AMES DU PURGATOIRE, DEVOTION AUX AMES DU PURGATOIRE, EGLISE CATHOLIQUE, FINS DERNIERES, FOI, PURGATOIRE

La dévotion aux âmes du Purgatoire

Le Purgatoire

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Dans le catholicisme, le purgatoire est le lieu de purification où les âmes des défunts morts en état de grâce, et assurés du salut éternel, vont expier les péchés dont ils n’ont pas fait une pénitence suffisante avant leur trépas, à la suite d’un jugement particulier. L’idée de purgatoire est une vérité de foi pour le catholicisme mais elle n’est pas acceptée par les différents courants du protestantisme ni par l’Église orthodoxe . Les catholiques avancent certains versets des Écritures pour justifier leur croyances. Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, c’est-à-dire avec des résistances à l’amour de Dieu, bien qu’assurés de leur salut éternel, connaissent après leur mort un temps de purification qui les libère complètement du mal. Ainsi ils obtiennent la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du paradis.

Depuis la bulle Exsurge Domine, fulminée le 15 juin 1520 par le pape Léon X contre Martin Luther, l’Église catholique reproche à Luther de considérer que le purgatoire ne peut être prouvé par aucune autorité scripturaire canonique. La datation de la « naissance » du purgatoire est discutée par les historiens, qui hésitent entre une « datation haute », qui est celle, par exemple, de Pierre Chaunu, pour lequel le purgatoire serait apparu dès Augustin d’Hippone (354-430), avec la notion de peines expiatrices dans l’au-delà, et d’autre part une « datation basse », celle de Jacques Le Goff, pour lequel le purgatoire « proprement dit » ne serait né que dans la seconde moitié du xiie siècle, vers l’an 1170, avec le mot servant à le nommer. Les premières représentations artistiques du purgatoire apparaissent au milieu du xiiie siècle.

À partir du Moyen Âge, le purgatoire est symboliquement illustré comme étant un lieu de feu purificateur. Jacques Le Goff a étudié la naissance du concept de purgatoire en tant que lieu au Moyen Âge, à travers l’évolution du mot purgatoire : l’épithète purgatorius puis le nom neutre purgatorium. La notion de purgatoire aurait été redéployée au milieu du xixe siècle par le clergé face à la montée du spiritisme ou invocation des âmes trépassées par des moyens ésotériques, non chrétiens. Son évocation s’est depuis raréfiée.

 

Fondements scripturaires

Bien que le mot de « purgatoire » soit absent de la Bible, quelques passages de l’Écriture suggéreraient l’existence d’un feu purificateur intervenant après la mort corporelle et l’existence d’un temps d’expiation entre la mort et le pardon des péchés.

Le Livre des Maccabées, qui n’a pas été retenu par Luther dans le canon biblique de 1534, mais qui est officiellement intégré au canon catholique lors du concile de Trente, parle d’un sacrifice accompli en faveur de défunts, ce qui laisse entendre l’existence d’un lieu de purification distinct de l’enfer et du paradis : « Puis, ayant fait une collecte d’environ 2 000 drachmes, il l’envoya à Jérusalem afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement d’après le concept de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché. »

C’est Paul de Tarse qui fait allusion le premier à un « feu », interprété parfois comme le purgatoire, dans la Première épitre aux Corinthiens.

 

Chez les premiers chrétiens

Le Refrigerium

Les premiers chrétiens avaient la notion de refrigerium, un lieu de rafraîchissement pour les âmes défuntes. Cette tradition liée aux banquets funéraires subsisterait en Roumanie.

 

Témoignages écrits d’un état de purgation

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Dante con in mano la Divina Commedia, Santa Maria del Fiore, Florence

De nombreux témoignages écrits montrent que parmi les premiers chrétiens, certains auraient cru, sinon en l’existence d’un lieu, du moins d’un état où le pécheur devait expier ses péchés avant d’atteindre le paradis. Comme l’a montré l’historien Jacques Le Goff, le concept du purgatoire comme lieu spécifique est en effet beaucoup plus tardif, et n’a été entériné dans la doctrine qu’avec le deuxième concile de Lyon (1274).

