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Lettre apotolique Le merveilleux signe de la crèche (Pape François)

LETTRE APOSTOLIQUE

LE MERVEILLEUX  SIGNE DE LA CRÈCHE

DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS
SUR LA SIGNIFICATION ET LA VALEUR DE LA CRÈCHE

 

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  1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.

Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

 

  1. L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L’évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d’où la crèche.

En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l’endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire.

Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l’âne »[1]. Dès qu’il l’eut écouté, l’ami fidèle alla immédiatement préparer, à l’endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes[2].

C’est ainsi qu’est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l’événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère.

Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d’une joie ineffable »[3].

 

  1. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l’endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l’âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.

Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché.

Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D’une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à « sentir » et à « toucher » la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

 

  1. J’aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu’ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l’obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n’est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j’aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s’est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc1, 79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d’anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s’inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l’humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu’il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

 

  1. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l’avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l’étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l’annonce faite par les anges. C’est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l’événement de l’Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l’Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d’amour et d’étonnement reconnaissant. C’est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

  1. Dans nos crèches, nous avons l’habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous.

Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d’Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l’annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l’appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé.

Souvent les enfants – mais aussi les adultes ! – adorent ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

 

  1. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son cœur immaculé. À l’annonce de l’ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce « oui » Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d’obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn2, 5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l’Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l’avertira de la menace d’Hérode, il n’hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son cœur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

 

  1. Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous.

La naissance d’un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l’Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie.

« La vie s’est manifestée » (1Jn 1, 2) : c’est ainsi que l’Apôtre Jean résume le mystère de l’Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l’histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée.

La manière d’agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants ! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

 

  1. Lorsque s’approche la fête de l’Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l’étoile, ces sages et riches seigneurs de l’Orient, s’étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l’or veut honorer la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité ; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d’infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l’environnement ; ils n’hésitent pas à se mettre à genoux et à l’adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l’Évangile parmi les nations.

 

  1. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits-enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n’est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c’est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et sœurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l’école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre « merci » à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

Donné à Greccio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019, la septième année de mon Pontificat.

François

 

[1] Thomas de Celano, Vita Prima, n. 84: Sources franciscaines (FF), n. 468.

[2] Cf. ibid., n. 85: FF, n. 469.

[3] Ibid., n. 86: FF, n. 470.

Cette coutume très ancienne de célébrer Noël en installant une crèche – du latin cripia pour « mangeoire » – dans les maisons et les églises provient d’un passé lointain. C’est à saint François d’Assise que l’on doit l’invention de la première crèche vivante de l’histoire chrétienne.

Après son voyage à Bethléem, François a gardé une affection particulière pour Noël, car cette fête représente pour lui le mystère de l’humanité de Jésus venu au monde dans la pauvreté et le dénuement, loin d’un palais de roi. Pour lui, Noël est un « jour d’allégresse et de joie », un jour de compassion aussi, car les pauvres et les affamés doivent être nourris par les plus riches, et les animaux recevoir le double de leur ration.

En Décembre 1223, quelques jours avant Noël, François se retire dans un ermitage à Greccio, à une centaine de kilomètres de Rome, en Italie. En souvenir d’une veillée de Noël passée à Bethléem quelques années auparavant, il a l’idée de mettre en scène la naissance de Jésus.

Il y avait dans cette province un homme appelé Jean, de bonne renommée, de vie meilleure encore, et le bienheureux François l’aimait beaucoup parce que, malgré son haut lignage et ses importantes charges, il n’accordait aucune valeur à la noblesse du sang et désirait acquérir celle de l’âme. Une quinzaine de jours avant Noël, François le fit appeler comme il le faisait souvent. « Si tu veux bien, lui dit-il, célébrons à Greccio la prochaine fête du Seigneur ; pars dès maintenant et occupe-toi des préparatifs que je vais t’indiquer. Je veux évoquer en effet le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem et de tous les désagréments qu’il endura dès son enfance; je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne. »

Le jour de joie arriva, le temps de l’allégresse commença. Les foules accoururent, et le renouvellement du mystère renouvela leurs motifs de joie. Le saint passa la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie. Enfin l’on célébra la messe sur la mangeoire comme autel, et le prêtre qui célébra ressentit une piété jamais éprouvée jusqu’alors. François revêtit la dalmatique, car il était diacre, et chanta l’Evangile d’une voix sonore.

Il prêcha ensuite au peuple et trouva des mots doux comme le miel pour parler de la naissance du pauvre Roi et de la petite ville de Bethléem.

François d’Assise a créé ainsi la première crèche vivante alors que ces scènes étaient déjà jouées depuis plusieurs siècles par des acteurs dans les mystères de la Nativité dans les églises puis sur leurs parvis, tableaux animés à l’origine des crèches spectacles. François d’Assise, après avoir été impressionné par sa visite de la basilique de la Nativité de Bethléem, voulut reproduire la scène de la Nativité lorsque cette basilique n’était plus accessible aux pèlerins à la suite de l’échec de la cinquième croisade. Il utilisa pour ce faire une mangeoire remplie de foin, un âne et un bœuf réels dans une grotte (appelée « Chapelle de la Crèche ») de la région où les frères mineurs avaient établi l’ermitage de Greccio accroché au flanc de la montagne, avec la coopération du seigneur du village Jean Velita de Greccio. L’originalité de François d’Assise est d’avoir célébré une crèche vivante dans un cadre naturel plus évocateur en associant les villageois du Greccio qui ont pu expérimenter la « Nativité » et avoir l’impression d’incarner les personnages des écrits bibliques. Thomas de Celano, premier biographe de François, rapporte que François prêcha, durant la messe de Noël, et que l’un des assistants le vit se pencher vers la crèche et prendre un enfant dans ses bras. Et tous les habitants de la ville vinrent entourer les frères et assister à la Messe de Minuit. Ils étaient si nombreux, avec leurs cierges et leurs lanternes, que le bois était éclairé comme en plein jour. La Messe fut dite au-dessus de la mangeoire qui servait d’autel.

