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Prêtres et religieux dans la Grande Guerre 14-18

Prêtres et religieux, héros de 14-18

 

World War I: New Zealand troops taking Holy Communion administered by an Army chaplain in the open air

Le 11 novembre, jour de commémoration de l’armistice de 1918, hommage est rendu aux morts de la Grande Guerre. Parmi eux, de nombreux prêtres, religieux et religieuses. Un colloque organisé le 15 novembre à Paris à l’initiative du diocèse aux armées prolongera cet hommage.

 

Lorsque la guerre est déclarée début août 1914, l’Église de France manifeste son patriotisme en dépit d’un anticléricalisme encore très présent. Elle encourage les prêtres et les religieux en âge d’être engagés à répondre à l’appel à la mobilisation. Ce qu’ils font comme un seul homme : selon l’historien Xavier Boniface, ils sont au total près de 32 000, auxquels il convient d’ajouter plus de 12 000 religieuses.

L’apport du clergé catholique à l’effort de guerre français a donc été important. Comme la législation le prévoyait, le gros des effectifs comprenait des aumôniers et des combattants. Il y a eu, durant toute la guerre, pas loin de 1 000 aumôniers officiels (400 titulaires, 600 volontaires) et 31 000 combattants qui étaient prêtres (19 000), séminaristes (4 000), religieux ou novices (8 000) et pouvaient aussi avoir un rôle d’aumônier officieux.

Une réponse à la demande d’ « union sacrée »

Des chiffres étonnants pour un pays marqué par plusieurs années d’anticléricalisme, et par la législation de séparation des Églises et de l’État qui, de 1901 à 1905, s’était traduite notamment par l’expulsion des congrégations vers l’étranger. La contribution des prêtres et religieux se faisait au nom du patriotisme et, l’Allemagne ayant déclaré la guerre à la France, de la guerre juste. Elle venait répondre aussi à la demande d’« union sacrée » formulée dès le début du conflit par le président de la République, Raymond Poincaré.

Le clergé séculier s’est massivement mobilisé. Loin alors étaient les protestations indignées des évêques lorsqu’en 1889, la loi « curés sac au dos » avait supprimé l’exemption du service militaire pour les séminaristes ; ceux-ci, après l’avoir effectué, étaient mobilisables en cas de guerre, comme infirmiers ou brancardiers. Entre-temps, par une loi votée en 1905, la République avait mis tous les citoyens mâles à égalité devant l’obligation militaire en cas de conflit en étendant la mobilisation comme combattants aux hommes de religion, qui étaient jusque-là exclusivement destinés au service de santé.

Le sens du sacrifice

Les religieux des congrégations, qui avaient toujours été soumis à l’obligation militaire, se trouvaient pour leur part expulsés du territoire national depuis quelques années : ils rentrèrent en France dès le début du conflit pour s’enrôler.

Le sens du sacrifice dont les uns et les autres ont fait preuve (environ 5 000 tués au total, soit une proportion de 16 %) les a légitimés auprès de la troupe et a finalement favorisé la réconciliation ultérieure entre l’Église et l’État. Même si cette évolution n’a pas toujours été évidente. Ainsi, début 1916, à l’initiative du quotidien La Dépêche de Toulouse, une « infâme rumeur » a fait passer les prêtres mobilisés pour des « embusqués » dans les services de santé à l’arrière. Pour rétablir la vérité, La Croix a alors décidé de publier une rubrique des serviteurs de Dieu tués au front (1). Celle-ci a ensuite servi de base, après le conflit, à la publication par la Bonne Presse du Livre d’or du clergé et des congrégations, avec une préface de l’académicien Henry Bordeaux titrée « Le sang des prêtres ».

 

14 000 ont été cités et décorés

Avant 1914, les autorités avaient envisagé que, par temps de guerre, les soldats puissent avoir besoin d’un soutien spirituel : elles avaient prévu à cet effet environ 200 postes d’aumôniers dits « titulaires ». Mais l’ampleur de la mobilisation, l’installation dans la durée d’une guerre aux horreurs inattendues et la demande de spiritualité au sein de la troupe les obligèrent à augmenter le nombre de titulaires et à faire appel à des bénévoles (les aumôniers « volontaires »), qui ont fini par recevoir une indemnité journalière.

À l’initiative de Mgr Luc Ravel, évêque aux armées, un colloque sera organisé à Paris samedi 15 novembre, pour rendre hommage au courage de ces hommes. Plus de 14 000 ont été cités et décorés pendant la guerre. L’hommage concernera aussi les quelques dizaines de pasteurs et rabbins mobilisés. Durant le conflit, aucun imam n’était recensé dans les troupes musulmanes.

 

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L’Église se souvient 

Un temps de prière pour les morts de 14-18 et pour la paix est proposé pour le mardi 11 novembre dans toutes les paroisses du pays par le diocèse aux armées avec l’accord des évêques de France.

La chaîne de télévision KTO programme deux documentaires de 52 minutes : l’un sur « les aumôniers héroïques dans l’enfer de la guerre » d’Armand Isnard (lundi 10 novembre 20 h 40), l’autre sur « les religieuses de la Grande Guerre » d’Alexandre Dolgorouky (mercredi 12 novembre 20 h 40).

L’association Droits du religieux ancien combattant (DRAC) annonce trois événements pour le samedi 15 novembre : tenue d’un colloque intitulé « Prêtres et religieux dans la Grande Guerre » sous la présidence de Mgr Luc Ravel, évêque aux armées, de 10 heures à 18 heures au couvent des Franciscains, 7 rue Marie-Rose 75014 Paris ; publication d’un livre La Grande Guerre des hommes de Dieu (192 p., 20 €) ; lancement d’une exposition itinérante sur le même thème. Inscriptions, commandes ou réservations auprès de l’association Drac.

La Conférence des évêques de France vient d’éditer une brochure sur la « Mémoire chrétienne de la Grande Guerre » (Documents-Épiscopat numéro 3, 2014, 34 p., 5 €.)

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Auteur : Mgr Luc Ravel

La mémoire est une dimension de notre foi chrétienne et commémorer permet à l’Église d’évangéliser le temps en proposant une vision de l’histoire. Faire mémoire ensemble aujourd’hui de la Grande Guerre et proposer des initiatives durant le cycle des commémorations est le défi que l’Église entend relever.

 

  • Cette riposte est racontée dans Biographie d’un journal, d’Yves Pitette (Perrin, 336 p., 23 €).

 

https://www.la-croix.com/Actualite/France/Pretres-et-religieux-heros-de-14-18-2014-11-07-1233737

CHARLES PEGUY, ECRIVAINS DANS LA GRANDE GUERRE 1914-1918, ERNST JUNGER, GUERRE MONDIALE 1914-1918, HENRI BARBUSSE, ROLAND DORGELES

Des écrivains dans la Grande guerre de 1914-1918

LES ECRIVAINS DANS LA GRANDE GUERRE 1914-1918.

  

MAURICE GENEVOIX, ROLAND DORGELÈS ET HENRI BARBUSSE : TROIS STYLES POUR RACONTER LA GRANDE GUERRE

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Ces trois écrivains, survivants de la «der des ders», ont utilisé leur plume pour transmettre leur vécu de la guerre. Des témoignages qui ont marqué la mémoire de la Première Guerre mondiale.

La télé française au temps du noir et blanc possédait son petit rituel. A chaque 11 novembre, elle diffusait les Croix de bois, un film de 1932 tiré du roman de Roland Dorgelès. Dans une des scènes, un poilu choqué, halluciné, en passe de perdre la raison, joué par Robert Le Vigan, se hisse hors de la tranchée pour en finir une bonne fois pour toutes en se faisant «tuer à l’ennemi». Collaborateur notoire pendant la Seconde Guerre mondiale, «La Vigue», comme le surnommait son grand ami Céline, le suit jusqu’à Sigmaringen, là où les Allemands entretiennent la fiction d’un Etat français avec le maréchal Pétain à sa tête. A son retour en France il sera condamné à dix ans de travaux forcés et frappé d’indignité nationale. Né en 1900, il n’avait pas combattu en 14-18. Pas comme Charles Vanel, autre acteur du film blessé deux fois, démobilisé en 17 et décoré de la Croix de guerre.

Les Croix de bois et Capitaine Conan de Roger Vercel, sous les drapeaux jusqu’en 1919 sur le front d’Orient comme magistrat instructeur de la prévôté, la gendarmerie militaire, sont les deux seuls romans écrits dans le souvenir du carnage qui feront l’objet d’une adaptation cinématographique, presque immédiate pour l’un, tardive pour le second.

 

Pourtant ils furent nombreux Ceux de 14, titre du livre de Maurice Genevoix, à témoigner de celle qu’il croyait être la «der des ders». Dans ce triangle d’Orages d’acier, trois hommes racontent la boue et les poux, les nuits constellées par les explosions des obus ou des grenades. Trois hommes que tout diffère. Genevoix, Barbusse et Dorgelès. Trois styles pour une même guerre. Trois hommes aux itinéraires et aux choix politiques très différents dans l’après-guerre.

«Je vois sur ma poitrine un profond sillon de chair rouge»

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La crête des Eparges n’aurait pu rester qu’une simple côte sur une carte d’Etat-major, un nom de plus dans la liste des innombrables batailles de la Grande Guerre. «Cette crête est notre cauchemar», écrit Maurice Genevoix dans Ceux de 14. Face à cette colline, des dizaines de milliers d’hommes tomberont durant les combats acharnés de 1914 et de 1915. Le jeune lieutenant du 106e RI, diplômé de la Rue d’Ulm, y est grièvement blessé le 25 avril 1915. «Je suis tombé un genou à terre. Dur et sec, un choc a heurté mon bras gauche. Il saigne à flots saccadés. Je voudrais me lever, je ne peux pas. Mon bras tressaute au choc d’une deuxième balle et saigne par un trou. Mon genou pèse sur le sol comme si mon corps était en plomb. Ma tête s’incline et sous mes yeux un lambeau d’étoffe saute au choc mat d’une troisième balle. Je vois sur ma poitrine un profond sillon de chair rouge», racontera-t-il. Il perdra définitivement l’usage de sa main gauche.

A 25 ans, il est réformé pour cause d’invalidité. Après avoir été trimballé d’hôpitaux en hôpitaux pendant sept mois, il entreprend dès son retour à la vie civile la rédaction de ses souvenirs de guerre dont la parution s’étalera de 1916 à 1923. Ils ne seront rassemblés qu’en 1949 sous le titre de Ceux de 14«Je souhaite que d’anciens combattants, à lire ces pages de souvenirs, y retrouvent un peu d’eux-mêmes et de ceux qu’ils furent un jour ; et que d’autres peut-être, ayant achevé de le lire, songent ne serait-ce qu’un instant : « C’est vrai pourtant. Cela existait, « pourtant »», écrira-t-il dans sa préface du volume les Eparges. Pour la première fois, quelqu’un dépeint la communauté des combattants, leur vie quotidienne, les corvées de ravitaillement, le froid, la boue surtout qui aspire les godillots, les terres grasses de l’Est de la France. Genevoix n’omet rien : ni la peur des hommes ni la cruelle âpreté des combats, ni la mort à côté de soi des camarades devenus amis dans la fournaise. Des descriptions qui lui vaudront les foudres de la censure.