Un des témoignages les plus anciens est le récit de la passion de Perpétue et Félicité : en prison, Perpétue voit en songe son jeune frère, mort avant elle, sortir d’un puits sombre. À la suite de ce songe, elle va offrir des prières pour lui et ensuite un autre songe le montrera heureux : « je vis qu’il avait été soustrait à sa peine ». « Si la localisation du purgatoire ne gênait pas les premiers chrétiens, ni le fait d’avoir un nom pour désigner ce lieu, la réalité de secourir les défunts par la prière et l’ascèse est clairement établie dès l’antiquité chrétienne. »

Origène (iie siècle), qui n’évoque pas un lieu mais un état, est l’un des premiers à avoir introduit le concept de purgatoire en faisant de l’enfer un état provisoire : car, d’après lui, il n’y a pas de pécheur si mauvais qui ne soit sauvé, au terme d’un processus de paracatartase (du grec catharsis, purification), pour se retrouver finalement au Paradis. Cette opinion d’Origène est considérée par l’Église comme hérétique car selon elle l’enfer est éternel, en ce sens qu’il ne finira jamais, et la punition aussi

Augustin d’Hippone, qui n’évoque pas un lieu mais un état : « Certains subissent des punitions temporelles dans cette vie seulement, certains après la mort, pour certains avant et après, mais tous avant le jugement dernier, le plus rigoureusement mené. Mais ceux qui subissent des punitions temporelles après la mort n’encourront pas tous les punitions éternelles, qui doivent suivre ce jugement. »

Pour Augustin, seuls certains chrétiens, déjà acceptés au paradis, sont soumis à la purgation comme épreuve de purification, entre le jugement individuel se situant à la mort et le Jugement dernier, collectif. Il souligne que les peines y sont très pénibles. Augustin fait la distinction entre un « enfer inférieur » et un « enfer supérieur » (ce qui perdurera entre le vie et le xiie siècle), ce qui se transformera en une « localisation » du Purgatoire en un lieu « au-dessus » ou « proche » de l’Enfer, avec des peines qui y ressemblent beaucoup, ce qui deviendra à la fin du xiie siècle, le Purgatoire proprement dit. Augustin distingue également un feu de la purgation provisoire, destiné aux pécheurs repentants, et le feu de la damnation éternelle qui frappera les impénitents : Augustin pensait que seraient remis les petits péchés. Dans d’autres textes il admet la nature spéculative de l’idée de purgatoire ; au livre de la pénitence, parlant du feu du purgatoire, il écrit : « Il est meilleur que j’apprenne à bien vivre, que d’enseigner (semer) des choses non certaines du feu de cette nature. Car, si en faisant bien j’ai soin de me repentir, je ne craindrai pas les tourments du feu. »

 

Théologie catholique

Étymologie et apparition du mot

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Manuscrit alsacien, xve siècle, La Légende dorée.

Le Purgatoire vient du latin purgare, « purifier, nettoyer » – verbe qui a aussi donné le mot « purger » et l’expression « purger une peine de prison » ou encore du grec « pur », le feu par homophonie moyen de la purification. Si le concept de Purgatoire, en tant qu’épreuve de purification, est très ancien, le recours à ce mot est plus récent. Le substantif purgatorium est utilisé pour la première fois par l’archevêque de Tours, Hildebert de Lavardin en 1133. Le mot désignant le lieu « purgatoire » était en effet inconnu avant le xie siècle : un des premiers documents à mentionner ce nom est une lettre du bénédictin Nicolas de Saint-Alban au cistercien Pierre de Celle en 1176 (Haggh, 1997). Selon l’historien Jacques Le Goff, c’est entre 1170 et 1180 qu’a lieu la « naissance » du Purgatoire dans le milieu intellectuel parisien. La purgation cesse d’être un état pour devenir un lieu. Cette évolution se fait conjointement à l’apparition progressive, au haut Moyen Âge, du concept de péché léger (peccata levia, ou péché véniel), soulevant le problème théologique des chrétiens morts sans péché mortel mais sans s’être confessés auparavant, et pour qui l’Enfer est inapproprié.

 Enseignement des papes

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Le Purgatoire, par Rubens.

