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Des prêtres et des scandales dans l’Eglise de France : du Concile de Trente à Vatican II

Des prêtres et des scandales : dans l’Eglise de France du Concile de Trente au lendemain de Vatican II

Anne Philibert

Paris, Le Cerf, 2019. 461 pages.

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Présentation de l’éditeur

Qu’en a-t-il été des crimes et délits des curés en France au XIXe et au XXe siècle ? À l’heure où l’Église est dans la tourmente de la pédophilie, un regard historique salutaire.

Au milieu d’une actualité saturée par des scandales qui ont ébranlés l’Église, voici la grande étude historique qui fait enfin le point sur la question. Qu’en a-t-il été des crimes et des délits des membres du clergé, particulièrement en France au XIXe et au XXe siècle ? Comment la hiérarchie a-t-elle traité ces transgressions du point de vue de la doctrine, de la morale, de la justice ? Et quel impact ont-elles eu dans l’opinion ? Enfin, en quoi l’évidence du mal heurte-t-elle le sens du sacré en son tréfonds ?
Cette plongée sans concession dans les archives secrètes et inédites de la face noire du sacerdoce se veut d’abord une contribution salutaire à l’appel à la consécration qu’il implique.
Un livre courageux.

 Biographie de l’auteur

Ancienne élève de l’École normale supérieure et de l’ENA, Anne Philibert est docteur en histoire. Elle est l’auteur de Henri Lacordaire aux Éditions du Cerf

  

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L’Église face au scandale dans l’histoire

 Les scandales d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier ? L’historienne Anne Philibert retrace la manière dont le catholicisme a regardé le scandale à travers les époques, entre le XVIe et le XXe siècle.

 Si l’Église catholique fait aujourd’hui face à un grand scandale autour des prêtres pédophiles, cette institution a, par le passé, connu de nombreuses périodes « scandaleuses »… Et a su les dépasser. « On pourrait faire une liste de différents prêtres qui, au long des siècles, ont été perçus comme scandaleux pour leur époque, mais cette “litanie” de faits divers ne me semble pas permettre de comprendre le rapport de l’Eglise à la notion de “scandale” », explique l’historienne Anne Philibert. Dans son ouvrage Des prêtres et des scandales, la biographe du père Henri Dominique Lacordaire a préféré tenter d’analyser « le propos de l’Église sur elle-même, sa perception de sa mission, la relation que ses ministres doivent avoir avec les gens et sa définition même du scandale ».

 Scandale : une parole ou acte répréhensible qui sont pour le prochain une occasion de péché ou de dommage spirituel.
– dictionnaire Larousse

 Si le dictionnaire Larousse explique que le scandale est un « effet fâcheux, [une] indignation produit dans l’opinion publique par un fait, un acte estimé contraire à la morale, aux usages », une « grave affaire malhonnête, honteuse qui a un grand retentissement dans le public », une « querelle bruyante », un « fait qui heurte la conscience, le bon sens, la morale, suscite l’émotion, la révolte », il finit par en rappeler le caractère religieux : le scandale est aussi « une parole ou acte répréhensible qui sont pour le prochain une occasion de péché ou de dommage spirituel ». Car, rappelle Anne Philibert, dans la communauté chrétienne primitive, « scandaliser, c’est “entraîner quelqu’un au péché”. Le sens de choc, de provocation au péché, d’occasion de péché s’est imposé petit à petit. Est scandale ce qui provoque l’indignation, la révolte, parce que le scandale est cause de préjudice moral ou spirituel ». Elle précise alors qu’une distinction née entre deux formes de scandale : « Le scandale actif, qui consiste à provoquer le scandale, et le scandale passif, qui consiste à en être victime. (…) Dans la tradition de l’Église catholique, le scandale est grave à cause de son lien avec le péché. Ce lien n’est pas toujours direct : c’est une occasion. Cela veut dire qu’il y a des gens qui, à cause de l’occasion que crée le scandale, trébucheront et d’autres qui ne trébucheront pas. Cette manière de voir explique que, dans la tradition catholique, le scandale est d’autant plus grave qu’il touche plus de témoins. »

 Étudiant la période entre le concile de Trente et les lendemains du Vatican II, Anne Philibert observe que la nature du scandale change en fonction des périodes, mais surtout selon le point de vue de celui qui le dénonce. « Le grand souci du concile de Trente, convoqué en 1542, c’est la dignité du prêtre. Au XVIe siècle, les prêtres incultes, paillard, ivrognes représentent le plus grand scandale aux yeux des évêques. La formation est alors très inégale et non obligatoire, il n’existe pas encore de séminaire, raconte-t-elle. Chez les fidèles par contre, sur toutes les époques étudiées, ce sont les prêtres gloutons ou égoïstes qui choquent : la charité de l’Église étant le seul secours pour beaucoup d’entre eux, les prêtres avares sont scandaleux, même au sens spirituel, et les théologiens du XVIIIe et XIXe siècle disent même d’eux qu’ils sont “des prêtres athées”. » Bien sûr, il y a des tentations permanentes toute époque confondue : « les femmes, le vin, faire bombance », souligne l’historienne, mais « le scandale causé par des prêtres est d’abord constitué par des actes qui sont perçus comme des manquement aux vertus ». Avec des évolutions : « Les paysans bourguignons ne s’émouvait qu’un prêtre concubin élève ses enfants au presbytère au XVIe siècle. Au fil des décennies, cela a choqué de plus en plus et un double contrôle s’est instauré : le prêtre devient de plus en plus surveillé par ses ouailles, mais celui-ci devient aussi plus attentif à la moralité et aux moeurs des paroissiens. »

 Le scandale causé par des prêtres est d’abord constitué par des manquement aux vertus.
– Anne Philibert, historienne

 La France est ensuite un terreau particulier pour les « scandales intellectuels », selon Anne Philibert : « À côté des histoires relatives à la conduite des prêtres, il apparaît que les scandales causés par les questions politiques au sens large ont tenu une place importante dans l’Église de France. Le Français a un amour des idées. Les scandales liés aux idées religieuses ou politico-religieuses ont eu beaucoup d’écho : le jansénisme, puis la Révolution française jusqu’à l’adhésion à la République qui n’allait pas de soi. » Ainsi certains de ceux qui questionnent l’exégèse à une époque se sont retrouvés à l’index… pour finir réhabilités par la suite. Car l’historienne note qu’un même fait scandaleux peut évoluer et perdre son caractère sulfureux au cours du temps. « Il y a une historicité du scandale au sein même de l’Histoire de l’Église, comme le montre le rapport au peuple juif dans la liturgie catholique », explique Anne Philibert. Il fut une époque où il était scandaleux de s’agenouiller le Vendredi saint lors de la prière pour « les juifs perfides »… et quelques décennies plus tard, il est devenu scandaleux de réciter cette même prière.

 Et les abus sexuels sur mineurs ? Anne Philibert insiste d’abord sur la difficulté à enquêter sur le sujet : « Des archivistes diocésains m’ont confié qu’au début du siècle, les dossiers des prêtres condamnés ou accusés publiquement de pédophilie étaient souvent mis à part, qu’ils étaient plus sujets à des pertes ou des destructions. Je me suis aussi heurtée par endroit à la méfiance des évêchés, nécessaires pour avoir accès aux premières sources d’une historienne, les archives. » Prenant acte d’un document du Saint-Office posant dès 1922 des règles à l’encontre des prêtres agressant des enfants, Anne Philibert se penche donc sur une trentaine d’exemples de prêtres accusés ou condamnés dans les années 1920-1930. « Ce qui est certain, c’est que le problème existait déjà à l’époque, souligne-t-elle. Ensuite, les recommandations de Rome étaient : sanctions et secret. Mais en regardant les données que l’on a, on a l’impression que les sanctions – contrairement au secret – n’ont pas été appliquées avec la sévérité nécessaire par les évêques : sur les cas étudiés, presque tous les prêtres présents à l’audience et condamnés ont été mutés et ont souvent continué à avoir un ministère actif. »

 Je ne connais pas de plus grand scandale que l’impunité d’un prêtre scandaleux.
– Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens sous Louis XV

 Si la logique du secret reprend cette vision catholique du scandale public – considéré « plus grave que le scandale secret, en vie spirituelle par ce spectacle affligeant », « ce cadre mental peut expliquer la pratique répandue consistant à étouffer autant que possible le scandale », note Anne Philibert. L’historienne, refusant les généralités, n’oublie pas de préciser de notables exceptions à cette « culture du silence » dans l’Église au long des siècles, « comme Mgr d’Orléans de la Motte, évêque d’Amiens sous Louis XV, qui déclarait : “Je ne connais pas de plus grand scandale que l’impunité d’un prêtre scandaleux.” »vertu de l’idée que chacun des témoins est susceptible d’être affecté dans sa vie spirituelle »

 

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CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LE CONCILE VATICAN I ET PIE IX, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878), VATICAN

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

Le Concile Vatican I et le Pape Pie IX

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Premier concile œcuménique du Vatican

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Le premier concile œcuménique du Vatican, ou simplement appelé Vatican I, est le XXe concile œcuménique de l’Église catholique. Il se tient du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Convoqué par Pie IX, il définit notamment l’infaillibilité pontificale. Il est interrompu quand les troupes italiennes envahissent Rome. Suspendu sine die, il n’est jamais repris.

Contexte

 Contexte historique

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Ce concile s’inscrit dans un contexte géo-politique très troublé, marqué sur le plan italien par le Risorgimento – l’unification italienne et la fin des ‘États pontificaux’ – et leur corollaire que l’on appellera la question romaine, et sur le plan international par la guerre franco-prussienne de 1870.

Le concile, dont l’œcuménicité n’est pas reconnue par les Églises orientales, s’ouvre alors que, depuis 1861, le pape a perdu son pouvoir temporel sur les États pontificaux, à l’exception de la ville de Rome, et que Rome est elle-même sous la protection des troupes françaises de Napoléon III.

 

Contexte ecclésiastique

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Pie IX évoque en privé, pour la première fois, la tenue d’un nouveau concile œcuménique le 6 décembre 1864, lors d’une session de la Sacrée congrégation des rites. Le précédent concile, celui de Trente, s’était clos trois siècles auparavant. Au cours de l’année 1865, le pape mène des consultations auprès de l’épiscopat de rite latin sur des questions de discipline.

Le 28 juin 1867, à l’occasion de la fête des saints Pierre et Paul, il annonce son intention de convoquer un concile. Il remet aux évêques présents un questionnaire sur l’état de l’Église.

Le 28 juin 1868, la bulle d’indiction Æterni Patris convoque les évêques catholiques pour un concile devant se tenir à Rome dès le 8 décembre 1869. La bulle trace le programme de la future assemblée : défense de la foi contre les erreurs du temps, précédemment condamnées par le Syllabus ; mise à jour des canons du concile de Trente. Une invitation est envoyée à l’ensemble de l’épiscopat catholique et même à des dignitaires orthodoxes.

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Le concile est ouvert le 8 décembre 1869. Sur les mille évêques invités, les trois quarts sont présents. Tout de suite une majorité infaillibiliste et une minorité s’opposent, comportant toutes deux d’importants prélats. La majorité comprend notamment le cardinal Bilio, et divers évêques dont Mgr Dechamp (Malines), Mgr Manning  (Westminster), Mgr Pie (Poitiers) et la plupart des évêques italiens, très nombreux (35 % des participants).

La minorité comprend notamment les cardinaux Rauscher (Vienne), Mathieu (Besançon), Schwarzenberg (Prague) et divers évêques dont Mgr Simor (primat de Hongrie, Mge Ketteler (Mayence), Mgr Dupanloup (Orléans), Mgr Darboy (Paris), Mgr Place (Marseille) et beaucoup d’autres évêques allemands et français. Les Églises orientales catholiques sont réticentes. L’ensemble des évêques   melkites, conduit par leur patriarche Grégoire II Joseph, et plusieurs évêques orientaux chaldéens (dont Joseph VI Audo) font également partie de la minorité.

 

Suspension des travaux

Après plusieurs sessions, des travaux difficiles et des débats complexes, seules deux constitutions dogmatiques ont finalement pu être votées et ratifiées quand, le 20 septembre 1870, les troupes italiennes pénètrent dans Rome.

Le 9 octobre, ce qui reste des États pontificaux est intégré au nouveau Royaume d’Italie par plébiscite (référendum). Le concile est matériellement empêché de poursuivre ses travaux. Aussi, le 20 octobre, Pie IX le suspend-t-il sine die.

 

Les deux constitutions dogmatiques

La première constitution dogmatique du Concile Vatican I, Dei Filius, sur les rapports entre foi et raison (dont le texte fut préparé par le théologien Jean-Baptiste Franzelin), est votée à l’unanimité par les Pères conciliaires et ratifiée aussitôt par le pape le 24 avril 1870.

La deuxième constitution dogmatique, Pastor Æternus, qui devait être un traité complet sur l’Église du Christ, reste inachevée. Seule la dernière partie sur le rôle de la papauté dans l’Eglise et son dernier chapitre sur l’infaillibilité pontificale sont votés et promulgués, en juillet 1870, par le pape Pie IX. L’absence d’un texte complet a donné une place et importance disproportionnée à la question de l’infaillibilité pontificale.

 L’infaillibilité pontificale

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Une partie de la presse romaine et parisienne, inspirée par l’ultramontanisme, avait développé l’idée que le but principal du concile serait de définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Le même Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte dans lequel il condamnait, parmi d’autres ‘idées modernes’, la « liberté de conscience ». Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel.

Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, après avoir consulté l’ensemble de l’épiscopat catholique mais sans en référer à un concile comme il est de coutume lorsqu’il s’agit de questions touchant la foi catholique.

En janvier 1870, une pétition lancée par quelques évêques demande qu’on mette à l’ordre du jour du concile la question de l’infaillibilité pontificale : elle recueille la signature de plus de 400 des quelque 700 évêques présents. Peu après, 136 évêques signent une pétition en sens contraire. Les évêques et les cardinaux de la minorité étaient soutenus par plusieurs personnalités connues en Europe, comme l’évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup, l’historien allemand Ignaz von Döllinger, l’évêque de Mayence, Wilhelm Emmanuel von Ketteler. Entre les deux partis les débats furent tumultueux. On évoqua en particulier quelques cas supposés d’erreurs doctrinales commises par des papes : Honorius Ier, condamné par le troisième concile de Constantinople (680-681), Libère, Vigile, Jean XXII. Les débats historiques font alors appel à d’autres travaux érudits, tels ceux de du théologien Alphonse de Liguori, ou ceux, plus contemporains de Rohrbacher (1789-1856) dans sa monumentale histoire de l’Église, ou encore ceux de Dom Guéranger (1805-1875), le restaurateur de l’Abbaye bénédictine de Solesmes, pour contrer les accusations portées contre certains papes évoqués ci-dessus.

Après de longs débats, le 13 juillet 1870, c’est encore un quart de l’assemblée qui exprime son désaccord. Les tractations reprennent, des précisions sont apportées, mais sans rallier pourtant l’ensemble de la minorité : 55 évêques de la minorité décident alors de s’abstenir et de quitter Rome plutôt que de voter non. Le 18 juillet 1870, le concile, par les voix de 533 des 535 Pères présents, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée.

Cette infaillibilité pontificale est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu’« une doctrine doit être tenue par toute l’Église ». Les deux Pères qui avaient voté non et ceux qui s’étaient abstenus se rallient alors, après la ratification par le pape du vote du concile.

 

Réception du concile

Le monde catholique accepta dans son ensemble les décisions conciliaires, à l’exception de quelques-uns dont l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, éminente personnalité du monde intellectuel catholique. Il n’empêche qu’un groupe d’irréductibles se sépara de l’Église catholique romaine à cette occasion. C’est la naissance de l’Église des ‘Vieux catholiques’.

 

 

Bibliographie

Texte de Dei Filius [archive]

Texte de Pastor Aeternus [archive]

Cl. Bressolette, « Vatican I », in Dictionnaire critique de théologie, Jean-Yves Lacoste (dir), 1998, PUF, pp. 1200-1202 ;

  1. Congar, L’Église. De saint Augustin à l’époque moderne, Paris, Cerf, 1997, notamment pp. 440-450 ;

David Douyère, Communiquer la doctrine catholique : Textes et conversations durant le concile Vatican II d’après le journal d’Yves Congar, Genève, Labor et Fides, 2018, 258 p. 

Ch. Theobald, « La constitution dogmatique Dei Filius du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 259-313 ;

Ch. Theobald, « Première constitution dogmatique sur l’Église du Christ : Pastor Aeternus du concile de Vatican I » in Histoire des dogmes, T. 4, B. Sesboüé (dir), Cerf, 1996, pp. 315-344 ;

  1. Schatz, La primauté du pape. Son histoire, des origines à nos jours, Cerf, 1992, notamment les pp. 225-242 ;
  2. Thils, Primauté et infaillibilité du Pontife romain à Vatican I et autres études d’ecclésiologie, Presses de l’Université de Louvain, Louvain, 1989 ;
  3. Gadille, « Vatican I, concile incomplet ? », Le Deuxième concile du Vatican, Actes du colloque de l’École française de Rome, Rome, 1989, 33–45 ;
  4. Thils, La Primauté pontificale. La doctrine de Vatican I, les voies d’une révision, Duculot, Gembloux, 1972 ;
  5. Conzemius, « Pourquoi l’autorité pontificale a-t-elle été définie précisément en 1870 ? », Concilium, n° 64, 1971 ;
  6. Gadille, Albert du Boys. Ses « Souvenirs du Concile du Vatican », Nauwelaerts, Louvain, 1969 ;
  7. Thils, L’Infaillibilité pontificale, Gembloux, 1969 ;
  8. Aubert, « La Composition des commissions préparatoires du IerConcile du Vatican », in Reformata reformanda, t. II, Münster, 1965 ;
  9. Aubert, Vatican I, L’Orante, Paris, 1964 (avec bibliographie) ;
  10. Rondet, Vatican I, le concile de Pie IX. La préparation, les méthodes de travail, les schémas restés en suspens, Lethielleux, Paris, 1961 ;
  11. Aubert, Le problème de l’acte de foi, Louvain, 1952 ;
  12. Cecconi, Histoire du concile du Vatican, Librairie Victor Lecoffre, 1887.

Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) – Chapitre 2 : « Infaillible, le pape ? » (p. 28-49)

 

 

Le Pape Pie IX (1792-1878)

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Giovanni Maria Mastai Ferretti, né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 février 1878, est le 255e pape de l’Église catholique, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX). Son pontificat de 31 ans est le plus long de l’histoire de la papauté après, selon la tradition, celui de Pierre.

Aux prises avec la vague révolutionnaire qui bouleverse la politique européenne, Pie IX est partagé entre le statut de pasteur universel et celui de pape-roi d’un État indépendant. Résolument conservateur, il est l’auteur du Syllabus et de l’encyclique Quanta cura, qui condamnent toute forme de modernisme dans l’Église. Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception. Il convoque le premier concile œcuménique du Vatican qui définit notamment l’infaillibilité pontificale, ce qui élargit encore la fracture entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes qui en sont séparées. Le concile, ayant accompli son but principal, est suspendu sine die quand les troupes piémontaises envahissent Rome. Pie IX, dernier souverain des États pontificaux, se déclare alors « prisonnier du Vatican », situation qui va, dès lors, provoquer la Question romaine, qui ne trouvera sa solution qu’en 1929, avec la signature du traité du Latran entre l’État du Vatican, qui devient alors de droit international, et l’État italien.

Son procès en béatification est ouvert en 1907 par le pape Pie X, ce qui ne va pas sans provoquer des controverses, la Question romaine étant encore, à cette époque, d’une brûlante actualité. Sous les papes Benoît XV et Pie XI le procès suit très prudemment son cours. Le pape Pie XII le fait activer en 1954 ; il aboutit enfin sous Jean Paul II, qui le proclame solennellement bienheureux en 2000.

 

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti est le fils du comte Girolamo Mastai Ferretti et de la comtesse, née Caterina Solazzi, qui ont eu huit autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à des crises d’épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonné prêtre en 1819, il est nommé directeur spirituel d’un célèbre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l’envoie au Chili en tant qu’auditeur de Mgr Muzi, délégué apostolique. En 1825, à son retour, il est nommé par Léon XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l’hôpital San Michele. En 1827, il est fait archevêque de Spolète. En 1832, il est transféré au diocèse d’Imola en prenant le titre personnel d’archevêque.

Le pape Grégoire XVI le crée cardinal in pectore lors du consistoire du 23 décembre 1939. Sa création est publiée le 14 décembre 1840. Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

 

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Le 16 juin 1846 s’ouvre le conclave suivant la mort de Grégoire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d’État de Grégoire XVI, est le favori des conservateurs tandis que le cardinal Mastai Ferretti est le favori des libéraux.

Le cardinal Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archevêque de Milan, arrive trop tard pour remettre l’exclusive prononcée par l’empereur d’Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre le cardinal Mastai Ferretti ; celui-ci, ayant recueilli les deux tiers des voix, accepte la tiare et prend alors le nom de « Pie IX », en hommage à Pie VII.

 

Des débuts libéraux

Pie IX bénéficie à la suite de son élection d’une grande popularité au sein de la population italienne : durant son épiscopat en Romagne, il n’a pu ignorer le besoin de réformes dont souffrait l’État pontifical et que le soulèvement de Rimini, en 1845, avait démontré. Les premières années de son pontificat sont marquées par des mesures libérales qui s’opposent aux méthodes de Grégoire XVI et de son secrétaire d’État, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secrétaire d’État le cardinal Gizzi.

 

Les premières mesures

le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848 : le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église, qui institue deux Chambres et le Sacré Collège des cardinaux présidé par le pape. C’est l’époque des réformes politiques ;

Il crée le Conseil d’État ;

Il institue la liberté de la presse ;

Il établit une commission laïque chargée de la censure ;

En 1847, il établit ainsi une Consulta, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population ; et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois ;

En 1867, il a béatifié toutes les victimes du Grand martyre de Nagasaki.

Cette période est également celle de l’entrée dans la modernité pour les États pontificaux : à la différence de Grégoire XVI, qui les considérait comme « les chemins du diable » Pie IX fait construire dans les États pontificaux des réseaux ferrés et télégraphiques ; il restaure l’éclairage public. Il est le premier pape à être photographié.

En 1847, il s’oppose à l’Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu’elle n’avait le droit que d’avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l’espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

 

Leur accueil en Europe

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Ce mouvement réformiste qu’il contribue à amorcer par ses choix personnels lui attire bientôt la sympathie des patriotes dans l’ensemble des États italiens (Toscane, Deux-Siciles, Piémont, Parme…) :  certains d’entre eux n’hésitent pas à souhaiter la réalisation d’une fédération italienne, dont il prendrait la présidence.

Victor Hugo prononce à la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un éloge vibrant de Pie IX : « Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pensée de tant d’hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a posé l’idée d’émancipation et de liberté sur le plus haut sommet où l’homme puisse poser une lumière. […] ces principes de droit, d’égalité, de devoir réciproque qui il y a cinquante ans étaient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |…] il vient de les montrer à l’univers rayonnants de mansuétude, doux et vénérables sous la tiare. […] Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d’État, aux philosophes, à tous ». Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inquiète de la remontée en puissance des idées républicaines.

Pie IX est à ce moment « le pape des droits de l’homme ». Les événements vont en faire un bien différent « pape du Syllabus ».

 

Un tournant conservateur

 L’année 1848

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En 1848, le « printemps des peuples » embrase l’Europe du congrès de Vienne. Charles-Albert, roi du Piémont, déclare la guerre à l’Autriche. Lvolontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d’hommes e 24 mars, Pie IX autorise le départ de Rome pour Ferrare, d’un corps expéditionnaire de 7 500 hommes commandé par le général Durando, suivi deux jours après par un corps de volontaires, la légion des provenant du centre de l’Italie confiée au général Andrea Ferrari.

Pie IX par l’allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l’Autriche : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l’intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaitaient que nous, ensemble à d’autres peuples et princes d’Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n’est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils avaient expérimenté la bienveillance et qu’il ne s’en détache pas ». En fait, le pape se trouve dans l’embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l’occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du Saint-Siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu’il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les événements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d’autres souverains européens, qui disposent d’armées plus puissantes que la nôtre, n’ont pu freiner l’agitation de leur peuple ». Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l’Église universelle et en même temps chef d’un État italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel. Il refuse donc de soutenir le mouvement d’unification pour ne pas froisser l’Autriche catholique. À la suite de cette déclaration, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles, proche parent de l’empereur d’Autriche et opposé à toute idée libérale, retire aussitôt ses troupes qui forment le plus gros contingent de l’armée Italienne. Pour les patriotes et les libéraux, la guerre est perdue d’avance. La popularité du pape s’effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en étant désireux d’affirmer l’indépendance de la papauté, Pie IX doit accorder une constitution aux États pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint-Siège, Pellegrino Rossi est assassiné et les insurgés proclament la République romaine.

 

La fin des États pontificaux

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Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit le Quirinal dans la voiture à cheval du duc d’Harcourt, après l’attaque du palais par les partisans de Giuseppe Mazzini (Mgr Palma trouve la mort à cette occasion). Pie IX se réfugie dans la forteresse de Gaète, dans le royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. Rome devient une république. L’Autriche, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles et la France apportent leur soutien au pape. C’est cependant la France qui est la plus active, elle envoie un corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot, qui s’empare de Rome le 30 juin 1849 et en chasse définitivement les révolutionnaires en juillet.

De retour à Rome le 12 avril 1850, Pie IX mène une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, qui renoue avec la politique conservatrice de Grégoire XVI.

Rome reste l’objectif principal de la politique de Giuseppe Mazzini et de Giuseppe Garibaldi, qui organise diverses opérations militaires sans succès.

Pour s’opposer aux risques d’une annexion par le royaume de Sardaigne qui a fait main basse sur les principautés du Nord de l’Italie et la moitié des États pontificaux, les troupes françaises restent stationnées dans les États du pape et les zouaves pontificaux sont créés en 1860 avec la bénédiction du pape et du prélat franco-belge Mgr Xavier de Mérode. Ces derniers sont placés sous le commandement du général de Lamoricière, ancien de la colonisation d’Algérie et ancien ministre de la IIe République. Jusqu’en 1870, le recrutement se fait auprès des volontaires de France, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie, du Québec.

La guerre franco-prussienne de 1870 entraîne le retrait des militaires français affectés à la protection du pape. En revanche, les volontaires français (officiers ou hommes de troupe) engagés dans le corps des Zouaves pontificaux restent sur place, commandés par le colonel de Charette. En septembre 1870, la défaite de la France contre la Prusse, alliée de l’Italie, provoque l’invasion de ce qui reste des États pontificaux par une armée italienne de 70 000 hommes sous le commandement du général Raffaele Cadorna. En face, les effectifs pontificaux ne dépassent pas 13 000 hommes dont 3 000 zouaves. Le général Hermann Kanzler, le commandant de l’armée pontificale, concentre ses efforts sur la défense de Rome. Le 20 septembre, l’artillerie italienne bombarde les fortifications romaines. Le pape demande à Kanzler de cesser le feu dès les premiers coups de canon au grand dépit des zouaves souhaitant se battre. Onze zouaves seulement sont tués lors des combats.

L’armement obsolète des armées pontificales, malgré la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (où pour la première fois le fusil Chassepot est utilisé), permettent aux troupes italiennes de s’emparer sans difficulté de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n’opposer qu’une résistance symbolique. Le lendemain, le régiment des zouaves est licencié et les Français sont rapatriés à Toulon.

 

La question romaine

La prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint-Siège un revenu annuel, l’extraterritorialité de quelques palais et les droits de souveraineté sur sa cité du Vatican, mais le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Cependant le prestige moral de la papauté et l’autorité spirituelle qui en découle en sortent renforcés.

 

La défense de l’Église catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il dénonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exercées par les Suisses contre le clergé catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

Cette époque est aussi celle d’une expansion de l’Église dans le monde. Pie IX crée de nombreux diocèses aux États-Unis, rétablit malgré l’opposition des protestants la hiérarchie en Angleterre (1850), en Hollande (1853), en Écosse. Il refonde le patriarcat latin de Jérusalem. De nombreux autres concordats sont également signés par le Saint-Siège avec des États européens catholiques comme l’Espagne en 1851 et le Portugal en 1857, ou d’Amérique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1961,  le Venezuela et l’Équateur en 1862.

 

Pie IX et les Juifs

 La réforme du statut de protection

À l’accession de Pie IX au trône de Pierre en 1846, les Juifs des États pontificaux étaient soumis à un statut particulier dit de protection, la plupart étant les descendants des Sépharades  expulsés d’Espagne ou rejetés par l’Empire ottoman ayant trouvé refuge auprès du pape. Ils étaient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient témoigner contre des chrétiens, avaient parfois l’obligation de suivre des sermons catholiques et étaient soumis à des taxes particulières, comme dans nombre de pays de l’époque (Autriche, Russie, Danemark, etc.). Le culte juif était le seul toléré en dehors du culte catholique dans les États pontificaux, à l’exclusion des hérésies protestantes.

Au début de son pontificat, Pie IX amorce des réformes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volonté de certains rabbins. Il sera supprimé quelques années plus tard. Ces efforts ont néanmoins une portée limitée et sont interrompus avec l’éclatement de l’affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l’Église catholique, stigmatisant l’« aveuglement du peuple élu ».

 L’affaire Mortara

Le 23 juin 1858 à Bologne, la gendarmerie pontificale perquisitionne la demeure d’un couple de Juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et fait enlever un de leurs huit enfants, Edgardo, âgé alors de six ans – celui-ci ayant été précédemment baptisé d’urgence par la servante de la famille, Anna Morisi, qui l’avait cru en danger de mort au cours d’une grave maladie alors qu’il était nourrisson. L’enfant est conduit à Rome et confié à la Maison des catéchumènes  pour Juifs convertis puis dans un couvent pour être élevé dans la religion catholique sous le nom de Pio.

Le baptême, administré en cas d’urgence, est valide au regard du Droit canonique. En effet, dans ce cas, toute personne, même non ecclésiastique, et même non chrétienne peut administrer validement le baptême, si elle fait selon les intentions de l’Église. Cette situation pose un problème délicat, et Pie IX doit arbitrer. L’enfant, baptisé, fait désormais partie de l’Église catholique, dans laquelle il a vocation dès lors à être élevé. D’autre part, se pose la question de savoir si l’on pouvait le baptiser sans le consentement de ses parents, non chrétiens. Pie IX, contraint par une situation de fait accompli irréversible et par ses propres obligations pontificales, tranche dans le sens de ce qu’il estime être les intérêts spirituels supérieurs du jeune Edgardo. La famille Mortara supplie, proteste et exige que son enfant lui soit rendu au nom – au moins – de ces mêmes intérêts.

Quoique non unique dans son genre, l’affaire connaît un retentissement international inédit et la conduite de l’Église fortement critiquée, même par Napoléon III, alors même que la France assurait alors une protection militaire auprès des États pontificaux. Pour contrer les gouvernements catholiques étrangers qui exigent la restitution de l’enfant à sa famille, celui-ci est placé discrètement dans une institution religieuse et sa mère ne pourra le voir que des années plus tard.

Une fois devenu majeur, Edgardo-Pio déclare son intention de rester catholique et même sa vocation religieuse. Il entre alors dans la Congrégation des Augustins, en France. Il est ordonné prêtre quelques années plus tard et devient « missionnaire pontifical » sillonnant Europe. Jusqu’à sa mort en 1940, il défend tenacement la position de l’Église catholique, témoigne en faveur du pape Pie IX lors des différents phases de l’instruction du procès en béatification du défunt pape qui avait tranché en faveur de la validité de son baptême et n’a de cesse de vouloir convertir les membres de sa famille qu’il peut à nouveau rencontrer.

 

Une doctrine conservatrice

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Contrairement à ce qui avait été envisagé en début de pontificat, Pie IX développe après la révolution de 1848 une doctrine particulièrement conservatrice, voire sur certains points réactionnaire

Le pontificat de Pie IX correspond à une réaction de rejet à l’égard de l’évolution libérale des sociétés européennes et plus largement des idées nées de la Révolution qu’il décide de combattre après 1848. L’industrialisation qui s’accélère au cours du siècle voit se développer en Europe occidentale une classe ouvrière déracinée : né en dehors de toute influence religieuse, le prolétariat est tenté par le socialisme. La politique de Pie IX comme chef d’État et son enseignement comme pape sont empreints d’une grande hostilité à l’égard des idées modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-maçons, regardés comme responsables de l’évolution libérale et laïque des États européens.

 

La condamnation de Renan

L’exégèse historico-critique de la Bible que développe Ernest Renan à la suite des théologiens allemands étant incompatible avec la foi catholique. Pie IX condamna avec une extrême violence les travaux de cet écrivain sur l’Histoire des origines du christianisme, en particulier sa Vie de Jésus (1863), qui crée un scandale retentissant.

Le rationalisme et les idéologies scientiste et positiviste sont condamnées à partir de 1864.

 

La condamnation du modernisme

L’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864, condamne violemment les « hérésies et erreurs qui souillent l’Église et la Cité », comme le socialisme et le communisme, mais également le « délire » (selon l’expression de Grégoire XVI) de la liberté de conscience et de culte et autres « opinions déréglées » et « machinations criminelles d’hommes iniques » parmi lesquelles la séparation du temporel et du spirituel et l’école laïque. Il précise que « là où la religion a été mise à l’écart de la société civile (…) la pure notion même de justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice ». Il attaque également implicitement une certaine conception de la liberté de la presse, lorsque « les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies ». Pie IX souligne que « non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet enseignant et professant l’erreur très funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être. »

 

Le catholicisme social

Hostile au capitalisme libéral, le pape soutient les premières initiatives du catholicisme social qui se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l’évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel Freiherr von Ketteler, insistant notamment sur l’obligation d’un salaire décent pour les familles, de l’interdiction du travail des mineurs et l’obligation du repos dominical.

 

La condamnation du rationalisme et de la liberté de pensée

Dans le Syllabus, Pie IX condamne explicitement le rationalisme, la liberté d’opinion, la liberté de culte et la séparation de l’Église et de l’État.