 

Raconter la mort vue de près

Prix Goncourt en 1925 pour son roman Raboliot, Genevoix, après s’être débarrassé des fantômes qui le hantaient, poursuivra une œuvre qui s’attache à la nature, aux paysages de Sologne, décrivant toutes les sensations que procure la forêt dans une langue classique et chatoyante. Il s’éprend de la Loire, le grand fleuve sauvage, dont il dépeint dans son roman la Loire, Agnès et les garçons les lumières changeantes aux mille nuances de gris. En 1927, avec les gains du prix Goncourt, il rachète une vieille masure au bord de la Loire à Saint-Denis-de-l’Hôtel au hameau des Vernelles, «une vieille maison, rêveuse, pleine de mémoire et souriant à ses secrets». De son bureau, l’écrivain a justement vue sur La Loire

 

Genevoix entre à l’Académie française en 1946 et en devient le secrétaire perpétuel en 1958. Poste dont il démissionnera en 1974, se jugeant, à 83 ans, trop vieux pour l’occuper. Bien longtemps après la guerre, en 1972, il revient sur son expérience de la guerre de 14 avec un court récit intitulé la Mort de près. Là, l’homme mûr n’est plus dans le souvenir brûlant mais regarde le jeune officier qu’il était et son voisinage constant avec la camarde. Il meurt en 1980 dans sa propriété espagnole, près de Jávea. «Vous n’êtes guère plus d’une centaine, et votre foule m’apparaît effrayante, trop lourde, trop serrée pour moi seul. Combien de vos gestes passés aurais-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi, et l’image de vous que vous m’avez donnée. Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux tous les trois, à cause du soleil printanier, Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ?» Ce sont là les dernières lignes de Ceux de 14, écrites en hommage à tous ses camarades des Eparges tombés «au champ d’honneur» selon la formule consacrée.

 

«On est enterré au fond d’un éternel champ de bataille»

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Roland Dorgelès publie les Croix de bois en 1919. Jeune journaliste en 1914, il s’est fait réformer deux fois. Il demande alors à Georges Clémenceau, son patron au journal l’Homme libre, d’user de son influence pour passer le conseil de révision. Comme il le raconte dès les premières lignes de son livre, les poilus montent alors au front la fleur au fusil, «le bataillon, fleuri comme un grand cimetière avait traversé la ville, à la débandade». Puis viendra le temps des épreuves, l’Argonne et l’Artois où il combat et, avec elles, celui d’une fleur sinistre fichée en terre comme un parterre, les croix de bois qui semblent guetter «la relève des vivants». Roland Dorgelès présidera l’Académie Goncourt – où il est entré en 1929 – de 1954 à 1973, année de sa mort. Genevoix et lui incarnent cette figure de l’écrivain respectable, institutionnalisé.

 

Ce qui est loin d’être le cas d’Henri Barbusse, compagnon de route du Parti communiste français. Il mourra d’ailleurs à Moscou en 1935 où il participait à la préparation du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture. Pacifiste convaincu avant-guerre, il décide pourtant de s’enrôler à l’âge de 41 ans pour partager le sort de ces Français qui montent au front. Il participera à tous les combats en première ligne en Artois et en Argonne jusqu’en 1916, date à laquelle il publie le Feu qui recevra la même année le prix Goncourt. Barbusse décrit sans fard : «Les coups de fusil, la canonnade, partout, ça crépite ou ça roule, par longues rafales ou par coups séparés. Le sombre et flamboyant orage ne cesse jamais, jamais. Depuis plus de quinze mois, depuis cinq cents jours, en ce lieu du monde où nous sommes, la fusillade et le bombardement ne se sont pas arrêtés du matin au soir et du soir au matin. On est enterré au fond d’un éternel champ de bataille.» Henri Barbusse aura été le premier président de l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC), proche de la gauche.

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Ces trois récits romancés ont contribué à inscrire la Grande Guerre dans la mémoire collective française. Pour certains, elle fut affaire d’un héroïsme sans pareil. Genevoix et Dorgelès appartiennent à ceux-là. Pour Barbusse, elle fut cette grande boucherie où «trente millions d’esclaves jetés les uns sur les autres par le crime et l’erreur, dans la guerre de la boue, lèvent leurs faces humaines. L’avenir est dans les mains des esclaves.»

 

Sur la ligne de front, les plaies des plumes

 

Alain-Fournier n’aura écrit qu’un livre. Mort le 22 septembre 1914, l’auteur du «Grand Meaulnes» est de cette génération d’écrivains fauchés par la guerre au début de leur carrière.

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«La terre digère les hommes mais elle continue à recracher ce qui lui est étranger, la ferraille et le cuir», expliquait le maire du nouveau village de Craonne reconstruit après la Première Guerre mondiale à l’écart de l’ancien village, rasé lors de l’offensive du Chemin des Dames en 1917. Chaque année, au temps des semaisons, le soc de la charrue fait remonter à la surface près de 600 tonnes de munitions. Et elle aura été longue, cette terre lourde de l’est de la France, à rendre son identité au lieutenant Henri-Alban Fournier du 28e régiment d’infanterie, l’auteur du roman le Grand Meaulnes, connu sous le nom d’Alain-Fournier (photo Bridgeman Art). Ce n’est qu’en 1991 que sa dépouille sera identifiée. Il repose désormais dans le cimetière de Saint-Remy-la-Calonne, dans la Meuse.

  «Grâce»

Le jeune écrivain, qui n’aura fait qu’effleurer «le frémissement de la grâce» (selon l’historien Jean-Christian Petitfils), a publié en 1913 son seul et unique roman. Il est tombé au champ d’honneur le 22 septembre 1914 dans la tranchée de Calonne, face à la ligne de crête des Eparges, cinquante jours après la déclaration de guerre, le 3 août 1914. Il avait 28 ans.

Ce jour-là, un brouillard épais nimbe le bois où le lieutenant Fournier se tient avec sa compagnie. Il est atteint de deux balles au thorax et une troisième lui brise une côte. «Dans la mort seulement […], je retrouverai peut-être la beauté de ce temps-là», celui de son enfance, écrivait-il dans le Grand Meaulnes. Le 4 août 1914, il confiait par écrit à sa sœur Isabelle : «Je sens profondément qu’on sera vainqueurs.» Les lettres à Isabelle sont les seules où il évoque le conflit. Son abondante correspondance avec Jacques Rivière, le futur directeur de la Nouvelle Revue française, n’en fait pas mention. «Tout le monde ne sait peut-être pas qu’il est assez dur de s’avancer tout vivant, au comble de sa force, entre les bras de la mort», écrira après la guerre ce très proche ami d’Alain-Fournier, devenu son beau-frère.

Un an plus tard, en 1915, Maurice Genevoix,  le secrétaire perpétuel de l’Académie française, solognot comme Alain-Fournier, sera aussi grièvement blessé dans cette même tranchée de Calonne. De l’autre côté de la ligne de front, Ernst Jünger est également meurtri dans sa chair.

  

«Myope»

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Lieutenant de réserve, Charles Péguy,  mobilisé dès le 4 août, meurt d’une balle en plein front le 5 septembre 1914 près de Meaux, lors de la première bataille de la Marne. Il a 41 ans et la guerre n’aura duré pour lui qu’à peine plus d’un mois. Il avait rencontré Alain-Fournier en 1910 rue de la Sorbonne, dans les locaux des Cahiers de la quinzaine, qu’il dirigeait. «Myope et affairé, il a le front têtu d’un boutiquier paysan. Ce sont des idées qu’il vend dans sa boutique, des idées qui l’enfièvrent, l’usent et le ruinent», le dépeint alors Alain-Fournier. Les deux hommes partagent un certain mysticisme, des origines modestes aussi. Ils s’apprécient.

Avant-guerre, Péguy, ex-élève de l’ENS, auteur entre autres de la République… notre royaume de France et de l’Argent fait figure de grande conscience nationale. Fournier et Péguy nourrissaient un certain idéalisme de la guerre. Deux hommes parmi les premiers à être tombés au front sans avoir pu poursuivre leur œuvre. A leurs côtés, une génération qui n’aura même pas pu la commencer.

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Source Journal Libération du 4 novembre 2018.

GUERRE MONDIALE 1914-1918, POILUS

Les poilus de la Grande Guerre

 

Poilu

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Poilu est le surnom donné aux soldats français de la Première Guerre mondiale   qui étaient dans les tranchées. Ce surnom est typique de cette guerre, et ne fut utilisé qu’en de rares et exceptionnels cas pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Origine de cette dénomination

Le mot « poilu » désignait aussi à l’époque dans le langage familier ou argotique quelqu’un de courageux, de viril (cf. par exemple l’expression plus ancienne « un brave à trois poils », que l’on trouve chez Molière , de même les expressions « avoir du poil » et « avoir du poil aux yeux »1) ou l’admiration portée à quelqu’un « qui a du poil au ventre ».

Dans son ouvrage L’Argot de la guerre, d’après une enquête auprès des officiers et soldats, Albert Dauzat donne la même explication :

« Avant d’être le soldat de la Marne, le « poilu » est le grognard d’Austerlitz, ce n’est pas l’homme à la barbe inculte, qui n’a pas le temps de se raser, ce serait trop pittoresque, c’est beaucoup mieux : c’est l’homme qui a du poil au bon endroit, pas dans la main ! » C’est le symbole de la virilité2.

Ce terme militaire datant de plus d’un siècle avant la Grande Guerre, « désignait dans les casernes où il prédominait, l’élément parisien et faubourien, soit l’homme d’attaque qui n’a pas froid aux yeux, soit l’homme tout court ».

À l’armée, les soldats s’appellent officiellement « les hommes »3. Marcel Cohen, linguiste   lui aussi mobilisé et participant à l’enquête, précisa qu’en langage militaire le mot signifiait individu.

Jehan Rictus, poète et écrivain populaire, fut beaucoup lu dans les tranchées. Dans ses textes, l’homme du peuple est nommé « poilu » : « Malheurs aux riches / Heureux les poilus sans pognon ».

Mais depuis 1914, dit Albert Dauzat qui étudiait l’étymologie et l’histoire des mots, le terme « poilu » désigne pour le civil « le soldat combattant » qui défend notre sol, par opposition à « l’embusqué ».

Le mot « fit irruption du faubourg, de la caserne, dans la bourgeoisie, dans les campagnes plus tard, par la parole, par le journal surtout, avec une rapidité foudroyante ».

Une version populaire de la signification prétend que le surnom fut donné pendant la Grande Guerre, du fait des conditions de vie des soldats dans les tranchées. Ils laissaient pousser barbe et moustache et, de retour à l’arrière paraissaient tous « poilus ». Cette version ne peut trouver de fondements que dans les débuts de la guerre, car dès lors que les gaz eurent fait leur apparition, les masques à gaz bannirent la barbe des visages des soldats ainsi que du règlement militaire. Les journaux qui transmettaient les informations sur la guerre et le front étaient directement sous l’autorité de la censure et de l’armée, et n’utilisaient pas ce surnom. D’ailleurs, puisqu’il était interdit de diffuser des images prises en première ligne, celles illustrant journaux et cartes postales mettent en scène des acteurs ou au mieux des permissionnaires, non tenus aux exigences des premières lignes.

