EGLISE CATHOLIQUE, HANS KÜNG (1928-2021), THEOLOGIEN, THEOLOGIEN SUISSE

Hans Küng (1928-2021)

Hans Küng (1928-2021)

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Hans Küng est un prêtre catholique et théologien suisse, né en 1928 à Sursee dans le canton de Lucerne (Suisse) et mort le 6 avril 2021 à Tübingen (Bade-Wurtemberg, Allemagne).

 

Biographie

Après avoir fait des études de théologie à Rome à l’Université grégorienne, il est ordonné prêtre en 1954. Il continue ses études dans diverses universités européennes, dont la Sorbonne à Paris où il soutient une thèse de doctorat intitulée La justification. La doctrine de Karl Barth est une réflexion catholique. En 1960, Hans Küng est nommé professeur de théologie à l’Université Eberhard-Karl de Tübingen, en République fédérale d’Allemagne. Il a pour collègue Josef Ratzinger (futur Benoît XVI) avec qui il participe au concile Vatican II comme théologie expert (peritus).  Cette expérience le marquera profondément.

Au cours des année 1970, Hans Küng publie de nombreux ouvrages tout en poursuivant son enseignement. Il publie en 1971 Infaillible ? Une interpellation, à la suite de la parution de l’encyclique Humanae Vitae du Pape Paul VI (1968), qui condamnait les méthodes contraceptives utilisant des dispositifs mécaniques ou des médicaments et qui, selon lui, tournait le dos à la collégialité épiscopale définie par Vatican II. En 1978, il publie Être chrétien, qui se vendra à des milliers d’exemplaires à travers le monde .

Le 18 décembre 1979, , à la suite d’une longue controverse avec Rome et spécialement la Congrégation pour la doctrine de la foi, il se voit retirer sa missio canonica (reconnaissance officielle par l’Eglise catholique qu’un professeur est habilité à enseigner la théologie et à participer à la collation des grades universitaires catholiques). Il est toutefois maintenu par ses confrères à l’Université Eberhard-Karl de Tübingen comme professeur et directeur de l’institut des recherches œcuméniques, spécialement créé pour lui par l’Université de Tübingen. De 1960 à sa retraite en 1996, Hans Küng enseigne la théologie et la théologie œcuménique.

Hans Küng meurt à 93 ans, le 6 avril 2021 à Tübingen.

 

Le Weltethos

Hans Küng se voue depuis 1993 à la fondation nommée Weltethos (Tübingen et Zurich). Il définit l’ethos comme l’attitude morale fondamentale de l’homme. Elle cherche à développer et renforcer la coopération entre les religions, au-delà d’une vague reconnaissance de valeurs communes. Il cherche particulièrement à lancer de véritables initiatives pratiques en vue de la paix et du développement. On peut consulter son site qui inclut la déclaration pour une éthique planétaire. Cet engagement a valu à Hans Küng de recevoir le Prix Niwano de la Paix en 2005. Concernant la création du Parlement des Religions qui s’est réuni à Chicago aux États-Unis, Hans Küng soutient que l’éthique dont il est question en parlant des religions est « loin de constituer un effort de réduction à un minimalisme éthique, elle découvre plutôt ce que les religions du monde partagent déjà comme minimum d’éthique commun. Elle n’est aucunement un reproche adressé à quiconque : elle invite plutôt les croyants et non-croyants à faire leur cette perspective, et à s’en inspirer ». Le 5 avril 1996, Hans Küng et Paul Ricoeur, philosophe français protestant, ont un débat intéressant autour du Manifeste pour une éthique planétaire de Hans Küng.

 

Une position critique envers la hiérarchie catholique

En 1995, lors de la publication de l’encyclique Evangelium Vitae (sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine) de Jean-Paul II Hans Küng accuse ce pape d’être « un dictateur spirituel voulant détruire la liberté de conscience », de vouloir faire taire les dissidents dans son Église et d’imposer sa morale au reste du monde.

Hans Küng dit en 2003  chercher une « réconciliation pragmatique » avec Rome. Le cardinal Karl Lehmann, de Mayence déclare alors à la presse que son attitude est une « remarquable expression de bonne volonté » et annonce son intention d’intervenir à ce sujet auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

En septembre 2003, il publie un article dans Le Monde des Religions pour affirmer que la repentance de l’an 2000  est un geste médiatique qui n’a pas été suivi d’actes majeurs tendant à la concrétiser.

Le 7 avril 2005, après la mort de Jean-Paul II, il dresse une analyse de son pontificat, qui restera selon lui « comme une grande espérance déçue et, finalement, comme un désastre », et aura plongé l’Église « dans une crise qui fera date». Inquiet de l’élection du cardinal Josef Ratzinger comme pape sous le nom de Benoît XVI, il est reçu par ce dernier à Castel Gandolfo le 24 septembre 2005. Si les deux hommes ont des positions théologiques différentes, le cardinal Ratzinger déclare en 1988 : « Nous considérons tous les deux les différences entre nos positions théologiques comme légitimes et nécessaires au progrès de la pensée, et elles n’entravent en rien notre sympathie mutuelle et notre capacité de collaborer à travers elles». Leur conversation s’était focalisée sur l’ouvrage récent de Hans Kung « Weltethos ». Benoît XVI a souligné à cette occasion : »l’effort du professeur Küng pour contribuer à une reconnaissance renouvelée des valeurs morales essentielles de l’humanité à travers le dialogue des religions et dans la rencontre avec la raison séculière ».