En 1864, Pie IX explique le rôle qu’il entend assigner à l’école : « Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale ».

Pie IX aurait déclaré que la théorie darwinienne était « le doigt du démon ».

 

La condamnation de la franc-maçonnerie

Avec l’exhortation apostolique Multiplices inter, publiée par le pontife le 25 septembre 1865, il condamne la participation des catholiques aux loges maçonniques.

 L’esclavage

Malgré le ralliement de Grégoire XVI à l’abolitionnisme en 1839, une instruction du Saint-Office, pendant le pontificat de Pie IX, déclare en 1866 : « L’esclavage, en lui-même, n’est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage. » Cette déclaration est une réponse à propos de la coutume de l’esclavage dans certaines parties de l’Afrique.

 

Les proclamations dogmatiques

 Le dogme de l’Immaculée Conception et les apparitions de Lourdes

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Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l’Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de sa suprême autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L’Immaculée Conception ne doit pas être confondue, comme cela est souvent le cas, avec la conception virginale de Jésus, dans le Mystère de l’Incarnation.

Trois ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, une jeune Lourdaise illettrée Bernadette Soubirous affirmera avoir vu « une belle dame », dans la petite grotte de Massabielle à Lourdes, qui lui dit (aquerò c’est-à-dire cela dira la jeune fille) en occitan gascon :  « Que sòi era Immaculada concepcion ». Les apparitions seront reconnues par l’Église en 1862 et Lourdes devient rapidement un des pèlerinages les plus importants du monde catholique tandis que Bernadette entre chez les Sœurs de la Charité de Nevers.

 

La fête du Sacré-Cœur

C’est en 1856 que la fête du Sacré-Cœur est étendue à toute l’Église catholique et inscrite dans le calendrier liturgique universel.

 Le concile Vatican I : proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale

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En 1867, Pie IX convoque le concile Vatican I, qui s’ouvre le 8 décembre 1869. Malgré les résistances d’une minorité les Pères conciliaires votent, le 18 juillet 1870, la constitution apostolique Pastor æternus qui définit l’infaillibilité du Pontife romain (le pape), lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge apostolique, sur un point de doctrine concernant la foi ou les mœurs. Les travaux du concile, son principal objectif atteint, sera suspendu sine die par Pie IX au moment de la guerre d 1870 entre la France et la Prusse. L’infaillibilité pontificale en soi est souvent confondue avec sa proclamation dogmatique intervenue finalement en 1870. En effet, le fait que le pape de Rome, en tant que successeur de l’apôtre Pierre, est infaillible en matière de foi ou de jugement sur les mœurs, cela a toujours fait partie de la foi de l’Église depuis les temps apostoliques. La proclamation dogmatique de 1870 est seulement venue confirmer de jure (juridiquement) ce que les fidèles de l’Église avaient toujours cru de facto depuis l’origine de celle-ci.
En 1875, Pie IX invite également tous les fidèles à consacrer leur vie au Sacré-Cœur, le cœur charnel de Jésus symbole de l’amour de Dieu pour les hommes. Paris construit déjà à cette époque sa basilique du Sacré-Cœur édifice expiatoire pour les crimes qu’a commis la Commune.

Une question essentielle fait rapidement surface. À savoir si, et en quoi le pontife était infaillible quand il publia l’encyclique du Syllabus.

Certains comme le journaliste français Louis Veuillot, acceptaient et soutenaient l’infaillibilité non seulement en matière de dogme mais également pour chaque parole prononcée par le pontife. D’un autre côté, d’autres comme Mgr Dupanloup, concevaient qu’il pouvait être vrai que l’infaillibilité soit principalement dévolue au pape, qu’il était très complexe de la définir exactement et surtout qu’il n’était pas sage de vouloir le faire.

C’est ainsi que le concile Vatican se trouva partagé en deux groupes principaux : une majorité qui désirait établir une définition de l’infaillibilité du pape et une minorité qui s’opposait à toute définition. C’est finalement la majorité, soutenue par le pape, qui l’emporta. Cependant la minorité dirigée par Mgr Dupanloup ne manqua pas d’influence dans la rédaction de cette définition puisque telle que rédigée, elle limitait étroitement la nature de l’infaillibilité (ex cathedra comme sus-cité).

Mode de vie personnel

Pie IX commençait sa journée à six heures du matin par une heure d’oraison, puis célébrait la messe à sept heures dans sa chapelle privée, suivie d’une autre messe à laquelle il assistait en action de grâces. Après le petit déjeuner, commençaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fidèles, les foules de visiteurs étant beaucoup moins nombreuses qu’à l’époque actuelle. Le jeudi était réservé aux pétitions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le désiraient.

Pie IX prenait son déjeuner à deux heures de l’après-midi de façon frugale et toujours terminé par un fruit, selon l’habitude maternelle. Il faisait en suite une promenade dans les jardins du Vatican, ou ceux du Quirinal s’il s’y trouvait, ou, avant la prise de Rome, faisait une courte promenade en attelage dans les rues avoisinantes. Il rentrait ensuite au palais du Quirinal (aujourd’hui résidence du président de la République italienne) pour travailler à son bureau. Après le dîner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle privée pour une longue méditation à genoux. Il aimait particulièrement la prière de la Couronne des Douze Étoiles composée par saint Joseph Calasanz, évoquant la Vierge Marie indemne du péché originel, habitude qu’il avait depuis le temps de ses études chez les pères piaristes.

Sa mort

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Pie IX est mort au Vatican, le 7 février 1878, à l’âge de 85 ans d’une crise d’épilepsie. Au cours du transfert de sa dépouille vers la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, des laïcs extrémistes s’affrontent aux fidèles et veulent jeter son cercueil dans le Tibre en criant « Al fiume il Papa porco… ! » (« Au fleuve le Pape porc !… »). Ce climat passionnel s’atténue au cours des années suivantes.

Le pape aurait pu être inhumé dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre. Mais ce fut sa volonté expresse de l’être en la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans le territoire de son diocèse romain. Sa dépouille mortelle fut gardée un court délai au cimetière de Campo Verano, voisin de la basilique, le temps que l’on y aménage son tombeau. Celui-ci se trouve désormais dans la chapelle située en contre-bas du chœur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans un cercueil de verre, revêtu du complet habit papal de chœur (soutane blanche, rochet blanc, mozette pourpre bordée d’hermine, étole papale et camauro Le 6 avril 2000, sur ordre du pape Jean-Paul II, il fut procédé par une équipe scientifique et ecclésiastique à l’ouverture du cercueil du pape Pie IX et à l’examen de sa dépouille mortelle dans le cadre de son procès en béatification.

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Pie IX eut le plus long pontificat de l’histoire de la papauté (soit plus de 31 ans, de 1846 à 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et Léon XIII (1878-1903). Il est béatifié en même temps que le pape Jean XXIII le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette béatification ait entraîné des polémiques

 

Bibliographie

Ferdinand Denis, « Voyage de D. Giovanni Mastal dans l’Amérique du Sud (1823-1824) », in Le Tour du monde : nouveau journal des voyages, publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette, 1er semestre 1860, pp. 226-240

Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Bitche, Clovis, 1995 (réédition en 2006) 

Id.Pie IX et la franc-maçonnerie, Niherne, éd. BCM, 2000 .

Id.Pie IX face à la modernité, Bitche, éditions Clovis, 2016.

Paul Christophe, Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, Paris, Cerf, 2000 

Gérard Da Silva, L’Affaire Mortara et l’antisémitisme chrétien, Paris, Éditions Syllepse, 2008 

Yves-Marie Hilaire (dir.), « Pie IX, le dernier souverain des États de l’Église » in Histoire de la papauté : 2000 ans de mission et de tribulations, Points/Histoire, 2003 

David Kertzer (traduit par Nathalie Zimmermann), Pie IX et l’enfant juif : l’enlèvement d’Edgardo Mortara, Paris, Perrin, 2001).

« Pie IX », dans Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994 

 

 

CONCILE VATICAN I (1869-1870), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, INFAILLABILITE PONTIFICALE, JOHN O'MALLEY (1927-....), PIE IX (pape ; 1792-1878)

Le Concile Vatican I par John O’Malley

Le Concile Vatican I : Le pape est-il infaillible ? : La construction de l’Eglise ultramontaine (1869-1870)

John O’Malley

Namur,  Lessius,  2019. 262 pages.

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Présentation de l’éditeur

Le but principal du concile Vatican I consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale.
L’auteur nous fait pénétrer dans les débats du concile avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Avec ce volume, John O’Malley clôt sa trilogie sur les trois derniers conciles : L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013). Le but principal du concile consista à définir le dogme de l’infaillibilité pontificale. Le pape de l’époque, Pie IX, avait publié en 1864 le Syllabus, texte officiel dans lequel il condamnait entre autres les idées modernes et la  » liberté de conscience « . Pie IX revendiquait aussi dans le Syllabus la suprématie du fait religieux sur l’ordre temporel. Dix ans auparavant, le 8 décembre 1854, Pie IX avait défini ex cathedra le dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, sans réunir un concile comme il est d’ordinaire pour les questions concernant les dogmes.
Au bout de débats parfois houleux, le 18 juillet 1870, le concile, à une écrasante majorité, affirme la primauté universelle du pape comme de droit divin et définit que l’infaillibilité pontificale est une vérité de foi divinement révélée. Cette infaillibilité est strictement et précisément délimitée : elle concerne le cas où le pape, en vertu de sa charge et en matière de foi ou de morale, prononce solennellement et ex cathedra qu' » une doctrine doit être tenue par toute l’Église « . Le monde catholique suivit dans son ensemble.
La singularité du regard de John O’Malley consiste à nous faire participer à tous les débats, tractations, conciliabules, non seulement théologiques mais politiques. Il met en particulier en valeur les débats qui eurent lieu en France entre partisans d’une Église gallicane et ceux d’une Église totalement soumise à Rome ( » ultramontaine « ). L’auteur nous fait pénétrer dans ces débats avec son humour habituel et comme si ces débats, plus actuels que l’on ne pense, se déroulaient sous nos yeux.

Biographie de l’auteur

John O’Malley, jésuite nord-américain, est professeur à l’université de Georgtown (Washington). Il est spécialisé dans l’histoire de l’Église. Lessius a publié de lui avec succès L’événement Vatican II (2011) et Le Concile de Trente : ce qui s’est vraiment passé (2013).

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Analyse

Pour le dernier volet d’un triptyque sur les derniers conciles (Concile de Trente, Vatican I et Vatican II), l’auteur reste fidèle à sa méthode : à sa savoir qu’avant d’entrer dans le Concile proprement dit il en expose tout d’abord le contexte et les enjeux.

Ainsi si il est bien question du Concile Vatican I qui doit débattre de l’infaillibilité pontificale, John O’ Malley démontre en remontant loin en arrière que le combat se joue entre deux façons de se situé par rapport à la papauté : il s’agit du gallicanisme qui défend les intérets et les prérogatives de l’Eglise de France face à une vision « ultramontaine » de la papauté c’est-à-dire soumise à Rome et donc au Pape. Après la Révolution, par journaux interposés l’on verra les deux camps s’affronter violemment (en France sous la plume de Louis Veuillot sans le journal L’Univers, dans la Civita Cattolica, journal jésuite italien). Dans ce contexte de politique intérieure il faut ajouter les tensions de politique extérieure : le réveil des nationalités dans chaque empire (Allemagne, Autriche, Italie) et les menaces qui en découlent. Il ne faut pas oublier non plus un changement de mentalité : c’est à cette époque que l’on vit surgir une nouvelle manière de faire de l’exégèse : c’est ce que l’on appelle l’exégèse historico-critique dont le chantre sera en France Ernest Renan avec sa Vie de Jésus.

C’est donc dans ce climat que le Pape Pie IX réunit le 8 décembre 1869 un Concile Œcuménique pour débattre des problèmes de l’Eglise catholique dans un monde en pleine mutation. Bien vite l’on va assister à un affrontement entre une majorité d’évêques ultramontains (avec comme chef de file Mgr Manning, archevêque de Westminster) et une minorité gallicane (où se remarquent surtout Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, et Mgr Darboy, archevêque de Paris, pour la France). Finalement la majorité ultramontaine va l’emporter et le dogme de l’infaillibilité pontificale sera voté à une large majorité.

Ce dogme sera bien admis dans l’ensemble du monde catholique. Mais une partie des catholiques provoqueront un chisme en ne reconnaissant le nouveau dogme : ils constitueront ce que l’on appelle l’Eglise des « Vieux catholiques ». Il est d’ailleurs dommage que l’auteur ne mentionne pas les conséquences d’un Concile qui a marqué l’Eglise catholique jusque dans la première moitié du XXè siècle.

Ce Concile fut interrompu en 1870 à cause de la Guerre de 1870 entre la France et la Prusse et du fait également de l’unification italienne privant le Vatican de ses Etats pontificaux. De ce fait le Concile ne reprit jamais, mais jamais clôturé il le fut seulement quand Jean XXIII convoqua le Concile Vatican II en 1962.

©Claude-Marie T.

 

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Rencesion de la revue Etudes (Janvier 2020)

Dernier volet d’un triptyque sur les trois derniers conciles (Trente, Vatican I et Vatican II), cet ouvrage n’est pas un traité de théologie visant à justifier par les Écritures la primauté juridictionnelle de l’évêque de Rome et le dogme de l’infaillibilité pontificale en matière de foi. C’est une étude de la lutte séculaire qui a longtemps opposé le cléricalisme catholique et la modernité. Le rationalisme individualiste formulé au XVIIsiècle, inscrit dans les théories du contrat social et dans l’affirmation des droits humains au siècle suivant, a nourri les mouvements politiques qui ont, au XIXsiècle, contesté le pouvoir centralisé de l’Église romaine. En réaction au gallicanisme, agité comme un chiffon rouge, les mouvements de pensée ultramontains ont défendu la nécessité philosophique et politique de la monarchie pontificale. Joseph de Maistre en France, Edmund Burke en Irlande, Henry Edward Manning en Angleterre ont, chacun à sa façon, traduit en termes politiques la théologie de Robert Bellarmin touchant l’unité juridictionnelle et l’uniformité doctrinale dans l’Église. L’auteur souligne aussi le rôle qu’ont joué la presse de l’époque et les manœuvres des opposants, au demeurant fortement minoritaires et mal organisés, ce qui nous vaut quelques récits croustillants. En contrepoint, on pourra relire du même auteur L’événement Vatican II (Lessius, 2011), ou même Mon journal du Concile d’Yves Congar (Cerf, 2002) : le dernier concile eut une histoire tout aussi mouvementée que le précédent, mais aboutit à une ecclésiologie moins autocratique.

 

Numéro Etudes, janvier 2020.

https://www.revue-etudes.com/article/le-concile-vatican-i-par-john-o-malley-22368

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Recension parue dans le Journal La Croix

En 2011, juste avant le début des célébrations du cinquantenaire du concile de Vatican II, paraissait la traduction en langue française  de L’événement Vatican II (Lessius), ouvrage  qui reste encore aujourd’hui un des meilleurs sortis sur le sujet. Son auteur était  le jésuite américain O’Malley, né en 1927, ancien professeur de théologie et d’histoire ecclésiastique à l’université de Georgetown. Suivit deux ans après un autre volume sur le concile de Trente, toujours très intéressant. Il y avait donc une certaine logique à ce qu’il publiât un troisième, cette fois sur le court concile de Vatican I, interrompu, on le sait, par les évènements politiques de l’époque, quand, le 2 septembre 1870, Rome fut prise par les troupes du Royaume d’Italie.

 

Dissensions

Au moment où s’ouvre le concile, les  évêques français (88 sur 700 prélats présents), qui représentent le deuxième contingent, après bien sûr les Italiens, sont assez divisés sur la question de l’infaillibilité pontificale, certains étant très favorables, comme Mgr Pie, évêque de Poitiers, d’autres opposés, à des degrés divers, comme Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, ou Mgr Darbois, archevêque de Paris. Ce qui est surtout détaillé dans cet ouvrage qui se lit comme un roman d’aventures, c’est la manière dont les infaillibilistes, le pape à leur tête, avancent leurs pions, de manière autant méthodique qu’intransigeante.

On doit reconnaître que le jésuite ne donne pas le beau rôle à Pie IX lui-même, qui semble dans cette affaire ne pas jouer le jeu de la communion dont il est pourtant normalement le garant. En effet, le pape n’a pas vraiment cherché le moindre compromis avec la minorité qui, se sentant prise au piège, a préféré partir et, ainsi, la veille du vote, une soixantaine d’évêques quittèrent Rome pour ne pas avoir à voter ! Ainsi, le 18 juillet 1870, fut adopté le fameux paragraphe où il est dit ceci : « Le pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine, en matière de foi ou de morale, doit être admise par toute l’Église, jouit par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue l’Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi ou la morale. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables de par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église ». Peu après, les troupes italiennes entrèrent dans Rome, ce qui mit un point final au concile et quand, début 1959, Jean XXIII annonça un concile, il l’appela très vite Vatican II, pour bien montrer que ce n’était pas la continuation de Vatican I…

Foi et raison

Il est vrai que ce dernier est surtout connu pour son vote sur l’infaillibilité du pape.  Pressentant, à juste titre, que le temps était compté, la majorité conciliaire, avec le soutien du pape, avait fait en sorte que ce point-là soit étudié et voté avant même tout ce qui avait été préparé et la  constitution Pastor aeternus, un texte bien construit sur l’Église en quinze chapitres, n’a donc jamais été votée par les pères conciliaires, sauf son onzième chapitre, intitulé « La primauté du pontife romain », qui comprenait à l’origine trois paragraphes, auxquels fut rajouté un quatrième justement intitulé « L’infaillibilité du pontife romain »…

Pour autant, et cela se sait moins, le concile avait pourtant bien voté une autre constitution, entièrement cette fois-ci, Dei Filius, promulguée par le pape le 24 avril 1870, qui étudiait les rapports entre foi et raison. « Les quatre chapitres traitaient tous des différents aspects d’une même question : est-ce que Dieu peut être connu, et comment ? », dit de manière synthétique John O’Malley.

Le lecteur reste ici un peu sur sa faim et regrette que ce dernier expédie en seulement deux pages son commentaire de ces quatre chapitres car, tout de même, Dei Filius faisait preuve, déjà, d’une réflexion certaine sur la question qui marquait l’époque depuis les Lumières, à savoir celle justement du rapport entre la raison et la foi, et sera une étape vers le grand texte Dei Verbum, votée presque un siècle plus tard, sans parler de l’encyclique, certes à l’autorité doctrinale moindre, promulguée par Jean-Paul II en 1998 et dont le titre est précisément Fides et ratio

Sur un point précis, on sait que Dei Verbum dit très clairement que l’Écriture et la Tradition « jailliss(ent) d’une même source divine », alors que la formulation de Dei Filius était plus vague, disant seulement que la « révélation surnaturelle est contenue (…) dans les livres écrits et les traditions non écrites », ce qui pouvait conforter les tenants des deux sources… Dommage que O’Malley, dans son trop court commentaire, n’ait pas même un seul mot sur cette question !

Enfin, dernier petit reproche : alors que notre auteur s’est si longuement étendu en début d’ouvrage sur les préliminaires du concile, on peut regretter qu’il s’arrête assez brusquement, sans seulement une ligne sur les conséquences du vote de l’infaillibilité, en particulier sur les remous que cela a pu occasionner parmi quelques-uns qui restèrent opposés au nouveau dogme, surtout dans la sphère germanophone, comme Ignaz von Dölinger (1799-1890), dont il est largement question dans ce livre, et d’autres qui formeront l’Église (schismatique) vieille-catholique (ou Union d’Utrecht)…

 

https://livre-religion.blogs.la-croix.com/histoire-les-enjeux-theologiques-et-politiques-du-concile-vatican-i/2019/11/14/

EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, PAPAUTE, PIE IX (pape ; 1792-1878)

Le Pape Pie IX (1792-1878)

Pie IX

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Giovanni Maria Mastai Ferretti, né à Senigallia (Italie), le 13 mai 1792 et mort au Vatican le 7 février 1878, est le 255e pape de l’Église catholique, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX (en latin Pius IX). Son pontificat de 31 ans est le plus long de l’histoire de la papauté après, selon la tradition, celui de Pierre.

Aux prises avec la vague révolutionnaire qui bouleverse la politique européenne, Pie IX est partagé entre le statut de pasteur universel et celui de pape-roi d’un État indépendant. Résolument conservateur, il est l’auteur du Syllabus et de l’encyclique Quanta cura, qui condamnent toute forme de modernisme dans l’Église. Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception. Il convoque le premier concile œcuménique du Vatican qui définit notamment l’infaillibilité pontificale, ce qui élargit encore la fracture entre l’Église catholique et les confessions chrétiennes qui en sont séparées. Le concile, ayant accompli son but principal, est suspendu sine die quand les troupes piémontaises envahissent Rome. Pie IX, dernier souverain des États pontificaux, se déclare alors « prisonnier du Vatican », situation qui va, dès lors, provoquer la Question romaine, qui ne trouvera sa solution qu’en 1929, avec la signature du traité du Latran entre l’État du Vatican, qui devient alors de droit international, et l’État italien.

Son procès en béatification est ouvert en 1907 par le pape Pie X, ce qui ne va pas sans provoquer des controverses, la Question romaine étant encore, à cette époque, d’une brûlante actualité. Sous les papes Benoît XV et Pie XI le procès suit très prudemment son cours. Le pape Pie XII le fait activer en 1954 ; il aboutit enfin sous Jean Paul II, qui le proclame solennellement bienheureux en 2000.

 

 

Prélat

Giovanni Maria Mastai Ferretti est le fils du comte Girolamo Mastai Ferretti et de la comtesse, née Caterina Solazzi, qui ont eu huit autres enfants. Après avoir fréquenté le collège piariste de Volterra, il étudie la théologie et la philosophie à Rome. Il est ensuite refusé chez les gardes nobles à cause de sa santé (il est sujet à des crises d’épilepsie) et il poursuit ses études au séminaire romain.

Ordonné prêtre en 1819, il est nommé directeur spirituel d’un célèbre orphelinat romain. En 1823, Pie VII l’envoie au Chili en tant qu’auditeur de Mgr Muzi, délégué apostolique. En 1825, à son retour, il est nommé par Léon XII chanoine de Sainte-Marie de Via Lata et directeur de l’hôpital San Michele. En 1827, il est fait archevêque de Spolète. En 1832, il est transféré au diocèse d’Imola en prenant le titre personnel d’archevêque.

Le pape Grégoire XVI le crée cardinal in pectore lors du consistoire du 23 décembre 1839. Sa création est publiée le 14 décembre 1840. Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre du titre des Santi Marcellino e Pietro.

 

Pontificat

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Le 16 juin 1846 s’ouvre le conclave suivant la mort de Grégoire XVI. Le cardinal Luigi Lambruschini, secrétaire d’État de Grégoire XVI, est le favori des conservateurs tandis que le cardinal Mastai Ferretti est le favori des libéraux.

Le cardinal Lambruschini obtient la majorité des voix dès les premiers tours, mais ne parvient pas à recueillir les deux tiers des voix requis pour être élu pape.

Le cardinal von Gaisruck, archevêque de Milan, arrive trop tard pour remettre l’exclusive prononcée par l’empereur d’Autriche Ferdinand Ier, suivant la politique de Metternich, contre le cardinal Mastai Ferretti ; celui-ci, ayant recueilli les deux tiers des voix, accepte la tiare et prend alors le nom de « Pie IX », en hommage à Pie VII.

Des débuts libéraux

Pie IX bénéficie à la suite de son élection d’une grande popularité au sein de la population italienne : durant son épiscopat en Romagne, il n’a pu ignorer le besoin de réformes dont souffrait l’État pontifical et que le soulèvement de Rimini, en 1845, avait démontré. Les premières années de son pontificat sont marquées par des mesures libérales qui s’opposent aux méthodes de Grégoire XVI et de son secrétaire d’État, le cardinal Lambruschini. Il choisit pour secrétaire d’État le cardinal Gizzi.

Les premières mesures

le 16 juillet 1846, il décrète une amnistie générale pour les détenus politiques et fait préparer une constitution qui est concédée le 14 mars 1848 : le Statut fondamental pour le gouvernement temporel des États de l’Église, qui institue deux Chambres et le Sacré Collège des cardinaux présidé par le pape. C’est l’époque des réformes politiques ;

Il crée le Conseil d’État ;

Il institue la liberté de la presse ;

Il établit une commission laïque chargée de la censure ;

En 1847, il établit ainsi une Consulta, un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle est de lui transmettre les désirs de la population ; et, auprès de lui, un conseil de cabinet puis une garde civique. Il crée également un certain nombre de commissions auxquelles participent des laïcs, afin de réviser les lois ;

En 1867, il a béatifié toutes les victimes du Grand martyre de Nagasaki.

Cette période est également celle de l’entrée dans la modernité pour les États pontificaux : à la différence de Grégoire XVI, qui les considérait comme « les chemins du diable » Pie IX fait construire dans les États pontificaux des réseaux ferrés et télégraphiques ; il restaure l’éclairage public. Il est le premier pape à être photographié.

En 1847, il s’oppose à l’Autriche qui avait fait occuper la ville de Ferrare alors qu’elle n’avait le droit que d’avoir une garnison dans la citadelle. Pie IX devient l’espoir des patriotes italiens, sa popularité est alors immense.

Leur accueil en Europe

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Ce mouvement réformiste qu’il contribue à amorcer par ses choix personnels lui attire bientôt la sympathie des patriotes dans l’ensemble des États italiens (Toscane, Deux-Siciles, Piémont, Parme…) : certains d’entre eux n’hésitent pas à souhaiter la réalisation d’une fédération italienne, dont il prendrait la présidence.

Victor Hugo prononce à la Chambre des pairs le 13 janvier 1848 un éloge vibrant de Pie IX : « Cet homme qui tient dans ses mains les clefs de la pensée de tant d’hommes, il pouvait fermer les intelligences; il les a ouvertes. Il a posé l’idée d’émancipation et de liberté sur le plus haut sommet où l’homme puisse poser une lumière. […] ces principes de droit, d’égalité, de devoir réciproque qui il y a cinquante ans étaient un moment apparus au monde, toujours grands sans doute, mais farouches, formidables et terribles sous le bonnet rouge, |…] il vient de les montrer à l’univers rayonnants de mansuétude, doux et vénérables sous la tiare. […] Pie IX enseigne la route bonne et sûre aux rois, aux peuples, aux hommes d’État, aux philosophes, à tous ». Ce discours est cependant mal accueilli dans une chambre conservatrice inquiète de la remontée en puissance des idées républicaines.

Pie IX est à ce moment « le pape des droits de l’homme ». Les événements vont en faire un bien différent « pape du Syllabus ».

 

Un tournant conservateur

L’année 1848

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Visite de l’Empereur Maximilien et l’Impératrice du Mexique au Pape le 19 avril 1864

En 1848, le « printemps des peuples » embrase l’Europe du congrès de Vienne. Charles-Albert, roi du Piémont, déclare la guerre à l’Autriche. Le 24 mars, Pie IX autorise le départ de Rome pour Ferrare, d’un corps expéditionnaire de 7 500 hommes commandé par le général Durando, suivi deux jours après par un corps de volontaires, la légion des volontaires pontificaux (Legione dei Volontari Pontifici) formée d’hommes provenant du centre de l’Italie confiée au général Andrea Ferrari.

Pie IX par l’allocution du consistoire du 29 avril 1848, condamne la guerre contre l’Autriche : « à nos soldats envoyés aux frontières pontificales, nous recommandons seulement de défendre l’intégrité et la sécurité des États pontificaux. Mais si certains souhaitaient que nous, ensemble à d’autres peuples et princes d’Italie, prenions part à la guerre contre les Autrichiens … ce n’est pas dans nos intentions et nos recommandations », il conclut en invitant les Italiens « à rester attaché fermement à leurs principes dont ils avaient expérimenté la bienveillance et qu’il ne s’en détache pas ». En fait, le pape se trouve dans l’embarras de combattre une grande puissance catholique : « nous avons su que certains ennemis de la religion catholique ont profité de l’occasion pour enflammer les âmes des Allemands afin de les détacher du Saint-Siège … Les peuples allemands ne devraient pas nourrir un sentiment de dédain à notre égard parce qu’il nous a été impossible de freiner nos sujets qui applaudirent les événements anti-autrichiens en Italie septentrionale … d’autres souverains européens, qui disposent d’armées plus puissantes que la nôtre, n’ont pu freiner l’agitation de leur peuple ». Cela met en évidence la contradiction et les incompatibilités de la position du pape comme chef de l’Église universelle et en même temps chef d’un État italien ; entre le pouvoir spirituel et temporel. Il refuse donc de soutenir le mouvement d’unification pour ne pas froisser l’Autriche catholique. À la suite de cette déclaration, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles, proche parent de l’empereur d’Autriche et opposé à toute idée libérale, retire aussitôt ses troupes qui forment le plus gros contingent de l’armée Italienne. Pour les patriotes et les libéraux, la guerre est perdue d’avance. La popularité du pape s’effondre alors parmi les patriotes italiens.

Tout en étant désireux d’affirmer l’indépendance de la papauté, Pie IX doit accorder une constitution aux États pontificaux. Le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint-Siège, Pellegrino Rossi est assassiné et les insurgés proclament la République romaine.

La fin des États pontificaux

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Le 24 novembre 1848, Pie IX quitte de nuit le Quirinal dans la voiture à cheval du duc d’Harcourt, après l’attaque du palais par les partisans de Giuseppe Mazzini (Mgr Palma trouve la mort à cette occasion). Pie IX se réfugie dans la forteresse de Gaète, dans le royaume des Deux-Siciles. Il lance un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. Rome devient une république. L’Autriche, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles et la France apportent leur soutien au pape. C’est cependant la France qui est la plus active, elle envoie un corps expéditionnaire commandé par le général Oudinot, qui s’empare de Rome le 30 juin 1849 et en chasse définitivement les révolutionnaires en juillet.

De retour à Rome le 12 avril 1850, Pie IX mène une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, qui renoue avec la politique conservatrice de Grégoire XVI.

Rome reste l’objectif principal de la politique de Giuseppe Mazzini et de Giuseppe Garibaldi, qui organise diverses opérations militaires sans succès.

Pour s’opposer aux risques d’une annexion par le royaume de Sardaigne qui a fait main basse sur les principautés du Nord de l’Italie et la moitié des États pontificaux, les troupes françaises restent stationnées dans les États du pape et les zouaves pontificaux sont créés en 1860 avec la bénédiction du pape et du prélat franco-belge Mgr Xavier de Mérode. Ces derniers sont placés sous le commandement du général de Lamoricière, ancien de la colonisation d’Algérie et ancien ministre de la IIe République. Jusqu’en 1870, le recrutement se fait auprès des volontaires de France, des Pays-Bas, de Belgique, d’Italie, du Québec.

La guerre franco-prussienne de 1870 entraîne le retrait des militaires français affectés à la protection du pape. En revanche, les volontaires français (officiers ou hommes de troupe) engagés dans le corps des Zouaves pontificaux restent sur place, commandés par le colonel de Charette. En septembre 1870, la défaite de la France contre la Prusse, alliée de l’Italie, provoque l’invasion de ce qui reste des États pontificaux par une armée italienne de 70 000 hommes sous le commandement du général Raffaele Cadorna. En face, les effectifs pontificaux ne dépassent pas 13 000 hommes dont 3 000 zouaves. Le général Hermann Kanzler, le commandant de l’armée pontificale, concentre ses efforts sur la défense de Rome. Le 20 septembre, l’artillerie italienne bombarde les fortifications romaines. Le pape demande à Kanzler de cesser le feu dès les premiers coups de canon au grand dépit des zouaves souhaitant se battre. Onze zouaves seulement sont tués lors des combats.

L’armement obsolète des armées pontificales, malgré la victoire de Mentana contre Garibaldi en 1867 (où pour la première fois le fusil Chassepot est utilisé), permettent aux troupes italiennes de s’emparer sans difficulté de Rome le 20 septembre 1870. Le pape ordonne aux zouaves de n’opposer qu’une résistance symbolique. Le lendemain, le régiment des zouaves est licencié et les Français sont rapatriés à Toulon.

La question romaine

La prise de Rome, le 20 septembre 1870, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie.

Une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint-Siège un revenu annuel, l’extraterritorialité de quelques palais et les droits de souveraineté sur sa cité du Vatican, mais le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Cependant le prestige moral de la papauté et l’autorité spirituelle qui en découle en sortent renforcés.

 

La défense de l’Église catholique

En dehors du problème du territoire de Saint-Pierre, Pie IX entend lutter contre les politiques anti-catholiques.

Il dénonce ainsi le Kulturkampf allemand dans la ligne de Bismarck ainsi que les violences exercées par les Suisses contre le clergé catholique : une encyclique de 1873 condamne les violences suisses. En 1874, le gouvernement autrichien rompt son concordat.

Cette époque est aussi celle d’une expansion de l’Église dans le monde. Pie IX crée de nombreux diocèses aux États-Unis, rétablit malgré l’opposition des protestants la hiérarchie en Angleterre (1850), en Hollande (1853), en Écosse. Il refonde le patriarcat latin de Jérusalem. De nombreux autres concordats sont également signés par le Saint-Siège avec des États européens catholiques comme l’Espagne en 1851 et le Portugal en 1857, ou d’Amérique du Sud comme le Costa Rica et le Guatemala en 1852, le Nicaragua en 1861, le Venezuela et l’Équateur en 1862.

 

Pie IX et les Juifs

La réforme du statut de protection

À l’accession de Pie IX au trône de Pierre en 1846, les Juifs des États pontificaux étaient soumis à un statut particulier dit de protection, la plupart étant les descendants des Sépharades expulsés d’Espagne ou rejetés par l’Empire ottoman ayant trouvé refuge auprès du pape. Ils étaient tenus de vivre dans des quartiers distincts (ghettos), ne pouvaient témoigner contre des chrétiens, avaient parfois l’obligation de suivre des sermons catholiques et étaient soumis à des taxes particulières, comme dans nombre de pays de l’époque (Autriche, Russie, Danemark, etc.). Le culte juif était le seul toléré en dehors du culte catholique dans les États pontificaux, à l’exclusion des hérésies protestantes.