Le concept de « purgatoire » fut repris au siècle du pape Grégoire le Grand. Il a établi un purgatoire comme lieu de guérison, qui acquit une grande importance culturelle et historique avant la Réforme : « Vous devez croire qu’il y a un feu purificateur pour certains péchés parce que la vérité éternelle affirme que, si une personne blasphème contre l’Esprit Saint, ce ne lui est pardonné ni dans le siècle présent, ni dans le monde futur » (Mt 12, 32) écrit Grégoire le Grand, dans Dialogi de vita et miraculis patrum Italicorum, (4, 39). Cette déclaration montre que certains péchés ne sont pas pardonnés ni en ce monde ni en l’autre mais que d’autres peuvent être expiés dans l’autre monde. Dans six anecdotes du IVe livre des Dialogues, il émet l’idée que les peines du péché sont subies sur les lieux du péché. Il préfigure le concept de purgatoire, défini plus tard, au xiiie siècle.

En 1254, une lettre du pape Innocent IV au légat Eudes de Châteauroux à Chypre, qui demande que la définition du Purgatoire comme lieu où l’on purge ses péchés véniels mais non mortels soit acceptée par les Grecs est, selon Jacques Le Goff, « l’acte de naissance doctrinal du purgatoire comme lieu ». Elle est suivie par la reconnaissance officielle du Purgatoire par le deuxième concile de Lyon en 1274. En 1336 la bulle Benedictus Deus   de Benoît XII propose un enseignement catholique des papes sur la vie après la mort, paradisenfer et purgatoire.

Dans la lettre du pape Clément VI à Mekhitar d’Arménie du 29 septembre 1351, le pape écrit : « Nous demandons si tu as cru et si tu crois qu’il existe un purgatoire vers lequel descendent les âmes de ceux qui meurent en état de grâce et qui n’ont pas encore satisfait pour leurs péchés par une entière pénitence. » Le pape Clément VI écrit : « Nous croyons que c’est au purgatoire que descendent les âmes de ceux qui meurent en état de grâce et qui n’ont pas encore satisfait pour leur péché par une entière pénitence. De même, nous croyons qu’elles y sont tourmentées par un feu pour un temps et que, dès leur purification, avant même le jour du jugement, elles parviennent à la véritable et éternelle béatitude qui consiste à voir Dieu face à face et à l’aimer. » La bulle Iniunctum nobis de Pie IV du 13 novembre 1564 présente le purgatoire : « Je tiens sans défaillance qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles ».

Le pape Benoît XV, dans sa bulle Incruentum altaris du 10 août 1915, traite du purgatoire ; il autorise les prêtres à célébrer trois messes le jour de la commémoration des fidèles défunts (2 novembre) ; il parle aussi des flammes du purgatoire : « Nous demandons instamment que tous les enfants de l’Église, se souvenant des nombreuses obligations qu’ils ont envers nos frères qui sont dans les flammes du purgatoire, interviennent en ce jour avec une grande foi dans les fonctions sacrées. »

L’encyclique Spe Salvi du pape Benoît XVI fait allusion au purgatoire :

« Dans le judaïsme ancien, il existe aussi l’idée qu’on peut venir en aide aux défunts dans leur condition intermédiaire par la prière (cf. par exemple 2 M 12, 38-45 : ier siècle av. J.-C.). La pratique correspondante a été adoptée très spontanément par les chrétiens et elle est commune à l’Église orientale et occidentale. L’Orient ignore la souffrance purificatrice et expiatoire des âmes dans « l’au-delà », mais connaît, de fait, divers degrés de béatitude ou aussi de souffrance dans la condition intermédiaire. Cependant, grâce à l’Eucharistie, à la prière et à l’aumône, « repos et fraîcheur » peuvent être donnés aux âmes des défunts. Que l’amour puisse parvenir jusqu’à l’au-delà, que soit possible un mutuel donner et recevoir, dans lequel les uns et les autres demeurent unis par des liens d’affection au-delà des limites de la mort – cela a été une conviction fondamentale de la chrétienté à travers tous les siècles et reste aussi aujourd’hui une expérience réconfortante. »

— Benoît XVISpe Salvi

 

Enseignement des conciles

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Michel Serre, Vierge à l’enfant et le purgatoire.

