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Requiem pour la Vendée : des héros de vitrail au siècle des Lumières

Requiem pour la Vendée :

Des héros de vitrail au siècle des Lumières 

Philippe de Cathelineau, Thérèse Flavigny

Maulevrier (49360), Herault, 2017. 196 pages.

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Quatrième de couverture

Ce livre dépeint les guerres de Vendée à la manière d’un immense vitrail, où les trésors artistiques d’une Vendée héroïque et méconnue viennent illustrer une narration claire et concise des événements. Une mosaïque de scénettes y mêle ombre et lumière, vice et vertu, anges et démons. Les auteurs commencent par décrire le contexte, présenter les figures les plus lumineuses du drame, scruter les raisons du conflit et les motivations des insurgés. Suit le récit chronologique des hauts-faits de la guerre et des trois plans de répression successifs décrétés par le pouvoir parisien, offrant un saisissant panorama de cette page d’Histoire de France trop souvent occultée. On y découvre les sept grands chefs vendéens – Cathelineau, d’Elbée, Bonchamps, Stofflet Lescure, La Rochejaquelein et Charrette -, ces meneurs d’hommes aux charismes extraordinaires, mais aussi des personnages féminins moins connus du grand public, comme Marguerite de Bonchamps, Victoire de Lescure, Renée Bordereau dite l’Angevin… ; on assiste aux plus furieuses-batailles : Saumur, Nantes, Torfou, Cholet Dol-de-Bretagne, Le Mans… ; on est pétrifié devant l’horreur des ordres de destruction (aout 93), d’extermination (octobre 93) et d’anéantissement (janvier 94), qui s’abattirent sur la Vendée, ne laissant aucune chance aux insurgés, ni même aux femmes (le « sillon régénérateur ») et aux enfants de cette « race maudite »… L’épopée vendéenne, forte en émotions, transporte le lecteur et ne peut laisser personne insensible, tant elle est sublimée par l’héroïsme et les souffrances de tout un peuple soudé dans l’adversité, confronté à des épreuves inimaginables, telles la Virée de Galerne, son incroyable odyssée, les noyades de Nantes ou les colonnes infernales. Ces pages montrent enfin comment l’espérance et la sainteté peuvent triompher des atrocités endurées, tandis que le pardon qu’accordèrent les Vendéens a leurs persécuteurs attend encore en retour un geste de reconnaissance et un minimum de repentance de la nation.

Biographie de l’auteur

Philippe de Cathelineau, né en 1949 à Paris, marié et père de huit enfants. Docteur en médecine, il a exercé la médecine générale durant une quarantaine d’années et a écrit plusieurs ouvrages (romans, essais et pièces de théâtre) pour promouvoir la culture de vie. Installé à Angers, il a présidé, en 1993, l’Association départementale du bicentenaire de la Vendée angevine sous l’égide du Conseil général de Maine-et-Loire, et a donné depuis plusieurs conférences sur les guerres de Vendée. Thérèse Flavigny, née en 1989 à Angers, est mariée et mère de trois enfants. Titulaire d’un master II de lettres classiques, elle est notamment l’auteur de deux mémoires universitaires sur les thèmes de l’identité et de l’oubli. Ils descendent tous les deux, en ligne directe, de Jacques Cathelineau, le saint de l’Anjou, par son unique fils.

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Massacre de la Saint-Barthélémy le 25 août 1572

24 août 1572

Massacre de la Saint-Barthélemy

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Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, le carillon de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, en face du Louvre, donne le signal du massacre des protestants à Paris.

Il s’agissait pour l’entourage catholique du roi de se défaire des chefs de la faction protestante, qui donnaient des signes de rébellion. Mais le peuple de Paris, animé par un fanatisme aveugle, en profite pour donner la chasse à tous les protestants de la capitale.

C’est le jour le plus noir des guerres de religion entre catholiques et protestants qui ont ensanglanté le pays pendant plus d’une génération. Il est devenu le symbole universel du fanatisme.

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Un mariage tendu

Tout commence par un… mariage, celui d’Henri de Navarre et Marguerite de Valois, soeur du roi Charles IX (celle-là même qui entrera dans la légende sous le surnom de reine Margot).

Margot

Il a lieu le 18 août 1572. Le Parlement de Paris, farouchement catholique, boude les cérémonies officielles car les magistrats réprouvent l’union de la catholique Marguerite avec le protestant Henri. Plus sûrement, ils en veulent au roi d’avoir édicté un impôt frappant les procureurs deux jours plus tôt !

Mais la bénédiction nuptiale n’est pas donnée à l’intérieur de la cathédrale, comme à l’accoutumée, mais sous le porche. La raison en est que le marié, étant protestant, n’a pas le droit d’entrer à Notre-Dame ni d’assister à la messe qui suit la bénédiction.

 

Bruits de guerre

Les assistants de la noce, tant protestants que catholiques, sont très agités en raison de la rumeur d’une prochaine guerre contre l’Espagne catholique du roi Philippe II.

Depuis plusieurs mois, l’amiral Gaspard de Coligny, chef de la faction protestante, devenu le principal conseiller du roi, tente de convaincre celui-ci d’envahir la Flandre, possession espagnole. Mais les chefs de la faction catholique, à savoir les frères de Guise et le duc d’Anjou, frère du roi (qui succèdera plus tard à Charles IX sous le nom d’Henri III) ne veulent à aucun prix de cette guerre. La reine-mère Catherine de Médicis n’en veut pas davantage. Elle a conscience que cette guerre contre la puissante Espagne ferait courir un immense risque au pays.

La tension atteint son paroxysme pendant les noces d’Henri et Margot : Henri de Guise, qui a le soutien du Parlement et de la milice bourgeoise, exige du roi qu’il lui livre les chefs huguenots (surnom des protestants) ; dans le même temps, l’ambassadeur d’Espagne annonce la rupture des relations diplomatiques et menace d’envahir la Picardie.

 

Premiers coups de feu

Le matin du 22 août, soit quatre jours après le mariage princier, un capitaine gascon, Nicolas de Louviers, sire de Maurevert (ou Maureval), se met en embuscade rue Béthisy et blesse Coligny de deux coups d’arquebuse. L’assassin est connu pour être un agent de la famille de Guise mais tout donne à penser qu’il a agi sur ordre de Catherine de Médicis, soucieuse d’éviter à tout prix la guerre avec l’Espagne.

Le roi se rend au chevet de son conseiller qui l’adjure de ne pas chercher à le venger et lui recommande de se méfier de sa mère, Catherine de Médicis !

Les noces s’achèvent dans la confusion. Malgré les recommandations de Coligny, les chefs protestants réclament justice.

Au palais du Louvre où réside le roi de France, Catherine de Médicis craint d’être débordée par les chefs catholiques qui reprochent à la monarchie de trop ménager les protestants. Pour sauver la monarchie, elle décide de prendre les devants et de faire éliminer les chefs protestants (à l’exception des princes du sang, Condé et Navarre, le jeune marié). Elle ne veut en aucune façon d’un massacre général des protestants…

L’opération est confiée aux gardes des Guise et aux gardes du roi. Le roi se laisse convaincre par son conseiller Gondi. Selon une tradition assez peu fiable, il se serait écrié : « Eh bien ! par la mort Dieu, soit ! mais qu’on les tue tous, qu’il n’en reste pas un pour me le reprocher après ! »

 

Coligny, le glaive au service de la foi

Coligny

Gaspard de Châtillon, sire de Coligny (53 ans), est le neveu du célèbre connétable Anne de Montmorency. Il appartient à l’une des plus grandes et plus riches familles de France. Il a été nommé amiral de France puis gouverneur de Picardie sous le règne du roi Henri II.

Il envoie une expédition en Amérique du Sud. Elle fonde une colonie éphémère, Fort-Coligny qui deviendra  Rio de Janeiro. Il se convertit en 1558 au protestantisme, à l’instigation de son frère d’Andelot.

Quand commencent les guerres de religion, en 1562, il prend avec Condé la tête du parti huguenot puis cherche à réconcilier les deux camps avant de reprendre les armes.

C’est la troisième guerre de religion : vaincu à Jarnac et Moncontour en 1569, il ravage la Guyenne et le Languedoc avant de remonter jusqu’en Bourgogne, histoire de démontrer la capacité de nuisance des protestants. Il arrive ainsi à obtenir la paix de Saint-Germain le 8 août 1570.

Là-dessus, il se rapproche du roi Charles IX et un an plus tard, fait sa rentrée à la cour. Principal conseiller du souverain au grand dam des chefs catholiques, il prépare la guerre contre l’Espagne et négocie le mariage de Marguerite de Valois et Henri de Navarre. Pour les catholiques, trop c’est trop…

 

Le massacre

Le 24 août, fête de la Saint Barthélemy, à 3 heures du matin, le carillon de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, en face du Louvre, où réside la Cour, se met à sonner le tocsin. C’est le signal qu’attendaient les massacreurs. Coligny est égorgé dans son lit et son cadavre jeté dans la rue et livré aux exactions de la populace.

Les gardes et les miliciens, arborant une croix blanche sur leur pourpoint et une écharpe blanche, poursuivent le massacre dans le quartier de Saint-Germain l’Auxerrois. Ils massacrent deux cents nobles huguenots venus de toute la France pour assister aux noces princières et rassemblent leurs cadavres dans la cour du Louvre. Certains chefs protestants, prévenus à temps, arrivent à s’enfuir avec les gardes des Guise à leurs trousses.

Quand la population parisienne sort dans la rue, réveillée par le tocsin, elle prend connaissance du massacre. C’est aussitôt la curée. Dans les rues de la capitale, chacun s’en prend aux protestants de rencontre.

Les malheureux, hommes, femmes, enfants, sont traqués jusque dans leur lit et mis à mort des pires façons. Les femmes enceintes sont éventrées, les hommes mutilés, jetés à la Seine. Et l’on en profite pour piller les biens des victimes.

La chose est d’autant plus aisée que les protestants constituent à Paris une très petite minorité d’environ quinze mille personnes sur trois cent mille habitants.

 

Le roi aux 6 conversions

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Henri de Navarre est épargné par les massacreurs mais il devient littéralement prisonnier de sa belle-famille et doit se convertir au catholicisme, ce qu’il accepte sans mot dire.

Tiraillé entre ses parents, le très catholique Antoine de Bourbon et la très calviniste Jeanne d’Albret, il a déjà été amené à changer trois fois de religion. Il aura encore l’occasion de le faire deux fois, avant de monter sur le trône de France sous le nom d’Henri IV.

 

Le miracle de l’aubépine

À la mi-journée, le roi ordonne d’en rester là. Mais ses sonneurs de trompe ont le plus grand mal à faire respecter ses ordres.

Le lendemain, on apprend… qu’une aubépine a refleuri au cimetière des Innocents. Ce fait rarissime et quasi-miraculeux apparaît comme un signe de Dieu. Le roi lui-même va vénérer l’aubépine. À cette occasion, un gentilhomme de sa suite suspecté d’hérésie est massacré par la foule. « Ah, si c’était le dernier huguenot ! », lance le roi. La foule y voit un encouragement et la chasse aux huguenots reprend aussitôt !

La furie sanguinaire s’étend aux autres villes du royaume et ne s’interrompt qu’à la fin du mois d’août. On compte plusieurs centaines de morts à Orléans ou encore Lyon. On en compte aussi à Bourges, Meaux, Angers, Rouen… Bordeaux, Toulouse et Albi sont également touchées en octobre. Il est à noter toutefois que plusieurs gouverneurs de province s’opposent avec fermeté aux massacres.

Le 26 août, dans un lit de justice, le roi Charles IX assume la responsabilité des événements. Il explique le lendemain que Coligny avait ourdi un complot contre lui et qu’il avait dû l’exécuter. Il s’en justifiera dans une lettre du 13 septembre 1572 à son conseiller Gaspard de Schomberg en soulignant que Coligny « avoit plus de puissance et estoit mieux obey de la part de ceux de la nouvelle Religion que je n’estois (…) de sorte que s’estans arrogé une telle puissance sur mesdicts sujets, je ne me pouvois plus dire Roy absolut, mais commandant seulement à une des parts de mon Royaume. »

On évalue le nombre total de victimes dans l’ensemble du pays à 30 000 (plus que sous la Commune de 1871). Le massacre de la Saint-Barthélemy n’est pas ressenti avec une horreur particulière par les contemporains. Il apparaît à ceux-ci comme relativement banal dans l’atmosphère violente de l’époque. Ainsi, le 6 septembre, ayant vent de l’événement, le pape Grégoire XIII fait chanter un Te Deum dans sa chapelle.

 

La reprise de la guerre

La levée du siège de La Rochelle par l’armée royale le 24 juin 1573 met un terme à cette quatrième guerre de religion qui a débuté au son du tocsin de Saint-Germain-l »Auxerrois. L’édit de Boulogne du 11 juillet 1573 octroie la liberté de conscience aux protestants mais restreint la liberté de culte à trois villes, La Rochelle, Nîmes et Montauban. Il n’en reste pas moins que les protestants méridionaux gardent l’envie irrépressible d’une revanche…

Deux ans plus tard, le 30 mai 1574, le roi Charles IX meurt à 24 ans au château de Vincennes. C’est son frère Henri, duc d’Anjou, qui doit lui succéder sous le nom de Henri III. Élu roi de Pologne quelques mois plus tôt grâce aux intrigues de sa mère Catherine de Médicis, il rentre sans regret de Cracovie, où il avait été d’emblée rebuté par le climat et les moeurs rustiques de la cour. Prenant le temps d’un détour vers Venise et les cours italiennes, autrement plus plaisantes que les polonaises, il arrive en France début 1575 et se fait sacrer à Reims le 13 février avec le titre de roi de France et de Pologne (bien que les Polonais aient pris un nouveau roi).

Le nouveau souverain reprend la guerre contre les protestants avant de se rallier au parti des Politiques, conduit par son jeune frère, le duc d’Alençon. Ce parti réunit des modérés des deux camps. Il place l’intérêt national au-dessus des querelles religieuses et veut reprendre la politique de conciliation tentée par le chancelier Michel de l’Hospital au début des guerres de religion.

Après quelques victoires sur la noblesse protestante, le roi signe donc la paix de Beaulieu-lès-Loches, le 16 mai 1576. Trop favorable aux protestants, elle va avoir pour effet de rapprocher les bourgeois et les gentilshommes du camp catholique au sein d’une Ligue conduite par le duc de Guise.

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14 juillet : par Eric Vuillard

14 juillet

Eric Vuillard

Arles, Actes Sud Editions, 2016. 208 pages

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Dans « 14 juillet », Éric Vuillard raconte la prise de la Bastille en s’affranchissant de l’historiographie officielle telle que l’on peut l’apprendre dans les livres d’histoire. Menant avec brio un récit alerte composé de personnages vivants, il nous parle pour les lecteurs du 21e siècle, et rend justice à ceux qui ont mis en marche la Révolution française sans en avoir conscience.

Au départ, un sentiment d’injustice sourd au sein du Tiers-Etat qui trime et ne peut plus se nourrir : « un journalier gagne dix sous par jour, un pain de quatre livres en vaut quinze ». Alors la révolte gagne le peuple de Paris : à Versailles pendant ce temps-là c’est la gabegie,  les banquiers spéculent sur la dette, les esprits s’échauffent et les femmes réclament du pain. Faute d’être entendu, on commence à piller les palais, puis on recherche des armes. C’est finalement à la Bastille, prison d’Etat et symbole de l’arbitraire de l’Ancien Régime, que l’on va s’attaquer et devant la résistance de son gouverneur, la rage du peuple va se cristalliser autour de la forteresse.

