CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), CONCILE DE NICEE, HERESIES CHRETIENNES, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600)

Les hérésies des premiers siècles de l’ère chrétienne

Hérésies des trois premiers siècles

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  1. Utilité des hérésies. Elles fournissent à l’église l’occasion de définir plus clairement certains points du dogme et affermissent la foi dans les armes, car à mesure que la doctrine religieuse et attaquée, les fidèles l’étudiaient avec plus de soin.

De même que les persécutions affermies à la fois dans la divinité du christianisme, la réfutation des hérésies mit en pleine lumière la vérité et la grandeur de sa doctrine.

 

  1. Les judaïsants étaient des juifs convertis qui n’admettaient pas l’abrogation de la loi mosaïque. Leur hérésie amena l’église naissante à s’affirmer catholique, c’est-à-dire universelle, ouverte à tous.

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  1. Les gnostiques(du grec gnôsis, sciences) prétendaient posséder une science extraordinairede la nature et des attributs de Dieu.

Ils inventaient des systèmes variés, selon l’origine de leurs docteurs, pour les substituer aux enseignements de la foi sur la création de toute chose par Dieu, sur le péché originel causes initiales de tout mal dans le monde, sur l’Incarnation et la Rédemption par lesquelles Dieu a « tout restauré dans le Christ ».

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Le gnosticisme date des temps apostoliques ; il atteignit son apogée aux IIème et IIIème siècles, puis disparut vers la fin du IVème.

Par leurs erreurs, les gnostiques provoquèrent le développement de la morale catholique, également éloigné du rigorisme des uns et du relâchement des autres.

 

  1. Les manichéens, disciples du Persan Mani ou Manès, distinguèrent de principes éternels, la bon, auteur du bien : Dieu ; d’autres mauvais, auteur du mal : Satan. Les manichéens se sont maintenus jusqu’au Moyen Âge.

Manicheans

  1. Montanistes. Vers le milieu du IIème siècle un illuminé, le Phrygien Montan, fonda une secte de faux mystiques. Il se proclamait le Saint-Esprit incarné, pratiquait l’extase et tendait à substituer l’inspiration prophétique est individuel à la hiérarchie.
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Les montanistes prêchaient une morale rigoriste qui séduisit Tertullien. Elle imposait des jeûnes stricts et proscrivait les secondes noces.

 

  1. Erreur sur la Trinité. Le dogme catholique de la Trinité des personnes et de l’unité de nature en Dieu provoqua de vives controverses.

Vers la fin du IIème siècle, des élitistes regardaient Jésus-Christ comme fils adoptif de Dieu et niaient sa divinité.

Par réaction, d’autres hérétiques supprimaient toute distinction personnelle entre le Père et le Fils.

Pour combattre ces derniers, on n’en vint à distinguer le Fils du Père, au point de le déclarer inférieur et subordonné au père. On tomba ainsi dans une nouvelle erreur qui, en se développant, aboutit à l’arianisme.

 

Source : Histoire de l’Église, éd. Clovis

 

 Christianisme nicéen et christianisme arien

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Les débuts du christianisme furent agités par de vives discussions dogmatiques, surtout dans les champs christologique*  et trinitaire** (comment comprendre les paroles du Christ qui se dit fils de Dieu et fils d’une femme, et qui annonce la venue de l’Esprit divin ? Est-il avant tout Dieu, avant tout homme, homme et Dieu à part égale ? Quels sont les rapports qui existent entre lui, le Père et l’Esprit ?)

Les réflexions, les débats, les recherches ont parfois débouché sur ce que l’on appelle des hérésies (du grec hairésis, « choix, opinion, inclination »). Mais il faut savoir que ces dernières n’ont commencé être considérées comme telles qu’après de longs débats, souvent pacifiques ; que certains évêques, dont nul n’aurait contesté la légitimité ont professé telle ou telle d’entre elles ; et que ces courants, dont certains auraient pu devenir majoritaires, n’ont finalement été rejetés comme hérétiques qu’à l’occasion de conciles, à la majorité des votants.