Au début de son pontificat, Pie IX amorce des réformes en direction de la modernisation du statut des juifs et ouvre le ghetto de Rome parfois contre la volonté de certains rabbins. Il sera supprimé quelques années plus tard. Ces efforts ont néanmoins une portée limitée et sont interrompus avec l’éclatement de l’affaire Mortara. Pie IX conserve la position traditionnelle de l’Église catholique, stigmatisant l’« aveuglement du peuple élu ».

 

L’affaire Mortara

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Le Père Edgardo Mortara avec sa mère et une autre personne

Le 23 juin 1858 à Bologne, la gendarmerie pontificale perquisitionne la demeure d’un couple de Juifs, Salomone et Marianna Padovani Mortara, et fait enlever un de leurs huit enfants, Edgardo, âgé alors de six ans – celui-ci ayant été précédemment baptisé d’urgence par la servante de la famille, Anna Morisi, qui l’avait cru en danger de mort au cours d’une grave maladie alors qu’il était nourrisson. L’enfant est conduit à Rome et confié à la Maison des catéchumènes pour Juifs convertis puis dans un couvent pour être élevé dans la religion catholique sous le nom de Pio.

Le baptême, administré en cas d’urgence, est valide au regard du Droit canonique. En effet, dans ce cas, toute personne, même non ecclésiastique, et même non chrétienne peut administrer validement le baptême, si elle fait selon les intentions de l’Église. Cette situation pose un problème délicat, et Pie IX doit arbitrer. L’enfant, baptisé, fait désormais partie de l’Église catholique, dans laquelle il a vocation dès lors à être élevé. D’autre part, se pose la question de savoir si l’on pouvait le baptiser sans le consentement de ses parents, non chrétiens. Pie IX, contraint par une situation de fait accompli irréversible et par ses propres obligations pontificales, tranche dans le sens de ce qu’il estime être les intérêts spirituels supérieurs du jeune Edgardo. La famille Mortara supplie, proteste et exige que son enfant lui soit rendu au nom – au moins – de ces mêmes intérêts.

Quoique non unique dans son genre, l’affaire connaît un retentissement international inédit et la conduite de l’Église fortement critiquée, même par Napoléon III, alors même que la France assurait alors une protection militaire auprès des États pontificaux. Pour contrer les gouvernements catholiques étrangers qui exigent la restitution de l’enfant à sa famille, celui-ci est placé discrètement dans une institution religieuse et sa mère ne pourra le voir que des années plus tard.

Une fois devenu majeur, Edgardo-Pio déclare son intention de rester catholique et même sa vocation religieuse. Il entre alors dans la Congrégation des Augustins, en France. Il est ordonné prêtre quelques années plus tard et devient « missionnaire pontifical » sillonnant Europe. Jusqu’à sa mort en 1940, il défend tenacement la position de l’Église catholique, témoigne en faveur du pape Pie IX lors des différents phases de l’instruction du procès en béatification du défunt pape qui avait tranché en faveur de la validité de son baptême et n’a de cesse de vouloir convertir les membres de sa famille qu’il peut à nouveau rencontrer.

 

Une doctrine conservatrice

Contrairement à ce qui avait été envisagé en début de pontificat, Pie IX développe après la révolution de 1848 une doctrine particulièrement conservatrice, voire sur certains points réactionnaire.

Le pontificat de Pie IX correspond à une réaction de rejet à l’égard de l’évolution libérale des sociétés européennes et plus largement des idées nées de la Révolution qu’il décide de combattre après 1848. L’industrialisation qui s’accélère au cours du siècle voit se développer en Europe occidentale une classe ouvrière déracinée : né en dehors de toute influence religieuse, le prolétariat est tenté par le socialisme. La politique de Pie IX comme chef d’État et son enseignement comme pape sont empreints d’une grande hostilité à l’égard des idées modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme) et de ceux qui les diffusent, en particulier les francs-maçons, regardés comme responsables de l’évolution libérale et laïque des États européens.

La condamnation de Renan

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Statue du pape Pie IX à la Basilique Sainte-Marie-Majeure

L’exégèse historico-critique de la Bible que développe Ernest Renan à la suite des théologiens allemands étant incompatible avec la foi catholique. Pie IX condamna avec une extrême violence les travaux de cet écrivain sur l’Histoire des origines du christianisme, en particulier sa Vie de Jésus (1863), qui crée un scandale retentissant.

Le rationalisme et les idéologies scientiste et positiviste sont condamnées à partir de 1864.

La condamnation du modernisme

L’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864, condamne violemment les « hérésies et erreurs qui souillent l’Église et la Cité », comme le socialisme et le communisme, mais également le « délire » (selon l’expression de Grégoire XVI) de la liberté de conscience et de culte et autres « opinions déréglées » et « machinations criminelles d’hommes iniques » parmi lesquelles la séparation du temporel et du spirituel et l’école laïque. Il précise que « là où la religion a été mise à l’écart de la société civile (…) la pure notion même de justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice ». Il attaque également implicitement une certaine conception de la liberté de la presse, lorsque « les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies ». Pie IX souligne que « non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet enseignant et professant l’erreur très funeste du communisme et du socialisme, ils affirment que la société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être. »

Le catholicisme social

Hostile au capitalisme libéral, le pape soutient les premières initiatives du catholicisme social qui se développe contre le libéralisme industriel, inspiré par les initiatives de l’évêque de Mayence Wilhelm Emmanuel Freiherr von Ketteler, insistant notamment sur l’obligation d’un salaire décent pour les familles, de l’interdiction du travail des mineurs et l’obligation du repos dominical.

La condamnation du rationalisme et de la liberté de pensée

Dans le Syllabus, Pie IX condamne explicitement le rationalisme, la liberté d’opinion, la liberté de culte et la séparation de l’Église et de l’État.

En 1864, Pie IX explique le rôle qu’il entend assigner à l’école : « Les écoles populaires sont principalement établies en vue de donner au peuple un enseignement religieux, de le porter à la piété et à une discipline morale »

Pie IX aurait déclaré que la théorie darwinienne était « le doigt du démon »

La condamnation de la franc-maçonnerie

Avec l’exhortation apostolique Multiplices inter, publiée par le pontife le 25 septembre 1865, il condamne la participation des catholiques aux loges maçonniques.

L’esclavage

Malgré le ralliement de Grégoire XVI à l’abolitionnisme en 1839, une instruction du Saint-Office, pendant le pontificat de Pie IX, déclare en 1866 : « L’esclavage, en lui-même, n’est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage. » Cette déclaration est une réponse à propos de la coutume de l’esclavage dans certaines parties de l’Afrique

 

Les proclamations dogmatiques

 

Le dogme de l’Immaculée Conception et les apparitions de Lourdes

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Le 8 décembre 1854, Pie IX proclame, dans sa bulle Ineffabilis Deus, le dogme de l’Immaculée Conception. Il définit solennellement, en vertu de sa suprême autorité apostolique, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte du péché originel. L’Immaculée Conception ne doit pas être confondue, comme cela est souvent le cas, avec la conception virginale de Jésus, dans le Mystère de l’Incarnation.

Trois ans plus tard, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, une jeune Lourdaise illettrée Bernadette Soubirous affirmera avoir vu « une belle dame », dans la petite grotte de Massabielle à Lourdes, qui lui dit (aquerò c’est-à-dire cela dira la jeune fille) en occitan gascon : « Que sòi era Immaculada concepcion ». Les apparitions seront reconnues par l’Église en 1862 et Lourdes devient rapidement un des pèlerinages les plus importants du monde catholique tandis que Bernadette entre chez les Sœurs de la Charité de Nevers.

La fête du Sacré-Cœur

C’est en 1856 que la fête du Sacré-Cœur est étendue à toute l’Église catholique et inscrite dans le calendrier liturgique universel.

 

Le concile Vatican I : proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale

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Concile Vatican I à Saint-Pierre de Rome

En 1867, Pie IX convoque le concile Vatican I, qui s’ouvre le 8 décembre 1869. Malgré les résistances d’une minorité, les Pères conciliaires votent, le 18 juillet 1870, la constitution apostolique Pastor æternus qui définit l’infaillibilité du Pontife romain (le pape), lorsque celui-ci se prononce, solennellement et ex cathedra, en vertu de sa charge apostolique, sur un point de doctrine concernant la foi ou les mœurs. Les travaux du concile, son principal objectif atteint, sera suspendu sine die par Pie IX au moment de la guerre d 1870 entre la France et la Prusse. L’infaillibilité pontificale en soi est souvent confondue avec sa proclamation dogmatique intervenue finalement en 1870. En effet, le fait que le pape de Rome, en tant que successeur de l’apôtre Pierre, est infaillible en matière de foi ou de jugement sur les mœurs, cela a toujours fait partie de la foi de l’Église depuis les temps apostoliques. La proclamation dogmatique de 1870 est seulement venue confirmer de jure (juridiquement) ce que les fidèles de l’Église avaient toujours cru de facto depuis l’origine de celle-ci.
En 1875, Pie IX invite également tous les fidèles à consacrer leur vie au Sacré-Cœur, le cœur charnel de Jésus symbole de l’amour de Dieu pour les hommes. Paris construit déjà à cette époque sa basilique du Sacré-Cœur, édifice expiatoire pour les crimes qu’a commis la Commune.

Une question essentielle fait rapidement surface. À savoir si, et en quoi le pontife était infaillible quand il publia l’encyclique du Syllabus.

Certains comme le journaliste français Louis Veuillot, acceptaient et soutenaient l’infaillibilité non seulement en matière de dogme mais également pour chaque parole prononcée par le pontife. D’un autre côté, d’autres comme Mgr Dupanloup, concevaient qu’il pouvait être vrai que l’infaillibilité soit principalement dévolue au pape, qu’il était très complexe de la définir exactement et surtout qu’il n’était pas sage de vouloir le faire.

C’est ainsi que le concile Vatican se trouva partagé en deux groupes principaux : une majorité qui désirait établir une définition de l’infaillibilité du pape et une minorité qui s’opposait à toute définition. C’est finalement la majorité, soutenue par le pape, qui l’emporta. Cependant la minorité dirigée par Mgr Dupanloup ne manqua pas d’influence dans la rédaction de cette définition puisque telle que rédigée, elle limitait étroitement la nature de l’infaillibilité (ex cathedra comme sus-cité).

 

Mode de vie personnel

Pie IX commençait sa journée à six heures du matin par une heure d’oraison, puis célébrait la messe à sept heures dans sa chapelle privée, suivie d’une autre messe à laquelle il assistait en action de grâces. Après le petit déjeuner, commençaient alors les audiences. Il recevait aussi bien de hauts personnages que de simples fidèles, les foules de visiteurs étant beaucoup moins nombreuses qu’à l’époque actuelle. Le jeudi était réservé aux pétitions des Romains et tous les quatorze du mois, le pape recevait en audience publique ceux qui le désiraient.

Pie IX prenait son déjeuner à deux heures de l’après-midi de façon frugale et toujours terminé par un fruit, selon l’habitude maternelle. Il faisait en suite une promenade dans les jardins du Vatican, ou ceux du Quirinal s’il s’y trouvait, ou, avant la prise de Rome, faisait une courte promenade en attelage dans les rues avoisinantes. Il rentrait ensuite au palais du Quirinal (aujourd’hui résidence du président de la République italienne) pour travailler à son bureau. Après le dîner, il avait souvent un entretien avec son confesseur et se rendait devant le tabernacle de sa chapelle privée pour une longue méditation à genoux. Il aimait particulièrement la prière de la Couronne des Douze Étoiles composée par saint Joseph Calasanz, évoquant la Vierge Marie indemne du péché originel, habitude qu’il avait depuis le temps de ses études chez les pères piaristes.

 

Sa mort

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Pie IX est mort au Vatican, le 7 février 1878, à l’âge de 85 ans d’une crise d’épilepsie. Au cours du transfert de sa dépouille vers la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, des laïcs extrémistes s’affrontent aux fidèles et veulent jeter son cercueil dans le Tibre en criant « Al fiume il Papa porco… ! » (« Au fleuve le Pape porc !… »). Ce climat passionnel s’atténue au cours des années suivantes.

Le pape aurait pu être inhumé dans les grottes vaticanes, sous la basilique Saint-Pierre. Mais ce fut sa volonté expresse de l’être en la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans le territoire de son diocèse romain. Sa dépouille mortelle fut gardée un court délai au cimetière de Campo Verano, voisin de la basilique, le temps que l’on y aménage son tombeau. Celui-ci se trouve désormais dans la chapelle située en contre-bas du chœur de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, dans un cercueil de verre, revêtu du complet habit papal de chœur (soutane blanche, rochet blanc, mozette pourpre bordée d’hermine, étole papale et camauro. Le 6 avril 2000, sur ordre du pape Jean-Paul II, il fut procédé par une équipe scientifique et ecclésiastique à l’ouverture du cercueil du pape Pie IX et à l’examen de sa dépouille mortelle dans le cadre de son procès en béatification.

Pie IX eut le plus long pontificat de l’histoire de la papauté (soit plus de 31 ans, de 1846 à 1878), avant Jean-Paul II (1978-2005) et Léon XIII (1878-1903). Il est béatifié en même temps que le pape Jean XXIII le 3 septembre 2000 par Jean-Paul II, non sans que cette béatification ait entraîné des polémiques.

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Le cercueil en cristal blindé du Pape Pie IX dans la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs à Rome

 

Bibliographie

Ferdinand Denis, « Voyage de D. Giovanni Mastal dans l’Amérique du Sud (1823-1824) », in Le Tour du monde : nouveau journal des voyages, publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette, 1er semestre 1860, pp. 226-240

Yves Chiron, Pie IX, pape moderne, Bitche, Clovis, 1995 (réédition en 2006)

Id.Pie IX et la franc-maçonnerie, Niherne, éd. BCM, 2000 ).

Id.Pie IX face à la modernité, Bitche, éditions Clovis, 2016.

Paul Christophe, Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, Paris, Cerf, 2000

CAROLINE MULLER (1987-...), DIRECTION SPIRITUELLE, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, Non classé, UNE HISTOIRE INTIME DES CATHOLIQUES AU XIXè SIECLE

Une histoire intime des catholiques au XIXè siècle

 

Au plus près des âmes et des corps

Une histoire intime des catholiques au XIXe siècle

Caroline Muller

Paris, PUF, 2019. 364 pages.

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Au XIXe siècle, nombre d’hommes et de femmes – de femmes principalement – confient le récit de leur vie personnelle, de leurs pensées et de leurs tourments les plus intimes à un directeur de conscience. Cet homme d’Église, avec qui l’on évoque ce dont on ne peut parler ailleurs, est tout à la fois un guide moral et le premier confident : si sa charge initiale est de veiller à la bonne tenue des âmes, son écoute devient souvent pour les individus dirigés une occasion de parler d’eux-mêmes et de s’observer, d’ouvrir une « chambre à soi ». Les femmes y content les pesanteurs de la vie conjugale et domestique, les hommes leur difficulté à remplir leurs devoirs : se marier, entretenir une famille.
Caroline Muller a mené l’enquête sur ces hommes et ces femmes, mais aussi sur les directeurs de conscience qui les accompagnent, à une époque où la vertu thérapeutique de la parole n’est pas encore une fin en soi. Préoccupations morales et spirituelles, inquiétudes existentielles, désirs de liberté se lisent dans ces lettres, largement retranscrites ici, et qui portent bien souvent la mention « à brûler ».
 

 

Sommaire

Prologue.
Qu’est-ce que la direction de conscience ?
Un observatoire des secrets : une histoire des pratiques de soi, de l’intime et du genre.
« Il est interdit de penser par lettres », et pourtant …
Note d’intention.

Introduction
À la recherche d’un « douanier vigilant » pour son âme : le retour de la direction de conscience.
De Boileau à Michelet, la direction de conscience en débat
Trouver le bon directeur.
Penser par lettres. Les règles de la correspondance
S’écrire, chaque semaine ou chaque mois
« Mon enfant, quel long silence, n’est-ce pas ? » L’espace-temps de la correspondance.
Des secrets délivrés par le papier

Chapitre 1. — Dans l’armée silencieuse des femmes catholiques, sur le front de la reconquête des âmes
Les « pétrisseuses d’âmes » d’une nouvelle humanité : il y a des femmes dans l’armée catholique
À la tête des armées féminines, le directeur de conscience
Le foyer, espace de la mission. Convertir les enfants et les maris
Adélaïde Mignon (1854‑1874) : trouver la «vocation du milieu »
Adélaïde et son directeur. Une affaire de famille(s)
Une religieuse dans la famille ? Vie publique et « vie cachée »
La « vocation du milieu » : de la religieuse à l’apôtre dans la famille

Chapitre 2. — « Le bon Dieu est à la mode »
Le grand monde de la direction de conscience
« Jamais un prêtre ne mangea plus en ville que moi »
Se distinguer : la direction de conscience entre intime et affichage de soi
Marie Rakowska : « Dieu seul change les cœurs ! »
Des attachements spirituels et des intérêts matériels
Une dirigée désobéissant
Une autorité spirituelle affaiblie ?

Chapitre 3. — Aimer, obéir, contester
L’horizon du mariage. Qu’est-ce qu’une union réussie ?
Aimer l’autre après Dieu et avant soi
Qu’est-ce qu’un bon mariage ? 
« Quand on connaît un peu la vie et les secrets des familles… »
Les arrangements du mariage     155
Prendre un parti. Le directeur de conscience et les secrets des familles
Influencer les choix… « en supposant toutefois que le bon Dieu consente »
« Le rêve que j’ai formé pour vous » …Pourquoi des directeurs marieurs ?
Les cœurs, les corps, les âmes. Le directeur arbitre des conflits conjugaux
Du devoir conjugal aux violences sexuelles Disputes et violences.
De qui le directeur est-il l’allié ? 
Conciliations et conciliabules
L’obéissance à tout prix ? La théorie et la pratique
Arthémine de Menthon : « J’ai passé ma vie à désirer, craindre, regretter »
Scènes de la vie conjugale
La direction sans en avoir l’air : Arthémine directrice de conscience
« Comment supporter que tout rayonne de son foyer et que je ne sois plus rien ? » Arthémine en son foyer

Chapitre 4. — Libertés de papier
Un monde à soi. Expériences spirituelles féminines
Communier, se confesser
Combattre le « féminin » en soi : lutter contre la sensibilité
Des femmes qui doutent
Écrire pour repousser l’horizon
Une armée de plumes dans la bataille de l’imprimé
Autrice, collaboratrice, autre ?
Madame d’Adhémar et l’abbé Frémont, du confessionnal au salon 
« Vos fleurs sur mes lèvres »
L’écriture comme exploration de l’expérience
Une association intellectuelle
« Vous avez voulu du bruit et de la discussion, vous voilà exaucé » 
Organiser le passage à la postérité
« Je compte sur vous, comptez aussi sur moi, car nous ne comptons l’un et l’autre que sur Dieu et n’agissons l’un et l’autre que pour Dieu »
Un monde à soi (2). Écrire, guérir, penser
Écrire, c’est penser
Madame de Lestrange et le père Janvier : « Je me réfugie près de vous » (1908‑1914)
Écrire pour contester : scènes de la vie domestique
En quête d’un allié
Un directeur en fuite
Quand écrire, c’est guérir

Chapitre 5. — « Qu’il fasse ce qu’un homme doit faire »
Des pères et des maris 
Le prêtre, un père spirituel
Des maris et des pères de famille 
Lucien Laveur : prêtre envers et contre tous
Le catholicisme au masculin
La religion, « affaire de bonnes femmes » 
Compter (sur) les hommes
Confession et communion des hommes
Compter les hommes
En pratiques : un catholicisme de morale
Antoine M. : la foi, l’amour et le devoir
Devenir un homme
Des devoirs irréconciliables : le mariage et le déclassement
Un enfant spirituel devenu chef de famille

Conclusions

Annexes
Glossaire
Documents consultés
Tableau de synthèse des principales correspondances consultées
Bibliographie indicative
Index des noms de personnes
 

 

 

CHEVALIERS DE L'ORDRE DE MALTE, CHRISTIANISME, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, ORDRE DE MALTE, ORDRE DE SAINT JEAN DE JERUSALEM, ORDRE SOUVERAIN MILITAIRE HOSPITALIER DE SAINT JEAN DE JERUSALEM RODHES ET MALTR, ORDRES HOSPILATIERS ET MILITAIRES

L’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, les chevaliers de l’Ordre de Malte

 

Ordre de Saint-Jean de Jérusalem

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L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, appelé aussi ordre des Hospitaliers, est un ordre religieux catholique hospitalier et militaire  qui a existé de l’époque des croisades jusqu’au début du xixe siècle. Il est généralement connu, dès le xiie siècle, sous le nom de Ordo Hospitalis Sancti Johannis Hierosolymitani.

 

Histoire

L’origine de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem remonterait à la fin du xie siècle dans l’établissement des marchands amalfitains à Jériusalem et la création d’hôpitaux, d’abord à Jérusalem, puis en Terre sainte, d’où son nom d’ordre des « Hospitaliers ». À la suite de donations, il va posséder des établissements, prieurés et commanderies dans toute l’Europe catholique. À l’instar des Templiers, il assume rapidement une fonction militaire pour défendre les pèlerins qu’il accueille sur les chemins de Jérusalem, puis pour combattre les Sarrasins aux côtés des Francs de Terre sainte.

Après l’expulsion des Croisés de Terre sainte (1291), l’Ordre s’installe à Chypre avant de conquérir l’île de Rhodes (1310) et de devenir une puissance maritime pour continuer à être le rempart de la chrétienté contre les Sarrasins À la suite de la disparition de l’ordre du Temple en 1314, les Hospitaliers reçoivent les biens des Templiers ce qui fait d’eux l’ordre le plus puissant de la chrétienté.

Expulsé de Rhodes en 1523 par la conquête turque, l’Ordre s’installe à Malte en 1530, dont il est considéré comme le souverain par décision de Charles Quint. Avec sa flotte maritime de guerre, l’Ordre se transforme en une puissance politique qui prend de plus en plus d’importance en Méditerranée centrale jusqu’à la bataille de Lépante (1571) et jusqu’aux premiers traités des royaumes d’Europe avec les Ottomans. Après quoi il se consacre surtout à des opérations de guerre de course et transforme Malte en magasins d’échanges du commerce méditerranéen avec une quarantaine reconnue dans tous les ports de Méditerranée.

En France, la Révolution va bouleverser un équilibre fragile : l’Ordre sert au commerce français et doit donc être préservé pour cela. Il est d’abord considéré comme une puissance étrangère au sens de l’article 17 du décret de confiscation des biens du clergé et des ordres religieux des 23 et 28 octobre 1790. Le 19 septembre 1792, la Législative décréta l’urgence, l’avant-dernier jour de la session avant la Convention nationale et la veille de Valmy, c’est le décret de Vincens-Plauchut, qui décide de la mise sous séquestre et la vente de tous les biens de l’Ordre.

En 1798, Bonaparte sur la route de l’Égypte, prend Malte et expulse le grand maître et les Hospitaliers de l’archipel maltais au nom de la République française. L’Ordre qui s’était placé sous la protection de Paul Ier de Russie, voit une majorité de ses Hospitaliers s’exiler à Saint-Pétersbourg où ils élisent le tzar comme grand maître en 1798.

Mais avec l’abdication du grand-maître Ferdinand de Hompesch en 1799 et la mort de Paul Ier en 1801, s’ouvre pour l’Ordre une période noire qui ira jusqu’à sa chute, son éclatement ou une survivance improbableen ordres concurrents. En plus des ordres historiques issus de la scission protestante comme le très vénérable ordre de Saint-Jean, son principal successeur catholique est l’ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, fondé officiellement en 1961.

 

Historiographie

À la différence des Bénédictins ou des Ordres mendiants, les ordres militaires ne se sont intéressés qu’assez tard à leur histoire. À l’origine les textes historiques se limitent à l’obituaire, qui incorpore progressivement à partir du xive siècle des détails sur la vie des membres de l’Ordre, mais aussi des développements légendaires. Il a été un temps où les Hospitaliers faisaient remonter leurs origines aux bibliques Maccabées. Il ne faut pas oublier Guillaume de Tyr et ses continuateurs dont les textes publiés au milieu du xvie siècle sont traduits en italien en 1562. En relatant les croisades, ils peignent aussi une histoire des Hospitaliers.

Les premiers textes à caractère historique émanant des Hospitaliers sont l’œuvre de Guillermo de Santo Stefano, commandeur de Chypre. Il est le premier à faire une recension des textes législatifs de l’Ordre et vers 1303, il entreprend une compilation qui regroupe la règle et les statuts de l’Ordre, une chronologie des grands maîtres, un recueil des décisions disciplinaires, les Miracula et une étude critique sur les origines de l’Hôpital, l’Exordium Hospitalis.

Confronté à des critiques extérieures, ou plus simplement pour valoriser ses actions et encourager les donations, l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem va susciter des annales. Au milieu du xve siècle, Melchiore Bandini, chancelier de l’Hôpital, est l’auteur d’un ouvrage perdu depuis, mais dont, au xvie siècle, Giacomo Bosio (1544-1617) a encore la mémoire.

La Descriptio obsidionis Rhodie urbis de Guillaume Caoursin, est un texte au service de la propagande de l’ordre ; il connaît un grand succès et les éditions et traductions se multiplient entre 1480 et 1483.

Un document intéressant pour l’histoire des ordres militaires est un texte écrit vers la fin du xve siècle par un frère de l’ordre Teutonique, la Chronik der vier Orden von Jerusalem. Cette chronique met en lumière, dans sa première partie, l’origine hiérosolymitaine des ordres militaires ainsi que des chanoines du Saint-Sépulcre. Si l’origine des Teutoniques et des Chanoines est quelque peu anticipée, celle des Templiers et des Hospitaliers est relativement bien cernée.

Heindrich Pantaleon (1522-1627) publie, à Bâle en 1581, une première histoire basée sur les archives de l’ordre : Militaris ordinis Johannitorum, Rhodiorum aut Melitensium equitum rerum memorabilium […] pro republica christiana […] gestarum ad praesentem usque 1581 annum. Mais l’œuvre majeure de cette période est l’Istoria della sacra Religione et illustrissima militia de San Giovanni Gerosolimitano que Bosio publie en trois volumes à Rome entre 1594 et 1602. L’Istoria de Bosio est traduite en français et complétée par un frère de l’Ordre, Anne de Nabérat, publiée en 1629 à la demande du grand maître Alof de Wignacourt. Bosio et Nabérat font un récit narratif et clairement réclamé comme hagiographique. Malgré cela, ce texte est d’une grande valeur historique, Bosio s’appuie sur des sources incontestables.

En 1726 parait l’œuvre de l’abbé de Vertot. Il a, précédemment à l’écriture, fait la recension de toutes les sources alors disponibles. S’il doit à Giacomo Bosio, il utilise les sources regroupées par François Pithou (1544-1624), par Jacques Bongars, Jacques de Vitry, Marin Sanudo, mais aussi Guillaume de Tyr, Heindrich Pantaleon, Bosio et son continuateur Bartolomeo dal Pozzo

Avec Joseph Delaville Le Roulx, l’histoire des Hospitaliers se veut plus scientifique. Il fait un énorme travail de documentation : il publie en quatre volumes entre 1894 et 1906 près de 5 000 documents ayant trait aux deux premiers siècles de l’histoire de l’Ordre, Cartulaire général de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1100-1310) Ses deux volumes Les Hospitaliers en Terre sainte et à Chypre, publié en 1904, et Les Hospitaliers à Rhodes jusqu’à la mort de Philibert de Naillac, publié en 1913, se présentent comme un travail érudit et de qualité

Le xxe siècle voit l’explosion d’une histoire parcellaire faite de monographies très spécialisées et/ou circonscrites localement ou temporellement. Il faut attendre le travail de synthèse de Jonathan Riley-Smith avec The Knights of St John in Jérusalem and Cyprius (1150-1310) publié en 1967 pour voir apparaître un nouveau travail historique sur les Hospitaliers : Riley-Smith avec Hospitalers, The History of the Order of St John en 1999 ou Helen Nicholson avec The Knights Hospitaller en 2001. En dépit des sources existantes à Malte, sources souvent inédites, restent quand même des lacunes pour la période rhodienne, malgré les nombreux articles définitifs d’Anthony Lutrell regroupés en cinq volumes The Hospitallers in Cyprius, Rhodes, Greece and the West, 1291-1440 (1978), Latin Greece, the Hospitallers and the Crusades, 1291-1440 (1982), The Hopitallers of Rhodes and their Mediterranean World (1992), The Hospitaller State on Rhodes and in Western Provinces (1999) et Studies on the Hospitallers after 1306. Rhodes and the West (2007). de l’activité religieuse ou politique de l’Ordre ou avec le recueil d’articles de Victor Mallia-Milanes dans Hospitaller Malta, 1530-1798 (1993).

Au xxie siècle s’ouvre avec le travail de Judith Bronstein The Hospitalers and the Holy Land. Financing the Latin East, 1187-1274 (2005) un champ d’études encore largement ignoré : les aspects économiques de l’Ordre qui « pratiquait la banque » et qui devait financer ses activités sur « le front » par ses ressources financières et ses activités terriennes « à l’arrière » pour reprendre les expressions d’Alain Demurger. Il est aussi possible de citer sur ce sujet l’étude d’Alain Blondy L’Ordre de Malte au xviiie siècle, Des dernières splendeurs à la ruine (2002) où est introduit la notion d’éclatement de l’Ordre. D’autres champs d’études sont aussi récemment abordés comme ceux de l’activité sociale des frères de l’Ordre avec Carmen Depasquale La vie intellectuelle et culturelles des chevaliers français à Malte au xviie siècle (2010) ou, plus généralement, Alain Blondi Parfum de Cour, gourmandise de rois. Le commerce des oranges entre Malte et la France au xviiie siècle (2003), ou encore Thomas Freller Malta, The Order of St John (2010). Enfin, le travail d’un universitaire, Alain Demurger, qui s’était intéressé jusque là aux Templiers, et qui jette un regard moderne sur l’Ordre à son origine avec Les Hospitaliers. De Jérusalem à Rhodes. 1050-1317 (2013). Il cite dans sa préface ses trois inspirateurs, Joseph Delaville Le Roulx, Jonathan Reley-Smith et un auteur peu cité Alain Beltjens qui a pourtant produit une œuvre mais à compte d’auteur Aux origines de l’ordre de Malte. De la fondation de l’Hôpital de Jérusalem à sa transformation en ordre militaire. (1995).

On ne peut terminer sans citer la somme académique que représente le dictionnaire Prier et Combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge sous la direction de Nicole Bériou et Philippe Josserand qui regroupe la contribution de près de 240 collaborateurs et auteurs de 25 pays au travers de 1 128 entrées, travail de plus de cinq années et dont la majeure partie concerne l’Ordre.

 

Appellations de l’Ordre et nom de ses membres

S’il est une chose difficile à déterminer, c’est le nom de cet Ordre. Comme le signale Alain Demurger dans l’avant-propos de son livre sur les Hospitaliers : « On trouve souvent utilisée, dans les titres des ouvrages [et pas seulement dans les ouvrages anciens] consacrés à l’histoire de l’ordre de l’Hôpital, l’expression de « chevaliers hospitaliers », de « chevaliers de l’Hôpital » ou de « chevaliers de Saint-Jean » […]. Cette expression n’est pas conforme à la réalité et à l’histoire des premiers siècles de l’Ordre » Si l’expression de chevalier est apparue dès l’origine dans le nom de l’ordre du Temple, ce n’est pas le cas pour l’ordre de l’Hôpital ; ses membres étaient et seront toujours des « frères » éventuellement des « frères chevaliers ». L’ordre de l’Hôpital était avant tout un ordre hospitalier, le premier et le dernier ordre hospitalier. Son couvent s’appelait la « sainte maison de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem » et la titulature du supérieur de l’ordre : l’« Humble maître de la sainte maison de l’Hôpital de Jérusalem et gardien des pauvres du Christ ».

Dans les sources primaires, à Malte où se trouve la partie des archives la plus importante, mais aussi partout ailleurs où l’Ordre avait des intérêts, dans tous les textes de l’Ordre, émis, reçus ou envoyés, et qui nous sont parvenus, les appellations de l’Ordre ne sont pas fixées : La Religion, L’Hospital, Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ordre de l’Hôpital, ordre des Hospitaliers, ordre des Hospitaliers de Saint-Jean, ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, ordre des chevaliers hospitaliers, ordres des chevaliers de Rhodes, ordre des chevaliers de Malte, ordre de Saint-Jean, ordre de Saint-Jean de Jérusalem, etc. Et cela dans toutes les langues pratiquées par l’Ordre, en latin ou en langues vulgaires comme le français, l’italien, l’espagnol, l’allemand, l’anglais etc.

Toutes ces appellations étaient aux yeux de leurs auteurs suffisantes dès qu’il ne pouvait pas y avoir confusion avec d’autres ordres. S’il est des textes qui doivent recevoir une attention particulière, ce sont les Règles de l’Ordre, statuts, usances et esgards car ces documents ont la volonté de produire un effet normatif. Mais là encore c’est la diversité qui règne. Ayant perdu Jérusalem et s’installant là où il voulait ou là où il pouvait, l’Ordre ne changera pas de nom, il sera toujours « de Jérusalem ».

Les sources secondaires suivent la même diversité d’expressions, ce n’est que ces dernières années, avec la renaissances des études historiques sur les ordres hospitaliers et/ou militaires que l’on voit se détacher un consensus entre les auteurs. Il semble que la synthèse de Jurgen Sarnowsky de 2009 prévaut avec deux expressions : « ordre de l’Hôpital » et « ordre de Saint-Jean de Jérusalem ». « L’Hôpital » ou « L’Hospital » a aussi ses représentants. Une expression ancienne survit dans un secteur de l’activité de l’Ordre, la marine, où l’expression « La Religion » est courante.