Une explication de la doctrine catholique sur le purgatoire a été présentée par le cardinal Julien Cesarini aux pères orientaux orthodoxes assemblés au conseil de Ferrara-Florence, lors de la Session VI, en juin (1438 ?) :

« Dès le temps des Apôtres, l’Église catholique enseignait que les âmes parties de ce monde, pures et franches de tout péché – c’est-à-dire les âmes des saints – entrent immédiatement dans la félicité. Les âmes de ceux qui après leur baptême ont péché, mais qui se sont ensuite sincèrement repentis et ont avoué leurs péchés, quoiqu’incapables d’exécuter l’epitimia prescrite par le confesseur, ou d’apporter des fruits de repentir suffisants pour expier leurs péchés, ces âmes sont épurées par le feu du purgatoire, tantôt rapidement, tantôt plus lentement, selon leurs péchés ; et ensuite, après leur purification, elles partent pour les lieux de bonheur éternel. Les prières du prêtre, les offices liturgiques et les actes de charité concourent dans une grande mesure à leur purification. Les âmes de ceux qui sont morts dans le péché mortel, ou dans le péché originel, vont directement à la damnation. »

Un décret canonique contenant une doctrine semblable est incorporé au « Décret d’Union » rédigé avant la clôture du concile de Florence, lequel avait donné un court instant l’espoir de mettre fin au Grand Schisme d’Orient. Un développement de la doctrine sur le Purgatoire se retrouva par la suite dans les canons du Concile de Trente (Session XXV) qui tire l’idée de Purgatoire « des Écritures Saintes [I Co 3, 12-17 et II Ma 12, 43-45] et de la tradition ancienne des Pères enseignée dans les Conciles. » Les Églises protestantes rejettent presque toutes cette conception. (voir ci-dessous).

Selon le concile œcuménique Vatican II : « L’union de ceux qui sont encore en chemin, avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ, n’est nullement interrompue, au contraire, selon la foi constante de l’Église, cette union est renforcée par l’échange des biens spirituels… Tous cependant, à des degrés divers et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité envers Dieu et envers le prochain » (Concile Vatican II, L’Église, no 49) »

L’Église catholique célèbre traditionnellement des messes pour le repos des défunts, et des indulgences peuvent leur être appliquées.

 Catéchisme

La théologie contemporaine récente rejette parfois l’idée de purgatoire comme un lieu de « punition temporelle » au sens d’un délai d’attente. Au lieu de cela, les théologiens parlent d’une étape de purification. Le processus de purification est un « aspect de l’union à Dieu » et une image de l’espérance du croyant en la purification par Dieu. Le catéchisme pour adultes, publié par la Conférence des évêques de France en 1991 avec l’accord de la Congrégation pour la doctrine de la foi qui a donné le 23 janvier 1991 l’approbation du Saint-Siège, indique simplement ce qui suit : « …Pour parvenir à cette contemplation de Dieu, une « étape » de purification, appelée purgatoire, peut être nécessaire. Il ne s’agit ni d’un lieu, ni d’un temps ; on peut parler plutôt d’un état. En tout cas, le purgatoire, qui est bien une peine, n’est pas à concevoir comme une punition, par laquelle Dieu se vengerait en quelque sorte de nos infidélités. La communion avec Dieu, dans laquelle nous introduit la mort, nous fait prendre conscience douloureusement de nos imperfections et de nos refus d’aimer, et du besoin de nous laisser purifier par la puissance salvatrice du Christ. » « C’est Dieu lui-même qui purifie et transforme. Mais la Tradition de l’Église catholique affirme que ceux qui sont au purgatoire bénéficient des prières et des supplications adressées en leur faveur à Dieu par leurs frères, et aussi de l’intercession des saints déjà introduits dans la béatitude de la vision de Dieu ». En ce sens, le purgatoire n’est plus à comprendre comme une troisième alternative de l’au-delà mais bien comme une instrument du salut.

Le compendium du Catéchisme de l’Église catholique, d’abord publié en 2005, est un résumé du Catéchisme de l’Église catholique

« 210. Qu’est que le Purgatoire ?

Le Purgatoire est l’état de ceux qui meurent dans l’amitié de Dieu, assuré de leur salut éternel, mais qui ont encore besoin de purification pour entrer dans le bonheur du Ciel.