Ce fut le cas de l’interprétation professée vers 320 à Alexandrie par le prêtre Arius, selon laquelle des trois personnes de la Trinité divine, seul le père est éternel, inengendré, tout-puissant, et possède la transcendance absolue. Le Christ, sa première créature, ne participe pas de la même identité ni de la même éternité divine, il n’a qu’une divinité déléguée. Cette doctrine fut condamnée en 325 par le concile de Nicée qui fixa, presque une fois pour toutes, l’acte de foi du chrétien (dit symbole de Nicée) : « Jésus-Christ, fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père. » Les débats ne furent pas clos pour autant, notamment sur la validité du concept de consubstantialité. Certains empereurs, comme Constance II et Valens, tendirent à une forme nuancée de l’arianisme, que condamna définitivement le concile convoqué en 381 à Constantinople par l’empereur Théodose. Mais entre-temps, la doctrine avait été transmise aux barbares Goths par Ulfila, l’un des leurs, initiée lors d’un séjour dans l’Empire romain d’Orient et qui, revenu chez les siens avec le titre d’évêque vers 350 leur avaient prêché l’Évangile traduit en langue gothique.

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Sans doute cette traduction et la pratique de la liturgie célébrée dans leur langue explique-t-elle le succès de l’arianisme chez les Goths, qui en firent un marqueur de leur identité et qu’ils transmirent, au rythme de leur migration vers l’ouest (jusqu’en Aquitaine pour les Wisigoths, en Italie pour les Ostrogoths), aux autres peuples barbares avec lesquels ils entrèrent en relations diplomatiques ou matrimoniales : Vandales, Suèves, Burgondes et même Francs.

Ce sont sans doute des émissaires goths, probablement ostrogoths, qui instillèrent l’arianisme à la cour de Clovis Ier, et obtinrent la conversion de Lantechilde, l’une des sœurs du roi franc. Toutefois, Grégoire de Tours raconte que celle-ci se convertit à la vraie foi sitôt après le baptême de son frère et qu’elle fut à cette occasion ointe du saint chrême. Il n’était pas nécessaire en effet qu’elle fut baptisée de nouveau puisque, comme tout arien, elle avait déjà subi le rituel de la purification. En revanche, il était essentiel que par l’onction, elle exprima son adhésion au Credo nycéen et au principe de l’égalité du Père, du Fils et de l’Esprit.

 

*relatif à la nature du Christ

**relatif aux liens existants entre les trois personnes de la Trinité

 

Source : Religions & Histoire N° 41

 

La vie des premiers chrétiens

 

TEXTES sur la vie des premiers Chrétiens

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Les Actes des Apôtres continuent l’Évangile de Luc. Ils racontent la naissance de l’Église chrétienne.
Les Epîtres sont des lettres écrites par Paul et d’autres auteurs (peut être les apôtres eux mêmes) à des églises ou à des hommes afin d’éclairer ou de conforter leur foi.

« Paul, appelé par la volonté de Dieu à être apôtre de Jésus-Christ, (…) à l’église de Dieu qui est à Corinthe. »

« Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus Christ !(…) »

« Je vous exhorte, frères, à n’avoir point de divisions parmi nous. »

Paul, Première Epître aux Corinthiens, 1.1/3/10, d’après la Bible de Jérusalem. Le Cerf, 1973.

« Applique toi à rester irréprochable. Que ton ambition soit de pouvoir te présenter à Dieu homme digne d’approbation. »

« C’est pourquoi fuis les passions de la jeunesse, détourne toi des désirs et des convoitises auxquels sacrifient les autres jeunes. Que ton but soit de mener une vie intègre, remplie de foi, d’amour et de paix. Recherche l’harmonie et la concorde avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d’un c ur pur. »

Paul, Deuxième Epître à Timothée, 2.15/22

La vie en commun

« Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et avaient toutes choses en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leur biens, et ils en partageaient le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Chaque jour, tous ensemble, ils allaient assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse. »

Actes des Apôtres, 2.44-46

Le retour du Christ

« Le Fils de l’Homme doit venir dans la gloire de son Père, avec ses anges (…)