Pour les noms des membres de l’Ordre, cela paraît plus consensuel avec l’expression « Hospitaliers » qui a tendance à prendre la place de « frère » ou « frère hospitalier » ou de sa version ancienne « Fra’ ». Pour les chevaliers, les expressions de « chevalier de l’Hôpital » ou « chevalier hospitalier », avec leurs variantes « chevalier de Rhodes » et « chevalier de Malte », existent, même si Demurger les conteste

 

 

Histoire de l’Ordre

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Frère Gérard reçoit Godefroy de Bouillon

En Terre sainte

 

Avant les Croisades

Au xie siècle, Jérusalem se trouve sous la domination musulmane des Fatimides du Caire, mais les chrétiens peuvent y venir en pèlerinage et des établissements chrétiens y sont présents.

L’origine de l’ordre est le monastère bénédictin de Sainte-Marie-Latine, fondé à Jérusalem au milieu du xie siècle par des marchands amalfitains, auquel s’ajoute un peu plus tard le monastère féminin de Sainte-Marie-Madeleine ; chacun d’eux est pourvu d’un xenodochium, un hospice ou une hostellerie, dont le rôle est d’accueillir et de soigner les chrétiens accomplissant un pèlerinage en Terre sainte. L’administration des deux hospices est aux mains de convers, frère Gérard et de sœur Agnès.

Dans les années 1070, Gérard, peut-être pour prendre des distances avec les Amalfitains, décide de créer un troisième hospice, dédié dans un premier temps à saint Jean l’Aumônier avant d’être sous le patronage de saint Jean le Batptiste.

En 1078-1079, la ville est prise par les Turcs seldjoukides qui ont en général une attitude très hostile envers les chrétiens (ils sont du reste la cause de la première croisade) ; les hospices de frère Gérard et sœur Agnès réussissent cependant à passer cette période avec le retour des Fatimides en 1098 et qui prend fin avec la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099.

La fondation (1113)

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Bulle pontificale conservée à la Bibliothèque Nationale de Malte

À la suite de la première croisade en 1099, la Terre sainte passe sous domination chrétienne, Jérusalem devenant le centre du royaume de Jérusalem, le principal des états latins d’Orient.

Frère Gérard demande que son hospice soit reconnu comme autonome par rapport aux couvents bénédictins. Le pape Pascal II promulgue une bulle Pie postulatio voluntatis en ce sens le 15 février 1113 en faisant de cet hôpital, « L’Hospital », une institution, une sorte de congrégation, sous la tutelle et protection exclusive du pape.

Gérard est reconnu comme chef de cette congrégation et le pape précise dès le départ qu’à la mort de ce dernier, les membres de l’Ordre choisiront eux-mêmes son successeur.

 

La structuration de l’Ordre (xiie siècle)

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Croisés

En 1123, Raymond du Puy, aurait succédé à un ou deux frères intérimaires qui ont dirigé l’Ordre après le décès de frère Gérard, dote les Hospitaliers d’une règle reposant sur celles de saint Augustin et de saint Benoît. Cette règle organise l’Ordre en trois fonctions, les frères moines et clercs, les frères laïcs et les frères convers qui tous doivent les soins aux malades.

« C’est la convergence entre la mise en place des premières structures administratives régionales et l’élaboration de la règle par le maître Raymond du Puy et son approbation par le pape Eugène III au milieu du xiie siècle qui permet de dire que, alors et alors seulement, L’Hospital est devenu un ordre ».

Le 21 octobre 1154, une catégorie de frères prêtres ou chapelains est établie, accordée par le pape Anastase IV ; le personnel soignant, médecins et chirurgiens, est officialisé dans les statuts de Roger de Moulins du 14 mars 1182 ainsi que les frères d’armes, qui apparaissent pour la première fois dans un texte. Selon Alain Demurger, « c’est à cette date donc que l’Ordre est devenu, en droit, un ordre religieux-militaire ».

Sous Alfonso de Portugal en 1205, ils sont répartis en frères prêtres ou chapelains, frères chevaliers et frères servants (« servant d’armes et servants de services ou d’office »). Cette organisation en trois classes restera celle des Hospitaliers Alain Demurger estime cependant qu’il existait une catégorisation plus fonctionnelle que sociale : « frères d’armes, frères d’office, frères prêtres », mais en fait c’était la même chose sous des noms différents ; les frères d’armes étaient les chevaliers, les frères d’office étaient les frères servants, et les frères prêtres étaient les prêtres ou chapelains.

 

Le rôle des Hospitaliers en Terre Sainte

Leur rôle est avant tout d’être un ordre hospitalier, ils construisent un hôpital à Jérusalem et à Saint-Jean-d’Acre mais comme les Templiers ou les Teutoniques, les Hospitaliers jouent un rôle de premier plan sur l’échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1136, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Gibelin, en 1140, construit la forteresse de Margat et acheté celle de Belvoir. Ils possèdent d’autres forteresses comme Sare, Chatel Rouge, Gibelacar, Belmont et d’autres encore Ils fortifient Jérusalem, Saint-Jean-d’Acre, Tortosa et Antioche. En 1142/1144, Raymond II, comte de Tripoli, leur donne le Krak des Chevaliers qui défend la trouée d’Homs sur la plaine de la Boquée. Elle avait été prise à l’émir d’Homs par Raymond de Saint-Gilles en 1099 sur le chemin de Jérusalem. Leur structure militaire et leurs places fortes font de l’Ordre une puissance armée de plus en plus importante, qui n’hésite pas le cas échéant à s’immiscer dans la conduite du royaume de Jérusalem

En fait, l’ordre des Hospitaliers n’est devenu, dans ses textes normatifs, un ordre militaire que le 14 mars 1182 avec le statut de Roger de Moulins mêm si avant cette date il payait sur ses deniers déjà des militaires comme le reconnait la bulle Quam amabilis Deo datée de 1139/1143.

 

De Jérusalem à Saint-Jean d’Acre et Chypre (1187-1291)

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Le siège de Saint-Jean-d’Acre

L’Ordre suit les vicissitudes des États latins d’Orient en Terre sainte et leur recul progressif vers la côte.

En 1187, Saladin prend définitivement Jérusalem et les Hospitaliers s’installent à Saint-Jean-d’Acre Un siècle plus tard, le 28 mai 1291, les croisés perdent Saint-Jean-d’Acre à l’issue d’une bataille durant laquelle le grand maître de l’Ordre, Jean de Villiers, est grièvement blessé. Les Templiers et les Hospitaliers, avec les dernières forces latines, sont obligés de quitter la Terre sainte Les Hospitaliers s’installent alors à Chypre

 

À Chypre et à Rhodes

Chypre : la réorganisation de l’Ordre

L’Ordre se replie à Chypre dont le roi, Henri II de Lusignan, aussi roi de Jérusalem en titre voit d’un mauvais œil une organisation aussi puissante s’installer dans son royaume. En 1301, en reprenant une proposition de réorganisation de l’Ordre faite au pape Boniface VIII, le 12 août 1295, le grand maître, Guillaume de Villaret, dote l’Ordre d’une structure élaborée pour ses possessions en Occident. Le chapitre de Montpellier, tenu en 1327 par Hélion de Villeneuve, confirme la création des langues Les Hospitaliers sont répartis en fonction de leur origine en huit groupes appelés « langues » :  Provence, d’Auvergne, de France, d’Aragon, de Castille, d’Italie, d’Angleterre, d’Allemagne. Chaque langue élit à sa tête un bailli conventuel, appelé « pilier ».

En 1306, le pape Clément V autorise les Hospitaliers à armer des navires sans demander l’autorisation du roi de Chypre. Les Hospitaliers développent la grande flotte qui fait leur réputation et qui, associée à leur organisation, exemplaire pour l’époque, leur permet de tirer un grand profit de leurs possessions en Occident, cela les autorisant à entretenir l’espoir d’une reconquête de la Terre sainte.

 

Rhodes : souveraineté et richesse

À partir de 1307, l’Ordre, dont la rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de croître se lance dans la conquête de l’île de Rhodes, alors sous souveraineté byzantine. En 1307, Foulques de Villaret se rend sur la demande de Clément V à Poitiers. Le pape revient sur la problématique de la croisade mais Foulque propose un « passage » limité pour s’assurer de solides points d’appui avant un « grand passage » Rhodes est conquise en 1310 et devient le nouveau siège de l’Ordre. Le « passage particulier » organisé par le pape et Villaret a au moins servi pour en finir avec Rhodes.

En 1311, ils renouent avec leurs origines en créant le premier hôpital de l’île de Rhodes

Le 2 mai 1312, la bulle pontificale Ad providam transfère les biens des Templiers aux Hospitaliers à l’exception de leurs possessions dans la Couronne d’Aragon et Couronne de Castille (part de l’actuelle Espagne) et du Portugal où deux ordres naissent des cendres de l’ordre du Temple, l’ordre de Montesa et l’ordre du Christ.

Par ailleurs, L’ordre des Hospitaliers transforme son action militaire en guerre de course, alors peu différente de la piraterie. Signe d’un enrichissement des Hospitaliers en même temps que d’une conquête de souveraineté, l’Ordre se met à battre monnaie à l’effigie de ses grands maîtres.

  

Les menaces musulmanes

Siège de Rhodes en 1480.

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Siège de Rodhes en 1480

Mais, au cours du xive siècle, pendant que les Hospitaliers exercent un contrôle maritime sur la mer Égée, la dynastie ottomane conquiert peu à peu les territoires riverains. En 1396, une croisade soutenue par l’Ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis Après cet échec, tout espoir de reconquête des lieux saints est définitivement perdu.

En 1440 et en 1444, l’île de Rhodes est assiégée par le sultan d’Égypte, mais ces deux attaques sont repoussées. En 1453, le sultan ottoman Mehmed II s’empare de Constantinople ; le grand maître Jean de Lastic se prépare à un nouveau siège, mais il n’a lieu que beaucoup plus tard, en 1480 ; le grand maître Pierre d’Aubusson repousse les assauts des troupes du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l’Islam. Il assiège la ville avec 10 à 15 000 hommes pour Housley pas plus de 20 000 pour Nossov, ou jusqu’à 70 000 hommes pour Setton, dont/avec 3 000 janissaires.

 

La chute de Rhodes (1522)

Le siège décisif a lieu en 1522Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes. Philippe de Villiers de L’Isle-Adam, élu l’année précédente contre son rival, le grand prieur de Castille-Portugal, André d’Amaral, qui sera, le 8 novembre, exécuté malgré son silence obstiné, un de ses serviteurs étant surpris en train d’envoyer un message au camp turc, il avoue sous la torture avoir agi sur l’ordre de son maître. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître, Soliman accorde libre passage aux Hospitaliers, aux chevaliers rescapés et à nombre de Rhodiens Emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de la Vierge de Philerme, les Hospitaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale le 1er janvier 1523.

 

À Malte

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Philippe de Villiers de l’Isle Adam prend possession de Malte

Les Hospitaliers entament, en 1523, une errance de sept années qui les conduit d’abord à Civitavecchia (août 1523), en Italie. De 1524 à 1527, le pape Clément VII, ancien Hospitalier, les héberge à Viterbe (janvier 1524) ; mais, finalement, ils partent pour Nice (novembre 1527) en passant par Corneto (juin 1527) et Villefranche-sur-Mer (octobre 1527).

L’empereur Charles Quint, comprenant l’utilité que peut avoir un ordre militaire en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger   est conquis par le célèbre Barberousse en 1529), confie à l’Ordre l’archipel maltais, dépendance du royaume de Sicile, par un acte du 24 mars 1530, faisant du grand maître de l’Ordre le prince de Malte. Ainsi les Espagnols leur cèdent la forteresse de Tripoli (qui sera prise par les Ottomans en 155.)

L’Ordre se transforme alors en une puissance souveraine qui prend de plus en plus d’importance en Méditerranée centrale.

 Grand Siège de Malte

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Le siège de Malte

Le Grand Siège de Malte a été mené par les Ottomans en 1565 pour prendre possession de l’archipel et en chasser l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Le 18 mai 1565, une importante force turque, sous les ordres du général Mustafa Pacha et de l’amiral Piyale Pacha, débarque à Malte et met le siège devant les positions chrétiennes Les chevaliers de l’Ordre, appuyés de mercenaires italiens et espagnols, et par la milice maltaise, sont commandés par le grand maître de l’Ordre, Jean de Valette. Inférieurs en nombre, les défenseurs se réfugient dans les villes fortifiées de Birgu et de Senglea, dans l’attente d’un secours promis par le roi Philippe II d’Espagne. Les assaillants commencent leur siège par l’attaque du fort Saint-Elme qui commande l’accès à une rade permettant de mettre à l’abri les galères de la flotte ottomane. Les chevaliers parviennent néanmoins à tenir cette position durant un mois, faisant perdre un temps considérable et de nombreux hommes à l’armée turque.

Au début du mois de juillet, le siège de Birgu et Senglea commence. Durant deux mois, malgré leur supériorité numérique et l’importance de leur artillerie, les Ottomans voient leurs attaques systématiquement repoussées, causant de nombreuses pertes parmi les assaillants. Le 5 juillet arrive le « petit secours ». Toutes les attaques sur Birgu et Senglea se soldent par un désastre pour les Turcs, comme l’attaque du camp de base des Ottomans depuis Mdina. Le 7 septembre, le « grand secours », menée par le vice-roi de Sicile, don García de Tolède, débarque à Malte et parvient à défaire l’armée turque. Démoralisées par leur échec et affaiblies par la maladie et le manque de nourriture, les troupes musulmanes rembarquent le 18 septembre 1565.

La victoire des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a un retentissement considérable dans toute l’Europe chrétienne : elle leur confère un immense prestige et renforce leur rôle de défenseur de la religion chrétienne face à l’expansionnisme musulman. Les fonds collectés à la suite de cette victoire permettent de relever les défenses de Malte et d’assurer la présence durable de l’Ordre sur l’île. Une nouvelle ville est également édifiée, en vue de défendre la péninsule de Xiberras contre un retour éventuel des armées turques. D’abord appelée Citta’ Umilissima ou en latin Humilissima Civitas Vallettae, « la très humble cité de Valletta », elle prend ensuite le nom de La Valette, en hommage au grand maître de l’Ordre vainqueur des Ottomans

 

Les Hospitaliers dans les caraïbes

En 1651, à la suite de la dissolution de la compagnie des îles d’Amérique, il est procédé à la vente de ses droits d’exploitation à divers partis. Philippe de Longvilliers de Poincy convainc le grand maître Jean-Paul de Lascaris-Castellar d’acheter des îles.

La présence des Hospitaliers dans les Caraïbes est née de la relation étroite de l’Ordre avec la présence de nombreux membres en tant qu’administrateurs français en Amériques. Poincy, qui était à la fois chevalier de Malte et gouverneur des colonies françaises des Caraïbes, fut le personnage clé de leur brève colonisation. L’Ordre achète ainsi les îles de Saint-Christophe, Sainte-Croix, Saint-Barthélemy et Saint-Martin.

À cette époque, l’Ordre agissait comme propriétaire des îles, tandis que le roi de France continuait de détenir la souveraineté nominale. En 1665, les Hospitaliers vendent leurs droits sur les îles à la jeune compagnie française des Indes occidentales, mettant ainsi fin à leur projet colonial.

 

De Lépante à Damiette

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Bataille de Lépante

Quelques années après leur échec à Malte, les Ottomans subissent un revers encore plus grave à Lépante, le 7 octobre 1571. Les Hospitaliers s’illustrent pendant cette bataille navale, où la flotte de la sainte Ligue, commandée par don Juan d’Autriche, détruit la flotte ottomane. Après Lépante, l’Ordre se lance à nouveau, comme à Rhodes, dans le corso, la guerre de course, qui de contre-attaque qu’elle était à l’origine, devient vite un moyen pour les Hospitaliers de s’enrichir grâce à l’arraisonnement de cargaisons mais aussi par le commerce d’esclaves, dont La Valette devient le premier centre dans le monde chrétien

L’Ordre connaît également de grandes difficultés, notamment économique, ses dirigeants se refusant à adopter des mesures économiques efficaces et modernes. L’indépendance même du pouvoir hospitalier est menacé par l’influence toujours croissante de Versailles, comme en témoigne l’affaire de la Couronne ottomane. Enfin, le fossé se creuse de plus en plus entre l’Ordre et la population maltaise : l’affaire du capitaine de nuit expose le despotisme des aristocrates et l’émergence d’un sentiment national maltais

Les Hospitaliers participent à une importante bataille navale le 16 août 1732, au large de Damiette en Égypte

 

La prise de Malte

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Napoléon débarque à Malte

Au début de la Révolution française, les biens français des Hospitaliers sont nationalisés, comme tous les biens relevant de l’Église (Constitution civile du clergé de 1790). Le Grand prieuré de France est dissous en 1792 En 1793, Malte échappe de peu à une révolte fomentée par des agents de la Convention.

Le 19 mai 1798, Bonaparte, quitte Toulon pour la campagne d’Égypte avec le gros de la flotte française Il se présente devant La Valette en demandant de faire aiguade (remplir les barriques d’eau) ; Ferdinand Hompesch réunit le Conseil et le grand maître refusa de laisser entrer dans le port plus de quatre bateaux à la fois

Le général Bonaparte fait débarquer ses troupes à Malte au nom de la République française et s’empare par traîtrise de l’île les 10 et 11 juin 1798. Une convention est signée à bord de L’Orient le 12 juin par laquelle l’Ordre renonce à ses droits sur Malte mais que Hompesch ne ratifie pas. Il expulse le grand maître le 17 juin à Trieste uniquement accompagné de douze ou dix-sept membres de l’Ordre.

Le 19 juin 1798, la flotte française met le cap sur Alexandrie, après avoir laissé une garnison de trois mille hommes d’infanterie et trois compagnies d’artilleurs

 

En Russie

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Paul Ier de Russie

Les grands maîtres de l’Ordre, déjà sollicité par l’empire russe qui recherchait son appui dans le conflit qui l’opposait à l’empire ottoman, décident de se rapprocher de Paul Ier et d’en faire le protecteur de l’Ordre le 7 août 1797. De toutes les commanderies hospitalières il ne restaient que celles d’Allemagne et celles de Russie

Après l’abdication de Ferdinand von Hompesch, les 249 chevaliers de l’Ordre exilés en Russie au palais Vorontsov de Saint-Pétersbourg proclament, le 7 novembre 1798, Paul Ier « grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ». L’élection de Paul Ier soulève de nombreuses objections. En effet, celui-ci est orthodoxe et marié Cet évènement sans précédent dans l’histoire de l’Ordre amène le Pape Pie VI à ne pas le reconnaître comme grand maître.

 

L’éclatement de l’Ordre

Ferdinand von Hompesch après avoir résigné son magistère le 9 juillet 1799, le décès de Paul Ier, le 24 mars 1801, il s’ensuit une période noire pour l’Ordre jusqu’à sa chute, son éclatement ou une survivance improbable

 

Une période noire

En 1801, son fils Alexandre Ier de Russie, conscient de cette irrégularité, décide de rétablir les anciens us et coutumes de l’ordre catholique des Hospitaliers. Le comte Nikolaï Saltykov, lieutenant du grand maître, du prince Kourabin, grand chancelier, du commandeur de Maisonneuve, pro-vice chancelier, se proclament collectivement supérieur provisoire de l’Ordre. Ils demandent de ne pas réunir de chapitre général, de remettre la nomination d’un grand maître au pape à condition que celui-ci reconnaisse tous les actes de Paul 1er. Le pape réunit une congrégation de cardinaux qui décide que chaque prieuré transmettrait au pape son candidat parmi lequel le pape choisirait le grand maître après qu’il aurait réglé canoniquement la démission de Hompesch. Le nouveau grand maître examinerait avec le chapitre général chaque acte de Paul 1er et en ferait rapport au pape qui déciderait sur chacun d’eux.

Mais la France et l’Angleterre avait arrêté entre elles, dans le traité d’Amiens, le mode d’élection du grand maître sans tenir compte de ce qu’avait décidé la Russie et la papauté. Alexandre prenant connaissance de l’article 10 du traité s’oppose à ce que le mode d’élection soit modifié et demande à la France et à l’Angleterre de revenir sur le mode d’élection. L’Angleterre accepta et la France fit de même.

Finalement, pour tenter de sauver l’ordre, il est convenu que la nomination du grand maître incomberait uniquement et exceptionnellement au pape Pie VII. Le 16 septembre 1802, il nomme le bailli Barthélemy Ruspoli qui refuse, enfin le 9 ou le 17 février 1803, le pape choisit le candidat élu du prieuré de Russie, le bailli Giovanni Battista Tommasi comme premier grand maître de l’ordre souverain militaire jerosolymitain de Malte nommé, et non pas élu par les Hospitaliers.

 

Malte reste à l’Angleterre

Le traité d’Amiens, du 25 mars 1802, qui met fin à la période de guerres commencées en 1792, comporte une clause qui prévoit la restitution à l’Ordre de son territoire de Malte ; mais elle ne va pas être respectée, du fait de la reprise en 1805 de la guerre entre la France et l’Angleterre.

Le grand maître Tommassi installe les décombres de l’Ordre à Messine en Sicile, puis à Catane en Italie en attendant la possibilité de se reconstituer à Malte. Il vivait petitement, ayant refusé les subsides de Bonaparte, seulement entouré de deux commandeurs : un italien Del Verne et un français Dupeyroux. Il décède le 13 juin 1805 un mois après Hompesch, le 12 mai 1805. S’ensuit une période sombre qui entérine l’éclatement de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Le 17 juin 1805, trente-six chevaliers réunis à Catane élisent comme grand maître Guiseppe Caracciolo di Sant’Erasmo mais en novembre, le pape Pie VII par bref nomme comme lieutenant ad interim Innico Maria Guevara-Suardo. À peine nommé, Guevara-Suardo écrit à de Ferrette : « à l’aspect du squelette qui a remplacé le Corps […] depuis la perte de Malte, l’ordre a vu périr un nombre considérable de ses premiers religieux ; presque tous les novices ont cherché à se procurer du pain, soit par des mariages sortables, soit par des entreprises qui les enlevèrent à leur ancien état ; depuis cette époque fatale, les réceptions ont été à peu près égales à zéro ; les changements de domination ou de système ont privé ce corps des sept huitièmes de ses ressources en hommes et en revenus. »

Le traité de Paris en 1814 reconnaît l’Angleterre, pays de religion anglicane, comme seul maître de Malte, ce qui éloigne encore un peu plus les espoirs d’un retour. En 1822, le Congrès de Vérone reconnaît pourtant une fois encore la légitimité des réclamations de l’Ordre en réclamant que le sort de l’Ordre ne soit pas séparé de celui de la Grèce. Pour la première fois l’Ordre ne liait plus sa survie à celle de Malte mais les affaires espagnoles mirent rapidement fin à ce rapprochement.

 

Une renaissance

Après séparation, ralliement, opposition, intérêt divergeant, à ce qui reste de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, à cet « État sans territoire », le pape Léon XI en 1827 accorde comme consolation un couvent et une église à Ferrare en Italie. En 1831, l’Ordre réduit à un état-major s’installe définitivement à Rome. À partir de 1864, l’organisation en « Langues » disparaît : elles sont remplacées par des « associations nationales » ou « Grand Prieurés » (Rhénanie-Westphalie 1859, Silésie 1867, Angleterre 1871, Italie 1877, Espagne 1885, France 1891, Portugal 1899, Pays-Bas 1910, États-Unjs 1928, etc.).

C’est l’ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte qui prend en 1961 la suite de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. L’ordre souverain de Malte ne reconnaît comme issus de l’ancien Ordre que quatre ordres « non catholiques » : ordre protestant de Saint-Jean, ordre de Saint-Jean aux Pays-Bas, ordre suédois de Saint-Jean et le Très vénérable ordre de Saint-Jean.

 

Organisation de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Article principal : Organisation de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

La règle de l’Ordre

Ce serait vers 1130 que Raymond du Puy rédige et applique une première règle modelée sur celle de saint Augustin. La règle de saint Augustin est certainement la règle la plus communautaire, elle insiste plus sur le partage que le détachement, plus sur la communion que la chasteté et plus sur l’harmonie que l’obéissance Mais il est possible que la règle de l’origine était plutôt celle de saint Benoit.

Composée en latin, elle comporte dix-neuf chapitres dont les quinze premiers forment un ensemble et les quatre derniers un autre, qui a plutôt l’air d’un complément ultérieur :

I – Comment les frères doivent faire leur profession

II – Les droits auxquels les frères peuvent prétendre

III – Du comportement des frères, du service des églises, de la réception des malades

IV – Comment les frères doivent se comporter à l’extérieur

V – Qui doit collecter les aumônes et comment

VI – De la recette provenant d’aumônes et des labours des maisons

VII – Quels sont les frères qui peuvent aller prêcher et de quelle manière

VIII – Des draps et de la nourriture des frères

IX – Des frères qui commettent le péché de fornication

X – des frères qui se battent avec d’autres frères et leur portent des coups

XI – Du silence des frères

XII – Des frères qui se conduisent mal

XIII – Des frères trouvés en possession de biens propres

XIV – Des offices que l’on doit célébrer pour les frères défunts

XV – Comment les statuts, dont il est question ci-dessus, doivent être rigoureusement observés

XVI – Comment les seigneurs malades doivent être accueillis et servis

XVII – De quelle manière les frères peuvent corriger d’autres frères

XVIII – Comment un frère doit accuser un autre frère

XIX – Les frères doivent porter sur leur poitrine le signe de la croix

La date exacte de l’approbation de la règle par le pape Eugène III n’est pas connue avec exactitude mais les historiens la fixent avant 1153. Il est maintenant possible de parler de la fraternité de l’Hôpital : « C’est la convergence entre la mise en place des premières structures administratives régionales et l’élaboration de la règle par le maître Raymond du Puy et son approbation par le pape Eugène III au milieu du XIIe siècle qui permettent de dire que, alors et alors seulement, l’Hôpital est devenu un ordre ».  Un nouvel ordre est né, l’ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem.

À force d’additifs qui au fil du temps enrichissent la règle, une révision fut rendue nécessaire. Pierre d’Aubusson fit faire une nouvelle rédaction suivant un plan méthodique qui fut maintenu dans les éditions ultérieures.

 

Organisation hiérarchique

L’Hospital dispose d’une division hiérarchique ternaire :

les frères chevalier ;

les frères sergent qui se partagent en :

les sergents d’armes,

les sergents d’office,

les frères prêtres ou chapelain.

Mais Raymond du Puy, le supérieur de l’Ordre, organise l’Ordre en trois classes plus fonctionnelle que sociale à la différence des Templiers :

ceux qui par naissance avaient tenu ou étaient destinés à tenir les armes : frères d’armes (chevaliers et sergents) ;

les prêtres et les chapelains destinés à assurer l’aumônerie : frères prêtre ou chapelain ;

enfin, les autres frères servants destinés à assurer le service : frères d’offices.

 

Les grands maîtres de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Depuis le frère Gérard (dit par erreur de traduction Gérard Tenque), le fondateur de l’Ordre, l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a à sa tête un supérieur nommé à vie. C’est en 1267, sous la magistrature de Hugues Revel, que le titre de grand maître est accordé au supérieur de l’Ordre par un bref du pape Clément IV.

La titulature est quasiment toujours la même : « humble maître de la sainte maison de l’Hospital de Jérusalem et gardien des pauvres du Christ ».

La règle de Raymond du Puy et la bulle Pie postulatio voluntatis précisent que le (grand) maître est élu par ses frères mais ne précisent pas les modalités de l’élection. Lorsque Gilbert d’Aissailly démissionne en 1170, il organise l’élection de son successeur en s’adjoignant douze frères, le chapitre de Margat, en 1204/1206, transforme cette initiative en statut.

 Les dignitaires de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Les premiers dignitaires sont les baillis conventuels. Parmi ces baillis il y a eu à l’origine le trésorier qui date de 1135, puis l’hospitalier en 1162, puis le maréchal avant 1170, le grand commandeur qui date de 1173 et le drapier. D’autres dignitaires ne sont pas baillis comme le turcoplier, l’infirmier, le maître écuyer et le grand prieur ou prieur conventuel.

Une réforme eut lieu en 1301, elle fut effectuée par Guillaume de Villaret c’est la création des piliers (tous baillis conventuels), réforme confortée par Hélion de Villeneuve qui affecte à chaque pilier une fonction au sein du grand conseil. Le grand commandeur ou grand précepteur à la langue de Provence, le grand maréchal à la langue d’Auvergne, le grand hospitalier à la langue de France, le grand drapier à la langue d’Espagne, le grand amiral à la langue d’Italie et le turcoplier à la langue d’Angleterre

À Rhodes, les baillis, en tant qu’officiers supérieurs, ont le droit de porter une croix plus grande et ils sont appelés « grand croix ». L’Ordre va garder l’habitude, une fois à Malte, de distinguer des commandeurs et de leur donner quelques prérogatives au sein du grand conseil. Ils sont appelés « vénérables », on leur accordera la dignité de bailli et on leur donnera le grade de grand croix Enfin lors de la « mornarchisation », les ambassadeurs nommés par l’Ordre, s’attribueront le titre de bailli grand croix.

 

Organisation territoriale

L’organisation territoriale de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem va se construire au fil du temps :

les langues sous la responsabilité d’un bailli conventuel appelé aussi pilier ;

les grands prieurés sous la responsabilité d’un prieur provincial ou grand prieur ;

les commanderies sous la responsabilité d’un commandeur ;

les maisons périphériques (fermes, granges, moulins, vignes, etc.) qui relèvent d’une commanderie et sous la responsabilité d’un tenancier.

 

Les langues

En 1301, une réforme de Guillaume de Villaret, s’inspirant d’une proposition faite quand il était prieur du grand prieuré de Saint-Gilles, crée les langues, regroupements territoriaux des commanderies, réforme confortée par Hélion de Villeneuve qui affecte à chaque pilier, responsable de la langue, une fonction au sein du grand conseil Le grand commandeur ou grand précepteur à la langue de Provence, le grand maréchal à la langue d’Auvergne, le grand hospitalier à la langue de France, le grand drapier à la langue d’Espagne, le grand amiral à la langue d’Italie et le turcoplier à la langue d’Angleterre.

En 1462, le grand maître Piero Raimondo Zacosta divise la langue d’Espagne en deux langues : le pilier de la langue de Castille avec le Portugal était grand chancelier et celui de la langue d’Aragon restait grand drapier.

En 1540, Henri VIII fait disparaitre la langue d’Angleterre en confisquant tous les biens de l’Ordre en Angleterre et en Irlande. L’Ordre continuera à faire vivre fictivement la langue d’Angleterre en nommant des chevaliers anglais catholiques en exil comme prieur d’Angleterre.

En 1538, sept des commanderies du grand bailliage de Brandebourg de la langue d’Allemagne embrassent la religion réformée et en 1648, le traité de Westphalie permet la séparation du grand bailliage de l’Ordre. En 1781, l’électeur de Bavière donne les biens des Jésuites aux Hospitaliers et Emmanuel de Rohan-Polduc saisi l’occasion pour regrouper les anciennes langues d’Angleterre et d’Allemagne dans la Langue anglo-bavaroise en 1784.

 

Les grands prieurés

Avec la disparition de l’ordre du Temple en 1312 et la dévolution de leurs biens aux Hospitaliers il devient nécessaire de généraliser une autre entité territoriale, les prieurés. Les langues territorialement étendues ou disposant d’un nombre important de commanderies pour être correctement gérées, sont divisées en prieurés En juillet 1317, le grand maître Foulques de Villaret étant contesté, c’est le pape Jean XXII qui décide le démembrement de la langue de France, devenue trop importante, en trois prieurés en créant, en plus du grand prieuré de France, deux autres prieurés, celui d’Aquitaine et celui de Champagne avec en plus le grand prieuré de Bourgogne et ce qui deviendra la baillie de Manosque. Le 20 octobre 1320, le pape Jean XXII rachète au grand maître des Hospitaliers tout ce qui avait appartenu aux Templiers à Cahors et le donne aux Chartreux.

 

Les commanderies

Vêtements

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Il y aurait une différence entre vêtement et habit : l’habit est le signe d’appartenance à l’Ordre, le vêtement est tout ce qui habille le frère.

Étant avant tout un ordre hospitalier et charitable, les frères s’efforçaient d’être au service de leurs « seigneurs les malades » et se disent « serfs des serviteurs de Dieu », et à ce titre leurs habits et vêtements transparaissent de cette servitude ou plutôt humilité. La règle, les « usances » et les statuts rappellent toujours au fil des siècles le devoir de tous les frères de s’habiller sans luxe. Cependant, leurs vêtements devaient être « commodes et confortables, adaptés aux missions, en particulier militaires » Concernant l’habit commun de toutes les classes, il est noir ou du moins sombre, « couleur de l’humilité, celle des moines bénédictins et des chanoines augustins »

La croix faite de deux bandes de tissu croisées (d’où le nom de « croisé » pour ceux qui les portaient et de « croisade »), emblème (et non symbole) du pèlerinage à Jérusalem et de tout ce qui touche de près ou de loin à ceux qui exercent un pouvoir ou office religieux, a été utilisée par tous les ordres religieux-militaires, dont les Hospitaliers.

Dernier article de la règle de L’Hospital : « … Les frères […] devront porter sur leur poitrine la croix sur leur chapes et sur leurs manteaux (cappis et mantellis) en l’honneur de Dieu et de la sainte Croix afin que Dieu nous protège par cet étendard (vexillum) et la foi, les œuvres et l’obéissance et qu’il nous défende corps et âmes, nous et nos bienfaiteurs de la puissance du diable en ce monde et dans l’autre ».

Quant à la forme de la croix, dont il importait peu à l’origine, devient au fil du temps la croix à huit pointes, certainement imitée des armes de la ville d’Amalfi (à moins que cela fut l’inverse), qui deviendra croix de saint Jean puis croix de Malte, « de règle à Rhodes aux xive et xve siècle, [elle] n’apparaît que timidement au xiiie siècle ». La toute première apparition de cette forme daterait de la première moitié du xiiie siècle.