  1. Comment est-ce que nous pouvons aider les âmes à être purifiées au Purgatoire ?

À cause de la Communion des saints, les fidèles qui sont encore des pèlerins sur terre sont capables d’aider les âmes dans le purgatoire en offrant des prières en suffrage pour eux, spécialement dans le Sacrifice eucharistique. Ils peuvent aussi le aider par des aumônes, les indulgences, et les œuvres de pénitence. »

Ces deux questions et réponses résument les renseignements dans les sections 1020-1032 et 1054 du Catéchisme de l’Église catholique, publié en 1992, qui parle également de purgatoire dans les sections 1472 et 1473

 Déclin

La croyance dans le purgatoire décline à la fin du xviiie siècle, après les grands moments de la piété baroque. Elle connaît un renouveau spectaculaire au milieu du xixe siècle, en lien avec la dévotion mariale (Marie étant considérée comme la reine du purgatoire) et la rechristianisation du culte des morts : entre 1850 et 1914, les messes pour les défunts se multiplient. L’église des Âmes du Purgatoire à Naples témoigne de cette pratique. Le purgatoire s’efface peu à peu des consciences et des représentations avec la Grande Guerre dont les millions de « morts glorieux » de la patrie rejoignent directement la gloire céleste sans passer par le purgatoire. Il s’interrompt dans le deuxième tiers du xxe siècle.

 

Bibliographie

Livres anciens

Jacques de Voragine, La Légende dorée, « CLX, le 2 novembre, le Jour des Âmes »  sur Gallica

 Ouvrages contemporain

Philippe Ariès, L’Homme devant la mort, 2 vol. « Le temps des gisants » et « La mort ensauvagée », Seuil, coll. « Points », 1985 ;

Adriaan H. Bredero, « Le Moyen Âge et le purgatoire », Revue d’histoire ecclésiastique, 78 (1983), p. 429–452 ;

Claude Carozzi, Le Voyage de l’âme dans l’au-delà d’après la littérature latine (vexiiie siècle), Bibliothèque de l’École française de Rome, no 189, Rome, 1994

[Cuchet 2012] Guillaume Cuchet (dir.) (postface de Michel Vovelle), Le purgatoire : fortune historique et historiographique d’un dogme (acte du colloque tenu du 8 au 10 mars 2007à l’université d’Avignon), Paris, École des hautes études en sciences sociales, coll. « En temps & lieux » (no 38), septembre 2012, 1re éd., 1 vol., 331 p., 16 × 24 cm

Henry Donneaud, Dictionnaire du Moyen Âge, s. dir. Michel Zink, Alain de Libera et Claude Gauvard, PUF, coll. « Quadrige », 2004 ) ;

Aaron J. Gourevitch, « Au Moyen Âge : conscience individuelle et image de l’au-delà », Annales. Économies, sociétés, civilisations, 37 (1982), p. 255–275

Charles Journet, La Doctrine catholique sur le purgatoire.

Jacques Le Goff, La Naissance du Purgatoire, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1991 (1re édition 1981) ;

Joseph Ntedika, L’Évolution de la doctrine du purgatoire chez saint Augustin, Études augustiniennes : Château-Gontier, Impr. de l’Indépendante, 1966.

Joseph Ntedika, L’évocation de l’au-delà dans la prière pour les morts. Étude de patristique et de liturgie latine, Publications de l’université Lovanium de Kinshasa Volume 2 de Recherches africaines de théologie, Éditions Nauwelaerts, 1971

André Parrot, Le Refrigerium dans l’au-delà, Paris, 1947

Catéchisme pour adultes de la Conférence des évêques de France aux éditions Centurion, Éditions du Cerf

 Articles

[Ariès 1983] Philippe Ariès, « Le Purgatoire et la cosmologie de l’Au-delà », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 38e année, no 1,‎ janvier – février 1983, 3e partie (« Au Moyen Âge »), p. 151-157  [fac-similé], consulté le 21 janvier 2017).

[Brown 1997] Peter Brown, « Vers la naissance du purgatoire : amnistie et pénitence dans le christianisme occidental de l’Antiquité tardive au haut Moyen Âge », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 52e année, no 6,‎ novembre – décembre 1997, 1re partie (« Vers la naissance du purgatoire »), p. 1247-1261  [fac-similé], consulté le 21 janvier 2017).

