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Film Parasite de Bong Joon-ho

Parasite 
de Bong Joon-ho
Corée du Sud, 2 h 12
En salles le 5 juin

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SYNOPSIS 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2019.

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne..

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Cannes 2019 : « Parasite », dans les sous-sols de Séoul

Critique 

Sous les apparences d’une comédie sociale corrosive, le nouveau film du Coréen Bong Joon-ho, Parasite, présenté mardi 21 mai en compétition au Festival de Cannes, porte un regard d’un extrême pessimisme sur l’état de son pays et épate par l’ampleur de sa mise en scène.

 

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Parasite oppose deux mondes, celui des Kim, famille pauvre qui s’entasse dans un entresol malodorant, et celui de la famille Park, caricature de la nouvelle élite coréenne.

Chacun dans un style très différent dresse le même constat, celui de deux Corées irréconciliables, dont la partition géographique, se double au Sud d’une partition entre classes sociales. Deux mondes, les riches et les pauvres, et une frontière au moins aussi infranchissable que le 38e parallèle.

Deux mondes opposés

Celle de Parasite est incarnée métaphoriquement par ce qui se joue entre le sous-sol et la surface d’une vaste maison d’architecte, d’inspiration américaine, construite dans les beaux quartiers de Séoul. C’est là que réside la famille Park, caricature de la nouvelle élite coréenne qui a fait fortune dans les nouvelles technologies, imite le style de vie occidental et parsème ses phrases de locutions anglo-saxonnes.

Sa pelouse bien taillée, son immense baie vitrée laissant entrer la caresse du soleil, sa réserve pleine de victuailles font fantasmer les Kim, famille pauvre qui s’entasse dans un entresol malodorant et vivote de petits boulots sans espoir de voir son sort s’améliorer.

Une comédie sociale qui bascule soudainement dans l’horreur

Quand leur fils Ki-woo est embauché par les Park au moyen d’un faux diplôme pour donner des cours d’anglais à leur fille, cette joyeuse bande de petits arnaqueurs va concevoir un plan pour investir littéralement les lieux et profiter un peu de l’aisance de leur propriétaire.

La sœur, le père et la mère se font tour à tour engager pour pourvoir aux différentes tâches nécessaires au standing des Park (professeur de dessin, chauffeur, gouvernante), sans que ces derniers ne soupçonnent qu’ils ont affaire à la même famille, si ce n’est cette étrange odeur qui flotte désormais dans la maison.

Mais un événement inattendu va bouleverser cette arnaque patiemment échafaudée. Le piège va se refermer sur les Kim, les ramenant à leur point de départ : les entrailles de Séoul auxquelles leur condition semble irrémédiablement les condamner.

Un insondable pessimisme

Dans une embardée scénaristique dont le cinéma coréen a le secret, ce qui avait commencé comme une comédie sociale légère et gentiment corrosive, opposant la chaleur et l’exubérance de la famille Kim à l’univers glacé et factice dans lequel évoluent les Park, bascule subitement dans l’horreur au moment où des pluies torrentielles font déborder tous les égouts de la ville.

Bong Joon-ho, grand maître du cinéma de genre (Memories of MurderThe HostMother), possède, grâce à une mise en scène élégante et savamment maîtrisée, cet art d’instiller peu à peu l’angoisse et le malaise dans un récit aux développements inattendus pour délivrer un message d’un insondable pessimisme : la seule façon d’échapper à sa condition, dans un pays livré aux puissances de l’argent, est de faire fortune à son tour.

Source : La Croix du 22 mai 2019.

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Les plus belles années d’une vie de Claude Lelouch

Les plus belles années d’une vie

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Date de sortie 22 mai 2019 (1h 30min)

De Claude Lelouch

Avec Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée, Marianne Denicourt plus

Genres Comédie dramatique, Romance

Nationalité Français

 

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Le film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2019

Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour.
Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne va revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée

 

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Cannes 2019: Les Plus Belles Années d’une vie, un hymne à l’amour

Critique 

Cinquante ans après Un homme et une femme, Palme d’or 1966 et deux Oscars, le cinéaste reprend les mêmes acteurs pour tourner un film sur leurs retrouvailles.

Loin d’être une œuvre funèbre, cet hymne à la vie et à l’amour, émouvant et gai, est irradié par la malice de Jean-Louis Trintignant et la beauté lumineuse d’Anouk Aimée.

 

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C’était un pari fou, une gageure unique dans l’histoire du cinéma. Reprendre et prolonger Un homme et une femme, cinquante ans après, avec les mêmes acteurs. Pour ce film mythique, qui remporta la Palme d’or en 1966 et deux Oscars, le jeune cinéaste de 28 ans avait tout misé. Un demi-siècle plus tard, encore abasourdi par l’ovation à Cannes, puis emporté par le triomphe mondial de cette belle histoire d’amour qui le lança dans la carrière, il ose rejouer aux dés ce qui assura sa gloire.

En 1986, il avait déjà essayé avec Un homme et une femme, vingt ans déjà, mais le résultat était décevant. En 2019, il dispose de ses quatre acteurs de l’époque : Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant, et les deux enfants de 1966, Souad Amidou et Antoine Sire. Les voilà de nouveau réunis.

Ainsi roule Claude Lelouch, à l’image de son court-métrage C’était un rendez-vous, sa folle traversée de Paris, à six heures du matin, en 1976, au volant d’un bolide, grillant dix-huit feux rouges – « Le film dont je suis le plus fier et celui dont j’ai le plus honte », avoue-t-il –, qu’il insère dans Les Plus Belles Années d’une vie. Il fonce, pied au plancher. Advienne que pourra. Et il s’en sort toujours.

Jean-Louis et Anne

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Ancien coureur automobile, Jean-Louis Duroc végète, affaibli, perdant la boule, dans une maison de retraite cossue, le Domaine de l’orgueil. Son seul souvenir durable et constant demeure celui d’une femme qu’il a aimée, quittée, sans l’avoir revue. Il pense qu’elle était la femme de sa vie et le répète souvent à son fils, Antoine, qui se met en quête de cette Anne rêvée.

Ancienne scripte, elle tient une boutique d’antiquités en Normandie. Touchée, poussée par sa fille et sa petite-fille, elle accepte d’aller voir ce vieil homme, toujours présent dans son cœur. Depuis leur rencontre dans le pensionnat où ils rendaient visite à leurs enfants, un dimanche d’escapade sur la plage, et une nuit inoubliable à Deauville.

Jean-Louis la prend pour une nouvelle pensionnaire. Il est troublé de retrouver chez cette inconnue le même geste que celui de cette femme, Anne, sa façon de relever ses cheveux, son sourire, son regard qu’il n’a pas oublié. Il se souvient, par instants, de son numéro de téléphone, Montmartre 1540, par lequel lui était parvenu, au soir de l’arrivée du rallye de Monte-Carlo, le fameux télégramme : « Je vous aime. »

Le miracle de Cannes

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Autant le dire sans barguigner. Claude Lelouch a réussi son pari. Loin d’un remake crépusculaire, sombre, lugubre, sur la vieillesse et la maladie, il offre une œuvre lumineuse, un hymne à la vie, émouvant et gai, plein de fantaisie et d’émotion, irradié par la malice, l’humour distancié de Jean-Louis Trintignant et la beauté lumineuse d’Anouk Aimée. Leur interprétation, par touches, fait oublier la faiblesse des dialogues, la légèreté artificielle de certaines situations.

Le premier gros plan sur Jean-Louis Trintignant a valeur d’épreuve et de manifeste. Claude Lelouch le fixe très, très longuement. Et sur ce visage d’homme vieux et diminué passe une gamme de sensations et de sentiments qu’interprète l’acteur, a minima, sans effet, qui ouvre le bal d’une composition stupéfiante.

L’acteur utilise les trous de mémoire de son personnage comme un chat s’amuse avec une balle. Face à lui, Anouk Aimée resplendit d’attentions, de délicatesse, de tendres prévenances qui conduisent au pardon. Elle reforme le couple qui les hante l’un et l’autre. Une douce complicité les réunit. Ensemble, à jamais.

Claude Lelouch, roi du recyclage et de l’auto-citation, intègre, par moments, des scènes d’Un homme et une femme. Effet garanti. La magie de ce film opère toujours. Son noir et blanc, la voix et la jeunesse des deux acteurs, leur sensualité, l’élan irrésistible de leur étreinte sur le quai de Saint-Lazare quand tout paraissait perdu entre eux.

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. Le « miracle » de Cannes, de nouveau, cinquante ans après…

« Son cinéma est de plus en plus serein »

Jean-Ollé Laprune

Historien du cinéma, coauteur du livre Claude Lelouch, mode d’emploi

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« Dans le grand œuvre de Claude Lelouch, ses 49 films, bientôt 50 à la fin de l’année, ce retour à Un homme et une femme vient compléter un dispositif très cohérent. Ses films se prolongent et se répondent, avec des personnages et des situations que l’on retrouve. Comme l’apologie de la brève rencontre, le constat du bonheur qui ne dure pas, les ruptures. Mais aussi l’éloge de la durée dans le temps qui irrigue Les Plus Belles Années d’une vie. Son cinéma est de plus en plus serein. »

 

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https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Cannes-2019-Belles-Annees-dune-vie-sont-tant-aimes-2019-05-21-1201023413

FILM LOURDES, FILMS, FILMS FRANÇAIS, LOURDES, PELERINAGE A LOURDES

Lourdes :le film

Lourdes – la critique du film

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En nous faisant partager la vie de tous ceux qui font vivre cette ville à la réputation kitsch, Thierry Demaizière et Alban Teurlai rendent attrayant ce lieu de processions, de messes et de maladies, mais aussi d’espoir et de fraternité. Un vrai miracle !

 Réalisateurs : Thierry Demaizière – Alban Teurlai

 Genre : Documentaire

 Nationalité : Français

 Distributeur : Mars Films

 Date de sortie : 8 mai 2019

 Durée : 1h31mn

 Festival : Festival 2 Valenciennes 2019

 

Résumé : Le rocher de la grotte de Lourdes est caressé par des dizaines de millions de personnes qui y ont laissé l’empreinte de leurs rêves, leurs attentes, leurs espoirs et leurs peines. A Lourdes convergent toutes les fragilités, toutes les pauvretés. Le sanctuaire est un refuge pour les pèlerins qui se mettent à nu, au propre – dans les piscines où ils se plongent dévêtus – comme au figuré – dans ce rapport direct, presque charnel à la Vierge.

Notre avis : L’évocation de Lourdes, cette ancienne résidence des Ducs de Bigorre devenue un immense pôle d’attraction spirituel depuis 1858, date à laquelle Bernadette Soubirous assiste à plusieurs apparitions de la Vierge, suscite souvent quelques a priori que Thierry Demaizière et Alban Teurlai surpassent avec élégance.

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Si quelques fictions (on se souvient de Lourdes, le long métrage subtilement cruel de Jessica Hausner porté par une Sylvie Testud divine) et de nombreux reportages télévisés ont été consacrés aux sanctuaires ou à l’aspect marchand des rues, aucun documentaire ne s’est encore jamais intéressé aux pèlerins et à leurs accompagnateurs. Troublé par le témoignage d’une amie hospitalière, le journaliste Thierry Demaizière, qui s’est fait connaître grâce aux portraits qu’il a longtemps réalisés dans le cadre de l’émission de TF1 Sept sur sept, avant de s’associer avec Alban Teurlai pour tracer ceux de nombreux comédiens ou couturiers célèbres, pose un regard sensible sur ce creuset d’humanité qui, bien au-delà de la foi, nous interroge sur notre rapport à la souffrance et à la mort. Pourtant, aucune tristesse ne se dégage de l’énumération de ces parcours fracassés. Elle est, au contraire, avantageusement remplacée par une solidarité évidente, d’autant plus frappante qu’elle est ailleurs devenue si rare. Du départ en convoi, où tout est minutieusement organisé pour un confort maximum, à l’accueil fait par des bénévoles (souvent des jeunes qui sacrifient leur temps libre, non pas pour s’acheter une bonne conscience, mais pour recevoir autant qu’ils donnent), au dévouement sans faille, jusqu’à ces scènes merveilleusement filmées, au cours desquelles les pèlerins s’immergent dans les piscines, le respect et l’entraide dominent.

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Issus de tous les coins de France et de toutes les catégories sociales, les malades sont unis par le même besoin viscéral d’espérer. Cette détermination absolue touche droit au cœur. Du militaire en uniforme, vibrant d’une volonté inflexible à adoucir les derniers jours de son tout jeune fils, au chef d’entreprise atteint de la maladie de Charcot, doté d’une force de caractère si puissante, qu’il aborde sereinement l’idée de sa mort toute proche, en passant par le travesti qui n’aspire qu’à une fin de vie paisible ou par Jean-Louis qui, après une tentative de suicide, a perdu l’usage de la parole et de la mobilité, mais pas le sens de l’humour, les histoires s’enchaînent, tantôt drôles, parfois incongrues, toujours émouvantes. 

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Une mise en scène délicate atténue la lourdeur des tragédies relatées et réussit même à occulter ces invalidités, dérangeantes pour nos yeux accoutumés à la dictature de l’apparence, et parvient à nous époustoufler, à partir d’une atmosphère qui suscite admiration et émotion. La caméra accorde la même attention aux intervenants et nous livre sans détour leurs réactions, leurs doutes et leurs craintes, leur maladresse, mais souligne aussi ce lien indéfectible d’amitié tissé entre malades et bénévoles, sans que jamais ne pointe la moindre once de pitié ou de servilité. Si Thierry Demaizières et Alban Teurlai font le choix de privilégier la condition humaine plutôt que la dimension spirituelle, la religion s’invite pourtant de manière décomplexée, par l’intermédiaire d’un jeune curé chaleureux et décontracté, dont le franc-parler savoureux fait allégrement voler en éclats les clichés d’une religion chrétienne compassée. On lui doit assurément les plus fervents instants de gaieté.
En accrochant tous ces morceaux de vie tragi-comiques les uns aux autres, Lourdes ne se contente pas de donner la parole à ceux que la société préfère habituellement cacher, mais en profite pour clamer haut et fort que face à l’adversité, l’union fait la force, et se transforme ainsi en un hymne au pouvoir de réconfort du vivre-ensemble.

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Claudine Levanneur

https://www.avoir-alire.com/lourdes-la-critique-du-film

DOCUMENTAIRES, FILMS, LOURDES

« Lourdes », un film bouleversant sur la ferveur des pèlerins — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

Le nouveau documentaire des réalisateurs Thierry Demaizière et Alban Teurlai est consacré aux pèlerins du sanctuaire de Lourdes, l’un des lieux d’apparition mariale les plus connus au monde. Dans ce long-métrage, le sanctuaire est magnifié tout autant par les images et les acteurs que la musique. Un travail admirable en salles le 8 mai.En février…

via « Lourdes », un film bouleversant sur la ferveur des pèlerins — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

ABBAYE NOTRE-DAME DE LA FIDELITE DE JOUQUES, BENEDICTINES DE JOUQUES, DOCUMENTAIRES, FILM LEUR SOUFFLE, FILMS, JOUQUES (Bouches-du-Rhône ; France)

Film Leur souffle

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Film Leur souffle

Cécile Besnault et Ivan Marchika

 

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Quelques critiques

 

 Un film brut comme le diamant. Presque muet, austère, contemplatif. Les images scindées par les lignes de force d’une lumière chaude et caressante, sont majestueuses comme des tableaux : clair-obscur de La Tour, palette de Van Gogh, réalisme de Millet, profils de préraphaélites… Étourdissant. Ce film est un cadeau : l’offrande d’une communauté de religieuses bénédictines, livrant à nos regards l’intimité de leur vie en clôture. La simplicité de leur vie toute tournée vers Dieu, leur patience, la douceur de leurs gestes, la beauté de leurs visages, l’innocence de leurs jeux, tout ce qu’elles livrent sans fard ni réserve est édifiant. Tant de sincérité nous oblige. Quand la piété se donne à voir si fragile et si pure, le témoin que nous sommes voudrait se couvrir les yeux et se retirer sur la pointe des pieds. La vie des sœurs, et l’avant-goût du Ciel qu’elle nous donne à voir, exerce un pouvoir magnétique. Deux heures de méditation dans le cours d’une existence, est-ce trop ? Non, c’est trop peu. A.M.

Source : L’Invbisible

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« Leur souffle » : beauté, silence et Bénédictines au pays de Cézanne

Fruit d’une collaboration entre deux réalisateurs, fraîchement sortis de l’école de cinéma Louis-Lumière, « Leur souffle » est un documentaire qui explore l’univers hors du temps, et pourtant bien ancré, de la vie de l’abbaye bénédictine de Jouques.

 Leur souffle est une expérience inédite, une invitation quasi provocatrice à la paix et au silence. À l’initiative de ce documentaire, la réalisatrice Cécile Besnault a embarqué son confrère Ivan Marchika avec elle. Elle a la foi, lui non. Mais Cécile a absolument quelque chose à dire, à montrer et à voir. Elle veut en faire un film. Ils sont donc partis explorer le mystère d’un lieu aussi insolite qu’un monastère de religieuses cloîtrées, dans la vallée de la Durance, là où tout n’est que beauté, travail et prière…

Le documentaire est long, le temps d’entrer dans le rythme des religieuses et de vivre une mini-retraite avec elles. On y pénètre à pas feutrés pour, peu à peu, s’habituer au changement de tempo et d’impératifs. Le silence et la lenteur, l’espace et le cloître, la pesanteur et la grâce, tout cela s’élargit et prend possession de l’écran dans la plus grande simplicité. Pour les choix de réalisation, les longueurs de plans sont partie prenante du message essentiel. La temporalité ainsi suspendue permet de faire une pause, de regarder, d’attendre et de nourrir, peut-être, un vide tapis au fond de soi.

Dans ce film, mis à part le focus sur les vœux perpétuels de sœur Bénédicte au début, il n’y a pas de personnage principal. C’est difficile. Les religieuses sont un même corps, à la fois sujet et prétexte à autre chose. Elles semblent n’être là que pour inviter le spectateur à être lui-même le personnage principal, à s’y risquer, tant bien que mal. « Dieu est le Dieu du présent, tel il te trouve, tel il te prend et t’accueille, non pour ce que tu as été mais ce que tu es maintenant », semble alors nous souffler Maître Eckart.

 Derrière l’aridité, le souffle

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Il y a la vie du monastère et ses activités, des offices aux moments de prière solitaire, en passant par le travail de la terre et des peintures d’icônes, comme si chaque petit détail avait sa place et sa résonance dans la valeur de leur journée. Mais il y a surtout cet espace offert du silence et de la paix. À travers les visages et les temps rythmés par la lecture des heures, des psaumes ou encore d’une interview du pape François au moment du repas, la parole prend un tout autre sens. Ce n’est pas la voix des hommes qui est importante.

 

La photographie est très belle, captant paysages et mouvements du soleil, avec lesquels les religieuses sont quasiment appelées à vivre en harmonie. La vie cloîtrée peut paraître bien rude entre les moments d’oraison et l’application toute dévouée à chaque geste et à chaque instant, sans fuite. « Je ne puis comprendre la terre sans le ciel, l’amour sans la prière et le temps sans l’éternité », pensée de Lamartine, résume bien cet appel à la vie monastique.

Le souffle, que la réalisatrice compare au début au son des coquillages de la mer, se perçoit tout comme lui si l’on consent à y croire et donc à le percevoir. Il est présent durant tout le film à travers des versets bibliques, en guise de chapitres, qui permettent de comprendre aussi la réalité de l’âme humaine et comment le temps agit dans sa relation au Créateur, au moment où elle Le cherche, des purs élans à la détresse.

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Si le titre évoque le souffle des religieuses de Jouques, c’est sans doute celui de Cécile dont il s’agit surtout, qui se retient durant la durée du film pour ne pas montrer ce que son cœur subit. Des battements différents qui, au fil des images et des minutes, dévoilent le mystère d’une vocation et d’un appel radical en train de naître. Ce n’est jamais compliqué quand Dieu frappe à la porte d’un cœur, ce sont tous ses battements à venir qui en font un miracle, une fidélité choisie et une relation vivante. Elle est entrée dans les ordres depuis, religieuse à son tour, au Carmel de Lourdes.

C’est apaisé qu’on en ressort, intrigué surtout et un peu décontenancé d’avoir pris part à une mise en scène de la présence divine à travers le visage et les mains de simples religieuses.

 

Source : Aleteia

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 La joie d’une brise légère

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Au commencement tout est ténèbres. Se fait juste entendre le son d’un souffle ténu, celui de la voix de la réalisatrice qui nous livre, comme en une confidence, une parabole sur ce qu’elle a essayé de faire. Mais ce souffle s’éteint. Et nous passons à des voix claires, à une diction distincte, encore qu’empreinte d’émotion, tandis que la lumière a envahi l’écran. Les mots sont désormais ceux d’une profession monastique. Presque sans préavis, nous voici entrés dans l’abbaye de Jouques par la grande porte, celle de la consécration définitive. Et nous nous découvrons conviés, pendant deux heures, à en partager le rythme et les silences, les mélodies et la couleur.

Un film de plus sur une congrégation religieuse ? Pas tout à fait. Car, outre les cadrages magnifiques et les lumières somptueuses du pays de la Durance, il y a une véritable empathie des réalisateurs [1]avec la communauté. Rien n’est explicité, détaillé, mis à plat ; tout est scruté, respecté, contemplé, dans la netteté de plans fixes à faible profondeur de champ. De la jeune novice à la mère abbesse, nous croisons des physionomies bien diverses et d’âges très variés. La paix intérieure n’exclut pas les tensions, certains regards ou certaines intonations témoignent d’une maturité parfois rudement conquise, la concentration nécessaire aux travaux de chaque jour répond à la discipline si simple des prières et des heures.

À la différence de documentaires à visée didactique ou de films insistant à l’extrême sur l’énigme de ces vies cachées [2]Leur souffle présente sobrement ce vers quoi tendent tous les consacrés. L’essentiel ne cesse d’être dit, mais à travers le chant des psaumes. Or, ces psaumes se chantent en latin. Si les sous-titres en explicitent les paroles, il est ici évident qu’il y a plus à écouter que ce que nous percevons ; la parole se donne à entendre moyennant un rythme, un accord, un élan commun. C’est toujours le Christ qui est livré, cherché, proclamé, désiré. Pour lui, les mots de l’Église prennent corps dans l’intonation singulière de cette communauté. Et nous avons à les traverser, ou plutôt à nous laisser traverser par eux, en constatant la puissance du souffle qui, sans prétendre à rien d’autre qu’à exprimer cette Parole, donne à ces femmes d’être debout.

Depuis les épisodes familiaux jusqu’aux moments d’attente, une harmonie singulière émerge, au-delà des efforts et des rires. Une lumière qui résiste aux ténèbres, une plénitude qui se communique avec pudeur. Une intimité qu’on n’a jamais fini d’atteindre, celle de l’Époux qui vient. « Le Souffle et l’Épouse disent : “Viens”. Celui qui a soif, qu’il vienne » (Ap 22,17).

  [1L’un est athée, l’autre, après le tournage du film, est entrée au Carmel.

[2Un film comme Le grand silence, par exemple, laisse peu de place à la Parole[[Un film comme Le grand silence, par exemple, laisse peu de place à la Parole.

 

Source : Site du Diocèse de Paris

DOCUMENTAIRES, FILM JEAN VANIER, LE SACEMENT DE LA TENDRESSE, FILMS, FILMS FRANÇAIS, JEAN VANIER (1928-...), JEAN VANIER, LE SACREMENT DE LA TENDRESSE

Film Jean Vanier, le sacrement de la tendresse

Film : Jean Vanier, le sacrement de la Tendrese

film de Frederique bedos

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Aux côtés de mère Teresa, de l’abbé Pierre, de sœur  Emmanuelle, Jean Vanier fait aujourd’hui figure de prophète dans un monde dominé par la compétition, le pouvoir et l’argent. Il a fondé les communautés de l’Arche autour de la pire des exclusions, celle dont sont victimes les personnes qui souffrent d’un handicap mental. 
Ce film rend hommage à Jean Vanier, fondateur de l’Arche et humaniste. 

Promis à une brillante carrière militaire, ce fils de Gouverneur Général du Canada fait le choix de mettre sa vie au service des plus faibles. L’Arche est née en 1964 d’une rencontre entre Jean Vanier et deux hommes avec un handicap mental. A l’époque, les personnes présentant des troubles mentaux sont considérées comme le rebut de l’humanité et enfermées à vie dans des asiles psychiatriques où la vie n’est pas tendre. Profondément touché par leur détresse, Jean Vanier décide de vivre avec eux dans une petite maison du village de Trosly Breuil dans l’Oise. C’est le début de l’aventure… Aujourd’hui en France, L’Arche accueille plus de 1200 personnes en situation de handicap mental dans 33 communautés. La fédération internationale est présente dans près de 35 pays avec 147 communautés sur les 5 continents. Le message de Jean Vanier bouscule les tabous et rend hommage à la vulnérabilité. Ce film au message puissant et universel est un véritable plaidoyer pour la Paix.