 

Jupon d’armes (ou surcot)

Désireux de se voir différencier de leurs autres frères, les chevaliers de l’Ordre ont fait requis du pape pour une reconnaissance de leur « qualité nobiliaire », comme c’est le cas pour les Templiers (chevalier en blanc, sergents et prêtres en noir). Répondant partiellement à leur requête, le pape Alexandre IV décida le 11 août 1259 « que les chevaliers continueraient à porter comme les autres l’habit noir, mais ajoutait qu’au combat ils pourraient revêtir un jupon d’armes et d’autres pièces militaires de couleur rouge et sur lesquels serait la croix blanche « comme cela est sur votre étendard (vexillum) » ».

Cependant cette distinction ne rentra certainement jamais dans les faits, les Hospitaliers étaient regardants quant aux prérogatives d’une classe sur une autre et de plus tous les chevaliers n’étaient pas encore obligatoirement nobles, puisque les statuts du 4 août 1278 de Nicolas Lorgne précisent sans ambiguïté aucune :

article 3 : « que tous les frères de l’Ospital doivent porter manteus noirs [avec] la crois blanche ».

article 5 : « tous les frères de l’Ospital d’armes> (fratres armorum) doient porter en fait d’armes le jupell vermeille avec la creis blanche ».

« L’habit rouge distinguait l’activité militaire et non pas un état social ».

Dans le même temps où Raymond du Puy, le supérieur de l’Ordre, écrit la règle de l’Ordre et la transmet à Rome, il propose l’adoption d’une bannière « de gueules à la croix latine d’argent » (rouge à croix blanche). Ce serait en 1130 que le pape Innocent II l’approuve. Elle flotte dès lors sur toutes les possessions de l’Ordre. Ce serait l’ancêtre de tout ce qui deviendra les pavillons nationaux.

Roger de Moulins (1177-1187), huitième supérieur de l’ordre, fait accepter par le chapitre général de l’Ordre de 1181, le fait de recouvrir d’un drap rouge à croix blanche le cercueil des membres de l’Ordre

Sillographie

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La sigillographie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a été étudié par S. Pauli dans un livre Codice diplomatico del sacro militare ordine Gerosolimitano paru à Lucques en 1733 et 1737 pour le deuxième volume. Il a consacré neuf planches à la reproduction de 93 sceaux, à peine un quart de ceux-ci subsistait en 1881 quand Delaville Le Roulx repris son étude du fait du délaissement dans lequel les archives étaient. Malheureusement ses reproductions sont de piètre qualité pour servir à une étude sérieuse.

Les types en plomb des sceaux magistraux sont tous identiques à quelques détails près. Ils sont de forme ronde avec, à l’avers, la figure du grand maître, de profil, tourné à droite, les mains jointes, agenouillé devant une croix à double traverse, au revers, un personnage couché, au-dessus de lui, un édifice à coupole centrale et deux latérales avec une lampe suspendue, une croix à la tête et une autre à ses pieds. La légende de l’avers comporte le nom du grand maître et celle du revers HOSPITALIS HIERVSALEM.

Le type de l’avers à peu évolué ; au bas du sceau l’habitude est prise, dès le commencement du xive siècle, de placer une figure illustrant le crâne d’Adam sur lequel, la tradition voulait que la croix du Calvaire était plantée. Seul le grand maître et cardinal Pierre d’Aubusson s’en affranchit en plaçant la croix sur une sorte de prie-Dieu avec le chapeau cardinalice et ses armoiries. Le type du revers a donné lieu à beaucoup de conjectures. Le personnage allongé est soit un malade soit le Christ au tombeau. Ce ne peut être un malade, réservé au sceau du frère hospitalier où il figure accompagné d’un frère qui le nourrit. Ce n’est pas non plus le Christ mais celui d’un « cors d’ome mort d’avant » placé devant un tabernacle sous les dômes du Saint-Sépulcre. Une autre évolution du revers est le nimbe qui apparait petit à petit. On comprend l’inutilité de ce nimbe si le mort est pestiféré. Il est facile de penser que les graveurs aient cru au Christ au tombeau ou quelque saint. Il est alors naturel de penser que l’oreiller a évolué vers un nimbe. Ce nimbe commence sous Guillaume de Villaret et est bien caractérisé sous Hélion de Villeneuve pour se perpétuer ensuite dans tous les sceaux ultérieurs.

 

Numismatique

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L’Ordre commence d’émettre sa propre monnaie vers 1310 en même temps qu’il acquiert la souveraineté avec son installation sur l’île de Rhodes. C’est le moment où l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem s’enrichit fortement. Ces pièces sont frappées aux portraits des grands maîtres de l’Ordre sur le verso tandis que sur le recto se trouve une croix qui ne sera la croix à quatre branches bifides typique de la croix de Malte qu’à partir de 1520.

Le système monétaire maltais trimétallique est constitué de pièces en cuivre, en argent et en or selon un acte interne datant de 1530. Au xviiie siècle, ce système est remis en question par une forte émission de pièces en argent. La monnaie maltaise était constituée de scudi (écus), de tari (tares) et de grani (grains) avec pour valeur : 1 scudo = 12 tari = 240 grani.

 

Le rayonnement de l’Ordre

Une puissance militaire

L’Ordre est à l’origine un ordre hospitalier mais rapidement il devient un ordre militaire. Les Hospitaliers participèrent à de nombreuses batailles entre la Deuxième croisade en 1148 et la conquête française de Malte en 1798. Ils combattirent, sur 6 siècles et demi, notamment lors des batailles suivantes :

Bataille de Montgisard (1177)

Bataille de Hattin (1187)

Siège de Jérusalem (1187)

Siège de Saint-Jean-d’Acre (1291)

Conquête de Rhodes (de 1306 à 1310)

Prise de Tripoli (1551)

Grand Siège de Malte (1565)

Bataille de Lépante (1571)

Débarquement français à Malte (1798)

 

Une puissance maritime

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Arrivés dans l’île de Chypre et installés à Limassol, les Hospitaliers se rendent compte que la ville est ouverte à tous vents aux saccages des pirates arabes. Le chapitre ayant refusé l’installation en Italie pour rester au plus près de la Terre sainte à reconquérir, il devient évident qu’il faille armer une flotte capable de défendre l’île mais aussi d’attaquer sur mer. En Terre sainte, l’Ordre armait quelques bâtiments qui permettaient aux membres de l’Ordre de se déplacer et de convoyer des pèlerins. Un certain nombre de ceux-ci se retrouvent à Chypre ayant ramené les réfugiés et les frères de Palestine et d’autres amené d’Europe les participants au chapitre général.

« Bientôt on vit sortir des différents ports de l’île plusieurs petits bâtiments de différentes grandeurs, qui revenaient souvent avec des prises considérables, faites sur les corsaires infidèles » écrit l’historien de l’Ordre Giacomo Bosio (1594-1602). Établis sur une île, ils n’ont pas d’autre moyen pour continuer le combat que d’aller sur mer et le combat naval permettait de se payer sur l’ennemi. Si des pirates infidèles sillonnaient les mers pour enlever des pèlerins, le prétexte était parfait pour justifier une guerre de course. Ces deux nouvelles activités de l’Ordre, la marine et la course, vont donner les moyens d’une nouvelle puissance aux Hospitaliers.

Le pape Clément V autorise en 1306 le nouveau grand maître Foulques de Villaret (1305–1319) à armer une flotte sans l’autorisation de Henri II roi de Chypre. L’Ordre dispose alors de deux galères, une fuste, un galion et deux dromons. Dans cette région de la Méditerranée orientale, les côtes très découpées, peu accessibles par terre, et la présence de nombreuses îles procurent de nombreux repaires aux pirates favorisant tous les trafics commerciaux mais aussi humains. À cette période, l’île de Rhodes est un refuge sûr pour tous ces trafics.

Installé à Malte, l’Ordre développe sa puissance maritime et maintient la paix en Méditerranée en combattant les Ottomans et les Barbaresques avec, pourtant, une flotte nettement inférieure, en unité navale, aux flottes musulmanes. Servir sur les galères de l’Ordre devient un passage obligé pour tous les aspirants chevaliers, souvent reçus dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dès leur plus jeune âge. Les familles nobles, majoritairement françaises, payaient à prix d’or le passage de leurs fils à Malte pour que ceux-ci deviennent pages du grand maître ou d’autres dignitaires de l’Ordre. Après une période de noviciat de douze mois, les novices devenaient chevaliers en prononçant leurs vœux. Ils devaient alors faire leurs caravanes. Ces caravanes, au nombre de trois, (quatre au xviie siècle) duraient généralement six mois chacune et formaient entre vingt et trente chevaliers par galère

Rapidement, la flotte de l’Ordre devient une sorte d’académie navale avant l’heure, de grande réputation, attirant des nobles de nationalités étrangères à l’Ordre comme des Russes ou des Suédois qui s’engageaient comme volontaires pour une durée de deux ou trois ans. C’est ainsi que de grandes personnalités navales ont été formées dans l’incubateur maritime de l’Ordre. Quand il fallut recréer une marine française pour affirmer la puissance maritime de la France, le cardinal de Richelieu choisit pour modèle la tradition navale de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

 

Une puissance coloniale

Déjà au xvie siècle, un Hospitalier, Nicolas Durand de Villegagnon commande la flotte de Gaspard II de Coligny qui colonisera la côte du Brésil sous le nom de France antarctique. Il donne son nom à l’ilha Serigipe dans la baie de Rio de Janeiro.

Au xviie siècle, lors de la colonisation française des Amériques ou des Antilles, parmi les colonisateurs ou les administrateurs figuraient des Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem comme Aymar de Chaste, Isaac de Razilly en Acadie, Charles Jacques Huault de Montmagny au Québec ou Philippe de Longvilliers de Poincy aux Antilles. Ils participaient à la colonisation en tant que représentants du roi de France mais non comme membre de l’Ordre. Mais de 1651 jusqu’en 1665, les Hospitaliers interviennent en leur nom comme colonisateur-administrateur aux Antilles

Déjà en 1635, Razilly propose sans succès au grand maître Antoine de Paule d’établir un prieuré et des commanderies en Acadie. Poincy qui avait servi sous les ordres de Razilly comme commandant de fort en Acadie partageait les vues de son supérieur. Poincy est nommé gouverneur de l’île Saint-Christophe pour le compte de la compagnie des îles d’Amérique avant d’être nommé lieutenant général pour les Caraïbes par Louis XIII en février 1639. Poincy va investir à titre personnel dans le développement de l’île. Il charge en 1640 François Levasseur de prendre possession de l’île de la Tortue. Son action est considérée comme trop indépendante de ses commanditaires. L’ordre des Hospitaliers lui reproche aussi d’utiliser les produits qu’il tire de sa commanderie française pour entretenir un train de vie non compatible avec celui d’un membre de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il est finalement remplacé dans ses fonctions par Noël Patrocle de Thoisy le 25 février 1645. Le 25 novembre 1645, Poincy s’oppose au débarquement de Thoisy à Saint-Christophe. Après de multiples péripéties Poincy se fait livrer prisonnier Thoisy et le renvoie en France en 1647. Malgré l’appui des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à la cour du Roi, Poincy doit payer 90 000 livres en dédommagement à Thoisy.

Resté à Saint-Christophe, Philippe de Longvilliers de Poincy établit en 1648 la première colonie européenne sur Saint-Barthélemy et envoie un renfort de 300 hommes sur Saint-Martin pour conforter la petite colonie française en parallèle au traité de Concordia qui a fixé la frontière entre les établissements français et néerlandais, traité toujours en vigueur aujourd’hui. Il fonde en 1650 une colonie sur Sainte-Croix.

En 1651, la compagnie des îles d’Amérique fait faillite et Poincy réussi à convaincre le grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem Jean-Paul de Lascaris-Castellar d’acheter Saint-Christophe, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Sainte-Croix pour 120 000 écus. C’est Jacques de Souvré qui négocie l’accord qui sera confirmé en 1653 par le roi de France Louis XIV qui reste souverain des îles. Les Hospitaliers ont compétences temporelle et spirituelle sur leurs îles à la condition de ne nommer que des chevaliers des langues du royaume de France et fournir au roi 1 000 écus d’or chaque année anniversaire.

Philippe de Longvilliers de Poincy est confirmé dans sa charge de gouverneur mais l’Ordre nomme Charles Jacques Huault de Montmagny, ancien gouverneur de la Nouvelle-France, « général-proconsul » avec siège à Saint-Christophe avec mission de transférer au couvent général de l’Ordre les profits des colonies. Le précédent de Noël Patrocle de Thoisy, engage Montmagny à la prudence et quand il apprend que Poincy refuse de le reconnaître comme général-proconsul, il rentre en France. L’Ordre le renvoie en 1653 avec le titre de « lieutenant-gouverneur » et devant le refus réitéré de Poincy, Montmagny se retire à Cayonne attendant la mort de Poincy. Mais Montmagny meurt en 1657, trois ans avant Poincy.

L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem nomme Charles de Sales, nouveau « lieutenant-gouverneur » de 1660 à 1664, qui se fait facilement accepter par les populations. Mais la situation est de plus en plus difficile : le traité signé par Poincy peu avant sa mort avec les Anglais et les Caraïbes dure peu ; les revenus que les Hospitaliers tirent de leurs colonies sont de peu de rendement. En 1660, l’Ordre doit toujours de l’argent à la France pour l’achat des îles. Colbert très intéressé par le développement des colonies fait pression sur les Hospitaliers pour récupérer leurs îles. L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, alors que Claude de Roux de Saint-Laurent est « lieutenant-gouverneur » en 1665, cède ses colonies antillaises à la toute nouvelle compagnie française des Indes occidentales mettant ainsi fin à 14 ans de gestion coloniale.

 

L’Ordre et la culture

Le rayonnement de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem fait de Malte, du xvie au xviiie siècles, un lieu de rencontre et de raffinement où se croisèrent de nombreux artistes tel Le Caravage ou encore Mattia Preti.

De plus, l’Ordre accumule de très nombreux trésors baroques au xviiie siècle : on y trouve en particulier des tapisseries exécutées par les Gobelins entre 1708 et 1710.

La grande bibliothèque de Malte construite entre 1786 et 1796 selon les plans de Stefano Ittar, est inaugurée après le départ des chevaliers en 1812 par les Anglais. Elle recélait en 1798, 80 000 livres et toutes les archives de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui y sont encore.

 

L’Ordre et la médecine

Du xvie au xviiie siècle, les Hospitaliers vont développer de manière très importante les techniques de médecine et de chirurgie comme des éponges imbibées d’opium que les malades suçaient jusqu’à s’évanouir. Mais tout commence réellement avec l’Hospital de Jérusalem dès le xiie siècle (les statuts de Roger de Moulins du 14 mars 1182 officialisent pour la première fois dans le personnel soignant de l’Ordre, des médecins et des chirurgiens), puis avec celui de Rhodes. En 1523 les Hospitaliers innovent dans la médecine d’urgence en créant le premier navire hôpital avec la caraque Santa Maria ; ils inventent les infirmeries de campagne sous des tentes afin de pouvoir soigner les militaires blessés durant la guerre contre le corsaire ottoman Dragut en 1550.

Parallèlement, entre 1530 et 1532, le grand maître Philippe de Villiers de L’Isle-Adam crée une « Commission de santé » composée de deux chevaliers et de trois notables et recrée un grand hôpital la Sacra Infermeria (la Sacrée Infirmerie) et une apothicairerie à Malte

En 1595, une école de médecine est créée puis en 1676, c’est l’école d’anatomie et de chirurgie, puis l’école de pharmacie de Malte en 1671 et enfin en 1687, la bibliothèque médicale. Mais c’est en 1771 qu’est créée la célèbre université de médecine qui ajoutera au rayonnement des Hospitaliers dans toute la Méditerranéenne mais aussi dans tout le monde occidental ; en 1794, c’est la création de la chaire de dissection

On peut également noter la création de l’école de mathématiques et des sciences nautiques au sein de l’université de Malte en 1782.

 

Référencement

Sources

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CONCILE DE TRENTE (1545-1563), EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, REFORME CATHOLIQUE

Le Concile de Trente et la Réforme catholique

Réforme catholique du XVIè siècle

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À partir du milieu du XVIè siècle, la Réforme catholique, ou Contre-Réforme, est l’ensemble des actions menées au sein de l’Eglise catholique pour lui permettre d’enrayer l’extension de la Réforme protestante.. Ces actions visent à réaffirmer et à préciser la doctrine catholique, à réorganiser le clergé.

Les principales mesures sont la mise en place de jésuites, chargés d’une action missionnaire, la création de la congregation fr l’Index – — s’occupant de censurer toute la production écrite —  et les mesures de mise à jour de la doctrine et d’organisation du clergé décidées par le concile de Trente.

 

Le renouveau des ordres religieux

Des ordres religieux nouveaux apparaissent au début du XVIè siècle.. Il s’agit de former des religieux qui iront en mission dans les villes et les campagnes pour ramener à la foi catholique les croyants qui s’en étaient détournés. Les franciscains, réorganisés en 1526 sous l’appellation de capuchins,  poursuivent leur action missionnaire. En 1524 apparaissent les théatins, , chargés de réformer les mœurs du clergé. En 1535, les ursulines se consacrent à l’enseignement des jeunes filles. En 1548, ce sont les oratoriens l qui se spécialisent dans l’enseignement des jeunes gens.

Mais ce sont surtout les jésuites qui vont être le fer de lance de la reconquête catholique. Organisés dès 1534, par l’Espagnol Igance de Loyola, ils se regroupent dans la Compagnie de Jésus qui obtient en 1540, l’approbation de ses statuts par le pape Paul III. Organisés militairement, soumis à une formation et à une discipline très strictes, les jésuites qui ont fait le vœux d’obéissance absolue au pape, ouvrent des collèges pour former les jeunes gens de la bourgeoisie, et sont envoyés en mission dans les pays passés au protestantisme ou dans les pays d’outremer, comme la Chine, le Japon ou les colonies françaises ou espagnoles d’Amérique afin d’y convertir les Amérindiens.

 

L’Inquisition et l’Index

Pour lutter contre les Protestants la papauté essaie, là où elle a de l’influence, d’interdire la liberté de conscience et de pensée. Elle remet en action l’Inquisition romaine. En 1542, la pape Paul III crée le Saint Office dont il confie la direction au cardinal Caraffa, qui deviendra en 1555, le pape Paul IV. Cette congrégation romaine est alors formée de six cardinaux qui reçoivent l’autorité d’enquêter et de juger les hérétiques dans tous les pays catholiques d’Europe. Leur jugements rendus ils remettent les condamnés aux autorités civiles qui font exécuter les sentences. L’action du Saint Office, soutenue par les souverains, est très efficace en Italie, en Espagne, au Portugal et dans les colonies de ces deux derniers pays. Le protestantisme ne parvient pas à s’y installer.

En 1571, le pape pie V  crée la congrégation de l’Index. Cette commission de religieux est chargée de lire tout ce qui s’imprime afin de détecter les ouvrages non conformes à la doctrine de l’Église catholique. Cette commission établit une liste de ces ouvrages et en interdit la lecture aux fidèles. Elle tente par ailleurs de faire retirer de la circulation ces ouvrages en faisant des pressions sur les autorités royales des différents pays catholiques.

 

L’œuvre du concile de Trente

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Peinture représentant le Concile

Alors que depuis plus d’un siècle la papauté, contestant la suprématie des conciles oecuméniques, et plus occupée de politique italienne, a refusé les réformes, en 1547, le pape Paul III pour enrayer l’expansion du Protestantisme convoque un concile à Trente, dans le Tyrol. Le concile de Trente va durer jusqu’en 1563, mais avec de très longues interruptions. Il va préciser la doctrine catholique face aux idées des protestants. Les sources du Salut restent la Foi, les oeuvres, mais aussi la Tradition   dans l’interprétation de la Bible. Le culte des saints et celui des images est maintenu. Il en est de même pour les sept sacrements.  L’obéissance spirituelle au pape est exigée des catholiques.

Le clergé est réformé. Désormais le célibat des prêtres est exigé, la résidence des cures dans leurs paroisses et des évêques dans leurs dioceses devient la règle. Le cumul des benefices ecclésiastiques   est interdit. Les prêtres seront désormais formés dans des écoles spéciales appelées seminaires. Le latin est la langue de prière et du culte catholiques.

 

Résultats de la Réforme catholique

La Réforme catholique favorise l’apparition d’ecclésiastiques très engagés dans la vie spirituelle comme Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, Charles Borromée dont l’Église catholique fera des saints. L’action des jésuites permet la reconquête religieuse du sud de l’Allemagne, de renforcer le catholicisme dans les Pays-Bas du sud (Belgique actuelle), en Pologne. Aidés par l’Inquisition ils évangélisent les populations indigènes des colonies françaises, espagnoles, portugaises d’Amérique. Leurs missionnaires pénètrent en Chine et au Japon. En Europe ils ouvrent des collèges où ils accueillent les jeunes gens qui seront les futurs dirigeants. Dans le domaine architectural, de la peinture et de la musique la Contre-Réforme a eu une immense influence grâce aux développement de cérémonies luxueuses chargées de convaincre les fidèles de la puissance du catholicisme. Cependant, elle échoue en Allemagne du nord, en Scandinavie, en Angleterre et en Ecosse qui resteront protestantes. En France, il lui faudra attendre la fin des guerres des religion.

 

 

 

 

 

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Un Pape à Aix !

UN PAPE A AIX-EN-PROVENCE

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 Il s’agit du pape Pie VII, à l’occasion de l’un de ses nombreux démêlés avec Napoléon Bonaparte.

Arrestation du Pape Pie VII par le général Miollis (frère de Mgr Miollis, évêque de Digne, tous les deux orignaires d’Aix en Provence.

 

Les choses ne s’étaient pas nécessairement mal passées au début, même si le conclave avait dû se tenir à Venise en 1800 pour éviter la pression des troupes françaises qui occupaient Rome ; après la victoire de Marengo, la France a rendu au pape les Etats pontificaux et celui-ci a pu regagner Rome. La France reconnait le catholicisme comme « religion de la majorité des Français » et un Concordat, qui doit beaucoup à l’Aixois Portalis, est signé entre Bonaparte, premier consul, et le pape, en 1801, rétablissant la liberté religieuse. Tout cela n’alla pas sans difficultés, mais Pie VII finit par accepter, espérant arranger ensuite les sujets de discorde, de venir sacrer Napoléon empereur (2 décembre 1804).

Mais, par la suite, les relations vont vite se détériorer, les sujets de conflits entre l’Empire et l’Eglise étant de plus en plus nombreux. Les Etats pontificaux sont annexés à l’Empire et le pape excommunie Napoléon. En 1809, l’armée française kidnappe le pape et il sera prisonnier en divers lieu, dont Grenoble (c’est à cette occasion qu’il passera une première fois par Aix), jusqu’en 1812, avant d’être enfermé à Fontainebleau jusqu’en janvier1814. A cette date, Napoléon, en difficulté à l’extérieur, rend au pape ses Etats pontificaux, et celui-ci retraverse la France en sens inverse, passant à nouveau par Aix.

A l’aller donc, Pie VII, prisonnier de l’armée française, arriva à Aix le 4 août 1809 et repartit le lendemain. Roux-Alphéran, dans son ouvrage de 1848 « Les rues d’Aix », raconte en détail cette histoire dans son chapitre consacré au Cours (qui ne s’appelait pas encore Mirabeau). Pourquoi le Cours ? Parce que le pape était logé sur le Cours, tout à fait en bas, côté vieille ville, à l’hôtel des princes. C’était l’hôtellerie la plus fréquentée d’Aix depuis sa construction en 1785, à la place d’une maison particulière. La plupart des hauts personnages passés par Aix ont logé là.

Roux-Alphéran cite les ambassadeurs indiens allant voir Louis XVI en 1788, mais aussi Napoléon Bonaparte, qui y a séjourné plusieurs fois, y compris au retour de la campagne d’Egypte en 1799. La ville était illuminée et Roux-Alphéran se souvient avec émotion de sa rencontre avec le jeune général. Il raconte aussi une anecdote : une femme, connue pour ses excès révolutionnaires, voulut lui offrir une couronne de laurier, en lui donnant « l’accolade fraternelle » ; Bonaparte s’en sortit en la tenant avec dignité à distance et appela un jeune domestique, lui demandant de descendre les feuilles de lauriers…à la cuisine de l’hôtel. Il partit au milieu du repas du lendemain, pressé de rentrer à Paris : quelques semaines plus tard, le 18 brumaire, il renversait le Directoire et s’emparait du gouvernement. Bien d’autres personnalités

logeront plus tard dans cet hôtel comme la reine d’Espagne Marie-Christine en 1840, ainsi que don Carlos en 1845.

Et Pie VII ? Les conditions n’étaient pas les mêmes, puisqu’il était là en prisonnier ! D’ailleurs, lorsque Roux-Alphéran publie son ouvrage, en 1848 on sent encore un certain embarras : comment exprimer sa compassion pour le pape et l’Eglise, sans critiquer Napoléon…Il contourne la difficulté en citant le texte du rapport envoyé le 5 août 1809 par le maire d’Aix, M. de Saint-Vincens, au préfet du département : « Je m’empresse de vous faire savoir l’arrivée du Pape à Aix, hier soir à neuf heures, et son départ pour Nice aujourd’hui à huit heures du matin ». « Je vis le Pape peu après » (après avoir vu l’officier chargé de conduire le pape). « Après m’être fait instruire du cérémonial, je fis une génuflexion et je lui baissai la main »

« Après un quart d’heure d’audience, je rentrai dans la chambre du colonel. Il fait l’éloge du caractère du Pape et de sa bonne humeur. Il est toujours disposé à aller, à s’arrêter, à manger comme on veut ». Un prisonnier modèle donc, mais un prisonnier quand même. « Le Pape a à sa suite le prélat Doria, deux autres prêtres, un médecin, un chirurgien et quelques valets. Sa suite occupe deux carrosses ». Le lendemain matin, « plusieurs dames et quelques hommes ont assisté à sa messe. D’autres l’ont vu après la messe. Quelques prêtres ont été admis » (…) « Avant de partir, il s’est montré au balcon de l’auberge ; il a donné sa bénédiction au peuple assemblé au Cours en assez grand nombre. Il voyage vêtu d’une soutane blanche, d’un rochet, d’un camail rouge et d’une étole. Il a une calotte blanche et des souliers d’étoffe rouge sur lesquels est brodée une croix ».

Cet aller là est donc bien particulier, d’autant plus qu’on ne découvre à chaque fois l’étape suivante qu’au prochain arrêt (qui sera Nice en l’occurrence, avant d’aller vers Grenoble). Le retour, bien plus tard, en 1814, sera très différent. Désormais libre, depuis le début de l’année, en route pour Rome, il passera à nouveau par Aix le 7 février 1814, sans entrer dans la ville. Mais le climat avait bien changé ; les persécutions anti-religieuses de la Révolution étaient loin, et les Aixois ont tout fait pour essayer « de voir le pape ».

« Il arriva vers une heure au haut de la montée d’Avignon, près les plâtrières et traversa la foule pendant une demi-lieue, c’est-à-dire jusqu’au Pont des Trois-Sautets, donnant sa bénédiction de tous les côtés. Les vivats, les cris de joie, ne cessèrent de l’accompagner et son passage à Aix fût, cette fois, un véritable triomphe. Il changea de chevaux sous le rempart d’Orbitelle et un grand nombre de fidèles l’accompagnèrent jusqu’à Tourves, où il fut coucher, notamment M. L’abbé de Mazenod, supérieur-fondateur des missionnaires de Provence, aujourd’hui évêque de Marseille ».

Quelques précisions, pour ceux qui sont perdus dans ce trajet: le quartier des plâtrières se situe à Celony, donc en haut de la montée d’Avignon (même si le chemin des Plâtrières est lui extrêmement étendu) ; ensuite il s’agissait de ne pas entrer dans la ville (encore entourée de remparts), et donc de rejoindre depuis la montée d’Avignon une des portes du quartier Mazarin (pour changer les chevaux) la porte de l’Orbitelle, qui était juste à l’entrée de l’actuelle rue du 4 septembre, du côté de l’actuel boulevard du Roi René. De là, le pape a pris le chemin de l’Italie et les adieux à la population qui suivait se sont fait au Pont des Trois-Sautets, sur l’Arc, lieu que Cézanne appréciera plus tard. Quant à l’abbé de Mazenod, il allait devenir (en 1816) le fondateur des missionnaires de Provence, que l’on appelle aujourd’hui les Oblats de Marie-Immaculée, (La chapelle des Oblats se trouve place Forbin, en haut du Cours Mirabeau) et il

deviendra effectivement évêque de Marseille en 1837 et l’était donc encore quand Roux-Alphéran a publié son livre.

Roux-Alphéran ajoute que Pie VII n’était pas le premier pape à être passé par Aix. Le précédent était Grégoire XI, « lorsqu’il partit d’Avignon, en 1376, pour aller rétablir à Rome le siège pontifical. Selon l’auteur d’une relation manuscrite de son voyage, ce Pape arriva à Aix le 17 septembre et y séjourna deux jours. Tous les ordres de la ville allèrent à sa rencontre, le clergé ayant à sa tête son vénérable archevêque Gérard de Posilhac. Les rues où passa le Saint-Père furent tapissées avec des tentures de soie et il fut loger au Palais ». Le Palais en question est évidemment le Palais comtal, qui sera détruit, menaçant ruine, un peu avant la Révolution, et qui se situait en gros à l’emplacement de l’actuel Palais de Justice.

Il y a donc eu plus de 4 siècles entre les deux dernières visites, celles de Grégoire XI et de Pie VII. Celle de Pie VII remonte à un peu plus de deux siècles. Faudra-t-il attendre deux autres siècles pour revoir un pape à Aix ?

 

http://ilcourtmirabeau.fr/le-pape-a-aix/

 

Le pape Pie VII, prisonnier de l’empereur Napoléon

 

PIE VII REFUSANT DE SIGNER LE CONCORDAT, 25 JANVIER 1813.

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© Photo RMN-Grand Palais – G. Blot

LE PAPE PIE VII, PRISONNIER DE L’EMPEREUR NAPOLÉON

Auteur : Alain GALOIN

En acceptant de ratifier, le 15 août 1801, le Concordat conclu entre Rome et le gouvernement français, le pape Pie VII s’engage dans la voie d’une relative normalisation des relations entre le Saint-Siège et la République française. Néanmoins, la promulgation des soixante-dix-sept Articles organiques, le 18 avril 1802, tend à faire de l’Église de France une Église nationale, aussi peu dépendante de Rome que possible, et asservie au pouvoir civil. Ces articles stipulent notamment que « les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité, que les décisions des conciles œcuméniques priment sur les décisions pontificales, que le Pape doit respecter les pratiques nationales, qu’il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité. » Ainsi le gallicanisme est-il en partie restauré mais le Saint-Père ne peut accepter la subordination de l’Église de France à l’État.

C’est pour tenter d’obtenir l’abrogation des Articles organiques que le pape accepte de venir sacrer Napoléon Bonaparte empereur des Français à Notre-Dame le 2 décembre 1804, mais il rentre à Rome sans avoir obtenu gain de cause. Par la suite, les relations entre Pie VII et Napoléon Ier ne vont cesser de se dégrader. L’Empereur veut inclure les États pontificaux dans son système continental dirigé contre l’Angleterre : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur; tous mes ennemis doivent être les Siens », écrit-il au pape le 13 février 1806. Mais le souverain pontife refuse d’adhérer au blocus continental, considérant que sa charge de pasteur universel lui impose la neutralité. La répression impériale ne se fait pas attendre et va crescendo : les États de l’Église sont bientôt réduits au patrimoine de Saint-Pierre (1806-1808) ; Rome est occupée militairement (2 février 1808) ; les États pontificaux sont annexés à l’Empire (17 mai 1809) ; le pape est enlevé par le général Radet dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809. Pie VII est d’abord détenu à Savone (1809-1812), puis à Fontainebleau (1812-1814). Napoléon envisage alors de fixer le siège de la papauté en France, à Avignon ou à Paris.

ANALYSE DES IMAGES

Les deux œuvres proposées appartiennent manifestement au registre de la propagande catholique. Elles mettent en relief l’inflexibilité de Pie VII face aux exigences de l’empereur Napoléon Ier et le triomphe final du souverain pontife.

La première image est une gravure allemande qui représente Pie VII prisonnier de Napoléon au château de Fontainebleau et refusant de signer le Concordat, dit de Fontainebleau, le 25 janvier 1813. Le pape est assis sous un dais, le bras gauche appuyé sur une table qui supporte un Christ en croix, une image religieuse, une écritoire et le texte du Concordat. Devant lui, l’Empereur est debout, en uniforme, coiffé du célèbre bicorne. Il tend le bras gauche vers le Saint-Père, dans une attitude extrêmement impérieuse et autoritaire. Entre les deux souverains, un prélat – peut-être le cardinal Pacca – sert d’intermédiaire. Dans le couloir donnant sur les appartements du pape, un grenadier monte la garde. La vérité historique n’est pas totalement respectée puisque, après plusieurs jours de résistance, Pie VII a précisément accepté de signer le Concordat ce 25 janvier 1813.

La seconde gravure représente le pape Pie VII entrant triomphalement dans Rome le 24 mai 1814. Debout dans sa calèche, le souverain pontife bénit la foule joyeuse qui se presse autour du cortège papal. Au premier plan, un homme et trois femmes sont agenouillés tandis qu’une quatrième femme tient les rênes de l’attelage tiré par un cinquième personnage. À l’arrière-plan, à gauche, se dresse la basilique Saint-Pierre ; à droite, l’île rocheuse perdue au milieu des flots pourrait tout aussi bien symboliser l’île d’Elbe que Sainte-Hélène, l’œuvre étant postérieure à la chute de l’Empire ; elle évoquerait alors la captivité du monarque déchu, marquant ainsi un fort contraste avec la liberté retrouvée du pape. L’irrespect des proportions élémentaires atteste l’origine populaire de cette image.

