la Vierge Marie, qui est à la fois mère du Christ et de l’Eglise.

Déjà présente dans la foi chrétienne des premiers siècles, avec saint Augustin et saint Léon le Grand, puis reprise par les auteurs spirituels et les papes, cette qualification de la Vierge Marie comme Mère de l’Eglise avait été établie officiellement par Paul VI en 1964, à la fin du concile Vatican II. Dès lors, certains pays, comme la Pologne ou l’Argentine, avaient inséré cette célébration dans leur calendrier local. Ainsi que dans certains lieux comme la basilique Saint-Pierre, où Paul VI avait annoncé sa décision. 

Désormais étendue à l’Eglise universelle comme une fête d’obligation – une mémoire – cette célébration comprendra des lectures propres, notamment celle de l’Evangile selon saint Jean où le Christ en croix affirme à Marie et Jean : « Femme, voici ton fils », « Fils, voici ta mère » (Jn 19, 25-34). Dorénavant, tous les calendriers et les livres liturgiques devront donc faire apparaître cette mémoire pour la célébration de la messe et la liturgie des heures. La lecture du bréviaire comprend le texte de la proclamation de Paul VI. 

 

Mystère de la Croix

Le Souverain pontife, affirme ce décret, espère que cette mémoire favorisera « la croissance du sens maternel de l’Église » et une « vraie piété mariale ». Cette célébration, explique aussi le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation, aidera à « nous rappeler que la vie chrétienne, pour croître, doit être ancrée au mystère de la Croix, à l’oblation du Christ dans le banquet eucharistique et à la Vierge offrante, Mère du Rédempteur et de tous les rachetés ».

Le décret a été signé le 11 février 2018, fête de Notre-Dame de Lourdes. Les textes liturgiques, ainsi que leurs traductions approuvées par les conférences épiscopales, seront publiés après la confirmation du dicastère.

 

Comprendre la nouvelle fête de Marie, Mère de l’Église

 

– Sur décision du pape François, une nouvelle mémoire liturgique vient honorer la Vierge le lundi de Pentecôte. Explications.

La Croix, l’hostie et la Vierge

« Le vœu est que cette célébration rappelle que, si nous voulons grandir et être remplis de l’amour de Dieu, il faut planter notre vie sur trois grandes réalités – la Croix, l’hostie et la Vierge. Trois mystères pour structurer, féconder, sanctifier notre vie intérieure et nous conduire vers Jésus. » (Cardinal Robert Sarah).

Notre-Dame du Suprême Pardon, Reine des Anges, Mère de l’Eucharistie… Les siècles de piété ont honoré la Vierge Marie de centaines de titres. Tirés de l’Écriture, de la Tradition ou de lieux d’apparitions, ces vocables expriment la belle majesté de celle que toutes les générations diront bienheureuse. Le 11 février dernier, Rome est venu inscrire l’un de ces titres dans le calendrier liturgique. La «mémoire obligatoire de la bienheureuse Vierge Marie, mère de l’Église» se célébrera désormais dans le monde entier le lundi de Pentecôte.

Un décret du pape François, signé par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, l’a solennellement annoncé. Son préfet, le cardinal Robert Sarah, y voit un « progrès réalisé dans la vénération liturgique réservée à la Vierge Marie, suite à une meilleure compréhension de sa présence dans le mystère du Christ et de l’Église». Désireux de veiller à «la croissance du sens maternel de l’Église», le pape François désire ainsi, selon ses mots, favoriser une «vraie piété mariale».

 

POUR COMPRENDRE CETTE FETE

Que signifie cette nouvelle fête mariale ? Elle ne traduit pas, strico sensu, une avancée théologique. «Désigner Marie ainsi n’est pas une nouveauté, mais l’Église découvre peu à peu ce que Dieu lui a donné par la Vierge», médite le Père Horacio Brito, vice-recteur du sanctuaire de Lourdes. En Argentine, son pays natal, cette fête existait déjà, comme en Pologne. «L’assemblée des évêques argentins l’a adoptée dès la réforme liturgique, vers 1970», explique ce concitoyen du pape. Une messe votive «de sancta Maria Ecclesiæ Matre» existe aussi depuis 1975 dans le missel romain. Un peu plus tard, ce titre a été rajouté dans les Litanies de Lorette.

Pour le Père Corrado Maggioni, professeur de mariologie liturgique et sous-secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, cette nouveauté manifeste pourtant une « compréhension renouvelée que l’Église a de Marie dans l’économie du salut, à la lumière de la constitution Lumen Gentium du concile Vatican II». C’est une «maturation du lien qui unit tout baptisé et l’Église tout entière à la Mère du Seigneur», a-t-il confié à Avvenire, le quotidien de la Conférence épiscopale italienne.

Ce chapitre de Lumen gentium, dédié à la Vierge Marie, constitue une référence clé. Le 21 novembre 1964, Paul VI s’apprête à promulguer cette constitution quand il proclame officiellement Marie comme «Mère de l’Église, c’est-à-dire Mère de tout le peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des pasteurs». Il reprend cette affirmation en 1968 dans son « Credo du peuple de Dieu » :  «Nous croyons que la très sainte Mère de Dieu, nouvelle Ève, Mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l’égard des membres du Christ, en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés.»