 

Commémoration

En France, le 11 novembre, le souvenir des « Poilus » se fait sous le terme de « Bleuet de France » (la couleur du bleuet rappelant le bleu horizon de l’uniforme des poilus).

En Grande-Bretagne et dans les pays du Commonwealth, le jour du 11 novembre se fait sous l’appellation de « Poppy Day » ; le « Poppy » est le coquelicot, fleur qui poussait souvent dans et aux abords des tranchées.

 

Lettres de poilus

De Michel Lanson, le 24 juin 1915

« Dans la tranchée, le pis, ce sont les torpilles. Le déchirement produit par ces 50 kg de mélinite en éclatant est effroyable. Quand l’une d’elles tombe en pleine tranchée, et ces accidents-là arrivent, elle tue carrément 15 à 20 types. L’une des nôtres étant tombée chez les Boches, des pieds de Boches ont été rejetés jusque sur nos deuxièmes lignes. »

D’Émile Sautour, le 19 juillet 1915

« Je ne suis plus qu’un squelette où la figure disparaît sous une couche de poussière mêlée à la barbe déjà longue. Je tiens debout comme on dit en langage vulgaire. »

de Pierre Rullier, le 26 juillet 1915

« J’ai vu de beaux spectacles ! D’abord les tranchées de Boches défoncées par notre artillerie malgré le ciment et les centaines de sacs de terre empilés les uns au-dessus des autres ; ça c’est intéressant. Mais ce qui l’est moins, ce sont les cadavres à moitié enterrés montrant, qui un pied, qui une tête ; d’autres, enterrés, sont découverts en creusant les boyaux. Que c’est intéressant la guerre ! On peut être fier de la civilisation ! »

D’Edmond Vittet, en 1916

« Cher Joseph,

Article inédit : sentimental… Garde le souvenir précieux des poilus. Ton ami qui te serre. Edmond.

Le poilu, c’est celui que tout le monde admire, mais dont on s’écarte lorsqu’on le voit monter dans un train, rentrer dans un café, dans un restaurant, dans un magasin, de peur que ses brodequins amochent les bottines, que ses effets maculent les vestons de dernière coupe, que ses gestes effleurent les robes cloches, que ses paroles soient trop crues. C’est celui que les officiers d’administration font saluer. C’est celui à qui l’on impose dans les hôpitaux une discipline dont les embusqués sont exempts. Le poilu, c’est celui dont personne à l’arrière ne connaît la vie véritable, pas même les journalistes qui l’exaltent, pas même les députés qui voyagent dans les quartiers généraux. Le poilu, c’est celui qui va en permission quand les autres y sont allés, c’est celui qui ne parle pas lorsqu’il revient pour huit jours dans sa famille et son pays, trop occupé de les revoir, de les aimer ; c’est celui qui ne profite pas de la guerre ; c’est celui qui écoute tout, qui juge, qui dira beaucoup de choses après la guerre.

Le poilu, c’est le fantassin, le fantassin qui va dans la tranchée. Combien sont-ils les poilus sur le front ? Moins qu’on ne le croit. Que souffrent-ils ? Beaucoup plus qu’on ne le croit. Que fait-on pour eux ? je sais on en parle, on les vante, on les admire de loin. Les illustrés ou les clichés de leurs appareils tentent de les faire passer à la postérité par le crayon de leurs artistes. Les femmes malades tentent de flirter avec eux par lettres.

Mais lorsqu’ils sont au repos, les laisse-t-on se reposer ? Ont-ils leurs journées pour les populariser comme en ont eu le 75, l’aviation, le Drapeau belge, etc.? A-t-on vu expliquer dans la presse que le poilu, c’est encore le seul espoir de la France, le seul qui garde ou prend les tranchées, malgré l’artillerie, malgré la faim, malgré le souci, malgré l’asphyxie… »

 

La dernière messe (Impressions d’un Montmartrois incroyant.)

Nous étipns arrivés la nuit dans ce petit village de Vassincourt. A peine nos fourgons installés et les dispositions ordinaires prises, nous nous étions précipités vers la popote ; tout le monde mourait de faim. Le cuisinier n’avait pas eu le temps de « toucher » de viande fraîche ; il nous avait accommodé du « singe » à la sauce tomate à s’en lécher les doigts.

L’appétit calmé, voilà le planton qui entre et me dit : — Mon capitaine — ces braves tringlots n’ont jamais pu s’habituer à me donner un autre titre que celui qu’indiquent pour eux mes trois galons, — mon capitaine, y a un homme qui demande à vous parler.

— Faites entrer.

Je vois arriver un de mes brancardiers, un brave garçon très effacé, très doux, qui, je crois, ne m’avait jamais dit un mot. –

— Monsieur le médecin chef, me dit-il, c’est demain dimanche. Je vous demande la permission de la messe, à l’église d’ici.

— Tiens, vous êtes donc.

— Oui, je suis vicaire de mon petit pays.

— Accordé.

— Merci, Monsieur le médecin chef.

Il est à peine parti que l’un de nous dit : — Si on y allait à sa messe P D’acclamation, la popote déclare qu’elle assistera en corps à la messe du brancardier.

Fraternellement, on avertit les deux autres ambulances du groupe : elles sautent sur l’avertissement avec enthousiasme.

Le dimanche arrive. Comme c’est moi le plus ancien du grade, je prends la place d’honneur, devant le chœur ; les confrères, les officiers d’administration s’installent’. Derrière nous, les infirmiers et brancardiers viennent parce que nous sommes venus, et les tringlots veulent voir ce que les infirmiers et les brancardiers sont venus voir.

Le brancardier officiant entre, et ce qui tout de suite me frappe c’est la vue du pantalon rouge dépassant l’aube et la chasuble. Dame ! On était devant l’ennemi, et les prêtres soldats n’ont pas le temps de quitter leur uniforme; d’ailleurs, par quoi le remplaceraient-ils?

Vous savez, une messe, je ne vais pas vous décrire ça : d’abord, je ne saurais pas, n’y ayant pas assisté, que je sache, depuis ma première Communion, sinon pour quelques rares mariages ou enterrements. Tout ce que je me rapelle, c’est qu’au commencement j’étais fort inquiet de moi-même, ignorant totalement à quelles occasions il fallait se lever, s’asseoir, se courber.

Aussi, j’avais pris le parti de rester debout, quand j’aperçois l’infirmier qui servait la messe, un séminariste, me faire signe avec la main : « assis ! » et puis, au bout d’un moment, toujours avec la main : « debout ! » J’ai donné l’exemple, comme l’exigeait mon ancienneté de grade, et les trois ambulances m’ont suivi d’un seul mouvement.

Mais voilà que, tout à coup, notre brancardier prêtre se retourne et se met à nous parler. Ah ! l’animal ! il commence par nous dire qu’il n’y a dans l’église que des soldats, que tous ceux qui assistent à cette messe sont là pour leur pays, que beaucoup pourraient être restés tranquillement chez eux, vu leur âge, et puis il ajoute qu’il y en a bien parmi nous qui négligent un peu le bon Dieu et ses églises, mais qu’au fond nous le servons tous par nos actes : il vaut mieux ne pas invoquer sans cesse l’appui du Seigneur, ne .pas proclamer qu’il est « avec nous » jusque sur les plaques des ceinturons, et respecter un peu plus ses enseignements, dont le premier est d’être bon pour les autres et de ne pas égorger. l’es frères.

Et -après ça, il se met à nous parler de nos familles, des femmes inquiètes, des petits que nous ne verrons peut-être plus jamais, à l’exemple de tant des nôtres du Corps de santé, qui sont morts pour faire leur devoir.

Et, à ce moment, je sens le long de mon nez quelque chose d’humide qui coule ; je regarde à ma droite, je vois le pharmacien — vous savez, un. potard, ça ne croit à rien, pas même à la médecine, – je vois le pharmacien qui fait une grimace horrible pour ne pas laisser percer son émotion ; à ma: gauche,’ l’autre médecin chef qui tire un mouchoir d » sa poche et se mouche convulsivement.

Je tire mon mouchoir, je me mouche ; de tous les côtés, c’est un concert ; tout le monde se mouche. Depuis le chœur jusqu’à la porte, tous ceux qui sont là essayent de se donner l’air de celui qui ne pleure pas, — qui est seulement un peu enrhumé. Et, dans le fond, quelqu’un sanglote bruyamment : c’est un Sidi, un vieux soldat d’Afrique, qui, dans le civil, est gardien d’un square à Montmartre.

Et, juste à ce moment, comme pour nous permettre de cacher nos enchifrènements, voilà que toute l’église se met à vibrer, et que des notes retentissent qui ne sont pas des points d’orgue. C’est le canon, tout à côté de nous. On court vers les portes ; j’ai le temps de voir le prêtre qui, d’un geste large, nous bénit et se hâte vers la sacristie pour quitter ses vêtements sacerdotaux et redevenir soldat.

Ca été la dernière messe pour quelques-uns de ceux qui se trouvaient à Vassincourt, par ce beau dimanche d’automne.

Ça été aussi la dernière messe pour la pauvre église où nous avions pleuré ; elle aussi a eu la mort d’un soldat : elle a été brûlée par les Prussiens.

1 R. SAINTE-MARIE,

 

  1. Sainte-Marie. Impressions d’un Montmartrois incroyant paru dans : La Demi-butte, bulletin paroissial de St Jean de Montmartre, 15 dec 1916-15 fev 1917)

 

Les souffrances dans les tranchées : témoignages

 

  1. Le cafard vient de deux façons, directement, si je puis dire, ou par contraste. Directement : – Influence de ce qui m’environne (…) – Influence du milieu physique et perturbation de la vie de l’organisme : alimentation froide, insuffisance, absence de légumes, sucre, etc., boissons énervante (café) et très souvent insuffisance d’eau (on a la fièvre plus ou moins en sortant des tranchées). – courte absence de mouvement et sommeil sans règle (on dort le jour, on veille la nuit, on dort équipé, dans toutes les positions, sauf les bonnes). – Absence de feu.

Etienne Tanty, 2 décembre 1914, dans J.-P. Guéno, Y. Laplume : Paroles de poilus, Librio, 1998

 

  1. Des morts plein les routes jusqu’à 7 kilomètres à l’arrière. Les convois passent dessus, les écrasent et les embourbent et les schnarpells gros comme des noix pleuvent sans arrêt. Notre tranchée n’est qu’un modeste fossé creusé à la hâte. Nous y restons tapis en attendant que les boches attaquent. Le 27 au soir nous contre-attaquons à la nuit tombante. Nous avançons sous un feu d’enfer, toutes les figures me semblent avoir des expressions extraordinaires. Personne ne semble avoir peur, car chacun sait ce qui l’attend. On n’entend que le crépitement de la fusillade, les éclatements des obus, et les cris étouffés de ceux qui sont frappés.