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L’arche

Jean Vanier a fait la rencontre de Raphaël Simi et Philippe Seux, deux personnes ayant une déficience intellectuelle. Ils ont appris à se connaître, à s’entraider, à construire leur vie ensemble jour après jour. Ils ont attiré des amis, qui à leur tour ont désiré partager la simplicité de cette vie communautaire. L’Arche a grandi de manière organique , la sève étant cette rencontre bouleversante, entre des personnes qui ont une déficience intellectuelle et des personnes ordinaires. 

Aujourd’hui, les 147 communautés de L’Arche sont implantées dans 35 pays sur les 5 continents. Elles offrent des foyers, ateliers, programmes ou réseaux de soutien et s’entourent de professionnels pour s’assurer de proposer un accompagnement compétent et de qualité. Elles sont gérées par des associations à but non lucratif et financées pour la plupart par des fonds publics ou, pour les pays les plus pauvres, par des organismes de solidarité internationaux. 

Les communautés de L’Arche sont des lieux de vie où les personnes qui ont une déficience intellectuelle et ceux qui sont venus les aider partagent leur quotidien. Ensemble, les membres de L’Arche, qu’ils aient ou non une déficience intellectuelle, construisent leur vie communautaire : participation aux tâches, aux décisions, aux réflexions, aux fêtes et rassemblements, se souciant les uns des autres. Chacun est invité à contribuer à la vie ensemble, selon ses aptitudes et ses désirs.

Nos sociétés ont besoin que tous, y compris les plus faibles, s’engagent dans la construction d’un monde plus humain. À L’Arche, depuis plus de 50 ans, de nouvelles voies de fraternité sont ouvertes : être différents et pourtant ensemble, faire la fête en intégrant les difficultés, approfondir sa vie spirituelle dans le respect des philosophies et des religions de chacun… L’Arche peut témoigner que l’art de vivre ensemble naît de l’accueil créatif de la diversité et de la fragilité humaine.

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AFRIKANERS, AFRIQUE DU SUD, APARTHEID (régime d'), FILM LES MOISSONNEURS, FILMS

Film Les Moissonneurs

Les moissonneurs

Etienne kallos

film sud africain Français grec et polonais

avec Brent Vermeulen, Alex Van Dvk, Juliana Venter

sortie : 20 fevrier 2019.

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu’elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l’accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l’héritage et l’amour parental.

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Free State

Les Moissonneurs se déroule dans le Free State, région d’Afrique du Sud surnommée la « Bible Belt » (ceinture biblique), cœur de la culture afrikaner. C’est grâce à Reza de Wet, auteure dramatique qui fut sa professeure, que le réalisateur a découvert cette province : « Partout des champs de maïs, des fermes et des églises. […] Il y a quelque chose de mystérieux et puissant dans le paysage, quelque chose qui vous saisit et ne vous lâche plus. Posées au milieu de nulle part, ces fermes pourraient être des lieux paradisiaques, mais il y a des barreaux aux fenêtres. Et une peur farouche dans l’air. Les meurtres de fermiers afrikaners sont fréquents, sans que l’on sache qui en sont les auteurs : des ouvriers agricoles mécontents ou simplement des voleurs… »

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 La culture afrikaans

« Afrikaner » est un vieux mot hollandais pour dire « Africain ». Il désigne les descendants des premiers colons néerlandais qui se sont installés en Afrique du Sud au XVIIe et au XVIIIe siècle.
Sud-africain d’origine grecque, Etienne Kallos  souhaitait se pencher sur la jeune génération d’Afrikaners, née complètement en dehors de l’apartheid : « comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible ? Doit-on brûler tout ce qu’ont incarné les générations précédentes pour devenir africain ? » C’est grâce à Reza de Wet, auteure de langue afrikaans la plus traduite au monde, que le réalisateur a voulu explorer la culture sud-africaine : « Je comprends ce sentiment de vivre intérieurement une fracture, d’aimer et détester dans le même souffle, de ne pas se sentir à sa place : vous grandissez au milieu d’une communauté, et puis tout à coup, à l’adolescence, vous vous rendez compte que vous n’en faites pas vraiment partie »

 La place de la religion

Les Afrikaners représentent la population qui se rend le plus au monde à l’église. Fasciné par la religion et la question de l’existence de Dieu, le réalisateur a débuté l’écriture de la deuxième version du scénario par une scène de prière qu’il a conservée, à quelques détails près, dans Les Moissonneurs : « un fils de fermiers pénètre de nuit dans la cuisine, il voit sa mère et sa tante en train de prier ; elles prient pour lui, mais sans le regarder. Elles lui disent juste qu’il y a un autre garçon dans la chambre, qu’il faut l’aimer et s’ouvrir suffisamment à lui pour qu’il devienne son frère ».

 Le coup de pouce de Cannes et Sundance

Le scénario d’Etienne Kallos a été sélectionné simultanément en 2012 à la Cinéfondation, Résidence du Festival de Cannes, et au Sundance Labs, atelier de scénario du Festival de Sundance. Il a d’ailleurs gagné le Prix Opening Shot de la Fondation Gan, choisi parmi les travaux des résidents ; et le Mahindra Global Filmmaking Award, du nom d’un riche mécène de Sundance.

Le casting

L’étape du casting a été quelque peu délicate en raison du conservatisme de la société afrikaner et du sous-texte sexuel du scénario. La moitié des écoles sollicitées ont refusé qu’on y organise des auditions.
Les deux comédiens principaux ont été trouvés dix jours avant le début du tournage. Si Brent Vermeulen incarne Janno, le plus fragile des deux garçons, il pratique dans la vraie vie la lutte et le rugby mais porte en lui « une capacité à s’effondrer, une puissance émotionnelle souterraine » selon le réalisateur. Il poursuit : « Paradoxalement […] Brent est un garçon urbain fan de hip-hop et de Kanye West. Alex Ivan Dykl n’avait aucune expérience de jeu, mais un charisme naturel que la caméra a tout de suite aimé. Brent est dans l’émotion intérieure quand Alex est extraverti et physique. Entre les deux, cela fonctionnait parfaitement ».

Le travail sur l’image

Afin de mieux comprendre la culture de son chef-opérateur polonais Michal Englert, le réalisateur a regardé des films polonais classiques, dont certains avec des motifs religieux comme Mère Jeanne des Anges de Jerzy Kawalerowicz. Ensemble, ils ont sillonné l’Afrique du Sud et storyboardé le film avant le tournage. Etienne Kallos revient sur leur collaboration : « Je ne voulais pas que l’image embellisse le paysage – déjà magnifique, comme par exemple le Sterkfontein Dam, ce lac artificiel où nous avons tourné certaines scènes. Michal est très doué avec la caméra à l’épaule, donc nous avons commencé par des plans posés et progressivement évolué vers une caméra portée à mesure que Janno bascule, avant de revenir à des cadres posés à la fin, comme pour boucler la boucle ».

 

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=264015.html

 

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« Les Moissonneurs » : un film étendard pour les fermiers blancs d’Afrique du Sud ?

CRITIQUE. Il est des films qui donnent au 7e art une portée particulière. C’est le cas de l’opus d’Étienne Kallos « Les Moissonneurs » qui, dans une Afrique du Sud tiraillée, parle aux peurs des Blancs de ce pays.

Afrique du Sud

Ce premier long-métrage d’Étienne Kallos qui sort ce mercredi 20 févriern dans les salles françaises nous plonge dans une communauté exclusivement blanche de fermiers afrikaners, fervents chrétiens et obsédés par la préservation de leur lignée, 27 ans après la fin de l’Apartheid. Ébloui par leur angoisse biblico-existentielle, le cinéaste nous la transmet, sans recul, sans mise en contexte. Au risque de nourrir le mythe du « génocide blanc » forgé par les extrêmes droites du monde entier.

Un malaise diffus

Le sentiment qui nous reste à la sortie de la salle, après avoir passé 1 h 46 dans cette famille de fermiers protestants du Free State, un des plus conservateurs d’Afrique du Sud, où se sont implantés des colons néerlandais au XIXe siècle (les Afrikaners), c’est un malaise diffus. La mère incarne une « mater dolorosa » transcendée par sa foi et qui recueille un jeune Afrikaner orphelin, malmené par la vie. Sa famille adoptive, déjà nombreuse, est sommée de l’aimer au nom de la sauvegarde de leur petite communauté rurale en déclin.

Dans ce décor de la « Bible Belt » sud-africaine filmée comme des tableaux flamands du XVIIe siècle, les Noirs ne sont que des ombres. On les aperçoit quelques minutes à peine, en périphérie des maisons proprettes du bourg, dans une boîte de nuit sale au cœur de leur bidonville, ou sur la route menant aux champs. Alors que le destin des fermiers blancs est immanquablement lié à celui de ces ouvrières agricoles et aides à domicile noires, on ne saura rien de leur passé ni de leurs aspirations actuelles. Elles dansent, chantent et la vie semble couler sur elles sans un mot. Comme si l’Apartheid n’avait pas eu lieu.

Pendant que la minorité blanche s’échine du matin au soir à dompter les maïs et leur bétail, la majorité noire semble passive, réduite à un état de nature anhistorique et apolitique. Aucun homme ni aucune femme noire ne sont certes présentés comme menaçant, mais font écho à l’imaginaire colonial du bon serviteur. Ces gentils Noirs ne voient ni ne comprennent rien de l’angoisse qui hante leurs patrons et voisins blancs. Pourtant, elle déborde de chaque plan.

« Les fermiers blancs se battent pour survivre »

« Le réalisateur voulait montrer que ces fermiers blancs vivent dans la peur, qu’ils se battent pour survivre et pour conserver leurs traditions, leur religion et la force de leurs liens familiaux », explique le jeune acteur principal, Brent Vermeulen, qui est venu présenter le film en Égypte au festival d’El Gouna. L’adolescent a été sélectionné par le cinéaste à la suite d’auditions dans son école.

 Mais qui en veut aux fermiers blancs ? Sous-entend-il que les opprimés d’hier seraient devenus les oppresseurs d’aujourd’hui ? Si le cinéaste se garde bien de pointer quiconque du doigt, sa caméra choisit sans ambiguïté l’empathie pour cette minorité culturelle isolée et désormais politiquement affaiblie. Ce Gréco-Sud-Africain vivant aux États-Unis ne peut néanmoins pas ignorer l’instrumentalisation politique de la violence et des tensions raciales qui traversent l’Afrique du Sud actuelle.

 Le sentiment d’insécurité des Blancs a créé un effet de loupe

Il y a quelques mois, un tweet de Donald Trump avait suscité une vive polémique en accréditant la thèse de supposés « crimes de masse de fermiers », que les extrêmes droites sud-africaine et américaine qualifient de « génocide blanc » depuis plusieurs années. S’il est vrai que la majorité des fermiers tués depuis 2017 sont blancs (46 sur 62 selon le site de fact-checking Africacheck), le nombre d’assassinats dans les fermes a été divisé au moins par deux depuis 2001. Les chiffres invalident l’image d’une déferlante d’assassins anti-blancs, mais la médiatisation du sentiment d’insécurité des Blancs a créé un effet de loupe. D’autant plus que la majorité des terres et en particulier celles les plus fertiles sont encore aujourd’hui détenues par la minorité blanche (8 % de la population sud-africaine).

 Des personnages enfermés dans leur névrose identitaire

Alors pour éviter de prêter le flanc aux accusations d’amalgames et de racisme, ses « Moissonneurs » ne prononcent jamais le mot « noir » (ni « blanc » d’ailleurs) mais parlent d’une masse vague, d’« eux » qui ne « nous ont pas encore tués ». Dans une interview à Unifrance, le réalisateur explique qu’il « voulait parler de la première génération à être née complètement en dehors de l’apartheid. La question de cet héritage n’est jamais abordée directement dans le film, mais elle est présente en permanence, à travers le sentiment d’aliénation de mon jeune héros, Janno [le personnage interprété par Brent Vermeulen], sa solitude, sa peur d’être jugé : comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible  ? »

 Des questions qui auraient pu en effet emmener ses personnages comme les spectateurs vers une réflexion aussi complexe qu’essentielle. Sauf qu’en restant dans le non-dit permanent et en refusant de faire parler ses personnages de l’héritage de l’Apartheid, il les enferme (et nous avec) dans une névrose identitaire sans issue. Interroger les racines et contradictions de ce mal-être semble tabou. Dommage parce qu’en attendant, les extrêmes en Afrique du Sud, eux, prennent moins de gants, avec d’un côté des suprémacistes blancs qui veulent rétablir des zones réservées aux Blancs, et de l’autre le mouvement de Julius Malema qui multiplie les réquisitoires anti-Blancs

Alors que les cinémas sud-africains ont quasiment ignoré Les Moissonneurs, les familles des acteurs sont bien conscientes que la promotion du film même hors des frontières pourrait alimenter les tensions. Évoquant leur crainte de voir des « extrémistes » s’en prendre à leurs enfants pour des propos maladroits, les pères des acteurs ont demandé à relire leurs citations avant publication. L’un de ces pères a estimé que certains propos n’avaient pas été tenus par son fils, mineur ; nous avons donc décidé de les anonymiser.

 Pas de nostalgie de l’Apartheid…

Ces jeunes acteurs, qui disent se reconnaître en partie dans les personnages qu’ils interprètent, ne sont pas des nostalgiques de l’Apartheid. « Je ne regrette pas ce mauvais système, car il est la cause de tous nos problèmes aujourd’hui », affirme Benré Labuschagne, qui incarne à l’écran l’archétype du jeune mâle alpha homophobe et violent. De là à dénoncer les inégalités raciales persistantes, il y a un fossé que ces jeunes acteurs ne franchissent pas. L’un d’eux estime qu’« il y a désormais un racisme qui se développe contre les Blancs, par exemple il y a des quotas raciaux dans les équipes de rugby ». L’équipe de rugby sud-africaine devrait théoriquement avoir 50 % de joueurs noirs et cette exigence semble se répercuter dans les sélections locales de ces jeunes. « Nous avons certes des privilèges, mais nous avons travaillé pour », ajoute un des autres adolescents.

 Face à notre incompréhension (en quoi ont-ils travaillé puisqu’ils héritent de privilèges octroyés à leurs parents ?), Alex van Dyk, qui joue l’orphelin à l’écran et est fils de fermiers dans la vraie vie, précise que « les Blancs payent aujourd’hui le plus d’impôts. Les Noirs prennent des terres mais ne savent pas les cultiver alors que les Blancs ont ce savoir-faire depuis des décennies ». Sous-entendu, les Blancs sont les seuls compétents pour faire tourner l’économie du pays. Sauf qu’il semble oublier que la majorité noire a été privée d’éducation pendant près de 50 ans.

 … mais la hantise de l’expropriation

Bien plus que les meurtres de fermiers blancs (« un problème monté en épingle par les extrêmes droites européennes », dénonce l’un des acteurs), c’est au fond le projet de réforme agraire annoncé par le président Cyril Ramaphosa qui inquiète ces jeunes Afrikaners. À l’approche des élections parlementaires qui doivent se tenir en 2019, le leader du Congrès national africain (ANC, fondé par Nelson Mandela) a promis de modifier la Constitution pour pouvoir exproprier les propriétaires terriens sans compensation. Pendant près d’un siècle, les Noirs n’ont eu le droit de cultiver que 7 % des terres agricoles. Aujourd’hui, malgré des politiques étatiques de rachat des terres, 4  % seulement des fermes sont détenues par des fermiers noirs. La volonté du gouvernement de renverser radicalement les rapports de force provoque de très vifs débats et divise au sein même des partisans de l’ANC.

Si aucune loi n’a encore été votée, Benré est convaincu que la situation est déjà en train de basculer. Il en veut pour preuve « l’occupation illégale par des milliers de squatteurs d’un bout de terre appartenant à un fermier de Stellenbosch », non loin de son domicile. Selon l’université de cette ville à 50 kilomètres du Cap, près de 8 000 habitants majoritairement noirs « qui ne pouvaient pas ou refusaient de payer leur ancien loyer » ont construit des abris de fortune sur un terrain qui appartenait à la mairie

Aussi mesuré soit-il, l’examen des faits demeure impuissant pour expliquer la peur. Or n’est-ce pas un des pouvoirs du cinéma et de la fiction que de mettre à distance ce réel insaisissable qui nous effraie, pour mieux le décortiquer et, peut-être, le digérer ? Ce n’est visiblement pas le choix d’Étienne Kallos. Dommage tant pour le spectateur (qui n’a pas le dossier de presse pour décrypter ses intentions mal mises en images), que pour cette jeunesse afrikaner en plein trouble. Reste à espérer que les promoteurs de haine ne s’en saisiront pas pour servir leur théorie d’un pseudo-apartheid inversé.

 

http://afrique.lepoint.fr/culture/les-moissonneurs-un-film-etendard-pour-les-fermiers-blancs-d-afrique-du-sud-page-2-30-10-2018-2267344_2256.php

 

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Afrikaner

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Se dit des individus de race blanche, nés en Afrique du Sud et parlant l’afrikaans. (Synonyme : afrikaander.)

 Les Afrikaners ou Afrikaanders sont les descendants des premiers colons arrivés en Afrique du Sud au xviie siècle : des Hollandais, des Allemands, des huguenots français et autres colons européens non britanniques. On compte également parmi eux tous les descendants d’immigrants arrivés en Afrique du Sud au fil des siècles et qui partagent leur héritage culturel et leur langue.

Après avoir longtemps adopté un mode de vie rural, les Afrikaners se sont installés dans les villes après la Première Guerre mondiale et sont devenus en 1948 l’une des forces politiques les plus influentes de l’Afrique du Sud. Ils représentent aujourd’hui environ les deux tiers de la population blanche du pays, mais seulement un huitième de la population totale.

Étymologie

Au xviie siècle, le mot Afrikaander désignait les indigènes. Au début du xviiie, on a employé le terme Afrikanerpour parler des colons blancs nés en Afrique du Sud et les différencier ainsi des immigrants nés en Europe. Au xixe siècle, le terme désignait les Sud-Africains de descendance hollandaise, tandis que Boer (« paysan » en hollandais) était réservé aux Afrikaners des républiques boers : l’État libre d’Orange et la République sud-africaine . Au xxe siècle, alors qu’une grande partie de la population s’était installée dans les villes, le mot Boer finit par disparaître pour laisser place à nouveau à celui d’Afrikaner.

L’évolution de la population afrikaner

Les Afrikaners se sont implantés en Afrique du Sud à l’époque où la Compagnie hollandaise des Indes orientales régnait sur Le Cap (1652-1795). On estime que leur population était alors composée de 50 % de Hollandais, 27 % d’Allemands, 17 % de huguenots français et 6 % de représentants d’autres nationalités. L’éloignement de leur pays d’origine, le repliement sur soi dû à l’avancée des frontières et la fin de l’immigration après 1707 expliquent le regroupement de ces différentes communautés qui adoptèrent l’Afrique du Sud comme patrie.

Malgré la prospérité de la colonie du Cap, la saturation du territoire agricole incita les Afrikaners à se déplacer vers l’intérieur des terres et à s’organiser de façon plus indépendante. Cette migration, qui date du début du xviiie siècle et marque le départ de pasteurs nomades vers de nouvelles contrées, fut mise en péril par de nombreux affrontements avec les tribus bantoues, venues d’Afrique centrale. Durant cette période, les Afrikaners durent constamment s’opposer aux tentatives de la colonie du Cap visant à faire obstacle à leur progression ou à contrôler leur commerce.

L’identité afrikaner

Par tradition, les Afrikaners sont républicains. Leur foi calviniste héritée de leurs ancêtres néerlandais, la notion de l’« élu », ainsi que d’autres idées empruntées à l’Ancien Testament les ont influencés d’un point de vue spirituel et social. Aujourd’hui, plus des trois quarts des Afrikaners appartiennent à l’Église réformée hollandaise.

Depuis toujours, les Afrikaners calvinistes distinguent les chrétiens des païens ; durant la seconde moitié du xviiie siècle, cette distinction a progressivement pris la forme d’une opposition des Blancs contre les non-Blancs. La plupart des Afrikaners rejetaient les relations inter-raciales et l’égalité des races. Ils étaient de fervents partisans de la différenciation des ethnies, ainsi que de la ségrégation, nommée plus tard apartheid. Ces pratiques racistes sont apparues pour la première fois à l’époque des premières migrations des Boers vers le nord du pays

Le nationalisme afrikaner

À la fin des guerres napoléoniennes, la province du Cap passe sous administration britannique. En désaccord avec de nombreuses mesures prises par les Anglais, telle l’abolition de l’esclavage, ce sont plus de dix mille Afrikaners qui partent vers le nord du pays lors du Grand Trek débuté en 1834. Progressant vers le Natal et les steppes sud-africaines, ils finissent par fonder la République sud-africaine du Transvaal (en 1852) et l’État libre d’Orange (en 1854). L’Afrique du Sud se divise ainsi rapidement en deux territoires : le Nord républicain et le Sud colonial. Les tentatives britanniques de confédérer ces républiques par la force aboutissent en 1880 à la première guerre des Boers. Dans les années qui suivent, l’hostilité s’accentue. La découverte de mines d’or et de diamants dans le Transvaal attire de nombreux aventuriers étrangers (les Uitlanders) qui s’installent dans des villes nouvelles gérées par de grandes compagnies et par le gouvernement britannique. Ce conflit d’intérêts provoque la seconde guerre des Boers (la guerre sud-africaine, de 1899 à 1902). Il trouvera sa conclusion le 31 mai 1902 dans la ratification du traité de paix de Vereeniging qui ordonne la reddition immédiate des deux républiques boers. Les Boers, désormais soumis à la souveraineté britannique, obtiennent cependant la promesse d’une future indépendance politique.

Cette victoire anglaise a pour effet de renforcer le nationalisme des Afrikaners. En 1904, la mort en exil de Paul Kruger, le président de la République sud-africaine, ranime la fibre nationaliste. Le souvenir du Grand Trek et des guerres contre les Britanniques, pierres angulaires de la tradition et de la conscience nationale, donnera un second souffle à l’unité culturelle des Afrikaners durant le XXe siècle.

Les Afrikaners et le pouvoir politique

Lorsque l’Union sud-africaine est établie, en 1910, les Afrikaners forment leur propre parti politique : le Parti sud-africain, dirigé par les généraux Louis Botha, Jan Smuts et James Hertzog. Mais Hertzog fait sécession en 1913 pour fonder le National Party qui rejette la coalition avec les Britanniques et ravive les idéaux républicains. Tandis que perdure la rivalité entre Boers et Anglais, Hertzog devient Premier ministre en 1924. En décembre 1934, le Parti sud-africain de Smuts et le National Party fusionnent pour former le Parti uni, puis se scindent en 1939, date à laquelle Smuts devient à son tour Premier ministre jusqu’en 1948.

Dès 1948, sous la direction du Premier ministre Daniel François Malan et de ses successeurs, le National Party décrète l’apartheid et mène une politique de séparation des communautés ethniques. En 1961, le Parti nationaliste organise un référendum qui engendrera la proclamation de la République d’Afrique du Sud et la scission avec le Commonwealth, très opposé à la politique de l’apartheid. Le 31 mai de cette même année, Charles Swart est nommé président de la République.

Bien que les Afrikaners soient les principaux opposants à l’abolition de l’apartheid, la majorité d’entre eux soutiendront les réformes amorcées par le référendum de 1992

 

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Afrikaners

53 guerre des Boers

Un Afrikaner est un sud-africain blanc d’origine néerlandaise, française, allemande ou scandinave qui s’exprime dans une langue dérivée du néerlandais du  XVIIè siècle : l’afrikaans.

Le concept d’Afrikaner a pris son sens actuel au XVIIIè siècle en réservant exclusivement son application aux descendants de ces Blancs non anglophones, nés en Afrique du Sud depuis l’établissement au Cap, en 1652, d’une colonie par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales Il étend sa représentativité au-delà du terme( Boerpaysan en néerlandais), vocable par lequel ces Blancs furent d’abord désignés, pour évoquer non seulement « une communauté de langue et de culture mais aussi une nation entrée dans l’Histoire ».

Les Afrikaners proprement dits sont un des peuples de langue afrikaans, bien qu’ils soient à l’origine de l’introduction de cette langue en Afrique du Sud. On écrit encore parfois Afrikaander ou plus rarement Afrikander. Ces termes utilisés dans cette langue et qui signifient littéralement « Africains » en afrikaans, désignent ainsi principalement les Africains blancs d’Afrique du Sud de langue maternelle afrikaans. On peut aussi les désigner par le terme « Hollandais du Cap » qui est plus précis que le terme « Afrikaner ». L’afrikaans est, avec l’allemand pennsylvanien (pennsilfaanisch) et l’allemand de Namibie, le néerlandais en Amérique et dans une mesure différente les diverses formes d’anglais, une des langues de racine germanique parlées hors du continent européen.