«Mère de l’Église» depuis le IXe siècle

Où trouver les prémices de cette affirmation ? Saint Augustin et saint Léon le Grand, deux pères de l’Église, en entrevoient les contours. Le premier dit que Marie est « la mère des membres du Christ». « Toute la communauté des fidèles a été engendrée avec le Christ dans la Nativité», écrit le second. «Cette communauté des fidèles n’est autre que l’Église qui naît du sein de Marie quand naît sa tête, le Christ», explique Mgr Dominique Le Tourneau, auteur du Dictionnaire encyclopédique de Marie. Il cite aussi saint Hilaire de Poitiers qui, au IVe siècle, «souligne le lien entre la naissance du Christ de la Vierge Marie et la genèse spirituelle des chrétiens» : « L’Église a son origine à Bethléem, car elle a commencé à exister dans le Christ» (Tractatus super Psalmos).

Pour saint Ambroise l’Église naît de façon mystique du sein de la Vierge quand elle donne naissance au Verbe incarné. « L’on dit avec raison que [Marie] était mariée et était vierge, car elle était la figure de l’Église, qui est immaculée, mais mariée. La Vierge nous a conçus spirituellement, et la Vierge nous a mis au monde sans gémissement» (De institutione virginis).

Le premier à utiliser précisément le titre de « Mère de l’Église », estime le prélat, semble être un certain Bérengaud de Ferrières, moine bénédictin du IXe siècle.

À leur suite, les papes ont pris la parole. «L’Église catholique, instruite par le magistère de l’Esprit Saint, a toujours professé la plus haute dévotion envers Marie, en tant que Mère très aimante, qui a été laissée en héritage par la voix même de Jésus, son époux moribond», écrit Benoît XIV dans sa bulle Gloriosæ Dominæ, en 1748. Puis Léon XIII (1878-1903) déclare qu’«elle s’est montrée véritablement Mère de l’Église et a été vraiment maîtresse et reine des Apôtres». En 2009, Benoît XVI mentionne lui-même ce titre.

Reste à comprendre pourquoi le lundi de Pentecôte a été choisi. «Le choix de ce jour a des racines bibliques, explique le Père Corrado Maggioni dans AvvenireLes Actes des Apôtres racontent que la Mère de Jésus est présente dans le Cénacle, en prière avec les Apôtres dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint. L’Église de la Pentecôte, animée de l’esprit du Ressuscité, avance dans le temps sous la conduite maternelle prévenante de la Vierge. »

Cette présence de Marie au Cénacle «témoigne bien du plan de Dieu de lui attribuer un rôle décisif dans la conduite et la sanctification de l’Église», renchérit Mgr Dominique Le Tourneau. Les paroles de Jésus qui, sur la croix, donne Marie comme mère à l’apôtre Jean, résonnent également. «La Mère en effet, qui était près de la croix (Jn 19, 25), accepta le testament d’amour de son Fils et accueillit tous les hommes, personnifiés par le disciple bien-aimé, comme les enfants qui doivent renaître à la vie divine, devenant ainsi la tendre mère de l’Église que le Christ a générée sur la croix, quand Il rendait l’Esprit», écrit le décret qui instaure la fête.

À Rome, une mosaïque veille sur la place Saint-Pierre depuis 1981. Posée sur une façade du Palais apostolique, une Vierge à l’Enfant habille de son manteau bleu le titre de « Mater Ecclesiae », « Mère de l’Église ». Six mois après son attentat, Jean Paul II l’avait fait placer en action de grâce, sûr de la protection maternelle de Marie. Quelques décennies plus tard, le pape François a choisi pour notre temps cette même «guide prévoyante». 

 

Qu’est-ce qu’une mémoire obligatoire ?

Le pape n’a pas instauré une nouvelle fête mariale, mais une mémoire. On appelle « mémoire » le degré de célébration liturgique qui vient après la solennité (comme l’Assomption) et la fête (comme la Visitation). La mémoire peut être facultative ou obligatoire. « Marie, Mère de l’Église » est une mémoire obligatoire : en cas de coïncidence dans le calendrier avec une autre mémoire d’un saint ou d’un bienheureux, c’est elle qui prévaut.

Les textes de ce jour ont été publiés en annexes du décret : il s’agit de Genèse 3, 9-15.20, Actes des Apôtres 1, 12-14 et Jean 19, 25-34. Une future édition de l’Ordo lectionum Missae indiquera que ces lectures sont propres, c’est-à-dire qu’elles doivent être adoptées à la place des lectures du jour.

  

Mère de l’Eglise sera fêtée le lundi de Pentecôte !

Conformément à la volonté du Pape, la mémoire de Marie Mère de l’Église est désormais obligatoire pour toute l’Église de rite romain, le lundi après la Pentecôte. La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements publie ce samedi 3 mars un décret en ce sens, signé le 11 février 2018, date du cent-soixantième anniversaire de la première apparition de la Vierge à Lourdes.

Ce décret institue la mémoire obligatoire de Marie Mère de l’Eglise pour toute l’Eglise universelle. Depuis plusieurs années déjà, dans certains pays et certains Ordres et Communautés religieuses, on célébrait déjà, le lundi de Pentecôte, la mémoire de Marie Mère de l’Eglise. Une messe votive existe déjà à ce titre dans le Missel Romain. Le pape Jean-Paul II avait déjà permis d’invoquer Marie Mère de l’Eglise dans la litanie ! A partir de cette année, c’est donc toute l’Eglise Catholique qui célébrera la messe du lundi de Pentecôte en l’honneur de Marie, Mère de l’Eglise.