Armand Dupuis, 27 février 1916, Lettre extraite du cahier de M. Dupuis, instituteur à Cellefrouin (Archives départementales de la Charente)

 

  1. Sans regarder, on y sauta (dans la tranchée). En touchant du pied ce fond mou, un dégoût surhumain me rejeta en arrière, épouvanté. C’était un entassement infâme, une exhumation monstrueuse de Bavarois cireux sur d’autres déjà noirs, dont les bouches tordues exhalaient une haleine pourrie, tout un amas de chairs déchiquetées, avec des cadavres qu’on eût dit dévissés, les pieds et les genoux complètement retournés, et, pour les veiller tous, un seul mort resté debout, adossé à la paroi, étayé par un monstre sans tête.

(…) On hésitait encore à fouler ce dallage qui s’enfonçait, puis, poussés par les autres, on avança sans regarder, pataugeant dans la Mort...

Roland Dorgelès, Les Croix de bois, Paris, Albin Michel, 1925.

Plus que les images, lettres, journaux de guerre et récits d’écrivains combattants permettent de comprendre le vécu quotidien des soldats dans les tranchées.

En 1998, à la suite d’un appel lancé par Radio-France pour recueillir les lettres et carnets du front dormant dans les archives familiales des auditeurs, des témoignages inédits sont publiés par Librio sous le titre Paroles de poilus.
Le 18 septembre 1914, une circulaire ministérielle demande à tous les instituteurs et institutrices de France de relater tous les faits et renseignements locaux relatifs à la guerre. L’histoire des villages de France durant la période nous est connue grâce à des cahiers consignant des informations sur la mobilisation des populations de l’arrière. Le cahier de Cellefrouin a été rédigé par M. Dupuis, instituteur, qui y a retranscrit des lettres envoyées par son fils Armand, instituteur lui-aussi, mobilisé dès le début du conflit et combattant à la bataille de Verdun.

Roland Dorgelès est engagé dans l’infanterie dès septembre 1914. En 1919, il écrit un roman, Les Croix de bois, pour témoigner de l’horreur du conflit. L’œuvre remporte un grand succès.
Dans les tranchées, le soldat côtoie en permanence la mort. Les soldats de première ligne sont les plus exposés, surtout quand ils partent à l’assaut de la tranchée adverse. Dans l’enfer des combats, l’homme finit par perdre son humanité.

La vulnérabilité physique et psychique des combattants est aggravée par les conditions de vie très éprouvantes. La fatigue, le manque de sommeil, la faim et la soif, l’humidité, le froid, Les maladies, les rats et les poux, liés aux conditions d’hygiène catastrophiques, le manque des proches, contribuent à entamer le moral des combattants.

Si le sentiment patriotique reste fondamental pour tenir, 1917 est l’année des doutes et des remises en cause. Les souffrances des tranchées, les offensives meurtrières et inutiles comme celles du Chemin des Dames (avril 1917), les idées pacifistes et révolutionnaires venues de Russie, entraînent actes de désobéissances et mutineries. La répression (49 soldats sur 554 condamnés à mort sont fusillés), mais aussi des améliorations des conditions de vie au front, permettront de calmer ce mouvement en France. En Russie, les refus d’obéissances, les désertions et fraternisations avec l’ennemi sont un élément essentiel de la révolution de 1917. En Allemagne, les troupes se ressentent aussi des mauvaises conditions d’approvisionnement militaire et alimentaire. Au début de 1918, Ludendorff est avisé qu’il n’est plus possible de demander aux soldats « beaucoup d’énergie nerveuse et un moral élevé ». L’offensive du printemps 1918 apparaît bien comme un combat désespéré pour atteindre la paix.

Le langage des tranchées

Bibliographie

Caroline Fontaine, Laurent Valdiguié, « Mon grand-père était un poilu ». Dix politiques livrent leurs secrets de famille, Éditions Taillandier, 2016

Gaston Esnault., Le poilu tel qu’il se parle : Dictionnaire des termes populaires récents et neuf employés aux armées en 1914–1918, étudiés dans leur étymologie, leur développement et leur usage, Éditions Bossard, 1919. 610 p. Réédition : Genève, Slatkine Reprints, 1968.

Jacques Meyer, La vie quotidienne des soldats pendant la Grande Guerre, Hachette, 1966.

Pierre Miquel., Les Poilus, Plon, 2000.

Pierre Miquel. Les Poilus d’Orient, Fayard, 1998.

Lettres de poilus, correspondances de combattants comtois et lorrains (2008, éditions OML, 6 rue de Paris, 54000 Nancy).

1914-1918 – Mon papa en guerre – lettres de poilus, mots d’enfants présentées par Jean-Pierre Guéno. Librio, 2003.

Les Vendéens dans la Première Guerre mondiale – ils témoignent (ouvrage collectif du Centre vendéen de recherches historiques, no 13, 2007), carnets de route et lettres de huit poilus du pays, illustré de photos personnelles inédites prises sur le Front.

La bande dessinée de Tardi. C’était la guerre des tranchées, où il met en image ce que son grand-père, simple soldat, lui a raconté de la vie dans les tranchées.

 

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BATAILLE D'AMIENS (AOUT 1918), GUERRE MONDIALE 1914-1918, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DU XXè SIECLE

La bataille d’Amiens (août 1918)

Bataille d’Amiens (1918)

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La bataille d’Amiens ou bataille de Montdidier eut lieu du 8 au 11 août 1918, pendant la 3e bataille de Picardie sur le front occidental, en France. Après les victoires allemandes du printemps, elle fut la suite de la seconde bataille de la Marne qui marqua, en juillet, le renversement décisif de la guerre sur le front ouest. Les troupes alliées pour la première fois depuis 1914 commencèrent à prendre un ascendant décisif sur les troupes allemandes. Ce fut la première des batailles victorieuses qui se succédèrent rapidement dans ce qui fut plus tard nommé « l’offensive des Cent Jours », jusqu’à l’armistice.

 

Contexte historique

La signature du traité de Brest-Litovsk avec la Russie permit aux Allemands de transférer des centaines de milliers d’hommes vers le front occidental. Hindenburg et Ludendorff prévoyaient de lancer plusieurs offensives concrétisant cet avantage et de le transformer en victoire avant l’arrivée en ligne des troupes américaines.

Le 21 mars 1918, l’Empire allemand lança l’opération Michael , la première d’une série d’attaques par lesquelles il espérait percer les lignes alliées en plusieurs endroits du front occidental.

L’opération Michael avait pour but de couper le front en deux en perçant l’aile droite de la Force expéditionnaire britannique pour repousser ces derniers vers les ports du Pas-de-Calais et les troupes françaises vers Paris. Après des succès initiaux, l’offensive s’enlisa devant Arras.

Un dernier effort fut tenté contre la ville d’Amiens, nœud ferroviaire vital, mais l’avance allemande fut arrêtée à Villers-Bretonneux le 4 avril par les Australiens, appuyés par toutes les unités disponibles amenées La bataille du Haamel du 4 juillet 1918 avait montré la supériorité des Alliés.

À l’issue de l’offensive Marne-Reims, les Allemands perdirent leur supériorité en effectifs et leurs troupes étaient épuisées. Foch qui commandait en chef les troupes alliées, ordonna une contre-offensive qui aboutit à la deuxième bataille de la Marne. Les Allemands, se rendant compte que leur position était intenable, se retirèrent de la Marne vers le nord. Foch décida alors de faire passer les Alliés à l’offensive.

 

Champ de bataille

Le champ de bataille s’étendait de la ville d’Albert à la ville de Montdidier de part et d’autre de la Somme.

Les troupes anglaises se trouvaient entre la ville d’Albert et le canal de la Somme reliant Amiens à Péronne. La IVe armée britannique du général sir Henry Rawlinson était répartie sur 25 km de front, elle était formée de 7 divisions et de 4 divisions de réserve. La IIe armée du général Georg von der Marwitz était déployée entre la ville d’Albert et le canal de la Somme, elle était formée de 10 divisions et de 4 divisions de réserve.

Au sud du canal était placée la XVIIIe armée allemande du général Oskar von Hutier formée de 12 divisions et de 4 divisions de réserve.

Entre le canal et la ligne de chemin de fer Amiens-Laon se trouvaient les Australiens du lieutenant-général John  Monash et les Canadiens.

Au sud de la ligne de chemin de fer se trouvait la Ière armée française du général Eugène Debeney, elle était formée de 8 divisions et de 4 divisions de réserve.

 

Déroulement de la bataille

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Le corps expéditionnaire britannique du maréchal sir Douglas Haig dirigeait l’offensive appelée bataille d’Amiens. L’attaque était destinée à libérer une large partie de la ligne de chemin de fer entre Paris et Amiens, occupée par les Allemands depuis l’opération Michael menée au mois de mars.

L’offensive fut déclenchée à 4 h 20 du matin et put avancer méthodiquement sur un front de 25 km. L’attaque précédée par un bref tir de barrage et plus de 400 tanks, survolés par de nombreux avions, ouvrait l’avancée des 11 divisions britanniques engagées dans la première phase de l’assaut. Du côté français, les moyens mis en œuvre étaient plus faibles, la 1re armée française déclencha une préparation d’artillerie de 45 minutes avant le début de l’attaque.

Le comportement de l’armée allemande donnait des signes de faiblesse, certaines unités en première ligne fuirent les combats sans opposer beaucoup de résistance, d’autres, quelque 15 000 soldats, se rendirent rapidement et 2 000 pièces d’artillerie furent capturées. Le lendemain, de nombreux autres soldats allemands furent faits prisonniers. Quand la nouvelle parvint au général Ludendorff, chef d’état major général adjoint, il qualifia le 8 août de « jour de deuil de l’armée allemande ».

Le 10 août, la bataille d’Amiens-Montdidier évolua vers le sud du saillant tenu par les Allemands. La Ière armée française, avec à sa droite la 3e armée (Humbert) en direction de Lassigny, se dirigea sur Montidier, elle força les Allemands à abandonner la ville et permit la réouverture de la ligne de chemin de fer Amiens-Paris..

 

Bilan

L’attaque franco-britannique fut un succès. Au soir du 8 août, les Canadiens avaient avancé de treize kilomètres, ils s’illustrèrent notamment lors de la prise du village du Quesnel ; les Australiens avancèrent de onze kilomètres ; les Français, de huit kilomètres ; et les Britanniques, de trois. La nouvelle ligne de front passait par les villages de Chipilly, Harbonnières et Beaucourt-en-Santerre   soit 12 km plus à l’est. Les troupes françaises quant à elles avaient progressé de 8 km à l’intérieur des lignes allemandes et atteignaient les villages de Villiers-aux-Erables et La Neuville-Sire-Bernard.

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Cependant, les résultats de la bataille d’Amiens du 8 août étaient les plus importants depuis le début de la guerre pour les Alliés : la

défaite allemande était nette. Les pertes allemandes s’élevaient à 40 000 hommes mis hors de combat et 33 000 prisonniers ;

les pertes françaises et britanniques totalisaient 46 000 soldats.

À partir du 12 août, la résistance allemande se fit de plus en plus forte, la première phase de l’offensive arrivait à son terme.

 

Opération du mois de septembre

La bataille d’Amiens terminée, les Alliés déclenchèrent la seconde bataille de la Somme.