Éric Vuillard se place au milieu de la foule, « le » personnage principal de cette chronique. Il donne un nom et un visage sortant les émeutiers de l’anonymat où les historiens les avaient entassés, en dressant des listes de noms, des listes de métiers, en décrivant les trognes et les vêtements de gros drap et de laine, l’organisation sur le tas, les idées lancées à la volée, les mots qu’on se répète dans un mouvement improvisé qui, parti du faubourg Saint-Antoine, enfle et se répand comme une traînée de poudre dans tout Paris et au-delà. Grâce à un travail d’archives remarquable, on les imagine, on peut les voir comme si on y était, ces hommes qui ont quitté échoppes et ateliers pour venir prêter main forte ; le lecteur a l’impression de la vivre heure après heure, cette prise de la Bastille, d’en connaître les protagonistes, et même ceux qui ont été tués, auxquels l’auteur donne une identité et des histoires de vie tellement plus riches que ce que contiennent les procès-verbaux, tout en dépeignant ces femmes du petit peuple, humbles et dignes qui viennent réclamer à l’administration le cadavre d’un mari ou d’un frère : des cœurs simples flaubertiens.

Eric Vuillard (1968-…)

Biographie :

Éric Vuillard est un écrivain, cinéaste et scénariste français.

Il publie un premier récit, « Le Chasseur », en 1999, puis deux livres aux tons poétiques (dont « Tohu », 2005), et un roman épique, sur la conquête du Pérou par Pizarro et la chute de l’Empire inca, « Conquistadors » (2009) qui a reçu le Prix Ignatius J. Reilly 2010.

Il a réalisé en 2008 un long métrage, « Mateo Falcone », qui est une adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée.

En 2012, il reçoit le Prix franco-allemand Franz Hessel pour « La Bataille d’Occident » et « Congo », puis le prix Valery-Larbaud 2013 pour les mêmes livres. En 2014, il publie « Tristesse de la terre » qui obtient un beau succès. Il est sélectionné pour plusieurs prix littéraires.

Son livre sur les coulisses de la Seconde Guerre mondiale, « L’Ordre du jour », remporte le prix Goncourt 2017.

En 2019, il publie un court récit littéraire aux confins de la fiction, de l’histoire et de la politique, relatant des luttes sociales du Moyen Âge, « La guerre des pauvres ».

Éric Vuillard vit actuellement à Rennes.

FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, MASSACRE D'ORADOUR-SUR-GLANE (10 jiin 1944), ORADOUR-SUR-GLANE

Le massacre d’Oradour-sur Glane le 10 juin 1944

Sur le massacre d’Oradour,

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Oradour n’a plus de femmes

Oradour n’a plus un homme

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus de pierres

Oradour n’a plus d’églises

Oradour n’a plus d’enfants

*****

Plus de fumée plus de rires

Plus de toits plus de greniers

Plus de meules plus d’amour

Plus de vin plus de chanson

*****

Oradour, j’ai peur d’entendre

Oradour, je n’ose pas

Approcher de tes blessures

De ton sang de tes ruines

Je ne peux pas je ne peux pas

Voir ni entendre ton nom.

*****

Oradour je crie et hurle

Chaque fois qu’un coeur éclate

Sous les coups des assassins

Une tête épouvantée

Deux yeux larges deux yeux rouges

Deux yeux graves deux yeux grands

Comme la nuit la folie

Deux yeux de petit enfant

Ils ne me quitteront pas

Oradour je n’ose plus

lire ou prononcer ton nom.

*****

Oradour, honte des hommes

*****

Oradour, honte éternelle.

Nos coeurs ne s’apaiseront

Que par la pire vengeance

Haine et honte pour toujours.

*****

Oradour n’a plus de forme

Oradour, femmes ni hommes

Oradour n’a plus d’enfants

Oradour n’a plus de feuilles

Oradour n’a plus d’église

Plus de fumée plus de filles

Plus de soirs ni de matins

Plus de pleurs ni de chansons

*****

Oradour n’est plus qu’un cri

Et c’est bien la pire offense

Au village qui vivait

Et c’est bien la pire honte

Que de n’être plus qu’un cri

Nom de la haine des hommes

Nom de la honte des hommes

Le nom de notre vengeance

Qu’à travers toutes nos terres

On écoute en frissonnant

Qui hurle pour tous les temps.

(Jean Tardieu)

 

 

 

10 juin 1944

Le martyre d’Oradour-sur-Glane

Le samedi 10 juin 1944, à 8 heures du matin, c’est sans méfiance particulière que les habitants d’Oradour-sur-Glane voient des chenillettes chargées de soldats allemands pénétrer dans le village et s’y arrêter.

Oradour-sur-Glane est reliée par un tramway à Limoges, distante de 17 km. C’est une bourgade de 300 à 400 habitants. Avec les hameaux et fermes des environs, la commune en compte au total 1200 dont quelques centaines de réfugiés du village de Charly, en Moselle.

En ce mois de juin, les fenaisons viennent d’être faites et les granges sont pleines à craquer de foin. Les habitants vaquent paisiblement à leurs activités. Ils ne savent pas que la veille, les Allemands ont pendu 99 malheureux otages aux balcons de Tulle, à une centaine de kilomètres au sud de Limoges…

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Représailles

Trois jours plus tôt, les maquisards de la région ont fait sauter un pont pour freiner la remontée des troupes allemandes vers la Normandie où les Alliés viennent de débarquer. L’attaque a causé la mort de deux soldats allemands de la 2ème division SS Panzer Das Reich.

Cette division a pratiqué la terreur en URSS avant d’être repliée à Montauban, dans le Sud-Ouest de la France. En bons connaisseurs, ses soldats surnomment leur nouvelle région d’affectation la «petite Russie», par allusion à l’action importante de la Résistance… Le général Lammerding, qui commande la division, se fixe comme en URSS des ratios en représailles des attaques de maquisards : 3 otages exécutés par Allemand blessé, 10 par Allemand tué !

Après avoir organisé les brutales représailles de Tulle, le général ordonne à la 3ème compagnie du régiment Der Führer de détruire aussi Oradour-sur-Glane. Puis il part pour la Normandie.

Le commandant de la compagnie, Dickman, planifie l’opération avec ses adjoints, le capitaine Kahn et le sous-lieutenant Barth. Les trois hommes ont sous leurs ordres environ 120 SS, pour la plupart très jeunes. Il s’agit de forces spéciales qui pratiquent plus volontiers la répression que la guerre et se sont déjà illustrées en Russie dans l’extermination des populations civiles.

À Oradour, nul ne devine encore le drame qui va se dérouler dans les heures suivantes.

 

L’horreur

Tandis que les premières chenillettes pénètrent dans le village, d’autres soldats allemands, aux ordres du sous-lieutenant Barth, ratissent les champs des environs et poussent les habitants vers le village.

En début d’après-midi, le bourg est cerné et toute la population est rassemblée sur le champ de foire sous le prétexte d’une vérification d’identité, sans oublier les enfants des écoles, sous la surveillance de leur maître. Les SS agissent dans le calme et la population s’exécute sans broncher.

Les hommes sont séparés des femmes et des enfants et alignés contre les murs, dos à la place. Les SS les interrogent sur une supposée cache d’armes mais ils se tiennent muets. Le maire Paul Desourteaux  se voit alors sommé de remettre des otages, ce qu’il refuse. 

Au nombre d’environ deux cents, les hommes sont alors divisés en six groupes de quelques dizaines de personnes et enfermés dans des granges bourrées de foin et de paille, sous la menace de mitraillettes. Vers 16 heures, les SS tirent des rafales et tuent les malheureux en quelques secondes. Ils achèvent leur besogne en lançant des grenades et mettant le feu aux granges.

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Pendant l’interrogatoire des hommes, les femmes et les enfants ont quant à eux été enfermés dans la vénérable église gothique d’Oradour. Des SS déposent une caisse d’explosifs et de la paille dans la nef. Le feu ravage bientôt l’édifice comme il a ravagé les granges. De l’extérieur, les SS mitraillent les malheureuses et leurs enfants qui tentent de sortir, en visant les membres inférieurs.

Quelques fuyards sont pourchassés dans les rues et les champs. Un groupe est jeté dans un puits. Au total, seuls cinq hommes et une femme survivront par miracle.

Leur forfait accompli, les SS pillent le village et achèvent de l’incendier. Ils se réservent cependant une maison pour y passer la nuit.

Le lendemain, un groupe de soldats revient dans le village en vue d’enfouir les corps dans des fosses communes mais, ne pouvant venir à bout de leur travail, ils quittent à leur tour Oradour, laissant 642 victimes derrière eux. Parmi elles 246 femmes et 207 enfants, dont 6 de moins de 6 mois, qui ont été brûlés dans l’église.

Ces victimes sont des habitants du bourg ainsi que des réfugiés lorrains, des promeneurs qui se sont trouvés là par hasard et des habitants des environs amenés par les SS.

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Un procès douloureux

Après la Libération de la France, le 12 janvier 1953, un procès s’ouvre devant le tribunal militaire de Bordeaux, pour juger les meurtriers d’Oradour-sur-Glane.

Le général Lammerding, condamné à mort par contumace deux ans plus tôt pour le massacre de Tulle, ne se présente pas au procès et la France ne fait rien pour obtenir son extradition. Il finira ses jours en 1971 à Düsseldorf en chef d’entreprise prospère. Cinq-cents anciens SS suivront son cortège funèbre.

Dans le box des accusés figurent seulement vingt et un SS sur les 65 accusés. Parmi eux 14 Alsaciens, dont deux engagés volontaires et 12 qui disent avoir été enrôlés de force dans le corps des SS.

Cette présence d’Alsaciens rend le forfait doublement douloureux pour la conscience nationale. Elle ravive en Alsace et en Moselle la plaie laissée ouverte par l’incorporation de 130.000 «malgré-nous» dans la Wehrmacht en 1942. Beaucoup étaient des jeunes gens, très jeunes, incapables de résister à la pression de l’occupant.

À Bordeaux, les «malgré-nous» sont condamnés comme les autres à différentes peines d’emprisonnement. Mais ils sont amnistiés huit jours après par une loi d’exception votée par l’Assemblée nationale au nom de la réconciliation nationale. Cette loi modifie opportunément la loi du 15 septembre 1948 sur la responsabilité collective.

Il s’ensuit dans le Limousin un profond ressentiment. L’association des familles des martyrs et le maire d’Oradour-sur-Glane renvoient la Légion d’Honneur au représentant de l’État. La ville attendra octobre 2000 pour accepter enfin cette décoration et se réconcilier avec l’Alsace.

 

Une tragédie ordinaire

Oradour-sur-Glane est devenu en Europe occidentale le symbole de la barbarie nazie, à l’égal du village tchèque de Lidice, pour l’Europe centrale, détruit le 10 juin 1942 en représailles de l’assassinat de Reinhard Heydrich, Reichsprotektor de Bohême-Moravie.

En Italie, du 8 septembre au 5 octobre 1944, le village de Marzabotto a perdu 1836 des siens du fait des nazis. Distomon, en Grèce en a perdu 239 le 10 juin 1944. En France même, enfin, le village de Maillé en a aussi perdu 126 le 25 août 1944. Mais dans les plaines de Pologne et de Russie, c’est par centaines que se comptent les villages martyrisés par les nazis.

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Oradour-sur-Glane, Limousin : interieur de l’eglise ou eut lieu le massacre de 600 femmes et enfants brules vifs par les nazis le 10 juin 1944 — 

https://www.herodote.net/10_juin_1944-evenement-19440610.php

8 MAIN1802 ; CONCORDAT ET PAIX RELIGIEUSE EN FRANCE, EGLISE CATHOLIQUE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE RELIGIEUSE EN FRANCE (XIXè siècle), NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821), PAPAUTE, PIE VII (pape ; 1742-1823)

8 avril 1802 : Concordat et paix religieuse en France

8 avril 1802

Concordat et paix religieuse en France

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Le 18 germinal an X (8 avril 1802), le Corps législatif de la République française adopte et promulgue le Concordat. Le texte a été signé le 15 juillet de l’année précédente par Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et le pape Pie VII.

 

Douze ans de conflits

Le Concordat suscite de violentes critiques chez les anciens révolutionnaires mais il est accueilli avec un immense soulagement dans les campagnes. Il met fin aux guerres civiles et religieuses qui avaient divisé les Français tout au long de la Révolution.

Ces guerres étaient nées du vote de la Constitution civile du Clergé par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790, en remplacement du précédent Concordat, signé à Bologne en… 1516 par le roi François 1er et le pape Léon X.

La Constitution civile du Clergé avait institué une église nationale avec des évêques et des prêtres élus par les fidèles, rémunérés par l’État et tenus de prêter un serment de fidélité «à la nation, à la loi, au roi». Ce régime avait été condamné par le Saint-Siège de sorte que s’opposaient depuis lors en France le clergé assermenté ou constitutionnel  clergé insermenté ou réfractaire, fidèle à Rome.

 

Vers le retour à la paix religieuse

PieVII

Dès l’élection du pape Pie VII, à Venise, en mars 1800, le Premier Consul manifeste le désir d’un rapprochement. Il en a besoin pour consolider son régime. A la différence des révolutionnaires qui avaient tenté d’exclure les religions de la sphère publique, il veut mettre l’Église catholique, encore très influente, à son service.

Les négociations sont conduites au nom du Premier Consul par le curé Étienne Bernier, curé de Saint-Laud, à Angers, qui a déjà négocié la paix civile dans l’ouest vendéen. Le pape délègue de son côté à Paris le cardinal Spina en novembre 1800.

Mais les négociations butent d’emblée sur la volonté de Bonaparte de confirmer des évêques constitutionnels dans leur charge. Le Premier Consul veut de cette façon rassurer les républicains.

Le 20 juin 1801, Consalvi, Secrétaire d’État du Saint-Siège, arrive à Paris pour relancer les négociations. La version définitive de l’accord est rédigée par Joseph Bonaparte, frère du Premier Consul.

 

Le contenu officiel du Concordat

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En signant le nouveau Concordat, un mois plus tard, le pape reconnaît la République et renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution. De son côté, «le Gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorité des Français».

Le Premier Consul peut être satisfait car il conserve la mainmise sur l’organisation de l’Église catholique. Le clergé (24000 personnes) doit lui prêter serment de fidélité !

Le gouvernement s’engage à rémunérer les ministres du culte catholique ainsi que des autres confessions alors représentées en France : la confession d’Augsbourg – les protestants luthériens -, et les réformés – les protestants calvinistes -. Les juifs bénéficient des mêmes droits à partir de 1808. Il s’attribue qui plus est la nomination des évêques. Ces derniers sont ravalés au rang de fonctionnaires et peuvent être traduits devant le Conseil d’État en cas de désobéissance.

Le nombre de diocèses est réduit de moitié par rapport à l’Ancien Régime. Il n’y en a plus que 60 (dont dix confiés à des archevêques) en France et dans la Belgique annexée.

Pour la mise en œuvre  du Concordat, tous les évêques précédemment en poste sont invités à démissionner. Cependant, beaucoup d’évêques réfractaires, dépités d’avoir résisté pour rien à la Constitution civile du clergé, protestent et refusent de remettre leur démission au pape. Dans le camp opposé, des évêques et des prêtres constitutionnels refusent de remettre en cause publiquement leur serment antérieur.

