CAMPS DE CONCENTRATION, CHANT DES DEPORTES, CHANTS DES MARAIS, GUERRE MONDIALE 1939-1945, JOURNEE DE LA DEPORTATION

Chants des marais : chant des déportés

Le Chant des marais

 16088933

 

Loin, vers l’infini, s’étendent

Les grands prés marécageux.

Pas un seul oiseau ne chante

Dans les arbres secs et creux.

Ô terre de détresse

Où nous devons sans cesse piocher, piocher !

 

Dans ce camp morne et sauvage,

Entouré de murs de fer,

Il nous semble vivre en cage,

Au milieu d’un grand désert.

Ô terre de détresse

Où nous devons sans cesse piocher, piocher !

 

Bruit des pas et bruit des armes,

Sentinelles jour et nuit,

Et du sang, des cris, des larmes,

La mort pour celui qui fuit.

Ô terre de détresse

Où nous devons sans cesse piocher, piocher !

 

Mais un jour dans notre vie,

Le printemps refleurira,

Libre alors, ô ma Patrie !

Je dirai : tu es à moi.

Ô terre enfin libre

Où nous pourrons revivre, aimer !

Ô terre enfin libre

Où nous pourrons revivre, aimer, aimer.

 

Chant composé en 1934 par des détenus politiques allemands du camp de Börgermoor (le « camp des marais »), devenu l’hymne commémoratif de tous les anciens déportés après la Seconde Guerre mondiale

  

Le Chant des déportés

 Le Chant des déportés ou Chant des marais (en allemand Moorsoldatenlied, « chanson des soldats de marécage », ou Börgermoorlied, « chant de Börgermoor » ou Die Moorsoldaten) est l’adaptation en français d’un chant allemand composé en 1933 par des prisonniers du camp de concentration, pour détenus politiques, de Börgemoor dans le Pays de l’Ems en Basse-Saxe.

Ce chant de déportés allemands est donc devenu un chant militaire français, connu également sous le nom de Chant des marais, et chanté par diverses chorales militaires françaises, de parachutistes et même de la Légion étrangère.

 

Histoire

Les paroles de cette chanson ont été écrites par le mineur Johann Esser et l’acteur metteur en scène Wolfgang Langhoff, , la musique a été composée par Rudi Goguel  un employé de commerce ; tous trois étaient détenus au camp de concentration de Börgermoor,  ouvert en 1933 et administré par la SA. Les cadres SA (puis SS) des camps exigeaient traditionnellement des prisonniers qu’ils chantent pour se rendre au travail. Ainsi le chant serait-il né en août 1933 de la tradition concentrationnaire de faire chanter les détenus, et de la volonté de ceux-ci de rendre compte des conditions de détention (strophe 1 et 2 l’isolement, et refrain qui évoque le travail d’assèchement des marais et d’extraction de la tourbe), des violences subies (les cris, les coups, les larmes de la troisième strophe), mais aussi de leur conviction de voir abattue la tyrannie nazie (dernière strophe et dernier refrain).

Les détenus du camp étaient pour la plupart des prisonniers politiques du régime nazi, détenus à la suite des lois spéciales promulguées le lendemain de l’incendie de Reichtag. Le titre de la chanson évoque les travaux forcés dans les marécages du camp : extraction de la tourbe à l’aide d’outils rudimentaires.

Quelques-uns des déportés de Börgermoor, libérés à l’issue de leur condamnation, choisirent de s’exiler et firent connaître le chant en Angleterre.   C’est là qu’en 1936 le compositeur Hans Eisler, collaborateur musical de Bertolt Brecht en fit une adaptation pour le chanteur Ernst Busch. Celui-ci rejoignit en 1937 les Brigades internationales en Espagne, de sorte que le Chant des déportés, chanté par les volontaires allemands des Brigades, acquit rapidement une grande notoriété.

Parallèlement, il se répandit en Allemagne, d’un camp de concentration    à l’autre, puis en Pologne occupée, et finit même par atteindre certains déportés du camp d’extermination d’Auschwitz.

 

Le 27 août 1933 (souvenirs de Rudi Goguel)

Le Chant des déportés a été chanté le 27 août 1933 lors d’un événement appelé Zirkus Konzentrani (Cirque des concentrationnaires) ; les chanteurs étaient issus pour la plupart de l’association ouvrière de chant de Solingen .