 Le terme « Afrikaner » apparaît au début du XVIIIè  siècle et a supplanté celui de Boer au xxe siècle. Le premier témoignage  de son utilisation est attribué à Hendrik Bibault « Ek been ein Afrikaaner ! » (« Je suis un Afrikaner ») et il ajouta : « Peu importe que le Landrost me condamne au fouet, je ne me tairai pas ».

Il s’agit là de la première marque de distinction entre les colons de souche sud-africaine et ceux nés en Europe. Les premiers sont irrémédiablement attachés à l’Afrique et ne se reconnaissent plus dans la lointaine Europe. Revendiquant leur identité africaine, les Burghers (citoyens libres par opposition aux fonctionnaires  de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) puis les Trekboers (ceux s’éloignant du Cap), et enfin les Voortrekkers vont s’enraciner dans la terre africaine et s’identifier à une géographie précise au nom de leur africanité. Cette identité ethnique va s’affirmer évidemment par rapport aux autres en les excluant, qu’ils soient de souche britannique ou de souche africaine et de peau noire

La construction d’un groupe homogène afrikaner s’est globalement appuyée sur la langue afrikaans et sur le calvinisme, dont la doctrine distinguait un peuple  élu et les autres. Ainsi, la première publication en afrikaans date de 1795. Il s’agissait d’un poème satirique concernant l’occupation britannique de la colonie du Cap. Au xixe siècle, l’identité des Boers-Afrikaners s’affirme à travers l’usage de cette langue. À côté de l’afrikaans, la désignation des Afrikaners comme peuple élu par les théologiens des Églises réformées a constitué le paradigme central de l’histoire sud-africaine des Afrikaners.

Cependant, ces deux facteurs culturels unificateurs qui les distinguaient des autres communautés du pays n’étaient pas suffisants pour effacer les différences abyssales entre les fermiers du Transvaal et les hommes d’affaires afrikaners du Cap.

Il fallait une trame commune du passé pour unir les Afrikaners vers une même destinée car au départ, le sens du mot Afrikaner diffère selon qu’on est au Cap ou au Transvaal. Si, au Cap, il désigne un individu blanc d’origine néerlandaise qui ne parle que l’afrikaans, rejetant ainsi la catégorie des métis, sa définition peut se doubler d’une interprétation nationaliste plus large utilisée par l’AfrikanerBond pour désigner tout sud-africain affirmant une allégeance exclusive à l’Afrique du Sud. Au Transvaal par contre, le concept est restrictif puisqu’un Afrikaner ne peut être qu’un membre de l’Afrikanerdom, c’est-à-dire un participant du Grand Trek ou ses descendants.

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L’histoire des Afrikaners s’est en fait forgée et continuellement référée à une représentation quasi religieuse, utilisant les comparaisons bibliques entre l’oppression des juifs dans l’Ancien Testament et l’exode des Afrikaners du Cap en 18356. Le Grand Trek s’est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l’événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nation

 Au début, il n’existe pas d’institution ou de structure capable de faire évoluer ce sentiment d’appartenance à une communauté spécifique vers une forme plus moderne de nationalisme. Ce sentiment se limite à la perception d’une destinée commune et c’est à partir de 1875, consécutivement à l’apparition des journaux en afrikaans puis du premier livre d’histoire des Afrikaners par Stephanus Jacobus du Toit en langue afrikaans, que se forge le mouvement identitaire afrikaner, sous l’effet et en réaction à l’impérialisme britannique et à son idéologie libérale.

Ainsi, les Afrikaners entrent dans l’histoire comme un peuple original et autonome de pionniers, simples et pieux, s’ouvrant une voie en Afrique du Sud avec leur fusil, leur bible, leur paire de bœufs, leur grand chariot de bois transportant femmes, enfants, matériel agricole rudimentaire et tous leurs biens terrestres. Un chariot qui sert également d’abri, de moyen de transport et de forteresse contre les attaques ennemies.

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Si cette image des Afrikaners est d’abord dépassée par celle de peuple résistant et martyr des camps de concentrationbritanniques de la Seconde Guerre des Boers puis, après la Seconde Guerre mondiale, par celle qu’implique leur rôle dans la promotion de l’apartheid, elle n’en reste pas moins la référence primaire qui a fondé le sentiment d’appartenance identitaire de tout le peuple afrikaner.

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Les Afrikaners vont longtemps se considérer comme les authentiques sud-africains, architectes de l’Afrique du Sud moderne, surnommant les Blancs anglophones« couilles salées »car ils auraient un pied en Afrique du Sud, un au Royaume-Uni et les parties dans l’Atlantique), alors que les non-Blancs étaient relégués dans des rôles subalternes, justifiés selon les plus fondamentalistes des Afrikaners par la malédiction de Cham (terme biblique concernant Ham, fils de Noé).

Démographie et géographie 

Plus de 3 millions de personnes dans le monde s’identifient en tant qu’Afrikaners, soit 60 % des 4,6 millions de Blancs d’Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud est le pays d’origine des Afrikaners. Selon le recensement effectué en 2001, l’Afrique du Sud compte 2 536 906 personnes pouvant être assimilées à des Afrikaners (sur des critères combinant peau blanche et langue maternelle afrikaans). Ces Afrikaners représentent plus de 60 % de la communauté blanche toutes origines confondues résidant en Afrique du Sud. Le nombre de résidents blancs et afrikaners dans ce pays a diminué sensiblement depuis le recensement précédent de 1996. Ainsi en 2006, l’Institut sud-africain des relations raciales (SAIRR) relevait que près d’un million de sud-africains blancs, représentant presque un quart du nombre total de Blancs dans le pays, avaient quitté l’Afrique du Sud depuis 1994.

Géographiquement et pour des raisons historiques, la population afrikaner se répartit différemment selon les provinces :

La Namibie est le second pays où la communauté afrikaner est la plus représentée. Selon un recensement effectué en 2001, la Namibie compterait 133 324 locuteurs de langue afrikaans soit 9,5 % du total de la population. Cette statistique comprend les communautés métis et noires qui ont fait de l’afrikaans leur langue maternelle. Sur les 8 % de Blancs que compte le pays, plus de 60 % d’entre eux sont des Afrikaners contre 32 % de germanophones, 7 % d’anglophones et 1 % de lusophones. Les Afrikaners de Namibie résident essentiellement à Windhoek et dans le district de Karas.

Depuis les années 1980 et encore plus depuis 1994, de larges communautés de Sud-Africains blancs anglophones et Afrikaners expatriés se sont établies au Canada, au Royaume-Uni, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Australie, en Nouvelle-Zélande. De petites communautés d’Afrikaners résident également au Mozambique, au Botswana, au Lesotho, au Swaziland et au Zimbabwe.

La grande majorité de cette population est de religioon chrétienne protestante, calviniste.

Généalogie et ascendance non européenne

Selon une étude génétique publiée en février 2019, presque tous les Afrikaners ont reçu un apport génétique non européen. Cette ascendance non européenne est de 4,8 % en moyenne, dont 2,1 % d’ascendance africaine et 2,7 % d’ascendance asiatique/amérindienne. Parmi les 77 Afrikaners étudiés, 6,5 % avaient plus de 10 % d’ascendance non européenne, 27,3 % entre 5 et 10 %, 59,7 % entre 1 et 5 % et 6,5 % en dessous de 1 %. Cette ascendance non européenne semble provenir davantage de personnes emmenées au Cap en tant qu’esclaves (3,4 %) à l’époque coloniale que de la population locale de Khoe-San (1,3 %).

Historique

 Ils sont d’origines hollandaiseallemande et française qui, à partir du XVIIè siècle , vont progressivement occuper la région du Cap de Bonne-Espérance.

Le 6 avril 1652 au commandement de cinq navires de la VOC  (nommés ReijerOliphantGoede Hoop, WalvischDromedaris), le capitaine Jan van Riebeeck débarque dans la baie de la Montagne de la Table près de la péninsule du Cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud-ouest de l’Afrique. C’est avec 90 pionniers dont seulement huit femmes qu’il fonde Le Cap, la cité-mère de la future République d’Afrique du Sud, alors simple comptoir commercial sur la Route des Indes. Jan van Riebeeck ne devait pas établir une colonie mais un établissement relais pour les navires en route vers les Indes orientales. Néanmoins, pour augmenter la production agricole de la colonie afin de nourrir la population et assurer le ravitaillement des navires, il recommanda que des colons soient libérés de leurs obligations vis-à-vis de la compagnie et autorisés à s’installer comme fermiers au Cap et à commercer. C’est en février 1657 que la compagnie délivra ainsi ses premières autorisations à neuf (ex-)employés pour s’établir librement le long de la rivière Liesbeek. Ceux-ci allaient créer une classe de propriétaires hollandais de fermiers libres (vrijburgher ou « francs-bourgeois ») appelés simplement burghers.

La société des Boers se développe d’abord dans le cadre d’une économie agricole, fondée sur la culture de la vigne et du blé et sur l’esclavage. En 1688, 238 huguenots chassés de France par la révocation de l’Edit de Nantes rejoignent les 800 habitants néerlandais de la colonie du Cap et développent la viticulture sur des terres riches en alluvions, dans la vallée d’Olifantshoek.

En 1706, les colons néerlandais expriment leur défiance pour la première fois envers le gouvernement colonial. Le jeune Hendrik Bibault refuse notamment publiquement d’obéir aux injonctions d’un juge arguant du fait qu’il n’était plus néerlandais mais afrikaner. La Compagnie décide alors de stopper l’immigration néerlandaise dans la colonie et d’imposer une administration civile, commerciale et fiscale de plus en plus procédurière afin de planifier l’économie locale. Cette politique restrictive encourage malgré elle l’esprit libertarien des colons libres et des paysans néerlandais natifs de la colonie, dorénavant appelés Boers. Ces derniers cherchent alors à échapper au contrôle de la Compagnie et franchissent ses frontières pour s’établir hors de sa juridiction. Ils refoulent les Hottentots et développent sur les étendues du Karoo une culture originale, fortement imprégnée de calvinisme et isolée des grands courants de pensée qui traversent l’Europe du xviiie siècle.

Les Boers finissent par rompre définitivement avec leurs racines européennes, prônant entre eux un égalitarisme total et, au nom de leurs valeurs chrétiennes et protestantes, affirment leur supériorité sur les Noirs.

 À partir de 1779 l’expansion des Boers est ralentie par les conflits qui se développent sur la frontière orientale avec les populations de langue bantoue, les Xhosa,  obligeant les autorités de la Colonie du Cap à intervenir en annexant de nouveaux districts et en imposant aux Boers de nouvelles frontières.

En 1795 une révolte boer à Graaff-Reinet contre les autorités coloniales néerlandaises tourne court. La même année, la Colonie du Cap est occupée par l’armée britannique, puis est de nouveau néerlandaise en 1803 avant de repasser définitivement sous pavillon britannique en 1806. La colonie s’étend alors sur 194 000 kilomètres carrés et compte un peu plus de 60 000 habitants dont quelque 25 000 Blancs, majoritairement des Boers d’origine germano-néerlandaise et française, 15 000 Khoisans, 25 000 esclaves et un millier d’anciens esclaves libérés de leur servitude (alors désignés comme « hommes libres »). Une étude portant sur les origines de la population afrikaner en 1807 répartissait celle-ci à l’époque en Néerlandais (36,8 %), Allemands des États de langue allemande (35 %), Français (14,6 %), non-Blancs (7,2 %), autres (2,6 %), indéterminés (3,5 %) et Britanniques (seulement 0,3 %).

Au début du xixe siècle, se cristallise dans la mentalité afrikaner la prise de conscience d’un destin commun, favorisée par l’isolement géographique par rapport au pouvoir central de la Colonie du Cap. Une culture spécifique émerge, fondée sur un dialecte issu du néerlandais (l’afrikaans), une religion (le calvinisme), un territoire (les vastes espaces du Karoo) et enfin sur l’intime conviction d’appartenir à un groupe privilégié comparable à celui des Hébreux de la Bible, dans le cadre d’une société encore esclavagiste.

 La communauté afrikaner est néanmoins partagée entre un groupe urbanisé, sensible au prestige culturel des conquérants anglais qui deviennent de plus en plus nombreux, et un groupe rural, jaloux de son indépendance et de ses privilèges, hostile à la nouvelle administration britannique.

Sous l’influence des missions protestantes, les autorités britanniques prennent d’abord des mesures pour protéger les Métis et les Hottentots, notamment en imposant des contrats de travail ou en facilitant les recours judiciaires des salariés contre leurs employeurs. Un épisode va longtemps marquer les esprits de la communauté afrikaner et alimenter leur acrimonie envers les Britanniques. En 1815, un jeune Boer de l’intérieur, Frederic Bezuidenhout, est tué par un policier hottentot après avoir refusé d’obtempérer à une convocation judiciaire et résisté à son arrestation. Son frère parvint à soulever une soixantaine de fermiers, décidés à venger Frederic Bezuidenhout. Perçus comme des rebelles, ils sont pourchassés et acculés à la reddition. Jugés, cinq d’entre eux sont condamnés à mort et pendus à Slachters Neck, le 9 mars 1816. Quatre le sont d’ailleurs deux fois, la corde ayant rompu sous leurs poids.

En 1822, toujours dans la colonie du Cap, les autorités impériales retirent au néerlandais son statut de langue officielle dans les tribunaux et les services gouvernementaux. Un processus d’anglicisation est en marche alors que le patois néerlandais, l’afrikaans, est dénigré. En 1828, l’anglais devient la seule langue officielle des affaires administratives et religieuses.

En 1833, après avoir reconnu l’égalité des droits entre Hottentots et Blancs, les Anglais abolissent l’esclavage, provoquant ainsi l’exode d’une partie des éleveurs afrikaners de la frontière. L’un de leurs chefs, Piet Retief, rédige un manifeste par lequel il énonce ses griefs contre l’autorité britannique, incapable de fournir la moindre protection aux fermiers dans les zones frontalières, injuste pour avoir émancipé les esclaves sans indemnisation équitable des propriétaires. Il termine en évoquant une terre promise où les Boers seraient enfin libres.

 A partir de 1835, les Trekboers franchissent le fleuve Orange et la chaîne du Drakensberg, et fondent au cœur du pays zouloula république de Natalia à la suite du Grand Trek de 1836. Le massacre de Retief, de son fils et de ses compagnons par le roi zoulou Dingane est suivi du massacre de près de 300 civils boers (dont 41 hommes, 56 femmes et 185 enfants) à Blaauwkrans et Weenen. Le 16 décembre 1838, après avoir prêté serment envers Dieu, quelques centaines de Boers remportent une victoire décisive sur les Zoulous du roi Dingane : c’est la Bataille de Blood-River, fondement historique de la nation afrikaner.

En 1843, chassés du Natal (république de Natalia) par les Britanniques, les Voortrekkers traversent de nouveau le Drakensberg, s’installent sur les plateaux austères du Veld, écrasent les Ndebele du chef Mzilikazi et asservissent les Sotho. Ainsi se constituent les républiques de l’État libre d’Orange et du Transvaal, dont les Anglais reconnaissent l’indépendancedans les années 1850. Ces républiques vont rester rurales et arriérées jusqu’aux découvertes minières (diamants en 1867, or en 1886) au cœur du Transvaal, où va s’élever la métropole de Johannesbourg.

En 1875, Stephanus Jacobus du Toit fait partie d’un groupe d’enseignants et de pasteurs de l’église réformée hollandaise qui forment à Paarl dans la Colonie du Cap un mouvement de revendication culturel, Die Genootskap van Regte Afrikaners(l’« Association des vrais Afrikaners »), dont l’objectif est de défendre et d’imposer l’afrikaans au côté de l’anglais comme langue officielle de la colonie. Il s’agit pour eux de donner à la langue parlée par les paysans afrikaners ses lettres de noblesse et d’en faire un véritable outil de communication écrite

En 1876, c’est à cette fin que le mouvement dirigé par Du Toit lance une revue en afrikaans, Die Afrikaanse Patriot dont S.J. du Toit devient le rédacteur en chef et dont la devise est « écrivez comme vous parlez ». En publiant la prose des lecteurs du journal, Du Toit veut éveiller la conscience nationale des Afrikaners et les libérer de leur complexe d’infériorité culturelle face aux Anglais. Dès lors, la défense de la langue se confond avec celle de l’identité afrikaans

 En 1877, S.J. Du Toit publie le premier livre d’histoire des Afrikaners, écrit qui plus est en afrikaansDie Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk (L’Histoire de notre pays dans la langue de son peuple), qui s’apparente à un manifeste politique des Afrikaners imprégné de mysticisme. Il relate la lutte d’un petit peuple élu pour rester fidèle au dessein de Dieu, de la révolte de 1795 aux exécutions de Slagter’s Neck en 1815, du Grand Trek de 1836 identifié à l’exode d’Égypte au meurtre de Piet Retief et au triomphe de Blood River.

Le mouvement identitaire afrikaner va être conforté par d’autres historiens , un Britannique natif du Canada. Il est l’un des premiers historiens à avoir examiné l’Afrique du Sud comme une nation et non comme un ensemble hétérogène de colonies distinctes Il va également idéaliser l’épopée du Grand Trek en mettant l’accent sur la main de Dieu.

Après le court conflit de la Première Guerre des Boers, le Transvaal, à la fin des années 1880, entre brutalement dans l’ère du capitalisme industriel à la suite de la découverte de gigantesques gisements d’or dans le Witwatersrand. Des dizaines de milliers d’aventuriers et de prospecteurs, venant en majorité de Grande-Bretagne, affluèrent vers la région au grand dam des paysans boers et du président du Transvaal, Paul Kruger. Ces uitlanders (étrangers) dépassèrent rapidement en nombre les Boers sur le gisement central du Witwatersrand, tout en restant minoritaires sur l’ensemble du territoire de la république du Transvaal. Le gouvernement de Paul Kruger, agacé par leur présence, leur refusa le droit de vote et taxa lourdement l’industrie aurifère. Désireux d’accaparer les gisements d’or autant que d’unifier toute l’Afrique du Sud sous l’Union Jack, les autorités britanniques du Cap sous l’égide de Cecil Rhodes provoquèrent une série d’incidents qui aboutirent en 1899 au déclenchement de la Guerre anglo-boer.

Après des combats acharnés, le conflit se solde par la victoire du Royaume-Uni, par l’internement de 120 000 civils boers et la mort de plus de 27 927 d’entre eux (dont 22 074 enfants de moins de 16 ans) dans 45 camps de concentration construits par les troupes britanniques. Cette importante mortalité touchant 10 % de l’ensemble de la population afrikaner était la conséquence non seulement de maladies contagieuses telles la rougeole, la fièvre typhoïde et la dysenterie mais aussi d’un manque en matériel et fournitures médicales.

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Cet épisode de l’histoire afrikaner qui marque la dissolution des républiques boers, solidifie le ressentiment antibritannique, le républicanisme et renforce le mouvement identitaire des Afrikaners qu’il marque tout au long du xxe siècle. Vaincus militairement, les Afrikaners vont devoir s’adapter pour survivre en tant qu’entité distincte au sein d’un État moderne, industriel et urbanisé. Si certains renoncent à leur identité culturelle donnant naissance aux anglo-afrikaners, d’autres vont chercher à préserver leur spécificité culturelle sur fond d’esprit de réconciliation entre les ennemis d’hier. Ils vont dès lors entamer une lente reconquête du pouvoir politique afin de garantir la pérennité de leurs droits historiques, linguistiques et culturels sur l’Afrique du Sud.

Ainsi, l’imposition de l’anglais dans les anciennes républiques boers, l’interdiction de l’enseignement de l’afrikaans et diverses mesures vexatoires ont pour corollaire la création d’écoles privées gérées par les Afrikaners eux-mêmes qui fournissent alors un terrain propice à la création d’une identité commune fondée sur la langue afrikaans, la croyance calviniste et une interprétation quasi religieuse de l’histoire.

En 1910, l’Union sud-africaine est proclamée et devient dominion de la Couronne. Louis Botha, un ancien général boer, est le premier chef de gouvernement sud-africain mais son nationalisme tempéré, tout comme celui de Jan Smuts, son principal ministre et inspirateur de la constitution sud-africaine, est rejeté par les radicaux du mouvement identitaire afrikaner.

En 1914, plusieurs anciens vétérans de la guerre des Boers comme Christian de Wet tentent sans succès une insurrectionpar laquelle ils proclament le rétablissement des républiques boers. 

Après la Première Guerre mondiale, les paysans afrikaners, chassés du platteland par une grave sécheresse et une crise économique, se retrouvent confrontés à un double phénomène d’urbanisation et d’acculturation, et entrent en compétition avec les ouvriers noirs au moindre coût. Les valeurs et l’ordre traditionnel des Afrikaners s’effondrant, ces derniers se sentent acculés face à la domination des anglophones, de leurs valeurs liées aux affaires et à l’argent et face au risque de submersion par les Noirs qui affluent alors vers les villes. Ceux qu’on appelle alors en 1920 les « pauvres Blancs » sont plus de 300 000 personnes, essentiellement des Afrikaners.

Face à cette situation, les nationalistes afrikaners s’efforcent de réinventer des modèles culturels à partir du concept d’Afrikanerdom, forgé par Paul Kruger dans les années 1880 et destiné à sortir les Afrikaners pauvres de leur condition misérable et à les aligner sur la petite bourgeoisie anglophone.

En mai 1918, une association est ainsi fondée à Johannesburg par trois jeunes Afrikaners dont le but est la défense des membres de leur communauté afin de recouvrer les droits perdus en 1902 à la fin de la seconde guerre des Boers. D’abord baptisée Jong Suid-Afrika, puis Afrikaner Broederbond (Ligue des frères afrikaners), cette association qui rassemblait à son origine des pasteurs calvinistes, des employés des chemins de fer et des policiers, devient en 1924 une société secrète franc-maçonne, recrutant un nombre croissant d’instituteurs, de professeurs, d’universitaires et de politiciens. À partir de 1927 le Bond va accroître son activisme et étendre son influence et son audience au sein de la communauté de langue afrikaans. Il va définir l’identité de l’Afrikaner, duquel il placera les intérêts au-dessus de toutes les autres communautés d’Afrique du Sud. Ainsi, le Broederbond propose comme fondement idéologique le national-christianisme, inspiré du néocalvinisme, qui stipule que « les nations sont nées d’une volonté divine, que chacune d’elles est détentrice d’une spécificité et d’une mission à accomplir »26. La défense de l’identité afrikaner devient une mission sacrée dont le triomphe exige la mobilisation totale du peuple de langue afrikaans (le Volk). Si la question raciale n’est pas alors au centre des préoccupations politiques des Blancs sud-africains, c’est sur cette base de l’Afrikanerdom que le concept de l’apartheid va être progressivement élaboré.

En 1922, les mineurs afrikaners du Witwatersrand se mettent en grève pour protester contre le recours accru aux travailleurs noirs, main-d’œuvre abondante et moins payée, par le patronat du secteur minier. Les ouvriers sont soutenus par les travaillistes et le tout jeune Parti communiste d’Afrique du Sud. Le conflit commence dans les mines de charbon puis s’étend à tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. Des soviets sont proclamés et la grève générale déclenchée le 6 mars 1922. La grève tourne à l’insurrection. Pendant cinq jours les combats font rage dans les quartiers ouvriers du rand pilonnés par l’aviation sur ordre du premier ministre Jan Smuts. Le mouvement est brisé dans le sang (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 Africains tués par les grévistes) et 5 000 mineurs sont emprisonnés. C’est en chantant un hymne communiste que 4 des 18 condamnés à morts sont exécutés.

L’échec du mouvement ouvrier conduit à une mobilisation insolite rassemblant travaillistes, socialistes et communistes derrière les nationalistes du Parti national de James Barry Hertzog qui remporte les élections générales de 1924.

Dès lors, les gouvernements d’inspiration nationaliste s’attachent à développer et protéger la communauté afrikaner, érodant la tradition libérale du Cap alors que dans les années 1930, l’aile extrême du nationalisme subit fortement l’influence du nazisme.