« Il s’assiéra sur son glorieux trône. Toutes les nations seront rassemblées devant lui. Il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs. Il mettra les brebis à sa droite (…) »

« [et] leur dira : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume (…) ». »

Évangile selon Matthieu, 16.27/25.31-33/34

Le sens du baptême (en grec, plongeon)

« Nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, c’est en sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi d’une vie nouvelle. »

Paul, Epître aux Romains, 6.1-3

Paul à Athènes

« [Paul] discutait donc à la synagogue avec les Juifs et ceux qui adoraient Dieu et sur l’agora, chaque jour, avec les passants. (…) »

« [Il dit :] « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans les sanctuaires faits à la main. (…) »

« Voici donc que, fermant les yeux sur les temps de l’ignorance, Dieu annonce maintenant aux hommes d’avoir tous et partout à se repentir, parce qu’il a fixé un jour où il va juger le monde avec justice par un homme qu’il a établi et accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts. » En entendant parler de résurrection des morts, les uns se moquaient, les autres dirent : « Nous t’entendrons là dessus une autre fois ! » (…)  »

« Mais quelques hommes se joignirent à lui et embrassèrent la fol. »

Actes des Apôtres, 17.17/24/30-32/34

L’hostilité des païens

« Un certain Démétrius, qui était orfèvre et fabriquait des temples d’Artémis en argent, procurait ainsi à ses artisans beaucoup de travail. Il les réunit (…) et leur dit :  » Mes amis, vous savez que nous devons notre bien être à ce travail. Or, vous le voyez et vous l’entendez dire, non seulement à Éphèse mais dans presque toute l’Asie, ce Paul a, par sa persuasion, perverti une foule considérable en affirmant que ce ne sont pas des dieux ceux qui sont fabriqués de main d’homme. Cela risque non seulement de déconsidérer notre profession, mais aussi de faire compter pour rien le temple de la grande déesse Artémis, et enfin de dépouiller de sa grandeur cette Déesse vénérée par toute l’Asie et le monde entier.  »  »

Actes des Apôtres, 19.24-27

Hérésies

Cette correspondance entre l’apôtre Paul et les Corinthiens semble dater de la première moitié du IIe siècle après J.-C. et fut incorporée dans les « Actes de Paul « , (chapitre X, 2), rédigés vers 150 après J.-C. (texte apocryphe, car il donnait une trop grande place aux femmes qui pouvaient enseigner et baptiser).

cité in BOVON François, GEOLTRAIN Pierre (dir.), « Ecrits apocryphes chrétiens « , vol. I, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1997, pp. 1162-1163 (trad. Willy Rordorf)

« Lettre des Corinthiens
« Etienne et les presbytres [prêtres] qui sont avec lui, Daphnos, Euboulos, Théophile et Xénon, à Paul le frère, salut dans le Seigneur ! Deux hommes sont arrivés à Corinthe, un certain Simon et Cléobios, qui bouleversent la foi de certains par des discours pernicieux ; ces discours, toi, juge-les. Car, de toi, nous n’avons jamais entendu de discours semblables, ni des autres apôtres ; mais ce que nous avons reçu aussi bien de toi et de ceux-là, nous le gardons. Le Seigneur a eu pitié de nous , puisque tu es en vie pour que nous t’entendions encore : ou bien, viens en personne car nous croyons, comme cela a été révélé à Théonoé, que le Seigneur t’a préservé de la main de l’impie , ou bien réponds-nous par écrit ! Voici en effet ce qu’ils disent ou enseignent : « Il ne faut pas, disent-ils, recourir aux prophètes » ; « Dieu n’est pas le Tout-Puissant » ; « il n’existe pas de résurrection de la chair » ; « le modelage des humains n’est pas l’oeuvre de Dieu » ; « il ne faut pas croire que le Seigneur est venu dans la chair, ni qu’il a été engendré de Marie » ; « le monde n’est pas l’ouvrage de Dieu, mais des anges ». C’est pourquoi, frère, fais toute diligence pour venir ici jusqu’à nous afin que l’Eglise des Corinthiens demeure exempte de scandale et que la folie de ces gens soit manifestée.
Porte-toi bien dans le Seigneur ! »

L’Hérésie qui apparaît ici est de type dualiste, opposant le dieu de l’Ancien Testament (texte rejeté) qui a crée un monde terrestre imparfait avec un Tout-Puissant céleste et maître d’un monde parfait. Dans cette hérésie, Jésus est purement divin et ne s’est pas incarné réellement.