Pourquoi Marie est-elle la Mère de l’Eglise ? Cela a des fondements bibliques. Dans les Actes des Apôtres, Marie avec les Apôtres au Cénacle (Ac 1,13-14), sont en prière, en attendant la venue du Saint Esprit qui marque la naissance de l’Eglise. Célébrer Marie Mère de l’Eglise le lundi de Pentecôte, – reprise du temps ordinaire dans la liturgie-, signifie que l’Eglise, née du Saint Esprit en présence de Marie, est aussi conduite et accompagnée dans l’histoire par sa présence maternelle. Cette nouveauté liturgique introduite par le pape François souligne le lien étroit entre chaque baptisé, l’Eglise entière et la Mère du Seigneur. Accueillir la maternité ecclésiale de Marie est un acte d’obéissance du Seigneur Jésus lui-même qui, sur la croix, a demandé à chaque disciple d’accueillir Marie comme Mère, en s’adressant au disciple bien-aimé qui nous représente : « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. » (Jn19, 26-27) ;

Le Concile Vatican II souligne la place de la Bienheureuse Vierge Marie dans le Mystère du Christ et de l’Eglise. Le concile affirme en effet que la Vierge Marie « se trouve aussi, comme descendante d’Adam, réunie à l’ensemble de l’humanité qui a besoin de salut ; bien mieux, elle est vraiment « Mère des membres « du Christ »… ayant coopéré par sa charité à la naissance à la naissance dans l’Eglise des fidèles qui sont les membres de ce Chef » (LG53). L’Eglise étant le Corps du Christ dont chaque baptisé est membre, Marie étant la Mère du Christ, est par conséquence, Mère de tous les membres du Corps du Christ, Mère de tous les disciples qui forment l’Eglise. Le pape Paul VI, dans son discours de conclusion de la III session du Concile Vatican II le 21 novembre 1964 invoquait Marie en disant : « O Vierge Marie, Mère très auguste de l’Eglise, nous te recommandons toute l’Eglise et le concile œcuménique !  ».

Nous savons tous l’attachement du pape François à Marie dont il nous rappelle qu’elle est notre Mère, et en tant que mère, n’abandonne jamais ses enfants et ne rougit jamais de leurs fautes ! En ce lundi de Pentecôte, célébrons dans la foi l’eucharistie en l’honneur de Marie, Mère de l’Eglise, Mère de tous les disciples. Elle nous enfante, nous conduit et nous accompagne pour devenir chaque jour une Eglise des disciples bien-aimés, plus proche de Jésus, à l’exemple du Disciple bien-aimé qui lui fut confié par Jésus sur la croix comme fils, et à qui elle fut confiée comme Mère. Marie, Mère de l’Eglise, priez pour nous !

 

Quelle est la place de Marie dans l’Eglise ?

Le Nouveau Testament parle peu de Marie. Néanmoins, nous avons assez d’indications pour la connaître, découvrir son attitude profonde de disciple de Jésus, son fils, Fils de Dieu. C’est là le meilleur d’elle-même qui transparaît et éclaire notre foi de Chrétiens (…)

Elle reconnaît en son fils le Messie, l’envoyé de Dieu. En mère et en disciple, Marie se tient au pied de la croix. Malgré la condamnation de Jésus par les hommes, sa confiance demeure.

 Marie, mère de l’Eglise

Jean, l’évangéliste relate une des dernières paroles de Jésus : « Femme, voici ton fils ». Jésus confie l’apôtre Jean à sa mère. Puis Jésus confie Marie à son disciple : « Voici ta mère » (Jean 19, 25-27) Par la suite, Marie sera désignée comme mère des Chrétiens, de tous ceux qui reconnaissent le Messie de Dieu sous les traits du crucifié et proclament sa Résurrection . Au jour de Pentecôte, on retrouve Marie présente au milieu des disciples. Depuis son « oui » de départ, Marie a toujours fait preuve de persévérance dans la foi. Au cours des siècles, les Catholiques ont toujours vu en Marie le disciple par excellence. En elle, se manifeste tout ce que Dieu peut réaliser en un être humain accueillant la sainteté de Dieu.

 

Mère de Dieu, Vierge, Immaculée

Selon la tradition de l’Église, Marie, témoin de l’amour de Dieu peut recevoir plusieurs titres :

– « Mère de Dieu » (Concile d’Ephèse en 431). En Jésus, l’Église reconnaît le Dieu fait homme, c’est une affirmation essentielle de la foi chrétienne. Parce qu’elle est mère de Jésus, marie peut être appelée mère de Dieu.
– « Vierge ». En fait, il s’agit moins de dire quelque chose sur Marie, que sur Jésus. Il est le Messie, né non d’une volonté d’homme, mais donné par Dieu à l’humanité, gratuitement, de manière totalement inédite. Jésus vient d’ailleurs, il est dit : « conçu par l’Esprit Saint».
– « Immaculée ». Dès sa naissance, Marie est orientée selon l’amour de Dieu, elle est prête à l’avènement du Christ venu pour le salut de tous les hommes.