À l’annonce de la publication de la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus apostolique  permettant la création de prélatures accueillant des groupes anglicans traditionalistes au sein de l’Église catholique, Hans Küng publie comme ancien professeur de l’Institut de recherches œcuméniques de Tübingen un article dans différents journaux européens, dans lequel il considère cette constitution apostolique comme l’« enterrement » d’années de travail vers l’œcuménisme.. Le lendemain, Gian Maria Vian, rédacteur en chef de L’Osservatore Romano considérera, lui, que Hans Küng se trouve « fort loin des réalités».

Hans Küng se réjouit de l’encyclique Deus caritas est   publiée en 2005, et notamment de la réflexion de Benoît XVI sur l’éros et l’agapè. Au lendemain de l’élection du pape François, il a affirmé que c’était le « meilleur choix possible ».

 

Œuvres

Infaillible ? Une interpellation, 1971.

Être chrétien, Paris, Le Seuil, 1978.

Jésus, Paris, Le Seuil, 1978 et 2014.

L’église assurée dans la vérité ?, Paris, Le Seuil, 1980.

Dieu existe-t-il ?, 1981.

Vie éternelle ?, Paris, Le Seuil, 1985.

Pourquoi suis-je toujours chrétien ?, 1985.

Qu’est-ce que l’Église ?, 1990.

Christianisme et religion chinoise, avec Julia Ching Liberté du chrétien, 1991.

Projet d’éthique planétaire. La paix mondiale par la paix entre les religions, traduit de l’allemand par Joseph Feisthauer, Paris, Le Seuil, octobre 1991.

Être chrétien, 1994.

Petit traité du commencement de toutes choses, Paris, Le Seuil, 2005.

Mon combat pour la liberté. Mémoires I, Paris, Le Cerf, 2006

Une vérité contestée. Mémoires II – 1968-1980, Paris, Le Cerf, 2010.

L’islam, Paris, Le Cerf, 2010.

Faire confiance à la vie, Paris, Le Seuil, 2010.

Peut-on encore sauver l’Église ?, Paris, Le Seuil, 2012.

La mort heureuse, Paris, Le Seuil, 2015.

Credo. La confession de foi des Apôtres expliquée aux hommes d’aujourd’hui, Points, 2016, 272 p. 

Faire confiance à la vie, Points, 2016, 384 p. 

Dieu existe-t-il ? – Réponse à la question de Dieu dans les temps modernes, Points, 2017, 1248 p. 

Jésus, Points, 2017, 304 p. 

Peut-on encore sauver l’Église ?, Points, 2018, 320 p. 

 

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Mort de Hans Küng, figure contestataire de la théologie Abonnés

Enfant terrible de la théologie contemporaine, le théologien suisse Hans Küng, décédé mardi 6 avril à 93 ans, avait été interdit d’enseignement par le Vatican en 1979. Ami de Joseph Ratzinger, il était malgré tout un opposant farouche du pape Benoît XVI.

Le théologien catholique suisse Hans Küng s’est éteint mardi 6 avril, à l’âge de 93 ans, dans sa maison de Tübingen (Allemagne). « Avec le décès de Hans Küng, l’université de Tübingen a perdu un chercheur productif, un savant extrêmement créatif et un excellent théologien », a déclaré le recteur de l’université, le professeur Bernd Engler. Penseur critique de l’Église, Hans Küng n’a cessé de prôner une profonde réforme des structures ecclésiales, une attitude contestataire qui lui a valu la condamnation de Rome.

Né en 1928 dans le canton de Lucerne (Suisse), Hans Küng a étudié à l’Université pontificale grégorienne de Rome et obtenu son doctorat de théologie à l’Institut Catholique de Paris. Ordonné en 1954, il commence à enseigner à l’université de Tübingen. Il sera expert au cours du concile Vatican II, tout comme un certain Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, que Hans Küng a fait venir à l’université de Tübingen dès 1966. Loin d’être sur la même longueur d’onde, les deux théologiens s’affronteront au cours de longues années. Hans Küng fut d’ailleurs interdit d’enseignement dans les facultés catholiques par décision de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1979. Tübingen créa alors tout spécialement pour le professeur Küng l’Institut de recherches œcuméniques, ce qui lui permit d’enseigner jusqu’en 1996.

 

Adversaire de Jean-Paul II

Küng n’eut pas de mots assez durs pour s’opposer à Jean-Paul II, voire condamner le pape polonais et son pontificat qu’il a considéré « comme une grande espérance déçue et, finalement, comme un désastre ». Une fois élu en 2005, Benoît XVI invita son ami et contradicteur Hans Küng à Castel Gandolfo, signe d’une estime réciproque en dépit des points de vue irréconciliables. Enfant terrible de la théologie du XXe siècle, il était tout à la fois favorable au mariage des prêtres, à l’ordination des femmes, à la contraception et à la théologie de la libération.

Grand intellectuel et écrivain prolixe, Hans Küng était aussi bien spécialiste de Karl Barth et du protestantisme que mélomane. Il a signé de sa plume acerbe plusieurs best-sellers, Être chrétien (1978), Dieu existe-t-il ? (1981) ou Peut-on encore sauver l’Église ? (2012). Avec une cinquantaine de livres, traduit dans une vingtaine de langues, il a touché bien au-delà du cercle catholique. Dans ses Mémoires, il réglait ses comptes avec Rome, qu’il a brocardé notamment sur la question de l’infaillibilité pontificale qu’il a combattue toute sa vie. Ce qui ne l’empêcha pas d’accueillir avec joie l’élection du pape François   en 2013, avec lequel il échangea quelques missives.

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