Dans ses Mémoires, Rudi Goguel raconte :

« Les seize chanteurs, pour la plupart membres de l’association ouvrière de chant de Solingen, défilaient bêche à l’épaule dans leurs uniformes de police verts (nos vêtements de prisonnier de cette époque-là). Je menais la marche, en survêtement bleu, avec un manche de bêche brisé en guise de baguette de chef d’orchestre. Nous chantions, et déjà à la deuxième strophe, presque tous les mille prisonniers commençaient à entonner en chœur le refrain. De strophe en strophe, le refrain revenait de plus belle et, à la dernière, les SS, qui étaient apparus avec leurs commandants, chantaient aussi, en accord avec nous, apparemment parce qu’ils se sentaient interpellés eux aussi comme « soldats de marécage ».

« Aux mots « Alors n’envoyez plus les soldats du marécage bêcher dans les marécages », les seize chanteurs plantèrent leur bêche dans le sable et quittèrent l’arène, laissant les bêches derrière eux. Celles-ci donnaient alors l’impression de croix tombales. »

  

Paroles

Il existe plusieurs versions de ce chant populaire, qui sont très semblables les unes aux autres. En voici quatre :

I
Loin vers l’infini s’étendent
De grands prés marécageux
Et là-bas nul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher.

II
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert.

III
Bruit des pas et bruit des armes
Sentinelles jours et nuits
Et du sang, et des cris, des larmes
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie
Le printemps refleurira.
Liberté, liberté chérie
Je dirai : « Tu es à moi. »

Dernier refrain
Ô terre enfin libre
Où nous pourrons revivre,
Aimer, aimer.

 

 

I
Loin vers l’infini s’étendent
Des grands prés marécageux.
Pas un seul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux.

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher

II
Dans le camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert

III
Bruit des chaînes et bruit des armes,
Sentinelles jour et nuit,
Et du sang, des cris, des larmes,
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira
Libre enfin, ô ma patrie,
Je dirai tu es à moi.

Dernier refrain
Ô terre d’allégresse
Où nous pourrons sans cesse
Aimer, aimer

 

 

I
Loin vers l’infini s’étendent
Les grands prés marécageux.
Pas un seul oiseau ne chante
Sur les arbres secs et creux.

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher

II
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de murs de fer
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert

III
Bruit des pas et bruit des armes,
Sentinelles jour et nuit,
Et du sang, des cris, des larmes,
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira
Libre alors, ô ma patrie,
Je dirai tu es à moi.

Dernier refrain
Ô terre d’allégresse
Où nous pourrons sans cesse
Aimer, aimer

 

 

I
Loin dans l’infini s’étendent
Les grands prés marécageux,
Pas un seul oiseau ne chante
Dans les arbres secs et creux.

Refrain
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher.

II
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de fils de fer,
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d’un grand désert.

III
Bruits des pas et bruits des armes
Sentinelles jour et nuit
Et du sang, des cris, des larmes,
La mort pour celui qui fuit.

IV
Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira,
Liberté, liberté chérie
Je dirai :« Tu es à moi ! »

Dernier refrain
Ô terre d’allégresse
Où nous pourrons sans cesse,
Aimer, aimer.

Source : Wikipédia

ALOYSIUS PAPPERT, GUERRE MONDIALE 1939-1945, MEMOIRES DE GUERRE

Mémoires de Guerre : Aloysius Pappert

 

Mémoires d’un Allemand catholique et antinazi : de la Wehrmacht au Goulag

Les mémoire de guerre d’Aloysius Pappert n’ont certainement pas la portée d’Orages d’acier d’Ernst Jünger qui su, avec force et profondeur, retracer la Première Guerre mondiale des soldats allemands. Il y avait dans ce récit un aspect suffisamment universel pour que les Poilus eux-mêmes se reconnussent dans ce livre et, au-delà, pour qu’il touchât des générations qui n’avaient pas connu ce conflit ni tout simplement la guerre. Puissance incroyable de la grande littérature !