La légende raconte que tout à coup, l’ami de saint François vit un petit enfant étendu dans la mangeoire. Il avait l’air endormi…Et François s’approcha, prit l’enfant tendrement dans ses bras. Puis le petit bébé s’éveilla, sourit à François, caressa ses joues et saisit sa barbe dans ses petites mains !

Et cet ami comprit que Jésus avait semblé endormi dans le cœur des humains et que c’est François qui l’avait réveillé par sa parole et par ses exemples.

François, qui assistait le prêtre à l’autel en qualité de diacre, parla si bien à la foule de la naissance de Jésus et de ce que veut dire Noël que tous furent remplis d’une grande joie.

L’année suivante, les habitants de Greccio avaient raconté avec tant d’admiration les merveilles de cette belle nuit de Noël que, un peu partout, on se mit à reconstituer, dans des grottes ou des étables, la scène touchante de la naissance de Jésus.

À Greccio se trouve encore un ermitage franciscain qui commémore cette première crèche vivante. Plus tard, on place parfois un véritable enfant dans la mangeoire. Petit à petit, selon la tradition franciscaine, la coutume se répand, sous l’influence de Claire d’Assise et des prédicateurs franciscains, surtout dans les oratoires franciscains en Provence et en Italie, sous forme de crèches vivantes mais aussi de crèches fabriquées avec de grandes figurines en bois ou en terre et qui pouvaient être exposées plus longtemps. Ces figurines ont alors comme finalité de matérialiser l’image du Christ et de ses parents auprès de populations analphabètes.

La plus ancienne crèche monumentale et non vivante connue date de 1252 au monastère franciscain de Füssen en Bavière. Il s’agit d’une crèche permanente qui contient des personnages de différentes tailles en bois. Dans la basilique Sainte-Marie-Majeure est conservée la première crèche permanente réalisée en pierre en 1288, à la suite de la commande du Pape Nicolas IV au sculpteur Arnolfo di Cambio d’une représentation de la Nativité. Ces reproductions permanentes de la Nativité se développent particulièrement en Toscane, en Ombrie et surtout en Campanie avec les crèches napolitaines réalisées par des sculpteurs germaniques et qui apparaissent dans les églises au xive siècle puis dans les familles aristocratiques de Naples les siècles suivants.

Aux xve et xvie siècles, les fidèles dans les églises peuvent bercer les « repos de Jésus » en tirant sur le ruban attaché à ces berceaux. Au xve siècle, dans le cadre des progrès de l’horlogerie, apparaissent les crèches mécaniques qui deviennent populaires au xviie siècle dans toute l’Europe, telle le vertep russe.

Les premières crèches ressemblant à celles que nous connaissons (mise en scène occasionnelle et passagère de la Nativité non plus sur des peintures, fresques, mosaïques ou bas-reliefs mais avec des statues « indépendantes ») font leur apparition dans les églises et les couvents au xvie siècle, surtout en Italie, supplantant les formules précédentes. La première crèche miniature documentée historiquement date de 1562 à Prague. Ce sont surtout les Jésuites qui ont diffusé les crèches en modèle réduit (moins chères à confectionner et facilement transportables) dans les églises conventuelles de toute la chrétienté.

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FRANÇOIS D'ASSISE, MEDITATIONS, Notre Père, NOTRE PERE, PRIERE, PRIERES

Le Notre Père de saint François d’Assise

Le Notre Père commenté par saint François d’Assise

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NOTRE PERE,
notre Créateur, notre Rédempteur,
notre Sauveur et notre Consolateur.

 

QUI ES AUX CIEUX,
dans les anges et dans les saints,
les illuminant pour qu’ils te connaissent, car tu es, Seigneur, la lumière ;
les enflammant pour qu’ils t’aiment, car tu es, Seigneur, l’amour ;
habitant en eux et les emplissant de ta divinité, pour qu’ils aient le bonheur, car tu es, Seigneur, le bien souverain, le bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n’est aucun bien.

 

QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ,

que devienne toujours plus lumineuse en nous la connaissance que nous avons de toi,
afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits, la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté, la profondeur de tes jugements.

 

QUE TON RÈGNE VIENNE :
dès maintenant règne en nous par la grâce,
et plus tard introduis-nous dans ton royaume où sans ombre enfin nous te verrons, où deviendra parfait notre amour pour toi bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi.

 

QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL :

Que nous t’aimions :
de tout notre cœur en pensant toujours à toi ;
de toute notre âme en te désirant toujours ;
de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans
et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ;
de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies
et tous les sens de notre âme et de notre corps
au service de ton amour et de rien d’autre.
Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes :
en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir,
en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre,
en les aidant à supporter leurs malheurs,
en ne leur faisant nulle offense.

 

DONNE-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN DE CE JOUR :

ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ,
pour que nous puissions nous rappeler,
mieux comprendre et vénérer
l’amour qu’il a eu pour nous
et tout ce que pour nous il a dit, fait et souffert.

 

PARDONNE-NOUS NOS OFFENSES
par ta miséricorde ineffable,
par la vertu de la Passion de ton Fils bien-aimé,
par les mérites et par l’intercession de la Vierge Marie
et de tous les élus.

 

COMME NOUS PARDONNONS AUSSI A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS 

Et ce que nous ne pardonnons pas pleinement,
toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement :
que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi,
que nous arrivions à te prier sincèrement pour eux ;
qu’à personne nous ne rendions le mal pour le mal
mais que nous tâchions de faire du bien à tous, en toi !

 

ET NE NOUS LAISSE PAS ENTRER EN TENTATION,
qu’elle soit manifeste ou sournoise,
soudaine, ou lancinante et prolongée.

 

MAIS DÉLIVRE-NOUS DU MAL
passé, présent et futur. (Amen).