Saint Cyprien de Carthage, évêque catholique au IIIe siècle, martyr en 258 après J.-C, tonne contre les hérétiques.

« 2. (…) Or, comment peut-on dire qu’on croit en Jésus-Christ quand on n’accomplit pas ses commandements ? Peut-on recevoir la récompense de la foi quand on n’a pas foi aux préceptes ? Non ; on ne peut qu’errer, tourbillonner sous le souffle de l’erreur, comme la poussière que le vent emporte, et on doit désespérer d’arriver au salut [entrer au paradis] puisqu’on n’en suit pas le chemin.

  1. Evitez donc tous les pièges, mes frères bien-aimés [ses fidèles], non-seulement ceux qui se montrent aux yeux ; mais encore ceux, qui cachent dans les ténèbres leur astuce et leur malice. Quoi de plus astucieux, quoi de plus subtil que notre ennemi [le Diable] ? Jésus, en s’incarnant [devenant homme], triomphe de ses artifices et de sa puissance ; alors, en effet, la lumière se montre aux nations pour les sauver ; les sourds entendent la voix de la grâce ; les aveugles ouvrent les yeux pour voir le Dieu véritable ; les infirmes reviennent pour toujours à la santé ; les boiteux courent à l’Eglise ; les muets, sentant leur langue se délier, font entendre l’accent de la prière. Mais l’ennemi ne s’avoue pas vaincu. Voyant les idoles abandonnées et ses temples désertés par la foule devenue croyante, il imagine un nouveau piège afin de tromper les imprudents par l’apparence même du nom chrétien. Il invente les hérésies et les schismes pour troubler la foi, corrompre la vérité, scinder l’unité. Il séduit ceux qu’il ne peut retenir dans la voie des anciennes erreurs, et il les trompe en leur montrant de nouveaux chemins. Il ravit les fidèles à l’Eglise, et tout en les persuadant qu’ils évitent la nuit du siècle [le monde terrestre actuel] et qu’ils approchent de la lumière, il les plonge, sans qu’ils s’en aperçoivent, dans de nouvelles ténèbres. Ainsi, déserteurs de l’Évangile et de la loi de Jésus-Christ, ils s’obstinent à se dire chrétiens ; ils marchent dans les ténèbres, et ils croient jouir de la lumière. L’ennemi les flatte, il les trompe, cet ennemi qui, selon l’apôtre, se transfigure [se cache sous une autre apparence] en ange de lumière, qui transforme ses ministres [prêtres] eux-mêmes en prédicateurs de la vérité, donnant la nuit au lieu du jour, la mort au lieu du salut, le désespoir à la place de l’espérance, la perfidie sous le voile de la foi, l’antéchrist [faux messie] sous le nom adorable du Christ. C’est ainsi qu’au moyen d’une vraisemblance menteuse, ils privent les âmes de la vérité. »

Saint Cyprien, « De l’unité de l’église catholique », (extrait des chapitres 2-3)

Portrait de l’évêque idéal

« Si quelqu’un aspire à l’épiscopat, c’est une belle tâche qu’il désire. L’épiscopat doit être inattaquable, n’avoir été marié qu’une fois, être sobre, modéré, digne, hospitalier, capable d’enseigner, ni buveur, ni batailleur, mais indulgent, ennemi de la polémiques, détaché de l’argent, sachant bien gouverner sa maison et tenir ses enfants dans la soumission en toute dignité, car si quelqu’un ne sait pas gouverner sa maison, comment pourra t il prendre soin de l’Église de Dieu ? »