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INTERPRÉTATION

Prisonnier de Napoléon, dépossédé de ses États, Pie VII répond à la force par la grève de l’institution canonique des évêques nommés par l’Empereur. Il excommunie les « usurpateurs, fauteurs, conseillants, exécutants » de la violation de la souveraineté temporelle du Saint-Siège. De nombreux évêchés se trouvent de facto sans titulaire légitime, ce qui contraint Napoléon à convoquer à Notre-Dame, en 1811, un concile national présidé par son oncle Fesch, archevêque de Lyon. Ledit concile décide qu’après un refus papal de six mois, un évêque pourra obtenir l’investiture canonique du métropolitain ou de l’évêque le plus ancien de la province, mais les pères conciliaires subordonnent l’application des décrets qu’ils ont votés à l’acceptation du pape qui, bien entendu, n’adhère pas aux décisions du concile national.

Le 25 janvier 1813, après six jours de discussion, l’Empereur réussit à extorquer au souverain pontife un nouveau Concordat qui règle la question de l’investiture canonique mais dès le 28 janvier, Pie VII annule sa signature et se rétracte formellement dans une note en date du 24 mars 1813. Un malaise profond gagne le clergé français et les fidèles. Les guerres et la conscription aggravent la désaffection de l’opinion envers le gouvernement impérial. Les défaites de la fin de l’Empire obligent Napoléon à rendre la liberté à son captif : le pape entre triomphalement dans Rome le 24 mai 1814

Le refus des investitures, l’excommunication consécutive à l’occupation de Rome, ont été des armes spirituelles qui ont assuré la résistance et la victoire de Pie VII. La papauté sort grandie de la lutte qui l’a opposée à l’empereur des Français. Dénué de tout esprit de vengeance, le pape se refusera à exercer des représailles politiques à l’encontre de l’Empereur déchu : il accueillera sa famille à Rome et intercédera auprès de l’Angleterre et des cours d’Europe pour adoucir le régime carcéral du captif de Sainte-Hélène.

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Jacques-Olivier BOUDON, Napoléon et les cultes, Paris, Fayard, 2002.Yves-Marie HILAIRE, Histoire de la Papauté, Paris, Le Seuil, collection « Points Histoire » 2003.Jean LEFLON, L’Eglise concordataire et impériale, Paris, Maison de la Bonne Presse, 1947.Bernardine MELCHIOR-BONNET, Napoléon et le Pape, Paris, Le Livre contemporain, 1958.

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Alain GALOIN, « Le pape Pie VII, prisonnier de l’empereur Napoléon », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 14 août 2019. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/pape-pie-vii-prisonnier-empereur-napoleon

 

Pie VII
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Pie VII né à Cesena en août 1740 est décédé à Rome en 1823. Il a été le 249e pape de l’Église catholique entre 1800 et 1823. Il a été un adversaire de Napoléon Ier

Avant la papauté

Gregorio Luigi Barnaba Chiaramonti devient moine bénédictin à l’âge de 16 ans et est l’abbé de Saint Calixte à Rome en 1775. Il est ordonné prêtre en 1765. Il devient évêque de Tivoli puis d’Imola   (villes situées dans la région de Rome donc dans les Etats pontificaux   de l’époque). Il est nommé cardinal en 1785 par son compatriote le pape Pie VI.

Il est élu pape le 14 mars 1800, à l’issue d’un long conclave par les cardinaux réunis à Venise (Pie VI, le pape précédent était mort en juillet 1799). Rome était alors aux mains de républicains qui avaient destitué le pape en tant que souverain territorial et qui étaient soutenus par l’armée française.

L’adversaire de Napoléon

Pie VII était réputé pour être un esprit conciliant et plutôt doux. Il accepte de régler le problème religieux existant en France depuis 1791. Le cardinal Ercole Consalvi négocie avec le Premier consul Napoléon Bonaparte le concordat de 1801 qui réintroduit l’autorité pontificale en France et doit mettre fin aux luttes religieuses. Un Concordat est également signé en septembre 1803 avec la République italienne dont Bonaparte est le président.

Pie VII accepte de venir couronner à Paris l’empereur Napoléon Ier, le 2 décembre 1804. Cependant en 1805 il refuse d’annuler le premier mariage de Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon que celui-ci voulait marier à une princesse du Wurtemberg. Furieux Napoléon fait occuper une partie des États pontificaux.

En 1806, Pie VII refuse d’appliquer le blocus continental, imaginé par Napoléon pour asphyxier l’économie britannique en la privant de ses débouchés européens. En 1808, Napoléon fait occuper Rome et annexait les États pontificaux qui sont transformés en départements français en 1809. Pour protester, le 10 juin 1809, Pie VII excommunie Napoléon. Celui-ci fait enlever le pape et l’enfermer à Savone. Pie VII riposte en refusant de donner l’institution canonique (les pouvoirs religieux spéciaux) aux évêques nommés par l’empereur en vertu du Concordat (il devra cependant accepter en novembre 1811). En mai 1812 Pie VII est transféré au château de Fontainebleau. Gardé prisonnier il doit signer une modification du Concordat qui augmente la liberté du clergé français vis-à-vis de la papauté.

En grande difficulté militaire face à la sixième coalition formée par la plus grande partie des États européens, Napoléon doit libérer le pape. Pie VII revient à Rome en mai 1814 (Napoléon avait abdiqué début avril 1814).

 

Après l’Empire

Par l’intermédiaire du cardinal Consalvi, la papauté participe au congrès de Vienne qui redessine la carte de l’Europe après la période agitée de la Révolution française et du Premier Empire. Les États pontificaux sont restaurés en Italie (le pape redevient le souverain de la plus grande partie de l’Italie centrale). Par contre Pie VII renonce au Comtat Venaissin et à Avignon qui ont été rattachés à la France en 1791.

Malgré la violente hostilité manifestée à son égard par Napoléon, Pie VII accueille à Rome la mère et l’oncle maternel de Napoléon. Il demanda, sans grand succès, au gouvernement britannique de mieux traiter Napoléon exilé à Sainte-Hélène.

Conscient que les circonstances avaient évolué depuis 1789 et que les gouvernements catholiques européens voulaient plus de pouvoir dans leurs États, le pape accepte de signer des concordats. En 1817, ce sera avec la Bavière et la Sardaigne, puis en 1818, avec Naples et l’empire russe (pour la partie polonaise dont le tsar était devenu le roi). En 1821, ce sera avec la Prusse (surtout pour les territoires rhénans qui sont surtout catholiques).

Dès août 1814, Pie VII autorise le retour des jésuites qui, accusés d’être des agents de la papauté, avaient été expulsés d’une grande partie des États catholiques européens avant la Révolution française.

Cependant il condamne les mouvements libéraux qui agitent l’Italie dans les années 1820, en particulier la charbonnerie.

 

Concordat de 1801

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Allégorie sur le Concordat de 1801. Tableau d’époque

Le Concordat de 1801 est un traité qui règle les rapports de l’État français et de l’ Église catholique après les oppositions religieuses apparues pendant la période révolutionnaire. Napoléon Bonaparte, alors Premier consul de la République, voulait mettre fin aux divisions religieuses de la France qui dataient du vote de la Constitution civile du clergé entre 1790 et 1799. Le pape Pie VII voulait réintroduire l’influence de la papauté dans le catholicisme français.

Avec le Concordat, le catholicisme est reconnu comme la religion de la majorité des Français (mais n’est plus la religion de l’État). Les évêques choisis par le gouvernement français reçoivent leurs pouvoirs religieux (investiture canonique) du pape. La répartition des évêchés est calquée approximativement sur celle des départements existants alors (et qui comprenaient la Belgique et la rive gauche du Rhin). Les évêques et les curés sont payés par l’État. L’Église catholique renonce à récupérer les biens ecclésiastiques vendus pendant la Révolution comme biens nationaux.

Le concordat ne concerne pas le clergé régulier (les moines et moniales) qui avait été interdit en 1790, mais qui se réinstalle en France à cette époque.

Le Concordat de 1801 restera en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle il n’est plus reconnu par la France après le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État (sauf en Alsace et en Moselle qui en 1905 étaient rattachées à l’Empire allemand).

La situation religieuse en France en 1801

En France, depuis 1791, les fidèles catholiques sont divisés et le clergé catholique officiel échappe à l’autorité du pape.

En 1789, lors de la Révolution, la confiscation des biens français de l’Église catholique a été décidée par les députés de l’Assemblée constituante afin de procurer des moyens financiers à l’État. Les curés et les évêques sont sans revenus. L’enseignement et les hôpitaux, dont le fonctionnement est en grande partie assuré par les religieux et que l’Etat n’a pas les moyens de prendre en charge, sont désorganisés.

Dans un souci de simplification et d’économie, en 1790, les députés ont voté la constitution civile du clergé, qui réduit le nombre de prêtres chargés d’une paroisse ou d’un diocèse, et qui désormais sont payés par l’État. Ces « fonctionnaires » religieux sont contraints de prêter serment de fidélité à la Constitution.

Le pape qui a été tenu à l’écart de l’élaboration de la réforme, la condamne en 1791. Désormais le clergé et les fidèles catholiques se divisent et se combattent souvent violemment. D’un côté il y a les « constitutionnels » ou « patriotes » qui acceptent la loi française, de l’autre côté il y a les « réfractaires » qui obéissent au pape et entrent dans la clandestinité.

En janvier 1795, les députés de la Convention votent une loi qui interdit les subventions publiques à tous les cultes. L’Église constitutionnelle est alors privée de moyens financiers.

Or la quasi totalité des 28 millions de Français sont de confession catholique. Les protestants sont environ 600 000 et les juifs 40 000 ; les athées sont très peu nombreux.

Bonaparte pense que la religion permet d’assurer l’ordre car le clergé peut encadrer la population, surtout s’il reçoit des directives de la part du gouvernement. Bonaparte décide alors d’entrer en relation avec la papauté pour rétablir le culte catholique unifié en France.

La négociation du Concordat

Dès juin 1800, Bonaparte ouvre des négociations avec la papauté. Le gouvernement français est représenté par l’abbé Bernier, la papauté par le cardinal Giuseppe Spina, puis par le cardinal Ercole Consalvi qui arrive à Paris en novembre 1800.

Le Concordat est signé le 17 juillet 1801 (28 messidor an IX). Joseph Bonaparte représente le gouvernement français, Consalvi représente le pape. Le 15 août 1801, le pape accepte le texte.

Les règlements internes (les Articles organiques) laissés à l’appréciation du gouvernement, sont ensuite rédigés sans l’accord de la papauté (ils limitent fortement l’action de celle-ci). La totalité des textes concernant la religion catholique ainsi que ceux organisant le protestantisme et le judaïsme français, sont votés par le Corps législatif le 8 avril 1802 (18 germinal an X). Ils forment le régime concordataire français.

 

Le contenu du Concordat de 1801

Place du catholicisme en France

L’Église catholique accepte la diversité religieuse des Français. D’après le Concordat, le catholicisme n’est plus la religion de l’État comme c’était le cas avant la Révolution, mais il est la religion de la majorité des Français et en particulier celle des trois consuls qui dirigent la France.

Nomination du clergé séculier

Comme sous l’Ancien Régime, le gouvernement choisit les évêques et ceux-ci nomment les curés (ce qui n’était pas le cas avant la Révolution). Le gouvernement renonce ainsi à l’élection des curés et évêques par les citoyens tel que cela était organisé pendant la Révolution. Le clergé nommé doit jurer fidélité à la Constitution (donc au gouvernement en place), comme pendant la Révolution. Avec ce système le gouvernement s’assure d’un clergé composé d’amis dociles à ses directives.

Le pape retrouve un rôle dans le catholicisme français puisque c’est lui qui accorde les pouvoirs religieux aux évêques (institution canonique), ce qui n’était pas le cas pendant la Révolution (alors les évêques élus recevant ces pouvoirs de l’archevêque dont ils dépendaient et qui était lui-même élu).

Entretien du clergé catholique

Curés et évêques, devenus des fonctionnaires de l’État, reçoivent un traitement (salaire) qui doit leur permettre de vivre décemment selon leur rang. De ce fait l’Église catholique renonce à réclamer les biens qu’elle possédait avant la Révolution (ce qui tranquillise les nombreux acheteurs de ces biens qui avaient été mis en vente pendant la Révolution).

Réorganisation de la carte ecclésiastique de la France

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Carte des diocèses français créés en 1801

Pour éviter une charge financière trop lourde le nombre d’évêques est réduit ainsi que le nombre de curés (généralement un par paroisse rurale (c’est-à-dire commune). Le nombre d’évêchés est réduit à 60.

Afin de réorganiser la carte ecclésiastique de la France, le 15 août 1801, le pape oblige le clergé réfractaire (qui lui était resté fidèle pendant la Révolution et qui était en exil) et le clergé constitutionnel à démissionner (le gouvernement napoléonien abandonne le clergé constitutionnel à son sort). Sur les 81 évêques réfractaires encore en vie en 1801, 38 refusèrent d’adresser leur démission au pape et donnent ainsi naissance à la Petite Église anti-concordataire (qui existe encore dans l’ouest de la France).

 

COMMENT L'EGLISE SUR MONTE LES CRISES, CRISES DANS L'EGLISE CATHOLIQUE, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE L'EGLISE, SAINTETE, SAINTS

Comment l’Eglise surmonte les crises

Cinq saints qui ont réparé l’Eglise du Christ

Cinq personnages qui ont redressé l’Eglise

Analyse 

L’Église a connu de nombreuses crises au fil des siècles. Voici cinq moments marquants de son histoire et les cinq personnalités qui ont alors joué un rôle de réformateur.

Source ; Journal La Croix (juin 2019)

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Xe siècle, la crise morale de l’Église

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Au Xe siècle, l’État carolingien s’est effondré et la féodalisation est à l’œuvre. L’Église n’échappe pas au phénomène : que ce soit les grands féodaux sur les évêchés ou les petits seigneurs sur les paroisses, les laïcs se sont approprié l’Église.

Une véritable crise morale du clergé s’ensuit : le célibat recule, les prêtres ayant charge de famille transmettent le patrimoine de l’Église à leurs enfants, vendent leurs charges, voire les sacrements… À Rome même, l’empereur a mis la main sur une papauté en proie à des factions antagonistes.

 Grégoire VII, l’artisan de la réforme grégorienne

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L’artisan du sursaut sera Hildebrand. Venu d’une grande famille toscane, il est formé à Sainte-Marie de l’Aventin, une abbaye romaine liée à celle de Cluny qui, indépendante de tout pouvoir civil, a donné le signal de la réforme.

En 1046, il suit Grégoire VI en Allemagne où il rencontre Bruno de Toul, lui aussi influencé par Cluny, qui deviendra pape en 1049. Conseillé par Hildebrand, Léon IX va réformer l’Église, rénovant son gouvernement (c’est l’apparition de la Curie) et affirmant l’indépendance de la papauté sur l’empire.

Victor II, Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II continueront son œuvre (notamment en imposant l’élection du pape par les cardinaux) avant que Hildebrand ne soit lui-même élu en 1073 sous le nom de Grégoire VII. Il réimposera le célibat des clercs, interdira la simonie et toute ingérence du pouvoir civil dans les nominations ecclésiastiques, s’opposant avec succès à l’empereur Henri IV.

Après lui, Victor III et Urbain II parachèveront cette réforme « grégorienne », qui a participé au grand renouveau médiéval du XIIe siècle et sera symboliquement couronnée par le concile de Latran IV en 1215.

  

XIIe et XIIIe siècles, opulence et hérésies

À la fin du XIIe siècle, l’Église présente un visage bien peu évangélique : les évêques vivent dans l’opulence ; les monastères, y compris les abbayes de la réforme cistercienne qui pourtant, deux siècles plus tôt, voulaient revenir à la Règle de saint Benoît dans sa rigueur originale, sont de riches propriétaires…

Face à cela, des groupes de chrétiens préconisent le retour à l’autorité de l’Écriture et rejettent la hiérarchie ecclésiale. Certains deviennent hérétiques, à l’instar du Lyonnais Pierre Valdès, fondateur du mouvement vaudois.

Le mouvement cathare, implanté dans le sud de la France, attire les élites locales qui tranchent avec le bas niveau intellectuel et moral du clergé de cette région, encore peu touchée par la réforme grégorienne.

François d’Assise, le « réparateur »

C’est justement la lutte contre les Cathares qui va décider le prêtre Dominique de Guzman (1170-1221) à fonder une communauté de moines prêcheurs.

Et c’est la lutte contre l’enrichissement de l’Église qui amène le laïc François d’Assise (1182-1226) à inaugurer une nouvelle forme canonique, avec des religieux qui, ne possédant ni revenus ni propriétés, seront les premiers à recevoir le qualificatif de « mendiants » puisqu’ils font appel à la charité.

La prédication des franciscains est simple et populaire, plus spirituelle qu’intellectuelle, ce qui n’empêche pas de grands esprits de l’époque d’entrer chez les frères mineurs.

Ceux-ci sont déjà 5 000 au moment de la mort du Poverello et vont indéniablement contribuer à « réparer Ma maison qui s’écroule » – selon l’appel de Dieu entendu par le jeune François dans la chapelle de San Damiano – en soignant les pauvres et en parcourant les routes d’Europe pour évangéliser les nouveaux centres urbains.

XIVe siècle, le Grand Schisme d’Occident

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En 1378 éclate le Grand Schisme d’Occident. Après la mort de Grégoire XI, qui avait ramené à Rome la papauté d’Avignon (où elle était installée depuis 1309), s’ouvre le 7 avril le conclave destiné à élire son successeur.

Bartolomeo Prignano est élu et prend le nom d’Urbain VI. Mais des cardinaux, notamment français, contestent son élection, et un nouveau conclave se réunit le 20 septembre. Le Français Robert de Genève est élu et prend le nom de Clément VII. Il installe son siège pontifical à Avignon.

De son côté, Urbain VI nomme 25 cardinaux pour remplacer ceux qui lui ont fait défection en prenant le parti de Clément VII. La chrétienté est désormais divisée en « urbanistes » et en « clémentins ». La mort de l’un et l’autre pape donne lieu à de nouvelles élections de chaque côté. Les deux papes s’excommunient mutuellement et lancent des bulles de croisade l’un contre l’autre.

Catherine de Sienne, soucieuse de l’unité de l’Église

Catherine de Sienne, tertiaire dominicaine, a 31 ans lorsque le schisme éclate. Analphabète, elle n’en dicte pas moins de longues missives aux grands de son temps et devient la conseillère spirituelle d’une foule de personnes, puissants et artistes, gens du peuple et ecclésiastiques.

Déjà, elle avait exhorté avec énergie Grégoire XI, lorsqu’il résidait à Avignon, à rentrer à Rome. Soucieuse de l’unité de l’Église, elle soutient Urbain VI et se dépense sans compter pour rassembler l’Église autour de lui. Elle meurt en 1380 à l’âge de 33 ans, trente-quatre ans avant le concile de Constance qui mettra fin au Grand Schisme d’Occident. Elle sera proclamée docteur de l’Église en 1970.

 XVIe siècle, la Réforme protestante

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Le 31 octobre 1517, un moine allemand, Martin Luther, affiche sur la porte d’une église de Saxe 95 thèses dans lesquelles il dénonce les scandales de l’Église de son temps. En 1520, il entre résolument en dissidence contre Rome et formule une doctrine de la grâce divine en rupture avec la pratique catholique. C’est la Réforme protestante.

La Contre-Réforme, ou Réforme catholique, serait-elle une simple réaction au protestantisme naissant ? Non, répondent la plupart des historiens, estimant qu’elle s’inscrit dans une vaste aspiration au renouveau religieux qui traverse l’Occident chrétien depuis le XVesiècle. Les humanistes, notamment, réclament depuis longtemps une réforme du catholicisme : les églises se vident, les mœurs du clergé sont pour le moins critiquables

Thérèse d’Avila, la Contre-Réforme mystique

Après l’échec du 5e concile du Latran, clos en 1517, le concile de Trente (1545-1563) marque un tournant dans l’histoire de l’Église. Il lui permet de clarifier ses positions sur le dogme et la discipline, maintenant les sept sacrements, le culte des saints, le purgatoire ou l’Inquisition.

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C’est en Espagne et en Italie que la Contre-Réforme va prendre son essor avant d’atteindre la France. Chez les Espagnols, elle est impulsée par un puissant courant mystique associé à la prise de conscience que la foi catholique est au cœur de leur identité. Thérèse d’Avila (1515-1582) va contribuer à l’enraciner dans ce renouveau mystique. En 1562, elle lance une ambitieuse réforme du Carmel, prônant l’ascétisme et la pauvreté pour une vie authentique de prière et de contemplation. On appelle bientôt ces moniales les carmélites « déchaussées ». En 1970, Thérèse d’Avila devient la première femme docteur de l’Église.

 XVIIIe siècle, l’anticléricalisme des Lumières

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Le passage du XVIIIe au XIXe siècle se caractérise par un assaut général contre la monarchie et contre l’Église. Pendant les quelques ­décennies qui vont précéder et suivre la Révolution française, tout est remis en cause au nom de la raison et de la liberté : la Révélation de Dieu, les dogmes et les lois de l’Église, les institutions de la chrétienté… En tête dans ce combat contre l’Église, qui incarne alors toutes les oppressions : les philosophes des Lumières. Ils refusent de lier morale et religion, ont foi en l’avenir et sont convaincus que tous les problèmes sociaux et politiques se résoudront par la science, les techniques et la démocratie.

Le cardinal Newman, penseur invisible de Vatican II

C’est à cette époque que le théologien britannique John Henry Newman (1801-1890), après être passé de l’anglicanisme au catholicisme en 1845, va contribuer au renouvellement de la théologie et de l’enseignement spirituel. Pour le cardinal Newman, la foi est un acte raisonnable ; elle repose sur des témoignages (et non sur des preuves) et nécessite une pratique (l’acte de foi) ; elle peut être définie comme une disposition conduisant à chercher Dieu. Le Salut apparaît ainsi comme un consentement de l’homme à ce que Dieu réalise en lui (et non comme une œuvre divine extérieure) et la conscience comme le moyen de connaître la Vérité (et pas seulement de discerner entre le bien et le mal).

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Quant à l’Église, Newman la considère comme le Corps du Christ, à la fois peuple de Dieu et sacrement. Des intuitions qui seront reprises, près d’un siècle plus tard, dans la constitution pastorale Gaudium et spes. Au point que l’on parle souvent du bienheureux Newman comme du « penseur invisible de Vatican II ».

 

Ces saints qui ont « réparé l’Eglise »

22 avril 1073

Grégoire VII et la réforme grégorienne

Le cardinal Hildebrand, âgé d’environ 50 ans, devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII.

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Ce fils d’un paysan toscan de Soana avait très tôt choisi la vie monastique et était entré dans la prestigieuse abbaye de Cluny, en Bourgogne. Il n’avait pas tardé à être appelé à Rome pour gérer les finances de l’Église et s’était acquis une excellente réputation auprès des Romains en servant les papes précédents, Grégoire VI, Léon IX et Alexandre II.

Il est donc proclamé pape et porté sur le trône de saint Pierre par la foule romaine, contrairement au décret qu’il avait lui-même inspiré en 1059, réservant l’élection des papes au collège des cardinaux.

Le nouveau pape modifie profondément l’Église catholique pour la rendre plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des souverains. Ses mesures restent connues sous le nom de réforme grégorienne. Certaines, toutefois, ont déjà été ébauchées par ses prédécesseurs, sous l’inspiration de Hildebrand lui-même. 

Scandales et réforme

Les papes, au début du Moyen Âge, étaient élus par le peuple de Rome en tant qu’évêques de la Ville éternelle. Ces élections se déroulaient sous la pression des grandes familles qui se partageaient le territoire de la ville.

Mais dans les dernières décennies de l’ère carolingienne et jusqu’à l’orée de l’An Mil se succèdent des papes qui n’ont rien des qualités spirituelles qu’on leur prête. Brigands, jouisseurs, voleurs, guerriers, ils se comportent en chefs de gang, accumulant richesses sur richesses dans leur résidence officielle du Latran.

Qui plus est, à partir du milieu du Xe siècle, les empereurs germaniques, titulaires du Saint Empire, interviennent dans les élections pontificales en concurrence avec le peuple romain, ce qui ajoute aux désordres et aux luttes de clans.

À considérer ce scandale permanent, on pourrait penser que c’en est fini de l’Église catholique et de la papauté ! Mais le salut va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.

Les prémices de la réforme grégorienne

Les prémices de la réforme apparaissent avec Léon IX au terme d’une nouvelle période de turbulences marquée par la démission en quelques mois du pape débauché Benoît XI et de son parrain et successeur Grégoire XII.

Le nouveau pape est imposé à Rome en 1049 par son cousin Henri III, le plus énergique de tous les empereurs germaniques. Pendant les cinq années de son pontificat, Léon IX ne va avoir de cesse de parcourir l’Occident et de réunir évêques et abbés en synodes pour les convaincre de l’urgence de réformer l’institution ecclésiastique.

Son successeur Victor II, qui est aussi son parent, va poursuivre ses efforts avec le concours efficace du moine Hildebrand, de même que les papes suivants, dont le pontificat demeure très bref : Étienne IX, Nicolas II et Alexandre II. Ce dernier, élu en 1061, est issu de l’ordre de Cluny, tout comme Hildebrand et plusieurs de ses prédécesseurs. À sa mort, c’est assez naturellement Hildebrand qui est porté sur le trône de saint Pierre.

Le jour de son élection, Grégoire VII exprime son trouble : « Une douleur profonde et une tristesse universelle m’étreignent. C’est à peine si je vois quelques évêques dont l’élévation à l’épiscopat et la vie soient conformes aux lois de l’Église. Parmi les princes, je n’en vois pas qui préfèrent l’honneur de Dieu au leur, et la justice au lucre » 

Les principales pierres d’achoppement de la réforme ecclésiale sont au nombre de deux :

– la simonie

La simonie désigne le trafic contre argent des biens d’Église. Le mot simonie vient de Simon le Magicien, un personnage légendaire qui aurait offert à l’apôtre Saint Pierre de lui acheter le don de faire des miracles,

– le mariage et le concubinage des prêtres

Dès l’an 303, au concile d’Elvire, près de Grenade, l’Église a recommandé la chasteté et le célibat à ses membres, par souci d’élévation morale mais cette recommandation a été peu appliquée par la suite. Le Saint-Siège a dû tolérer le mariage et le concubinage des prêtres, en particulier des séculiers.

Si le pape veut désormais imposer avec rigueur le célibat au clergé, ce n’est pas seulement pour des raisons « morales » mais aussi politiques et économiques. Les prêtres mariés étaient en effet tentés de s’enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants, privant l’Église des moyens matériels indispensables à l’accomplissement de sa mission.

Pour réussir dans son entreprise, le pape qui, au début du Moyen Âge, était simplement considéré comme l’évêque de Rome, veut imposer sa prééminence sur les autres évêques. Cette prééminence est acceptée par les Occidentaux avec plus ou moins de bonne grâce mais rejetée par les Orientaux de culture grecque.

C’est ainsi que s’élargit le fossé entre l’Église de Rome, qui prétend au qualificatif de catholique, c’est-à-dire universelle, et l’Église de Constantinople, qui se qualifie d’orthodoxe (en grec : conforme à la vraie Foi).

L’action de Grégoire VII

L’évêque Yves de Chartres et les moines de Cluny sont les principaux inspirateurs de la réforme grégorienne qui vise à instaurer l’autorité du pape sur la chrétienté et à ne plus cantonner le Saint-Siège dans les fonctions symboliques qui étaient jusque-là les siennes.

Grégoire VII commence par proscrire le nicolaisme, c’est-à-dire le mariage et le concubinage des prêtres, puis condamne fermement la simonie. Il s’attelle ensuite à la formation des curés qui, trop souvent incultes, se souciaient assez peu d’évangéliser leurs ouailles.

Enfin, par un document de travail de vingt-sept propositions dévoilé en 1075 (Dictatus papae ou « Dits du pape »), il réserve au collège des cardinaux l’élection des papes. Il condamne les investitures laïques, c’est-à-dire le droit qu’avaient les souverains de nommer les évêques.

Les intitulés de ces propositions sonnent comme des déclarations de guerre aux souverains et seigneurs féodaux. Exemples :
« Comment le Souverain Pontife est seul à pouvoir être appelé Universel. »
« Comment il a seul le pouvoir de déposer ou de rétablir les évêques. »
« Comment seul le Pape a le droit de porter les insignes impériaux. »
« Comment son nom seul doit être invoqué dans l’Église. »
« Comment le Pape a le pouvoir de déposer l’Empereur. »
« Comment aucune décision du Pape ne peut être révoquée tandis qu’il possède le pouvoir de déposer toutes les autres. »
« Comment l’Église romaine ne s’est jamais trompée, et ne se trompera jamais. »
« Comment le Pape peut dispenser de leurs obligations d’obéissance les sujets des princes injustes. » 

C’est une révolution dans un monde où, selon la tradition antique, on est encore porté à penser que l’empereur est le représentant de Dieu sur la Terre et que le clergé a vocation à le servir. Grégoire VII, inspiré par l’esprit de Cluny, souhaite au contraire imposer la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir séculier, celui de l’empereur et des souverains. Il veut pour le moins une Église autonome, préfiguration de la laïcité moderne.

Le pape va s’opposer avec violence, sur la question des investitures, à l’empereur d’Allemagne Henri IV. Celui-ci, fort habilement, lui demandera pardon à Canossa pour mieux l’abattre mais la papauté imposera finalement l’essentiel de ses vues par le Concordat de Worms, en 1122.

 Renouveau du monde chrétien

L’Église sort considérablement rajeunie de la réforme grégorienne. Elle entraîne l’Occident médiéval dans une expansion sans précédent, illustrée par la construction d’églises et de cathédrales, l’éclosion des Universités et une relative paix civile. Les croisades seront une conséquence plus contestable du renouveau de la foi en Occident.

Raoul Glaber, un clerc bourguignon du XIe siècle, mort en 1047, reste connu pour ses chroniques de l’époque de l’An Mil. Il témoigne du renouveau qui saisit l’église d’Occident à la veille de l’élection de Grégoire VII.

Son texte ci-après annonce l’art roman :
« Comme approchait la troisième année qui suivit l’an mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les bâtiments des églises ; une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celles des autres. C’était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, eut revêtu de toutes parts une blanche robe d’églises » (Histoires).

À la suite de la réforme grégorienne, les XIe et XIIe siècles vont entraîner la naissance de l’art roman (ou romain, c’est-à-dire d’inspiration latine). Différentes provinces périphériques de France en conservent de précieux témoignages. Ainsi l’église de la Madeleine, à Vézelay, en Bourgogne, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, ou encore l’église Saint-Front, à Périgueux.

 

 Qui est Saint François d’Assise ?

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Né à Assise en Italie, en 1181, d’où l’appellation « François d’Assise ». François est issu d’une famille riche. Il vit comme tous les jeunes de son âge et de son époque diverses expériences : les fêtes, les escapades et même la guerre durant laquelle il est fait prisonnier et souffre de maladie. Durant sa convalescence, il ressent une insatisfaction profonde face à la vie. Il cherche, il regarde autour de lui mais il reste sans réponse…

Un jour en écoutant un passage de l’Évangile, il lui vient une réponse à ce qu’il cherche : passer sa vie à aimer toute la création. Il transforme alors sa vie, il se fait pauvre, se soucie d’annoncer les messages de joie, d’espoir et d’amour contenus dans la Bible, et de porter la paix aux gens et à toute la Création. Il s’habille d’un vêtement gris et se ceint la taille d’un cordon. Il porte ainsi le vêtement du pauvre de son époque.

Toute sa vie, il fait la promotion de la solidarité aux pauvres, aux démunis, aux marginalisés. Il dénonce les injustices et s’oppose à toute appropriation. C’est dans la prière qu’il trouve toute sa force pour aimer et pour aider les autres. Un jour, il réalise que toute la Création forme une grande famille, une sorte de fraternité universelle. Il invite tous les humains à l’amour mutuel et au respect de notre mère la Terre, notre sœur  la Lune, notre frère le Soleil…

Au terme de sa vie, il rédige ce qu’on appelle le « Cantique du frère Soleil » qui est l’aboutissement de ses enseignements sur le respect et l’amour que tous les humains doivent porter envers toutes les créatures de Dieu. Il rejoint ainsi les préoccupations de ceux et celles qui se soucient de la défense de la nature, des animaux et de l’environnement. C’est d’ailleurs pourquoi, en 1979, il est proclamé « patron des écologistes ».

Après sa mort, l’Église le reconnaît comme « saint », c’est-à-dire comme un homme dont les vertus peuvent être un exemple pour tous : aimable, pacifique, pieux, humble, fraternel, juste. Depuis le 13ème siècle, des milliers d’hommes et de femmes (la famille franciscaine) suivent ses traces en se laissant inspirer par son style de vie. C’est donc dire que même huit siècles plus tard, François d’Assise a encore quelque chose à dire à nos sociétés à travers des hommes, des femmes, à travers nous, à travers toi..

 

CATHERINE DE SIENNE, LA SAINTE QUI A « LE PLUS AIMÉ L’ÉGLISE »

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L’engagement au service de l’Église et du monde est, pour tout chrétien, une nécessité découlant de sa vocation baptismale. La Toscane sainte Catherine de Sienne (1347-1380), venue voir le pape à Avignon, le manifeste totalement, jusqu’à en recevoir la sainteté.

 La sainteté d’une enfant modeste. Catherine Benincasa est née à Sienne (Toscane, en Italie centrale) le 25 mars 1347, qui était à la fois dimanche des Rameaux et jour de l’Annonciation. Elle en gardera un lien mystique avec le Christ et une dévotion spéciale pour Marie, sa « douce mère ». Elle vient au monde avec une jumelle qui ne lui survivra que quelques jours ; elles sont les 23e et 24e enfants de la famille qui en comptera au final 25. Le père est teinturier, la mère tient la maison que l’on peut encore voir dans le quartier Fontebranda, dans le nord de Sienne. Et déjà se pose la question sur celle qui deviendra sainte Catherine de Sienne : comment cette jeune femme, laïque, illettrée, d’un milieu modeste, en arrivera à être l’interlocuteur des grands du monde de son temps (papes, cardinaux, rois, reines, etc.) ? La réponse tient dans sa sainteté. Catherine a bénéficié très tôt de grâces mystiques, et sa vie est une réponse continue à réaliser la volonté de Dieu, à un point tel que sa volonté et celle de Dieu sont identiques. Pour en arriver là – c’est son enseignement spirituel – pas d’autres voies que de tuer sa volonté propre et son amour propre qui sont un poison et les racines de tous les maux du monde. 