CHRISTIANISME, DIALOGUE INTERRELIGIEUX, EGLISE CATHOLIQUE, FRANÇOIS D'ASSISE, ISLAM, JOHN TOLAN, LE SAINT CHEZ LE SULTAN, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Quand saint François d’Assise rencontrait le Sultan d’Egypte

Quand saint François rencontre le Sultan

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  Le Saint chez le Sultan. La rencontre de François d’Assise et de l’Islam. Huit siècles d’interprétation

John Tolan

Paris, Le Seuil, 2007. 512 pages.

Présentation de l’éditeur

En 1219, dans le cadre de la cinquième croisade, François d’Assise rend visite au sultan Malik al-Kâmil. Cette rencontre du christianisme et de l’islam n’a cessé depuis huit siècles de nourrir interprétations et représentations. Des discours hagiographiques à Benoît XVI en passant par Voltaire, des fresques de la basilique d’Assise aux gravures de Gustave Doré, l’événement a suscité une abondance de points de vue : geste de martyr ? mission de prédication aux infidèles ? acte d’audace naïf ? volonté de négocier une issue pacifique et, partant, modèle de dialogue pour l’Église d’aujourd’hui ? Autant de questions qui sont ici replacées dans leur contexte et soumises au crible du regard de l’historien.
L’auteur

Médiéviste, professeur à l’université de Nantes, John Tolan est l’auteur, notamment, du très remarqué Les Sarrasins (Aubier, 2003).

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Quand François rencontrait le sultan égyptien

La rencontre entre saint François et le sultan.

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Le voyage du pape François en Égypte, du 28 au 29 avril 2017, et notamment sa visite auprès de l’imam d’Al-Azhar, évoquera un lointain précédent : la rencontre de saint François d’Assise avec le sultan Malik al-Kamil, en 1219. Si historiquement, tous les détails du récit ne sont pas avérés, ils sont toujours discutés près de huit siècles plus tard.

En 1219, la guerre fait rage entre les croisés et l’islam. Deux siècles plus tôt, le tombeau du Christ a été réduit en poussière par les troupes du sultan. Dans la plaine égyptienne de Damiette, dans le delta du Nil, les deux armées se font face.

Le sultan al-Kamil a publié un décret promettant une forte récompense en or à quiconque apporterait la tête d’un chrétien. De leur côté, les croisés, commandés par Pélage, essaient de prendre le port de Damiette avec l’intention de conquérir l’Égypte.

Deux tentatives préalables pour prêcher l’Évangile

C’est dans ces circonstances que saint François décide, avec son compagnon le frère Illuminé, d’aller prêcher l’Évangile chez les musulmans. À deux reprises déjà, le Poverello a essayé de se rendre en Terre sainte pour faire connaître le Christ, sans succès.

Le seul récit détaillé sur cet épisode dont disposent les historiens est signé de saint Bonaventure. Il est postérieur de plus d’un siècle à l’événement, et surtout, il se veut surtout une épopée à la gloire du saint fondateur de l’ordre franciscain.

Capturé par les Sarrasins en tentant de franchir leurs lignes, raconte ainsi saint Bonaventure, François demande à voir le sultan, ce qu’il obtient.

Considérée comme un échec

Le neveu de Saladin le reçoit avec beaucoup de courtoisie, note le chroniqueur, mais cette visite est alors considérée comme un échec, car le saint n’a pas réussi à convaincre le sultan du bien-fondé de la religion chrétienne. Ni même obtenu la palme du martyre.

Pendant sept siècles, l’épisode resta donc relativement passé sous silence par les hagiographes de saint François. Même si les fioretti de saint François rapportent qu’à la fin, le sultan lui aurait glissé : « Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d’ici l’apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ».

Un détail oublié

Franciscain, le père Gwenolé Jeusset est intervenu à Assise, le 19 septembre 2016, lors du rassemblement des religions et des cultures pour la paix. Rappelant cet épisode ancien, cet ancien responsable de la Commission franciscaine pour les relations avec les musulmans et membre de la Commission islam du Vatican, a cependant ajouté un détail quasiment oublié jusqu’au XXe siècle

Il s’agit de la méditation que saint François lui-même a tiré de son expérience. « Les frères qui s’en vont parmi les musulmans et autres non-chrétiens, écrit le saint d’Assise, peuvent envisager leur rôle spirituel de deux manières : ou bien, ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu, et confesser simplement qu’ils sont chrétiens ». Ou bien, poursuit-il, s’ils voient que telle est la volonté de Dieu, annoncer la Parole de Dieu afin que les non-chrétiens croient au Dieu tout puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur de toutes choses, et en son Fils Rédempteur et Sauveur, se fassent baptiser et deviennent chrétiens ».

Le sourire de saint François

De son coté, Albert Jacquard, dans Le souci des pauvres (éd. Flammarion, 1996) écrit que « le sultan n’oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l’expression d’une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu’il décida, dix années plus tard, alors qu’aucune force ne l’y contraignait, de rendre Jérusalem aux chrétiens ».

Ainsi, « ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, poursuit Albert Jacquard, (…) sans doute le regard clair de François avait-il poursuivi son lent travail dans la conscience de cet homme ouvert à la pensée des autres ».

 

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https://fr.aleteia.org/2017/04/27/quand-francois-rencontrait-le-sultan-egyptien/

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A la demande du bureau de la vie consacrée du diocèse d’Oran, Pascal Aude a proposé le 9 mars dernier une relecture de notre rapport personnel à « l’islam » à la lumière de ce que François d’Assise avait pu vivre en son temps. Voici l’essentiel de son intervention

François et l’islam, une rencontre pour nous, aujourd’hui ?
J’ai choisi trois événements : l’envoi de frères au Maroc, la rencontre du sultan d’Égypte, la rédaction de la première Règle des frères. Après avoir exposé brièvement l’histoire, j’en tire quelques éléments qui dépassent le cadre franciscain et qui peuvent nourrir le sens de notre présence à tous dans ce pays.