[Cuchet 2014] Guillaume Cuchet, « Les morts utiles du purgatoire : concept théologique, représentations et pratiques », Terrain, no 62 : « Les morts utiles »,‎ mars 2014, 1re partie (« Les morts utiles »), p. 82-99  [

Persée : « Les lendemains de la mort dans les croyances occidentales (vers 1250-vers 1300 ».- Hugues Neveux- Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.- Année 1979.- Volume 34, numéro 2 .- p. 245-263]

EGLISE CATHOLIQUE, FOI, HANS URS VON BLATHASAR, JOSEPH RATZINGER, LA FILLE DE SION : MARIE ET LA FOI MARIALE DE L'EGLISE, MARIE DANS L'EGLISE, MARIOLOGIE, Non classé, VIERGE MARIE

Marie dans l’Eglise

MARIE ET LA FOI MARIALE DE L’EGLISE

La fille de Sion : considérations sur la foi mariale de l’Eglise

Joseph Ratzinger

Paris, Parole et Silence, 2002. 111 pages.

Marie selon Benoît XVI

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 Marie, première Eglise

Cardinal Joseph Ratzinger, Hans Urs von Balthasar

Médiaspaul, Paris, Montréal, Médiaspaul, 1998. 183 pages

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Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

«L’Église abandonne quelque chose qui lui était confié lorsqu’elle ne loue pas Marie», écrivait en 1988, dans la revue internationale Communio, le futur Benoît XVI. Réflexion qui montre bien que l’actuel pape n’a rien voulu perdre de la foi mariale de l’Église. Si l’essentiel de sa réflexion de théologien tourne autour du thème de l’Église, la figure de Marie n’en est pas absente, loin de là. Dans les textes qu’il lui a consacrés (1), le cardinal Joseph Ratzinger remet même Marie à sa juste place : à savoir au coeur même de la confession de foi dans le Dieu vivant ; une affirmation qu’il ressitue dans la droite ligne de Vatican II.

Lors du Concile, les débats avaient mis au jour le fossé qui s’était creusé entre ceux qui critiquaient une mariologie hypertrophiée (telle qu’elle s’était développée notamment au XIXe siècle) et ceux qui dénonçaient une «foi bibliciste et positiviste» (excluant toute référence à Marie). Après d’âpres discussions entre les deux extrêmes, les Pères conciliaires décidaient le 29 octobre 1963, à seulement vingt voix de majorité, d’intégrer dans le schéma sur l’Église ( Lumen gentium) le texte prévu à propos de la Vierge Marie ; au lieu d’en faire l’objet d’un texte en soi.

Pour certains, cela revenait à brader le culte marial et la suite parut parfois leur donner raison. De fait, s’ensuivit dans l’église une éclipse mariale de plus de vingt ans, la mariologie étant comme absorbée par l’ecclésiologie.

« Marie n’est pas une option de la foi chrétienne »

Aux yeux de l’actuel pape, c’était mal comprendre le Concile que de réduire ainsi la figure de Marie. Au contraire, explique-t-il, la décision de Vatican II replace Marie au coeur de la foi. Elle signifie que «la mariologie ne peut jamais être simplement mariologique, mais se tient dans la totalité de l’ensemble fondamental formé par le Christ et l’Église, qu’elle est l’expression la plus concrète de cet ensemble». Ainsi, Marie n’est plus un élément isolé, ce qui justement ouvrait la porte à toutes les dérives «mariolâtres». Elle donne tout son sens à la vocation chrétienne.

«En cela, la théologie mariale du cardinal Ratzinger est novatrice, affirme le P. André Cabes, curé de la paroisse d’Ossun (près de Lourdes) et spécialiste de mariologie. Marie n’est pas une option de la foi chrétienne, puisqu’elle se trouve en son centre.» C’est là une conception qui est dans la logique conciliaire, mais «qui est encore loin d’être entrée pleinement dans nos mentalités», estime le P. Cabes. Lequel regrette, par exemple, que dans les textes oecuméniques les dogmes mariaux soient explicités de manière isolée : «En voulant les justifier, on en fait des sortes d’à-côtés facultatifs», explique-t-il.