En 1938, les célébrations du centenaire de la Bataille de Blood River unissent les Afrikaners autour du thème du Volkseenheid (l’unité du peuple afrikaans) avec la reconstitution du Grand Trek. Ainsi, le 8 août 1938, des centaines de chariots portant chacun le nom d’un des héros boers du Grand Trek ou célébrant la mémoire des femmes et des enfants partent du Cap en direction de Pretoria. À mesure que les convois progressent et traversent les communes et villages, une vague de patriotisme parcourt le pays. D’autres villes et villages organisent leur propre trek vers Pretoria. En chemin, les Afrikaners se mobilisent en masse : les routes et rues sont rebaptisées Voortrekker Straat ou Pretorius Straat, les hommes se laissent pousser la barbe comme leurs ancêtres, les femmes mettent leur bonnet traditionnel et des tabliers de paysannes, des jeunes fiancés font bénir leur union en costume de Voortrekker, et des enfants baptisés le long des chars à bœufs et des feux de joie illuminent les soirées. À l’approche de la destination finale, les thèmes nationalistes et républicains se précisent alors que le pays est pavoisé aux couleurs sud-africaines, et le 16 décembre 1938, plus de 100 000 Afrikaners (1/10e de la population afrikaner) assistent à Pretoria à la pose de la première pierre du Voortrekker Monument, symbole phare du nationalisme boer en présence des descendantes d’Andries Pretorius, de Piet Retief et d’Hendrik Potgieter.

  de l’impérialisme britannique à celui d’oppresseur des peuples noirs d’Afrique du Sud

En 1948, la victoire du Parti national de Daniel François Malan consacre la victoire du Broederbond. Le danger de domination ou d’acculturation anglophone est définitivement écarté, et l’unité du peuple afrikaans réalisée. Cependant, la cohésion nationale de celui-ci reste menacé par le « Swaartgevaar » (le péril noir). Le thème récurrent n’est plus dès lors la défense de l’identité afrikaans face aux anglophones mais celui du peuple blanc d’Afrique du Sud (anglophones, afrikaners, lusophones soit 2,5 millions de personnes en 1950, 21 % de la population totale) menacé par la puissance de la démographie africaine (8 millions de personnes en 1950 soit 67 % de la population totale). L’apartheidest alors présenté comme un arsenal juridique destiné à assurer la survie du peuple afrikaner mais aussi comme un « instrument de justice et d’égalité qui doit permettre à chacun des peuples qui constitue la société sud-africaine d’accomplir son destin et de s’épanouir en tant que nation distincte». Ainsi, beaucoup de nationalistes afrikaners pensent sincèrement que l’apartheid ouvre des carrières et laisse leur chance aux Noirs, chance qu’ils n’auraient pu saisir s’ils avaient été obligés d’entrer en compétition avec les Blancs au sein d’une société intégrée. Cette politique d’apartheid est censée à la fois compléter et se différencier de la barrière de couleur (colour bar) et du principe du Baasskap (la domination blanche, en vigueur depuis le xviie siècle). Il s’agit d’élever le degré de séparation entre les peuples, que ce soit dans la vie sociale, économique et politique du pays. Cette distinction se fait au prix d’une ségrégation impitoyable et d’un renforcement du contrôle policier sur les déplacements de populations dans tout le pays.

C’est tout à la fois par idéalisme, par intérêt et par sécurité que les Afrikaners soutiennent aussi longtemps le système d’apartheid, convaincus que seul celui-ci peut leur permettre non seulement de survivre en tant que groupe ethnique distinct mais aussi de préserver leurs intérêts de classe au sein du groupe blanc33. Ainsi, entre 1941 et 1955, le revenu moyen annuel des Afrikaners augmente de 50 %. Le pays est en pleine prospérité économique tandis qu’à partir de 1955 s’élabore la séparation géographique entre Blancs et Noirs au travers de la politique des bantoustans, en dépit de la résistance de plus en plus importante et organisée de la population noire. Dans les années 1960, alors que la répression policière contre l’opposition africaniste s’accentue, que les chefs sont emprisonnés et leurs partis interdits en vertu de lois d’exception, les Afrikaners proclament la république et, dans les discours, le concept d’ethnicité spécifique laisse peu à peu la place à celui de nation. Ainsi, les Noirs ne sont plus présentés comme inférieurs mais comme différents

Dans les années 1970, les Afrikaners n’ont plus la peur pathologique de perdre leur identité, qui s’affirme d’ailleurs au travers de l’État sud-africain, un état militairement fort et économiquement puissant. Ceux qui étaient les pauvres Blancs des années 1920 constituent désormais l’armature de la classe moyenne blancheLa discrimination et la ségrégation racialene sont plus justifiées en termes idéologiques mais en termes économiques et politiques : la survie du capitalisme et la lutte contre le communisme. Ils n’en revendiquent pas moins le droit historique et le devoir de maintenir leur souveraineté sur l’Afrique du Sud.

Dans les années 1980, les Afrikaners sont néanmoins ébranlés par les condamnations internationales dont l’Afrique du Sud fait l’objet pour sa politique d’apartheid et la violence politique qui l’accompagne. Si certains se réfugient dans des utopies communautaristes (Volkstaat), d’autres, qui considèrent notamment que les Afrikaners sont le cœur de la nation blanche d’Afrique du Sud, préfèrent tenter l’ouverture politique vers la majorité noire du pays sous le précepte selon lequel l’Afrikaner doit s’adapter pour survivre. C’est un Afrikaner, le président Frederik de Klerk, qui met finalement fin non seulement au système d’apartheid, mais aussi à la domination politique des Blancs sur le pays, approuvé par une consultation référendaire auprès de la communauté blanche le 17 mars 1992. En 1994, le partage du pouvoir avec la majorité noire devient réalité avec l’élection de Nelson Mandela, le premier Noir à la présidence de la république et la formation d’un gouvernement d’union nationale rassemblant les anciens maîtres du pays, autrefois concepteurs de l’apartheid, et les anciens opprimés, représentant le groupe de population majoritaire dans le pays.

À partir des années 1990, la partie la plus libérale de la communauté afrikaner appelle à intégrer au sein du peuple afrikaner tous ceux de langue maternelle afrikaans y compris les non-Blancs comme les métis, les Malais du Cap, les Basters de Rehoboth et les Griquas.

Dans la nouvelle « nation arc-en-ciel » comme est surnommée l’Afrique du Sud à partir de 1994, l’identité afrikaner est de nouveau en cours de restructuration. Ne constituant plus qu’une minorité ethnique parmi d’autres, les Afrikaners sont sur la défensive, s’estimant marginalisés par le nouveau pouvoir du Congrès national africain. Si l’afrikaans reste la langue maternelle de plus de 13 % de la population, elle n’est plus qu’une des 11 langues officielles du pays, restreignant ainsi sa diffusion dans les publications officielles ou les émissions de radio diffusion.

Une minorité de ces Afrikaners a cependant rallié le nouveau pouvoir ANC pour tenter de sauvegarder un minimum d’influence politique sur les commandes du pays. Ce fut notamment le cas des héritiers du Parti national afrikaner qui fusionnèrent leur parti, le Nouveau Parti national, avec l’ANC en 2005. De son côté, le Broederbond s’est réformé de fond en comble, s’ouvrant aux femmes et aux autres individus, indépendamment de leur catégorisation ethnique, ne gardant que l’afrikaans comme mode de recrutement de ses membres.

D’autres se sont regroupés dans des associations de défense de l’identité afrikaner. Des intellectuels (journalistes, écrivains, universitaires) se sont ainsi regroupés dans le groupe dit « des 63 » comprenant notamment des écrivains progressistes afrikaners tels que Breyten Breytenbach. Des associations de défense de l’identité afrikaans tels Afriforum ou le Comité d’action civil de Pretoria engagent de leur côté des procédures judiciaires afin de sauvegarder la toponymie afrikaans de la géographie sud-africaine au moment où l’africanité des Afrikaners est remise en question par certaines personnalités politiques de l’ANC. Dans le même esprit du laager, une fondation de l’héritage gère aussi le patrimoine culturel sud-africain lié à l’histoire afrikaner (monuments, statues…).

Les nouveaux Afrikaners du xxie siècle parlent le langage de la modération et de la décentralisation en se référant, non plus à leur spécificité ethnique et à leurs droits historiques, mais aux concepts modernes et progressistes des droits des minorités et du Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ainsi, les Afrikaners retranchés en communauté à Orania, où ils vivent en marge du nouvel État sud-africain, adoptent un tel langage. Longtemps considéré comme dérisoire, élitiste, raciste et réactionnaire, la communauté d’Orania a finalement réussi à bâtir sa relative prospérité sur l’énergie renouvelable et l’agriculture biologique tout en parvenant à faire reconnaître sa prétention politique à l’établissement d’un Volkstaat au sein de l’Afrique du Sud. Elle reste cependant marginalisée et a toujours du mal à attirer les Afrikaners en grand nombre chez elle.

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Religion

 La communauté afrikaner est très largement chrétienne et membre de l’Église réformée hollandaise. Pour être plus précis, en Afrique du Sud, cette église réformée est une dénomination commune qui désigne en fait 3 églises réformées calvinistes :

la Nederduits Gereformeerde Kerk (l’église réformée hollandaise ou Synode du Cap – NGK),

la Nederduitsch Hervormde Kerk (l’église réformée hollandaise d’Afrique)

la Gereformeerde Kerk van Suid-Afrika

Il existe aussi une petite minorité catholique.

Les différences entre les 3 églises calvinistes sont essentiellement d’ordre doctrinal. Si elles sont toutes trois autonomes, elles sont liées par un organisme consultatif fédéral. Elles représentent 18 % de la population totale de l’Afrique du Sud.

 La principale de ces 3 églises représentatives de la communauté afrikaners est la Nederduits Gereformeerde Kerk (NGK). Elle est également la principale église de la communauté métis.

Lors des premières décennies du XIXè siècle, les calvinistes néerlandophones de la Colonie du Cap s’étaient émancipés de l’Église réformée d’Amsterdam et avaient fondé une Église réformée hollandaise spécifique à l’Afrique du Sud, la Nederduits Gereformeerde Kerk. Cependant, certaines communautés afrikaners du Transvaal organisèrent leurs cultes et l’administration des sacrements à l’aide de missionnaires, transfuges d’autres congrégations à la suite du refus de la NGK de soutenir les Voortrekkers.

Ceux-ci fondèrent au Transvaal une Église réformée indépendante, la Nederduitsch Hervormde Kerk qui sera elle-même victime d’une scission avec la Gereformeerde Kerk van Suid-Afrika.

Ces églises réformées se réclamaient des concepts religieux d’Abraham Kuyper, fondateur d’une église séparatiste aux Pays-Bas et de l’Université libre d’Amsterdam, qui prêchait le retour littéral aux Écritures saintes.

 C’est ainsi que, par une interprétation de la doctrine calviniste de la prédestination selon laquelle le salut de l’homme est prédestiné (par Dieu, indépendamment de l’homme et de ses actions), justifiant le fait que des élites dirigent le monde et que des non élus obéissent aux premiers, les concepts ségrégationnistes sont avalisés par les prédicateurs de l’Église réformée hollandaise. C’est en vertu de ce concept que les Boers, isolés dans le veld, s’étaient facilement assimilés au peuple élu et avaient cru jusqu’à la fin des années d’apartheid, que Dieu leur avait donné l’Afrique du Sud comme il avait donné le pays de Canaan aux Hébreux, les Noirs étant assimilés aux Cananéens. Ceux qui ne font pas partie du cercle des élus sont donc des proscrits, condamnés depuis le commencement des temps. Dieu n’est plus alors ici un unificateur mais un grand diviseur qui a trouvé bon d’établir des frontières entre les peuples et les groupes de peuples. Et c’est encore par une lecture particulière des écritures saintes que la ségrégation « raciale » fut justifiée : par le biais de l’histoire des fils de Noé dont l’un avait été condamné par son père à servir ses 2 frères.

À partir des années 1920, les églises réformées, à commencer par la NGK, véritable « Église du peuple afrikaner » (Volkskerk), contribuent à la construction du nationalisme afrikaner, généralisant, dans le cadre d’une éducation nationale-chrétienne, l’idée d’une élection collective des Afrikaners justifiant théologiquement la ségrégation. Néanmoins, si elles sont alors proches des dirigeants de l’État sud-africain, le pays demeura un État laïc.

Ainsi, en 1963, les trois Églises réformées menèrent sans succès campagne en faveur de la « sanctification du dimanche » et de l’interdiction dominicale des danses, des vols d’avions et des autres distractions publiques

L’Église réformée hollandaise (NGK) a condamné la politique d’apartheid à partir de 1986.

En 1992, les Afrikaners fidèles à l’apartheid ont quitté la NGK et fondé l’Afrikaanse Protestante Kerk (APK).

En 2007, plus de 40 % des Afrikaners appartenaient à l’Église réformée hollandaise de la NGK (contre 70 % il y a trente ans). Populations significatives par régions.

Politique

Les premiers dirigeants politiques afrikaners ont émergé au xixe siècle dans le but de représenter les intérêts des Boers face à la nouvelle administration britannique. En 1835Piet Retief signe un manifeste dans lequel il exprime les aspirations politiques des Boers, justifiant le Grand Trek vers l’intérieur des terres. Durant cette période, des chefs élus par les membres du Grand Trek tels Andries Pretorius ou Hendrik Potgieter deviennent de véritables chefs communautaires, à la fois politiques et militaires, et fondateurs des républiques boers.

Durant la seconde partie du xixe siècle, trois figures politiques principales représentent alors les aspirations politiques des Afrikaners. Le premier est Marthinus Wessel Pretorius, homme politique du Transvaal, dont l’action politique se caractérise par la volonté unificatrice des républiques boers. Le second est Paul Kruger, vétéran du Grand Trek et chef militaire charismatique. Il accède à la présidence du Transvaal et symbolise jusqu’à l’extrême l’austérité calviniste et la résistance à l’impérialisme britannique. Le troisième est Jan Hofmeyr (en), homme politique de la Colonie du Cap et chef de l’Afrikaner Bond, le premier parti politique de la communauté afrikaner, dont l’ambition est d’unifier sous la direction afrikaner les colonies britanniques et les républiques boers au sein d’un même État sud-africain et indépendant.

 La Seconde Guerre des Boers de 18991902 permet cette unification sud-africaine mais sous le contrôle de la métropole britannique. Les Afrikaners s’organisent alors au sein de partis nationalistes comme le « Het Volk », fondé par le général Louis Botha et prédécesseur du Parti sud-africain, une formation centriste prônant le rapprochement avec les anglophones.

C’est grâce à la volonté de réconciliation entre les formations politiques modérées boers et anglophones et à l’entregent d’hommes politiques comme Louis Botha et Jan Smuts, que se constitue en 1910 le dominion de l’Union sud-africaine, dirigé par des Afrikaners modérés alliés à des Anglo-afrikaners.

 En 1914, des dissidents du parti sud-africain, menés par James Barry Hertzog, fondent le Parti national destiné à représenter les seules aspirations de la communauté afrikaner. Résolument hostile aux Britanniques et aux Anglo-afrikaners, nostalgique des anciens États boers dont il réclame le rétablissement de la souveraineté, le Parti national est partisan de la république et de la rupture des liens économiques et politiques avec la Grande-Bretagne. C’est aussi un parti nationaliste, hostile à toute libéralisation du système « racial » qu’il considère comme attentatoire aux droits politiques des Afrikaners. Il se veut l’expression politique du peuple afrikaner et, en réunissant progressivement l’unité de celui-ci derrière ses candidats, il parviendra un temps à son objectif.

Dans les années 1930, plusieurs mouvements extra-parlementaires extrémistes recrutent au sein de la population afrikaner. Ces mouvements restent marginaux mais leur activisme voyant menace le gouvernement et le Parti national. Celui-ci se scinde en deux formations en 1935, quand l’aile conservatrice refuse de suivre Hertzog dans le Parti uni, fruit d’un rapprochement avec l’Anglo-afrikaner Jan Smuts.

En 1939, le Parti national est brièvement réunifié pour contrer l’entrée de l’Afrique du Sud dans la Seconde Guerre mondiale. Les modérés fondent en 1941 le Parti afrikaner, moins dogmatique envers les anglophones et favorable à l’intégration des métis, peuple de langue afrikaans.

En 1948, le Parti national de Daniel François Malan, allié au Parti afrikaner de Nicolaas Havenga, remporte les élections générales de 1948. Ils mettent en application leur projet de société : l’apartheid.

 Cette politique est menée consciencieusement par les gouvernements de Daniel François Malan 19481954), de Johannes Strijdom(1954 – 1959), puis d’Hendrik Verwoerd (19591966), avec le soutien, à chaque élection de plus en plus massif, des Afrikaners ralliés progressivement par la majorité des anglophones. Le Parti uni, l’opposition officielle, mené par Sir De Villiers Graaff, un afrikaner anobli par la reine d’Angleterre, ne parvient pas à contenir l’hémorragie de ses électeurs essentiellement anglophones.

En 1961, Hendrik Verwoerd donne aux Afrikaners l’occasion de se prononcer en faveur de l’établissement d’une République en Afrique du Sud et d’accomplir le dernier rêve du nationalisme afrikaner. La force démographique dans la communauté blanche et la mobilisation des Afrikaners leur permet de remporter le référendum consultatif face aux anglophones fidèles à la monarchie britannique et de proclamer la république le 31 mai 1961.

Pourtant, une opposition au Parti national prend progressivement de l’ampleur au sein de la communauté afrikaner, notamment sous le mandat de John Vorster (19661978). Ainsi, une opposition progressiste et surtout hostile à la ségrégation raciale émerge à partir de 1974 et trouve un chef de file afrikaner plus efficace, Frederik van Zyl Slabbert. Elle reste cependant très minoritaire au sein de l’électorat afrikaner, tandis que l’effondrement du Parti uni, parti des libéraux conservateurs, contribue au triomphe électoral du Parti national en 1977.

C’est sous le gouvernement de Pieter Botha (19781989) qu’une autre opposition prend aussi de l’envergure, mais celle-ci se constitue à droite notamment parmi l’électorat afrikaner rural qui refuse toute libéralisation de la législation raciale. Issu de l’affrontement au sein du Parti national entre les Verkramptes ( » les Crispés », soit les conservateurs) et les Verlightes (« les éclairés » soit les réformistes) du Parti national, le Parti conservateur est fondé par Andries Treurnicht dans le but de s’opposer à l’ouverture politique aux autres communautés sud-africaines et, sans succès, à l’instauration d’un Parlement tricaméral. En 1987, avec 20 % des voix, le Parti conservateur détrône l’opposition progressiste de son statut d’opposition officielle, démontrant ainsi par ce succès le refus des quelques timides réformes progressistes de Pieter Botha par une partie importante de l’électorat afrikaner.

Lors des élections générales de 1989, le Parti conservateur remporte 45 % des voix de la communauté afrikaner, juste derrière le Parti national (46 % des voix afrikaners), lequel reçoit un soutien désormais majoritaire de la communauté anglophone (50 %). Le nouveau président Frederik de Klerk entreprend alors de rechercher une solution alternative à l’apartheid. Il légalise les mouvements noirs, libère les prisonniers politiques comme Nelson Mandela et entame des négociations constitutionnelles pour une Afrique du Sud post apartheid. À la suite d’une succession d’échecs électoraux au profit du Parti conservateur lors d’élections partielles, il organise un référendum consultatif auprès de la population blanche pour lui demander d’avaliser sa politique. Le 17 mars 1992, la communauté blanche l’approuve à 68,7 % des voix. Les régions afrikaners lui apportent leur soutien mais dans des proportions bien moindres que les régions anglophones. Seul le Nord-Transvaal, peuplé principalement d’Afrikaners et bastion du Parti conservateur, refuse par 59 % des voix de le soutenir.

En avril 1994, en très large majorité, les Afrikaners et les anglophones apportent leur suffrage au Parti national de Frederik de Klerk, lui permettant d’obtenir 20 % des suffrages lors des premières élections nationales non discriminatoires du pays.

Depuis les élections générales sud-africaines de 1999, le vote afrikaner se concentre sur l’Alliance démocratique, un parti libéral-conservateur (issu d’une fusion du parti démocratique et du parti national) dirigé successivement par un anglophoneTony Leon puis par Helen Zille (une Germano-anglophone). Loin derrière, une part minoritaire du vote afrikaner est acquis au Front de la liberté, un parti communautariste. Enfin, une infime minorité a suivi le Nouveau Parti national lors de sa fusion avec le Congrès national africain en 2005. À défaut de pouvoir peser dorénavant politiquement par le biais d’un parti politique, les Afrikaners se sont plus efficacement organisés pour défendre, notamment sur le terrain juridique et par le biais d’associations ou de fondations diverses, la préservation de leurs droits culturels et historiques en tant que groupe ethnique minoritaire d’Afrique du Sud. Ces associations se battent pour préserver l’enseignement en afrikaans dans les écoles, lycées et universités ou pour sauvegarder la toponymie afrikaans liée à l’histoire des Boers.

En mai 2008, c’est en tant que minorité nationale, et après une campagne active menée par le Front de la liberté que les Afrikaners sont intégrés au sein de l’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO), dont l’objet est la lutte pour les droits des minorités, par le biais du lobbying auprès des Nations unies et de l’Union européenne. Les Afrikaners siègent désormais dans cette organisation aux côtés de 70 autres minorités nationales, dont les Aborigènes d’Australie, les Maasaï du Kenya et de Tanzanie, ainsi que les Tibétains.

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Culture

Architecture 

L’architecture sud-africaine de la communauté afrikaner est avant tout marquée par le style hollandais du Cap (Cape Dutch) d’inspirations néerlandaisefrançaiseallemande et indonésienne. Elle constitue la forme d’architecture la plus typique du pays.

Les premières habitations coloniales des Boers étaient des hartbeeshuis dont les murs se composaient de mélanges de branchages, d’herbes, de boue et de bouses de vache. Ce type d’habitation très sommaire abrita les populations blanches les plus pauvres et subsista dans les campagnes jusqu’au début du xxe siècle, comme en témoigne la Mission des Frères moraves d’Elim dans la province du Cap-Occidental.

C’est sur les prospères terres viticoles de la Colonie du Cap que se développa le style hollandais du Cap si caractéristique des plus belles demeures d’Afrique du Sud. Les villes de StellenboschSwellendamTulbaghPaarl et Graaff-Reinet sont les plus représentatives de ce style architectural, qui fut exporté jusqu’au Zimbabwe par les pionniers boers mais aussi britanniques à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle. Formant à l’origine une simple structure triangulaire, ces habitations s’ornèrent progressivement d’arêtes de plâtre moulé aux lignes courbes, celles-ci pouvant évoluer en volutes et spirales. Les façades blanchies à la chaux accentuaient la splendeur de ces demeures sur fond de ciel bleu sud-africain alors que les toits de chaumes étaient un efficace rempart contre la chaleur du climat. Ces maisons évoluèrent au cours des xviie et xviiie siècles. D’abord généralement basses et rectangulaires, elles s’enrichirent d’ailes symétriques séparées par une cour formant un T, un U ou un H.

Quinan House (1901) à Somerset West

À la fin du XVIIIè siècle, les architectes français Louis-Michel Thibault et allemand Anton Areith introduisirent dans l’architecture locale les colonnades, les bas-reliefs et les portiques.

Dans les républiques boers, le style « Cape Dutch » resta la référence architecturale mais à la fin du xixe et au début du xxe siècle, les nouveaux bâtiments publics se parèrent d’éléments inspirés du style wilhelminien originaire du Nord de l’Europe, comme en témoigne le Parlement (Raadsaal) du Transvaal à Pretoria.

Au xxe siècle, le mouvement identitaire afrikaner s’exprima aussi au travers de l’architecture, notamment dans le style néoroman dont Gerard Moerdijk (1890 – 1958) fut l’un des meilleurs représentants. C’est à cet architecte afrikaner considéré comme l’un des plus prolifiques de sa génération que l’on doit plus de 80 églises, qu’il dessina en incorporant des éléments de l’architecture traditionnelle néerlandaise du Cap, mais aussi d’innombrables banques, hôpitaux, hôtels de villes, les bâtiments de l’Université de Pretoria, et le Voortrekker Monument, situé aux abords de la capitale sud-africaine.

Sculpture

 À l’inverse de ses pays voisins comme le Mozambique, l’Afrique du Sud ne présente pas de tradition historique significative dans le domaine artistique de la sculpture. Cet art s’est essentiellement développé au xxe siècle avec des artistes natifs des Pays-Bas comme Anton van Wouw, considéré comme le père de la sculpture sud-africaine et notamment auteur de la fameuse statue de Paul Kruger à Pretoria. Comme beaucoup d’artistes afrikaners, de nombreux sculpteurs, dont les œuvres furent reconnues au niveau international, ont fait connaître leur art par le biais de commandes publiques du gouvernement sud-africain. Ce fut le cas de Coert Steynberg et de Danie de Jager, auteurs de nombreux monuments officiels célébrant les héros ou les symboles de l’histoire afrikaner.

Plus récemment, Andries Botha a réalisé d’importantes sculptures au style tourmenté exprimant puissance et vulnérabilité, inspirées par sa confrontation avec la culture afrikaner dans laquelle il ne se reconnaissait plus. Il s’agissait pour lui d’exprimer ainsi une citoyenneté culturelle avec des créations marquées par le spiritualismechrétien, réalisées à partir de matériaux traditionnels africains.

Peinture

 Les premiers peintres afrikaners étaient avant tout des paysagistes influencés par les impressionnistes européens. Hendrik PierneefHugo Naude ou Willem Coetzer décrivent notamment dans un style particulier, attaché au détail, la beauté des paysages sud-africains dans des couleurs pastels.

À l’exception d’Irma Stern (d’origine allemande), les peintres afrikaners ou blancs en général ne représentaient presque jamais les habitants noirs du pays.