L’envoi de frères au Maroc
Premier élément à verser au dossier des relations de François avec l’islam et les musulmans : François lui-même désire aller au Maroc et il entreprend deux voyages.

Socle historique : la « Vie du bienheureux François » de Celano § 56 et la Legenda maior de saint Bonaventure 9,6
D’après les notes de l’édition du Centenaire des Écrits franciscains : « Après l’échec du voyage maritime (LM 9 5), François a choisi la voie de terre jusqu’aux colonnes d’Hercule. » Et : « Selon toute vraisemblance, François effectue ce voyage [au Maroc] en 1213 (en pleine croisade contre les Albigeois) en suivant au départ l’itinéraire du pèlerinage qui conduit à Saint-Jacques-de-Compostelle. » Une maladie le contraint à retourner en Italie. Mais il ne renonce pas à ce que l’Évangile atteigne le Miramolin (Amir al Mu’minîn). Il y envoie donc des frères selon Jourdain de Giano, un frère chroniqueur : « Parmi les frères qui passèrent en Espagne, cinq reçurent la couronne du martyre. Ces cinq frères furent-ils envoyés de ce même chapitre ou du précédent, comme frère Élie et ses compagnons outre-mer ? Nous avons un doute. Quand on rapporta le martyre, la vie et la Légende desdits frères au bienheureux François, il entendit qu’on y faisait son éloge et vit que les frères tiraient gloire de la passion des autres ; comme il avait le plus grand mépris pour lui-même et qu’il dédaignait les louanges et la gloire, il repoussa la Légende et interdit de la lire en disant :“Que chacun soit glorifié par sa propre passion et non par celle des autres !” Et ainsi tout ce premier envoi n’aboutit-il à rien, sans doute parce que le temps d’envoyer des frères n’était pas encore venu, puisqu’il y a un temps pour chaque chose sous le ciel. »
Deux points d’analyse

* Le désir du martyre
Les raisons données par Celano sont le désir du martyre et la volonté de prêcher l’Évangile du Christ. Celles avancées par Bonaventure sont identiques. Mais il y a ici deux façons de désirer le martyre :

– celle de François reste en lien avec les circonstances. Il ne s’obstine pas face à l’adversité. La maladie l’empêche de poursuivre. Il s’en retourne en Italie.
– Bérard et ses compagnons risquent leur vie pour l’annonce de l’Évangile, prêchent avec audace et ténacité, mais ils n’entendent pas les avertissements et poussent à bout la patience des musulmans. Ils obtiennent finalement ce qu’ils cherchent, mais en insultant et méprisant la foi de l’autre. Leur martyre ressemble à un suicide par la main d’autrui.
* Que faire de la légende des saints ?
François nous avertit : « Les saints ont agi et nous, en récitant et en prêchant leurs œuvres, nous voulons en recevoir honneur et gloire. »Cette admonition peut avoir un écho aujourd’hui : Qu’allons-nous faire de la béatification de nos dix-neuf martyrs ? Si cette histoire ne nous dit pas ce qu’il faut faire, elle nous préserve de l’attitude d’auto-glorification, si jamais nous étions tentés par elle.

Postérité : la présence franciscaine au Maroc, Antoine de Padoue (1195-1231) et Ramon Lull (1232-1315)
Suite à cet envoi de frères, la présence au Maroc de franciscains et de franciscaines dure jusqu’à aujourd’hui. Les archevêques de Rabat sont en général franciscains. Bérard et ses compagnons en sont les patrons.
Par ailleurs, c’est en entendant le récit du martyre de ces frères que Fernando Martins de Bulhoens décide de rentrer chez les frères en prenant le nom d’Antoine de Lisbonne. Il deviendra saint Antoine de Padoue.
Enfin, cet épisode inspirera Ramon Lull dans ses recherches intellectuelles et dans ses comportements vis-à-vis de l’islam : il fondera à Palma de Majorque le Collège de Miramar pour l’apprentissage de l’arabe, la traduction d’ouvrages et l’étude de l’islam en vue de la mission parmi les musulmans. Il ira lui-même deux fois en Afrique du Nord qui s’appelait à l’époque la Berbérie, en particulier à Bougie (Béjaia) et à Tunis où son zèle, un peu sur le modèle de Bérard et compagnie, le conduira à être battu. C’est au retour de Tunis, à Majorque, qu’il succombera à ses blessures.

La rencontre du sultan d’Égypte
Socle historique : Vie du Bienheureux François, de Thomas de Celano 57 et Legenda Maior de saint Bonaventure 9, 7-9
« En la treizième année de sa conversion, nous raconte Thomas de Celano, [François] se dirigea en effet vers la Syrie, alors que chaque jour des combats forts et rudes survenaient entre les chrétiens et les païens ; prenant avec lui un compagnon, il ne craignit pas de se présenter aux regards du sultan des Sarrasins.
Mais qui pourrait raconter avec quelle constance d’âme il se tenait devant lui, avec quelle vaillance de l’esprit il parlait, avec quelle éloquence et confiance il répondait à ceux qui insultaient la loi chrétienne ? Car avant d’accéder au sultan, il fut fait prisonnier par ses affidés, soumis à des outrages, roué de coups ; il n’est pas terrifié, les menaces de supplices ne lui donnent pas de crainte, la mort brandie contre lui ne l’épouvante pas. Il avait beau recevoir les reproches d’un grand nombre de personnes à l’esprit hostile et à l’âme contraire, il fut cependant reçu en très grand honneur par le sultan. Ce dernier l’honorait du mieux qu’il pouvait et, lui offrant de nombreux présents, s’efforçait d’infléchir son esprit vers les richesses du monde. Mais ayant vu qu’il méprisait très énergiquement tout comme de l’ordure, il fut rempli de la plus grande admiration et le considérait comme un homme différent de tous ; il fut fortement ébranlé par ses paroles et avait grand plaisir à l’écouter. En tout cela, le Seigneur n’accomplit pas son désir, lui réservant le privilège d’une grâce exceptionnelle. »
Thomas nous rappelle que c’est le désir du martyre et de l’annonce de l’Évangile qui a poussé François à prendre la route de l’Orient et à rencontrer celui que ses contemporains décrivaient comme « la bête cruelle », le « diable ». L’islam, c’était Babylone, la cité du mal, et les musulmans des « fils du diable ».
Deux points d’attention
* La surprise de la courtoisie
François ne rencontre pas le diable mais un homme courtois, raffiné. Les descriptions qu’en font les chefs de troupe francs fait prisonniers après la bataille de Damiette décrivent un homme à l’esprit chevaleresque, qui les a traités avec dignité et honneur, avec «l’autorité d’un père », dira Olivier de Cologne, secrétaire du légat du pape.
* François rencontre un croyant et une communauté de foi
L’accueil réservé à la prédication de François par le sultan tient sans doute compte de l’appréciation coranique : « Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens.” C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. »