Bonaparte ne s’en tient pas là. Habilement, il modifie au profit de son gouvernement les termes du Concordat.

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L’ajout des Articles organiques

Sur une suggestion de son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, ancien évêque d’Autun, le Premier Consul commande au juriste Jean Portalis de rédiger des «Articles organiques». Ces 77 articles, destinés à préciser les termes du Concordat débouchent sur une sévère limitation du pouvoir du Saint-Siège sur le clergé national.

Ils imposent l’enseignement dans les séminaires des «Quatre Articles» de la déclaration gallicane adoptée par le clergé français en 1682, sous le règne de Louis XIV :
1) les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité,
2) les décisions des conciles oecuméniques priment sur les décisions pontificales,
3) le pape doit respecter les pratiques des Églises nationales,
4) il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité.

Les Articles organiques prévoient par ailleurs que toutes les décisions des synodes et des conciles devront être approuvées par le gouvernement pour être applicables en France. Ils limitent enfin la liberté de mouvement des évêques.

Malgré cette entourloupe contre laquelle proteste en vain le pape, le Concordat consacre le retour de la paix religieuse. Il est resté pour l’essentiel en application en France jusqu’à la séparation des Églises et de l’État, en 1905.

Notons qu’il est toujours en vigueur dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle qui étaient sous domination allemande lorsqu’a été votée la loi de séparation de 1905. Ces trois départements ont obtenu, à titre exceptionnel, de conserver le régime Concordataire de 1801 lorsqu’ils sont rentrés dans le giron de la France après la Grande Guerre de 1914-1918.

 

Propagande

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Bonaparte ne tarde pas à cueillir les bénéfices du Concordat. Le 14 avril 1802 sort en librairie Génie du christianisme ou beautés de la religion chrétienne. Son auteur est le vicomte François-René de Chateaubriand, un écrivain romantique de 34 ans rendu célèbre par ses oeuvres Atala et René.

Le livre est une apologie de la religion. Il apporte au Premier Consul le soutien des catholiques et de certains monarchistes.

NB : la France ne serait pas la France si le Concordat avait fait l’unanimité ! Dans le Poitou, quelques villageois catholiques des environs de Bressuire se sont insurgés contre le texte et il en est sorti un mini-schisme : la «Petite Église», qui compterait encore 3.000 fidèles.

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8 MARS 1804 : PROMULGATION DU CODE CIVIL, CODE CIVIL, CODE NAPOLEON, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821)

8 mars 1804 : Promulgation du Code Civil

21 mars 1804

Promulgation du Code Civil

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Le 21 mars 1804, tandis que le jeune duc d’Enghien expire dans les fossés de Vincennes, le Premier Consul Bonaparte promulgue le « Code Civil des Français ».

Le mérite de cet immense travail de compilation juridique revient pour l’essentiel à Cambacérès et aux hommes du Directoire qui ont gouverné la France avant le coup d’État de Napoléon Bonaparte.

Le code s’inspire pour une bonne part des recueils de lois commandés 1300 ans plus tôt par l’empereur d’Orient Justinien. Il met fin aux particularismes locaux et à une certaine confusion juridique hérités de la tradition.

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Acte de promulgation du Code Civil

On peut lire sur le document ci-dessus :
Projet de loi concernant la réunion des lois civiles en un seul corps de lois, sous le titre de Code Civil des français.

 

Confusion juridique

Sous l’Ancien Régime, un Rennais n’obéissait pas aux mêmes règles de droit civil qu’un Parisien ou qu’un habitant du Languedoc. Le royaume était divisé en zones géographiques de tailles très variées dans lesquelles s’appliquaient des régimes divers de lois dites « coutumières ».

À ce particularisme régional, il faut ajouter qu’au sud de la France (sud de la Dordogne, Languedoc, sud de Grenoble), les lois avaient un caractère de « droit écrit ». Elles étaient plus imprégnées du droit de l’empire romain que dans le nord (à l’exception de l’Alsace).

C’était le résultat d’une longue évolution qui remontait aux temps où les Francs, les Burgondes et les Wisigoths occupaient l’hexagone ! Un tel système était totalement incompatible avec l’objectif révolutionnaire d’une France « une et indivisible ».

 

Les précurseurs

Dès le XVIe siècle, d’éminents juristes avaient tenté de mettre de l’ordre dans ce fatras. Ainsi Dumoulin : « Rien ne serait plus louable, plus utile et plus souhaitable que de réduire les coutumes les plus diffuses de ce royaume en une concordance brève, très claire et très juste ».

On commence à cette époque à rassembler les lois et coutumes en faisant des compilations d’ordonnances. Sous le règne de Louis XIV, au siècle suivant, Colbert lui-même publie de grandes ordonnances. Son travail est poursuivi au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XV, par le chancelier d’Aguesseau qui tente d’unifier la jurisprudence sur les donations et les testaments.

L’illustre Jean-Jacques Rousseau met son génie à contribution. Il écrit dans une formule prophétique : « Il faut trois codes : l’un politique, l’autre civil et l’autre criminel ; tous trois clairs, courts et précis autant qu’il sera possible ».

Les révolutionnaires mettront ce projet à exécution quelques années après la mort de l’écrivain. Ils s’inspireront dans le domaine civil de deux grands précurseurs des XVIIe et XVIIIe siècles, les légistes Domat et Pothier. Ce dernier a par exemple inspiré le droit relatif à la propriété. « Le droit de propriété est le droit de disposer à son gré d’une chose, sans donner néanmoins atteinte au droit d’autrui, ni aux lois », écrit-il joliment dans son Traité du droit de domaine de propriété.

 

Une longue gestation

Quand le roi Louis XVI convoque les états généraux, en 1789, on rassemble et étudie à Versailles les cahiers de doléances rédigés par les électeurs. Curieusement, ces cahiers ne font nulle allusion à la nécessité d’unifier les lois et s’en tiennent d’un point de vue juridique à des considérations très conservatrices : préservation de la puissance paternelle, du droit de propriété, du droit d’aînesse (seul l’aîné de chaque famille doit hériter)…

C’est qu’à vrai dire, seuls les spécialistes du droit sont conscients de l’intérêt d’unifier les lois du royaume.

L’Assemblée Constituante, où siègent beaucoup d’avocats (comme Robespierre), prescrit de rédiger un code de lois applicables à tous et ce projet est repris par la Constitution des 3-14 septembre 1791 : « Il sera fait un code des lois civiles communes à tout le royaume ». Mais cette proposition reste lettre morte par manque de temps.

Arrivent les mois difficiles de la Terreur. Le 20 septembre 1792, à la veille de se séparer et de céder la place à la Convention républicaine, l’Assemblée législative instaure le mariage civil et le divorce. L’état civil (l’enregistrement des naissances, mariages et décès) devient une affaire d’État et ne relève plus de la seule Église catholique. C’est une révolution dans la révolution !

En juillet 1793, l’armée autrichienne met en difficulté celle de la République. La guerre fait rage aussi contre les Vendéens. Durant cette même période, Marat est assassiné, Danton quitte le Comité de Salut Public bientôt remplacé par Robespierre. La Convention décrète l’arrestation des Girondins.

C’est dans ce contexte agité que la Convention demande à Jean-Jacques Régis de Cambacérès de préparer, avec le Comité de Législation dont il est le président, un projet de code civil. Ordre lui est donné de terminer le travail dans le mois qui suit !

 

Un travail d’experts

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Dans les délais imposés, le 9 août 1793, Cambacérès présente son projet de code civil à la Convention. Mais celle-ci suggère d’en confier la révision à une commission. Cette prudence enterre le premier projet.

Après la chute de Robespierre et la fin de la Terreur, Cambacérès présente un nouveau projet le 9 septembre 1794. Nouveau renvoi de la Convention devant une commission, nouvel échec. Sous le Directoire, Cambacérès est élu au Conseil des Cinq-Cents mais débouté comme directeur. L’infatigable avocat présente, le 12 juin 1796, son troisième projet de code civil. Le Conseil adopte quelques articles, mais la discussion s’enlise et c’est un troisième échec !

Quand survient le coup d’État du 19 brumaire (10 novembre 1799) qui porte Napoléon Bonaparte au pouvoir, le Code Civil est prêt. Il n’attend que d’ultimes corrections pour être promulgué. Cambacérès étant nommé ministre de la Justice puis deuxième Consul, il présente son projet au Premier Consul. Celui-ci est séduit.

Par l’arrêté du 24 Thermidor an VIII (12 août 1800), Bonaparte institue une commission de quatre magistrats : Tronchet, Bigot de Préameneu, Portalis et Maleville. À eux revient le soin de faire une synthèse du travail de Cambacérès et d’en fournir une rédaction définitive.

Ces quatre magistrats ont été judicieusement choisis par Bonaparte de façon à représenter différentes régions du pays. Ils mènent leur travail tambour battant en quatre mois au domicile de Tronchet, rue Saint-André-des-Arts. Jean Étienne Portalis domine les réunions par sa prestance, son éloquence et sa connaissance aiguë du droit (cet homme remarquable a par ailleurs négocié le concordat ; ministre des Cultes sous le Premier Empire, il meurt de maladie en 1807).

La proposition des quatre magistrats est discutée entre le 17 juillet 1801 et le 21 mars 1804 durant 109 séances du Conseil d’État dont 52 sont présidées par Cambacérès et 57 par Bonaparte lui-même. Ce dernier ne manque pas de participer aux débats, avec des analyses qui témoignent d’une remarquable connaissance du droit. Il s’exprime sur de nombreux sujets dont la citoyenneté et le divorce.

Notons que deux conseillers d’État, Treilhard et Emmery, assistent aussi aux séances. Le 10 mars 1804, enfin, sur une proposition de Cambacérès, le Conseil d’État réunit les 36 titres et 2281 articles en un seul corps de lois.

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Une seule loi pour tous

Le 21 mars 1804 (le 30 ventôse de l’an XII du calendrier révolutionnaire), l’Ancien Droit est abrogé et le « Code Civil des Français » est promulgué. Tous les Français vivent désormais sous un même code de droit. Ainsi prend fin un régime de lois disparates élaborées durant 1300 ans, depuis les lois barbares du temps des Mérovingiens jusqu’aux lois coutumières de l’Ancien Régime, en passant par les lois seigneuriales de la féodalité au début du deuxième millénaire.

Avec le Code Civil, la loi émane désormais du législateur seul, le juge n’ayant rien à faire qu’à l’appliquer. Elle régit tous les rapports sociaux, y compris le droit de la famille, indépendamment de toute considération morale, religieuse ou politique.

À noter qu’il consacre une régression du statut de la femme, après une lente émancipation amorcée… au Moyen Âge. Sous l’Ancien Régime, en l’absence de législation spécifique, la femme bénéficiait de droits plus ou moins étendus. Désormais, le retour en faveur du droit romain et sans doute aussi les sentiments « machistes » du Premier Consul l’obligent à se soumettre à son père comme à son mari. Elle est considérée comme une mineure à vie, au même titre que les enfants ou les fous. Elle ne possède rien en propre et n’a pas d’autorité légale sur ses enfants.

 

Un Code pour l’Europe

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Napoléon Bonaparte perçoit la dimension révolutionnaire du texte, propre à bouleverser l’ordre ancien par sa cohérence, sa clarté, sa concision et sa simplicité. Devenu empereur et maître d’une bonne partie de l’Europe, il veille à faire appliquer partout son Code, rebaptisé en 1807 « Code Napoléon ».

Ainsi, à peine son frère Joseph est-il roi de Naples qu’il lui écrit : « Établissez le Code civil à Naples ; tout ce qui ne vous est pas attaché va se détruire alors en peu d’années, et tout ce que vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil ».

L’empereur déchu dictera dans son exil de Sainte-Hélène : « Ma vraie gloire, ce n’est pas d’avoir gagné quarante batailles; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil (…) Mon seul code par sa simplicité a fait plus de bien en France que toutes les lois qui m’ont précédé » ».

Conformément à ses prévisions, le Code Civil est devenu le ciment de nombre de législations en Europe et dans le monde. L’essentiel de son contenu est encore en vigueur aujourd’hui en France. La moitié de ses articles sont restés inchangés depuis 1804 ! La partie qui a le plus évolué est celle qui est relative au droit de la famille.

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5 MAI 1821 : MORT DE NAPOLEON IER A SAINTE-HELENE, FRANCE, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EUROPE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), NAPOLEON IER (Empereur des français ; 1769-1821)

5 mai 1821 : mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

5 mai 1821

Mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène

Le 5 mai 1821, Napoléon Ier s’éteint dans sa maison de Longwood, à Sainte-Hélène, un îlot perdu au milieu de l’Atlantique sud où l’ont exilé les Anglais en 1815 après la défaite de Waterloo et son abdication. Il n’a pas 52 ans.

L’ex-Empereur a inscrit dans son testament : « Je meurs prématurément, assassiné par l’oligarchie anglaise et son sicaire [Lowe] ; le peuple anglais ne tardera pas à me venger. »

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Hors la loi et proscrit

Napoléon Ier, mis hors la loi par les représentants des puissances européennes réunis en congrès à Vienne, a vite compris qu’il n’avait aucune indulgence à attendre d’eux.

Arrivé à Rochefort le 2 juillet 1815 avec le dernier carré de fidèles, il se découvre à la merci des Anglais qui le conduisent à Sainte-Hélène, sans espoir d’évasion. On lui laisse choisir trois officiers pour l’accompagner : le général Bertrand, grand maréchal du Palais, le général de Montholon, aide de camp, et le général Gourgaud, officier d’ordonnance. Embarque aussi le comte de Las Cases, conseiller d’État, qui a l’avantage de parler anglais.

Suivent les épouses de Bertrand et Montholon, le fils de Las Cases, le valet de chambre Bertrand, le maître d’hôtel Cipriani, le (faux) mamelouk Saint-Denis, dit Ali, le chirurgien irlandais O’Meara et quelques autres domestiques. Au total une cinquantaine de personnes.

Tout ce petit monde s’installe dans une maison de maître en partie délabrée, Longwood, sur les hauteurs de Sainte-Hélène. Cette partie de l’île, peu engageante, infectée de multiples insectes, est soumise tantôt à une chaleur torride, tantôt aux pluies, sans oublier le brouillard et une humidité persistante. « Le diable a chié cette île, envolant d’un monde à l’autre ! », se serait exclamée en arrivant l’épouse du général Bertrand, qui n’en croit pas ses yeux.

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Mort lente

Albine de Montholon devient la maîtresse de l’auguste reclus, histoire de le désennuyer ; de retour en France, elle accouchera d’un enfant qui mourra en bas âge.

Certains exilés volontaires n’attendent pas la mort de Napoléon pour rentrer en France. Ainsi du comte de Las Cases, pressé de publier les confidences de l’empereur, qui trouve habilement moyen de se faire expulser dès le 30 novembre 1816. Le général Gourgaud se fait expulser à son tour après une dispute avec Montholon.

Pendant les premières années de l’exil, les habitants de Longwood ne vont cesser de jouer au chat et à la souris avec le gouverneur de l’île, sir Hudson Lowe, terrorisé par la crainte que son prisonnier ne s’enfuie. Ses multiples vexations et maladresses vont contribuer à embellir la légende de l’Empereur victime de la perfidie anglaise.

Napoléon ressent en mars 1820 une première et violente douleur au ventre. Il comprend que sa fin est proche. Dans les mois qui suivent, son état se dégrade très vite. Selon le diagnostic publié par le gouverneur britannique de l’île après son autopsie, sa mort aurait été provoquée par un cancer de l’estomac, comme celui qui emporta son père. Elle a été accélérée en tout cas par l’amertume de l’exil.