Dans les années 1960, une nouvelle génération menée par Walter Battiss (un anglophone élevé en milieu afrikaner) et Alexis Preller suit timidement l’influence du surréalisme.

Dans les années 1980, la peinture expose des êtres hybrides préfigurant un certain métissage, tandis que David Kuijers reprend dans les années 1990 les thèmes traditionnels de l’art décoratif de la peinture afrikaner.

Littérature

 Ce n’est qu’au début du xxe siècle que se développe réellement la littérature sud-africaine en général et afrikaner en particulier. Dans un premier temps, la vie rurale des Afrikaners est décrite par des auteurs issus de la communauté anglophone ou allemande comme Olive Shreiner (18551920), élevée au cœur de l’Afrique du Sud. Cette sympathisante des Boers s’en prit notamment au cynisme dominateur de l’impérialiste britannique Cecil Rhodes mais aussi à la rigidité du système social afrikaner (The story of an african farm).

Les Afrikaners se dotent d’une société littéraire (Afrikaanse Taalvereniging) en 1907 et d’un prix (le prix Hertzog) en 1914, ainsi que d’une Académie des sciences et des arts (Suid-Afrikaanse Akademie vir WetensKap en Kuns) en 1909.

C’est sous la plume d’Eugène Marais (18711936), de Louis Leipoldt (18801947) et de Jan Celliers (18651940) que se développe la poésie en langue afrikaans. Ces écrivains sont d’abord inspirés par les conséquences néfastes de la Seconde Guerre des Boers et par les souffrances endurées par ces derniers dans les camps de concentration britanniques. Ils sont aussi inspirés par la beauté des paysages sud-africains, l’esprit pionnier des Boers, la religion et la foi en un monde à l’image de Dieu, exprimant dans leurs poèmes et récits leur attachement à la culture paysanne occidentale, au monde chrétien et à ses bienfaits. C’est la période dite du Plaas Roman. En 1927, un poème lyrique en afrikaans de Cornelius Jacob LangenhovenDie Stem van Suid-Afrika, décrivant l’immensité du veld et l’allégeance des pionniers envers leur pays, devient l’hymne national d’Afrique du Sud tandis que Totius, poète et professeur de théologie, s’inspire du calvinisme pour proposer une lecture religieuse de l’histoire des Afrikaners dont les souffrances seraient la preuve de leur élection divine.

À la fin des années 1920, les thèmes consacrés à la guerre et au martyr des enfants boers morts dans les camps anglais s’estompent pour céder la place à une écriture plus intimiste. Toon van der Heever et Eugène Marais s’interrogent notamment sur la destinée des Afrikaners alors que D.F. Malherbe s’inspire de l’histoire des pionniers boers pour proposer une nouvelle morale à suivre aux jeunes générations d’Afrikaners déracinés. Durant cette époque, l’un des thèmes dominants de la littérature afrikaans est la description du déchirement des Afrikaners entre villes et campagnes et l’exaltation de la liberté individuelle et de la frontière.

Dans les années 1930 et 1940, le mouvement des « Dertigters », dont les chefs de file sont N.P. Van Wyk LouwDirk OppermanC. M. van den Heever et Uys Krige, s’interroge sur le sens de la vie et témoigne de l’inquiétude d’un peuple à la recherche de ses repères. L’élite intellectuelle afrikaner est ainsi fermement mobilisée pour lutter contre la massification et pour la défense de ses valeurs et de sa culture.

Dans un registre moins marqué par leurs origines, les Afrikaners Charles Bosman et Laurens van der Post, écrivent en anglais et connaissent une véritable notoriété internationale.

 À partir des années 1960, un certain nombre d’écrivains, les Sestigers, traduisent les angoisses et conflits des Afrikaners modernes. Ils abordent les questions de sexe, contestent la toute-puissance de l’église réformée, sa morale et l’apartheid. Ces jeunes auteurs issus de l’élite intellectuelle des grandes universités sud-africaines ont souvent séjourné en Europe et constaté l’abîme séparant les mentalités sud-africaine et européenne, poussant certains d’entre eux dans le désespoir et la mort, à l’instar d’Ingrid Jonker (19331965). D’autres, comme Etienne Leroux mais surtout André Brink et Breyten Breytenbach remettent en cause l’apartheid par le biais de leur production littéraire (Une saison blanche et sèche…). A contrario, d’autres encore comme Frans Venter traitent de la question « raciale » par le biais du paternalisme (Die Swart Pelgrims) et sont bien accueillis par la presse gouvernementale de langue afrikaans.

En un seul livre, le journaliste afrikaner Rian Malan exprime au monde entier les angoisses identitaires et sécuritaires de son peuple dans son best seller publié en 1991 « Mon cœur de traître ». Dans ce livre, l’auteur exprime l’attachement physique qui le lie à son pays et ses doutes d’Afrikaner progressiste, opposé à la ségrégation raciale, face à l’avènement à la fois espéré et redouté d’un gouvernement à majorité noire à la direction du pays.

Depuis le début des années 1990 et en particulier depuis 1994, des figures politiquement moins engagées comme celles de John Maxwell Coetzee et de Karel Shoeman se sont imposées face aux anciens Sestigers. Alors que Karel Schoeman se concentre sur le passé, s’attachant à illustrer les splendeurs de sa terre natale (En étrange pays), Coetzee décrit la « solitude de l’homme blanc » (En attendant les Barbares) et les angoisses de son pays (Disgrâce). Une nouvelle génération émerge également, proposant un nouveau regard sur la nation afrikaner. Ainsi, dans son livre « Triomf », Marlene Van Niekerk se penche sur la misère des Blancs avant l’avènement du gouvernement multiethnique. Dans Die Reuk van Appels (« L’odeur des pommes »), l’Anglo-afrikaner Mark Behr décrit la mentalité afrikaner et l’apartheid à travers les yeux d’un enfant de 10 ans, fils d’un militaire haut-gradé.

Cinéma

Pendant plus de 70 ans, la production nationale sud-africaine s’est essentiellement limitée à de grandes fresques historiques consacrées aux Afrikaners. Le film symbole de cette période est De Voortrekkers (1916), retraçant l’histoire du Grand Trek.

C’est en 1895 que le premier kinétoscope est apparu en Afrique du Sud et le cinéma danfit alors progressivement son apparition.

En 1913, les différents distributeurs furent regroupés sous le contrôle de la société « African Films » qui fixa les règles de l’industrie cinématographique nationale pendant de longues années. Des épopées historiques furent alors produites comme « De Voortrekkers », « Les mines du roi Salomon » et « Allan Quatermain« .

Dans les années 1950, le réalisateur afrikaner Jamie Uys parvint à produire Daar doer in die Bosveld (3continents.com), un film indépendant, grâce à l’obtention de subventions accordées par des entreprises privées.

À partir de 1956, l’État sud-africain lui-même subventionne les productions nationales censées refléter la société sud-africaine sous le gouvernement d’Hendrik Verwoerd. Sur les 60 films réalisés entre 1956 et 1962, 43 étaient en langue afrikaans, 4 en version bilingue et les 13 restants en anglais (3continents.com. L’industrie cinématographique dominée par les Afrikaners profitait d’un système de subventions préférentiel. Ainsi, à partir de 1962, les capitaux afrikaners prirent de l’importance dans l’industrie cinématographique locale, d’autant plus que le public afrikaner est relativement large et très stable, garantissant presque automatiquement à chaque film de langue afrikaans une carrière assez longue dès lors qu’il apporte un divertissement léger et qu’il traite de manière idéaliste la réalité afrikaner et ses préjugés.

En 1969, le financement, la production et la distribution de films dans le pays se retrouvent aux mains d’une seule grande société, le Suid Afrikaanse Teaterbelange Beperk. Les films en afrikaans se conformant aux valeurs conservatrices bénéficient d’une exploitation suffisante pour être rentables et d’un public fidèle. « Ce conservatisme idéaliste se caractérise par un attachement au passé, aux idéaux de la « pureté linguistique et raciale » et aux normes religieuses et morales ». Ces films n’ont aucune vocation à intéresser un public étranger et l’éventualité de leur exploitation internationale n’a jamais été envisagée. Toute analyse critique de la culture afrikaner était d’ailleurs soigneusement évitée au profit de la présentation d’un stéréotype populaire univoque de l’Afrikaner.

À la fin des années 1960 et dans les années 1970, les films de Jans Rautenbach et Emil Nofal, comme Die Kandidaat (1968), Katrina (1969) et Jannie Totsiens (1970), sont les premiers à traiter du monde afrikaner dans le contexte d’une Afrique du Sud multiculturelle.

À partir de 1976 et de l’avènement de la télévision, des cinéastes de langue afrikaans comme Manie van Rensburg réalisent des fictions et séries de bonne facture pour la télévision nationale et le cinéma, notamment centrées sur la psychologie afrikaner comme « Verspeelde Lente » (1983), « Die Perdesmous » (1982) et « The Native Who Caused All the Trouble » (1989), sur les Afrikaners urbains comme « Die Bankrower » (1973), « Die Vuurtoring » (1984), « Taxi to Soweto » (1991 et sur les racines du nationalisme afrikaner comme « Heroes » (1985), et « The fourth reich » (1990).

 En 1980, la comédie de Jamie UysLes dieux sont tombés sur la tête , réalisée en anglais est exploitée à l’exportation sous licence botswanaise pour cause d’apartheid. Le film connaît un véritable succès international. Des films de caméra cachée sont alors également exploités sur le marché international avec un certain succès par Jamie Uys et le comique Leon Schuster.

Les années 1980 marquent la fin de la domination du cinéma en langue afrikaans avec « Broer Matie » de Rautenbach, « Mamza » de Johan Blignaut, « Fiela se Kind » de Katinka Heyns, et la série « Veldslag » (1990) supplantée par la production anglophone (la mini-série « 1922 » consacrée à la l’insurrection du Rand fut ainsi réalisée en anglais).

Si le cinéma en afrikaans se raréfie relativement, les comédiens et cinéastes d’origine afrikaner font cependant carrière dans la langue de Shakespeare. Si Sandra Prinsloo est pendant une dizaine d’année la comédienne sud-africaine retenue pour les coproductions internationales de films et de séries tournés en Afrique du Sud, l’acteur Arnold Vosloo et surtout l’actrice Charlize Theron mènent une carrière hors de leurs frontières nationales à Hollywood.

Durant les années 2000, des courts métrages comme Triompheer de Jan-Hendrick Beetge et des films comme Promised Land par Jason Xenopoulos (2002), continuent de sonder l’inconscient des Afrikaners. Ainsi Promised Land, tiré d’un roman de Karel Shoeman, décrit le retour d’un expatrié afrikaner sur sa terre natale, située dans une région rurale désertique, où il est confronté à des Afrikaners en état de déshérence sociale et psychologique et nostalgiques de l’apartheid. Ce film, qui connaît alors un succès relativement important en Afrique du Sud, est le premier long-métrage sud-africain utilisant la technologie offerte par la caméra numérique à haute définition. Il est aussi perçu par la communauté blanche comme un film destiné aux Noirs. Cependant, durant les années 2002 et 2003, aucun de ces films n’est tourné en langue afrikaans

Au début des années 2010, le sursaut et à la mobilisation de l’industrie cinématographique afrikaner autour de la langue afrikaans et de sa culture, permet que 40 % des productions sud-africaines soient des productions afrikaners le plus souvent tournées en afrikaans. En 2012-2013, le cinéma afrikaner affiche ainsi le record de 17 films sortis en salle, des films qui sont pour la plupart des œuvres de divertissement. Ce sursaut provient notamment de la fréquentation importante des salles de cinéma par les Afrikaners, concomitamment au développement de la télévision privée en afrikaans sous la tutelle d’institutions dotées comme DStv.com.

Musique et danse

 La musique afrikaans traditionnelle comme la « Boeremusiek » est musicalement similaire à la musique folk américaine.

L’opéra possède une certaine importance dans la culture des Afrikaners ; plusieurs chanteurs de classe mondiale continuent d’émerger d’Afrique du Sud.

La chanson en afrikaans la plus célèbre est Sarie Marais (1900), d’ailleurs adaptée de la mélodie américaine « Ellie Rhee » datant de la guerre de Sécession. Sarie Marais relate la nostalgie des Afrikaners pour leur Transvaal sur fond de guerre des Boers.

Si les Afrikaners n’avaient pas de danse folklorique propre, la Volkspele émergea en 1914, inspirée de danses traditionnelles suédoises.

En 2006, le général boer Koos de la Rey fut le sujet d’une chanson à succès d’un jeune chanteur afrikaner, Bok van Blerk, chanson qui valut à son auteur un double disque de platine. Elle eut un impact important sur la communauté afrikaner en pleine recomposition de son identité. Certains y virent une apologie de l’ère des Afrikaners alors que d’autres se déclarèrent surpris par la profondeur des paroles. L’écrivain afrikaner Rian Malan déclarait notamment que l’impact émotionnel de la chanson De La Rey reflétait fidèlement les sentiments profonds de beaucoup de Blancs qui se sentaient exclus de la nouvelle Afrique du Sud51. Le refrain sans équivoque manifestait l’absence de leadership afrikaner en politique et appelait au rassemblement des Boers autour d’une nouvelle figure charismatique symbolisée par celle du général De la Rey. En février 2007, le clip illustrant la chanson a été titré « meilleure vidéo musicale de l’année » par MK89, la chaîne satellitaire de musique à dominante afrikaans.

Festivals

Depuis 1994, le Klein Karoo Nasionale Kunstefees à Oudtshoorn et, depuis 1998, le Aardklop festival à Potchefstroom démontrent la vivacité de la culture de langue afrikaans par le biais de spectacles de rues, de cabarets, de musiques, de danses ou d’art visuel drainant chaque année plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, majoritairement afrikaners.

Sport

 Le rugby est le sport national de la communauté blanche en général et des Afrikaners en particulier. Plus que tout autre sport, il fut un miroir de la société civile et politique et fut par conséquent dominé par les Afrikaners. Le rugby a même fini par devenir un symbole sportif constitutif de leur identité nationale presque au même titre que l’appartenance à l’Église réformée hollandaise.

C’est le Springbok qui a donné son nom à l’Équipe d’Afrique du Sud de rugby à XV, deux fois championne du monde, en 1995 et 2007. Cet emblème a longtemps été perçu comme un symbole de la domination des Blancs dans le rugby sud-africain.

Les Afrikaners ont en effet toujours été sur-représentés au plus haut niveau des instances dirigeantes du rugby sud-africain, avec des personnalités telles que Danie Craven (ancien capitaine, entraîneur et président de la Fédération sud-africaine de rugby) ou Louis Luyt. L’équipe nationale elle-même fut à l’image de la communauté blanche et ses plus grands capitaines comme Morné du PlessisNaas Botha, Francois Pienaar étaient aussi des Afrikaners.

Dès les années 1920, les Afrikaners ont donné au rugby, sport importé par les Britanniques, une place toute particulière. En même temps, le rugby jouait un rôle intégrateur entre les communautés anglaise et afrikaner. En effet, les Afrikaners ont vite pratiqué intensivement le rugby dès le collège. Ils trouvaient dans ce sport un corollaire aux fondements identitaires du peuple afrikaner fondés sur le rude mode de vie des Boers. L’Université de Stellenbosch, de langue afrikaans, symbolisa la stratégie des élites afrikaners quand elle devint rapidement une pépinière de joueurs de rugby et que la South African Rugby Board fut dirigée par des membres du Broederbond. Ainsi, entre 1960 et 1972, sur un total de 58 rencontres, les 52 titulaires du capitanat springbok étaient des Afrikaners membres du Bond52.

À partir de 1984, la Fédération internationale de rugby se joignit à un embargo sportif contre l’Afrique du Sud en raison de sa politique ethnique. Dorénavant, les Springboks ne pouvaient plus se déplacer à l’étranger pour se confronter à des équipes nationales ni en recevoir. Pour les Afrikaners, le rugby est un symbole si fort que, de toutes les sanctions sportives imposées contre l’Afrique du Sud, son boycott fut sans doute le plus douloureusement ressenti.

Pourtant, les Sud-Africains contournent l’embargo et, lors du centenaire de la Fédération sud-africaine de rugby, Dannie Craven parvient à monter une tournée mondiale avec des joueurs étrangers invités « à titre individuel » à venir jouer dans une équipe ad hoc contre les Springboks.

En 1992, l’embargo fut levé à la suite de l’abolition officielle de l’apartheid en juin 1991.

 En 1995, lors de la Coupe du monde de rugby, la victoire finale des Springboks est marquée par le geste symbolique de Nelson Mandela revêtant le maillot du capitaine afrikaner Francois Pienaar.

Une politique de discrimination positive menée à partir de 1995 par la mise en place de quotas, obligeant chaque équipe de province, à chaque niveau et pour chaque tranche d’âge, à intégrer un certain nombre de joueurs de couleurs (noirs, coloureds ou indo-asiatiques), est cependant mal ressentie par la population afrikaner et par les instances sportives provinciales dirigées par cette communauté. Le rugby se retrouve encore symboliquement au centre de la résistance au changement de la société sud-africaine blanche, qui considère cet épisode comme faisant partie d’une « campagne visant à se débarrasser des Afrikaners et à détruire leur culture ». Le président de la Fédération sud-africaine de Rugby, Louis Luyt, finit même par démissionner et fonder un parti dévoué à la cause afrikaner, l’Alliance fédérale.

En 2007, 21 des 30 sélectionnés de l’équipe des Springboks lors de la Coupe du monde de rugby étaient des Afrikaners, parmi lesquels Schalk Burger et François Steyn. L’équipe remporta la coupe du monde pour la seconde fois de son histoire.

Témoignage

« Ils étaient racistes, très attachés à la terre, et généreux. Envers les Noirs aussi. J’ai vu une famille dans son jardin qui fabriquait un cercueil pour la bonne noire – mon entourage de gauche n’aurait pas passé un samedi après-midi à faire ça ; ils auraient donné de l’argent à la famille. Mais tout en construisant le cercueil, ils faisaient des blagues pour savoir si la bonne allait rentrer dedans. S’il fallait couper les jambes pour que ça tienne. C’est une contradiction qui dit notre histoire. »

— Témoignage de David Goldblattphotographe anglophone sud-africain, à propos de fermiers afrikaners, au début des années 1960 (Le Monde du 6 juillet 2006)

« Je partage avec d’autres, noirs, bruns, blancs, cet endroit de la terre où ma mère et mon père sont enterrés, et mes grands-parents, et leurs ancêtres, depuis des générations et des générations. Cela signifie que nous nous sommes assimilés par près de quatre siècles de vie sur ce continent, et qu’en retour nous avons assimilé ces siècles dans nos os et notre sang : les rythmes de sécheresse et d’inondation, les famines et l’abondance, les cruautés inhumaines et les meurtres et les privations, les rires et l’amour, la pitié et la générosité. Tout ceci a eu un prix, et nous l’avons payé parfois de mauvaise grâce ou même avec ressentiment, souvent avec joie et bonne volonté. »

— Témoignage de l’écrivain afrikaner André Brink affirmant son droit à continuer à vivre en Afrique du Sud en 2008 en dépit de la situation politique et sociale du pays.

Autres personnalités afrikaner

 Nombre de patronymes afrikaners sont d’ascendance française huguenote. Parmi ceux-ci, on peut citer le joueur de rugby à XV Pieter de Villiers, joueur du Stade français et de l’Équipe de France, ainsi que Daniel François Malan, ancien premier ministre, Eugène Terreblanche, dirigeant du mouvement d’extrême droite AWB, Constand Viljoen qui est une déformation en afrikaans du nom français Villon, ou encore l’actrice Charlize Theron.

Romans  historique

James MichenerL’Alliance (Thant (nove Covenel) (en)), 1980, édition française Points, 1986

Wilbur Smithles romans consacrés à la saga des Courtney [archive] (Quand le lion a faimCoups de tonnerreLa Piste du chacalLes feux du désertLe Royaume des tempêtesLe Serpent vertLe Dernier SafariLa Piste du renard)

Filmographie

Tant que soufflera la tempête (1955), film d’Henry King avec Tyrone Power et Susan Hayward

Bonne espérance (1989) euilleton français avec Jean-Pierre Bouvier et Agnès Soral

Pour tout l’or du Transvaal (1979), feuilleton franco-belgo-sud-africain avec Yves Rénier et Sandra Prinsloo

Une saison blanche et sèche (1989), film réalisé par Euzhan Palcy, avec Donald Sutherland

La Puissance de lange (1992), film de John G. Avildsen, avec Stephen Dorff et Morgan Freeman

In My Country (2004), film de John Boorman, avec Samuel L. Jackson et Juliette Binoche

Red Dust [archive] (2004) de Tom Hooper, avec Hilary Swank.

The Heart of Whiteness (2005), film documentaire de Rehad Desai

Au nom de la liberté (2006), film de Phillip Noyce, avec Tim Robbins

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Film Grâce à Dieu de François Ozon

Grâce à Dieu

De François Ozon

Avec Melvin Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud

Film français :2019.

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« Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales ! Il est inévitable qu’arrivent les scandales ; cependant, malheureux celui par qui le scandale arrive ! » (Mt 18, 6-7)

 

« Y a-t-il prescription ou pas ? Prescription juridique peut-être, le droit va le dire. La majorité des faits grâce à Dieu sont prescrits, et certains peut-être pas », déclarait en mars 2016 le cardinal Barbarin lors d’une conférence de presse à Lourdes dans le cadre de la Conférence des Evêques de France.

« Grâce à Dieu la majorité des faits sont faits sont prescrits » permet de comprendre le titre du film puisqu’il reprend les paroles mêmes du cardinal. Ce sont des paroles qui furent malheureuses et reprises en boucle parce qu’elles semblaient dire que l’affaire était maintenant réglé ! Un malentendu qui ne fera qu’amplifier  ce que l’on appelle « l’affaire Preynat ou « l’affaire Barbarin »

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Ce qui sera à l’origine de toute cette affaire, puis de l’Association « La Parole libérée » c’est lorsqu’Alexandre assiste à une messe et voit que le prêtre qui officie n’est autre que le Père Preynat, ce même prêtre qui l’a abusé lorsqu’il était scout au groupe Scout Saint-Luc à Lyon et que c’était ce prêtre qui en était l’aumônier. C’est alors qu’il prend contact avec l’archevêché pour dire son histoire et comprendre :  pourquoi ce prêtre a-t-il toujours un ministère et pourquoi le montre-t-on toujours entouré d’enfants ?  Après ses rencontres avec la personne chargée de prendre son témoignage et sa rencontre avec Mgr. Barbarin il espère qu’une sanction sera prise ; quand ses espoirs de voir la hiérarchie réagir fermement s’avèrent vains il décide de porter plainte auprès du Procureur de la République.

Cette plainte va attirer l’attention de la presse locale. Une fois publiée cette information va attirer l’attention d’autres adultes également victimes.  D’autres victimes vont alors parler et le film se concentre particulièrement sur François, Emmanuel et Gilles qui vont de leur côté mener le combat contre le silence. Ce combat passe d’abord par la prise de parole : grâce aux flashbacks l’on voit comment le prêtre attirait ses victimes ; là seuls les voix-off disent les faits (le seul fait de ne rien montrer donne davantage de force à ces témoignages). Tous ces adultes qui ont vu leur vie basculée un jour ou l’autre par la faute du Père Preynat espèrent un temps une réaction énergique  de la part du diocèse : ils veulent être reconnus comme victimes car si certains sont bien sortis d’autres n’ont jamais pu se reconstruire (à l’image d’Emmanuel qui vit de petits boulots et dont la vie sentimentale est un échec). Sous la pression de François ils vont créer une association : « La Parole libérée ». L’association va amener d’autres victimes à parler, à se libérer de ce douloureux passé jusqu’à la mise en examen du Père Preynat.

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Mais ce ne sont pas seulement les victimes qui sont touchées. Les familles aussi sont maintenant concernées car ces révélations ne sont pas sans conséquences : des familles se déchirent, les couples ne sont pas épargnés non plus. Certains parents  avaient réagit en retirant leurs enfants du scoutisme ou en alertant l’archevêque du moment ; d’autres ont préféré faire comme si rien ne s’était passé et garder le silence. Cette chape de plomb explose en plein vol et personne n’est épargné : comme cette mère de famille qui dit : « Tout le monde savait ! » ou « Je regrette de n’avoir rien dit ! » cela en dit long !

Si le film est surtout concentré sur la genèse de l’association « La parole libérée » et son combat et si l’église en tant qu’institution est absente c’est son silence qui est bien omniprésent.  Un silence d’autant plus pesant que les faits remontent aux années qui s’écoulent entre 1980 et 1990 et dont a hérité le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002.  C’est aussi l’absence de réaction de la hiérarchie qui est au mise en accusation  parce qu’il en était ainsi à cette époque : au mieux le prêtre coupable était déchargé de ministère auprès des enfants, au pire il était simplement muté dans une autre paroisse !