Il semblerait que dans l’entourage de Malik al-Kamil se trouvait Fakr ed-Dine al-Farabi, un vieux soufi, et sans doute bien d’autres sages parmi ses conseillers. Le spectacle d’une communauté interrompant le cours de ses affaires pour prier le Dieu unique cinq fois par jour a dû impressionner François.
La postérité :
* Les frères gardiens des Lieux saints de Terre Sainte
Même s’il a fallu attendre 1342 pour que les frères franciscains soient déclarés « Gardiens des Lieux Saints » par le pape Clément VI, ils avaient obtenu un laisser-passer de la part du sultan et se sont vus protégés par les autorités musulmanes à l’issue de la cinquième Croisade et par la suite.

* « Si vous ne saluez que vos amis… »
Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser que la tentative du père Paolo dall’Oglio de rejoindre le quartier général d’al-Baghdadi à Raqqa, où il est fait prisonnier le 28 juillet 2013, s’inspire de celle de François d’Assise. Il semblerait qu’il cherchait à obtenir la libération d’otages. Il aurait été tué par la suite, d’après le témoignage d’un chef de l’État islamique capturé. Mais il n’y a pas de preuve.

La rédaction du chapitre XVI de la première Règle de saint François
Socle historique
La rédaction de la Règle, dite « non bullée », est dans la continuité du processus d’écriture propre à la Fraternité naissante : la vie façonne, corrige, épanouit peu à peu l’intuition, et la Curie romaine, les frères lettrés, ajoutent leur grain de sel à ce qui était au tout début une page programmatique générale et centrée sur « Notre règle de vie, c’est de vivre l’Évangile » !

Il est donc difficile de savoir exactement si ce fameux chapitre XVI fut écrit avant ou après le voyage en Terre Sainte. Toujours est-il qu’il témoigne d’une façon de faire unique à l’époque et qui reste, me semble-t-il, d’actualité. Elle est datée de 1221. Gwénolé Jeusset pense qu’au moins certaines parties de ce chapitre ont été écrites après cette expérience extraordinaire de rencontre courtoise en pleine croisade.
Deux points d’attention
* « Humbles et soumis à tous »
C’est ainsi que François voulait ses frères (et sœurs), non pas dans une attitude d’écrasement de soi qui serait indigne ; ni dans un mépris de soi qui cacherait au fond un mépris de l’autre ; ni dans une soumission qui serait démission, renoncement à ses convictions profondes. Mais il les voulait supportant les tribulations de tous les désaccords et de toutes les incompréhensions, admirant le singulier, l’inouï de nos expressions de foi respectives, ici et maintenant, et se tenant librement sur le chemin de la relation à l’autre, aussi escarpé soit-il, dans ce dénivelé qui fait que son visage me surplombe toujours et m’inviter à l’aimer. Une attitude que François d’Assise a contemplée longuement chez son Maître et Ami.

* Annoncer par la présence et la parole
C’est en effet l’incarnation qui sert de modèle à une démarche qui sinon pourrait paraître naïve, désincarnée, justement angélique. Elle s’inspire de l’attitude de Jésus dont la vie entière est proclamation de la Bonne Nouvelle. François insiste beaucoup sur la prédication par les actes plus que par les paroles. Quand le terrain n’est pas favorable, il compte sur cette présence pour annoncer.
Mais il faut aussi entendre la deuxième partie, et l’invitation à dire la Parole, à proclamer, quand le temps est favorable. Discerner semble alors le maître mot : quand puis-je dire, et quand faut-il me taire ? Quand est-ce que ma parole est accueillie, quand est-ce qu’elle heurte et insulte ? Ou reste inaudible ? C’est un discernement inspiré de la communication non-violente, attentive aux émotions de l’autre, et de soi, et pas seulement à la rationalité de la communication.

La postérité : notre communauté de Tiaret
Extraits du projet rédigé par des frères français et catalan en vue de la fondation en Algérie :
« Introduction
L’origine du projet est double. D’un côté, le désir du frère catalan Jaume de vivre une vie de proximité avec les musulmans, dans un témoignage simple de l’Évangile.

De l’autre, des frères français en recherche de fondation pour participer à l’aventure de l’Église algérienne et soutenir la construction d’une conscience capucine en Europe du Sud. On trouve aussi en arrière-fond, les histoires communes France/Algérie et Espagne/Maghreb ainsi que la vision franciscaine d’« un autre visage de l’islam ». Tout cela se rejoint dans l’inspiration franciscaine du témoignage évangélique par la vie (1 Règ. 16) dans un milieu non chrétien.
Objectifs
Partager la vie du peuple algérien, contribuer à la construction de la société algérienne.

