HANS URS VON BLATHASAR, LITTERATURE CHRETIENNE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, LIVRES DE SPIRITUALITE, MEDITATIONS, SEUL L'AMOUR EST DIGNE DE FOI, SPIRITUALITE

Seul l’amour est digne de foi

L’amour seul est digne de foi

Hans-Urs von Balthasar

Saint-Maur, Parole et Silence, 1999. 125 pages

 

Résumé

 » Quel est, dans le christianisme, l’élément spécifiquement chrétien ? Le christianisme, dans sa réflexion sur lui-même, ne peut être considéré ni comme une doctrine de sagesse surélevant la sagesse religieuse de l’humanité grâce à un enseignement divin, ni comme un avènement définitif de l’homme personnel et social grâce à la révélation et à la rédemption. Il ne peut être compris que comme l’amour divin se glorifiant lui-même. Dans l’Ancien Testament, cette gloire est la présence de la majesté souveraine de Yahvé dans son Alliance ; dans le Nouveau Testament, cette gloire sacrée se manifeste comme le geste de Dieu qui dans le Christ aime « jusqu’à la fin », c’est-à-dire s’abaisse jusque dans la mort et dans les ténèbres. Cet amour qui va jusqu’à l’extrême et que le monde et l’homme ne peuvent même soupçonner, ne peut être perçu que s’il est reçu comme le « tout Autre ».  » Hans-Urs von Balthasar

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Hans Urs von Balthasar

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LE COEUR DU MONDE DE HANS URS VON BALTHASAR

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Beaucoup de livres dits «de spiritualité» déçoivent et laissent le lecteur sur sa faim. Il y a, bien sûr, quelques exceptions. Le « Cœur du Monde », de Hans Urs von Balthasar en est une. C’est un des quelques livres de spiritualité chrétienne qu’il m’ait été donné de découvrir récemment et que l’on aime reprendre…

Que dire de ce chef d’œuvre? C’est une œuvre «de jeunesse» du grand théologien suisse, sans doute très différente de ses grands ouvrages, en particulier de sa trilogie (esthétique, dramatique et théologique). Celui que le P. Henri de Lubac présentait comme l’homme «sans doute le plus cultivé de son temps» y médite le mystère chrétien sur un ton lyrique et poétique, qui emporte le lecteur comme un flot au-delà de lui-même !

En voici un extrait glané au cours de cette lecture…. mais dès les premières lignes on se laisse prendre au piège

«En quelle prison gémit tout être fini ! C’est en prison que l’homme, comme tout être, est né: son âme, son corps, sa pensée, sa volonté, ses aspirations, tout en lui est entouré d’une frontière, constitue même une frontière palpable, tout le sépare et l’isole. Par les ouvertures grillagées des sens, chacun regarde au-dehors vers une réalité étrangère à lui qu’il ne sera jamais. Et son esprit s’élancerait-il, comme l’oiseau, à travers les espaces du monde: lui-même n’est pas cet espace qu’il parcourt, et de son passage il ne subsiste aucune trace durable. D’un être à l’autre, quelle distance! Et même lorsqu’ils s’aiment et se font signe mutuellement de l’îlot qui leur sert de prison, même lorsqu’ils tentent de faire communiquer leurs solitudes et de se donner une illusoire unité, bien vite les surprend, d’autant plus douloureuse, la désillusion, lorsqu’ils retrouvent les barreaux invisibles, la froide paroi de verre contre laquelle ils viennent buter, pauvres oiseaux captifs… (p. 21).