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Le film s’il montre ceux qui ont brisé le silence on peut regretter que la parole ne soit pas donnée aux responsables ecclésiastiques : en effet, mise à part le cardinal Barbarin et ceux qui l’assistent, aucun représentannt du diocèse de Lyon n’est là  pour dire ce qu’ils ont fait ou dit ; et c’est dommage car cela aurait été l’occasion d’un grand film ! On peut aussi regretter que l’acteur qui joue le rôle de l’archevêque soit au début du film quelque peu caricatural : une scène le montre de dos remontant la nef centrale de sa cathédrale dans une démarche majestueuse, l’autre scène le montre bénissant la ville de Lyon avec le Saint-Sacrement de façon ostentatoire. On pourra aussi s’interroger sur la pertinence des prières (dont le Notre Père) à l’issue de la rencontre entre Alexandre et le Père Preynat ; si cela est véridique, il semble que cela n’était en aucun cas pertinent dans le contexte : comment une victime peut-elle pardonner si l’autre ne demande pas pardon ? D’ailleurs tout au long du film le prêtre ne semble pas avoir pris la mesure de ses actes : « J’ai toujours eu un problème avec les enfants ! » dit-il. Et il ajoute : « Ils le savaient tous ! »

Le film fera sans doute date dans l’histoire de l’Eglise de France dans la mesure chacun pourra prendre conscience du poids du silence et de ses ravages car ce problème ne concerne pas seulement l’église en tant que telle mais toutes les institutions de la société. Mais le film n’épargnera personne dans l’Eglise parce qu’elle porte en elle pour la plupart des gens – et même les incroyants –  une part de sacré : ni le clergé ni les laïcs. Les laïcards pourront peut-être se réjouir et trouver de bonnes raisons de la combattre, certains catholiques s’écrier que l’on veut détruire l’Eglise mais il permet au moins de se poser des questions sur le rapport entre laïcs et prêtres (à ce titre il faut se rappeler la Lettre du Pape François aux catholiques du monde entier et aussi les paroles de Mgr Pontier (1)

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Au final, ce film – malgré ses limites – ne peut laisser personne indifférent à ce que représente l’Eglise : une institution comme une autre ou bien tellement plus ? On sort de cette séance d’environ une heure et demie à la fois en colère, en plein désarroi mais en même temps solidaire de cette Eglise. C’est un film qui dérange, qui bouscule et qui ne peut aussi amener à s’interroger sur sa propre foi : l’on voit à la fin du film François qui veut se faire « débaptiser », Alexandre qui affirme qu’il faut rester à l’intérieur de l’Eglise, ne rien répondre quand l’un de ses fils lui demande « Papa crois-tu en Dieu ? » ; et cette scène finale où l’on voit Emmanuel qui regarde Notre-Dame de Fourvière. Si la question reste ouverte pour eux, cette question reste posée aussi au spectateur !

 C’est donc un film qui dérange mais qui peut être salutaire : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ; si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie. Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps ». (1 Cor 12, 26-27).

©Claude-Marie T.

24 février 2019.

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Note : ce que déclare Mgr Pontier

Le silence autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes estime Mgr Pontier, Président de la Conférence des Evêques de France, dans un entretien au Journal du Dimanche (17 février 2019).

« Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie [religieuse] n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler. C’est un péché collectif », estime le président de la Conférence des évêques de France (CEF). « Il existe une vénération de l’Eglise qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole », ajoute-t-il.

 

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 « Grâce à Dieu » : de parole et de chair

 

« Grâce à Dieu », le film de François Ozon tire son nom d’une phrase ambiguë du cardinal Barbarin à propos des actes pédophiles perpétrés par le père Preynat dans le diocèse de Lyon et qui ont été dénoncés par l’association La Parole libérée. Au-delà des questions que pose la sortie d’un film et de ses choix de scénario alors que le jugement des faits dont il se fait l’écho n’a pas été prononcé, le film de François Ozon atteint une profondeur et une vérité remarquables.

À vrai dire cela avait mal commencé. Par cet imbroglio juridique laissant planer un doute sur la sortie du film de François Ozon relatant la terrible affaire de pédophilie du diocèse de Lyon. En effet, le père Preynat ne sera pas jugé avant décembre 2019 ou janvier 2020. Quant au cardinal Barbarin ou à Régine Maire, psychologue travaillant bénévolement pour le diocèse, mis en cause pour non-dénonciation de crimes sexuels, le verdict tombera le 7 mars. La justice a tranché en ne retardant pas la sortie du film. Dont acte. Il n’en reste pas moins qu’en montrant à l’écran des protagonistes de cette affaire alors que le jugement à leur égard n’a pas été prononcé, tout cela ressemble bien à un déni de la présomption d’innocence. Mais cela est derrière nous.

Un malaise, mais un grand film

Un film se juge en tant que film et non parce ce qu’il défend ou attaque nous plaît ou nous hérisse. Au demeurant, il est assez clair que dans cette affaire il y a des victimes avérées, un coupable qui ne nie pas les faits, et des silences terribles. La question n’est pas de savoir si François Ozon veut attaquer l’Église catholique comme se demandent certains. D’ailleurs il déclare que ce n’est pas le cas, et on peut lui en faire a priori crédit. La question est de savoir s’il s’agit d’un bon film. Difficile de décréter ex-cathedra ce qu’est un bon film. Pour ma part, je dirais sommairement qu’il doit être juste et vrai. C’est-à-dire qu’il doit traiter l’histoire, ses personnages, par des procédés de mise en scène ajustés à ce que commande la réalité de cette histoire et de ces personnages. Est-ce que le geste cinématographique de François Ozon est ajusté à ce qu’il raconte, aux personnages que sa caméra montre ? Telle est la question, avec cette idée sous-jacente que derrière les corps visibles sur l’écran, il y a l’âme des personnages, que derrière les paroles il y a les silences, qu’au-delà du cadre il y a aussi une réalité invisible mais réellement présente.

Et il est vrai que cela continuait mal puisque d’emblée on sent un malaise. Est-on dans un documentaire sur l’affaire Preynat ou dans une fiction ? Rarement la petite phrase que l’on voit apparaître sur l’écran au début d’un film expliquant qu’on est dans une fiction (« fiction basée sur des faits réels ») aura paru aussi mal ajustée ! Car François Ozon hésite entre documentaire et fiction. En soi ce n’est pas un problème et cela a produit d’immenses films (au hasard ceux de Schoendoerffer ou de Dardenne). Mais ici c’est bancal. Alors qu’on parle de faits qui ne sont pas jugés, François Ozon tour à tour se veut tout près de la chronique de la réalité, en s’appuyant sur des événements avérés et vérifiables (jusqu’aux emails de Régine Maire qui sont les vrais), et s’aventure par ailleurs à porter une forme de jugement puisqu’au terme du film, il apparaît au spectateur que le cardinal Barbarin a été réellement fautif dans cette affaire : or cela repose en l’espèce sur des choix de scénario ou de mise en scène et non sur des faits irréfutables, ce qui pose un problème éthique, le jugement n’ayant pas été rendu. Ce malaise, le spectateur un peu averti le ressent durant tout le film, d’autant que Philippe Barbarin et Régine Maire sont cités sous leur vrai nom (de même que Preynat, ce qui, avouons-le, ne suscite pas la même compassion). Or, les victimes apparaissent sous des noms d’emprunt et cette dichotomie entretient quelque chose de faussé. En amont, François Ozon d’ailleurs fait le choix assumé de ne rencontrer que les victimes. Et pourtant, avec tous ces handicaps au départ, ce n’est pas un film à charge, un film à thèse ou à sensation, c’est bien autre chose : un grand film.

Le drame universel de la pédophilie

De fait, malgré ces prémices biscornues, bien en phase avec les films de François Ozon que j’ai trouvé souvent par le passé artificiels et factices (Swimming-Pool ou Huit femmes, par exemple), le résultat est un film d’une justesse, d’une force et d’une émotion rares. Au point que les réserves que j’ai faites en préambule, sautent comme des digues de carton face à l’incroyable vérité de ce que nous voyons à l’écran plus de deux heures durant. En dépit de cette ambiguïté initiale (doc ou fiction), c’est le drame universel de la pédophilie, ici incarnée à Lyon, qui surgit de ce film avec une justesse absolue. Et plus spécifiquement le drame du silence et de la souffrance qui emmurent les victimes, lézardent les familles, fissurent les couples avant que la parole ne vienne les libérer. Avec une agilité incroyable dans le scénario, François Ozon montre comment la parole se déploie, à quel point cette libération est contagieuse et son mouvement impossible à arrêter. François Ozon nous donne à voir une parole qui donne vie, qui redonne vie à ceux sur qui l’indicible a fait peser une chape de mort. Une parole qui s’incarne, qui se fait chair dans les corps qui revivent et que l’on pourrait presque toucher, celui du grand bourgeois catho (Alexandre) joué par Melvil Poupaud, de l’athée en colère (François, Denis Menochet) et du fragile funambule Emmanuel (Swann Arlaud).

Face à cette parole de vie, il y a les paroles pétrifiées d’un cardinal et celles entravées d’une psychologue, paroles qui semblent résonner comme lettre morte. Dans une scène terrible de confrontation entre le prêtre pédophile et sa victime (Alexandre), alors même que le prêtre n’a pas formulé la demande de pardon attendue, la psychologue se livre à un geste aussi inapproprié que violent : la récitation du Notre Père par les trois protagonistes qui sont invités ou obligés à se tenir par la main. C’est comme un nouveau viol venant s’ajouter aux abus précédents. Alexandre n’arrive pas à prononcer les mots qui ne passent pas sa bouche : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Avec cette incroyable confusion du psychique et du spirituel, ces paroles de vie, ces paroles de Celui qui est la Vie, semblent mortes.

La question de l’abus de pouvoir

À ce moment-là, on comprend que ce film est tout autre chose qu’un règlement de compte contre qui que ce soit. C’est un film qui prend le parti de la vie contre la mort, cette mort qui résonne particulièrement dans le cercle familial où la loi du silence a régné et a laissé derrière elle une bave d’amertume. La scène d’un repas de Noël où François se déchire avec son frère aîné, chacun étant incapable de comprendre la souffrance de l’autre née de la même source, cette scène magistrale est une épiphanie de la douleur qui permet à la vérité de voir enfin le jour, sans aucun manichéisme du réalisateur. C’est d’ailleurs une des forces du film, et sa justesse, que de montrer aussi les failles des victimes, jusqu’aux tensions au sein de la Parole libérée. Avec une sorte de vertigineuse mise en abîme.

Car si l’on regarde bien Grâce à Dieu, très pudique sur tout ce qui a trait au sexe, on voit bien que, comme l’a très bien montré Véronique Margron, derrière l’abus sexuel, il y a toujours l’emprise d’une personne en position de puissance ou d’autorité. Et dans tous ces cercles que montre le film, (couple, famille, association), on sent que la question du pouvoir sur l’autre est également présente. Ce film montre au fond que cette question des abus sexuels sur mineurs est d’abord celle de l’abus de pouvoir, mais aussi celle de la défaillance du pouvoir. Cela arrive hélas, on le sait, trop couramment dans l’Église, mais aussi dans le cercle familial. Celui qui doit assurer l’autorité légitime met la main indûment sur l’autre, pour prendre contrôle sur lui ; celui qui aurait dû donner la loi et permettre la juste parole, impose sa violence et le silence qui va avec ; celui qui devait protéger soumet (le prédateur) ou n’intervient pas (la hiérarchie, la famille).

Jamais abandonnés

Grâce à Dieu vient, d’une manière particulièrement juste, démonter ces mécanismes mortifères et donner à voir le retour à la vie que rend possible la parole qui se libère enfin. Ce serait erroné de penser que parce qu’une des victimes, l’athée François, demande se faire débaptiser, le film serait à la charge de l’Église. Par cette crucifiante protestation qui divise ses amis de La Parole libérée, François vient témoigner du fait que ces gestes mortifères peuvent aller jusqu’à une mort spirituelle que notre foi peut espérer non définitive et transfigurée dans le Christ. À ce stade on est au bord du gouffre et la dernière parole du film pose bien la question cruciale : « Papa, crois-tu encore en Dieu ? » François Ozon choisit de ne pas faire répondre Alexandre. La fin est donc ouverte, laissant le spectateur libre de répondre en lui-même. Pour ma part, j’ai vu dans le sourire d’Alexandre, un regard d’amour inconditionnel pour son fils qui est le reflet de l’amour inconditionnel du Père, du Père non défaillant.  Et j’ai vu et dans le dernier plan du film sur la statue de la Vierge de Fourvière qui a veillé sur mon enfance, la certitude que, même si nous ne le savons que bien tard, nous ne sommes jamais abandonnés au triomphe du Mal, même lorsqu’il officie en habit d’autorité. Grâce à Dieu.

Site Aleteia

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 Efficace, très documenté, ce film-enquête dénonce les abus sexuels commis sur des enfants par un prêtre lyonnais, et le silence persistant de l’Eglise catholique face au scandale.

Où est passé le François Ozon chabrolien, le satiriste de la famille bourgeoise française ? Cette fois, l’auteur de 8 Femmes et Dans la maison filme sans ironie des Lyonnais aisés, catholiques pratiquants et bien peignés. Tout son cinéma en paraît changé. L’explication s’impose vite : les personnages existent réellement, le film, très documenté, raconte leur histoire vraie et évoque des faits graves, les nombreuses agressions sexuelles commises par un prêtre sur de jeunes scouts, pendant les années 1980. En outre, la justice n’a pas encore rendu son verdict. 

Jusqu’ici, à travers ses comédies, le cinéaste s’en prenait beaucoup à la figure du père — comme dans Potiche, où Fabrice Luchini n’en finissait pas de perdre des plumes. Avec ce film-ci, il cible le père, mais au sens clérical du terme. En l’occurrence le père Bernard Preynat (interprété par un Bernard Verley remarquable), contre qui convergent les accusations des enfants, devenus des adultes. François Ozon brocardait l’arrogance et le pouvoir masculins. Il dénonce aujourd’hui la pédophilie de certains prêtres : entreprise à la fois plus subversive (le sujet reste tabou au sein de l’Eglise) et plus consensuelle — toute la société civile s’indigne de ce fléau. Le style de Grâce à Dieu oscille entre ces deux tonalités.

C’est un film-dossier impeccablement orchestré, qui suscite une empathie immédiate pour ses trois personnages principaux. Alexandre (Melvil Poupaud), père de famille nombreuse, quadragénaire et croyant, est le premier à se manifester auprès du diocèse de Lyon pour dénoncer les attouchements répétés dont il fut victime, trente ans auparavant. Reçu par le cardinal Barbarin (François Marthouret), il constate, ensuite, l’absence totale de sanctions contre le père Preynat et décide de porter l’affaire en justice. Puis François (Denis Ménochet), autre ancienne proie du prêtre, contacté par la police, entre en scène et crée une association, La Parole libérée. C’est ainsi qu’il rencontrera Emmanuel (Swann Arlaud), le plus jeune et le plus brisé des trois. La dramaturgie, qui fait passer tour à tour au premier plan les trois hommes, permet au film d’accumuler l’énergie et la tension, en variant les points de vue. La maîtrise du cinéaste se retrouve tout autant dans les détails. Avec minutie, François Ozon décrit le quotidien de chacun, son entourage, et fait apercevoir les dommages à long terme, psychologiques ou physiologiques, des agressions subies autrefois. Il montre la culpabilité ou, étrangement, le ressentiment de certains proches, jaloux de l’attention sans fin accordée à la victime. Le drame de la pédophilie est analysé jusque dans ses paradoxes : tel ancien scout se souvient avoir été, d’abord, flatté par l’affection débordante du père Preynat, et avoir éprouvé le sentiment d’être élu par lui.

Parmi les rares films marquants sur ce sujet, Grâce à Dieu emprunte surtout à Spotlight, de Tom McCarthy (2015). L’efficace thriller américain racontait la mise au jour, par des journalistes de Boston, d’un immense scandale d’abus sexuels, dans le silence assourdissant de l’Eglise. François Ozon en a même placé l’affiche sur un mur de commissariat lyonnais. Le cinéaste reste, en revanche, à distance du romanesque débridé et désespéré de La Mauvaise Education, de Pedro Almodóvar (2004), l’autre référence majeure. Une furtive et magnifique scène s’en rapproche pourtant : peu avant sa confrontation avec le père Preynat, Alexandre, entré dans une église déserte, reconnaît son ancien prédateur en train de prier. Il redevient aussitôt un enfant terrorisé (tout se lit sur le visage de Melvil Poupaud) et prend la fuite…

Ce film n’est pas un brûlot antireligieux : ses personnages débattent sans cesse de la foi, certains farouchement athées, d’autres croyants. Mais la charge contre la hiérarchie épiscopale s’y révèle d’autant plus virulente qu’elle évite toute caricature. Comédiens subtils, mise en scène mesurée : il suffit à François Ozon, pour faire mal, de s’appuyer sur des déclarations officielles et des propos authentiques. Ainsi les mots du cardinal Barbarin lors d’une conférence de presse : « Nous sommes confrontés à des faits anciens, et grâce à Dieu, tous ces faits sont prescrits. » Cette effarante maladresse, à l’origine du titre du film, appelle, à elle seule, bien des éclaircissements et, pourquoi pas, les éclairages du cinéma.

https://www.telerama.fr/cinema/films/grace-a-dieu,n6083802.php

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L’Association « La Parole libérée »

« La Parole libérée »  est une association loi 1901 créée le 17 décembre 2015. Elle constitue un espace d’expression et de soutien aux victimes des actes de pédophilie qui se sont déroulés au sein du Groupe Saint Luc de 1970 à 1991. Les acteurs malheureux de cette période étaient des enfants, restés pour la plupart muets, incompris et seuls face au comportement déviant d’un prêtre à l’aura et au charisme trompeurs.

Aujourd’hui ce sont des hommes dont la parole, enfin, se libère de la chape silencieuse sous laquelle certains adultes les avaient confinés. Les objectifs principaux de cette association sont d’enfin faire reconnaître les traumatismes que ces enfants ont subis et dont ils portent encore les fêlures, mais aussi de lever le voile sur la responsabilité de l’Archevêché de Lyon qui n’a peut-être pas pris les mesures à la hauteur de la gravité des actes commis.

Source le site « La Parole libérée »

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  1. Ce que dit le Droit

1.1. Les Textes

 

En 1917, le Code de Droit Canon condamnait déjà de manière explicite tout abus sexuel commis par des clercs sur des mineurs (Canon 2359,2).

En effet, le Canon 2359 § 2 disposait « S’ils ont commis un délit contre le sixième commandement avec des mineurs de moins de seize ans, ou pratiqué adultère, viol, ‘bestialité’, sodomie, excitation à la prostitution ou inceste avec ses consanguins ou alliés au premier degré, ils doivent être suspendus, déclarés infâmes, privés de tout offices, bénéfice, dignité ou charge qu’ils pourraient avoir, et dans les cas les plus graves ils doivent être déposés. »

En 1962, le « Saint-Office » (qui deviendra la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à la suite du concile Vatican II) adresse à tous les « Patriarches, Archevêques, Évêques et autres Ordinateurs locaux » la lettre Crimen Sollicitationis – qui reprend, d’ailleurs, l’essentiel d’un document similaire déjà adressé confidentiellement en 1922 aux évêques.

Rédigée par le cardinal Alfredo Ottaviani, et approuvée par le pape Jean XXIII, cette lettre vise à compléter le Code de Droit Canon existant et établit, notamment, la procédure à suivre dans le cas où les prêtres de l’Eglise catholique se rendraient coupables d’abus sexuels sur mineurs, « qu’ils aient eu lieu dans le cadre de la confession ou de tout autre façon ».

Par ailleurs, d’après ce document, tout catholique doit obligatoirement dénoncer aux autorités ecclésiales une faute de cette nature commise par un prêtre.

Le 30 avril 2001, le Motu proprio «Sacramentorum sanctitatis tutela», a réservé la compétence de l’instruction des délits les plus graves (lesDelicta Graviora) – et notamment la question des prêtres accusés d’actes pédophiles – à la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Enfin, en novembre 2014,un collège spécial est créé auprès de cette dernière pour examiner les recours des prêtres accusés d’un Delictum Gavius. Son président est Monseigneur Charles Scicluna, Archevêque de Malte.

1.2. Les sanctions

Pour évoquer ces dernières, nous nous appuyons sur une interview de Mgr Charles Scicluna donnée le 13 mars 2010 au journal « L’Avvenire » §.

A cette date, Mgr Scicluna était « Promoteur de justice » de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En fait, il [était] le Ministère public du tribunal de la congrégation en charge d’enquêter sur les Delicta Graviora, les crimes que l’Eglise considère comme les plus graves, ceux commis contre l’Eucharistie ou le secret de la confession, ou bien des viols sur mineurs de la part du clergé. »

Lorsque le journaliste de « L’Avvenire » lui demande ce qu’il se passe lorsqu’un prêtre est accusé d’un Delictum Gravius il répond que « si l’accusation est vraisemblable, son évêque est contraint d’enquêter tant sur l’objet de la démarche que sur sa validité. Si l’enquête préliminaire confirme l’accusation, il n’a plus le pouvoir d’agir et doit transmettre le dossier au Bureau disciplinaire de notre congrégation. »

Le Motu proprio «Sacramentorum sanctitatis tutela» précise en effet que le prêtre peut être convoqué devant un tribunal ecclésiastique. En cas de faits avérés, et notamment de pédophilie, il peut être suspendu de la célébration des sacrements ou même être soumis à la dégradation (démis de ses fonctions et réduit à l’état laïc).

Dans cette interview, Mgr Scicluna indique par ailleurs que sur les 300 cas de pédophilie que la Congrégation pour la doctrine de la foi a eu à traiter entre 2001 et 2010, dans 20 % des cas le procès, pénal ou administratif, s’est déroulé sous notre supervision dans le diocèse de compétence. Dans les 60 autres %, principalement à cause de l’âge avancé des accusés, on n’engage pas de procès mais des mesures disciplinaires sont prises à leur encontre, comme l’interdiction de célébrer la messe en public et de confesser, ou l’obligation de conduire une vie retirée et de pénitence. S’il y a eu dans cette catégorie des cas particulièrement médiatisés, il ne s’est absolument pas agi d’absolution. S’il n’y a pas eu de condamnation formelle, la réduction au silence et à l’obligation de prière a tout son sens. ». Et pour les 20% restants « pour la moitié, celle des cas particulièrement graves, agrémentés de preuves indubitables, le Pape a pris la douloureuse responsabilité de la réduction à l’état laïque. Il s’agit d’une mesure extrême mais inévitable. Pour l’autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevé de leurs devoirs sacerdotaux. On compte parmi eux les prêtres trouvés en possession de matériel pédo-pornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile. »

 

1.3. Sur la prescription

Selon Mgr Scicluna, il apparaît qu’« avant 1889, le principe de la prescription pénale était étranger au droit de l’Eglise. C’est seulement avec le Motu Proprio de 2001 qu’on a introduit pour les crimes graves une prescription de dix ans. Pour les délits sexuels, la décennie commence au dix-huitième anniversaire de la victime. »

Mais comme « la pratique a montré que ce terme décennal n’est pas adapté à ce type d’affaires [il serait] bon de retourner au système précédent fixant l’imprescriptibilité de ces Delicta Graviosa. Ceci dit, le 7 novembre 2002 Jean-Paul II a concédé à la Congrégation pour la doctrine de la foi une faculté de dérogation au cas par cas, à la demande motivé de l’évêque intéressé. Elle est généralement accordée ».

1.4. Sur la transmission du dossier à la justice civile

Rappelons que les articles 434-1 et 434-3 du Code Pénal disposent que lorsque quelqu’un a connaissance d’un crime ou de faits précis concernant notamment des attentes sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans, il doit en informer la justice.

La seule exception à ce principe concerne les personnes tenues a secret professionnel.

Néanmoins la loi a prévu une exception à l’exception, notamment pour les attentes sexuelles infligées à un mineur (article 226-13 du Code Pénal).

En conséquence, si la révélation des faits a eu lieu hors confession il existe une obligation de recourir à l’autorité judiciaire.

Mgr Scicluna précise par ailleurs à ce sujet que « Dans les pays de culture juridique anglo-saxonne, mais aussi en France, les évêques prennent généralement connaissance des crimes commis par leurs prêtres hors confession, ce qui les oblige à recourir à l’autorité judiciaire. C’est une situation grave car ces évêques sont comme un parent contraint à dénoncer son fils. Dans ces cas, nous recommandons de respecter la loi civile. »

Que se passe-t-il lorsque l’aveu des faits a lieu lors d’une confession?