30 août-2 septembre

Le repli des troupes allemandes du saillant à l’est d’Amiens était menacé par les attaques répétées des forces franco-britanniques. Les troupes australiennes et néo-zélandaises qui parvenaient à traverser la Somme prirent Péronne et Saint-Quentin. Plus tard, la prise de Quéant obligea les Allemands à abandonner la ligne Hindenburg  , d’où ils avaient lancé leur offensive du printemps début mars.

 

3-10 septembre

Poursuivis de près par les forces franco-britanniques, les Allemands achevèrent leur repli d’Amiens et occupèrent à nouveau la ligne Hindenburg. Les Britanniques ne purent plus poursuivre leur attaque en raison d’un manque de réserves. La bataille d’Amiens prit donc fin.

Les Britanniques et les Français subirent quelques 42 000 pertes, mais les Allemands perdirent plus de 100 000 soldats, dont 30 000 prisonniers. Le général Erich Ludendorff, chef d’état major général adjoint allemand, acquit la conviction que l’Allemagne ne pouvait plus gagner la guerre.

 

Décoration

MONTDIDIER 1918 est inscrit sur le drapeau des régiments cités lors de cette bataille.

Source : Wikipédia

GUERRE MONDIALE 1914-1918, LES QUATORZE POINTS DE WILSON, TRAITE DE VERSAILLES, WOODROW WILSON (1856-1924)

Les « Quatorze points de Wilson »

LES « QUATORZE POINTS DE WILSON »

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 Les « quatorze points de Wilson » est le nom donné au programme du traité de paix par le président des États-Unis Woodrow Wilson pour mettre fin à la Première Guerre mondiale et reconstruire l’Europe dans un discours retentissant du 8 janvier 1918 devant le Congrès des Etats-Unis.

Bien que beaucoup de points soient spécifiques, les cinq premiers étaient plus généraux, incluant le libre-échange (abolition des droits de douane, ouverture des marchés de capitaux et de marchandises), le libre accès à la mer, la démocratie, l’abolition de la diplomatie secrète, le désarmement, la restitution des souveraineté sur les terres occupées à la suite de victoires militaires, comme l’Alsace-Lorraine pour la France, le droit à l’auto-détermination des peuples, etc.

Le discours, qui avait été écrit sans coordination ou consultation préalable des homologues européens, était empreint d’idéaux élevés et annonçait la Société des Nations Wilson réussit à faire passer une partie de son programme dans le traité de Versailles. Cependant, en dépit de cet idéalisme, l’Europe d’après-guerre n’adoptera que quatre points. De plus leur application sur le terrain (notamment celle de l’auto-détermination) sera refusée aux peuples vaincus (Allemands d’Autriche, Hongrois…) ou non représentés dans les instances internationales (Ukrainiens, Irlandais…), sans parler des peuples colonisés. Le Sénat des États-Unis refuse de ratifier le traité de Versailles, ainsi que d’entrer dans la Société des Nations. Enfin, le couloir de Dantzig, qui permettait à la Pologne   d’accéder librement à la mer, mais en coupant la République de Weimar (Allemagne) en deux, sera un des éléments déclencheurs de la Seconde Guerre mondiale

Cependant, les Quatorze points conservent le souvenir d’un bel idéal. Ils ont suscité un immense espoir de libération dans les colonies1. Le discours fut traduit et diffusé par la presse, notamment dans les milieux indépendantistes en Afrique et en Asie.  Des extraits étaient même appris par cœur dans les écoles chinoises.  

Extrait du discours reprenant les quatorze points

« Des traités de paix ouverts, auxquels on a librement abouti, après lesquels il n’y aura ni action ou décision internationale privée d’aucune nature, mais une diplomatie franche et transparente »

 

« Une absolue liberté de navigation sur les mers, en dehors des eaux territoriales, en temps de paix, aussi bien qu’en temps de guerre, sauf si les mers doivent être en partie ou totalement fermées afin de permettre l’application d’alliances internationales. »

« Le retrait, autant que possible, de toutes les barrières économiques, et l’établissement d’une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s’associant pour la maintenir. »

« Des garanties adéquates à donner et à prendre afin que les armements nationaux soient réduits au plus petit point possible compatible avec la sécurité intérieure. »

« Un ajustement libre, ouvert, absolument impartial de tous les territoires coloniaux, se basant sur le principe qu’en déterminant toutes les questions au sujet de la souveraineté, les intérêts des populations concernées soient autant pris en compte que les revendications équitables du gouvernement dont le titre est à déterminer. »

« L’évacuation de tout le territoire russe et règlement de toutes questions concernant la Russie de sorte à assurer la meilleure et plus libre coopération des autres nations du monde en vue de donner à la Russie toute latitude sans entrave ni obstacle, de décider, en pleine indépendance, de son propre développement politique et de son organisation nationale ; pour lui assurer un sincère et bienveillant accueil dans la Société des Nations libres, avec des institutions de son propre choix, et même plus qu’un accueil, l’aide de toute sorte dont elle pourra avoir besoin et qu’elle pourra souhaiter. Le traitement qui sera accordé à la Russie par ses nations sœurs dans les mois à venir sera la pierre de touche de leur bonne volonté, de leur compréhension des besoins de la Russie, abstraction faite de leurs propres intérêts, enfin, de leur sympathie intelligente et généreuse. »

« La Belgique et le monde entier agréera, doit être évacuée et restaurée, sans aucune tentative de limiter sa souveraineté dont elle jouit communément aux autres nations libres. Nul autre acte ne servira comme celui-ci à rétablir la confiance parmi les nations dans les lois qu’elles ont établi et déterminé elles-mêmes pour le gouvernement de leurs relations avec les autres. Sans cet acte curateur, l’entière structure et la validité de la loi internationale est à jamais amputée. »

« Tous les territoires français devraient être libérés, les portions envahies rendues, et les torts causés à la France par la Prusse en 1871 concernant l’Alsace-Lorraine, qui a perturbé la paix mondiale pendant près de 50 ans, devraient être corrigés, de telle sorte que la paix soit de nouveau établie dans l’intérêt de tous. »

« Un réajustement des frontières d’Italie devrait être effectué le long de lignes nationales clairement reconnaissables. »

« Aux peuples d’Autriche-Hongrie dont nous désirons voir sauvegarder et assurer la place parmi les nations, devra être accordée au plus tôt la possibilité d’un développement autonome. »

« La Roumanie, la Serbie et le Monténégro devraient être évacués ; les territoires occupés devraient être restitués ; à la Serbie devrait être assuré un accès à la mer libre et sûr ; les relations des États des Balkans entre eux devraient être déterminés par une entente amicale le long de lignes historiquement établies d’allégeance et de nationalité ; des garanties internationales quant à l’indépendance politique et économique, et l’intégrité territoriale des États des Balkans devrait également être introduites. »

« Aux régions turques de l’Empire ottoman actuel devraient être assurées la souveraineté et la sécurité ; mais aux autres nations qui sont maintenant sous la domination turque on devrait garantir une sécurité absolue de vie et la pleine possibilité de se développer d’une façon autonome ; quant aux Dardanelles, elles devraient rester ouvertes en permanence, afin de permettre le libre passage aux vaisseaux et au commerce de toutes les nations, sous garantie internationale. »

« Un Etat polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l’indépendance politique et économique ainsi que l’intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international. »

 « Une association générale des nations  doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d’offrir des garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité territoriale aux petits comme aux grands États. »

ETE 1918 : VERS LA FIN DE LA GRANDE GUERRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, L'ETE 1918 : VERS LA FIN DE LA GRANDE GUERRE

Un été 1918 : vers la fin de la Grande Guerre

L’été 1918 : Un dernier été dans les tranchées. Vers la fin de la Grande Guerre 1914-1918

 

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C’est au début de l’été 1918, après quatre années de face-à-face dans les tranchées, qu’une contre-offensive alliée, nommée après-guerre « seconde bataille de la Marne », a contraint les Allemands au repli et finalement à l’armistice en novembre suivant.

 

Son nom l’indique. La « seconde » bataille de la Marne ne saurait se comprendre hors des années et des mois qui la précèdent : moins connue que la mythique « première bataille de la Marne » qui, en 1914, a permis de stopper l’avancée allemande vers Paris, elle intervient, au début de l’été 1918, dans un contexte à hauts risques pour les Alliés.

Les armées ennemies sont maintenant engagées dans les combats depuis près de quatre ans. En France, le front reste grosso modo stabilisé sur une ligne entre Verdun et Courtrai en passant par Saint-Quentin et Laon et les poilus sont épuisés par leur face-à-face avec les Allemands dans la boue des tranchées. L’année 1917 a été marquée par la déroute des plans militaires des Alliés et, sur le front de l’est, par les armistices entre l’Allemagne, la Russie et la Roumanie. Malgré les difficultés économiques et sociales de l’Allemagne à la suite du blocus imposé en août 1914par les Alliés, le maréchal von Hindenburg et son adjoint le général von Ludendorff espèrent encore une victoire décisive à l’ouest.

Il y a en effet urgence. Les Allemands doivent l’emporter avant l’arrivée massive des soldats américains qu’il a fallu, pendant de longs mois, former et équiperCeux-ci commenceront seulement à grossir les effectifs alliés de manière significative à partir de mars 1918 – entre 150 000 et 200 000 soldats supplémentaires par mois. Pour l’heure, les Allemands bénéficient d’une relative supériorité numérique grâce notamment au rapatriement d’une cinquantaine de divisions du front de l’est, après le traité de Brest- Litovsk, signé avec la jeune République russe bolchevique le 3 mars 1918. Au printemps, l’armée allemande lance donc une longue série d’offensives.

La première, l’opération « Michael », est déclenchée le 21 mars, près d’Amiens. Le 15 juillet, la « Friedensturm » sera celle de la dernière chance. À ce moment-là, l’objectif allemand n’est plus tant d’obtenir une victoire militaire décisive que de s’approcher le plus possible de Paris afin de « peser à la table des négociations », analyse l’historien François Cochet. Les attaques sont menées selon une méthode déjà expérimentée sur le front est, à Riga, en septembre 1917. Il s’agit de concentrer une forte puissance de feu pendant un temps très bref, grâce aux « Sturmtruppen » positionnées devant les troupes d’assaut conventionnelles. Composés d’une quarantaine d’hommes et armés d’artillerie légère, de grenades, de mortiers ou de lance-flammes, ces groupes de combat sont chargés de « trouver les points où l’ennemi résiste le moins, la pente de l’eau en quelque sorte », résume l’historien.

Cette fois pourtant, malgré cette force de frappe, les Allemands doivent renouveler les attaques jusqu’en juillet. Bien pis, les pertes humaines sont énormes : au moins 100 000 morts et plusieurs centaines de milliers de blessés et de disparus. Aussi, dès le mois de juin 1918, les effectifs germaniques deviennent « squelettiques, les compagnies d’artillerie qui comptaient 200 hommes n’en réunissent plus qu’une cinquantaine, poursuit François Cochet. Le vrai problème de l’Allemagne en 1918, c’est qu’elle n’a plus d’hommes. À partir de juin-juillet, le remplacement du matériel pose également problème. »

L’épuisement de l’ennemi est d’ailleurs au cœur de la stratégie alliée, théorisée par le général Pétain après les échecs de 1917. Cette « défense en profondeur » consiste à réduire en première ligne le nombre de soldats, par là même voués au sacrifice, et à renforcer la défense en seconde et troisième lignes. Ainsi, plus les troupes allemandes progressent et érodent leurs forces, plus elles trouvent de résistance face à elles. Dans ce contexte, pour la première fois depuis 1917, les Alliés vont prendre et conserver l’initiative.