Tu restes seul. Tu es tout en tous. Même si ton amour nous veut pour se déployer en nous et pour célébrer en nous le mystère de la génération et de la fécondité, c’est pourtant ici et là ton amour qui donne et qui est donné, qui est à la fois semence et terre féconde. Et l’enfant mis au monde, c’est toi encore. Lorsque l’amour a besoin de deux pieds pour marcher, celui qui marche est unique, et c’est toi. Et lorsque l’amour a besoin de deux êtres qui aiment, un amant et un aimé, alors il n’y a qu’un seul amour, et c’est toi qui es l’amour. Tout est ordonné à ton cœur qui bat éternellement. Maintenant encore, le temps et la durée battent la mesure de la création et, à grands coups douloureux, poussent en avant le monde et son histoire. C’est l’inquiétude de l’horloge, et ton cœur est inquiet jusqu’à ce que nous reposions en toi, et toi en nous, temps et éternité absorbés l’un dans l’autre. Mais soyez tranquilles: j’ai vaincu le monde. Le fracas du péché a disparu dans le silence de l’amour. Celui-ci en est devenu plus sombre, plus flamboyant, plus ardent, à cause de l’expérience de ce qu’est le monde. Mais l’abîme moins profond de la révolte a été englouti par la miséricorde insondable, et en battements majestueux règne paisiblement le Cœur divin» (p. 196-197).

Voilà, il ne vous reste plus qu’à lire les 175 pages qui séparent le début de la fin et découvrir comment nous sommes conduits de notre prison au Cœur du Christ

(*) Editions Saint-Paul, réédition 2014, 208

 

L’amour seul est digne de foi

Urs von Balthasar

Saint-Maur, Parole et Silence, 1999. 125 pages.

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Résumé

 » Quel est, dans le christianisme, l’élément spécifiquement chrétien ? Le christianisme, dans sa réflexion sur lui-même, ne peut être considéré ni comme une doctrine de sagesse surélevant la sagesse religieuse de l’humanité grâce à un enseignement divin, ni comme un avènement définitif de l’homme personnel et social grâce à la révélation et à la rédemption. Il ne peut être compris que comme l’amour divin se glorifiant lui-même. Dans l’Ancien Testament, cette gloire est la présence de la majesté souveraine de Yahvé dans son Alliance ; dans le Nouveau Testament, cette gloire sacrée se manifeste comme le geste de Dieu qui dans le Christ aime « jusqu’à la fin », c’est-à-dire s’abaisse jusque dans la mort et dans les ténèbres. Cet amour qui va jusqu’à l’extrême et que le monde et l’homme ne peuvent même soupçonner, ne peut être perçu que s’il est reçu comme le « tout Autre ».  » Hans-Urs von Balthasar.

 

La Prière contemplative 

Hans Urs von Balthasar

Paris, Parole et Silence, 2002. 280 pages.

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Présentation de l’éditeur

Bien des chrétiens connaissent la nécessité et la beauté de la prière contemplative et y aspirent sincèrement. Mais peu, en dehors d’essais tâtonnants, bientôt abandonnés, restent fidèles à cette prière, et moins nombreux encore sont ceux qui sont convaincus et satisfaits de leurs efforts propres en cette matière. Une atmosphère de découragement et de pusillanimité entoure, dans l’Eglise, la contemplation. Nous voudrions bien, mais nous n’y arrivons pas. L’heure de méditation projetée s’écoule dans la distraction et dans l’incohérence et, parce qu’elle ne produit aucun fruit visible, nous sommes tentés d’abandonner. Le présent livre tente, en partant d’une vue d’ensemble de la révélation chrétienne, de décrire la profondeur et la splendeur de cette forme de prière. Il cherche à éveiller la joie qu’elle fait naître, à faire éprouver sa nécessité, à affirmer son caractère indispensable pour la vie. La prière contemplative nous découvre et exalte cette dimension verticale de la vie chrétienne. Rien de critique ni de négatif en ces pages, mais la plus constructive, la plus belle, la plus stimulante des ascensions spirituelles.

Quatrième de couverture

Bien des chrétiens connaissent la nécessité et la beauté de la prière contemplative et y aspirent sincèrement. Mais peu, en dehors d’essais tâtonnants, bientôt abandonnés, restent fidèles à cette prière, et moins nombreux encore sont ceux qui sont convaincus et satisfaits de leurs efforts propres en cette matière. Une atmosphère de découragement et de pusillanimité entoure, dans l’Église, la contemplation. Nous voudrions bien, mais nous n’y arrivons pas. L’heure de méditation projetée s’écoule dans la distraction et dans l’incohérence et, parce qu’elle ne produit aucun fruit visible, nous sommes tentés d’abandonner.