Paul, Première Epître à Timothée, 3.1-5
cité par Meslin-Palanque, Le Christianisme antique , A. Colin, 1970

Une réunion dominicale

« On lit, autant que le temps le permet, les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes. Puis le lecteur s’arrête et le président prend la parole pour nous exhorter à imiter les beaux exemples qui viennent d’être cités. Ensuite tous se lèvent et l’on fait des prières. Enfin, (…) la prière terminée, on apporte du pain et de l’eau. Le président prie et rend grâces aussi longtemps qu’il peut ; le peuple répond par l’acclamation Amen. On distribue à chacun sa part des éléments eucharisties et l’on envoie la leur aux absents par le ministères des diacres. »

Justin (environ 100-165 ap. J.-C.), Première apologie, 67

Le dimanche des chrétiens (idem ci-dessus)

« Au jour qu’on appelle le jour du soleil, tous, qu’ils demeurent en ville ou à la campagne, se réunissent en un même lieu. On lit les Mémoires des Apôtres ou les ouvrages des prophètes, pendant tout le temps disponible. Puis quand le lecteur a fini, le président prend la parole pour nous adresser des avertissements et nous exhorter à imiter ces beaux enseignements.(…) Ensuite nous prions et, lorsque la prière est terminée, on apporte du pain et du vin mêlé d’eau ; le président prononce à haute voix les prières et les actions de grâces (…) et le peuple répond en proclamant Amen ; puis on fait à chacun la distribution et le partage de la nourriture eucharistique, et l’on envoie une part aux absents. (…) C’est le jour du soleil que nous nous réunissons, parce que ce jour est le premier, celui où Dieu créa le monde en transformant les ténèbres et la matière, et celui où Jésus Christ, notre Sauveur, est ressuscité des morts. »

Justin (milieu du IIe siècle ap. J.-C.), Première apologie, 67.
traduction d’A. Wartelle, Etudes augustiniennes, 1987

 

CHJRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, GNOTICISME, HERESIES CHRETIENNES, HISTOIRE DE L'EGLISE, PELEGIANISME

Des hérésies chrétiennes : le pélégianisme et le gnoticisme

DEUX HERESIES CHRETIENNES :

PELEGIANISME ET GNOTICISME

 

ob_590985_pelagianismeLE PÉLÉGIANISME, UNE HÉRÉSIE CHRÉTIENNE

Comprendre le pélagianisme

Depuis le début de son pontificat, le pape François ne cesse de mettre en garde contre le retour du gnosticisme et du pélagianisme, d’anciennes hérésies qu’il considère toujours comme « deux ennemis subtils de la sainteté ».

Qu’est-ce que le pélagianisme ?

Dans les années 380-390, le moine britannique Pélage commence à Rome une prédication auprès d’un groupe aristocratique qui forme bientôt autour de lui une « élite de la vertu ». Il enseigne alors que, grâce à son libre arbitre, tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces.

En prenant en compte les mérites de l’homme, il s’agissait pour lui de ne pas le déresponsabiliser dans sa réponse à Dieu. Mais, au fur et à mesure de sa pensée, il en est venu à minimiser le rôle de la grâce divine dans la réponse de l’homme à l’appel de Dieu.

La doctrine de Pélage se répand rapidement. En Afrique du Nord, elle est fermement combattue par saint Augustin d’Hippone (354-430). En 418, sous son impulsion, le concile de Carthage affirme que, à cause du péché originel, la grâce divine est absolument nécessaire pour faire le bien. Il condamne Pélage et « quiconque dit que (…) si la grâce n’était pas donnée, nous pourrions pourtant, quoique avec moins de facilité, observer sans elle les commandements de Dieu ». Cette condamnation sera réitérée au concile œcuménique d’Éphèse (431).

Comment les idées de Pélage se sont-elles diffusées ?

Les efforts d’Augustin n’empêchent pas la diffusion des idées pélagiennes, notamment dans les milieux monastiques de Gaule où certains craignent que le rôle trop important accordé à la grâce divine n’entraîne un relâchement des efforts humains pour parvenir à la sainteté.