Le 18 juillet, ils contre-attaquent. La « seconde bataille de la Marne » débute. Elle durera jusqu’en août. La progression des troupes alliées contraint les Allemands à amorcer un mouvement de repli qui durera jusqu’à l’armistice. À la fin de l’été, les Alliés avancent lentement, « environ 1,5 km par jour, précise l’historien Frédéric Guelton. Contrairement aux Allemands qui ont mené une guerre de mouvement à l’est, les Alliés ont désappris la guerre pendant quatre années d’immobilité. Mais face aux troupes allemandes réduites et affamées, l’assommoir arithmétique fonctionne. » Sur le front qui s’étire alors sur 1 200 km, le général Foch déploie toute la puissance de feu des Alliés. Si leur artillerie est comparable à celle des Allemands, ils disposent, en revanche, de 1 500 avions et 2 500 chars quand leur ennemi en compte respectivement 1 000 et 40 seulement. Dès juillet, cette supériorité mécanique est au cœur de la seconde « bataille de la Marne », ce qui à la fois la rapproche et la distingue de celle de 1914. « Lorsque les Allemands perdent l’initiative, les Français renouent avec cette bataille mythique qui, quatre ans plus tôt, a brisé l’image d’une armée allemande invincible », explique l’historien Michaël Bourlet.

Pourtant, elle ne répond pas aux mêmes choix militaires. « En 1914, les états-majors misent sur une guerre courte, analyse encore l’historien. En 1918, ils ont intégré dans leurs réflexions la puissance de feu qui s’est considérablement accrue depuis et permet de compenser en partie les pertes humaines des années précédentes. » Le centre de gravité des combats a, lui aussi, changé, situé plus à l’est en 1918, autour de Château-Thierry et de Reims. La longueur du front également, étendu sur une centaine de kilomètres – moitié moins qu’en 1914 –, de Château-Thierry dans l’Aisne à Massiges dans la Marne.

Surtout, entre-temps, la manière de conduire la guerre a beaucoup évolué. La deuxième bataille de la Marne marque aussi un tournant dans l’utilisation des armes. « En 1914, les avions effectuaient essentiellement des missions d’observation. Désormais, ils sont un élément clé du dispositif, car ils permettent bombardements, chasse et appui tactique tandis que se déploient les chars Renault FT », précise Michaël Bourlet qui conclut : « Dans ses modes opératoires, il s’agit de la dernière bataille du XIXsiècle et de la première du XXsiècle. »

Ces combats « interarmes préfigurent les suivants, ceux de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin des années 1960 », confirme François Cochet. Ils sont également « interalliés » – mêlant des Anglais, Américains, Belges, Italiens, Français et aussi des Polonais, Tchécoslovaques, Russes… « Après la bataille de Verdun en 1916, la France a renforcé ses effectifs en cherchant des hommes partout », rappelle Frédéric Guelton. À partir de 1917, les Alliés vont recevoir le concours de troupes issues de pays d’Europe de l’Est qui espèrent alors « naître en tant que nation indépendante ». L’arrivée de ces renforts, à commencer par celle des soldats américains, ne se déroule toutefois pas sans tension.

Contrairement aux espoirs des Alliés et notamment des poilus, l’entrée en guerre des États-Unis ne s’est pas ressentie sur le front dès avril 1917, même si elle a eu un « effet psychologique dans cette France qui se saigne à blanc depuis trois ans », temporise Frédéric Guelton. En effet, il a fallu commencer par instruire les soldats américains, les équiper, les former au nouveau matériel – principalement français et britannique. « En avril 1917, l’armée américaine n’existe pas vraiment, tranche François Cochet. Elle compte seulement de 120 000 à 130 000 hommes, est totalement inexpérimentée et dépourvue de matériel lourd. »

Alors que les Alliés souhaitent remplacer leurs hommes épuisés par quatre ans de combat, le président américain Woodrow Wilson donne l’ordre au général Pershing de ne jamais combattre sous leur commandement. Là où Français et Britanniques espéraient « l’amalgame », les Américains préfèrent demeurer « associés » et combattre de leur côté. Ainsi, la grande offensive prévue le 14 novembre 1918 pour monter sur Berlin prévoyait-elle un itinéraire sud assuré par les Français et un itinéraire nord par les Américains. L’armistice interviendra finalement avant, demandé par une Allemagne à bout de souffle.

 

Jusqu’à l’été, l’espoir d’une paix négociée a dominé outre-Rhin. Mais, une fois la contre-offensive alliée engagée, un sentiment de défaite s’installe dans une population déjà très éprouvée. « Dès 1915, les civils, qui sont moins bien nourris que les soldats au front, connaissent la disette, souligne l’historien. Le blocus allié devient efficace dès 1916 et les cartes de restrictions apparaissent dès 1917. » À l’été 1918, le divorce entre l’armée et le peuple allemands est consommé, qui se traduira à l’automne par des mutineries, un soulèvement populaire puis la fin de l’Empire.

 

« En 1917 et encore davantage en 1918, on assiste à une prise de pouvoir militaire et politique du maréchal von Hindenburg et du général von Ludendorff: ces deux hommes assurent alors en même temps la conduite de la guerre et la direction de l’Allemagne », explique l’historien Frédéric Guelton. En juin 1918, rappelle-t-il, Richard von Kühlmann, le ministre des affaires étrangères de l’Empire allemand, est obligé de démissionner pour avoir évoqué une sortie de guerre devant le Reichstag.

 

Au même moment, l’opinion française évolue à l’inverse. Jusqu’en juillet 1918, l’inquiétude la façonne. « Lorsque Paris est bombardé à nouveau, les Français craignent de revivre les assauts de 1914, analyse François Cochet. En outre, des cartes de restriction sur le pain sont apparues en janvier 1918. Mais, à partir de la seconde bataille de la Marne, et plus encore à la mi-août, ils comprennent que la guerre est gagnée. »

 

Sur le plan politique aussi, la France connaît des changements opposés. À partir des échecs du général Nivelle en 1917, envoyé en Afrique du Nord après la boucherie du Chemin des Dames, c’en est fini de la totale liberté d’action des militaires. « À partir de l’arrivée au pouvoir de Georges Clemenceau, le gouvernement assure la direction de la guerre et les chefs militaires sa conduite seulement », résume Frédéric Guelton. « Cette nouvelle cohérence entre l’État, la nation et l’armée témoigne, selon l’historien, de l’efficacité des démocraties quand elles s’organisent. »

 

https://www.la-croix.com/Journal/Il-cent-ans-jouait-lissue-Grande-Guerre-2018-06-23-1100949506

 

 

De mars à août 1918, les dates clés

 

21 mars 1918. Première offensive allemande dite « Michael », près d’Amiens. Les troupes alliées sont éprouvées mais résistent.

 26 mars. Le commandement allié est confié au général Foch

 9 avril. Deuxième offensive allemande en Flandres. Les troupes britanniques essuient l’assaut et le contiennent.

 27 mai. Troisième offensive allemande vers le Chemin des Dames (Aisne). Les Allemands avancent jusqu’à Jaulgonne, Dormans et Château-Thierry le 30 mai, à moins de 100 km de Paris.

 Début juin. Les combats arrivent dans les faubourgs de Reims et s’y arrêtent. Les Allemands veulent prendre la ville en tenailles et franchir la Marne au niveau de la « poche de Château-Thierry » afin de préparer une offensive sur Paris.

 9 juin. Quatrième offensive allemande sur le Matz, de moindre envergure et contenue.

 1er au 26 juin. Bataille du bois Belleau, premier engagement des divisions américaines.

 15 juillet. Offensive allemande de l’Aisne jusqu’à Châlons et sur Paris avec le « canon de Paris ». À l’est de Reims, le général Gouraud résiste avec la 4e armée, mais autour de Dormans, les Allemands passent la Marne et avancent vers Épernay.

18 juillet. Contre-offensive alliée qui marque le début de la seconde bataille de la Marne. La 10e armée du général Mangin remporte une première victoire à Villers-Cotterêts et la 6e armée du général Degoutte avance vers la rive sud de l’Ourcq.

 21 juillet. La 9e armée du général de Mitry reprend Château-Thierry. Les Allemands commencent à se replier vers l’Aisne.

 8 août. Attaque franco- américaine dans la région de Montdidier, que Ludendorff nommera la « journée de deuil pour toute l’Allemagne ».

ANNEE 1918, ETE 1918 : VERS LA FIN DE LA GRANDE GUERRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, HISTOIRE DE FRANCE

L’été 1918 : vers la fin de la Grande Guerre

L’été 1918 : Un dernier été dans les tranchées. Vers la fin de la Grande Guerre 1914-1918

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C’est au début de l’été 1918, après quatre années de face-à-face dans les tranchées, qu’une contre-offensive alliée, nommée après-guerre « seconde bataille de la Marne », a contraint les Allemands au repli et finalement à l’armistice en novembre suivant.

Son nom l’indique. La « seconde » bataille de la Marne ne saurait se comprendre hors des années et des mois qui la précèdent : moins connue que la mythique « première bataille de la Marne » qui, en 1914, a permis de stopper l’avancée allemande vers Paris, elle intervient, au début de l’été 1918, dans un contexte à hauts risques pour les Alliés.

Les armées ennemies sont maintenant engagées dans les combats depuis près de quatre ans. En France, le front reste grosso modo stabilisé sur une ligne entre Verdun et Courtrai en passant par Saint-Quentin et Laon et les poilus sont épuisés par leur face-à-face avec les Allemands dans la boue des tranchées. L’année 1917 a été marquée par la déroute des plans militaires des Alliés et, sur le front de l’est, par les armistices entre l’Allemagne, la Russie et la Roumanie. Malgré les difficultés économiques et sociales de l’Allemagne à la suite du blocus imposé en août 1914par les Alliés, le maréchal von Hindenburg et son adjoint le général von Ludendorff espèrent encore une victoire décisive à l’ouest.

Il y a en effet urgence. Les Allemands doivent l’emporter avant l’arrivée massive des soldats américains qu’il a fallu, pendant de longs mois, former et équiperCeux-ci commenceront seulement à grossir les effectifs alliés de manière significative à partir de mars 1918 – entre 150 000 et 200 000 soldats supplémentaires par mois. Pour l’heure, les Allemands bénéficient d’une relative supériorité numériquegrâce notamment au rapatriement d’une cinquantaine de divisions du front de l’est, après le traité de Brest- Litovsk, signé avec la jeune République russe bolchevique le 3 mars 1918. Au printemps, l’armée allemande lance donc une longue série d’offensives.