L’Assomption de Marie signifie qu’en vivant pleinement de l’Esprit Saint, elle accède totalement, par la grâce particulière de son fils, au monde nouveau et définitif de la Résurrection Marie nous précède sur le chemin des sauvés en Jésus Christ. (…)
Marie loue le Seigneur Dieu pour ce qui se produit par elle : la venue du Messie. Elle exprime la reconnaissance de tous les hommes à l’égard de Dieu car son amour transforme le monde selon sa promesse. Invoquer Marie, c’est faire appel à sa proximité avec Jésus, à son intercession auprès de Dieu. Depuis des générations, les catholiques confient à Marie leurs soucis, leurs préoccupations pour le monde, leur désir d’avancer dans la foi. Certains font mémoire des événements de la vie du Christ en égrenant le chapelet et en récitant le « Je vous salue Marie ». Tout ce qui se passe dans les lieux de pèlerinage est de cet ordre-là. Marie nous précède sur le chemin. Avant nous, elle a vécu son « pèlerinage de foi ».

 

Source : Matins d’Evangile, , parcours catéchuménal pour adultes, Service national de la catéchèse et du catécuménat

FETE LITURGIQUE, JESUS-CHRIST, OEUFS DE PÂQUES, PÂQUES, RESURRECTION

LES OEUFS DE PÂQUES

OEUFS DE PAQUESDUBOSC, Georges (1854-1927) :  Oeufs de Pâques (1896).

 Première parution dans le Journal de Rouen du 19 avril 1896 sous le titre : Le football de Pâques dans les églises du Moyen-Age. Texte établi sur l’exemplaire de la médiathèque (Bm Lx : norm 1496) de Par-ci, par-là : études d’histoire et de moeurs normandes, 3ème série, publié à Rouen chez  Defontaine en 1923.

  