Le cardinal Ratzinger, lui, va plus loin : «Sans Marie , écrit-il, l’entrée de Dieu dans l’histoire n’aurait pu aboutir.» Parole extrêmement forte, qui fait de Marie beaucoup plus que celle par laquelle le Christ est venu au monde. Et à partir de laquelle il développe une théologie de l’accueil et du don : «Avec Marie , le Seigneur veut manifester que le rôle de la créature est essentiel dans l’accueil du don qu’il nous fait», analyse encore le P. Cabes.

L’usage contesté du terme de « médiatrice » au sujet de Marie

Dieu, en Marie, s’est appuyé sur l’humilité active de sa créature. Marie se trouve ainsi au carrefour du biologique et du théologique, du fait et du sens, de la christologie et de l’ecclésiologie. D’où un long développement du futur pape sur le corps. Lorsque l’homme oublie ce principe d’unité, lorsque la théologie ne se sert du biologique que comme moyen d’expression symbolique, sans lui accorder plus d’importance, il se fourvoie, selon l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le discours sur le seul biologique «est l’antithèse de ce que la foi pense, elle qui veut parler de la spiritualité du biologique et de la corporéité du spirituel et du divin ».

Cette théologie ne fait pas l’unanimité : «Pour certains, accorder trop d’importance à la Vierge Marie dans l’oeuvre du Salut, c’est enlever quelque chose à Dieu», poursuit le P. Cabes. Certes Dieu est le seul qui donne mais, selon lui, «Marie accueille, car elle va jusqu’au bout du oui».

En ce sens, l’utilisation par le cardinal Ratzinger du terme de «médiation», à propos de Marie, est parfois critiquée. De fait, mal interprété, il risque de faire de Marie une intermédiaire entre l’humanité et Dieu : ce à quoi, justement, l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est lui-même toujours opposé. En particulier, il n’a jamais voulu donner raison au courant théologique – pourtant influent – qui vise à introduire un nouveau dogme marial, en faisant de Marie la «corédemptrice» du Salut.

«Dans sa pensée, commente le P. Cabes, il entend simplement par cette médiation signifier combien la personne participe elle-même au Salut qui lui est donné. Nous n’avons pas tout accueilli, et c’est pourquoi nous avons besoin de Marie.»

En ce sens, le cardinal Ratzinger remet la christologie au coeur des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. L’un et l’autre sont indispensables à la foi chrétienne : si nous enlevons le premier, dit-il en substance, nous supprimons les prémices, le fait que Marie accueille «parfaitement» le don de Dieu. Et nier l’Assomption, c’est nier que la Résurrection soit possible : en Marie, le Salut a abouti.

La mariologie, « théologie de l’histoire » et « appel à l’action »

«Marie nous montre que le Seigneur n’est pas un météore inexpliqué», ajoute joliment le P. Cabes, à propos du livre du cardinal Ratzinger. La Vierge assume le don de Dieu non seulement à l’incarnation, mais jusqu’au pied de la croix (lire ci-dessous). En cela, avec son ami théologien Hans Urs von Balthasar, Joseph Ratzinger fait de Marie la figure de l’Église. «Marie, écrit le futur Benoît XVI, est et demeure présente et active dans l’histoire actuelle ; elle est une personne qui agit ici et aujourd’hui. Elle ne se tient pas au-dessus de nous, elle nous précède, la mariologie devient une théologie de l’histoire et un appel à l’action.»

Encore fallait-il, pour ancrer totalement la mariologie dans la foi chrétienne, en étudier les fondements bibliques. L’enjeu est de taille : certains ont en effet voulu réduire la mariologie à l’intrusion d’un modèle non biblique, façonné au cours de l’histoire, et admis par l’Église au titre d’une quelconque «piété populaire». À travers une magnifique méditation sur la figure de la femme dans l’Ancien Testament (La Fille de Sion), l’image de Marie apparaît, sous la plume du cardinal Ratzinger, entièrement «tissée des fils de l’Ancien Testament». Une théologie de la femme s’en dégage, qui n’est pas sans évoquer l’encyclique de Jean-Paul II Redemptoris mater.