Autour des abbayes de Lérins et Saint-Victor de Marseille, se développe alors le semi-pélagianisme qui enseigne que l’homme peut coopérer à son salut en faisant, sans l’aide de la grâce, le premier pas vers Dieu qui, ensuite, peut achever le travail de rédemption.
Augustin va fermement s’opposer à cette vision semi-pélagienne. Après sa mort en 430, ses disciples, menés par saint Prosper d’Aquitaine (v. 390-463), un laïc, vont longuement s’opposer aux évêques du Sud-Est de la Gaule.

La controverse va durer près d’un siècle, avec des exagérations de part et d’autre, certains disciples d’Augustin rejetant tout libre arbitre et allant jusqu’à l’idée d’une prédestination totale de l’homme. En 473, un concile local réuni à Arles rejette ces thèses, notamment « celui qui dit qu’il ne faut pas joindre le travail de l’obéissance humaine à la grâce de Dieu » et « celui qui enseigne qu’après la chute du premier homme le libre arbitre est entièrement éteint ».

Comment l’Église a-t-elle tranché ?

Il faudra attendre en 529 pour que le concile d’Orange, mené par saint Césaire d’Arles, se prononce finalement contre tous ceux qui donnent un rôle plus important au libre arbitre : « Si quelqu’un prétend que certains peuvent arriver à la grâce du baptême par la miséricorde, d’autres par le libre arbitre, dont il est clair qu’il est vicié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, il démontre qu’il est étranger à la vraie foi. »

Le débat entre grâce et libre arbitre va néanmoins se perpétuer au cours des siècles. Ainsi, quand les luthériens vont affirmer le rôle prépondérant de la grâce (sola gratia), le concile de Trente, tout en rappelant le rôle prépondérant de celle-ci, va aussi affirmer le libre arbitre de l’homme dans sa relation à Dieu. Un libre arbitre « affaibli et dévié » mais non « éteint ». Le concile rappelle aussi que nous sommes « justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite cette grâce ».

Aujourd’hui, le Catéchisme de l’Église catholique rappelle qu’« à l’égard de Dieu, il n’y a pas, au sens d’un droit strict, de mérite de la part de l’homme » et que « l’initiative appartenant à Dieu dans l’ordre de la grâce, personne ne peut mériter la grâce première, à l’origine de la conversion, du pardon et de la justification » (§2007 et 2010).

Pourquoi le pape parle-t-il de néopélagianisme ?

Dans la ligne de la doctrine catholique, le pape François ne manque jamais de rappeler que « Dieu nous primerea », un mot du dialecte de Buenos Aires qui souligne que Dieu fait toujours le premier pas : « Il nous précède, et il nous attend toujours, il est devant nous. »

Dès son ehortation apostolqiue Evangeli gaudium, il a aussi dénoncé « le néopélagianisme autoréférentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé » (§94).

En février 2018, la lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la doctrine de la foi explicitait les propos du pape en soulignant combien « notre époque est envahie par un néopélagianisme, qui donne à l’individu, radicalement autonome, la prétention de se sauver lui-même, sans reconnaître qu’au plus profond de son être, il dépend de Dieu et des autres ».

« Le salut repose alors sur les forces personnelles de chacun ou sur des structures purement humaines, incapables d’accueillir la nouveauté de l’Esprit de Dieu », mettaient en garde les gardiens du dogme.

Ce que le pape François a rappelé une nouvelle fois dans sa dernière exhortation Gaudete et exsultate, sur la sainteté, parue en avril dernier. Il y regrettait que les néopélagiens font « passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce » (§49). Or celle-ci, prévient François « ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes » : « le prétendre serait placer trop de confiance en nous-mêmes » (§50).

Concrètement, il met en cause des attitudes que l’on retrouve bien au-delà de l’opposition conservateurs-progressistes : « L’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle » (§58). Une manière de mettre en garde autant contre un certain traditionalisme vidé de sens que contre un activisme oublieux de la relation à Dieu.