Oeufs de Pâques parGeorges Dubosc

 En passant devant la boutique d’un de nos confiseurs rouennais, en regardant ces jolis oeufs de Pâques roses, blancs, tout enrubannés, tout parés de délicats coloriages, vous êtes-vous parfois demandé quelle pouvait être l’origine de cette vieille coutume, si chère encore aux enfants ? « Les oeufs de Pâques, disait un jour un gamin, ce sont des étrennes… en retard ! » Et il ne croyait certes pas si bien dire, et donner, par cet aphorisme enfantin, l’origine de ces cadeaux traditionnels. Les oeufs de Pâques, ce sont bien, en effet, des étrennes, et ils datent de l’époque où, pour nos aïeux, l’année commençait à Pâques, à l’équinoxe du printemps. Ils étrennaient l’année avec le renouveau, avec l’éveil de la nature. Ils ne mentaient point au sens de leur emblème, à ce symbole que l’on retrouve dans toutes les antiques théogonies, et d’après lequel l’oeuf a un sens mystique, qui représente la grande idée de génération, d’origine, de fécondité, de perpétuité des êtres, des races et du monde. Que de choses dans un oeuf de Pâques ! Les oeufs de Pâques, les oeufs « pâquerets », comme on dit encore en Normandie, inauguraient donc l’année naissante, l’année qui commençait à Pâques-Neuves, avec le retour du beau temps et des fleurs. Et il en fut ainsi jusque sous Charles IX, jusqu’en 1565, où le premier jour de l’an fut déplacé et reporté au 1er janvier. Mais, comme les bonnes habitudes ne se perdent jamais, l’usage de se faire d’agréables cadeaux ne se perdit pas et on continua à s’entre-donner des oeufs de Pâques. Du reste, la résurrection du Christ conservait encore à cette coutume une vague apparence symbolique, et il semblait que cet échange d’oeufs colorés fût le mystérieux emblème de notre rénovation morale. Elle est, du reste, de tous les temps, de tous les pays, cette coutume étrange. En Grèce, à Rome, on offre des oeufs à Bacchus, pendant les bacchanales du printemps. A Jérusalem, à la fête de Pâques, il en est de même ; mais c’est surtout en Perse que le nouvel an solaire est l’occasion d’échanger des oeufs historiés. Ecoutons un peu Chardin, le vieux voyageur, au sujet du cérémonial dont on entoure, dans le pays du Schah, l’envoi et l’échange des oeufs de Pâques. Il nous apprend, tout d’abord, que ce jour de la fête des oeufs s’appelle, là-bas, la fête des Habits-Neufs, probablement parce qu’on étrenne ce jour-là sa redingote neuve, ou parce qu’on sort son chapeau à la mode. Il nous raconte comment l’envoi des oeufs peints et dorés est pour beaucoup dans les plaisirs de cette fête, puis il nous donne la description de ces oeufs merveilleux, avec lesquels nos oeufs de Pâques modernes ne sauraient rivaliser. « Il y a de ces oeufs, dit-il, qui coûtent jusqu’à trois ducats la pièce. Le roi en donne ainsi quelque cinq cents dans son sérail, présentés dans de beaux bassins, aux principales dames… L’oeuf est couvert d’or avec quatre figures ou miniatures, fort fines, aux côtés. On dit que, de tous temps, les Persans se sont donnés des oeufs au Nouvel An, parce que l’oeuf marque le commencement des choses ». Et Corneille Bruyn, qui voyagea également en Perse, mais plus tard, vers 1704, constate la même coutume et ajoute que cette fête a eu lieu le 20 mars. Toujours la saison nouvelle ! Tout cela se passe en Asie, sur cette vieille terre mère de tous les mysticismes et de toutes les religions, mais il en est de même dans notre Europe moderne. Chez les anciens Russes, l’oeuf de Pâques triomphe également. Depuis le tzar – au temps des tzars – jusqu’au plus misérable des moujicks, tout le monde échangeait des oeufs de Pâques. Il en était de richement décorés ; il en était de plus simples, comme ces oeufs polonais, un peu semblables à nos oeufs rouges, bariolés de losanges, de quadrillés, de compartiments étoilés. La plupart portent une inscription : Christos vos chrest. « Christ est ressuscité ». C’est, en effet, l’habitude parmi les Russes de s’aborder avec cette phrase, le jour de Pâques. Quand on se rencontre, on s’embrasse sur la bouche, et celui qui, le premier, aperçoit un ami, lui dit : « Christ est ressuscité ! » L’autre répond aussitôt : « Oui, Christ est ressuscité ! ». Un jour de Pâques, le tzar Nicolas, sortant de son palais, donne ainsi le salut pascal au factionnaire qui, tranquillement, montait la garde auprès de sa demeure : « Frère, lui dit-il, Christ est ressuscité ! » Et le soldat impassible, de répondre : « Non, père, il ne l’est pas ! » Interloqué, le tzar reprend avec une plus violente insistance : « Christ est ressuscité ! » « Non, il ne l’est pas ! » réplique le soldat. Pour lui, en effet, il ne l’était point, car le factionnaire était juif. Le tzar le sut et il se contenta de rire de l’aventure. En Pologne, les oeufs de Pâques sont encore en honneur. Le matin de la fête, à chaque visiteur qui entre, le maître de la maison offre un oeuf dur, le sépare en deux et chacun mange la moitié. A la fin de la journée, s’il a reçu pas mal de visites, il a aussi mangé une innombrable quantité d’oeufs. Et comme rien n’est « un éperon à boire » comme l’oeuf dur, le maître a bu d’autant. Il est vrai que les Polonais, à tort ou à raison, ont une réputation d’intrépides vide-bouteilles ! Les amateurs d’oeufs durs forment, du reste, une confrérie internationale. Galiani nous raconte, par exemple, que l’usage de commencer le souper par un plat d’oeufs durs s’est maintenu en Italie pendant la semaine de Pâques ; en Belgique, c’est lors des noces que la tradition consistant à offrir une corbeille d’oeufs à devises a persisté, en même temps qu’on remet à la mariée son bouquet de fiançailles. Et en France, direz-vous ? La coutume des oeufs de Pâques est-elle aussi ancienne qu’à l’étranger ? Mais, certainement, et pendant tout le moyen âge on connut la Procession des oeufs, pour laquelle clercs, basochiens se réunissaient, avec sonnettes et tambours, lances et bâtons. Le cortège s’arrêtait à l’église pour changer Laudes, puis allait, de porte en porte, quêter les oeufs. Chez nous, en Normandie, il n’est pas un conte ancien qui ne parle de cette redevance des oeufs de Pâques, qu’on allait cueillir de maison en maison, dans les villages, avec bien d’autres choses, du reste : du beurre, une échinée de lard… Et cette obligation de donner des oeufs pendant la semaine de Pâques ne date pas d’hier. Voici, en effet, le Livre des Jurés de l’abbaye de Saint-Ouen qui, dès 1291, la relate pour presque tous les villages environnant Rouen et dépendant du monastère. C’est une sorte de redevance, comme le vin de la Saint-Martin, comme les gants donnés à certaines fêtes ; Le village de Quincampoix, par exemple, doit cinq oeufs à Pâques, par chaque coutumier, pour la cuisine de Saint-Ouen. Isneauville de même, avec un denier à Pâques fleuries. Houppeville, le Houlme, Saint-Maurice, quatre. Quelle belle omelette les bons moines devaient déguster à la fin de la semaine, après ce temps de carême sévère et rigide où les oeufs étaient interdits ! On les voyait reparaître alors dans le pain bénit pascal, et nous en avons pour témoin l’historien des Fastes de Rouen, Grisel, qui, à propos des coutumes du jour de Pâques, dit : « Reçois le pain marqué du signe de la croix, le pain bénit, donné le jour de Pâques ; il a certainement un jaune d’oeuf délayé dans la pâte. » C’est encore un exemple de ce symbole mystérieux de la régénération, de la résurrection, attribué à l’oeuf. On mangeait, dit l’abbé Martigny, dans son Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, on mangeait l’oeuf bénit avant tout autre nourriture, le jour de la pâque de résurrection, qu’on a souvent appelée la pâque de l’oeuf. Cette signification mystique de l’oeuf, emblème de la résurrection chrétienne, est si vraie, qu’on en rencontrerait des exemples à Rouen même. C’est ainsi qu’en 1884, lors des fouilles entreprises dans l’église Saint-Ouen, on trouva, dans une tombe d’enfant, deux oeufs qui ne pouvaient y avoir été placés, comme l’expliqua M. F. Bouquet, à la Commission des Antiquités, qu’en vertu d’une idée symbolique de résurrection. Est-ce cette idée qui guide, pendant leurs quêtes des oeufs, nos petits enfants de choeur normands ? Il serait téméraire de l’avancer. Toujours est-il que dans les campagnes cauchoises, depuis le Jeudi-Saint, le jour où les cloches, suivant la tradition, sont parties à Rome, les clergeots, les petits clercs et le vieux sacristain, tous les cueilleux d’oeufs de Pâques, se mettent en marche. Par les routes, par les chemins herbeux où s’ouvrent les premières fleurs des pommeroles, la petite troupe des quêteurs s’en va : les uns portent le grand panier, à deux compartiments, où s’entasseront les oeufs récoltés, d’autres font carillonner les tinterelles et les clochettes sacrées, d’autres tiennent le sac où s’empileront les gros sous. De porte en porte, ils font leur cueillette traditionnelle, et tous, depuis la fermière, habituée à cette demande annuelle, jusqu’au plus pauvre, placent les douzaines d’oeufs dans le panier des petits quêteurs. Parfois même, ils reçoivent un poulet ou des fruits. Le vieux sacristain, lui, distribue de grandes hosties blanches, du pain à chanter qu’on gardera précieusement. Quand la tournée, qui se continuera ainsi jusqu’au Samedi-Saint, sera terminée, les petits cueilleux se partageront la récolte. Il en est qui s’amuseront parfois à jouer entre eux les oeufs, en les frappant les uns contre les autres, le vainqueur s’attribuant le coquart qui aura résisté au choc. Mais la plupart du temps, les oeufs de Pâques serviront à confectionner quelque bonne omelette fumante, arrosée d’un pichet de cidre. Bien que l’usage en soit un peu disparu, cette cueillette des oeufs « pâquerets » était parfois accompagnée d’un refrain, d’une de ces chansons de quête, naïves et simples comme les aguignettes du Jour de l’An, ou les Events-Dieu des Rois. En certaines contrées de France, ce sont des complaintes de la Passion où des chansons sur l’air de Pâques « O filii ». En Normandie, la chanson est plus gaie et plus drôle. Les petits chanteurs commencent souvent ainsi :