Le dispositif légal permet aux prêtres de passer outre et Mgr Scicluna précise encore que « dans ces situations la congrégation n’oblige pas les évêques à dénoncer leurs prêtres, mais elle les encourage à inviter les victimes à dénoncer leur bourreaux. Nous encourageons les évêques à fournir à ces victimes toute l’assistance nécessaire, et pas strictement spirituelle. Dans le cas récent d’un prêtre condamné par un tribunal civil italien, c’est la congrégation qui a suggéré aux dénonciateurs réclamant une procédure canonique d’alerter la justice civile. Ceci dans l’intérêt des victimes et pour éviter de nouveaux actes délictueux. »

Cette position est conforme à celle de la Conférence des Évêques de France qui dans sa brochure publiée en 2003 « lutter contre la pédophilie » précise sur ce point qu’ « un prêtre qui reçoit les confidences de l’auteur d’un crime ou d’un délit doit tout mettre en œuvre  pour que celui-ci assume ses responsabilités tant à l’égard de la victime, qu’à l’égard de la société et se confie donc à la justice.»

 

 

AFRIQUE DU SUD, APARTHEID (régime d'), DESMOND TUTU (1931-....), FILM FORGIVEN, FILMS, NELSON MANDELA (1918-2013), ROLAND JOFFE

Film Forgiven

Film Forgiven

Roland Joffé

Drame, Afrique du Sud – Janvier 2019

Avec Forest Whitaker, Eric Bana, Jeff Gem

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En 1994, à la fin de l’Apartheid , Nelson Mandela nomme L’archevêque Desmond Tutu président de la commission Vérité et réconciliation : aveux contre rédemption. Il se heurte le plus souvent au silence d’anciens tortionnaires. Jusqu’au jour où il est mis à l’épreuve par Piet Blomfield , un assassin condamné à perpétuité. Desmond Tutu se bat alors pour retenir un pays qui menace de se déchirer une nouvelle fois …

 

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Forgiven, le nouveau film poignant du réalisateur de Mission

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Habitué des sujets empreints de vérité, comme Mission (palme d’or à Cannes en 1986) et La Déchirure sur le génocide cambodgien, le réalisateur Roland Joffé, déjà oscarisé a encore visé juste au sujet de l’Afrique du sud.

En 1994, l’Afrique du sud vient à bout de l’Apartheid, laissant un peuple divisé, exsangue, les Noirs d’un côté, les Blancs de l’autre. La guerre civile risque de s’enflammer. Caméra steadicam au poing, l’image est vive, urgente, pour capter le mouvement suscité par la commission « Vérité et Réconciliation » lancée par Nelson Mandela. L’archevêque Desmond Tutu en a la charge. Lourde et ô combien salutaire pour la population. Il ne peut alors que s’appuyer sur sa foi quand il se confronte au meurtrier raciste Piet Blomfeld, qu’il rencontre en prison pour espérer obtenir sa repentance, en échange de sa libération. un affrontement qui a de quoi le faire douter pourtant…

Le pardon au-delà de l’irréparable

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Tourné dans la prison même où Nelson Mandela fût enfermé durant plusieurs années, le film plonge au cœur de la violence, mais aussi de celui de la liberté. Car Roland Joffé n’a choisi que des acteurs anciennement détenus qui, pour certains, étaient sortis six mois plus tôt pour illustrer la population carcérale. Eric Bana (MunichStar Trek) incarne impeccablement l’assassin sans états d’âme. Face à lui, Forest Whitaker (Le dernier roi d’ÉcosseLe Majordome) revêt avec beaucoup d’aisance l’humilité, l’humour et la force intérieure de Tutu.

C’est à l’intuition de Nelson Mandela que l’on doit une telle démarche de réparation pour la souffrance du peuple africain. Mais aussi au peuple lui-même, qui encouragea la commission tout comme nombre d’entre eux ont pardonné aux Blancs pour leurs atrocités. Un exemple qu’ont tenté de suivre des pays sud-américains depuis, sans succès. La conviction sans faille de Desmond Tutu prit le relais de ce mouvement vers le pardon, pour la porter vers la réussite, en tendresse et en vérité. Pour expliquer le mécanisme du pardon, le réalisateur s’est attaché à suivre des chemins individuels. Celui de Bloomfeld, d’une mère qui recherche toujours le corps de sa fille disparue, mais aussi celui de Tutu lui-même, en un sens, qui tente de ne pas tomber dans le piège du renoncement. À force de confrontation à la souffrance, bien vite, le choix se pose entre la violence et l’amour.

Le sacrifice est-il un amour comme les autres?

Le tour de force de Roland Joffé est de ne jamais tomber dans un manichéisme primaire, illusoire et stérile. C’est en nous saisissant par la brutalité de la haine qu’il vient nous chercher dans nos zones d’ombres et nous guider vers le pardon, accordé à Bloomfeld. Un geste d’altérité et tout est effacé, renouvelé, sauvé. La prison est bientôt ce symbole d’un pays soumis à la division et à la corruption, où le plus faible peut renverser le rapport de force en choisissant de faire taire sa violence. Pourtant la fin ne manque pas de complexité, quand le sacrifice se mêle à la vengeance, pendant que le pardon d’une mère nous terrasse par son débordement d’humanité et son courage. Et l’on se demande si le sacrifice est un amour comme les autres, s’il en est un, quand tout un chacun ne peut lui donner le même sens que le Christ.

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Ce film est poignant, il marque, comme de nombreux films du réalisateur anglais, dont certaines scènes ne s’oublient plus une fois qu’on les a vues, comme pour nous obliger à laisser éclairées nos consciences.

https://fr.aleteia.org/2019/01/08/forgiven-le-nouveau-film-poignant-du-realisateur-de-mission/

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Tout ce que  le film dit de la haine ségrégationniste et du Pardon suggéré par le titre est contenu dans un face-à-face qui ne constitue qu’une part infime d’un scénario desservi par sa durée.

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L’argument : En 1994, à la fin de l’Apartheid , Nelson Mandela nomme L’archevêque Desmond Tutu président de la commission Vérité et réconciliation : aveux contre rédemption. Il se heurte le plus souvent au silence d’anciens tortionnaires. Jusqu’au jour où il est mis à l’épreuve par Piet Blomfield , un assassin condamné à perpétuité. Desmond Tutu se bat alors pour retenir un pays qui menace de se déchirer une nouvelle fois …

Notre avis : Rassurez-vous si vous n’avez pas lu le synopsis et ne savez pas où vous mettez les pieds, Roland Joffé a pensé à vous et a placé, en ouverture de son nouveau film, un carton qui nous rappelle le contexte historique dans lequel celui-ci s’inscrit. Peut-être il y a-t-il encore, 25 ans plus tard, des spectateurs qui ne savent rien de la période délicate qu’ont été les premières années de la présidence Mandela dans un pays qui sortait à peine de plusieurs décennies de « développement séparé ». Pour ceux-là, Joffé aurait sans doute gagné à utiliser son scénario pour développer cette contextualisation et introduire le personnage de Desmond Tutu. Au lieu de ça, la diégèse ne nous fournit en fin de compte que très peu d’informations supplémentaires sur cet archevêque propulsé à un poste-clef de la politique post-apartheid. A travers un flashback émouvant, qui ouvre le long-métrage puis reviendra à plusieurs reprises, c’est sur l’autre personnage présent sur l’affiche, le tueur Piet Blomfield (« Blommie » pour les intimes), que le film veut nous en faire savoir davantage. Mais, on pourrait tout à fait résumer l’ensemble à la rédemption de Blomfield mise en parallèle avec la remise en question de Tutu.

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Ces deux arcs narratifs, d’ordre purement moraux, convergent inévitablement lors des scènes de dialogues entre les deux personnages, incarnés par Forest Whitaker et Eric Bana. Or, ces échanges, au cours desquels la tension atteint son paroxysme et où les deux acteurs font preuve de tout leur talent, ne représentent pas plus de deux petites dizaines de minutes. Soit très peu sur l’ensemble, qui compense son intensité bien moindre dès lors que les deux protagonistes sont séparés, par, au mieux, quelques passages purement introspectifs, ou, d’un côté, une enquête policière assez superficielle ou, de l’autre, un peu de violence carcérale qui frôle la caricature. De quoi nous faire regretter que Joffé n’ait pas opté pour une structure construite entièrement sur le dialogue entre Blommie et Tutu, dans l’esprit de Garde à vue de Claude Miller. Ainsi, en nous faisant suivre ce qui entoure les deux conversations sans réussir à bâtir d’autres enjeux que de savoir lequel des deux hommes sera le premier à craquer lors leur prochaine rencontre, Joffé ne parvient à répondre à la délicate question du caractère pardonnable ou non de certains crimes. Le twist final en arrive même à confondre le Pardon, au sens le plus biblique du terme, et la peine de mort.

On est donc bien loin des deux œuvres majeures du réalisateur, que furent Mission (1986) et La Cité de la joie (1992) qui parvenaient à nous offrir, malgré leurs défauts respectifs, un dépaysement dans de beaux paysages exotiques couplé à une étude approfondie de leurs personnages aussi charismatiques que tourmentés. Dans Forgiven, le cinéaste franco-britannique, désormais âgé de 73 ans, ne consacre que peu de scènes (hormis le flashback du début) aux beaux paysages que lui offre la région, et au potentiel de ses interprètes, qui se partagent de courtes saynètes pauvres en empathie, pour rendre tangibles les doutes qui traversent leurs personnages.
On n’en retiendra donc au final uniquement les deux scènes de confrontation par le dialogue, interprétées avec une réelle intensité émotionnelle et où sont condensées les difficultés de revenir sur plusieurs siècles de haine xénophobe, mais filmées dans un banal champ-contrechamp. La fadeur dont fait preuve le réalisateur malgré son sujet potentiellement explosif peut donc nous permettre d’affirmer qu’il a échoué son come back dans le genre de la fresque historique, qui avait pourtant autrefois fait sa gloire.

https://www.avoir-alire.com/forgiven-la-critique-du-film

 

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Desmond Tutut

Nationalité : Afrique du Sud
Né(e) à : Klerksdorp , le 07/10/1931
Biographie :

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Desmond Mpilo Tutu est un archevêque anglican sud-africain qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1984.
Deuxième des trois enfants de Zacheriah Zililo et Aletta Tutu, Desmond Mpilo Tutu est né à Klerksdorp dans la province du Transvaal. Son père est instituteur et sa mère, femme de ménage et cuisinière dans une école pour aveugles.
Desmond Tutu fait ses études dans la ville de Johannesburg. Il veut dans un premier temps devenir médecin, mais de telles études coûtant trop cher pour sa famille, il se destine à devenir instituteur, tout comme son père. De 1951 à 1954, il étudie et commence à enseigner en 1954 au Johannesburg Bantu High School. Mais il démissionne en 1957, pour protester contre la mauvaise qualité de l’enseignement donné aux noirs.
Il décide alors de s’orienter vers la théologie. Il est ordonné prêtre de l’Église anglicane en 1961 et devient l’aumônier de l’université de Fort Hare. Fort Hare est à l’époque une des seules universités pour les noirs d’Afrique du Sud et d’Afrique australe ; les principaux dirigeants actuels du pays y ont étudié. Desmond Tutu obtient en 1966 une maîtrise en théologie au King’s College de Londres, et retourne ensuite en Afrique du Sud, où il travaille comme professeur de théologie.
De 1972 à 1975, il revient en Angleterre, où il est le vice-directeur du Theological Education Fund of the World Council of Churches (TEF), à Bromley dans le Kent. Nommé doyen du diocèse de Johannesburg en 1975, il est le premier noir à occuper ce poste. Il devient évêque du Lesotho (1976-78), puis premier secrétaire général noir du Conseil œcuménique d’Afrique du Sud (1978-85).
Après l’assassinat, en 1977, de Steve Biko, fondateur du Black Consciousness Movement (Mouvement de conscience noire) et l’un des organisateurs des manifestations de Soweto (réprimées par la police, elles dégénèrent en émeutes), Tutu fit le prêche lors de ses funérailles. Durant toutes ces années, il n’a cessé de faire passer son message de paix et de non-violence au cours de sermons et de prédications qui rassemblent des foules immenses et qui furent des temps fort de la lutte pacifique menée contre les gouvernements afrikaners. il est nommé Archevêque du Cap, pour l’église anglicane d’Afrique du Sud, devenant le premier Noir à occuper cette fonction.

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APARTHEID.

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Régime de ségrégation systématique des populations de couleur, en Afrique du Sud. La complexité du peuplement de l’Afrique du Sud explique l’établissement de l’apartheid en système de gouvernement à partir de 1913. Malgré une forte pression intérieure et extérieure, il se maintient jusqu’en 1991.

  1. Le peuplement de l’Afrique du Sud

1.1. Des Bochimans aux Boers

Les premiers habitants attestés du territoire actuel de l’Afrique du Sud sont les chasseurs-cueilleurs khoisans (Bochimans et Hottentots). Au xvie siècle apparaissent les Bantous, qui se fixent plus au sud.

Dès 1652, le Hollandais Jan Van Riebeeck établit le premier comptoir européen en Afrique australe, à Table Bay (aujourd’hui un quartier du Cap), destiné servir d’escale aux navires de la Compagnie hollandaise des Indes. Peu après, la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV (1685) provoque une émigration importante de huguenots français vers l’Afrique australe. Leur arrivée coïncide avec le début de l’esclavage des Noirs ; les Européens gagnent ensuite l’intérieur du pays.

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Les pionniers hollandais (les Boers, « paysans » en néerlandais) s’implantent ainsi dans l’Est, où ils affrontent les Bantous.

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1.2. Le Grand Trek

Au cours du xixe siècle, les Boers se heurtent aux Britanniques, à qui le congrès de Vienne (1814) a attribué Le Cap. Les Boers leur reprochent une politique jugée trop favorable aux Noirs, notamment à la suite de l’abolition de l’esclavage par la Grande-Bretagne en 1833.

Afin de préserver leur mode de vie, les Boers amorcent à partir de 1834 un mouvement migratoire vers l’intérieur du pays, le Grand Trek.. Ils chargent cet exode d’une forte signification biblique, affirmant être les nouveaux Hébreux, le peuple élu en route pour la Terre promise. Ce sentiment d’élection divine marquera durablement la population huguenote franco-hollandaise et déterminera pour une bonne part l’évolution historique ultérieure de cette partie du monde.

À la suite du Grand Trek, les Boers fondent le Transvall (1852) et l’Etat libre d’Orange 1854).

1.3. De la guerre des Boers à l’Union sud-africaine (1899-1910)

La fin du xixe siècle est marquée par la découverte dans les Républiques boers de gisements d’or et de diamants qui attirent des immigrants britanniques (uitlanders) vers l’intérieur du pays. De nombreux conflits éclatent au sujet de la propriété du sol. La guerre des Boers qui s’ensuit éclate en 1899 et, suite à la victoire britannique, s’achève avec la confirmation officielle en 1902 de la souveraineté britannique sur l’Union sud-africaine.

L’ensemble du territoire devient en 1910 un dominion de l’Empire colonial britannique, l’Union sud-africaine, où se juxtaposent le système libéral anglais dans les anciennes colonies britanniques et les fortes traditions religieuses des premiers immigrants calvinistes, hollandais et français, qui se nomment eux-mêmes les Afrikaners, dans les deux républiques afrikaners vaincues en 1902.

1.4. La montée du nationalisme afrikaner (1910-1931)

Sous l’impulsion du National Party– et alors que se développent l’exploitation minière et l’industrie manufacturière grâce aux capitaux britanniques –, le fort sentiment antibritannique des Afrikaners se maintient durant l’entre-deux-guerres. Ceux-ci cherchent à compenser leur faiblesse économique en adoptant une stratégie d’accession aux divers échelons du pouvoir politique. Leurs efforts sont couronnés de succès lorsqu’un gouvernement boer nationaliste, présidé par James Hertzog (1924-1939), parvient à faire reconnaître par le Royaume-Uni l’autonomie du pays (1926), le statut de Westminster (11 décembre 1931) supprimant toutes les réserves qui restreignaient encore son pouvoir législatif, mais conservant le statut de dominion.

  1. L’apartheid, système de gouvernement

2.1. Les premières mesures de ségrégation raciale (1913-1948)

Le gouvernement met en place une politique de ségrégation raciale inspirée des premières lois ségrégatives édictées dès 1913 et nourrie, d’un côté, par le désir de revanche et de reconnaissance sociales éprouvé par les Afrikaners, et, de l’autre, par les traditions religieuses des premiers Boers.

À partir de 1921, les mesures ségrégationnistes se multiplient et sont étendues à l’ancien Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie), sur lequel l’Union sud-africaine a reçu en 1920 un mandat de la Société des Nations Unies (SND).

En 1927, la loi Hertzog prohibe tout rapport sexuel hors mariage entre Blancs et Noirs. Dans les années 1930, la récession attise les conflits entre Noirs et fermiers blancs, qui aspirent à trouver du travail dans les villes. Afin de faire de l’Afrique du Sud une nation de Blancs, le gouvernement Hertzog (1924-1939) cherche à concentrer les Noirs dans des réserves. Ni les Noirs ni les métis n’ont le droit de vote.

2.2. La relance de la politique ségrégationniste (1948-1956)

En 1948, le National Party, grand vainqueur des élections législatives, instaure la politique du « développement séparé des races ». Cette doctrine entérine un état de fait en le dotant d’une légitimité juridique. L’année suivante, le gouvernement nationaliste du pasteur Malan étend en 1949 l’apartheid à la population d’origine indienne (qui s’est installée, à la fin du xixe siècle, dans la région de Durban et de Port-Élisabeth).

Au cours des années 1950, le gouvernement fait adopter une nouvelle série de mesures discriminatoires. Ainsi, en 1952, le Native Act n°67 impose à tous les Noirs âgés de 16 ans et plus de porter sur eux en permanence un pass book (laissez-passer) contenant leurs pièces d’identité et un certificat d’origine tribale. En 1953, le Bantu Labour Act interdit aux Africains de faire grève et de se syndiquer. C’est ensuite, en 1956, l’Industrial Conciliation Act qui interdit les syndicats ouvriers mixtes.

2.3. Les bantoustans, instruments de la ségrégation

Répondant au souci de pousser encore plus loin la ségrégation raciale, le Promotion of Bantu Self-Government Act permet en 1954 de créer dix « nations noires » artificielles, dites bantoustans.. Sous le mandat de Verwoerd (1958-1966), le Parlement adopte une loi favorisant l’autodétermination bantoue et projetant l’indépendance des dix bantoustans africains. Elle est réalisée en 1976 pour le Transkei, , suivi du Bophutatswana (1977), du Venda (1980) et du Ciskei (1981).

Ces « États », qui ne seront jamais reconnus par la communauté internationale, sont alors surpeuplés (74 % de la population noire), fragmentés et dotés de ressources limitées. Neuf millions de Noirs, appartenant aux groupes ethniques associés aux bantoustans, ont perdu de facto la citoyenneté sud-africaine. En 1964, le Bantu Law Amendment Act prive les Africains de leurs droits en dehors des bantoustans et, en 1968, l’interdiction des mariages mixtes s’étend jusqu’à l’invalidation de ceux qui sont contractés à l’étranger.

2.4. La montée des tensions interraciales (1960-1979)

En 1960, une révolte des Noirs contre le système des passeports intérieurs est réprimée dans le sang et débouche sur le massacre de Sharpeville. Renforçant alors sa politique répressive, le gouvernement interdit, le 8 juin 1960, les mouvements d’opposition à l’apartheid nés dans les années 1950 sous l’influence du Congrès national africain   (African National Congress, né en 1912) dont le président Albert Luthuli reçoit le prix Nobel de la paix, ou d’autres mouvements comme le Pan African Congress (PAC).

« Soweto vit, l’apart-haine tue »

Face à l’inflexibilité du pouvoir blanc, la lutte s’intensifie : une branche armée clandestine de l’ANC est créée en décembre 1961. Nelson Mandela, l’un de ses dirigeants les plus influents, est arrêté en 1962 et condamné à la prison à perpétuité en 1964.

Entre-temps, l’Union sud-africaine s’est retirée du Commenweath, qui avait condamné l’apartheid, et la République d’Afrique du Sud a été proclamée le 31 mai 1961. À partir de 1975, le mouvement SWAPO développe son action pour obtenir l’indépendance de la Namibie. Enfin, en 1976, de violentes émeutes éclatent à Soweto et dans d’autres townships, qui provoquent la mort de 400 personnes.

  1. Vers la fin de l’apartheid (1991)

3.1. Des signes d’apaisement (1979-1985)

Sous l’effet d’une très active opposition intérieure et des pressions de la communauté internationale, les gouvernements qui se succèdent sous la présidence de Peter Willem Botha (1978-1989) légalisent les syndicats noirs en 1979, autorisent les partis politiques multiraciaux en 1985, suppriment les quotas appliqués par les industries afin de limiter le nombre de travailleurs noirs, ainsi que la loi interdisant les mariages mixtes.

3.2. Les insuffisances de la détente (1985-1989)

Ces mesures, cependant, ne parviennent pas à contenir les mouvements de protestation des Noirs contre le régime. Pour mettre fin aux violences envers les policiers et les Noirs qui coopèrent avec les Blancs, ainsi qu’entre membres de groupes politiques ou ethnolinguistiques rivaux – essentiellement zoulous –, le gouvernement impose l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire entre septembre 1984 et juin 1986. Le président Botha reconnaît néanmoins que le concept d’apartheid est dépassé.

L’année 1985 est marquée par de graves émeutes dans les townships (notamment à Crossroads, en mars 1985). Peu après (janvier 1986), Botha est amené à annoncer la fin de l’apartheid pour apaiser les esprits. La même année disparaissent les laissez-passer réglementant les mouvements d’immigration vers les villes.

Frederik De Klerk

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En 1987, le gouvernement propose un remaniement du Group Areas Act, loi qui était à l’origine de la ségrégation raciale dans les zones urbaines. Mais la nouvelle Constitution refuse toujours le droit de vote à la majorité noire lors des élections nationales, et n’accorde que des droits limités aux métis et aux Indiens.

3.3. La fin de l’apartheid (1991)

En 1989, Botha démissionne de la présidence et cède la place à Frederik Willem De Klerk à  qui fait libérer Mandela (février 1990), légalise l’ANC et fait abolir l’apartheid par le Parlement (juin 1991). Dans l’intervalle, le 21 mars 1990, a été proclamée l’indépendance de la Namibie, dirigée par la SWAPO. Malgré les affrontements violents entre l’ANC et les Zoulous de l’Inkatha, animés par Mangosuthu Buthelezi, et la résistance des milieux blancs extrémistes, une nouvelle Constitution est adoptée en décembre 1993. Pour assurer la transition, on y propose la formation d’un gouvernement d’union nationale regroupant les représentants des principaux partis.

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3.4. Mandela président (1994)

Les premières élections multiraciales et démocratiques d’avril 1994, auxquelles l’Inkatha, après avoir longtemps hésité, accepte finalement de participer, assurent la victoire de l’ANC, avec 60 % des suffrages, sur 27 partis en lice. Le NAtional Party de Frederik De Klerk est la deuxième force du pays (20 %), ralliant non seulement la majorité des Blancs, mais aussi celle des lndiens et des métis. Buthelezi garde le contrôle du Natal, fief des Zoulous.

Le 9 mai, les 400 députés du nouveau Parlement portent Mandela à la présidence de la République, Thabo Mbeki et F. De Klerk devenant vice-présidents. L’apartheid est alors définitivement enterré. Mais la stabilité du pays reste menacée par l’épidémie de sida, de très grands écarts de fortune et de fortes tensions sociales et inter-ethniques.

 

Afrique du Sud. Histoire

CHRONOLOGIE

1976 Les athlètes africains ne participent pas aux jeux Olympiques de Montréal pour protester contre la politique d’apartheid en Afrique du Sud.

1985-1986 Émeutes antiapartheid en Afrique du Sud. L’état d’urgence est décrété, et plusieurs pays prennent des sanctions économiques.

1990 En Afrique du Sud, libération de N. Mandela, leader du mouvement antiapartheid ANC (African National Congress), emprisonné pendant 28 ans.

1991 En Afrique du Sud, abolition des dernières lois régissant l’apartheid (juin).

1994 Les premières élections multiraciales en Afrique du Sud mettent fin au régime d’apartheid ; N. Mandela, devient président de l’Afrique du Sud. Massacres et guerre civile au Rwanda.

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Nelson Mandela (1918-2013).

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Biographie de Nelson Mandela


Nelson Rolihlahla Mandela est né dans l’ancien Bantoustan, en Afrique du Sud. Son père était l’un des chefs de l’ethnie Xhosa. Après avoir obtenu un diplôme en droit en 1942 à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg, il entre à l’
ANC (l’African National Congress) qui est alors un parti politique modéré de la bourgeoisie noire.

Avec Oliver Tambo, Nelson Mandela fonde le premier cabinet d’avocats noirs en Afrique du Sud, puis, en mars 1944, crée la Ligue de la jeunesse de l’ANC (Youth League). Au moment où l’apartheid est « officialisé » par le premier ministre sud africain Daniel Malan en 1948, Nelson Mandela et Olivier Tambo parviennent à accéder à la tête de l’ANC avec la Ligue de la jeunesse.