La première, l’opération « Michael », est déclenchée le 21 mars, près d’Amiens. Le 15 juillet, la « Friedensturm » sera celle de la dernière chance. À ce moment-là, l’objectif allemand n’est plus tant d’obtenir une victoire militaire décisive que de s’approcher le plus possible de Paris afin de « peser à la table des négociations », analyse l’historien François Cochet.Les attaques sont menées selon une méthode déjà expérimentée sur le front est, à Riga, en septembre 1917. Il s’agit de concentrer une forte puissance de feu pendant un temps très bref, grâce aux « Sturmtruppen » positionnées devant les troupes d’assaut conventionnelles. Composés d’une quarantaine d’hommes et armés d’artillerie légère, de grenades, de mortiers ou de lance-flammes, ces groupes de combat sont chargés de « trouver les points où l’ennemi résiste le moins, la pente de l’eau en quelque sorte », résume l’historien.

Cette fois pourtant, malgré cette force de frappe, les Allemands doivent renouveler les attaques jusqu’en juillet. Bien pis, les pertes humaines sont énormes : au moins 100 000 morts et plusieurs centaines de milliers de blessés et de disparus. Aussi, dès le mois de juin 1918, les effectifs germaniques deviennent « squelettiques, les compagnies d’artillerie qui comptaient 200 hommes n’en réunissent plus qu’une cinquantaine, poursuit François Cochet. Le vrai problème de l’Allemagne en 1918, c’est qu’elle n’a plus d’hommes. À partir de juin-juillet, le remplacement du matériel pose également problème. »

L’épuisement de l’ennemi est d’ailleurs au cœur de la stratégie alliée, théorisée par le général Pétain après les échecs de 1917. Cette « défense en profondeur » consiste à réduire en première ligne le nombre de soldats, par là même voués au sacrifice, et à renforcer la défense en seconde et troisième lignes. Ainsi, plus les troupes allemandes progressent et érodent leurs forces, plus elles trouvent de résistance face à elles. Dans ce contexte, pour la première fois depuis 1917, les Alliés vont prendre et conserver l’initiative.

Le 18 juillet, ils contre-attaquent. La « seconde bataille de la Marne » débute. Elle durera jusqu’en août. La progression des troupes alliées contraint les Allemands à amorcer un mouvement de repli qui durera jusqu’à l’armistice.À la fin de l’été, les Alliés avancent lentement, « environ 1,5 km par jour, précisel’historien Frédéric Guelton. Contrairement aux Allemands qui ont mené une guerre de mouvement à l’est, les Alliés ont désappris la guerre pendant quatre années d’immobilité. Mais face aux troupes allemandes réduites et affamées, l’assommoir arithmétique fonctionne. » Sur le front qui s’étire alors sur 1 200 km, le général Foch déploie toute la puissance de feu des Alliés. Si leur artillerie est comparable à celle des Allemands, ils disposent, en revanche, de 1 500 avions et 2 500 chars quand leur ennemi en compte respectivement 1 000 et 40 seulement. Dès juillet, cette supériorité mécanique est au cœur de la seconde « bataille de la Marne », ce qui à la fois la rapproche et la distingue de celle de 1914. « Lorsque les Allemands perdent l’initiative, les Français renouent avec cette bataille mythique qui, quatre ans plus tôt, a brisé l’image d’une armée allemande invincible », explique l’historien Michaël Bourlet.

Pourtant, elle ne répond pas aux mêmes choix militaires. « En 1914, les états-majors misent sur une guerre courte, analyse encore l’historien. En 1918, ils ont intégré dans leurs réflexions la puissance de feu qui s’est considérablement accrue depuis et permet de compenser en partie les pertes humaines des années précédentes. » Le centre de gravité des combats a, lui aussi, changé, situé plus à l’est en 1918, autour de Château-Thierry et de Reims. La longueur du front également, étendu sur une centaine de kilomètres – moitié moins qu’en 1914 –, de Château-Thierry dans l’Aisne à Massiges dans la Marne.

Surtout, entre-temps, la manière de conduire la guerre a beaucoup évolué. La deuxième bataille de la Marne marque aussi un tournant dans l’utilisation des armes. « En 1914, les avions effectuaient essentiellement des missions d’observation. Désormais, ils sont un élément clé du dispositif, car ils permettent bombardements, chasse et appui tactique tandis que se déploient les chars Renault FT », précise Michaël Bourlet qui conclut : « Dans ses modes opératoires, il s’agit de la dernière bataille du XIXsiècle et de la première du XXsiècle. »

Ces combats « interarmes préfigurent les suivants, ceux de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin des années 1960 », confirme François Cochet. Ils sont également « interalliés » – mêlant des Anglais, Américains, Belges, Italiens, Français et aussi des Polonais, Tchécoslovaques, Russes… « Après la bataille de Verdun en 1916, la France a renforcé ses effectifs en cherchant des hommes partout », rappelle Frédéric Guelton. À partir de 1917, les Alliés vont recevoir le concours de troupes issues de pays d’Europe de l’Est qui espèrent alors « naître en tant que nation indépendante ». L’arrivée de ces renforts, à commencer par celle des soldats américains, ne se déroule toutefois pas sans tension.

Contrairement aux espoirs des Alliés et notammentdes poilus, l’entrée en guerre des États-Unis ne s’est pas ressentie sur le front dès avril 1917, même si elle a eu un « effet psychologique dans cette France qui se saigne à blanc depuis trois ans », temporise Frédéric Guelton. En effet, il a fallu commencer par instruire les soldats américains, les équiper, les former au nouveau matériel – principalement français et britannique. « En avril 1917, l’armée américaine n’existe pas vraiment, tranche François Cochet. Elle compte seulement de 120 000 à 130 000 hommes, est totalement inexpérimentée et dépourvue de matériel lourd. »

Alors que les Alliés souhaitent remplacer leurs hommes épuisés par quatre ans de combat, le président américain Woodrow Wilson donne l’ordre au général Pershing de ne jamais combattre sous leur commandement. Là où Français et Britanniques espéraient « l’amalgame », les Américains préfèrent demeurer « associés » et combattre de leur côté. Ainsi, la grande offensive prévue le 14 novembre 1918 pour monter sur Berlin prévoyait-elle un itinéraire sud assuré par les Français et un itinéraire nord par les Américains. L’armistice interviendra finalement avant, demandé par une Allemagne à bout de souffle.

Jusqu’à l’été, l’espoir d’une paix négociée a dominé outre-Rhin. Mais, une fois la contre-offensive alliée engagée, un sentiment de défaite s’installe dans une population déjà très éprouvée. « Dès 1915, les civils, qui sont moins bien nourris que les soldats au front, connaissent la disette, souligne l’historien. Le blocus allié devient efficace dès 1916 et les cartes de restrictions apparaissent dès 1917. » À l’été 1918, le divorce entre l’armée et le peuple allemands est consommé, qui se traduira à l’automne par des mutineries, un soulèvement populaire puis la fin de l’Empire.

« En 1917 et encore davantage en 1918, on assiste à une prise de pouvoir militaire et politique du maréchal von Hindenburg et du général von Ludendorff: ces deux hommes assurent alors en même temps la conduite de la guerre et la direction de l’Allemagne », explique l’historien Frédéric Guelton. En juin 1918, rappelle-t-il, Richard von Kühlmann, le ministre des affaires étrangères de l’Empire allemand, est obligé de démissionner pour avoir évoqué une sortie de guerre devant le Reichstag.

Au même moment, l’opinion française évolue à l’inverse. Jusqu’en juillet 1918, l’inquiétude la façonne. « Lorsque Paris est bombardé à nouveau, les Français craignent de revivre les assauts de 1914, analyse François Cochet. En outre, des cartes de restriction sur le pain sont apparues en janvier 1918. Mais, à partir de la seconde bataille de la Marne, et plus encore à la mi-août, ils comprennent que la guerre est gagnée. »

Sur le plan politique aussi, la France connaît des changements opposés. À partir des échecs du général Nivelle en 1917, envoyé en Afrique du Nord après la boucherie du Chemin des Dames, c’en est fini de la totale liberté d’action des militaires. « À partir de l’arrivée au pouvoir de Georges Clemenceau, le gouvernement assure la direction de la guerre et les chefs militaires sa conduite seulement », résume Frédéric Guelton. « Cette nouvelle cohérence entre l’État, la nation et l’armée témoigne, selon l’historien, de l’efficacité des démocraties quand elles s’organisent. »

 

Chronologie

De mars à août 1918, les dates clés

 

21 mars 1918. Première offensive allemande dite « Michael », près d’Amiens. Les troupes alliées sont éprouvées mais résistent.

26 mars. Le commandement allié est confié au général Foch

9 avril. Deuxième offensive allemande en Flandres. Les troupes britanniques essuient l’assaut et le contiennent.

 27 mai.Troisième offensive allemande vers le Chemin des Dames (Aisne). Les Allemands avancent jusqu’à Jaulgonne, Dormans et Château-Thierry le 30 mai, à moins de 100 km de Paris.

Début juin. Les combats arrivent dans les faubourgs de Reims et s’y arrêtent. Les Allemands veulent prendre la ville en tenailles et franchir la Marne au niveau de la « poche de Château-Thierry » afin de préparer une offensive sur Paris.

 9 juin. Quatrième offensive allemande sur le Matz, de moindre envergure et contenue.

 1er au 26 juin. Bataille du bois Belleau, premier engagement des divisions américaines.

 15 juillet. Offensive allemande de l’Aisne jusqu’à Châlons et sur Paris avec le « canon de Paris ». À l’est de Reims, le général Gouraud résiste avec la 4e armée, mais autour de Dormans, les Allemands passent la Marne et avancent vers Épernay.

18 juillet. Contre-offensive alliée qui marque le début de la seconde bataille de la Marne. La 10e armée du général Mangin remporte une première victoire à Villers-Cotterêts et la 6e armée du général Degoutte avance vers la rive sud de l’Ourcq.

 21 juillet. La 9e armée du général de Mitry reprend Château-Thierry. Les Allemands commencent à se replier vers l’Aisne.

 8 août. Attaque franco- américaine dans la région de Montdidier, que Ludendorff nommera la « journée de deuil pour toute l’Allemagne ».

Principale source : Journal La Croix en date du 23 juin 2018

 

GUERRE MONDIALE 1914-1918, PAUL ELUARD (1895-1952), POEME POUR LA PAIX, POEMES

Poème pour la paix de Paul Eluard

 Poème pour la paix (1918)

 

 

Monde ébloui,
Monde étourdi.

I

Toutes les femmes heureuses ont
Retrouvé leur mari – il revient du soleil
Tant il apporte de chaleur.
Il rit et dit bonjour tout doucement
Avant d’embrasser sa merveille.


II

Splendide, la poitrine cambrée légèrement,
Sainte ma femme, tu es à moi bien mieux qu’au temps
Où avec lui, et lui, et lui, et lui, et lui,
Je tenais un fusil, un bidon – notre vie!

III

Tous les camarades du monde,
O! mes amis!
Ne valent pas à ma table ronde
Ma femme et mes enfants assis,
O! mes amis!


IV

Après le combat dans la foule,
Tu t’endormais dans la foule.
Maintenant, tu n’auras qu’un souffle près de toi,
Et ta femme partageant ta couche
T’inquiétera bien plus que les mille autres bouches.