Aloysius Pappert n’a certainement pas l’ambition d’égaler pour le second conflit mondial, son éminent compatriote. D’ailleurs bien des ouvrages sont parus qui évoquent la vision des combattants de la Seconde Guerre mondiale. Le soldat oublié de Guy Sajer, par exemple, fut au moment de sa sortie un grand succès. Dans un autre genre, les livres d’August von Kageneck en constituent un autre exemple, jusques et y compris son livre de dialogue avec Hélie de Saint Marc, déporté en Allemagne et survivant des camps de concentration avant de reprendre le combat en Indochine et en Algérie.

Qui est Aloysius Pappert ?

Alors qu’apportent les deux tomes de souvenirs de Pappert ? Et d’abord qui est cet homme dont les éditions Salvator, éditeur religieux, publient de manière étonnante les deux volumes de mémoires touchant à la Seconde Guerre mondiale ?

Aujourd’hui retiré à Monaco, Aloysius Pappert est né en Allemagne en 1924, dans le land de Hesse, non loin de Fulda. Il a grandi au sein d’une famille profondément catholique et dont le père, hostile de toutes ses fibres à Hitler, ne prononçait jamais le nom de celui-ci.

« Mon père, écrit-il, était probablement l’un des premiers antinazis à s’être procuré et à avoir lu très attentivement la bible des nazis, Mein Kampf, et à l’avoir pris au sérieux, contrairement à d’autres qui voulaient n’y voir que le délire d’un exalté. »

Sa connaissance du nazisme n’était pas seulement théorique, elle était également expérimentale :

 « Dès avril 1933, mon père avait été arrêté, jeté à Buchenwald où il avait subi deux mois d’interrogatoire. Grâce à l’intervention de son ami le directeur d’école Willy Unverzagt, il avait été remis en liberté mais se savait désormais sous surveillance. Son passé le désignait comme ennemi du régime. Il avait été un membre influent du Parti du Centre catholique d’Allemagne, tout en faisant partie du conseil de la Raiffeisen Bank et du conseil communal. »

Dès lors, la consigne familiale fut claire. Les nazis au pouvoir, les catholiques étaient dans « le collimateur du régime » :

Mon père « m’avait alors fait promettre de ne jamais parler à qui ce soit de notre vie à la maison, ni à l’école, ni à mes camarades, ni aux voisins. Garder le silence. Une leçon qu’il me rappellerait maintes fois. »

Le serment

Pourtant, Aloysius Pappert ne pouvait échapper totalement au régime. Et comme tous les garçons de la classe 1924, il fut appelé sous les armes. Son frère aîné, Josef, avait fait la campagne de France. Aloysius fut d’abord engagé au sein de l’Arbeitsdienstmann (RAD), service national du travail. Dans ce cadre, le serment de fidélité au Führer était prescrit. Le jeune garçon avait été préparé à cette cérémonie par son père :

« Mon fils, même si tu ne pars pas encore au front, tu vas jurer fidélité au caporal autrichien et tout le reste. Fais comme les autres, mais au même moment, pense qu’il n’y a rien de plus important dans la vie que les respects des Dix Commandements que l’Église t’a enseignés. Tu feras tout pour sauver tes camarades et tu n’oublieras jamais, quoi qu’il arrive, que tes parents t’attendent. »

Ces fortes paroles d’un père à son fils résument à elles seules le récit d’Aloysius Pappert. Très vite, effectivement, il est envoyé sur le front de l’Est, puis en France, à Clermont-Ferrand. Sportif, intelligent, doté d’une grande capacité de persuasion, le jeune homme a de l’allant et sait susciter l’admiration. Il monte en grade, prend de l’ascendant sur ses camarades et se montre un excellent sous-officier.

Italie 1944 : expérience mystique sous les bombes

Lors de son départ, sa mère lui a remis une médaille de la Vierge et l’a placé sous la protection de celle-ci. Sa foi catholique est profonde et il n’hésite pas à parler du Christ et de l’Église à ses camarades, le plus souvent incroyants, voire violement athées. En mai 1944, Aloysius Pappert est en Italie pour stopper l’avance américaine. Le 11 mai 1944, il se trouve sous un déluge de bombes. La mort est assurée :

« En un éclair, toute la bande littorale se change en une gigantesque bouche de feu vomissant sur nous un déluge d’acier dans un vacarme titanesque. Nous sommes littéralement paralysés, incapables de former une pensée. (…) C’est la mort en furie qui danse au-dessus de nos têtes. Notre dernière heure est arrivée. Alors, genoux à terre, il ne reste qu’à prier Dieu de nous pardonner. “Sainte Vierge, prie pour nous et protège-nous !” ».