Le présent livre tente, en partant d’une vue d’ensemble de la révélation chrétienne, de décrire la profondeur et la splendeur de cette forme de prière. Il cherche à éveiller la joie qu’elle fait naître, à faire éprouver sa nécessité, à affirmer son caractère indispensable pour la vie. La prière contemplative nous découvre et exalte cette dimension verticale de la vie chrétienne. Rien de critique ni de négatif en ces pages, mais la plus constructive, la plus belle, la plus stimulante des ascensions spirituelles.

 

 

HANS URS VON BLATHASAR, L'INCARNATION DU CHRIST, LE COEUR DU MONDE, MEDITATIONS, NATIVITE DE JESUS

L’Incarnation du Christ : une méditation de Hans Urs von Balthasar

 

L’incarnation du Verbe de Dieu

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Jésus et le vieillard Syméon : un tableau de Rembrandt

Dans cet ouvage, Le Cœur du monde, de Hans Urs von Balthasar, l’auteur évoque dans la première partie de son livre (deuxième chapitre intulé « Il vint au monde ») le mystère de l’incarnation de Jésus, le Verbe de Dieu, sa kénose et sa gloire.

 

          L’océan divin contraint d’entrer dans la source minuscule d’un cœur humain, le puissant chêne de la divinité implanté dans le petit vase fragile d’un cœur de terre. Dieu trônant dans la gloire et le serviteur agenouillé dans la poussière désormais indiscernables l’un de l’autre. La conscience royale du Dieu éternel ramassée dans l’inconscience de l’humilité humaine. Tous les trésors de la sagesse et de la science divine entassés dans l’étroite cellule de l’humaine pauvreté. La vision du Père éternel enveloppée dans l’obscurité de la foi. Le roc de la sécurité divine se risquant sur les flots de l’espérance terrestre. Le triangle de la Trinité dressé sur sa pointe et prenant appui dans un cœur humain.

            Ainsi ce cœur, comme l’étroite ouverture du sablier, est-il suspendu entre le ciel et la terre, et incessamment s’écoule de la coupe supérieure, par cet orifice, le sable de la grâce tombant sur le sol terrestre. D’en bas, inversement, s’élève vers les sphères supérieures, à travers l’ouverture, une faible senteur inconnue du ciel, et aucune parcelle de la divinité infinie ne demeure indemne de ce nouvel arôme. Lentement et sans arrêt une vapeur rose teinte les champs immaculés des anges, et l’amour inaccessible du Père et du Fils se nuance de tendresse et d’inclination cordiale. Tous les mystères de Dieu qui, jusqu’à présent, cachaient leur face sous trois paires d’ailes, s’ouvrent et se penchent en souriant vers les hommes. Car, à l’improviste, la région terrestre, telle un miroir sans tache, leur renvoie intact le reflet de leur propre visage.

            Tout ce qui est un devient double, et tout ce qui est double devient un. Ce n’est pas une pâle image de la vérité céleste qui se joue sur terre, mais le ciel lui-même, traduit en langue terrestre. Lorsque, fatigué et accablé par le poids du jour, le serviteur ici-bas tombe à terre, et dans un geste d’adoration touche le sol de son front, cet acte tout simple enferme le parfait hommage du Fils incréé devant le trône du Père. Et, pour toujours, il ajoute à cette perfection éternelle la perfection douloureuse et sans éclat d’une humilité humaine. Mais jamais le Père n’a si bien aimé le Fils pour toujours qu’au moment où il aperçut ce geste las d’agenouillement : c’est alors qu’il jura d’élever cet enfant au-dessus de tous les cieux jusqu’à son cœur de Père, cet enfant d’homme qui est son Fils, et pour l’amour de ce Fils, d’élever aussi tout ceux qui ressemblaient à cet Unique, le bien-aimé par excellence, et dans lesquels il devinait, défigurés est recouverts d’un voile, les traits de son Fils.(*)

 

(*) Hans Urs von Balthasar, Le Cœur du monde, Versailles, Ed. Saint-Paul, 1997, pp. 45-47.