Vivre une vie communautaire avec pour socle la prière contemplative et une vie liturgique simple.
Partager la vie de l’Église en Algérie, dans sa présence gratuite, dans son attitude de dialogue avec les musulmans. »
Bien sûr ce projet a évolué avec les frères qui s’y sont concrètement investis et face à la réalité algérienne, justement dans cette attitude et cette volonté d’humble soumission.

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Conclusion : l’esprit d’Assise
Il me semble qu’il y ait un événement décisif pour l’Église de notre temps, relié à ce dont j’ai parlé : la rencontre d’Assise du 27 octobre 1986 qui a rassemblé des chefs de nombreuses confessions et dénominations religieuses. Ce qu’on a appelé par après « l’esprit d’Assise » vient de loin.
Le fait d’être réunis à Assise pour prier, jeûner et cheminer en silence – et cela pour la paix toujours fragile et toujours menacée, peut-être aujourd’hui plus que jamais – a été comme un signe clair de l’unité profonde de ceux qui cherchent dans la religion des valeurs spirituelles et transcendantes en réponse aux grandes interrogations du cœur humain, malgré les divisions concrètes… Les hommes peuvent souvent ne pas être conscients de leur unité radicale d’origine, de destin et d’insertion dans le plan même de Dieu et, lorsqu’ils professent des religions différentes et incompatibles entre elles, ils peuvent même ressentir leurs divisions comme insurmontables, mais, malgré cela, ils sont inclus dans le grand et unique dessein de Dieu, en Jésus-Christ, qui « s’est uni d’une certaine manière à tous les hommes », même si ceux-ci n’en sont pas conscients (Jean-Paul II, Discours de présentation des vœux aux cardinaux et membres de la Curie romaine,le 22 décembre 1986)
Serait-il possible d’envisager, en Algérie, un tel rassemblement ? De faire sortir de l’ombre les différents mouvements et autres confessions religieuses ? Je formule ce rêve en guise de conclusion.

Frère Pascal AUDE, capucin, Tiaret
https://eglise-catholique-algerie.org/actualites-et-news/temoignages-et-dialogue/4283-francois-et-l-islam-une-rencontre-pour-nous-aujourd-hui.html

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François d’Assise et la rencontre avec le Sultan

Une expérience du passé qui nous ouvre sur le monde d’aujourd’hui!

Nous vivons de plus en plus dans une société où les différentes cultures se côtoient, s’entremêlent et s’entrechoquent même. Dans les grandes villes du pays il est plus facile de faire ce constat. Les habitants des zones urbaines vivent à côté des personnes d’origines ethniques diverses tandis que dans les milieux ruraux, cela est plutôt rare mais les gens savent par les médias ou par des connaissances que les personnes venant d’autres pays se font davantage présents.

C’est pourquoi Les Franciscains trouvent important d’entamer une réflexion active sur notre ouverture vers les autres cultures et les autres religions afin de diminuer les tensions, les intolérances et l’incompréhension. Plusieurs frères travaillent concrètement dans des organismes ou des projets de dialogues inter religieux s’inspirant en cela de l’expérience de François d’Assise avec le Sultan. Il est en effet inspirant de constater que même au Moyen-Âge, au temps de François d’Assise, des chrétiens ont voulu établir des relations harmonieuses avec d’autres religions, en particulier avec l’Islam, au lieu d’encourager la guerre et la violence.

Même si François d’Assise était allé rencontrer le Sultan dans l’idée de le voir convertir vers la religion chrétienne, il y a dans sa démarche une volonté de réconciliation et de paix. Et encore plus réconfortant, c’est que nous pouvons appliquer à notre temps les leçons de cette rencontre profonde, pleine d’humanité et de tendresse.

Les Franciscains souhaitent contribuer à l’éveil des jeunes sur l’existence d’autres cultures, d’autres religions que l’on se doit de respecter.

François d’Assise et le Sultan : La rencontre

Nous vous présentons l’histoire de cette rencontre entre François d’Assise et le Sultan tel que rapporté par Saint Bonaventure qui a écrit sur la vie de François et approuvé en 1266 par l’Ordre des Frères Mineurs (ofm). Nous nous sommes permis d’apporter quelques changements au texte original afin de le rendre plus accessible.

Nous sommes en 1219

« S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrazins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.

Mais dans l’espoir d’obtenir sans tarder ce qu’il désirait, François résolut de s’y rendre. Après avoir prié, il obtint la force du Seigneur et, plein de confiance, chanta ce verset du Prophète: « Si j’ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ».

S’étant adjoint pour compagnon frère Illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin , ils tombaient dans les avant-postes des sarrazins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d’injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, ils les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c’était ce qu’avait désiré François.

Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au delà des mers non par un homme mais par le Dieu très-haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d’âme et une telle ferveur d’esprit qu’en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l’Évangile: « Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire ».

Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes.

Le sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d’ici-bas.
François quitta le pays du sultan escorté par ses soldats ».

QUE RESTE T-IL DE CETTE RENCONTRE ?

« Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n’oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l’expression d’une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu’il décida, dix années plus tard, alors qu’aucune force ne l’y contraignait, de rendre Jérusalem aux chrétiens. Ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, l’intelligence et la tolérance de Malik al-Kamil permettraient à l’islam de l’offrir. Sans doute le regard clair de François avait-il poursuivi son lent travail dans la conscience de cet homme ouvert à la pensée des autres ».

En réalité, cette distinction que l’on fait aujourd’hui entre les différentes religions cache la véritable opposition: celle du « Nord » contre le « Sud », et surtout des riches contre les pauvres. Car les musulmans eux aussi souhaitent bâtir un monde meilleur avec des valeurs humaines et spirituelles.

C’est pourquoi afin de continuer le travail de François d’Assise qui désirait ardemment tisser des liens avec les musulmans pour bâtir la paix, les Franciscains du Québec ont tenté des rapprochements avec les gens d’autres religions (amérindiens, bouddhistes, sikhs, hindous, juifs, musulmans et des chrétiens de plusieurs dénominations). Ensemble, ils cherchent des moyens pour faire face aux difficultés de notre temps: pauvreté, solitude, violence, drogue, etc.