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Une tombe muette dans la vallée du géranium

Sur la route de Jamestown, le long du cratère du Bol à Punch du Diable, se trouve un vallon verdoyant, la vallée du géranium. Napoléon, qui l’avait découvert au détour d’une promenade, appréciait l’eau de sa source. C’est là qu’il a voulu être inhumé, comprenant qu’il ne pourrait reposer en terre française. Le 6 mai 1821, une fosse y est creusée à l’ombre de deux grands saules.

Après l’autopsie, pratiquée par le docteur Antommarchi sur le billard du salon, le corps de Napoléon est exposé dans la chambre à coucher, devenue chapelle ardente. Le 9 mai, le convoi funèbre quitte Longwood. Le corps a été placé dans quatre cercueils emboîtés – un de fer-blanc, un de bois exotique, un de plomb, un dernier d’acajou – avant d’être mis en terre. Les Anglais lui rendent les honneurs dus à… un général.

La tombe est couverte de trois dalles prélevées dans la cuisine de New House. Les Français voudraient y faire inscrire : « Napoléon. Né à Ajaccio le 15 août 1769, mort à Sainte-Hélène le 5 mai 1821 », mais le gouverneur tient à y apposer le nom de Bonaparte. Cet ultime avatar du conflit qui a marqué l’exil ne trouve pas d’issue. La tombe est donc laissée vierge.

Le 27 mai 1821, la famille Bertrand, Montholon, le Dr Antommarchi, l’abbé Vignali, les serviteurs Marchand, Ali, Coursot, Archambault… s’embarquent pour l’Europe. Dans leur sillage s’éloignent Longwood et ses meubles anglais ou chinois, qui sont partagés entre les notables de l’île. Ceux-là même qui avaient fourni à Napoléon, en 1815, les meubles dont ils ne voulaient plus. S’ils doivent laisser en terre étrangère le corps de l’Empereur, ses derniers fidèles emportent le manuscrit de ses Mémoires, son testament, son masque mortuaire, des dizaines d’objets marqués par sa présence, ainsi que leurs propres souvenirs.

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Napoléon a-t-il été empoisonné ?

En 1961, un toxicologue suédois évoque pour la première fois l’hypothèse d’un empoisonnement à l’arsenic de l’empereur, sur la base d’une analyse de quelques cheveux rapportés par l’entourage de Sainte-Hélène. Plusieurs chercheurs l’ont reprise depuis lors mais elle paraît peu plausible. Pour Jean Tulard, grand historien de l’Empire (et spécialiste du roman policier), elle ne relève que de la littérature romanesque.

 

Naissance d’une Légende

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À Paris, la nouvelle de la mort de Napoléon arrive dans un salon où sont présents ce soir-là Wellington, le vainqueur de Waterloo, et Talleyrand, l’ancien ministre des Relations extérieures de l’empereur. Quelqu’un s’exclame : « Quel événement ! » et Talleyrand de laisser tomber : « Ce n’est plus un événement, c’est une nouvelle ».

Marie-Louise, veuve de Napoléon, épouse quatre mois après sa mort l’homme avec qui elle vit désormais et dont elle a déjà eu deux enfants, le feldmaréchal autrichien comte von Neipperg.

On pourrait croire qu’une page se tourne. En vérité, il n’en est rien. Avec la mort de Napoléon, c’est une légende qui commence…

Pendant ses deux mille jours d’exil, l’ex-empereur a peaufiné sa légende en dictant ses souvenirs et ses réflexions au comte de Las Cases ainsi qu’à Bertrand, Gourgaud et Montholon.

Las Cases publie ses notes en 1823 sous le titre : Le Mémorial de Sainte-Hélène. Cette hagiographie de plus de 2000 pages, servie par le talent d’écriture de Las Cases, recueille immédiatement un immense succès. Elle se vend à 40 000 exemplaires du vivant de l’auteur.

Dans la France pacifiée, prospère et ennuyeuse de la Restauration, l’épopée napoléonienne et les récits des demi-soldes font rêver la jeunesse romantique.

L’espoir d’une restauration de l’Empire s’éloigne avec la mort en 1832 du fils de Napoléon et Marie-Louise, l’ex-roi de Rome. L’Aiglon, devenu Franz, duc de Reichstadt, meurt de tuberculose, maladie romantique par excellence, au palais de Schönbrunn, près de Vienne. Il a 22 ans.

En 1840, le président du Conseil, Adolphe Thiers, négocie avec Londres le retour des cendres de Napoléon à Paris. Il veut, par cette initiative, redresser le prestige du roi Louis-Philippe Ier.

Gourgaud lui-même revient à Sainte-Hélène quérir les cendres de l’empereur. Le transfert donne lieu à une cérémonie populaire et grandiose à laquelle assistent un million de Français enthousiastes qui n’hésitent pas à crier « Vive l’Empereur ! ».

Le principal bénéficiaire de l’opération est le courant bonapartiste. Celui-ci reprend vie et il ne lui faudra que huit ans pour amener au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte, neveu du regretté empereur.

Napoléon Ier repose depuis lors aux Invalides, sur les bords de la Seine. C’est la première fois que le tombeau d’un autocrate trône au centre d’une capitale et d’un pays.

L’idée a été reprise et amplifiée au XXe siècle, sous les régimes communistes, à Moscou, Pékin, Sofia… dans une tentative de remplacer les religions traditionnelles par le culte d’un « grand » homme.

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FRANCE, GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE (1870-1871), GUERRES, HISTOIRE, HISTOIRE DE FRANCE, LA COMMUNE DE PARIS (18 mars - 27 mai 1871), PARIS (France)

La Commune de Paris (18 mars – 27 mai 1871)

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La Commune : barricade rue de Charonne

Tentative à implications révolutionnaires, faite par les ouvriers à Paris après l’insurrection du 18 mars 1871, pour assurer, dans un cadre municipal et sans recours à l’État, la gestion des affaires publiques.

  1. LE CONTEXTE

Proclamation de la République, le 4 septembre 1870, place de l’Hôtel de Ville

Cette insurrection prend naissance dans cette ville du travail qu’est devenu Paris en pleine croissance démographique (en 1866, sur 1 799 980 habitants, 57 % vivent du travail industriel et 12 % du travail commercial). Un mouvement ouvrier de plus en plus virulent se forme, des grèves se succèdent, manifestant la prise de conscience de la classe ouvrière, qui a obtenu en 1864 la reconnaissance du droit de grève. Parallèlement, à Londres, la Ière Internationale est créée. La guerre franco-allemande  éclate en juillet 1870 : les désastres militaires s’accumulent du côté français, et, le 4 septembre, la république est proclamée sous la poussée populaire. Le gouvernement de la Défense nationale qui est formé a pour mission de continuer la guerre et déclare « qu’il ne cédera pas un pouce de notre territoire ».

Très vite, cette république bourgeoise (composée entre autres du général Trochu, de Jules Favre et de Jules Ferry) est accusée de trahison par la population parisienne, qui, depuis le 19 septembre, subit avec héroïsme les conditions d’un siège de plus en plus difficile et qui réclame, en outre, des succès militaires.

  1. DE LA RÉSISTANCE AUX PRUSSIENS À L’ÉLECTION DE LA COMMUNE

Dans chaque arrondissement se constituent des comités de vigilance, bientôt chapeautés par un comité central pour aider le gouvernement et mobiliser toutes les forces de la nation. L’affrontement entre la république bourgeoise et le peuple armé au sein de la Garde nationale se dessine rapidement.

Cantine municipale pendant le siège de 1870

Dès octobre 1870, l’élection d’une Commune est demandée par la population. Après l’échec de Buzenval (19 janvier), les gardes nationaux réclament le 22 la guerre à outrance. Peu après la signature de l’armistice le 28, les forts sont occupés, l’enceinte fortifiée de Paris désarmée, 200 millions de francs sont versés à la Prusse en quinze jours.

Dans l’Assemblée nationale élue (8 février), les représentants conservateurs de la province (majoritaires), qui désirent la paix, s’opposent aux élus parisiens à majorité républicaine. Les députés, qui siègent à Bordeaux, prennent alors une série de mesures pour mater la ville révolutionnaire (suppression des 30 sous accordés aux gardes nationaux, suppression des moratoires concernant les loyers et les effets de commerce, qui touchent les ouvriers, les artisans et le petit commerce). Outre ces mesures, le transfert de l’Assemblée non à Paris mais à Versailles et l’entrée des Prussiens dans la capitale exaspèrent les Parisiens.

Adolphe Thiers

Thiers, dans la nuit du 17 au 18 mars, décide de désarmer la ville afin de la purger de « tous les rouges » en s’emparant des 227 canons regroupés à Montmartre et à Belleville (ils avaient été ramenés par les gardes nationaux du Ranelagh, des Champs-Élysées… avant l’entrée des Prussiens dans la capitale). Mais le 88e de ligne ne parvient pas à prendre les canons à Montmartre et, entouré par les gardes nationaux et la foule, pactise avec les Parisiens et désarme les officiers. Le général Lecomte, qui avait ordonné de tirer sur la foule, et le général Thomas sont fusillés.

Thiers, refusant toute négociation, donne l’ordre d’évacuer la ville et se réfugie à Versailles afin de ne pas se trouver prisonnier. Le Comité central de la Garde nationale siège alors à l’Hôtel de Ville et prépare les élections fixées au 22 mars. Il invite la France à « jeter les bases d’une république avec toutes ses conséquences et qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles ». En attendant les élections, le Comité central de la Garde nationale, soutenu par l’Association internationale des travailleurs, les clubs et comités d’arrondissement et la fédération des chambres syndicales, agit comme un gouvernement.

Le 26 mars 1871, les élections municipales (qui ont été repoussées de quelques jours) s’accomplissent dans la légalité, les maires y ayant consenti. Le Conseil communal, élu par 229 167 votants sur 485 569 (soit environ 50 % d’abstention), est mis en place à l’Hôtel de Ville le 28 mars sous le nom de Commune de Paris et reçoit les pouvoirs du Comité central.

Louise Michel parlant aux communards

Sur 85 membres, 15 du « parti des maires » refusent de siéger. Les 70 membres restants sont idéologiquement très opposés et se répartissent en plusieurs groupes : les blanquistes (9), partisans de l’action directe (Charles Ferré, Raoul Rigault) ; les jacobins (Charles Delescluze, Gambon, Miot, Félix Pyat), qui veulent faire de Paris l’élément moteur du gouvernement de la France. La majorité est complétée par les révolutionnaires indépendants (Clément). Quant à la minorité ouvrière, composée d’internationaux militants (17 membres, dont Varlin, Frankel), elle s’inspire de Marx et Proudhon.. Le reste est indécis et comprend quelques personnalités comme Courbet, Zépherin Camélinat, Gustave Flourens.

Très vite le clivage entre la tendance majoritaire et minoritaire se produit. Si tous veulent consolider la république et consacrer l’autonomie absolue de la Commune de Paris, les uns veulent que cette dernière dirige dictatorialement la France comme en 1793, les autres qu’elle s’intègre à cette fédération des communes de France dans laquelle doit se dissoudre l’État.

  1. L’ACTION DE LA COMMUNE

3.1. LES COMMISSIONS

Le couronnement de l’édifice

Cette diversité d’opinions, qui s’ajoute à la dualité des pouvoirs entre le Comité central de la Garde nationale maintenu après les élections et le Conseil général de la Commune, contribue à diminuer l’efficacité de la Commune. Alors que des mouvements communalistes éclatent à Lyon (4 septembre), Saint-Étienne, au Creusot, à Limoges, Narbonne, Toulouse et surtout Marseille sous l’impulsion de Gaston Crémieux (fin mars-début avril 1871), mais sont rapidement réprimés par le gouvernement, Paris essaie de s’organiser militairement et politiquement. Dès le 29 mars, le Conseil de la Commune met sur pied neuf commissions, qui sont autant de véritables ministères, couronnées par une Commission exécutive qui devait jouer le rôle d’un véritable gouvernement à partir du 21 avril.

3.2. L’ŒUVRE SOCIALE DE LA COMMUNE

Écoles laïques

C’est dans le domaine du travail que la Commune manifeste sa volonté de donner un caractère social à son entreprise et fait œuvre de précurseur. Elle nomme un marxiste, Léo Frankel, , à la commission du Travail, de l’Industrie et des Échanges. Pour défendre les intérêts de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière, un certain nombre de mesures à caractère social sont prises : moratoire des effets de commerce et des loyers, abolition du travail de nuit des ouvriers boulangers, abolition des amendes et des retenues sur les salaires, suppression des bureaux de placement, enfin adoption de la journée de 10 heures. Il s’agit d’organiser le travail et d’en donner à ceux qui n’en ont pas. Aux Finances, la Commune a placé François Jourde, , comptable d’une honnêteté scrupuleuse qui reculera devant la nationalisation de la Banque de France, « n’osant toucher à la fortune de la France ».

3.3. L’INSTRUCTION LAÏQUE, OBLIGATOIRE ET GRATUITE

Dans le domaine de l’enseignement, la Commune agit avec vigueur. La commission de l’Enseignement, dirigée par Edouard Vailland, met en place une œuvre essentiellement laïque, obligatoire et gratuite, liée à l’attitude anticléricale de la Commune (suppression du budget des cultes et séparation des Églises et de l’État, transformation en propriété nationale des biens de mainmorte appartenant aux congrégations). Les municipalités sont invitées à créer des écoles professionnelles pour des jeunes filles, amorçant une réforme de l’enseignement primaire et professionnel.

  1. LA RÉACTION DU GOUVERNEMENT ET L’ÉCRASEMENT DE LA COMMUNE

4.1. VERSAILLAIS CONTRE COMMUNARDS

Très vite, cependant, l’effort de la Commune est absorbé par la lutte contre les forces de Thiers. Regroupées du 10 au 25 mai au camp de Satory et renforcées de soldats et d’officiers de l’armée de Mac-Mahon libérés par les Allemands et dotés d’une bonne artillerie, celles-ci comptent 130 000 hommes.

Après plusieurs échecs militaires (le fort d’Issy a failli tomber aux mains des versaillais), la Commune décide de créer un Comité de salut public (1er mai, renouvelé le 9 mai). Elle est en état d’infériorité du fait de l’incompétence des délégués à la Guerre (Cluseret, , Rossel, Delescluze), de l’indiscipline et de l’insuffisance des combattants : la Commune ne réussit à en mobilier qu’entre 20 000 et 30 000).

Les troupes versaillaises place de la Concorde

Les versaillais resserrent leur pression et s’emparent des forts de Vanves (13 mai) et d’Issy (8 mai) avant de pénétrer dans Paris par la porte de Saint-Cloud le 21 mai. Les troupes versaillaises gagnent le centre de la capitale, dont les rues se couvrent de barricades, défendues quartier par quartier, sous la direction d’un membre du Comité central, tandis que les Tuileries, l’Hôtel de Ville et la Cour des comptes sont la proie des flammes.

4.2. UNE IMPITOYABLE RÉPRESSION

Paris et ses ruines : l’Hôtel de Ville après l’incendie de la Commune en 1871

Aux massacres des Parisiens par les troupes de Thiers, les communards répondent en fusillant 52 otages, dont Monseigneur Darboy, , archevêque de Paris. Le 27 mai, les derniers combats se déroulent au cimetière du Père-Lachaise, où 200 communards se sont retranchés. À court de munitions, ces derniers se défendent à l’arme blanche mais sont vaincus par les versaillais qui achèvent les blessés et fusillent les derniers survivants contre le mur de l’enceinte, devenu depuis le mur des Fédérés. On appellera la semaine du 21 au 28 mai la « semaine sanglante ». Les jours suivants, les cours martiales continuent à condamner à mort.