EGLISE CATHOLIQUE, FOI, HANS URS VON BLATHASAR, JOSEPH RATZINGER, LA FILLE DE SION : MARIE ET LA FOI MARIALE DE L'EGLISE, MARIE DANS L'EGLISE, MARIOLOGIE, Non classé, VIERGE MARIE

Marie dans l’Eglise

MARIE ET LA FOI MARIALE DE L’EGLISE

La fille de Sion : considérations sur la foi mariale de l’Eglise

Joseph Ratzinger

Paris, Parole et Silence, 2002. 111 pages.

Marie selon Benoît XVI

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 Marie, première Eglise

Cardinal Joseph Ratzinger, Hans Urs von Balthasar

Médiaspaul, Paris, Montréal, Médiaspaul, 1998. 183 pages

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Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

Si le cardinal Ratzinger a consacré l’essentiel de ses travaux à l’Église, il considère Marie comme «la figure parfaite» de la communauté chrétienne

«L’Église abandonne quelque chose qui lui était confié lorsqu’elle ne loue pas Marie», écrivait en 1988, dans la revue internationale Communio, le futur Benoît XVI. Réflexion qui montre bien que l’actuel pape n’a rien voulu perdre de la foi mariale de l’Église. Si l’essentiel de sa réflexion de théologien tourne autour du thème de l’Église, la figure de Marie n’en est pas absente, loin de là. Dans les textes qu’il lui a consacrés (1), le cardinal Joseph Ratzinger remet même Marie à sa juste place : à savoir au coeur même de la confession de foi dans le Dieu vivant ; une affirmation qu’il ressitue dans la droite ligne de Vatican II.

Lors du Concile, les débats avaient mis au jour le fossé qui s’était creusé entre ceux qui critiquaient une mariologie hypertrophiée (telle qu’elle s’était développée notamment au XIXe siècle) et ceux qui dénonçaient une «foi bibliciste et positiviste» (excluant toute référence à Marie). Après d’âpres discussions entre les deux extrêmes, les Pères conciliaires décidaient le 29 octobre 1963, à seulement vingt voix de majorité, d’intégrer dans le schéma sur l’Église ( Lumen gentium) le texte prévu à propos de la Vierge Marie ; au lieu d’en faire l’objet d’un texte en soi.

Pour certains, cela revenait à brader le culte marial et la suite parut parfois leur donner raison. De fait, s’ensuivit dans l’église une éclipse mariale de plus de vingt ans, la mariologie étant comme absorbée par l’ecclésiologie.

« Marie n’est pas une option de la foi chrétienne »

Aux yeux de l’actuel pape, c’était mal comprendre le Concile que de réduire ainsi la figure de Marie. Au contraire, explique-t-il, la décision de Vatican II replace Marie au coeur de la foi. Elle signifie que «la mariologie ne peut jamais être simplement mariologique, mais se tient dans la totalité de l’ensemble fondamental formé par le Christ et l’Église, qu’elle est l’expression la plus concrète de cet ensemble». Ainsi, Marie n’est plus un élément isolé, ce qui justement ouvrait la porte à toutes les dérives «mariolâtres». Elle donne tout son sens à la vocation chrétienne.

«En cela, la théologie mariale du cardinal Ratzinger est novatrice, affirme le P. André Cabes, curé de la paroisse d’Ossun (près de Lourdes) et spécialiste de mariologie. Marie n’est pas une option de la foi chrétienne, puisqu’elle se trouve en son centre.» C’est là une conception qui est dans la logique conciliaire, mais «qui est encore loin d’être entrée pleinement dans nos mentalités», estime le P. Cabes. Lequel regrette, par exemple, que dans les textes oecuméniques les dogmes mariaux soient explicités de manière isolée : «En voulant les justifier, on en fait des sortes d’à-côtés facultatifs», explique-t-il.

Le cardinal Ratzinger, lui, va plus loin : «Sans Marie , écrit-il, l’entrée de Dieu dans l’histoire n’aurait pu aboutir.» Parole extrêmement forte, qui fait de Marie beaucoup plus que celle par laquelle le Christ est venu au monde. Et à partir de laquelle il développe une théologie de l’accueil et du don : «Avec Marie , le Seigneur veut manifester que le rôle de la créature est essentiel dans l’accueil du don qu’il nous fait», analyse encore le P. Cabes.