À Montréal, les Franciscains ont organisé durant dix ans des prières qui rassemblaient des délégués de huit religions. Ces rassemblements ont suscité des initiatives diverses: prières interreligieuses organisées par des associations, des écoles, des prêtres ou pasteurs chrétiens; un groupe de femmes musulmanes et chrétiennes; un Conseil interreligieux.

Ailleurs, au Liban, aux Philippines et en Indonésie, des Franciscains et des musulmans s’unissent chaque année pour organiser et vivre un pèlerinage orienté vers la paix ou pour une cause sociale.

Dans une école primaire située à Tyr, au Liban, des moyens ont été mis en œuvre par les Franciscains pour respecter les différences mais aussi pour éviter de marginaliser un groupe au détriment de l’autre ou d’encourager la compétition entre les religions. Chaque classe, chaque équipe sportive, chaque groupe social compte des jeunes de chaque religion. Dans un match de football, par exemple, on ne verra pas une équipe formée exclusivement de musulmans jouer contre une équipe de chrétiens.

Comme on le constate il est possible de faire naître des initiatives entre des personnes de différentes religions et de vivre cette fraternité universelle dont François a tant rêvée. (1)

(1) Vous pouvez obtenir des documents de réflexions sur la question du dialogue interreligieux au bureau des Franciscains (voir les coordonnées plus loin sur le site).

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POUR ALLER PLUS LOIN :

Bibliographie Franciscaine

Voici une liste de lecture suggérée pour un premier contact avec le monde de Saint François d’Assise et les frères Franciscains.

Sur Saint François d’Assise :

BOFF, Leonardo, François d’Assise, Éditions du Cerf, Paris, 1986, 217 p.

CARETTO, Carlo, Moi, François d’Assise, Éditions Centurion, Coll. Foi vivante 278, Paris, 1991, 185 p.

DESBONNETS, T., VORREUX, D., Saint François d’Assise. Documents. Écrits et Premières biographies,
Éditions Franciscaines, 2e édition, Paris, 1968, 1504 p.

DESBONNETS, Théophile, De l’intuition à l’institution. Les Franciscains, Éditions Franciscaines,
Paris, 1983, 187 p.

GREEN, Julien, Frère François., Éditions du Seuil, Paris, 1991, 376 p.

LECLERC, Éloi, François d’Assise. Le retour à l’Évangile. Éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1981

MANSELLI, Raoul, Saint François d’Assise, Éditions Franciscaines, Paris, 1981, 328 p.

TIMMERMANS, Félix, La harpe de saint François, Éditions Mame, St-Amand, 1992, 255 p.

Sur les Franciscains :

ESSER, Kajetan, Origines et objectifs primitifs de l’Ordre des Frères Mineurs, Éditions Franciscaines,
Paris, 1983, 256 p.

FLOOD, David, Frère François et le mouvement franciscain. Les Éditions Ouvrières, Coll. « Peuple de Dieu », Paris, 1983, 180 p.

HUBAUT, Michel, La voie franciscaine. La joie de vivre l’Évangile, Éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1983, 191 p.

FLOOD, D., Van DIJK, W., MATURA, T., La naissance d’un charisme. Une lecture de la première Règle de saint François, Présence de saint François, no. 24, Éditions franciscaines, 1973, 189 p.

MATURA, Thaddée, François d’Assise. « Auteur spirituel ». Le message de ses écrits, Éditions du Cerf, Paris, 1996, 295 p.

Prières franciscaines

DELARGE Jean-Pierre, Prier avec saint François d’Assise, Éditions Fides, Paris, 1981, 160 p.

MATURA, Thaddée, Prier 15 jours avec François d’Assise, Éditions Nouvelle cité, Paris 1994, 125 p.

https://www.franciscain.org/saint-francois-dassise/bibliographie-franciscaine

 

François Voyages 2019 Voyages apostoliques en dehors de l’Italie

AR  – EN  – ES  – FR  – IT  – PT ]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHJRISTIANISME, DIALOGUE INTERRELIGIEUX, FRANÇOIS (pape), FRANÇOIS D'ASSISE, ISLAM, JOHN TOLAN, LE SAINT CHEZ LE SULTAN, LIVRES - RECENSION

Saint François rencontre le sultan

Quand saint François rencontre le Sultan

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  Le Saint chez le Sultan. La rencontre de François d’Assise et de l’Islam. Huit siècles d’interprétation

John Tolan

Paris, Le Seuil, 2007. 512 pages.

 

Présentation de l’éditeur

En 1219, dans le cadre de la cinquième croisade, François d’Assise rend visite au sultan Malik al-Kâmil. Cette rencontre du christianisme et de l’islam n’a cessé depuis huit siècles de nourrir interprétations et représentations. Des discours hagiographiques à Benoît XVI en passant par Voltaire, des fresques de la basilique d’Assise aux gravures de Gustave Doré, l’événement a suscité une abondance de points de vue : geste de martyr ? mission de prédication aux infidèles ? acte d’audace naïf ? volonté de négocier une issue pacifique et, partant, modèle de dialogue pour l’Église d’aujourd’hui ? Autant de questions qui sont ici replacées dans leur contexte et soumises au crible du regard de l’historien.

L’auteur

Médiéviste, professeur à l’université de Nantes, John Tolan est l’auteur, notamment, du très remarqué Les Sarrasins (Aubier, 2003).

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Quand François rencontrait le sultan égyptien

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La rencontre entre saint François et le sultan.

Le voyage du pape François en Égypte, du 28 au 29 avril 2017, et notamment sa visite auprès de l’imam d’Al-Azhar, évoquera un lointain précédent : la rencontre de saint François d’Assise avec le sultan Malik al-Kamil, en 1219. Si historiquement, tous les détails du récit ne sont pas avérés, ils sont toujours discutés près de huit siècles plus tard.