            Séchez les larmes de vos yeux :             Le Roi de la terre et des cieux             Est ressuscité, glorieux.                 Alleluia !             Réveillez vos yeux endormis             Pour fêter l’Seigneur Jésus-Christ             Qui, pour nous, la mort endura.                 Alleluia !

Et si, d’aventure, on ne répond point à la demande des quêteurs, dit notre confrère Charles Vesque, qui a recueilli ce chant de Pâques, ceux-ci ajoutent un troisième couplet :

            Bonn’ femm’, vot’ flanc tient aux linceux,             Secourez les pauvres chanteux,             Par là vous aurez part aux cieux.                 Alleluia !

Et s’engageait alors, à travers le pothuis, un dialogue versifié entre les quêteurs et le fermier qui répliquait parfois :

            Pauvres chanteurs qui sont à l’hus             Vous êtes les bien mal venus !             Car nos poul’s ne couvent qu’des fétus.                 Alleluia !

Et les chanteurs, malicieusement, de répondre au fermier peu accueillant :

            Ce n’est pas des oeufs que nous cherchons             C’est la jeun’fille de la maison :             S’elle est jolie, nous la prendrons,             S’elle est vilaine, nous la laisserons.                 Alleluia !

Il en est même, qui, plus gouailleurs que les autres, ajoutent cette variante au couplet :

            Prêtez-nous la, j’vous la rendrons !…

Furieux, le paysan ne se laisse pas ainsi berner et conclut par cette réponse bien normande :

            La fille de la maison d’ici             N’est pas pour des coureurs de nuit,             Un plus riche que vous l’aura.                 Alleluia !

Voilà par quelle suite de traditions et de coutumes, la tradition des oeufs de Pâques s’est maintenue. Autrefois, à la cour, on présentait au Roi, après la grand’messe, des oeufs enluminés et dorés, et Lancret n’a point dédaigné d’en peindre. Longtemps encore, à Versailles, on montrait deux oeufs dorés qui furent donnés, un jour de Pâques, à Mme Victoire de France, fille de Louis XV. Aujourd’hui encore, l’oeuf de Pâques reçoit son hommage dans nos villes modernes, grâce à l’exhibition que font les fruitières d’oeufs rouges, lie de vin, ou d’oeufs jaunes, d’un jaune assez terne, teints à la fuschine pour les rouges, ou au marc de café et avec épluchures d’oignon pour les jaunes. Les oeufs rouges ont prédominé ; les coloriages et les dorures ont été réservés aux oeufs en carton, servant de boîtes à bonbons et de jouets. Mais pourquoi les oeufs rouges ? De terribles érudits, d’impitoyables chercheurs ont répondu à cette question, avec le plus bel aplomb du monde, que c’était en souvenir de l’oeuf rouge, pondu le jour où naquit Alexandre Sévère, d’après ce qu’en dit Ælius Lampidius. Ce n’est pas plus difficile que ça ! Mais parions que les gamins du quartier ou les petits enfants de choeur de nos villages se soucient peu d’étudier la question ab ovo, et se contentent, pendant la semaine traditionnelle, de recueillir avec joie leurs oeufs de Pâques !…

 GEORGES DUBOSC

 

BAPTEME DU CHRIST, FETE LITURGIQUE, JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST, MEDITATIONS

BAPTEME DE JESUS

BAPTEME DE JESUS2

Méditation du baptême de Jésus : la manifestation de Dieu au monde

Par Constantin Andronikov : Le Fils se soumet volontairement au rite de purification « pour laver l’iniquité de l’homme », pour lui permettre « de redevenir Dieu. »…