Une relation intime avec le Christ.
 Son expérience spirituelle commence par une vision qu’elle aperçoit dans le ciel, au-dessus de l’église des Dominicains à Sienne : le Christ lui apparaît revêtu des ornements pontificaux, avec les apôtres Pierre, Jean et Paul. Catherine est toute jeune, elle a six ans, mais cette vision la marquera à jamais. Dans l’une de ses apparitions, Jésus ôta le cœur de la poitrine de Catherine et mit le sien à sa place. Dans une autre, elle reçut les stigmates. Il paraît qu’à plusieurs reprises au moment de la Communion, l’hostie s’échappait des mains du prêtre pour s’envoler vers Catherine. Sa vie entière fut un miracle. D’une part, sa relation avec le Christ sera une intimité de tous les instants, telle qu’on la décrit dans cette parole du Christ : « Pense à moi, je penserai à toi. »D’autre part, le Christ aux vêtements pontificaux sera l’origine d’un qualificatif pour parler du Pape : le Souverain Pontife sera appelé « le doux Christ sur la terre ». Ainsi, grâce à son engagement pour l’Église, elle sera qualifiée de « sainte qui a sans doute le plus aimé l’Église »

L’épouse du Christ. En réponse à cette vision, Catherine fait vœu de virginité et elle se soumet à une ascèse faite de pénitence, de prière et de solitude dans une pièce retirée de la maison paternelle. Mais sa famille, souhaitant la marier, lui impose les tâches ménagères comme dérivatif à ces mortifications. Les relations entre Catherine et ses parents sont particulièrement mauvaises. C’est à ce moment qu’elle fait l’expérience spirituelle de la « cellule intérieure » du cœur, lieu inviolable où, quelles que soient les circonstances extérieures, le Christ est toujours présent. Catherine a toujours manifesté une grande admiration pour les Frères Prêcheurs, fondés par saint Dominique en 1216. Elle demande son admission chez les Mantellate (sorte de tiers-ordre dominicain), une confrérie de femmes, veuves et âgées pour la plupart, qui l’accueillent alors qu’elle a juste 16 ans ! Ses parents ont, en effet, enfin compris et accepté la vocation de leur fille. Revêtue de l’habit blanc et du manteau noir, elle veut vivre les exigences dont ils sont les symboles : pureté et pénitence. Les grâces mystiques abondent jusqu’aux noces mystiques avec son époux, le Christ, en 1368. Jésus lui apparaît et lui remet un anneau, symbole de leur union spirituelle. 

Ambassadrice de la paixCatherine va honorer les deux dimensions de la vie dominicaine : contemplation et action. Son activité apostolique commence avec le secours aux indigents, les visites aux malades et les soins aux pestiférés. Puis, elle fait montre d’un authentique charisme de réconciliation entre les personnes, les familles, les clans et les cités divisés ; mais aussi pour la réconciliation des pécheurs avec Dieu. Sa mission devient bientôt publique : elle se verra confier des ambassades plus ou moins officielles pour négocier la paix. On peut dire que son champ d’investigation s’élargit de Sienne pour atteindre Florence et Avignon, où siège le Pape. Accompagnée de disciples formant une bella brigata, une famille qui la reconnaît comme leur Mamma, elle sillonne l’Italie et le Sud de la France.   

Fidèle au Pape.
 L’Église vit alors une période délicate. En raison de l’instabilité de Rome au début du XIVe siècle, le pape français Clément V, élu en 1305, décida de s’installer à Avignon, cité commerciale que la papauté possède depuis 1274. Sept papes se succèdent pendant 70 ans ; la construction du Palais des Papes témoigne de leur installation durable. Cependant, les rumeurs de scandales s’accumulent et les Romains protestent contre cet exil à Avignon, qui n’a pas de légitimité à rester la capitale de la chrétienté. Partant au printemps 1376 rencontrer le pape Grégoire XI à Avignon, Catherine lui fait part de son désir de le voir revenir à Rome, d’où il devrait procéder à la réforme de l’Église en commençant par la tête, c’est-à-dire par les cardinaux, évêques, prélats… et lancer une croisade vers les lieux saints afin de fédérer les différentes factions ennemies en Italie vers un but commun. Malgré l’opposition des cardinaux qui préfèrent Avignon, Grégoire XI part pour Rome dès septembre. Arrivé à Rome en janvier 1377, il meurt l’année suivante. Son successeur, Urbain VI, voit une partie des cardinaux qui l’ont élu se détourner de lui et élire à Avignon un autre pape, Clément VII, en septembre. C’est le début d’un grand schisme qui durera 40 ans, pendant lequel la chrétienté aura deux voire trois papes simultanément ! Catherine prend fait et cause pour Urbain VI, pape légitimement élu.   

Docteur de l’Église. Son activité apostolique d’une rare densité ne l’a pas empêchée
d’être auteur et reconnue Docteur de l’Église par le pape Paul VI le 3 octobre 1970. Elle devient ainsi la seconde femme à obtenir cette distinction dans l’Église (après Thérèse d’Avila et avant Thérèse de Lisieux). Pourtant, elle n’a pas eu de formation scolaire ou académique, elle savait à peine lire et a appris à écrire sur le tard. Mais elle n’a eu de cesse de chercher, de questionner, de s’entourer de théologiens confirmés, afin de rendre compte de son expérience spirituelle. Son œuvre se présente sous trois formes. D’une part, la correspondance. Nous avons 378 lettres qu’elle a adressées aux personnes les plus diverses : papes, cardinaux, évêques, rois, reines, religieux, gens de toute condition. Toutes ses lettres commencent par la formule : « Au nom de Jésus crucifié et de la douce Marie. Moi, Catherine, servante … ». Cela indique qu’elle agit pour le Christ et que ses avis sont à recevoir comme l’expression de la volonté divine. D’autre part, Catherine est à l’origine de 26 oraisons, dont certaines en état d’extase. Ce sont ses disciples qui les ont recueillies alors qu’elle priait, visiblement à haute voix. Enfin, il y a le Dialogue, l’œuvre la plus étonnante, qui relate des conversations entre Dieu le Père et Catherine de Sienne ; une synthèse de sa spiritualité qu’elle dicte entre 1377 et 1378.   

Fin de vie. Catherine de Sienne finit sa vie à Rome, portant sur ses frêles épaules la barque de l’Église. Elle meurt le 29 avril 1380. Son procès en canonisation commence dès 1411, mais est suspendu du fait du Grand Schisme d’Occident. C’est le pape Pie II qui déclare Catherine de Sienne sainte le 29 juin 1461, jour de la fête des apôtres Pierre et Paul. En 1628, le pape Urbain VIII déplace sa fête au 30 avril. Par ailleurs, il reconnaît à Catherine de Sienne la véracité des stigmates. Le 18 juin 1939, Pie XII déclare Catherine de Sienne sainte patronne principale d’Italie, au même niveau que saint François d’Assise.   

Co-patronne de l’Europe. Le pape saint Jean-Paul II fait de sainte Catherine de Sienne la co-patronne de l’Europe, avec sainte Brigitte de Suède et sainte Thérèse-Bénédicte de la
Croix, le 1er octobre 1999. À cette occasion, il rappelle l’attitude de sainte Catherine de Sienne en insistant sur plusieurs points, dont son activité apostolique : « Ses lettres se répandirent à travers l’Italie et l’Europe elle-même. En effet, la jeune Siennoise entra avec un regard sûr et des paroles de feu dans le vif des problèmes ecclésiaux de son époque. » Ensuite, il parle de son engagement en faveur de la paix et de la réconciliation : « Désignant le Christ crucifié et la douce Marie aux adversaires, elle montrait que, pour une société qui s’inspirait des valeurs chrétiennes, il ne pouvait jamais y avoir de motif de querelle tellement grave que l’on puisse préférer le recours à la raison des armes plutôt qu’aux armes de la raison. » Et surtout, le Pape évoque son souci de l’évangélisation : « Catherine savait bien que l’on ne pouvait aboutir efficacement… si les esprits n’avaient pas été formés auparavant par la vigueur même de l’Évangile » ; sans oublier son amour indéfectible pour l’Église : « C’était là (dans la recherche passionnée de la communion) l’idéal suprême qui avait inspiré toute sa vie, dépensée sans réserve au service de l’Église. C’est elle-même qui en témoignera devant ses fils spirituels sur son lit de mort : « Tenez pour certain, mes très chers, que j’ai donné ma vie pour la sainte Église ». »

 

 Sainte Thérèse d’Avila (1515 – 1582)

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 Teresa de Cepeda y Alumada (1515 – 1582), fille d’un gentilhomme d’Avila, entre à 20 ans au Carmel de sa ville.
La règle y est alors pratiquée de façon mitigée. Longtemps, elle s’en satisfait. Mais en 1555, en contemplant le Christ en croix et en lisant les Confessions de Saint Augustin, elle décide de vivre pleinement sa vocation carmélite.
A partir de 1557, elle approfondit son chemin mystique qui lui fait contempler l’humanité du Christ. Aidée par ses directeurs spirituels, elle devient familière de l’oraison. La nécessité d’un retour du Carmel à sa règle primitive s’impose alors à elle. Aussi, Thérèse décide de fonder, à Avila même, un nouveau monastère de stricte observance. Le désir de dépouillement des religieuses y est symbolisé par la suppression des chaussures.
En 1567, elle persuade un jeune Carme, le futur Saint Jean de la Croix, lui aussi déçu par son ordre, d’engager une même réforme. Les couvents de Carmes et Carmélites Déchaux (sans chaussures) se multiplient. Malgré des oppositions, la réforme rencontre un grand succès. Cette intense activité de fondations va de pair avec la vie spirituelle la plus intériorisée. On en trouve l’expression dans ses œuvres écrites, conçues comme une pédagogie de la prière et de la vie chrétienne, et figurant parmi des chefs d’œuvres de la langue castillane. Les plus connues sont Le Livre de ma vie (autobiographie), Le chemin de la perfection, et surtout Le Château intérieur. Elle est la première femme à recevoir le titre de Docteur de l’Église en 1970.
Source : Dictionnaire Théo, p. 117

Le Mont-Carmel, près de Haïffa (Israël), a donné son nom à la famille religieuse des Carmes et des Carmélites. Au XII° siècle, saint Berthold et d’autres pèlerins venus en Terre sainte, s’installent en ermites dans des grottes du Mont-Carmel, comme l’avait fait le prophète Elie.
En 1209, la règle primitive prescrit la pauvreté la plus grande, la solitude et le régime végétarien. La conquête musulmane chasse ces ermites de Terre sainte vers l’Europe au XIII° siècle. En pleine Réforme catholique, Thérèse d’Avila et Jean de la Croix entreprennent de faire revenir l’ordre à la pauvreté et à une stricte vie contemplative.

Solitude Contemplation Feu :
3 maîtres-mots de la spiritualité carmélitaine.

La prière à l’école de Thérèse d’Avila est celle d’un pauvre devant la richesse de Dieu. « L’oraison ne consiste pas à beaucoup prier mais à beaucoup aimer. » (Jean de la Croix). Tout se passe dans une expérience d’union intime avec le Christ qui conduit au Père. Pour qu’elle soit possible, il faut accepter de partir comme Elie au Carmel, de passer par le désert, d’entrer dans le silence : là le priant se rend disponible à « Dieu seul »… et peut se laisser envahir par lui.

Thérèse fut béatifiée en 1614 par Paul V, et canonisée par Grégoire XV le 12 mars 1622

Elle a fait partie des saints patrons des JMJ de Madrid en 2011.

 

Saint Dominique, fondateur de l’ordre des Dominicains

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Aucun saint marquant, aucune grande initiative religieuse n’avait surgi depuis la mort de S. Bernard (1153). Saint Dominique de Guzman naît dans la Vieille-Castille en 1170, dans une famille de la noblesse espagnole. Il a deux frères : Antoine, probablement mort durant la bataille tragique d’Alarcos contre les Maures en 1195, et Mamès, un homme contemplatif et saint qui se fit religieux et suivit Dominique.

Sa mère, Jeanne, avant sa naissance, a une vision étrange; il lui semble voir l’enfant qu’elle va mettre bientôt au monde sous la forme d’un petit chien tenant un flambeau dans sa gueule et prêt à répandre le feu sur la terre.

L’enfance de Dominique est marquée par plusieurs autres présages merveilleux.

Jeune étudiant, il vivait déjà comme un saint. Il avait chaque jour ses heures fixées pour la prière, et souvent il était ravi en Dieu. Il jeûnait presque toujours, ne buvait jamais de vin, dormait fort peu et n’avait d’autre lit que le plancher de sa chambre.

Un jour, ayant tout donné, il dit à une femme qui lui demandait de l’argent pour racheter son frère captif: « Je n’ai ni or ni argent; mais prenez-moi et offrez-moi aux Maures en échange de votre frère. » La proposition héroïque ne fut pas acceptée, mais Dominique en eut le mérite. Dans une maladie très grave, causée par son travail et ses austérités, il fut guéri soudain par l’apparition de saint Jacques le Majeur, Apôtre (+44).

En 1203, Dominique, ayant dû venir en France avec son évêque Diègue (Diego d’Osma), découvre dans la région toulousaine, l’hérésie des « bons hommes« , les Albigeois, qualifiés de « cathares » au XIXe siècle. Dominique logeait à Carcassonne et, discutant toute la nuit des vertus de la vraie foi avec son aubergiste, cathare, il le convertit. L’hérésie cathare se composait d’un mélange de vieilles hérésies, comme la négation de l’Eucharistie et du baptême catholique, sur un fond de manichéisme asiatique importé en Europe par les marchands, les pèlerins et les missionnaires revenus des Croisades. Sa présence dans le sud de la France est attestée à partir de 1140. Selon son enseignement, l’univers est en proie à la lutte de deux principes également forts et également premiers : le bien et le mal. (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l’Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 312.) Ce n’est pas Dieu qui a créé l’univers, c’est Satan. Toute réalité terrestre est marquée du signe du mal…

Le manichéisme qui avait été détruit par les arguments de S. Augustin à la fin de l’Antiquité, se présentait déjà au IVe siècle comme « une religion de la Lumière, une Eglise de la Justice, des Elus, des Justes, des Véridiques. […] Mani (216-277) que les Latins et les Grecs ont appelé Manichée. […] Son enseignement était tout simplement la gnose de Marcion (que S. Polycarpe, le disciple de l’apôtre Jean, reconnut comme le « Fils aîné de Satan »), et de Basilide.

Le catharisme n’est pas original. Il insiste simplement avec une accentuation particulière sur un double principe du monde, l’existence d’un dieu bon et d’un dieu mauvais en conflit éternel et sur la réincarnation des âmes. (Etienne COUVERT, La Gnose universelle, De la Gnose à l’Oecuménisme, tome 3, Editions de Chiré, Chiré-en-Montreuil 1993, p. 14-15.) La Création tout entière est un mélange inextricable de bien et de mal. L’homme est divin, lumineux par l’âme, mais le corps, opaque, est porté vers le mal. Avec Mani, tout est simple… il faut aider le Bien contre le Mal, c’est-à-dire écarter de soi tout ce qui est matériel et diabolique. Au IVe siècle, le manichéisme apparut comme une sorte d’anarchisme spirituel propre à désagréger tous les principes les plus solides de l’éthique et de la vie. « Sinistre, intolérante, pour laquelle chaque péché était mortel et qui condamnait la joie » (Emile GEBHART), l’hérésie manichéenne, dans son expansion, rencontra partout de terribles obstacles, récusée comme hérésie et persécutée. L’Inde, après quelques mois d’essais de pénétration s’en débarrassa. Elle fut également chassée de Chine. En Turquie, les Kirghiz, ces stricts musulmans éliminèrent le dualisme manichéen. (DANIEL-ROPS, Histoire de l’Eglise du Christ, tome II Les Apôtres et les Martyrs, Librairie Arthème Fayard, Paris 1965, p. 402-403.) « Les lucifériens, c’est-à-dire les adorateurs du diable, étaient manifestement une variété de cathares qui croyaient à l’existence des deux principes moteurs de l’univers. » (Jean CHELINI, Histoire religieuse de l’Occident médiéval, Pluriel, Millau 2012, p. 422.)

Aux yeux des cathares, Jésus est un ange dont la vie terrestre n’a été qu’une illusion, le Christ n’a pas eu à ressusciter. La Vierge Marie était un pur esprit aux apparences humaines. La procréation, elle-même est criminelle : mettre un enfant au monde, c’est précipiter une nouvelle âme dans le royaume du Mal… Toutefois, certains « parfaits » admettent les relations charnelles; condamnant seulement l’institution du contrat et du sacrement de mariage, ils en viennent à prôner la liberté sexuelle. Ils faisaient eux-mêmes profession de chasteté perpétuelle, fuyaient avec horreur les moindres occasions d’impureté ; et cependant ils admettaient dans leur société les concubines des Croyants et les faisaient participer à leurs rites les plus sacrés, même lorsqu’elles n’avaient aucune intention de s’amender. Les « Croyants » eux-mêmes n’avaient aucun scrupule de conserver leurs maîtresses, tout en acceptant la direction des « Parfaits ». On a dit que leurs doctrines rigoristes n’étaient qu’un masque sous lequel se dissimulaient les pires excès. Quiconque voulait être sauvé, devant se soumettre à la loi de la chasteté rigoureuse, le mari quittait la femme, la femme le mari, les parents abandonnaient les enfants, fuyaient un foyer domestique qui ne leur inspirait que de l’horreur ; car l’hérésie leur enseignait « que personne ne saurait se sauver en restant avec son père et sa mère. Il est inutile d’insister longuement sur les conséquences antisociales de la négation de la famille. Elle ne tend à rien moins qu’à supprimer l’élément essentiel de toute société (la famille), en faisant de l’ensemble de l’humanité une vaste congrégation religieuse sans recrutement et sans lendemain… Les autres engagements que prenaient les hérétiques en entrant dans la secte, allaient à l’encontre des principes sociaux sur lesquels reposent les constitutions de tous les états. Ils promettaient, au jour de leur initiation, de ne prêter aucun serment et niaient les sanctions sociales. La pure doctrine cathare déniait absolument à la société le droit de punir. C’était l’un des liens les plus solides que les Manichéens détruisaient ainsi, et en le faisant, ils avaient l’apparence d’anarchistes. Récusant l’Eglise, la famille, la propriété et le serment d’homme à homme, les cathares nient les fondements de l’ordre social. « Observant des rites initiatiques, obéissant à une hiérarchie secrète, ils présentent toutes les apparences d’une secte. Une secte qui contrevient ouvertement à la morale commune de l’époque ». (Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 50-54). Henry Charles Lea, dans son Histoire de l’Inquisition, quoique protestant et ennemi de la religion catholique, a vu que le nihilisme des Albigeois marquait un retour à la barbarie, tandis que la doctrine chrétienne représentait la civilisation et le progrès. La victoire des Albigeois, c’était le déchaînement du fanatisme le plus terrible puisqu’il faisait gloire à l’homme de se suicider et un devoir à la famille de se dissoudre ; en les combattant, l’Eglise catholique défendit, avec la vérité dont elle est dépositaire, la cause de la vie, du progrès, de la civilisation.

Dominique de Guzman, profondément touché du triste état auquel l’hérésie avait réduit les provinces du Midi, décida de discuter en public et résolut de travailler dans ce pays au triomphe de la foi en proposant d’organiser des débats publics, des disputationes. Diego et Dominique arrivèrent tous les deux dans la région de Montpellier au printemps 1206, où Dominique rencontra les légats cisterciens chargés de lutter contre l’hérésie. Devant leur découragement, l’évêque Diègue leur proposa de renvoyer équipages et bagages pour aller à pied prêcher humblement la foi catholique, priant, étudiant et discutant. Le prêche et la parole étaient les principales armes de cette bataille, mais il fallait y associer l’action et l’exemple. Sans escorte et sans argent, ils allaient à pied, mendiant leur pain de maison en maison.

Les dominicains qui se fondent alors, Dominique choisit de marcher pieds nus sur les chemins, sans argent, en bure, rivalisant d’austérité, pour aller discuter avec les représentants des « Bons Hommes« , les « Purs » ou les « Parfaits » comme les Cathares se désignaient eux-mêmes, dans les salles de châteaux, sur les places publiques ou dans les églises.

Dominique et ses frères ont fait choix, pour leur communauté, de la règle de S. Augustin, qui donne comme but à la communauté d' »habiter ensemble dans l’unanimité, ne faisant qu’un coeur et qu’une âme en Dieu ».

A Montréal en 1206, suite à la réunion où lors d’une ordalie (« jugement de Dieu »), le libellus rédigé par Dominique lui est arraché des mains par les hérétiques qui le plongent dans le feu trois fois et ressort intact : il y eut 150 conversions (une toile de Pedro Berruguete illustre cet épisode parfaitement attesté dans les chroniques); à Pamiers en 1207, le président du débat se convertit avec ses compagnons vaudois.

Dominique avait, dès le début, donné à sa fondation ses buts précis : la vie évangélique et la prédication.

La réponse de Dominique à la crise des débuts du XIIIe siècle part d’abord d’une intuition simple, pour prêcher l’Évangile, il faut vivre selon l’Évangile. La communauté dominicaine sera donc au coeur des villes, les frères iront à l’Université et vivront de mendicité pour annoncer efficacement l’Évangile. Dominique veut aussi des frères pleinement insérés au coeur de l’Église puisque la crise médiévale est aussi une tentative de se passer de sa médiation pour accéder à l’Évangile.

 Mais les cathares multiplient les attentats contre l’Eglise, ils pillent les églises et les monastères, persécutent les catholiques, massacrent les prêtres et les moines. Saint Dominique manque de se faire tuer : il voit les hommes embusqués, et chante le Veni Creator hymne au Saint-Esprit. Les cathares sont sidérés. Plus tard, ils lui demandent :

« Qu’aurais-tu fait, si nous t’avions pris ? – Je vous aurais demandé de prolonger mon martyre en me coupant un à un tous les membres… – Pourquoi ? – Pour que je sois plus semblable à Jésus-Christ mourant sur la Croix afin de sauver vos âmes. »

La nuit, on entend Dominique répéter « Seigneur, ayez pitié de votre peuple ! Seigneur, que vont devenir les pécheurs ?« 

En 1207, ce chemin conduira Dominique jusqu’à la région de Fanjeaux, entre Carcassonne et Castelnaudary, où il s’établira dans l’œil du cyclone, arrachant à l’influence des prédicateurs pauvres et évangéliques les jeunes filles cathares de la noblesse locale qu’il installe à Prouille, en fondant ainsi une première communauté féminine de dames revenues dans l’Eglise, qui veulent mener une vie dévouée à la prière et à la pénitence dans la chasteté. Cette première communauté féminine deviendra en 1211 l’Abbaye Sainte-Marie de Prouille. Une communauté de frères se développe à côté du monastère: des fidèles s’offrent à leur tour pour la mission. C’est le moment où, au XIIIe siècle, l’Occident connaît un puissant mouvement spirituel, appelé évangélisme, qui prône une fidélité totale à l’Evangile, une pauvreté radicale et l’annonce par la parole et l’exemple de la Bonne Nouvelle.

En janvier 1208, la mission de Dominique est menacée à la suite de l’assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, derrière lequel se dresse l’ombre menaçante de Raymond VI, comte de Toulouse, fief de l’hérésie. Les limites sont franchies. Le Languedoc est envahi par l’armée de Simon de Montfort: c’est la croisade des Albigeois, justifiée, non seulement par les doctrines subversives des Albigeois, et par les outrages de toutes sortes que depuis cent ans ils avaient accumulés contre les catholiques, mais aussi par ce meurtre qui frappait l’Eglise catholique tout entière dans la personne d’un légat du Saint-Siège. Les moines rentrent dans leurs abbayes, Arnaud regagne Cîteaux, maître Raoul est mort, et Diego est reparti en Espagne. Dominique reste seul dans la région. Il lui reste la communauté rassemblée dans le monastère de Prouille, aux environs de Fanjeaux. Il y resta jusqu’en 1214.

Au printemps 1215, Dominique s’installe avec quelques frères à Toulouse.

Sentant son insuffisance pour évangéliser seul de si vastes contrées, narre le Bienheureux Alain de la Roche, c’est à cette époque que la Sainte Vierge lui apparut et lui enseigna définitivement, en lui ordonnant de la répandre, la dévotion du Rosaire (chapelets d’oraison) qui fut bientôt le plus terrible fléau de l’hérésie.

La récitation répétée de prières litaniques apparaît au IVe siècle; les ermites et les ascètes les matérialisent par de petits cailloux qu’ils portent dans un sac. En Occident, les petits cailloux sont bientôt remplacés par des graines séchées, passées dans un fil et réunies en couronne. Les laïcs récitent 150Pater en analogie avec les 150 psaumes de la prière monastique. Vers 1050, les dévots ajoutent les premiers mots de la salutation angélique aux Pater, et récitent 150 Ave après les 150 Pater. L’ensemble des grains est appelé couronne de roses ou rosaire.

En 1213-1214, alors que S. Dominique prêchait en Espagne avec son frère Fra Bernardo, il fut enlevé par des pirates. La nuit de l’Annonciation de Marie (25 mars) une tempête détruisit le navire sur lequel ils étaient quand la Madone dit à Dominique que le seul salut à la mort pour l’équipage était de dire oui à sa Confrérie du Rosaire, donc les pirates avec les Dominicains à bord pour être les premiers membres. Depuis, le Rosaire est devenu la prière la plus populaire pour combattre les hérésies et, au fil des décennies, l’une des prières catholiques les plus traditionnelles.

On reconnait traditionnellement quinze mystères divisés en trois catégories : les mystères joyeux, les mystères douloureux, et les mystères glorieux. Chaque catégorie comprend cinq mystères, correspondant aux cinq dizaines du chapelet. Ceci permet de réciter une fois en entier le chapelet pour chaque catégorie de mystère, et trois fois le chapelet pour faire tous les mystères joyeux, douloureux et glorieux- soit un rosaire entier, composé de 15 dizaines, ou 150 prières (150 étant le nombre des psaumes).

Désormais, lui, le grand marcheur qui sillonnait les routes du Lauragais va devenir le globe-trotter de l’Europe. Il avait déjà fait deux fois le trajet de l’Espagne au Danemark en passant par Rome, mais cette fois-ci il se dirigera à deux reprises vers Rome, fin 1215 et fin 1216. Il en reviendra avec une bulle d’approbation du pape Honorius III, datée du 22 décembre 1216. Désormais son ordre devient universel et il décide d’abandonner Toulouse, ses pas le conduiront vers Paris, Madrid, Salamanque, Bologne…

Personne ne peut le retenir, le plus déçu dans l’affaire sera son protecteur l’évêque Foulques : « ce fut contre la volonté du comte de Montfort, de l’archevêque de Narbonne, de l’évêque de Toulouse, de l’évêque de Toulouse, et le mien propre », dit-il pour justifier cet arrachement, « je sais ce que je fais ! »

Parmi les miracles quotidiens que Dieu opérait en sa faveur, on rapporte que, dans ses voyages, la pluie tombait souvent autour de lui sans l’atteindre; qu’un jour, son sac et ses livres, étant tombés dans une rivière, furent repêchés plusieurs jours après, sans qu’on y vît aucune trace d’eau.

A l’occasion de l’ouverture le 11 novembre 1215 à Rome du IVe concile dans la basilique Saint-Jean-de-Latran en présence de quelques quatre cents évêques, Dominique fit le voyage de Rome pour obtenir l’approbation de l’Ordre des Frères-Prêcheurs. C’est là, alors qu’ils ne se connaissaient pas et ne se seraient pas rencontrés dans le tohu-bohu de ces quelques mille cinq cents personnes, qu’ils se reconnurent, s’embrassèrent comme deux frères et lièrent une amitié profonde qui dura jusqu’à la mort. S. Dominique rencontra François d’Assise, qu’il avait vu en songe. Dans cette vision, S. Dominique vit Jésus irrité contre le monde qui a perdu la foi et vit dans le péché. Pour l’apaiser la Vierge lui présente deux hommes dont la sainteté, lui dit-elle, est à même de racheter la mauvaise conduite des autres qui, par eux, retrouveront la voie de la vérité. Il se reconnaît dans l’un de ces hommes. Il se demande qui pourrait bien être l’autre qui a l’air d’un mendiant, vêtu d’une simple tunique de bure. Le lendemain, dans une église dont la tradition n’a pas conservé le nom, S. Dominique reconnaît, habillé comme il l’avait vu dans son extase, ce deuxième homme que la Vierge recommandait si chaleureusement au Christ. S. Dominique se serait précipité vers S. François et l’aurait serré dans ses bras en lui disant : « Vous êtes mon compagnon, vous marcherez avec moi, tenons-nous ensemble et nul ne pourra prévaloir contre nous. »

Dominique opérait une multitude de miracles, ressuscitait les morts, et se disait: « le plus grand pécheur de l’univers ».

La fondation de Prouille (1207) avait précédé de huit ans la création de la première communauté masculine à Toulouse (1215). A l’été 1217, Dominique envoie des frères à Paris pour étudier et établir un couvent placé sous le patronage de S. Jacques qui vaudra aux Dominicains français le surnom de Jacobins. D’autres partent pour l’Espagne ou pour l’Italie.

C’est lors du chapitre général de Bologne de 1220 que Dominique impose à ses frères prêcheurs le renoncement aux possessions et aux revenus, au profit d’un abandon à la providence divine. La même année 1220, des prêcheurs sont envoyés en Suède, en Angleterre, en Hongrie, au Danemark, en Pologne et peut-être aussi en Grèce.

Mais l’été 1221, Dominique, épuisé, tombe malade à Bologne et assure aux frères qu’il leur sera plus utile mort que vivant. Il meurt le 6 août 1221. Dès 1223, une enquête officielle sur sa sainteté et ses miracles recueille de nombreux témoignages à Bologne et dans la région toulousaine. Au terme du procès, Dominique est canonisé à Rieti le 3 juillet 1234. L’ordre s’étend sur l’Europe entière. Les provinces périphériques sont des bases d’action missionnaire pour les pays païens, musulmans, ou séparés de Rome. Dès le XIIIe siècle, des laïcs s’assemblent autour des couvents dominicains et franciscains.

En 1303, l’Ordre compte près de 10000 religieux. Il en compte 6000 aujourd’hui. Contemplation, étude et prédication sont les raisons de son succès. L’acharnement des dominicains à étudier pour comprendre, réfuter et témoigner explique aussi le succès des prêcheurs. C’est dans le public étudiant que les premiers frères ont cherché des vocations et ce fut en collaborant avec l’université de Paris qui naquit en leur temps, que les Dominicains ouvrirent de nouveaux chemins à l’intelligence de la foi. La scolastique s’offrait comme une méthode d’investigation du réel d’une extraordinaire fécondité.

Sa fête liturgique est fixée au 5 puis au 4 août. Elle est transférée au 8 août après Vatican II.

Au XIIIe siècle, on attendra de l’Ordre de S. Dominique une parole qui mène à Dieu mais qui fera droit à la raison comme l’enseignera S. Thomas d’Aquin (1225-1274) qui naîtra quatre ans après la disparition du fondateur et occupera une place particulière, à la fois comme un maître et un frère.

Dans l’histoire de l’ordre, on trouve aussi des artistes comme Jean de Fiesole (1387-1455), dit Fra Angelico (le Frère Angélique), qui, même devenu prieur de sa communauté, continue d’exercer son ministère par la peinture; des grands prédicateurs comme Vincent Ferrier (1350-1419); des visionnaires comme Bartolomé de Las Casas (1484-1566), défenseur et protecteur des Indiens; ou des mystiques comme Rose de Lima (1586-1617), Patronne du Pérou, de l’Amérique du Sud et des Philippines.

En 1790, un décret révolutionnaire supprime les Dominicains. Ils ne renaissent en France qu’en 1850 grâce à la volonté d’Henri Lacordaire (1802-1861).

Plus tard, Marie-Joseph Lagrange, qui fondera à Jérusalem, l’Ecole pratique d’études bibliques (Ecole Biblique), et dont la cause en béatification est en cours à Rome, sera le « saint Thomas de la question biblique« .

Aujourd’hui, l’actuelle province de Toulouse est l’héritière des anciennes provinces médiévales de Provence et de Toulouse. Elle a en héritage trois lieux historiques et spirituels importants pour l’Ordre : Fanjeaux (lieu de prédication de Dominique, fondation des moniales); Toulouse (fondation de la première communauté); et la Sainte-Baume, sanctuaire de sainte Marie-Madeleine où l’Ordre est présent depuis sept siècles.

L’Ordre de S. Dominique qui se maintient en France dans ses deux provinces, est en expansion aux Etats-Unis, en Afrique et en Asie.

  

LE CARDINAL NEWMAN : PRÉCURSEUR DE VATICAN II

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Immense figure intellectuelle et universitaire, auteur de renom, le Cardinal Newman était un homme d’une grande humilité, toujours animé d’une grande bonté et du souci de venir en aide aux malades et aux plus démunis. Un « grand maître dans l’Église », dira de lui Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger.

Né en 1801 à Londres dans un milieu aisé, John Henry Newman est un enfant brillant, qui montre très tôt de grandes capacités et un goût prononcé pour l’écriture. Sa famille appartient à l’Église anglicane, certainement plus par tradition et respect de l’ordre établi que par une piété profonde. C’est véritablement à 15 ans que John Henry connaît une première rencontre personnelle avec le Seigneur. Cette conversion n’est pas un bouleversement émotionnel ponctuel, mais un élan spirituel progressif et apaisé qui le marque durablement.

Étudiant précoce, John Henry Newman est admis à l’Université d’Oxford en 1817. Grand lecteur et curieux de tout, il étudie avec passion l’Histoire, les langues, la poésie et les mathématiques. Commence alors une longue quête spirituelle. Devenu membre du corps professoral – fellow – d’Oriel College, il décide de s’engager dans le célibat et est ordonné prêtre anglican en 1825. Vicaire à l’église St Clement’s d’Oxford, il découvre l’action pastorale tout en poursuivant ses activités universitaires. Il est ensuite nommé curé de St Mary, l’église universitaire d’Oxford où il se fait connaître par ses sermons. Dès cette époque, il entreprend une lecture systématique des Pères de l’Église.