Le mur des Fédérés

Du 3 avril au 31 mai, on estime entre 20 000 et 30 000 le nombre de Parisiens tués au combat ou exécutés (les versaillais ont perdu environ 1 millier d’hommes). Le gouvernement fait procéder à 40 000 arrestations environ, et les poursuites dureront jusqu’en 1874. Les 26 conseils de guerre prononceront 13 450 condamnations, dont 268 à mort (23 condamnés seront exécutés, dont Ferré et Rossel), les autres aux travaux forcés et à la déportation dans les bagnes de Nouvelle-Calédonie. Des milliers de vaincus doivent s’exiler. L’amnistie votée en 1880 ramènera en France les derniers survivants.

Si la dure répression qui s’est abattue sur les communards prive le mouvement ouvrier de ses chefs, l’influence de la Commune devait être considérable. Karl Marx en fit le symbole du soulèvement contre la bourgeoisie.

Les damnés de la Commune : tableau de Raphaël Meyssan

FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, HISTORIEN FRANÇAIS, L'ETRANGE DEFAITE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARC BLOCH (1886-1944)

L’Etrange défaite de Marc Bloch

 

L’Étrange Défaite

Frankreich, französische Kriegsgefangene

L’Étrange Défaite. Témoignage écrit en 1940 est un témoignage sur la bataille de France écrit en 1940 par Marc Bloch, officier et historien, qui a participé aux deux guerres mondiales. Dans ce livre, il ne raconte pas ses souvenirs personnels mais s’efforce, en témoin objectif, de comprendre les raisons de la défaite française lors de la bataille de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Rédigé sur le moment, L’Étrange Défaite a marqué les esprits dès sa parution par la pertinence des constats qui y sont faits.

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Rédaction

L’ouvrage, rédigé de juillet à septembre 1940, est publié pour la première fois en 1946, aux éditions Franc-Tireur, deux ans après l’assassinat de Marc Bloch par la Gestapo. Une copie du manuscrit est confiée à Philippe Arbos, qui la cache dans la propriété du docteur Pierre Canque à Clermont-Ferrand. Découvert par une patrouille de la DCA allemande, alors installée sur cette propriété, le contenu du texte n’attire pas leur attention, ce qui permet à Pierre Canque de le récupérer et de l’enterrer dans le jardin de la propriété. À la Libération, il est rendu à la famille de Marc Bloch et, enfin, publié.

 

Contenu du texte

L’Étrange Défaite peut se voir comme la déposition d’un témoin face au tribunal de l’Histoire. Il comporte trois parties inégales. En guise d’introduction, Marc Bloch présente sa position personnelle et son action au cours de la campagne de 1940 dans une Présentation du témoin. La déposition de ce témoin constitue l’essentiel de l’ouvrage avec la partie intitulée La déposition d’un vaincu. Il y analyse les carences de l’armée française durant l’avant-guerre et la guerre. Il conclut par un Examen de conscience d’un Français, où il fait le lien entre les carences observées et celles qu’il identifie dans la société française de l’Entre-deux-guerres.

 

La déposition d’un vaincu

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Parade nazie sur l’avenue Foch déserte (1940).

L’analyse de l’armée française par Marc Bloch part de la base et remonte vers les niveaux de responsabilité supérieurs.

Une armée sclérosée

Il dénonce tout d’abord le caractère bureaucratique de l’armée, l’attribuant aux habitudes prises en temps de paix : en particulier le « culte du beau papier » mais aussi la « peur de mécontenter un puissant d’aujourd’hui ou de demain ». Ces habitudes conduisent à une dilution de la responsabilité entre un trop grand nombre de niveaux hiérarchiques et à un retard dans la transmission des ordres. Il y voit comme principale cause l’âge trop avancé des cadres de l’armée française, peu renouvelés, face à une armée allemande beaucoup plus jeune.

Cette organisation bureaucratique est fondée aussi, selon Marc Bloch, dans la formation même des officiers, qui tourne autour d’un culte de la théorie et des traditions. Le principal vecteur de cette formation est l’École de guerre, au concours d’admission de laquelle l’auteur n’avait pas souhaité se porter candidat, ce qu’il paie en ne dépassant pas le grade de capitaine. Fondé sur l’expérience de la Première Guerre mondiale, l’enseignement de cette école prônait en effet la supériorité de l’infanterie et de l’artillerie  par opposition aux unités motorisées (chars et avions, entre autres), supposées « trop lourdes à mouvoir » et supposées ne pouvant se déplacer que la nuit d’après la doctrine .

De même, l’enseignement stratégique est fondé sur des règles théoriques d’engagement, élégantes et abstraites, qui ne passent pas l’épreuve de la pratique. Cet enseignement est associé à un culte du secret, qui ralentit la transmission de l’information, et à un culte du commandement, par réaction à la remise en cause de l’autorité qui avait eu lieu en 1916 et 1917.

L’association entre la bureaucratie et une formation rigide entraîne, sur le terrain, un désordre général, avec trois capitaines qui se succèdent à son poste en quelques mois, et surtout de graves insuffisances dans la gestion des hommes et du matériel. Les soldats sont ainsi mal logés et surtout déplacés sans considération de leurs capacités, perdant leur énergie dans d’épuisantes marches et contre-marches. De même, le matériel manque face à une armée allemande bien équipée. Il manque en quantité, les budgets militaires ayant été engloutis dans la fortification de la frontière est (ligne Maginot, entre autres), laissant ouverte celle du nord. Il manque également en concentration, les chars d’assaut étant dispersés dans de nombreux corps d’armée, ce qui rend tout mouvement concerté impossible. Rapidement, ce désordre sur le terrain se retrouve à tous les niveaux, avec une rotation trop rapide des cadres, qui n’ont pas le temps d’apprendre leurs fonctions, en plus d’un laisser-aller dans la tenue des locaux et des dossiers qui, dans un contexte bureaucratique, achève de paralyser l’armée française.

L’incapacité des services de renseignement

L’armée s’épuise d’ailleurs le plus souvent faute de savoir où est l’ennemi. Marc Bloch blâme ainsi particulièrement l’insuffisance des services de renseignement. Elle est avant tout, estime-t-il, liée à une mauvaise organisation2. En tant que capitaine chargé des essences (approvisionnement en carburant et en munition des troupes), il ne reçoit que des bulletins d’information insignifiants, les informations pertinentes étant classés secrètes et communiquées trop haut dans la hiérarchie. La totalité des informations passe par des voies hiérarchiques très longues, et celles-ci finissent par être périmées quand elles arrivent aux personnes qui devraient les utiliser.

Il devient impossible de savoir dans quel délai un ordre pourra être exécuté, ce qui conduit à des manœuvres à contre-temps, comme la retraite des armées de la Meuse et de Sedan devant la percée allemande en Ardenne belge alors que la résistance belge avait offert deux jours de répit au commandement français, qui n’a pu s’organiser (comme l’avait craint le député français Pierre Taittinger, dès le début de 1940, dans un rapport parlementaire critiquant l’impréparation du secteur de Sedan). Le résultat a été que la percée de Sedan a exposé l’arrière des troupes belges, britanniques et françaises, ces dernières engagées en Belgique vers les Pays-Bas dans l’opération Breda.

Face à cette situation, chaque corps d’armée et presque chaque officier, y compris lui-même, mettent en place leur propre service de renseignement, ce qui conduit à une concurrence désastreuse des services et à des contacts insuffisants entre les différents échelons du commandement, au point que les officiers ignorent bien souvent où sont leurs propres troupes.

Les services de renseignement ont aussi gravement sous-estimé l’ampleur et la mobilité de l’armée allemande, et chaque jour les troupes sont envoyées en retard sur l’avancée allemande. L’auteur souligne, en particulier, une incapacité chronique à estimer convenablement la rapidité de déplacement ainsi que le nombre des chars et des avions par des services obsédés par l’infanterie et les canons. Cette inefficacité des renseignements se traduit par une grande surprise du commandement français.

Cette concentration des renseignements sur ce qui n’était pas le fer de lance de l’armée allemande est le signe d’une pensée stratégique rigide et passéiste de la part du commandement français. Plutôt que de prendre acte du changement de donne, les officiers supérieurs se sont continuellement étonnés que « les Allemands, tout simplement, avaient avancé plus vite qu’il ne semblait conforme à la règle », la règle en question étant fondée sur l’étude des campagnes napoléoniennes et sur la Première Guerre mondiale.

De même, les officiers s’enferrent souvent dans un plan de base qu’ils savaient caduc, faute d’avoir été formés à s’adapter à une situation nouvelle. « En un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940. »

Cette incurie a naturellement de graves conséquences sur le moral des troupes, abattues à la fois par un sentiment d’inutilité et de peur, l’ennemi n’étant jamais là où le commandement l’annonçait : l’homme supporte mieux le danger prévu que « le brusque surgissement d’une menace de mort, au détour d’un chemin prétendument paisible ».

La responsabilité du commandement

« Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. À tout le monde, en somme, sauf à eux. »

Le réquisitoire de Marc Bloch contre l’état-major français est particulièrement lourd puisqu’à ses yeux, il porte la responsabilité de son incapacité à s’adapter aux nouvelles réalités de la guerre de mouvement.

Il souligne d’abord une crise de l’autorité. Les grands chefs n’aiment ainsi pas changer de collaborateurs, ce qui entraîne un « divorce » entre commandement et exécutants. Il remarque surtout les incohérences au sein du commandement, où des chefs jouissent d’une impunité quasi totale malgré des manquements majeurs, tandis que des subalternes sont durement punis pour des fautes vénielles. Cette impunité conduit à déresponsabiliser les chefs, qui peuvent ainsi esquiver les solutions qui s’imposent, mais leur demandent de s’engager personnellement et de sortir des schémas de pensée de l’École de guerre. L’avancement privilégiant l’âge sur la compétence, rend la chose encore plus difficile par l’âge moyen des officiers. La coordination du commandement disparaît aussi en une guerre des chefs et de multiples rivalités entre bureaux et entre corps d’armée.

Les Alliés

Par son poste, Marc Bloch est souvent en situation de communiquer avec les forces alliées, et il en tire un bilan sombre. Il souligne d’abord les difficultés au niveau des soldats et des populations.

Bien que soldats de métier, les soldats britanniques ont apparemment une conduite désastreuse, de soldats « pillards et paillards ». Cela renforce, dans la population paysanne, qu’ils méprisent, une anglophobie latente, qui est liée à des réminiscences historiques. Ce sentiment est renforcé lorsqu’on s’aperçoit que les Britanniques fuient les premiers et jouent des coudes pour être évacués en faisant sauter des ponts pour couvrir leur retraite, sans souci des troupes françaises restées en arrière : « Ils refusaient, assez naturellement, de se laisser englober, corps et biens, dans un désastre dont ils ne se jugeaient pas responsables ».

Les Britanniques, de leur côté, jugent sans indulgence (« notre prestige avait vécu et on ne nous le cacha guère ») les insuffisances de l’armée française, qui mène une propagande anglophobe pour cacher ses propres échecs. Les Britanniques s’apprêtent, dès le 20 mai, à rembarquer à Dunkerque en abandonnant les Belges. Pendant quatre jours, du 24 au 28, l’armée du roi Léopold mène la bataille de la Lys mais est lâchée par les Britanniques, qui abandonnent la droite belge et n’ont rien prévu pour sauver même une partie de leur alliée.

De plus, à plusieurs occasions, comme la percée vers Arras, les Britanniques ne fournissent pas aux Français l’aide promise mais constatent les failles du plan stratégique français. En pratique, ces échecs entraînent un renoncement à la collaboration entre les états-majors et un échec de l’alliance. Les armées ne sont alors plus coordonnées par aucune autorité commune après l’encerclement du GQG (Grand Quartier Général). Sans liens efficaces ou camaraderie, l’armée française reste sans renseignement sur les faiblesses de l’armée britannique. Au Royaume-Uni, par la suite, la population accueille bien les soldats français réfugiés, mais les autorités ne se départissent pas d’une « raideur un peu soupçonneuse ».

Examen de conscience d’un Français

Marc Bloch n’attribue pas à l’armée toute la responsabilité de la défaite. Il met en relation les carences de la première avec l’impréparation et la myopie du peuple français dans son ensemble.

L’État et les partis

Sa première cible est l’État et les partis. Il dénonce « l’absurdité de notre propagande officielle, son irritant et grossier optimisme, sa timidité », et par-dessus tout, « l’impuissance de notre gouvernement à définir honnêtement ses buts de guerre ». L’immobilisme et la mollesse des ministres sont stigmatisés, et l’abandon de leurs responsabilités à des techniciens, recrutés sur la même base corporatiste (École Polytechnique et Sciences-Po, surtout). Tout ce petit monde avance à l’ancienneté dans une culture commune du mépris du peuple, dont on sous-estime les ressources.

Les partis politiques sont également stigmatisés dans leur contradictions. Ainsi, les partis de droite oublient leur germanophobie et s’inclinent devant la défaite en se posant en défenseurs de la démocratie et de la tradition, tandis que la gauche refuse les crédits militaires et prêche le pacifisme, tout en demandant des canons pour l’Espagne. Bloch reproche aux syndicats leur esprit petit-bourgeois, obsédés par leur intérêt immédiat, au détriment de leur avenir ou de l’intérêt du pays dans son ensemble. De même, il considère le pacifisme et l’internationalisme comme incompatibles avec le culte de la patrie, reprochant en particulier aux pacifistes leur discours selon lequel la guerre est l’affaire des riches et des puissants dont les pauvres n’ont pas à se mêler (une interprétation marxiste du conflit).

Ouvriers et bourgeois

Dans la population dans son ensemble, il renvoie dos à dos ouvriers et bourgeois. Il accuse les premiers de chercher « à fournir le moins d’efforts possibles, durant le moins de temps possible, pour le plus d’argent possible » au mépris des intérêts nationaux, ce qui entraîne des retards dans les fabrications de guerre.

Réciproquement, il accuse les bourgeois d’égoïsme et leur reproche de ne pas avoir éclairé l’homme de la rue et des champs sur les enjeux du pays ou même dans les enseignements de base (problème de la lecture). Il dépeint une bourgeoisie devenue rentière, faisant des études pour son seul plaisir et ne pensant ensuite qu’à s’amuser. « Le grand malentendu des Français » est ainsi dépeint mettant face à face une bourgeoisie dont les rentes diminuent, menacée par les nouvelles couches sociales, contrainte de payer de leur personne et trouvant que les ouvriers travaillent de moins en moins, et un peuple mal instruit, incapable de comprendre la gravité de la situation. Il souligne en particulier l’aigreur de la bourgeoisie, qui ne s’est jamais remise du Front populaire. En s’éloignant du peuple, le bourgeois « s’écarte sans le vouloir de la France tout court ».

Au niveau plus immédiat, il décrit un peuple mal préparé. La propagande entretient un sentiment de sécurité, alors qu’on sait depuis Guernica qu’il n’y a plus de « ciel sans menace ». Malgré les images de l’Espagne en ruines, « on n’en avait pas assez dit pour nous faire peur ; pas assez et pas dans les termes qu’il eût fallu pour que le sentiment commun acceptât l’inévitable, et sur les conditions nouvelles ou renouvelées de la guerre, consentît à remodeler le moral du civil ».