   « Tandis que Jésus priait, le ciel s’ouvrit. »

 A Noël, le Verbe, le Fils de Dieu, naît dans une caverne de la terre ; il apparaît seul. Nouveau-né, il n’agit point ni ne parle. Rien qu’un petit nombre d’élus le voient : outre ses parents, quelques bergers, les Mages, et les Anges, observateurs permanents de la vie divine. Ces témoins avaient reconnu l’enfant comme Dieu, mais ils ne savaient pas tout de sa personne. Ils avaient vu se lever « le Soleil de la raison » au-dessus de ceux qui étaient « assis dans les ténèbres, dans l’ombre de la mort », mais ils en ignoraient les conséquences.

 La lumière était là, mais le créé n’était illuminé qu’en puissance ; l’Economie de la Libération commençait dans l’histoire, mais le ciel et la terre ne connaissaient qu’une joie prophétique.

Par sa naissance, le Fils de Dieu ne s’est manifesté qu’en secret ; « C’est donc par le Baptême, dit saint Jean Chrysostome, que le Sauveur s’est fait connaître de tous. C’est la manifestation de Dieu, le Jour où il a été baptisé. »

 

Maintenant, à la Théophanie du Baptême la Trinité apparaît, Dieu parle ; le Fils commence publiquement son ministère pour accomplie ce qui avait préparé et précédé sa venue. Le Fils se soumet volontairement au rite de purification « pour laver l’iniquité de l’homme », pour lui permettre « de redevenir Dieu. »

 Jésus descend dans le fleuve pour régénérer par l’eau la matière ; il prend place dans la nature pour l’exorciser, pour la rendre spirituelle. Et le Père proclame l’identité du Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Et l’Esprit-Saint se manifeste ; il descend sur Jésus sous la forme d’une forme visible.

 Constantin Andronikov, orthodoxe, professeur de liturgie, décédé en 1997

 

BAPTEME DU CHRIST, FETE LITURGIQUE, JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST

LE BAPTEME DU CHRIST

La fête du Baptême du Seigneur clôt le temps de Noël

Un temps nouveau va commencer ! Après la fête du Baptême du Seigneur, la liturgie ne proposera plus de méditer sur les événements qui marquèrent les premières années de la vie de Jésus. Il est fini le temps de l’enfance. Elle est finie, la vie paisible de Nazareth. L’heure de la maturité a sonné.

Quelque chose de neuf va commencer. Sur les rives du Jourdain, Jean annonce la fin de sa prédication. Il prêchait un baptême de conversion et voici que maintenant « tout le peuple » est baptisé, prêt à accueillir le Messie.

Solidaire de son peuple, Jésus a été baptisé lui aussi. Son baptême achève la mission de préparation qui avait été confiée au Baptiste. Un temps nouveau peut commencer. Ce nouveau commencement plonge ses racines dans la prière. L’évangéliste Luc prend soin de bien souligner ce point : Jésus se recueille après avoir été baptisé. C’est dans la prière qu’il accueille l’Esprit Saint, c’est en elle qu’il entend la voix du Père annoncer ouvertement qu’il est son Fils, c’est-à-dire le Messie, le Sauveur attendu par Israël. La prière et la mission apparaissent ainsi indissociables.

Toute vie connaît ses périodes de remise en question. Elles interrogent le sens donné à notre existence et traduisent le désir d’un nouvel élan, d’une orientation nouvelle, plus conforme aux aspirations de notre cœur. L’évangile d’aujourd’hui rappelle que toute vocation se fonde ou se refonde dans la prière, cet espace

  Pourquoi fêter le baptême du Christ?

Au terme du temps de Noël, la fête du Baptême du Seigneur vient exprimer la profonde communion entre Dieu et l’humanité.BAPTEME DE JESUS4

Une fête liturgique moins connue que l’Epiphanie

 L’antienne du chant du magnificat aux vêpres de l’Epiphanie, indique que cette fête synthétise trois événements : « Nous célébrons trois mystères en ce jour. Aujourd’hui l’étoile a conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver, alléluia ». L’Epiphanie annonce donc déjà le baptême du Christ, nous faisant ainsi faire un bond de… 30 ans !

 Ainsi, nous sommes propulsés de « Jésus enfant » à « Jésus adulte ». Nous passons de la sphère « privée » autour de la Sainte Famille, des Mages, des Bergers et des Anges à la sphère « publique » qui correspond au « lancement » de la vie publique de Jésus, avec Jean-Baptiste, la foule des pécheurs venus se faire baptiser par lui dans le Jourdain.

 Que se passe-t-il au Baptême du Christ ?

 Les  évangélistes nous rapportent que Jean Baptiste prêche un baptême de conversion, dans les eaux du Jourdain, annonçant la venue de celui qui baptiserait dans l’Esprit Saint.

 Chez l’évangéliste Matthieu, les deux cousins, Jean et Jésus, échangent : Jean s’oppose à le baptiser, réclamant de Jésus qu’il le baptise, au contraire. Mais, répond Jésus, « laisse faire, il faut accomplir ce qui est juste »… Chez l’évangéliste Luc, Jean se sait indigne de dénouer la courroie de ses sandales.