Et la Vierge l’exauce. Non contente de le sauver, elle lui permet de vivre un moment mystique, une phase d’union à Dieu, que l’on a du mal à imaginer tant l’enfer semble se déchaîner :

« Combien de temps ai-je prié ? Combien de temps ai-je imploré la grâce et l’aide de Dieu ? De tels moments ne se mesurent pas en minutes humaines. On entre dans une autre dimension. J’ai senti une présence pénétrer en moi comme si j’entendais distinctement quelqu’un me dire : “N’aie pas peur, je suis là !” Mon corps et mon esprit ne font plus qu’un, je suis en paix, affranchi de toute peur. Un formidable sentiment de liberté m’envahit. Plus rien de peut m’atteindre, toute ma ferveur est pour Dieu : “Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre volonté soit faite. »

Finalement prisonnier des Américains, le jeune Allemand parvient à s’évader, rejoint le front et est blessé. De retour en Allemagne, il perçoit l’emprise grandissante du régime et sa folie destructrice. Après une accalmie, il devient officier et repart sur le front, pour défendre son pays de l’invasion soviétique. Il démontre là encore des qualités de chef tout en restant profondément humain et toujours aussi hostile au nazisme. Il raconte comment ce régime à l’agonie n’hésite pas à tuer ses propres soldats en raison de leur doute dans la victoire finale qui est élevée au rang de dogme absolu que l’on ne peut remettre en cause alors que tout montre son inanité. Après bien des péripéties, Aloysius Pappert est finalement fait prisonnier par les Soviétiques et envoyé dans un camp en Russie.

 

Au Goulag

Ici commence le second volume de ses mémoires, Le Sang des prisonniers. C’est le récit d’une descente aux enfers au cours de laquelle sa foi profonde le soutient et lui permet d’aider ses compatriotes à faire face à la folie soviétique. Malgré la faim, les privations, les conditions humaines d’emprisonnement, la discipline allemande, l’ingéniosité allemande, la formation allemande font des merveilles et permettent, sous la conduite de Pappert, d’améliorer les conditions de vie des prisonniers survivants.

Sa foi étonne d’autant plus que loin de la cacher, il ne cesse de l’exposer aux commissaires du peuple qu’il rencontre. Il est connu comme le « croyant », celui en qui l’on peut avoir confiance car sa parole est sûre. Sa seule présence ranime le souvenir de la foi russe et instille le doute dans le matérialisme dialectique de Marx, appliqué avec la force et brutalité lénino-stalinienne.

À plusieurs reprises, le jeune officier manque de mourir et, pourtant, il parvient à rentrer dans son pays. Dans le train des rapatriés, il marque encore ses camarades survivants comme lui. L’un d’entre eux lui déclare ainsi :

« Je vous ai observé à l’hôpital, quand vous êtes venus avec vos camarades pour nous transporter dans d’autres baraques. Ensuite dans le train et ici. Vous êtes spécial. Vous avez quelque chose de plus. Vous êtes croyant. Moi, je n’ai jamais prié. Je ne savais même pas que cela existait. »

De retour chez ses parents, Aloysius Pappert ne pèse plus que « 44 kg, avec au moins deux kilos de flotte dans les pieds et les jambes. » Il mettra des mois avant de se remettre, physiquement et mentalement.

Fait prisonnier en 1944, il était chez lui à Noël 1946. Comme l’indique le titre du premier volume de ses mémoires, Une jeunesse volée, le régime nazi lui avait enlevé cet âge qui est normalement celui de l’insouciance et de la joie de vivre pour le soumettre à la guerre, à la haine, à la méfiance envers l’autre. Les camps de prisonniers l’ont fait vivre sous le talon d’un autre totalitarisme qui mettra beaucoup plus de temps avant de tomber. Mais, toujours, la foi dans le Christ crucifié et vrai vainqueur permettra à ce jeune Allemand de traverser cette période sombre en ayant pour horizon la lumière du vrai salut.

Une jeunesse volée d’Aloysius Pappert, préface de l’abbé Pierre-Hervé Grosjean, Salvator, 212 pages, 20 €.

Le sang des prisonniers d’ Aloysius Pappert, Salvator, 202 pages, 20 €.

pappert-couv

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