L’usage contesté du terme de « médiatrice » au sujet de Marie

Dieu, en Marie, s’est appuyé sur l’humilité active de sa créature. Marie se trouve ainsi au carrefour du biologique et du théologique, du fait et du sens, de la christologie et de l’ecclésiologie. D’où un long développement du futur pape sur le corps. Lorsque l’homme oublie ce principe d’unité, lorsque la théologie ne se sert du biologique que comme moyen d’expression symbolique, sans lui accorder plus d’importance, il se fourvoie, selon l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le discours sur le seul biologique «est l’antithèse de ce que la foi pense, elle qui veut parler de la spiritualité du biologique et de la corporéité du spirituel et du divin ».

Cette théologie ne fait pas l’unanimité : «Pour certains, accorder trop d’importance à la Vierge Marie dans l’oeuvre du Salut, c’est enlever quelque chose à Dieu», poursuit le P. Cabes. Certes Dieu est le seul qui donne mais, selon lui, «Marie accueille, car elle va jusqu’au bout du oui».

En ce sens, l’utilisation par le cardinal Ratzinger du terme de «médiation», à propos de Marie, est parfois critiquée. De fait, mal interprété, il risque de faire de Marie une intermédiaire entre l’humanité et Dieu : ce à quoi, justement, l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi s’est lui-même toujours opposé. En particulier, il n’a jamais voulu donner raison au courant théologique – pourtant influent – qui vise à introduire un nouveau dogme marial, en faisant de Marie la «corédemptrice» du Salut.

«Dans sa pensée, commente le P. Cabes, il entend simplement par cette médiation signifier combien la personne participe elle-même au Salut qui lui est donné. Nous n’avons pas tout accueilli, et c’est pourquoi nous avons besoin de Marie.»

En ce sens, le cardinal Ratzinger remet la christologie au coeur des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. L’un et l’autre sont indispensables à la foi chrétienne : si nous enlevons le premier, dit-il en substance, nous supprimons les prémices, le fait que Marie accueille «parfaitement» le don de Dieu. Et nier l’Assomption, c’est nier que la Résurrection soit possible : en Marie, le Salut a abouti.

La mariologie, « théologie de l’histoire » et « appel à l’action »

«Marie nous montre que le Seigneur n’est pas un météore inexpliqué», ajoute joliment le P. Cabes, à propos du livre du cardinal Ratzinger. La Vierge assume le don de Dieu non seulement à l’incarnation, mais jusqu’au pied de la croix (lire ci-dessous). En cela, avec son ami théologien Hans Urs von Balthasar, Joseph Ratzinger fait de Marie la figure de l’Église. «Marie, écrit le futur Benoît XVI, est et demeure présente et active dans l’histoire actuelle ; elle est une personne qui agit ici et aujourd’hui. Elle ne se tient pas au-dessus de nous, elle nous précède, la mariologie devient une théologie de l’histoire et un appel à l’action.»

Encore fallait-il, pour ancrer totalement la mariologie dans la foi chrétienne, en étudier les fondements bibliques. L’enjeu est de taille : certains ont en effet voulu réduire la mariologie à l’intrusion d’un modèle non biblique, façonné au cours de l’histoire, et admis par l’Église au titre d’une quelconque «piété populaire». À travers une magnifique méditation sur la figure de la femme dans l’Ancien Testament (La Fille de Sion), l’image de Marie apparaît, sous la plume du cardinal Ratzinger, entièrement «tissée des fils de l’Ancien Testament». Une théologie de la femme s’en dégage, qui n’est pas sans évoquer l’encyclique de Jean-Paul II Redemptoris mater.