La classe de 1940 avait été à peine préparée, et comme on ne souhaitait pas la guerre, on y allait sans zèle, de façon résignée. Il suggère, au contraire, que face au péril national, il ne devrait pas y avoir d’immunité et que même les femmes pouvaient combattre. Mais la politique fut d’éviter les morts et les destructions de la guerre précédente : « On s’estima sage de tout accepter plutôt que de subir, à nouveau, ce double appauvrissement ». Dans ce cadre, l’exode marque la lâcheté commune et, surtout, l’absence d’effort du peuple pour comprendre, celui-ci préférant retourner à la campagne et refuser la modernité.

Conclusion

Marc Bloch constate ainsi une responsabilité partagée, qui conduit à un renoncement beaucoup trop rapide, la guerre pouvant être poursuivie. Peu de gens sont aveugles, mais seulement personne n’ose élever la voix et dénoncer les carences avant qu’elles ne soient révélées par le conflit et, dès lors, on n’ose remettre en cause les idées reçues.

Originalité et postérité de l’œuvre

Cet essai d’histoire immédiate est un témoignage sur les insuffisances des élites qui sombrent en mai 1940 dans la guerre. Il décrit la défaite et la débâcle françaises comme permises, voire voulues, par le « commandement » et le gouvernement, influencé par les élites militaires, économiques et sociales. Selon lui, ces élites françaises (avec le soutien de la presse) ont volontairement évité d’avoir armé assez efficacement le pays face à l’expansion nazie ou d’avoir fait jouer les alliances, notamment avec l’Union soviétique , qui auraient pu contrer l’hégémonie hitlérienne annoncée dans Mein Kampf.

Ces élites ont, en cela, été encouragées par l’égoïsme ou le cynisme économique de cette époque, où le syndicalisme s’est surtout confiné aux revendications matérielles et où le Front populaire n’a pas pu tenir ses promesses. Bloch témoigne de la guerre : « une chose à la fois horrible et stupide » mais aussi de faits politiques et sociologiques qu’il a observés durant les deux guerres mondiales. Il témoigne de son engagement et produit une analyse des événements guerriers du xxe siècle.

L’historienne marxiste-léniniste Annie Lacroix-Riz affirme reprendre les hypothèses de Marc Bloch lorsqu’elle avance la théorie d’un « complot Pétain » et d’un « pacte synarchique », qui inclurait également la Cagoule et des luttes occultes d’influences afin d’expliquer la défaite de 1940. Elle s’appuie notamment sur les « archives de police », en dépit des inexactitudes de celles-ci et des erreurs de perspective qu’elles peuvent entraîner, faute de méthodologie historique Précisément, ses théories de l’existence d’un complot synarchique sont rejetées par la communauté scientifique des historiens qui conteste sa méthodologie. Responsable éditorial des œuvres de Marc Bloch dans la collection « Quarto » chez Gallimard Jean-Louis Panné estime qu’Annie Lacroix-Riz a beau se réclamer de Bloch, elle « ne (…) respecte guère [les règles élémentaires du travail d’historien] » énoncées par ce dernier dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien :

« [Annie Lacroix-Riz] cite, comme un leitmotiv, un [des] derniers articles [de Marc Bloch] parus dans Franc-Tireur après son assassinat le 16 juin 1944. Analysant le livre du général Chauvineau,  paru en 1938, avec une préface de Pétain, Marc Bloch écrivait : « Un jour viendra en effet et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin… » Et Bloch, liant les responsabilités des militaires et celles des politiciens, cite les noms de Laval, Brinon  et fait allusion aux hommes d’affaires comme « ceux du Creusot ». Une intrigue n’est pas un complot au sens où l’entend Annie Lacroix-Riz. On comprend quelle est la fonction de cette citation préventive : la légitimation de l’entreprise. Mais, là encore, on a affaire à une lecture partiale de Marc Bloch qui, s’il met en cause des hommes et des politiques, considère dans L’Étrange défaite que ce sont toutes les élites qui ont failli, celles de gauche comme celles de droite. Il y a fort à parier qu’Annie Lacroix-Riz ne citera jamais le passage suivant : « Les défaillances du syndicalisme ouvrier n’ont pas été, dans cette guerre-ci, plus niables que celles des états-majors […]. les foules syndicalisées n’ont pas su se pénétrer de l’idée que, pour elles, rien ne comptait plus devant la nécessité d’amener, le plus rapidement et le plus complètement possible, avec la victoire de la patrie, la défaite du nazisme et de tout ce que ses imitateurs, s’ils triomphaient, devaient nécessairement lui emprunter. […] À ce désarroi, les invraisemblables contradictions du communisme français ajoutèrent encore un nouveau ferment de troubles […]. Dans ses zigzags, sans grâce, reconnaissons la courbe que décrivirent, sous nos yeux émerveillés, les danseurs de cordes raides du communisme. »
Celui qui, membre du cercle de Montpellier en 1941, rêvait d’une Europe débarrassée du nazisme comme de la menace communiste, est victime d’une captation malhonnête simplement destinée à justifier une démarche aux antipodes de la pensée et du travail de Marc Bloch. Voilà qui illustre parfaitement la manière de faire d’Annie Lacroix-Riz. »

Citations

« Peut-être serait-ce un bienfait, pour un vieux peuple, de savoir plus facilement oublier : car le souvenir brouille parfois l’image du présent et l’homme, avant tout, a besoin de s’adapter au neuf. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite

« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. (Suivi d’un long développement sur le Front populaire – cette citation n’a pas été inventée par Marc Bloch en 1940 mais lors de la première guerre mondiale, que Marc Bloch accompagnait alors de la précision « pourquoi je ne suis pas conservateur » – source France culture jeudi 3 août 2017 « Avoir raison avec Marc Bloch – L’étrange défaite » ) »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite

« Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grand carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 66

« […] en un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler, en 1940, la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940 »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 93

« Les révolutions […] ont […] toutes une vertu, inhérente à leur élan : elles poussent en avant les vrais jeunes. J’abhorre le nazisme. Mais, comme la Révolution française, à laquelle on rougit de la comparer, la révolution nazie a mis aux commandes, que ce soit à la tête des troupes ou à la tête de l’État, des hommes qui, parce qu’ils avaient un cerveau frais et n’avaient pas été formés aux routines scolaires, étaient capables de comprendre ‘le surprenant et le nouveau’. Nous ne leur opposions guère que des messieurs chenus ou de jeunes vieillards. »

— Marc Bloch, L’Étrange Défaite (1990), p. 184

 

 

 

Marc Bloch

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Marc Léopold Benjamin Bloch, né le 6 juillet 1886 à Lyon (Rhône) et mort le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain), est un historien français, fondateur avec Lucien Febvre des Annales d’histoire économique et sociale en 1929. Marc Bloch a donné à l’école historique française une renommée qui s’étend bien au-delà de l’Europe.

Ancien combattant de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre mondiale, il est décoré de la Légion d’honneur à titre militaire, de la croix de guerre 1914-1918 (avec quatre citations) et de la croix de guerre 1939-1945 (avec une citation). Membre de la Résistance durant l’Occupation, il est arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo le 16 juin 1944.

 

Biographie

Famille et formation

Issu d’une famille juive d’optants, Marc Bloch est le fils de Gustave Bloch, professeur d’histoire ancienne à l’université de Lyon, puis à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et à la Sorbonne, et lui-même fils d’un directeur d’école. Marc Bloch fait des études secondaires brillantes à Paris, au lycée Louis-le-Grand, puis entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1904.

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Engagement de servir l’État signé par Marc Bloch à son entrée à Normale Sup, Archives nationales, 61 AJ.

Il est reçu à l’agrégation d’histoire et géographie en 1908. Marc Bloch suit de 1908 à 1909 les cours des facultés de Berlin et de Leipzig avant d’être pensionnaire à la Fondation Thiers (1909-1912).

En 1919, il épouse Simone Vidal (1894-1944), fille d’un polytechnicien dont la famille, depuis le xviiie siècle, était enracinée dans le Comtat Venaissin et en Alsace ; six enfants naissent de ce mariage, dont Étienne qui écrira en 1997 sa « biographie impossible ».

La Première Guerre mondiale

Professeur de lycée (Montpellier puis Amiens) quand éclate la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme sergent d’infanterie. Chef de section, il termine le conflit avec le grade de capitaine dans le Service des essences. Marc Bloch reçoit la croix de guerre avec quatre citations et est décoré de la Légion d’honneur pour ses faits de guerre.

Carrière universitaire

Marc Bloch est nommé professeur à la faculté de Strasbourg, redevenue française en 1919 ; ses qualités professorales et sa rigueur méthodologique contribuent alors au prestige de l’Université française. Il y rejoint des enseignants de premier ordre comme Lucien Febvre, André Piganiol, avec qui il noue des liens fructueux.

Premiers pas d’historien

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Plaque à l’Université de Strasbourg (Palais universitaire).

Il soutient une thèse de doctorat allégée, au propos déjà neuf, sur l’affranchissement des populations rurales de l’Île-de-France au Moyen Âge : Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne (1920).

Marc Bloch publie en 1924 son œuvre magistrale, Les Rois thaumaturges. Il y expérimente avec audace une méthode comparatiste empruntée aux maîtres de la linguistique (il parle lui-même une dizaine de langues).

En 1931, son ouvrage le plus maîtrisé, Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, innove une fois encore, car il exploite une interdisciplinarité peu courante à cette époque (botanique, démographie, etc.) pour mieux comprendre l’évolution des structures agraires de l’Occident médiéval et moderne. En 1928, Marc Bloch présente sa candidature au Collège de France et propose d’enseigner une « histoire comparée des sociétés européennes ». Ce projet échoue. Il tente à nouveau sa chance en 1934-1935, mais toujours sans résultat.

L’aventure des Annales

Bloch participe en 1929, avec le « groupe strasbourgeois » dont Lucien Febvre, à la fondation des Annales d’histoire économique et sociale dont le titre est déjà en lui-même une rupture avec « l’histoire historisante »7, triomphante en France depuis l’école méthodique. Bloch y publie jusqu’à la guerre d’importants articles, et surtout de brillantes notes de lecture, dont l’impact méthodologique s’est fait encore sentir après sa mort, et jusqu’à aujourd’hui.

Un historien dans la guerre

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Plaque 17 rue de Sèvres (6e arrondissement de Paris), où il vit de 1936 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Alors qu’il venait de succéder à Henri Hauser à la Sorbonne en 1936 (chaire d’histoire économique), la Seconde Guerre mondiale le surprend dans la plénitude de sa carrière et de ses recherches. Malgré son âge (53 ans), une polyarthrite invalidante et une famille nombreuse, il a demandé à combattre. Il se déclarait « le plus vieux capitaine de l’armée française », grade auquel il était resté depuis 1918, n’ayant pas souhaité se porter candidat au concours d’admission de l’École de guerre. Il est affecté au Service des essences et sa conduite durant la guerre lui vaudra d’être cité à l’ordre du corps d’armée.

Il voit de très près le naufrage de la Troisième République. Marc Bloch a tiré de cet événement majeur, qui a bouleversé sa vie, L’Étrange Défaite, un livre posthume écrit dans la maison qu’il possédait au hameau de Fougères, commune du Bourg-d’Hem (Creuse), de juillet à septembre 1940. Ce livre, qu’il présente comme le témoignage d’un historien, est publié en 1946 et accrédite l’idée que l’échec de l’armée française face aux troupes d’Hitler est imputable aux plus hauts niveaux de commandement, autant à l’égard de la préparation qu’à celui des combats. Il ouvre ainsi la question de savoir dans quelle mesure les élites ont préféré une victoire du nazisme en France et en Europe face à la montée du communisme. En particulier, il exprime son écœurement devant l’attitude d’une partie de la bourgeoisie française, qui, à son avis, avait contribué de manière décisive à la défaite et ensuite s’était alliée au fascisme en collaborant activement avec les Allemands.

Après la Campagne de France et l’arrivée au pouvoir de Pétain en juin 1940, il est — en tant que Juif — exclu de la fonction publique par le gouvernement de Vichy en vertu du statut des Juifs du 3 octobre 1940. Son appartement parisien est réquisitionné par l’occupant, sa bibliothèque expédiée en Allemagne. Il est rétabli le 5 janvier 1941 dans ses fonctions pour services exceptionnels par le secrétaire d’État à l’Instruction publique, Jacques Chevalier – père de François Chevalier, élève de Marc Bloch, qui sera ultérieurement directeur de la Casa de Velázquez à Madrid – et nommé à la faculté de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Jacques Chevalier lui délivre, le 24 février 1941, un ordre de mission afin qu’il puisse se réfugier aux Etats-Unis, accompagné de sa mère, de son épouse et de ses six enfants. Il n’en fera pas usage, ne voulant pas abandonner sa mère, vieille et malade et incapable de supporter le voyage. Il y continue ses recherches dans des conditions de vie très difficiles et en proie aux pires inquiétudes. Du fait de la santé de sa femme, il demande et obtient une mutation à Montpellier en 1941. Le Doyen de la faculté des Lettres de Montpellier, Augustin Fliche, catholique maréchaliste, antisémite et conservateur, va essayer d’empêcher sa nomination, nourrissant un ressentiment à l’égard de l’historien. Il avertit ses supérieurs qu’un cours public de Marc Bloch peut provoquer des démonstrations hostiles, dont il ne veut pas être tenu pour responsable. Marc Bloch est chargé de cours sur l’histoire économique et monétaire de la France et de l’Europe moderne, mais ne peut travailler que dans des conditions très imparfaites, n’ayant pas accès à sa bibliothèque. En outre, les lois du régime de Vichy sur le statut des juifs (notamment celle du 21 juin 1941, qui impose entre autres un quota d’étudiants juifs dans l’enseignement supérieur, ce qui touche directement son fils) ne font que compliquer la vie de la famille Bloch, qui vit dans des conditions précaires à Montpellier.

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Monument des Roussilles, Saint-Didier-de-Formans rappelant l’assassinat de trente Résistants, dont Marc Bloch, à cet emplacement. Deux survivants : Jean Crespo et Charles Perrin.

Il rédige entre la fin 1940 et début 1943, sans documentation et dans des conditions difficiles, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, publié en 1949 par les soins de Lucien Febvre, livre « testament » dans lequel il résume les exigences singulières du métier d’historien.

Pendant l’Occupation, Lucien Febvre, cofondateur des Annales, souhaite la reparution de la revue alors que Bloch s’y oppose. Sous la pression de Febvre, Bloch finit par accepter. L’autorisation de reparaître sous un autre titre est accordée par l’occupant et Bloch, frappé par le statut des juifs d’octobre 1940, y publie sous un pseudonyme.

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Éléments du mobilier de bureau de Marc Bloch exposés au CHRD.