En 1219, la guerre fait rage entre les croisés et l’islam. Deux siècles plus tôt, le tombeau du Christ a été réduit en poussière par les troupes du sultan. Dans la plaine égyptienne de Damiette, dans le delta du Nil, les deux armées se font face.

Le sultan al-Kamil a publié un décret promettant une forte récompense en or à quiconque apporterait la tête d’un chrétien. De leur côté, les croisés, commandés par Pélage, essaient de prendre le port de Damiette avec l’intention de conquérir l’Égypte.

Deux tentatives préalables pour prêcher l’Évangile

C’est dans ces circonstances que saint François décide, avec son compagnon le frère Illuminé, d’aller prêcher l’Évangile chez les musulmans. À deux reprises déjà, le Poverello a essayé de se rendre en Terre sainte pour faire connaître le Christ, sans succès.

Le seul récit détaillé sur cet épisode dont disposent les historiens est signé de saint Bonaventure. Il est postérieur de plus d’un siècle à l’événement, et surtout, il se veut surtout une épopée à la gloire du saint fondateur de l’ordre franciscain.

Capturé par les Sarrasins en tentant de franchir leurs lignes, raconte ainsi saint Bonaventure, François demande à voir le sultan, ce qu’il obtient.

Considérée comme un échec

Le neveu de Saladin le reçoit avec beaucoup de courtoisie, note le chroniqueur, mais cette visite est alors considérée comme un échec, car le saint n’a pas réussi à convaincre le sultan du bien-fondé de la religion chrétienne. Ni même obtenu la palme du martyre.

Pendant sept siècles, l’épisode resta donc relativement passé sous silence par les hagiographes de saint François. Même si les fioretti de saint François rapportent qu’à la fin, le sultan lui aurait glissé : « Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d’ici l’apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ».

Un détail oublié

Franciscain, le père Gwenolé Jeusset est intervenu à Assise, le 19 septembre 2016, lors du rassemblement des religions et des cultures pour la paix. Rappelant cet épisode ancien, cet ancien responsable de la Commission franciscaine pour les relations avec les musulmans et membre de la Commission islam du Vatican, a cependant ajouté un détail quasiment oublié jusqu’au XXe siècle

Il s’agit de la méditation que saint François lui-même a tiré de son expérience. « Les frères qui s’en vont parmi les musulmans et autres non-chrétiens, écrit le saint d’Assise, peuvent envisager leur rôle spirituel de deux manières : ou bien, ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu, et confesser simplement qu’ils sont chrétiens ». Ou bien, poursuit-il, s’ils voient que telle est la volonté de Dieu, annoncer la Parole de Dieu afin que les non-chrétiens croient au Dieu tout puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur de toutes choses, et en son Fils Rédempteur et Sauveur, se fassent baptiser et deviennent chrétiens ».

Le sourire de saint François

De son coté, Albert Jacquard, dans Le souci des pauvres (éd. Flammarion, 1996) écrit que « le sultan n’oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l’expression d’une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu’il décida, dix années plus tard, alors qu’aucune force ne l’y contraignait, de rendre Jérusalem aux chrétiens ».

Ainsi, « ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, poursuit Albert Jacquard, (…) sans doute le regard clair de François avait-il poursuivi son lent travail dans la conscience de cet homme ouvert à la pensée des autres ».

https://fr.aleteia.org/2017/04/27/quand-francois-rencontrait-le-sultan-egyptien/

 

FRANÇOIS D'ASSISE, NOTRE PERE, PRIERES

Le « Notre Père » commenté par François d’Assise

Le Notre Père commenté par saint François d’Assise

 Parmi les écrits de saint François d’Assise, on trouve ce commentaire du Notre Père.

 NOTRE PERE TRES SAINT, notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sauveur et notre Consolateur.

 QUI ES AUX CIEUX, dans les anges et dans les saints, les illuminant pour qu’ils te connaissent, car tu es, Seigneur, la lumière ; les enflammant pour qu’ils t’aiment, car tu es, Seigneur, l’amour ; habitant en eux et les emplissant de ta divinité, pour qu’ils aient le bonheur, car tu es, Seigneur, le bien souverain, le bien éternel, de qui vient tout bien, sans qui n’est aucun bien.

 QUE TON NOM SOIT SANCTIFIÉ, que devienne toujours plus lumineuse en nous la connaissance que nous avons de toi, afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits, la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté, la profondeur de tes jugements.

 QUE TON RÈGNE VIENNE : dès maintenant règne en nous par la grâce, et plus tard introduis-nous dans ton royaume où sans ombre enfin nous te verrons, où deviendra parfait notre amour pour toi bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi.

 QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL :

Que nous t’aimions : de tout notre cœur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes : en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur faisant nulle offense.

 DONNE-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN DE CE JOUR :

ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, pour que nous puissions nous rappeler, mieux comprendre et vénérer l’amour qu’il a eu pour nous et tout ce que pour nous il a dit, fait et souffert.

 PARDONNE-NOUS NOS OFFENSES par ta miséricorde ineffable, par la vertu de la Passion de ton Fils bien-aimé, par les mérites et par l’intercession de la Vierge Marie et de tous les élus.

 COMME NOUS PARDONNONS AUSSI A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS

Et ce que nous ne pardonnons pas pleinement, toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement : que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi, que nous arrivions à te prier sincèrement pour eux ; qu’à personne nous ne rendions le mal pour le mal mais que nous tâchions de faire du bien à tous, en toi !

 ET NE NOUS SOUMETS PAS À LA TENTATION, qu’elle soit manifeste ou sournoise, soudaine, ou lancinante et prolongée.

 église pater nosterMAIS DÉLIVRE-NOUS DU MAL passé, présent et futur.

(Amen).