 Dans les quatre évangiles, le Baptiste atteste, témoigne, de ce qu’il a vu et entendu : dès que Jésus a été baptisé, il a vu les cieux s’ouvrir, une colombe descendre sur Jésus symbolisant l’Esprit Saint ; il a aussi entendu une voix, celle du Père, disant que Jésus est son fils bien-aimé. La foule présente est aussi témoin de cela.

 Les Pères de l’Eglise ont déduit deux choses importantes : d’une part, Jésus, avec humilité, revêt symboliquement le péché de l’humanité en plongeant dans les eaux du Jourdain, et la délivre, en fait, de la mort ; d’autre part, nous sommes témoins de la première manifestation du Dieu Trinité qui se pose sur lui

CHRIST ROI, FETE LITURGIQUE, JESUS CHRIST, JESUS-CHRIST

LA FETE DU CHRIST ROI

FINS DERNIERESHistoire de la fête du Christ Roi

La solennité du Christ Roi est une fête de dévotion consacrée au Christ pendant le temps ordinaire. Elle a été instituée par le pape Pie XI le le 11 décembre 1925.

Elle fut instituée par le Pape Pie XI le 11 décembre de l’Année sainte 1925, comme une arme spirituelle contre les forces de destruction à l’œuvre dans le monde, qu’il identifiait avec la montée de l’athéisme et de la sécularisation.

 

L’année 1925 était aussi le seizième centenaire du premier concile œcuménique de Nicée, qui avait proclamé l’égalité et l’unité du Père et du Fils, et par là même la souveraineté du Christ.

 Après Vatican II la fête du Christ Roi vient clore le cycle liturgique, chaque année

 La fête du Christ, Roi de l’univers, fut d’abord célébrée le dernier dimanche d’octobre. Plus récemment, elle fut déplacée pour être mise le dernier dimanche de l’année liturgique. C’est un contexte qui lui convient bien, dans la mesure où les lectures bibliques des derniers dimanches de l’année mettent l’accent sur la fin des temps et le terme du pèlerinage de l’Eglise.

 Ce dimanche particulier est devenu une sorte « d’ultime Jour du Seigneur ». Cette fête n’a donné lieu à aucune tradition religieuse particulière, mis à part les célébrations dans le cadre de la liturgie.

Le thème royal pour clore l’année liturgique

 

Dans les évangiles, le thème revient avec les multiples mentions du Royaume, ou du Règne, de Dieu, ou des Cieux. Ainsi, dire que Jésus est Christ, c’est dire qu’il est roi : en effet, christ signifie oint, celui qui a reçu l’onction royale. Avec une majuscule, le Christ est ce « fils de David » attendu pour venir restaurer la royauté en Israël. Pourquoi tant insister sur la figure royale ? Parce que le roi est celui qui dépasse tous les autres, qui a pouvoir sur tout et sur tous. Il est aussi l’agent et le symbole de l’unité du peuple.

 Et affrontés à des nations gouvernées par des rois très puissants, les juifs se rassurent en se référant à un Roi au-dessus de tous les rois. Ce qui n’est sans ambiguïté. Si le Christ est le roi de l’univers, nous, ses disciples, sommes ses collaborateurs comme le dit son Evangile : Jésus nous demande de le proclamer par toute les nations. Que voulons-nous dire exactement quand nous parlons de travailler à la venue du Royaume ?

 Une royauté paradoxale

  Mais la royauté du Christ n’est pas de même nature que les autres. C’est bien pour cela qu’il dit à Pilate que son Royaume n’est pas de ce monde. Non seulement il n’en vient pas, mais il ne l’exerce pas à la manière des autres pouvoirs. La figure royale est figure d’autorité, de puissance. Or, la puissance de Dieu s’exerce par la faiblesse. Au « démon » qui lui propose « tous les royaumes de la terre » et même la domination sur les forces de la nature, Jésus répond en citant la Loi, à laquelle il déclare se soumettre. (Luc 4, par exemple).

 Ainsi, dès le départ, Jésus fait subir à la Royauté attribuée au « Fils de Dieu » un renversement total. Ne dit-il pas qu’être Maître et Seigneur consiste à se faire serviteur ? Il faut dépasser les images de l’Ancien Testament et ce dépassement ne s’opère que dans la figure de Jésus, le maître et seigneur mourant de la mort des esclaves pour enlever le péché du monde, de notre péché. La Royauté du Christ ne ressemble pas aux pouvoirs de ce monde ; la paix qu’il donne n’est pas celle que le monde peut donner

 Au-dessus de toute Puissance et Domination

 Paul reprend à sa manière le thème royal. Il voit Jésus placé, par sa résurrection, au- dessus de toute puissance et domination. « A la droite de Dieu ». Parlant de l’accomplissement final, Paul écrit : « Il (le Christ) remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la mort ».

La croix du Christ est vue comme une prise de pouvoir sur tout ce qui nous est contraire, récapitulé dans la mort. Désormais rien ne peut vraiment nous nuire (Romains 8,35-39). Est-ce donc que le Christ n’a aucun pouvoir sur nous ? Il faut revenir à l’évangile : Jésus ne s’impose pas par la force (les gardes du corps et les légion d’Anges sont absents) :  sa puissance est attraction de la vérité. Quelle vérité ? C’est celle de la faiblesse de l’Amour désarmé.

source :Croire.com