Il entre dans la clandestinité fin 1942, quand les Allemands envahissent la zone libre. En 1943, après l’invasion de la zone sud qui ne le laisse en sécurité nulle part, il s’engage dans la Résistance, dont il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein de Franc-Tireur, puis dans les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Il est arrêté à Lyon le 8 mars 1944 par la Gestapo, interné à la prison Montluc et torturé par Klaus Barbie et ses hommes

Il meurt le 16 juin 1944, fusillé aux côtés de vingt-sept autres résistants « qu’il animait de son courage », non loin de Saint-Didier-de-Formans comme le rapporte Georges Altman. Celui-ci mentionne également qu’un garçon de seize ans tremblait près de lui : « Ça va faire mal ? ». Marc Bloch lui aurait pris affectueusement le bras en disant seulement : « Mais non, petit, cela ne fait pas mal », avant de tomber en criant, le premier : « Vive la France ! ». Cette dernière phrase reste cependant incertaine, Georges Altman n’ayant pas assisté directement à l’exécution. En outre, Etienne Bloch souligne que les conditions de la mise à mort du convoi rendent ce cri peu probable, d’autant plus que les deux seuls survivants n’ont pas rapporté ce fait. Son épouse Simone, dont la santé s’est détériorée, meurt le 2 juillet 1944, à l’hôpital de Lyon.

En 1977, les cendres de Marc Bloch ont été transportées au cimetière du Bourg-d’Hem.

Apport à l’histoire du Moyen Âge : un legs considérable

Marc Bloch, moins polémique que son aîné Lucien Febvre, le rejoint cependant par la rigueur de ses analyses et sa volonté d’ouvrir le champ de l’histoire aux autres disciplines scientifiques. De plus, sa contribution à l‘histoire médiévale, par la variété de ses sources et la rigueur de son analyse, reste encore aujourd’hui largement utilisée par les chercheurs.

À l’instar de ses collègues de l’École des Annales, Marc Bloch suggère de ne pas utiliser exclusivement les documents écrits et de recourir à d’autres matériaux, artistiques, archéologiques, numismatiques… Plus qu’aucun autre responsable des Annales, il s’oriente vers l’analyse des faits économiques. Également partisan d’une unicité des sciences de l’homme, il cherchera un recours permanent à la méthode comparative, favorisera la pluridisciplinarité et le travail collectif chez les historiens.

Un réformateur de l’enseignement

A partir d’avril 1943, Marc Bloch devient rédacteur en chef de la revue Les Cahiers politiques de la France combattante, dont la mission est de diffuser les recherches menées par le Comité Général d’Etudes (CGE), groupe d’experts constitués par Jean Moulin au sein du Conseil national de la Résistance. Il s’agit de réfléchir aux réformes constitutionnelle, politique, économique et sociale ainsi qu’à l’organisation administrative au lendemain de la Libération .

Marc Bloch fustige l’enseignement, dont l’objectif premier, à ses yeux, est de repérer, favoriser, former « les futurs gardiens de l’orthodoxie » et de repousser ce qu’il appelle « les têtes folles »  Il en découle fatalement « la crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves ; la négation de toute libre curiosité ; le culte du succès substitué au goût de la connaissance.  » Seules importent la préparation et la réussite aux examens et concours. Dans un article paru en 1937, Marc Bloch écrivait déjà : « l’agrégation tire en arrières toutes nos facultés.  » Il ne faut alors pas s’étonner de l’existence d’« une des tares les plus pernicieuses de notre système actuel : celui de bachotage », tout juste bon à fabriquer des « chiens savants.  » Il est donc impératif et urgent de réformer la formation des élèves et étudiants, des maîtres, des cadres de la haute administration en développant la curiosité intellectuelle et la culture générale, tout en revalorisant les salaires des enseignants afin d’attirer vers la carrière les jeunes attirés par des métiers plus lucratifs

 

Publications

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Première édition des Caractères originaux en deux volumes chez Armand Colin.

Rois et Serfs, un chapitre d’histoire capétienne ; thèse soutenue en 1920.

Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre, 1921 (extrait des Écrits de guerre) rééd. Allia, 2010.

Les Rois thaumaturges, 1924 ; dernière réédition, Gallimard en 1998.

Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, Armand Colin, 1931 ; dernière réédition, Pocket, 2006, avec une préface de Pierre Toubert,

La Société féodale, 2 vol., 1939-1940 ; dernière réédition, Albin Michel, en un seul volume, 1998, .

L’Étrange Défaite, 1940 ; première publication en 1946 ; Folio, 1990

Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1941 ; première publication en 1949.

Ces deux derniers textes sont réédités avec de nombreux autres dans le recueil établi par Annette Becker et Étienne Bloch, L’Histoire, la Guerre, la Résistance, Gallimard, collection « Quarto », 2006.

La France sous les derniers Capétiens (1223-1328),

 La Terre et le Paysan. Agriculture et vie rurale aux xviie et xviiie siècles, Armand Colin, 1999, recueil d’articles avec une préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

Mélanges historiques, CNRS éd., 2011.

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APPEL DU 18 JUIN 1940, CHARLES DE GAULLE, FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, GUERRES, HISTOIRE DE FRANCE, POLITIQUE FRANÇAISE

L’Appel du 18 juin 1940

L’Appel du 18 Juin

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Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres. Cette photographie est postérieure au 18 juin 1940 car le Général porte sur sa vareuse l’insigne à croix de Lorraine, adoptée comme emblème de la France libre en juillet de la même année. Il n’existe aucun cliché de l’appel du 18 Juin mais cette image est parfois utilisée comme illustration du célèbre discours radiodiffusé.

Charles de Gaulle au micro de la BBC à Londres. Cette photographie est postérieure au 18 juin 1940 car le Général porte sur sa vareuse l’insigne à croix de Lorraine, adoptée comme emblème de la France libre en juillet de la même année Il n’existe aucun cliché de l’appel du 18 Juin mais cette image est parfois utilisée comme illustration du célèbre discours radiodiffusé.

L’appel du 18 Juin est le premier discours prononcé par le général de Gaulle à la radio de Londres, sur les ondes de la BBC, le 18 juin 1940. Ce texte est un appel à tous les militaires, ingénieurs ou ouvriers français spécialistes de l’armement qui se trouvent en territoire britannique à se mettre en rapport avec lui pour continuer le combat contre l’Allemagne et où il prédit la mondialisation de la guerre.

Ce discours, très peu entendu sur le moment, a donné lieu à la publication le lendemain dans le Time, le Daily Express de la version écrite issue du Ministry of Information (MOI), reprises par quelques journaux français. Il est considéré comme le texte fondateur de la Résistance française, dont il demeure le symbole.

Comme l’Appel du 18 Juin n’a pas été enregistré, la version sonore qui est connue comporte un texte différent, l’appel du 22 juin 1940, jour de l’Armistice. La version filmée a été réalisée encore plus tard, le 2 juillet 1940 pour les actualités cinématographiques. L’affiche qui est connue comporte aussi un texte différent car il s’agit d’une affiche publiée le 5 août 1940 dans quelques rues de Londres.

 

Historique

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Plaque commémorative à Vienne (Isère) avec le Projet de texte non censuré par le gouvernement britannique de l’Appel du 18 Juin.

Charles de Gaulle arrive à Londres le 17 juin 1940 avec l’intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre, après avoir exposé son plan à Paul Reynaud. Il rencontre le Premier ministre britannique, Winston Churchill, dans l’après-midi. De Gaulle expose son projet de maintenir la France dans le combat même en cas de fin des combats décidée par le gouvernement installé à Bordeaux. Il émet le souhait de pouvoir s’exprimer à la radio dès que la nouvelle de la demande d’armistice tombera. Churchill donne son accord de principe et met à disposition la BBC. À l’époque, la BBC émet en grandes ondes sur 1 500 m de longueur d’onde et en petites ondes sur 265 m. Elle a un rayonnement international qui lui permet de diffuser en Europe, et donc en France. En grandes ondes, la radio du Luxembourg et celle de Londres figurent parmi le peu d’émetteurs reçus par les postes de radio.

Le 17 juin à 12 heures 30, le maréchal Pétain, nouveau chef du Gouvernement français, a fait un discours officiel à la radio où il annonce qu’il faut cesser le combat et son intention de demander à l’ennemi la signature d’un armistice. Churchill et de Gaulle conviennent dès lors que le second s’exprimera dès le lendemain sur les ondes Mais le Premier ministre, vieux partisan de la fermeté contre Hitler et de la poursuite de la lutte, doit, aidé en cela par Edward Spears, écarter les réticences de certains membres du cabinet, notamment le ministre des Affaires étrangères lord Halifax,  Neville Chamberlain et Clement Attlee, qui ne veulent pas gêner les négociations engagées par le gouvernement Pétain et attendre de voir s’il va effectivement signer l’armistice.

Dans l’après-midi du 18 juin, Élisabeth de Miribel, dans l’appartement que de Gaulle et son aide de camp Geoffroy de Courcel occupent à Seamore Place à Londres, tape à la machine le texte du discours, dont le général de Gaulle a rédigé un premier brouillon dès le 17 juin à Bordeaux au petit matin. De Gaulle transmet les éléments de son discours au ministre de l’Information Duff Cooper qui en communique le projet à Churchill. L’après-midi, le général corrige son texte « en fumant cigarette sur cigarette ».

On sait depuis quelques années que le Gouvernement britannique avait imposé des corrections. Après avoir déjeuné le jour même avec Duff Cooper, ministre britannique de l’Information, le général de Gaulle doit rendre son texte plus neutre, le cabinet de guerre britannique voulant ménager le nouveau chef du Gouvernement français : le début du discours évoquant la trahison du gouvernement de Pétain qui s’est « mis en rapport avec l’ennemi » est modifié. La version réellement prononcée sera longtemps occultée, car c’est la version écrite originale qui sera publiée dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du 15 août 1940, dans le premier numéro du Journal officiel de la France libre le 20 janvier 1941, puis dans les Mémoires de guerre, et dans l’ensemble des recueils de discours du général de Gaulle.

De Gaulle lit son discours sur les antennes de la BBC à Broadcasting House à 18 heures, heure locale, le mardi 18 juin 1940, discours annoncé dans le programme de la BBC à 20 h 15 et diffusé à 22 h.

Le texte issu du Ministry of Information (MOI) est communiqué par la BBC à la presse britannique du lendemain, il est publié par The Times du 19 juin 1940, page 6 col. 3, et le Daily Express, et repris par quelques journaux régionaux français, Le Petit Provençal à la une (colonnes 5 et 6) de son édition de Marseille du mercredi 19 juin 1940.

 

Le texte publié dans la presse le lendemain

Le texte du discours commence par ces deux premières phrases d’introduction :

« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer. »

Le texte qui a été publié par la suite par De Gaulle est présenté comme une restitution du projet original qu’il avait dû modifier à la demande du gouvernement britannique :

« Les Chefs qui, depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l’ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres. »

 

Le contenu du message radiodiffusé le 18 juin

Ainsi qu’en atteste la seule retranscription établie — en allemand — par les services d’écoutes helvétiques, l’appel, tel qu’il a donc été diffusé ce 18 juin, ne se présente pas comme une rupture avec le Gouvernement français :

« Le Gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer. »

Le général de Gaulle expliquera dans ses Mémoires de Guerre les raisons qui lui ont fait ménager le Gouvernement français dans son appel :

« Pourtant, tout en faisant mes premiers pas dans cette carrière sans précédent, j’avais le devoir de vérifier qu’aucune autorité plus qualifiée que la mienne ne voudrait s’offrir à remettre la France et l’Empire dans la lutte. Tant que l’armistice ne serait pas en vigueur, on pouvait imaginer, quoique contre toute vraisemblance, que le gouvernement de Bordeaux choisirait finalement la guerre. N’y eût-il que la plus faible chance, il fallait la ménager. C’est pour cela que, dès mon arrivée à Londres, le 17 après-midi, je télégraphiai à Bordeaux pour m’offrir à poursuivre, dans la capitale anglaise, les négociations que j’avais commencées la veille au sujet du matériel en provenance des États-Unis, des prisonniers allemands et des transports vers l’Afrique. »

C’est ensuite un appel adressé aux officiers et aux soldats français qui se trouvent déjà sur le territoire britannique, où qui viendraient à s’y trouver, à prendre contact avec lui afin de poursuivre le combat avec les Britanniques.

Pour le général de Gaulle, la bataille de France, qui vient certes d’être gagnée par les Allemands, ne signifie pas la fin de la guerre. Car « cette guerre est une guerre mondiale » et la France pourra s’appuyer sur la force industrielle de ses alliés et notamment celle des États-Unis. S’adressant aux soldats français, ce message d’espoir se termine par un appel à la « résistance », dont la flamme « ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas », faisant entrer le terme dans le vocabulaire politique du xxe siècle.

Pour autant, contrairement à une idée courante, l’appel du 18 Juin n’est pas une invitation générale à constituer des réseaux de résistance sur le territoire français. En militaire, de Gaulle  s’adresse avant tout, et de manière explicite, aux militaires (officiers et soldats) et aux spécialistes des industries de l’armement (ingénieurs et ouvriers) en les appelant à appuyer l’effort de guerre du Royaume-Uni. En effet, l’Union soviétique (pacte germano-soviétique) et les États-Unis (en position de neutralité) n’étaient pas alors engagés à soutenir la France.

Le contexte politico-diplomatique et militaire

L’appel répond au discours radiophonique du 17 juin 1940 fait la veille à 12 heures 20 par le maréchal Pétain, devenu président du Conseil :

« À l’appel de Monsieur le Président de la République, j’assume à partir d’aujourd’hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l’affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes ; sûr que, par sa magnifique résistance, elle a rempli ses devoirs vis-à-vis de nos alliés ; sûr de l’appui des anciens combattants que j’ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui dans un dénuement extrême sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.

C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’obéir qu’à leur foi dans le destin de la patrie. »

Dans la version écrite de son appel, le général de Gaulle commence par faire le constat de la situation politique dont il a pris connaissance avec consternation la veille à Bordeaux : à la suite de la démission de Paul Reynaud, le gouvernement (où il occupait la place de sous-secrétaire d’État à la Défense et à la Guerre) est remplacé par celui de Pétain, nommé président du Conseil par le président Albert Lebrun. Dans ce nouveau gouvernement, le général Weygand, commandant en chef des armées, devient ministre de la Défense nationale. Ainsi, dans la première version de l’introduction de son Appel du 18 juin, ce sont Pétain et Weygand que De Gaulle évoque comme « chefs militaires qui sont la cause du désastre », et non Édouard Daladier, général Gamelin et lui-même.

En effet, le 18 mai le chef du gouvernement, Paul Reynaud, avait retiré le portefeuille de ministre de la Défense et de la Guerre à Édouard Daladier pour exercer lui-même ces fonctions, et nommé le général Weygand comme généralissime à la place du général Gamelin. Weygand nomme de Gaulle le 25 mai général à titre temporaire, avec effet le 1er juin, comme commandant de la 4e DCR, puis le cite de façon très élogieuse le 31 mai à l’ordre de l’armée pour son action à la Bataille d’Abbeville.

Entre le 26 mai et le 2 juin, l’armée belge faisait défection, et la Grande-Bretagne décidait, sans concertation avec le commandement français, de replier son armée en rembarquant par Dunkerque la totalité de son corps expéditionnaire de 200 000 hommes, ainsi que 140 000 Français, laissant le reste de l’armée française seule face aux Allemands.

Le 6 juin, Reynaud avait nommé, contre l’avis de Pétain et Weygand, de Gaulle sous-secrétaire d’État à la Défense et à la Guerre, avec, à sa demande, mission prioritaire d’obtenir un appui militaire renforcé de Churchill qu’il avait rencontré le 9. De Gaulle avait participé les 11 et 12 juin à l’ultime réunion du Conseil suprême interallié lors de la conférence de Briare, où il avait fait forte impression sur les Britanniques et où Churchill avait tenté de convaincre le gouvernement français de continuer la guerre malgré la retraite de l’armée britannique, tandis que le général Weygand avait vainement tenté d’obtenir l’intervention des 25 escadrilles de chasse de la RAF qui avaient été promises en 1939 pour pousser la France à entrer en guerre, mais que Churchill réservait en cas d’attaque directe de l’Angleterre.