Trois lignes se distinguent : la figure d’Ève, les matriarches (Esther, Anne ou Judith) et la fille de Sion (Israël). Concernant les matriarches, l’auteur y relève le «remarquable transfert des valeurs» lorsque la femme stérile fait face à la femme féconde. La première sera finalement la vraiment bénie, car «seule la promesse qui surplombe la vie rend la vie entièrement vie». La femme, écrit-il, touche le mystère de Dieu. «L’Ancien Testament contient une théologie de la femme profondément ancrée en lui et indispensable à sa compréhension globale», conclut-il.

Exclure la femme de l’ensemble de la théologie signifie nier la Création et l’Élection, et abolir la Révélation. «Nier ou rejeter le féminin dans la foi, disons concrètement le caractère marial, conduit finalement à la négation de la Création.»

On découvre alors comment le théologien bavarois en vient, sinon à approuver, du moins à comprendre les lectures féministes de la Bible : «D’Ève à Marie, regrette-t-il, la perspective féminine n’a pu trouver aucune signification théologique. On peut assurément comprendre alors les courants extrémistes du féminisme contemporain comme étant l’expression de l’irritation causée par une telle lecture unilatérale.»

Pour Benoît XVI, c’est en cela que la redécouverte de Marie est actuelle. Dans le monde contemporain de l’esprit, seul prévaut encore le principe masculin, déplore-t-il. Un esprit masculin qu’il décrit en ces termes : «Le faire, l’oeuvre, l’activité qui peut elle-même projeter et produire le monde, qui ne veut pas attendre quelque chose dont elle serait ensuite dépendante, mais qui fait tout dépendre de son propre pouvoir.»

 «Seule la compassion peut guérir»

«La parole « Heureux le corps qui t’a porté » devient vraie au moment seulement où l’autre béatitude trouve son accomplissement : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 11, 27). Ainsi Marie est-elle préparée à vivre le mystère de la Croix qui ne s’achèvera pas simplement au Golgotha. Son fils demeure le signe de la contradiction ; quant à elle, elle est maintenue dans la douleur de cette contradiction jusqu’à la fin : c’est la douleur de sa maternité messianique. Cette image de la mère souffrante, toute compatissante avec son fils reposant sur son sein, est devenue particulièrement chère à la piété chrétienne. Dans cette mère compatissante, les hommes éprouvés de tous les temps ont trouvé le reflet de toute compassion divine, qui offre la seule consolation véritable. Car toute souffrance, toute douleur plonge par nature dans une solitude, entraîne la disparition de tout amour, la destruction du bonheur causée par ce qui est inacceptable. Seule la compassion peut guérir de la douleur.»

Extrait de Marie, Première Église, du Cardinal Joseph Ratzinger.

Source : La Croix du 12 août 2005.

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Marie, miroir pour l’Eglise
par Raniero Cantalamessa
Saint-Augustin, St-Maurice 2002, 320 p.

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Marie est comparée à un miroir. «Comblée de grâce», toute sa personne reflète la grâce divine par son acquiescement, son désir de servir, son courage au pied de la croix. Le chrétien est invité à se regarder devant cette belle figure pour chercher à lui ressembler davantage, pour, en ce miroir, corriger ce qui doit être transformé. Marie est peu citée dans l’Evangile. Cependant l’auteur fait remarquer que Marie est présente aux trois moments constitutifs du mystère chrétien : à l’Incarnation, dans le Mystère pascal, à la Pentecôte lors de la venue de l’Esprit sur les apôtres rassemblés autour d’elle. Nous sommes invités à lire la vie de Marie à la lumière de la Parole de Dieu plutôt qu’à partir des exposés dogmatiques ; ceux-ci ne facilitent pas les rapprochements œcuméniques avec les réformés. Cette lecture ne cherche pas à entretenir une dévotion à tendance idolâtrique envers Marie, mais propose un itinéraire spirituel, à la suite du Christ, dans le sillage de sa Mère. L’auteur permet de réactualiser nos connaissances sur quelques thèmes fondamentaux comme celui de la grâce, de la foi, de la maternité spirituelle… Il le fait en théologien averti (n’est-il pas prédicateur à la Maison pontificale !) mais soulignons-le, dans un langage très accessible, qui laisse sourdre un amour communicatif pour la Mère de son Seigneur.

Source : Revue Choisir, mai 2003