Source : La Croix (17 novembre 2018)

 

Le Vatican rappelle la doctrine chrétienne du salut

La Congrégation pour la doctrine de la foi a publié  une lettre aux évêques du monde entier sur le salut chrétien, intitulée Placuit Deo (Il a plu à Dieu).

Rome met en garde contre deux dérives possibles de la foi sous l’influence de la culture contemporaine, l’individualisme et le subjectivisme qui nient « l’action salvifique du Christ ».

La notion de salut parle-t-elle encore aujourd’hui ? Il faut bien reconnaître qu’il se résume souvent, y compris pour les chrétiens, à la recherche de la santé physique, du bonheur et de la réalisation personnelle, ou encore de la prospérité économique.

Conscient de l’impact des « récentes transformations culturelles » sur la foi, le Vatican vient de publier une lettre sur le salut, « Placuit Deo », à la demande du pape François qui, à plusieurs reprises, a mis en garde contre des interprétations erronées de la manière de penser et de vivre le salut chrétien.

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) y pointe donc deux tentations qui s’apparentent aux anciennes hérésies des premiers siècles et concernent les croyants modernes.

Une vie chrétienne réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ

D’une part, une manière « pélagienne » de comprendre et de vivre sa foi, c’est-à-dire qu’on croit obtenir le salut en faisant de son mieux, dans un « individualisme centré sur le sujet autonome », dont la « réalisation dépend de ses seules forces ».

Dans cette optique, la vie chrétienne est réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ, considéré simplement comme « un modèle qui inspire des actions généreuses », mais pas identifié dans sa « radicale nouveauté », comme « celui qui transforme la condition humaine ». « On oublie alors que le salut nous est offert par lui, à travers l’Église, la vie communautaire et les sacrements », souligne le père Henri-Jérôme Gagey, théologien et vicaire général du diocèse de Créteil.

« Le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité »

D’autre part, une manière « gnostique » de vivre sa foi, en cherchant « un salut purement intérieur ». La foi est vécue et comprise comme une expérience éminemment intérieure et personnelle de Dieu, mais qui, du coup, déresponsabilise, ne pousse pas à s’engager dans ce monde et peut faire oublier qu’on a besoin des autres.

Le corps et le monde créé sont alors considérés comme une « limitation de la liberté absolue de l’esprit humain », dont il faut se dégager. Or, rappelle la CDF, « le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité, mais l’intégralité de notre être. C’est toute la personne, en effet, corps et âme, qui a été créée par l’amour de Dieu à son image et à sa ressemblance, et qui est appelée à vivre en communion avec Lui ».

 « Nous sommes créés pour un salut plus grand que nous, et qui prétend transformer nos relations aux autres et nous donner de vivre dans un monde lui-même sauvé où la mort est vaincue », appuie le père François-Marie Humann, abbé de l’abbaye prémontrée Saint-Martin de Mondaye (Calvados) et professeur de théologie à l’Institut catholique de Paris.

« Mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement »

Comment ces tendances se manifestent-elles aujourd’hui concrètement ? Le document ne le précise pas. « Il ne s’agit pas de pointer des comportements! Simplement de mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement alors que le salut est éminemment communautaire », a souligné jeudi matin 1er mars Mgr Luis Francesco Ladaria Ferrer, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en présentant le texte.

On peut toutefois reconnaître ces tendances contemporaines derrière le succès du développement personnel, de la méditation de pleine conscience en Occident, ou encore derrière l’invasion des thématiques de la guérison et de la réussite personnelle dans les prédications en Afrique…

 

« Entrer dans une vie nouvelle avec Dieu »

« Tout cela n’est pas contraire au salut chrétien. Certaines expériences personnelles ou collectives de libération peuvent permettre de comprendre quelque chose du salut de Dieu. Toutefois il ne faut pas le réduire à nos efforts humains »

Qu’est-ce que le salut, alors ? « Il est plus simple de dire ce qu’il n’est pas que ce qu’il est, les conciles n’en ont d’ailleurs jamais donné de définition dogmatiqueIl ne s’agit pas seulement d’être libéré de ce qui nous pèse mais d’entrer dans une vie nouvelle avec Dieu. »

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Des échos avec les hérésies antiques

Une note accompagnant la lettre publiée jeudi 1er mars par le Vatican sur le salut rappelle le contenu de deux hérésies des premiers siècles chrétiens, qui rencontrent un écho dans certaines tendances contemporaines : « Selon l’hérésie pélagienne, qui s’est développée au Ve siècle, autour du moine Pélage, l’homme, pour accomplir les commandements de Dieu pour être sauvé, a besoin de la grâce seulement comme une aide externe à sa liberté », et non « comme un assainissement et une régénération radicale de la liberté, sans mérite préalable ».