Après plusieurs années de lutte contre l’Apartheid, d’arrestations et de procès, Nelson Mandela est condamné en 1964 avec sept de ses compagnons à la prison à vie pour sabotage, trahison et complot. Durant toute sa captivité, il refuse d’être libéré contre le renoncement public à la lutte anti-apartheid. En 1986 ont lieu des rencontres avec les autorités qui le placent en résidence surveillée à partir de 1988.

Nelson Mandela est finalement libéré le 11 février 1990 après avoir passé 27 ans et demi en prison. Le gouvernement sud africain légalise le Parti communiste et l’ANC dont Mandela devient le président en 1991.

En 1993, avec le président De Klerk, il reçoit le prix Nobel de la paix. Les premières élections pluralistes et multiraciales ont lieu en 1994. L’ANC remporte une très large victoire. La même année, Nelson Mandela est investi Président de l’Afrique du Sud, poste qu’il occupe jusqu’en 1999 pour laisser la place à Thabo Mbeki.

Nelson Mandela crée en 1999 la Fondation Nelson Mandela et se consacre à la lutte contre le sida après la mort de son fils en 2005.

 

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Apartheid

 Définition de l’apartheid

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Etymologie : de l’afrikaner, séparation, mis à part.

L’apartheid est le nom donné à la politique de ségrégation raciale conduite en Afrique du Sudpar la minorité blanche à l’encontre de la majorité noire.

Mis en place en 1948 par le Parti national, l’apartheid est fondé sur le développement séparé des populations et fut pratiqué jusqu’en 1991. Il est la traduction dans les institutions d’une politique de ségrégation raciale empirique existant en Afrique du Sud depuis la création de la colonie du Cap en 1652. Cette politique est la conséquence de l’angoisse historique des Afrikaners, blancs d’origine non anglophones, essentiellement néerlandais, d’être submergés par la multitude de la population noire environnante.

La ségrégation portait sur les aspects économiques, géographiques (création des bantoustans) et sur le statut social en fonction des origines ethniques   et raciales.

La population était répartie en quatre groupes raciaux distincts :

les Blancs, environ 20% dont 3/5 d’Afrikaners et 2/5 d’anglophones,

les Indiens (environ 3%), descendants des coolies recrutés à partir de 1860 pour les plantations de canne à sucre. 

les Coloured (ou métis), environ 9 % de la population

les Noirs ou Bantous, près de 70 % de la population, se répartissant entre différentes ethnies, les plus importantes étant les Xhosas et les Zoulous.


Par extension, l’apartheid désigne un régime où une partie de la population subit une discrimination et une exclusion fondée sur des critères de races, d’ethnies ou de religions. Les populations ne disposent pas des mêmes droits et certains lieux ou emplois sont réservés à une partie seulement d’entre elles.

 

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DROITS DE L'HOMME, FILM LES TEMPS DES EGARES, FILMS, IMMIGRATION, LE TEMPS DES EGARES, MIGRANTS, RENCONTRES CINEMATOGRAPHIQUES DES DROITS DE L'HOMME, SECOURS CATHOLQIUE

Film Le temps des égarés

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LE TEMPS DES ÉGARÉS

Le temps des égarés

De Virginie Sauveur

Avec Claudia Tagbo, Biyouna, Jean-Pierre Lorit

Date de sortie mai 2018 (Arte)

Drame français

Salon-de-Provence le 9 février à  17h00 au Cinéma Les Arcades (Place Gambettta – Tarif 5 €)

Une ancienne réfugiée, devenue traductrice de l’OFPRA, extorque sans scrupules les demandeurs d’asile pour inventer les récits de leurs vies. Film proposé par la CIMADE. Débat avec la scénariste, Gaëlle Bellan, et Marie Hélène Desfours, avocate spécialisée en droits des étrangers.

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SYNOPSIS ET DÉTAILS

Ancienne réfugiée, Sira est traductrice pour l’OFRPA, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’Asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres qui vont avoir raison de son cynisme.

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http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=258776.html

 

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Le temps des égarés

Sur Arte

“Le Temps des égarés”, un conte ultra-contemporain sur les réfugiés

Dans une fiction sur Arte, la réalisatrice Virginie Sauveur raconte avec humanité les épreuves qui attendent les migrants à leur arrivée en France. Et fustige ceux qui en profitent : en traductrice corrompue, la comique Claudia Tagbo se révèle impériale.

Ils sont un essaim, collés les uns aux autres dans la pénombre inconfortable d’un container. Ils sont une enfilade de silhouettes floues, courant à contre-jour vers l’eldorado qu’ils se sont imaginé. Un homme sort du lot qui s’éloigne et s’arrête. Dans son sac en plastique, le strict nécessaire : un bout de savon, une brosse à dents et un texte de Cyrano de Bergerac. Il commence une toilette de chat dans la mer, relève la tête, fixe la caméra. Maintenant, semble-t-il nous dire, regardez-moi dans les yeux et écoutez mon histoire.

Récits d’exilés à vendre

Ainsi commence Le Temps des égarés, sorte d’épopée contemporaine dans laquelle des héros venus de l’autre côté de la Méditerranée réussissent les exploits successifs de débarquer en France, de tracer leur chemin jusqu’à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et, le cas échéant, de convaincre ceux qui les écoutent qu’ils méritent le droit d’asile. C’est à ce dernier stade de leur parcours que, dans ce téléfilm réalisé par Virginie Sauveur (Virage Nord), tout se joue.

Aider les réfugiés à dire l’indicible

« Quand j’ai découvert que le récit délivré à l’Ofpra, à l’écrit et à l’oral, primait sur les éventuelles pièces matérielles[souvent manquantes ou sujettes à caution, ndlr], j’ai immédiatement pensé à ceux qui, traumatisés ou craignant encore des représailles, n’étaient pas capables de raconter leur histoire », explique la scénariste Gaëlle Bellan. Dans la réalité, il arrive que des escrocs profitent des détresses pour faire commerce de leurs récits, qui fonctionnent tant que leur répétition ne saute pas aux oreilles des agents qui les collectent.

Dans la fiction, une traductrice (Claudia Tagbo) sature de billets de banque son existence vide de sens en vendant aux réfugiés les mots qui leur serviront de sésame. Gare à celui qui pense pouvoir s’en passer : rien n’est moins contestable que la chronique d’une destinée…

La réalité rejoint la fiction

Née il y a une dizaine d’années, l’idée de cette fiction mettant en scène des réfugiés (un terme que Gaëlle ­Bellan préfère à celui de « migrants ») trouve son aboutissement au moment où la loi asile-immigration, fraîchement votée, durcit les conditions d’entrée en France. « Lors d’une première projection du film, en janvier, un spectateur a fait remarquer que la présence d’une petite fille dans un centre de rétention n’était pas réaliste, poursuit la scénariste. L’un des personnages précise d’ailleurs que celle-ci est arrivée là “par erreur”. Or, désormais, ce cas de figure est parfaitement possible. » Désireuse de proposer « un film documenté mais pas documentaire », elle a rencontré des anciens agents de protection de l’Ofpra, et assisté à des audiences de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pour rendre chaque situation incontestable.

Loin pourtant d’asséner un propos, Le Temps des égarés ressemble plutôt à un conte, dissimulant derrière ses protagonistes mille pistes de réflexion. De la traductrice impénétrable à l’humaniste égoïste, tous ont de bonnes raisons d’agir comme ils le font ; tant pis s’ils se montrent cruels quand on attend de la bienveillance, ou vénaux quand on les espère moraux… Surtout, ils ne sont plus la masse indistincte qu’évoquent les journaux ou les textes de loi, mais des individus dotés de visages et confrontés à des dilemmes, qui suscitent réflexion et empathie.

A contre-emploi, l’humoriste Claudia Tagbo se révèle impériale dans un rôle marmoréen — une nouvelle fois, la réalisatrice Virginie Sauveur démontre qu’elle n’a pas sa pareille pour révéler les comédiens. C’est sans doute grâce à cette intégrité face au « sujet » et à ceux qui l’incarnent, mais aussi à la poésie dont il fait preuve parfois, que ce téléfilm délicat a reçu trois prix au dernier festival de Luchon (dont celui de la meilleure fiction) et le prix du public au Fipa.

Télérama du 25 mai 2018

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« Le temps des égarés »de Virginie Sauveur

 

Diffusé sur ARTE le vendredi 25 mai 2018, Le temps des égarés de Virginie Sauveur est un téléfilm sociétal fort et original sur le sujet polémique de l’accueil des migrants et réfugiés. L’avis et la critique de Bulles de Culture sur cette unitaire fiction coup de cœur, portée par une excellente Claudia Tagbo, ainsi que notre interview de l’équipe.

Synopsis :

Sira Diabate (Claudia Tagbo) travaille pour l’OFPRA, l’organisme chargé de lattribution du droit dasile en France. Elle-même issue de limmigration mais sans aucun scrupule vis-à-vis des migrants, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères, mais susceptibles de convaincre les autorités. Solitaire, elle amasse compulsivement de l’argent pour combler le vide de son existence. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme. Pendant ce temps-là, Abdul Yassin (Amer Alwan), réfugié irakien rescapé de Daech, débarque en France où il va devoir apprendre à survivre.

Le temps des égarés : le sujet sensible de l’accueil des migrants

L’arrivée d’un groupe d’immigrés clandestins dans un container qu’on imagine décharger d’un cargo ouvre le téléfilm Le temps des égarés. Abdul Yassin en fait partie. Puis direction l’OFPRA (Office Français de la Protection des Réfugiés et des Apatrides) où entre en scène Sira Diabate, une interprète qui y travaille. Enfin une petite fille, sauvée d’une excision par son père en fuite, fait son apparition… L’unitaire fiction Le temps des égarés « est un projet que je porte depuis 2009, nous a confié Gaëlle Bellan (Engrenages), la coscénariste au départ du projet. A l’origine, ce qui m’a interpellé, c’est une conversation avec une amie qui travaillait autour de l’univers de l’OFPRA et qui m’a expliqué comment fonctionnait l’obtention du droit d’asile. Elle m’a dit que tout reposait sur le récit du requérant et que c’était la qualité du récit qui permettait de donner ou non le statut. Évidemment, comme je suis une scénariste et que le récit est au cœur de mes préoccupations quotidiennes, j’ai trouvé que c’était incroyable qu’il y ait un enjeu de vie et de mort autour du récit. Donc à l’origine, il ne s’agissait pas de parler des mouvements migratoires et du statut de réfugié en lui-même. C’est venu après ».

Et c’est l’approche originale et inédite du téléfilm Le temps des égarés qui en fait toute la force. Surtout que de nous jours, l’accueil des migrants et réfugiés est un sujet hautement sensible. A tel point que la production s’est heurtée à de nombreuses difficultés lors du tournage. Ainsi, malgré le soutien de la région Ile-de-France, de nombreuses villes ont refusé d’être associés à ce projet. Que ce soit pour le tournage dans la cité tranquille où vit Sira, ou pour l’ouverture du film où Abdul et un groupe de migrants arrivent en bateau — face au refus des ports de Calais, Dunkerque ou Marseille, la scène a finalement été tournée avec un container sur un parking privé. Même fin de non-recevoir pour la séquence de l’hôtel de marchand de sommeil où séjourne Abdul qui aurait dû se dérouler en fait dans un « camp » de migrants reconstitué sous le métro de Paris. C’est dire l’importance de traiter aujourd’hui un tel sujet, même en fiction.

Des êtres confrontés à un système défaillant

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Dans l’unitaire fiction Le temps des égarés, la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur (Virage NordQuelques jours entre nous) filme donc à hauteur d’homme plusieurs personnages confrontés à un système d’accueil de migrants et de réfugiés totalement défaillant. Il y a tout d’abord ceux qui le représentent et que le téléfilm, loin d’être à charge, n’oublie pas de souligner l’humanité mais aussi l’extrême désemparement face à des situations qui les dépassent complètement. C’est ainsi le cas d’Audrey, interprétée par la comédienne Géraldine Martineau (Le NouveauPetit Paysan), qui « est extrêmement désagréable mais on sent aussi que c’est une personne qui est tous les jours confrontés à la détresse, à des gens qui supplient, demandent… qui a une responsabilité inhumaine sur ses épaules, nous a expliqué la coscénariste et réalisatrice Virginie Sauveur. Cette personne est en charge de récupérer la parole mais en plus de décider aussi si oui ou non son interlocuteur peut rester ou pas en France ».

Il y a ensuite ceux qui arrivent avec plein d’illusions et qui vont se heurter à la dure réalité. C’est le cas d’Abdul Yassin, un professeur de français irakien d’une cinquantaine d’années qui a fui son pays pour trouver refuge en France. Interprété par l’acteur et réalisateur irakien Amer Alwan (Zaman, l’homme des roseaux), cet homme qui idéalise tant la France va se heurter à la dure réalité de l’accueil des immigrés dans le pays supposé des droits de l’Homme. « Le personnage d’Abdul a quelque chose en lui qui se brise. Il avait une image en lui un peu romanesque de la France, des droits de l’Homme, de la culture, nous a ainsi expliqué Virginie Sauveur.C’est vrai qu’il se drape un peu dans sa souffrance mais à un moment donné, il va accepter. Lui aussi, il fait un chemin. Il ne fait pas simplement le chemin d’Irak à Paris mais aussi dans sa tête. Malgré son âge, il grandit. Car il avait appris la France dans les livres, par un prisme littéraire, pas du tout par la réalité« .

Il y a enfin ceux qui acceptent le « game », comme le dit si bien son interprète Claudia Tagbo, métamorphosée dans le rôle de ce fascinant personnage qu’est Sira Diabate. Avec un jeu sobre et tout de colère rentrée, la comédienne, plus connue du grand public pour ses talents d’humoriste comme dans la série OCS Holly Weed, interprète avec brio cette interprète misanthrope et solitaire. Contrairement à Abdul, celle-ci ne se fait plus d’illusions depuis longtemps et monnaie chèrement sa capacité à parler six langues — l’actrice a d’ailleurs dû apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara pour le rôle — pour raconter les histoires les plus à même de faire obtenir l’asile à des immigrés méritant ou non ce statut.

Heureusement, pour contrebalancer ces trois regards pessimistes sur la situation actuelle, l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur et la coscénariste Gaëlle Bellan ont introduit également deux autres personnages plus porteurs d’optimisme. Il y a tout d’abord Assa, une enfant interprétée par la jeune comédienne Hadja Traore (9 ans) que Sira va accueillir chez elle et qui va apporter poésie — très belle scène notamment de conte en ombres chinoises raconté par Sira — et espoir dans le téléfilm. « Ce qui était intéressant, c’est cette petite fille qui rappelle aussi à Sira ce à quoi elle a réussi à échapper, nous a confirmé Virginie Sauveur. Il y a aussi une transmission de la parole et de la force. Quand la petite fille est confrontée à Abdul, celui-ci lui enseigne quelque chose de plus doux, altruiste et positif. Puis un autre personnage va lui dire totalement l’inverse : il ne faut rien laisser passer, rien accepter. Et du coup, cette petite fille prend de tout et ramène la parole d’Abdul à Sira et inversement. C’est une sorte de témoin-humain ». Il y a ensuite le personnage de la jeune avocate incarnée par Alice Belaïdi(WorkingirlsLe Bureau des Légendes) qui laisse espérer que l’éloquence sera enfin au service des causes justes.

Un téléfilm fort et singulier sur un sujet contemporain

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A l’image du personnage de Jean-Paul Miller, l’ami journaliste d’Abdul joué par Jean-Pierre Lorit (Ceux de 14Sam), « on a envie d’aider tout le monde mais après concrètement, c’est plus compliqué, nous a glissé l’auteure-réalisatrice Virginie Sauveur. Et le téléfilm raconte ça aussi : concrètement, qu’est-ce qu’on fait nous aussi ? Pas grand chose finalement. Après il y a les lois qui nous empêchent d’aider… »

Coup de cœur de Bulles de Culture, le téléfilm Le temps des égarés offre donc un regard fort, singulier et actuel sur un sujet d’actualité qui nous concerne tous grâce à une réalisation juste et humaine ainsi que grâce à un casting où la comédienne Claudia Tagbo, telle une guerrière, crève l’écran. Et Virginie Sauveur de conclure : « J’aimerais qu’on est un regard plus doux sur les migrants (…) et les accueillir de manière plus digne ».

Source Programme TV  de Bulles de Culture

 

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Ce mercredi était l’ultime jour du tournage du film « Le temps des égarés », une fiction de 90mn produite par Delante Productions avec Arte. Le tournage a débuté le 22 août dernier en région parisienne et les dernières scènes tournées à Provence Studio et sur une friche industrielle de Port-de-Bouc – on y voit des migrants s’échapper d’un container et se sauver dans le paysage industriel – correspondent au début du film, écrit et réalisé par Virginie Sauveur (à qui l’on doit « Virage Nord »).

Le synopsis : Sira (interprétée par Claudia Tagbo) est traductrice pour l’Ofpra, l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France. Sans aucun scrupule vis-à-vis des demandeurs, elle leur vend au prix fort des odyssées mensongères mais susceptibles de convaincre les autorités. Un enchaînement de rencontres va avoir raison de son cynisme.

Le film est ancré dans la réalité d’aujourd’hui. On retrouve dans le casting Biyouna, Jean-Pierre Lorit, Hadja Traore avec la participation d’Alice Belaïdi. Amer Alwan est aussi de la partie en tant qu’acteur, lui qui est aussi réalisateur. En vidéo.

 

https://www.maritima.info/depeches/culture/martigues/49821/encore-un-film-a-provence-studio.html

 

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Claudia Tagbo : « Et si  »le Temps des égarés » permettait aux spectateurs d’ouvrir les yeux sur les migrants ? »

Claudia Tagbo (Séverine Brigeot/Arte France)

Dans « le Temps des égarés », prix de la meilleure fiction unitaire au Festival de Luchon, Claudia Tagbo joue une interprète de l’Ofpra sans scrupules qui abuse de la faiblesse des migrants

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Viols, menace islamiste ou d’excision… Sira (Claudia Tagbo), interprète à l’Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides), l’organisme chargé de l’attribution du droit d’asile en France, ficelle contre 500 euros l’odyssée inventée de toutes pièces de migrants qui jouent leur sort devant les fonctionnaires chargés de les écouter. Gaëlle Bellan, scénariste du “Temps des égarés” explique :

En enquêtant pendant près de huit ans sur le sujet, c’est leur récit, enjeu de vie ou de mort, qui m’a d’abord fascinée. Mais je me suis aussi rendu compte que la crise migratoire suscitait des métiers clandestins et pas très “réglos” comme celui de Sira. Ils “fonctionnent” un temps jusqu’à ce que l’Ofpra identifie les points de convergence des témoignages. »

Sira, elle-même exilée, misanthrope et pragmatique, « presque robotique « , selon l’actrice, s’est figée dans une colère et un cynisme doucement fissurés par l’irruption d’Assa (Hadja Traore), une gamine menacée d’expulsion. Tout au long de cette fiction chorale, où chacun – ami d’exilé d’abord accueillant puis démissionnaire, membre de l’Ofpra au bord du point de rupture, mais aussi assistantes sociales dévouées – fait ce qu’il peut, Assa trace les abscisses et les ordonnées de l’intrigue. Et noue le lien entre les personnages : Abdul (Amer Alwan), professeur irakien persécuté par Daech, lecteur de « Cyrano de Bergerac » et débarqué en container, qui a de la France une image romantique et subit à son arrivée ce que Virginie Sauveur, la réalisatrice, appelle un « choc thermique », Louise (Alice Belaïdi), avocate talentueuse appelée à découvrir sa vraie voie, et bien évidemment Sira.

Une nature électrique issue du stand-up

Cette Sira impassible au point que Claudia Tagbo devait se détendre les maxillaires entre chaque prise, la comédienne l’a aussitôt adoptée« Quand j’ai lu le scénario avec Arte marqué dessus, et ça comptait , dit-elle, je me suis écriée “waouh”, avant de songer : “Pourvu que Sira n’existe pas. ” On vient en France parce qu’on a faim dans tous les sensdu terme. On a donné tout ce qu’on avait à des passeurs pour payer le voyage. On a risqué sa vie. Et le premier contact avec le sol français serait quelqu’un d’“officiel” qui monnaye ses services et vous extorque ce qu’il vous reste, vous épuise, vous écrase… Impensable. J’espère que, d’une manière générale, “le Temps des égarés” permettra aux spectateurs d’ouvrir les yeux ou, du moins, de soulever une paupière. Aujourd’hui, les Etats entassent les réfugiés derrière des grillages. Ils tentent d’organiser la misère. C’est d’une violence absolue. Si personne n’a la solution, l’empathie est à la portée de tous. La France, mon cher pays, est une terre d’accueil, peut-être pouvons-nous essayer de nous montrer à la hauteur des valeurs que le monde nous prête. »

Pour incarner Sira, cette nature électrique issue du stand-up et du Jamel Comedy Club à l’abattage considérable (qui ne l’a vue sur scène imiter Beyoncé, le sprinter américain Maurice Greene ou un vendeur de la Fnac tire-au-flanc a raté quelque chose) n’a pas cherché à se documenter :

A quoi bon ? On pourrait réaliser un film avec l’histoire de chaque migrant échoué en bas de chez nous. »

Elle s’est donc contentée du scénario, de la confiance qui la liait à Virginie Sauveur, et d’apprendre phonétiquement le kurde, le tamoul et le bambara (la langue du Mali). « Dans le script , se souvient la réalisatrice, une didascalie précisait : “Sira traverse un couloir avec quelque chose de guerrier et de frontal. ” Claudia m’est apparue comme une évidence totale. »

Les mots sont plus forts que les maux

Née à Abidjan – elle y regarde en boucle à la télé le feuilleton « Sandokan » et la série des « Sissi », qui lui a donné envie de devenir actrice -, Claudia Tagbo suit son père à Chanac, en Lozère, où, « s’il vous arrive de croiser un voisin, vous faites un vœu. Le paternel aimait ce pays et voulait donner une chance à ses enfants. En Côte d’Ivoire, nous n’allions plus à l’école à cause d’une grève longue de six mois. Mais je possédais la langue française, ce cadeau. » A 12 ans, elle découvre le froid, les cols roulés, les collants qui grattent, les épinards et l’existence de fromages plus goûteux que La Vache qui rit. A l’heure où des actrices comme Aïssa Maïga ou Sonia Rolland dénoncent dans un livre, « Noire n’est pas mon métier » (Seuil, 2018), le racisme latent au sein du cinéma français, Claudia Tagbo assure avoir réglé le problème depuis très longtemps. « J’ai subi des préjugés, connu les castings où je n’étais pas prise. On peut y arriver lumineuse en ayant appris son texte sur le bout des doigts, si le directeur de casting est mal luné, il vous dira non sans vous expliquer pourquoi. Mon père ne nous a jamais menti. Lorsque j’objectais : “Je suis noire”, il me rétorquait : “Et alors, tu l’es ou pas ? Il faut y croire, ne pas baisser les bras. ” Et puis, moi, je suis noire et ronde. Inutile de dire que je partais avec deux sacs de sable autour des chevilles dans les starting-blocks », s‘esclaffe-t-elle.

Aujourd’hui, son engagement passe par Léopold Sédar Senghor dont elle cite un poème dans « Lucky », son deuxième one-woman-show -« Cet homme avait oublié qu’il était noir, il était juste humain » -, mais aussi par le souvenir des attentats de Paris qui ont servi de genèse au même spectacle. « Dès le lendemain, je suis allée voir Patrick Timsit puis Elie Semoun sur scène, c’était la première fois qu’on fermait les grilles d’un théâtre derrière moi, mais je me disais : “Bouge, c’est ton lieu d’expression. ” Pour moi, les mots sont plus forts que les maux. »

Les mots, justement, tiennent une grande place dans ce « Temps des égarés » aux allures de conte où la vérité n’est pas forcément gage de passeport pour l’avenir. Où Sira lance des phrases que Claudia Tagbo a eu du mal à prononcer comme : « Dans la vie, il ne faut compter sur personne. » Où on peut avouer un traumatisme passé grâce à des ombres chinoises, avec une poésie qui rappelle celle de Michel Ocelot, le créateur de « Kirikou et la sorcière ». « Le Temps des égarés » n’a pas été simple à tourner. « La ville où nous avions domicilié Sira ne souhaitait pas forcément voir son nom accolé à une fiction sur cette question-là , explique Virginie Sauveur. Nous voulions aussi filmer un camp de migrants, que nous imaginions sous un métro aérien, mais il a fallu changer le décor et opter pour un squat. Nous n’avons, enfin, pas obtenu les autorisations pour faire des plans d’un homme sur un ferry, les ports nous ayant tous signifié leur refus. » 

La fin de ce film exempt de sentimentalisme et soucieux de donner une voix à ceux qui n’en ont pas s’en est trouvée modifiée.

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Publié dans le Nouvel observateur du 25 mai 23018

 

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