Le 16 juin, depuis Londres, de Gaulle a dicté au téléphone la note de Jean Monnet à Paul Reynaud, intitulée Anglo-French Unity, projet d’une Union franco-britannique votée le jour même par la Chambre des communes, consistant dans la fusion des armées, notamment des marines, des territoires, des colonies et du gouvernement français dans l’Empire britannique. Il fait valoir à Paul Reynaud que dans le cadre « d’un gouvernement unique franco-britannique, monsieur le président, vous […] pouvez être président du cabinet de Guerre franco-britannique »

Le représentant de Churchill auprès du gouvernement français, le général Edward Spears, est venu en avion à Bordeaux le 17 juin pour tenter de convaincre Paul Reynaud, chef du gouvernement, et Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, de rejoindre Londres, mais sans succès. En effet, Reynaud avait démissionné la veille et Mandel était en attente d’embarquer à bord du paquebot Massilia avec l’intention de continuer la guerre depuis l’Afrique du Nord. Voyant qu’il n’avait aucune place dans le nouveau gouvernement Pétain, l’ex sous secrétaire d’État à la guerre De Gaulle décide de repartir à Londres avec son officier d’ordonnance le lieutenant Geoffroy de Courcel et profite le jour même de l’avion de Spears.

Sur les modalités du départ, les versions de Spears et de De Gaulle se contredisent Spears relate que De Gaulle était demandeur et qu’il a fait croire à un enlèvement). Pour De Gaulle la version du général Spears est de l’ordre de « récits romanesques » et pour Geoffroy de Courcel, elle est « du plus haut comique, en même temps que tout à fait invraisemblable ». Jean Lacouture juge la version de Spears « pittoresque ».

À peine arrivé à Londres, il reçoit l’ordre de rentrer et écrit le 20 juin au général Weygand, devenu ministre de la guerre: « Mon général, j’ai reçu votre ordre de rentrer en France. Je me suis donc tout de suite enquis du moyen de le faire car je n’ai, bien entendu, aucune autre résolution que de servir en combattant ».

 

Réception des différents appels : radio, presse, affiche

L’affiche, rédigée au 4, Carlton Gardens à Londres, est placardée le 5 août exclusivement dans des rues de Londres.

L’appel radiophonique du 18 juin n’a été entendu que par peu de Français. En effet, les troupes étaient prises dans la tourmente de la débâcle, quand elles ne poursuivaient pas le combat, tout comme la population civile. Les Français réfugiés en Angleterre n’étaient pas au courant de la présence du général, et beaucoup ignoraient son existence.

Quelques hommes politiques français dirent l’avoir entendu le soir du 18 juin, comme Pierre Mendès France, André Philip et Maurice Schumann.

Les plus avertis n’en entendent parler que les jours suivants par un communiqué de la version officielle, dans la presse britannique en particulier, ou par ouï-dire.

L’information est également reprise par la suite dans certains journaux français (Le Progrès de Lyon, Le Petit Marseillais, en troisième page, Le Petit Provençal, en première page, dans la version prononcée à la radio qui censure deux phrases jugées trop sévères à l’encontre du Gouvernement français) et étrangers. Au Québec, seul le journal Le Soleil signale l’appel du général. Le journal Shenbao, « le quotidien de Shanghai », évoque le général les 24 et 25 juin. Le Los Angeles Times, le New York Times et The Times vont aussi en parler dès le lendemain.

Ce n’est donc qu’ultérieurement, après avoir lancé d’autres appels encourageant les Français de la Métropole, de l’Empire et d’ailleurs à résister, que ce discours est notoirement connu. Par sa médiatisation, la condamnation à mort du général de Gaulle par le tribunal militaire permanent de la 13e région, séant à Clermont-Ferrand, le 2 août 1940 suivant, a largement contribué à le faire connaître en France ; l’information paraît ainsi en une de Paris-Soir et du Figaro.

L’appel du 18 Juin marque néanmoins le début de la France libre qui, formée uniquement de volontaires (bien qu’initialement très peu nombreux), poursuit le combat sur terre, sur mer et dans les airs auprès des Britanniques et représente, face au régime de Vichy, la France qui se bat. L’évasion la plus impressionnante fut celle de l’île de Sein au nombre de 133 pêcheurs. Le général de Gaulle vint rendre hommage à l’épopée patriotique des Sénans en 1946 et en 1970.

Éléments du discours

Pour s’exprimer, Charles de Gaulle a choisi l’appel, qui fait partie des pratiques de rhétorique publique. L’appel suscite souvent l’émotion, et présente une direction à emprunter. Selon les mots du philosophe et rhétoricien Philippe-Joseph Salaza, ce genre, pour être efficace, doit « désigner le mal, choisir son moment » et « stimuler un destin, c’est-à-dire que chacun se sente personnellement face à un choix radical » Ici, de Gaulle mobilise toutes ces composantes afin de soulever le peuple français. L’appel rejoint aussi la notion militaire de l’ordre du jour, puisqu’il pointe du doigt les actions qui doivent être entreprises, les ennemis à abattre et l’objectif à remplir. Lors de cet appel du 18 juin, le général mobilise la « propagande d’agitation », théorisée par Robert Bernier, qui selon ce dernier, vise à « faire bouger un auditoire dans une direction » avec un certain succès. À travers ce discours, il souhaite inciter les français à ne pas accepter l’armistice, il s’engage donc dans un acte perlocutoire, théorisé par le linguiste John Langshaw Austin, qui consiste à faire faire quelque chose à quelqu’un en disant ce que l’on dit, comme énoncé dans son ouvrage Quand dire, c’est faire (1970).

Charles de Gaulle rappelle le contexte des évènements, est réaliste et présente la situation telle quelle ; procédé efficace lorsque l’on veut ensuite susciter l’espoir selon les linguistes Jean-Michel Adam et Thierry Herman. Il utilise de nombreux procédés stylistiques, comme les répétitions, qui marquent l’implication et la volonté du général à défendre la France. Les répétitions de la phrase exclamative, prononcée dans son discours : « [Car la France] n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule » permet de charger le discours d’émotion, d’autant plus que la radio assure une certaine dramaturgie grâce à l’écoute de la voix. Lors de ce discours, il utilise la première personne afin de se positionner en tant que leader, et reste optimiste, afin d’être la source d’une espérance. Il emploie l’anaphore, afin d’apporter un effet d’amplification à son texte, un effet de puissance qui augmente à chaque mot : « Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale ».

Construction d’un homme et d’un symbole

Au travers de cet appel, de Gaulle sera présenté par la suite comme l’élément déclencheur de l’engagement et de la résistance des français, ce qui va contribuer à faire de lui un symbole de l’esprit résistant et de « l’honneur, [de] la raison [et de] l’intérêt national », selon ses propres mots. Par cette prise de parole publique, Charles de Gaulle savait quelle figure il allait désormais incarner, en évoquant le « rassemblement de la nation » et « l’esprit de fierté ».

L’appel du 18 juin symbolise l’« hyperparole présidentielle » du général. Il va se construire et se présenter en tant que leader, la réponse positive à ce discours légitimerait alors l’action de Charles de Gaulle. Il se fait « déjà président en parlant comme un président ». Pour Jean Lacouture, le 18 juin « n’est dans cette carrière fracassante ni un miracle ni une révolution. C’est un paroxysme ». Cet évènement va poser la première pierre de la carrière politique du général, qui y voyait lui-même une opportunité : « Et puis pourquoi ne pas le dire, il y avait l’ambition. J’étais un ambitieux politique et il y eut la rencontre de la circonstance et de l’ambition. » Il confirme alors son « entrée décisive et définitive en politique ». De Gaulle est un homme de communication, il sait et saura toujours écrire ; en tant que militaire il connait l’utilité de la radio, et sait comment être « chef » même en politique. De Gaulle est vu comme « un animal politique ». Il dira à Gaston Palewski : « la radio, c’est une arme redoutable ». Pour de Gaulle, c’était l’outil idéal pour diffuser son message : « La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela ».

Confusions et variantes

Plusieurs précisions sont à apporter au sujet de l’appel du 18 juin 1940.

Si le texte du 18 juin est connu, il n’existe aucun enregistrement du discours lu par le Général Les documentaires lui substituent souvent l’appel du 22 Juin (dont l’enregistrement, lui, nous est parvenu), mais sans toujours préciser qu’il ne s’agit pas (et qu’il ne peut s’agir) de celui du 18. Si la teneur des deux textes est assez proche, dans celui du 22 juin, le général de Gaulle présente une argumentation plus solide, le jour même de l’armistice franco-allemand.

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L’affiche « À tous les Français » , placardée le 5 août, à ne pas confondre avec l’appel du 18 Juin.

Par ailleurs, l’appel du 18 Juin est très souvent confondu avec le texte de l’affiche « À tous les Français » qui fut signée au 4, Carlton Gardens à Londres, et placardée le 5 août sur les murs de Londres. L’un et l’autre textes ont été publiés en première page du no 1 du Bulletin officiel des Forces françaises libres le 15 août 1940.

Un notaire français, Jacques Fourmy, et l’historien suisse Christian Rossé, ont retrouvé les retranscriptions de l’appel réalisées par les services d’écoute de l’Armée suisse, texte authentique paru pour la première fois et retraduit en français dans la Revue Historique et Archéologique du Maine, 1990, p. 57-59. Cela constitue sans doute le seul enregistrement papier original. « Dans les archives fédérales suisses de Berne, le compte-rendu du discours du général du Gaulle apparaît dans le Bulletin no 153 publié par le Gruppe Ohr (Service écoute de la division presse et radio de l’État-Major suisse) à 6 heures le 19 juin 1940, à la page 3. »

Avant le 18 juin 1940, le texte de l’appel existe déjà en plusieurs versions, la plus fidèle aux intentions du général de Gaulle datant probablement du 16 juin10. Le texte du 18 juin est notamment inspiré du discours prononcé par de Gaulle le 21 mai à Savigny-sur-Ardres au lendemain de la bataille de Montcornet.

Le Petit Provençal publie le communiqué de la BBC à la une (colonnes 5 et 6) de son édition de Marseille du mercredi 19 juin 1940.

The Times du 19 juin 1940, page 6 col. 3, et le Daily Express ne transmettent pas le texte prononcé par le général à la BBC, mais celui issu du Ministry of Information (MOI) qui deviendra l’Appel retenu par l’Histoire.

Le général de Gaulle a en outre été filmé, le 2 juillet 1940, prononçant une version légèrement différente de son appel, pour les actualités cinématographiques.

Quelques photographies du général de Gaulle lisant face à un micro de la BBC sont souvent utilisées pour illustrer l’appel du 18 Juin, mais aucune ne semble dater de ce jour-là.

Il existe des divergences concernant l’heure de diffusion de l’appel. Il aurait été enregistré à 18 heures, annoncé à 20 h 15 et diffusé à 22 heures. La fondation Charles-de-Gaulle évoque les mêmes horaires. Selon le professeur d’histoire Pierrick Hervé, Charles de Gaulle se serait présenté à la BBC à 18 heures et aurait prononcé son discours peu après. Selon une autre source, l’appel aurait été diffusé à 20 heures et résumé brièvement et de façon moins accusatrice à 23 heures.

Mémoire

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Monument élevé en 1963 à Jersey par les Français libres, remerciant les habitants de l’île pour l’aide qu’ils leur ont apportée, lorsqu’ils ont franchi la Manche pour rejoindre de Gaulle à la suite de son appel.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac souligne que la célébration de l’appel du 18 Juin a commencé dès le 18 juin 1941 : dans un discours prononcé au Caire devant le Comité national français d’Égypte et relayé par la radio de Londres, le général de Gaulle fait coïncider son appel du 18 juin 1940 avec la naissance de « la France libre ». Le même jour, à l’appel de l’Association des Français de Grande-Bretagne, se tient une « Manifestation pour commémorer le premier appel du Général de Gaulle » au Cambridge Theatre  à Londres sous la présidence de l’amiral Muselier qui prononce l’allocution inaugurale, avec un discours du professeur René Cassin et une lecture de l’appel du général de Gaulle.

Le 18 juin 2005, l’appel du 18 Juin a été classé par l’Unesco sur le registre international Mémoire du monde, où sont recensés depuis 1992 les documents du patrimoine documentaire d’intérêt universel, en vue d’assurer leur protection. L’inscription, proposée conjointement par l’Institut national de l’audiovisuel (INA, France) et la BBC, concerne quatre documents considérés comme les témoignages clés de l’événement : le manuscrit du texte de l’appel radiodiffusé du 18 Juin, l’enregistrement radiophonique de l’appel du 22 juin, le manuscrit de l’affiche « À tous les Français » du 3 août et l’affiche elle-même. L’exactitude du dossier remis à l’Unesco à cette occasion est néanmoins contestée par l’historien François Delpla.

Le 10 mars 2006, à l’initiative de la Fondation de la France libre, le « 18 Juin » a été institué par décret journée nationale non chômée « commémorative de l’appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l’ennemi » Cette journée rend hommage à « l’ensemble des résistants français, c’est-à-dire tous ceux qui ont refusé la défaite et continué à se battre, que cela soit dans les Forces françaises libres, à la tête d’un journal clandestin, sur les bancs de l’Assemblée consultative provisoire d’Alger ou dans un maquis ».

Plusieurs timbres commémoratifs ont été émis par La Poste :

un timbre de 20 centimes, pour le vingtième anniversaire, émis le 20 juin 1960 ;

un timbre en 1964 ;

un timbre pour le cinquantième anniversaire, émis en 1990 ;

un timbre pour le soixante-dixième anniversaire, émis en 2010.

De même, plusieurs pièces commémoratives ont été frappées par la Monnaie de Paris :

des pièces de 500 francs (en or) et de 100 francs (en argent), en 1994 ;

une pièce de 2 euros française, pour le soixante-dixième anniversaire, en 2010.

Parodies

Le Mouvement du 22 Mars diffuse une parodie de l’appel en 1968.

L’Appel du 18 joint est un manifeste publié en 1976, appelant à la légalisation du cannabis, dont le titre est un jeu de mots entre « juin » et « joint ».

 

Bibliographie

Henri Amouroux (ill. carte Henri Jacquinet), Le 18 juin 1940, Editions J’ai Lu, coll. « J’ai lu Leur aventure » (no A174), 1967, 512 p., poche.

Charles de Gaulle et Jean-Louis Crémieux-Brilhac, L’appel du 18 Juin et les appels du général de Gaulle des mois de juin et juillet 1940, Paris, Armand Colin, 2010, 127 p. ,

François Delpla, L’Appel du 18 juin 1940, Parsi, Grasset, 2000, 314 p. .

Jacques Fourmy, Jean-Christophe Averty, Jacques Blanc, Jürgen Klötgen, 18 juin 1940, « L’Appel du Général de Gaulle – Des Documents », Revue Historique et Archéologique du Maine, Le Mans, 1990, p. 49-80.

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L’Appel, 1940-1942, Plon, Paris, 1954, p. 69-71.

Éric Roussel, Charles de Gaulle, Paris, Gallimard, 2002, 1032 p.

Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, 1987 (réimpr. 2008), 789 p.

Jean Lacouture, Charles de Gaulle, I. Le rebelle – 1890-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1984, 869 p. (

Aurélie Luneau, L’Appel du 18 Juin, Perrin, 2020.