Trois lignes se distinguent : la figure d’Ève, les matriarches (Esther, Anne ou Judith) et la fille de Sion (Israël). Concernant les matriarches, l’auteur y relève le «remarquable transfert des valeurs» lorsque la femme stérile fait face à la femme féconde. La première sera finalement la vraiment bénie, car «seule la promesse qui surplombe la vie rend la vie entièrement vie». La femme, écrit-il, touche le mystère de Dieu. «L’Ancien Testament contient une théologie de la femme profondément ancrée en lui et indispensable à sa compréhension globale», conclut-il.

Exclure la femme de l’ensemble de la théologie signifie nier la Création et l’Élection, et abolir la Révélation. «Nier ou rejeter le féminin dans la foi, disons concrètement le caractère marial, conduit finalement à la négation de la Création.»

On découvre alors comment le théologien bavarois en vient, sinon à approuver, du moins à comprendre les lectures féministes de la Bible : «D’Ève à Marie, regrette-t-il, la perspective féminine n’a pu trouver aucune signification théologique. On peut assurément comprendre alors les courants extrémistes du féminisme contemporain comme étant l’expression de l’irritation causée par une telle lecture unilatérale.»

Pour Benoît XVI, c’est en cela que la redécouverte de Marie est actuelle. Dans le monde contemporain de l’esprit, seul prévaut encore le principe masculin, déplore-t-il. Un esprit masculin qu’il décrit en ces termes : «Le faire, l’oeuvre, l’activité qui peut elle-même projeter et produire le monde, qui ne veut pas attendre quelque chose dont elle serait ensuite dépendante, mais qui fait tout dépendre de son propre pouvoir.»

 «Seule la compassion peut guérir»

«La parole « Heureux le corps qui t’a porté » devient vraie au moment seulement où l’autre béatitude trouve son accomplissement : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 11, 27). Ainsi Marie est-elle préparée à vivre le mystère de la Croix qui ne s’achèvera pas simplement au Golgotha. Son fils demeure le signe de la contradiction ; quant à elle, elle est maintenue dans la douleur de cette contradiction jusqu’à la fin : c’est la douleur de sa maternité messianique. Cette image de la mère souffrante, toute compatissante avec son fils reposant sur son sein, est devenue particulièrement chère à la piété chrétienne. Dans cette mère compatissante, les hommes éprouvés de tous les temps ont trouvé le reflet de toute compassion divine, qui offre la seule consolation véritable. Car toute souffrance, toute douleur plonge par nature dans une solitude, entraîne la disparition de tout amour, la destruction du bonheur causée par ce qui est inacceptable. Seule la compassion peut guérir de la douleur.»

Extrait de Marie, Première Église, du Cardinal Joseph Ratzinger.

Source : La Croix du 12 août 2005.

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Marie, miroir pour l’Eglise
par Raniero Cantalamessa
Saint-Augustin, St-Maurice 2002, 320 p.

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Marie est comparée à un miroir. «Comblée de grâce», toute sa personne reflète la grâce divine par son acquiescement, son désir de servir, son courage au pied de la croix. Le chrétien est invité à se regarder devant cette belle figure pour chercher à lui ressembler davantage, pour, en ce miroir, corriger ce qui doit être transformé. Marie est peu citée dans l’Evangile. Cependant l’auteur fait remarquer que Marie est présente aux trois moments constitutifs du mystère chrétien : à l’Incarnation, dans le Mystère pascal, à la Pentecôte lors de la venue de l’Esprit sur les apôtres rassemblés autour d’elle. Nous sommes invités à lire la vie de Marie à la lumière de la Parole de Dieu plutôt qu’à partir des exposés dogmatiques ; ceux-ci ne facilitent pas les rapprochements œcuméniques avec les réformés. Cette lecture ne cherche pas à entretenir une dévotion à tendance idolâtrique envers Marie, mais propose un itinéraire spirituel, à la suite du Christ, dans le sillage de sa Mère. L’auteur permet de réactualiser nos connaissances sur quelques thèmes fondamentaux comme celui de la grâce, de la foi, de la maternité spirituelle… Il le fait en théologien averti (n’est-il pas prédicateur à la Maison pontificale !) mais soulignons-le, dans un langage très accessible, qui laisse sourdre un amour communicatif pour la Mère de son Seigneur.

Source : Revue Choisir, mai 2003