Le mouvement gnostique, lui, est plus complexe. Apparu dès les Ier et IIe siècles, il a pris différentes formes. « D’une façon générale, les gnostiques croient que le salut s’obtient à travers une connaissance ésotérique, la gnose. Cette gnose révèle au gnostique sa véritable essence, c’est-à-dire une étincelle de l’Esprit divin qui habite dans son intériorité, laquelle doit être libérée du corps, étranger à sa véritable humanité. »

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L’Evangile de Judas donne à voir le gnosticisme – philosophie ésotérique qui s’est développée entre le II e et le IV e siècle – et permet de mieux comprendre les réponses des chrétiens de l’époque.

Les gnostiques, petits groupes d’initiés, inspirés par certaines idées philosophiques grecques et par les Ecritures bibliques, interprétaient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que la création n’était pas l’acte d’un dieu bon, mais d’un créateur inférieur et mauvais, le « démiurge », qu’ils identifiaient au dieu biblique.

A leurs yeux, le véritable Dieu est inconnaissable et « incréé ». Si l’homme parvient à échapper à la supercherie du dieu biblique créateur, à trouver en lui-même la connaissance du monde d’en-haut, il devient alors « gnostique » : il se connaît lui-même, en prenant conscience de ses origines divines.

Une recherche personnelle et intérieure

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Pour les gnostiques, le Christ est une puissance céleste envoyée sur terre par le dieu Inconnaissable, afin de dévoiler à l’homme d’où il vient. Jésus dans les textes gnostiques est spirituel et désincarné. Porteur d’un message secret, concernant les origines et la fin, il donne à quelques élus les clés de la délivrance et les moyens pour fuir les puissances mauvaises, lors de la remontée de l’âme au ciel.

Le gnostique rejoindrait le véritable Dieu après un parcours difficile d’initiation à des pratiques de type magique. Inutile pour lui d’essayer de convertir les autres, car le monde court dans son ensemble à sa perte….

Cette contradiction avec leur message de salut universel va interpeller les premiers théologiens chrétiens, qui voient dans les gnostiques de redoutables adversaires. D’autant que, pour atteindre le salut, ceux-ci n’ont pas besoin de la médiation de l’Eglise : le gnostique se sauve par une recherche personnelle et intérieure. Les Pères de l’Eglise réfutent donc amplement cette vision.

L’Eglise, après 313 – date à laquelle l’Empire romain autorise le culte chrétien-, écartent les nombreux textes gnostiques du canon biblique. Lesquels sont depuis connus sous le nom d' »apocryphes » (c’est à dire « cachés »). Dans le même esprit, les évêques entérineront un dogme au concile de Chalcédoine (451) : Jésus est à la fois vraiment Dieu et vraiment homme.

Les manuscrits de ces textes ont peu à peu disparu, victimes de campagnes volontaires de destruction, de l’oubli ou de l’usure du temps. De ce fait, le mouvement gnostique nous est surtout parvenu par les arguments développés contre lui, dans des textes de controverses, par les théologiens de cette époque.

L’existence de « L’Evangile de Judas » était ainsi connue car mentionnée dans un écrit d’Irénée de Lyon (vers 140-203 ap JC), évêque de Lyon, qui s’opposa aux thèses gnostiques. Toute l’importance de « L’Evangile de Judas » tient donc en ceci : il donne directement à voir le gnosticisme et permet par la même occasion de mieux comprendre les réponses des chrétiens de l’époque.

 

 

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