V

Mon enfant est capricieux –
Tous ces caprices sont faits.
J’ai un bel enfant coquet
Qui me fait rire et rire.


VI

Travaille.
Travail de mes dix doigts et travail de ma tête,
Travail de Dieu, travail de bête,
Ma vie et notre espoir de tous les jours,
La nourriture et notre amour.
Travaille.


VII

Ma belle, il nous faut voir fleurir
La rose blanche de ton lait.
Ma belle, il faut vite être mère,
Fais un enfant à mon image…


VIII

J’ai eu longtemps un visage inutile,
Mais maintenant
J’ai un visage pour être aimé,
J’ai un visage pour être heureux.


IX

Il me faut une amoureuse,
Une vierge amoureuse,
Une vierge à la robe légère.


X

Je rêve de toutes les belles
Qui se promènent dans la nuit,
Très calmes,
Avec la lune qui voyage.

 

XI

Toute la fleur des fruits éclaire mon jardin,
Les arbres de beauté et les arbres fruitiers.
Et je travaille et je suis seul dans mon jardin.
Et le soleil brûle en feu sombre sur mes mains.

 

la paix 1918.jpg
Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Émile Paul Grindel (14 décembre 1895 à Saint-Denis – 18 novembre 1952 à Charenton-le-Pont ), est un poète français

11 NOVEMBRE, GUERRE MONDIALE 1914-1918, HISTOIRE DE FRANCE

Prière des tranchées

800px-Neuve-chapelle_christ_des_trancheesLA PRIÈRE DES TRANCHÉES

Le soir tombe, semblable au-dessus des deux lignes

Semblable de tendresse et de rédemption.

Encore un jour passé que nous abandonnons Pour mieux aimer demain dont l’espoir nous fait signe.   Le soir tombe, Seigneur. Sous sa feinte douceur Que cache-t-il, tendant la trame de son ombre ? Quel invisible doigt parmi nos rangs dénombre Ceux dont le dernier jour sera ce jour qui meurt ?   Quels d’entre nous verront le prochain crépuscule ? Quels verront la Victoire et l’ultime combat ? Notre désir grandit, s’exalte, se débat, Et, douloureux se tend vers le but qui recule.     Sans la flamme, Seigneur, les flambeaux ne sont rien. Nous sommes les flambeaux et vous êtes la flamme. Pour l’orgueil de nos cœurs, pour la foi de nos âmes, Seigneur, accordez-nous notre espoir quotidien.   …Seigneur, vous n’avez pas exaucé nos prières. Voici les ciels de brume et d’immobilité ! Chaque jour alourdit le poids de nos misères Et nous doutons parfois, Seigneur, de la clarté.     Où sont les fruits promis, les moissons et les roses ?   L’hiver a poignardé la gloire du jardin. Aux espoirs abolis les granges se sont closes Et le vol des corbeaux insulte à nos destins.   …Pitié mon Dieu, pitié pour tous ceux qui fléchissent, Pour tous ceux qui n’ont plus la foi qu’il faut avoir. Plus pur est dans le cœur l’état du sacrifice Quand il ne s’est nourri qu’aux flambeaux du devoir.   D’autres heures naîtront, plus belles et meilleures. La Victoire luira sur le dernier combat. Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas.  

Sylvain ROYÉ (1891-1916)

 

Chaque camp implore Dieu mais celui ci doit pleurer,  de tant d’atrocités inutiles et de tant de prières stériles  seul le Diable gagne dans les tranchées

 

BATAILLE DE LA SOMME (1916), GUERRE MONDIALE 1914-1918, HISTOIRE DE FRANCE

LA BATAILLE DE LA SOMME

Bataille de la Somme

 

 

La bataille de la Somme fut l’une des principales confrontations de la Première Guerre mondiale. Les forces britanniques et françaises tentèrent de percer à travers les lignes allemandes fortifiées sur une ligne nord-sud de 45 km proche de la Somme, au nord de la France, dans un triangle entre les villes d’Albert du côté britannique, Péronne et Bapaume.

La première journée de cette bataille, le 1er juillet 1916, détient le triste record de la journée la plus sanglante pour l’armée britannique, avec 57 470 victimes dont 19 240 morts.

 

Pour la première fois, un film de propagande, La Bataille de la Somme, a saisi une grande partie des horreurs de la guerre moderne en incluant des images issues des premiers jours de la bataille..

 

La décision de lancer une offensive en Flandre est prise à la conférence de Chantilly le 6 décembre 1915. Mais en janvier, Joffre obtient un changement pour la Picardie car à l’arrière, particulièrement dans les milieux politiques, on criait au scandale en pensant que des troupes « se reposaient ». Lorsque l’armée allemande lance son offensive sur Verdun, le 21 février 1916, le commandant en chef britannique propose de venir aider son allié. Les chefs militaires français décident qu’ils peuvent faire face sans cet appui tout en demandant un soulagement par une attaque ailleurs sur le front.

 

En 1916, l’armée britannique en France manquait d’expérience, sa partie professionnelle, six divisions, ayant été éliminée. La plus grande partie de ses effectifs était composée de volontaires des forces territoriales et de la nouvelle armée de Kitchener. Les officiers avaient été promus rapidement et manquaient à la fois de formation et d’expérience. Haig lui-même avait obtenu une promotion éclair.

L’aviation alliée venait de surmonter le fléau Fokker et avait même acquis une supériorité, ce qui lui permettait d’abattre les ballons et de disposer d’une bien meilleure force de reconnaissance. Ce n’est qu’en septembre que l’introduction de nouveaux avions rendit aux Allemands la maîtrise du ciel.

Les Allemands occupent presque partout des hauteurs. Leur front se compose :

* – d’une forte première position, avec des tranchées de première ligne, d’appui et de réserve, ainsi qu’un labyrinthe d’abris profonds comportant d’ailleurs tout le confort moderne ;

* – d’une deuxième ligne intermédiaire, moins forte, protégeant des batteries de campagne ;

* – enfin, un peu en arrière, d’une deuxième position presque aussi forte que la première.

À l’arrière, se trouvent des bois et des villages « fortifiés » reliés par des boyaux, de façon à former une troisième et même une quatrième ligne de défense, le tout largement bétonné et bénéficiant des qualités de la roche crayeuse qui se coupait facilement et durcissait en séchant.

 

Face aux britanniques, au nord, la IIe armée (général von Below), ayant à sa gauche la VIe armée commandée par le prince Rupprecht de Bavière. Face aux français la IVe armée sur le Santerre.

Les forces canadiennes ont combattu en Somme dès le 1er juillet avec le régiment terre-neuviens jusqu’aux premières neiges de l’hiver. L’objectif était de briser les lourdes défenses que les Allemands avaient construites.

Transformation de l’arrière

L’arrière avait été transformé en un gigantesque entrepôt avec ce qui se faisait de mieux pour les routes, le ferroviaire et l’aviation. L’artillerie, y compris des monstres sur voie ferrée de 380 et 400 mm, atteignait des sommets de puissance destructrice.

 

Six jours de bombardement

Pendant six jours, le bombardement sur les lignes allemandes est intense pour créer ce qui apparaît comme un fouillis où tout est éventré.

Les premiers jours

Une violente préparation d’artillerie d’une semaine précède l’offensive la bataille et fait 20 000 morts[réf. nécessaire]. Pour limiter les pertes, les Allemands se retirent sur les lignes arrières, et réoccupent la première ligne à la fin du bombardement. À 7h30 le 1er juillet, au coup de sifflet, les soldats britanniques gravissent leurs tranchées pour marcher, avec leur équipement atteignant 32 kg, vers celles de l’adversaire. Quelques-uns avaient été envoyés en éclaireurs.

Les Allemands les accueillent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchent en masse. Les officiers sont facilement repérables et sont particulièrement visés. Les Allemands sont stupéfaits de voir les soldats britanniques venir au pas. En fait, le commandement anglais craignait que les troupes perdent le contact en courant et en se dispersant. Persuadé que les défenses allemandes avaient été anéanties par les bombardements, ils ont exigé que les hommes avancent au pas[1]. À midi, l’état-major britannique annule cet ordre, et retient les vagues d’assaut suivantes : il y a eu, dans la première journée, 60 000 morts, blessés ou disparus, soit la journée la plus meurtrière du XXe siècle.

Lorsque les Britanniques parviennent aux tranchées allemandes, ils sont trop peu nombreux pour résister à une contre-attaque. Certaines unités comme celle, canadienne, de Terre-Neuve sont éliminées à 91 %.

Le 3 juillet, ils consolident leurs positions en s’emparant des bois de Mametz, au sud de Contalmaison : c’est là que plus de 1 000 prisonniers sont cueillis dans un seul fourré.

Bilan français

En dix jours, la 6e armée française, sur un front de près de vingt kilomètres, avait progressé sur une profondeur qui atteignait en certains points dix kilomètres. Elle était entièrement maîtresse du plateau de Flaucourt qui lui avait été assigné comme objectif et qui constituait la principale défense de Péronne. Elle avait fait 12 000 prisonniers, presque sans pertes, pris 85 canons, 26 minenwerfer, 100 mitrailleuses, un matériel considérable. C’était le plus beau succès obtenu depuis la bataille de la Marne.

Trente-cinq divisions sont retirées du secteur de Verdun pour renforcer le front devant Bapaume.

 

Du 20 juillet à la fin d’août

La dernière semaine de juillet est d’une chaleur lourde et poussiéreuse.

Au cours de cette semaine, l’armée Gough, réserve britannique, prend pied dans la forte position de Pozières et reprend aux Allemands, une deuxième fois, le bois Delville et Longueval. Elle échoue, par contre, au cours de combats féroces qui durent pendant plus d’une semaine, sur Guillemont.

 

De septembre à la mi-novembre

La pluie commence à tomber, rendant le champ de bataille boueux.

Le 3 septembre, dès les premières heures de l’attaque, Guillemont est pris. Le 4, au sud, la Xe armée enlève toute la première position entre Deniécourt et Vermandovillers. Soyécourt et Chilly sont pris, avec 2 700 prisonniers ; Chaulnes était directement menacé par Lihons. Le 6, la Ire Armée française s’empare d’une grande partie de Berny-en-Santerre.

 

Les chars

Le 15 septembre apparaissent les premiers chars d’assaut qui aident à prendre Courcelette, Martinpuich, le bois des Foureaux, le village de Flers avec 4 000 prisonniers.

Le 17, la Ire Armée prend Vermandovillers et Berny.

Le 26 enfin, journée glorieuse : les deux alliés prennent ensemble Combles, la « clef » entre Bapaume et Péronne. D’autre part, tout à fait au nord, les britanniques enlèvent Thiepval après l’utilisation de mines.

 

L’offensive cesse.

Le 24 février 1917 l’armée allemande fait une retraite stratégique en détruisant tout derrière elle pour raccourcir sa ligne de défense sur la ligne Hindenburg.

 

Conséquences

Malgré les très faibles gains territoriaux, les Allemands furent très impressionnés par le bombardement de préparation des alliés. C’est à la suite de la bataille de la Somme que le Haut-commandement allemand décida la guerre sous-marine à outrance, ce qui provoqua l’entrée en guerre des États-Unis (naufrage du Lusitania) et le basculement des rapports de force