En 1833, une grave maladie qui le frappe pendant un voyage en Sicile est l’occasion d’une nouvelle expérience spirituelle : au milieu de ses crises de fi èvre, il a l’intuition d’une oeuvre qu’il doit accomplir. Sur le chemin du retour, il compose sa célèbre prière Lead, Kindly Light (Guide-moi, douce Lumière).

Le Mouvement d’Oxford

Peu de temps après son retour en Angleterre, il lance avec John Keble le « Mouvement d’Oxford », propageant ses idées sous forme de quatre-vingt dix tracts publiés entre 1833 et 1841. Le groupe cherche à lutter contre tout libéralisme théologique et à revenir à la foi des origines, en particulier grâce à une redécouverte des Pères de l’Église. Le Mouvement défend l’indépendance de l’Église anglicane vis-àvis du pouvoir politique et veut faire sortir l’anglicanisme de sa torpeur spirituelle qui l’éloigne des couches populaires. À une période où la vie sacramentelle anglicane est devenue particulièrement pauvre et très formaliste – il n’y a pratiquement plus d’autels dans les églises et la prédication tient lieu de tout culte – John Henry Newman doit ainsi se battre contre ses paroissiens pour rétablir une communion eucharistique.

En 1841, Newman soulève de grandes polémiques au Royaume-Uni en publiant un tract sur les « Trente-Neuf Articles », les principes doctrinaux établis en 1563 de l’Église d’Angleterre en réaction contre l’Église de Rome et dont il démontre qu’ils ne sont contradictoires ni avec la tradition catholique antique, ni avec les décisions du concile de Trente. Dans un contexte de méfiance profonde envers le catholicisme, ce dernier tract est immédiatement censuré par l’Université.

Prêtre catholique

Newman se retire progressivement à Littlemore et mène une vie quasi monastique. À travers ses lectures, il perçoit de plus en plus clairement le caractère schismatique de l’Église anglicane et que l’Église de Rome est le véritable successeur de l’Église des premiers siècles. Ce cheminement le conduit à démissionner de ses fonctions. Après un dernier sermon émouvant à Littlemore − « Quand des amis se quittent » −, Newman est reçu dans l’Église catholique par le Père Dominique Barberi le 9 octobre 1845, à l’issue d’un examen de conscience complet. Il se rend à Rome pour se préparer au sacerdoce et décide d’entrer dans la congrégation de l’Oratoire, fondée en 1575 par saint Philippe Néri et composée de communautés de prêtres séculiers qui ne prononcent pas de voeux mais vivent selon une règle dans l’exercice de divers ministères. John Henry Newman est ordonné prêtre catholique en mai 1847 et fonde l’année suivante le premier Oratoire en Angleterre, à Birmingham.

Il exerce alors son ministère intellectuel au service de l’Église : par de nombreuses conférences, il défend la foi catholique et donne sa vision de l’enseignement universitaire. On lui confie la création de l’Université catholique d’Irlande, puis la direction d’une nouvelle traduction de la Bible en anglais, projet qui ne se réalise pas, faute de soutien des évêques. Des dissensions naissent entre les communautés oratoriennes de Londres et de Birmingham. Face aux difficultés, Newman se confie à Dieu.

Il continue d’écrire inlassablement. En 1859, un article qu’il publie sur le rôle des laïcs dans la transmission de la tradition est dénoncé à Rome, où il fait l’objet d’une suspicion pendant une dizaine d’années. Pour répondre à une accusation de duplicité et de mensonge formulée par un pasteur anglican, Newman rédige en six semaines l’Apologia pro vita sua, ouvrage qui retrace l’évolution de sa pensée religieuse et qui connaît un succès immédiat. Il publie en 1875 sa Lettre au duc de Norfolk en réponse aux accusations de manque de loyauté des catholiques vis-à-vis de l’État : dans cet ouvrage magistral, il expose sa conception de la conscience et des rapports dans l’Église entre conscience individuelle et autorité.

Un cardinal précurseur

Après l’heure des épreuves, vient pour John Henry Newman le temps de la reconnaissance et de la consécration : en 1879 le pape Léon XIII le crée cardinal. Ses forces déclinant peu à peu, le Cardinal Newman meurt le 11 août 1890. Il laisse derrière lui une quarantaine d’ouvrages théologiques, de nombreuses prières et sermons et des dizaines de milliers de lettres. Depuis lors, son rayonnement ne cesse de croître.

Jean Guitton le qualifiera de « penseur invisible de Vatican II ». Une partie de sa pensée a été en effet reprise par les Pères du Concile, en particulier sur la primauté de la conscience, le rôle des laïcs et le sens de la Tradition et de ses développements.

Le Cardinal Newman a été béatifié le 19 septembre 2010 par le Pape Benoît XVI à Birmingham.

L’Eglise du coeur :

Le coeur de chaque chrétien devrait représenter en miniature l’Église catholique, puisqu’un unique Esprit fait l’Église tout entière et de chacun de ses membres son Temple. Comme il rend une l’Église qui, laissée à elle-même, se séparerait en parties multiples, ainsi unifi e-t-il l’âme, malgré ses diverses affections et facultés, et ses tendances contradictoires…
Et soyons bien assurés que ces deux opérations de notre divin Consolateur dépendent l’une de l’autre, et que tant que les chrétiens ne rechercheront pas l’unité et la paix en leur propre coeur, jamais l’Église elle-même ne sera dans l’unité et la paix dans ce monde qui les entoure… ».

 

Sources diverses

CHRISTIANISME, CHRISTIANISME (30-600), CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), EMPIRE ROMAIN, HISTOIRE DE L'EGLISE, HISTOIRE DU CHRISTIANISME PRIMITIF (30-600), PERSECUTIONS CONTRE LES CHRETIENS

Les débuts du christianisme dans le monde romain

 

Christianisme dans le monde romain

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Les questions posées par la christianisation de l’Empire romain

 

L’évolution des religions du IIIè au VIIIè  siècle :

du polythéisme au christianisme

La progression du christianisme dans l’Empire est sujette à de nouveaux débats. En effet, les sources à la disposition des historiens rendent ardue la quantification du développement du christianisme.

 

Pendant longtemps a prévalu l’idée qu’au début du ive siècle, les provinces d’Orient sont majoritairement acquises au christianisme. En Occident, les provinces méditerranéennes sont plus touchées par la nouvelle religion que les autres. Mais partout dans cette partie de l’Empire romain, les campagnes restent profondément polythéistes. Dans cette optique, la conversion de Constantin n’aurait été qu’un couronnement, et non un tournant de l’histoire de l’Empire. Aujourd’hui l’ampleur de la christianisation de l’Empire est remise en question. Robin Lane Fox pense que le paganisme est toujours très bien implanté au début du ive siècle et que le christianisme est encore un phénomène très minoritaire. Selon lui les chrétiens ne représentent en 312, que 4 à 5 % de la population totale de l’Empire. Le débat est d’autant plus délicat que, derrière les chiffres, il y a un enjeu idéologique fort.

Certains points semblent néanmoins établis. L’inégalité de la christianisation selon les régions et le retard de la Gaule en particulier sont admis par tous. À un moindre degré, la situation est la même en Espagne et en Italie, mais avec en plus de fortes différences régionales. On pense qu’à Rome, la ville la plus christianisée d’Italie, peut-être un peu moins de 10 % des habitants sont chrétiens en 312. L’étude des papyrus égyptiens permet le chiffre de 20 % de chrétiens en 312 en Égypte. En Asie Mineure, une proportion d’1/3 de chrétiens est envisageable, 10 à 20 % en Afrique. En 312, les chrétiens ne sont donc qu’une minorité dans l’Empire.

La question du développement du christianisme a longtemps été posée en termes d’affrontement avec la culture antique. Le Bas Empire est, dans cette perspective, vu comme une période de triomphe de la foi nouvelle face aux religions traditionnelles ou aux cultes à mystères. Aujourd’hui, l’examen des sources pousse à modifier ce point de vue. Le christianisme s’est nourri de la culture antique et s’en est servi pour se développer : il n’a donc pas détruit la culture antique. G. Stroumsa explique le passage du paganisme au christianisme dans l’Empire romain par un processus d’intériorisation du culte. Une partie significative des habitants de l’empire ne se reconnaît plus dans les religions ritualistes et cherche une croyance qui soit plus personnelle. L’essor des  religions monothéistes grâce à la généralisation du codex sert d’accélérateur à un nouveau souci de soi présent dans l’ascèse et la lecture, au passage de la religion civique aux religions communautaires et privées. Cette thèse ne fait pas l’unanimité parmi les historiens.

Le christianisme, en devenant la religion de l’Empire romain  au ive siècle, sert à justifier un ordre politique autoritaire qui s’exerce au nom de Dieu. Il permet aussi, aux yeux des empereurs d’assurer la cohésion de l’Empire. Il devient un élément essentiel de la civilisation de l’Antiquité tardive. La conséquence en est l’exclusion de toutes les autres convictions religieuses. Les non-chrétiens sont désormais désolidarisés de l’idéal romain.

Pour l’Église d’Occident, romanité et christianisme sont tellement indissociables que les évêques trouvent normal de défendre l’Empire face aux barbares.

La grande persécution

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Au début du ive siècle, avec la Tétrarchie, la lutte contre la religion des chrétiens, en expansion mais encore très minoritaire, donne lieu à une dernière persécution généralisée. En 303, Dioclétien et ses collègues lancent plusieurs édits contre les chrétiens donnant naissance à la grande persécution, après la quarantaine d’années de tranquillité relative qui suivirent le règne de Gallien (260-268). Les gouverneurs et les magistrats municipaux doivent saisir et faire brûler le mobilier et les livres de culte. Au début de l’année 304, un édit ordonne à tous les citoyens de faire un sacrifice général pour l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcés dans les mines. La persécution est très inégalement appliquée sur l’Empire, assez vite abandonnée en Occident après 305, plus longue et sévère en Orient. En 311 juste avant sa mort, Galère décrète l’arrêt de la persécution, et, selon le polémiste chrétien Lactance, demande aux chrétiens de prier pour son salut et celui de l’Empire. Cet appel est dans le droit fil de la tradition religieuse romaine, et admet l’utilité civique des chrétiens.

Une des conséquences de la grande persécution pour le monde chrétien est le schisme donatiste à partir de 307. Les donatistes refusent la validité des sacrements délivrés par les évêques qui avaient failli lors des persécutions de Dioclétien, position condamnée en 313 au concile de Rome. Le schisme se poursuit en Afrique romaine jusqu’à la fin du siècle.

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Cette dernière persécution marque plus que les autres la tradition chrétienne orientale : l’hagiographie positionne lors de la persécution de Dioclétien et ses successeurs le martyre de saints d’existence légendaire. Une autre trace de l’impact significatif sur la mémoire chrétienne est le choix de l’ère copte ou « ère des Martyrs » qui débute à la date d’avènement de Dioclétien.

 

Les empereurs chrétiens

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Constantin, au départ adepte de Sol invictus (le Soleil Invaincu), se convertit au christianisme, pour certains dès 312 à la suite d’une vision précédant la bataille du pont Milvius (Eusèbe de Césarée), pour d’autres en 326 par remords après l’exécution de son fils et son épouse (Zosisme). Il concilie le christianisme et une divinité d’où émaneraient tous les dieux, La Divinité, identifiée à partir du milieu du iiie siècle au Soleil. Dans la période 312-325, les monnaies représentent le Dieu Soleil, compagnon de l’empereur, ou confondent son image avec la sienne. Peu de monnaies montrent des symboles chrétiens (chrismelabarum) à la fin ce laps de temps. La part de conviction personnelle et de calcul politique dans l’adhésion de Constantin au christianisme reste indécise. En 313, l’édit de Milan proclame la liberté de culte individuel et prévoit de rendre aux chrétiens les biens confisqués pendant la grande persécution de Dioclétien, ce qui vaut à l’empereur le soutien des chrétiens opprimés en orient. L’adoption du christianisme pose le problème des relations entre l’Église et le pouvoir : c’est la naissance du césaropapisme. Sollicité par les évêques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les évêques décident entre eux. Il convoque et préside le concile de Nicée en 325 qui reconnaît le Christ comme Dieu et homme à l’unanimité, et excommunie l’évêque Arius. Constantin le fait exiler, puis le rappelle quelques années plus tard. Les ariens adoptent des positions très favorables au pouvoir impérial, lui reconnaissant le droit de trancher les questions religieuses d’autorité. Constantin finit par se rapprocher de cette forme de christianisme et se fait baptiser sur son lit de mort par un prêtre arien. Cette conversion à l’arianisme est contestée par l’Église catholique et par certains historiens. Son fils et successeur Constance II est un arien convaincu. Il n’hésite pas à persécuter les chrétiens nicéens plus que les païens. Malgré ses interventions dans de nombreux conciles, il échoue à faire adopter un credo qui satisfasse les ariens et les chrétiens orthodoxes. À l’exception de Valens, ses successeurs, soucieux de paix civile, observent une stricte neutralité religieuse entre les ariens et les nicéens. La défaite d’Andrinople face aux Wisigoths ariens permet aux catholiques orthodoxes de passer à l’offensive. Ambroise de Milan, voulant défendre le credo de Nicée contre les ariens qualifie l’hérésie de double trahison, envers l’Église et envers l’Empire.

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Gratien finit par s’orienter vers une condamnation de l’arianisme sous l’influence conjuguée de son collègue Théodose et d’Ambroise. L’empereur de la pars orientalis a, en 380, dans l’édit de Thessalonique, fait du Christianisme une religion d’État. Comme son collègue, il promulgue des lois anti-hérétiques. Il convoque un concile à Aquilée, en 381, dirigé par Ambroise. Deux évêques ariens sont excommuniés. À ce moment, l’Église catholique est devenue assez forte pour résister à la cour impériale. Après la mort de Gratien, le parti arien est de nouveau très influent à la cour. À son instigation, est promulguée une loi, le 23 janvier 386, qui prévoit la peine de mort pour toute personne qui s’opposerait à la liberté des consciences et des cultes. Ambroise refuse de concéder une basilique extra muros aux ariens fort du soutien du peuple et des hautes sphères de Milan. La cour impériale est obligée de céder. Grâce à des hommes comme Ambroise, l’Église peut ainsi s’émanciper de la tutelle impériale, surtout en Occident et même revendiquer la primauté du pouvoir spirituel sur le temporel en rappelant à l’empereur ses devoirs de chrétien. Cependant, les chrétiens ont aussi besoin de la force publique pour faire prévaloir leur point de vue. Ainsi porphyre de Gaza obtient de l’impératrice Eudoxie  , qu’elle fasse fermer par son époux Arcadius les temples polythéistes de Gaza.

Les païens, les hérétiques et les Juifs deviennent des citoyens de seconde zone, grevés d’incapacités juridiques et administratives. Dans une loi, Théodose précise : « Nous leur enlevons la faculté même de vivre selon le droit romain. ». Cependant, le Judaïsme est la seule religion non-chrétienne à demeurer licite en 380. Sur le vieux fond de judéophobie gréco-romain se greffe un antijudaïsme  proprement chrétien, accusant les Juifs d’être déicides et d’avoir rejeté le message évangélique. Cela n’empêche pas Théodose de vouloir imposer à l’évêque de Callinicum en Mésopotamie de reconstruire à ses frais, la synagogue que ses fidèles ont détruite, à la grande indignation d’Ambroise de Milan

Christianisation et romanité

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Après la conversion de Constantin, le christianisme progresse rapidement dans l’Empire romain mais toujours de manière inégale suivant les provinces. Il s’agit aussi dans bien des cas d’une christianisation superficielle où se mêlent un grand nombre de pratiques païennes. L’évangélisation des campagnes d’Occident ne progresse que très lentement. En Gaule, l’action de missionnaires déterminés joue un rôle non négligeable dans l’adoption de la religion du Christ. Saint Martin reste la figure de proue de l’évangélisation de la Gaule. En Occident, le latin remplace le grec comme langue liturgique à la même époque, signe de la perte de l’usage du grec dans cette partie de l’Empire. L’Égypte n’est considérée comme chrétienne qu’à la fin du ve siècle.

L’organisation de l’Église

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L’Église s’organise en suivant le modèle administratif de l’Empire. Le diocèse où officie l’évêque, correspond à la cité, sauf en Afrique et en Égypte. Celui-ci est désigné par les membres de la communauté et les évêques voisins. L’aristocratie christianisée occupe souvent les fonctions d’évêque. Du fait de la défaillance des élites municipales, fuyant des responsabilités trop lourdes et trop coûteuses, ils deviennent les premiers personnages de la cité aux ve et vie siècles. En Orient, ils deviennent ainsi des partenaires du pouvoir impérial. Ils reprennent pour l’Église une part de l’évergétisme décurional pour l’aide aux pauvres et aux malades. En cas de besoin, ils s’érigent en défenseur de leur cité menacée face aux barbares. À Rome, ils prennent le pas sur les préfets urbains. En Égypte, par contre, les évêques sont le plus souvent choisis parmi les moines. Certains cumulent le rôle d’évêque et de supérieur du monastère comme Abraham d’Hermonthis, vers l’an 600. De nombreux papes chrétiens coptes viennent du monastère de saint Macaire situé à Wadi El-Natroun. Aujourd’hui, la hiérarchie de l’Église copte se recrute toujours parmi les moines.

À partir du ive siècle, un personnage nouveau se détache de l’évêque, le prêtre. Il obtient peu à peu le droit de baptiser, de prêcher et d’enseigner. Alors que les cités d’Occident se vident de leur population à cause des difficultés de ravitaillement et de l’insécurité, une nouvelle cellule religieuse rurale se développe au vie siècle, la paroisse dans laquelle il officie. La paroisse finit par forcer le maillage administratif de base du Moyen Âge.

Au-dessus des évêques se trouve l’évêque métropolitain qui siège dans le chef-lieu de la province et dont l’autorité s’entend à l’ensemble de celle-ci. À partir du concile de Constantinople de 381, apparaissent des primats qui regroupent sous leur autorité plusieurs provinces ; en Occident, Rome et Carthage ; en Orient Constantinople, Alexandrie et Antioche. Au cours du ive siècle, le siège de Rome commence à établir sa primauté sur l’ensemble de l’Empire. En 370, Valentinien Ier déclare irrévocable les décisions du pape à Rome. Le pape Damase (366-384) est le premier prélat à qualifier son diocèse de siège apostolique car il a été créé par l’apôtre Pierre, considéré comme le chef des apôtres. L’autorité pontificale n’est véritablement devenue souveraine qu’à partir de Léon le Grand vers 450, ce qui n’empêchera pas les empereurs d’Orient d’user de force pour imposer à plusieurs papes leurs vues théologiques. Mais cela ne doit pas faire oublier que durant l’Antiquité tardive, l’Église n’est pas un ensemble homogène. Chaque cité a ses rites, ses saints, sa langue liturgique, reflet de la diversité de l’Empire.

Les empereurs donnent aux membres du clergé de nombreux privilèges. Ils sont dispensés des prestations fiscales imposées aux citoyens. Les évêques se voient reconnus des pouvoirs de juridiction civile. Les personnes poursuivies par le pouvoir bénéficient du droit d’asile, ce qui permet de les soustraire à la justice impériale. Enfin les clercs échappent progressivement aux juridictions ordinaires et se trouvent ainsi placés au-dessus du droit commun. Constantin donne à l’Église une personnalité juridique qui lui permet de recevoir des dons et des legs. Ceci lui permet d’accroître sa puissance matérielle. Au ve siècle, elle possède d’immenses domaines dont certains dépendent des institutions charitables de l’Église. Le développement de ses institutions lui permet d’occuper un vide laissé par les systèmes de redistributions païens, en s’intéressant aux pauvres en tant que tels et non en tant que citoyens ou que clients En Orient comme en Occident, l’Église se retrouve cependant confrontée à un paradoxe ; elle est riche, mais prône la pauvreté comme idéal.

Le monachisme

 

Durant l’Antiquité tardive, le monachisme, né au iiie siècle connaît un premier essor. Les premiers moines apparaissent en Égypte, au sud d’Alexandrie. Le retrait radical du monde que prônent les premiers ermitesAntoine et Pacôme, est une véritable rupture politique et sociale avec l’idéal gréco-romain de la cité. Ceci n’empêche pas l’érémitisme puis le cénobitisme de se développer dans les déserts d’Orient. Pourtant il semble que le vrai fondateur du mode de vie cénobitique soit Pacôme. Au début du ive siècle, il établit une première communauté à Tabennèse, une île sur le Nil à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Il fonde huit autres monastères  dans la région au cours de sa vie, totalisant 3 000 moines.

Les clercs occidentaux qui se rendent en Orient propagent à leur retour l’idéal monachiste. Les premiers établissements religieux apparaissent à l’Ouest de l’Empire à partir de la fin du ive siècle : l’abbaye Saint-Martin à MarmoutierHonorat à Lérins et de multiples fondations à partir du vie siècle. À partir des premières expériences s’élaborent de nombreuses règles monastiques. Parmi celles-ci, la règle de saint Benoît est destinée à un grand avenir en Occident.

Avec le soutien de Justinien Ier, le monachisme prend une grande importance en Orient. Refuge moral, son pouvoir d’attraction est tel qu’il détourne de l’impôt et des fonctions publiques une partie des forces de l’Empire, et devient un véritable contre-pouvoir qui se manifestera lors de la crise de l’iconoclasme. En Occident, le monachisme recevra une impulsion décisive sous la dynastie carolingienne. Dans toutes les contrées anciennement romaines, les monastères joueront un rôle précieux de conservateurs de la culture antique.

Mentalités et pratiques religieuses

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C’est pendant l’Antiquité tardive qu’est fixée l’organisation du calendrier chrétien. Constantin choisit de fêter la naissance du Christ, Noël, le 25 décembre, jour de la célébration du dieu Sol invictus, le Soleil Invaincu. On peut y voir là une tentative de syncrétisme religieux. Pâques reste une fête mobile à l’instar de Pessah. Sa date de célébration est différente d’une communauté chrétienne à l’autre. Pendant le jeûne de Carême qui la précède, les catéchumènes, des adultes, se préparent au baptême célébré durant la nuit de Pâques. Constantin interdit aussi un grand nombre d’activités le dimanche, jour consacré au culte chrétien. Le calendrier chrétien avec ses fêtes chrétiennes, le découpage du temps en semaine supplante définitivement le calendrier romain à la fin du ve siècle. Par contre, pendant toute l’Antiquité tardive, le décompte des années se fait à partir d’un critère antique : la fondation de Rome (753 av. J.-C.), les premiers Jeux olympiques (753 av. J.-C.)  ou même l’ère de Dioclétien. Au vie siècle, Denys le Petit élabore un décompte chrétien à partir de l’année de naissance du Christ. Ce nouveau comput n’entre en action qu’au viiie siècle.

Sur le plan des mentalités, le christianisme introduit un grand changement dans la vision du monde divin. Les Romains avaient toujours accepté sans grande résistance les divinités non romaines. Le christianisme, religion monothéiste, s’affirme comme étant la seule vraie foi qui professe le seul vrai Dieu. Les autres divinités et religions sont ramenées au rang d’idoles ou d’erreurs. Cette position a comme corollaire la montée de l’intolérance religieuse chrétienne au ive siècle, qui serait due aux discours apocalyptiques de certaines communautés chrétiennes et à leurs attentes eschatologiques, ainsi qu’au pouvoir politique impérial. L’Église multiplie les adjectifs pour se définir : katholicos, c’est-à-dire universelle, orthodoxos, c’est-à-dire professant la seule vraie foi. De ce fait, l’Église chrétienne est amenée à combattre non seulement les païens, mais aussi les chrétiens professant une foi contraire aux affirmations des conciles, qui sont considérés à partir du ve siècle comme des hérétiques.

Les historiens se posent la question des changements moraux induits par le christianisme. La morale chrétienne de l’Antiquité tardive se concentre avant tout sur la sexualité et la charité et ne remet pas en cause la hiérarchie familiale en place, insistant au contraire sur le nécessaire respect de l’autorité du pater familias. Le discours religieux est donc en général conservateur. Grégoire de Nysse est le seul auteur chrétien à avoir condamné l’esclavage, mais non en raison du triste sort des esclaves. Il est en fait préoccupé par le salut des propriétaires d’esclaves, coupables, selon lui, du péché d’orgueil. Augustin dénonce la torture en raison de son inefficacité et de son inhumanité.

Les débats théologiques

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Les premiers siècles du christianisme sont ceux pendant lesquels s’élabore la doctrine chrétienne. Cette élaboration ne va pas sans divisions et conflits, de sorte qu’on peut parler de « christianismes » dans l’Empire romain et dans ses états-successeurs. Outre les conflits de primauté, les querelles dogmatiques sont nombreuses. Le donatisme africain, l’arianisme, le priscillianisme, le pélégianisme, le nestorianisme, le monophysisme sont autant de doctrines possibles, finalement condamnées comme « hérésies » par les premiers conciles œcuméniques. Mais parfois de justesse : contre l’arianisme, deux conciles sont réunis. En 325 à l’issue du premier concile de Nicée, le Symbole de Nicée, que les latins appellent credo est rédigé. C’est l’invention solennelle de l’orthodoxie46. Plus tard, en 451, le concile de Constantinople   définit Dieu comme un être unique, en trois personnes éternelles : le Père, le Fils et le Saint Esprit : c’est le dogme de la « Trinité ». Jésus-Christ est défini comme : « fils unique de Dieu, engendré du Père, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, de la même substance (homoousios) que le Père » Les ariens pensent, eux, que le Père est antérieur au Fils et au Saint Esprit et qu’il est donc leur créateur. L’arianisme a de nombreux partisans en Orient comme en Occident. Les missionnaires ariens convertissent les Goths et les Vandales, tandis les peuples romanisés et les grecs sont majoritairement nicéens. Clovis, roi des Francs, est, à la fin du ve siècle, le premier roi barbare à embrasser l’orthodoxie nicéenne et à bénéficier ainsi du soutien de l’Église romaine.

Au ve siècle les disputes théologiques portent sur la nature du Christ, humaine et/ou divine. Le nestorianisme, défendu par le patriarche de Constantinople Nestorius, privilégie la nature humaine du Christ. Il est condamné par le concile d’Éphèse de 431 réuni à l’instigation du patriarche d’Alexandrie Cyrille. À Antioche, on insiste sur le fait que Jésus est certes Dieu parfait mais aussi homme parfait. Il est rappelé que son incarnation, qui maintient la dualité des natures, est la condition du salut du genre humain et que c’est parce que le Verbe de Dieu (le Christ) s’est fait homme, que l’on peut dire que Marie est mère de Dieu. Les monophysites, suivant les idées du moine Eutychès, nient la nature humaine du Christ. Eutychès prêche que dans l’union en Jésus-Christ, la nature divine absorbe en quelque sorte la nature humaine. Dioscore d’Alexandrie neveu et successeur de Cyrille le soutient. Les monophysites sont condamnés par le concile de Chalcédoine de 451 réuni à l’initiative du pape Léon le Grand. Celui-ci reprend la thèse défendue par le concile de Nicée d’une double nature du Christ, à la fois tout à fait homme et tout à fait Dieu. Dans le canon du concile, le Christ est reconnu « en deux natures sans confusion, sans mutation, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union ». Le pape retrouve la première place dans le débat religieux. Mais le monophysisme est très bien implanté en Égypte, en Syrie et dans une partie de l’Asie Mineure. Il résiste pendant deux siècles en se repliant sur les langues locales, le copte en Égypte et le Syriaque en Syrie.  Justinien échoue lui aussi à mettre fin aux divisions religieuses de l’Orient malgré la réunion du concile des « trois chapitres ». Le rôle des hérésies, n’est pas à minorer. Les querelles religieuses se poursuivent en Orient jusqu’au viie siècle. Le monophysisme des Égyptiens suscite une prise de conscience nationale. La conquête musulmane est acceptée favorablement tant le pays détestait l’emprise impériale, qui superposait un patriarche et des évêques byzantins à la hiérarchie copte.

Paganisme, superstition et syncrétisme dans un Empire chrétien

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Pendant tout le ive siècle, les cultes polythéistes traditionnels continuent à être pratiqués, de même que les cultes à mystère d’origine orientale comme ceux de Mithra, de Cybèle, d’Isis et de Sérapis malgré des restrictions progressives. Les textes chrétiens qui les dénoncent violemment, les dédicaces, les ex-voto, les attestations de travaux dans les temples en sont autant de témoignages7. Chenouté, , mort vers 466 et abbé du monastère Blanc en Haute-Égypte, rapporte dans ses œuvres sa lutte contre les païens, qu’il appelle « les Grecs ». L’historien païen Zosime nous apprend lui aussi que la nouvelle religion n’était pas encore répandue dans tout l’Empire romain, le paganisme s’étant maintenu assez longtemps dans les villages après son extinction dans les villes.

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Constantin n’intervient guère que pour interdire les rites qui relèvent de la superstitio, c’est-à-dire des rites religieux privés, comme les sacrifices nocturnes, les rites d’haruspice privés et autres pratiques identifiées à la sorcellerie et la magie. Il manifeste en général la plus grande tolérance vis-à-vis de toutes les formes de paganisme7. En 356, Constance II interdit tous les sacrifices, de nuit comme de jour, fait fermer des temples isolés et menace de la peine de mort tous ceux qui pratiquent la magie et la divination. L’empereur Julien, acquis au paganisme, promulgue en 361 un édit de tolérance permettant de pratiquer le culte de son choix. Il exige que les chrétiens qui s’étaient emparés des trésors des cultes païens les restituent. Ses successeurs sont tous chrétiens. En 379, Gratien abandonne la charge de Grand Pontife. À partir de 382, à l’instigation d’Ambroise, évêque de Milan, l’autel de la Victoire, son symbole au Sénat, est arraché de la Curie, tandis que les Vestales et tous les sacerdoces perdent leurs immunités. Le 24 février 391, une loi de Théodose interdit à toute personne d’entrer dans un temple, d’adorer les statues des dieux et de célébrer des sacrifices, « sous peine de mort ». En 392, Théodose interdit les Jeux olympiques liés à Zeus et à Héra, mais aussi à cause de la nudité du corps des compétiteurs, le culte du corps et la nudité étant dénigrés par le christianisme. Peu à peu, les temples abandonnés tombent en ruines. En 435, un décret renouvelant l’interdiction des sacrifices dans les temples païens ajoute : « si l’un de ceux-ci subsiste encore ». Le renouvellement du décret prouve que les sacrifices n’ont certainement pas disparu. Ramsay MacMullen pense que les païens restent malgré tout très nombreux. En Égypte, en Anatolie, les paysans s’accrochent à leurs anciennes croyances. Certaines communautés chrétiennes font parfois preuve de fanatisme destructeur vis-à-vis du paganisme. Elles sont désavouées par les grands esprits de leur époque, comme saint Augustin. L’exemple le plus frappant est celui de la philosophe néoplatonicienne Hypatie, mise en pièces dans une église, puis brûlée par une foule de fanatiques menée par le patriarche Cyrille, en 415, à Alexandrie. Des temples sont détruits comme le Sérapéum d’Alexandrie dès 391, le temple de Caelestis, la grande déesse carthaginoise héritière de Tanit en 399. Pourtant l’État ne fait pas œuvre de destruction systématique des temples païens et de leurs objets d’art. Au contraire, des décrets officiels témoignent de la volonté de l’État de conserver ce patrimoine artistique. Plusieurs édits du règne de Justinien enlèvent aux païens le droit d’exercer des fonctions civiles ou militaires et d’enseigner, ce qui a comme conséquence la fermeture de l’école philosophique d’Athènes. Un édit de 529 aggrave encore leur situation en leur imposant la conversion au christianisme.

Par ailleurs, le christianisme lui-même se trouve imprégné des anciens rites païens. Certaines fêtes traditionnelles romaines sont toujours fêtées à la fin du ve siècle, comme la fête des Lupercales consacrée à la fécondité et aux amoureux. Pour l’éradiquer, le pape Gélase Ier décide en 495 de célébrer la fête de Saint Valentin, le 14 février, un jour avant la fête des Lupercales pour célébrer les amoureux. Il s’agit donc bien d’une tentative de christianisation d’un rite païen. Les Africains continuent de célébrer des banquets aux jours anniversaires des morts directement sur les tombes. Au vie siècle, Césaire d’Arles dénonce dans ses sermons à ses fidèles les pratiques païennes qui subsistent dans le peuple. Le port d’amulettes, les cultes aux arbres et aux sources n’ont pas disparu de la Gaule méridionale. Les plaintes des clercs sont nombreuses jusqu’à la fin de l’Antiquité tardive. En Orient, les attendus du concile in Trullo (Constantinople, 691-692) flétrissent des coutumes qui subsistent : célébrations d’anciennes fêtes païennes, chants en l’honneur de Dionysos lors des vendanges, bûchers allumés à la nouvelle lune, etc.

Pour les populations christianisées, l’inefficacité de la médecine antique favorisait les croyances dans les miracles produits par les saints. Les pèlerinages se multiplient dans tout l’Empire romain. Au vie siècle, le tombeau de Martin de Tours draine des foules considérables. Cette foi en une guérison miraculeuse favorise l’adhésion des campagnes au christianisme. Les évêques y voient un moyen d’assurer le rayonnement de leur diocèse. Les guérisons miraculeuses sont utilisées comme un argument pour convaincre les foules de la véracité de la foi nicéenne. Les miracles censés avoir été accomplis par les saints après leur mort sont donc soigneusement répertoriés et diffusés comme un instrument de propagande. Autour du culte des saints, toute une série de croyances proches des superstitions anciennes se développe. Les gens cherchent à se faire enterrer près des saints car ils pensent que leur sainteté se diffuse à travers la terre sous laquelle ils reposent.  Le culte des saints donne naissance aux pèlerinages porteurs de prospérité pour les villes d’accueil.

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